(Neuf
heures quarante-sept minutes)
Le
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il
vous plaît! Bonjour, tout le monde. Ayant constaté le quorum, je déclare la
séance de la Commission des institutions ouverte.
La commission est
réunie afin de poursuivre l'étude détaillée du projet loi n° 56,
Loi portant sur la réforme du droit de la famille et instituant le régime
d'union parentale.
Avant de débuter, M.
le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Le
Secrétaire : Oui, M. le Président. M. Zanetti (Jean-Lesage) est
remplacé par Mme Ghazal (Mercier).
Documents déposés
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Alors, je dépose les documents reçus depuis la fin du mandat des consultations
particulières. Il s'agit de trois documents reçus de la part de L'Action des
nouvelles conjointes et des nouveaux conjoints du Québec, et également du
mémoire de la Commission des droits de la personne et droits de la jeunesse.
Étude détaillée (suite)
Lors de l'ajournement
de nos travaux, le 9 mai dernier, nous en étions à l'étude de
l'article 521.20, introduit par l'article 3 du projet de loi. Y
a-t-il d'autres interventions? Je vais juste attendre...
Des voix : ...
Le Président (M. Bachand) : Bonjour. S'il n'y a pas d'autre intervention... Bonjour. Oui, M. le
député d'Acadie.
M. Morin : Bonjour,
M. le Président, ça va bien?
Le
Président (M. Bachand) : Oui.
M. Morin : Bon,
excellent. Donc, on était rendus à l'article 3, si mon souvenir est bon,
et puis on avait... Vous avez, en fait,
déterminé que M. le ministre allait lire ça article par article, là,
l'article 3. Donc, on était rendus, je pense, à 521.20.
Le
Président (M. Bachand) : Exactement.
Alors, c'est pour ça que je posais la question s'il y avait d'autres
interventions sur ledit article. S'il n'y a pas d'autre intervention, M. le
ministre, s'il vous plaît.
M.
Jolin-Barrette : Oui. Alors, 521.21, M. le Président.
Le
Président (M. Bachand) : Oui.
M. Jolin-Barrette : «Les conjoints sont, dès la formation de l'union parentale, soumis aux
règles du présent titre, auxquelles ils ne peuvent déroger, sauf
disposition contraire de la loi.»
Commentaire.
Cet article prévoit que l'encadrement de l'union parentale est d'ordre public,
sauf dans les cas où la loi permet d'y déroger.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Donc, interventions? M. le député d'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Oui,
merci. Merci, M. le Président. Donc, il y a une possibilité de déroger au
régime de l'union parentale, M. le ministre. L'idée à la base de ce choix que
vous avez fait, finalement...
M. Jolin-Barrette : L'idée, à la base, c'est
de dire : Les dispositions de l'union parentale, elles sont d'ordre
public, le régime général. Donc, à partir du moment où vous avez un enfant, à
partir du 30 juin 2025, le régime s'applique d'office à tous les
parents qui remplissent les conditions, donc, le fait de faire vie commune, le
fait d'avoir un enfant, le fait d'être en union de fait. Là, donc, ça, c'est
d'ordre public, c'est le principe général. Puis là on va le voir un petit peu
plus loin qu'on va pouvoir déroger à certains éléments en lien... en fonction
de ce que la loi prévoit.
M. Morin : Je vous remercie.
Le Président (M.
Bachand) : Autres interventions? S'il n'y a pas d'autre
intervention, on continue. M. le ministre, s'il vous plaît.
M.
Jolin-Barrette : Oui. «521.22. L'union parentale prend fin par le
décès de l'un des conjoints, par la manifestation expresse ou tacite de la
volonté des conjoints, de l'un d'eux de mettre fin à l'union ou par le mariage
ou l'union civile des deux conjoints ou par le mariage ou l'union civile de
l'un d'eux avec un tiers.»
Commentaire. Cet
article détermine les situations qui mettent fin à l'union parentale.
• (9 h 50) •
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
M. le député de l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Oui. Pendant les consultations particulières, M.
le Président, il y a plusieurs groupes qui sont venus nous dire qu'en fait l'utilisation des mots
«manifestation expresse ou tacite» pouvait entraîner, en fait, certaines
difficultés d'interprétation. Ce
n'est pas un... en fait, ce qu'on nous disait, c'est que ce n'est pas un
libellé qui est utilisé souvent. On nous a suggéré différentes façons de
rédiger.
Mais, avant ça,
j'aimerais savoir de la part de M. le ministre, pourquoi vous avez choisi ces
mots-là qui ne... parce que, souvent, dans
le Code civil, ailleurs, on parle de cessation, par exemple, de
vie commune ou autrement. Là, vous y allez avec «une manifestation expresse ou
tacite», et donc j'aimerais, s'il vous plaît... si vous pouviez nous en
dire davantage, ce serait apprécié.
M.
Jolin-Barrette : Bien, en fait, c'est déjà dans le code puis ça permet
plusieurs situations où un conjoint de fait manifeste sa volonté expresse ou
tacite.
Cependant,
tout comme vous, j'ai entendu les différents groupes qui sont venus en
commission parlementaire, et on serait prêts à prendre le même critère qui est
déjà reconnu au code relativement au mariage, donc la cessation de la
vie commune, remplacer, dans le fond, «manifestation expresse ou tacite de la
volonté des conjoints ou de l'un d'eux de mettre fin à l'union par cessation de
la vie commune». Donc, comme ça, on viendrait éviter un débat jurisprudentiel
sur ça, malgré le fait que c'était dans le code. Donc, je ne sais pas si vous
avez un intérêt à aller dans ce sens-là pour remplacer ça pour «cessation de la
vie commune».
M. Morin : Bien,
écoutez, en fait, moi, mon intérêt, il est clair, c'est de faire en sorte qu'on
puisse adopter éventuellement un projet de loi, là, il va être adopté, qui va
faire en sorte que, pour les Québécois puis les Québécoises qui vivent cette
situation-là... Puis là, bien, dans ce cas-ci, on parle de la fin. Donc,
évidemment, c'est un élément qui est triste, mais on sait que ça arrive. Donc,
moi, en fait, mon intérêt, c'est de nous assurer que ces gens-là, qui mettront fin à leur vie commune,
pourront le faire... qui va être d'une façon la moins évidemment dramatique,
ou la plus évidente, ou la plus simple
possible, puis qui pourrait éventuellement éviter une série de débats jurisprudentiels
pour l'interprétation de l'expression. Sauf que vous deviez avoir, à la base,
une idée, si vous avez utilisé ces mots-là.
M. Jolin-Barrette : Oui, bien, en fait, dans
les couples, généralement, la fin de l'union est faite par manifestation
expresse ou tacite. Alors, on est venus,
dans le fond, nommer le concept plus clairement que la fin de la vie commune,
cela étant, parce que la fin de la vie commune comprend nécessairement des
expressions, puis notamment en vertu de la
jurisprudence, «des manifestations expresses ou tacites», sauf que le critère
général, c'est «fin de la vie commune», et on ne veut pas se détacher de ça. On
est venu le rédiger d'une façon, je vous dirais, détaillée, en disant
«manifestation expresse ou tacite», mais ce que l'on veut faire en soi,
c'est comme la fin de la vie commune.
Donc, pour des fins
de clarté, et puisqu'il y a déjà de la jurisprudence sur quelle est la fin de
la vie commune, puis ne pas créer un nouveau
débat jurisprudentiel, on serait prêt à remplacer l'expression... par
«manifestation expresse ou tacite»
par «fin de la vie commune», comme ce que l'on retrouve déjà dans la
jurisprudence. Donc, je ne sais pas si vous souhaiteriez déposer un
amendement en ce sens-là.
M. Morin : Oui, mais je veux juste m'assurer, tu sais, qu'on
n'oublie pas... ou qu'on n'oublie pas des groupes, par exemple, ou que
ça ne pose pas de problème. Parce qu'évidemment, connaissant évidemment toute
l'expertise de vos légistes puis des gens qui travaillent avec vous dans votre
ministère, si vous déposez un projet de loi puis vous utilisez ces mots-là, je comprends que... Puis d'où l'importance des
consultations particulières, plusieurs groupes sont venus nous
dire : Écoutez, ça risque d'être flou. Mais je ne voudrais pas oublier
personne ou désavantager un groupe, si on change, évidemment, l'expression. Ça
fait que je veux juste m'assurer de ça. C'est pour ça que je vous posais la
question d'emblée, à savoir, au fond, pourquoi vous aviez utilisé ce
vocabulaire-là, finalement.
M. Jolin-Barrette : Je vous rassure, dans le
fond, la cessation de la vie commune couvre toutes les situations. Ce
que l'on avait fait en utilisation, «manifestation expresse ou tacite», dans le
fond, c'est de détailler «fin de la vie commune»,
mais c'est similaire, là, ces éléments-là. Puis, considérant les commentaires
des Pr Langevin, des Pr Belleau, concernant les commentaires du Barreau
également qui nous recommandent d'aller vers la «cessation de la vie commune», vu que ça veut dire la même chose...
C'est sûr que dans le code, à neuf ou 10 endroits, on a «manifestation
expresse ou tacite» déjà dans le code, mais
on va venir mettre «vie commune», parce que notre intention, c'est la fin de la vie commune qui comprend la manifestation
expresse ou tacite. Donc, ça fait déjà l'objet de concepts en jurisprudence,
donc, c'est clair, puis on va éviter des débats jurisprudentiels là-dessus.
M. Morin : Donc,
en fait, une modification pour la «cessation de la vie commune», et je vous
entends bien, là, M. le ministre, ça ferait en sorte qu'«expresse ou tacite»
est couvert, mais plutôt que d'utiliser... Donc, il ne peut pas y avoir... il ne peut pas y avoir un groupe,
là, qui est défavorisé, c'est couvert, mais, par ailleurs, on évite un débat
jurisprudentiel. Et, dans ce cas-ci, puis je
vous remercie pour vos réponses, là, on aurait un amendement qu'on pourrait
déposer et qu'on pourrait envoyer au Greffier.
M. Jolin-Barrette : Qui est déjà à
l'écran, même, je pense, votre amendement.
Le Président (M.
Bachand) : Moi, j'aurais deux
interventions. Mme la députée de Mercier, s'il vous plaît.
Mme Ghazal : Oui,
bonjour. Merci, M. le Président. Bonjour, M. le ministre. Bonjour, chers
collègues. Ça me fait plaisir de remplacer mon collègue le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Donc, je comprends la volonté du ministre. Puis
là on va regarder, c'est peut-être ça qui est proposé par notre collègue...
député du Parti libéral, d'ajouter, peut-être, de mettre «fin de la vie
commune». Puis je comprends, dans le fond,
que ce soit «fin de la vie commune» ou une «manifestation expresse ou tacite de
la fin d'une relation»... c'est quoi, les critères objectifs qui les
définissent? Ça doit... Tu sais, parce que «fin de la vie commune», ça doit
déjà être défini dans la jurisprudence. Je ne suis pas juriste contrairement à
mon collègue...
M. Jolin-Barrette : Exactement.
Mme Ghazal : ...donc, je ne connais
pas tout ça par coeur. Ça serait quoi, par exemple?
M.
Jolin-Barrette : Bien, exemple, vous écrivez une lettre à votre
conjoint pour dire : Chéri, je ne t'aime plus.
Mme Ghazal : Comme un texto?
M. Jolin-Barrette : Un texto...
Mme Ghazal : Il va falloir que
j'efface les miens.
M. Jolin-Barrette : Bien, écoutez,
vous savez que le ministère de la Justice offre des heures de médiation
gratuite, donc on peut vous accompagner dans votre séparation, si c'est le cas.
Mme Ghazal : Non, non, non.
M. Jolin-Barrette : Cependant, je
vous invite à persévérer aussi, si tel est...
Mme Ghazal : Ce n'était pas
l'objectif de mon intervention.
M. Jolin-Barrette : ...tel est votre
désir. Donc, dans tous les cas, dans le fond, ça couvre les deux situations. Ça
a été déterminé. Exemple, madame dit à monsieur : Bien, maintenant tu dors
sur le divan aussi, puis il n'y a plus d'interrelation,
c'est... les gens se ne présentent plus comme un couple aux yeux des tiers.
Donc, il y a toutes sortes de situations qui démontrent que la cessation
de la vie commune, ça prend fin par manifestation expresse ou tacite.
Mme Ghazal : Aussi peu que dormir
sur le divan? C'est comme ça dans la jurisprudence?
M. Jolin-Barrette : Non, non, non,
pas dormir sur le divan. C'est une pratique, ce que je veux dire, répétée et
courante que c'est un ensemble de circonstances qui font en sorte que certains
couples ne sont plus ensemble. Ça peut être un indice.
Mme Ghazal : Puis, dans le fond, on
va étudier... l'amendement du collègue, je ne sais pas, je ne l'ai pas vu. Mais, par exemple, «fin de la vie commune», vous,
ce que vous êtes en train de dire, comme c'est le terme qui est utilisé...
M. Jolin-Barrette : Exactement.
Mme Ghazal : ...qui veut dire la
même chose que «manifestation expresse ou tacite», mais qui est plus précis
parce qu'il est utilisé ailleurs.
M. Jolin-Barrette : Mais, en fait,
il y a déjà de la jurisprudence là-dessus en matière de mariage, «fin de la vie commune», c'est un critère. Puis exemple, là,
les tribunaux, là, vont considérer, selon les circonstances, le fait pour
les époux, là, de faire chambre à part, de ne plus avoir de relations
sexuelles, de n'avoir peu ou pas de contact ou de communication, de ne pas se
rendre de services domestiques mutuellement comme la préparation des repas, le lavage, de faire les achats de nourriture
séparément, de prendre leurs repas séparément, d'avoir une vie sociale
indépendante l'une de l'autre et de ne pas sortir ensemble.
Donc,
il y a plusieurs éléments qui font en sorte que la fin de la vie commune, c'est
des éléments express ou tacites. C'est un
cumul. Donc, on ne veut pas... on ne veut pas créer de débat sur qu'est-ce que
la fin de la vie commune, donc le concept existe déjà. Donc, c'est pour
ça qu'on va...
Mme Ghazal : On
va utiliser le même concept que celui qui existe déjà.
M.
Jolin-Barrette : Le même vocabulaire.
Mme Ghazal : OK.
Très bien. Merci.
Le Président
(M. Bachand) : Mme la députée de
Vaudreuil.
Mme Nichols :
...juste, M. le Président, moi,
ce n'est pas tant sur l'amendement, c'est d'autre chose dans l'article.
Voulez-vous faire l'amendement en premier ou...
Le
Président (M. Bachand) : Non, allez-y,
allez-y.
Mme Nichols :
Oui.
Le
Président (M. Bachand) : Allez-y.
Mme Nichols :
OK. Parfait. Bien, moi,
«cessation de la vie commune», ça me va, là. En effet, il y a beaucoup
de jurisprudence sur... qui viennent déterminer, là, les critères de la
cessation de la vie commune.
Moi,
j'avais une question, parce qu'on dit aussi que «par le mariage ou l'union
civile», ça fait qu'évidemment, là, si
un couple vit... a un enfant puis décide de se marier après qu'ils ont un
enfant, donc c'est la fin de l'union parentale, puis ça va être le
régime matrimonial qui va s'appliquer à partir du mariage ou à partir de
l'union civile?
M.
Jolin-Barrette : Exactement.
• (10 heures) •
Mme Nichols :
Mais là ça va être... Ma question, c'est : Quand... La fin du mariage,
il va y avoir un divorce, parce qu'il va y avoir un mariage ou une union
civile, ça fait qu'il va y avoir séparation de corps ou divorce, mais l'union
parentale, est-ce que ça va rentrer en ligne de compte quand on va arriver à la
fin? Est-ce que ça va être au prorata de...
M. Jolin-Barrette : Non. C'est au moment de
la célébration du mariage ou de l'union civile que le patrimoine d'union
parentale se dissout pour laisser place au patrimoine familial, parce que le
régime du patrimoine familial est plus... inclut davantage d'éléments que le
patrimoine d'union parentale. Donc, exemple, supposons que vous...
Mme Nichols :
OK. Ça, ça doit être indiqué en...
M.
Jolin-Barrette : Bien, dans le fond, l'union parentale prend fin par
le décès de l'un des conjoints, par la manifestation... bon, par la fin de la
vie commune ou des deux conjoints par le mariage ou union civile ou de l'un
d'eux avec un tiers. Ça veut dire, dans le fond, supposons que vous avez un
enfant, après le 30 juin 2025, avec votre conjoint, vous êtes en union de fait, là, le régime d'union parentale
s'ouvre. Supposons, deux ans après, vous décidez de vous marier. Dans le fond, le patrimoine d'union
parentale, il se dissout à la date et... avec les règles du mariage,
s'applique.
Mme Nichols :
Mais il y a peut-être une reddition de comptes à faire à la fin de l'union
parentale, avant d'en arriver au mariage...
M.
Jolin-Barrette : C'est votre situation...
Mme Nichols :
...on met le compteur à zéro, on... Dans le fond, on... c'est ça, on fait la
reddition de comptes, on met ça à zéro, puis là on applique le nouveau régime
qui va être le régime matrimonial, soit la société d'acquêts, la séparation de
biens, le...
M.
Jolin-Barrette : Exactement, exactement. C'est ça.
Mme Nichols :
...le régime matrimonial qui sera choisi.
M.
Jolin-Barrette : Exactement.
Mme Nichols :
OK. Je suis surprise.
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est
parce que c'est un nouveau régime qui s'applique, qui s'ouvre. Quand vous
décidez de vous marier ou d'aller en union civile, dans le fond, votre
situation juridique change. Ça fait que c'est ce nouveau
régime là qui s'applique, puis le patrimoine s'ouvre... le patrimoine familial
s'ouvre. Donc, nécessairement, l'ancien régime, il est liquidé. On va faire le
partage de l'union parentale.
Mme Nichols :
Oui. Bien, je vous remercie des
explications. Je le comprends, mais là c'est juste que dans ma tête, ça
va vite, parce que j'essaie de...
M.
Jolin-Barrette : Parce que, dans les faits, là, supposons, là, à cause
du patrimoine d'union parentale, la résidence,
elle est là, OK? Donc, la résidence, supposons, pendant deux ans, il y a
un partage, et là, dans le patrimoine familial, la maison est là aussi.
Donc, théoriquement, ça va être la continuité. Il y a une... il y a une
liquidation, mais, puisque c'est déjà
ouvert, bien là, ça s'applique, puis les règles sont différentes dans le
mariage que dans l'union parentale.
Mme Nichols :
Avec... qu'il pourrait y avoir un litige avant le mariage, là. Ça, c'est parce
que c'est... je veux dire, c'est...
M.
Jolin-Barrette : Oui.
Mme Nichols :
Oui.
M.
Jolin-Barrette : Non, mais en fait... Non. Ma réponse est non, les
gens...
Mme Nichols :
Ma réponse, c'est oui.
M.
Jolin-Barrette : C'est comme un changement de régime matrimonial en
mariage. Exemple, supposons que vous vous
mariez en société d'acquêts puis que, trois ans plus tard, vous décidez de
changer pour, conventionnellement, aller en séparation de biens.
Mme Nichols :
Oui, mais c'est plutôt rare, là. Là, on parle de... Ce n'est pas... C'est
plutôt rare qu'il y ait ce changement-là, là, une fois qu'on est marié, là.
Mais là, tu sais, de... C'est parce que c'est... Puis là je ne le dis pas... je
le dis, là, sans préjugé et sans préjudice aussi, là, mais, tu sais, c'est
l'enfant qui vient... tu sais, qui vient créer un nouveau régime.
M. Jolin-Barrette : Oui. Bien là, on part de
gens qui n'ont aucune protection, on leur crée un régime impératif qu'ils
peuvent se soustraire, mais par ailleurs ils peuvent le bonifier, puis, dans le
fond, le mariage, c'est comme une bonification.
Mme Nichols :
Ça dépend de quel point de vue, oui.
M. Jolin-Barrette :
Bien, je veux dire, je... Ça, c'est des questions d'appréciation.
Mme Nichols :
Oui. Exactement.
Le
Président (M. Bachand) : Merci.
Mme Nichols :
Merci.
Le Président (M. Bachand) : Là, on a parlé d'amendement. Alors, je ne sais pas si... M. le député
d'Acadie, oui.
M. Morin : ...M. le Président. Alors, on a envoyé sur le site
Greffier l'amendement que je proposerais pour une modification à cette
disposition.
Le
Président (M. Bachand) : Oui. Alors, on...
Oui, M. le ministre?
M.
Jolin-Barrette : ...
Le
Président (M. Bachand) : On va suspendre quelques instants.
Merci.
(Suspension de la séance à
10 h 05)
(Reprise à 10 h 07)
Le
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il vous
plaît! La commission reprend ses travaux. M. le député de l'Acadie, s'il vous
plaît.
M.
Morin : Oui. Merci, M. le Président. Alors, compte tenu de la
discussion que nous venons d'avoir, je propose
et je dépose un amendement pour tenir compte, d'une part, de ce que les groupes
sont venus nous dire pendant les consultations particulières, mais aussi
suite à l'éclairage de M. le ministre ce matin.
Donc,
je peux procéder à la lecture de l'amendement. Article 3,
article 521.22 du Code civil : L'article 521.22 du Code
civil proposé par l'article 3 du projet de loi est modifié par le
remplacement des mots «la manifestation expresse
ou tacite de la volonté des conjoints ou de l'un d'eux de mettre fin à l'union»
par les mots «la cessation de la vie commune».
521.22 se lirait
ainsi : «L'union parentale prend fin par le décès de l'un des conjoints,
par la cessation de la vie commune ou par le
mariage ou l'union civile des deux conjoints ou par le mariage ou l'union
civile de l'un d'eux avec un tiers.»
Donc, il s'agit de
remplacer «par la manifestation expresse ou tacite» par «cessation de la vie
commune». L'amendement est proposé parce que, comme on l'a souligné un peu plus
tôt, il y a plusieurs groupes ou même associations...
Je pense, entre autres, et je fais référence aux mémoires de Me Suzanne
Guillet, l'Association professionnelle des notaires, la Chambre des
notaires, l'Association du Barreau canadien, Me Suzanne Pringle, qui, en fait,
nous ont mentionné que cet amendement-là pourrait permettre de simplifier
davantage, dans le cas, évidemment, de la fin de la vie commune. Et les
explications que nous donnait M. le ministre ce matin... En fait, il nous
indique clairement qu'en procédant ainsi avec l'amendement on n'oublie
personne, mais que ça permettrait, donc, finalement d'avoir une cessation de vie commune avec une expression
de la part du législateur qui serait claire et qui éviterait évidemment des
débats jurisprudentiels, d'où la présentation de l'amendement. Merci, M. le
Président.
Le
Président (M. Bachand) : Donc,
interventions sur l'amendement? S'il n'y a pas d'intervention, est-ce que
l'amendement est adopté?
Des voix : Adopté.
Le
Président (M. Bachand) : Adopté. Merci.
Est-ce qu'il y a d'autres interventions à l'article 521.22 tel qu'amendé?
Mme la députée de Vaudreuil.
Mme Nichols :
Non, non, non, pas tel qu'amendé.
Je m'excuse, sur le... oui, sur le contenu de l'article. Je reviens...
Le
Président (M. Bachand) : Oui, oui.
Allez-y, allez-y, allez-y. Il n'y a pas de problème, oui.
Mme Nichols :
Merci. Oui, je reviens encore sur la fin de l'union parentale avant le
mariage. En fait, quand l'union parentale
prend fin, là, puis là, supposons qu'un couple veut se marier ou s'unir
civilement... Comment je le dirais? Est-ce qu'il y a une forme... Est-ce
que ça doit prendre une forme? Est-ce que ça doit être par écrit? Tu sais,
parce qu'il... comme je dis, il va y avoir soit une reddition de comptes ou
soit des... il y a des calculs à faire sur la résidence familiale.
• (10 h 10) •
M.
Jolin-Barrette : ...dans le fond, avec la fin du régime, combien,
supposons, ils se doivent, mais ils ne sont pas obligés de se payer tout de
suite. Dans le fond, ils peuvent se payer, reporter le paiement plus tard. Tu
sais, exemple, là, supposons que la... ils
ont une maison, puis ils se marient, puis ils continuent, puis, dans le fond,
la maison était au nom de monsieur,
il y a une partie qui était... qui avait été achetée avant l'union, avant la
naissance de l'enfant. Ça fait que ça, ça demeure protégé, donc c'est
basculé.
Donc,
vu que les règles associées, supposons, aux biens sont les mêmes que celles du
mariage, à ce moment-là, il n'y aura pas de difficulté, tu sais, la durée va
s'établir, c'est... où il va y avoir des éléments différents, c'est supposons qu'il
y avait une prestation compensatoire pour cette période-là.
Mme Nichols :
Oui, parfait, mais supposons, là,
qu'il n'y a pas de mariage, là, que c'est juste la fin de l'union
parentale, là...
M.
Jolin-Barrette : Ah oui! Bien là, ça prend fin à la date.
Mme Nichols :
C'est ça, mais qu'est-ce qu'ils
font? Ils s'assoient, ils font les calculs, puis s'ils ne s'entendent
pas, ils s'en vont à la cour...
M.
Jolin-Barrette : Exactement, exactement.
Mme Nichols :
...ils s'en vont en cour soumettre leur position, de part et d'autre, en
disant : C'est la fin de l'union parentale. On ne s'entend pas sur... ça,
ça peut être sur la date. Bien là, ça sera la jurisprudence de fin de cessation
de vie commune qui pourra s'appliquer, là. Le juge aura...
M. Jolin-Barrette : Ou la personne décède. Il
y a un des deux partenaires qui décède, ça fait que c'est la fin de l'union,
puis c'est calculé comme dans un décès.
Mme Nichols : Oui. C'est plate à
dire, mais ça, c'est plus facile, là.
M.
Jolin-Barrette : Mais sinon, effectivement... Bien, dans le fond,
médiation familiale en premier. Ensuite, si jamais les parties ne s'entendent
pas, effectivement, il peut y avoir des recours devant les tribunaux, ou les
gens s'entendent aussi, puis ils se séparent puis ils partagent en fonction des
règles acquises.
Mme Nichols : Mais il n'y a pas
de... Ce n'est pas comme un... ce n'est pas comme un divorce, là, il n'y a pas un... Tu sais, des fois, c'est un
consentement, là. Quand... mettons, quand c'est la... quand c'est un divorce,
les parties s'entendent, ils peuvent faire ça. Oui, ils peuvent aller en
médiation, mais ils peuvent convenir du...
M. Jolin-Barrette : Oui, mais parce
que le divorce... Oui, mais le divorce doit être autorisé par la cour dans... ça doit être soumis, tandis que la fin de
l'union parentale n'est pas soumise, les parties s'entendent puis liquident leurs...
liquident leurs actifs.
Mme Nichols : Parfait. Ça fait que
c'est juste si une des deux parties qui ne s'entend pas, qui là, pourra
utiliser le... l'union parentale et son contenu pour aller contester.
M. Jolin-Barrette : Pouvez-vous
répéter?
Mme Nichols : J'ai dit le... Dans le
fond, l'union parentale, là, quand il y aura la cessation de vie commune ou mettons qu'il y a une des deux parties qui ne
s'entend pas avec l'autre... parce qu'il n'y a rien à déposer. Je veux dire, ils
s'entendent sur : Bon, là, c'est la fin de l'union parentale, tu me dois
tant. Tu sais, c'est...
M. Jolin-Barrette : C'est ça. Bien,
dans le fond, la... s'ils s'entendent, ils n'ont pas besoin d'homologation
comme c'est le cas en mariage... en divorce. Dans le fond...
Mme Nichols : Mais on leur conseille
quand même de signer un petit papier pour...
M. Jolin-Barrette : Puis ils peuvent
le faire.
Mme Nichols : Les écrits restent,
oui.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Mme Nichols : Mais sinon ils
prennent... sinon ils peuvent... ils ont... ils auront la possibilité d'aller à
la cour contester en fonction de l'union parentale puis...
M. Jolin-Barrette : Oui.
Mme Nichols : Parfait.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Autres interventions? S'il
n'y a pas d'autre intervention, on continue, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : «521.23. Les
conjoints en union parentale choisissent de concert la résidence familiale.
«En l'absence de choix exprès, la résidence
familiale est présumée être celle où les membres de la famille habitent
lorsqu'ils exercent leurs principales activités.»
Commentaire.
Cet article crée une présomption de résidence familiale à défaut de choix
exprès des conjoints en union parentale.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Oui, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Donc, c'est
l'équivalent, M. le Président, de ce qu'il y a... de l'article 395 en
mariage, relativement à la notion de
résidence familiale. Donc, on incorpore la règle de la résidence familiale en
union parentale.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci. Interventions? S'il n'y a
pas d'intervention, M. le ministre, on continue.
M.
Jolin-Barrette : Oui. «521.24. Les dispositions relatives à la
résidence familiale des époux s'appliquent aux conjoints, avec les
adaptations nécessaires.
«En outre,
les mesures de protection prévues aux articles 401 à 407 subsistent
pendant les 30 jours qui suivent la fin de l'union, lorsque celle-ci a pris fin par la manifestation,
expresse ou tacite, de la volonté par l'un ou l'autre des conjoints de
mettre fin à l'union.»
Commentaire. Cet article confère aux conjoints
en union parentale les mêmes droits et obligations que les conjoints mariés ou
unis civilement relativement à la résidence familiale.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de
l'Acadie.
M.
Morin : Donc, à 521.24, donc, je comprends que les mesures de
protection qu'on a déjà au Code civil vont demeurer, c'est-à-dire, protection
des meubles, ça, c'est 401. Après ça, on a... bon, si jamais il y a une nullité
de l'acte, 402 et 403, pour le bail de logement, la protection de la résidence
familiale... et on a, bon, la situation d'un immeuble de cinq logements et
plus, la question de l'usufruit, l'emphytéose d'usage puis la déclaration de
résidence familiale. Donc, ces protections-là vont s'appliquer dans les cas du
régime d'union parentale.
Maintenant,
30 jours, et ça, il y a plusieurs groupes qui sont venus nous en parler,
ça semble être un peu rapide. Est-ce que
vous avez une volonté, M. le ministre, de regarder le délai? Puis pourquoi le
délai de 30 jours a-t-il été choisi? Et puis là, bien, on revient
encore avec, bon, la fin de l'union par manifestation expresse ou tacite, donc
il faudrait évidemment avoir un élément de concordance, j'imagine, mais au
départ, pourquoi 30 jours?
M.
Jolin-Barrette : Bien, en fait, c'était une des recommandations du
comité consultatif en droit de la famille de faire subsister de 30 jours à
partir de la fin de l'union, parce que ce qu'il faut comprendre, c'est que,
contrairement au mariage ou à l'union civile, l'union parentale, puis c'est ce
que j'expliquais en consultation, l'union parentale prend fin à partir du
moment où un des critères n'est plus rempli. Donc, supposons, fin de la vie
commune, ça se termine là, donc monsieur va coucher sur le divan, il n'y a plus
de partage de repas, tout ça, tu sais, c'est... c'est pas mal express, ça finit
là. Chéri, je ne t'aime plus, c'est terminé. Bien, ça finit, n-i-ni, c'est là,
OK, on s'entend, pour l'union parentale. Quand vous êtes en mariage, en
séparation, bien là, le mariage perdure tant que ce n'est pas prononcé par la
cour. Donc là, il y a une date à un moment donné, mais le mariage subsiste,
puis les protections associées à la résidence familiale sont là à cause que le
lien matrimonial existe toujours.
Donc, nous, on a mis
30 jours, parce que c'était la recommandation, mais moi, je suis ouvert à
augmenter le délai. J'ai entendu tout le monde aussi, donc je suis ouvert à
augmenter le délai. On nous a proposés entre 45 jours, je pense, puis
six mois à peu près. Certains ne voulaient pas de délai, mais on ne peut
pas ne pas mettre de délai. Mais moi, je suis ouvert à quelque chose de
raisonnable.
M. Morin : OK.
Oui, effectivement, vous avez expliqué qu'il fallait un délai, là. Ça, c'est
votre position. Maintenant... Bien, en fait, compte tenu de ce que des groupes
nous disaient, il me semble également que 30 jours, puis d'ailleurs on
va... on va le voir un peu plus loin dans un autre article, semblait, en fait,
faire consensus, peut-être pas unanimité,
mais consensus à l'effet que c'était trop court. Je comprends votre
explication, contrairement au... En fait, le mariage, tant qu'il n'y a
pas de prononcé du divorce, bien, le mariage continue. Je peux comprendre que,
pour la cessation de la vie commune, quand c'est fini, ça finit là, sauf que...
et puis rapidement, ça peut être très rapide, sauf qu'évidemment je pense que ça serait important que des mesures de
protection soient maintenues pour plus de 30 jours, parce que ce
n'est peut-être pas la première chose à laquelle, évidemment, vont penser des
conjoints qui viennent de terminer leur vie commune.
Alors, moi, je
suggérerais un délai plus long puis, évidemment, un élément de cohérence. Il
faudrait aussi reprendre «cessation de vie
commune», et non pas expresse ou tacite, ce serait ma suggestion, M. le
ministre. Puis moi, j'irais, en fait, pour une période de 90 jours. Il
faut une date. 30 jours, c'est un peu court, bon, six mois, ça
m'apparaît peut-être aussi un peu long. Certains ont mentionné 60,
d'autres 90. Alors, moi, je proposerais 90 jours.
M.
Jolin-Barrette : OK. Bien, écoutez, moi, je suis ouvert à ça,
peut-être entendre les collègues, sur le délai raisonnable qu'ils trouveraient,
si on extensionne de 30 jours, là, peut-être du côté du deuxième groupe
d'opposition, Mme la députée indépendante.
M. Morin : ...dans
ce sens-là, M. le ministre.
Le
Président (M. Bachand) : Mme la députée de
Mercier, oui.
Mme Ghazal : Oui,
mais il y a... parce qu'il y avait plusieurs groupes qui avaient des
recommandations de différents délais, dont un groupe... ça, je ne suis pas sûre
c'était qui, là...
Une voix :
...
Mme Ghazal :
Me Pringle. Six mois, par exemple. Moi, j'ai de la misère à estimer
qu'est-ce qui est le mieux parce que...
C'est sûr qu'il faut prolonger, ça, c'est sûr et certain, puis une des raisons
qu'il faut prolonger, c'est l'accès à la justice. Il ne se fait pas comme ça,
rapidement, parce que je pense que les deux... bien, les deux ex-conjoints
doivent faire certaines démarches. Peut-être, est-ce que le ministre peut
nous expliquer un peu plus qu'est-ce qu'ils doivent faire pour le 30 jours? Tu sais, nous, on
l'extensionnerait à cause de l'accès à la justice qui est beaucoup plus
difficile. Ce n'est pas facile comme ça, d'y avoir accès puis
d'entreprendre les démarches. Donc, c'est mieux de le prolonger.
M. Jolin-Barrette : Bien, il faut faire
attention parce qu'en matière familiale, dans le fond, pour les mesures... C'est
des mesures provisoires pour nous?
Des voix :
...
• (10 h 20) •
M. Jolin-Barrette : Pour les mesures
provisoires, elles sont entendues vraiment rapidement à la cour. Quand on parle
d'attribution de la résidence familiale, quand on parle de pension alimentaire,
de garde des enfants, c'est des dossiers qui sont
priorisés à la cour. Ça fait que ça, ça va quand même rapidement parce qu'on
est au début de la procédure familiale, là, pour les différents intervenants.
Michel Tétrault, qui est avocat spécialisé en droit de la famille, qui enseignait à Sherbrooke,
lui proposait entre 45 et 60 jours; le Barreau, 90 à 180 jours;
Association du Barreau canadien, 90 à 180 jours; l'Association
professionnelle des notaires suggère 90 jours; Me Schirm et
Me Tremblay, 120 jours; Me Walsh, Me Fréchette,
six mois; Me Pringle, six mois.
Mme Ghazal : C'est ça. Tu sais,
pourquoi cette différence-là entre les différentes personnes? Parce que si
c'est aussi rapide que ça, les premières dispositions pour la protection de la
résidence familiale, et tout ça, si c'est rapide dans la justice, il y a quand
même... il doit avoir un délai, mais...
M. Jolin-Barrette : Bien, en fait,
la proposition de 90 jours du collègue de l'Acadie apporte un juste équilibre aussi, parce que, dans le fond, la
maison, supposons que vous êtes propriétaire unique, bien, vous devez avoir
la possibilité de disposer de votre bien. La mesure associée à ça, c'est une
mesure temporaire de protection pour laisser les enfants un certain laps de
temps. Puis, tu sais, ce n'est pas comme le mariage. Le mariage, ça dure...
avant dissolution du mariage, ça dure quand même longtemps, là. Donc, ce que ça
fait aussi, c'est que le capital est gelé longtemps durant... la maison.
Mme Ghazal : Pour le divorce, ça
prend un an de séparation avant de pouvoir...
M. Jolin-Barrette : Se divorcer.
Mme Ghazal : OK. Puis pourquoi on ne
ferait pas la même chose pour... Je ne suis pas en train de dire qu'il faut
un an, mais je pose des questions. Pourquoi est-ce qu'on ne ferait pas la
même chose pour l'union civile?
M. Jolin-Barrette : Bien, le régime
est différent.
Mme Ghazal : Pas l'union civile,
mais conjoints de fait.
M. Jolin-Barrette : Le régime est
différent. Puis, tu sais, dans le fond, sinon, pour vous séparer en mariage, il
y a toujours l'option de l'adultère aussi, si vous ne faites pas l'année sans
vie commune. Comme, si vous voulez que ça aille plus vite, l'adultère est une
option.
Mme Ghazal : Donc, ça va être moins
qu'un an.
Une voix : C'est un conseil.
M. Jolin-Barrette : Non, mais je...
c'est...
Mme Ghazal : Je reçois plein de
conseils bizarres gratis, là, mais...
M. Jolin-Barrette : Non, non, mais
je... Vous me dites : Comment sortir de mon union... de mon mariage...
Mme Ghazal : Consultation.
M.
Jolin-Barrette : ...comment
sortir de mon mariage rapidement? Vous me dites : Bien, un an, c'est
long. Bien, je vous dis : Vous avez l'adultère.
Une voix : Par texto.
M. Jolin-Barrette : L'adultère par
texto? Mais...
Mme Ghazal : Mais
la raison pour que, dans le mariage, ce soit aussi long, c'est pour... Est-ce
que c'étaient comme des raisons pour laisser le temps aux gens de
peut-être revenir ensemble, et tout ça?
M. Jolin-Barrette : C'est un des
fondements aussi, la stabilité de la famille.
Mme Ghazal : OK. Puis... OK, puis
ici...
M. Jolin-Barrette : C'est
l'institution du mariage.
Mme Ghazal : Oui, oui, qui fait ça,
puis qu'on ne va pas nécessairement transposer pour les relations...
c'est-à-dire... Comment on appelle ça?
M. Jolin-Barrette : Pour l'union de
fait?
Mme Ghazal : L'union
de fait, oui.
M. Jolin-Barrette : Bien, écoutez,
nous, on a pris l'approche qu'on voulait des mesures de protection pour les
conjoints, pour les enfants, mais on ne veut pas marier les gens de force non
plus. Ça fait qu'on ne veut pas les maintenir
de force dans une union non plus. Ça fait que c'est pour ça que je trouve
raisonnable le 90 jours du collègue de l'Acadie.
Mme Ghazal : Puis le six mois,
tu sais, si on séparait en deux?
M.
Jolin-Barrette : Bien, le six... C'est toujours ça, parce que, dans
le fond, là, on vient imposer un régime où, supposons, une personne qui
est propriétaire unique de la maison... lui ne pourra... ne pourra pas la
vendre, là, durant cette période-là, là,
donc va être obligé de la conserver avec le capital qui est gelé, l'enjeu aussi
financier rattaché à ça. Donc, je pense que 90 jours, c'est quand
même raisonnable.
Mme
Ghazal : Mais pour le bien des enfants puis la stabilité,
par exemple, est-ce que ça ne pourrait pas venir jouer de dire :
Bien, c'est correct, là, si, pendant six mois, un des deux conjoints ne la
vend pas?
M. Jolin-Barrette : Bien, on se
retrouve dans une situation où il y a une certaine stabilité, mais c'est une
mesure de protection extraordinaire aussi. Donc, à l'intérieur de cette
période-là, il peut y avoir attribution d'un droit d'usage aussi par la cour.
Ça, c'est la période pour le demander à la cour.
Mme Ghazal : Comment? Je n'ai pas
compris.
M.
Jolin-Barrette : Donc, c'est la période pour le demander à la cour.
Donc, vous avez 120 jours pour le demander.
Mme Ghazal : Oui.
M. Jolin-Barrette : Donc, le droit
d'usage de la résidence pour les enfants pourrait être plus long.
Mme
Ghazal : Je comprends. C'est pour demander, pour qu'après
ça on dise : Bien là, il faudrait que les enfants restent dans la
maison pour telle, telle, telle raison, et tout ça.
M. Jolin-Barrette : Exactement, exactement.
Ça fait que...
Mme
Ghazal : C'est le fait de le demander, mais ce que vous
nous dites, c'est que, pour le demander, ça va quand même assez vite, on
a la réponse vite. Mais des fois, peut-être, pour donner le temps aux gens
de...
M. Jolin-Barrette : C'est ça, mais
là c'est parce que vous...
Mme Ghazal : ...de faire la
démarche, oui.
M. Jolin-Barrette : Tu sais,
supposons, vous avez trois mois... vous vous séparez, puis à partir de la
date de séparation, vous avez trois mois pour, supposons, demander
l'usage. C'est quand même raisonnable.
Mme Ghazal : Puis, après ça, il y a
des règles qui vont être mises en place.
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Autres interventions?
Mme la députée de Vaudreuil.
Mme Nichols : Oui. Bien, toujours
sur le délai, là, puis en tenant compte des groupes, là, qui sont venus faire des représentations, c'est vrai, là, que le délai
de 30 jours est un délai un peu court, là, puis pour les mêmes motifs, là,
qui ont été soulevés, là, parce qu'il faut
donner le temps aux parties d'aller en médiation puis d'essayer de régler leurs
dossiers à l'amiable.
Moi, j'ai retenu, puis je trouvais ça bien
intéressant, là, Me Schirm puis Marie-Elaine Tremblay, ils disaient que
c'était cohérent aussi avec la loi sur les droits de mutation, ça fait qu'il y
avait un lien à faire. Puis eux, ils suggéraient le 120 jours. Tu sais,
c'est des avocates terrain... bien, la plupart qui sont venus aussi, c'est des
gens qui font du droit familial terrain. Moi, je trouvais bien intéressant le
120 jours, même plus que le 90, parce que, souvent, il y a des délais pour prendre des rendez-vous,
soit en médiation pour avoir accès à un juge ou... Moi, je ne sais pas si les collègues
sont d'accord, là, mais...
M. Jolin-Barrette : Bien, dans le
fond, vous, vous faites référence à 120 jours parce que ce qui arrive,
c'est que, quand vous vendez votre maison à votre conjoint à l'intérieur de
120 jours, il n'y a pas de taxes de mutation, de bienvenue, c'est ça?
Mme
Nichols : Exactement.
M.
Jolin-Barrette : OK. Je suis ouvert à 120 aussi. M. le député de Jean-Talon?
Mme Nichols :
Qui dit mieux?
M.
Jolin-Barrette : Ça va? OK. Laissez-moi juste une petite seconde.
Le
Président (M. Bachand) : On va suspendre
quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à
10 h 26)
(Reprise à 10 h 36)
Le
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il
vous plaît! La commission reprend ses travaux. M. le député de l'Acadie, s'il
vous plaît.
M. Morin : Oui, merci. Merci, M. le Président. Alors, suite à
nos interventions puis à la discussion, finalement, je vais lire
l'amendement qui est le... qui est le suivant, le délai passerait de
30 jours à 120 jours. Je tiens à remercier ma collège de Vaudreuil pour
son intervention, merci. Merci beaucoup, notamment pour le 120 jours.
Donc, l'amendement se
lirait comme suit, donc, article 3 du projet de loi n° 56,
article 521.24 du Code civil : Remplacer,
dans l'article 521.24 du Code civil, proposé par l'article 3 du
projet de loi, «30 jours qui suivent la fin de l'union, lorsque
celle-ci a pris fin par la manifestation, expresse ou tacite, de la volonté par
l'un ou l'autre des conjoints de mettre fin à l'union» par «120 jours qui
suivent la cessation de la vie commune,».
Commentaire.
Cet amendement apporte la concordance avec l'amendement fait à
l'article 521.22 relativement à la fin de l'union parentale et
prolonge les mesures de protection de la résidence familiale de 30 à
120 jours.
Donc, le texte de loi
modifié se lirait comme suit :
«521.24. Les
dispositions relatives à la résidence familiale des époux s'appliquent aux
conjoints, avec les adaptations nécessaires.
«En
outre, les mesures de protection prévues aux articles 401 à 407 subsistent
pendant les 120 jours qui suivent la cessation de la vie commune.»
Voilà.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Commentaires sur l'amendement? S'il n'y a pas de
commentaire, est-ce que l'amendement est adopté?
Des voix : Adopté.
Le
Président (M. Bachand) : Adopté. Merci
beaucoup. Est-ce qu'il y a d'autres commentaires sur 521.24? S'il n'y a pas
d'autre commentaire, M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui. «521.25. Un conjoint
peut être autorisé par le tribunal à passer seul un acte concernant la résidence familiale pour lequel le consentement
de son conjoint serait nécessaire, s'il ne peut l'obtenir pour quelque
cause que ce soit ou si le refus n'est pas justifié par l'intérêt de la
famille.»
Commentaire. Cet
article permet à un conjoint en union parentale, avec l'autorisation du
tribunal, de poser seul un acte concernant la résidence familiale dans
certaines circonstances. Donc, c'est l'équivalent de l'article 399 du code
pour... en mariage.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Commentaires? Mme la députée de Mercier.
Mme Ghazal : Pour le 521.25, j'aurais, dans le fond, quelques
questions. Ce que ça dit, c'est : «s'il ne peut obtenir pour quelque cause que ce soit ou si le refus
n'est pas justifié par l'intérêt de la famille». On pense à quoi, par exemple?
M.
Jolin-Barrette : Bien, exemple, supposons... parce que, quand vous
avez le régime qui s'ouvre sur la résidence...
La protection de la résidence familiale, même si ça vous appartient à vous en
totalité, dans le fond, la résidence, bien,
pour la vendre, à partir du moment où le régime s'ouvre, donc la naissance de
l'enfant, ça vous prend le consentement du conjoint pour la vendre,
supposons.
Prenez le cas où le
propriétaire de la maison voudrait vendre la maison mais il n'a pas le
consentement de son conjoint parce qu'il y a
une déclaration de résidence familiale. Puis je ne sais pas, là, ils veulent
réduire de grosseur de maison parce qu'ils ne sont plus capables de
payer les charges puis l'hypothèque associées à la maison, puis ils veulent
déménager en plus petit. Mais l'autre conjoint dit : Non, moi, je veux
garder la maison, alors qu'ils s'en vont vers une banqueroute. Bien là, à ce
moment-là...
Mme
Ghazal : La situation financière pourrait être analysée pour
dire : Bien là, ce n'est pas bon pour les enfants, parce que d'avoir des
parents qui n'ont plus d'argent... ce genre de choses là.
M.
Jolin-Barrette : Exactement, oui. Ou prenez le cas où, supposons, la
personne, votre conjoint, a subi un accident, est dans le coma, donc ne peut
pas exprimer son consentement, ou la personne, elle est disparue. Donc, vous ne
pourriez pas... Supposons que votre conjoint est porté disparu, vous ne
pourriez pas vendre la maison. Puis, tu sais, on le sait qu'avant d'être
déclaré mort, bien, ça prend plusieurs années sur une personne qui est
disparue.
• (10 h 40) •
Mme Ghazal : Puis
quand c'est écrit «quelque cause que ce soit ou — il y a comme un
ou — si
le refus n'est pas justifié par l'intérêt de
la famille», ça veut dire que là... ce que vous venez dire, c'est une des
causes, la disparition ou la personne qui refuse de vendre pour toutes
sortes de raisons, et tout ça, ça, c'est «quelque cause». «Si le refus n'est pas justifié par l'intérêt de la famille», donc là
il donne... il ne donne pas son consentement, l'autre conjoint, il dit :
non, je ne veux pas, aussi.
M.
Jolin-Barrette : Oui. Bien, supposons, non, je ne veux pas. Puis
supposons qu'il y a des tensions dans le couple, puis il dit : Non, on va
la garder, la maison, pour telle... x, y raison. Mais supposons que, je ne sais
pas, ils veulent envoyer l'enfant dans une école qui est plus éloignée, puis le
parent aimerait ça racheter une maison plus proche de l'école, mais l'autre
parent dit : Non, moi, c'est proche de mon travail, supposons, puis c'est
ici qu'on va rester, puis tout ça. Bien, ça ne serait pas justifié, supposons,
dans l'intérêt de la famille, là, mais il y a... il y a de la jurisprudence
là-dessus parce que c'est la... avec l'article 399 déjà... ce libellé-là
existe déjà en mariage.
Mme Ghazal : OK.
Puis ça, ce n'est pas quand il y a une séparation, là. Ils sont...
M.
Jolin-Barrette : Non, non, non.
Mme Ghazal : Ils
s'entendent, ces deux-là, là?
M.
Jolin-Barrette : Bien, dans le fond, c'est les deux cas, hein? Parce
que quand il y a la protection de la résidence familiale, dans le fond, c'est
durant l'union, mais c'est aussi lorsqu'il y a une séparation.
Mme Ghazal : Puis
il n'y a pas d'autres exemples? S'il y a un cas de violence conjugale, par
exemple?
M.
Jolin-Barrette : Bien, le consentement de la personne pourrait être
vicié. Le consentement pourrait être vicié, donc ça va être évalué par le
tribunal.
Dans le fond, le
principe de base de la protection de la résidence familiale, c'est que vous ne
pouvez pas l'aliéner ou l'allouer sans le consentement de votre conjoint. Ça
fait que ça, c'est la prémisse de base. Si vous voulez la vendre ou la louer, ça prend le consentement de votre conjoint. S'il
ne veut pas, là, à ce moment-là, vous pouvez faire une demande au
tribunal pour vendre ou louer la résidence familiale, pour quelque raison que
ce soit, ou si le refus n'est pas justifié par l'intérêt de la famille.
Mme Ghazal : Puis
si la personne, elle va suivre le conjoint, mais c'est parce qu'elle est comme
contrainte, parce qu'elle subit de la violence conjugale, par exemple?
M.
Jolin-Barrette : Vous voulez dire qu'elle l'a donné, son consentement?
Mme Ghazal : Oui.
Bien, elle l'a donné pour la vendre...
M.
Jolin-Barrette : Oui, mais là on n'est pas là, là.
Mme Ghazal : Oui?
M.
Jolin-Barrette : Là, on n'est pas là, là.
Mme Ghazal : OK.
Il y a un autre article, c'est ça? Qu'est-ce que vous voulez dire, «là, on
n'est pas là»?
M. Jolin-Barrette : Non, mais ce que je veux
dire... Vous, là, votre exemple, c'est quoi? C'est : J'accepte de vendre
la résidence familiale, je donne mon consentement...
Mme Ghazal : OK,
là, ça, c'est juste pour la... ça, c'est juste pour la vente.
M.
Jolin-Barrette : Et la louer.
Mme Ghazal : Oui.
M.
Jolin-Barrette : Mais quand le conjoint n'est pas d'accord, dans le
fond, le mécanisme de protection, il est là.
C'est que vous ne pouvez pas vendre ou louer la maison si vous n'avez pas le
consentement de votre autre conjoint.
Mme Ghazal : Mais si le conjoint
consent, mais que ce n'est pas pour le bien de la famille... c'est-à-dire qu'il
le fait parce qu'il subit de la violence, il a peur de l'autre conjoint, et
tout ça, mais ce n'est pas la bonne chose. Là, le tribunal ne pourra jamais le
savoir, là, il n'y aura pas de question...
M. Jolin-Barrette : Bien là, c'est
le notaire qui évalue, parce que le...
Mme Ghazal : Le notaire va évaluer
s'il y a de la violence conjugale?
M.
Jolin-Barrette : Non, mais le notaire, là, quand il y a une
déclaration de résidence familiale qui est inscrite, là, bien, il faut
que... il fait intervenir le conjoint pour la vente de la maison. Dans le fond,
là...
Mme Ghazal : Ça fait qu'ici ça
n'intervient pas du tout, là, la contrainte?
M.
Jolin-Barrette : Tout ce régime-là existe déjà avec le mariage,
pour les ventes de résidences familiales. Donc, c'est 401 à 408 du code.
Mme
Ghazal : Dans le fond, c'est juste faire le miroir. C'est
de faire la même chose qui existe pour le mariage...
M. Jolin-Barrette : Exactement, les
mesures de protection.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député d'Acadie.
M. Morin : Oui, merci, M. le
Président. Alors, merci pour vos explications, M. le ministre. Mais dans le Code civil, actuellement, à 399, il y a une autre
disposition, qui dit : «L'autorisation est spéciale et pour un temps
déterminé; elle peut être modifiée ou révoquée.» Est-ce que ça pourrait
aider ou pas? Puis je peux comprendre... La disposition, c'est un exemple... je
ne crois pas que vous l'ayez donné, mais ça pourrait être utilisé aussi dans le
cas d'un conjoint dont l'autre conjoint, malheureusement, a une perte
cognitive, et donc ne pourrait plus s'adresser aux tribunaux, ne pourrait plus
donner son consentement. Mais je me demandais s'il y avait intérêt à rajouter
cet élément-là qui existe pour le mariage.
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est déjà
couvert, «s'il ne peut l'obtenir pour quelque cause que ce soit».
M. Morin : Oui, mais dans le Code
civil, ça le dit déjà, «s'il ne peut l'obtenir pour quelque cause que ce soit
ou si le refus n'est pas justifié par l'intérêt de la famille». C'est
exactement le même texte, sauf qu'il y a un élément de plus : pour un
temps déterminé. «L'autorisation est spéciale et pour un temps déterminé; elle
peut être modifiée ou révoquée.» Je me demandais si ça pouvait être utile.
Une voix : ...
M. Jolin-Barrette : Ce qu'on nous
dit, c'est que c'est pédagogique, dans le fond. Ça ne rajoute rien de plus.
M. Morin : Ça n'ajoute rien, OK.
Puis je peux comprendre aussi, pour la vente, il faut que les deux conjoints
soient propriétaires. Donc, un conjoint non propriétaire pourrait aussi forcer
la vente de la résidence?
M. Jolin-Barrette : Non. Dans le
fond, le mécanisme est à l'effet... la déclaration de résidence familiale fait en sorte qu'aux yeux des tiers, la personne qui
n'est pas propriétaire peut s'objecter à la vente. Dans le fond, le notaire
doit vérifier que... le consentement du
conjoint à ce qu'il y ait aliénation de l'immeuble. Quand vous êtes
copropriétaire, ça prend nécessairement votre consentement, parce que
vous êtes propriétaire, pour vendre.
M. Morin : OK. Parce que dans...
notamment dans des commentaires du Code civil, pour la vente des résidences familiales, un commentaire d'ailleurs
rédigé par le Pr Alain Roy, ça dit : «Notons toutefois qu'une
certaine jurisprudence s'appuie sur
399 pour autoriser la vente de la résidence familiale par l'un des deux époux
copropriétaires.» Mais on
dit : «Dans la mesure où les époux sont copropriétaires, la procédure
appropriée pour en obtenir la vente est l'action en partage.»
Donc, je veux juste m'assurer qu'en adoptant ça,
on n'est pas en train de créer plus de problèmes. Donc, l'action en partage,
c'est toujours ouvert aux deux époux qui sont propriétaires en union parentale
et est-ce que c'est plus approprié que ce qui est proposé là?
M. Jolin-Barrette : Vous n'êtes
pas obligé de rester dans l'indivision.
M. Morin : C'est vrai.
M. Jolin-Barrette :
Donc, à ce moment-là, vous pouvez faire en sorte de vendre votre résidence.
M. Morin :
OK. Donc, c'est juste dans le cas
où il y a un conjoint qui ne pourrait pas la vendre ou qu'il ne serait
pas capable de la vendre.
M. Jolin-Barrette : Dans le fond... C'est ça,
399 sert à faire en sorte d'aller chercher l'autorisation du tribunal pour
pouvoir faire vendre la maison quand votre conjoint refuse pour des motifs qui
sont inappropriés ou que ça ne favorise pas l'intérêt de la famille.
Donc, dans le fond,
vous n'avez pas le droit de vendre la résidence sans le consentement de votre
conjoint. Si le consentement de votre conjoint n'est pas justifié, là, à ce
moment-là, vous pouvez aller au tribunal pour requérir l'autorisation, puis là
le juge va indiquer dans les motifs pourquoi il vous permet de vendre la
résidence...
M. Morin :
Puis après ça, dans les faits,
pour la vente, les conjoints vont devoir s'adresser à un notaire... le notaire
va avoir une copie du jugement.
M. Jolin-Barrette :
Oui.Oui, pour pouvoir la vendre, sinon il ne peut pas
l'instrumenter.
M. Morin :
C'est ça, il ne pourra pas.
M. Jolin-Barrette :
Oui.
M. Morin :
OK. Très bien. Je vous remercie.
Le
Président (M. Bachand) : Mme la
députée de Vaudreuil.
Mme Nichols : Merci, M. le Président.
Bien, c'est la reprise de 399, donc, c'est la même chose, là, que l'autorisation
est spéciale, pour un temps déterminé, puis elle peut être... elle peut être
modifiée ou révoquée, là. C'est la même disposition qui s'applique.
M. Jolin-Barrette :
Oui. Bien, dans le fond, comme je le disais, c'est pédagogique, la fin. Ça
fait que ce n'est pas nécessaire de l'ajouter parce que c'est le juge qui va
déterminer les modalités dedans.
Le
Président (M. Bachand) : Autres
interventions? Alors, on continue. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette :
«521.26. Lorsque l'union prend fin par la manifestation de la volonté des
conjoints ou de l'un d'eux, le conjoint qui
entend requérir seul la radiation de l'inscription d'une déclaration de
résidence familiale sur le registre foncier doit, au moins 30 jours
avant d'adresser sa réquisition à l'Officier de la publicité foncière,
signifier à son conjoint un préavis de son intention.»
Cet article oblige le
conjoint qui souhaite, à la suite d'une rupture, requérir seul la radiation
d'une déclaration de résidence familiale à signifier d'abord un préavis à
l'autre conjoint.
Puis
on a un amendement pour... de concordance en lien avec ce qu'on a fait tantôt
sur le 120 jours. Donc, je pense qu'on peut l'afficher. Donc, deux
amendements, là, cessation de la vie commune et 120 jours, puis je vais
pouvoir vous lire ça.
• (10 h 50) •
Des voix : ...
M. Jolin-Barrette :
...on l'avait mis à votre nom vu que c'était de la concordance. OK.
Excellent.
Le
Président (M. Bachand) : Alors, M. le
député de l'Acadie pour l'amendement.
M. Morin :
Oui. Donc, 521.26, article 3... Article 521.26 du Code
civil : Remplacer, dans l'article 521.26 du Code civil, proposé par l'article 3 du projet de loi,
«manifestation de la volonté des conjoints ou de l'un d'eux» et «30 jours»
par, respectivement, «cessation de la vie commune» et «120 jours».
Commentaire.
Cet amendement fait la concordance avec les amendements apportés aux articles 521.22
et 521.24. Le texte de loi modifié se lirait ainsi :
«521.26. Lorsque
l'union prend fin par la cessation de la vie commune, le conjoint qui entend
requérir seul la radiation de l'inscription
d'une déclaration de résidence familiale sur le registre foncier doit, au moins
120 jours avant d'adresser sa réquisition à l'Officier de la
publicité foncière, signifier à son conjoint un préavis de son intention.»
Le
Président (M. Bachand) : Merci. Donc,
interventions sur l'amendement? S'il n'y a pas d'intervention, est-ce que
l'amendement est adopté?
Des voix : Adopté.
Le
Président (M. Bachand) : Adopté.
Donc, est-ce qu'il y a d'autres interventions sur 521.26 amendé? S'il n'y a pas
d'autre intervention, M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui. «521.27.
Les demandes relatives à l'attribution de la propriété ou de l'usage des
meubles qui servent au ménage ou à l'attribution du bail ou d'un droit d'usage
de la résidence familiale doivent être présentées au tribunal au plus tard
30 jours après la fin de l'union.»
Et là je comprends que le député de l'Acadie a
aussi un amendement.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de l'Acadie, s'il
vous plaît.
M. Morin : Oui, merci. Donc, article
3, article 521.27 du Code civil : Remplacer, dans
l'article 521.27 du Code civil, proposé par l'article 3 du projet de
loi, «30 jours» par «120 jours».
Commentaire. Cet amendement propose d'allonger
le délai de 30 à 120 jours après la fin de l'union pour permettre à un
conjoint de présenter au tribunal une demande d'attribution relative à la
résidence familiale ou à un meuble qui sert au ménage.
Texte de loi modifié : «521.27. Les
demandes relatives à l'attribution de la propriété ou de l'usage des meubles
qui servent au ménage ou à l'attribution du bail ou d'un droit d'usage de la
résidence familiale doivent être présentées au tribunal au plus tard
120 jours après la fin de l'union.»
Voilà, et ceci fait référence, évidemment, aux
discussions que nous avons eues précédemment, et je remercie ma collègue la
députée de Vaudreuil pour son intervention.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Est-ce qu'il y a
d'autres interventions sur l'amendement? S'il n'y a pas d'intervention, est-ce
que l'amendement est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) : Adopté. Donc, autres interventions sur
521.27 amendé? S'il n'y a pas d'autre intervention, M. le ministre, s'il
vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui. «521.28. Le
tribunal peut ordonner à l'un des conjoints de quitter la résidence familiale
pendant toute instance visant à régler les conséquences de la fin de l'union.
«Il peut aussi autoriser l'un d'eux à conserver
provisoirement des biens meubles qui jusque-là serviraient à l'usage commun.»
Commentaire. Cet article permet au tribunal de
rendre les ordonnances provisoires concernant la résidence familiale et les
biens meubles servant à la famille pendant toute instance visant à régler les
conséquences de la fin de l'union parentale.
Le Président (M.
Bachand) : Interventions? M. le député de
l'Acadie.
M.
Morin : Oui, merci, M. le Président. En fait, en... donc
en pratique, un des conjoints va s'adresser au tribunal.
M. Jolin-Barrette : ...c'est
l'équivalent de l'article 500 du Code civil pour le mariage.
M. Morin : OK, bien, merci.
Le Président (M.
Bachand) : Mme la députée de Mercier.
Mme Ghazal : Juste ici, pour bien
comprendre, si, par exemple, il y a... en cas de violence conjugale, est-ce que
ce sera à l'auteur des violences conjugales de venir défendre son maintien dans
les lieux?
M. Jolin-Barrette : Bien, dans le
fond, supposons que madame est la victime de violence conjugale, elle, elle va faire une demande à la Cour pour
dire : Bien, je souhaite que vous ordonniez... un, je souhaite me faire
attribuer la résidence familiale, puis deux, je souhaite que monsieur
doive quitter la résidence familiale.
Mme Ghazal : Ça fait qu'il ne peut
pas, lui... Il ne peut pas, lui, commencer à dire : Ah!... L'auteur de la violence conjugale ne peut pas dire : Bien...
C'est sur lui que repose le fardeau de la preuve pour après ça dire :
Bien, moi, je veux garder...
M. Jolin-Barrette : Non, mais dans...
Mme Ghazal : ...les meubles et tout
ça, les biens meubles.
M.
Jolin-Barrette : Dans le fond, le tribunal va se baser notamment
sur l'intérêt de l'enfant. Puis, dans le fond, l'objectif de l'article, c'est d'exclure... de pouvoir exclure le
conjoint de la résidence familiale. Donc, la personne qui veut se faire attribuer la résidence et qui veut qu'un des
conjoints quitte la résidence familiale, fait sa requête à la cour et dit dans sa requête : Bien, écoutez, on... en
fonction de l'intérêt de l'enfant, en fonction de la stabilité de l'enfant, en
raison, supposons, des allégations de
violence conjugale, à ce moment-là, je veux que vous m'attribuiez la résidence
familiale puis je veux que vous demandiez à monsieur de quitter.
Mme Ghazal : Si
une personne qui est victime de violence conjugale, elle n'a pas la force, là,
de faire ça, là, tu sais...
M.
Jolin-Barrette : Bien, c'est un recours qui est à sa portée.
Mme Ghazal : Puis,
si elle n'a pas la force de le faire, mais cette situation-là existe pour vrai?
M.
Jolin-Barrette : Oui, mais là on est dans une... dans un continuum
juridique. Supposons, c'est des... c'est des options qui s'offrent, notamment,
aux personnes victimes de prendre ce recours-là, mais le recours ne peut pas...
ne peut pas venir de lui tout seul, là. Puis
ça peut arriver, dans certaines circonstances, la personne victime de violence
conjugale aussi ne veut pas demeurer dans cette résidence-là, considérant que
monsieur sait c'est où.
Mme Ghazal : Ça fait que... Mais ça, c'est un recours qui
fait... vous dites : pour les personnes victimes de violence
conjugale...
M.
Jolin-Barrette : Bien, c'est un recours qui dit...
Mme Ghazal : Qui
existe.
M. Jolin-Barrette :
...qui dit : Bien, il y en a un... Dans le fond, je... Un des
conjoints dit : Je souhaite que monsieur
ou madame quitte la résidence familiale. Ça fait que le tribunal peut
l'ordonner, c'est un des pouvoirs que l'on donne. C'est en fonction des circonstances.
Mme Ghazal : Mais
si, par exemple, il y a de la violence conjugale qui est connue — là, je
sais qu'après ça, il y a tout le reste, là, peut-être la DPJ, peut-être pas, tu
sais, on ne le sait pas, là, la situation — puis que ce n'est pas parce qu'il y a une personne qui... la personne
victime qui demande... Tu sais, elle... c'est-à-dire qu'on est au courant que,
dans une telle situation, il y a de la violence conjugale...
M.
Jolin-Barrette : Mais qui est au courant?
Mme Ghazal : Je
ne sais pas, ça finit par se savoir, à l'école ou quelque chose comme ça, là.
Je sais qu'il y a tout... d'autres processus qui s'enclenchent, là, mais que,
finalement, la personne reste, est-ce que c'est possible que la personne
victime de violence conjugale n'est pas au courant qu'elle a ce recours-là,
admettons? Est-ce que ce recours-là peut s'appliquer?
M.
Jolin-Barrette : Oui, mais là...
Mme Ghazal : L'avocat
va nous le dire.
M. Jolin-Barrette : ...on a mis en place... on a mis en place des
lignes téléphoniques, comme Juripop, quatre heures de services
juridiques gratuits pour prévoir toutes les questions en matière juridique,
notamment pour les personnes victimes de violence conjugale, violences sexuelles.
Donc, que les gens n'hésitent pas à appeler. L'aide juridique est disponible aussi, Juripop est là, la ligne
Rebâtir. Donc, on a l'ensemble... on a l'aide financière d'urgence, SOS
violence conjugale, SOS violence sexuelle aussi, avec le programme d'aide
financière d'urgence. On a déployé...
Mme Ghazal : Mais l'autre personne pourrait, par exemple,
vouloir se défendre. Parce que supposons que cette dame-là appelle puis... Juripop et tout ça parce
que c'est gratuit pendant quelques heures, puis on lui dit : Regarde, il y
a ce recours-là qui existe.
M.
Jolin-Barrette : C'est la Commission des services d'aide juridique qui
offre la ligne Rebâtir.
Mme Ghazal : C'est ça. Ça fait que, là, elle dit : Très
bien, je vais faire ce recours-là pour que monsieur puisse quitter, mais
que lui, par exemple, il se bat pour rester.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais, dans le fond,
là, il y a plusieurs éléments dans un dossier comme ça, parce que, fort
probablement, il va peut-être avoir une plainte au criminel et, déjà, s'il a
une plainte au criminel puis, supposons, monsieur
est arrêté, il va déjà avoir, supposons, une interdiction de contact ou, dans
les conditions de remise en liberté, ça va être de ne pas se retrouver à
x...
Mme
Ghazal : En fait, moi, mon point, là, juste pour être sûr que tout le
fardeau de la preuve ne repose pas juste sur la personne victime...
M.
Jolin-Barrette : Bien, en fait...
Mme Ghazal : ...que
le fardeau de la preuve soit inversé puis que ça soit lui qui dise : Ah!
bien, moi, il faut que je reste là, le conjoint violent.
M.
Jolin-Barrette : Non, mais c'est une demande qui est faite de la part
de la personne qui veut cette requête-là. Donc, la personne l'allègue, il n'y a
pas de renversement du fardeau de preuve. Donc, la personne va soulever pourquoi elle veut que l'autre conjoint
quitte, puis là le tribunal dispose de la requête. Mais, comme dans tout
système, il y a une possibilité de contester la demande.
Mme Ghazal : Je
réfléchis en même temps.
M. Jolin-Barrette : OK. Mais c'était déjà
comme ça. Dans le fond, cet article-là, c'est une mesure de protection
pour les conjoints, comme l'article 500 du code actuellement en mariage.
Le Président (M. Bachand) : Ça va? Autres interventions? S'il n'y a pas d'intervention, on continue.
M. le ministre.
M.
Jolin-Barrette : «521.29. L'union parentale emporte constitution d'un
patrimoine d'union parentale formé de certains biens des conjoints sans égard à
celui des deux qui détient un droit de propriété sur ces biens.»
Commentaire. Cet
article prévoit la création d'un patrimoine d'union parentale.
• (11 heures) •
Le
Président (M. Bachand) : Merci.
Interventions? S'il n'y a pas d'intervention, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui. «521.30. Le
patrimoine d'union parentale est composé, dès sa constitution, des biens
suivants dont l'un ou l'autre des conjoints
est propriétaire : la résidence familiale ou les droits qui en confèrent
l'usage, les meubles qui la garnissent ou l'ornent et qui servent à
l'usage du ménage et les véhicules automobiles utilisés pour les déplacements
de la famille.
«Sont
toutefois exclus du patrimoine d'union parentale les biens qui sont échus à
l'un des conjoints par succession ou donation avant ou pendant la durée
de l'union.
«Il en est de même
des biens du conjoint mineur, qui ne sont pas inclus au patrimoine d'union
parentale qu'à l'atteinte de sa majorité.»
Commentaire.
Cet article identifie les biens faisant partie du patrimoine d'union parentale
et ceux qui en sont exclus.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. M. le
député d'Acadie.
M. Morin : Merci, M. le Président. Alors, pour la composition
du patrimoine d'union parentale, M. le Président, on a eu plusieurs
groupes, en fait, qui nous ont... qui ont suggéré que ce soit un peu plus
étendu. Et dans un premier temps, j'aimerais
savoir, de la part du ministre, pourquoi il avait été son choix sur les biens
qui sont là puis qu'il n'a pas décidé, par exemple, d'inclure plus de
biens. Est-ce qu'il y a une raison particulière?
M.
Jolin-Barrette : Bien, en fait, le régime d'union parentale n'est pas
le patrimoine familial. Ça, c'est le premier élément. Donc, on est venu mettre
un filet de sécurité pour les conjoints, pour les enfants, sur les biens qui
sont les plus courants pour les familles, c'est-à-dire la résidence familiale,
c'est-à-dire les meubles, c'est-à-dire les véhicules servant à l'usage de la
famille. Donc, on n'a pas inclus les régimes de retraite, les fonds de pension,
les REER pour plusieurs raisons, dont la
première c'est que ce n'est pas les mêmes règles que le mariage. Deuxièmement, il
y a un apport personnel et individuel dans le régime de retraite notamment,
aussi, au moment de la séparation, bien, ce n'est pas... les enfants n'en
bénéficient pas immédiatement du régime de retraite, supposons.
M. Morin : Oui, ça, je le comprends, sauf que... Puis je
comprends qu'en fait la base, la pierre angulaire de votre projet de
loi, c'est de veiller, finalement, à ce que les enfants ne soient pas laissés
pour compte. Donc, c'est... ça vise, avant tout, l'enfant.
Maintenant, plusieurs
experts ou groupes sont venus nous suggérer en commission parlementaire que,
par exemple, ça pourrait comporter plus qu'uniquement la résidence familiale ou
les résidences familiales. On nous a dit, et
je me... je me souviens, certains groupes qui nous disaient : Vous savez,
il y a des gens qui ont plusieurs résidences. Je comprends que ce n'est pas
tout le monde, mais... puis que la famille les utilise. Il y en a qui parlaient
de résidences secondaires, qui disaient : Souvent, c'est plus
important que la résidence, en fait, qui est décrite comme étant la résidence
familiale. Donc, advenant, éventuellement, un partage du patrimoine de l'union
parentale, ne serait-il pas approprié de rajouter, par exemple, certains biens,
notamment en ce qui a trait à la résidence? C'est ce que... bon, c'est ce que différents
groupes, en fait, nous suggéraient. Si je me souviens bien, il y avait la Chambre
des notaires, il y avait le Barreau du Québec, l'Association professionnelle
des notaires également.
Donc,
j'aimerais savoir, au fond, ce que vous pensez, s'il y a une ouverture de votre
part à l'étendre à d'autres résidences, en fait, toujours, évidemment,
dans le bien de la famille puis pour le bien des enfants.
M.
Jolin-Barrette : Bien, je comprends que le sens de votre
intervention, ce serait de rajouter «les résidences servant à l'usage la
famille», plutôt que «la résidence principale», «la résidence familiale», dans
le fond, d'inclure le tout. C'est sûr que les parties peuvent l'ajouter par
voie contractuelle. Tu sais, quand le régime s'ouvre, ils ont la possibilité de
dire : Bien, ça, c'est le filet de sûreté, la résidence, les autos, les
meubles. Ils ont la possibilité de dire : Bien, nous, on met une protection supplémentaire, on met les résidences
de la famille. Mais là, vous, je comprends que vous souhaiteriez que toutes les résidences soient là d'office, quitte à
s'exclure par la suite, à dire : Finalement, supposons, on veut retirer du patrimoine de l'union
parentale, supposons, les chalets... J'ai un chalet, je ne sais pas, là, à
Broughton, bien là, à ce moment-là, on exclut le chalet en allant chez
le notaire. Donc, vous, vous souhaiteriez que les résidences soient là d'office
puis qu'on puisse les retirer.
M. Morin : Bien, c'est ce que...
c'est ce que plusieurs groupes nous ont mentionné, parce que je comprends quand
vous dites que rien n'empêche les conjoints de les ajouter, mais on sait aussi
que présentement, dans les faits, les conjoints qui sont en union de fait et
qui ont un contrat, là, de vie commune, c'est à peu près 8 %. Donc, ce
n'est quand même pas beaucoup. Donc, compte tenu de ce que plusieurs groupes
nous disaient et puis pour protéger évidemment la famille, puis les enfants,
moi, c'est une chose que je voulais explorer avec vous en ce qui a trait à
l'ensemble des résidences finalement.
M. Jolin-Barrette : OK. Puis
êtes-vous en accord avec le fait que les régimes de retraite, les REER, les
fonds de pension soient exclus du régime?
M. Morin : Bien, c'est-à-dire que
j'ai écouté... j'ai écouté votre explication. Vous avez dit aussi, plus tôt
aujourd'hui, que votre choix, ce n'était pas de marier des gens de force et
donc vous établissez une distinction entre le mariage qui est déjà prévu au
Code civil et l'union de fait. Ça fait que moi, je regardais plutôt toute la
question des biens, là, compte tenu de ce que les groupes nous ont dit
finalement.
M. Jolin-Barrette : Bien, écoutez,
M. le Président, peut-être entendre les collègues aussi de Vaudreuil et de
Mercier sur ce que... ce qu'ils pensent de la réflexion, notamment, du député
de l'Acadie.
Le Président (M.
Bachand) : Mme la députée de Mercier.
Mme
Ghazal : Oui, merci. Oui, c'est un élément extrêmement,
extrêmement important puis c'est vrai, comme le collègue le mentionne,
il y a beaucoup de groupes qui sont intervenus à cet effet. Et là, ce matin, je
pense que le ministre l'a peut-être vu, il y a un communiqué de la Commission
des droits de la personne et des droits de la jeunesse
qui s'inquiète de l'inégalité qu'il pourrait y avoir entre les enfants qui sont
dans des unions de mariage versus des unions de fait. Et on sait, là,
les mères en union de fait sont significativement plus à risque
d'appauvrissement après une séparation, et ça peut avoir un impact sur le
respect des droits des enfants.
Donc, c'est
important, là, d'inclure le patrimoine de façon générale puis peut-être d'être
plus dans un système «d'opt-out». Ça veut dire que tout est inclus de la
même façon qu'un mariage, puisque c'est ça, l'objectif de cette loi-là. Puis
l'intention du ministre, de ce qu'on a compris, c'est de s'assurer qu'il y ait
cette égalité entre les enfants qui sont dans... issus d'un mariage versus les
enfants issus de conjoints de fait. C'est sûr que moi, dans mon coeur, j'aurais
aimé ça qu'on n'ait pas besoin d'avoir cette discussion-là puis que les deux
soient à égalité. Bien, peut-être en 2050, on va être arrivés à cette
égalité-là ou en 2060, où les hommes et les femmes, leurs revenus, leurs
revenus de retraite sont égaux, et tout ça, puis là la question ne se pose
plus.
Mais là, ici, tant qu'à être en train de
légiférer, ça serait important d'entendre les... tu sais, d'en profiter, de
profiter de cette occasion-là pour enlever cette iniquité qui existe entre les
deux. Je comprends que le ministre, lui, ce qu'il dit : Notre objectif
n'est pas de marier de force les gens, puis il y a des dispositions, là, dans
le projet de loi qui permettent de ne pas
aller jusque-là, mais ici on parle d'un élément du patrimoine familial, de la
sécurité financière des enfants, donc, c'est un élément fondamental. Donc, moi,
j'invite le ministre à tenir compte de l'avis de la Commission des
droits de la personne et des droits de la jeunesse qui lui dit qu'en n'incluant
pas tous les biens, bien, l'article 56 continue à créer cette iniquité.
Puis il y a eu plusieurs groupes aussi qui, dans
leurs mémoires, ont exposé des faits. Ce n'est pas... Ce n'est pas une opinion personnelle. Moi, je pense qu'on
devrait tout inclure. Comme je vous le dis, c'est basé sur les chiffres
qu'on a, actuels, en 2024. On est juste dans les années 20, donc il n'y a
pas encore cette égalité entre les hommes et les femmes financièrement. En
2020, par exemple, les femmes avaient 30 % moins de revenus de retraite
que les hommes. Puis ça, il y a une autre
statistique, moi, qui m'épate vraiment, là, qui... même, je la trouve
choquante, 41 % des enfants de
parents qui étaient en union libre n'ont pas le même niveau de vie chez leurs
deux parents après la séparation, et c'est énorme, là, comme différence.
C'est-à-dire que, quand des parents sont mariés, ils divorcent... versus, il y
a des parents qui... Bien là, maintenant,
c'est des ex-conjoints qui se séparent alors qu'ils étaient en union de fait,
bien, la différence de niveau de vie entre les enfants, là, des deux
ex-conjoints, c'est 41 % de différence. C'est énorme. C'est sûr que ça a
un impact sur la vie de ces enfants-là, c'est sûr et certain.
• (11 h 10) •
Puis il y a
une étude aussi qui a été publiée en 2023 par l'équipe de la professeure de
l'INRS, Maude Pugliese, que j'invite
le ministre à lire. Au Québec, chez les personnes en union libre, le patrimoine
des hommes est 80 % plus élevé que celui des femmes. Ça s'établit à
271 000 $ comparativement à 151 000 $ pour les femmes.
Donc, les différences sont
significatives, là, c'est énorme comme différence. Puis ça, c'est pour toute
sorte de raisons, hein? Souvent, on le sait, dans les couples, je ne le
sais pas, on le voit autour de nous où la femme va peut-être aller plus faire
l'épicerie, plus... Je ne sais pas c'est
quoi, l'entente, là, au-delà de l'entente entre les deux conjoints. Souvent, la
mère, pour les enfants, va dépenser toute sorte d'argent pour les
dépenses courantes et moins peut-être investir en bourse ou ailleurs, ne
serait-ce que parce qu'elle a moins d'argent. Ce n'est pas tous les couples qui
décident de faire ça de façon très, très proportionnelle.
Ça fait que, si le ministre a à coeur le sort
des enfants, c'est ça la raison pour laquelle... Non, mais c'est ça qu'il nous
dit tout le temps : Ce qui est important, c'est l'équité pour les enfants.
D'ailleurs, ça, ça peut être discuté à un autre moment, là, plus loin dans le
projet de loi. Ce qu'il dit, c'est que c'est la naissance de l'enfant qui
est... qui marque l'entrée dans le régime de l'union parentale. C'est parce que
ce qu'il avait en tête, c'est les enfants, ce n'est pas juste... Ce n'est pas uniquement entre les deux conjoints, là, qui
sont deux adultes, mais c'est vraiment le bien des enfants. Puis cette
différence-là, entre les hommes et les femmes, a un impact lorsque le couple,
par exemple, se sépare.
Donc, moi, ce que j'invite le ministre à faire,
c'est de regarder tous ces arguments-là, de voir les chiffres, les faits. On
est en 2024, on est en train de légiférer. Donc, profitons de cette
occasion-là... de ne pas manquer puis dire, quelques années plus tard : Ah
mon Dieu! finalement, ça n'a pas eu tant d'impact qu'on aurait aimé sur les enfants.
Il y en a quand même, tu sais, puis ça a été salué, là, par tout le monde. Mais
de faire la même chose entre... que les couples soient mariés ou qu'ils soient
en union de fait, puis après ça, s'ils décident, d'un commun accord, d'enlever
des biens, par exemple, il faudrait inclure, dès le début, les REER, par
exemple. Puis si, à un moment donné, ils décident
de les enlever, bien, qu'ils aillent devant le notaire puis, après ça, de se
retirer du régime, mais qu'ils y soient inclus dès le départ pour une
question d'équité.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M.
Jolin-Barrette : Bien, M. le Président, j'écoutais avec attention
la députée de Mercier, mais, dans le fond, je comprends que la position
de la députée de Mercier, c'est justement de marier les gens de force, parce
que...
Mme Ghazal : ...
M.
Jolin-Barrette : ...bien,
laissez-moi terminer, en... Dans le fond, c'est le... dans le fond, vous voulez
qu'on applique le patrimoine familial aux unions de fait avec enfants.
Mme Ghazal : Avec la possibilité...
M. Jolin-Barrette : De retirer?
Mme Ghazal : Oui.
M. Jolin-Barrette : À n'importe quel
moment?
Mme Ghazal : Bien, ça...
M.
Jolin-Barrette : Ou à la fin... ou à la fin de l'union? Est-ce
qu'ils pourraient renoncer en cours d'union, ou vous, c'est comme moi,
en mariage, c'est uniquement à la fin de l'union?
Mme
Ghazal : Non, mais s'ils veulent faire... sortir du régime,
ils pourraient décider de faire un contrat avec...
M. Jolin-Barrette : ...
Mme Ghazal : ...c'est ça, un contrat
pour pouvoir dire : Bien, finalement, on va se le séparer, c'est-à-dire...
M. Jolin-Barrette : En cours de
route?
Mme Ghazal : Oui, oui.
M. Jolin-Barrette : Vous ne voulez
pas que ça soit comme dans le mariage ou, s'il n'y a pas de possibilité de
renoncer au patrimoine familial, uniquement qu'à la fin, lorsqu'il y a
séparation.
Mme Ghazal : Non. Je ne veux pas
que, quand ils commencent à se chicaner, qu'ils disent : Ah! finalement,
on va commencer à séparer les biens, c'est-à-dire que tout soit inclus, puis
que c'est possible...
Une voix : ...
Mme Ghazal : C'est ça, par exemple,
il peut y avoir un délai, je ne sais pas, au début de la première année, ou
deux premières années, ou trois années, je ne sais pas trop, leur donner cette
possibilité-là.
Une
voix : ...
Mme Ghazal :
C'est ça, qu'ils... exact, qu'ils puissent passer par le notaire, puis qu'ils
puissent faire cette séparation-là, puis que ça soit inclus dès le départ,
pas... Puis ce n'est pas de marier les gens de force.
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est... Dans le
fond, vous voulez mettre les mêmes protections associées qu'en mariage.
Mme Ghazal : Bien,
parce que, si on pense, par exemple, aux enfants, revenons à ça, là, où on voit
que la capacité... Ça, c'est des
statistiques, ce n'est pas mon opinion personnelle. Les statistiques nous
montrent que les femmes, encore aujourd'hui, et c'est très malheureux,
et j'aimerais que ça ne soit pas ça, la réalité, mais c'est la réalité, de
façon générale, elles ont une moins grande capacité d'épargner pour leur
retraite et aussi en cours de vie. Puis quand il y a une séparation, les
enfants, là, sont plus pauvres. Les enfants des couples en union libre qui se
séparent, bien, la différence, là, économique est beaucoup plus grande que leur
niveau de vie, là, que celui des enfants des couples qui divorcent suite à un
mariage. Ça, ça devrait parler au ministre, je ne peux pas croire.
M.
Jolin-Barrette : Oui. Il faut faire attention avec les statistiques
aussi, parce que les chiffres...
Mme Ghazal : Ah!
vous les remettez en question?
M.
Jolin-Barrette : Bien, les chiffres, il faut toujours regarder de
quelle façon ils sont présentés puis quelle clientèle on vise aussi, parce
que...
Mme Ghazal : Donc, les femmes, au Québec, sont aussi riches que
les hommes. C'est ça que vous êtes en train de me dire?
Le Président (M. Bachand) : Une personne à la fois, parce que, sinon, vous allez... je vais vous
demander de vous adresser directement à la présidence, puis ça va
allonger... M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Non, ce n'est pas ça que j'ai dit. Ce que je dis, c'est que le régime qu'on
est en train d'instaurer, c'est un régime
d'union parentale qui va s'appliquer à partir du 30 juin 2025, lorsque
vous aurez un enfant en commun. Quand
vous regardez les chiffres, justement, les statistiques, ceux qui bénéficient
de régimes de retraite, désormais, c'est majoritairement des femmes,
majoritairement des femmes. Sur le marché du travail, plus de 55 %,
notamment des emplois dans la fonction publique et parapublique, qui
souscrivent et qui bénéficient d'un régime de prestations déterminées...
Ça,
ça signifie que, si je suis la logique de la députée de Mercier, le fait de
venir inclure les régimes de retraite et les fonds de pension viendrait
faire en sorte, justement, de désavantager des femmes majoritairement, parce
que, si vous calculez à partir du fait qu'il y a un plus grand nombre de femmes
qui ont des régimes de retraite à prestations déterminées, ça veut dire avec un
montant accumulé, avec une rente garantie, ça veut dire que c'est ce régime-là
de retraite qui va être réparti. Donc, le
fait d'inclure, à la base, pourrait faire en sorte de pénaliser financièrement
les femmes, entre autres.
Et
je vais juste compléter. Là, les statistiques que vous présentez, c'est
notamment des statistiques historiques de couples qui existent,
notamment, depuis plusieurs années. Puis je suis d'accord avec vous, il y a une
disproportion chez les femmes qui sont en union de fait au cours des années,
parce qu'il n'y avait pas de filet de sécurité. Et là ce qu'on vient corriger,
notamment pour les conjoints les plus vulnérables financièrement, qui sont
généralement les femmes, c'est justement ce filet de sûreté là, en incluant la
résidence familiale, les biens, les meubles et les autos, ce qui vient faire en sorte... parce que, pour la
majorité des couples au Québec, l'actif le plus important étant la maison. Et
on veut éviter des situations où, comme vous le dites, madame paie l'épicerie
et elle n'investit pas sur l'hypothèque, puis supposons que la maison était au
nom de monsieur, bien là, ça crée une iniquité. Donc, on veut éviter ce genre
de situation là.
Ça
fait que, quand je disais : Faisons attention avec les statistiques, on se
retrouve dans des situations où on a, à travers les statistiques, des
couples que ça fait, supposons, 40 ans, 50 ans qui sont mariés, donc
il y a un passé qui est important, puis la structure de vie puis d'organisation
familiale était différente. Vous avez, à travers vos statistiques, aussi beaucoup
de couples en union de fait, 65 % des enfants qui naissent en union de
fait. Ça fait qu'eux, ils n'ont aucun régime de protection. Ça fait que je suis
d'accord avec vous, quand vous regardez les statistiques dans la perspective de
quel est l'état actuel de la situation en fonction de l'absence de régime de
protection, ça donne les chiffres, sauf que
là le régime, ce qu'il fait, c'est qu'il est pour le futur, avec la venue d'un
enfant, 30 juin 2025, pour le futur.
Puis quand on regarde
la proportion, supposons, de femmes en âge de procréer, en fonction des
statistiques que nous avons, notamment, supposons, le nombre de femmes
universitaires qui graduent par rapport aux hommes, tout ça, la situation, elle
est mouvante. On n'est pas dans le même portrait socioéconomique du passé,
donc, d'où mon commentaire. Donc, c'est pour
ça que l'inclusion des REER aussi, c'est un choix aussi personnel de :
Est-ce que je contribue ou non en
prévision de ma retraite? Est-ce que je souscris ou non au régime de retraite
aussi? Contrairement à l'application
immédiate, sur pourquoi est-ce qu'on a inclus la maison, bien, parce que la
maison, c'est l'actif tangible, quotidien des gens, comme les meubles,
comme les véhicules automobiles.
Ça fait que j'apporterais certaines nuances
là-dessus, mais je comprends que votre position, c'est : On devrait
inclure tout avec une disposition de retrait dans l'année, comme vous avez dit.
Mme Ghazal : Bien,
est-ce que le ministre serait ouvert à faire ça, à ce qu'il y ait une option de
retrait, c'est-à-dire de tout inclure puis qu'il y ait une option de
retrait? Est-ce qu'il serait ouvert?
M.
Jolin-Barrette : Mais nous, on a déjà l'option de retrait, mais, non,
on n'est pas ouverts à inclure les régimes
de retraite, les fonds de pension puis les REER, notamment en raison des choix
individuels. Prenez l'exemple suivant, là. Madame bénéficie d'un régime
de retraite, d'un régime de retraite enregistré, monsieur n'en a pas. Si vous l'incluez dès le départ, il va rester dedans.
Ça ne veut pas dire que monsieur va accepter d'aller chez le notaire pour
soustraire. Donc...
Mme Ghazal : Moi, l'argument, je ne l'amène pas juste homme ou
femme, je veux dire, ce qui est important, c'est aussi le patrimoine
familial puis son impact aussi sur les enfants.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais sauf que les
enfants ne bénéficieront pas du régime de retraite, tu sais. Dans le fond, ce
n'est pas une créance qui est liquide, exigible à ce moment-là. Le régime de
retraite, au moment où il va être, supposons, partagé, les enfants vont avoir
quitté la maison depuis longtemps.
Mme Ghazal : Mais il y a quand même un appauvrissement, je veux
dire, les... Je comprends, ce que le ministre dit, c'est qu'il y a...
dans les... tu sais, les chiffres, on les regarde sur le passé.
M.
Jolin-Barrette : Je ne refais pas le passé.
• (11 h 20) •
Mme Ghazal : Est-ce
que le ministre a des prévisions basées sur le nombre de femmes qui ont des
régimes de retraite, les salaires, etc.? Est-ce qu'il a des prévisions qui
démontrent que cette inégalité-là, dans le futur, puis la capacité pour les femmes d'économiser en vue de
leur retraite est... va devenir équivalente aux hommes? Est-ce qu'il a des prévisions de l'avenir, vu qu'il est très
certain, il est sûr que, dans l'avenir, à cause de la situation actuelle, les
chiffres ne ressembleront plus à ceux du passé, puisqu'aujourd'hui les
chiffres que nous avons sont basés sur les 20 dernières années? Est-ce qu'il a
des prévisions pour... de ce que ça va avoir l'air, à peu près, d'ici les 20
prochaines années, puisqu'il a l'air sûr de son affaire?
M.
Jolin-Barrette : Les régimes, entre le mariage et l'union parentale,
sont différents. Dans le fond, le choix que
l'on fait, comme société, là, c'est de dire : La venue d'un enfant amène
des conséquences économiques pour le conjoint. Ce n'est pas un régime de
partage économique comme l'est le mariage, l'union parentale. L'union parentale
est générée, créée par la venue d'un enfant. Donc, c'est un régime qui
vient dire : Bien, écoutez, vous allez avoir une protection de résidence familiale, un partage de résidence familiale, les
autos, les meubles, une prestation compensatoire aussi si, en lien avec
la venue de l'enfant, il y a un déséquilibre qui s'impose.
Le
mariage, c'est vraiment une union économique entre les conjoints, donc ce n'est
pas du tout la même chose. Le régime, il y a certaines modalités qu'on
tire, mais on ne vient pas faire en sorte d'appliquer les mêmes règles sur le
tout. Puis la société est en train de bouger. Donc, comme je vous le disais, on
ne refait pas le passé associé à ça. Puis, tu sais, même à l'intérieur du
mariage, il y a des distinctions. Les gens qui sont mariés... parce que tantôt
je vous entendais, puis vous disiez : Bien, il faut que ça bénéficie à
l'ensemble. Mais il y a des gens qui sont mariés en séparation de biens, puis ce qui est gagné durant le mariage n'est pas
partageable, à l'exception du patrimoine familial. Donc, à travers...
Mme Ghazal : ...automatique, il a
fallu qu'ils signent un contrat pour ça. Ce n'est pas l'application automatique
quand on se marie.
M. Jolin-Barrette : L'application
automatique, c'est la société dans laquelle... le régime par défaut. Il y en a
qui se marient en séparation de biens.
Mme Ghazal : C'est ça, exact, mais il va falloir qu'ils
décident puis qu'ils fassent un geste pour, après ça, dire qu'on ne
sépare pas. C'est un peu le miroir que moi, je propose au ministre pour l'union
parentale.
M. Jolin-Barrette : Vous avez plusieurs
éléments. Dans un premier temps, le citoyen, il décide d'aller se marier,
tu sais, comme il y a deux personnes qui décident d'y aller, qui disent :
Bien oui, on se marie.
Mme Ghazal : Évidemment, tout le monde sait que c'est pour des
raisons économiques que les gens se marient.
M. Jolin-Barrette : Ça
dépend à qui vous demandez. Ça dépend à qui vous demandez. Il y a autant de
raisons de se marier qu'il y a de personnes. Il y a plusieurs facteurs,
personnels, institutionnels, historiques, religieuses. Mais, au bout de
la ligne, le mariage vient avec un encadrement législatif qui est clair. Là, on
crée un nouveau régime. Là, on dit : Bien, nous, dans le cadre de ce
régime-là, les régimes de retraite, fonds de pension ne sont pas couverts... ne
sont pas couverts. La résidence familiale,
elle l'est. On a une proposition avec le député de l'Acadie qui dit :
Bien, vous devriez étendre ça aux résidences...
Mme Ghazal : Secondaires.
M.
Jolin-Barrette : ...de la famille, servant à l'usage de la famille.
Bon, les... Pr Malacket nous a dit : Si on veut atteindre une
compensation plus... bien, en fait, viser une plus grande compensation, ça
serait vers les résidences familiales
servant à l'usage de la famille qu'il faudrait aller. Il y en a d'autres qui
sont venus nous dire ça, mais on n'ira pas vers les régimes de retraite,
les REER.
Mme Ghazal : Mais pourquoi la
maison... La maison aussi, ça peut être considéré comme un bien. Tu sais, évidemment, les gens habitent dedans, mais c'est
quand même un enrichissement, admettons, quand on est propriétaire.
Pourquoi ça, mais pas les REER? Juste... parce qu'on pourrait dire... quelqu'un
pourrait dire : Mon Dieu, mais...
M. Jolin-Barrette : Mais la maison
est à l'usage...
Mme Ghazal : ...pourquoi est-ce
qu'il inclut la maison? Il me force... le ministre me force de me marier.
M. Jolin-Barrette : Bien non, la
maison est un...
Mme Ghazal : Une personne pourrait
dire ça.
M.
Jolin-Barrette : ...la maison est à usage familial. Vos REER, votre
régime de retraite n'est pas à usage familial. Le véhicule, là... Quand,
là, vous embarquez dans votre véhicule, là, puis que vous allez chercher bébé à
la garderie, bébé deux à l'école, vous allez au hockey ou à la gymnastique,
vous amenez votre conjoint au travail, parce que vous voulez qu'il aille travailler, c'est une auto qui sert à l'usage de la
famille. La résidence aussi. Là, je comprends que le chalet, il y aurait
peut-être cette même logique là aussi, le régime de...
Mme Ghazal : Vous êtes ouvert pour
les chalets?
M. Jolin-Barrette : Bien, écoutez,
je suis ouvert, mais c'est pour ça que je vous pose la question.
Mme Ghazal : Vous êtes ouvert pour
les chalets, mais pas pour les REER. Ça, vous êtes sûr, par exemple?
M. Jolin-Barrette : Oui. Ça fait que
je ne sais pas, la députée de Vaudreuil, ce qu'elle en pense.
Mme Ghazal : J'essaie de trouver la
logique, oui. On peut écouter, oui, la députée de Vaudreuil.
Le Président (M.
Bachand) : Ça va? Mme la députée de
Vaudreuil.
Mme Nichols : Merci, M. le
Président, de me passer la parole. Juste à 521.30, là, je veux juste préciser,
parce qu'on dit que «le patrimoine d'union parentale est composé dès sa
constitution», le «dès», c'est la naissance de l'enfant, c'est la journée de la
naissance de l'enfant?
M. Jolin-Barrette : Oui.
Mme Nichols : Parfait. C'est à
partir de là que le patrimoine se crée.
M. Jolin-Barrette : La naissance de
l'enfant.
Mme
Nichols : Parfait. Relativement au patrimoine, là,
évidemment, il y a certains échanges, puis j'ai compris qu'il y avait
une certaine ouverture du ministre sur certains points, pas tous les points.
Puis je suis d'accord, là, qu'on ne veut pas
copier non plus, là... On ne veut pas copier non plus, là, le patrimoine
familial. J'ai réécouté les... certaines auditions, puis j'ai passé à travers les mémoires. Si on garde en tête
que, tu sais, l'union parentale, bien, c'est l'intérêt de l'enfant, là, qui doit primer, bien, ce qui
ressort des professeurs, des avocats qui sont venus nous parler, c'est que les
résidences, qu'elles soient familiales ou
secondaires, devraient être tenues en compte dans la constitution du patrimoine
d'union parentale.
Je pense que, s'il y a une ouverture de ce
côté-là de la part du ministre, il faudrait... il faudrait l'inclure. C'est
l'intérêt de l'enfant. L'enfant, bien sûr, il y aura... il y aura peut-être,
là, des cas particuliers, tout comme dans le régime
des personnes mariées, là, à l'effet que, si la résidence secondaire appartient
à la famille ou vient d'un héritage ou... tu sais, ça pourra
s'appliquer. Mais je pense que, si c'est une résidence secondaire, un chalet à
Bolton, là, que les... toutes les fins de
semaine, les enfants vont, avec les parents, faire du ski puis ils en profitent
en famille, moi, je ne vois pas pourquoi ça ne serait pas inclus dans
l'union. Il y a un lien direct avec l'intérêt de l'enfant puis la résidence
secondaire.
Par rapport au régime de retraite puis aux REER,
ça, moi, M. le ministre, je vous suis. Je vous suis sur ce point-là. Je trouve
que le lien avec l'intérêt de l'enfant est un petit peu plus difficile à faire,
alors que, tu sais, quand il y a une union... quand on se marie, bien, on le
crée, ce patrimoine-là, puis on le sait, là. Puis c'est souvent, tu sais, pour
subvenir aux besoins du couple aussi, là, pas nécessairement juste dans le cas
de l'intérêt de l'enfant. Ça fait que c'est un peu... bien, c'est un peu...
puis ce n'est pas ma position. Je la partage, je la trouve très intéressante,
mais je pense que les gens qui sont venus nous parler,
puis des experts, puis... avaient une grande, grande tendance à inclure les
résidences secondaires dans le patrimoine de l'union parentale.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. M. le
député de l'Acadie, oui.
M. Morin : Oui,
brièvement. Merci, M. le Président. Donc, on a effectivement envoyé un
amendement qui devrait être dans le Greffier quelque part, s'il a atterri au
bon endroit, ce que je souhaite. Je voulais simplement, à l'appui de la
proposition, rappeler ce que le Pr Malacket soulignait dans son mémoire, à
la page 7 : «Le législateur aurait ici donc tout avantage à amender
la disposition...» On parle toujours du patrimoine de l'union parentale, en ce qui a trait aux résidences, et donc inclure
«l'ensemble des résidences de la famille ou des droits qui en confèrent l'usage
dans le patrimoine d'union parentale».
Mais j'ai aussi une
question pour M. le ministre, parce que 521.30 dit aussi... bien, on parle des
biens qui sont exclus, mais on dit
aussi : «Il en est de même des biens du conjoint mineur, qui ne sont
inclus au patrimoine d'union parentale qu'à l'atteinte de sa majorité.»
Donc, ici, le conjoint mineur qui va bénéficier du patrimoine de l'union parentale, il faut que ce soit l'enfant qui est
né, alors... et qui soit l'enfant des deux personnes qui sont en union
parentale. Parce que je comprends que...
M. Jolin-Barrette : Oui, mais, dans le fond,
le régime, pour un parent qui est mineur au moment d'avoir l'enfant, lui,
son régime va s'ouvrir à partir du moment où il va être majeur. L'objectif, là,
c'est de protéger le parent mineur qui peut être vulnérable. Donc, le régime va
s'ouvrir à partir de l'âge de 18 ans. Exemple, supposons que vous avez un couple où le conjoint... Supposons, monsieur a
20 ans, puis madame accouche à 17 ans, le régime va s'ouvrir quand
madame va avoir 18 ans pour elle. Dans le fond, ses biens vont être
partageables à partir du moment où elle va avoir 18 ans. C'est une mesure
de protection pour le conjoint mineur au moment de la naissance de l'enfant.
M. Morin : Je
comprends. Donc, dès que l'enfant naît, le patrimoine se forme. Mais, dans le
cas, donc, des conjoints, c'est quand les deux, finalement, vont avoir
18 ans, que là il y aura un partage.
• (11 h 30) •
M. Jolin-Barrette :
Non, c'est... dans le fond, le régime va s'ouvrir... Dans le fond, les
biens du mineur vont devenir... du conjoint mineur vont... va s'ouvrir à partir
du moment où ce conjoint-là va avoir 18 ans.
M. Morin : Puis
est-ce qu'il est envisageable ou est-ce qu'il est possible que deux conjoints
mineurs, ça peut arriver...
M.
Jolin-Barrette : Oui.
M. Morin :
...aient un enfant et ils sont en union de fait? Donc, à ce moment-là, si je
regarde la définition... Oui.
M.
Jolin-Barrette : Dans le fond, le régime se crée au moment de la
naissance de l'enfant...
M. Morin : Oui,
c'est ce que je comprends.
M. Jolin-Barrette : ...mais il devient
partageable à partir de l'âge de 18 ans. Ça fait que, si vous avez deux de
16 ans qui ont un enfant, le régime se crée, mais la valeur devient
partageable seulement à partir de l'âge de 18 ans.
M. Morin : OK.
Puis si vous avez deux conjoints... ils ont un enfant à 16, puis ils se
séparent à 17, là...
M.
Jolin-Barrette : Il n'y aura pas de partage.
M. Morin : ...il
n'y aura pas de partage. Donc, en fait, dans ce cas-là...
M. Jolin-Barrette : Sauf que... Supposons
qu'ils avaient une résidence ensemble, l'attribution de la résidence
familiale s'applique, les règles d'ordre public s'appliquent. Exemple, le droit
d'usage, le fait de ne pas vendre la résidence tout de suite, ça, ça
s'applique, mais, dans le fond, il n'y aura pas de partage pour le patrimoine.
M. Morin :
Donc, admettons qu'ils achètent une résidence puis qu'ils se séparent, ils
font... ils cessent de faire une vie commune avant d'avoir 18 ans. Donc
là...
M.
Jolin-Barrette : Oui, ce ne sera pas partageable.
M. Morin : OK,
mais sauf que, si les deux l'ont acheté, il va falloir qu'ils repartent chacun
avec le montant qu'ils ont investi dedans, je... comment...
M.
Jolin-Barrette : Oui, oui, ça, oui, si c'est aux deux noms.
M. Morin : C'est
ça, oui.
M.
Jolin-Barrette : Mais, vous savez, on vise notamment... Dans le fond,
il n'y a... il n'y aura pas de valeur partageable dans le patrimoine en bas de
18 ans.
M. Morin :
OK. Parfait.
Le
Président (M. Bachand) : J'avais la
députée de Mercier.
Mme Ghazal : Oui.
Dans le fond, ce que j'entends des discussions avec les collègues et le
ministre, c'est qu'on est très préoccupés
par le sort des familles qui ont des chalets, mais, tu sais, ce n'est pas...
ça, c'est très important, puis le
ministre est ouvert à ça, mais, par exemple, pour ce qui est du reste, du fait
que... Tu sais, on le sait que le travail invisible des femmes ne va pas disparaître demain matin, là, il y a...
les femmes, encore aujourd'hui, malheureusement, c'est elles qui
supportent tout... fait tout le travail invisible à l'intérieur du domicile,
qui va faire plusieurs dépenses de la vie
courante, et tout ça. Puis le ministre nous dit : Non, mais l'avenir sera
rose, puisque les femmes, de plus en plus, s'enrichissent, et elles ont
des fonds de pension qui ne leur... qui vont faire en sorte qu'elles ne vont
pas s'appauvrir dans des... à la suite de
relations d'union de fait, puis que ça va bien aller dans les
20 prochaines années, sans m'offrir aucune donnée pour ça.
Par exemple, moi,
j'aimerais ça l'entendre me répondre, répondre à l'avis qui a été donné par la
commission des droits de la jeunesse. Et ce qu'ils disent, c'est : «En
effet, depuis plus d'une vingtaine d'années, la majorité des naissances du
Québec sont issues de mères en union de fait.» Il y avait une autre statistique
aussi qu'ils disaient, qui démontrait qu'ils sont inquiets pour les femmes et
les enfants qui, on le voit, quand ils sont en union de fait, bien, ont moins de revenus puis ils s'appauvrissent. Puis il
y a une différence. Ça, j'aimerais ça l'entendre. Lui, ce qu'il dit : Non,
ça, ça n'existe pas, parce que vous vous basez sur le passé, et l'avenir, ce ne
sera pas un problème. C'est ce que j'entends. C'est ce que j'entends que le ministre nous a dit depuis le début. Mais,
par exemple, ça, inclure les chalets, inclure toutes les maisons des
familles, ça, c'est important, par exemple.
M.
Jolin-Barrette : Bien, je pense que la députée de Mercier ne m'a pas
bien entendu, avec toutes les explications que j'ai données tout à l'heure.
Alors, premier élément, le travail invisible des femmes, avec le régime que nous mettons en place, il peut être compensé
avec la prestation compensatoire, on va le voir un petit peu plus loin. Ça fait que, justement, ça, c'est une mesure de
protection, parce qu'on crée un recours facilitant qui est beaucoup plus
simple que l'enrichissement injustifié, où, pour utiliser un recours en
enrichissement injustifié actuellement, c'était quand même lourd, compliqué et
coûteux.
Alors là, la
prestation compensatoire va être beaucoup plus simple, justement, pour
compenser ça. À partir du moment où vous allez avoir un enrichissement puis un
appauvrissement, supposons, de madame, dans ce cas-là, elle va avoir désormais un recours à la cour pour dire : Bien,
écoutez, de la façon dont ça s'est passé dans mon couple par rapport aux enfants, par rapport à
l'investissement en temps que j'ai mis, par rapport, supposons, au sacrifice au
niveau de la carrière, à cause qu'il
y a eu un enrichissement de monsieur, bien là, à ce moment-là, il y a une
mesure de compensation qui vient s'appliquer.
Autre élément,
maintenant, on a une mesure de partage obligatoire. Ça fait que je trouve ça
curieux que vous me disiez que je sois ouvert au partage des résidences servant
à l'usage la famille quand ça va faire en sorte, si on accepte l'amendement, d'amener un plus gros patrimoine à partager. Puis
l'élément central du régime d'union parentale qu'on met en place, c'est
justement le partage de la maison, de la résidence familiale. C'est l'actif le
plus important chez les couples.
Donc, votre
conjointe, supposons, qui se retrouverait dans une situation où elle aurait
fait des sacrifices pour la famille, sans
être sur l'acte notarié de la maison, sans être propriétaire, bien, elle va se
retrouver à bénéficier de 50 % de la
maison sur la somme payée entre le moment de la naissance de l'enfant et la
liquidation. Donc, ça amène beaucoup de mesures de compensation.
Mes commentaires
relativement au régime de retraite, c'est que c'est un choix individuel. Ce
n'est pas tout le monde qui a un régime de
retraite. Il est davantage féminin généralement pour ceux qui ont une
prestation. Puis l'autre élément
aussi, c'est une situation qui est très personnelle, la contribution au REER.
Vous n'êtes pas obligé de contribuer. Ça fait... que faites-vous dans des
situations où un conjoint contribue puis l'autre ne contribue pas? C'est des choix
personnels. Il y en a qui vont décider de contribuer dans leur CELI, qui n'est
pas couvert, et à la fois dans le mariage aussi, ou dans des CELIAPP, qui ne
sont pas couverts non plus. Donc, il y a plein de modalités financières
associées à ça, les actifs les plus importants. Et là, l'autre élément, les
régimes sont partagés quand les gens sont rendus à l'âge de la retraite.
Nous, ce qu'on fait,
c'est un régime pour les enfants, pour faire en sorte que, supposons qu'il y a
séparation immédiate, bien, il y a un filet de sûreté qui soit présent,
résidence, maison, les meubles, et toutes les mesures de protection associées
au mariage, qui, désormais, se retrouvent là, protection de la résidence
familiale, attribution de la résidence familiale aussi.
Mme Ghazal : C'est
sûr que le projet de loi actuel, par rapport à la... le projet de loi qu'on a
devant nous, par rapport à la situation actuelle, c'est mieux, ça, c'est sûr et
certain. Il y a un pas.
M.
Jolin-Barrette : ...
Mme
Ghazal : Non, non, mais ça,
on l'a reconnu plein de fois, là. Je pourrais le reconnaître à chaque fois que
je prends la parole, avant de parler. Pas de problème, ça va me faire plaisir.
M. Jolin-Barrette : OK. D'accord,
j'accepte votre offre.
Mme Ghazal : En ce moment, le projet
de loi qu'on a, c'est un pas par rapport à... un pas de plus par rapport à la
situation actuelle, mais c'est quand même une occasion manquée de ne pas
enlever les disparités qui existent en ce moment. C'est-à-dire que, par
exemple, pour le travail invisible, il n'est pas dit que cette personne-là,
cette femme-là, qui s'est appauvrie dans cette situation-là, parce qu'elle,
elle pensait que c'était pour la vie... bien, après ça, quand elle va se
retrouver à la retraite, ce n'est pas suffisant, là, la compensation qu'elle va
avoir, supposons qu'il y en a une, en fonction du calcul, et tout ça. On va
regarder tous les détails dans le projet de loi. Mais, si elle s'est appauvrie pour la retraite... Tu sais, quand on
sait à quel point les femmes aînées sont vraiment désavantagées, qu'elles
sont beaucoup plus pauvres que les hommes... Oui.
M. Jolin-Barrette : Le but du projet
de loi est de viser les enfants et non pas la retraite des gens.
Mme Ghazal : Oui, je sais, mais
il...
M. Jolin-Barrette : Puis quand vous
dites «les femmes aînées»...
Mme Ghazal : ...mais c'est parce
que, quand il y a des enfants qui sont nés dans un couple, ça appauvrit
l'individu femme. Souvent, on le voit. Donc, elle s'appauvrit parce qu'il y a
eu des enfants, pour le bien des enfants, puis
après ça, elle... bien, pendant ce temps là, elle n'a pas économisé. C'est
une... c'est un fait. Le ministre, il est d'accord avec ça, que c'est un
fait, et que c'est quelque chose, dans notre société, qui existe encore
aujourd'hui?
M. Jolin-Barrette : Si elle s'est
appauvrie, elle a un recours en prestation compensatoire dans le cadre de notre
projet de loi, ce qu'elle n'avait pas. Vous, vous faites référence à des
gens...
Mme Ghazal : C'est là que je dis
qu'il y a une avancée. Il y a un pas par rapport à maintenant.
M.
Jolin-Barrette : Oui, mais vous faites référence à des gens qui
étaient en union de fait et qui se retrouvaient avec pas de recours, si
ce n'est que de... le recours en enrichissement injustifié, qui était complexe,
compliqué, et coûteux, et pas de partage de maison, pas de partage de véhicule,
pas de partage de meubles. Là, on vient combler ça. Donc, on vient changer les
règles du jeu pour les enfants pour assurer leur stabilité, notamment
l'attribution et la protection de la résidence familiale. Mais, comme je vous
ai dit, je ne refais pas le passé de ce qui est arrivé. Ça fait que c'est sûr
que quelqu'un qui ne s'est jamais marié, dans les années 70, qui a élevé
deux enfants, que la maison était au nom de monsieur...
Mme Ghazal : Aujourd'hui, elle vit
dans la pauvreté à la retraite, admettons, cette personne-là, dans cette situation-là.
Puis ce n'est pas l'objectif du projet de loi, j'ai bien compris.
M. Jolin-Barrette : Mais je ne fais
pas de généralisation, mais on ne refait pas le passé des règles de l'État ou
des choix des individus.
• (11 h 40) •
Mme Ghazal : Tout à fait. C'est...
ce n'est pas ça.
M.
Jolin-Barrette : Moi, ce que je vous dis, c'est qu'avec le régime
qu'on a, il va permettre de protéger les enfants, parce que la venue
d'un enfant amène certaines conséquences, et on vient couvrir les biens.
Mme Ghazal : En fait, l'idée, c'est
d'apprendre aussi du passé, pour ne pas recommencer les mêmes erreurs dans
l'avenir. Donc, ici, on a un projet de loi. Encore une fois, je vais le
répéter, il y a une avancée, une certaine avancée.
Le ministre est même prêt à augmenter... puis à faire un pas de plus pour les
diverses résidences. Ça fait qu'on comprend que ce n'est pas les
familles où... les plus mal en point, là, qui ont cette situation-là, de façon
générale.
M. Jolin-Barrette : Mais attention,
encore là...
Le
Président (M. Bachand) :
...ça va être la deuxième fois,
là. Je vous demanderais d'être patients, d'attendre au moins quelques
secondes avant d'interpeler l'autre, là. M. le ministre.
M.
Jolin-Barrette : ...mais, la députée de Mercier, vous y allez avec
certaines généralisations. Vous pourriez avoir un couple montréalais, qui a un petit appartement, pour la vie
quotidienne, en location, à Montréal, et aurait une résidence secondaire
à Sherbrooke, supposons, OK?
Mme Ghazal : ...chalet, là.
M.
Jolin-Barrette : Pourquoi?
Mme Ghazal : Bien, comme il peut y
avoir deux résidences à cause du travail, par exemple, et tout ça.
M. Jolin-Barrette : Non, non, mais
enlevons de votre... du vocabulaire le mot «chalet»...
Mme Ghazal : C'est ça que je viens
de dire, je peux retirer «chalet». C'est plusieurs résidences.
M. Jolin-Barrette : ...utilisons le
terme «résidence servant», résidence...
Le
Président (M. Bachand) :
...la troisième fois. Si vous
continuez, je vais vous demander de parler à la présidence direct. Ça va
être... mais...
Une voix : ...
Le
Président (M. Bachand) :
Non, mais ça, vous pourrez le
faire hors des heures de commission, si vous voulez. Alors, M. le
ministre.
M. Jolin-Barrette : ...désolé, M. le
Président. Ce que je disais, c'est «les résidences servant à l'usage de la famille». Ça fait que vous pouvez très bien vous
retrouver dans une situation où la résidence familiale est en location, et
là il n'y a pas d'actif là-dedans. Là, la proposition du député de l'Acadie,
c'est de dire : Bien, incluons, exemple dans ce cas-là, les résidences
servant à l'usage de la famille pour que la maison à Sherbrooke, elle soit
désormais incluse. Mais on ne parle pas de
personnes qui sont nécessairement ultrariches, parce que vous semblez ramener
ça à une lutte des classes dans le cadre de la discussion que nous
avons. Alors, je cède la parole à la députée de Mercier.
Mme Ghazal : Ce n'est pas le
ministre qui me cède la parole, c'est le président, M. le Président. Je ne suis
pas contre, je ne vais pas... on ne va pas
voter contre la proposition, là, du collègue. Ce que je veux dire, c'est que
c'est incroyable, l'ouverture du ministre, rapidement. Je comprends. Je
comprends que ce n'est pas un enrichissement, ce n'est pas de l'argent. Je
comprends tout ce qu'il dit, mais, quand il dit que les REER, c'est un choix
individuel, quand on a un montant d'argent
puis qu'on le met dans un choix individuel, dans les REER, bien, forcément on
ne le met pas ailleurs, par exemple, dans la famille ou quelque chose
comme ça. Puis c'est correct, les gens peuvent faire ce choix-là, mais il ne
faut pas que toute la famille et la...
C'est parce que la... c'est parce que je ne
regarde pas dans la théorie. Dans la vie d'aujourd'hui, dans la façon que ça
fonctionne encore aujourd'hui... pas dans toutes les familles. Il y a des
couples où c'est la femme qui est beaucoup plus riche que l'homme, qui se
constitue un patrimoine familial, qu'il pourrait mettre dans les REER, puis
c'est l'homme qui s'appauvrit parce qu'il reste à la maison. Ça existe.
Enlevons le côté genré, peut-être, qui pourrait déranger le ministre.
Ce qui est important, c'est qu'il y a des gens,
parce qu'ils ont pris soin d'un enfant, peu importe leur sexe, là, parce que...
puis ça pourrait être aussi des conjoints du même sexe. Donc, parce qu'il y a
un enfant, bien, il y en a un des deux qui
va s'appauvrir puis que ça va avoir un impact sur sa vie future. Le ministre
m'a donné un cas. Et l'objectif ici n'est pas de réparer tous les
problèmes du passé, parce qu'il y a des gens qui ont fait le choix de ne pas se
marier, puis ne sachant pas que ce n'étaient pas les mêmes droits, puis ils
l'apprennent à leurs dépens beaucoup plus tard. Apprenons du passé pour l'avenir, tout en sachant très bien que de plus
en plus de femmes ont des fonds de pension, etc., etc. Mais encore une fois, le
ministre me dit que les chiffres du passé ne sont pas représentatifs de ce
que ça va avoir l'air dans le futur, mais je n'ai aucune mesure chiffrée puis
aucune prévision financière qui nous montre que, dans le futur, entre les deux
conjoints, il n'y aura pas cette disparité-là qui existe aujourd'hui.
Nous sommes aujourd'hui en 2024 et nous avons un
projet de loi qui crée un nouveau régime. Profitons-en pour enlever les
disparités qui existent et qui continueront probablement à exister encore plus
tard, pour ne pas plus tard se retrouver
encore dans une situation où des femmes, à cause des enfants... ou des hommes,
si on veut, à cause des enfants, se sont appauvris. Puis un des deux
conjoints qui était plus ferré, qui était mieux en finances, par exemple... Tu
sais, il y en a un qui peut être artiste, puis lui, la finance, il ne comprend
rien là-dedans, puis ça ne l'intéresse pas, puis il ne sait pas que ce qu'il
est en train de prendre comme décision. Ce n'est pas bon pour son avenir...
parce que les gens, ils ne réfléchissent pas tous comme ça, mais il y a un
régime d'union familiale, il y a une sorte de solidarité familiale qui existe,
qui fait que certains prend... prennent des bons choix pour eux
individuellement, mais qui a un impact sur la famille.
Et là on a un régime d'union parentale pour
corriger un petit peu cette situation-là, mais on inclut la résidence, etc.
Mais pourquoi ne pas en profiter pour inclure... et aussi les REER, puis
inclure tout le patrimoine familial, comme celui qui existe dans les mariages,
pour ne pas se retrouver, 20 ans plus tard, dans la même situation en
disant : Ah! ça n'a pas... oui, ça a un petit peu arrangé les choses,
notamment pour la résidence, notamment pour le
calcul de la compensation, si un des deux conjoints a été... s'est appauvri de
façon temporaire, mais, de façon globale, ça ne règle pas...
Je sais... moi, je sais que je suis unique puis
je suis la seule autour de cette commission-là à réfléchir de... sur cet élément-là, puis ça ne me dérange pas. Je sais
qu'on est minoritaires, mais il y a des chiffres qui sont ici. Puis moi,
je ne peux pas dire que ça n'existe pas puis ce n'est pas vrai qu'il n'y a pas
une iniquité puis une disparité qui existe entre les deux
sexes. On ne peut pas faire semblant que ça n'existe pas parce que les femmes,
de plus en plus, ont un fonds de pension.
Comment on le corrige? Bien, en incluant, par exemple, les REER, et ne pas dire
que c'est juste une... un choix individuel, donc on le retire, puis que
c'est comme si ça n'existait pas dans l'unité familiale.
Le Président (M.
Bachand) : ...ministre.
Mme Ghazal : Ça a un impact, M. le
ministre.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M.
Jolin-Barrette : Alors, M. le Président, la députée de Mercier
occulte beaucoup d'éléments. Et il y a un dicton qui dit : Le bien
est l'ennemi du mal ou le mal est l'ennemi du bien, ou... en tout cas...
Mme Ghazal : ...
M. Jolin-Barrette : C'est ça, exactement. Dans les exemples que vous
donnez, il y a beaucoup de généralisations aussi qui sont faites. On ne
préjudicie pas sur les chiffres que vous présentez à la commission, mais on est
dans un régime complètement distinct. Puis vous oubliez de mentionner, quand
vous parlez d'appauvrissement, qu'avec le régime
on a la prestation compensatoire, s'il y a appauvrissement et s'il y a
enrichissement. Donc, votre crainte, là, elle est... elle peut être
mitigée par le régime que nous mettons en place, parce que, justement, le
régime de la prestation compensatoire est là.
Quand vous dites : Ce n'est pas un choix
individuel, la retraite, bien oui, c'en est un. C'en est un, parce que... que
faites-vous avec, supposons, madame qui, elle, contribue à ses REER ou à...
cotise à son fonds de pension puis que monsieur aussi a certaines liquidités,
mais décide de tout flauber, décide d'acheter des jeux vidéo, décide de
s'acheter un motocross puis que lui ne contribue pas ou décide d'investir dans
son CELI, qui n'est pas couvert, ou décide
de ne pas contribuer au régime de retraite pour avoir plus d'argent sur sa paie
à chaque semaine? Il y en a qui font ça.
Vous avez dit tout à l'heure... vous avez
dit : Écoutez, ce n'est pas tout le monde qui fait... qui y pense, qui
fait tous les mêmes choix. Il y a des gens qui sont plus dans l'instant du
moment. Il y a des gens qui se bâtissent une retraite. Mais, si je vous suis,
c'est qu'on vient imposer un régime. Il va venir dire : Bon, bien, les
régimes de retraite puis les REER vont devoir être partageables, peu importent
les circonstances. Moi, j'aime beaucoup mieux avoir un régime où on dit aux gens : Écoutez, voici le filet de sûreté pour
les enfants, parce que c'est une application immédiate, puis les conséquences, supposons, d'une
séparation, c'est d'application immédiate. Mais dire aux gens en tout respect de
leur autonomie : Sachez que vous pouvez les ajouter, les REER, sachez que
vous pouvez les ajouter les régimes de
retraite, les fonds de pension, vous pouvez le faire... Vous pouvez
conventionnellement dire : Bien, écoute, nous, on veut que ça s'applique
entre nous, mais les gens doivent avoir le choix. Ils peuvent le faire. Ce
n'est pas au législateur à dire les conséquences de l'union économique entre
les deux conjoints, qu'on... qu'on vient intervenir directement là-dedans par
rapport aux régimes de retraite puis aux droits de cotisation. Ça prend une
autonomie, puis cette autonomie-là, les
gens, ils l'ont, mais je respecte votre point de vue. Vous dites : On
devrait mettre tout le monde, régimes de retraite puis, par la suite, se
retirer. Nous, on dit : Bien, écoutez, s'ils veulent les ajouter, ils
peuvent y aller, mais ça ne fait pas partie du régime de base.
Mme Ghazal : ...
M. Jolin-Barrette : Bien, je pense
le député de l'Acadie...
Le Président (M.
Bachand) : Il vous reste trois minutes sur
l'article.
Mme Ghazal : ...le choix.
M. Jolin-Barrette : Bien, ils ont le
choix.
Mme
Ghazal : On pourrait leur donner le choix en leur
disant : Sachez que vous pouvez le retirer. C'est un choix.
M. Jolin-Barrette : ...j'aime
mieux y aller à la positive. J'aime mieux leur présenter : Vous avez le
choix d'y souscrire plutôt que de...
Mme Ghazal : Pourquoi?
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est plus
positif souscrire que retirer.
Mme Ghazal : Mais dans... c'est bon
pour qui, autre que de dire que c'est positif?
M.
Jolin-Barrette : Ça respecte la liberté individuelle de contracter
des gens. Vous, là, je comprends que vous voulez dire, là : On impose tout aux conjoints. On applique le
mariage aux conjoints. Je respecte, il y a certaines personnes...
Mme Ghazal : Et
vous avez le choix de vous retirer.
M. Jolin-Barrette : Il y a certaines
personnes qui sont d'accord avec vous, mais ce n'est pas le choix. Nous, on a pris un juste équilibre entre les
protections, entre la liberté individuelle. Puis même il y a certaines
personnes qui critiquent votre position, parce qu'ils pourraient dire
que votre position d'avoir un droit de retrait en cours d'union est
complètement inappropriée, et vous devriez avoir un droit de retrait uniquement
lors de la fin de l'union de la vie commune. Donc, votre position, elle est
critiquable, puis vous pourrez... vous pourriez être traitée de nier la réalité
associée à la protection des individus en
permettant, justement, une disposition de retrait en cours d'union. Donc, il y
a...
• (11 h 50) •
Mme Ghazal : ...
M.
Jolin-Barrette : Non, mais... on jase, là. Je fais juste vous le
dire, que certains groupes, notamment féministes, critiquent fortement
votre position. Donc, vous êtes en porte-à-faux avec certains groupes.
Mme Ghazal : Moi, ce que j'étais en
train de dire, c'est d'inclure. Après ça, je voulais voir, l'ouverture du
ministre, elle est jusqu'où, et là j'ai senti qu'il y avait une ouverture pour
le droit de retrait. Donc, je lui propose ça.
M. Jolin-Barrette : Je comprends,
mais...
Mme
Ghazal : Et j'essaie de comprendre pourquoi il refuse ce
choix de retrait, autre que c'est positif et négatif, là. Ça ne veut
rien dire.
M. Jolin-Barrette : Oui, oui, mais
je pense qu'on a eu la conversation abondamment.
Mme Ghazal : ...pourrait aussi
reprocher au ministre le fait de dire : Ah! bien, vous incluez la
résidence, les voitures, etc., puis ça pourrait être vu aussi comme si on nous
mariait de force. L'idée, ici, c'est de profiter de l'occasion pour corriger
une disparité et là c'est une occasion ratée.
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est
votre point de vue. Je le respecte. Cependant, je suis en désaccord, parce
qu'on met un filet de sûreté de base. Les gens peuvent se retirer, mais on n'y
va pas dans les choix individuels relativement à la retraite.
Mme
Ghazal : ...le ministre dit que c'est mon point de vue.
Moi, j'aimerais ça l'entendre répondre à la commission des droits de la
personne et de la jeunesse. Que pense-t-il de leur communiqué?
M. Jolin-Barrette : La Commission
des droits de la personne et des droits de la jeunesse ont le droit d'émettre
les communiqués qu'ils souhaitent.
Mme Ghazal : Quelle est la... Que
leur répondrait-il, le ministre, par rapport au fait qu'il y a... qu'ils ont
une inquiétude sur l'appauvrissement des femmes et des enfants?
M. Jolin-Barrette : On prend note de
leur inquiétude, et les régimes prévoient une prestation compensatoire.
Le Président (M.
Bachand) : Il vous reste deux minutes.
Mme Ghazal : Occasion ratée, c'est
dommage.
Le Président (M.
Bachand) : Donc, merci. Autres
interventions? M. le député de l'Acadie.
M.
Morin : Merci, M. le Président. Alors, compte tenu,
évidemment, des explications et des débats en ce qui a trait à la
composition du patrimoine d'union parentale, j'aurais un amendement à déposer.
Le
Président (M. Bachand) :
Parfait. Allez-y. On va faire
lecture... sur Greffier. Merci. M. le député, s'il vous plaît.
M.
Morin : Merci. Alors, article 3, article... c'est
521.30 et non pas 521.27 du Code civil. L'article 521.30 tel que
proposé par l'article 3 du projet de loi est modifié dans son premier
alinéa :
1° par le remplacement de «la résidence
familiale» par «les résidences de la famille»
2° par le remplacement des mots «la garnissent
ou l'ornent» par «les garnissent ou les ornent».
Donc, 521.30
se lirait ainsi : «Le patrimoine d'union parentale est composé, dès sa
constitution, des biens suivants dont
l'un ou l'autre des conjoints est propriétaire : les résidences de la famille
ou les droits qui en confèrent l'usage, les meubles qui les garnissent ou les ornent et qui servent à l'usage du
ménage et les véhicules automobiles utilisés pour les déplacements de la
famille.
«Sont
toutefois exclus du patrimoine d'union parentale les biens qui sont échus à
l'un des conjoints par succession ou donation avant ou pendant la durée
de l'union.
«Il
en est de même des biens du conjoint mineur, qui ne sont inclus au patrimoine
d'union parentale qu'à l'atteinte de sa majorité.»
Et je propose cet amendement, M. le Président,
parce que, pendant les consultations particulières, plusieurs groupes ou
experts sont venus nous souligner que, puisque ce projet de loi vise à protéger
les enfants qui sont évidemment... qui
naissent quand les parents sont en union de fait, ce serait préférable, pour
avoir un meilleur équilibre entre les conjoints lorsque la fin ou la
cessation de la vie commune arrive, d'inclure l'ensemble des résidences. C'est d'ailleurs ce que soulignait la Pre Malacket de l'Université de Sherbrooke, quand elle nous rappelait, dans son
document : «Le législateur aurait donc ici tout avantage à amender
la disposition en cause — et
là, évidemment, on fait référence à 521.30, qui constitue le patrimoine de
l'union parentale — afin
de prévoir l'inclusion de l'ensemble des résidences de la famille ou des droits
qui en confèrent l'usage dans le patrimoine d'union parentale.»
La Pre
Malacket n'est pas la seule à avoir fait cette observation-là. Permettez-moi
également de citer Me Pringle, dans son mémoire, Me Pringle qui a aussi
beaucoup d'expérience dans le domaine du droit de la famille. Elle notait
notamment qu'elle s'interrogeait sur l'exclusion du patrimoine d'union
parentale de l'ensemble des résidences. Elle suggérait donc d'inclure «les
résidences de la famille» et elle s'interrogeait sur le choix du législateur
d'exclure les résidences secondaires, puisque, dans le même... la même
disposition, le législateur incluait l'ensemble des véhicules automobiles
utilisés pour les déplacements de la famille.
Donc, Me Pringle, évidemment, souligne également
dans son mémoire que les résidences à l'usage de la famille sont un grand
élément de stabilité pour les enfants, surtout dans un contexte d'instabilité
ou de rupture. Donc, elle suggérait de les inclure, étant entendu que la
résidence de la famille, bien, c'est un bien, évidemment, particulier et c'est
aussi souvent... la résidence ou la propriété, quand les conjoints en sont
propriétaires, c'est souvent le bien qui a le plus de valeur. Donc, si on veut,
je pense, rechercher, obtenir un meilleur équilibre entre les conjoints quand il y a cessation de la vie commune, ce serait
d'inclure évidemment l'ensemble des résidences familiales. C'est évidemment
ce que soulignait Jean-Pierre Sénécal dans son article La résidence
familiale, un texte, d'ailleurs, qui a été mis à jour par Andrée Roy : «La résidence familiale
d'une famille n'est pas un bien comme les autres pour les membres de la famille.
Voilà pourquoi le législateur adopte des dispositions particulières dans ce
domaine.»
Et permettez-moi également de souligner, à
l'appui de ma proposition, de l'amendement, le mémoire de Me Tétrault, qui
est aussi un avocat d'expérience, qui, en fait, travaille, oeuvre dans le
domaine du droit de la famille. Il souligne que l'ensemble... ou les biens
visés devraient notamment inclure des résidences secondaires pour qu'il y ait évidemment un meilleur partage et un
meilleur équilibre dans... lorsqu'il y a cessation de la vie commune et que
le patrimoine de l'union parentale devra être partagé entre les conjoints.
Donc, pour ces raisons, pour avoir écouté les
différents groupes ou personnes qui sont... qui sont venus nous parler en
commission parlementaire, puis dans un souci aussi d'équilibre et puis d'équité
entre les conjoints, dans le cas où il y aurait cessation de vie commune et
dissolution du patrimoine de l'union parentale, c'est la raison pour laquelle
je suggère d'inclure les résidences de la famille et non pas uniquement la
résidence familiale, tel qu'il est mentionné présentement au projet de loi n° 56. Je vous remercie.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Interventions sur l'amendement du député de l'Acadie? M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien,
écoutez, j'accueille favorablement l'amendement du député de l'Acadie. C'est
«les résidences servant à l'usage de la famille», donc, pour les cas exposés,
notamment sur les questions de location, puis
que le patrimoine... les résidences servant au patrimoine seraient davantage
les résidences servant à l'usage de la famille, notamment les chalets. Donc,
écoutez, je pense que c'est une option qui permet de bonifier. Cela étant, les
partis vont quand même toujours pouvoir décider de soustraire certaines
résidences du régime en allant chez le notaire.
Le Président
(M. Bachand) : Merci. Mme la députée
de Vaudreuil.
Mme Nichols : Oui.
Merci, M. le Président. Et je tiens compte des explications du ministre, là,
mais je voulais m'assurer que les résidences de la famille, c'est les
résidences secondaires, là. Je comprends, là, les chalets... mais ce sera la même jurisprudence qui pourra s'appliquer
que dans le patrimoine familial, c'est-à-dire, je vous donne un exemple, une
roulotte, là, quelqu'un qui a un camping, puis qui a une roulotte, puis qui
passe leurs étés dans... leurs étés au camping, à la roulotte, la
roulotte va être une résidence secondaire. Ça, c'était la première partie.
Puis la deuxième, peut-être vous pourrez la
compléter, mais, quand on dit aussi les meubles... les meubles qui les
garnissent ou les ornent, donc c'est les biens et meubles qui vont être aussi
dans les résidences secondaires. Est-ce que ça comprend le bateau, le ski-doo,
le... qui vont être aussi au chalet...
• (12 heures) •
M. Jolin-Barrette : Oui, et
donc la jurisprudence va continuer à s'appliquer. Le bateau... Bien, en fait,
pas le... Ne prenons pas le bateau. Prenons le cas du sea-doo parce que vous ne
pouvez pas dormir sur votre sea-doo, sauf exception. Alors donc, ça, c'est un
véhicule. Si le sea-doo sert à l'usage de la famille, alors oui, il est inclus,
c'est un véhicule servant à l'usage de la famille.
Ce qu'il est important de dire, ce n'est pas les
résidences secondaires, c'est les résidences de la famille. Donc, ça veut dire qu'il faut que la famille les
utilise. Exemple, supposons que monsieur a un camp de chasse à l'orignal, puis
il est tout seul à y aller, ça ne rentre pas, parce que ce n'est pas à l'usage
de la famille. Les véhicules servant à l'usage de la famille, la moto, s'il y a
juste monsieur qui la prend puis ça ne sert pas à l'usage de la famille, la
moto n'est pas
incluse. Si, par contre, il y a un side-car puis le bébé y embarque, la moto
devient à l'usage de la famille. Non, mais j'illustre pour illustrer.
Donc, c'est les mêmes éléments.
Mme Nichols : Non, mais c'est...
M.
Jolin-Barrette : Bien,
j'entends la députée de Mercier, ça fait partie de beaucoup de débats à la
cour, mais vous pouvez être sûre qu'il y a beaucoup de jurisprudence
là-dessus. Donc, le juge, les tribunaux vont vérifier ça. Donc, écoutez...
Mme Nichols : Non,
mais il y avait vraiment beaucoup de jurisprudence. C'est pour ça que je me
demandais... c'est pour ça que je
demandais si c'était la même jurisprudence qui s'appliquait au patrimoine
familial, parce que, oui, il y a des débats à la cour sur le
«side-by-side» ou le... oui.
M. Jolin-Barrette : Le side-car.
Mme Nichols : Le side... Oui.
M. Jolin-Barrette : Donc, on devrait
dire : Le banc d'appoint qui est joint. Alors, oui, c'est le même libellé
qu'en mariage, alors, oui, ça va s'appliquer. Donc, on est prêts à voter.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député d'Acadie.
M. Morin : Oui. Bien, en fait,
brièvement, le libellé «résidence de la famille», que je propose, sert, en
fait, justement, à inclure l'ensemble de ces biens-là, où la famille a accès et
où la famille vit, ce qui permet d'avoir un équilibre. Il y a des... Il y a
sûrement des couples en union de fait, par exemple, qui, pour toutes sortes de
raisons, peuvent avoir un petit appartement dans un centre urbain mais une très
grande résidence secondaire, alors... que la famille y va. Donc, je pense
qu'avec ce libellé-là, on s'assure de couvrir l'ensemble des résidences où la
famille peut vivre et, donc, advenant une
cessation, ça permet d'augmenter, évidemment, le patrimoine qui va être séparé
entre les conjoints.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Est-ce qu'il y a
d'autres interventions sur l'amendement du député d'Acadie? S'il n'y a pas
d'autre intervention, est-ce que l'amendement est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) : Adopté. Merci. Est-ce qu'il y a
d'autres interventions sur l'article 521.30 tel qu'amendé? S'il n'y a pas
d'autre intervention, on continue. M. le ministre.
M.
Jolin-Barrette : «521.31. Les conjoints peuvent, en cours d'union,
modifier la composition du patrimoine d'union parentale.
«Toute
modification qui vise à exclure un bien visé au premier alinéa de l'article
521.30 du patrimoine d'union parentale doit être constatée, à peine de
nullité absolue, par acte notarié en minute. Cette modification prend effet le
jour de l'acte la constatant.»
Commentaire.
Cet article permet aux conjoints d'ajouter des biens au patrimoine d'union
parentale ou d'exclure, par acte notarié, des biens faisant partie de ce
patrimoine par l'effet de la loi.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député d'Acadie, s'il
vous plaît.
M. Morin : Oui, merci, M. le
Président. Donc, il y a plusieurs groupes, également, qui sont venus nous
parler de cet article, M. le Président. Je veux simplement m'assurer...
Évidemment, on parle d'acte notarié en minute, quand on veut exclure. Des groupes nous ont dit : Oui, mais il
faudrait aussi qu'il y ait un avis juridique indépendant. En plus... les
notaires sont venus nous dire : Non, c'est notre travail, on est capables
de faire ça, d'évaluer.
Je veux juste m'assurer que... Quels sont les
mécanismes qui sont en place pour s'assurer que, s'il y a, effectivement, un ou des conjoints... ou un
conjoint qui veulent retirer des biens du patrimoine d'union parentale, que le
consentement sera effectivement vraiment libre et éclairé et que, dans des cas
où il pourrait y avoir un contrôle, qu'on... évidemment, ce n'est pas un
conjoint qui va en faire... en faire les rais ou qui sera pénalisé? Parce qu'on
vient, avec l'amendement, d'augmenter, d'une
certaine façon... en fait, même, d'une façon certaine, le patrimoine d'union
parentale. Donc, je ne voudrais pas
que, par la suite, quelqu'un se... soit défavorisé, évidemment, si on exclut
des biens du patrimoine.
M. Jolin-Barrette : Oui. Bien, en
fait, le notaire en droit québécois, en droit civil, c'est celui qui est chargé
d'évaluer le consentement libre et éclairé dans le cadre d'une transaction. Et
ils le font quotidiennement sur plusieurs transactions, actuellement. Ça a été
soulevé, la question de la violence conjugale, effectivement. La Chambre des notaires,
d'ailleurs, a indiqué qu'elle allait établir encore plus de normes pour
détecter la violence conjugale. Cela étant, il ne faut jamais oublier qu'actuellement, aussi, le notaire instrumente
des actes aussi où, à tous les jours et quotidiennement, il est... il est en mesure d'évaluer le consentement
lorsqu'on est en matière testamentaire, lorsqu'on est en matière de transaction
immobilière. Donc, ils le font.
Donc, est-ce qu'il y
a un mécanisme absolument parfait? La réponse, c'est non. Mais on confie à un
juriste neutre et indépendant cette importante fonction-là d'évaluer le
consentement libre et éclairé. Et, dans certaines situations, s'il y aurait eu
absence de consentement libre et éclairé, il existe toujours des recours pour
faire invalider la transaction par la suite, comme ça s'est déjà fait. Donc,
les notaires sont outillés pour le faire, c'est un officier public, dans notre
système de droit, c'est comme ça que ça fonctionne. Ça n'empêche pas les gens
d'aller requérir un avis juridique autre, s'ils le souhaitent de le faire.
C'est toujours possible d'aller voir un autre notaire, d'aller voir un avocat
aussi sur une question juridique. Mais ce que l'on fait, c'est qu'on vient
dire : Le régime d'union parentale, le patrimoine, s'applique. Vous pouvez
décider d'y renoncer, cependant, pour ce faire, il y a un formalisme à
respecter, ce n'est pas uniquement en donnant son consentement sur un bout de
papier. Vous devez passer chez le notaire, puis le notaire va expliquer quelles
sont les conséquences de se retirer ou d'ajouter un bien dans le patrimoine.
Exemple, supposons que la députée de Mercier y allait pour faire ajouter les
REER de votre conjoint, bien là, à ce moment-là, le conjoint serait informé.
M. Morin : Oui,
effectivement. Quant à la formation des notaires sur toute la question de la
violence conjugale ou même du contrôle coercitif, c'est, entre autres, des
questions que j'ai posées aux représentants de la chambre parce que c'est un
volet qui est effectivement important, là.
Maintenant, c'est vrai, M. le ministre, que si jamais l'acte était fait, on
parle d'un acte notarié en minute. Il y a possibilité de le contester, mais
vous savez aussi, comme moi, que... puis c'est normal. C'est pour ça qu'on...
des actes notariés en minute, pour être capables de démontrer que l'acte est
invalide. Bon, c'est quand même... quand même toute une côte à remonter et
c'est... il n'y a pas... il n'y a pas énormément de jurisprudence là-dessus.
Donc, moi, je veux
simplement m'assurer... et je comprends le rôle des notaires, je le respecte,
mais dans des cas comme ça, évidemment, s'assurer que toutes les mesures seront
là pour que, si jamais il y a une pression ou un contrôle qui est exercé, qu'il
n'y a pas un des conjoints qui va en faire les frais, finalement.
M.
Jolin-Barrette : Effectivement, puis la Loi sur le notariat prévoit
déjà que le notaire conseille les parties et est chargé d'évaluer le
consentement libre et éclairé, comme ça se fait dans toutes les transactions
actuellement. Puis, vous vous souviendrez,
on avait eu la discussion aussi, dans le cadre de la grossesse pour autrui,
donc, l'an passé, en... la famille.
Donc, c'est le notaire qui est chargé d'évaluer le consentement. Donc, moi, je
suis assez confortable avec ça. Je pense qu'on peut faire confiance au
notaire.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. Mme la
députée de Mercier.
Mme Ghazal : ...des
groupes qui étaient inquiets. Est-ce que les notaires, tu sais, se... Le
consentement libre, là, des personnes,
est-ce qu'il est vraiment assuré, et tout ça? Puis là vous dites que les
notaires peuvent le faire. Tu sais, il y en a qui disaient que ça serait
peut-être bien d'avoir un conseil juridique indépendant. Puis là vous
dites : Bien, les gens peuvent y aller s'ils veulent, quitte à encourir
des frais.
M.
Jolin-Barrette : Bien, effectivement. Mais dans la proposition qui a
été faite, d'obliger un recours à un conseil juridique neutre et indépendant,
c'est encore plus onéreux, là, donc, de l'obliger. Les gens peuvent le faire, peuvent y aller de leur propre chef s'ils veulent
avoir une seconde opinion, mais le notaire qui est là est là pour conseiller
les parties... juridiquement, le notaire est instrumental.
Mme Ghazal : Tu sais, là, je prends un cas hypothétique qui me
vient à l'esprit : un notaire qui fait partie de la famille. Ça, il
ne faut pas que les gens aillent le voir.
M.
Jolin-Barrette : Non, mais lui, déontologiquement, il ne peut pas
faire ça.
Mme Ghazal : C'est
ça.
M.
Jolin-Barrette : Il ne peut pas...
Mme Ghazal : Il
faut qu'il soit indépendant.
M.
Jolin-Barrette : Bien, il faut qu'il soit indépendant, mais ce que je
veux dire, il ne peut pas instrumenter un acte auquel, supposons, il est en
conflit d'intérêts ou auquel, même, il serait partie. Ça, c'est dans les règles
de déontologie puis c'est le syndic de la
chambre qui est là. Mais ce que je veux dire, à tous les jours, il y a des
centaines, voire peut-être même des milliers de transactions, au Québec,
qui se font par les notaires. Puis on a un régime juridique qui est robuste, où
on a des officiers publics. On a décidé, comme société, de confier ça, puis
c'est notre tradition civiliste. Puis c'est bien que les notaires soient au
centre du processus, ce qui n'exclut pas la possibilité, pour les gens, s'ils souhaitent avoir un second
avis, comme dans n'importe quel domaine, d'aller chercher un second avis
s'ils le veulent.
Mme Ghazal : Puis
est-ce que les notaires... c'est-à-dire qu'il va y avoir plus de formation pour
qu'ils puissent constater, par exemple, dans les cas de violence
conjugale où ce n'est pas vraiment évident... Est-ce que c'est leur expérience,
ou est-ce qu'ils vont avoir des formations, ou ça existe déjà?
M.
Jolin-Barrette : Bien, la Chambre des notaires s'est engagée à former
davantage les notaires puis à adopter des
lignes directrices aussi. Donc, quand la présidence de la chambre est venue,
ils nous ont dit ça, notamment. Mais
il faut comprendre qu'au quotidien ils font des transactions, déjà, en termes
de vente d'immeubles actuellement, déclarations de résidence familiale,
testaments, successions, tous ces éléments-là.
• (12 h 10) •
Mme Ghazal : Mais, tu sais, ce n'est pas leur... Ils n'ont
peut-être pas l'oeil pour constater ça. Ce n'est pas des psychologues
non plus, là.
M.
Jolin-Barrette : Non, mais c'est des gens qui voient pas mal de monde
à leur bureau dans des situations familiales quotidiennes. Puis les notaires,
c'est pas mal des experts en droit de la famille.
Mme Ghazal : Mais
il y a quand même... C'est quand même pertinent, puis la Chambre des notaires
aussi trouve que c'est pertinent d'offrir
des formations, c'est-à-dire qu'il y a un manque, peut-être, sur le terrain.
C'est-à-dire qu'en théorie, ils sont supposés tout voir ça, là, mais
dans la pratique, même s'ils ont beaucoup d'expérience, est-ce qu'ils...
M.
Jolin-Barrette : Moi, je pense que ce n'est pas parce que des
organisations s'engagent à donner de la formation continue, à toujours
bonifier, qu'il y a nécessairement un manque. On n'est jamais trop à l'affût
d'avoir davantage d'outils. Alors, moi, je vois ça comme de la sensibilisation,
des outils supplémentaires. Je trouve ça très positif que la chambre, de leur
propre chef, se dise : Bien, écoutez, nous, effectivement, on entend
potentiellement certaines critiques et, donc, on est prêts à donner des outils
supplémentaires.
Mme Ghazal : Puis
ça, c'est en cours?
M.
Jolin-Barrette : Bien, la chambre nous a dit qu'elle allait développer
des lignes directrices.
Mme Ghazal : Ils sont... Ils vont le faire. Ils ont comme un
plan d'action pour aller là, de leur propre chef, pas parce que le
gouvernement...
M.
Jolin-Barrette : C'est ce qu'ils nous ont dit, exactement.
Mme Ghazal : Parce que sur le terrain... C'est ça, les groupes,
tu sais, juste pour les rassurer, eux, sur le terrain, ce n'est pas ça
qu'ils constatent. Là, je n'ai pas d'exemple concret, là, avec moi, là...
M.
Jolin-Barrette : Bien là... Il peut y avoir tout le temps des
exceptions.
Mme Ghazal : Mais sinon, tout va bien. Ils vont tous trouver
que s'il y a une relation, que le consentement n'est pas vraiment présent,
ils ont la formation et la possibilité de détecter ça.
M.
Jolin-Barrette : Mais le notaire est le professionnel du droit chargé
d'évaluer est-ce qu'il y a... un consentement libre et éclairé est fait. Que ça
s'applique, supposons, en matière de succession, quand une personne âgée change
son testament, supposons, quand il y a une donation entre vifs, quand il y a
une transaction immobilière qui est faite, le notaire est là et, en cas de
doute, ils peuvent refuser d'instrumenter la transaction.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. Mme la
députée de Vaudreuil.
Mme Nichols :
Oui, merci, M. le Président. Donc, juste pour... peut-être pour ceux qui...
ceux qui écoutent ou pour préciser. Dès la naissance de l'enfant, il y a la
création de l'union parentale. En cours d'union, si... dans le fond, elle se
crée automatique, là. Si on veut la bonifier ou si on veut, en fait, la
modifier, soit la bonifier ou soit exclure des choses, il faut aller devant un
notaire puis il faut que ça soit notarié. Mais pour la création, c'est une
création... c'est d'ordre public, là, ça va se... la création est automatique
dès la naissance de l'enfant.
M.
Jolin-Barrette : Dès la naissance de l'enfant, la création est
automatique. Si jamais les parties veulent se soustraire, ils doivent aller
chez le notaire.
Mme Nichols :
Ou la bonifier.
M. Jolin-Barrette : Bien, en fait, pour la
bonifier, ils n'ont pas besoin d'aller chez le notaire. Ils peuvent y aller,
mais ils n'ont pas besoin d'aller chez le notaire pour...
Mme Nichols : Pour l'ajout?
M. Jolin-Barrette : Pour
l'ajout. Ils pourraient faire un contrat sous seing privé. Plus de droits, il
n'y a pas le...
Mme Nichols :
C'est juste pour exclure qu'il faut aller chez le notaire.
M.
Jolin-Barrette : Oui, chez le notaire, parce que, dans le fond, c'est
comme un contrat de vie commune quand vous ajoutez quelque chose.
Mme Nichols :
Parfait.
M.
Jolin-Barrette : Mais j'encourage les gens quand même à bien faire
leurs papiers.
Mme Nichols :
Oui, il va falloir... Puis, tu
sais, il va falloir faire beaucoup de communication, là, à cet effet-là, de
la création de ce patrimoine d'union parentale. Je pense que les... tu sais,
nous, on en parle beaucoup, puis évidemment,
on étudie le projet de loi, là, puis on a eu la... tu sais, on a été choyés,
là. On a des experts qui sont venus nous
en parler, des pours, et des contres, puis là on est en train de tout modeler
ça. Mais je pense que les... il va falloir trouver une façon, là, de
diffuser l'information.
M.
Jolin-Barrette : C'est déjà prévu qu'on va avoir des campagnes
d'information importantes, justement, pour
renseigner les gens, un, sur le nouveau régime; deux, sur les modalités
applicables puis de diffuser l'information, puis notamment, bon, le
juridique va nous aider à faire ça aussi, qui est la plateforme du gouvernement
en matière d'information juridique.
Le
Président (M. Bachand) : Autres
interventions? Alors, on continue. M. le ministre.
M.
Jolin-Barrette : Oui. «521.32. Le majeur sous tutelle ou mandat de
protection ne peut conclure une convention portant sur le patrimoine d'union
parentale sans l'assistance de son tuteur ou de son mandataire; le tuteur ou le
mandataire doit être autorisé à cet effet par le tribunal, le cas échéant, sur
l'avis du conseil de tutelle.
«La convention
conclue en violation du présent article ne peut être attaquée que par le majeur
lui-même, son tuteur ou son mandataire, selon le cas; elle ne peut plus l'être
lorsqu'il s'est écoulé une année depuis sa signature.»
Commentaire. Cet
article précise les modalités suivant lesquelles un majeur sous tutelle ou un
mandat de protection pourra conclure une convention portant sur le patrimoine
d'union parentale, à défaut de quoi la convention pourrait être déclarée nulle.
Le
Président (M. Bachand) : Interventions? M.
le député d'Acadie.
M. Morin : Oui,
merci, M. le Président...
M.
Jolin-Barrette : Bien...
Le
Président (M. Bachand) : Oui, M. le
ministre.
M.
Jolin-Barrette : ...lire l'article 436 du code en mariage.
M. Morin : D'accord. Merci. Pourquoi le délai d'un an? Est-ce
que c'est parce que vous vous inspirez de 436?
M.
Jolin-Barrette : Effectivement, oui, c'est ça.
M. Morin : OK.
Parce qu'en fait, s'il y a une convention qui a été conclue alors que la
personne qui l'a conclue ne pouvait pas le faire, là, ce que ça fait, c'est
qu'après le délai d'un an, c'est comme si ça la validait, parce qu'on ne peut
plus la contester, on ne peut plus l'attaquer. Donc, un an m'apparaît un peu
rapide comme période de temps. Maintenant, je comprends que vous vous inspirez
de 436 du Code civil.
M.
Jolin-Barrette : Oui, donc 436, c'est : «Le majeur sous tutelle
ou mandat de protection ne peut passer de convention matrimoniale sans
l'assistance de son tuteur ou de son mandataire. Le tuteur ou le mandataire
doit être autorisé à cet effet par le tribunal, le cas échéant, sur l'avis du
conseil de tutelle.
«Les
conventions passées en violation du présent article ne peuvent être attaquées
que par le majeur lui-même, son tuteur ou son mandataire selon le cas.
Elles ne peuvent plus l'être lorsqu'il s'est écoulé une année depuis la célébration du mariage ou depuis le jour
de l'acte modifiant les conventions matrimoniales.»
Donc, là aussi, on
retrouve un an dans le code. Donc, c'est une adaptation de l'article du
mariage.
M. Morin : Du
code. Parfait, je vous remercie.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. Autres
interventions? Alors, on continue. M. le ministre.
M.
Jolin-Barrette : «521.33. Les conjoints peuvent, en cours d'union, par
acte notarié en minute, à peine de nullité absolue, se retirer d'un commun
accord de l'application des dispositions du présent chapitre.
«Ce retrait prend effet le jour de l'acte le
constatant. Lorsque le retrait est constaté dans les 90 jours du début de
l'union, le patrimoine d'union parentale est réputé n'avoir jamais été
constitué.»
Commentaire. Cet article crée un droit de
retrait de l'application des dispositions portant sur le patrimoine d'union
parentale et prévoit ses modalités. Donc, ça, c'est la disposition du droit de
retrait. Donc, les parties, un coup que l'enfant est né, peuvent aller chez le
notaire pour se retirer du régime d'union parentale. S'ils le font à
l'intérieur de 90 jours, on n'ouvre pas le régime pour le refermer puis le
liquider. Dans le fond, c'est comme si on retourne à la date de naissance de
l'enfant, donc, de façon contemporaine.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député d'Acadie.
M. Morin : Oui, merci. Alors,
pourquoi le délai de 90 jours, ici?
M. Jolin-Barrette : Bien, pour
permettre aux parties, un, de prendre rendez-vous chez le notaire suite à
l'accouchement, notamment, de donner un délai raisonnable puis de dire :
Bien, écoutez, on ne constituera pas un patrimoine, considérant que la volonté
des parties, c'est qu'il n'y ait pas de patrimoine d'union parentale. Donc, on
remet les parties en état des lieux, on dit : Bien, dans le fond, si vous
y allez à l'intérieur de trois mois, c'est comme si le patrimoine n'avait jamais été constitué. On ne voulait pas que ça
soit trop long non plus pour la disposition de retrait.
M. Morin : Puis vous trouvez que
90 jours, c'est assez long? Parce qu'évidemment l'union parentale puis le
patrimoine va prendre naissance par la naissance de l'enfant. C'est trois mois
après la naissance, donc ça implique que les
conjoints vont s'être parlé, vont avoir un rendez-vous chez le notaire, ils
vont avoir... Tu sais, même si... parce que j'écoutais, tout à l'heure,
ce que vous disiez quand on a regardé d'autres dispositions où on parlait d'un
acte notarié, vous avez dit : Écoutez,
le notaire est habitué à conseiller les deux parties, mais les deux parties
peuvent aussi consulter un autre
conseiller juridique, ils peuvent le faire de leur propre chef. Donc, s'ils
veulent le faire, ça veut dire que, dans l'espace de 90 jours, ils
vont devoir avoir fait tout ça?
M.
Jolin-Barrette : Mais ils peuvent le faire, c'est juste qu'après
90 jours, ils vont pouvoir aller chez le notaire quand même, mais
là, à ce moment-là, il va y avoir constitution du patrimoine, qui va être
partageable.
Dans le fond, tu sais, le parallèle avec le
mariage, c'est que quand vous êtes marié, vous pouvez aller faire votre contrat de mariage avant le mariage, pour
qu'à la date du mariage, bon, bien, c'est, supposons, la séparation de biens qui
s'applique puis les autres modalités associées à ça.
Là, ici, vous ne pouvez pas aller chez le
notaire avant la naissance de l'enfant. Donc, vous aurez pu, au cours de la
grossesse, supposons, en discuter puis dire : Bien, écoute, nous, on va
s'exclure après la naissance de l'enfant, tout ça. Donc, si vous décidez
d'aller chez le notaire à l'intérieur de 90 jours, vous n'aurez pas à
faire le partage des premiers 90 jours.
Mais supposons que vous commencez à en discuter après la naissance de l'enfant
puis que, là, c'est six mois après la naissance de l'enfant que vous
allez chez le notaire vous soustraire du régime, là, à ce moment-là, il va y
avoir le partage des six premiers mois.
Dans le fond, c'est juste une modalité
facilitante pour les couples qui savent vraiment qu'ils ne veulent pas avoir le régime où est-ce qu'on leur dit :
Bien, vous n'avez pas besoin de vous embarquer dans la paperasse, de faire le calcul
puis la séparation. C'est comme une période tampon pour dire : Bien, si
vous allez à l'intérieur de ce délai-là, vous n'aurez pas à procéder au
partage.
• (12 h 20) •
M. Morin : Oui, sauf que
90 jours, ça arrive quand même assez rapidement. Donc, après le
90 jours, si les conjoints veulent, évidemment, se soustraire, ils le
peuvent. C'est la mécanique du projet de loi, mais le patrimoine aura quand
même été constitué.
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Morin : Donc là, il va falloir
que le notaire ou quelqu'un d'autre partage.
M.
Jolin-Barrette : Bien, à moins qu'ils fassent une renonciation. Le
notaire va savoir... va devoir faire le calcul, mais il peut y avoir
renonciation des parties.
M. Morin : Au partage?
M. Jolin-Barrette : Au partage.
M. Morin : Aussi, également. Donc,
ils peuvent sortir puis ils peuvent aussi...
M. Jolin-Barrette : Renoncer aussi.
M. Morin : ...renoncer. Donc...
M.
Jolin-Barrette : Mais il va y avoir le calcul.
M. Morin : Oui,
exact, pareil.
M.
Jolin-Barrette : C'est ça, ils vont le calculer.
M. Morin : Donc,
je me demandais pourquoi on ne pourrait pas l'étendre, je ne sais pas, moi, à
120 jours, comme on a fait pour
d'autres articles, pour éviter, justement, que... 90 jours, c'est vite
passé s'ils veulent aller consulter un autre conseiller juridique. Tu sais, ce n'est pas évident de te trouver
un rendez-vous chez le notaire, chez l'avocat dans les 30 jours ou
dans les 60 jours, là.
M.
Jolin-Barrette : Oui, sauf que là, prenez-le à l'inverse. Plus on
avance dans le temps, plus, dans le fond, le
régime, théoriquement, il est repoussé, son ouverture. Ça fait que, tu sais,
vous... dans le fond, vous... plus vous allez dans le temps, plus vous
favorisez la disposition de retrait.
Donc,
tu sais, nous, ce qu'on souhaitait faire, c'est assurer la protection, donc
c'est d'ordre public. On ne veut pas
laisser un délai trop long pour faire en sorte que, rétroactivement, tu reviens
à zéro, puis qu'il revient partageable. C'est pour ça qu'on a mis
90 jours.
M. Morin : Je
comprends.
M.
Jolin-Barrette : Ça fait que...
M. Morin : Parfait.
Je vous remercie.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. Autres
interventions? Mme la députée de Mercier.
Mme Ghazal : Pour
être sûre, c'est ça, ça fait qu'il y a un délai à partir duquel on ne peut pas
se retirer?
Des voix : ...
Mme Ghazal : Non,
ça, il n'y en a pas.
M.
Jolin-Barrette : Non, ce n'est pas ça. Il n'y a pas de délai. Il n'y a
pas de délai. Dans le fond, le 90 jours, il
est là pour faire en sorte que, si vous vous retirez à l'intérieur de
90 jours, vous n'avez pas besoin de calculer le partage parce que
vous êtes remis en état. Mais vous...
Mme Ghazal : Puis
t'enlever... comme de faire le calcul au prorata pour...
M.
Jolin-Barrette : Exactement. Mais, dans le fond, la disposition de
retrait, vous pouvez vous retirer après deux jours, après six mois, après
10 ans, mais vous n'allez pas pouvoir vous retirer... Supposons, vous vous
retirez après 10 ans, vous ne retirez pas pour zéro à 10 ans, vous
retirez pour les 10... bien, pour les années futures. Donc, le patrimoine, il a
été constitué. Il n'y a pas de retrait rétroactif, c'est ça que je veux dire, à
part dans le 90 jours. Ça fait que ça
assure d'avoir la constitution d'un patrimoine. Ça fait que si les époux, après
25 ans, ils décident de se retirer, bien, ce régime-là, il a vécu
pendant 25 ans, ce régime de protection là.
Mme Ghazal : Mais
est-ce que c'est possible d'empêcher ça, de se retirer n'importe quand, plus
tard, puis de... puis qu'il y ait comme un délai pour le faire, je ne sais pas,
moi, après un an d'union, puis ne pas être... ne pas être capable de le faire plus tard? Parce que vous, ce que vous dites,
c'est qu'on peut le faire n'importe quand, mais tout ce qui n'a pas été
fait est protégé.
M.
Jolin-Barrette : Oui, exactement. Donc, c'est la liberté contractuelle
qu'on préserve.
Mme Ghazal : Mais si... parce qu'il y a des groupes, par
exemple, qui disent : Ce serait bien d'avoir un délai, par exemple,
un an, puis, après ça, on ne peut plus se retirer.
M.
Jolin-Barrette : Oui, je comprends.
Mme Ghazal : Parce
qu'on pourrait arriver, 10 ans plus tard, puis vous dites que le compte
est à zéro. Je comprends que tout le reste avant... Bien là, c'est le...
M.
Jolin-Barrette : Bien, tu sais, le problème avec la proposition du
délai d'un an, c'est qu'on presse les gens à aller se retirer. Pendant ce
temps-là, le régime ne court pas. Moi, j'aime mieux mettre un régime où est-ce
que ça s'applique, puis, si vous souhaitez vous retirer à un moment donné, vous
irez vous retirer à un moment donné. Parce que si vous êtes à l'intérieur d'un
an, bien, il y a bien du monde qui vont avoir de la pression pour y aller à
l'intérieur d'une année.
Mme Ghazal : Puis,
si, par exemple, peu importe à quel moment, là, le couple veut se retirer du
régime, puis il y en a un qui pousse : Heille! On se retire, on se retire,
parce qu'il connaît bien les droits, là... puis son chum lui a dit que ça serait mieux que tu te retires
maintenant, et tout ça, puis l'autre le fait. Est-ce que c'est possible...
parce que, pour se retirer, il faut aller voir un notaire, pour ça?
M. Jolin-Barrette : Oui.
Mme Ghazal : Là,
je comprends que le notaire, il est bien expert puis il est capable de voir le
consentement, là. Mais, tu sais,
des... c'est un couple très amoureux, là, ça fait que, tu sais, tu ne le vois
pas tout le temps, mais il y a une personne
qui, elle, elle n'a pas trop réfléchi longtemps puis elle dit OK, mais
peut-être que ça a des conséquences sur elle. Est-ce qu'elle peut avoir
un... Oui?
M. Jolin-Barrette : Non, mais le...
Non, mais attention, là, le notaire, là, il rencontre séparément les parties,
il va valider le consentement des parties.
Mme Ghazal : Oui, je comprends.
Mais, tu sais, la personne, elle ne va pas, tu sais, après ça... parce qu'après
discussion, tu sais, supposons, la personne, elle est celle qui... peut-être,
elle, ce n'est pas vraiment dans son intérêt.
Supposons qu'il y avait quelqu'un, elle avait une autre amie qui la
conseillait, puis qu'elle dit : Ce n'est peut-être pas une bonne idée que tu fasses ça puis que tu te
retires, admettons. Puis là elle s'en va voir le notaire parce qu'elle ne veut
pas déplaire à son conjoint...
En fait, ma question... Je vais arrêter avec mon
histoire. Ce que je veux dire, c'est : Est-ce que c'est possible d'offrir, peut-être, quelques heures pour... de
consultation juridique qui seraient offertes pour que... s'assurer vraiment,
vraiment que les deux personnes, quand elles
vont se retirer, peu importe où dans leur relation, où dans le temps, dans
leur relation, qu'elles le fassent en toute connaissance de cause?
M. Jolin-Barrette : Bien,
c'est justement le travail du notaire de faire ça. Puis, comme on l'a dit
tantôt, il n'y a rien qui empêche les gens d'aller voir un conseiller
juridique indépendant.
Mme Ghazal : Oui, mais ils ne vont
pas payer pour ça, tu sais.
M. Jolin-Barrette : Ils ne voudront
pas...
Mme Ghazal : Tu sais, s'il y avait
comme un conseil juridique qui était offert aux personnes pour leur expliquer
les conséquences.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais le
notaire le fait. C'est son travail, au notaire, d'expliquer quelles sont les
conséquences juridiques de ça. Le notaire va l'expliquer, c'est quoi. Il va
l'expliquer aux parties.
Mme Ghazal : À chacune, séparément?
M. Jolin-Barrette : Oui, le notaire
peut les rencontrer séparément.
Mme
Ghazal : «Peut», ce n'est pas quelque chose d'automatique.
S'il voit un couple où les deux s'entendent bien, puis les deux, ils ont l'air
de s'entendre, donc, il ne va pas dire : Je vais vous rencontrer chacun,
séparément.
M. Jolin-Barrette : Le notaire se
doit, en vertu de ses règles déontologiques, de s'assurer du consentement libre
et éclairé de chacune des parties à l'acte. Donc, il va le faire.
Mme Ghazal : Il faut qu'il ait un
doute dans son esprit.
M. Jolin-Barrette : Non. Les règles
associées à la Loi sur le notariat, et surtout dans ce type de situations là,
généralement, c'est ce qu'ils vont faire lorsqu'il y a des intérêts
contradictoires. Puis il y a des lignes directrices qui vont être appliquées par la Chambre des notaires pour dire clairement,
dans cette situation-là, qu'est-ce que le notaire doit faire. Comme la
grossesse pour autrui aussi.
Mme Ghazal : Puis juste pour être
certaine, parce qu'il y a des groupes qui étaient inquiets de ça, parce qu'il y
a la... le beau, tu sais, le monde idéal, puis, après ça, il y a la vraie vie
puis les vraies histoires. Est-ce que, par exemple, le ministre est ouvert à
dire : Bien, on pourrait offrir une ligne de consultation juridique comme
on le fait pour d'autres choses, mais
pour... Tu sais, je comprends que le notaire peut le faire, mais peut-être que
les gens, des fois, ils ne
l'exprimeront pas, même s'ils sont seuls avec le notaire, mais juste pour que
les gens puissent s'informer puis être conseillés.
M. Jolin-Barrette : Mais il y a
plusieurs organismes qu'on finance, notamment avec le Fonds Accès Justice, les
centres de justice de proximité, notamment, qui donnent de l'information
juridique. Alors, les gens...
Mme
Ghazal : Pour tout le monde ou il doit y avoir des critères pour
pouvoir...
M.
Jolin-Barrette : Non, les centres de justice de proximité, il n'y a
pas de... il n'y a pas de critères d'admissibilité qui sont là. On finance
Éducaloi, il va y avoir les explications sur le site JuridiQC également, et le
notaire, je vous le dis, c'est un officier public responsable chargé d'évaluer
le consentement. Donc, à tous les jours, ils font des centaines de
transactions, les notaires, où le consentement est en jeu puis ils l'observent.
Le
Président (M. Bachand) : D'autres
interventions? M. le député d'Acadie
M. Morin : Oui.
Dans le cas qui est sous étude, je peux comprendre que les conjoints, par
exemple, au début d'une union, veulent voir
si leur union va durer. Ça fait qu'admettons, là, qu'ils font... ou qu'ils
décident de se retirer, ils peuvent, c'est
ce que le projet de loi dit. Plus tard, mettons que ça va bien, leur affaire,
puis après sept, huit ans, là, ils décident : Bien, finalement, on
va retourner voir un notaire puis on va avoir un contrat à cet effet-là. Donc,
ça, ils pourraient également. Donc, dans le projet de loi, il n'y a rien qui
empêche ça.
M.
Jolin-Barrette : De réopter pour le régime?
M. Morin : Oui.
M. Jolin-Barrette : Il n'y a rien qui empêche
ça. Donc, c'est un contrat de vie commune. Ça, les gens peuvent décider
de se souscrire, de se faire les libéralités qu'ils souhaitent entre eux.
M. Morin : Puis je comprends que vous avez dit, si je vous ai
bien compris tout à l'heure, qu'il n'y aurait pas, par exemple, d'effet
rétroactif. Donc, s'ils sortent, ils reviennent, c'est... à chaque fois, ils
recommencent.
M. Jolin-Barrette : Bien, dans le fond, vous
ne pouvez pas... dans le fond, vous ne pouvez pas effacer, à moins de faire une
renonciation expresse à votre patrimoine. Supposons que le régime s'ouvre, vous
y allez après 10 ans, dans le fond,
vous renoncez pour le futur, mais vos 10 années, elles doivent être
liquidées. Donc, vous pouvez renoncer au partage comme en mariage, mais
le 10 ans, il est là.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Compte tenu de l'heure, la commission suspend ses travaux jusqu'après les avis
touchant les travaux des commissions. Merci. À tantôt.
(Suspension de la séance à
12 h 30)
(Reprise à 15 h 23
)
Le
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il
vous plaît! La commission reprend ses travaux.
Nous
poursuivons donc l'étude détaillée du projet de loi n° 56,
Loi portant sur la réforme du droit
de la famille et instituant le régime d'union parentale.
Avant
de débuter, j'aimerais savoir s'il y aurait consentement pour que le député
de Saint-Henri—Sainte-Anne remplace le député de
Jean-Lesage.
Des voix : Consentement.
Le Président (M. Bachand) : Consentement. Merci beaucoup. Et, lors de la suspension de nos travaux,
nous en étions à l'étude de
l'article 522.33 introduit par l'article 3. Il y a-t-il d'autres
interventions?M. le député d'Acadie, oui.
M. Morin : Merci,
M. le Président. Juste avant l'arrêt, en fait, où on est allés vaquer à
d'autres occupations, n'est-ce pas, donc, je comprends, M. le ministre, que, et
c'est ce dont on parlait avant la pause, ils peuvent donc se retirer d'un
commun accord... d'un commun accord, mais ils pourraient revenir également d'un
commun accord. Mais je comprends que, si jamais c'était le cas, s'ils
reviennent, on recommence. Il n'y a pas... Il n'y a pas d'effet rétroactif, là, c'est à la date du contrat, puis
il va... le patrimoine... bien, en fait, là, l'union parentale va être
reconstituée à partir de cette date-là. Est-ce que je comprends bien?
M.
Jolin-Barrette : Oui, sous réserve que les parties pourraient désirer
avoir un effet rétroactif.
M. Morin : Donc,
ça, ça pourrait être possible aussi?
M.
Jolin-Barrette : Quand c'est un geste qui est positif, de consentement
des deux parties, c'est la liberté contractuelle
qui s'applique.Donc, par défaut, la réponse, c'est non. C'est pour le
futur, à moins que les conjoints y consentent
tous les deux par voie... Dans le fond, c'est du positivisme juridique, là.
Dans le fond, les parties décident d'adhérer, donc ils pourraient mettre
une disposition rétroactive de leur clause pour dire : Bien, on applique à
partir de telle date.
M. Morin : Donc,
dans l'acte notarié, parce que c'est de ça...
M. Jolin-Barrette : Exactement, oui.
M. Morin : ...c'est de ça dont on
parle, les parties pourraient convenir que, bien, le contrat qu'ils signent,
évidemment, ils signent à une telle date, mais qu'il prend effet à une date qui
pourrait être antérieure à la date qui est indiquée sur le contrat. Ça, il n'y
aurait pas de problème avec ça.
M. Jolin-Barrette : C'est ça. Dans
le fond, ce que le législateur vient encadrer, c'est le fait... les modalités
pour se retirer du régime. Donc, les modalités pour entrer dans le régime, ça,
les parties bénéficient de l'entièreté de la liberté contractuelle de le faire,
comme c'est le cas actuellement pour les contrats de vie commune.
Puis on va le voir à la fin du projet de loi, on
va avoir un amendement aussi pour permettre aux gens qui souhaitent adhérer au
régime d'union parentale, qui ne sont pas visés actuellement, qu'ils puissent
adhérer aux mesures de protection d'ordre public, notamment la protection de la
résidence familiale, notamment les successions aussi. Ça, on va avoir un amendement à la fin, là, parce
qu'actuellement, là, supposons, là, que vous êtes dans ma situation actuellement... supposons, j'ai deux enfants, je
suis conjoint de fait puis je voudrais adhérer au régime, je peux y adhérer par
voie contractuelle, notamment par rapport au patrimoine. Mais, par contre, pour
que la résidence familiale soit opposable aux tiers, supposons, on a besoin
d'apporter un petit amendement pour faire en sorte que, dans la loi, ce soit
inscrit que les gens puissent adhérer à l'entièreté du régime pour qu'il soit
opposable aux tiers.
M.
Morin : Donc, ça, je comprends qu'on le verra
éventuellement, là. On n'est pas... On n'est pas rendus là. Mais donc il
pourrait y avoir une ouverture... enfin, une possibilité pour que des conjoints
de fait puissent contractuellement entrer, bon... exprimer leur volonté, faire
en sorte que le régime de l'union parentale, en ce qui a trait aux résidences
de la famille, s'applique à eux, même s'ils n'ont pas d'enfant après la
date prévue par le projet de loi.
M. Jolin-Barrette : Exactement, sauf
qu'ils peuvent déjà le faire actuellement. L'enjeu, c'est l'opposabilité aux
tiers.C'est pour ça qu'on va le voir tantôt.
M. Morin : Oui. Bien, en fait,
présentement, rien n'empêche des conjoints de fait d'entrer dans une union...
M. Jolin-Barrette : Ils peuvent
le...
M. Morin : ...puis avec un contrat.
Ça, je veux dire, il y a...
M. Jolin-Barrette : Exactement.
M. Morin : Ce n'est pas... Ce n'est
pas du tout, du tout contre l'ordre public. L'ennui qu'on a vu cependant en
consultations particulières, c'est qu'il y a seulement 8 % des gens qui
se... vont se prévaloir de ces dispositions-là. Donc, espérons qu'avec le
projet de loi...
M.
Jolin-Barrette : Mais là, il faut le rappeler, actuellement, là, le
retrait dont on parle, là, c'est le retrait par rapport au patrimoine.
La résidence familiale, les mesures d'ordre public restent, là.
M. Morin : Exact. Parfait. Je vous
remercie.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci. D'autres interventions?
Donc, on continue. M. le ministre, s'il vous plaît.
M.
Jolin-Barrette : Oui. «521.34. À la fin de l'union parentale,
lorsque les conjoints se retirent de l'application des dispositions du
présent chapitre ou lorsqu'un jugement permettant la liquidation des droits patrimoniaux
d'un conjoint absent est rendu, la valeur du patrimoine d'union parentale,
déduction faite des dettes contractées pour l'acquisition, l'amélioration,
l'entretien ou la conservation des biens qui le constituent, est divisée à
parts égales entre les conjoints ou entre le conjoint survivant et les
héritiers, selon le cas.»
Commentaire. Cet article prévoit le moment et
les règles de partage du patrimoine de l'union parentale. Donc, on s'inspire de
l'article 416 du Code civil en mariage pour la séparation des biens.
Le Président (M.
Bachand) : ...donc, interventions? M. le
député de l'Acadie.
M. Morin : ...deux secondes, s'il
vous plaît, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Oui, allez-y, aucun souci.
M. Jolin-Barrette : Donc,
quand il y a fin de la vie commune ou il y a décès, bien, dans le fond, c'est
la liquidation du patrimoine d'union parentale, comme ça se fait pour le
patrimoine familial. Donc, on divise en deux ce qui est couvert, moins les
dettes qui sont associées pour ces biens-là, moins les apports ou les remplois
qui ont été faits.
M.
Morin : ...à ce moment-là, évidemment, quand il y aura, donc, le
partage, comme vous l'avez souligné, j'imagine, ça va être fait... Bien,
évidemment, dans le cas d'un décès, ça pourra être l'exécuteur testamentaire
qui va faire le partage, ou sinon, si quelqu'un sort, ça va être le notaire qui
va... En pratique, comment ça va fonctionner?
M.
Jolin-Barrette : C'est le notaire qui le fait.
(Consultation)
M.
Jolin-Barrette : OK. Oui, c'est ça, c'est une entente entre le
liquidateur et les héritiers. Dans le fond, le notaire établit la valeur du
partage, puis le liquidateur, par la suite, procède.
• (15 h 30) •
M.
Morin :
OK.
Parfait. Je vous remercie.
Le
Président (M. Bachand) : D'autres interventions? Mme la députée
de Westmount—Saint-Louis.
Mme
Maccarone : Juste par curiosité, peut-être c'est juste la terminologie
légale, mais quand on utilise «un conjoint
absent», on parle uniquement de décès? On ne parle pas, mettons, d'un conjoint
qu'on... il est disparu, on ne l'a pas retracé?
M.
Jolin-Barrette : ...l'«absent», en fonction du Code civil du Québec,
c'est l'article 89... 89 qui dit... qui vient
définir quel est l'absent. Donc : «L'époux ou le conjoint uni civilement
ou le tuteur de l'absent peut, après un an d'absence, demander au tribunal de déclarer que les droits patrimoniaux
des conjoints sont susceptibles de liquidation.
«Le tuteur doit
obtenir l'autorisation du tribunal pour accepter le partage des acquêts du
conjoint de l'absent ou y renoncer, ou autrement se prononcer sur les autres
droits de l'absent.»
Mme
Maccarone : C'est juste parce qu'on parle de conjoint survivant et les
héritiers.
M. Jolin-Barrette :
Non, non. Mais l'«absent», là, c'est 84 du code :
«L'absent est celui
qui, alors qu'il avait son domicile au Québec, a cessé d'y paraître sans donner
de nouvelles, et sans que l'on sache s'il vit encore.»
«L'absent est présumé
vivant durant les sept années qui suivent sa disparition, à moins que son décès
ne soit prouvé avant l'expiration du délai.»
Ça fait que c'est les
règles relativement à l'absent.
Mme Maccarone : Ça fait qu'on n'a pas
besoin de faire une mention ici, à la dernière ligne, quand on parle... parce
que, là, on parle vraiment de survivants, héritiers. On n'a pas besoin de faire
une mention, peut-être, de juste... une clarification? Peut-être, c'est juste
moi qui ne comprends pas, parce que quand j'y vais, je parle de «absent». Je
comprends ce que vous avez dit, mais à la fin, on parle uniquement de
survivants et héritiers, ça fait qu'on parle vraiment uniquement de décès.
M.
Jolin-Barrette : En cas de, qu'on me dit... c'est en cas d'absence,
c'est le tuteur qui représente l'absent. Donc, les règles s'appliquent, là, il
n'y a pas d'enjeu.
Mme
Maccarone : Puis ça, c'est-tu mentionné ailleurs?
M.
Jolin-Barrette : Donc, c'est l'article 86 du code.
Mme
Maccarone : Article 86. OK.
M. Jolin-Barrette :
Mais, dans le fond, c'est les mêmes règles qu'en mariage relativement au
partage et à la succession.
Mme Maccarone :
Mais on doit l'indiquer dans un
autre article pour s'assurer que ces cas-là sont aussi prévus.
M. Jolin-Barrette :
Non, dans le fond, là, ce qu'on fait, c'est qu'on crée le régime d'union
parentale. Donc, vous avez le régime du mariage, du divorce, puis là on crée
ça. Il y a certaines mesures du régime d'union parentale qui proviennent du divorce, de la fin de l'union
du mariage, qui sont versées dans ça. Donc, c'est le régime de l'absent
qui va s'appliquer, si jamais il n'est pas là.
Mme
Maccarone : OK. Merci.
Le Président (M. Bachand) : Merci. D'autres interventions? Donc, on continue. M. le ministre, s'il
vous plaît.
M.
Jolin-Barrette : Oui. «521.35. La valeur nette du patrimoine d'union
parentale est établie selon la valeur marchande,
à la date de l'ouverture du droit au partage, des biens qui le constituent et
des dettes contractées pour leur acquisition, leur amélioration, leur
entretien ou leur conservation.
«La
valeur nette du patrimoine d'union parentale comprend également la valeur nette
du bien visé au premier alinéa de l'article 521.30, mais qui a été exclu
du patrimoine par les conjoints. La valeur nette du bien est établie au moment
de l'exclusion.»
Commentaire.
Cet article prévoit la méthode d'établissement de la valeur nette du patrimoine
d'union parentale. Puis donc on s'inspire de l'article 417 du code
relativement au mariage.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. M. le
député d'Acadie.
M. Morin : ...M.
le Président. Donc, évidemment, la valeur qui va être retenue, c'est la valeur
marchande et, à ce moment-là, c'est le...
M.
Jolin-Barrette : À l'ouverture.
M. Morin : ...c'est le liquidateur qui l'établit, ou c'est le
notaire, ou... En pratique, comment vous fonctionnez?
M.
Jolin-Barrette : Bien, dans le fond, ça dépend de la situation. Et
lorsque les parties, supposons, se séparent, bien, c'est au moment de la
séparation que c'est évalué. Donc, quand ils vont aller chez le notaire, ils
vont l'évaluer. Parfois, ça prend certaines expertises, s'ils ne s'entendent
pas sur la valeur marchande du bien. Donc, exemple,
la maison, ça se peut qu'ils disent : Bien, on va prendre un expert pour
faire évaluer quel est le prix de la maison, donc, pour établir quelle
est la valeur de partage.
M. Morin : Et
en fait, évidemment, quand... malgré une rupture... Il y a des ruptures qui, en
soi... Bien, c'est toujours une situation qui est triste, mais il y a des
ruptures où ça va relativement bien, malgré le fait que ce soit une rupture,
puis il y a d'autres ruptures où ça ne va vraiment pas bien. Donc, si ça ne va
vraiment pas bien puis qu'ils ne s'entendent pas, par exemple, ou, en fait, ils
veulent avoir chacun leur expert, ils ne s'entendent pas avec les expertises, donc, quel est le mécanisme qui est
prévu pour qu'un moment donné il y ait... Est-ce qu'ils vont être obligés
de s'adresser aux tribunaux ou c'est le notaire qui va régler tout ça?
M. Jolin-Barrette : ...médiation dans un
premier temps. Il y a des notaires qui font de la médiation, ils peuvent
aller voir le notaire pour ça. Mais si les parties ne s'entendent pas,
effectivement, bien, ils vont s'adresser au tribunal après la médiation.
M. Morin : Après
la médiation.
M.
Jolin-Barrette : Oui.
M. Morin : OK.
Puis la médiation peut être faite par un notaire ou par un médiateur. Ce n'est
pas obligé...
M. Jolin-Barrette : Un avocat... Bien, dans
le fond, c'est un médiateur reconnu en droit familial. Généralement, c'est
soit des avocats, soit des notaires.
M. Morin : Des
notaires. Parfait. Il y a une référence à 521.30. Donc, 521.30, c'est la
composition du patrimoine de l'union parentale. Donc, au fond, ce que ça vient
dire, c'est qu'un bien qui aurait été exclu, et c'est pour ça qu'il y a une référence à 521.30, évidemment, ne sera... on n'en
tiendra pas compte pour le partage. C'est pour ça qu'il y a la référence
à 521.30?
M.
Jolin-Barrette : ...
M. Morin : OK.
Et on dit que la valeur nette du bien est établie au moment de l'exclusion. Donc,
on prend la valeur marchande, puis, après ça, vous enlevez les dettes.
J'imagine que, là, vous allez arriver à la valeur nette, puis c'est cette
valeur-là qui est établie au moment de l'exclusion?
M.
Jolin-Barrette : Bien, dans le fond, il faut faire en sorte de
calculer votre valeur, moins les dettes, donc ça vous donne votre valeur nette.
Donc, le bien qui est exclu... Dans le fond, le bien que les parties ont décidé
de ne pas inclure ne doit pas être calculé, au bout du compte, parce que ce
n'est pas une valeur partageable, parce que les parties ont décidé... Là,
actuellement, on a les résidences qui servent à l'usage de la famille, les
autos et les meubles. Là, supposons que les
parties, je ne sais pas, conventionnellement, décidaient d'exclure le chalet,
supposons, qui est une des résidences qui sert à l'usage de la famille,
bien, dans le fond, on va le soustraire de la valeur partageable. À ce moment-là vous allez avoir la résidence
principale, les autos puis les meubles qui vont être partageables, comme en
mariage.
M. Morin : OK.
Donc, je comprends que, dans un cas comme ça, le notaire, entre autres, là...
M. Jolin-Barrette : Bien, ça ne veut pas dire
qu'ils vont être chez le notaire. Dans le fond, les gens, ils vont chez
le notaire lorsqu'ils adhèrent au régime ou lorsqu'ils se soustraient au
régime. Mais quand ils font une séparation, par la suite, ils ne sont pas
obligés d'aller chez le notaire.
M.
Morin : Ils pourraient aller voir un avocat pour le partage?
M.
Jolin-Barrette : Ils peuvent aller voir un avocat. Puis supposons
qu'ils s'entendent, le dossier n'est pas judiciarisé, puis ils n'ont pas besoin
nécessairement d'aller le faire, là, d'aller chez le notaire.
M. Morin : Sauf que, pour rentrer dans le patrimoine et puis
pour inclure des biens, il faut que ce soit par acte notarié, non?
M.
Jolin-Barrette : Non, ça peut être conventionnellement.
M. Morin : Aussi?
M.
Jolin-Barrette : Oui, ça peut être par un acte sous seing privé. C'est
sûr que, comme on disait tantôt, lorsque vous adhérez à un régime, vous incluez
certains biens. Bien, idéalement, c'est important d'avoir des papiers bien faits, je dirais ça comme ça, parce que, si
jamais la chicane, elle pogne à un moment donné, bien, quand les papiers
sont clairs, ça évite de la chicane.
M. Morin : Exact. Mais donc ils pourraient, par contrat sous
seing privé ou contrat qui est fait devant un avocat, inclure des biens
dans le patrimoine de l'union parentale?
M. Jolin-Barrette : Exactement. Comme c'est
le cas actuellement, où... si vous et moi, on décide de se mettre en union de fait puis d'inclure dans notre
patrimoine conjugal un contrat de vie commune, là, puis d'inclure certains biens
qui sont partageables.
Le
Président (M. Bachand) : Je vais donner la
parole à la députée de Westmount—Saint-Louis.
M. Morin : Oui.
Merci.
Le
Président (M. Bachand) : Mme la députée,
s'il vous plaît.
Mme
Maccarone : Moi, j'ai une question. Si je fais référence au 417,
pourquoi vous avez fait le choix de supprimer le deuxième paragraphe qui...
comme : «Le tribunal peut, toutefois, à la demande de l'un ou l'autre des époux ou de leurs ayants cause, décider que la
valeur nette du patrimoine familial sera établie selon la valeur de ces biens
et de ces dettes à la date où l'époux ont cessé de faire vie commune»?
M.
Jolin-Barrette : Parce que nous, le régime prend fin au moment où il y
a une des conditions qui prend fin et non
pas à la demande d'introduction, supposons, du recours. Parce que,
contrairement au mariage, là, nous, le régime prend fin dès que les
parties cessent de faire vie commune. Monsieur se couche sur le divan à tous
les soirs, c'est fini, je ne t'aime plus.
Donc, le régime prend fin là, 21 mai. En mariage, le mariage ne prend pas fin
au moment où il y a absence de conjugalité, là, le régime... la fin du
mariage est prononcée au moment du prononcé du jugement.
Mme Maccarone :
Mais il faut quand même
déterminer une date, quand vous commencez la procédure. Il faut quand
même vous baser sur une date où on dit : Aujourd'hui, c'est la rupture,
même si monsieur dort sur le divan, mais on est toujours mariés, là.
• (15 h 40) •
M. Jolin-Barrette : La différence, là, c'est
qu'en mariage, là, souvent, ils vont le faire au prononcé du divorce, la
valeur, ils vont dire : Les biens, à la valeur du divorce, je partage ça,
mais...
Mme
Maccarone : Au prononcé du divorce, OK.
M. Jolin-Barrette :
...mais le tribunal peut rétroagir à la fin de la vie commune, donc
remonter dans le temps. Supposons que vous
êtes divorcés un an et demi après. Au lieu de prendre la date là, bien, il
pourrait faire remonter ça, d'un coup
qu'il y a un des époux qui a commencé à dilapider de l'argent, là, des biens,
pour dire : Bien non, monsieur, vous,
vous avez fait le fou, là, bien, on va réattribuer dans le patrimoine, je ne
sais pas, 100 000 $ de plus, 200 000 $ de plus,
parce qu'à l'époque, quand vous vous êtes séparés, ça valait tant.
Nous,
la différence, c'est que le régime prend fin à la fin de l'union... la fin de
la vie commune. Donc, au moment où monsieur va coucher sur le divan
d'une façon fréquente et «je ne t'aime plus, chérie».
Une voix : ...
M.
Jolin-Barrette : Pardon? Je ne t'aime plus, chérie.
M.
Cliche-Rivard : Ah! je ne t'aime plus, chérie.
Le Président (M.
Bachand) : ...vous interpeller, hein? Alors, d'autres
interventions? M. le ministre, s'il vous plaît.
M.
Jolin-Barrette : Oui...
Le
Président (M. Bachand) : ...excusez-moi.
Désolé. Pardon.
M. Morin : Juste pour bien saisir, donc, je comprends que,
dans les dispositions du patrimoine d'union parentale, toujours dans les dispositions générales, puis là
on est... on commence le partage, quand quelqu'un veut s'exclure ou se retirer,
là, il faut un acte notarié. Mais, si on veut rajouter, ce n'est pas
nécessaire?
M.
Jolin-Barrette : Exactement.
M. Morin : OK.
D'accord. Donc, on peut rajouter... les parties peuvent rajouter tout ce qu'ils
veulent, mais...
M. Jolin-Barrette : Bien, exemple, on avait
la discussion tantôt, avec la députée de Mercier, les parties pourraient
décider de rajouter les REER.
M. Morin : Et
ça, ils n'ont pas besoin, mais ils pourraient le faire par acte notarié. Ce
n'est pas interdit.
M. Jolin-Barrette : Ce n'est pas interdit,
mais ce n'est pas une condition de fond pour que ce soit inclus... de
forme, pardon.
M. Morin : OK.
De fond, l'idée... oui, de forme, l'idée étant que, pour exclure, donc pour
diminuer...
M.
Jolin-Barrette : C'est ça.
M. Morin : ...là, il faut, en fait, une sauvegarde... une
mesure de sauvegarde supplémentaire, puis la mesure que vous avez
décidée, c'est celle de l'acte notarié.
M.
Jolin-Barrette : C'est ça, c'est comme un cran de sûreté. Donc, quand
on diminue les protections associées aux biens qui sont dans le patrimoine,
vous devez faire un geste avec un certain formalisme par un notaire qui est un
officier public. Si jamais vous voulez ajouter des biens dans votre patrimoine,
libre à vous de le faire, comme c'est le cas
actuellement, puis vous avez deux choix : soit que vous le faites chez le
notaire, ce qui peut être une bonne
chose, ou vous allez voir un avocat, ou vous le faites par contrat entre vous,
comme c'est le cas... comme un contrat de vie commune actuellement.
M. Morin : Oui,
exact, parce qu'en fait les parties pourraient s'entendre entre eux. C'est toujours
préférable d'avoir un document qui est écrit. Une entente verbale, c'est aussi
une entente, mais c'est plus difficile à prouver, n'est-ce pas? Donc, c'est
préférable d'avoir un écrit, mais ce n'est pas obligé d'être un acte notarié.
M. Jolin-Barrette :
Exactement. Vous avez raison.
Le
Président (M. Bachand) : M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M.
Cliche-Rivard : Merci, M. le Président. M. le ministre, juste pour
reprendre votre exemple, là, puis du moment
où, là, ils s'étaient... où ils avaient ajouté... vous avez inclus les REER,
par exemple, s'ils voudraient, finalement, se désaffilier ou retirer ce volet-là, ils refonctionneraient par le
même principe avec lequel ils sont... ils l'ont inclus, ils n'auraient
pas à repasser par acte notarié, si c'était inclus sous seing privé, par
exemple?
M.
Jolin-Barrette : Dans le cas où, supposons, vous adhérez au régime
d'union parentale, là, on va le voir un petit peu plus loin, pour pouvoir se
soustraire, si ce n'est pas visé à 521.30, ils ne pourront... ils n'auront pas
à repasser chez le notaire.
M.
Cliche-Rivard : Exact. Donc, ils vont devoir utiliser le même... pas
nécessairement. Ils pourraient avoir décidé
d'inclure les REER par acte notarié. S'ils décidaient de commun accord de se
retirer de ça, finalement, cinq ans plus
tard, finalement, on a décidé qu'on... à partir de là, on va garder chacun nos
REER, ils pourraient le faire sans passer par l'acte notarié.
M.
Jolin-Barrette : Vous, dans votre exemple, c'est si ça a déjà été
notarié?
M.
Cliche-Rivard : Exact.
M.
Jolin-Barrette : Ils n'ont pas besoin de repasser chez le notaire.
M. Cliche-Rivard : Pas besoin? À
moins que l'acte notarié en fasse condition.
M.
Jolin-Barrette : Oui, exactement.
M.
Cliche-Rivard : Exact. Il faudrait qu'ils l'aient prévu comme ça,
sinon, bien, de consentement, ils pourraient convenir autre chose.
M. Jolin-Barrette : C'est ça. Puis,
de consentement, ne perdez pas votre papier.
M. Cliche-Rivard : En effet. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : ...député d'Acadie.
M. Morin : Donc, juste pour bien
saisir, si les conjoints décident d'ajouter des éléments par acte notarié, ils pourraient prévoir dans le même acte notarié les
dispositions et les conditions pour lesquelles ils pourraient retirer ces
éléments-là et ne pas repasser chez le notaire. Est-ce que je comprends bien?
M. Jolin-Barrette : Non, c'est à
l'inverse. Dans le fond, s'ils le font par acte notarié, OK, ils disent :
Moi, j'ajoute les REER dans mon régime, OK.
Ils le font d'une façon notariée. Si le contrat notarié ne prévoit pas, pour
les exclure, qu'ils doivent repasser
chez le notaire, à ce moment-là, ils peuvent le faire par contrat, par un acte
sous seing privé. Si la condition
associée au contrat original d'adhésion... dans le fond, le contrat entre les
deux parties, notarié, qu'ils disent :
Si jamais on voulait s'exclure... on voulait retirer les REER par la suite, à
moins que ce n'en soit une condition du contrat original, ils peuvent se
retirer par voie contractuelle.
M. Morin : OK. Mais j'avais compris
de notre discussion précédente que, pour retirer un bien, la soupape de
sécurité, c'était l'acte notarié.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais un
bien qui est visé à 521.30.
M. Morin : Uniquement?
M. Jolin-Barrette : C'est ça. Les
REER ne sont pas visés à 521.30.
M. Morin : J'en conviens. Donc,
c'est uniquement pour les biens qui sont visés à 521.30, parce que vous en
faites une disposition d'ordre public.
M. Jolin-Barrette : Exactement.
M.
Morin : OK. Donc, pour tout le reste, peu importe, les
gens pourraient... mais ils pourraient agir sous seing privé pour les
inclure puis les retirer.
M. Jolin-Barrette : Exactement.
Exactement, comme c'est le cas actuellement.
M. Morin : OK. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Autres commentaires?
Alors, on continue, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : «521.36. Une fois
établie la valeur nette du patrimoine d'union parentale, on en déduit la valeur
nette, au moment où il y est inclus, du bien que l'un des conjoints possédait
alors et qui fait partie de ce patrimoine
ainsi que la plus-value acquise par le bien pendant qu'il fait partie du
patrimoine, dans la même proportion que celle qui existait, au moment où
il y est inclus, entre la valeur nette et la valeur brute du bien.
«On déduit également de la valeur nette du
patrimoine d'union parentale celle de l'apport, fait par l'un des conjoints,
pour l'acquisition ou l'amélioration d'un bien de ce patrimoine pendant qu'il
en fait partie ainsi que la plus-value acquise, depuis l'apport, dans la même
proportion que celle qui existait, au moment de l'apport, entre la valeur de
l'apport et la valeur brute du bien, lorsque cet apport a été fait à même les
biens suivants :
«1° les biens accumulés avant la
constitution du patrimoine d'union parentale et qui n'en font pas partie;
«2° les biens du conjoint mineur accumulés
avant sa majorité et qui ne font pas partie du patrimoine d'union parentale;
«3° les biens échus par succession ou
donation avant ou pendant la durée de l'union;
«4° les fruits et revenus provenant des
biens visés aux paragraphes 1° à 3°.
«Le remploi,
pendant la durée de l'union, d'un bien visé au présent article donne lieu aux
mêmes déductions, avec les adaptations nécessaires.»
Commentaire.
Cet article énonce les déductions pouvant être appliquées à la valeur nette du
patrimoine d'union parentale.
Donc, on s'inspire de l'article 418 du
code. Donc, ça, c'est la mécanique de l'argent, qu'est-ce qui est exclu... Supposons, prenons un cas simple, la maison, OK,
faisons un chiffre rond, la maison de... qui vaut 100 000 $. Il n'y a
plus de maisons à 100 000 $, mais pour
les fins... pour les fins de l'exemple, prenons la maison à
100 000 $. Donc, qu'est-ce qui va être exclu du partage du
patrimoine? Au moment de la naissance de l'enfant, votre maison était déjà
payée à hauteur de 50 000 $, donc votre 50 000 $, sur la
valeur de 100 000 $, est exclu parce que vous aviez, en bien propre,
le bien d'une valeur de 50 000 $ qui est exclu. Si vous recevez,
supposons, des héritages, les héritages sont protégés. Si vous les incluez dans
la maison qui est la résidence familiale, puisqu'il s'agit d'un héritage, comme
en mariage, c'est exclu. Supposons que vous recevez, je ne sais pas, là,
10 000 $, bien, le 10 000 $ que vous prenez de la
succession, que vous le mettez dans la maison comme mise de fonds, même si
l'enfant, il est né et que le bien est déjà partageable 50-50, cette partie-là
du 10 000 $, plus la plus-value, va être protégée.
Autre cas, si vous faites du remploi. Le
remploi, c'est : vous aviez déjà une résidence principale, vous la vendez
puis vous investissez ce montant-là dans la nouvelle résidence familiale. À ce
moment-là, ça aussi, c'est protégé. Exemple, vous aviez une maison, avant la
naissance de l'enfant, de 100 000 $, payée. Madame vient habiter avec
vous. C'est votre résidence familiale, le 100 000 $, il est déjà
payé. Vous... L'enfant naît, puis vous aviez juste, je ne sais pas, là... vous
aviez un condo ou une chambre, puis là, manifestement, ça ne marche pas avec...
vous avez des triplets, alors vous achetez
une plus grande maison, 300 000 $. Bien, vous avez vendu votre maison
de 100 000 $, puis la plus-value de la maison,
100 000 $, est réinjectée dans la nouvelle maison de
300 000 $. Cette partie-là de la maison que vous aviez avant la
naissance de l'enfant, payée entièrement avec vos biens propres, elle est
basculée, elle est protégée, cette valeur-là. Donc, cette valeur-là n'est pas
partageable, comme ça se fait dans le mariage.
• (15 h 50) •
Autre élément aussi, si vous aviez des sommes en
biens propres, exemple, des placements, avant la naissance de l'enfant et que
vous les injectez dans la résidence familiale, supposons, après la naissance de
l'enfant, eux aussi sont protégés. Exemple, vous aviez un CPG chez Desjardins,
je ne sais pas, de 100 000 $, puis votre hypothèque, je ne sais pas... Vous avez acheté une maison, puis
finalement votre placement vient à échéance, il était gelé pour cinq ans, puis
là, au bout de cinq ans, vous décidez de prendre le 100 000 $ puis de
l'investir dans la maison, dans la résidence familiale.
Bien, cet argent-là va être protégé aussi. Elle ne sera pas partageable parce
que vous aviez cet argent-là accumulé avant la naissance de l'enfant.
Ça fait qu'en gros, l'article, ce qu'il dit,
c'est ça.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Interventions? M. le
député de l'Acadie.
M.
Morin : Oui. Merci, M. le Président. Dans l'article, puis
même un peu précédemment, à un moment donné, on parlait de valeur marchande. Là, maintenant, on parle de plus-value,
de valeur nette puis de valeur brute, donc différentes notions,
différentes valeurs. La valeur brute du bien, ça correspond à quoi?
M. Jolin-Barrette : Donc, la valeur
brute, c'est la valeur marchande. La valeur nette, c'est la valeur brute moins les charges associées à la valeur marchande
ou à la valeur brute. Donc, valeur brute, qui est la valeur marchande...
Supposons, ma maison, là, sur le marché, là, elle vaut 150 000 $,
mais j'ai une hypothèque de 50 000 $ dessus. Donc, ma valeur
nette, c'est 100 000 $.
M. Morin : Exact. Donc, si vous la
vendez, vous allez devoir rembourser le 50 000 $ de l'hypothèque.
Mais pourquoi, dans une disposition, vous
utilisez la valeur marchande puis là vous utilisez la valeur brute? Puis on est
toujours à 521.
M. Jolin-Barrette : Alors, à 418
aussi, dans le mariage, ça dit ça?
Une voix : ...
M. Jolin-Barrette : Oui, 418,
deuxième alinéa, on parle de valeur brute aussi.
Une voix : ...
M. Jolin-Barrette : OK. Donc, valeur
brute, valeur marchande, c'est la même chose.
M. Morin : Bon, donc, il n'y aurait
pas lieu d'utiliser, en fait, de valeur marchande partout? Je comprends que... Je comprends que vous vous êtes inspiré des
dispositions en matière de mariage, mais là on a un nouveau projet de loi. À 521.35, on fait référence à la valeur
marchande puis là, à 521.36, on fait référence à la valeur brute. Il me semble
que... En tout cas, pour moi, «valeur
marchande», il me semble que ce serait plus clair pour tout le monde. Mais bon,
c'est vrai que, quand on regarde l'article 418, on parle de valeur
brute du bien, mais effectivement...
M. Jolin-Barrette : ...jurisprudence,
c'est la même chose, puis on reproduit ce qui est écrit à 418.
M. Morin : OK. Vous référez
également aux biens du conjoint mineur, accumulés avant sa majorité. Donc, dans un cas où c'est un mineur qui est en union de
fait, pour le patrimoine familial, donc, les biens qu'il a avant sa majorité
ne pourront pas faire partie du patrimoine.
Donc, si, par exemple, un mineur qui a de l'argent investi dans la résidence
familiale... Pour reprendre votre exemple de tantôt, admettons, la résidence,
elle vaut 100 000 $, puis que le conjoint mineur
a 50 000 $, puis qu'il investit le 50 000 $ dans la
résidence familiale. Lors du partage, le... bien là, il ne sera peut-être plus
mineur, mais il va recouvrer entièrement son 50 000 $.
M. Jolin-Barrette : Et la plus-value, parce
que, dans le fond, ce n'est pas partageable. Dans le fond, la valeur de ses
biens alors qu'il était mineur ne... même s'ils sont investis dans le bien qui
est... fait partie du patrimoine de l'union parentale, n'est pas
partageable.
M. Morin : D'accord.
M. Jolin-Barrette : Ça fait que, supposons,
dans votre exemple, supposons, il avait mis 50 000 $ sur sa maison
à 16 ans, bien, ce 50 000 $ là n'est pas partageable quand il
arrive à 18 ans.
M. Morin : C'est
ça. Donc, si par exemple, la maison à 100 000 $, il a investi
50 000 $ à 16 ans, rendu à 20 ans,
la maison vaut 150 000 $, puis là il y a une plus-value, normalement,
ma compréhension, c'est que, lors du partage, les conjoints devraient
partager la plus-value, mais, dans son... dans le cas du mineur, il va
recouvrir... le 50 000 $ va ressortir.
M.
Jolin-Barrette : ...plus-value. Avec la plus-value.
M. Morin : Donc,
la plus-value...
M.
Jolin-Barrette : La plus-value associée au 50 000 $.
M. Morin : ...associée
au 50 000 $?
M.
Jolin-Barrette : Oui.
M. Morin : Donc,
ça, ils vont la partager en deux ou s'ils vont prendre un pourcentage...
M.
Jolin-Barrette : Tu sais, je ne sais pas si vous vous rappelez de
la... des méthodes de calcul, là, pour le divorce. Mais, dans le fond,
supposons que votre 50 000 $ que vous aviez dans la maison... ce
50 000 $ là, il n'est pas partageable parce que vous l'aviez
préalablement. Même chose, supposons que vous injectez des biens que vous aviez
avant la naissance de l'enfant ou les... une succession, dans la résidence
familiale. À ce moment-là, ce montant-là, il est protégé, plus la plus-value
associée à ce montant-là.
Ça fait que, exemple,
là... sur votre exemple, là, lui, il avait injecté 50 000 $ sur une
maison de 100 000 $, puis là
maintenant, la maison, elle vaut 150 000 $, donc elle a pris
50 000 $. Donc, lui, il va bénéficier de la plus-value du
50 000 $ sur le 50 000 $ investi, plus le
50 000 $ de gain qui a été fait. Ça fait que, exemple, le
50 000 $ sur 100 000 $ qu'il avait, puis la maison, elle a
monté, bien, il va bénéficier de, c'est ça...
M. Morin : Donc,
de ce pourcentage-là.
M.
Jolin-Barrette : ...associé à la mise de fonds qu'il avait.
M. Morin : Donc,
le 50 000 $, ça correspond à 50 %. Donc, ils vont faire
50 % du 50 000 $ investi, ce qui va donner 25 000 $.
Donc, il devrait retrouver 75 000 $ en ressortant.
M.
Jolin-Barrette : Exactement.
M. Morin : OK.
Et, à 4°, quand on parle des «fruits et des revenus provenant des biens visés»,
à quoi ça correspond exactement?
M.
Jolin-Barrette : Ça, ça correspond, exemple, à... Vous avez un
placement de 100 000 $ en CPG, gelé, supposons, cinq ans, avant la
naissance de l'enfant, puis il était à 100 000 $. Puis là, après cinq
ans, votre enfant, il a cinq ans, puis le CPG, vous l'aviez avant la naissance
de l'enfant, là, il est rendu à 150 000 $. Donc, le
50 000 $ que votre 100 000 $ a généré en intérêts, si vous
l'investissez dans la maison, il est protégé. Dans le fond, cet apport-là, en
cours d'union, pour un bien que vous aviez au moment de la naissance, de
l'ouverture du régime, il est protégé.
M. Morin : OK. Et là, évidemment, ça, ça ne s'applique pas
uniquement à la résidence, mais aux biens également et aux meubles.
M.
Jolin-Barrette : Ça s'applique à ce qui est prévu dans le patrimoine
d'union parentale.
M. Morin : C'est
ça. Donc, quand on revient à 521.30...
M. Jolin-Barrette : Donc, les autos...
M. Morin : Bien,
en fait, les résidences de la famille...
M. Jolin-Barrette : Les meubles puis
tout ça, oui.
M. Morin : ...les autos, les biens,
enfin, tout ce qui... ce qui la garnisse et l'orne. Donc, ça pourrait être, par
exemple, des tableaux qui ont pris de la
valeur ou ça, c'est... vu que ce n'est pas vraiment uniquement, bien, à l'usage
de la famille, quoique c'est... ça peut être
beau pour décorer une pièce, là. Mais dans un cas comme ça, qu'est-ce qu'on
fait? On le rentre dans le patrimoine?
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est les
biens qui ornent et garnissent la maison, donc, théoriquement, ça fait partie, sauf que, dans le fond, l'idée, c'est
le... Bien, dans le fond, c'est... si votre tableau, vous l'aviez avant puis
vous le vendez, supposons.
M. Morin : Oui. Admettons, là, qu'il
y a un des conjoints qui a... il a deux... il a deux Riopelle, là, il les avait
avant. Là, il les met sur les murs de sa maison, ça garnit le salon. Là,
l'union parentale est dissoute, ils se séparent.
M. Jolin-Barrette : Oui, ils ne
partagent pas les Riopelle.
M. Morin : Ils ne partagent pas les
Riopelle. Il repart avec.
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Morin : OK. Puis s'il les a...
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est-tu
une lithographie ou c'est un vrai Riopelle?
• (16 heures) •
M.
Morin : Mettons, un vrai,
pour les fins de la discussion, là. Puis s'il les vend... Une fois que l'union
parentale est formée, si la famille,
par exemple, ont besoin de ça, donc, ils les vendent, les tableaux... Je
comprends qu'il les avait avant,
mais, même s'ils les vendent pendant puis qu'ils réinjectent ça dans des biens
qui servent pour la famille, il va quand même garder la portion, enfin, de la vente, si jamais il y a une
dissolution. Donc, il va repartir avec la valeur, même si ça a été
investi dans une maison qui sert pour la famille?
M. Jolin-Barrette : C'est ça?
Une voix : ...
M. Jolin-Barrette : C'est ça, oui.
Bien, dans le fond, c'est une question de traçabilité de l'argent. Parce que, exemple, votre revenu de travail, comme c'est le
cas en mariage, là... votre revenu de travail, que vous payez l'hypothèque
de la maison, ça, ça se retrouve
partageable. Par contre, si vous avez une somme qui est échue... qui échoit par
succession, puis vous la mettez dans la maison, bien, elle, elle va être
protégée.
Donc, c'est toujours d'où provient la
somme. Nous, ce qu'on dit ici, là, à 1°, 2°, 3°, c'est que le produit des
revenus associés à un bien que vous avez avant le mariage, à la fois la somme
et les revenus associés aux biens, si vous
l'injectez dans le patrimoine d'union parentale, vous pouvez, au moment du
partage, l'exclure. Ça fait que, exemple, vous aviez un portefeuille d'actions de 100 000 $, puis, je ne
sais pas, en 2000, vous avez acheté du Facebook, puis que, là, il vaut 1 million au moment où vous
liquidez vos actions. Ce million-là, que vous allez investir dans la maison,
bien, il ne sera pas partageable parce que c'est un bien que vous aviez
avant la naissance de l'enfant, et donc les intérêts, les revenus accumulés à
cause du bien, que vous avez accumulés avant la naissance de l'enfant, là, à ce
moment-là, si vous le mettez dans la maison, il ne sera pas partageable. Par
contre, si vous achetez des actions après la naissance de l'enfant, Facebook encore, puis là, supposons, la bulle est passée,
puis ça monte à 500 000 $, puis vous n'aviez pas l'argent pour
l'acheter avant la naissance, là, vous l'avez acheté avec votre salaire, puis
après ça vous l'investissez dans la maison pour payer l'hypothèque, ça,
c'est partageable.
M. Morin : OK. Parce que c'est après
la naissance de l'enfant.
M. Jolin-Barrette : C'est ça. Donc,
la règle générale, là, c'est : ce que vous possédiez avant la naissance de
l'enfant, si vous l'utilisez pour payer la résidence familiale, c'est protégé,
ce n'est pas partageable. Par contre, quand vous payez votre maison après la
naissance de l'enfant, avec des biens qui sont issus de votre travail ou des
sommes que vous avez réussi à accumuler, puis que vous avez placées, puis que
vous avez revendues, puis que vous avez investies, ça, c'est partageable. Dans
le fond, le principe de base, là, c'est comme : si vous n'aviez rien au
moment de la naissance de l'enfant, vous
allez acheter une maison, vous la payez tout seul, elle est partageable 50-50,
même si le conjoint ne met pas d'argent dedans.
M.
Morin : Et, pour reprendre votre exemple d'actions
Facebook, là, vous les vendez puis, si vous en rachetez d'autres, une
fois que vous les avez rachetées après la naissance de l'enfant, là, ils vont
être partageables ou pas?
M. Jolin-Barrette :
Est-ce que, votre bien, vous le possédiez avant la naissance de l'enfant?
M. Morin : Oui, c'est ça. Tu sais,
pour reprendre votre action... votre exemple de tantôt, vous les avez, les actions, là, vous êtes en union parentale, mais,
pour toutes sortes de raisons, vous les vendez, vous en rachetez d'autres.
M. Jolin-Barrette : Oui. Là, à ce
moment-là, ce n'est pas partageable parce que c'est du remploi.
M. Morin : Donc, on revient toujours
à ce que vous disiez à propos de la traçabilité...
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
M. Morin : ...donc, si vous êtes
capable de retracer que ce montant-là provient de la vente.
M. Jolin-Barrette : C'est la même
chose qu'actuellement en mariage. Quand vous héritez d'une somme, là, si la somme de votre héritage, il n'y a pas de
traçabilité avec ça puis que vous la mettez dans la maison, bien, elle devient
diffuse, là. Elle n'est plus protégée, là, tu sais, au fil des années, là. Je
ne vous dis pas : Votre père, il meurt, il vous laisse 100 000 $, je me retourne de bord, la semaine d'après,
je mets le 100 000 $ sur la maison. C'est clair que c'est le
100 000 $ qui vient de là qui a été mis là, mais quand on parle sur
plusieurs années.
M. Morin : Mais, en fait... Bien,
c'est parce que ça... si on prend le principe de la traçabilité, puis je prends
votre exemple de la maison, vous héritez de
150 000 $, puis là, bien, après... bien, après le... en fait,
l'héritage que vous recevez, dans l'année d'après, vous allez mettre des
rénovations sur la maison pour 50 000 $. Donc là, c'est traçable. Vous avez toujours 100 000 $ qui vous
restent. Si, cinq ans après, vous remettez un autre 50 000 $, vous
avez toujours la traçabilité, là, même si le délai passe, là. Puis, la
dernière fois, le dernier 50 000 $, vous êtes encore capable de le
retracer de votre héritage.
M. Jolin-Barrette : Il faut que vous
prouvez la provenance de la part.
M. Morin : Oui, c'est ça. Donc...
M. Jolin-Barrette : C'est à vous,
là. Dans le fond, là, le bien, là... tu sais, le principe de base, là, c'est
que le bien, valeur brute moins les charges, l'hypothèque, ça donne la valeur
nette du bien. Ça fait que ça, on sépare ça en deux, à moins qu'il y ait un des
conjoints qui dit : Oh! minute, moi, j'avais hérité, puis, dans le calcul,
il faut que tu m'enlèves un
15 000 $ ou un 20 000 $ parce que c'est matante Ginette qui
est décédée qui m'avait donné cet héritage-là.
Donc, tu
sais, c'est toujours le même principe de la traçabilité, mais, des fois, la
traçabilité... puis on le voit en mariage,
il faut réussir à le démontrer, là. Quand vous avez une union de 25 ans, tu
sais, si vous aviez bien des matantes puis vous avez hérité souvent, il
faut être sûr de...
M. Morin : Non,
je comprends, mais... Puis, en fait, on... les conjoints pourraient se ramasser
dans un scénario où la personne investit, par exemple, l'héritage
qu'elle a eu dans la maison. Ça a pour effet de payer l'hypothèque, admettons,
il y a une certaine plus-value, mais pas tant que ça, puis là il y a une
séparation. Donc, si cet argent-là qui est
retraçable n'est pas partageable, les deux conjoints pourraient se ramasser...
un pourrait être obligé de faire un chèque à l'autre, finalement.
M. Jolin-Barrette : Qu'est-ce que
vous voulez dire?
M.
Morin : Bien, c'est-à-dire
que, si vous vendez la maison puis que, l'hypothèque, vous l'avez payée,
admettons, bien là, vous reprenez l'argent que vous avez investi.
M. Jolin-Barrette : Effectivement.
M. Morin : Donc, c'est comme...
c'est comme si, là, vous, vous...
M. Jolin-Barrette : C'est comme
en...
M. Morin : Oui, c'est ça. Ça
fait que, là...
M. Jolin-Barrette : C'est comme
en mariage.
M. Morin : C'est ça. Ça fait
que, là, il y a un conjoint qui va peut-être être obligé d'aller, en fait,
prendre une hypothèque à nouveau pour la portion de la maison, non?
M. Jolin-Barrette : Bien,
c'est possible,comme c'est le cas actuellement. Tu sais, dans le fond,
là, deux conjoints, là, supposons qu'ils ont ensemble, en copropriété,
une maison de 100 000 $, ils sont copropriétaires 50-50, puis
là, je ne sais pas, là, il leur reste 80 000 $
à payer d'hypothèque, puis il y en a un qui hérite de 40 000 $, bien,
lui, sa partie est payée, là.
M. Morin : C'est ça.
M. Jolin-Barrette : Ça fait que
c'est exclu.
Le Président
(M. Bachand) : ...Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Non,
mais c'était ça, l'exemple, M. le ministre, là. Tu sais, vous disiez : Ça,
c'est applicable quand ils ne sont
pas deux copropriétaires. S'ils étaient deux copropriétaires, au niveau de la
naissance de l'enfant, on fait «business as usual», ça va être 50-50?
M. Jolin-Barrette : Soyez plus
précis, là.
M. Cliche-Rivard : Ils
sont propriétaires de la maison à 100 000 $ avant la naissance, ils
sont copropriétaires tous les deux, 50-50.
M. Jolin-Barrette : Oui, oui,
50-50.
M. Cliche-Rivard : Il y a
dissolution de l'union parentale, ils séparent 50-50.
M. Jolin-Barrette : Oui, parce
qu'ils sont copropriétaires.
M. Cliche-Rivard : Exact.
M. Jolin-Barrette : Exactement.
M. Cliche-Rivard : Ça fait que
toute cette application-là de 521.36, c'est dans le cas où il y en a un qui est
copropriétaire... qui est propriétaire tout
seul, l'autre ne l'est pas. La part... Mettons, monsieur est propriétaire du
condo, pas madame. Madame contribue, ou elle paie l'hypothèque, ou elle
paie les charges dans l'union parentale. Tout ce qui va avoir été mis en amont, monsieur va le garder, mais, à partir de
la constitution du patrimoine de l'union parentale, madame va obtenir sa
part, incluant sur la plus-value du moment où l'union parentale a été créée, le
régime.
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Cliche-Rivard : C'est ça.
M. Jolin-Barrette : Toujours en
excluant les biens...
M. Cliche-Rivard : De monsieur.
M. Jolin-Barrette : ...qui vont
avoir été apportés, qui étaient disponibles avant la naissance de l'enfant.
M. Cliche-Rivard : Avant, ou le
legs, là, ou le don, l'héritage, que vous disiez préalablement.
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
Ça fait que, tu sais, exemple, un cas de figure plus simple, c'est... supposons
qu'il y a un seul... la maison est au nom d'une seule personne puis, dans le
fond, il reçoit un héritage, supposons, de 50 000 $.
Ça fait qu'à partir de la... Il achète la... Bébé naît, puis, jour 2, il
passe chez le notaire, il achète une maison. Elle est juste au nom de
monsieur. Bien, même si, lui, c'est le seul à payer dessus, il va falloir qu'il
donne 50 % de la maison à madame au moment de la dissolution, moins les
dettes.
M. Cliche-Rivard : Moins les
dettes.
M. Jolin-Barrette : Sauf s'il a
utilisé de l'argent de la succession, il a utilisé de l'argent qu'il avait
avant la naissance de l'enfant pour payer l'hypothèque, ou une donation.
M. Cliche-Rivard : Ça fait
qu'il y a moyen, dans ce cas-là où madame pourrait... dans un cas de même, là,
à 100 000 $ ou à
150 000 $, madame pourrait se retrouver avec rien, finalement, dans
le cas où 100 % auraient été payés par des biens exclus à 521.36.
• (16 h 10) •
M. Jolin-Barrette : C'est une
hypothèse possible...
M. Cliche-Rivard : C'est
possible.
M. Jolin-Barrette :
...comme en mariage actuellement.
M. Cliche-Rivard : Comme
en mariage actuellement. L'ensemble de 418, c'est essentiellement le même
régime ou il y a des distinctions, ce que vous prévoyez ici?
M. Jolin-Barrette : Il
y a des distinctions sur les biens possédés avant le... avant l'union de...
avant la naissance de l'enfant.
M. Cliche-Rivard : Qui, eux,
est... sont inclus dans...
M. Jolin-Barrette : Dans le
mariage, ils sont inclus.
M. Cliche-Rivard : ...dans le
mariage.
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
M. Cliche-Rivard : Alors que,
là, ils sont exclus.
M. Jolin-Barrette : Exemple,
mon exemple de CPG, si vous aviez, supposons, 100 000 $...
M. Cliche-Rivard : Avant.
M. Jolin-Barrette : ...avant la
naissance de l'enfant, qui sont placés chez Desjardins, puis, cinq ans après le
début de l'union parentale, votre enfant, il
a cinq ans, puis là il reste 100 000 $ de solde hypothécaire à payer,
puis que, là, votre CPG vient à
échéance, d'un produit de 100 000 $, puis vous le mettez sur la
maison, bien, ce 100 000 $ là va être protégé.
M. Cliche-Rivard : Puis là,
j'imagine, vous l'avez traité quand...
M. Jolin-Barrette : Mais
sous réserve... tout ça, ça ne veut pas dire que madame ne recevra rien parce
qu'il y a toujours la prestation compensatoire qui est possible.
M. Cliche-Rivard : Exact. Et
là, si de ce moment-là, finalement, ils décident d'entrer dans le mariage, là,
à partir de là va se constituer le
patrimoine familial, puis on va rentrer dans vos régimes. Et là, le cas
échéant, ce que vous dites qui est exclu, là, à 521.36, là va être
inclus à partir de maintenant dans le patrimoine familial du mariage.
M. Jolin-Barrette : Si c'est
utilisé dans un bien de patrimoine familial.
M. Cliche-Rivard : Dans un bien
du patrimoine familial.
M. Jolin-Barrette : Oui.Il
n'y a plus de protection.
M. Cliche-Rivard : Exact. Il n'y a
plus de protection.
M. Jolin-Barrette : Mais, si
monsieur le laisse en CPG tout le temps, il n'est pas... il n'est pas inclus
dans le partage.
M. Cliche-Rivard : Vous
donniez l'exemple Facebook tantôt. Si monsieur, finalement, décide d'acheter
d'autres actions ou un nouvel
investissement qui ne passera pas par la maison, son
500 000 $ ou son million de Facebook, il ne va jamais intégrer
le patrimoine de l'union parentale?
M. Jolin-Barrette : Exactement,
comme en mariage.
M. Cliche-Rivard : Comme en mariage.
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Cliche-Rivard : En mariage, s'il
l'avait acquis pendant, là, ça le serait, inclus.
M. Jolin-Barrette : Pas
nécessairement.
M. Cliche-Rivard : Pas
nécessairement.
M. Jolin-Barrette : Ça dépend de son
régime matrimonial. Si c'est en séparation de biens, non.
M.
Cliche-Rivard : OK. Mais, s'il est en acquêts, oui.
M.
Jolin-Barrette : S'il est en acquêts, oui.
M.
Cliche-Rivard : OK. Alors que, là, à moins d'y avoir souscrit plus,
là, à moins d'être allé chercher une inclusion supplémentaire au régime,
monsieur décide que finalement, lui, la maison, il ne la paie pas parce que ce n'est pas à son avantage financier puis il préfère
laisser ça dans d'autres investissements, il pourrait arriver une situation,
finalement, où, bien, la maison, suivant le
solde, il ne reste rien, là, puis lui, il a quand même eu son
500 000 $, l'a laissé dans son fonds d'investissement ou il
l'a laissé dans son autre bien, puis c'est comme ça.
M.
Jolin-Barrette : Comme en mariage.
M.
Cliche-Rivard : Comme en mariage, sauf société d'acquêts.
M. Jolin-Barrette :
Effectivement.
M. Cliche-Rivard : Où là tous les gains ou
revenus, dans le cadre du patrimoine familial, vont être inclus à la
dissolution, dans l'acquêt.
M.
Jolin-Barrette : S'il est marié en société d'acquêts.
M.
Cliche-Rivard : Dans l'acquêt, exact.
M. Jolin-Barrette : Oui. Cela étant, la
majorité de la population ne se retrouve pas dans une situation comme
vous le dites, puis l'actif le plus important des Québécois et des Québécoises,
c'est la maison.
M.
Cliche-Rivard : Exact, mais il pourrait fiscalement prendre cette
décision-là.
M. Jolin-Barrette : Il pourrait fiscalement
prendre cette décision-là. Il pourrait fiscalement se faire des compagnies
de gestion. Il pourrait fiscalement avoir une entreprise, s'incorporer.
M.
Cliche-Rivard : Pour s'exclure le plus possible du patrimoine d'union
parentale.
M.
Jolin-Barrette : Bien, je veux dire, du mariage.
M.
Cliche-Rivard : Oui, parce que, là, on ne l'a pas inclus, les
investissements.
M.
Jolin-Barrette : Bien, c'est parce qu'il y a... il y a plusieurs
stratégies fiscales associées à ça, sauf que le régime, il est là pour assurer un filet de sûreté qui est présent, mais
généralement les gens contribuent à l'achat de la maison.
M.
Cliche-Rivard : Et là corrigez-moi, mais...
M.
Jolin-Barrette : Parce qu'il ne faut jamais oublier que la maison, là,
tout ce qui est payé en matière d'hypothèque rentre dans le partage. Ça fait
que...
M.
Cliche-Rivard : Dépendamment de la provenance de la somme.
M.
Jolin-Barrette : Oui, mais...
M. Cliche-Rivard : Vous dites : Pas la
somme avant, pas la somme legs, pas la somme issue d'investissements. Je
veux dire, ça en fait quand même pas mal, là.
M. Jolin-Barrette : Bien,
en fait, la seule distinction avec le mariage, c'est la somme que la personne
possédait avant.
M.
Cliche-Rivard : Avant.
M.
Jolin-Barrette : C'est ça, la distinction.
M. Cliche-Rivard : Puis c'est là où des
groupes sont venus nous dire que, finalement, il y avait comme une espèce
d'avantage comparatif à passer par l'union parentale, il pourrait y avoir, pour
certaines personnes, versus...
M.
Jolin-Barrette : Qu'est-ce que vous voulez dire?
M.
Cliche-Rivard : Bien, je pense que... je ne me souviens plus
quel... Il y a un groupe d'avocats, je pense, qui ont parlé de ça, que, finalement, il pourrait y
avoir avantage, comme vous venez de le dire, en n'incluant pas les sommes
en amont qui vont se destiner à la résidence familiale, comme dans le mariage
société d'acquêts. Il pourrait y avoir avantage pour certains à, finalement,
rester dans l'union parentale seulement.
M.
Jolin-Barrette : Oui, mais le principe de base, c'est que les
actifs que vous possédez avant la naissance de l'enfant ne sont pas
partageables.
M. Cliche-Rivard : Exact, dans
l'union parentale.
M. Jolin-Barrette : Dans l'union
parentale.
M. Cliche-Rivard : Puis ceux que
vous aurez après.
M.
Jolin-Barrette : ...valeurs en mariage aussi, les valeurs avant le
mariage sont propres, ne sont pas acquêts.
M. Cliche-Rivard : Exact, sauf si on
les remploie dans le patrimoine familial.
M. Jolin-Barrette : Non, ils ne sont
pas...
M. Cliche-Rivard : Pour la résidence
familiale, exact. C'est ça. Ça fait que c'est ça, la distinction.
M. Jolin-Barrette : ...la
distinction, oui.
M. Cliche-Rivard : OK. Ça fait que l'exemple
de monsieur qui ne veut pas protéger madame, lui qui a des sommes en amont, a
préférence ou avantage à faire l'union parentale versus le mariage.
M. Jolin-Barrette : Non, pas... mais
pas nécessairement, parce que, dans tous...
M. Cliche-Rivard : Sur sa somme en
amont.
M. Jolin-Barrette : Non, mais dans
tous les cas, si la maison est en son nom propre à 100 % avant la
naissance de l'enfant, que vous soyez en mariage ou en union parentale, elle va
être exclue. Si la maison est toute payée au moment...
M. Cliche-Rivard : Si elle est toute
payée.
M. Jolin-Barrette : ...oui, ça
revient au même.
M.
Cliche-Rivard : Mais, si elle ne l'est pas, là, c'est la valeur
acquise pendant l'union parentale qui est... qui va être divisée.
M. Jolin-Barrette : Exactement,
comme en mariage.
M. Cliche-Rivard : Moins les dettes.
M. Jolin-Barrette : Moins les
dettes, comme en mariage.
M.
Cliche-Rivard : Exact. Alors que, s'ils avaient été mariés, la
somme en amont que lui avait, qu'il a investie par la suite dans le
patrimoine familial, dans la résidence familiale...
M. Jolin-Barrette : Il perd la
protection associée à ça.
M. Cliche-Rivard : ...là, il
l'aurait perdue comme protection.
M. Jolin-Barrette : Exactement.
M. Cliche-Rivard : Ça fait qu'il y a
un léger... il y a un avantage dépendamment des sommes.
M. Jolin-Barrette : C'est une
distinction.
M. Cliche-Rivard : C'est une
distinction.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais on a
dit qu'on ne voulait pas marier les gens de force.
M.
Cliche-Rivard : Vous avez dit ça.
M.
Jolin-Barrette : Oui. Ce n'est pas ce que j'ai dit?
M. Cliche-Rivard :
Bien, vous dites : On avait dit. On va juste attribuer ce que chacun
et autre a dit, là.
M.
Jolin-Barrette : Ah! «on», vous voulez dire que je m'exclue.
M.
Cliche-Rivard : Bien, je vous pose la question. Je préférais le clarifier.
M.
Jolin-Barrette : Bien, nous... j'ai dit ça, nous, le gouvernement du
Québec, avons dit ça.
M.
Cliche-Rivard : Bon, au moins, les choses sont claires. Merci.
Le
Président (M. Bachand) : Mme la députée de
Westmount—Saint-Louis.
Mme
Maccarone : Moi, je veux... C'est tellement complexe, je pense, c'est
pour ça. Moi, je souhaite savoir comment
cette information va être transmise à la population en général, parce que, si
nous, on pose plein de questions pour les précisions... Est-ce qu'il va
y avoir des documents qui vont être préparés pour la mise en oeuvre puis la
compréhension de M., Mme Tout-le-monde pour ça?
M.
Jolin-Barrette : ...bien, comme c'est le cas pour l'information qu'on
diffuse pour le mariage... parce que, voyez-vous,
c'est la même chose que le mariage, à une exception près, comme le soulevait le
député de Saint-Henri—Sainte-Anne, à l'effet que les sommes possédées avant le mariage, si vous les
investissez dans les biens du patrimoine d'union parentale, ne sont pas
partageables.
Mme
Maccarone : L'exemple que vous avez donné avec le CGE de
100 000 $ avant la naissance de l'enfant,
puis là je décide de l'investir dans la maison après la naissance de
l'enfant... est protégé, mais de... si je décide de l'investir de n'importe quelle manière, parce que mon collègue de
l'Acadie parlait des rénovations, puis là, si, mettons, je décide : Ah! mais moi, j'ai eu... j'ai un
CGE ou j'ai eu un héritage de ma mère, elle m'a laissé un 100 000 $,
puis je souhaite l'investir, mais, dans le fond, l'hypothèque est payée,
ça fait que moi, je veux mettre... je veux rénover la cuisine, je vais payer les frais de condo, je vais acheter des plantes,
est-ce que ça veut dire, pratico-pratique, il va falloir que je garde tous mes reçus pour tout ce que j'ai
fait, dans un cas de rupture de couple, pour protéger mon investissement,
parce que je l'ai fait à fur et à mesure puis
je n'ai peut-être pas mis le 100 000 $ de même, d'une shot, sur une
hypothèque? Comment ça, ça va être mis en place?
M.
Jolin-Barrette : Oui, c'est comme en mariage.
Mme
Maccarone : Ça fait qu'il va falloir que je garde toutes mes factures.
C'est ça, la traçabilité?
M.
Jolin-Barrette : C'est le cas actuellement qui existe dans le mariage.
Mme Maccarone :
Attends, je ne comprends pas,
parce que peut-être... J'essaie de voir, exemple, les deux personnes qui
vont s'unir ensemble, ils ont un enfant, mais moi, je décide, ce mois-ci, que
moi, je vais payer les fleurs, moi, je vais
payer le compte d'Hydro, moi, je vais payer x, y, z, il va falloir que chacun
entre nous, même si on est mariés... avoir un livre où on fait un
décompte de : moi, c'est 100 000 $, moi, c'est 150 $...
moi, c'est 150 $, moi, c'est 25 $.
M. Jolin-Barrette : Vous, vous parlez des
dépenses courantes, là. Vous ne parlez pas des dépenses
d'immobilisation, là.
Mme Maccarone :
Bien, ça... Mais, OK, d'abord, on
enlève le compte d'Hydro puis on dit des plantes que j'achète.
M.
Jolin-Barrette : Non, non, ça, c'est des dépenses...
Mme
Maccarone : Moi, je vais faire un paysagement. Je fais... J'engage un
paysagiste pour la maison. C'est quelque chose que je dois garder comme
facture?
M. Jolin-Barrette : Bien, si vous faites un
paysagement à 40 000 $, avec une piscine creusée, puis tout ça, puis
que vous utilisez votre héritage, je vous encourage à garder vos factures,
comme c'est le cas en mariage actuellement.
• (16 h 20) •
Mme
Maccarone : Oui, mais si ce n'est pas... un investissement de
40 000 $ ou 50 000 $ puis c'est 1 000 $, parce
que, pour moi, 1 000 $ est beaucoup d'argent, il va falloir que je
garde toutes ces factures-là pour s'assurer?
M. Jolin-Barrette : Comme je vous le
dis, comme en mariage actuellement.
Mme Maccarone : OK.
Moi, honnêtement, je ne savais pas ça. Je pense que la majorité des personnes
ne sont pas au courant qu'il faut garder toutes leurs preuves de toutes leurs
dépenses, puis évidemment...
M. Jolin-Barrette : Vous n'êtes pas
obligée de faire ça. Puis je l'ai dit tout à l'heure, le fardeau de la
traçabilité de l'argent repose sur celui qui l'invoque. Donc, si vous voulez
être sûre de ravoir votre argent qui provient de la succession, au bout du
divorce, là, de la séparation, bien, vous devez être capable de démontrer que
j'ai mis 5 000 $ de mon héritage là, j'ai mis 7 000 $ de
mon héritage là, tout ça. C'est à vous à faire la démonstration de ça, sinon
vous n'aurez pas droit à la déduction.
Mme Maccarone : À moins que ce n'est
pas contesté. Si, mettons...
M. Jolin-Barrette : À moins que ce
n'est pas contesté.
Mme
Maccarone : Si jamais il y a un divorce, puis on est mariés,
puis on dit : Regarde, on va juste diviser 50-50, est-ce que c'est
la même chose si c'est l'union de fait? Est-ce qu'ils vont pouvoir dire que,
bien non, regarde, moi, je n'ai pas besoin d'avoir toutes tes preuves, toutes
tes factures, je conviens que, vous, vous avez investi un 100 000 $?
M. Jolin-Barrette : De
consentement... C'est comme à l'Assemblée, de consentement, on peut tout faire.
Mme Maccarone : OK. Je trouve ça
hypercomplexe. C'est toute la notion de tout garder, la traçabilité de tout ça,
même le plus petit investissement qu'on fait. Parce qu'on parle des grosses
sommes, mais il y a plein de Québécois qui n'ont pas ce montant d'argent à
investir.
M. Jolin-Barrette : Mais vous n'êtes
pas obligée, là. Vous n'êtes pas obligée de le faire, mais sachez qu'avec votre conjoint, quand vous allez vous séparer, là, ça se
peut qu'il vous dise : Bien, prouve-moi-le que c'est l'héritage de matante Georgette. Ça se peut qu'il
vous dise ça, là. C'est une question... C'est une question de preuve, là.
Comment vous faites, 40 ans plus tard, pour montrer que le
1 000 $ que vous aviez investi dans la maison provient de
l'héritage? C'est une question de preuve.
Mme Maccarone : Oui, mais
40 ans plus tard...
M. Jolin-Barrette : Oui, mais je ne
refais pas le droit...
Mme
Maccarone : Mais il n'y a pas une notion de temps qui est
attribuée à tous ces éléments ici, mettons, après 25 ans, il y a
une limite des choses, des preuves qui ne seront pas nécessaires?
M. Jolin-Barrette : Non. Non, parce
que théoriquement, le mariage, c'est pour la vie, non?
Mme Maccarone : Oui, mais 50 %
de la population pense le contraire. OK.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Autres interventions? M.
le député d'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : ...pour bien saisir,
suite aux questions de mon collègue le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Donc, je comprends que vous vous inspirez des dispositions du mariage. Dans le
cas du mariage, quand on regarde... bon, il
y a la constitution du patrimoine familial, là. C'est d'ordre public. Ça, on ne
peut pas y déroger. Par contre, à 415, on parle, entre autres, ce qui
est exclu du patrimoine familial, les biens échus à l'un des époux par
succession ou donation avant ou pendant le
mariage. Donc, ça, peu importe votre régime matrimonial, que ce soit séparation
de biens ou des acquêts, là, ça, ça va être exclu.
M. Jolin-Barrette : ...
M. Morin : Ça, c'est exclu. OK. Bon,
maintenant, même si des époux sont mariés en séparation de biens, quand ils vont constituer le patrimoine familial
puis qu'ils vont, admettons, acheter la résidence familiale, est-ce que je
comprends que l'argent qu'ils vont investir là-dedans, ça, ils ne le gardent
pas... ils ne le gardent pas en propre, là, ça va être inclus dans le montant
puis...
M. Jolin-Barrette : Exemple, du
salaire.
M.
Morin : Du salaire, ou ça pourrait être un montant
d'argent, là, qui n'est pas... qui n'est pas un héritage ou une
donation, là. Donc, ça, même s'ils sont en séparation de biens, là, ça, ça va tomber
dans le patrimoine familial, puis ça, ça va être partagé.
M.
Jolin-Barrette : C'est ça. C'est la différence entre le mariage
puis l'union parentale. Le 100 000 $ de CPG que vous aviez
chez Desjardins, bien, lui, si vous l'investissez dans le mariage, il est
partageable.
M. Morin : Exact.
M. Jolin-Barrette : Si vous
l'investissez dans la maison.
M. Morin : Dans... Oui. Bien, on
parle toujours...
M. Jolin-Barrette : D'un bien du
patrimoine familial.
M. Morin : ...du patrimoine familial
ou un bien de l'union parentale.
M. Jolin-Barrette : Exactement.
M. Morin : OK. Parfait. Maintenant,
je... Nous, on en parle, là, ça fait déjà plusieurs minutes, puis c'est, quant
à moi, hyperimportant puis hyperpertinent, puis, autour de la table, il y a
quand même plusieurs juristes, mais je reviens à ma... la question de ma
collègue la députée de Westmount...
M. Jolin-Barrette : Mais le député
de Saint-Henri—Sainte-Anne
a tout compris.
M. Morin : Oui, mais, tu sais,
elle...
M. Cliche-Rivard : ...
M. Jolin-Barrette : Pour
l'instant...
M.
Morin : Non, mais la députée de... Saint-Henri—Sainte-Anne, mais ma collègue la députée de Westmount—Saint-Louis, quand elle posait sa question...
Mais les gens, en général, là, comment ils vont comprendre ça, eux autres, qu'il y a ces distinctions-là puis que ça
va opérer une distinction éventuellement, tout dépendant s'ils sont mariés
ou pas? Là, je ne suis pas sûr qu'ils vont
tout saisir d'un coup. Puis oui, il y en a une... il y en a une, distinction,
parce que le député de Saint-Henri—Sainte-Anne en a fait état. Donc,
comment ils vont savoir?
M.
Jolin-Barrette : Bien, le patrimoine familial, ça existe depuis
1989, donc ça fait 35 ans cette année, puis la société d'acquêts,
depuis les années 70, 1970.
M. Morin : Puis la séparation de
biens, même avant ça, je veux dire, ce n'est pas... Je comprends, là, mais là
vous instituez un nouveau régime, puis, tout dépendant de la constitution de
l'union... du patrimoine de l'union parentale, qui n'existe pas présentement,
qui est quand même d'ordre public, bien là, il va y avoir... là, il y en a une,
distinction.
M. Jolin-Barrette : C'est le même
régime que le mariage sauf les biens que vous possédez avant l'union, si vous les réinvestissez. Ils sont protégés, puis
les fruits et les revenus associés à ces biens-là...Mais on va
expliquer tout ça en détail sur JuridiQC. On va faire des campagnes
d'information, on va expliquer tout ça. Mais c'est sûr que le droit familial,
ces règles-là, notamment du mariage, c'est... il y a le principe général, puis
le législateur est venu exclure certains éléments, donc le remploi, les
successions, donations, puis on met également les biens possédés avant la
naissance de l'enfant.
M. Morin : Puis, dans le cas du
patrimoine de l'union parentale, si jamais il y a quelqu'un qui investissait,
parce qu'il a de l'argent avant, puis que ça désavantageait un des conjoints...
puis on va le voir éventuellement, mais la mécanique que vous suggérez, c'est
évidemment la prestation compensatoire.
M. Jolin-Barrette : Bien, oui, mais
il faut faire attention quand on dit : Ça désavantage un des conjoints,
parce que l'autre conjoint, si la maison est toute payée, il n'a pas
d'hypothèque à payer non plus.
M. Morin : Je comprends. OK.
M. Jolin-Barrette : Tu sais, si vous
habitez dans une maison que vous n'avez rien à payer, il n'y a pas de dépenses, là. Ça fait que les liquidités que vous
auriez eues pour payer l'hypothèque, c'est des liquidités supplémentaires,
comme conjoint, que vous avez aussi. Ça fait que, tu sais, chaque cas est un
cas d'espèce en soi, en fonction de la situation financière propre à chacun des
particuliers puis chacun des couples.
M. Morin : Sauf que, si, par
exemple, le bien perd de la valeur, s'ils vendent le bien, l'argent qui aurait
été investi, obtenu avant la naissance de l'enfant, va être récupéré au
complet, puis là il y a un des conjoints qui pourrait se ramasser désavantagé.
Donc là, il pourrait y avoir éventuellement une prestation compensatoire.
M. Jolin-Barrette : Il pourrait y
avoir une prestation compensatoire.
M.
Morin : OK. Merci.
Le Président (M. Bachand) : Merci.
Autres interventions? M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Courte question, M. le
ministre, là. Est-ce que... Bon, des époux, ils n'ont pas d'enfant, ont
exclu certains biens du patrimoine...
M.
Jolin-Barrette : ...
M.
Cliche-Rivard : Oui, du patrimoine familial.
M.
Jolin-Barrette : Familial? Vous ne pouvez pas...
M.
Cliche-Rivard : C'est possible?
M.
Jolin-Barrette : Vous ne pouvez pas exclure des...
M.
Cliche-Rivard : Rien?
M.
Jolin-Barrette : Non. Il n'y a pas de disposition de retrait dans le
mariage.
M.
Cliche-Rivard : OK. Ils sont tous d'ordre public. On ne peut pas s'en
retirer.
M.
Jolin-Barrette : Oui. Vous ne pouvez pas en retirer.
M.
Cliche-Rivard : Parfait. Parce que je me posais la question... où il y
a possibilité, où, finalement, c'est la naissance de l'enfant qui viendrait
créer des droits supplémentaires dans le mariage. Ça, ce n'est pas possible?
M.
Jolin-Barrette : Non, non.
M.
Cliche-Rivard : Le mariage va toujours être...
M.
Jolin-Barrette : On ne touche pas aux règles du mariage. Nous, ce
qu'on crée, c'est un nouveau régime d'union parentale. Des conjoints de fait
qui ont un enfant, il y a un filet de sécurité qu'on vient mettre en place.
M.
Cliche-Rivard : Mais il n'y aura jamais de distinction dans le mariage
pour un couple qui, là, a des enfants? Il n'y aura jamais... Il n'y a jamais un
niveau supérieur de protection? Le mariage est toujours en haut des protections? Parce que, vous venez de le dire, là,
on ne pourrait pas se retirer de quelconque élément du patrimoine familial.
M.
Jolin-Barrette : Ce n'est pas ce qui est sous étude devant nous.
M.
Cliche-Rivard : Exact. Ça fait que d'aucune façon...
M.
Jolin-Barrette : Je ne sais pas, quand vous allez être au
gouvernement, ce que vous allez faire.
M. Cliche-Rivard : On verra. D'aucune façon
le patrimoine de l'union parentale ne pourrait être plus généreux ou ne
pourrait protéger davantage que le patrimoine de l'union... que le patrimoine
familial?
M. Jolin-Barrette : Non. Ça dépend, parce
que, conventionnellement, vous pourriez mettre davantage d'éléments dans
le patrimoine de l'union parentale qu'il y a légalement dans le patrimoine
familial.
M.
Cliche-Rivard : Exact, par consentement. Je veux dire...
M.
Jolin-Barrette : Par consentement.
M.
Cliche-Rivard : Par consentement, et là auquel cas... c'est ça.
M. Jolin-Barrette :
Vous pourriez tout rentrer vos actifs.
M.
Cliche-Rivard : Mais jamais par l'application automatique de la loi.
M.
Jolin-Barrette : Jamais par l'application, mais, par voie
contractuelle, vous pouvez le faire.
M. Cliche-Rivard : Exact. Mais donc
il arrive... il n'arrivera pas de situation où la naissance d'un enfant dans un
couple marié...
M.
Jolin-Barrette : Non.
M.
Cliche-Rivard : ...le projet
de loi aujourd'hui viendrait avoir de distinction dans leur vie, là. Ça, ce
n'est pas possible, dans leur application directe.
• (16 h 30) •
M. Jolin-Barrette : On ne touche pas
au mariage.
M. Cliche-Rivard : On ne touche pas.
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Cliche-Rivard : Excellent. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député d'Acadie.
M.
Morin : À la fin de... Merci, M. le Président. À la fin de
521.36, on dit : «Le remploi, durant la date de l'union, d'un bien visé au présent article donne lieu aux
mêmes déductions, avec les adaptations nécessaires». Alors, ça vise quoi,
exactement?
M. Jolin-Barrette : Donc, quand vous
remployez... Supposons, vous avez une maison de 100 000 $ payée à
votre nom, une maison de 100 000 $ payée à votre nom au moment de la
naissance de l'enfant, puis là votre maison, cinq
ans plus tard, elle est rendue à 150 000 $. Elle était juste à votre
nom. Votre enfant, il est rendu à cinq ans. Là, vous achetez une
résidence plus grande, parce que vous avez eu un nouveau couple de triplets,
là, vous achetez une maison à
300 000 $. Donc, ce 150 000 $ là que vous investissez...
votre maison valait 100 000 $, puis là elle est rendue à, valeur marchande, puis il n'y a pas de dette
dessus, 150 000 $. Donc, ça, c'est un remploi, et là vous allez
mettre, de mise de fonds, 150 000 $ sur 300 000 $.
Donc, ce
150 000 $ là va être protégé. Donc, c'est le remploi de la somme.
Puis là, après ça, il reste 150 000 $ à payer, vous allez vous chercher une hypothèque.
Là, cette hypothèque-là est partageable... bien, en fait, la... le
150 000 $, durant le reste
de l'union, supposons, vous la payez au complet, c'est partageable
75 000-75 000, plus la plus-value sur ce 75 000-75 000
là.
M.
Morin : OK. Donc, si, pour reprendre votre exemple,
100 000 $, ça prend une plus-value, si, la plus-value, vous
l'avez eue avant la naissance du premier enfant, vous le gardez...
M. Jolin-Barrette : Oui, mais
même... dans le fond, même pendant la naissance de l'enfant... Dans le fond, le principe de base, là, votre bien, si vous le
possédez à 100 %, là, il est tout payé, là, avant la naissance de
l'enfant, là, l'enfant, il naît, à la
naissance de l'enfant, vous êtes... il n'y a plus de dette sur le bien. Il vaut
100 000 $ puis, cinq ans plus tard, il vaut
150 000 $. Vous le vendez, vous prenez le 150 000 $ puis
vous le mettez dans une nouvelle maison qui vaut 300 000 $. Vous allez vous chercher une
hypothèque de 150 000 $. Vous êtes encore l'unique propriétaire de la maison. Ça veut dire que votre premier
150 000 $, que vous déposez en argent comptant, lui, il est protégé,
puis le reste du 150 000 $,
si vous le payez à salaire pour le reste du temps, bien, ça, 50 % va être
à madame, plus la plus-value associée à... 150 000 $ plus la plus-value.
M.
Morin : Et, si la nouvelle maison que vous achetez,
vous... là, vous n'en êtes pas l'unique propriétaire, vous conservez
quand même le 100 000 $ plus la plus-value?
M. Jolin-Barrette : Oui, comme en
mariage.
M. Morin : OK. Parfait. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Autres interventions?
Alors, on continue. M. le ministre.
M.
Jolin-Barrette : Oui. «521.37. L'exécution du partage du patrimoine
d'union parentale a lieu en numéraire ou par dation en paiement.
«Si
l'exécution du partage a lieu par dation en paiement, les conjoints peuvent
convenir de transférer la propriété d'autres biens que ceux du
patrimoine d'union parentale.»
Commentaire. Cet article prévoit les modes
d'exécution du partage du patrimoine d'union parentale. Donc, c'est comme
l'article 419 du Code civil, dont on s'est inspiré. Donc, la dation en
paiement, c'est quand on donne un bien en
valeur.Ça fait qu'au lieu de donner de l'argent liquide dans un sac,
vous donnez, supposons, le véhicule, là. Dans le fond, «dation», ça veut
dire, c'est le bien qui est donné pour valeur.
Le Président (M.
Bachand) : Interventions? M. le député de l'Acadie,
oui.
M. Morin : Oui, je vais attendre, M.
le Président.
Le Président (M. Bachand) : M.
le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M.
Cliche-Rivard : OK. Donc, dation en paiement, c'est un bien au lieu de
l'argent liquide?
M.
Jolin-Barrette : Exactement.
M. Cliche-Rivard : Ça fait que je ne te fais
pas de transfert, je ne te fais pas un chèque, je te donne l'auto, genre?
M.
Jolin-Barrette : Oui, ou je te donne le Riopelle que je possédais.
M.
Cliche-Rivard : OK. Chacun ses vies, chacun son patrimoine.
M.
Jolin-Barrette : Bien, c'est le député de l'Acadie qui nous a dit ça,
qu'il avait ça accroché chez eux.
M.
Cliche-Rivard : Oui.
Le
Président (M. Bachand) : La lithographie,
la lithographie.
M. Morin : Non,
non, moi, je n'ai jamais dit que j'avais accroché ça chez nous. Moi, j'étais en
train de lire mon Code civil, mais j'écoute. On me prête des intentions.
Remarquez, j'aimerais ça en avoir, mais on n'est pas là. Même pas de
lithographie, en fait.
Le
Président (M. Bachand) : Ah oui! On vous le souhaite. On vous
le souhaite.
M.
Jolin-Barrette : Non, mais on présume, là. On sait que l'argent est au
fédéral, là.
M.
Cliche-Rivard : Mais j'invite souvent M. le ministre...
Le
Président (M. Bachand) : Oui, s'il vous
plaît!
Des voix : ...
Le
Président (M. Bachand) : S'il vous plaît!
OK. M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne,
allez-y.
M.
Cliche-Rivard : J'invite souvent M. le ministre à prendre exemple sur
sa vie et ses faits personnels plus qu'à ceux des oppositions. On dirait que ça
peut régler des petites tensions.
En numéraire, ça, par
contre, c'est le contraire. Ça, c'est un chèque. Ça, c'est un...
M.
Jolin-Barrette : C'est un chèque, oui.
M.
Cliche-Rivard : De l'argent sonnant qui est transféré. Ça fait qu'eux
vont choisir le mode de partage?
M. Jolin-Barrette : Pour que ce soit... Oui,
c'est ça. Bien, il faut que les deux conjoints soient d'accord pour que
ce soit en dation ou en paiement.
M.
Cliche-Rivard : OK. Ça fait qu'à défaut c'est numéraire, à défaut,
c'est un chèque. S'ils s'entendent en disant :
Non, c'est beau, laisse faire le 15 000 $,
vas-y avec l'auto, on transfère la propriété, fin de l'histoire. Mais il faut
que les deux soient d'accord?
M.
Jolin-Barrette : Exactement. C'est ça.
M. Cliche-Rivard : Puis il faut que les deux
soient d'accord que le montant est le même. Il peut-tu y avoir une combinaison,
genre : Oui, c'est vrai que tu me dois 15 000 $, voici l'auto
plus 5 000 $?
M.
Jolin-Barrette : C'est possible.
M.
Cliche-Rivard : C'est possible, ça aussi?
M.
Jolin-Barrette : Il faut que les gens... Il faut que les gens soient
d'accord, par exemple.
M. Cliche-Rivard :
Puis, à défaut d'avoir l'accord là-dessus, c'est le chèque de
15 000 $?
M.
Jolin-Barrette : C'est ça.
M. Cliche-Rivard : Excellent. Merci.
Le Président (M. Bachand) : Merci
beaucoup. Autres interventions? Ça va. Alors, merci. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui. «521.38. Outre qu'il
peut, lors du partage, attribuer certains biens à l'un des conjoints, le
tribunal peut aussi, si cela est nécessaire pour éviter un préjudice, ordonner
que le conjoint débiteur exécute son obligation par versements échelonnés sur
une période qui ne dépasse pas 10 ans.
«Il peut, également,
ordonner toute autre mesure qu'il estime appropriée pour assurer la bonne
exécution du jugement et, notamment,
ordonner qu'une sûreté soit conférée à l'une des parties pour garantir
l'exécution des obligations du conjoint débiteur.»
Commentaire. Cet
article prévoit les mesures que le tribunal peut ordonner afin d'assurer la
bonne exécution du jugement portant sur le partage du patrimoine d'union
parentale. Donc, on reprend essentiellement l'article 420, qui est la
soulte.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Interventions? M. le député de l'Acadie.
M. Morin : ...merci, M. le Président. Qu'est-ce qui arrive si
un des... en fait, des membres ou un conjoint, là, fait faillite? Parce
que...
M.
Jolin-Barrette : En cours de route?
M. Morin : Pardon?
M.
Jolin-Barrette : En cours de route?
M. Morin : Oui,
c'est ça. Parce que, là, il a 10 ans. Mais si, à un moment donné, il y en
a un des deux qui fait faillite, qu'est-ce qui arrive?
M.
Jolin-Barrette : ...
M.
Morin : OK. Parfait. Et puis je comprends que la mesure, bon, ça... en
fait, ça reprend 420, comme vous l'avez
mentionné, du Code civil. C'est pour permettre, en fait, à un des conjoints de
pouvoir payer. Il n'a peut-être pas toujours les liquidités, là, pour...
M.
Jolin-Barrette : Les liquidités, c'est ça. Ça fait que... Ça fait que
le tribunal peut dire : Bien, vous allez payer à madame, je ne sais pas,
10 000 $ par année pendant cinq ans, supposons.
M. Morin : OK.
Merci.
Le Président (M. Bachand) : Merci.
Autres interventions? M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Donc, le préjudice...
celui qui invoque le préjudice, c'est celui qui va payer, c'est le payeur.
Ce n'est pas celui qui reçoit l'argent?
M. Jolin-Barrette : Non, mais... Non, c'est
celui qui... Dans le fond, c'est pour éviter un préjudice, supposons que
la personne ne serait pas capable de le payer.
M.
Cliche-Rivard : OK. Ça fait que c'est celui qui va payer, celui qui
doit de l'argent, à la fin de l'histoire. Monsieur doit 100 000 $ à
madame.
M.
Jolin-Barrette : Bien, ça dépend, parce que, si la personne se
retrouve à ne pas avoir son argent, c'est un préjudice pour elle aussi, là.
M.
Cliche-Rivard : OK. Ça fait que le préjudice peut appartenir aux deux?
(Consultation)
M.
Jolin-Barrette : En réponse à votre question... Je reviens à vous.
M.
Cliche-Rivard : Oui, oui.
M. Jolin-Barrette : Mais, M. le député de
l'Acadie, dans le fond, ce n'est pas une créance alimentaire, le partage.
Donc, si la personne fait faillite, elle fait faillite, donc, la créance de la personne
passe dans la faillite.
M.
Cliche-Rivard : Sous réserve des dispositions de protection de la
faillite?
M. Jolin-Barrette : Sous
réserve aussi, s'il y avait une sûreté, s'il y avait une hypothèque qui avait
été consentie.
M. Morin :
Oui, effectivement.
M.
Jolin-Barrette : Là, à ce moment-là, il est... revient avec un
créancier.
M.
Cliche-Rivard : Puis quel niveau de sûreté, dans les hiérarchies des
sûretés, là?
M.
Jolin-Barrette : Bien, en fonction... Bien, il faut regarder l'ordre
qui est prévu au code, de collocation.
M. Morin : L'ordre
de collocation puis... OK. Donc, c'est... Sinon, c'est perdu, s'il n'y a pas de
sûreté, fini?
M.
Jolin-Barrette : Bien non, mais il va peut-être le payer. Il demeure
créancier, mais il demeure créancier sans sûreté.
M. Morin : Oui,
mais... Oui, c'est ça, donc, dans l'ordre?
M.
Jolin-Barrette : Ça fait qu'idéalement vous demandez au tribunal une
sûreté.
M. Morin : Et
là le tribunal pourrait l'accorder, pourrait l'imposer à une partie?
M.
Jolin-Barrette : Oui. Oui.
Une voix :
...
M.
Jolin-Barrette : À votre question... rappelez-moi votre question.
M.
Cliche-Rivard : Le préjudice, qui qui l'invoque? Les deux peuvent
l'invoquer?
M.
Jolin-Barrette : ...
M. Cliche-Rivard : Parfait. Et, pendant
qu'il y a des vérifications, le 10 ans, est-ce que, de consentement, les parties
pourraient décider de le prolonger par la suite ou si c'est d'ordre public final?
• (16 h 40) •
M.
Jolin-Barrette : Les gens peuvent le repousser s'ils veulent. Dans le
fond, c'est une remise. Ça fait que, dans le
fond, si, au bout de 10 ans, la personne ne t'a pas encore payé, au lieu
d'introduire une action, tu peux dire : Bien, je vais te payer
l'année prochaine puis...
M.
Cliche-Rivard : Auquel cas, faudra-t-il aller homologuer l'entente
ou... Comment ça fonctionne? Parce que, là,
il va y avoir une ordonnance du tribunal qui demande le paiement dans les
10 ans. S'ils veulent faire autre chose...
M. Jolin-Barrette : Oui, mais à ce
moment-là... Oui, mais c'est toujours... ça revient à la partie qui a son droit
de créance d'aller dire : Il ne m'a pas payé au bout de 10 ans. Ça
fait que, là...
M. Cliche-Rivard :
D'aller ou de ne pas aller en requête intro?
M.
Jolin-Barrette : Bien, c'est ça, exactement.
M. Cliche-Rivard : Mais on pourrait
comprendre que, de consentement, ils pourraient décider de le prolonger
de deux ans?
M. Jolin-Barrette :
Oui.
M. Cliche-Rivard : Mais vous, vous dites à la cour : D'emblée, vous avez 10 ans
max, comme dans le mariage, pour fixer?
M.
Jolin-Barrette : Comme dans le mariage, oui.
M.
Cliche-Rivard : Puis là, pour éviter le préjudice...
Des voix : ...
M. Cliche-Rivard : Pour «préjudice», on parle de, justement, monsieur a comme historique
de mal gérer ses fonds, on parle...
Tu sais, de quoi on parle dans «celui qui va évoquer» ou «celle qui va évoquer
le préjudice»? J'imagine, c'est un cas d'exception?
M.
Jolin-Barrette : ...préjudice, comment ça a été vu dans la
jurisprudence.
M.
Cliche-Rivard : Parfait.
Le
Président (M. Bachand) : ...
M.
Cliche-Rivard : Pas pour l'instant. Je vais attendre les réponses.
Probablement que oui, mais...
Le
Président (M. Bachand) : Parfait. Alors,
Mme la députée de Westmount—Saint-Louis,
oui.
Mme
Maccarone : J'avais donné une question pour le 10 ans, mais je
voulais savoir, quand on dit : «Il peut également ordonner toute autre
mesure qu'il estime appropriée», comme quoi? Quelles seront les mesures comme
exemples?
M. Jolin-Barrette : Bien, la façon dont le
tribunal conçoit le versement des paiements. Exemple, vous allez verser
à monsieur ou à madame cette somme-là le 15 du mois à tel taux d'intérêt dans
tel compte.
Mme
Maccarone : Des prélèvements automatiques du compte de banque?
M. Jolin-Barrette : Exactement.
L'ordonnancement, là, ce que le tribunal peut mettre en place dans les
conditions pour que la personne soit payée, dans le fond, c'est les
modalités.
Mme
Maccarone : Puis, pour le 10 ans, je voulais juste bien
comprendre.
Des voix : ...
Le
Président (M. Bachand) : Oui, allez-y, Mme
la députée. Pardon.
Mme
Maccarone : Oui. Pour le 10 ans, je voulais juste bien
comprendre. Si on dit que le 10 ans, ce n'est pas assez pour moi de payer
la dette attribuée, parce que 1 000 $ par année, c'est trop pour moi,
on peut aller au-delà de le 10 000 $. Puis ça, c'est quelque chose
que je fais...
M. Jolin-Barrette : Non. Le tribunal ne
pourra pas octroyer une soulte payable au-delà de 10 ans. Le tribunal,
lui, le maximum qu'il peut aller, c'est
10 ans. Cependant, rendu au bout de 10 ans, supposons que la personne
qui est le... qui est le débiteur
dit : Bien, je ne suis pas capable de le donner, ton dernier
1 000 $, ça me prendrait une extension, le créancier peut lui
faire... lui dire : Bien, tu me le paieras l'année prochaine.
Mme
Maccarone : Ça fait que je ne peux pas régler ça avant? Si c'est une
somme importante, mettons j'ai 1 million
que je dois verser, je ne peux pas régler ça d'avance? Parce que je dis :
Mon Dieu, 100 000 $ par année, ça va être trop pour moi, à
travers 10 ans. Je ne peux pas commencer dès le départ?
M.
Jolin-Barrette : Non, non. Mais ce n'est pas vous qui décidez, là.
Dans le sens, là, le principe de base, c'est
quand il y a la fin de l'union, là, c'est : on fait le partage, vous
envoyez un chèque, puis final bâton, on reste des amis, mais tu m'as
payé.
Ce que l'article
permet de faire au tribunal, pour des raisons que... supposons, la personne
n'est pas capable de payer, le tribunal peut
étaler ça jusqu'à 10 ans. Mais il ne faut jamais oublier qu'un jugement
est valide pour 10 ans aussi.
Mais, rendu à la 10e année, si la personne n'a pas payé cette somme-là,
puis qu'il y a une entente entre les parties, la personne... la personne peut... qui est le créancier, peut dire :
Bien, tu me paieras l'année prochaine, sauf qu'elle a... elle a un
risque.
Mme
Maccarone : Ça vient d'où? Puis le 10 ans, je comprends que vous vous
basez sur le Code civil, mais ça vient d'où, le 10 ans? Pourquoi qu'on
garde 10 ans? Pourquoi que ce n'est pas cinq ans, huit ans, 12 ans,
15 ans?
M.
Jolin-Barrette : Bien, le jugement est valide pour 10 ans.
Mme
Maccarone : Oui, mais le 10 ans, ça vient d'où, ces années?
Pourquoi qu'on s'est basé sur 10 ans?
M. Jolin-Barrette : C'est 10 ans qui a
été mis par le législateur à l'époque. Il faudrait demander à M. Rémillard.
Mme Maccarone :
OK. Ça fait qu'on n'a jamais
évalué si le 10 ans tenait toujours la route puis que c'était toujours
une période de temps qui...
M.
Jolin-Barrette : Mais le principe de base, c'est : vous payez
maintenant.
Mme Maccarone : Je comprends.
M.
Jolin-Barrette : C'est dans des cas exceptionnels que le tribunal va
permettre jusqu'à 10 ans. Pour la question du préjudice, Me Roy
pourrait répondre.
Le Président (M.
Bachand) : ...Me Roy? Consentement?
Des voix : Consentement.
Le Président (M.
Bachand) : Oui. Me Roy.
M. Roy (Alain) : Merci. Le
préjudice, c'est vraiment la situation du débiteur qu'on prend en cause. Donc,
le débiteur n'a pas de liquidités, il a une entreprise. On veut éviter qu'il
liquide son entreprise, ce qui aurait peut-être pour conséquence qu'il ne
serait plus en mesure de payer la pension alimentaire des enfants. Alors, on va
lui donner 10 ans ou on va établir toute autre mesure pour éviter,
justement, un préjudice au débiteur. Donc, c'est vraiment dans la perspective
du débiteur qu'on doit évaluer le préjudice.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Ça peut... Ça ne
peut pas être invoqué dans l'autre sens, jamais, puisque c'est lui qui demande
une mesure d'exception. C'est lui qui dit : Je ne peux pas te payer
aujourd'hui, je n'ai pas le 100 000 $. Là, tout est évalué,
j'imagine, parce que c'est la procédure d'exception, ça fait qu'un prêt,
combien ça coûterait, vendre telle affaire, combien ça coûterait, etc. Puis là
en vient à la question ou en vient à l'analyse que, sur la balance des inconvénients ou... je ne sais pas c'est quoi, le
test final, mais effectivement, le préjudice apparaît comme déraisonnable
aux yeux du tribunal, qui décide d'accorder une mesure exceptionnelle.
M. Roy (Alain) : Et,10 ans,
c'est un maximum.
M. Cliche-Rivard : 10 ans,
maximum. Auquel cas, j'imagine que, si la situation financière du débiteur
devait changer, est-ce que madame ou l'autre partie peut revenir en demandant
une modification d'ordonnance ou c'est figé pour toujours?
M. Jolin-Barrette : C'est figé.
M. Cliche-Rivard : C'est figé?
M. Jolin-Barrette : C'est un
jugement final.
M. Cliche-Rivard : OK. Et est-ce
qu'on devine ou, dans ces cas-là précis, est-ce qu'il y a un calcul d'intérêt
ou de plus-value sur la somme que madame n'a pas reçue maintenant?
M. Jolin-Barrette : Donc, la créance
peut porter intérêt.
M. Cliche-Rivard : OK, «peut». Donc,
ça aussi...
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est le
tribunal qui va déterminer les modalités.
M. Cliche-Rivard : C'est le tribunal
qui va déterminer?
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Cliche-Rivard : Parce qu'on peut
deviner que madame ne sera pas nécessairement satisfaite, là. C'est un... comme
un genre de moyen qu'on lui oppose pour ne pas payer maintenant, finalement.
Elle, elle va faire valoir ses arguments.
M. Jolin-Barrette : Bien, ça dépend.
D'un autre côté, si ça permet à madame d'être payée, ça peut être avantageux
aussi.
M. Cliche-Rivard : Exact. C'est sûr.
M. Jolin-Barrette : Il n'y a pas de
situation générale. C'est des articles à la disposition du tribunal pour faire
en sorte que justement... de donner une flexibilité.
M. Cliche-Rivard : Tout à fait, tout
à fait. Ça peut être dans l'autre sens.
M. Jolin-Barrette : Mais le principe
général, c'est : on se fait un chèque.
M. Cliche-Rivard :
Et là ce n'est pas, s'il y a défaut après 10 ans, que la personne peut
saisir le tribunal en requête intro. C'est dès que l'entente mensuelle ou
annuelle n'est pas payée?
M. Jolin-Barrette : Exactement.
M.
Cliche-Rivard : Ça fait que madame n'est pas obligée d'attendre
son an 10 pour dire : Eille! Tu ne m'as pas payée. Dès
l'an 1, si elle n'a pas reçu son chèque de 10 000 $, par
exemple, là, elle, elle peut saisir?
M. Jolin-Barrette : Exactement.
M. Cliche-Rivard : Puis elle peut
demander l'exécution de la sûreté?
M.
Jolin-Barrette : Exactement. Et si... Elle peut aller en exécution
forcée et, si la... dans le fond, il manque un paiement, là, également,
là, supposons que c'est 12 paiements, là.
M. Cliche-Rivard : Oui. Elle peut
faire la même chose.
M. Jolin-Barrette : Exactement.
M. Cliche-Rivard : Puis il n'y a
pas... Puis là, la sûreté en instance, elle va être, genre, de grever un titre
de propriété?
M. Jolin-Barrette : Ça pourrait être
ça.
M.
Cliche-Rivard : À son nom, qui sera exécutable sur défaut de
paiement, mais on ne le met pas en jeu tant que monsieur continue de
payer, genre?
M. Jolin-Barrette : Ça pourrait être
ça.
M. Cliche-Rivard : Pour qu'elle
puisse directement, elle, saisir les sommes ou ça peut être n'importe quelle
garantie financière sur l'entreprise, sur n'importe quoi qu'eux décident de
faire?
M. Jolin-Barrette : Ou sur autres
biens.
M.
Cliche-Rivard : Ce que le tribunal va décider de faire, vu qu'il
n'y a pas de limite sur, finalement... sur quoi va être accordée la
sûreté?
M. Jolin-Barrette : Oui. C'est en
fonction du cas, des particularités puis ce que le juge va déterminer.
M. Cliche-Rivard : Parfait. Merci.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci. Autres interventions? S'il
n'y a pas... Alors, M. le ministre, s'il vous plaît.
M.
Jolin-Barrette : Oui. «521.40. Le tribunal peut, sur demande,
déroger au principe du partage égal lorsqu'il en résulterait une
injustice compte tenu, notamment, de la brève...»
Le Président (M.
Bachand) : ...
M. Jolin-Barrette : Excusez,
excusez.
«521.39.
Lorsqu'un bien qui faisait partie du patrimoine d'union parentale a été aliéné
ou diverti dans l'année précédant l'ouverture du droit au partage et que ce
bien n'a pas été remplacé, le tribunal peut ordonner qu'un paiement
compensatoire soit fait au conjoint à qui aurait profité l'inclusion de ce bien
dans le patrimoine d'union parentale.
«Il en est de même lorsque le bien a été aliéné
plus d'un an avant l'ouverture du droit au partage et que cette aliénation a été faite dans le but de diminuer la
part du conjoint à qui aurait profité l'inclusion de ce bien dans le patrimoine
d'union parentale.»
Commentaire. Cet article permet au tribunal
d'ordonner un paiement compensatoire dans certains cas où un bien qui faisait partie du patrimoine d'union
parentale a été aliéné ou diverti. Donc, on s'inspire de l'article 421.
Ça, c'est, exemple, monsieur qui
prévoit se séparer dans l'année avant puis qui commence à liquider des actifs
puis à sortir des actifs. Exemple, là, on inclut les résidences servant
à l'usage de la famille. Supposons, monsieur était propriétaire unique du chalet, il liquide le chalet, ne rachète pas le
chalet, donc le tribunal pourrait dire : Bien, il y avait un chalet dans
l'union, puis vous avez liquidé le chalet, donc cet argent-là devrait
faire partie du patrimoine. Donc, le tribunal peut remonter dans l'année
précédente.
• (16 h 50) •
Le Président (M.
Bachand) : ...M. le député de l'Acadie.
M.
Morin : ...M. le Président. Mais, si on veut retirer des
biens du patrimoine d'union parentale, il ne faut pas que ce soit fait
par acte notarié?
M. Jolin-Barrette : Supposons qu'il
vend son chalet.
Une voix : ...
M. Jolin-Barrette : Pardon?
Une voix : ...
M. Jolin-Barrette : Oui, il est
unique propriétaire. La résidence servant à l'usage de la famille est au nom de
Simon. Supposons, le chalet à Bolton, il est
juste à mon nom, ce n'est pas la résidence familiale. Donc, les résidences de
la famille font partie du patrimoine d'union parentale, mais je décide
de le vendre, donc je liquide un actif qui faisait partie, mais je suis unique propriétaire. Donc, l'argent... Je ne
rachète pas un autre chalet dans l'Acadie, je décide de mettre ça chez
Desjardins en CPG. Mais, dans l'année, sachant que moi, j'ai l'intention de me
séparer, je ne veux pas avoir à partager le chalet, ça fait que, là, on permet
au tribunal de remonter un an avant pour dire : Eille! Le chalet, vous l'avez vendu pour le divertir puis pour ne pas le
partager. Donc, on permet au tribunal de dire : Monsieur, votre geste que
vous avez fait, manifestement, c'est en prévision de ne pas le partager.
Une voix : ...
M. Jolin-Barrette : C'est une
présomption? Non, c'est une fiction, là, que je fais.
Une voix : ...
Le Président (M.
Bachand) : Juste... OK. On va continuer
avec le député de l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : C'est ça, mais, dans un
cas comme ça, évidemment, le tribunal a une discrétion. C'est «il peut».
M. Jolin-Barrette : ...
M. Morin : Et, quand il ordonne un paiement
compensatoire, c'est l'autre conjoint qui va faire la preuve que le
propriétaire unique du chalet l'a vendu pour soustraire cet argent-là du
patrimoine de l'union parentale?
M. Jolin-Barrette : Il a... Il n'a
pas besoin de faire la preuve qu'il y avait une volonté de soustraire. Il fait juste la preuve que ça, c'était dans l'année
précédant dans le patrimoine, et donc ça devrait être calculé dedans. Exemple,
supposons que j'ai un frère, OK, puis mon
chalet, il vaut 200 000 $, puis je vends le chalet à mon frère à
50 000 $, tu sais...
M.
Morin : Oui. Là, c'est sûr qu'avec votre exemple, là, il y
a visiblement, à sa face même... il y a quelque chose qui cloche, là. Tu
sais, ça, ça ne marche pas.
M. Jolin-Barrette : Je l'aime, mon
frère, là.
M.
Morin : Mais, si votre chalet, vous le vendez à un inconnu
qui veut l'acheter, puis vous le vendez 200 000 $, c'est le
prix qu'il vaut, bien là...
M. Jolin-Barrette : Oui, sauf que
cet argent-là n'est plus dans le patrimoine.
M.
Morin : Bien, en fait, le chalet, s'il a été utilisé par
la famille, il doit être dans le patrimoine d'union familiale?
M. Jolin-Barrette : Bien non, parce
que, si je suis propriétaire unique...
M. Morin : Oui, mais... Oui, en
fait... En fait, et là, il y a peut-être quelque chose que je ne saisis pas, le
fait que vous soyez propriétaire unique fait en sorte que, bien, vous allez
pouvoir le vendre tout seul. Ça, c'est clair, c'est vous, le propriétaire. Mais
normalement, si l'objet fait partie du patrimoine d'union parentale, c'est
quand même un peu curieux qu'en le vendant soudainement vous pouvez être en
mesure de soustraire une partie de cet argent-là, argent... puis le...
M. Jolin-Barrette : Mais c'est comme ça en mariage aussi, là. Exemple,
là, supposons, là, que, je ne sais pas, là, j'ai une Porsche dans le
garage, une Carerra 4, là, de collection, là, qui vaut
100 000 $, OK, puis là, dans le fond, je faisais faire des tours...
Bien, pas de collection, là, mais courante. Je dis que c'est une collection,
mais...
M. Morin : On se comprend.
Là, vous faites faire des tours à la famille, là, avec la Porsche, bon.
M.
Jolin-Barrette : Je vais manger des... C'est ça. Je fais faire des
tours à la famille puis là je la vends, là. Je suis marié, là. Supposons, on
est en mariage, je la vends. C'est un véhicule servant à l'usage de la famille,
mais je ne rachète pas d'autre Porsche. Mais le 100 000 $, un coup
que je l'ai vendue, il n'est plus dans le patrimoine familial.
Ça fait que, dans le
fond, cet article-là, comme l'article 421, c'est pour faire en sorte que,
si, dans l'année précédente, bien, le bien est vendu, bien, la personne qui
dit : Bien, écoute, non, ça, ça faisait partie du patrimoine familial
parce que c'était un actif du couple.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. M. le
député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Et là la prestation
compensatoire va être calculée selon ce qu'il ou elle aurait eu sans la vente?
M.
Jolin-Barrette : Là, ça, ce n'est pas la prestation compensatoire.
C'est la...
M.
Cliche-Rivard : Le paiement compensatoire.
M.
Jolin-Barrette : ...le paiement compensatoire, oui.
M.
Cliche-Rivard : Pardon. Le paiement compensatoire va être émis selon...
M.
Jolin-Barrette : Oui. Oui, c'est...
M. Cliche-Rivard : Ça fait que, si le chalet
était resté dans le patrimoine comme chalet, résidence secondaire, il
valait 100 000 $ après déduction, après dette, «whatever», madame
aurait eu?
M.
Jolin-Barrette : 50 000 $.
M. Cliche-Rivard : 50 000 $. Là,
dans ce cas-là, il l'a sorti. Il l'a vendu puis il a laissé ça ailleurs. Le
50 000 $ de madame, la fiction du 50 000 $ qui
existait, il a disparu, il ne suit pas. Le 50 000 $ de madame...
Madame n'a pas une protection sur le 50 000 $ qui revient dans le
patrimoine de monsieur.
M.
Jolin-Barrette : Là, vous êtes dans le cas, là, où il a vendu le
chalet, là?
M.
Cliche-Rivard : Où il l'a vendu.
M.
Jolin-Barrette : Oui. Non.
M.
Cliche-Rivard : Il n'y en a pas?
M.
Jolin-Barrette : Non.
M.
Cliche-Rivard : Ça fait que, là, il n'y a pas de traçabilité du
50 000 $? Il n'y a pas...
M.
Jolin-Barrette : À moins que madame était copropriétaire, mais là on
est...
M.
Cliche-Rivard : À moins que madame était copropriétaire.
M.
Jolin-Barrette : Là, on est dans un cas où il était propriétaire
unique.
M. Cliche-Rivard : Exact. Ça fait que
monsieur, en théorie, mettons, il est propriétaire de la maison principale, il
est propriétaire de la maison
secondaire puis il est propriétaire unique de l'auto, décide qu'il grève tout
ça d'hypothèques?
M.
Jolin-Barrette : Non, pas pour la résidence principale, parce que ça
prend le... à cause de la protection sur sa résidence familiale, ça prend le
consentement de madame.
M.
Cliche-Rivard : Pour la résidence principale seulement, même si madame
n'est pas propriétaire?
M.
Jolin-Barrette : Oui.
M. Cliche-Rivard : OK. Ça fait que, pour tout le reste, il pourrait faire ça. Il décide
qu'il grève toute la patente d'hypothèques puis finalement, après dette,
il n'y a pas grand-chose qu'il possède parce que lui est allé chercher une
liquidité qu'il a mise dans ses investissements.
M.
Jolin-Barrette : Effectivement, comme c'est le cas en mariage.
M. Cliche-Rivard :
Exact. Et là, auquel cas, madame dit : Attends, minute, voici ce que
monsieur a fait dans la dernière année?
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
M. Cliche-Rivard : OK. Le
moindrement que monsieur a laissé passer un an, là, effectivement, madame est
caduque dans ses recours.
M.
Jolin-Barrette : Pas nécessairement, parce que, si ça a été fait
dans l'intention de liquider, ça pourrait être un partage inégal aussi,
là. Mais là, c'est...
M. Cliche-Rivard : OK. Là, on est dans
un autre régime.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais c'est
s'y prendre pas mal d'avance, là, tu sais.
M. Cliche-Rivard : C'est sûr qu'il
faut rester, après ça, en couple pendant un an.
M. Jolin-Barrette : C'est ça. Tu
sais, on est dans des situations hypothétiques.
M. Cliche-Rivard : Oui, oui, mais...
M. Jolin-Barrette : Mais, dans le
fond, 521.39 vise à assurer une protection supplémentaire.
M. Cliche-Rivard : Pendant un an.
Madame peut revendiquer ça pendant un an. Qu'est-ce que c'est la...
L'aliénation d'un bien, ça va, là, mais «diverti», c'est changer son usage, ça,
dire ça? Qu'est-ce que ça veut dire?
M. Jolin-Barrette : Le cacher. C'est
aliéné, diverti.
Puis je
voudrais juste, pour les travaux de la commission, là, dire, là... j'utilise
beaucoup l'exemple de monsieur, que monsieur vend tout ça, mais ça peut
être madame vend aussi, là.
M. Cliche-Rivard : Tout à fait, mais
on a vu les statistiques, comme vous les avez vues, ça fait qu'on présumera de
monsieur. Mais je comprends que madame...
M. Jolin-Barrette : Bien, écoutez,
la députée de Mercier est venue nous éclairer ce matin.
M. Cliche-Rivard : Tant mieux, tant
mieux.
M. Jolin-Barrette : Donc, le
divertissement implique le détournement frauduleux d'un bien dont... que le
conjoint n'a pas en sa possession et que ce détournement ait lieu durant ou
après la vie commune, donc, c'est le détournement frauduleux d'un bien.
M. Cliche-Rivard : OK. Donc là, il y
a une notion d'intention, dans «divertir», qui est différent d'«aliéner».
M. Jolin-Barrette : Bien, «aliéner»,
c'est vendre.
M.
Cliche-Rivard : Parce que tantôt vous nous disiez qu'il n'y avait
pas, finalement, de nécessité de démontrer une intention, là. Pas besoin
de prouver que monsieur l'a fait dans l'intention de?
M. Jolin-Barrette : Oui. C'est pour
l'année précédente. «Lorsqu'un bien qui faisait partie du patrimoine d'union
parentale a été aliéné ou diverti dans l'année précédant l'ouverture du droit
au partage et que ce bien n'a pas été remplacé, le tribunal peut ordonner qu'un
paiement compensatoire soit fait.» Donc, s'il a été...
M. Cliche-Rivard : Mais dans
«diverti», là, il y a un élément de fraude, là. Là, il y a l'élément du genre
de mens rea qui dit que monsieur, c'était dans cette intention-là qu'il l'a
aliéné ou qu'il l'a diverti, en l'occurrence, là. Ou s'il n'y en a pas, de...
il n'y en a pas? Je veux juste bien comprendre.
M. Jolin-Barrette : Oui. Bien, le
but, c'est, tu sais, pour un successible ou un conjoint, s'emparer de certains
biens de la succession de certains acquêts en vue de les soustraire à un
éventuel partage.
M. Cliche-Rivard : OK. Donc, il y a
une intention?
M. Jolin-Barrette : Oui, il y a une
intention, là, mais...
M. Cliche-Rivard : Dans «divertir»?
M.
Jolin-Barrette : Oui.
M. Cliche-Rivard : Est-ce qu'il y a
cette intention-là dans «aliéner»?
M. Jolin-Barrette : Bien, «aliéner»,
c'est un geste. C'est le vendre. Vous l'avez vendu.
M. Cliche-Rivard : Ça fait que, là,
il n'y a pas d'intention?
M. Jolin-Barrette : Bien, il y a eu
l'intention de le vendre, en tout cas.
M.
Cliche-Rivard : Oui, mais pas nécessairement dans l'intention de le
soustraire au patrimoine. C'est deux éléments qui sont différents.
M. Jolin-Barrette : Bien...
M.
Cliche-Rivard : Non? Bien, corrigez-moi si je me trompe, là.
J'entends «frauduleux» à un puis pas à l'autre.
M.
Jolin-Barrette : Il n'avait peut-être pas l'intention de soustraire
effectivement. Mais c'est parce que, si on dit juste «aliéner», il va
manquer le cas de «divertir», donc d'où l'objectif.
• (17 heures) •
M. Cliche-Rivard : En effet, mais là
«divertir» ajoute comme une espèce de critère. Puis là peut-être que ce n'est
pas ça, là, mais ajoute un fardeau supplémentaire dans la démonstration de ce
que c'était... qu'est de divertir un bien. C'est comme une coche de plus à
prouver, finalement.
M. Jolin-Barrette : Bien, non, mais
ils vont l'alléguer. Ils vont l'alléguer. Ils vont dire : Monsieur a
diverti ce bien-là.
M. Cliche-Rivard : Oui. Donc, il
faut le prouver. Bien, quand on l'allègue, il faut le prouver.
M. Jolin-Barrette : Bien, comme vous
allez devoir prouver la vente du bien aussi.
M. Cliche-Rivard : Oui, mais, dans
la vente, ça, c'est l'actus, ça. C'est la preuve, vous l'avez vendu.
M. Jolin-Barrette : Bien, la mens rea
était là, je voulais le vendre aussi, là.
M. Cliche-Rivard : Oui, mais pas
dans l'intention frauduleuse. Toute la distinction est là. J'essaie juste de...
Puis je me trompe peut-être sur la
distinction entre les deux concepts, mais il y en a un dans lequel il y a un
geste, une vente, puis il y en a un autre dans lequel il y a une
intention frauduleuse.
M. Jolin-Barrette : Vous avez
raison.
M.
Cliche-Rivard : OK. Ça fait que ce n'est pas le même régime ou ce
n'est pas la même démonstration à faire.
M. Jolin-Barrette : Non.
M. Cliche-Rivard : Ça fait que
monsieur s'octroie ou... En tout cas, madame pourrait s'octroyer un fardeau de
preuve supplémentaire en divertissant plutôt qu'aliénant.
M. Jolin-Barrette : Répétez-moi. La
cocaïne?
M. Cliche-Rivard : Non. Il n'y avait
pas de mention.
M. Jolin-Barrette : Excusez-moi,
j'ai mal entendu. J'ai entendu «cocaïne».
M. Cliche-Rivard : Il n'y a pas de
mention de ça du tout. Je disais...
M. Jolin-Barrette : Il y a mention
de...
M. Cliche-Rivard : Monsieur
pourrait, connaissant bien ses droits, décider de divertir le bien plutôt que
de l'aliéner pour octroyer à madame un élément de preuve ou un fardeau de
preuve supplémentaire.
M. Jolin-Barrette : Oui, c'est ça.
«Divertir», il l'a encore, mais il l'a caché.
M. Cliche-Rivard : Il l'a caché.
M.
Jolin-Barrette : C'est ça.
M. Cliche-Rivard : Exact. Donc, oui, s'il ne
l'a pas remplacé, ça, c'est l'autre volet, remplacé dans sa totalité,
dans sa valeur telle qu'elle était.
M.
Jolin-Barrette : Dans sa valeur telle qu'elle était.
M.
Cliche-Rivard : Kif-kif, là.
M.
Jolin-Barrette : Oui.
M. Cliche-Rivard : Si monsieur achète un autre
chalet, finalement, «downgrade» le chalet, le chalet valait 1 million, puis le nouveau chalet... finalement, les affaires
sont dures, puis il change le chalet, puis un nouveau chalet à
100 000 $ dans l'année. Monsieur n'a pas remplacé un chalet
pour un chalet ou il a remplacé un chalet pour un chalet?
M.
Jolin-Barrette : Non, il faut que ça ait la même valeur.
M.
Cliche-Rivard : Il faut que ça ait la même valeur. Ça, c'est
intrinsèque ou c'est implicite, c'est ce qu'on comprend du libellé.
M.
Jolin-Barrette : Effectivement, parce que c'est la valeur de votre
bien qui aurait été partageable.
Ça
fait que, dans le fond, vous ne pouvez pas vendre votre chalet dans le comté de
Saint-Henri—Sainte-Anne pour acheter un «shack» dans le
comté de Westmount—Saint-Louis.
M.
Cliche-Rivard : Comme je dis, toujours mieux avec vous-même, les
exemples, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Je fais de la sociologie.
M.
Cliche-Rivard : Oui, oui, entre deux comtés voisins de l'île de
Montréal. Donc, il faut que ce soit...
M.
Jolin-Barrette : J'observe le terrain.
M.
Cliche-Rivard : ...la même valeur, kif-kif?
M.
Jolin-Barrette : Il faut que ce soit la même valeur.
M.
Cliche-Rivard : Ça fait que madame prouve, ce chalet-là, la juste
valeur marchande, c'était 850 000 $. Monsieur a racheté un chalet à 500 000 $. C'est bien beau, là,
mais il y a une distinction, puis moi, je la veux. C'est ça qu'elle fait, madame, elle prouve la distinction
entre les deux puis elle dit : À mon humble avis, il y a une distinction
de, je ne sais pas, 200 000 $ entre les deux. Moi, je
revendique cet argent-là.
M.
Jolin-Barrette : Oui.
M. Cliche-Rivard : Parfait. Puis est-ce que
là aussi, comme dans l'article précédent, monsieur peut invoquer le
préjudice puis le différé de paiement?
M.
Jolin-Barrette : Bien, ça va être au tribunal à voir les modalités
associées à ça, mais généralement c'est sur la créance globale, parce que, dans
le fond, il va inclure le tout dans un... dans un tout, il va dire : Bien,
le chalet que vous avez exclu, monsieur, que
vous avez vendu, bien, je vais le calculer dans le paiement total de ce que
vous devez faire en termes de
partage. Donc, il va rentrer... il pourrait rentrer dans la soulte. Ce n'est
pas traité séparément, là.
M.
Cliche-Rivard : Oui, ça va être traité à même...
M. Jolin-Barrette :
C'est ça.
M. Cliche-Rivard : Puis là, même affaire
qu'on disait tout à l'heure sur les deux chalets, il y a une voiture, là,
la voiture familiale.
Finalement,
monsieur décide qu'il vend la voiture familiale. Puis, comme ils sont à Saint-Henri—Sainte-Anne, ils prennent le métro. Là, il
n'y en a pas, de nouvelle voiture familiale. Madame prouve que, dans la
dernière année, il y en avait une puis elle revendique l'argent associé à la
voiture.
M.
Jolin-Barrette : C'est ça, la même chose.
M.
Cliche-Rivard : Ça fait que l'intention d'aller prendre le métro,
ça, ce n'est pas pertinent. Monsieur a quand même enlevé
50 000 $ ou 60 000 $...
M.
Jolin-Barrette : Exactement.
M.
Cliche-Rivard : ...qu'il va chercher. Madame peut le revendiquer.
M.
Jolin-Barrette : Oui. Vous voyez, il y a un coût à prendre le
transport en commun.
M.
Cliche-Rivard : Voilà, exactement. Chacun sa fougère.
Le
Président (M. Bachand) : Mme la députée de
Westmount—Saint-Louis.
Mme
Maccarone : Je veux comprendre la notion d'un an. Quelqu'un, un des
deux parents qui connaît bien la loi, qui dit : Bon, bien, je sais que
12 mois avant je ne dois rien faire, ça fait que je décide de faire
quelque chose à l'intérieur de 13 mois ou 14 mois.
Est-ce qu'il y a un
recours pour l'autre parent en ce qui concerne la notion d'aliéné ou diverti?
M. Jolin-Barrette : Oui. Donc là, à ce
moment-là, c'est comme le mariage, s'ils savaient qu'ils allaient se séparer,
ils peuvent prouver l'intention puis de rétroagir.
Mme Maccarone :
Ça fait qu'ils ont encore...
C'est un fardeau de preuve. Ça fait que, si ça se passe à l'intérieur d'un an et demi ou deux ans, je dis :
Regarde, ça n'allait pas bien pendant trois ans, cinq ans, depuis qu'on est
ensemble, je sais, pour un fait, que l'autre parent a fait, x, y, z, je
peux aller devant le tribunal.
M.
Jolin-Barrette : Oui, mais il faut quand même habiter avec la
personne, après ça, pendant un an.
Mme
Maccarone : D'abord, pourquoi mettre l'année précédente?
M. Jolin-Barrette : Bien, ça, c'est parce
qu'il n'y a pas... La preuve est beaucoup plus simple à faire dans l'année.
Puis c'est comme ça à 422 aussi.
Mme
Maccarone : OK. Est-ce qu'il y a une limite de temps?
M. Jolin-Barrette : Bien là, ça devient une
question de fardeau de preuve, là. Si vous remontez à il y a cinq ans,
ça va être plus difficile à prouver que monsieur avait l'intention vraiment de
le soustraire au partage du patrimoine familial ou patrimoine d'union
parentale.
Mme Maccarone :
Mais ce n'est pas limité. Je
comprends que le fardeau de preuve va être plus important, mais ce n'est
pas limité. OK. Merci.
Le
Président (M. Bachand) : M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Oui.
Quand vous faites référence à 422, si j'ai bien compris, M. le ministre, moi,
je ne vois pas un an à 422. Évidemment, on est en mariage, mais...
M.
Jolin-Barrette : Excusez-moi, 421. 421.
M. Morin : Ah!
OK. Pour le paiement... en fait, pour le paiement compensatoire.
M.
Jolin-Barrette : Oui.
M. Morin : OK.
Maintenant, tout à l'heure, avec votre exemple du chalet... On a modifié 521.30
ce matin, donc on parle maintenant des résidences de la famille. Donc, le
chalet, s'il est utilisé par la famille, il va tomber dans le patrimoine
d'union parentale.
M.
Jolin-Barrette : Oui.
M. Morin : OK. Donc, à ce moment-là, même si la personne...
bien, sauf, évidemment, si c'est le propriétaire unique, là, mais l'autre conjoint pourrait quand même démontrer que ça a
été vendu pour le soustraire au patrimoine de l'union parentale et donc
demander un montant pour compenser cette perte-là.
Et,
à ce moment-là, dans le cadre de la... du paiement compensatoire, le tribunal,
lui, a toujours une discrétion, cependant. Même si un des conjoints fait
la preuve, le tribunal n'est pas obligé d'accorder un montant, un paiement
compensatoire.
M.
Jolin-Barrette : Il n'est pas obligé.
M.
Morin : OK. Parfait. Puis, à ce moment-là, est-ce que...
Bien, en fait, en mariage, il y a le concept de partage inégal.
M. Jolin-Barrette : On l'a aussi, le
partage inégal.
M. Morin : Ça, vous l'avez. Vous
l'avez reproduit, également. Donc, ça permettrait de venir compenser pour un
des conjoints qui essaierait de soustraire des biens ou divertir les biens dans
l'union parentale.
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Morin : OK. Je vous remercie.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Question sur...
puis là c'est le député de l'Acadie qui me fait soulever ce point-là. Est-ce
que c'est... est-ce qu'il faut prouver que la vente... en fait, que
l'aliénation ou le fait diverti, un bien, soit dans le but de l'exclure du patrimoine
ou si le simple fait qu'il l'ait été, exclu, dans la dernière année, donne
ouverture?
M. Jolin-Barrette : Dans l'année
précédente.
M. Cliche-Rivard : Donc, c'est une
question de fait ou c'est une question d'intention?
M. Jolin-Barrette : C'est
nécessaire, si ça fait plus d'un an. Donc, l'intention est là, si ça fait plus
d'un an. Si c'est dans l'année, vous n'avez pas besoin de faire cette preuve-là
d'intention.
M. Cliche-Rivard : Pas besoin de
faire la preuve d'intention.
M. Jolin-Barrette : Exactement.
M. Cliche-Rivard : C'est un fait.
Puis là qu'est-ce qui fait qu'après un an, là, il faut démontrer l'intention?
M. Jolin-Barrette : Bien, parce
que...
M. Cliche-Rivard : Ça, c'est l'autre
procédure que vous disiez sur...
M. Jolin-Barrette : C'est ça, parce
que le législateur a dit «notamment» à 421.
M. Cliche-Rivard : Exact.
M. Jolin-Barrette : Mais c'est le
tribunal qui conserve la discrétion, là, de le rentrer ou non.
M. Cliche-Rivard : Mais à 521.39,
«dans l'année», c'est un fait. Madame soulève : Attends une minute, là,
dans la dernière année, il a vendu le chalet à 400 000 $, moi, je le
revendique. Là, le tribunal a une discrétion?
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Cliche-Rivard : Qu'est-ce qu'il
va évaluer dans sa...
M. Jolin-Barrette : Le tribunal peut
ordonner...
M. Cliche-Rivard : Mais qu'est-ce
qu'il évalue dans sa discrétion?
M. Jolin-Barrette : ...peut ordonner
qu'un paiement compensatoire soit fait au conjoint à qui aurait profité
l'inclusion de ce bien dans le patrimoine d'union parentale.
M. Cliche-Rivard : Mais c'est quoi
qu'il va évaluer, dans son pouvoir discrétionnaire, le tribunal? Il était là,
il l'a enlevé, c'est un fait, je te le donne. C'est là où le volet où... Si
finalement, l'intention n'a pas à être démontrée, qu'est-ce...
M.
Jolin-Barrette : Bien, comme à 421 : «Lorsqu'un bien qui
faisait partie du patrimoine familial a été aliéné ou diverti dans l'année précédant le décès, ou de
l'un des époux ou l'introduction de l'instance en séparation de corps ou
divorce ou annulation de mariage et que ce bien n'a pas été remplacé, le
tribunal peut ordonner qu'un paiement compensatoire soit fait à l'époux.»
• (17 h 10) •
M.
Cliche-Rivard : Mais on entend «ordonne».
M.
Jolin-Barrette : Donc, le tribunal va...
M. Cliche-Rivard : C'est ce qu'on entend,
là. Je veux dire, «peut ordonner», c'est de la formulation juridique,
là, mais...
M.
Jolin-Barrette : C'est ça, «peut».
M.
Cliche-Rivard : Dans le sens qu'il a le pouvoir de le faire mais il le
fait.
M.
Jolin-Barrette : Bien, il peut le faire. Il peut le faire.
M. Cliche-Rivard :
Dans quel scénario, il dirait : Moi, je ne le fais pas?
M. Jolin-Barrette : ...du pouvoir
discrétionnaire du tribunal. Donc, le tribunal se livre à un examen rigoureux des
faits, des circonstances entourant l'aliénation ainsi que des conséquences qui
en résultent pour les époux.
Donc, ce n'est pas un
remède automatique à tout type d'aliénation, mais c'est à la possibilité du
tribunal, en fonction des faits qui lui sont soumis devant lui, à savoir si, en
termes d'équité, le bien doit être inclus.
M.
Cliche-Rivard : Ça fait qu'on comprend que, sauf éléments qui sortent
de circonstances normales, là, si c'est ça qui s'est passé, effectivement,
monsieur a enlevé 400 000 $, qui était autrement inclus du
patrimoine...
M. Jolin-Barrette :
Bien, si le bien a été vendu puis que ça a servi à payer l'épicerie, tu
sais, supposons qu'il y avait un... une
petite équité de rien sur le chalet. Monsieur décide de vendre le chalet parce
qu'il a perdu son emploi puis que, pour subvenir aux besoins de la
famille, pendant un an, il vit sur l'équité du chalet pour payer toutes les
dépenses, bien, à ce moment-là, le tribunal ne va pas dire : Bien,
monsieur, vous allez remettre ça, alors que...
M.
Cliche-Rivard : Rajoute 5 000 $.
M.
Jolin-Barrette : Bien, c'est ça.
M.
Cliche-Rivard : OK. Ça fait que c'est dans un principe de compensation
juste.
M.
Jolin-Barrette : Exactement.
M. Cliche-Rivard : Ça fait que, si monsieur
dit : Non, non, attends, minute — là,
c'est comme vous avez dit, le
5 000 $ — moi,
je viens de payer ci, ça, puis ça à l'usage de la famille, ce 5 000 $
là, il n'existe plus, puis on l'a vendu, le chalet, parce que,
finalement, on n'arrivait pas à payer l'hypothèque.
M. Jolin-Barrette :
Oui. Ou supposons, madame était propriétaire exclusive du chalet puis elle
décide de vendre le chalet parce qu'elle
paye les dettes de jeu de monsieur, bien là, monsieur ne dirait pas :
Heille... le tribunal ne dira pas : Heille! madame, je vais vous
demander de remettre le chalet dans le patrimoine parce que...
M. Cliche-Rivard : Parfait. Mais dans les
circonstances normales, où il n'y a pas de ces éléments extrinsèques là,
on comprend que le tribunal, à défaut, va le considérer, va probablement
l'accorder.
M.
Jolin-Barrette : Bien, le tribunal a un pouvoir discrétionnaire
là-dessus, de la preuve qui lui est présentée devant lui. Là, cet après-midi,
on jase, là, sur des cas hypothétiques, mais ce n'est pas des cas qui sont
devant nous.
M.
Cliche-Rivard : Évidemment.
M.
Jolin-Barrette : Dans le fond, l'article donne des pouvoirs au juge en
termes de mesures compensatoires en fonction des faits qui sont venant lui.
M.
Cliche-Rivard : Puis, pour boucler la boucle, comme vous avez dit,
dans 521.39, madame ou monsieur n'a pas
d'intention à démontrer. C'est : Dans la dernière année, le bien est
aliéné ou diverti, je revendique, puis là ils feront sa preuve comme
fardeau opposant. Merci.
Le
Président (M. Bachand) : M. le député de l'Acadie.
M. Morin : ...à 521.39, là, dans votre premier alinéa,
effectivement, c'est dans l'année, dans l'année précédente. Donc, sauf si le bien a été diverti... parce que,
pour divertir, comme vous l'avez mentionné, il faut un degré de malhonnêteté,
donc, ça, évidemment, monsieur ou madame va être obligé de le démontrer, mais,
à ce moment-là, il n'y a pas d'autre chose à démontrer, donc, parce qu'on est
dans l'année. Le tribunal va pouvoir donner un paiement compensatoire.
Alors
qu'à 2, si c'était plus d'un an, là, en plus, la personne qui le demande va
devoir démontrer que, le fait que ça a été aliéné, c'était dans le but
de diminuer la part qui aurait profité à l'inclusion.
Donc, dans 2, il y a comme un...
M. Jolin-Barrette : Un tour de roue
de plus.
M.
Morin : ...deux éléments,
deux éléments à démontrer, si c'est diverti, le volet de malhonnêteté, puis
qu'en plus ça a eu pour effet de diminuer la part, finalement, du
conjoint dans... D'accord.
Puis j'imagine qu'au niveau du fardeau. une fois
qu'un des conjoints a démontré, par exemple, si on prend 1, que ça a été fait dans l'année précédente, si le
tribunal décide d'ordonner un paiement compensatoire, ça va être au conjoint
qui se fait ordonner le paiement à démontrer qu'il ne devrait pas le payer. Le
fardeau va reposer sur ce conjoint-là.
M. Jolin-Barrette : Bien, dans le
fond, le tribunal va regarder ça puis il va dire : Bien, comment ça se
fait que vous l'avez aliéné? Donc, il va
regarder la preuve. Parce que, tu sais, lui, quand il regarde ça, le bien,
théoriquement, devrait être dans le patrimoine. Donc, pourquoi est-ce
que l'on ne devrait pas considérer le bien?
M.
Morin : Puis c'est au conjoint, évidemment, qui l'a vendu
ou aliéné de démontrer que ça n'a pas été dans ce cas-là. OK. Parfait.
Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Autres interventions?
Alors, on continue. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui, on est
rendus à 40, hein?
Le Président (M.
Bachand) : Exactement.
M. Jolin-Barrette : «521.40. Le
tribunal peut, sur demande, déroger au principe du partage égal lorsqu'il en
résulterait une injustice compte tenu, notamment, de la brève durée de l'union
parentale, de la dilapidation de certains biens par l'un des conjoints ou
encore de la mauvaise foi de l'un d'eux.»
Commentaire. Cet article permet au tribunal de
prévoir un partage inégal du patrimoine de l'union parentale afin d'éviter une
injustice pour l'un des conjoints.
Donc, ça s'inspire de l'article 422 du
code. Donc là, c'est le partage inégal. Supposons qu'il y en a un qui ne contribue pas du tout au patrimoine ou est
paresseux, bien, on peut demander un partage du patrimoine inégal, où c'est
la même personne qui fait tout à la maison,
c'est elle qui paye les factures, paye tout, puis que là la maison est 50-50...
Tu sais, dans le fond, avec l'ouverture du
régime, là, supposons, à partir du moment où l'enfant naît, la maison...
Supposons, on part à zéro, là, le couple achète la maison, mais c'est la même
personne qui paye 100 % des dépenses de la maison, c'est la même personne
qui fait le lavage, le ménage, qui s'occupe des enfants, puis que là arrive après 10 ans de séparation, puis là
l'autre conjoint, il dit : Bien, moi, j'ai le droit à la moitié, même si
je n'ai rien fait, j'ai fait du divan pendant 10 ans. Donc, on a
une possibilité d'avoir un partage inégal.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Interventions? M. le
député de l'Acadie.
M.
Morin : C'est... mais dans votre exemple, c'est vraiment à
condition de démontrer que, sciemment, l'autre conjoint n'a rien fait ou
ne voulait rien faire, là. On est dans ce cas-là.
M. Jolin-Barrette : Bien, il y a
plusieurs circonstances. C'est : «En résulterait une injustice compte tenu
de la brève durée de l'union parentale — supposons
que ça ne dure vraiment pas longtemps — de
la dilapidation de certains biens par l'un des conjoints encore de la
mauvaise foi de l'un d'eux.» Donc, supposons qu'il résulterait une injustice
économique rattachée à ça.
M. Morin : OK. C'est bien. Je vous
remercie.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M.
Cliche-Rivard : ...pour bien comprendre, là, M. le ministre, nous
l'illustrer en comparaison à la prestation compensatoire.
M. Jolin-Barrette : La prestation
compensatoire, c'est pour compenser votre activité que vous avez faite, dans le
fond, en lien avec l'appauvrissement puis l'enrichissement.
Là, on parle du partage égal, du 50-50, pour
dire : Bien, écoutez, moi, le patrimoine ne devrait pas être de partager
50-50 pour x, y raison. Donc, c'est sur les actifs des biens.
M. Cliche-Rivard : ...scénario, où
vous disiez tantôt, là, madame a toujours payé l'hypothèque, a toujours payé les trucs liés à la famille, puis monsieur,
lui, il a toujours mis son argent dans son CELI, ou dans son REER, ou dans
ses investissements. Lui, il n'a jamais contribué au patrimoine de l'union
parentale.
M.
Jolin-Barrette : Exactement.
M. Cliche-Rivard : Elle, elle va en
prestation compensatoire ou est-ce qu'elle va en...
M. Jolin-Barrette : Non, elle
pourrait aller en partage inégal.
M.
Cliche-Rivard : Elle pourrait y aller. Ça fait qu'elle choisira
son recours. Elle pourrait invoquer l'injustice.
M. Jolin-Barrette : Mais il faut que
ce soit un enjeu économique, là. C'est une faute économique.
M. Cliche-Rivard : Exact. Mais
dans... comme dans l'exemple que je donne...
M. Jolin-Barrette : Bien, moi, dans
l'exemple que j'ai donné, madame paye tout.
M. Cliche-Rivard : Oui.
M.
Jolin-Barrette : Dans le fond, la maison, ils l'achètent ensemble,
mais c'est madame qui a toujours payé 100 % de l'hypothèque.
M. Cliche-Rivard : Exact.
M. Jolin-Barrette : Puis là la
maison est payée au complet.
M. Cliche-Rivard : Monsieur ne fait
rien.
M. Jolin-Barrette : Puis là monsieur
n'a jamais mis une cenne dans la maison, n'a jamais rien fait.
M. Cliche-Rivard : Ne travaille pas.
M. Jolin-Barrette : Oui. Bien là...
M. Cliche-Rivard : Ne s'occupe pas
des enfants.
M. Jolin-Barrette : C'est ça. C'est
un parasite.
M. Cliche-Rivard : Exact.
M. Jolin-Barrette : Bien là, à ce
moment-là, pourrait demander le partage inégal.
M. Cliche-Rivard : OK. Mais dans
l'autre...
M. Jolin-Barrette : Dans le fond,
c'est... l'élément clé, c'est si l'injustice résulterait d'un partage égal. Ce
n'est pas juste de séparer 50-50 considérant l'état de fait.
M. Cliche-Rivard : Mais il y a une
certaine partie de la prestation compensatoire qui vise également à ce que ce
ne soit pas un partage 50-50.
M.
Jolin-Barrette : Mais la prestation compensatoire vise à compenser
la personne pour son activité, normalement, avec...
M. Cliche-Rivard : Dans ce cas-là,
il y a une plus-value, donc il y a quelque chose à aller chercher.
M. Jolin-Barrette : Ça prend un
appauvrissement pour la prestation compensatoire puis ça prend un
enrichissement, on va le voir tantôt. Donc, ça prend une preuve
d'enrichissement puis d'appauvrissement.
Puis nous, là, dans notre situation, là, tu
sais, supposons qu'on revient à la question de l'injustice pour le partage inégal, il faut que l'injustice
résulterait normalement si l'une des parties a gaspillé ou disposé de ces
éléments d'actifs de mauvaise foi, ou
malhonnêtement, ou pour son gain personnel exclusif, ou à l'encontre des
souhaits de l'autre partie, ou l'a fait dans le but de priver l'autre
partie d'une part... de sa part de l'actif familial aussi.
M. Cliche-Rivard : Ici, là, à
521.40?
M. Jolin-Barrette : Oui.
• (17 h 20) •
M. Cliche-Rivard : Puis un certain
élément de faute, là.
M.
Jolin-Barrette : Oui, mais, tu sais, vous avez la prestation
compensatoire, vous avez le partage inégal. Il peut y avoir, dans un dossier,
bien, une zone commune là-dessus.
M. Cliche-Rivard : Exact. On
s'entend.
M. Jolin-Barrette : Tu sais, ça peut
ne pas être juste l'un, juste l'autre. Ça peut être les deux, en fonction.
M.
Cliche-Rivard : OK. Ça fait qu'elles ne sont pas nécessairement
mutuellement exclusives. Ça va dépendre des scénarios.
M. Jolin-Barrette : Exactement.
M.
Cliche-Rivard : Madame pourrait décider d'aller revendiquer que ce
ne soit pas le partage inégal à 521.40 et, le cas échéant, une partie de
prestation compensatoire pour, elle, aller chercher un équilibre qui reflète la
réalité de la contribution puis des apports de chacun dans l'union parentale.
Ça, ce serait possible.
M. Jolin-Barrette : Ce serait possible.
M. Cliche-Rivard : Puis madame...
Puis, a contrario, ça pourrait être l'autre personne qui utilise l'autre véhicule pour aller essayer de contrebalancer un
partage inégal qui aurait... que madame aurait obtenu. Madame pourrait
dire : Monsieur n'a jamais contribué à l'hypothèque.
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Cliche-Rivard : Monsieur n'a
jamais contribué à... je ne sais pas, là, madame a tout contribué, ça fait
qu'elle, elle revendique 521.40, puis le juge, il dit : En effet, sur ce
volet-là, dans la dissolution, je leur donne 75-25. Puis monsieur dit :
Oui, mais, attends une minute, moi, je me suis occupé des enfants, puis toi,
pendant ce temps-là, tu as fait fructifier ton entreprise, puis moi...
M. Jolin-Barrette : Oui. Ça, c'est
différent, on est en prestation compensatoire.
M. Cliche-Rivard : ...puis moi, je
vais te demander 120 000 $ ou 140 000 $ sur la prestation
compensatoire.
M. Jolin-Barrette : Ça, c'est
différent. On est en prestation compensatoire.
M. Cliche-Rivard : C'est différent.
M.
Jolin-Barrette : Puis prenez des cas où l'union, elle est
extrêmement courte, puis le fait de... le fait de partager les actifs
dans le cadre d'une union extrêmement courte amènerait une iniquité.
M. Cliche-Rivard : Puis, par
exemple, là, j'essayais de penser à ça, là, dans la maison... Quel exemple ce
serait que, admettons, une relation de deux mois qui causerait un gros
préjudice, là?
M.
Jolin-Barrette : Bien, je ne sais pas, là, tout dépendamment des
revenus associés d'une personne puis que, dans trois mois, en fonction
de ses gains, il achète... Ça va être des cas plus rares, là, en raison de
l'union.
M. Cliche-Rivard : Oui, c'est ça,
parce que la durée de l'union parentale ne va pas de facto nécessairement être
un immense facteur de préjudice ou d'inégalité, là, ce serait plutôt le
contraire. La durée ou la longue durée de la relation va plutôt être créateur
d'injustice.
M. Jolin-Barrette : Chaque cas est
un cas...
M. Cliche-Rivard : Chaque cas est un
cas d'espèce.
M. Jolin-Barrette : Oui.
M.
Cliche-Rivard : Parfait. Puis, dans «brève durée» et
«dilapidation», là il n'y a pas nécessairement de faute, mais dans
«mauvaise foi», il y a quand même un élément fautif à démontrer ou si, dans
l'ensemble de ça, il y a un genre d'élément fautif sous-jacent? En
dilapidation, j'imagine que oui.
M. Jolin-Barrette : Bien, en fait,
l'article dit :
«Le tribunal peut, sur demande, déroger au principe
de partage égal lorsqu'il résulterait une injustice compte tenu, notamment, de la brève durée de l'union
parentale, de la dilapidation de certains biens par l'un des conjoints ou encore
de la mauvaise foi de l'un d'eux.»
Ça fait que, si tu dilapides un bien,
qui fait en sorte de nuire à la composition du patrimoine... Tu sais, tu avais une
Camaro dans ton garage, qui servait à l'usage de la famille...
M.
Cliche-Rivard : Tu la mets au jeu un vendredi soir.
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est ça. Pour...
Elle vaut 20 000 $ puis il la met 5 000 $, bien, le
15 000 $ aurait fait partie du partage.
M. Cliche-Rivard : Puis là madame dit :
Ce n'est pas vrai que tu vas avoir 50 % de la maison, considérant que tu
viens de flauber le 20 000 $ que valait la Camaro.
M.
Jolin-Barrette : Exactement.
M.
Cliche-Rivard : Puis là elle invoque en disant : Ce n'est pas
comme ça qu'on va gérer cette situation-là.
M.
Jolin-Barrette : C'est ça.
M.
Cliche-Rivard : Parfait. Merci.
Le
Président (M. Bachand) : Mme la députée de
Westmount—Saint-Louis.
Mme Maccarone :
Bien, dans le fond, ma question
était un peu similaire. Je voulais savoir la définition légale de la
brève durée.
Qu'est-ce qui va
déterminer que c'est une brève durée? Parce que chaque personne peut déterminer
que c'est différent entre nous, là. Tu sais,
deux mois, oui, mais 12 mois, pour quelqu'un, il peut dire que ça aussi, c'est
bref. Ça fait que est-ce qu'il y a quand même une définition quelque
part ou ça va vraiment toujours être cas par cas?
M.
Jolin-Barrette : C'est du cas par cas. Dans le fond, comme c'est le
cas pour 422 du code, dans le fond, en mariage, là :
«Le tribunal peut,
sur demande, déroger au principe de partage égal quant aux gains inscrits en
vertu de la loi sur le régime de rentes du Québec ou des programmes
équivalents, décider qu'il n'y aura aucun partage de ces gains, lorsqu'il en résulterait une injustice, compte
tenu, notamment, de la brève durée du mariage, de la dilapidation de certains
biens par l'un des époux ou encore de la mauvaise foi ou l'un d'eux.»
Ça fait que c'est la
même chose que le mariage.
Mme
Maccarone : Puis moi, je lis aussi la loi en anglais, puis on... pour
le mot «dilapidation», on utilise «waste»,
mais c'est différent, «dilapidation». Maintenant, en comparaison avec le Code civil,
ce n'est pas le même... La terminologie «dilapidation», est-ce que c'est
ça qui existe actuellement?
Une voix : ...
Mme
Maccarone : Non, mais... non, mais en français, parce que moi,
quand...
M.
Jolin-Barrette : À 422, oui, vous avez «dilapidation».
Mme
Maccarone : Oui, mais c'est ça qui est déjà utilisé dans le Code civil?
M.
Jolin-Barrette : En anglais ou en français, là?
Mme
Maccarone : Non, en français.
M.
Jolin-Barrette : Oui. À 422, c'est «dilapidation».
Mme
Maccarone : Parce que «waste», il me semble, c'est bizarre quand je
fais de la lecture. Pourquoi que ce n'est
pas «squander», «ruin»? «Waste», c'est... Quand moi, je fais la lecture, je
dis : «The waste of certain property».
M.
Jolin-Barrette : Oui, mais à 422, c'est déjà ça. 422, là, une «equal
partition» :
«The
court may, on an application, make an exception to the rule of partition into
equal shares, and decide that there will be
no partition of earnings registered pursuant to the Act respecting the Québec Pension
Plan or to similar plans where it would result in an injustice
considering, in particular, the brevity of the marriage, the waste of certain
property by one of the spouses, or the bad faith of one of them.»
Donc,
c'est déjà comme ça à 422.
Mme Maccarone : Parce que, si je
comprends bien, on utilise toujours la version de la loi qui est plus favorable
pour la personne concernée.
M.
Jolin-Barrette : C'est une... La personne peut invoquer la version
anglaise ou la version française.
Mme
Maccarone : Exact.
M. Jolin-Barrette : C'est une lecture
conjointe. Ça fait partie de notre régime de la Loi constitutionnelle de 1867, avec
qui j'ai eu le bonheur de discuter avec mon collègue de l'Acadie, mercredi, il
y a deux semaines.
Le
Président (M. Bachand) : ...
M. Morin : Oui. En fait, avec l'article, vous dites que c'est
la même chose en mariage, avec le partage inégal, à 422.
M.
Jolin-Barrette : C'est similaire.
M. Morin : Similaire.
M.
Jolin-Barrette : Mais là on parle des fonds de pension. Nous, on n'a
pas les fonds de pension.
M. Morin : Non, non. Oui, mais faisons abstraction des fonds
de pension, puis peut-être que je comprends mal 422, mais, en mariage, dans le Code civil,
les époux, ils ont un devoir de contribuer aux charges du mariage. Donc, c'est
une obligation que la loi leur donne.
Donc,
si, évidemment, il y a un des époux qui ne remplit pas son obligation qui est
prévue par la loi, bien, il est normal que le tribunal puisse venir
corriger ça.
D'ailleurs, il y a
une décision de la Cour d'appel qui souligne que le tribunal, à 422, peut
statuer sur le partage inégal, si un des époux a violé son obligation
fondamentale de contribuer. Mais ici, je n'ai pas vu, dans le projet de loi,
l'obligation des conjoints de fait de contribuer à l'union parentale.
Donc,
est-ce que votre article reçoit vraiment son application? Comment est-ce qu'on
peut les forcer s'ils n'ont pas l'obligation de contribuer comme en
mariage?
En fait, vous trouvez
un remède, mais c'est comme si le devoir n'y était pas, ça fait que c'est
compliqué pour le tribunal d'ordonner une réparation alors qu'ils n'ont pas le
devoir de le faire.
M. Jolin-Barrette : Bien, pas vraiment, parce
que, dans le fond, l'union parentale fait en sorte que, justement, les conjoints ont la résidence, mais, si un des
deux ne contribue pas, à ce moment-là, ça donne la possibilité de se soustraire,
mais de demander au tribunal de soustraire pour dire...
Le principe de base,
c'est on partage 50-50, mais s'il y en a un des deux qui ne le fait pas, à ce
moment-là, je me retrouve avec une possibilité de demander un partage inégal.
M. Morin : Oui, mais ici, dans la façon dont vous avez rédigé
l'article, on parle d'injustice, on parle de durée, on parle de dilapidation de
certains biens. Alors, si on applique les règles du mariage comme je vous
disais, moi, je vois une logique dans le chapitre qui traite du mariage,
parce que les époux ont ce devoir-là de contribuer aux charges, mais on n'a pas
l'équivalent dans votre projet d'union parentale.
Donc,
c'est comme si vous donnez un pouvoir au tribunal, mais que les conjoints de
fait n'ont pas l'obligation que les
époux ont en mariage. Donc, ça... il me semble qu'il manque quelque chose pour
permettre au tribunal d'ordonner une telle réparation.
M.
Jolin-Barrette : Je comprends votre point, sauf que, si jamais, en
mesure d'équité, le tribunal constatait que c'est inéquitable de partager
50-50, le partage inégal va permettre de venir compenser ça.
M. Morin : Oui. Ça, je le... ça, je le comprends, mais, vu
que les conjoints de fait n'ont pas l'obligation, il y en a un qui pourrait toujours dire : Bien,
écoutez, moi, je ne l'avais pas, l'obligation, là, donc, moi, j'ai contribué,
puis c'est tout. Je veux dire... Non?
Parce
que, quand vous faites un parallèle avec le mariage, je trouve que là, pour
celui-là, il manque un élément.
M.
Jolin-Barrette : Je le note. Oui, je vais y penser.
M. Morin : Parfait.
Je vous remercie.
• (17 h 30) •
Le
Président (M. Bachand) : Autres
interventions? Alors, M. le ministre, s'il vous plaît.
M.
Jolin-Barrette : Oui. «521.41. Un conjoint peut, à compter de la fin
de l'union, renoncer en tout ou en partie au partage du patrimoine d'union
parentale; il ne peut y renoncer que par acte notarié en minute ou par une
déclaration judiciaire dont il est donné acte, dans le cadre d'une demande en
matière familiale.
«La
renonciation doit être inscrite au registre des droits personnels et réels
mobiliers. À défaut d'inscription dans un délai d'un an à compter du
jour de la fin de l'union, le conjoint renonçant est réputé avoir accepté.»
Commentaire. Cet article précise les
modalités de renonciation, en tout ou en partie, au partage du patrimoine
d'union parentale.
Donc, ça, c'est pour faire
en sorte que, si la personne renonce, elle doit le faire par acte notarié.
Donc, vous
avez l'union parentale, donc l'enfant est né, il y a constitution du patrimoine
d'union parentale. Il y a fin de la
vie commune, la partie peut renoncer au partage, mais doit le faire par acte
notarié ou par déclaration judiciaire, dans le fond, devant le juge,
comme c'est le cas au patrimoine familial.
En matière de patrimoine familial, vous ne
pouvez pas renoncer à l'avance. Donc, c'est à partir du moment où il y a
dissolution du mariage que la personne peut renoncer au patrimoine... au
partage du patrimoine familial.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Interventions? M. le
député de l'Acadie.
M.
Morin : ...qu'en fait, dans un cas comme ça, compte tenu
que le notaire est un officier public, qu'il va être capable de
conseiller les deux parties.
Parce que vous comprenez que, dans un cas comme
celui-ci, là, on parle d'une renonciation. Donc, ça peut vouloir représenter un
montant quand même important, qu'un des conjoints n'aura pas, là.
M. Jolin-Barrette : Comme c'est le
cas avec le patrimoine d'union parentale, on peut renoncer en cours d'union.
Là, ce qu'on dit, c'est que, si vous renoncez, parce que vous avez la
disposition de retrait... Là, on n'est pas dans le cadre de la disposition de
retrait. On est dans le cadre où il y a eu l'ouverture du régime, on arrive à
la fin, puis là les gens vont chez le notaire, supposons, puis disent :
Bon, bien, voici, on va faire le partage, vous auriez droit à
100 000 $, supposons. Comme ça se fait en mariage actuellement, quand
les gens arrivent pour se séparer, là, ils
disent : Bien, voici, vous avez droit à, supposons, 100 000 $,
une des parties peut renoncer au partage du patrimoine familial. Donc, si ça existe déjà dans le mariage
actuellement, on met la même règle pour le partage de l'union parentale.
M. Morin : OK. Et, par la suite,
cette... en plus d'être notariée, la renonciation doit être inscrite au
Registre des droits personnels et réels mobiliers. C'est en plus de... et, si
ça ne l'est pas, fait, le conjoint renonçant est réputé avoir accepté. Donc, si
je comprends bien, même si vous avez un acte notarié qui dit que vous renoncez,
si vous ne l'avez pas enregistré, vous êtes réputé ne pas y avoir renoncé,
malgré l'acte notarié. Est-ce que je comprends bien?
M. Jolin-Barrette : Oui. Donc, c'est
une mesure de publicité et de fond aussi.
M. Morin : Pardon? Et de?
M. Jolin-Barrette : Et de fond.
M. Morin : Et de fond.
M. Jolin-Barrette : Donc, ça doit...
Le notaire va le publier.
M. Morin : OK. Et l'avantage, c'est
pour... évidemment, dans un cas de publication, c'est pour les tiers, pour que
les tiers sachent que l'union parentale a été dissoute puis qu'il y en a un qui
a renoncé?
M. Jolin-Barrette : Oui, c'est ça.
C'est une mesure, effectivement, par rapport au tiers. Sinon, il y a une
présomption qu'il a accepté le partage. Donc, c'est une présomption qui ne peut
pas être repoussée. Donc, dans le fond, s'il ne l'est pas, publié, si ça ne
fait pas l'objet d'une publication, comme en mariage, il y a une présomption
irréfragable qu'il a accepté le partage, puis les tiers vont pouvoir exercer
leurs actions obliques.
M. Morin : Oui. OK. C'est ça. Donc,
quand vous dites «est réputé», au fond... mais c'est une présomption qui est
irréfragable. Vous ne pouvez pas...
M. Jolin-Barrette : Non, qui est
irréfragable.
M. Morin : Irréfragable, c'est ça.
Vous ne pouvez pas faire la preuve contraire, c'est fini.
M. Jolin-Barrette : Non. Dans le
fond, aux yeux des tiers, dans le fond, si vous renoncez au partage du
patrimoine, vous devez absolument le publier, sinon vous êtes présumé l'avoir
accepté. Non, pour que ça soit valide aux yeux des tiers, il faut l'avoir
publié au RDPRM.
M. Morin : C'est ça, pour que ce
soit...
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
M.
Morin : Et ça serait, par
exemple, quoi, dans un cas où il y aurait... un des conjoints aurait bien des
dettes puis l'autre...
M. Jolin-Barrette : Ça pourrait être
ça.
M. Morin : ...l'autre
ne veut pas? Il ne veut pas que des tiers soient capables d'exercer, par
exemple, un jugement ou des recours?
M. Jolin-Barrette : Des recours, c'est ça.
Exemple, il ne veut rien savoir des affaires de son ex-conjoint, puis il
va être libéré.
M. Morin : OK.
Merci.
Le
Président (M. Bachand) : Interventions? M.
le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Le conjoint qui peut renoncer, c'est celui qui va bénéficier de la
dissolution de l'union parentale.
M.
Jolin-Barrette : Oui, c'est celui qui bénéficie.
M.
Cliche-Rivard : C'est ça. Ça, c'est comme implicite dans comment c'est
écrit. C'est ça qu'on comprend?
M.
Jolin-Barrette : Oui, oui, oui.
M. Cliche-Rivard : Parce que c'est juste
écrit : «Un conjoint peut, à compter de la fin de l'union, renoncer en tout
ou en partie au partage du patrimoine.»
M. Jolin-Barrette :
Bien non, mais celui qui paie ne peut pas renoncer.
M.
Cliche-Rivard : Bien, je suis d'accord, mais c'est ce qui est écrit.
Ce n'est pas «le conjoint bénéficiaire» qui est écrit, là.
M.
Jolin-Barrette : On a-tu un enjeu de libellé?
Une voix : ...
M. Jolin-Barrette : C'est comme en mariage. «Les époux ne peuvent renoncer, par leur
contrat de mariage ou autrement, à leurs droits dans le patrimoine
familial.
«Toutefois, un époux
peut, à compter du décès de son conjoint ou du jugement de divorce, de
séparation, de nullité de mariage, y renoncer, en tout ou en partie, par acte
notarié en minute», ou par déclaration judiciaire.
C'est ça, mais c'est
celui qui bénéficie... c'est le conjoint créancier, parce que quand...
M.
Cliche-Rivard : OK. Je le comprends, le principe, c'est juste...
M. Jolin-Barrette : Non, mais c'est par
l'accumulation des articles du code, qui font en sorte que, quand tu as
quelque chose à payer, tu peux y renoncer par la suite, là, celui qui est
bénéficiaire.
M.
Cliche-Rivard : Puis j'en conviens. Je trouve que la question aurait
mérité...
M.
Jolin-Barrette : Bien, tu... vous ne pouvez pas renoncer à quelque
chose que vous n'avez pas droit.
M. Cliche-Rivard : Non, mais vous pouvez
renoncer, vous, au... Il dit : Moi, je renonce au partage du patrimoine.
M.
Jolin-Barrette : Moi, je renonce à payer? Non, non, c'est...
M. Cliche-Rivard : Bien, je suis
complètement d'accord avec vous que ça... ce n'est pas ça, l'intention, je le
sais, mais n'empêche que le mot, tel quel, ce n'est pas ça...
M.
Jolin-Barrette : Oui, mais dans le mariage, c'est déjà écrit comme ça.
M. Cliche-Rivard : Je veux dire, on s'entend
sur le principe, puis tant mieux si c'est clair en matière de mariage.
M.
Jolin-Barrette : Oui, oui, mais il n'y a pas d'enjeu en mariage, il
n'y a pas d'enjeu en union parentale.
M. Cliche-Rivard : Tant mieux. Là, si ce
n'est pas publié, c'est une faute du notaire. Lui, il va avoir ça comme
obligation, de le publier, là.
M.
Jolin-Barrette : Oui, le notaire a l'obligation de publier.
M.
Cliche-Rivard : Auquel cas, si ce n'est pas fait puis qu'il y a
des préjudices pour le conjoint, lui, il va avoir un recours en
responsabilité professionnelle puis tout ce qui vient avec contre le notaire.
M. Jolin-Barrette : Effectivement.
M.
Cliche-Rivard : Ça fait que ça, le deuxième alinéa, c'est plus un
mémo au notaire, parce que M., Mme Tout-le-monde ne va pas les checker
si c'est publié ou pas, là, je veux dire, pas nécessairement, sauf si vous
envoyez le message au notaire : C'est ton obligation de publier, là.
M. Jolin-Barrette : Non, mais...
oui.
Des voix : ...
M.
Jolin-Barrette : ...la personne aussi parce qu'il y a une
déclaration judiciaire aussi quand les gens doivent la publier.
M. Cliche-Rivard : OK. Dans le cas
de déclaration judiciaire, dans ce cas-là, c'est leur responsabilité.
M. Jolin-Barrette : Oui, c'est ça
ou... soit de l'avocat, soit de la partie.
M. Cliche-Rivard : Soit de l'avocat,
soit de la partie. Mais dans le cas de l'acte notarié en minute...
M. Jolin-Barrette : C'est le
notaire.
M. Cliche-Rivard : C'est le notaire
qui va faire cette responsabilité-là... qui va avoir cette responsabilité-là.
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Cliche-Rivard : Parfait. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Mme la députée de Westmount—Saint-Louis.
Mme
Maccarone : Est-ce qu'on peut changer notre idée? Mettons, je
ne veux plus renoncer, j'ai fait une erreur, je veux changer mon idée.
M. Cliche-Rivard : Vice de
consentement.
M. Jolin-Barrette : C'est final
bâton. Dans le fond, quand vous prenez une décision, vous renoncez au droit que
vous aviez dans le patrimoine d'union parentale.
Mme Maccarone : Puis, six mois
plus tard, je dis : Bon, bien, j'ai fait une erreur, ma situation est
changée, je ne peux pas changer?
M. Jolin-Barrette : À moins qu'il y
ait un cas de lésion, que vous ayez été...
Mme Maccarone : À moins qu'il y ait
quoi? Excusez-moi.
M. Jolin-Barrette : Un cas de
lésion. Supposons, là... On va le voir à l'article suivant, là, la renonciation
de l'un des conjoints par acte notarié peut être annulée pour cause de lésion,
pour toute autre cause de nullité des contrats.
Donc, si votre consentement a été vicié, bien, vous pouvez le faire annuler,
mais, si vous changez d'idée, ça, ça ne marche pas.
Mme Maccarone : Ça ne se fait pas.
OK. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Député de l'Acadie.
M. Morin : Oui. Je peux comprendre
que l'acte notarié en... en minute, pardon, il doit être publié, parce qu'évidemment
les gens n'ont pas une connaissance... puis ce n'est pas public, là, mais la
déclaration judiciaire, elle, c'est un jugement, donc, ce n'est pas public. Il
faut le publier en plus?
M. Jolin-Barrette : ...RDPRM? Non,
non. Oui, il faut le publier.
M. Morin : Donc, ce n'est pas
automatique.
• (17 h 40) •
M.
Jolin-Barrette : Non. Comme à 423, là, on dit : «...par acte
notarié en minute; il peut aussi y renoncer, par
une déclaration judiciaire dont il est donné acte, dans lequel [...] dans le
cadre d'une instance de divorce, en séparation de corps ou en nullité de
mariage.
«La renonciation doit être inscrite au registre
des droits personnels et réels mobiliers. À défaut d'inscription dans un délai d'un an à compter du jour de
l'ouverture du droit au partage, l'époux renonçant est réputé avoir accepté.»
Le Président (M.
Bachand) : Autres interventions?
M. Morin : Non.
Le Président (M.
Bachand) : S'il n'y a pas d'autre
intervention, M. le ministre, s'il vous plaît.
M.
Jolin-Barrette : Oui. «521.42. La renonciation de l'un des
conjoints par acte notarié peut être annulée pour cause de lésion ou
pour toute autre cause de nullité des contrats.» Donc, la question de la
députée de Westmount—Saint-Louis.
Commentaire.
Cet article permet, sous certaines conditions, l'annulation de la renonciation
au partage du patrimoine d'union parentale.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup.
M. Jolin-Barrette : C'est comme
l'article 424.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Donc, interventions? M.
le député de l'Acadie, s'il vous plaît.
M.
Morin : Sauf qu'évidemment, s'il y a une... s'il y a
une cause de lésion, n'importe quel acte notarié pourrait être aussi
annulé, là.
M. Jolin-Barrette : Pour cause de
nullité, donc, dol, crainte, erreur.
M. Morin : Uniquement?
M. Jolin-Barrette : Oui, ou la
lésion.
M.
Morin : Ou pour toute autre cause de nullité des contrats.
Donc, c'est les... C'est un ou l'autre. C'est pour cause de lésion ou
toute autre cause.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais les
causes de lésion des contrats, c'est celles qui sont prévues au code.
M.
Morin : Au code. Exact. OK. Puis évidemment, dans le cas
d'une déclaration judiciaire, là, la renonciation ne peut pas être annulée.
M. Jolin-Barrette : Non, ça ne peut
pas être annulé.
M. Morin : Puis pourquoi?
M. Jolin-Barrette : Bien, écoutez,
devant le juge, la personne se retrouve devant le système de justice et donc
fait sa déclaration pour dire : Je renonce à cela. Donc, c'est... Il y a
un élément de chose jugée. Ce n'est pas par voie
contractuelle. C'est une déclaration judiciaire à la cour : Je renonce au
partage du patrimoine de l'union parentale.
M. Morin : Oui, sauf qu'on nous
dit...
M. Jolin-Barrette : C'est
unilatéral, là. Ce n'est pas... ce n'est pas contractuel avec le notaire.
M.
Morin : Oui, mais c'est parce que le notaire, il est là
comme officier instrumentant. Il n'est pas là pour consentir ou pas à
l'acte, là.
M. Jolin-Barrette : Non, mais il ne
consent pas, lui, il instrumente, mais c'est une déclaration entre
deux parties. Dans le fond, là, quand vous renoncez, là, puis vous allez
chez le notaire, là, c'est : Je, dans le cadre de mon union avec monsieur ou madame en union parentale, je renonce à cela.
Donc, c'est par voie contractuelle avec l'autre partie, tandis que la
déclaration judiciaire, c'est unilatéral, là. Puis, dans le fond, le jugement
qui donne acte à la renonciation emporte
l'autorité de la chose jugée. Vous pourriez demander une rétractation de
jugement, par contre, qui est prévue au Code de procédure civile.
M. Morin : C'est possible?
M.
Jolin-Barrette : C'est possible.
M.
Morin : Donc, si, par exemple, vous invoquez, je ne sais
pas, moi, une lésion ou une autre cause de nullité des contrats, vous
pourriez demander une rétractation de jugement, là.
M. Jolin-Barrette : Vous pouvez
demander une rétractation de jugement avec ce qui peut être invoqué dans le
CPC.
M. Morin : Voilà. Donc... Puis, tu
sais... puis je vous suis, je vous écoute. Si vous dites : Écoutez, le
notaire, c'est un officier public, il est là,
il est impartial, il va s'occuper des parties, des deux parties, des
droits des deux parties... Si jamais il y a un doute, ils
peuvent... on nous l'a même dit, il peut faire des caucus, parler à une des
parties en l'absence de l'autre, bon. Mais, malgré tout ça, l'acte notarié
pourrait être annulé, mais pas la déclaration judiciaire, parce que la
déclaration judiciaire, quelqu'un pourrait subir une pression puis aller dire
ça au juge et...
M.
Jolin-Barrette : Mais on n'est pas dans la même formule, là. Dans
le fond, ça a effet de chose jugée. Il y a des règles associées au
jugement, donc ils peuvent aller en rétractation des règles particulières. Pour
le notaire, bien, ça peut être annulé pour cause de nullité de contrat, donc un
des motifs qui sont là. Ça fait que c'est deux régimes distincts qui sont
parallèles.
M. Morin : OK. Et donc... Oui?
M.
Jolin-Barrette : Parce que souvent, là, dans le fond, quand il va
prononcer le divorce, là, il pourrait, dans le cadre du jugement sur le
divorce, dire : Bien, madame renonce ou monsieur renonce au partage du
patrimoine familial, dans le cadre du jugement, par une déclaration judiciaire,
pour dire : Ce n'est pas en cause, mais ce qui est en cause, c'est la
garde des enfants, dans le cadre du...
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup.
M. Jolin-Barrette : ...prononcé.
Le Président (M.
Bachand) : Merci, M. le ministre.
Compte tenu
de l'heure, la commission ajourne ses travaux au vendredi 24 mai à
10 heures, où elle va entreprendre un nouveau... un autre mandat.
Merci.
(Fin de la séance à 17 h 45)