Journal des débats de la Commission des institutions
Version préliminaire
43e législature, 1re session
(29 novembre 2022 au 10 septembre 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
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Le
mardi 10 septembre 2024
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Vol. 47 N° 77
Étude détaillée du projet de loi n° 32, Loi instaurant l’approche de sécurisation culturelle au sein du réseau de la santé et des services sociaux
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Intervenants par tranches d'heure
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Bachand, André
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Lafrenière, Ian
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Lafrenière, Ian
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Bachand, André
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Morin, André Albert
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Massé, Manon
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Massé, Manon
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Bachand, André
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Lemieux, Louis
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Bachand, André
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Lafrenière, Ian
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Bachand, André
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Morin, André Albert
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Morin, André Albert
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Bachand, André
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Lafrenière, Ian
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Massé, Manon
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Asselin, Mario
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Schmaltz, Valérie
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Boivin Roy, Karine
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Lemieux, Louis
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Haytayan, Céline
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Morin, André Albert
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Bachand, André
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Massé, Manon
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Lafrenière, Ian
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Massé, Manon
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Bachand, André
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Lafrenière, Ian
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Morin, André Albert
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Massé, Manon
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Lafrenière, Ian
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Bachand, André
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Bachand, André
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Morin, André Albert
9 h 30 (version révisée)
(Neuf heures quarante-six minutes)
Le Président (M.
Bachand) :Bonjour, tout le monde! Ayant
constaté le quorum, je déclare la séance de... de la Commission des
institutions ouverte. Bienvenue! C'est nous autres, ce matin, qui inaugurent le
nouveau bleu rouge. Alors, je suis très content que ce soit la Commission des
institutions. Je vous rappelle que les règles du bleu s'appliquent au rouge.
Donc, il n'y aura pas de café, c'est de l'eau, puis il n'y a pas de nourriture.
Alors donc, c'est un petit rappel que les mêmes règles de bienséance du bleu s'appliquent
au nouveau bleu que le rouge.
Donc, la commission est réunie afin d'entreprendre
l'étude détaillée du projet de loi n° 32, Loi instaurant l'approche de
sécurisation culturelle au sein du réseau de la santé et des services sociaux.
Avant de débuter, M. le secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
Le Secrétaire : Oui, M. le
Président. Mme Bourassa
(Charlevoix—Côte-de-Beaupré) est remplacée par M. Jacques
(Mégantic) et M. Zanetti (Jean-Lesage) est remplacé par Mme Massé
(Sainte-Marie—Saint-Jacques).
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Alors, je vous
dépose, avant les remarques préliminaires, un mémoire reçu depuis la fin des
auditions, soit celui de l'Ordre professionnel des criminologues du Québec.
Donc, nous en sommes maintenant aux remarques préliminaires. Nous allons
débuter avec M. le ministre. Je vous cède la parole pour 20 minutes. M. le
ministre, s'il vous plaît.
M. Lafrenière : Merci
beaucoup, M. le Président. Je veux vous rassurer, je pense que les collègues
des oppositions et moi, on n'a pas besoin de café. C'est un sujet qui nous
passionne tellement que ça va superbien se passer. Alors, bonjour, «hello», «kwe»,
«shé:kon», «wachiya», «ullaakkut». M. le Président, mes amis collègues députés,
équipe de mon cabinet, le secrétariat, chers collègues des oppositions, je suis
content de vous retrouver aujourd'hui. M. le Président, vous l'avez mentionné,
ce n'est pas une petite symbolique. On siège les premiers dans ce... vous avez
appelé ça le salon bleu rouge, je vais m'habituer, dans ce salon bleu rouge
aujourd'hui.
Je pense que c'est lourd de symbolique. C'est
un sujet qui est extrêmement important aujourd'hui. Je vais être transparent
avec vous, M. le Président, c'est un sujet qui est extrêmement sensible. On le
sait, on l'a travaillé avec les oppositions, on l'a travaillé dans le passé et
on le fait parce qu'on doit le faire. Pendant des années, c'est un sujet qui n'a
pas été abordé. Aujourd'hui, ce qu'on va faire ensemble, avec l'aide des
oppositions, c'est de changer, changer la donne. Puis ça, c'est pour le
bénéfice de tous.
M. le Président, lorsqu'on revient, dans
le cadre d'une étude détaillée, ce n'est pas le travail d'un ministre, ce n'est
pas le travail d'une personne qu'on va vous présenter aujourd'hui, c'est une
étude détaillée qui est le fruit d'un travail colossal qui a été fait avec les
équipes, les gens qui ont travaillé extrêmement fort pour qu'on se retrouve ici
aujourd'hui. Chers collègues de la banquette ministérielle... c'est drôle quand
on est au rouge comme ça, puis on dit «la banquette ministérielle», <parce...
M. Lafrenière :
...c'est
drôle quand on est au rouge comme ça, puis on dit «la banquette ministérielle»,
>parce qu'elle est comme ça à quelque part. Alors, chers collègues,
merci, merci de votre dévouement, merci de votre ouverture. M. le Président, on
est rendus à 35 collègues de la banquette ministérielle qui se sont
déplacés en communauté pour voir les réalités autochtones. Je peux dire la même
chose des collègues des oppositions qui le faisaient déjà, mais ensemble, on
l'a fait, entre autres, dans le cadre de la loi 79. À trois reprises, on
s'est déplacés sur le terrain, parce que c'est là que ça se passe, M. le
Président, c'est là qu'on apprend ce qui est important et ce qu'on doit faire.
Vous savez, M. le Président, je vous ai
dit tantôt que c'était très sensible. On s'est retrouvés ensemble. Ma collègue
de la deuxième opposition était là. Quand on a fait le projet de loi
n° 79, c'était aussi très sensible. C'était un enjeu qui amenait les
passions. Il y a eu beaucoup de critiques. Puis je vais... je vais recevoir de
la critique aujourd'hui, M. le Président. Je suis prêt à ça. Je le comprends.
Je le conçois. Mais, quand on a fait le projet de loi n° 79 ensemble,
malgré les critiques, je peux vous dire qu'aujourd'hui tous sont d'accord que
c'était important, qu'il fallait le faire. Plus de 200 enfants,
115 familles qui font confiance à la direction de soutien aux familles,
qui font confiance à l'organisme autochtone... avec qui on travaille. Si je
vous dis tout ça, c'est que c'est beau comme ministre d'être présent sur le
terrain, mais tout seul, je n'y arriverais pas. C'est pour ça que je suis si
heureux de savoir que mes collègues se déplacent sur le terrain, vont voir les
réalités, parce que c'est comme ça qu'on travaille aujourd'hui.
Notre premier ministre l'avait passé
clairement, le message, ce n'est pas la job de Ian, de Kateri, c'est la job de
tout un gouvernement, mais, je veux dire, c'est la job de toute une assemblée
nationale aussi, M. le Président, pour connaître ces réalités, pour avoir de
l'ouverture, pour faire le changement. Croyez-moi que les autochtones me le
rappellent au quotidien, M. le Président. C'est important de prendre le temps,
puis on va parler du temps, M. le Président. Ça fait une année, une année qu'on
a fait les consultations, la dernière fois qu'on s'est vus. Mon collègue de la
deuxième opposition, à l'époque, me disait : M. le ministre, il faut
prendre le temps, il faut bien faire les choses. Je vais vous avouer que je
n'ai jamais été aussi en accord avec lui.
• (9 h 50) •
Et aujourd'hui ce qu'on vous présente,
c'est le résultat de tout ça. On a pris le temps de lire 21... 21 mémoires.
On a reçu 15 témoignages en commission, M. le Président. Vous étiez là.
Nous avons rencontré cinq ordres professionnels, travailleurs sociaux,
psychoéducateurs, des criminologues, des sexologues, des éducateurs spécialisés.
On a envoyé, on a fait la main tendue à l'APNQL, à la fin de l'année dernière,
pour poursuivre le dialogue, malgré le fait qu'on a des positions divergentes,
puis je le respecte. Pas plus tard que vendredi dernier, mon chef de cabinet
écrivait au chef de cabinet de l'APNQL pour répondre à sa demande, pour faire,
j'étais pour dire, un brief, pour faire un résumé de ce qu'on va déposer
aujourd'hui. Ça n'a pas fonctionné. Mais tout ça pour vous dire qu'il faut le
faire avec les gens, et ce, même s'ils n'ont pas la même vision, même s'ils
sont en désaccord. Nous avons rencontré, au cours des dernières semaines, mois,
cinq groupes autochtones pour leur présenter nos... nos intentions législatives.
Et je l'ai déjà dit aux collègues des oppositions, M. le Président, en disant
ça, je ne viens pas vous dire qu'ils étaient tous en accord avec tout ce qu'on
fait. Il y avait des déceptions, M. le Président, mais c'est aussi ça, de
travailler différemment, c'est d'entendre des gens, même s'ils ne sont pas en
accord avec nous.
Aujourd'hui, chers collègues, je vous
présente le résultat de ces réflexions, de ces temps d'arrêt, des consultations,
des dialogues. Je veux régler quelque chose de bien, bien clair avec tous, M.
le Président. Est-ce que c'est parfait? La réponse, c'est non. Est-ce qu'on
avance? La réponse, c'est oui, M. le Président. Et cette phrase, je l'ai
répétée souvent, là, les gens peuvent être déçus aujourd'hui, quand on parle de
notre position face au racisme systémique, mais ils ne peuvent pas être
surpris, M. le Président. On est complètement conséquents. Ce n'est pas la première
fois qu'on a... qu'on a cette position-là. Mais, il y a une chose qui est très
claire, on a toujours la même intention de lutter contre le racisme sur toutes
ses formes. Vous savez qu'on a mis en place un groupe d'action contre le
racisme. On a fait plusieurs choses. Mais lorsqu'on utilise le mot «racisme
systémique», les gens se braquent, des gens, je ne veux pas dire «les gens»,
des gens se braquent. Puis moi, bien, mon travail devient difficile à ce
moment-là pour faire la lutte au racisme.
On a fait une autre réflexion, M. le
Président, parce que, dans nos consultations, dans cette volonté de trouver des
solutions, il y a un groupe qui nous a suggéré d'aller avec un autre terme, la
discrimination systémique. Et, quand on a fait des vérifications avec certains
groupes, ce n'était pas acceptable. Pour eux, c'était vraiment le racisme
systémique. L'autre, ce n'était pas... la discrimination systémique, ce n'était
pas acceptable pour ce qu'ils voulaient. Alors, aujourd'hui, je vous confirme,
c'est la même position. Je comprends que certains groupes soient déçus, mais,
je vous le dis encore une fois, ils ne peuvent pas être surpris.
Pour ce qui est de la coconstruction, vous
le savez, M. le Président, on a coconstruit une campagne publicitaire, que vous
avez tous déjà vue. 55 communautés, 12 nations, avec la nation québécoise,
on doit se connaître. On a sorti tout récemment des capsules pour chacune des
nations pour apprendre à les connaître. Ça, on l'a travaillé ensemble. On l'a
fait. Pour la lutte au racisme, on a continué la création d'équipes mixtes pour
certains corps policiers au Québec. On a augmenté les ressources en logement en
communauté. Puis ça, M. le Président, vous le <savez...
M. Lafrenière :
...on
a augmenté les ressources en logement en communauté. Puis ça, M. le Président,
vous le >savez, hein, c'est une responsabilité fédérale, mais on a osé,
M. le Président. On fait des choses différemment, entre autres en créant des
milieux de vie étudiants. Et ça, on l'a à Sept-Îles, on l'a à Trois-Rivières,
bientôt à Québec. Et vous n'êtes pas obligés de croire mes paroles, allez sur
le terrain, je pense, c'est Yvon Deschamps qui aimait ça dire ça, «on ne veut
pas le savoir, on veut le voir». Bien, vous allez pouvoir le voir. C'est à
Trois-Rivières, c'est à Sept-Îles, ça va être bientôt à Québec. Et, avec
plusieurs des collègues, on est allés visiter. Les gens ont pu voir des jeunes
étudiants qui étaient dans un milieu étudiant, un milieu de vie pour eux, où ils
se sentaient en sécurité, où ils pouvaient aller au bout de leurs rêves. Ça, M.
le Président, ce n'est pas rien, ça. C'est quelque chose qu'on a réussi à faire.
Puis, je vous dis, on a osé, parce que normalement c'est le fédéral. On a beau ne
pas être en accord avec tout, M. le Président, mais personne ne va pouvoir dire
qu'on n'a rien fait.
Pour ce qui est de l'article 3, qu'on
va parler aujourd'hui, concernant les ordres professionnels, il est vraiment
primordial d'agir. On... tous, il faut faire quelque chose. Je vous donne des
exemples. Un jeune au Nunavik qui doit... qui doit être évalué, soit sous la
Loi sur les jeunes contrevenants, la LJPA, soit en vertu de la DPJ, soit qu'il
est dans une position où il est suicidaire, le temps compte, M. le Président.
Il faut donner des outils pour qu'on reconnaisse une personne, bien qu'elle ne
soit pas membre de l'ordre, qui réside au Nunavik, qui a les compétences
culturelles, linguistiques pour agir rapidement. Le temps compte. Puis c'est ce
qu'on va vous présenter aujourd'hui, M. le Président. C'est... c'est une
urgence d'agir, oui. Pourquoi? Parce que c'est un... on se rappellera du PL
no 21, qui a été mis en place dans les années 2010-2015, il fallait
faire un changement. La commission Viens nous a enjoints de le faire.
Aujourd'hui, c'est ce que je propose aux oppositions, qu'on le fasse ensemble.
Joyce Echaquan, M. le Président, le simple
fait de nommer son nom est extrêmement sensible et délicat. On ne peut pas
parler de sécurisation culturelle sans penser à Joyce Echaquan, son... son décès
tragique le 28 septembre 2020, parce que ça nous rappelle qu'ensemble, M.
le Président, on doit travailler pour que plus jamais. On s'inspire du Principe
de Joyce, c'est supersensible, mais comment ne pas référer à cet événement,
cette tragédie qui... bien que le ministère de la Santé travaillait sur le
dossier de la sécurisation culturelle depuis 2018, on va tous être très clairs
entre nous, cette tragédie a commandé une réponse rapide et forte.
Je me rappelle, comme première annonce, je
l'ai faite avec mon collègue ministre de la Santé, on a mis en place une série
d'actions, on a aussi fait une promesse : la sécurisation culturelle va se
retrouver dans la <i>loi sur la santé. C'était non seulement la bonne
chose à faire, avec tout ce que les gens disaient sur le terrain, mais M. le
Président, on répond à une commission d'enquête, à la commission Viens, qui l'a...
qui l'a écrit clairement, il faut le faire. Puis c'est ce qu'on veut faire
aujourd'hui, M. le Président. Alors, oui, c'est sensible, mais il faut oser.
Coconstruction. Pas plus tard qu'hier, M.
le Président, une femme autochtone qui m'écrivait, qui écrivait à mon collègue
ministre de Santé en faisant référence à cette première loi. Et, sa crainte, M.
le Président, je veux l'exprimer parce que je pense que c'est important de dire
les choses, sa crainte, c'est qu'on mette beaucoup, beaucoup de pression, en se
disant : Nous, on veut être les premiers au Canada, un genre de concours,
en disant : Nous, là, ce qu'on veut, c'est marquer le pas puis dire :
On est bons, on est les premiers. M. le Président, si c'était vraiment ma
volonté, ce projet de loi, on l'aurait fait ensemble avant le PL no 15. Et
mon collègue qui est à ma gauche a travaillé très fort avec le ministre de la
Santé puis avec à peine... je pense que c'était 1 196 articles de
plus que nous. Alors, si vraiment on était dans une course contre la montre, M.
le Président, je serais passé avant le PL no 15. Ce n'est pas ça. C'est
vrai qu'il y a urgence d'agir, mais on s'est donné le temps.
Je reçois aussi la critique que ça fait un
an, mais je pense que c'est important de prendre ce pas de recul, d'entendre
les gens, les consulter, de réfléchir, M. le Président. Mais, sur le terrain,
ce que j'entends, puis on l'a posé en commission, puis ils étaient... il y a
plusieurs personnes qui étaient là, j'ai demandé : Est-ce qu'il est minuit
moins cinq? Et quelqu'un m'a rappelé à l'ordre en disant : Il n'est pas
minuit moins cinq, il est minuit et cinq, M. le ministre. Il fallait agir, ça
fait longtemps, alors c'est pour ça qu'on est ici aujourd'hui.
Il y a plusieurs gens qui étaient en poste
dans le passé, M. le Président, qui auraient pu, qui auraient pu le déposer,
qui auraient pu faire un changement. Ce qu'on vous présente aujourd'hui, ce
n'est pas quelque chose qui est nouveau, hein? Sécurisation culturelle, ça... c'est
quelque chose qui existe depuis longtemps. Je comprends que ce n'est pas
simple, je comprends que c'est sensible. Ce qu'on vous présente aujourd'hui, la
sécurisation culturelle, qui est un concept qui existe depuis les
années 80 avec les Maoris, donc ce n'est pas quelque chose qui est tout
récent. Nous, ce que je vous dis, M. le Président, vous allez m'entendre
souvent le répéter, nous osons... nous osons faire des choses différemment.
Faire ce pas-là, c'est un <premier pas...
M. Lafrenière :
...souvent
le répéter, nous osons... nous osons faire des choses différemment. Faire ce
pas-là, c'est un >premier pas qu'on fait aujourd'hui, et mes collègues
le savent dans l'opposition. Ce n'est pas vrai que ça va tout régler. Ce n'est
pas vrai que ce qu'on va faire aujourd'hui va tout régler dans le système de la
santé, comme une seule mesure de notre Groupe d'action contre le racisme, ce
n'est pas vrai qu'une mesure règle tout, c'est une... c'est l'ensemble de ces
mesures qui amènent un résultat. Ce qu'on vous dit aujourd'hui, M. le
Président, il y a des actions concrètes sur le terrain. Je les ai vues, l'ajout
de navigateurs, l'ajout de personnel soignant qui est issu des Premières
Nations, des membres des conseils d'administration qui viennent des Premières
Nations. Il y a plusieurs actions concrètes. Là, on vient rajouter quelque
chose de très clair, qui est important pour nous.
Rappelez-vous, M. le Président, qu'on
travaille en équipe. Aujourd'hui, je dépose ce projet de loi avec mes collègues
des oppositions, mais je le fais pour mon collègue de la Santé. C'est un projet
de loi en santé. On travaille en équipe. Et, quand on parle de coconstruction,
on a bien entendu le terme à plusieurs reprises, je peux vous donner une
multitude d'exemples où on a fait de la coconstruction. Je peux commencer par
le guide de sécurisation culturelle, M. le Président, qui a été coconstruit
avec les Premières Nations, formations pour le personnel des hôpitaux,
l'embauche de navigateurs, les employés autochtones dans le réseau, trois
membres qui sont présents dans des conseils d'administration partout au Québec,
dans la santé, sans oublier, M. le Président, puis tout le monde l'a remarqué,
la dernière nomination au conseil d'administration de Santé Québec, premier
chirurgien autochtone issu de la communauté de Pessamit, Stanley Vollant, qui
est un Innu lui-même. Puis ça, ce n'est pas rien, M. le Président, c'est très
lourd de sens aussi.
• (10 heures) •
Le projet de loi qu'on vous présente
aujourd'hui, c'est... c'est un ajout, M. le Président. Il est porteur, il est
lourd de sens pour plusieurs organisations autochtones. Ce n'est pas simple, je
le sais, M. le Président, mais on doit le faire, on doit innover puis on doit oser
encore aujourd'hui. Je vous l'ai dit tantôt, je m'attends... je vais être
critiqué. Nous serons critiqués comme gouvernement, mais jamais on ne pourra
dire qu'on n'a rien fait, M. le Président, qu'on n'a pas osé faire ce premier
pas. J'ai entendu aussi, M. le... M. le Président, pardon, des critiques
concernant la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples
autochtones, la DNUDPA, qui, en passant, M. le Président, il faut se rappeler,
a été adopté en 2007. Donc, on aurait pu agir bien avant ça. Ça a été adopté
par les Nations unies, c'est vrai, je pense que mes collègues, les
prédécesseurs aussi, avaient certaines réticences. Je vais vous dire notre
position clairement aujourd'hui, M. le Président, on veut donner vie à cette
déclaration dans nos ententes de nation à nation.
Et, au Québec, la nation crie, la nation
inuite, la nation naskapie a une entente, un traité avec le gouvernement du
Québec, qui est reconnu de façon mondiale et qui donne beaucoup plus que la déclaration
des Nations unies, la DNUDPA. C'est ce qu'on veut faire, et on ne veut pas
faire du mur-à-mur, M. le Président, on veut y aller dans cette approche de
nation à nation. Et la preuve, c'est que le projet de loi que je vous présente
aujourd'hui, vous allez voir, qui s'appliquerait aux Inuits du Nunavik, mais il
ne s'appliquerait pas aux Cris de territoires conventionnés à leur demande.
Puis ça, c'est un exemple de ne pas faire du mur-à-mur.
Aujourd'hui, M. le Président, on répond à
trois recommandations de la commission Viens, travail colossal, tout le monde
est d'accord, deux ans de travaux. Recommandation 74 qui est importante, modifier
la <i>loi sur les services de santé et services sociaux et la <i>loi
sur les services de santé des services sociaux pour les autochtones cris, pour
y enchâsser la notion de sécurisation culturelle, et ce, en collaboration avec
les autorités autochtones. Recommandation 75, M. le Président, encourager les
établissements du réseau de la santé et des services sociaux à mettre sur pied
des services et des programmes répondant au principe de sécurisation culturelle
développés à l'intention des peuples autochtones en collaboration avec eux. Et
la recommandation numéro 106, M. le Président, qui disait «de mettre en œuvre
les recommandations du comité sur le pl 21». Donc, c'est l'article 3 qu'on va
voir ensemble aujourd'hui. Oui, M. le Président, on reconnaît qu'il y a de la
discrimination. C'est pour ça qu'on doit agir, on doit agir comme un
gouvernement responsable.
Puis, en terminant, j'aimerais vous
laisser sur cette réflexion pour mes collègues, pour vous, M. le Président.
Rappelons-nous que la commission Viens étudiait les relations du gouvernement
de l'époque avec les Premières Nations, les Inuits, de 2001 à 2016. Deux ans de
travaux, ils ont fait des recommandations, M. le Président, entre autres au
sujet de la sécurisation culturelle, puis c'est là qu'on agit aujourd'hui.
Depuis la création de mon secrétariat, M. le Président, il y a eu quatre
projets de loi. Le premier a été la création du secrétariat. Les trois autres,
on les a déposés. Pourquoi, M. le Président? Ça ne se faisait pas avant, c'est
sensible, on le reconnaît. On fait des premiers pas dans un sentier qui n'a pas
été très, très utilisé. On le reconnaît aussi, M. le Président, mais ça ne doit
pas nous empêcher d'agir. Il faut faire ce premier pas, M. le Président.
Je vous l'ai dit tantôt, il y a plusieurs
gens qui nous ont répété qu'il n'était pas minuit moins cinq, il est minuit et cinq.
Il y a urgence d'agir, urgence d'agir pour les membres des Premières Nations,
des Inuits, mais urgence d'agir pour le personnel soignant aussi, qui nous ont
dit, sur le terrain, à quel point c'était important pour eux. C'est important
de mettre la sécurisation culturelle dans le corpus législatif pour qu'il y ait
des comparaisons...
10 h (version révisée)
M. Lafrenière : ...de mettre
la sécurisation culturelle dans le corpus législatif pour qu'il y ait des
comparaisons aussi entre les établissements pour que les gens s'améliorent,
mais aussi pour guider, guider notre personnel soignant qui veulent faire un
bon travail.
Tantôt, j'ai parlé du projet de loi n° 79,
M. le Président. Je vous rappelle que plusieurs l'ont critiqué, puis c'est
correct, c'est le travail, puis je sais qu'avec les collègues des oppositions,
on va tout faire pour avoir le meilleur projet de loi. Puis je sais qu'il y
avait des critiques à l'époque, parce qu'en plus de ça on était dans des
sentiers que personne n'avait osé franchir, c'était très sensible. Mais on y
est arrivé, M. le Président, on a fait des choses qui ne s'étaient jamais vues.
On a rajouté un comité, on a rajouté certaines choses qui ne se faisaient pas
normalement dans le cadre législatif. On y est arrivé.
Je vous dirais, M. le Président, puis je
le disais tantôt aux collègues des oppositions, le système législatif, les
réalités des Premières Nations, c'est deux systèmes qui sont très, très loin. C'est
complexe. On essaie de trouver une solution, on essaie de consulter sans faire
un outrage à votre commission, M. le Président. On essaie de trouver des voies
de passage pour que tout le monde puisse être impliqué et qu'on puisse le faire
ensemble, mais, vous savez, quand on parle de coconstruction, on est d'accord
pour faire les choses avec les Premières Nations, les Inuits, mais j'ai posé la
question en commission : Ça veut dire quoi? Ça veut dire de mettre les 55 communautés
autour de nous, les gens du milieu urbain, parce que ce sont des réalités. M.
le Président, quand on parle des autochtones, il y a autant de réalités
autochtones que de points de vue, puis c'est normal.
Alors, c'est pour ça que ce qu'on vous
présente aujourd'hui, c'est quelque chose qui est important. Je rappelle que ça
existe depuis les années 80, on n'invente rien. Il y avait l'importance d'agir.
Ça n'a pas été fait dans le passé. Nous autres, aujourd'hui, on le fait. M. le
Président, avec la loi 79, j'ai eu le bonheur, l'honneur d'assister à la
première transmission d'informations de famille. Ça va me rester gravé à tout
jamais dans ma tête, puis c'est là que je me dis qu'on a fait les bonnes
choses, M. le Président. Ensemble, avec les collègues des oppositions, on a
changé la donne. (S'exprime dans une langue autochtone). Merci beaucoup, tout
le monde.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, M. le ministre.
Alors, M. le député de l'Acadie, pour 20 minutes. La parole est à vous.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Alors, bonjour à vous. Bonjour, M. le ministre, collègues, députés
de la banquette gouvernementale, collègue de la deuxième opposition. En fait,
je suis heureux de revenir au Parlement siéger et surtout de recommencer à
siéger avec, je vous dirais, un projet de loi qui, pour moi, est également très
important. Parce que, dans ce projet de loi, nous parlons de sécurisation
culturelle pour les Premières Nations, pour les Inuits dans le réseau de la
santé et des services sociaux. Et j'aurai la chance, dans les minutes qui
suivent, de vous donner des exemples, d'autres explications, mais combien la
sécurisation est importante pour tout le monde dans le service de santé, mais
particulièrement pour les Premières Nations.
Quand on a commencé à étudier ce projet de
loi, M. le Président, bien, comme nos règles nous le dictent, on a d'abord entendu
des groupes. Et quand j'ai lu au tout départ le projet de loi, moi, je me
disais : Bien, il est certain que tous les groupes ont été consultés, ils
ont participé, ils ont donné leur avis. Et, au fur et à mesure des
consultations avec les groupes, on s'est rendu compte que ce n'était pas le cas
et qu'il y avait plusieurs points d'achoppement entre ce que des groupes
représentant des organisations des communautés autochtones disaient et la
position du gouvernement, à un point où, événement assez inédit en commission
parlementaire, il y a même un groupe, le Bureau du Principe de Joyce, qui a
fermé ses livres, puis qui est parti, et qui a claqué la porte. On a continué,
et puis, après ça, le projet de loi a été mis comme en veilleuse, et ce bout-là
appartient au gouvernement.
Moi, comme porte-parole de l'opposition
officielle, bien, évidemment, j'attendais. Et, bon, le temps a passé et je me
suis dit : Bien, c'est probablement parce que le gouvernement est en train
de consulter des gens, compte tenu de l'épisode qu'on venait de vivre en
commission parlementaire. Puis finalement, à la fin de la session, le projet de
loi, oups, <est réapparu au feuilleton...
M. Morin :
...l'épisode
qu'on venait de vivre en commission parlementaire. Puis finalement, à la fin de
la session, le projet de loi, oups, >est réapparu au feuilleton pour le
principe. C'est difficile d'être contre le principe d'une sécurisation
culturelle pour les Premières Nations et les Inuits, c'est ce qu'on veut
atteindre dans notre société, encore faut-il utiliser les bons moyens pour
l'atteindre. Mais c'est sûr que, comme principe, c'est assez difficile d'être
contre. Et là je me disais : On va appuyer, on va être pour, et, bien, par
la suite, il y a l'été qui va se passer, donc le gouvernement va travailler.
Et, quand on va arriver, on va reprendre. Éventuellement, le projet de loi va
franchir une autre étape, et puis, bien, les consultations seront faites et
différents intervenants auront pu participer, des intervenants que je décrirais
comme étant des intervenants clés pour un succès dans la suite des événements
en lien avec le projet de loi.
On a appris récemment, très récemment, en
fait, qu'on allait ouvrir le Parlement en septembre, puis particulièrement le
salon rouge. En fait, moi, je m'attendais à siéger dans une salle de commission
comme on le fait toujours, c'est... Je me trouve privilégié de pouvoir adresser
la parole à la commission dans ce salon aujourd'hui puis de le faire ce matin.
Mais là je me disais : Mais il n'y aura pas de souci, tout a été ficelé,
donc ça va... ça va aller rondement. Et, quand on a su qu'on commençait ce
matin, bien là, j'ai fait quelques appels à des gens que je trouvais être des
acteurs clés, en leur demandant : Ah! savez-vous? Bien oui... Non, c'est
sûr que vous le savez, ce projet de loi va repartir, va continuer finalement
aujourd'hui, donc un 10 septembre, quand on va reprendre le Parlement. Et,
à ma grande surprise, plusieurs interlocuteurs m'ont dit : Non, on n'est
pas au courant. C'est : Oh! là, on a un enjeu.
• (10 h 10) •
Je tenais absolument à parler au chef de
Manawan, M. Sipi Flamand, parce qu'évidemment, M. le ministre le rappelait, Mme Echaquan
était de cette communauté. Bien, je lui ai appris qu'on reprenait les travaux
ce matin. J'ai eu une rencontre aussi très riche, importante, avec Femmes
autochtones du Québec, puis j'aurai la chance d'en reparler plus tard. Mais, en
tout cas, bref, les échanges que FAQ a eus avec le gouvernement,
personnellement, je n'appellerais pas ça une consultation. Et, quant au Bureau
du Principe de Joyce, bien, je ne sais pas.
Et je dois vous dire, M. le Président, que
je suis étonné, parce que, quand on parle de sécurisation culturelle... Et je
pense que si... c'est important d'en parler maintenant, ce n'est pas nouveau,
au contraire, l'insécurisation culturelle... et ça, c'est un drame, mais,
personnellement, je pense que le décès tragique de Mme Echaquan a
contribué à faire avancer des dossiers, à faire avancer, entre autres, une
action gouvernementale qui se traduit par un projet de loi. Sauf que,
personnellement, je m'attendais évidemment à ce que la communauté de Manawan
soit au premier plan, Mme Echaquan vivait dans cette communauté. Eh bien,
il semble que non. Et ça, c'est un élément que je tenais à soulever.
J'écoutais attentivement M. le ministre,
dans ses remarques préliminaires, qui nous disait : Il a consulté des
gens. Bien, moi, j'aurais aimé que les gens, dont je viens de faire référence,
soient évidemment consultés et soient partie prenante du processus. Si on veut
accomplir quelque chose, je pense, comme parlementaires, avec un tel projet de
loi, c'est d'abord en consultant et en travaillant de concert avec des
représentants des Premières Nations, l'ensemble. Ça va peut-être prendre plus
de temps, mais je pense que le résultat n'en sera que mieux, <ce sera
préférable....
M. Morin :
...de
temps, mais je pense que le résultat n'en sera que mieux, >ce sera
préférable. Et, ce que je constate, c'est que ce n'est pas le cas.
Et pourtant, j'écoutais M. le ministre
tout à l'heure qui nous disait : Il faut agir, il faut agir vite, il
faut... il faut s'assurer que les gens aient accès à des soins rapidement.
Bien, je vous rappellerai, M. le Président, qu'à la fin de la dernière session
parlementaire, j'ai fait adopter une motion à l'unanimité, demandant à ce que
le gouvernement fasse tout ce qu'il peut pour qu'il y ait un CT scan au
Nunavik. On aura la chance d'en reparler. J'espère qu'il y a eu beaucoup
d'avancées. Mais, aux dernières nouvelles, le CT scan n'était pas rendu. C'est
difficile de parler de sécurisation culturelle, d'accès au réseau de santé
quand, pour des peuples autochtones, ils n'ont pas accès non plus à des
instruments qui peuvent sauver des vies.
Je reprends, et je fais référence à
l'article 3 du projet de loi qui parle, entre autres, du devoir de
consulter les communautés autochtones, consulter, pas les convoquer, travailler
de concert avec elles pour faire avancer, pour arriver à un consensus qui va
faire en sorte que tout le monde va pouvoir avancer dans la bonne direction. Et
je constate que, malheureusement, on n'en est pas là.
Mais j'aimerais, dans mes remarques
préliminaires, parce qu'on en a... on en a parlé beaucoup... j'aimerais
rappeler certains passages du rapport final de la commission Viens. Ça fait
plusieurs années, M. le ministre l'a souligné, sauf que c'est encore
malheureusement d'actualité, et on doit encore en parler... mais, dans le
rapport final, le commissaire Viens rappelait, et je cite la page 223 de
son rapport : «...la discrimination systémique vécue par les peuples
autochtones au regard des services publics, à savoir l'absence d'une action
gouvernementale pérenne et représentative des réels besoins exprimés par les
peuples autochtones.» Sauf que, pour être capable d'agir d'une façon efficace,
de bien comprendre les besoins, bien, il faut les écouter, les peuples
autochtones. Et je suis conscient que, tout dépendant des nations, ils n'ont
pas nécessairement les mêmes besoins ou les mêmes priorités. Mais c'est
important d'avoir ce dialogue soutenu, constant.
Et j'ai écouté aussi M. le ministre qui
disait... il parlait de racisme, il disait : Bon, racisme systémique, ça
semble être plus compliqué pour faire avancer certains dossiers, sauf que, si
on veut être capable de résoudre un enjeu, si on veut être capable de
véritablement parler de sécurisation culturelle, je vous soumets, M. le
Président, qu'il faut être capable d'identifier les vrais enjeux, le vrai
problème. Est-ce qu'il serait préférable de parler de discrimination
systémique? Peut-être, mais, dans les deux cas, il y a le mot «systémique». Et
je l'ai déjà souligné, quand je parle de discrimination systémique ou de
racisme systémique, je l'ai dit au salon bleu alors qu'on y était, je ne suis
pas en train de dire : Identifiez quelqu'un, là, en disant : Ah!
bien, vous, là, vous êtes raciste. Ce n'est pas ça que je dis. Ce principe-là
ne... à mon avis, ne fait pas référence à ça, mais fait référence à des
institutions. Institutionnellement, il y a certaines pratiques, dans le monde
médical, qui font en sorte qu'un groupe va être défavorisé par rapport à un
autre, va être discriminé par rapport à un autre. Et ça, ce n'est pas moi qui
l'invente, parce que, dans le... vous vous rappellerez, lors des consultations
particulières, lors du... de la comparution et du dépôt du mémoire du Collège
des médecins, ils en ont parlé. Donc, ils le reconnaissent.
Donc, je pense que, si on veut faire
avancer ce débat-là et permettre aussi véritablement de faire un pas en avant,
il va falloir parler de discrimination systémique. Je tiens à le souligner
parce que c'est fondamental si on veut... si on veut avancer. Et je réfère
encore au rapport de <la commission Viens...
M. Morin :
...parce
que c'est fondamental si on veut... si on veut avancer. Et je réfère encore au
rapport de >la commission Viens, cette fois-ci à la page 391, où on
rappelait de nombreux témoignages de citoyens et qu'à la lumière de ces
témoignages-là, et je cite, «force est d'admettre que les préjugés envers les
autochtones demeurent très répandus dans l'interaction entre les soignants et
les patients.».
À la même page : «Des pratiques non
éthiques ciblant les femmes et basées sur les préjugés liés aux dépendances,
telles que des tests de dépistage de drogues effectués sans consentement auprès
de femmes autochtones venues accoucher, ont été aussi portées à notre
attention.»
Donc, on a un véritable enjeu, et je tiens
à le souligner, parce que, et Femmes autochtones du Québec nous le rappelait
hier, dans le système de santé, ce qu'on nous disait, c'est que c'est souvent
les femmes qui vont avoir accès ou qui vont devoir se rendre à l'hôpital, que
ce soit pour des suivis de grossesse, pour un accouchement. Et il me semble que,
dans notre société, en 2024, le minimum, c'est que, quand elles doivent se
rendre à l'hôpital, elles n'aient pas un sentiment d'insécurité. Quand on est
malade, quand on est vulnérable, la dernière chose qu'on veut, c'est que le
personnel ou que l'institution qui est l'hôpital manque d'empathie. Moi, quand
je ne me sens pas bien puis que je vais à l'hôpital, c'est fou, mais, comme
blanc, je ne me suis jamais posé la question : Est-ce que je vais être
bien reçu? Mais j'imagine ce que ça doit être. Et là ça nous ramène à la
situation de Mme Joyce Echaquan.
• (10 h 20) •
On l'a entendu, on l'a vu, comment elle a
été traitée. C'est même difficile. Je revois les images dans ma tête, c'est
difficile. Ce n'est pas humain. Donc, il me semble que, si on a la chance,
comme parlementaires, d'étudier un projet de loi qui traite de la sécurisation
culturelle, il faudrait d'abord et avant tout reconnaître le problème pour être
capable, après ça, tous ensemble, de trouver des pistes de solutions.
D'ailleurs, permettez-moi de citer un
document qui fait référence au Principe de Joyce. Et, dans le mémoire, on
dit : «L'adoption du Principe de Joyce permettra de faire valoir les
droits des autochtones au Québec et au Canada en matière de santé et de
services sociaux. Le présent mémoire constitue donc un rappel et une demande
d'engagement formels pour les gouvernements du Québec et du Canada ainsi que
pour leurs institutions — et c'est de ça dont on parle, on parle des
institutions — envers le respect du droit autochtone et des droits
des autochtones en matière de santé». Parmi les attentes, dans le mémoire, on
disait : «La tragédie de la mort de Mme Joyce Echaquan ne tolère pas
l'inertie, et c'est en travaillant ensemble et rapidement que nous arriverons à
établir un équilibre respectueux des droits de tous et pour tous».
Donc, vous comprendrez, quand je relisais
ce document, et que j'ai parlé au chef Sipi Flamand, et que je lui apprenais
que la commission allait siéger ce matin puis qu'on reprenait les travaux, il
me dit : Merci de m'en informer, ça m'a laissé, en fait, véritablement sur
mon appétit, si je peux m'exprimer ainsi, parce qu'il me semble que le minimum,
ç'aurait été qu'on en parle davantage et qu'on fasse en sorte que les
principaux acteurs, évidemment, soient consultés, soient rencontrés pour qu'on
puisse véritablement, véritablement, en arriver à une avancée qui va faire en
sorte qu'on va régler cette question-là une fois pour toutes et on va faire en
sorte qu'institutionnellement, <il y aura cette sécurité...
M. Morin :
...qu'on
va régler cette question-là une fois pour toutes et on va faire en sorte
qu'institutionnellement, >il y aura cette sécurité qui sera reconnue,
donnée aux peuples autochtones, aux Premières Nations et aux Inuits.
Et permettez-moi de rappeler, dans mes
remarques préliminaires, le rapport du Collège des médecins du Québec qui
disait, et qui faisait référence à une expression consacrée qu'on utilise
parfois : «Les bottines doivent suivre les babines», si vous me permettez,
et je cite leur mémoire, et le mémoire disait : «L'idée de vouloir
s'attaquer au problème sans, d'entrée de jeu, le reconnaître — puis c'est
ce que je disais tantôt — bien, à ce moment-là, ça ne peut
qu'engendrer de la méfiance sur les intentions réelles du législateur». Donc,
on a un travail important à faire.
Moi, comme porte-parole de l'opposition
officielle, évidemment, je suis là, il y a des choses qui doivent être ajoutées
dans ce projet de loi, M. le Président, pour faire en sorte qu'on arrive
véritablement à une sécurisation culturelle, et, un des éléments essentiels, ce
sera évidemment, et je vous le soumets, de permettre à des gens de s'exprimer à
nouveau. Et je conclurai mes remarques préliminaires en ce sens. C'est la
raison pour laquelle, moi, j'aurai des motions préliminaires à présenter. Je
vous expliquerai pourquoi. Et je pense que ces demandes-là, que je vous ferai
au nom de l'opposition officielle, vont véritablement permettre d'avoir un vrai
débat et de faire avancer la question. Je vous remercie, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. le député de l'Acadie. Mme la
députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques, s'il vous plaît.
Mme Massé : Oui. Merci, M. le
Président. Bonjour, tout le monde. Kwe. Heureuse d'être là ce matin pour
commencer ce travail important sur le projet de loi n° 32. Je remercie
d'ailleurs mon collègue de Limoilou d'avoir pris la relève au moment où je ne
pouvais être présente. Mais là, je suis là et j'en suis très heureuse.
C'est sûr qu'on se rappellera tout le
monde que, malheureusement, une femme qui est morte dans des circonstances
inacceptables... on a eu besoin, comme peuple québécois de ce... cet
électrochoc pour dire : Wo, minute! Ça ne marche plus. Les Québécois et
Québécoises sont indignés. Les autochtones n'en pouvaient juste plus. Les
Premières Nations, les Inuits n'en pouvaient juste plus parce que ça faisait
des décennies qu'ils nous envoyaient le signal qu'eux, là, ils sont traités de
façon différente juste parce qu'ils sont issus des Premières Nations ou des
Inuits. On ne les a pas entendus. Pendant des années, des décennies, on n'a pas
agi là-dessus. Mais on le savait. En fait, si on avait été un tant soit peu à
l'écoute... On le savait, comme peuple québécois. C'est désolant, je pense,
pour moi, et, dans ce sens-là, M. le ministre, vous avez raison, il y a quelque
chose qui bouge, et ça, on ne pourra jamais vous l'enlever, vous avez raison, mais
toujours est-il qu'il faut bouger dans le bon sens. Parce que bouger pour
bouger, ça fait juste des shows de boucane puis ça ne sert personne, et surtout
pas des gens discriminés systématiquement. Non, je voulais voir si vous étiez
présents.
Ce n'est pas... La discrimination et le
racisme systémique n'est pas que, dans chaque Québécois et Québécoises, chaque
blanc, chaque blanche dort quelqu'un qui est raciste. Ce n'est pas ça. C'est
que l'impact du développement colonial du Québec... puis ça, il n'y a personne qui
va remettre en cause quand même, là, hein, ça a eu des impacts sur bien du
monde, mais particulièrement chez les premiers peuples, bien, que ça, ça laisse
des traces, ça laisse des traces chez les Premières Nations, parce qu'ils sont
discriminés, parce que le système est discriminant, <puis ça laisse des
traces...
Mme Massé :
...Premières Nations, parce qu'ils sont discriminés, parce que le système est
discriminant, >puis ça laisse des traces chez les non-autochtones parce
qu'on pense que nous, on est légitimes d'agir comme ça. Alors, la
réconciliation, il faut qu'elle commence mais qu'elle commence du bon pas.
D'ailleurs, dès le rapport de la coroner Géhane
Kamel, je dirais même Me Lafontaine avant, je dirais même d'autres avant ces
femmes-là, c'était nommé, c'était identifié, mais là, c'est des rapports de nos
instances officielles, là. Quand un coroner émet un rapport, théoriquement, on
devrait l'écouter. Bien, Mme Kamel nous le dit clairement, puis elle a
pris la peine de le définir, c'était quoi une... c'était quoi, en fait, ce qui
s'est vécu comme discrimination dans le cas du décès de Joyce, et elle a parlé,
bien sûr, de discrimination et de racisme systémiques.
Notre projet de loi... ce n'est pas le
mien, je ne l'aurais pas écrit comme ça, mais le projet de loi qui est sur la
table veut corriger cette situation-là et la job est énorme. La job est énorme
parce que ça fait des décennies, des siècles qu'on pense que les autochtones
n'ont pas les mêmes droits que les autres humains. Pas individuellement chacun
d'entre nous, là, nos systèmes sont organisés comme ça. Alors... Puis, vous
savez quoi? Pas bien, bien original, c'est... même l'INSPQ... parce que, oui,
les autochtones nous le disent, nous le nomment, bon, mais, à un moment donné,
il faut prendre acte que nos propres institutions blanches nous indiquent aussi
qu'il y a un problème et que si on ne nomme pas le problème tel qu'il est,
bien, on n'aura pas les bonnes solutions. Et d'ailleurs, l'INSPQ, que je pense
qu'il n'y a personne qui remet beaucoup en doute, insiste sur le fait que
l'absence de reconnaissance des rapports de pouvoir liés au colonialisme et de
la discrimination qui en découle rend à elle seule impossible de mettre en œuvre
une véritable politique de sécurisation culturelle.
Alors je vous entends, M. le ministre,
mais là il est temps qu'on saisisse qu'entre sécurisation culturelle et
sensibilisation culturelle, il y a un monde, et ce monde-là est le seul pas qui
va nous mener à une réelle réconciliation, c'est-à-dire de reconnaître
pleinement aux Premières Nations le droit à l'autodétermination de ce qui les
concerne. La Déclaration des Nations unies nous le dit, vous l'avez émis, M. le
ministre, bien, la Cour suprême le dit, la Cour supérieure le dit, tout le
monde le dit, sauf que, malheureusement, de l'autre côté de cette Chambre-là,
il semble y avoir quelque chose qui bloque.
• (10 h 30) •
Bien, moi, M. le Président, comment vous
voulez que je travaille sur un projet de loi qui est supposé prendre soin de ce
qu'on n'a pas pris soin pendant des décennies et de s'assurer qu'il...
qu'enfin, au Québec, dans nos institutions, on va faire l'exigeant travail de
déconstruire ce que les politiques coloniales nous ont mis en tête, comment je
peux travailler sur ce projet-là si, d'entrée de jeu, on me dit : Tu sais,
ce qui est la base du problème, bien, on ne peut pas le nommer comme ça? M. le
ministre, vous avez au moins, et je vous reconnais là-dedans, l'honnêteté
d'être transparent et de dire : Écoutez, on part, tout le monde le sait,
là, on s'entend qu'on ne s'entend pas, comme vous m'avez déjà dit un jour.
Bien, moi, je n'ai pas besoin que vous vous entendiez avec moi. Ça, c'est ma
démarche personnelle. Si moi, j'ai décidé de déconstruire toute la pollution
qu'il y a dans ma tête comme personne blanche pour saisir les impacts
désastreux sur mes amis des Premières Nations, ça, c'est moi, Manon Massé, là.
Mais ici, comme parlementaires, vous comme gouvernement, c'est une autre paire
de manches, ce n'est pas juste nous, individuellement, là. On a une
responsabilité par rapport à nos concitoyens qui ont le plein droit de
s'autodéterminer, c'est dans la...
10 h 30 (version révisée)
Mme Massé : ...qui ont le
plein droit de s'autodéterminer, c'est dans la Constitution canadienne. Moi, je
veux bien en sortir de la Constitution canadienne, et compter sur moi, mais qu'on
en sorte, on n'en sortira pas de façon coloniale. Mais c'est un autre dossier,
j'y reviendrai éventuellement.
Alors, pourquoi j'insiste là-dessus puis
que j'ai pris presque la moitié de mon temps pour ça? C'est pour qu'on saisisse
que la... Nous, là, parlementaires, parce que là, on n'est plus, là... ce n'est
plus le gouvernement. Le projet de loi, il a été déposé ici, et, maintenant, c'est
la job de tous les parlementaires de s'assurer qu'on fait au Québec, au Québec,
la bonne affaire. Alors, moi, je m'en sens une grande responsabilité parce que,
vous savez, dans l'opposition, on n'a pas une tonne de pouvoir sur ces
affaires-là, mais j'ai la responsabilité, même si je n'ai pas le pouvoir.
Alors, c'est pourquoi... vous savez, la
co-construction, dont le ministre a fait état, il y a une différence
fondamentale entre co-construire, donc construire avec, quelque chose et
consulter sur quelque chose. On n'est pas du tout dans les mêmes sphères. Parce
que quand je consulte, je garde pleinement le pouvoir. Quand je co-construis,
je m'assois d'égal à égal avec les gens avec lesquels je co-construis pour
arriver à trouver des solutions qui conviennent aux différentes parties, mais c'est
un travail qu'on fait ensemble. Et pour moi... Puis ce n'est même pas moi qui l'a
défini, là, vous pourrez retourner voir des définitions du réseau... du <i>réseau
québécois de l'innovation sociale et bien d'autres. Il y a aussi les Premières
Nations qui ont donné des définitions de leur vision de la co-construction.
Mais pour moi, Manon Massé, ça veut dire faire avec. Et pour moi, Manon Massé,
c'est ça la reconnaissance du droit à l'autodétermination des Premiers Peuples,
parce que ces gens-là et surtout les représentants politiques de ces peuples-là,
au sens de la <i>déclaration des Nations Unies, pas au sens de la
déclaration de Manon Massé, au sens de la déclaration des Nations Unies, au
sens de la Constitution canadienne, au sens de la <i>cour supérieure puis
j'ai envie de dire au sens du gros bon sens... Un coup que tu as pris
conscience, là, que tu n'as pas agi adéquatement pendant plusieurs années,
voire des décennies, voire des siècles... puis ça, là, je veux dire, là, les
données sont probantes, là. Un coup que tu reconnais ça, bien là, il faut que
tu agisses en fonction de ça.
Alors donc, j'entends, on a consulté cinq
groupes, oui, on leur a parlé, bon, etc., mais les représentants, dans mon
livre à moi, doivent être assis... surtout, surtout quand on parle de
sécurisation culturelle. Bien sûr, ils ont joué dans notre film, là. Il y a un
projet de loi qui a été déposé l'automne dernier. Ils sont venus en
consultation. Il y a des Premières Nations, des... des groupes qui ont claqué
la porte, comme le Bureau du Principe de Joyce. Bon, ils ont joué dans notre
film. Parce que notre film, c'est le parlementarisme britannique, colonialisme.
Colonialisme, parlementarisme britannique. Prenons conscience. On joue dans des
règles du jeu alors qu'on se dit de nation à nation, alors qu'on se dit d'égal
à égal avec les Premiers Peuples, on joue avec des règles qui sont
exclusivement les nôtres, le parlementarisme britannique, bon, qu'on a fait
nôtre, là, à travers... j'allais dire... La reine n'est pas là, là. Bien...
Bien... Hein, c'est ça. Anyway, je m'arrête là. Pas «je m'arrête là», parce qu'il
me reste encore du temps, ce que je veux dire : J'arrête de déconner dans
ma tête.
Ce que je veux essayer de vous faire comprendre,
c'est que ces gens-là, depuis longtemps, jouent dans nos règles du jeu et, moi,
je pense qu'il est temps... par respect pour les représentants de ces <groupes-là...
Mme Massé :
...et,
moi, je pense qu'il est temps, par respect pour les représentants de ces >groupes-là,
qu'il est temps qu'on essaie de sortir un petit peu en dehors de la boîte,
qu'on essaie d'innover dans le cadre de nos règles. Puis vous savez quoi? On
n'est même pas original, on ne serait pas les premiers. Ici, au Parlement du
Québec, quand on a étudié, je n'y étais pas, mais mes collègues y étaient, le
projet de loi n° 37 avec le ministre des Services sociaux, quand on l'a
étudié, ensemble, par respect pour les représentants politiques des Premières
Nations, on a décidé d'essayer de jouer dans un cadre pour tenter de... je
dirais, d'éliminer le vice caché de notre parlementarisme, c'est-à-dire qu'ils
seront toujours des subalternes, parce que c'est nous qui prenons les
décisions.
Alors... puis ce n'est pas rien, là, parce
qu'on ne peut pas être d'égal à égal, s'ils ne sont pas autour de la table. Ils
ne sont pas... On ne peut pas faire ça. Alors, je vais prendre, avant d'aller
vers une proposition que je veux vous faire... Parce que je veux être
constructive, ceux et celles qui travaillent avec moi depuis toujours, vous le
savez, je suis très rough, je dis les affaires comme je pense, mais je suis
constructive. Mais on avance et on a un devoir d'avancer.
Moi, quand j'ai été élue, j'ai porté
serment au peuple québécois, et moi, là, je ne représente pas les peuples
autochtones, on se parle pas pire, mais je ne les représente pas. Je suis juste
une représentante du peuple québécois, mais une représentante qui assume ses
responsabilités, puis c'est ce que je vais faire.
Mais je veux peut-être prendre quelques
instants pour vous aider... bien, «vous aider», ce n'est pas ça, mais pour vous
aider à voir dans ma tête, c'est un peu ça. On est un ordre de gouvernement,
hein? Dans notre démocratie, on parle de... bon, il y a le gouvernement
fédéral, il y a nous, il y a le gouvernement... — bien non, il
n'existe plus, le gouvernement scolaire, ça a déjà existé — le
gouvernement municipal et il y a les gouvernements des Premiers Peuples. Moi,
là, j'essaie de vous donner un exemple pour illustrer pourquoi ce n'est pas la
même chose de s'asseoir avec un seul gouvernement de communauté, de nation, de
s'asseoir... même si leur propos est essentiel à saisir, mais quand on veut
discuter de nation à nation, il faut discuter avec les représentants que ces
gens-là se sont donnés.
• (10 h 40) •
Imaginez-vous si... Non, mais regardez, je
vais vous dire pourquoi. L'article 18 de la déclaration, c'est mon petit
bouquin. D'ailleurs, peut-être que je pourrais essayer de vous en faire
parvenir à tout le monde. C'est vraiment très intéressant, qu'est la <i>déclaration
des Nations Unies. Ça se traîne bien, puis ça se lit bien, surtout, ça... c'est
20 ans de travail, ou, en fait, probablement 100 ans de travail, mais
en tout cas 20 ans de gros travail, je vais dire ça de même, mais je vous
lis l'article 18 qui dit : «Les peuples autochtones ont le droit de
participer à la prise de décision sur des questions qui peuvent concerner leur
droit... sécurisation culturelle, là, on est sur le "target", donc
qui peuvent concerner leurs droits par l'intermédiaire de représentants qu'ils
ont eux-mêmes choisis conformément à leurs propres procédures», etc.
Ça, là... puis moi, je pense qu'il y a
bien... il y a bien des gens qui sont ici dans la salle qui reconnaîtraient que
la loi coloniale qui détermine les modes électifs chez les Premiers Peuples,
bon, peut-être que, s'ils ne vivaient pas dans une constitution canadienne, ils
feraient ça autrement. Puis ils s'arrangeraient autrement, puis ils ne se
laisseraient pas mener par le bout du nez par une constitution qui leur
dit : Voilà comment vous devez réagir, puis etc.
Mais là ce n'est pas le cas, on est en
droit... dans un pays de droit, donc ce n'est pas comme ça. Mais ici, là — puis
ça fait quand même plusieurs années qu'elle a été adoptée, cette déclaration-là — on
reconnaît qu'ils ont le droit à l'autodétermination. Donc, ce que ça veut dire,
c'est qu'en tant qu'État, et nous, comme parlementaires, on n'est pas le
gouvernement, mais on va écrire une loi qui les concerne, on est légitime de
vouloir s'asseoir avec les représentants des Premiers <Peuples...
Mme Massé :
...concerne,
on est légitime de vouloir s'asseoir avec les représentants des
Premiers
>Peuples pour être capables d'attacher ce projet de loi là. Puis là, on
me dira : Bien oui, mais là on parle de... Ah! mon Dieu! Manon, 50
quelques communautés... OK. C'est vrai. Mais en même temps, ils se sont donné
des instances, ces gens-là, puis d'ailleurs, ils ont... ils ont cosigné... les
chefs de l'APNQL ont cosigné une déclaration, j'essaie de me rappeler, c'était au
printemps dernier, je crois, excusez-moi, ma mémoire de... oui, 27...
28 septembre 2023. Ce n'est pas juste le chef Picard qui a signé ça. Bien
oui, c'est lui qui l'a signée, mais je veux dire, c'est <i>l'assemblée
générale des Premières Nations.
Alors, moi, ce que je vous invite, et
c'est... J'ai fait tout ce chemin-là pour essayer de vous convaincre qu'il faut
qu'on essaie de sortir de la norme. Oui, il y aura les remarques
préliminaires... pas «les remarques préliminaires», les motions préliminaires,
mais encore là, ça, c'est dans notre film à nous, hein, à nous, là, l'institution,
puis là... Moi, ce que je vais vous inviter, là, c'est qu'on reproduise
l'expérience qui s'est vécue dans le 37, où le ministre était assis autour de
la table, où les oppositions, tout le monde, on s'est entendus pour dire qu'on
va inviter les représentants des Premiers Peuples à venir s'asseoir pour
regarder les amendements, qui sont nouveaux. Parce qu'ils ne les ont pas plus
vus que nous autres... bien oui, nous, on les a vus parce qu'ils sont dans le
Greffier, mais c'est là-dessus qu'on va délibérer pour les prochaines heures.
Alors donc, M. le Président, je vous
annonce que... puis je pense que je vais le faire tout de suite puisque les
remarques préliminaires... Non. En tout cas, je vais souhaiter faire comme le
27, demander une suspension, demander, puisqu'ils sont là avec nous dans la
salle, de venir s'asseoir avec nous et qu'on va discuter de comment on va
pouvoir faire ça dans la règle de l'art, de nation à nation, d'égal à égal. Je
nous propose ça, de sortir de la boîte.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Je comprends,
parce qu'on s'était parlé avant le début de la séance, que c'est une demande de
suspension de la commission pour pouvoir en discuter entre nous pour voir la
suite des choses. J'accepte votre demande, mais à la fin des remarques préliminaires.
En attendant, je cède la parole au député de Saint-Jean.
M. Lemieux : Merci beaucoup,
M. le Président. Quelques minutes à peine. Vous me connaissez, j'aime
intervenir, mais je vais limiter ma contribution.
Un peu ce matin... Je l'avoue, comme le
collègue de l'Acadie, parce que je me sens privilégié moi aussi de prendre la
parole ce matin avant qu'on ouvre officiellement à 14 heures aujourd'hui
le nouveau salon bleu dans le salon rouge, on verra comment ce sera à ce
moment-là, mais, si la fébrilité est aussi facile à sentir que la première fois
que je suis venu ici ce matin, on a affaire à un après-midi assez... je ne
dirai pas historique mais assez important.
Mais c'est parce que je voulais rebondir
aussi, et c'est vraiment pour ça que je prends la parole, sur ce que le
ministre nous disait quand il a évoqué, mais je ne suis pas sûr qu'il... il ne
l'a pas expliqué autant, en tout cas, que moi je l'aurais voulu, son
acharnement, puisque c'est ce que c'est, à amener avec lui en mission vers les
communautés autochtones du Québec, à amener en mission avec lui des députés du
gouvernement.
Et je l'avoue, je lui ai dit non jusqu'à
maintenant, pas parce que je ne voulais pas y aller, mais je voulais donner la
chance à mes collègues, parce que j'ai été assez chanceux dans ma carrière pour
faire le tour d'à peu près toutes les communautés des Premières Nations du
Moyen Nord... pas le Grand Nord, là, mais du Moyen Nord et de l'Ouest canadien
et de l'Atlantique, mais surtout au Québec. J'étais même à la naissance de la
nation crie Oujé-Bougoumou, quelque part entre Chibougamau puis Chapais. C'est
des années importantes. Et puis j'ai d'ailleurs dit au ministre que la
prochaine fois qu'il ira faire un tour à Oujé-Bougoumou, j'apporterai ma
valise. Mais je voulais saluer ça, c'est important.
J'écoute toute l'éloquence de mes
collègues, qui nous ont déjà présenté leur vision du projet de loi, et tout ce
que ça comporte comme tenants et aboutissants pour s'y rendre, à ce projet de
loi, mais moi, comme député de la banquette gouvernementale, je suis très fier
du projet de loi n° 32. Fier que le ministre ait fait ce qu'il a fait en
amenant nos collègues pour aller voir la réalité terrain. On comprend, là, ils
ne partent pas pour trois semaines de stage, là, mais les deux ou trois jours
puis, quand il y a une tempête de neige, les quatre ou cinq jours que ça prend
pour aller et revenir. C'est... Et puis il y a plusieurs ministres qui sont allés
aussi, c'est important. Mais ce projet de loi <32...
M. Lemieux :
...plusieurs
ministres qui sont allés aussi, c'est important. Mais ce projet de loi >32
aussi est important.
Je salue la patience, la persévérance puis
le pragmatisme du ministre. Ceux qui nous connaissent vont dire : Ça ne
doit pas lui faire plaisir de le vanter comme ça. C'est vrai, c'est un peu à
corps défendant, mais il fallait quand même que je le dise. Je salue les
efforts du ministre et les avancées du ministre par rapport à tout ce qu'il y a
de plus, de nouveau, de positif, de constructif depuis qu'il est en poste.
Petit train va loin, là. Tantôt, il disait : Lentement, mais sûrement. En
tout cas, ce sont toutes des choses qu'on dit parfois sans y penser. Mais
«petit train va loin», pour moi, c'est important, parce que ce projet de loi
là, les nations autochtones en ont besoin, le Québec en a besoin, et je pense
que le travail qui a été fait depuis un an, parce que j'y étais pendant les
consultations particulières il y a un an, presque, le travail qui a été fait,
que le ministre va déposer... a déjà déposé sur Greffier, mais va débattre avec
vous, je pense que ça fait... ça fait une bonne partie du chemin qu'il nous
faut faire maintenant.
Pour la suite, pour le reste, je
comprends, j'entends et j'apprécie les commentaires des collègues, mais, moi,
je suis d'avis qu'on va faire déjà une très bonne chose en travaillant et, je
l'espère, en votant pour le projet de loi n° 32. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci, M. le député de Saint-Jean.
Alors, je vais suspendre les travaux quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 50)
12 h (version révisée)
(Reprise à 12 h 21)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Lafrenière : Merci
beaucoup, M. le Président. À cette étape-ci, j'aimerais qu'on rende disponibles
les amendements. Je les ai déjà présentés à mes collègues des oppositions puis,
je n'ai rien fait de pas correct, notre règlement le permet. Alors, ils les ont
déjà. Mais j'aimerais que les gens qui sont ici avec nous, les gens qui nous
écoutent à la maison puissent avoir accès à ces amendements-là. C'est important.
C'est transparent.
Puis, M. le Président, tout à l'heure,
pour le bénéfice des gens qui nous écoutent à la maison, qui ont arrêté de nous
écouter parce qu'on n'était plus là, sachez qu'on avait des bonnes discussions.
Puis j'ai beaucoup apprécié les collègues des oppositions, qui ont tenté de
faire différemment. Puis c'est ce qu'on veut faire, M. le Président, hein?
Quand on regarde les relations des Premières Nations... les... les réalités,
pardon, des Premières Nations et des Inuits, notre salle, notre façon de faire,
c'est très loin de leur réalité. Moi, je me rappelle, quand on était ensemble
en bas, dans la <i>salle Kirkland, et quelqu'un m'avait dit : Ça me
rappelle une salle d'audience dans un palais de justice, j'ai compris sa
réaction, j'ai compris pourquoi il était moins à l'aise.
Alors, M. le Président, malgré que vous
faites en sorte qu'on a d'excellents travaux ici, tout est merveilleux, on
pense qu'on peut faire les choses différemment, on va en reparler tout à l'heure,
mais on est prêts à sortir de ce cadre qu'on a ici, dans cette commission, dans
ce lieu, de mettre de côté nos manteaux d'oppositions, nos manteaux de ministres
pour être tous des humains, discuter avec eux, échanger et même de le faire...
M. le Président, rester assis, là, après les heures de cette commission parce
qu'on veut faire <les...
M. Lafrenière :
...et
même de le faire... M. le Président, rester assis, là, après les heures de
cette commission parce qu'on veut faire >les choses différemment.
Alors, M. le Président, je laisse le soin
aux gens de regarder les amendements. Je vous dirais qu'il y a 14 changements
qui ont été faits, je l'ai dit aux gens de l'opposition. Et ça, c'est suite à
ce qu'on a entendu, à ce qu'on a vu. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Donc, je dépose
officiellement les amendements.
Et, compte tenu de l'heure, la commission
suspend ses travaux. Bon lunch! À tantôt. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 22)
15 h 30 (version révisée)
(Reprise à 15 h 46)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission des institutions reprend ses travaux. On poursuit donc l'étude
détaillée du projet de loi n° 32, Loi instaurant l'approche de
sécurisation culturelle au sein du réseau de la santé et des services sociaux.
Donc, nous sommes à l'étape des motions
préliminaires. M. le député d'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci, merci, M.
le Président. Alors, conformément à nos règlements et à l'article 244 du Règlement
de l'Assemblée nationale, je fais motion afin :
«Que la Commission des institutions
tienne, dans le cadre de l'étude du projet de loi n° 32, Loi instaurant l'approche
de sécurisation culturelle au sein du réseau de la santé et des services
sociaux, des consultations particulières; et
«Qu'à cette fin, elle entende dès que
possible différents groupes — donc, je vais vous mentionner ici les
groupes, donc les groupes suivants, et ce, afin d'apporter un éclairage
supplémentaire à la commission dans l'exécution de son mandat;
«Qu'à cette fin, la commission puisse
consulter les groupes suivants : l'Assemblée des Premières Nations du
Québec et du Labrador, l'APNQL, Femmes autochtones du Québec, M. Sipi Flamand,
chef de la communauté de Manawan, et le Bureau du Principe de Joyce, et
«Que les modalités soient déterminées par <les
membres de la commission.»...
M. Morin :
...M.
Sipi Flamand, chef de la communauté de Manawan, et le Bureau du Principe de
Joyce, et
«Que les modalités soient déterminées
par >les membres de la commission.»
En fait, M. le Président, je présente
cette motion, et on en a discuté avec M. le ministre, avec ma collègue la
députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques. Et, je tiens à le souligner, dans le
cadre de nos travaux, moi, je considère que c'est très important que ces
groupes-là puissent être entendus, pour qu'on puisse avancer avec le projet de
loi, et que ce soit fait dans le cadre d'un... dans un cadre qui est informel.
C'est ce que soulignait, demandait, ce matin, ma collègue la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Donc, au fond, la motion est présentée,
parce qu'on est en commission, mais ce qu'on veut, en fait, pour faire avancer
les travaux de la commission, c'est d'entendre, de discuter, de dialoguer, de
coconstruire avec ces groupes, dans la mesure du possible, et, dans un cadre
informel, avoir une discussion sur les différents articles, et sur les
modifications qui sont proposées par M. le ministre, et qui ont été déposées un
peu plus tôt, aujourd'hui, dans le cadre des travaux de cette commission. Alors,
c'est important, je le souligne, ma collègue la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques
en parlait, ce qu'on recherche, c'est un cadre informel, un endroit où les gens
seront tout à fait à l'aise, donc, un espace ouvert pour faciliter les échanges
dans le cadre des travaux de cette commission, mais, puisque, évidemment, on
fonctionne avec des normes, des procédures, je tenais à présenter cette motion
à la commission.
Et pourquoi, pourquoi présenter cette
motion, pourquoi ces groupes? Je l'ai dit plus tôt ce matin, de façon un peu
brève, mais je vais expliquer davantage. Quand on nous a souligné que le
gouvernement appelait le projet de loi n° 32 et qu'on allait procéder à l'étude
article par article, quand ça nous a été confirmé, mon premier réflexe, ça a
été de consulter... évidemment, on n'a pas eu énormément de temps, mais de
consulter des groupes, associations, personnes qui, je crois, ont un rôle, ont
un apport important pour les travaux de la commission, puis pour le Parlement,
puis pour la population québécoise, également.
Et quand j'ai parlé à ces personnes ou ces
représentants d'associations, plusieurs m'ont dit : Écoutez, on a été
convoqués, on nous a expliqué certaines choses, mais je crois qu'il n'y a pas
eu véritablement d'échange, de consultation, et je suis convaincu que, pour
faire avancer ce projet de loi là dans la bonne direction, il est important d'en
avoir. Et, lorsque j'ai parlé, notamment, aux représentants de Femmes
autochtones du Québec, on m'a souligné que la consultation était hyper, hyperimportante,
une discussion informelle. Donc, sortons du cadre un peu, évidemment, normatif
et plus rigide de l'Assemblée, et trouvons un moyen de discuter avec ces
groupes. Et pour moi, c'est important.
• (15 h 50) •
Et Femmes autochtones du Québec a fait
parvenir une lettre le 9 septembre, donc, c'est hyper, hyperrécent, sur l'adoption
du principe du projet de loi, mais aussi, elle l'a envoyée aux membres de la
commission, dans le cadre de la reprise des travaux parlementaires entourant l'adoption
du projet de loi n° 32. Et ce qu'on nous dit, c'est que, puisque l'étude
détaillée débutera — c'est ce qu'on a fait ce matin — Femmes
autochtones du Québec tenaient à exprimer, par cette lettre, leur désaccord
avec l'adoption du principe, et plusieurs préoccupations qu'ils ont avec le
projet de loi, d'où, évidemment, la motion préliminaire et l'importance de les
entendre et de travailler avec ce groupe.
On nous rappelle que Femmes autochtones du
Québec a pour mission de promouvoir et défendre les droits des femmes
autochtones à travers le Québec, et qu'elles souhaitent mettre en évidence, une
fois de plus, l'incompréhension des visions communes concernant le projet de
loi, dans sa forme actuelle. On nous souligne également que, bien que des
amendements soient prévus, selon les informations qu'elles ont obtenues lors d'une
rencontre tripartite, en août 2024, avec des membres des cabinets des
ministres Lafrenière et Dubé, on nous souligne que, force est de constater que
ceux-ci ne répondront pas aux revendications exprimées <par Femmes
autochtones...
M. Morin :
...avec
des membres des cabinets des ministres Lafrenière et Dubé, on nous souligne
que, force est de constater que ceux-ci ne répondront pas aux revendications
exprimées >par Femmes autochtones à travers le Québec, notamment la
reconnaissance du racisme et de la discrimination systémique et l'application
du Principe de Joyce. Et j'y reviendrai un peu plus tard, M. le Président, dans
le cadre de mon intervention. C'est la raison pour laquelle, dans le cadre de
cette motion préliminaire, j'ai évidemment ajouté M. Sipi Flamand et le Bureau
du Principe de Joyce.
Femmes autochtones du Québec rappellent
que leur organisation ne considère pas avoir été consultée à sa juste valeur
par le gouvernement de la CAQ dans le cadre du présent projet de loi. On nous
dit qu'au fond il y a eu une rencontre tripartite, mais que les consultations
se résument aux éléments suivants : Une discussion informelle à l'époque,
avec Mme Boileau, lors de la campagne de réélection de M. le premier
ministre, un questionnaire de quatre questions et un mémoire qui a été déposé
en 2023, en septembre 2023, par Femmes autochtones du Québec à la Commission
des institutions. De plus, on nous rappelle que, même si le gouvernement de la
CAQ considère que FAQ a été consulté lors de ces trois étapes, force est de
constater que nos avis et recommandations n'ont aucunement été pris en compte
dans l'actuel projet de loi.
Et je le souligne et j'insiste sur
l'importance d'entendre Femmes autochtones du Québec, parce que, je le
mentionnais ce matin, dans le système de santé, c'est souvent les femmes qui ont...
qui doivent y avoir accès. Et, évidemment, elles doivent se sentir accueillies,
respectées et ne pas vivre, bien sûr, de discrimination systémique. Dans leur
lettre, on nous rappelle la <i>déclaration des Nations unies sur les
droits autochtones et particulièrement l'article 24 où on souligne que les
peuples autochtones ont droit à leur pharmacopée traditionnelle. Ils ont le
droit de conserver leurs pratiques médicales, notamment de préserver leurs
plantes médicinales, animaux, minéraux d'intérêt vital. Et, selon la
déclaration, les autochtones ont aussi le droit d'avoir accès, sans aucune
discrimination, à tous les services sociaux et de santé. Les autochtones ont le
droit, en toute égalité, de jouir du meilleur état possible de santé physique
et mentale, et les États doivent prendre les mesures nécessaires en vue
d'assurer progressivement la pleine réalisation de ce droit.
La déclaration des Nations unies sur les
droits des autochtones est, pour moi, un document fondamental de base, parce
qu'on y explique, on fait mention, au fond, de droits, mais d'une marche à
suivre pour s'assurer que les peuples autochtones vont être considérés qu'ils
vont être capables de travailler, de faire vivre leurs traditions, leurs langues
et surtout de ne pas subir de discrimination. Et c'est important parce qu'on
l'a mentionné ce matin, et c'est dans la lettre de Femmes autochtones du
Québec, l'alinéa 2 de l'article 24 de la déclaration des Nations unies
des peuples autochtones, selon Femmes autochtones du Québec, fait directement
écho à la motion qui avait été soumise par la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques
et adoptée à l'unanimité en septembre 2023, afin :
«Que l'Assemblée nationale se souvienne du
décès de Joyce Echaquan, survenu dans des circonstances tragiques à l'hôpital
de Joliette, le 28 septembre 2020; et
«Qu'elle reconnaisse également que les
personnes des Premières Nations et les Inuits ont le droit d'avoir un accès
équitable sans aucune discrimination à tous les services sociaux et de santé,
ainsi que le droit de jouir du meilleur état possible de santé physique, mentale,
émotionnelle et spirituelle; et
«Qu'elle souligne l'importance de
reconnaître et de respecter les savoirs et les connaissances traditionnelles et
vivantes des autochtones en matière de santé; et finalement
«Qu'elle observe une minute de silence à
la mémoire de Joyce Echaquan.»
Donc, cette motion, <je le
rappelle...
M. Morin :
...des
autochtones en matière de santé; et finalement
«Qu'elle observe une minute de silence
à la mémoire de Joyce Echaquan.»
Donc, cette motion, >je le
rappelle, elle a été adoptée à l'unanimité par l'Assemblée nationale du Québec,
et je vous dirais que ça doit guider nos travaux, comme parlementaires, quand
vient le temps d'étudier et de travailler un projet de loi qui vise justement à
sécuriser culturellement, au sein du réseau de la santé et des services
sociaux, pour que, justement, les peuples des Premières Nations et les Inuits
se sentent bien accueillis et qu'ils ne subissent aucune discrimination.
Femmes autochtones du Québec a reconnu la
nécessité et l'importance de ces travaux et a soutenu la mise en œuvre. Ils ont
même adopté une résolution à cet effet en décembre 2022, rappelant l'importance
de la justice, de l'égalité, des droits des femmes et de leurs familles, et que
cela passe par la reconnaissance du racisme et de la discrimination systémique
que vivent les femmes et les filles autochtones du Québec, mais également par
l'adoption sans délai et sans réserve du principe de Joyce.
Je pense qu'il faut, comme parlementaires,
être capables de nommer les problèmes, d'identifier le problème pour être
capable par la suite d'y apporter des pistes de solution. Sinon, si on
n'identifie pas l'enjeu, les besoins, le problème, bien, on pourra travailler,
mais on risque de manquer notre but. Et puis moi, bien, je me dis que, comme
parlementaire, j'ai une responsabilité dans mon travail au quotidien. Et parce
que le gouvernement a décidé de déposer un projet de loi qui vise la
sécurisation culturelle, bien, je me dis : Mettons toutes nos chances de
notre côté pour nous assurer que le travail qu'on va faire va être fait
conjointement, de concert avec des groupes qui sont directement interpellés par
le sujet.
Femmes autochtones du Québec avait
évidemment déposé un mémoire et rappelait l'importance de définir le terme de
sécurisation culturelle. Et également on nous rappelle que le commissaire Viens
a pourtant été catégorique dans les conclusions de son rapport, et là on
remonte en 2019 : «Le lien de confiance entre les communautés autochtones
et les institutions publiques est à reconstruire.» Et, quand on lit ça, moi,
comme parlementaire, je me sens interpellé. Je ne peux pas passer ça sous
silence. Je ne peux pas ne rien faire quand je lis un tel texte.
• (16 heures) •
Et je vous dirais que c'est de notre
devoir, en tout cas, clairement, le mien, de faire tout ce que je peux pour
rétablir ce lien de confiance entre les communautés autochtones et les
institutions publiques, et, je vous dirai, particulièrement, M. le Président,
dans le cadre des institutions publiques dans le domaine de la santé, parce
qu'on a tous, dans nos vies, expérimenté, tôt ou tard, des problèmes de santé.
Et évidemment, quand on est malade et qu'on va à l'hôpital, on est dans un état
de vulnérabilité, puis la dernière chose qu'on veut qui nous arrive, c'est
qu'on soit victime de racisme ou de discrimination.
Pour Femmes autochtones du Québec, la
reconnaissance du racisme et de la discrimination systémique est un élément
ultime et nécessaire à la mise en place d'une loi sur la sécurisation
culturelle. En effet, Femmes autochtones du Québec est d'avis que la mise en
place d'une telle loi, sans reconnaître le problème qu'elle tente d'enrayer,
est une coquille vide. C'est ce à quoi je faisais référence il y a quelques
minutes, quand je parlais exactement de l'importance d'identifier les
véritables enjeux pour être capable de régler le problème.
Et, finalement, Mme Étienne, présidente de
Femmes autochtones du Québec, conclut en disant... en faisant référence à un
courriel de M. le ministre soulignant que l'étude détaillée en commission
permettra de peaufiner ce projet de loi novateur et qu'il a espoir que la
première loi du pays, en matière de sécurisation culturelle, sera adoptée au
Québec. Alors, on parle évidemment ici d'une course contre la montre, mais je
pense que ce qui est important de se rappeler et de se dire, M. le Président, et
je tiens à le souligner publiquement...
16 h (version révisée)
M. Morin : ...alors, on parle,
évidemment, ici, d'une course contre la montre.
Mais je pense que ce qu'il est important
de se rappeler et de se dire, M. le Président... et je tiens... je tiens à le
souligner publiquement, l'ouverture de M. le ministre. Parce que, ce matin, ce
matin, quand on a commencé nos travaux, ma collègue la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques
a fait une proposition. J'avais moi-même une motion, ou des motions, en fait, à
présenter à la commission pour qu'on soit capables de trouver un cadre où,
justement, on va être en mesure de peaufiner le projet de loi et de le faire d'une
façon qui est... d'une façon novatrice, dans un cadre informel. C'est ce que
soulignait ma collègue la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques, je tiens à le
dire. Donc, je pense qu'on veut collaborer le plus possible pour nous assurer
que ce projet de loi, quand on va passer les différentes étapes... En tout cas,
moi, comme parlementaire, je vais pouvoir me dire : Moi, j'ai fait tout ce
que j'ai pu pour que les gens qui étaient le plus concernés puissent être
entendus.
Le chef de l'Assemblée des Premières
Nations du Québec et du Labrador, M. Picard, était ici ce matin. Je ne le vois
plus dans les gradins, mais il était ici ce matin. On lui a parlé, et c'était
important pour lui. J'ai parlé aussi au chef de la communauté de Manawan, M.
Sipi Flamand, qui me disait... écoutez, c'est moi qui lui a appris qu'on allait
commencer l'étude article par article aujourd'hui, et il me disait : Oui,
j'ai des choses à dire. Et rappelez-vous que Mme Joyce Echaquan était de la
communauté de Manawan, donc, s'il y a quelqu'un qui sait et qui comprend l'importance
de ce projet de loi, mais surtout, l'importance non pas d'en faire une course,
mais de prendre tous les moyens pour qu'on arrive à bon port, bien je pense que
le chef Flamand fait partie de ce groupe-là. C'est la raison pour laquelle je
le mentionne dans mon... dans ma motion préliminaire.
Et, finalement, le Bureau du Principe de
Joyce, c'est parce que le Bureau du Principe de Joyce nous a déposé,
évidemment, un mémoire, et il nous disait comment il était important... Et c'était
leur attente. Et on nous disait, dans le Principe de Joyce... Pourquoi le Principe
de Joyce? Bien, c'est pour faire valoir les droits des autochtones, au Québec,
en matière de santé et de services sociaux. Donc, c'est un rappel, une demande
d'engagement, pour que nos institutions respectent les membres des Premières
Nations et des Inuits quand ils doivent avoir accès à des services de santé.
Le Bureau du Principe de Joyce nous le
rappelait, la tragédie de la mort de Joyce Echaquan ne tolère pas l'inertie.
Et, je le souligne, M. le ministre a travaillé, et c'est la raison pour
laquelle ce projet de loi a été déposé. Je le salue. Mais on peut faire plus.
Moi, je vous soumets respectueusement qu'on peut faire mieux comme
parlementaires, puis je vous dirais également qu'on doit faire mieux compte
tenu des éléments qu'on va étudier, analyser dans le cadre du projet de loi.
On nous rappelle que c'est en travaillant
ensemble, et rapidement, qu'on va arriver à établir un équilibre respectueux
des droits de tous et pour tous. C'est dans le document qui traite du Principe
de Joyce. On doit écouter ce qu'ils ont à nous dire puis on doit sortir d'un
cadre qui est trop rigide, parfois, ou trop procédural, pour être capables d'avoir
une véritable discussion avec des groupes, l'Assemblée des Premières Nations du
Québec, Femmes autochtones du Québec, M. Sipi Flamand, chef de la communauté de
Manawan, et le Bureau du Principe de Joyce, pour être capables, d'une façon
plus informelle, de nous assurer que, quand on va passer à travers ces
articles, ça va véritablement répondre à leurs préoccupations. Parce que,
sinon, pour moi, je vous le dis, M. le Président, ça ne sert à rien, ça ne
donne rien. Donc, soyons pertinents.
On a parlé ce matin... Je salue l'ouverture
de M. le ministre, je sais qu'il veut bien faire les choses et c'est la raison
pour laquelle je présente cette <motion...
M. Morin :
...qu'il
veut bien faire les choses et c'est la raison pour laquelle je présente cette >motion.
Je remercie également la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques pour son apport,
je pense que c'est important. Et c'est la raison pour laquelle je présente
cette motion préliminaire, cet après-midi, dans le cadre des travaux de la
commission. Je vous remercie.
Le Président (M.
Bachand) :...s'il vous plaît.
M. Lafrenière : ...beaucoup,
M. le Président. Bon retour à tous et à toutes. Je vous salue puis, encore une
fois, je le dis pour le besoin des gens qui nous écoutaient ce matin, vous nous
avez vu partir en petit caucus. Pourquoi? Parce qu'on voulait faire les choses
différemment, puis je tiens à saluer, justement, cette proposition-là. Puis, M.
le Président, jusqu'à voilà à peu près 17 minutes, c'est vraiment le
feeling que j'avais. Je me disais : On va faire les choses différemment.
Puis je comprends mon collègue de l'opposition officielle, il fait son travail,
ce n'est pas simple, mais là j'ai l'impression qu'on retourne dans ce que
vraiment, les gens nous reprochent, notre système colonialiste. On se lance une
couple de roches puis on trouve à qui la faute. Puis je comprends puis je sais
qu'il n'y a pas une once de méchanceté, M. le Président, mais je vais vous dire :
Il faut se sortir de là.
Et je prends la peine... puis je vais
prendre un peu de temps, M. le Président, je trouve ça important, là, puis... Il
y a une partie qu'on va mettre les pendules à l'heure aussi. Vous savez, j'ai
tenté puis j'ai aidé... Par exemple, Femmes autochtones, c'est vrai qu'on les a
rencontrées pendant la campagne, faire différemment, de façon non officielle,
pour dire : Écoutez, vous avez deux ans, ça s'en vient. On les a
rencontrées à plusieurs reprises puis on a même tenté, avec des interlocuteurs
différents, avec une personne qui a une coupe de cheveux différente, M. le
Président... Je me suis dit : Peut-être que ça va être plus facile. Une
dame qui les connaît bien va les rencontrer. Puis ce n'était pas un
questionnaire, M. le Président, c'était quatre questions pour guider la
conversation. On n'envoie pas un questionnaire plate, M. le Président. On l'a
fait avec FAQ. Avec l'APNQL, on l'a tenté. Quand on a fait les consultations,
ils se sont abstenus. C'est leur droit.
Depuis décembre dernier, on envoie des
lettres, on tend la main, mais ce que j'essaie de vous dire, M. le Président, c'est
que force est de constater que ce qu'on essaie, bien ce n'est pas la façon qui
fonctionne bien avec les Premières Nations et les Inuits, M. le Président.
Vendredi dernier, mon chef de cabinet a contacté le chef de cabinet de l'APNQL,
qui voulait en savoir plus, en disant : On va vous faire un brief. Ça, ça
n'a pas fonctionné, M. le Président. C'est pour ça quand, ce matin, mes
collègues des oppositions ont dit : On peut-tu faire différemment? Je dis :
Oui, absolument, travaillons-le ensemble.
Je vais terminer avec ça, mais, entre les
deux, j'aimerais mettre certains petits points au clair, puis en tout respect avec
mon collègue de l'Acadie, parce que je sais qu'il fait le travail pour les
bonnes raisons, mais je pense qu'il y a des choses qui restent en suspens qui
nous donnent un grand, grand malaise, M. le Président. Quand on parle, on
laisse sous-entendre qu'on veut faire ce qu'on fait aujourd'hui parce que c'est
une course pour être les premiers au Canada ce n'est pas une course, c'est une
course de fond. Ça fait 40 ans que ça existe. Les Maoris l'ont inventé
dans les années 80. Les gens qui étaient dans ma position pendant des
années ne cherchaient pas ce qui était fait. M. le Président. On ouvrait tous
les tiroirs. Il n'y a rien, comme dans «rien». Ça fait que n'est pas une
course, M. le Président.
• (16 h 10) •
Quand on dit qu'on peut le faire, excusez-moi
là, moi, depuis ce qui est arrivé... puis mon collègue de l'Acadie l'a dit, ce
qui est arrivé à Joyce Echaquan, c'est un électrochoc. Ma collègue de la
deuxième proposition l'a dit, ça nous a tous réveillés, puis on a dit :
Aïe! il faut faire de quoi. À la Santé, depuis 2018, ils travaillaient sur un
plan. C'est sûr que ça a bouleversé les gens, en disant : Il faut faire
quelque chose. Je n'appelle pas ça une course puis je n'accepte pas l'étiquette
de dire : On veut bien paraître. M. le Président, ce qu'on fait aujourd'hui,
là, c'est tout sauf l'ancienne politique. Je voulais mettre ça au clair, M. le
Président, puis ça vient me chercher, vous le sentez.
Déclaration des Nations Unies, la DNUDPA,
ça existe depuis 2007. De venir nous dire qu'on est assis là puis on ne fait
rien pour... je l'accepte à moitié, M. le Président. Vous allez le comprendre.
Il a raison qu'il faut faire de quoi mais il faut juste être prudents. Ça fait
depuis 2007... Le racisme systémique, ce n'est pas récent. Ma collègue de la
deuxième opposition, à l'époque, questionnait le gouvernement qui était au
pouvoir, puis c'était une fin de non-recevoir. On n'est pas les premiers, il
doit y avoir une raison à ça. C'est complexe, M. le Président, c'est sensible,
et ce sont des enjeux qui sont très complexes, je l'ai dit quand on a commencé
aujourd'hui. En 2014, il y a une journaliste qui s'appelle Anne Panasuk qui a
sorti au grand jour un reportage qui a laissé tout le monde bouche bée. Des
enfants sont décédés ou disparus pendant un transport à l'hôpital. 2014. On est
arrivés au pouvoir, M. le Président, on l'a fait, pas parce que ça paraît bien,
parce qu'il fallait faire, il fallait être responsables.
Ce que j'essaie de dire, en tout respect
avec mon collègue, on peut se lancer des roches, trouver à qui la faute, mais
on retourne dans notre vieux système, puis ce n'est pas pour rien qu'ils ne
sont pas dans la salle présentement, ce n'est pas leur style, mais pas du tout,
M. le Président. Ça fait que moi, j'accepte... Puis je reviens à la motion, on
dirait un grand détour pour revenir à ce qu'il me présente. Puis, M. le
Président, on a jasé ce matin puis on s'est dit : Il faut faire différent.
On peut-tu essayer quelque chose en dehors du cadre habituel? Puis je l'apprécie
vraiment beaucoup parce que, je veux dire, on peut tous se regarder dans le
miroir puis tous avoir une partie de responsabilité.
Je vais rappeler Viens, là. On me remet en
plein visage, souvent, le fait que je dois mettre en place des recommandations,
mais Viens étudiait les rapports du gouvernement de l'époque avec les Premières
Nations de 2001 à <2016...
M. Lafrenière :
...mais
Viens étudiait les rapports du gouvernement de l'époque avec les Premières
Nations de 2001 à >2016. J'ai les recommandations sur mon bureau, c'est
du travail, et on va le faire ensemble, mais ce n'est pas vrai que je vais
prendre tout le blâme aujourd'hui. C'est arrivé dans le passé. Il faut
travailler là-dessus, mais il faut le faire ensemble. Ce que je fais
aujourd'hui, M. le Président, vous ne m'avez jamais vu faire ça, jamais. Je
déteste ça, mais là je commence à avoir de l'urticaire, il fallait que ça
sorte, M. le Président. Ça fait que je l'accepte, c'est une responsabilité
partagée. Changeons la donne.
La façon de faire comme ça, ça ne plaira
pas à nos... à nos collègues, les membres des Premières Nations et les Inuits.
Moi, je comprends une chose : notre système parlementaire, quand on les
convoque, qu'on leur demande de parler pendant une période de temps avec des
questions, ça ne répond pas à leur réalité. S'asseoir en cercle... excusez, on
va dire les vraies choses, là... s'asseoir en cercle, prendre un café, jaser,
moi, c'est ça que je vous propose. Je prends votre proposition en disant :
Je comprends, puis c'est un beau geste. Je vais voter contre, en vous disant :
Voici ce qu'on se propose, ce qu'on se parlait plus tôt. Faisons-le de façon
informelle. Puis devant tout le monde, ici, je prends l'engagement... puis j'ai
une parole, je vais enlever mon veston de ministre, vous allez enlever vos
vestons d'oppositions, puis eux vont enlever leurs vestons ... , on va tous
être des humains dans la même salle. Puis qu'est-ce qu'on va faire? On va se
parler des vraies affaires puis on va essayer de se comprendre mutuellement.
Parce que, tantôt, quand on me disait que
le FAQ trouve qu'il n'y a pas eu de changement... Il y a trois changements
majeurs dans notre projet de loi, qui viennent de ce que FAQ a déposé. Puis je
ne dis pas ça pour dire qu'ils ont tort, je dis ça pour dire :
Définitivement, ça ne fonctionne pas. On n'est pas capables de leur montrer
cette réalité-là parce que nos systèmes ne sont vraiment pas alignés. On le
sait, le système de parlementarisme a des très belles qualités, M. le
Président, puis je reconnais votre commission puis tout ce que vous faites,
mais comprenez, quand on s'en va en mode autochtone, c'est peut-être très loin
de leur réalité. Puis je m'en rends compte, parce que j'entendais les
arguments, puis ils sont vrais, je l'ai lu, j'ai reçu les lettres, puis j'étais
surpris et déçu. Ici, on pourrait parler du Principe de Joyce. Ils ont été
invités, ils se sont présentés, ils ont décidé de quitter, mais ils nous ont
laissé un mémoire. On l'a lu, on a repris des éléments.
Pour ce qui est du chef Flamand, même
chose. J'étais à Manawan voilà deux semaines, puis je l'ai dit à matin, vous
n'êtes pas obligés de me croire, vous pouvez aller le voir, allez voir sur mon Facebook,
il en a résulté un «flat», comme il arrive souvent dans cette région-là. Je
suis allé le voir. Ce n'est pas vrai que j'ai passé une heure à lui parler du PL
n° 32, ce n'est pas vrai. On a eu notre rencontre
pour parler, entre autres, du chemin de Manawan, et je lui ai dit : Le PL n° 32, il s'en revient, ça va être de retour, au retour de
notre... d'un siège. Est-ce que la date était claire pour lui? Je comprends,
peut-être que non, M. le Président.
Puis je vous le dis, mon but, ce n'est pas
de lancer des roches, c'est un constat de dire : Notre façon de faire, on
dirait que ça a ses limites avec les Premières Nations et les Inuits, il va
falloir trouver quelque chose d'autre. Puis c'est exactement ça, M. le
Président. Puis, tantôt, quand mes collègues m'ont accroché, j'en étais
vraiment touché, de dire : Heille! on va sortir de ça, là, on va essayer
de quoi de complètement différent. On l'a fait ensemble dans 79, on l'a fait
ensemble dans la Commission spéciale sur l'exploitation sexuelle des mineurs,
on a démontré qu'on pouvait faire les choses différemment. Mais si on continue
de même, j'ai l'impression qu'on va arriver au même résultat puis les gens vont
être déçus, alors que ça fait des années que ça doit être fait.
Puis je vous le dis encore une fois, ce
qu'on fait aujourd'hui là, ce n'est pas une course contre la montre. On veut
aider qui? Les soignants, les gens qui sont sur le terrain puis qui ont besoin
de cet outil-là pour faire un bon travail. On a besoin d'envoyer un message
clair, aussi, que du racisme, de l'intolérance, c'est non. Et c'est très clair,
c'est une position qu'on a prise, c'est une promesse qu'on a faite suite aux
événements tragiques de Joyce Echaquan. En passant, M. le Président, comme je
dis, c'est sensible, il y a des groupes qui ne sont pas d'accord, parce qu'on a
repris des éléments du Principe de Joyce. Puis je vais être bien honnête avec
vous, ne pas l'avoir fait, j'aurais eu des critiques aussi. Il faut entendre
les gens.
Cette discussion-là, je la... je la salue.
Cette offre-là, à 18 h 30, de s'asseoir dans un contexte non
parlementaire, d'entendre les gens d'égal à égal, honnêtement, M. le Président,
je le salue, je trouve ça très grand puis je trouve que tout le monde a mis ses
choses de côté en disant : Soyons plus grands que la politique, là,
faisons ça différemment pour les Premières Nations. Ça me touche, M. le
Président. Alors, dans la même phrase, je vais dire oui et non. Je vais voter
non dans ce qui nous est présenté, mais je vais dire oui à la discussion qu'on
a eue plus tôt, M. le Président. Allons ensemble à 18 h 30. Quand mes
collègues des oppositions confirmeront leur accord, on va même envoyer un
courriel le confirmant aux gens qui étaient ici, puis ça... en bonne et due
forme, en disant : On a une salle, assoyons-nous, prenons un café
ensemble, échangeons. Il faut l'essayer, M. le Président, il faut au moins
l'essayer.
Alors, on peut me reprocher bien des
choses, mais ce n'est pas vrai qu'on est assis sur nos mains. J'ai donné des
exemples tantôt. J'espère prendre cette feuille et la mettre le plus loin
possible dans mon cartable. Je n'aime pas faire ça, mais il y a une partie que
je ne suis pas prêt à accepter, M. le Président. Alors, on a mis les choses au
clair, puis je suis prêt à entendre mes collègues, puis, s'ils le veulent, on
sera prêts à envoyer l'invitation. Mais je veux essayer quelque chose de
différent. Puis je vous le dis, on se lance dans quelque chose qui n'a jamais
été fait, mais il faut l'essayer, M. le Président. Merci à mes collègues des
oppositions, je trouve ça très innovant.
Le Président (M.
Bachand) :Merci, M. le ministre. Mme la
députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques, s'il vous plaît.
Mme Massé : Oui. Merci, M. le
Président. Vous savez, quand ... ma proposition ce matin, mon objectif
fondamental, c'était qu'on apprenne ensemble comme parlementaires, à, oui, <faire...
Mme Massé :
...mon
objectif fondamental, c'était qu'on apprenne ensemble comme parlementaires, à,
oui, >faire les choses différemment, mais à saisir profondément ce que
ça veut dire, travailler d'égal à égal. Puis ce n'est pas toujours simple, ce
n'est pas simple dans nos couples, ce n'est pas simple dans nos milieux de
travail. Tu sais, travailler d'égal à égal, là, ce n'est pas simple, on n'est
pas habitués à ça, parce qu'on est dans des sociétés très hiérarchisées où le
modèle dominant, c'est celui du «top-down» ou, à tout le moins... ça fait qu'on
n'est pas habitués de travailler en cercle. Puis M. le ministre a raison, quand
on arrive avec nos façons de faire, on déstabilise des gens qui ont une
pratique millénaire et qui... et qui aimeraient bien qu'on finisse par
comprendre leur façon de faire.
Alors, mon objectif était... et il l'est
toujours, d'ailleurs, ma vision de ce que j'essayais de partager ce matin, de
ce qu'on nomme comme étant sortir du cadre, c'était surtout exigeant pour nous.
Parce que, pour les gens qui côtoient un tant soit peu les gens des Premières
Nations, ils savent très bien, quand ils parlent d'un cercle, par exemple, que,
dans le cercle, tu as beau être le chef, mais tu es dans le cercle. Les aînés,
les aînés, ils ont une petite... une plus-value, si je peux dire, en tout
respect, mais quand tu es en cercle, tu es égal à égal.
Alors, quand mon collègue de l'Acadie est
venu me montrer ça rapidement avant qu'on rouvre le micro, tu sais, rapidement
je me suis dit : Ah! OK, oui, là, il y a peut-être... Mais en jasant avec
ma gang, je me suis dit : Heille! non, mais, attends un peu, on est en
train de retourner dans cette façon de faire où, dans les faits, les règles de
l'Assemblée nationale déterminent. C'est vrai que la dernière phrase, qu'ils
disent que les... et là-dessus, c'est vrai qu'il y a comme un pas qui se
dirigeait... que les modalités soient déterminées par les membres, mais on a
passé une heure et demie à discuter ce matin, là, tu sais, puis on... ce matin,
on s'est entendus que... M. le ministre, vous venez de le dire, vous allez
l'officialiser que, ce soir, on allait rencontrer les gens de l'APNQL, qu'on
allait être en cercle et qu'on allait essayer clairement de comprendre
pourquoi, qu'est-ce qui fait qu'une partie des représentants... en fait, je
recommence... qu'est-ce qui fait que les représentants des élus des Premières
Nations au Québec sentent que, là, ils n'ont pas été partie prenante de cette
nouvelle étape, puis comment ça se fait que les amendements arrivent.
Puis, oui, on a... le ministre a fait un
certain nombre d'actions, mais... Puis l'exemple de Femmes autochtones du
Québec est aussi un exemple. Même si elles ne font pas partie des
représentantes élues, elles représentent quand même des femmes de toutes les
nations à travers... élues à travers le Québec. Bien, qu'est-ce qui fait
qu'elles sentent que malgré ce que vous dites, M. le ministre, elles ne sont
pas confortables là-dedans?
• (16 h 20) •
Ça fait que moi, c'est sûr que je trouve
ça... C'est beau, ce qu'on s'apprête à faire, c'est beau, la discussion. Puis
pas parce que c'est mon idée, là, ce n'est même pas ça, l'affaire, c'est parce
que c'est ça qu'ils nous demandent depuis tout le temps, qu'ils demandent... vous
avez raison, M. le ministre... autant à votre gouvernement qu'ils le
demandaient au gouvernement précédent, qu'ils le demandaient à l'autre avant
celui-là et, en fait, depuis René Lévesque. J'étais jeune, là. Depuis René
Lévesque, il est question d'un forum permanent des Premières Nations. Pourquoi?
Bien, parce que... Puis, à l'époque, on n'avait pas de Déclaration des Nations unies,
là, mais c'est des peuples qui ont le droit à l'autodétermination, comme tous
les peuples de la terre. Ça fait que c'est pour ça que... Ça date de 1985. M. Lévesque
l'avait inscrit dans la... dans la même motion constitutrice, il me semble, là,
que la reconnaissance des nations autochtones.
Alors, je... tout ça pour vous dire que ce
n'est pas parce que c'est ma proposition, c'est parce que c'est... Je vous <partage...
Mme Massé :
...tout
ça pour vous dire que ce n'est pas parce que c'est ma proposition, c'est parce
que c'est... Je vous >partage, comme parlementaire, ce que je comprends
qui est le défi qui est le nôtre actuellement. Alors, dans ce sens-là, bon, j'aurais
tendance à m'abstenir, parce que, moi aussi, je comprends l'esprit dans lequel...
la volonté de contribuer à cette idée, qu'on s'assoie... qu'on s'assoie avec des
gens concernés. Ah! oui, parce que c'est ça qui est génial dans votre idée, M.
le député de l'Acadie, c'est qu'il faut que ce soient les personnes concernées
qui déterminent ce qui va être en bout de ligne, ce qu'on va adopter comme
projet de loi sur la sécurisation culturelle.
Moi, je ne vis pas les discriminations
puis le racisme que vivent ces personnes-là. Je ne suis pas... puis je ne
représente pas non plus les élus autochtones au Québec, ni des Premières Nations
ni des Inuits. Mais ce que je peux, par contre, c'est de faire le travail de
déconstruction de ce que ça veut dire. Puis c'est exigeant, parce que... Même
moi, tantôt, je jasais avec je ne me souviens pas qui puis j'ai fait : Ah!
c'est colonialiste, ce que je viens de faire là. C'est un travail exigeant que
de déconstruire, très exigeant.
Alors, c'est pourquoi... je vais m'arrêter
là... je pense que oui, c'était le sens de l'entente qu'on avait ce matin. Je
pense que, oui, ce soir, on va se... on va rencontrer... en tout cas, moi, j'ai
envie d'être là, j'ai libéré mon agenda, moi aussi... de rencontrer les gens des
Premières... de l'APNQL, et, après ça, on fera les discussions aussi sur... Parce
que, pour moi, je sais que l'APNQL travaille avec Sipi Flamand, qui travaille
avec le bureau de Joyce, qui travaille avec la... Femmes autochtones du Québec.
Je sais que ce monde-là travaille ensemble, et c'est ça qui est beau. Ils ne s'entendent
pas tous, ils ne pensent pas tous pareil, mais quand il s'agit de venir dire au
gouvernement... en fait, à l'Assemblée nationale du Québec, de venir dire qu'est-ce
qui est essentiel de retrouver dans ce projet de loi là, et de le définir, ils
travaillent ensemble sur ces choses-là.
Puis d'ailleurs l'APNQL a tracé les lignes...
puis j'insiste là-dessus parce que peut-être que, des fois, il n'y a pas des
rencontres, mais, des fois, il y a des documents qui sortent... ont tracé les
lignes dans une déclaration. Et d'ailleurs, de plus en plus, hein, vous
remarquerez que les Premières Nations vont y aller par déclarations. Pourquoi
ils font ça? Il faut comprendre, là. C'est parce qu'il y a une multitude de
chefs. On le dit souvent, Ghislain Picard, ce n'est pas le chef des chefs.
Ghislain Picard, c'est un porte-parole qui porte la parole des décisions qui
sont faites en assemblée générale par l'assemblée des Premières Nations du
Québec. Je ne pense pas me tromper quand je dis quelque chose de même? OK, je
ne me trompe pas, fiou! Et donc, par conséquent, ce que ça veut dire, c'est
que, quand ces gens-là passent des journées à délibérer de ce qu'ils appellent
une déclaration ce n'est pas une déclaration qui est écrite par une seule
personne, c'est une déclaration qui est mâchée, débattue, brassée, entendue par
le cercle de l'association des Premières Nations du Québec et du Labrador.
Et d'ailleurs, si vous regardez le logo de
l'APNQL, c'est un cercle, avec toutes les nations assises autour. Ça aussi, c'est
intéressant, il n'y a pas de... il n'y a pas de 90 sièges pour un gouvernement,
tant... Non, non, eux autres, c'est, le monde, ils sont en cercle, et chacun a
une parole, et chaque parole est écoutée, elle a son choix... elle a son poids,
et, dans ce sens-là, l'APNQL a fait le travail, déjà, l'année... l'automne
dernier, sur qu'est-ce qui serait... qu'est-ce qui est incontournable pour que
la sécurisation culturelle réponde... parce qu'ils sont les seules personnes
qui peuvent déterminer si c'est réussi ou non, la sécurisation. Nous, on a beau
avoir des idées, mais c'est eux autres qui le savent.
Alors, on a ce document-là, quand même, M.
le ministre, qui nous guide, et, pour moi, la magie... Ce n'est pas de la magie.
Qu'est-ce que c'est que je viens de dire, là? Je pense que... dans ma tête. Le...
Ce soir, ce qui est mis de l'avant comme processus... Ce qui est intéressant,
premièrement, c'est que c'est un <processus...
Mme Massé :
...comme
processus... Ce qui est intéressant, premièrement, c'est que c'est un >processus.
Je ne sais pas où est-ce qu'on va aller avec ça, je n'ai aucune idée, à même
titre que quand on l'a fait au 37, pour le projet de loi n° 37, où on a
créé un espace hors normes, si je peux le dire comme ça... Comptez sur moi, je
connais ça, le hors-normes, dans la vie. Quand on crée des espaces hors normes,
on découvre des choses, puis ça exige quelque chose qui est vraiment, vraiment
difficile pour nous dans la joute parlementaire. Ça exige aussi qu'on se fasse
confiance.
Ça fait que moi, cher ami député de l'Acadie,
je vais m'abstenir sur la motion, pas parce que vous n'avez pas ma confiance,
mais parce qu'on a eu une entente préalablement, à micros fermés. Je pense que
le ministre est prêt à faire ce pas-là, et c'est ça, notamment, que
souhaitaient les gens qui sont représentants élus des Premières Nations. Et
que, pour moi, l'expérience de ce soir, elle sera riche, dans la mesure où on
est capables de rentrer dans cette expérience-là en toute humilité, en grande
ouverture.
Même s'il y a des tensions historiques
entre les Premières Nations et nous, Parlement du Québec, même s'il y a un
travail monstre qui est fait par les Premières Nations pour nous éduquer, ça a
eu, malheureusement, à travers les années, des impacts. Mais moi, je pense que...
Et ils ont accepté, là, tu sais, je veux dire, je ne suis pas partie sur ma
balloune sans vérifier. J'ai coconstruit tout ça. Vous vous en doutez bien, M.
le ministre, vous me connaissez maintenant, j'ai coconstruit tout ça avec eux
autres, parce que je voulais qu'on vive cette expérience-là. Maintenant, je ne
le sais pas plus que vous, ça va donner quoi, mais si on y rentre avec
ouverture, avec générosité, avec le désir que cette expérience-là soit positive
pour tous nos peuples, qu'ils soient autochtones ou allochtones comme nous, je
pense qu'on va marcher... on va marquer des coups, des points.
Le Président (M.
Bachand) :...la députée. Est-ce qu'il y
aurait d'autres interventions sur la motion préliminaire du député d'Acadie? S'il
n'y a pas d'autre intervention, nous allons procéder à la mise aux voix. Est-ce
que la motion préliminaire du député d'Acadie est adoptée?
• (16 h 30) •
M. Morin : ...
Le Président (M.
Bachand) :Vote par appel nominal? Merci
beaucoup, M. le député. M. le secrétaire, s'il vous plaît.
Le Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Morin (Acadie)?
M. Morin : Pour.
Le Secrétaire : M. Lafrenière
(Vachon)?
M. Lafrenière : Contre.
Le Secrétaire : M. Asselin
(Vanier-Les Rivières)?
M. Asselin : Contre.
Le Secrétaire : Mme Schmaltz
(Vimont)?
Mme Schmaltz : Contre.
Le Secrétaire : Mme Boivin
Roy (Anjou—Louis-Riel)?
Mme Boivin Roy : Contre.
Le Secrétaire : M. Lemieux
(Saint-Jean)?
M. Lemieux : Contre.
Le Secrétaire : Mme Haytayan
(Laval-des-Rapides)?
Mme Haytayan : Contre.
Le Secrétaire : Mme Massé
(Sainte-Marie—Saint-Jacques)?
Mme Massé : Abstention.
Le Secrétaire : Et M. Bachand
(Richmond)?
Le Président (M.
Bachand) :Abstention. Donc, la motion du
député d'Acadie est rejetée. Est-ce qu'il y aurait d'autres motions
préliminaires? S'il n'y a pas d'autre motion préliminaire, nous allons débuter
l'étude du projet de loi article par article. Donc, j'appelle l'article 1. M.
le ministre, s'il vous plaît.
M. Lafrenière : Merci
beaucoup, M. le Président. Puis je sais, dans ma petite carrière, qu'on peut
tout faire avec consentement. Ça fait qu'avec le consentement de mes collègues
des oppositions je prendrais un instant pour notre engagement, parce qu'on est
dans les détails. Est-ce qu'on est tous d'accord, devant micros, qu'on invite
les groupes? Puis M. le député de l'Acadie a mis des groupes au tableau, on va
les inviter à 18 h 30. Est-ce que j'ai votre consentement, ensemble,
pour qu'on les invite, qu'on les rencontre?
Le Président (M.
Bachand) :Peut-être, M. le ministre,
parce qu'on a eu beaucoup de conversations à micros fermés... peut-être de
faire un résumé, si vous êtes d'accord, pour les gens, les milliers de personnes
qui vous écoutent, M. le ministre, pour savoir qu'est-ce qui va se passer ce
soir.
M. Lafrenière : Consentement?
Alors, ce qu'on a discuté, c'est de faire les choses différemment, ma collègue
de la deuxième opposition l'a bien dit. Donc, c'est d'inviter... et on a quatre
groupes qui ont été mentionnés par le collègue de l'Acadie... on en est fort d'accord
de faire une table ronde, de faire un cercle en dehors de nos travaux, M. le
Président, bien qu'on vous apprécie puis qu'on vous respecte. On va essayer de
faire les choses différemment, on va le faire dans un lieu qui est plus
propice, qui ne soit ni ici ni dans la salle Kirkland, qui, des fois, pour
certains, ressemble plus à un palais de justice. On va trouver un endroit où ça
va être plus approprié. Ils vont même avoir du café, M. le Président. On va
prendre le temps, on va enlever nos vestons, on va tous... Puis j'ai bien aimé
ce que ma collègue a dit tout à l'heure, «d'égal à égal».
Bon, c'est sûr que coconstruire avec
quatre groupes, c'est plus simple qu'avec 55 là, mais les gens qui sont là, on
va les rencontrer, on va les entendre. Et, je suis d'accord avec ce qu'elle a
dit, on ne sait pas où ça va nous mener, mais on l'essaie, puis je pense que c'est
la bonne chose. Alors, avec... voyant le visage de mes collègues, on envoie un
message aux quatre groupes, en disant : Nous serons là, avec une salle.
Prenons ce temps-là, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :...intervention, M. le député d'Acadie?
M. Morin : ...aucun, aucun problème,
parce que c'était l'objectif de la motion, M. le Président, alors c'est sûr que
je ne peux pas être contre. D'ailleurs, la motion disait que...
16 h 30 (version révisée)
M. Morin : ...aucun, aucun
problème, parce que c'était l'objectif de la motion, M. le Président. Alors, c'est
sûr que je ne peux pas être contre. D'ailleurs, la motion disait que les
modalités peuvent être déterminées par les membres de la commission. C'est
exactement ce qu'on est en train de faire, alors... Bien, évidemment, c'est sûr
qu'on ne fera pas ça ici, dans le salon rouge. Alors, que ce soit dans un
endroit ailleurs, une table ronde, s'il y en a une, ça va être encore mieux,
puis ça va être fait d'une façon tout à fait formelle. C'est très clair, c'était
exactement l'objectif visé par ma motion, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :...interventions avant de
débuter l'étude vraiment article par article? Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques,
sur ce que le ministre vient de dire?
Mme Massé : C'est parfait.
Le Président (M.
Bachand) :C'est beau?
Mme Massé : Oui. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Alors, ça, c'est de l'efficacité.
Alors, M. le ministre, sur l'article 1, mais je sais qu'il y a eu des
discussions pour peut-être débuter une conversation sur le préambule. Je ne
sais pas où est-ce que c'en est rendu. M. le ministre.
M. Lafrenière : Absolument, M.
le Président. Encore une fois, avec le consentement de nos collègues, on peut
tout faire. Alors, je suggère, comme on a fait dans le projet de loi n° 79,
M. le Président, de commencer par le préambule tout en suspendant son adoption.
Alors, c'est ce que je vous propose de faire, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Alors, est-ce qu'il y a
consentement pour suspendre l'étude de l'article 1, parce qu'il a été
appelé, et d'aller au préambule? Est-ce qu'il y a consentement?
Des voix : Consentement.
Le Président (M.
Bachand) :Consentement. Donc, M. le
ministre, s'il vous plaît.
M. Lafrenière : Merci
beaucoup, M. le Président. Alors :
«Considérant que, dans la prise en compte des
droits des usagers de recevoir des services de santé et des services sociaux adéquats,
les autochtones doivent être distingués des autres usagers puisqu'ils forment une
nation... des nations — pardon — ayant une histoire et une culture
distinctes;
«Considérant que l'approche de sécurisation
culturelle repose sur le principe de justice sociale et qu'elle contribue à
favoriser les liens de confiance avec les usagers autochtones;
«Considérant que la Commission d'enquête
sur les relations entre les Autochtones et certains services publics recommande
la mise en oeuvre de l'approche de sécurisation culturelle par les établissements
du réseau de la santé et des services sociaux;
«Considérant l'importance de cette
approche pour les... peuples — pardon — autochtones,
laquelle a notamment été mise de l'avant parmi les revendications du Principe
de Joyce;»
Alors, M. le Président, tel que déposé ce
matin, j'ai des amendements.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Alors... Ça va?
Alors, les amendements... On va juste... quelques secondes. Oui, M. le ministre.
M. Lafrenière : Merci, M. le
Président. Alors, dans le préambule du projet de loi :
1° remplacer, dans le premier alinéa,
«autochtones» par «membres des Premières Nations et les Inuit»;
2° remplacer, dans le deuxième
alinéa, «usagers autochtones» par «membres des Premières Nations et les Inuit»;
3° remplacer, dans le quatrième
alinéa, «peuples autochtones» par «membres des Premières Nations et les Inuit».
Et je me propose de relire le nouveau
texte de loi, si on veut, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :...
M. Lafrenière : Oui. Commentaire.
L'amendement vise à référer aux membres des Premières Nations et aux Inuits
plutôt qu'aux peuples autochtones, comme on l'a si bien entendu ensemble lors
des consultations.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Donc, interventions? M.
le député de l'Acadie.
M. Morin : Oui. Alors, M. le
Président, j'ai... je n'ai pas d'intervention spécifique sur la modification
suggérée par M. le ministre de remplacer «autochtones» par «membres des
Premières Nations et des Inuit». Cependant, je vais avoir des commentaires et
des questions sur le préambule en général. Donc, on peut... je vais réserver
mes commentaires pour la modification qui est apportée là, puis j'imagine qu'après
ça, on aura l'occasion de débattre pour l'ensemble du préambule.
Le Président (M.
Bachand) :Oui, effectivement. Donc, on
doit procéder à l'étude de l'amendement, faire sa mise aux voix, et après ça on
retourne à l'article amendé ou pas. Donc, est-ce qu'il y a interventions sur l'amendement
du ministre? Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Mme Massé : On va... prenez...
notre rythme de croisière, M. le Président, inquiétez-vous pas. Bien, oui. Bien,
moi, je pense qu'on n'avait pas le choix. C'est une des premières choses à
faire, à apprendre, à rendre visible que les Premiers Peuples, ce n'est pas une
entité homogène et qui se ressemble... Bien sûr, ils ont des vécus copartagés
puis des oppressions, des discriminations similaires, mais de faire exister les
peuples autochtones et les Inuits, c'est une excellente idée. Mais ça veut donc
dire... Et je nous invite nous-mêmes, dans nos prises de parole, et je m'invite
moi-même, je veux dire, quand je dis «nous», je m'inclus, je fais partie du «nous»,
bien, à ce qu'on développe cette bonne vieille habitude là de... Quand on <parle...
Mme Massé :
...de...
Quand on >parle d'utiliser le terme «Premières Nations et Inuit», ça
fait exister tout le monde.
Et moi, vous allez voir, je vais faire un
drôle de parallèle. Mais en tant que lesbienne, quand, dans les années 80,
on nous disait : «Les gais, les gais, les gais», moi, je n'existais pas.
Moi, je disais : Heille! J'existe, moi, je ne suis pas un gai, moi,
j'existe. Puis à un moment donné, bien, peut-être que l'acronyme, vous le
trouvez long aujourd'hui, bon, <i>LGBTQI+2S, mais le l est là pour
lesbienne, et ça m'a rendue visible dans les années 80.
Alors, je vais voter en faveur de cet
amendement.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. S'il n'y a pas d'autre
intervention, est-ce que l'amendement au préambule est adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M.
Bachand) :Adopté. Donc, on revient à la
discussion sur le préambule tel qu'amendé. M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Oui, alors merci,
merci, M. le Président. Donc, dans le préambule, le premier considérant, qu'on
prenne en compte des droits des usagers, recevoir des services de santé,
services sociaux adéquats, ça va. Ce n'est pas très, très clair, et puis
peut-être que M. le ministre pourra préciser davantage, mais son principe ou
son approche de sécurisation culturelle qui repose sur le principe de justice
sociale, je pense qu'il faudrait... il faudrait préciser davantage. Enfin,
bref, j'aimerais entendre ce que le ministre a en tête avec ça.
Après ça, on dit : «...recommande la
mise en oeuvre de l'approche de sécurisation culturelle par les établissements
du réseau.» Oui. Et puis finalement : «Considérant l'importance de cette
approche pour les peuples autochtones, laquelle a notamment été mise de l'avant
parmi les revendications du Principe de Joyce». Et ce n'est pas... ce n'est pas...
Pour moi en tout cas, ce n'est pas très, très clair, ce qu'on entend... ce
qu'on entend par ça.
Un des éléments qui est fondamental dans
les revendications du Principe de Joyce, bien, il y a l'ensemble, d'ailleurs,
des revendications, mais les groupes ont tous demandé comme ajout du Principe
de Joyce, que ce soit une condition essentielle pour la mouture finale du PL 32.
Ça fait partie d'un élément fondamental de la sécurisation culturelle. Or, il
me semble que, dans le préambule qui va nous aider à interpréter le projet de
loi, il faudrait faire référence au Principe de Joyce et le cristalliser là
plutôt que de souligner «a... été mis de l'avant parmi les revendications».
Mais encore là, je ne suis pas certain de bien saisir ce que le ministre a en
tête ou ce qu'il avance par la façon dont ce considérant-là est libellé.
Donc... Alors, moi, c'est des questions que j'ai pour M. le ministre, et voir
après ça à quoi ça correspond.
• (16 h 40) •
Il y a également, dans la <i>déclaration
des Nations unies, des principes qui sont affirmés. Il y en a notamment dans le
préambule, parce que la déclaration commence avec une série d'affirmations
avant de spécifiquement adresser la question des droits par une série
d'articles. Il me semble qu'il y a des éléments là-dedans dont on pourrait
s'inspirer et l'indiquer clairement dans le préambule, notamment souligner que
les membres des Premières Nations et des Inuits, dans l'exercice de leurs
droits, ne doivent faire l'objet d'aucune forme de discrimination.
Et enfin, il y a d'autres éléments que...
dont j'aimerais porter à la connaissance de M. le ministre, certains...
certains aspects, mais j'aimerais d'abord écouter, entendre un peu ce qu'il a
en tête avec ce préambule-là, qui, quant à moi, soulève des questions, M. le
Président.
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Lafrenière : Oui, merci beaucoup,
M. le Président. Puis je suis content qu'on commence par le préambule, parce
qu'on le sait... En passant, le préambule, on ne fait pas ça dans tous les
projets de loi, M. le Président. Vous le savez, dans votre commission, vous en
recevez plusieurs. On le fait dans... C'est très rarissime, mais c'étaient des
projets de loi qui étaient importants, qui marquaient la nation. Puis
aujourd'hui, on propose un préambule parce qu'on trouve ça important. On l'a
fait dans 79 puis on va le faire aujourd'hui.
Le projet de loi, M. le Président... Le
préambule, pardon, <M. le Président...
M. Lafrenière :
...Le
préambule, pardon, >M. le Président, marque, envoie un message fort sur
notre intention. Et, quand mon collègue parle de la DNUDPA, article 24, la
déclaration des Nations Unies, qu'il faut s'en inspirer, il a raison, mais il
me devance d'un article. Tantôt, quand on va... on va se rendre à la
définition, vous allez voir que c'est largement inspiré par la déclaration des
Nations Unies.
Pourquoi on fait référence au Principe de
Joyce? Puis mon collègue me disait... Puis on a déjà eu cette discussion-là,
mais je veux le faire clairement devant tout le monde. Je ne peux pas faire à
moitié. Je ne peux pas... Et les gens du Principe de Joyce, les gens de
Manawan, les gens en général nous l'ont dit : On ne peut pas reconnaître
le... On ne peut pas appliquer le Principe de Joyce, il faut le reconnaître,
l'adopter, sans reconnaître le racisme systémique.
Ça fait que, M. le Président, c'est une
discussion qu'on a à maintes reprises. Je pense que les gens connaissent très
bien notre position, peuvent être déçus, mais pas surpris. C'est pour ça qu'on
tenait absolument, puis je l'ai dit ce matin dans mes remarques préliminaires,
on tenait absolument à faire référence à ce qui est arrivé. Parce que personne
ne va s'en cacher, là. C'est ce qui a remonté cette... cette... Ce besoin
d'agir était déjà là depuis 2018, mais, lorsque c'est arrivé en 2020,
tout le monde s'est dit : On doit agir. On trouvait ça important de le
mettre dans les considérants, de le mettre dans le préambule, M. le Président,
pour envoyer un message fort, parce qu'on s'est tous dit : Plus jamais.
Mais plus loin dans le projet de loi, pour la déclaration des Nations unies, on
y revient, on y fait référence, M. le Président.
M. Morin : ...et je comprends
que le préambule démontre l'intention du gouvernement. Il ne fera pas partie
comme tel du projet de loi par la suite, là. C'est une intention
gouvernementale.
Maintenant, si on revient au Principe de
Joyce, si ma mémoire me sert bien, l'ensemble des groupes nous ont tous dit que
le problème était là, qu'il fallait être capable de reconnaître le problème
pour être en mesure par la suite d'avancer. Donc, dans le cadre des
consultations particulières, ça nous a été dit, dit et redit. Le <i>collège
des médecins a été particulièrement clair à cet effet-là. Peut-être que M. le
ministre n'aime pas le mot «racisme systémique». On peut sûrement parler de
discrimination. Ça, c'est clair. Et, quand on réfère à «systémique», c'est
qu'il y a des mesures qui sont mises en place dans un système, donc pas
nécessairement des individus, dans un système, qui fait en sorte que, par la
suite, il y a des personnes qui vont poser des gestes a plutôt que b. Mais
l'impact, c'est qu'il y a des gens qui reçoivent les services ou les soins qui
vont être traités différemment puis qui vont être discriminés.
Donc, j'ai de la... J'écoute M. le ministre,
mais j'ai de la difficulté à saisir pourquoi, entre autres dans son préambule,
il ne veut pas reconnaître qu'il y a eu de la discrimination systémique. Dans
les consultations particulières, tous les groupes nous l'ont dit. Puis le collège
des médecins... Parce que malheureusement, dans l'histoire du Québec, il y a
des médecins qui ont posé des gestes qui sont totalement, totalement
regrettables, qui, quant à moi, n'auraient jamais dû être posés à l'égard de
femmes autochtones. Bien, le collège, même, des médecins nous le souligne.
Alors, pourquoi le ministre ne veut pas le mentionner, le reconnaître? Je dois
vous avouer, M. le Président, que ce volet-là m'échappe un peu.
Alors, il y a peut-être une très bonne
raison, puis peut-être que M. le ministre peut nous l'expliquer, mais moi,
j'aurais besoin d'éclairage, parce qu'il me semble que... Si on met dans un
préambule : «Considérant l'importance de cette approche pour les peuples»...
en fait, maintenant on va parler des membres des Premières Nations et des
Inuits, «l'approche... cette approche... laquelle a notamment été mise de
l'avant parmi les revendications du Principe de Joyce», moi, ce que je trouve,
c'est qu'on vient diluer, finalement, l'importance des éléments constitutifs du
Principe de Joyce. Et il me semble que, si on veut véritablement avoir une
approche de sécurisation culturelle, il faut commencer par ça.
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Lafrenière : Merci, M. le
Président. Alors, plusieurs... plusieurs points qui ont été apportés. Quand on
parlait de préambules tantôt, j'avais une liste, là, je vous donne des exemples :
Charte des droits et libertés de la personne, Charte de la langue française,
Loi sur l'Assemblée nationale, Loi sur la laïcité de l'État, la loi 79.
Pourquoi on fait un préambule? Justement parce que c'est des... c'est des
jalons importants qu'on va faire aujourd'hui. Ça fait que ça, je voulais régler
le pourquoi du préambule puis pourquoi il y a certaines choses qui se retrouvent
là qui ne se retrouvent pas dans le projet de loi.
Pour ce qui est du Principe de Joyce, M.
le Président, dans mes <remarques...
M. Lafrenière :
...M.
le Président, dans mes >remarques préliminaires, j'ai dit que c'était
pour être sensible et difficile. Mon collègue vient de l'illustrer carrément.
Certains groupes trouvent que je ne devrais pas le mentionner, mais pas du tout.
Ils ont un malaise avec ce que je... à ce que je l'utilise. Puis j'ai posé la
question bien ouvertement, puis tantôt on a dit qu'on ferait différemment, j'ai
hâte d'entendre les gens honnêtement. Moi, je trouve... puis plusieurs groupes
aussi, puis c'est là la beauté de la chose, ils disent qu'on ne peut pas passer
à côté de ça.
Mon collègue me dit : M. le ministre,
pourquoi vous ne reconnaissez pas le racisme systémique? Moi, ce n'est pas moi
comme individu, je veux juste mettre ça très, très clair. Puis, si c'était si
simple que ça, ça aurait été fait dans le passé aussi, M. le Président. Je l'ai
dit tantôt, ce n'est pas d'hier. Dans le passé, les autres gouvernements ont
hésité eux autres aussi. Je pense qu'ils se sont rendu compte de la même chose
que moi. Pourquoi, M. le Président, quand on utilise le terme... Ce n'est pas
de savoir si moi, j'aime ça, si je suis d'accord avec le collègue ou l'autre
collègue qui est ici, mais, s'il y a 30 % de la population qui se ferme,
qui ne nous écoute plus, là où moi, j'ai un problème, comme gouvernement
responsable, c'est que je ne suis capable d'agir, M. le Président, pour faire
la lutte à... la lutte au racisme, la lutte à l'intolérance. Il y a des gens
qui réagissent sur les médias sociaux, puis ce n'est pas ça, là, je... je
trouve qu'on perd ce focus-là. On a toujours dit, puis je veux mettre ça clair
avec le collègue : Il y a du racisme, il y a de l'intolérance, il y a du
profilage, et je le dis dans cette Chambre, M. le Président, on l'a reconnu.
Non seulement on l'a reconnu, puis on a nommé un ministre responsable de la
Lutte au racisme, qui n'avait jamais été fait, on a mis un plan d'action aussi,
M. le Président, avec des résultats que les gens ont pu voir. Est-ce que c'est
fini? La réponse, c'est non. Est-ce que la lutte au racisme, on doit la
poursuivre à tous les jours? Absolument, M. le Président.
Moi, ce que je veux dire, puis c'est un
débat qu'on a eu à plusieurs reprises, j'ai toujours été à la même place pour
ce qui est du racisme systémique. Le Principe de Joyce, on veut s'en inspirer,
c'est important. Ce qui a été mis là-dedans, c'est important, on se l'est fait
dire clairement : On ne peut pas l'adopter si on ne reconnaît pas la
notion de racisme systémique. Puis, je pense, tout le monde comprend autour de
la table ce que ça l'amène comme dilemme. Mais on veut quand même... on trouve
ça important, dans le préambule, de marquer le pas, de se rappeler l'importance
de ce qui a été vécu là. Puis c'est pour ça qu'on l'a présenté, M. le
Président, puis c'est pour ça qu'on l'amène dans le préambule, parce qu'on...
Avec tout ce qui a été vécu, avec ce que ça a causé, puis la collègue de la
deuxième opposition en a parlé dans ses remarques préliminaires, c'est un
électrochoc. On ne peut pas ne pas... on ne peut pas passer à côté de ça, M. le
Président, c'est pour ça qu'on l'a amené dans le... dans le préambule.
Puis je réponds à l'autre question aussi.
Le collègue me demandait au niveau de la... de la justice sociale, mais c'est
l'égalité des chances. C'est un principe qu'on a aussi dans notre plan d'action,
notre le plan d'action sociale, M. le Président. Ce principe-là, de justice
sociale, d'égalité des chances, c'est important, puis ça nous a été demandé par
un groupe lors des consultations, puis c'est ITUM. Donc, les gens de Uashat qui
étaient avec nous, les Innus de Uashat, quand on a fait des consultations, ils
nous l'ont demandé. Puis, M. le Président, vous allez voir, au fil de nos
travaux qu'on va faire ensemble, il y a 14, 14 points qu'on a été capable
de changer suite à tout ce qu'on a reçu comme consultations, comme mémoires.
Alors, ça, c'est un point qui avait été demandé, M. le Président.
• (16 h 50) •
Le Président (M.
Bachand) :M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Ça va, M. le
Président. Je vous remercie.
Le Président (M.
Bachand) :Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Mme Massé : Oui, bien, je...
Justement, je saute dans le bain de la justice sociale, ça me connaît. Blague à
part. Premièrement, je tiens à dire que j'étais contente, à l'instar de
plusieurs, de voir qu'on allait aborder ce projet-là... de loi là en se disant
que, dans le corpus législatif, c'est tellement important qu'il faut qu'on
mette un préambule. On doit, le législateur... puis ça, c'est nous autres, là,
hein, on réitère, le législateur, ce n'est pas seulement la partie
gouvernementale, c'est tous nous autres qui travaillons ensemble, on doit être
capable, de ce qui sortira de nos consensus... puis là, bien, je vais... on
verra, là, mais ce qui sortira de nos travaux, il faut être capable d'exprimer
le plus clairement possible l'esprit dans lequel on veut travailler ça.
Alors donc, je souligne, je suis vraiment
contente qu'il y ait un préambule. Maintenant, allons plus dans le contenu,
puis là, bien, je comprends, c'est la force de... le type de discussion qu'on a
présentement, on est à discuter de façon plus générale. Je vais vous demander
éventuellement de vous prononcer, M. le Président, à savoir, si on a des
amendements, nous, comme opposition, à quel moment donné il serait opportun de
les apporter, mais, pour le moment, allons sur un des considérants, dont le
ministre de... vient faire d'état, c'est-à-dire le deuxième considérant :
«Que l'approche de sécurisation culturelle repose sur le principe de justice
sociale et qu'elle contribue — bon — à favoriser les liens
de confiance avec les Premières Nations et les Inuit.» Je regardais le mémoire
qui a été présenté par le CSSSPNQL, <hein...
Mme Massé :
...le
CSSSPNQL, >hein, la <i>commission de la santé et services sociaux
des Premières Nations du Québec et Labrador. C'est sûr qu'ils se sentent
extrêmement interpelés par ce projet de loi là puisqu'il est question de santé
et qu'eux, depuis quelques décennies, je ne me souviens pas, c'est leur mandat
de se préoccuper de la question de la santé envers les gens des Premiers
Peuples. Bien sûr que c'est le gouvernement du Québec qui a la responsabilité
lorsque les gens sont hors communauté, en dehors des réserves, ça, les gens
doivent le savoir, mais le CSSS... on va l'appeler comme ça, le CSSSPNQL, parce
que vous allez l'entendre souvent, ont, eux et elles, une responsabilité par
rapport à la question de la santé et des services sociaux dans les différentes
communautés. Et une des choses qu'ils ont amenées en matière de considérants,
parce qu'eux, ils en ont fait une proposition, puis c'est sûr, ça va dans le
même sens de ce que <i>l'assemblée des Premières Nations, donc les chefs
réunis, ont fait... ont dit, pardon, dans leur déclaration des Premières
Nations sur la sécurisation culturelle, c'est : La justice sociale n'est
pas là.
En fait, il y a beaucoup plus que ça, on parle
de droits, c'est fondamental, tu sais, on est dans le droit, puis on parle de
droits à la santé, au mieux-être, à l'autodétermination, l'autogouvernance, le
droit à l'égalité réelle, l'autogouvernance en matière de données — j'en
reparlerai plus tard — le respect de la sécurisation culturelle,
telle que définie par les Premières Nations, la continuité des soins. Bref, je
ne veux pas tout le lire parce que... mais ils ne parlent pas de justice
sociale. Puis je peux comprendre parce qu'à quelque part, ça, c'est notre
langage à nous, «justice sociale», mais leur langage à eux est plutôt clair sur
qu'est-ce qu'une approche en sécurisation culturelle devrait être, devrait
contenir... en tout cas, une approche devrait être, et ça ne ressemble pas à «que
l'approche de sécurisation... repose sur les principes de justice sociale».
Alors, j'aimerais ça vous entendre,
puisque cette recommandation-là vous a été faite dans le mémoire du CSSS,
c'était la troisième recommandation. Qu'est-ce qui fait que vous êtes parti de
leur propre définition de ce que devrait être l'approche, à quoi ça devrait
répondre, et atterrir sur «justice sociale»?
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Juste pour
répondre à votre question, quand vous serez prêts pour les amendements, nous
serons prêts aussi. Alors, M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Lafrenière : Merci, M. le
Président. Écoutez, c'est une bonne question. Puis je veux... je veux rassurer
la collègue, ça a été mentionné, en passant, parce qu'elle fait référence à...
c'est des termes qui nous appartiennent, quand on parle de justice sociale, ça
nous a été amené par ITUM, donc, qui est un... qui est... qui est des Premières
Nations, j'étais pour dire autochtones, et le Bureau du Principe de Joyce.
Alors, ce n'est pas un concept qu'on a sorti de notre côté, M. le Président,
c'est vraiment des recommandations qu'on a reçues.
Le Président (M.
Bachand) :Mme la députée, oui, de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Mme Massé : C'est... Je
trouve ça intéressant. Je trouve ça intéressant. Prenez le temps de prendre une
gorgée d'eau. Si vous voulez, j'ai des petites pastilles aussi, des paparmanes roses,
M. le ministre. C'est une autre génération. Vous êtes plus jeune que moi.
Bien. Merci de l'explication. Ce que je
trouvais intéressant dans l'utilisation de la recommandation n° 3...
Parce que, vous avez raison, c'est des choix que vous avez à faire entre
différents groupes qui proposent différentes façons de dire les choses, de
nommer les choses, etc. Ce que je trouvais intéressant dans la façon dont le
CSSSPNQL...
Vous me faites compétition, vous,
là, vous lui donnez des pastilles, hein? Eh, seigneur, moi qui pensais adoucir
son coeur avec mes pastilles. Un peu de sérieux, je suis désolée.
C'est que... Dans la définition ou dans le
considérant, l'ajout que nous proposait le CSSSPNQL, c'est que ça reprenait des
termes clairs qui sont dans la <i>déclaration des Nations unies pour le
droit des peuples autochtones. Je trouvais qu'il y avait un intérêt à utiliser
cette définition-là... cet apport-là, parce <que...
Mme Massé :
...cet
apport-là, parce >que ce n'est pas vraiment une définition, c'est un
considérant. Donc, qu'est-ce qui vous a guidé? Parce que je le sais, puis on a
déjà adopté collectivement une motion sans préavis ici, à l'Assemblée
nationale, qui déclarait que nous étions d'accord avec les principes de la
déclaration des droits des Nations Unies. Qu'est-ce qui a fait que vous êtes
allé vers ça plutôt que la déclaration?
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre.
M. Lafrenière : Merci à ma
collègue, qui m'a laissé le temps de reprendre mon...
Mme Massé : C'est correct.
M. Lafrenière : C'est bien
gentil.
Mme Massé : Toujours.
M. Lafrenière : Quand on parle
de justice sociale... Ce que vous avez, en passant, c'est la définition de
l'OQLF. C'est ce qu'elle... c'est comme ça que c'est défini. Et, quand on a
entendu les groupes, on parle d'ITUM, on parlait tantôt du Bureau du Principe
de Joyce, c'est des éléments que tu as amenés... Cependant, ma collègue, quand
elle fait référence à ce que la CSSS avait amené, ça fait partie de la
définition que vous allez voir plus tard, et je vais vous la déposer plus tard.
On a pris certains éléments aussi. Ça fait que ma collègue a raison, on reçoit
beaucoup de mémoires, de consultations, on essaie de prendre un petit peu de
tout pour faire refléter ce qu'on a entendu. Tantôt, je l'ai dit, puis je veux
bien le dire avec une voix qui est à 100 % là, là, je veux la rassurer, le
terme «justice sociale» a vraiment été dit et demandé par, entre autres, deux groupes,
dont le groupe du Principe de Joyce, qu'on trouvait important... le Bureau du
Principe de Joyce — pardon, je vais le dire comme il faut.
Mme Massé : Oui. Merci. Et ne
serait-il pas pertinent, puisque l'Assemblée nationale du Québec a déjà adopté
une motion qui reconnaît les principes de la déclaration des Nations unies pour
le droit des peuples autochtones... Ça, c'est une étape qu'on a faite ensemble
dans la règle de l'art de... Est-ce qu'il ne serait pas opportun d'inscrire au
niveau du préambule quelque chose? Bon, plusieurs mémoires ont parlé de
l'article 19, de la... de la déclaration, d'autres, de la CAT, bref, na, na,
na, mais nous, comme parlementaires, on s'est quand même entendus sur la
reconnaissance des principes de la déclaration des Nations Unies sur le droit
des peuples autochtones. Il y a... il y a... Dans votre tête, M. le ministre,
est-ce qu'il y aurait de l'espace pour... je ne sais pas exactement comment,
mais on est là justement pour avancer, pour inscrire dans le préambule, en
disant : Bien, nous, les parlementaires du Québec, on considère que la
déclaration, là, ces principes, là, ça nous guide, ça, ça devrait être un
guide, ça, pour nous autres?
• (17 heures) •
M. Lafrenière : Merci, M. le
Président. Comme je disais tout à l'heure, quand on regarde l'article 24, ça
nous a vraiment guidés, vraiment guidés quand on a fait la définition de
sécurisation culturelle. Puis je veux revenir sur ce qu'on a dit tantôt avec la
collègue, dans notre échange, quand on parlait de justice sociale, la
définition de l'OQLF, c'est : «...permet la création de règles atténuant
les inégalités.» On veut adopter des mesures pour achever des services de
qualité auxquels ils ont droit. C'est ça qui nous a guidés. C'est ce que je
voulais dire tout à l'heure, c'est ce qui nous guide, c'est ce qu'on veut
obtenir, c'est ce qu'on veut faire.
Tantôt ma collègue se demandait où j'étais
dans ma tête. C'est ce qui nous guide, c'est là où on va. Déclaration des
Nations Unies, l'article 24, on s'en est servi pour créer notre définition
de sécurisation culturelle. On va le voir un petit peu plus tard. Alors, je
suis d'accord avec la collègue, c'est quelque chose de... dans... qui... il
faut s'en inspirer. Il y a des belles choses à aller voir là-dedans, M. le
Président.
Mme Massé : Je pense, M. le
ministre, en tout respect, qu'on doit plus que s'en inspirer puisque nous avons
déjà dit, comme parlementaires, qu'on était d'accord pour reconnaître ces
principes-là. Alors, je pense qu'il faut plus que s'en inspirer. C'est mon
premier... mon premier commentaire.
Et, pour ce qui est de la justice sociale,
je comprends la définition de l'OQLF. Est-ce que vous nous l'avez fournie, la
définition de... Vous dites que, «justice sociale», vous vous êtes appuyé sur
la définition de l'OQLF. Est-ce que vous nous l'avez fournie d'une quelconque
façon? C'est sûr qu'avec M. Google, je peux aller la chercher, là.
M. Lafrenière : Tantôt, quand
on aura la discussion, M. le Président, quand on parlera de la définition, on
pourra revenir.
Mme Massé : Parfait. Parce
que vous allez...
M. Lafrenière : C'est ce qui
nous a guidés. Comme je disais tout à l'heure, c'est ça qui nous a guidés, qui
nous a inspirés, M. le Président, c'est ce qu'on veut donner, des soins, puis
je pense que tout le monde est d'accord là-dessus.
Mme Massé : Oui et non.
M. Lafrenière : Allez-y.
Mme Massé : Oui, parce
qu'effectivement, en bout de ligne, ce qu'on veut...
17 h (version révisée)
Mme Massé : ...oui,
parce qu'effectivement, en bout de ligne, ce qu'on veut, c'est que... devant
nos services publics, peu importe les gens qui se présentent devant nos
services publics, aient accès de façon égalitaire aux mêmes services. Ça fait
que mon... oui, là, c'est... je ne voudrais pas que personne ici ne pense que
je ne veux pas ça, au contraire, c'est clair que je veux ça. Mais, pour moi,
dans les mémoires, j'ai aussi compris qu'il y avait une différence entre la
sensibilisation culturelle et la sécurisation culturelle. Puis c'est sûr que je
ne suis pas la meilleure pour vous en parler, je pense que c'est vraiment les Premières
Nations qui peuvent vous parler, et les Inuits, peuvent vous parler de ça. Mais
ce que j'en ai compris, je vais dire ça comme ça, c'est que, dans les faits,
pour être capable de réellement répondre aux impératifs d'une sécurisation
culturelle, c'est-à-dire que les gens se sentent en sécurité pour aller
chercher, recevoir un service public, mettons qu'ici on parle de la santé, mais
c'est vrai en éducation, c'est vrai en justice.
Tu sais, un coup qu'on a assis la sécurité
culturelle, là, vous allez voir, ça va revenir un peu partout... en fait, ça
devrait revenir un peu partout. Mais ce que je comprends de l'importance, c'est
de faire le cheminement, pas juste de dire : Il faut que je serve tout le
monde de la même façon, c'est de dire : J'ai fait l'effort de comprendre c'est
quoi, les impacts du colonialisme, c'est quoi, les impacts sur moi, comme
individu, les impacts sur nos systèmes. Puis, vous savez, on le sait, là, les
exemples, il en pleut, et je ne veux pas les reprendre ici, on a le temps d'en
discuter, je suis plus au niveau du principe. C'est que, pour moi, la justice
sociale, elle vient assurer que le service soit donné comme il devrait être
donné à tous les êtres humains de façon égale et équitable. Mais pour que ce
soit ça, il faut qu'il y ait, en amont, reconnaissance des discriminations
historiques qu'a apporté, malheureusement, le colonialisme et son lot. Alors, c'est
pour ça, puis je vous jure, M. le ministre, là, je réfléchis. Je n'avais pas
réfléchi à pourquoi «justice sociale». J'ai vu le mot puis j'ai fait : Yé,
justice sociale, j'aime ça. Mais quand je creuse et quand je prends le temps de
m'arrêter puis d'essayer de saisir, c'est évident que je vais avoir tendance à
plus aller du côté de la <i>Déclaration des Nations unies, parce que les...
ces déclarations-là ont été co-construites avec les Premières Nations, puis
avec les Premières Nations de la planète, en plus, là.
Mais on sait qu'on a des gens ici, au
Québec, qui ont été largement impliqués, les gens des Premières Nations qui ont
été largement impliqués dans l'atterrissage, le 20 ans de travail pour
faire atterrir cette déclaration-là. Ça fait que c'est pour ça que j'ai
tendance, naturellement — je n'y avais pas pensé jusqu'à date, mais
là on est là pour réfléchir ensemble — j'ai tendance à me dire :
L'OQLF, voilà, c'est une instance allochtone que je respecte énormément. Ce n'est
pas... ici, ce n'est pas le sujet de mon propos. Mais, lorsque parallèlement à
ça, j'ai et la Déclaration des Nations unies, que je comprends qu'on verra,
mais là, je suis juste dans l'esprit qui nous guide, et la Déclaration des
Nations unies et l'APNQL, et deCSSSPNQL qui nous disent : Ça serait le fun
de voir apparaître, dans le préambule, justement, un considérant qui assoit l'esprit
des principes de la Déclaration des Nations unies, vous comprendrez que je suis
tentée d'aller de ce bord-là, parce que je suis en co-construction avec eux
autres. Alors, c'est là que je suis, là, c'est là que je suis rendue. Vous m'avez
amenée là, cher député d'Acadie, sans le savoir.
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre.
M. Lafrenière : Oui.
Merci, M. le Président. Puis, oui, effectivement, dans la définition de
sécurisation culturelle, plusieurs éléments qu'on va voir tantôt. Je veux juste
rassurer la collègue, quand je disais tantôt, je faisais référence à l'OQLF,
c'est... un des documents qui nous a guidés, comme ITUM, comme <le...
M. Lafrenière :
...un
des documents qui nous a guidés comme ITUM, comme >le Bureau du Principe
de Joyce. Et on parlait d'atténuer les inégalités, c'est exactement ce qu'on
recherche. Puis je veux rassurer la collègue, puis c'est sur le premier
considérant, M. le Président, que «dans la prise en compte des droits des
usagers de recevoir des services de santé et des services sociaux adéquats, les
membres des Premières Nations et des Inuits doivent être distingués des autres
usagers». Je pense que c'est exactement ce que la collègue vient de dire quand
elle dit : C'est vrai qu'il y a des inégalités un petit peu partout, mais
c'est particulier du côté des Premières Nations et des Inuits, je pense qu'on
l'assoit très bien dans le premier considérant quand on dit qu'ils ont leur
histoire, qu'on ne vient pas la raconter à leur place. On ne vient pas dire, à
leur place, ce qu'ils vivent. On dit que ça leur appartient, c'est leur
histoire, leur culture. Je pense que, clairement, on respecte la limite de ne
pas parler en leur nom, à leur place. Puis oui, on fait... on s'est inspiré de
la DNUDPA, oui, on s'est inspiré de plusieurs choses, M. le Président. Ma
collègue a bien raison.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Je vais céder la parole
au député d'Acadie. Je vais revenir avec la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques
plus tard. M. le député d'Acadie.
M.
Morin : Oui,
merci, M. le Président. Alors, simplement pour rappeler, et c'était en 2019,
Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques avait présenté la motion, entre
autres, suite aux conclusions de la commission Viens, et les conclusions de la
commission demandaient au gouvernement de reconnaître les principes et de
s'engager à négocier la mise en œuvre de la Déclaration des Nations unies sur
les droits des peuples autochtones avec les Premières Nations et les Inuits. Il
y a un des allégués qui disait : «Que l'Assemblée nationale demande au
gouvernement du Québec de reconnaître les principes et de s'engager à négocier
la mise en œuvre de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples
autochtones avec les Premières Nations et les Inuits.» Cette motion-là a été
adoptée à l'unanimité.
• (17 h 10) •
Mon point est le suivant : quand on
parle, maintenant, du projet de loi n° 32, et je vous tends la main, M. le
ministre, je pense qu'on a une opportunité, ici, de poser un geste concret pour
suivre, évidemment, cette motion qui a été adoptée à l'unanimité par
l'Assemblée nationale du Québec en 2019. Et, moi, ce que je vous soumets, dans
le cadre de nos discussions, et j'utilise, bon, différents mémoires qui nous
ont été déposés, dans le mémoire du Bureau du Principe de Joyce, le Bureau
demande d'amender le préambule afin d'y inclure une reconnaissance de l'état
actuel des lieux pour qu'on soit capables, après, dans le cadre du projet de
loi, de bien cerner les différents enjeux pour essayer de les corriger. C'est
une demande spécifique qui nous est faite. Le préambule actuel donne une
indication, mais, quant à moi, ne reconnaît pas d'une façon spécifique l'état
actuel des lieux. Je suis quand même heureux de voir qu'il y a un préambule. Je
pense que c'est quand même une manifestation, une intention du gouvernement
d'accorder un volet particulier à ce projet de loi. Bien, moi, ce que je vous
invite à faire, M. le ministre, c'est d'être plus précis. Parce que quand on
regarde la motion qui a été adoptée par l'Assemblée nationale en 2019 et
qu'après ça, on va voir la Déclaration des Nations unies sur les peuples... les
droits des peuples autochtones, au départ, avant même de débuter la
nomenclature avec les articles, avant même d'arriver à l'article 24, on
dit que la déclaration réaffirme que les peuples autochtones, c'est le langage
des Nations unies, dans l'exercice de leurs droits, ne doivent faire l'objet
d'aucune forme de discrimination.
Après ça, quand on va voir le mémoire qui
a été déposé par la Commission de la santé et des services sociaux des
Premières Nations, du Québec et du Labrador, on nous dit, et je cite, à la
page 10 : «L'implantation d'une véritable approche de sécurisation
culturelle exige de reconnaître toute forme de discrimination, y compris le
racisme systémique, pour adopter des mesures correctives et efficaces». Bon,
par conséquent, on ajoute : «Une loi sur la sécurisation culturelle qui ne
reconnaîtrait pas le racisme et la discrimination systémique serait
contradictoire et inefficace».
Bien, moi, ce que je vous invite à faire,
M. le ministre, c'est que, puisque dans la déclaration, on souligne... à juste
titre, on réaffirme que les peuples des Premières Nations... membres des
Premières Nations et des Inuits ne doivent faire l'objet d'aucune forme de
discrimination, dans le mémoire de la Commission de la santé et des services
sociaux et des Premières Nations et du Labrador, on <nous...
M. Morin :
...dans
le mémoire de la Commission de la santé et des services sociaux et des
Premières Nations et du Labrador, on >nous dit qu'une véritable approche
de sécurisation culturelle doit reconnaître puis éliminer toute forme de
discrimination, alors pourquoi, dans le préambule, ne pas indiquer clairement
qu'il faut considérer que les membres des Premières Nations et les Inuits ne
doivent faire l'objet d'aucune forme de discrimination quand ils ont accès ou
qu'ils reçoivent des services de santé ou des services sociaux? Pour moi, et je
vous le soumets, c'est plus précis, plus clair et ça permet de décrire l'état
des lieux, en partie, ce qui rejoint ce que le Bureau du Principe de Joyce nous
disait. Et ça campe exactement ce que le gouvernement veut faire, et pour moi,
c'est beaucoup plus précis, à tout le moins, et je vous le soumets, que de dire :
«Ils doivent recevoir des services adéquats, ils doivent être distingués des
autres usagers.» Écoutez, «recevoir des services de santé et des services
sociaux adéquats», c'est un minimum. Je veux dire, tout le monde s'attend à ça,
dans notre société. Mais le véritable enjeu, avec les membres des Premières
Nations et les Inuits, je pense, c'est au-delà de ça.
Ce qu'on essaie de corriger, ici, c'est
qu'ils ne subiront plus de discrimination quand ils auront accès aux services
de santé et aux services sociaux adéquats. Je reviens à la façon dont Mme Joyce
Echaquan a été traitée. Je comprends, je vous ai compris, là, racisme
systémique, là, ça pose un problème. Mais êtes-vous d'accord avec moi pour
admettre que c'est un euphémisme, qu'elle n'a pas été traitée comme les autres
patients puis qu'elle a subi de la discrimination? Est-ce qu'on est d'accord
pour dire que, dans son cas, c'est assez évident, là?
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre.
M. Lafrenière : M. le
Président, c'est une évidence même. On a tous entendu le rapport du coroner. Et
j'ai tellement envie de passer à l'article 0.1, M. le Président, pour
répondre à mon collègue, qu'il voit la définition, qu'il voit que ce qu'il
vient de mentionner, ça se retrouve presque mot pour mot. Alors, mon collègue a
raison. Juste nous rappeler collectivement que ce qu'on fait présentement,
c'est un préambule. Ce n'est pas le projet de loi, ce n'est pas l'article par
article. Comme il dit, il faut être beaucoup plus précis, il a totalement
raison. Je nous invite à regarder dans les prochains articles. Mais oui, la <i>Déclaration
des Nations unies, on s'en inspire, je vous l'ai dit.
Pour la mise en œuvre, M. le Président...
Parce qu'en passant, on a voté à trois reprises, on est unanimes. Je pense que
le message est très fort. Pour ce qui est de la mise en œuvre, j'ai invité les
Premières Nations, via l'APNQL, en disant : Est-ce qu'on... vous voulez
qu'on s'assoie pour voir sur quelle forme ça prend? On n'est pas rendus là, M.
le Président. L'offre a été faite. On n'est pas rendus là parce qu'il faut
savoir quelle forme ça va prendre. Mais on ne reste pas assis, M. le Président.
Je veux rassurer mon collègue aussi, je
l'ai dit dans mon... ce matin dans mes remarques préliminaires, quand on
regarde ce qu'on fait avec les Cris, les Inuits, les Naskapis, de leur propre
aveu, ça dépasse de beaucoup ce qu'il y a dans la Déclaration des Nations unies.
Nous, ce qu'on veut... Puis présentement, sans donner trop de détails sur ce
qu'on négocie, nous négocions présentement des ententes de nation à nation. On
veut aller plus loin que ça. C'est la façon qu'on a trouvée, M. le Président,
de ne pas faire du mur-à-mur. Le collègue a raison, on s'en inspire, vous allez
le voir dans des articles qu'on va passer ensemble. On s'en inspire.
Le Président (M.
Bachand) :M. le député d'Acadie.
M.
Morin : Oui.
Alors, on arrivera aux articles du projet de loi. Puis le préambule, ce n'est
pas un article du projet de loi, j'en convient, c'est très clair. Sauf que pour
moi, le préambule, bien, c'est un peu comme mettre la table, puis après, bien,
il y aura d'autres éléments plus substantifs qui vont arriver. Alors, je me
dis, bien, pourquoi ne pas la mettre comme il faut, si vous me permettez? Puis
pourquoi ne pas... ne pas reconnaître dans le préambule d'abord, et mettre ce
principe-là, puis après, bien, si, évidemment, on peut le spécifier davantage
dans le cadre d'articles, tant mieux. Mais je vous dirais que pour moi, si le
préambule veut vraiment dire quelque chose, puis si, après, pour les gens qui
nous suivront puis qui voudront regarder pourquoi il y a ces dispositions-là,
bien, évidemment, ils pourront voir le préambule, ce qui ne sera pas dans la
loi, puis là, bien, ils vont comprendre ce que le législateur a fait.
En fait, un des éléments clés, pour moi,
de cette loi-là, pour l'approche de sécurisation, c'est de s'assurer que les
membres des Premières Nations et des Inuits ne <subiront...
M. Morin :
...de
sécurisation, c'est de s'assurer que les membres des Premières Nations et des
Inuits ne >subiront plus, ne feront plus l'objet d'aucune forme de
discrimination. Alors, mon invitation pour M. le ministre, c'est : Pourquoi
ne pas le mettre clairement dans la loi, puisque de toute façon, plusieurs
groupes nous ont invités à le faire? Et si, par la suite, on l'aborde d'une
façon spécifique avec des articles dans le projet de loi, tant mieux, mais
disons-le tout de suite. Et ça nous permet de... d'écouter, de recouper, de
mettre en œuvre plusieurs recommandations qui nous ont été faites par des
groupes pendant la période des consultations particulières.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le ministre.
M. Lafrenière : Oui.
Merci, M. le Président, puis et c'est la beauté de la chose, quand on s'est dit
qu'on regarderait ensemble le préambule, qu'on le mettrait de côté puis on y
reviendrait, puis c'est ce qu'on a fait dans 79, M. le Président, ça nous a
permis de voir, premièrement, ce qu'il y avait dans le projet de loi. Nous,
quand on a travaillé, ce qu'on s'est dit sur ce projet de loi, on s'est dit :
Ça n'a pas force de loi, on voulait l'écrire dans un article parce que ça avait
force de loi, mais j'ai très bien entendu le point du collègue puis je vous
suggère, M. le Président, comme on s'était dit, nous le mettrons de côté, on
pourra passer aux autres articles, puis on verra si ça se retrouve, sinon, on aura
le loisir d'en reparler plus tard, M. le Président. J'ai bien entendu la recommandation.
Le Président (M. Bachand) :
Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Mme Massé : Oui, M. le
Président. Bien, c'est ça. Je pense que mon collègue de l'Acadie exprime
clairement ce que je disais plus tôt, c'est-à-dire qu'il faut qu'on trouve une
façon d'au moins inscrire, dans le préambule, cet esprit que nous avons un
consensus à l'Assemblée nationale. Vous savez, les Premières Nations nous
disent souvent, notamment les représentants des élus, tu sais, oui, il y a le
gouvernement, mais eux, ils traitent... ils veulent traiter avec toutes nous
autres, parce que nous sommes... Ce n'est pas juste notre gouvernement, nous
sommes le peuple québécois. Ce n'est pas juste le 43 % qui ont élu le
gouvernement actuel, c'est tout le monde, y compris qui ont voté pour nous.
Alors, dans ce sens-là, pour moi, puis ça va exactement dans le sens de, tu
sais, quand je vous avais parlé d'amendements, là, c'est cet amendement-là que
je voulais, mais... mais je pense, tu sais, là, j'entends l'ouverture du
ministre, je pense qu'on va l'écrire comme il faut puis on y reviendra.
L'important, c'est d'avancer. D'autant plus qu'il y a probablement d'autres
éléments dans le préambule qu'on souhaite pouvoir aborder, là.
• (17 h 20) •
Le Président (M.
Bachand) :Ce que je comprends des
conversations, c'est qu'il y avait une première discussion sur le préambule et
que la commission, les membres de la commission seraient d'accord pour le
suspendre et puis après ça, de continuer. Mais on pourrait y revenir au souhait
de la commission. Est-ce que j'ai bien compris? Est-ce qu'il y a d'autres
interventions, à ce moment-ci, donc, sur le préambule? Alors, s'il n'y a pas
d'autre intervention, donc, on est d'accord... Oui, allez-y, Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques,
pardon.
Mme Massé : En fait,
j'ai besoin que vous m'expliquiez, M. le ministre. Vous dites qu'il y a des
groupes qui étaient mal à l'aise de voir apparaître dans le préambule la
question du Principe de Joyce. D'autres qui auraient voulu, et j'en suis, voir
apparaître la reconnaissance du racisme et de la discrimination systémique.
Mais j'ai de la difficulté à comprendre les gens qui... ou les groupes ou les
élus qui étaient en défaveur du Principe de Joyce. C'était quoi, le problème?
Je ne saisis pas bien.
M. Lafrenière : ...question,
M. le Président, excusez, j'aurais dû vous laisser la parole entre les deux. On
est tellement animés pour répondre à ça. Ils n'étaient pas contre le Principe de
Joyce du tout. Ce n'est pas ce que j'ai dit. Ce qui... le malaise, pour
certains, c'est qu'on le mentionne dans notre projet de loi sans l'adopter
complètement comme ça, comme vous savez. Quand je vous dis ça, vous le savez,
je suis transparent, je vous fournis des armes, mais je pense qu'il faut être
transparent, il faut tout se dire. Alors, le malaise, il était là. Puis c'est
un petit peu ce que j'ai dit au tout début. On ne le fait pas, c'est une
erreur, on le fait, c'est... On l'a dit, c'est sensible, on le comprend. Voilà
pourquoi pour moi, c'est un incontournable, puis je pense que vous l'avez bien
dit, je veux dire, c'est la réalité, c'est ce qui est arrivé et c'est ce qui a
provoqué beaucoup de changements. Mais je tenais quand même, en toute
transparence, dans cette assemblée, à vous transmettre ce petit malaise. Puis
ce n'est pas... ce n'est pas 40 groupes, là, mais quand même, je voulais
vous le partager, M. le Président. Merci.
Mme Massé : Bien, dans
ce cas-là, M. le ministre, dans notre façon «funky» de jouer... bien, pas de
jouer parce que ce n'est pas un jeu, de travailler en dehors du cadre ou, à
tout le moins, d'essayer quelque chose de nouveau, moi, je vais être intéressée
de discuter avec les groupes pour dire... parce que je le sais, et ça avait été
nommé, notamment au niveau de... du CSSSAPNQL, de mieux comprendre parce que je
suis sensible, et je sais que vous l'êtes aussi, à cette idée de...
d'appropriation culturelle. Et là, je le sais, mais laissez-moi m'expliquer. Je
ne vous <dis...
Mme Massé :
...d'appropriation culturelle. Et là, je le sais, mais
laissez-moi m'expliquer. Je ne vous >dis pas qu'on est en train de
s'approprier quelque chose culturellement, mais ce que les gens nous disent,
c'est que vous ne pouvez pas, vous, allochtones, parce que, là, ce n'est pas
juste vous, c'est moi, aussi, qui va mettre mon nom là-dessus, vous ne pouvez
pas seulement faire allusion au Principe de Joyce sans vous enraciner
profondément. Alors, puisque... je suis en train d'annoncer tous mes
amendements, moi aussi, M. le ministre, mais puisque nous allons rencontrer des
groupes, qu'on va discuter, on va les entendre là-dessus, on va essayer de,
disons, déconstruire la quadrature du cercle, ça fait que, donc, j'annonce déjà
que, probablement, lorsqu'il sera temps de vraiment adopter le préambule et
surtout quand on aura fait le travail. Parce que j'ai confiance, puis j'ai
confiance, M. le ministre, que c'est vrai que vous avez fait l'effort
d'intégrer. Moi, je n'en suis pas là, ceci... même si en termes de processus,
j'ai beaucoup de questions. Mais on a ouvert une autre porte, ça fait que je ne
la fermerai pas d'entrée de jeu. Ça fait que je me laisse la chance aussi de
voir. Ça fait qu'on s'en reparlera plus tard.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Autres
interventions? M. le député? M. le ministre, oui, pardon.
M. Lafrenière : Oui.
Merci, M. le Président. Bien, il y a deux choses, je pense, très clairement,
avant de fermer le préambule, M. le Président, je le dis devant cette
Assemblée, s'il y a unanimité, les gens que vous rencontrez nous disent qu'ils
veulent qu'on retire la mention du Principe de Joyce, je vais le retirer. Je
veux mettre ça clair. Puis je veux aussi être honnête et transparent en vous
disant qu'il y en a plusieurs qui y tiennent aussi. Ça fait que c'est le
message que je passe, je ne peux pas être plus transparent.
Puis quand ma collègue dit qu'elle veut
faire les choses différemment, si elle veut me déposer tous ses amendements en
liasses, comme j'ai fait plus tôt, ça va me faire plaisir. Mais, blague à part,
M. le Président, faisons les choses différemment. Puis comme elle l'a dit, on
va pouvoir entendre les gens, mais le terme, ce n'était pas... juste le terme
que j'ai entendu, c'est qu'ils ne voulaient pas être instrumentalisés ou qu'on
instrumentalise... puis je le comprends. Puis c'est là, je vous dis, la ligne
est mince, je suis très transparent. On veut le mentionner parce que c'est
arrivé puis on ne peut pas passer à côté, puis je pense que les proches de
Joyce pourraient nous le reprocher, dans plusieurs années. D'un autre côté, il
ne faut pas les instrumentaliser non plus. Ça fait que trouvons la bonne ligne,
c'est ce qu'on vous propose. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :S'il n'y a pas d'autre
intervention, est-ce qu'on est d'accord... est-ce que la commission est
d'accord pour suspendre l'étude du préambule?
Des voix :Suspendu.
Le Président (M.
Bachand) :D'accord. Alors, merci. Alors,
M. le ministre, pour la suite des choses.
M. Lafrenière : Oui.
Merci beaucoup, M. le Président. C'est à ce moment-ci que je vous propose
d'introduire un nouvel article. Article 0.1, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Allez-y. Vous pouvez en faire
la lecture, s'il vous plaît.
M. Lafrenière : C'est
bon. Parfait.
«Le Parlement du Québec décrète ce qui
suit :
«0.1. Aux fins de la présente loi, la
sécurisation culturelle est une approche qui consiste à mettre en œuvre un
ensemble de pratiques qui visent à assurer, pour les membres des Premières
Nations et pour les Inuits, un accès équitable et sans discrimination aux soins
de santé ou aux services sociaux.
«Cette approche vise à permettre aux
membres des Premières Nations et aux Inuits de bénéficier du meilleur état
possible de santé physique, mentale, émotionnelle et spirituelle. Elle implique
de tenir compte de leur réalité culturelle historique dans l'organisation des
soins et des services et de toute interaction avec eux. Elle implique aussi de
considérer avec respect leurs pratiques ainsi que leurs savoirs traditionnels
et contemporains dans les domaines de la santé et des services sociaux.»
«Santé Québec et tout établissement du
réseau de la santé et des services sociaux doivent adopter une approche...» Je
suis rendu à 1, M. le Président, j'étais parti, là, pour rouler ça. Je suis
désolé, collègues. Alors, ça se terminait avec «services sociaux».
Le Président (M.
Bachand) :Ça va? Ça va pour l'instant?
M. Lafrenière : Alors,
c'est l'article 0.1 qu'on propose comme amendement.
Le Président (M.
Bachand) :Donc, interventions? M. le
député d'Acadie, sur l'amendement au nouvel article 0.1.
M.
Morin : Oui, 0.1.
Vous faites référence, au tout début... et vous mentionnez que les membres des
Premières Nations et des Inuits doivent avoir un accès équitable et sans aucune
discrimination. Donc, je comprends que, par cette disposition-là, vous tentez
de répondre en partie à un allégué de la Déclaration des Nations unies qui
réaffirme que les peuples autochtones, dans l'exercice de leurs droits, ne
doivent faire l'objet d'aucune forme de discrimination.
Maintenant, quand vous parlez... dans
l'approche, et vous définissez la sécurisation culturelle comme «une approche
qui <consiste...
M.
Morin :
...dans
l'approche, et vous définissez la sécurisation
culturelle comme «une approche qui >consiste à mettre en œuvre un
ensemble de pratiques». Là, je comprends que les pratiques comme telles, vous
ne les définissez pas. Vous faites référence à des pratiques qui visent à assurer
un accès équitable, mais on ne sait pas exactement ce que c'est. Et après ça,
bien, vous dites que la conséquence de ça, c'est qu'ils devraient bénéficier du
meilleur état de santé physique, mental, émotionnel et spirituel et que vous
considérez leurs savoirs traditionnels et contemporains. L'ensemble de
pratiques, ça correspond à quoi, pour vous?
M. Lafrenière : Oui,
merci, M. le Président, c'est justement ce qu'on vient dire dans l'article 1
qui va suivre, où on dit ce que les pratiques culturellement sécurisantes
doivent être. Ça, on le dit dans l'article 1.
M.
Morin : OK
M. Lafrenière : Cependant,
M. le Président, puis là, je sais que je vais avoir l'attention de ma collègue
de la deuxième opposition qui va se réjouir, on ne veut pas faire de mur-à-mur,
on veut que ce soit co-construit. Ça fait qu'on dit ce que les pratiques
doivent être. Cependant, M. le Président, on veut s'assurer que ce soit
co-construit localement avec les Premières Nations et les Inuits, alors, ce que
mon collègue demande, c'est vrai qu'on y fait référence largement à 0.1, mais à
1, on dit clairement ce que les pratiques culturellement sécurisantes doivent
être... doivent faire, pardon.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le député d'Acadie.
M.
Morin : Ça va
pour l'instant, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Mme la députée de
Sainte-Marie—Saint-Jacques, s'il vous plaît.
Mme Massé : Oui. C'est
sûr que le Principe de Joyce, l'intérêt qu'on s'y colle et, en fait, à mon
sens, l'intérêt qu'on l'adopterait tel quel, c'est parce que déjà, il fait
consensus chez les Premières Nations. Je sais qu'il y a du travail aussi...
Bien, pas seulement les Premières Nations, aussi les Inuits, c'est vrai, à
travers <I>Makivik, le principe est reconnu. Ça fait que moi, je trouve
que de s'y coller, vous avez eu une très bonne intuition.
• (17 h 30) •
Maintenant, quand je regarde avec
attention... Excusez-moi, je fais un pas de recul. L'autre élément, c'est qu'on
le sait que le Principe de Joyce, parce que les gens nous l'ont dit, s'appuie
sur l'article 24, vous nous en avez fait état tantôt, de la Déclaration
des Nations unies pour les droits des peuples autochtones. Puis l'intérêt,
peut-être, pour les gens qui nous écoutent, parce qu'on... puis c'est de même,
là, quand on parle notre jargon, des fois, on oublie qu'il y a du monde qui
nous écoute, puis ce n'est pas toute du monde qui, comme nous, jouons là-dedans
à temps plein. L'article 24 de la Déclaration... bien, premièrement, la
déclaration a été adoptée par les Nations unies, reconnue par le Canada et je
dirais, aussi, dans ses principes, reconnue par le Québec.
Et l'article 24 dit ceci : «Les
peuples... les peuples autochtones ont droit à leur pharmacopée traditionnelle
et ils ont droit de conserver leurs pratiques médicales, notamment de préserver
leurs plantes médicinales, animaux et minéraux d'intérêt vital. Les autochtones
ont aussi droit d'avoir accès, sans aucune discrimination, à tous les services
sociaux de santé... et de santé.
Et en deuxième alinéa : «Les
autochtones ont le droit, en toute égalité, de jouir du meilleur état possible
de santé physique et mentale. Les États prennent les mesures nécessaires en vue
d'assurer progressivement la pleine réalisation de ce droit.»
Ça, c'est l'article 24 de la
déclaration sur laquelle les autochtones se sont entendus pour asseoir le Principe
de Joyce. Alors, ma question, c'est que le Principe de Joyce, il est... Vous
avez raison qu'au niveau des éléments que vous avez apportés, il y a pas mal d'affaires
qui sont là, mais il manque des affaires assez importantes à mon sens, et c'est
là que j'aimerais qu'on aille ensemble.
Premièrement, on dit du Principe de Joyce,
pour les gens qui nous écoutent, qu'il vise à garantir, alors qu'au niveau de
votre projet de loi, vous dites «qui consiste à mettre en oeuvres un ensemble
de pratiques», etc...
17 h 30 (version révisée)
Mme Massé : ...votre projet de
loi, vous dites «qui consiste à mettre en œuvre un ensemble de pratique», etc.,
parce que, pour moi, dans mon livre à moi, quand on vise à garantir quelque
chose, c'est qu'on veut s'assurer de ce quelque chose là, versus quand on
consiste à mettre en œuvre quelque chose, à la limite, je peux mettre en œuvre
quelque chose de tout croche, mais je l'ai mis en œuvre et je n'ai pas
nécessairement visé à garantir, puis on abordera les autres éléments de tantôt.
Alors, est-ce que, quand je vous dis ça, M. le ministre, vous... ça vous
rappelle vos réflexions, pourquoi vous n'avez pas mis «vise à garantir»?
M. Lafrenière : Merci, M. le
Président. Puis je suis d'accord avec la collègue qu'on a pris, puis je pense
qu'on le voit, là, plusieurs éléments de la <i>déclaration des Nations unies.
Vous avez parlé de pharmacopée, tout ça, on le retrouve clairement là-dedans.
Quand on regarde le terme «vise à garantir», bon, quand on... quand on l'envoie
dans la sphère politique, c'est un message fort, qui est très fort. Au niveau
légal, ça voudrait dire quoi? Puis je vais faire un parallèle avec ma collègue.
Lorsqu'est arrivée la tragédie de Joyce, les gens m'ont dit : Est-ce que
vous pouvez garantir que ça n'arrivera jamais? Je vais vous garantir que je
vais tout mettre en place pour ne pas que ça arrive. Vous comprenez ce que je
veux dire? Tu sais, de venir garantir, de dire : Je vais vous garantir que
ce que je vais vous donner, surtout que la sécurisation culturelle, on va le voir
plus loin, les personnes qui peuvent l'évaluer, c'est ceux qui reçoivent les
soins.
Ça fait que moi, je vais vous garantir que
vous allez être contents, que ça va être correct, alors que les gens pourraient
bien dire : Vous avez tout mis en œuvre, mais il y a des choses qui
demeurent encore en suspens pour nous. Puis on va le voir plus loin — puis,
excusez, souvent, je le dis, M. le Président, mais c'est comme ça, qu'est-ce
que vous voulez que je vous dise — plus loin, on va en parler, on
veut le faire localement, on veut que les gens... qu'il y ait des comités qui
aient leur mot à dire. Ce n'est pas à moi de dire que c'est correct, puis ce que
je te donne, je te garantis que c'est correct pour toi. On veut que ce soit
fait avec les groupes.
Tantôt, je le mentionnais un peu, c'est ce
qu'on a... dans plusieurs cas, vous allez voir le terme «coconstruire», «codévelopper»,
«travailler ensemble» va être là. On ne fait pas du mur-à-mur.
Le Président (M.
Bachand) :Mme la députée.
Mme Massé : Oui. Mais la
phrase, ce qu'elle dit, M. le ministre, c'est... «vise à garantir à tous les
autochtones — d'ailleurs, ils auraient pu écrire "les Premières
Nations et les Inuits", mais ils ont mis un a majuscule — un
droit d'accès équitable». Donc, ce n'est pas le résultat, mais c'est le droit d'avoir
accès. Ça fait que j'entends votre... votre explication, mais, ceci étant dit,
c'est ça, donc, je veux garantir à toutes les Premières Nations et les Inuits d'avoir
ce droit-là, d'avoir accès équitable à...
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre.
M.
Lafrenière : Excusez-moi. Je vous écoutais d'une oreille, vous le
savez...
Mme Massé : Je le comprends,
on sait comment ça marche.
M. Lafrenière : ...on fait
tout ça en même temps. C'est important puis ce débat-là est vraiment, vraiment
important, mais ce n'est pas un débat, l'échange. Droit d'accès, c'est la Charte
des droits et libertés qui le confère. Ce qu'on vient rajouter là, c'est une
coche de plus, on dit «un droit d'accès qui est équitable». Alors, le droit d'accès,
c'est pour ça qu'on ne le met pas là. Je comprends ce que ma collègue veut
dire, mais c'est dans la charte, c'est présent, puis, nous autres, on y va avec
le volet équitable, qui est si important, puis on se l'est fait dire à
plusieurs reprises aussi. «Sans discrimination», c'est un mot qui est très
important aussi, c'est mentionné. Ça fait référence à ce que mon collègue de l'Acadie
demandait un petit peu plus tôt, on l'écrit clairement, «sans discrimination»,
parce que c'est vrai qu'il faut marquer le pas.
Mme Massé : Donc, est-ce que
je comprends bien, M. le ministre, que ce que vous me dites, c'est que vous
allez... à travers ce projet de loi là, vous souhaitez mettre en œuvre un droit
qui existe déjà, que vous me dites, dans la Charte des droits et libertés, c'est-à-dire
d'avoir un accès équitable... et que donc... Je veux juste être certaine que je
comprends. Vous, ce que vous me dites, c'est : Moi, mon objectif, comme
ministre, ce n'est pas de viser à garantir quelque chose que je ne pourrai pas
garantir, mais de mettre en œuvre des pratiques qui vont garantir, finalement,
sans l'écrire, là, mais qui vont garantir, finalement, cet accès, ce droit à l'accès
équitable.
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre.
M. Lafrenière : Merci, M. le
Président. Vous voyez que c'est le travail de toute une équipe...
Mme Massé : C'est normal, moi
aussi.
M. Lafrenière : ...on se
challenge, parce qu'on veut la même chose. Quand on dit qu'on vise un accès
équitable, on trouve ça encore plus fort, un accès équitable pour tous. Et, M.
le Président, dans les mots qu'on a mis, dans les mots qu'on a utilisés, on
ramène «discrimination», <on trouvait ça hyperimportant...
M. Lafrenière :
...un
accès équitable pour tous. Et, M. le Président, dans les mots qu'on a mis, dans
les mots qu'on a utilisés, on ramène «discrimination», >on trouvait ça
hyperimportant, et c'est pour ça qu'on y va spécifiquement avec les Premières
Nations. Vous allez voir tantôt, avec la collègue, quand on va parler des
pratiques, ce que c'est, tranquillement pas vite, ça va nous rapprocher de ce
qu'on vise, ce qu'on va mettre en place, tout en s'assurant qu'on ne fait pas
du mur-à-mur, M. le Président.
Mme Massé : OK.Merci. Ça
m'éclaire. Et donc, si vous visez à assurer, je vais dire, le service, donc, un
accès équitable, qu'en est-il du droit à ce service, du droit d'avoir accès?
Parce que c'est ça qu'il dit, le Principe de Joyce, il dit : On veut avoir
le droit, comme les autres, là, d'avoir accès à. Puis vous, vous me dites :
Non, nous, ce qu'on dit, ce n'est pas le droit à l'accès équitable, mais qu'on
vise l'accès équitable.
Le Président (M.
Bachand) :M. le ministre.
M. Lafrenière : Est-ce que
vous me permettez un instant...
Le Président (M.
Bachand) :OK. On va suspendre quelques
instants.
M. Lafrenière : ...suspendre
un instant, ça va juste nous permettre d'aller au fond.
Mme Massé : Je suis d'accord,
parce que, moi aussi, je veux... Ça va vite.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. On va suspendre. Merci
beaucoup.
(Suspension de la séance à 17 h 39)
18 h (version révisée)
(Reprise à 18 h 12)
Le Président (M.
Bachand) :...
M.
Morin :Alors, dans le cadre de nos travaux, nous avons fait
parvenir à la commission un sous-amendement à l'amendement proposé par M. le
ministre. Le <sous-amendement...
M.
Morin :
... sous-amendement à l'amendement proposé par M.
le ministre. Le >sous-amendement se lirait comme suit, l'amendement tel
que modifié :
«0.1. Aux fins de la présente loi, la
sécurisation culturelle est une approche qui consiste à mettre en œuvre un
ensemble de pratiques qui visent à assurer, pour les membres des Premières
Nations et pour les Inuits...»
Le Président (M.
Bachand) :...peut-être reprendre ce que
vous... ce que le sous-amendement apporte... amène, pardon.
M.
Morin :Alors, ce que le sous-amendement apporte, c'est un accès
équitable et sans discrimination...
Le Président (M.
Bachand) :Non, ce que je veux dire...
Excusez-moi, M. le député de l'Acadie.
M.
Morin :Oui, oui. Qu'est-ce que vous voulez dire?
Le Président (M.
Bachand) :...tout simplement dire : «L'amendement
introduisant l'article... du projet de loi est modifié par», alinéa, alinéa.
M.
Morin :OK. Donc, depuis le tout début.
Le Président (M.
Bachand) :OK. S'il vous plaît. Merci.
Pardon.
M.
Morin :On y va. Pas de souci. Donc, sous-amendement. Projet de
loi n° 32, Loi instaurant l'approche de sécurisation culturelle au sein du
réseau de la santé et des services sociaux. Article 0.1. L'amendement
introduisant l'article 0.1 du projet est modifié par :
1° l'insertion dans le premier alinéa
du mot «systémique» après
«discrimination»;
2° le remplacement dans le deuxième
alinéa des mots «tenir compte de» par «reconnaître et respecter».
L'amendement, tel que modifié, se lirait
ainsi :
«0.1. Aux fins de la présente loi, la
sécurisation culturelle est une approche qui consiste à mettre en œuvre un
ensemble de pratiques qui visent à assurer, pour les membres des Premières
Nations et pour les Inuit, un accès équitable et sans discrimination systémique
aux soins de santé et aux services sociaux.
«Cette approche vise à permettre aux
membres des Premières Nations et aux Inuit de bénéficier du meilleur état
possible de santé physique, mentale, émotionnelle et spirituelle. Elle implique
de reconnaître et respecter leurs réalités culturelles et historiques dans
l'organisation des soins et des services et dans toute interaction avec eux.
Elle implique aussi de considérer avec respect leurs pratiques ainsi que leurs
savoirs traditionnels et contemporains dans les domaines de la santé et des
services sociaux.»
Et, M. le Président, je propose cet
amendement parce que, quand... ce sous-amendement parce que, quand on regarde,
puis suite aux discussions qu'on a eues avec M. le ministre et les échanges
qu'on a eus avec lui... quand on regarde ce qui a été apporté, décrit, présenté
par les différents groupes et, encore plus récemment, par... dans la lettre de
Femmes autochtones du Québec, on dit, et on suggère, et on demande : «En
conclusion, le fait d'adopter le principe du projet de loi n° 32, Loi
instaurant l'approche de sécurisation culturelle au sein du réseau de la santé
et des services sociaux, sans la reconnaissance du racisme et de la
discrimination systémiques, qui est un élément nécessaire pour la mise en place
d'une loi plus sécuritaire culturellement... et constitue à notre avis un coup
d'épée dans l'eau.»
Alors, pour que nos travaux soient
bénéfiques, qu'ils avancent, je pense qu'il est important de reconnaître ce
concept de discrimination systémique et aussi de garantir un droit d'accès
équitable, sans aucune discrimination, à tous les membres des Premières Nations
et des Inuits.
Quand on regarde l'énoncé du Principe de
Joyce, et on en parlait avant la présentation de ce sous-amendement-là, et ma
collègue la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques y faisait référence, le
principe de Joyce, je pense qu'il faut que ça s'incarne dans le projet de loi,
c'est ce que tous les groupes ont demandé. Puis si on veut, je pense, aller de
l'avant... Puis je pense que ça répond aussi à une attente des différentes
communautés. Donc, ça vise à garantir à tous les membres des Premières Nations
et des Inuits un droit d'accès équitable sans aucune forme de discrimination.
Puis, on l'a vu, les groupes nous l'ont tous dit, la commission Viens en a
parlé, il y a malheureusement de la discrimination systémique. Je pense qu'il
faut le reconnaître. Et le sous-amendement permet également de reconnaître,
évidemment, et de respecter leurs réalités culturelles et <historiques.
Pourquoi...
M.
Morin :
... également de reconnaître, évidemment, et de
respecter leurs réalités culturelles et >historiques.
Pourquoi c'est important? Bien, c'est
parce qu'il faut être capables de reconnaître, d'identifier et de nommer un
élément avant d'être capables, après ça, de le respecter et de pouvoir
travailler avec les membres des Premières Nations et des Inuits. Si on regarde
cet élément-là, ça vient, je pense, bonifier ce qui est déjà demandé ou ce qui
était, en fait, demandé par, entre autres, l'Assemblée des Premières Nations du
Québec et du Labrador. Ils ont, en septembre 2023, publié une déclaration
sur les droits des Premières Nations à l'autodétermination mais aussi à la
sécurisation culturelle. La sécurisation culturelle, c'est ce dont on parle
aujourd'hui avec le projet de loi n° 32. Et ils demandent de considérer et
puis ils parlent du droit des Premières Nations d'avoir accès à tous les
services publics, et ce, évidemment, sans aucune discrimination. Je l'ai
mentionné un peu plus tôt aujourd'hui, la Déclaration des Nations unies fait
aussi référence à l'absence de discrimination. C'est fondamental.
Le sous-amendement s'inspire aussi du
mémoire qui a été déposé par le Collège des médecins du Québec dans le cadre de
l'étude de ce projet de loi. Puis en fait c'est la première recommandation, où
on demande, évidemment, d'offrir à toute la population l'accès à des soins de
qualité, sans discrimination, et c'est particulièrement le cas pour les
communautés des Premières Nations et des Inuits. Le sous-amendement combine et
vient bonifier, je vous le soumets, l'amendement que M. le ministre a déposé,
mais il s'inspire aussi de la recommandation 2 que l'on retrouve dans le
mémoire du Collège des médecins, alors que le Collège des médecins nous
demandait... demande au gouvernement de reconnaître le Principe de Joyce.
• (18 h 20) •
Donc, avec le sous-amendement que je
présente, il y a un élément très concret du Principe de Joyce, à mon avis, qui
est reconnu. On veut lutter contre toute forme de discrimination, et puis il
faut reconnaître aussi qu'il y a eu de la discrimination systémique. Puis on
veut aussi s'assurer qu'il y aura un accès équitable à des soins de santé au
sein du service de santé, et toujours dans le respect de leurs savoirs tout
comme de leurs connaissances traditionnelles et vivantes en matière de santé.
C'était une recommandation du Collège des médecins. Et le sous-amendement vise,
effectivement, à reconnaître et respecter leurs réalités. Ce sont des termes
qui, je vous le soumets, sont, je pense, plus précis, permettent de mieux
cerner et surtout de mieux passer à une étape où on va être capables de
travailler avec les membres des Premières Nations et des Inuits pour s'assurer
qu'évidemment toutes leurs réalités culturelles vont être respectées.
Puis pourquoi c'est important puis
pourquoi je prends la peine de présenter ce sous-amendement et de parler du
Principe de Joyce, qui est, au fond, au cœur de ce projet de loi? C'est que,
dans le mémoire qui a été déposé devant la commission, lors des consultations
particulières, par le Bureau du Principe de Joyce, on fait référence, et je
cite la page 7, on dit : «Le rapport du coroner Kamel établit
clairement qu'entre autres le racisme et les préjugés ont contribué à la mort
de Mme Echaquan.» Et à l'époque on parle... bien, c'est en 2023, on dit que de
nombreux Attikameks hésitent encore à solliciter des soins dans les
établissements de santé québécois, ne se sentant pas en sécurité au sein de ces
structures.
Et quand on parle, après ça, de la mise en
œuvre de mesures de sécurisation culturelle, on dit : «Il demeure que les
membres de nos nations disent n'en ressentir que très peu de soulagement. Il
est possible que la raison vienne du fait que certaines initiatives soient <mises
en place...
M.
Morin :
... Il est possible que la raison vienne du fait
que certaines initiatives soient >mises en place de manière non
concertée, ayant ainsi trop souvent des résultantes superficielles ou
partielles. Le pouvoir décisionnel demeure unilatéral, et nos savoirs
traditionnels sont trop souvent banalisés, voire ridiculisés.»
Et quand on lit ça puis qu'on parle
d'établissements de santé au Québec, bien, je pense qu'il faut être capables,
comme parlementaires, de reconnaître qu'il y a véritablement un problème, qu'il
faut être capables de reconnaître leurs réalités, et c'est l'objectif que je
poursuis avec... avec le sous-amendement, pour être capables par la suite, une
fois qu'on les a reconnues, qu'on les comprend, de respecter leurs réalités. Ce
n'est pas un élément qui est... Ce que le sous-amendement... ce qu'il apporte,
c'est que ce ne sont pas des éléments déconnectés de la réalité.
Quand on lit le mémoire, qui a été déposé
le 13 septembre 2023, je regarde la date d'aujourd'hui, ça fait à
peine... même pas un an, et qu'on dit que, dans certains endroits, non
seulement des Attikameks hésitent à solliciter des soins, mais ils ne se
sentent pas en sécurité... On dit aussi que, pour la sécurisation culturelle,
ils n'en ressentent que très peu de soulagement, et que les résultats souvent
sont peu concluants, puis, encore pire, que les savoirs traditionnels sont trop
souvent banalisés, voire ridiculisés. Donc, je pense qu'il faut être capables,
en tout cas comme législateurs, de reconnaître cet état de fait et d'essayer de
faire en sorte que la législation puisse aider véritablement les membres des
Premières Nations et des Inuits à sortir de cet état-là qui va faire en sorte
qu'ils vont se sentir en sécurité.
Dans le mémoire de la Commission de la
santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador,
quand on parlait de l'implantation d'une véritable approche de sécurisation
culturelle, bien, on dit que ça exige de reconnaître des formes de
discrimination pour qu'on soit capable d'adopter par la suite des mesures
correctives efficaces. On dit, et puis on le dit clairement : «Une loi sur
la sécurisation culturelle qui ne reconnaîtrait pas le racisme et la
discrimination systémique serait contradictoire et inefficace.»
Alors, la question qui se pose,
c'est : Voulons-nous travailler pour éventuellement adopter une loi qui va
être contradictoire ou inefficace? Bien, moi, comme parlementaire, ça ne
m'intéresse pas. Je voudrais qu'on adopte un projet de loi qui va faire en sorte...
qui ne sera pas parfait, tout est perfectible, mais qui va permettre au moins
aux gens de dire : On a quand même reconnu, dans un texte de loi, des
éléments qui sont réels, qui existent et qui nous ont été soulevés par
plusieurs groupes qui sont venus en commission parlementaire.
J'ai vu, on en a discuté, l'amendement
proposé par M. le ministre. Pour moi, ça répond en partie à certaines
préoccupations, mais je pense qu'il faut aller plus loin. Et, bien qu'il y ait
des textes plus généraux, et je pense entre autres à la Déclaration des Nations
Unies pour les peuples autochtones, où on parle de l'importance qu'il n'y ait
aucune forme de discrimination, quand on l'applique aux travaux de la
commission, aux différents groupes qui sont venus nous parler, on a toujours
fait référence au Principe de Joyce, et à ce moment-là on parlait, tout
dépendant des groupes, de racisme systémique ou de discrimination systémique. Puis
je pense qu'il faut le nommer pour qu'on soit capables, par la suite, avec les
membres des Premières Nations et des Inuits, d'aller plus loin. Le
sous-amendement que je présente vise à reconnaître ça. Je salue l'amendement
que M. le ministre a présenté. Je <pense que...
M. Morin :
...
reconnaître ça. Je salue l'amendement que M. le ministre a présenté. Je >pense
que c'est un pas dans la bonne direction. Mais moi, je pense qu'il faut aller
plus loin.
Puis par la suite, quand on parle d'une
approche qui doit permettre aux membres des Premières Nations et aux Inuits de «bénéficier
du meilleur état possible de santé physique, mentale, émotionnelle et
spirituelle», moi, je tiens, et je le souligne, je tiens à ce qu'on mette les
mots «reconnaître» et «respecter» parce qu'avec ces mots-là c'est un... en
fait, c'est une décision du législateur, éventuellement, c'est un texte
législatif qui va faire en sorte que les gens qui auront à l'appliquer et qui
auront à le lire vont voir très clairement ce qu'ils doivent faire, donc
reconnaître les réalités culturelles et historiques dans l'organisation des
soins et des services et dans toute interaction avec eux. Pourquoi? Bien, parce
que, quand on regarde certains mémoires qui ont été déposés, je le disais tout
à l'heure, on dit : «Nos savoirs traditionnels sont trop souvent
banalisés, voire ridiculisés.» Donc, il faut que les droits et le respect des
droits des Premières Nations soient reconnus.
D'ailleurs, toujours dans le mémoire du Bureau
du Principe de Joyce, on ajoute un peu plus loin : «Pour véritablement
assurer la sécurité et le sentiment de confiance de nos membres...» Puis on l'a
vu un peu plus tôt, aujourd'hui, et je l'ai lu dans un des mémoires, il y a un
lien qui est brisé, il y a un lien de confiance qui est brisé. Donc, il faut
être capables de refaire ce lien de confiance entre les communautés des
Premières Nations et des Inuits et notre système de santé. Donc, le respect des
droits est primordial pour ramener ce sentiment de sécurité et de confiance. Et
dans le mémoire on dit : «Le mémoire est le fruit de la mise en commun du savoir
expérientiel mais aussi de consultations avec nos partenaires des centres de
santé des communautés attikameks ainsi que de la direction de la protection
sociale de la nation attikamek.»
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. le député. Désolé de vous
interrompre.
M.
Morin :
Ça va.
Le Président (M.
Bachand) :Compte tenu de l'heure, la commission
ajourne ses travaux au mercredi 18 septembre 2024 à 11 h 15,
où elle entreprendra un autre mandat. Merci, passez une belle soirée. Merci
beaucoup.
(Fin de la séance à 18 h 30)