(Quinze heures quarante-quatre
minutes)
Le Président (M.
Bachand) : Bon après-midi, tout le monde. À l'ordre, s'il vous
plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des
institutions ouverte.
La commission est réunie afin de procéder à
l'étude du volet Justice des crédits budgétaires du portefeuille Justice pour l'exercice financier 2026-2027.
Une enveloppe originale de 3 h 15 min a été allouée pour l'étude
de ces crédits. Cela dit, vu qu'on commence avec un léger retard et afin
de préserver le temps de l'opposition, nous allons réajuster le temps du
gouvernement.
Alors, avant de débuter, Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Lemieux (Saint-Jean) est remplacé par Mme Lachance
(Bellechasse); Mme Massé (Sainte-Marie—Saint-Jacques), par M. Bouazzi
(Maurice-Richard); et Mme Laflamme (Chicoutimi), par M. Paradis
(Jean-Talon).
Justice
Discussion générale
Le Président (M.
Bachand) : Alors, comme vous savez, nous allons procéder à une
discussion d'ordre général par blocs d'environ 20 minutes, incluant les
questions et les réponses. La mise aux voix de ces crédits sera effectuée à la
fin du temps qui leur est alloué, soit... soit vers 18 h 45 cet
après-midi.
Alors, M. le député l'Acadie, à vous la parole
pour un premier bloc de 15 min 33 s, s'il vous plaît... excusez,
16 minutes. Désolé.
M. Morin : Très bien. Merci, M. le
Président. Alors, M. le ministre, collègues des oppositions, je salue également
les collègues de la banquette gouvernementale et toute l'équipe qui vous
accompagne, M. le ministre, des gens
excessivement dévoués, certainement nombreux quand se réunit ici, au salon
rouge, pour faire l'étude de vos crédits.
Alors, sans surprise, je vais commencer en vous
parlant de transformation numérique. Je suis à peu près convaincu que vous vous
attendiez à ça, parce qu'on apprenait, de la plume de M. Thomas Gerbet,
que le mégaprojet informatique de la Justice était sous surveillance.
D'ailleurs, on a appris aussi que vous aviez reporté des échéanciers du
projet Lexius jusqu'en... en fait, jusqu'en 2029, si mon souvenir est bon.
On a fait une demande d'accès à une information,
M. le ministre, on a obtenu des centaines de pages de documents, mais il y a un
élément, en fait, une des notes qu'on a obtenues, une note sous-ministérielle
d'une mise à jour du projet Lexius, et qui disait, entre autres, et je
cite : «Le ministère a révisé la planification globale du projet,
notamment en fonction des travaux avec le prestataire de services pour la
réalisation, entre autres, des matières criminelle et pénale, l'analyse des
différents éléments en cours de réalisation pour le soutien de l'instance, la
gestion des salles, la mise au rôle.» Tout a été pris en compte de révision, et
donc le nouvel échéancier est au 30 juin 2029. Pourtant, lors des crédits
de l'an passé, je ne me souviens pas que vous nous ayez parlé d'un report de
l'échéancier. Alors, que s'est-il passé, M. le ministre?
M. Jolin-Barrette : Alors, merci, M.
le Président. Effectivement, c'est un exercice... exercice important, l'étude
des crédits budgétaires 2026-2027. Je tiens à remercier l'ensemble des
partenaires du portefeuille Justice qui sont présents avec nous. Donc, on a les
gens du... les sous-ministres au ministère de la Justice, le Directeur des
poursuites criminelles et pénales, ainsi que les directeurs adjoints au
Directeur des poursuites criminelles et pénales, le président de la Commission
des services juridiques, incluant la secrétaire de la Commission des services
juridiques, ainsi que les membres de la Commission des droits de la personne et
des droits de la jeunesse, donc la présidente et les deux vice-présidentes.
Alors, merci à toutes les équipes du ministère de la Justice également qui ont
travaillé sur les crédits au cours des derniers mois.
Alors, M. le Président, en lien avec le projet
Lexius, notamment, il y a beaucoup d'éléments à dire sur ce dossier-là,
notamment le fait que, lorsqu'on parle de Lexius, il y a plusieurs volets dans
Lexius. Donc, en 2018, lorsque l'ancien gouvernement libéral avait octroyé
500 millions dans le budget, il n'y avait pas de planification à savoir
qu'est-ce qu'allait être Lexius avec les 500 millions. Donc, le montant
accordé à l'informatisation du système de justice, sur le 500 millions, on
parle de 135 millions qui concerne la modernisation du système de justice,
donc en ce qui concerne les auditions totalement numériques.
Et pourquoi Lexius a été mis sur pied? Et
pourquoi est-ce qu'on vise à moderniser puis à rendre la cour numérique? C'est
notamment pour les délais en matières criminelle et pénale. Donc, le volet qui
a été entrepris et ce qui va se poursuivre
jusqu'en 2029 en matière pénale... là, en matière criminelle, ça va être livré
cette année, en 2026, bien, ça, c'est un montant de 135 millions.
Sur
le reste du 500 millions, il y avait des mesures pour le PMRG, qui vise la
déjudiciarisation du traitement de certaines infractions. Il est déployé depuis
le 30 novembre 2020 dans tous les districts judiciaires. Donc, ça, c'était
dans le plan pour moderniser le système de justice.
Donc, outre ça, vous
aviez le Programme de modernisation des infrastructures technologiques, le PMIT
qui a pris fin le 29 septembre 2023, mais qui est dans l'enveloppe de
500 millions. Et la totalité du PMIT, le Programme de modernisation des
infrastructures technologiques, a été réalisée. De 2018 à 2023, le PMIT a
permis la réalisation de 36 projets et activités majeurs. Le programme
prévoyait notamment l'implantation de centres de traitement informatique
permettant de sauvegarder et de protéger les données deux fois par jour, parce
que le système informatique du ministère de la Justice, il y en avait un qui
est existant, mais il fallait qu'il soit rehaussé, donc, ça, c'était dans le
cadre du PMIT, également de disposer de capacités de stockage afin de permettre
d'accueillir les dossiers judiciaires numériques, également de remplacer
l'essentiel de nos équipements bureaucratiques.
• (15 h 50) •
Donc, globalement, le
500 millions que vous aviez en 2018, à l'intérieur duquel on est à
l'intérieur des budgets, dans ce 500 millions là, vous aviez différents
volets pour la modernisation de la justice. Et la partie auquel le député de
l'Acadie fait référence, c'est le 135 millions de Lexius. Et, Lexius, il y
a des livrables qui ont déjà été faits actuellement, et ça se poursuit jusqu'en
2029 pour le volet pénal. Le volet criminel, c'est 2026, et il va être livré
prochainement, on est en phase de test actuellement pour la livraison de Lexius
en salle de cour. Voulez-vous... voulez-vous me poser une autre question? Parce
que j'ai d'autres éléments à dire là-dessus.
M. Morin :
...en fait, jusqu'à maintenant, vous avez dépensé combien d'argent pour
l'ensemble des projets de la transformation numérique?
M. Jolin-Barrette : Exemple, le PMIT, il y avait un budget de 96 millions, et il a été
livré dans un budget de 65,5 millions. Donc, 31 millions en
dessous du montant que ça avait coûté. Donc, ça...
M. Morin :
Le montant total que vous avez dépensé jusqu'à maintenant pour la
transformation numérique...
M.
Jolin-Barrette : À ce jour?
M. Morin :
...sur le budget de 500 millions dont vous avez fait référence.
M.
Jolin-Barrette : Sur le 500 millions total... Ce ne sera pas bien
long, je vais vous dire ça. Dans le programme Lexius, là, donc celui sur le
135 millions, là, donc...
M. Morin :
M. le ministre, si je vous suggère le montant de 349 millions à date,
est-ce que c'est possible?
M.
Jolin-Barrette : Donc, la réponse s'en vient sur le montant précis.
Exemple, sur le coût de Lexius, au 31 mars 2026, là on est à
136,2 millions sur 195,1 millions. Donc, au niveau de Lexius, à
partir d'avril 2020, on a livré le greffe numérique de la Cour d'appel du
Québec; en novembre 2021, on a livré le dépôt numérique d'un changement de
plaidoyer pénal; à l'automne 2021, on a livré la réception numérique des
données du Bureau des infractions et amendes, donc le BIA; en juin 2022, on a
livré les formulaires interactifs, notamment pour les véhicules; en avril 2023,
on a fait la première livraison de la procédure non contentieuse, donc le
dossier judiciaire de bout en bout. Puis ça, c'est fort important, parce que le
dossier des formules non contentieuses, c'est, exemple, une séparation ou
une... en termes de divorce ou, exemple, une homologation de mandat en cas
d'inaptitude. Donc, la procédure non contentieuse est complètement informatisée
maintenant.
En juin 2024, on a eu
la deuxième livraison de la procédure non contentieuse avec certaines
bonifications; au printemps 2025, on a fait le déploiement du projet de
gestion des assignations de la Cour du Québec. Donc, ils peuvent assigner
maintenant à la Cour du Québec de façon informatique. Donc, on est passés de
l'ancien système au nouveau système relativement à la gestion des assignations.
Avant, on était avec SIRA, je pense, ça s'appelle. Là, on est rendus avec le
nouveau...
M. Morin :
Alors, si... si vous permettez, M. le Président...
M. Jolin-Barrette :
Puis peut-être un dernier élément.
M. Morin :
Oui, dernier élément, allez-y.
M. Jolin-Barrette :
Les actions collectives ont été livrées en décembre 2025. Donc là, on est
rendus à livrer le criminel pour 2026.
M. Morin :
Alors, dans l'article qui était publié ce matin, il y avait un diagramme
qui faisait état des projets, notamment
gestion de l'audience numérique, services financiers, exécution des jugements,
services transversaux. Il y a également mettre en place des
environnements de développement, qui normalement auraient dû se terminer en
automne 2024. Alors, je comprends qu'au niveau de la gestion de l'audience
numérique, les services financiers, exécution des... des jugements et des
services transversaux, ce n'est pas encore terminé.
M. Jolin-Barrette :
Bien, c'est en évolution, le programme Lexius. Parce que ce qu'il faut
comprendre, là, c'est qu'avant, dans le système de justice, puis je pense que
le député de l'Acadie est bien au fait, 2018, 2019, 2020, là, de la
visiocomparution, il n'y en avait pas. On promenait tous les dossiers papier.
La pandémie est arrivée, puis ça a donné un bon coup au système de justice
pour, justement, utiliser davantage la visio, l'informatisation, les... le numérique
aussi. Donc, le ministère de la Justice, au début de la pandémie, était...
focalisait sur le criminel et pénal, comme
c'était prévu en 2018. Du fait que la pandémie est arrivée, il y a eu
énormément de demandes, notamment des tribunaux, pour que tout soit
informatisé en même temps, donc notamment une partie civile, notamment
jeunesse.
M. Morin :
Et ça... et ça, je le comprends bien, je le comprends bien, M. le
Président, mais, justement, tout à l'heure, M. le ministre, vous parliez que,
pour le volet criminel et pénal, ça allait être reporté en 2029. Donc, il y a
eu comme un gros boum, là c'est arrêté puis ça va vous prendre jusqu'en 2029.
Puis je vous posais aussi la question, d'après le diagramme qui... en fait, qui
apparaît dans le texte de M. Gerbet, gestion de l'audience numérique,
services financiers, exécution des jugements, services transversaux, ça va
continuer, ce n'est pas terminé. Puis mettre en place les environnements de
développement, ça devait se terminer à l'automne 2024.
Alors, j'aimerais
savoir où vous en êtes rendus et qu'est-ce qui fait... Parce que vous parlez
justement des comparutions et de la visio en matières criminelle et pénale,
qu'est-ce qui fait que vous reportez tout ça en 2029?
M. Jolin-Barrette :
Bien, dans le fond, on a segmenté l'échéancier pour être en mesure de
livrer des modules qui fonctionnent. Donc, tout à l'heure, je vous informais
des phases du développement de Lexius qui ont été livrées. Exemple, le greffe
de la Cour d'appel est livré depuis quelques années. Depuis ce temps-là, quand
vous déposez une procédure à la Cour d'appel pour un citoyen ou pour un avocat,
il le fait numériquement, il ne se présente plus au greffe pour le déposer.
Alors...
M. Morin :
Oui, je... je comprends ça, M. le ministre, vous nous l'avez dit, mais ma
question, ce n'est pas ça. En matière criminelle, je vous disais tout à
l'heure, et vous l'avez dit vous-même, il y a eu un bond avec la pandémie. Oui,
effectivement, il y a eu de la visiocomparution, mais là vous avez reporté
l'échéancier. J'aimerais savoir qu'est-ce qui s'est passé pour ce report, qui
n'est quand même pas de trois mois, on parle de 2029.
M. Jolin-Barrette :
Ce qui se passe, c'est qu'on déploie Lexius par phases. Chacun des modules
vient s'ajouter à la construction, supposons, de la maison. Prenez l'équivalent
d'une fondation. Là, on a fait la fondation puis on construit étage par étage,
donc on livre module par module. Est-ce que les délais ont été respectés? La
réponse à ça, bien entendu, non, parce que la capacité de livraison n'a pas été
remplie. Alors, plutôt que de garder l'échéancier original, bien, on y va dans
une méthode d'agilité pour justement faire en sorte de lancer projet par
projet, et ils s'imbriquent les uns par la suite des autres. Donc, exemple, on
va faire le criminel en premier, en 2026, et ultimement le pénal complet va
être livré en 2029.
Donc, il y a
différentes phases. Plutôt que d'attendre le grand soir pour tout livrer, bien,
à ce moment-là, lorsqu'un module est prêt, les utilisateurs l'utilisent, et il
y a des phases de test. Ça fait que si les phases de test ne sont pas
concluantes...
M. Morin :
M. le Président, ce n'est pas ma question.
M.
Jolin-Barrette : Bien, votre question, c'est : Pourquoi est-ce
que ça a été reporté?
M. Morin :
...bien non, vous ne répondez pas, vous me dites...
M.
Jolin-Barrette : Ça a été reporté parce que ce n'est pas prêt. Puis,
vu que ce n'est pas prêt, on définit...
M. Morin :
Mais pourquoi ce n'est pas prêt? C'est ce que j'aimerais savoir. Là, vous me
parlez du grand soir, je n'ai pas parlé du grand soir.
M.
Jolin-Barrette : Bien... bien oui, mais...
M. Morin :
Puis d'ailleurs il y en a plusieurs, phases, vous nous l'avez expliqué.
M.
Jolin-Barrette : Bien, exactement. Donc, quand une phase...
M. Morin :
Quels sont les enjeux que vous avez rencontrés, qui fait en sorte que vous avez
été obligés de le reporter?
M.
Jolin-Barrette : Bien, les enjeux, c'est des enjeux de développement.
Lorsque vous développez des outils informatiques, il faut que ça fonctionne. Si
ça ne fonctionne pas, on ne peut pas le déployer. Donc, pour construire le système
Lexius... Parce que, je le réitère, en 2018, quand ça a été annoncé, il n'y
avait pas de plan, là, il y avait une feuille de papier, puis «let's go», on y
va. Ça fait que les équipes du ministère de la Justice ont créé Lexius, ont
développé la vision, ont fait en sorte aussi de se donner des outils pour le
déployer. Donc, on y a été graduellement et on déploie, phase par phase, chaque
modalité en lien avec les livrables.
Alors, voyez-vous, dans
les années passées, il y a certains livrables que je vous ai annoncés qui ont
été décalés dans le temps parce que les phases tests ne fonctionnaient pas.
Donc, plutôt que de dire aux utilisateurs : Bien, on le lance, même si ça
ne marche pas, au contraire, on l'a reporté dans le temps, le temps que les équipes
fassent les réparations nécessaires sur le système ou le... les ajustements
nécessaires pour que le système fonctionne. Parce qu'on ne veut pas que les
utilisateurs aient une mauvaise expérience lorsque le système est lancé et il
est mis en marche. Donc, lorsqu'on lance les différentes phases, on veut qu'il
fonctionne, et c'est ce qu'on fait graduellement.
Donc, nécessairement, on a pris du retard dans
la livraison de l'échéancier. Et, pour avoir un échéancier réaliste, ça nous
amène en 2029 jusqu'au pénal. Est-ce que je suis satisfait que ça prenne autant
d'années? La réponse, c'est non, mais je ne pense pas que c'est une bonne idée
non plus de tout garrocher pour faire en sorte qu'on dépasse les coûts et les
échéanciers. Là, on a replanifié notre échéancier pour être en mesure de livrer
et pour faire en sorte aussi de respecter les coûts. Et actuellement on est
dans nos coûts, sur notre échéancier pour livrer en 2026 en matière criminelle.
M. Morin : Je vous demandais tout à
l'heure, et je ne sais pas si vous l'avez obtenu, quel est le montant total que
vous avez dépensé jusqu'à maintenant. Je vous suggère que vous avez dépensé
349 millions jusqu'à maintenant sur un projet de 500 millions. Est-ce
que c'est exact?
M. Jolin-Barrette : Non, c'est
236,1 millions qu'on a dépensés pour le volet Justice.
M. Morin : Sur l'enveloppe globale
de 500 millions, vous avez dépensé 241 millions?
M. Jolin-Barrette : Parce que, dans
le plan de modernisation, ce n'est pas 500 millions pour Justice au total.
Ça fait que je vais vous faire sortir le chiffre. Dans le fond, il y a d'autres
ministères également qui étaient concernés par ça, mais, pour ce qu'on a
dépensé à date, pour Justice, c'est 236,1 millions.
M. Morin : 236 millions?
M. Jolin-Barrette : 236,1.
M. Morin : 236,1 millions.
Parfait. Excellent.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. M. le député de Maurice-Richard, pour
16 minutes, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Cinq minutes?
Le Président (M.
Bachand) : 16.
• (16 heures) •
M. Bouazzi : Oui. Merci. Merci, M.
le Président. Peut-être rapidement, avant de passer à un autre sujet, je
demanderais... Je veux dire, mon collègue ici, du Parti libéral, a demandé au
début c'était combien, les dépenses totales. Je pense que le ministre
s'attendait à avoir cette question-là. Et, au bout de 17 minutes
d'échanges, on n'a toujours pas une idée des dépenses totales. Tout ce que nous
dit le ministre, c'est : Ne vous inquiétez pas, on rentre dans le budget, malgré le fait que, plutôt que
livrer en 2023, on va livrer en 2029. Donc, le projet, plutôt que finir en
2023, finit en 2029.
Vous savez,
M. le Président, j'ai passé 15 ans dans l'industrie et je n'ai jamais vu
un projet finir avec cinq ans de retard dans les budgets. Et, dans les
faits, on ne le saura que s'il y a une seule chose qui se fait, c'est un audit,
le plus vite possible. Et laissez-moi quand même rappeler que, pour SAAQclic,
une des choses qu'il y a eu, c'était un exercice comptable, pour le moins qu'on
puisse dire, inventif, qui a été écrit dans le rapport Gallant, où on a fait
bien attention à faire une première dépense de moins de 10 % du coût total
pour que les Québécoises et Québécois ne voient pas la dépense avant les
prochaines élections.
Est-ce que le gouvernement, le ministre ici,
s'engage à avoir le résultat du fameux audit avant les prochaines élections?
Parce que, pour l'instant, nous n'avons que sa parole pour les dépassements de
coûts.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien, M. le
Président, je veux être bien clair, le ministère de la Cybersécurité n'a pas
déclenché d'audit. Alors, s'il veut déclencher un audit, il peut le faire.
D'ailleurs, on travaille en collaboration avec le ministère de la Cybersécurité
depuis fort longtemps, puis on... leur entière... on a notre entière
collaboration.
M. Bouazzi : C'est bon.
M. Jolin-Barrette : Alors, ça
appartient au ministère de la Cybersécurité, au ministre responsable, de
déclencher un audit, s'il veut le faire ou non, et nous, on va toujours collaborer
avec eux. Cela étant, d'ailleurs, on leur demande
des conseils justement sur le suivi du dossier Lexius pour que ça fonctionne
bien. Et d'ailleurs le ministère de la Cybersécurité a
mandaté un observateur pour participer aux rencontres du comité directeur de
Lexius. Donc, ils sont déjà dans le dossier et dans le projet.
M. Bouazzi : C'est bon. Merci. Donc,
si on n'a pas d'audit, de toute façon, on n'aura pas les coûts. Combien il me
reste de temps? Excusez-moi, je n'ai pas commencé mon chronomètre.
Le Président (M.
Bachand) : Il vous reste presque 14...
13 min 54 s.
M. Bouazzi : Parfait. Donc, M. le
ministre de la Justice, dans votre projet de constitution, vous avez décidé de
hiérarchiser entre l'égalité entre les hommes et les femmes et la liberté
religieuse, c'est bien ça?
M. Jolin-Barrette : Pouvez-vous
répéter la question? Je n'ai pas entendu.
M. Bouazzi : Vous avez proposé, dans
votre projet de constitution, de hiérarchiser entre des droits fondamentaux, à savoir
l'égalité entre les hommes et les femmes, et la liberté religieuse, c'est bien
ça?
M. Jolin-Barrette : Dans le fond, si
jamais il y a un conflit entre la liberté de religion et l'égalité entre les
femmes et les hommes, bien, effectivement, l'égalité entre les femmes et les
hommes va primer sur la liberté de religion, parce qu'au Québec c'est une
valeur importante, l'égalité entre les femmes et les hommes.
M. Bouazzi : On est...
M. Jolin-Barrette : Et, dans ce
cas-ci, je pense que les fondamentaux de la société québécoise sont illustrés
par cette proposition-là.
M. Bouazzi : M. le ministre, je vais
donner des questions courtes. J'espère que vous aurez des réponses courtes. On
a eu toutes sortes de spécialistes en droit, nous dire que, attention, ça va
contre les principes fondamentaux du droit, à la Commission des droits de la
personne, un certain nombre de juristes contre la Déclaration de Vienne, qui
nous disent, en gros, que les droits fondamentaux, c'est un tout qui
s'interprète tous ensemble et que les hiérarchiser, ça vient les affaiblir
tous, y compris l'égalité entre les hommes et les femmes.
Mais vous, vous dites non, parce
qu'effectivement... Est-ce que vous pouvez nous rappeler... Vous faites tout le
temps référence à un cas, qui a eu lieu en 2019, qui est un cas qui s'est passé
à la... à la SAAQ, où une personne a refusé
de... je vous cite, là, «où un homme a refusé de se faire servir par une
femme». Déjà, est-ce que, depuis 17 ans, vous avez un autre cas qui
s'est posé dont vous êtes au courant, où la liberté religieuse a primé sur
l'égalité entre les hommes et les femmes?
M. Jolin-Barrette : Je pense que
c'est fort important de revenir à la proposition, parce que, dans le projet de
constitution, on fait une place également aux droits collectifs de la nation
québécoise, mais les droits collectifs induisent aussi à des droits
individuels.
Je vous donne un exemple. L'égalité entre les
femmes et les hommes, ça appartient à l'ensemble de la collectivité, mais aussi
à chacun des individus...
M. Bouazzi : M. le ministre, ma
question était claire : Est-ce que vous avez un autre cas que celui...
M. Jolin-Barrette : Ma réponse, elle
est claire aussi. Laissez-moi terminer. Arrêtez de m'interpeller.
Le Président (M.
Bachand) : ...M. le ministre, donnons le temps le plus égaux
possible des deux côtés. Alors, M. le ministre, rapidement, en terminant votre
réponse.
M. Jolin-Barrette : Oui. Alors, ce
que je vous dis, c'est un choix collectif de société sur les fondamentaux et
quels types de droit on veut faire en sorte de faire respecter au Québec, notamment
l'égalité entre les femmes et les hommes. Et ce n'est pas normal que, dans une
société, si un tribunal fait face à une situation où il doit pondérer entre la
liberté de religion et l'égalité entre les femmes et les hommes, qu'il donne
priorité à la liberté de religion. C'est ce qu'on dit.
M. Bouazzi : On est d'accord, M. le
ministre, les exemples dans la jurisprudence pullulent, où, quand il y a,
rarement, effectivement, de l'égalité entre les hommes et les femmes et les
droits... la liberté religieuse s'affrontent, eh bien, c'est l'égalité entre
les hommes et les femmes qui prime. Il y a des cas sur les questions de divorce
religieux, par exemple, ou il y a des cas sur les manifestations devant les
cliniques, qui permettent aux femmes d'avoir accès à l'avortement. Il y avait
des manifestations devant pour empêcher ces femmes-là ou, en tout cas, les
dissuader, et la cour a décidé que la liberté religieuse des manifestants
passait après le droit aux femmes de jouir de leur corps et décider de leur
santé.
Donc, je comprends que vous n'avez aucun autre
exemple à part celui qui date d'il y a 17 ans, où vous alléguez «un homme
a refusé de se faire servir par une femme». Est-ce que, M. le ministre... J'ai
ici la décision de la Commission de droits de la personne
à laquelle vous faites référence, que je vais déposer, M. le Président. Est-ce
que vous avez lu la décision à laquelle vous faites référence à chaque fois, la
seule?
Le Président (M. Bachand) : Merci. Peut-être la faire parvenir, la décision,
à la commission. Merci. M. le ministre.
M.
Jolin-Barrette : M. le Président, est-ce que le député de
Maurice-Richard est contre le fait que, comme société, on se dote de paramètres
clairs de comment est-ce qu'on organise la société québécoise? Est-il contre le
fait que l'égalité entre les femmes et les hommes, c'est une valeur
fondamentale? Moi qui pensais que le député de Maurice-Richard était dans un
parti féministe. Alors, pour le député de Maurice-Richard, dans le fond, la
liberté de religion, c'est même plus important que l'égalité entre les femmes
et les hommes.
M. Bouazzi :
M. le ministre...
M.
Jolin-Barrette : Or, au Québec, M. le Président...
M. Bouazzi :
M. le Président, s'il vous plaît...
M. Jolin-Barrette :
...désaccord, mais ce n'est pas vrai qu'on devrait choisir de vivre de
cette façon-là. L'égalité entre les femmes et les hommes, c'est un droit tout
aussi important que la liberté de religion. Et, la liberté de religion, M. le Président, il doit y avoir
certaines limites à ça dans une société libre et démocratique comme le Québec.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. M. le
député de Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : M.
le Président, laissez-moi dire que mon parti est pour augmenter le salaire
minimum parce qu'effectivement ça diminue les inégalités entre les hommes et
les femmes. Il est pour une contraception gratuite parce que ça diminue les
inégalités entre les hommes et les femmes. Il est pour une meilleure application
de l'équité salariale parce que ça diminue les inégalités entre les hommes et
les femmes. Et, tout ceci, c'est ce que ce ministre... Et d'ailleurs plus de
places en garderie parce que ça diminue les inégalités entre les hommes et les
femmes. Et, tout ceci, évidemment, ce n'est pas ce que ce gouvernement fait.
Et, par ailleurs, il est évident que... et le député que je suis et mon parti
pensons que l'égalité entre les hommes et les femmes sont fondamentaux, et pas
juste cela, d'ailleurs, il y a toutes sortes de droits fondamentaux.
Ma question était
claire : Il y a une décision à laquelle vous faites référence à chaque
fois, qui date d'il y a 17 ans, de la Commission des droits de la
personne. L'avez-vous lue?
Le
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
M.
Jolin-Barrette : La réponse, M. le Président, c'est oui. Et, par
ailleurs, je m'explique mal pourquoi le député de Maurice-Richard nous fait la
litanie des mesures pour lesquelles lui-même et sa formation politique est en
faveur pour la défense des droits des femmes, mais est incapable de dire que,
face à une situation où la liberté de religion est en cause par rapport à
l'égalité entre les hommes et les femmes, il n'est pas capable d'affirmer qu'au
Québec on devrait dire que l'égalité entre les femmes et les hommes devrait
primer sur la liberté de religion.
M. Bouazzi :
Alors...
M.
Jolin-Barrette : Il me semble que, pour le Québec, c'est fondamental.
Avec toutes les avancées sociales qu'on a faites, M. le Président, depuis les
60 dernières années, un député de Québec solidaire ne soit pas capable de
dire : Moi, je suis d'accord avec ce qui est écrit dans le projet de
constitution sur le fait qu'on va faire primer l'égalité entre les hommes et
les femmes sur la liberté de religion, M. le Président. Il me semble...
M. Bouazzi : M.
le Président, je veux juste être clair...
M.
Jolin-Barrette : ...que si on est féministe, puis si on défend des
valeurs féministes, puis si on veut une égalité, puis qu'on ne veut pas qu'il y
ait notamment, M. le Président, des situations où on va brimer le droit des
femmes pour des questions religieuses, il devrait être fier de le dire, M. le
Président.
M. Bouazzi : M.
le Président, c'est long, là.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. M. le
député de Maurice-Richard.
M. Bouazzi : Ah!
je veux juste être clair, toutes les décisions de jurisprudence ont fait valoir
l'égalité entre les hommes et les femmes avant le droit religieux quand ils
s'affrontent. Et nous sommes d'accord avec toutes ces décisions-là qui ont été
prises, il n'y a aucun contre-exemple.
Donc, M. le ministre,
vous dites que vous avez lu cette analyse de la Commission des droits de la
personne concernant l'accommodement qui a été donné à la SAAQ. Est-ce que vous
êtes sûr que c'est un homme qui a demandé de ne pas se faire servir par une
femme?
M.
Jolin-Barrette : M. le Président, dans quelles circonstances le député
de Maurice-Richard...
M. Bouazzi : Ma question est claire,
M. le Président.
M. Jolin-Barrette : ...trouve que la
liberté de religion devrait primer sur l'égalité entre les femmes et les
hommes? Parce qu'un de ses rôles, au député de Maurice-Richard, ici, là, c'est
d'être un législateur...
M. Bouazzi : M. le Président...
M. Jolin-Barrette : ...d'écrire des
lois et de voter pour des lois qui vont déterminer de quelle façon s'organise
la société québécoise. Alors, s'il est en désaccord avec la disposition, ça
veut dire qu'il est en accord avec le fait que la liberté de religion prime sur
l'égalité entre les femmes et les hommes.
M. Bouazzi : M. le Président...
M. Jolin-Barrette : Pourquoi est-ce
que le député de Maurice-Richard, sincèrement, ne veut pas appuyer ce principe?
• (16 h 10) •
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Merci, M. le ministre.
M. le député de Maurice-Richard.
M. Bouazzi : M. le Président, je
vais le répéter une dernière fois : Toutes les jurisprudences ont fait
valoir l'égalité avant la liberté religieuse, et le député de Maurice-Richard
ainsi que sa formation politique sont d'accord avec la jurisprudence.
Maintenant, ma question était claire, et je sais pourquoi il ne veut pas y
répondre, parce qu'il a répété ici même, à la chaîne de M. Masbourian, il
y a quelque... ne serait-ce que la semaine dernière, qu'un homme a refusé de se faire servir par une femme. C'est le
seul exemple qu'il... qu'il donne, qui date de 17 ans. Or, M. le
Président, en fait, c'était une femme
qui ne voulait pas se retrouver seule dans une voiture avec un homme. Est-ce
que c'est vrai?
M. Jolin-Barrette : M. le Président,
est-ce que le député de Maurice-Richard, au nom de sa formation politique, est
en désaccord avec le fait d'inscrire, dans nos lois, qu'au Québec la liberté de
religion ne prime pas sur l'égalité entre les femmes et les hommes? C'est une
question toute simple, mais, chez Québec solidaire, on fait des...
M. Bouazzi : M. le Président, c'est
moi qui pose les questions, en tout respect.
M. Jolin-Barrette : ... — comment
on dit ça? — des
circonvolutions autour... autour du sujet pour ne jamais répondre à la
question. Est-ce que le député de Maurice-Richard est toujours d'accord avec
les décisions des tribunaux?
M. Bouazzi : Alors...
M. Jolin-Barrette : Est-ce qu'il a
confiance en lui-même? Est-ce qu'il a confiance en son rôle de législateur pour
dire : Dans notre société, on va définir quels sont les paramètres de la
société?
Le Président (M.
Bachand) : Merci, M. le ministre. M. le député.
M. Bouazzi : Donc, d'abord, c'est la
dernière fois que je le répète, effectivement, aujourd'hui, la jurisprudence
privilégie l'égalité entre les hommes et les femmes sur la liberté religieuse,
et nous sommes d'accord avec cela. M. le ministre, pourquoi vous répétez, sur
chaque tribune, qu'un homme a refusé de se faire servir par une femme, alors
qu'en fait c'est une femme qui ne voulait pas se retrouver seule dans une
voiture avec un homme?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : M. le Président,
moi, je pense qu'au Québec on doit être très clair sur, notamment, la place de
l'égalité entre les femmes et les hommes. Et c'est ce que le gouvernement
essaie de bâtir, M. le Président, pour s'assurer que, non, la liberté de
religion n'entrave pas l'exercice de ce droit collectif qui appartient à tous
les Québécois et à toutes les Québécoises.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député.
M. Bouazzi : Donc, je comprends que
même le seul exemple qui date d'il y a 17 ans, en fin de compte, n'existe
pas. Donc, je lis, hein, la décision, elle ne fait pas... elle n'est pas
longue, hein, elle fait sept pages. Dans la première page, il y a écrit que
«l'accommodement ne s'applique pas lorsque la demande vient contredire un
droit, par exemple le droit à l'égalité des sexes». Ça, ça veut dire que votre
projet de loi, ça, ça veut dire que votre projet de loi, même s'il passe, la
décision à laquelle... la seule, qui date d'il y a 17 ans, à laquelle vous
faites référence, ne changerait en aucun cas.
Donc,
ma question est simple : Avez-vous... Celui-là, clairement, vous l'avez...
vous dites que vous l'avez lu, bon, donc, j'imagine, vous ne l'avez pas
compris. Maintenant, est-ce que vous avez un autre cas qui vous permet de dire
que la liberté religieuse a primé sur l'égalité entre les hommes et les femmes?
Un cas réel, pas une «fake news», là, un cas
réel où vous êtes capable d'affirmer, pour pouvoir chambouler notre système,
que tous les juristes, y compris des féministes, la Fédération des
femmes du Québec, par exemple, qui vous ont dit que ça affaiblissait tous les
droits fondamentaux, y compris l'égalité, de faire ce que vous essayez de
faire.
Le
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Au contraire, M. le Président, et la Société de l'assurance automobile du
Québec a été très claire sur son obligation d'analyser les dispositions de la
Charte des droits et libertés de la personne en faisant en sorte d'accommoder
la personne qui fait cette demande-là. Alors, le député de Maurice-Richard
est d'accord avec le fait qu'on accommode un individu pour des raisons
religieuses, en contravention avec l'égalité entre les femmes et les hommes.
C'est ça, la position de Québec solidaire, comme la position de Québec
solidaire sur la laïcité. Dans le temps de Françoise David puis d'Amir Khadir,
M. le Président, ils étaient d'accord avec le fait que l'État et la religion
étaient séparés. Mais sous...
Le
Président (M. Bachand) : Merci...
M.
Jolin-Barrette : ...ce leadership-là de Québec solidaire...
Le
Président (M. Bachand) : Merci. M. le député de Maurice-Richard.
Il reste 1 min45 s.
M. Bouazzi :
Merci, M. le Président. J'entends une évolution. J'entends le ministre parler
d'un individu plutôt qu'un homme qui refuse de se faire servir par une femme.
Dans les faits, dans la décision, il faut quand même le dire, ils ont refusé,
en fait, le fait d'accommoder la personne, la femme en question. Ils lui ont
demandé de refaire la file indéfiniment, jusqu'à tant qu'elle tombe sur le sexe
qui l'arrange. Ils ont refusé parce qu'elle voulait qu'il y ait quelqu'un
d'autre avec eux dans la voiture, ce qui n'était pas acceptable.
Est-ce que vous vous
engagez, M. le ministre, de ne plus dire qu'un homme a demandé de ne pas se
faire servir par une femme, vu que, maintenant, vous savez que ce que vous
répétez depuis maintenant des semaines, voire des mois, est tout simplement
faux?
Le Président (M. Bachand) : On fait attention à son choix de mots, vous
savez, M. le député de Maurice-Richard.
M.
Jolin-Barrette : Il doit retirer M. le Président.
Le
Président (M. Bachand) : Je vous demanderais de le retirer,
s'il vous plaît.
M. Bouazzi :
Bien, honnêtement, le ministre me complique la... Je le retire...
Le
Président (M. Bachand) : Je vous demande de le retirer.
M. Bouazzi :
...je le retire.
Le
Président (M. Bachand) : Merci.
M. Bouazzi :
Je rappelle que le...
M.
Jolin-Barrette : M. le Président... Je pense que c'était à moi à
répondre.
Le
Président (M. Bachand) : Oui, allez-y.
M.
Jolin-Barrette : Est-ce que le député de Maurice-Richard...
M. Bouazzi :
Ah! non, non.
M.
Jolin-Barrette : ...s'engage, M. le Président...
M. Bouazzi :
C'est moi qui pose les questions, M. le Président, en tout respect.
M. Jolin-Barrette : ...est-ce que le
député de Maurice-Richard s'engage à défendre l'égalité entre les femmes et les hommes, notamment par la laïcité, ou
va-t-il, d'une façon détournée, s'assurer que ça n'arrive pas au Québec...
Le Président (M.
Bachand) : Merci.
M.
Jolin-Barrette : ...en tentant de bloquer le projet de constitution,
en bloquant cet article-là...
Le
Président (M. Bachand) : Alors, M. le député de
Maurice-Richard, il reste 35 secondes.
M. Bouazzi :
Oui, merci.
Le Président
(M. Bachand) : Merci, M. le ministre.
M. Bouazzi :
D'abord, j'ai passé plus de 10 ans à me battre pour une réelle laïcité,
pas une laïcité falsifiée, on aura la chance d'en parler. Et, oui, je vais
continuer à me battre pour l'égalité entre les hommes et les femmes. Est-ce que
vous engagez d'arrêter de dire une «fake news» que la SAAQ a accommodé un homme
qui refusait de se faire servir par une femme, maintenant que vous savez que
c'est faux, M. le ministre?
Le
Président (M. Bachand) : Merci. Alors, il reste...
M.
Jolin-Barrette : M. le Président...
Le
Président (M. Bachand) : ...cinq secondes.
M.
Jolin-Barrette : ...c'est un récidiviste, encore une fois. Je vous
demande de le rappeler à l'ordre, il utilise des mots non parlementaires.
Le
Président (M. Bachand) : M. le député de Maurice-Richard.
M. Bouazzi :
Maintenant que vous savez que c'est inexact, est-ce sais ce que vous vous
engagez...
Le
Président (M. Bachand) : M. le député, s'il vous plaît, le
temps est écoulé. Je vous demande de faire très attention à vos propos, s'il
vous plaît. Alors, M. le député de l'Acadie, vous avez la parole pour
16 min 40 s.
M. Morin :
Merci, M. le Président. Alors...
Le
Président (M. Bachand) : Excusez-moi. Vous avez retiré?
M. Bouazzi :
Oui, je retire.
Le
Président (M. Bachand) : Parfait. Merci. M. le député d'Acadie.
M. Morin :
Merci. Alors, continuons avec la transformation numérique au ministère de la
Justice, et j'aimerais attirer votre attention, M. le ministre, sur un
des volets, projet 5, Gestion de l'audience numérique. Sur le tableau de
bord de votre ministère, on indique que l'avancement du projet s'est réalisé
jusqu'à maintenant à 36 %. Ça vise à
permettre la gestion de l'audience numérique tenue en salle physique ainsi
qu'en salle virtuelle et semi-virtuelle. Et ce qu'on apprend, dans les
commentaires, c'est que, depuis l'approbation du dossier, les choix de
solutions technologiques et leurs essais, ainsi que l'arrivée du prestataire de
services en 2024, on a assisté à une révision de la planification globale pour
couvrir l'ensemble du processus judiciaire de bout en bout. Et le résultat de
ça, c'est que la planification globale révisée du projet est maintenant au 30 juin
2029.
Alors, ce que
j'aimerais savoir : C'est qui, le prestataire de services qui est arrivé
en 2024? Qu'est-ce qui a été fait pour la révision de la planification globale?
Et comment se fait-il que — maintenant,
votre échéancier, c'est 2029 — comment se fait-il que l'avancement du
projet, c'est uniquement 36 %?
Le
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
M.
Jolin-Barrette : Alors, M. le Président, si le député d'Acadie me
permet, je vais revenir avec les chiffres de la question qu'il m'a posée à
l'autre bloc.
M. Morin :
Oui.
M.
Jolin-Barrette : Donc, dans le budget total du programme de
modernisation, pour le système de justice, il y avait 313,7 millions au
MJQ; le Fonds des registres, 51,4 millions; au DPCP, 72,4 millions;
au ministère de la Sécurité publique, 54,6 millions. Avant le PMSJ, il y
avait seulement 7,6 millions en informatisation. Donc, ça, ce sont les
budgets et pas les dépenses. Donc, pour le MJQ, à ce jour, on a dépensé
236,1 millions sur 313,7 millions. Donc, ça, c'est pour le plan pour
la modernisation du système de justice. Tout à l'heure, je vous ai dit :
On a dépensé 136 sur 195,1 pour Lexius. Ça fait que Lexius, c'est 195 sur...
313,7 — pardon.
M. Morin :
Exact, mais il y a aussi d'autres... d'autres volets. Et, si j'ai bien compris
votre réponse, vous avez dépensé, jusqu'à maintenant, 236 millions.
M.
Jolin-Barrette : Pour la somme du MJQ...
M. Morin : Du MJQ.
M. Jolin-Barrette : ...du 313.
M. Morin : Sur un budget du 313.
M.
Jolin-Barrette : Puis, sur
le 236, dans le fond, de Lexius, Lexius, on a dépensé 136,2 sur 236,1. Donc, il y a 100 millions qui sont des
mesures du plan de modernisation de justice qui sont autres que Lexius.
M. Morin : Et là vous reportez
différents volets du projet, dont on a parlé tantôt, du volet en matière
criminelle ou GESTE. Là, je vous parle du projet n° 5
qui est l'audience numérique. Vous reportez ça, en 2029, sur votre total de
313. Vous allez respecter vos coûts?
• (16 h 20) •
M. Jolin-Barrette : Oui, on va
respecter les coûts et le prestataire de services, c'est CGI. On a conclu un
contrat, en 2024, avec eux, donc, pour un montant de 43,5 millions, donc,
pour la réalisation du programme Lexius. Donc, il y a des ressources externes
qui sont nécessaires pour accompagner nos professionnels.
M. Morin : Donc, le contrat de CGI,
43 625 232, pour une durée de trois ans.
M. Jolin-Barrette : Oui, et
d'ailleurs ça respecte la recommandation n° 13
de la commission Gallant, qui indique : «Introduire, dans les règles
relatives à la gestion des projets en ressources informationnelles, une limite
de coût inférieure à 50 millions pour les projets».
M. Morin : Très bien. Mais je
reviens à ma question...
M. Jolin-Barrette : Et peut-être
ajouter...
M. Morin : Très rapidement.
M. Jolin-Barrette : ...depuis plusieurs
années, il y a un observateur de l'audit interne du MJQ qui y siège pour
s'assurer de l'indépendance.
M.
Morin : Mais alors,
qu'est-ce que CGI a constaté? D'abord, CGI, ils ont eu le contrat suite à un appel
d'offres.
M. Jolin-Barrette : Suite à un appel
d'offres, oui.
M. Morin : OK. Alors, qu'est-ce qui
clochait avec la transformation numérique pour que vous soyez obligé de faire
un appel d'offres, que vous êtes maintenant obligé de dépenser un montant de
43 625 000 et qu'en plus vous reportez l'échéancier au 30 juin
2029? Qu'est-ce qui ne fonctionnait pas?
M. Jolin-Barrette : Bien, pour
l'échéancier, je vous l'ai dit, la capacité de livraison des différents
dossiers... Il y avait du retard dans les
dossiers. Donc, nécessairement, si vous reportez l'échéancier, l'échéancier
décale. Pour CGI, dans le fond, il fallait avoir des accompagnateurs
pour livrer le projet. Mais, si vous voulez, je céderais la parole à
Me Rancourt qui va pouvoir vous expliquer ça.
M. Morin : Alors, je préférerais que
ce soit M. le ministre qui réponde.
Le Président (M. Bachand) :
Continuez, M. le député.
M. Morin : Merci.
M.
Jolin-Barrette : Il n'y a
pas de consentement pour que le responsable du dossier puisse prendre la
parole?
M. Morin : Il n'y a pas de
consentement.
Le Président (M. Bachand) :
Allez-y, M. le député.
M. Morin : Alors, voilà. Donc, autre
élément que j'ai pris sur votre tableau de bord, l'infrastructure à clés
publiques gouvernementale, l'ICPG. D'après votre tableau de bord, maintenant,
la date estimée, c'est 2028, mais l'avancement du projet, c'est 9 %. Et
j'aimerais savoir comment se fait-il que le projet ait avancé seulement de
9 %, parce qu'il me semble, enfin, bref, que des clés publiques
gouvernementales, ça doit servir, entre autres, à échanger de l'information en
toute sécurité. Comment se fait-il que l'avancement du projet soit seulement de
9 %?
M.
Jolin-Barrette : Présentement, il y a un appel d'offres pour justement
l'ICPG. Donc, le projet va être développé. Puis, comme je vous l'ai dit, le
projet Lexius, on l'a déployé par phases. Donc, lorsqu'on est prêt, lorsque les
équipes sont prêtes à travailler sur une phase, on y va, on attaque le projet.
Ça s'imbrique dans l'ensemble du projet global. L'idée, c'est d'avoir la
structure de base pour que les différents modules s'imbriquent. Donc, c'est
pour ça qu'on a livré graduellement les différents projets comme le greffe
numérique de la Cour d'appel, le dépôt numérique d'un changement de plaidoyer,
la réception numérique des données de Bureau des infractions et amendes, les
formulaires interactifs, la livraison de la procédure non contentieuse, le
déploiement du projet de gestion des assignations à la Cour du Québec,
l'intégration des actions collectives aussi.
M. Morin :
Vous l'avez déjà dit. Moi, je vous parle, ce volet-là en particulier, comment
vous expliquez qu'il y a seulement 9 %?
Qu'est-ce qui ne fonctionne pas avec votre transformation numérique? Parce que,
de deux choses, il y a des retards, puis l'avancement, bien, ça n'avance
pas, carrément. Et vous avez quand même, pourtant, un montant autorisé de
9 millions pour ça. Il me semble que transmettre de l'information
confidentielle avec des clés de chiffrement sécuritaires, c'est essentiel.
Comment se fait-il qu'il n'y en ait pas plus que ça, d'avancement dans votre
volet?
M. Jolin-Barrette : M. le Président, est-ce qu'on nous reproche d'y aller par étapes, de
faire en sorte, M. le Président...
M. Morin :
M. le Président...
M.
Jolin-Barrette : ...d'y aller graduellement et, lorsque les équipes
sont prêtes à travailler sur un module, bien, on consacre les ressources pour
travailler sur le module et aller de l'avant avec chacun des modules. Est-ce
que le député est contre le fait qu'on ait une structure ordonnée, M. le
Président...
Le
Président (M. Bachand) : Merci...
M. Morin :
Bon. Alors là, M. le Président, mon temps est compté. Le ministre nous a déjà
expliqué... C'est l'opposition qui pose les questions, M. le Président,
j'aimerais que le ministre...
Le Président (M. Bachand) : La présidence s'assure le plus possible d'avoir
un équilibre. Alors, M. le député de l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin :
Oui, voilà. Donc, on voit qu'il y a des retards. Maintenant, on constate
également que, dans les réponses qu'on a eues du gouvernement en préparant les
crédits, en ce qui a trait à la transformation numérique, votre nombre d'employés temps complet a diminué de
30 à 26. Est-ce que vous pouvez m'expliquer pourquoi, et est-ce que
c'est ce qui explique les retards?
Le
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
M.
Jolin-Barrette : M. le Président, je ne peux pas être plus clair que
ça. Lorsqu'on a un dossier informatique, OK,
c'est quand même complexe, la modernisation du système de justice, ce qui a été
laissé en... En 2018, il n'y avait rien, OK. Donc, on structure le
projet. La pandémie a ralenti d'une façon importante...
M. Morin :
M. le Président, c'est pourquoi il y a moins d'employés temps complet, là, dans
le projet? Je ne parle pas de pandémie, avec respect.
M.
Jolin-Barrette : Bien, est-ce que vous voulez que je vous explique la
livraison...
M. Morin :
Mais vous me l'avez dit sur M. le ministre...
M.
Jolin-Barrette : Non.
M. Morin :
...j'ai compris. Alors, la question, ce n'est pas ça. Moi, je veux savoir...
Parce qu'on fait des demandes de crédits à chaque année, là on constate, cette
année, que le nombre d'employés temps complet a diminué. Vous avez des retards
partout. Est-ce que ça explique vos retards? Puis si c'est si important puis
que vous procédez par étapes, comment ça se fait que vous n'avez pas plus
d'employés? Parce que vous devez bien constater, sur vos tableaux de bord,
qu'il y a des retards partout. Puis je reviens à ce que je vous disais, clés de
chiffrement, l'avancement du projet, 9 %, ça ne vous inquiète pas?
Le
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
M.
Jolin-Barrette : Je peux répondre, M. le Président?
Le
Président (M. Bachand) : Oui, allez-y.
M. Jolin-Barrette : Oui. Bon, alors
je reviens. À l'époque de la pandémie, ça a fait en sorte de ralentir le projet
Lexius au complet, parce qu'il y a eu de multiples facettes qui ont été
ouvertes en même temps. On a recentré le projet Lexius pour y aller
graduellement. Là, à certains moments, on livre certaines unités du produit et,
par la suite, on fait des appels d'offres lorsqu'on est rendus. Pour réaliser
les différents volets du programme, il y a le dossier d'affaires à faire
autoriser, OK, parce que ce n'est pas parce que vous avez eu le
500 millions dans le budget en 2018 que le Trésor vous donne
500 millions cash, puis vous commencez à embaucher des fournisseurs. Non,
au contraire, vous embauchez des ressources à l'interne...
Le Président (M.
Bachand) : En terminant, en terminant, M.
le ministre... En terminant, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : ...des
ressources à l'externe. Graduellement, pour être en mesure de livrer...
M. Morin : Oui, mais... mais ça, M.
le Président, ma question, elle est claire et...
Le
Président (M. Bachand) :
S'il vous plaît! S'il vous plaît!
En terminant, M. le ministre, rapidement. Ça va? Vous avez terminé.
M. Jolin-Barrette : Non, je n'ai pas
terminé, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de l'Acadie... M.
le député de l'Acadie.
M. Morin : Pourquoi il y a moins
d'employés temps complet, qui travaillent sur la transformation numérique?
C'est ce que le gouvernement nous donne dans les cahiers de crédits puis, après
ça, bien, évidemment, ça n'avance pas.
Comment se fait-il qu'on ait moins... C'est juste ça que je veux savoir. Est-ce
qu'ils ont quitté? Est-ce qu'ils sont en maladie? Est-ce que c'est des
coupures budgétaires? Ce n'est pas compliqué, là, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : ...je peux
terminer mon explication?
Le Président (M.
Bachand) : Rapidement, oui.
M. Jolin-Barrette : Il y a une
partie du volet du développement qui est pris par le fournisseur externe. Donc,
lorsqu'on va en impartition avec le fournisseur externe, en l'occurrence CGI,
M. le Président, bien, on donne un contrat pour qu'il travaille sur le projet.
Et donc les employés de CGI ne sont pas comptabilisés en ETC à l'intérieur du
ministère de la Justice, parce que CGI, c'est séparé du gouvernement. On leur a
donné un contrat de services pour travailler sur la mesure. Donc,
nécessairement, vous ne voudriez pas qu'on conserve des fonctionnaires pour
travailler en double sur ce qu'on a donné à un fournisseur externe.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de
l'Acadie.
M. Morin : Voilà. Alors, voilà la
réponse à ma question. Merci. Merci, M. le Président.
Donc, autre chose. Dans les documents qu'on a
obtenus suite à une demande d'accès à l'information, il y a plusieurs contrats
de service qui ont été octroyés, notamment, parmi les documents, il y a eu un
contrat de service à COFOMO pour des ressources spécialisées en soutien à la
gestion de projet. Le montant total qui est alloué, c'est 11 483 000 $.
Est-ce que vous pouvez m'en dire davantage? Et qu'est-ce que COFOMO a réalisé?
Ce contrat-là a été signé il y a quelques années, mais vos projets n'avancent
pas rapidement. Donc, quelle était la nature de ce contrat, et qu'est-ce qui a été
réalisé par COFOMO?
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : OK. Alors, chez
COFOMO, c'est des analystes d'affaires qui accompagnent les équipes du
ministère de la Justice pour définir les besoins en lien avec les appels
d'offres, entre autres, sur ce qui doit être planifié, en termes de besoins, de
solutions d'affaires, et de comment est-ce qu'est construit l'appel d'offres,
et comment est-ce que les besoins des utilisateurs, que ce soit les procureurs,
juges, greffiers, comment est-ce que c'est vulgarisé, je vous dirais, dans
l'appel d'offres, notamment.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député d'Acadie.
• (16 h 30) •
M. Morin : Le contrat signé, en
2022, par COFOMO, c'était suite à un appel d'offres?
M.
Jolin-Barrette : La réponse, c'est oui.
M. Morin : Vous
avez signé un autre contrat, en octobre 2025, avec COFOMO, cette fois-ci, pour
une valeur de 1 235 000 $, pour la mise en oeuvre des solutions
infonuagiques, pour la migration et l'intégration des solutions
infonuagiques, d'outils de collaboration et de bureautique. En clair, qu'est-ce
que COFOMO a fait pour le ministère?
M. Jolin-Barrette : Voulez-vous avoir la
réponse directement de Me Rancourt, qui s'occupe du projet, ou non?
M. Morin : Non.
J'aimerais que vous puissiez répondre, M. le ministre.
(Consultation)
M.
Jolin-Barrette : Alors, les gens qui sont chez COFOMO accompagnent le
ministère de la Justice, notamment, comme vous l'avez dit, pour développer les
besoins en matière d'infonuagique à l'intérieur des solutions qui vont être
choisies.
M. Morin : Et
qu'est-ce que vous contemplez comme solution infonuagique? Votre nuage, il est
à quel endroit, il est au Québec, au Canada?
M.
Jolin-Barrette : Il est au Canada. Puis, vous savez, à la Justice,
contrairement, supposons, à d'autres données hébergées au sein du gouvernement,
bien, nous, on fonctionne avec l'indépendance de la magistrature,
l'indépendance judiciaire. Donc, vous comprenez que, dans nos solutions
d'affaires qu'on développe puis dans ce qu'on met à la disponibilité de tous
les utilisateurs du ministère de la Justice, il y a des volets auxquels le
ministère de la Justice n'a pas accès, des volets qui concernent uniquement la
magistrature...
Le
Président (M. Bachand) : Merci. M. le
député de l'Acadie, il reste 1 min 40 s.
M. Morin : Oui,
rapidement. Si je réfère aux crédits de l'an passé, on a posé des questions sur
l'infonuagique. Et, l'an passé, on nous a répondu que c'était Microsoft Azure,
et que Microsoft avait des liens avec les États-Unis d'Amérique. Est-ce que ça
a été corrigé ou si c'est vraiment 100 % au Canada?
Le
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
M.
Jolin-Barrette : Alors, on me dit que toutes nos données sont hébergées au Canada.
M. Morin :
Parfait. Je vous remercie.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. M. le député de Jean-Talon pour
16 minutes, s'il vous plaît.
M. Paradis :
M. le ministre, bonjour à vous, de même qu'à toutes les personnes qui
représentent les différentes institutions de la justice au Québec.
J'aimerais continuer
à discuter avec vous du Plan pour moderniser le système de justice, compte
tenu, notamment, des révélations de ce matin par Radio-Canada. Vous avez évoqué
le ministère de la Cybersécurité et du Numérique, mais vous confirmez que le
maître d'oeuvre de ce projet, c'est bien vous, comme ministère, comme ministre
de la Justice.
M. Jolin-Barrette :
La responsabilité du projet, comme dans n'importe quel ministère, en matière
informatique, relève de chacun des ministères. Puis on va être clairs sur les révélations
de ce matin, auxquelles vous faites référence. Les soi-disant révélations,
c'est qu'on a fait en sorte d'ajuster l'échéancier pour livrer jusqu'en 2029,
vu l'incapacité de respecter la date de 2023, et on est à l'intérieur...
Le Président (M. Bachand) : M. le député de Jean-Talon. M. le député de
Jean-Talon, s'il vous plaît. Oui. Allez-y.
M. Paradis :
Oui. Ce faisant, vous confirmez qu'il y a un problème de délai, c'est-à-dire
que la livraison était prévue en 2023 et que ça a été reporté en 2029. Bon,
le... vous avez eu une longue série de questions et, je dirais, sans réponse
sur le montant où on est rendus dans ce projet-là. Radio-Canada, Radio-Canada,
aujourd'hui, dit 349 millions sur l'enveloppe initiale de
500 millions. Confirmez-vous ce chiffre, oui ou non?
M. Jolin-Barrette :
Alors, le député de Jean-Talon ne m'écoutait pas, tantôt, je vais le répéter
pour son bénéfice. Donc, dans l'enveloppe de 500 millions, ce n'était pas
500 millions uniquement pour le ministère de la Justice. Il y avait
313,7 millions pour le ministère de la Justice, 51,4 millions pour le
Fonds des registres, 72,4 millions pour le DPCP, 54,6 millions pour
le ministère de la Sécurité publique. Et donc, pour le ministère de la Justice,
à ce jour, il y a 236,1 millions sur 313,7 millions de dépensés pour
le PMSJ, le plan de la modernisation du système de justice, qui ne concerne pas
uniquement Lexius. Donc, pour Lexius, c'est 136 millions qui ont été
dépensés sur 195.
Le
Président (M. Bachand) : Merci...
M. Jolin-Barrette :
Donc, dans l'enveloppe...
M. Paradis :
Est-ce que vous pourriez...
Le
Président (M. Bachand) : M. le député de Jean-Talon.
M. Paradis :
Est-ce que vous pourriez...
M. Jolin-Barrette :
...du MJQ, c'est 136 sur 236.
M. Paradis :
Est-ce que vous pourriez me donner... là, vous avez évoqué que je n'écoute pas.
J'écoute, puis vous savez que, là, vous me prêtez des intentions. J'aimerais
avoir un chiffre, l'ensemble du plan. Il y a un Plan pour moderniser le système
de justice, c'est la modernisation informatique. J'espère que vous avez un
chiffre. Là, les Québécois vous écoutent. C'est quoi, ce chiffre, vous êtes
rendus à combien pour l'ensemble du plan? Je ne veux pas la ventilation, je
veux le montant total de l'ensemble du plan. Combien?
M. Jolin-Barrette :
M. le Président, à la fin de ma prise de parole, pendant que le député de
Jean-Talon essayait d'embarquer par-dessus moi, j'étais en train de le dire, M.
le Président.
Le
Président (M. Bachand) : ...alors, on vous écoute.
M. Jolin-Barrette :
Peut-être ne l'a-t-il pas entendu, parce qu'il essayait de m'enterrer, M. le
Président.
Le
Président (M. Bachand) : On vous écoute. Rapidement.
M. Jolin-Barrette :
Donc, sur le 313,7 millions de dollars consacrés au MJQ, sur
500 millions, il y a 236,1 millions de
dollars de dépensés. Et sur le 236 millions, il y en a 136 qui sont sur
Lexius. Donc, il y a 100 millions qui ont été dépensés sur le PMSJ,
qui ne concerne pas Lexius, et Lexius, son budget, c'est 195, et il y a 136 sur
195 qui est dépensé.
Le
Président (M. Bachand) : M. le député Jean-Talon.
M. Paradis :
Est-ce que vous pourriez donner une réponse qui est un chiffre? Parce que, là,
vous faites encore de... Vous dites bien des chiffres, vous dites bien des
mots. Je veux un chiffre. Dites-moi le montant total du Plan pour moderniser le
système de justice, de modernisation informatique. Je veux que les Québécois
vous entendent le dire. Vous êtes rendus à combien? Total. Je veux un chiffre.
Un chiffre.
M. Jolin-Barrette :
236,1 millions de dollars.
M. Paradis :
Très bien, merci.
M. Jolin-Barrette :
Ça fait quatre fois que je... ce chiffre-là.
Le
Président (M. Bachand) : Merci...
M. Jolin-Barrette :
Et d'ailleurs, je vous l'ai ventilé pour parler de Lexius...
M. Paradis :
236, c'est... 236 millions, c'est le total? Il n'y a pas d'autres chiffres
ailleurs, à côté, là, dans d'autres colonnes, le total, c'est
236 millions?
M. Jolin-Barrette :
C'est le total du ministère de la Justice.
M. Paradis :
Très bien. Donc, vous n'êtes pas d'accord avec l'analyse de Radio-Canada à
349 millions.
M. Jolin-Barrette :
Le plan pour la modernisation du système de justice, qui ne relève pas
uniquement du ministère de la Justice. Exemple, le Fonds des registres.
Exemple, le ministère de la Sécurité publique. Eux aussi ont des crédits en
lien avec le 500 millions total. C'est ce que je vous explique.
M. Paradis :
Donnez-moi le montant total, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Pour le portefeuille qui relève de moi, de Justice, c'est 236,1 millions.
M. Paradis :
Un des problèmes qu'on a dans toute cette question-là, c'est le manque de
transparence. Dans SAAQclic, on a entendu, ici, dans la Chambre, là, bien des choses,
jusqu'à ce qu'on ait le rapport du commissaire Gallant, jusqu'à ce qu'on ait le
rapport de la Vérificatrice générale. Je vous demande le montant total, je vous
demande de la transparence. Là, vous me dites : Ah!
il y a peut-être d'autres... La modernisation des systèmes informatiques du
système de justice au Québec, c'est combien, le montant total? 236? Mais vous
me dites : Ah! il y a peut-être d'autres choses qui ne sont pas dans mon
portefeuille. Je vous demande de me donner le montant total. C'est quoi, le
montant total? Parce que ce serait dommage qu'on arrive, dans quelques mois
encore, puis qu'on apprenne que ce n'était pas ça, le vrai chiffre. C'est
combien, le montant total?
M. Jolin-Barrette : Bon, dans
le 500 millions, là, il y a le PMRG, le Programme de mesures de rechange
général, hein? Ça, ça fait partie du plan de modernisation de la justice, que
la députée de Gatineau, ancienne ministre de la Justice, avait demandé. Ça fait
que dans le 500 millions, là, le PMRG, il est là. C'est quoi, le PMRG?
C'est une liste d'infractions pour faire en sorte d'éviter la judiciarisation
des contrevenants, notamment, qui sont en situation, parfois, de vulnérabilité.
Donc, lorsqu'on parle de...
Le Président (M.
Bachand) : Merci, M. le ministre, je vais... M. le député de Jean-Talon.
M. le député de Jean-Talon.
M. Paradis : Vous continuez...
M. le ministre, vous continuez à essayer de noyer le poisson. Je vous dis...
Une voix : ...
Le Président (M.
Bachand) : Non, non, mais, M. le député Jean-Talon, on est
en... on est en crédits budgétaires, alors, donc, faites attention un peu,
merci. Alors, M. le député de Jean-Talon, s'il vous plaît.
M. Paradis : Je vais faire
attention, mais je comprends que ce n'est pas un... ce n'est pas une expression
qui est au lexique. Mais là, vous dites beaucoup de choses, je vous demande un
chiffre. Je vous demande le montant total qui a été investi dans la
modernisation informatique des systèmes de la justice. Je vous demande le
chiffre global. Et à chaque fois, vous me dites bien des choses. C'est quoi, le
montant global? Pour Radio-Canada, ce matin, c'est 349 millions. C'est ça
ou ce n'est pas ça? Puis si ce n'est pas ça, c'est quoi, le chiffre global?
Les Québécois, là, ils vous ont entendu répondre
sur SAAQclic pendant un an puis, à la fin, ils ont su que ce n'était pas ça, la
réalité. Ça a pris des rapports puis ça a coûté cher aux Québécois. Êtes-vous
capable de me donner la réponse? L'avez-vous? Le savez-vous? Moi, j'espère que
vous le savez. Donnez-moi la réponse, je veux juste un chiffre, je ne veux pas
des longues phrases, je veux un chiffre. M. le député de Jean-Talon, le montant
total, jusqu'à maintenant, qu'on a dépensé, c'est ceci, c'est ça que je veux,
comme réponse.
• (16 h 40) •
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : M. le
Président, tout à l'heure, le député de Jean-Talon m'a dit : Combien vous
avez dépensé en projets informatiques?
236,1 millions de dollars. Le ministère de la Justice a dépensé
236,1 millions de dollars.
Le Président (M.
Bachand) : Merci.
M. Jolin-Barrette : En projets
informatiques.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député Jean-Talon.
M. Paradis : Est-ce que, relié
au Plan pour moderniser le système de justice, il y a d'autres choses que le
budget du ministère de la Justice dont vous me parlez? Et, si oui, combien? Et
donc, montant total.
M. Jolin-Barrette : M. le
Président, j'ai fait une erreur, dans le 236 millions, ça inclut toutes
les dépenses du MJQ, incluant le PMRG. Donc, pour Lexius, c'est 136 sur 195 qui
a été dépensé. C'est la réponse que je peux offrir à mon collègue. Et
d'ailleurs, je le trouve intéressant, sa réaction sur la commission Gallant,
parce qu'il critiquait fortement, à l'époque...
Le Président (M.
Bachand) : Merci...
M. Jolin-Barrette : ...M. le
Président, le choix du commissaire Gallant, qui est allé au fond des choses. Il
critiquait le choix que j'ai fait.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député Jean-Talon.
M. Paradis : Belle tentative de
diversion, mais je n'ai toujours pas le chiffre.
M. Jolin-Barrette : 236,1
sur...
M. Paradis : Est-ce que oui ou
non, il y a d'autres montants?
M. Jolin-Barrette :
...307 millions de dollars.
M. Paradis :
Est-ce que oui ou non, il y a d'autres montants qui ont été dépensés par
d'autres institutions de la justice pour la modernisation des systèmes
informatiques en fonction du Plan pour moderniser le système de justice? Oui ou
non?
M. Jolin-Barrette :
Le ministère de la Sécurité publique avait un budget de
54,6 millions de dollars, dont il est responsable. Alors, je vous
invite à aller aux crédits du ministère de la Sécurité publique, si vous voulez
avoir le contenu des 54,6 millions de dollars du ministère de la
Sécurité publique.
M. Paradis : Donc, vous m'avez indiqué, tout à l'heure, que vous êtes le maître
d'oeuvre de cette réforme-là, mais vous n'êtes pas capable de me donner
le montant total investi sur ce plan dont vous dites être le maître d'oeuvre.
C'est bien ça?
M. Jolin-Barrette :
M. le Président, le député de Jean-Talon essaie bien de mettre des pièges à
ours un peu partout, M. le Président, ça a été très clair que le ministère de
la Justice est responsable du projet Lexius. Il est responsable et maître d'oeuvre du volet qui touche la Justice. Il n'est
pas responsable des dépenses qui sont faites dans les autres entités
gouvernementales. Chacun a un projet à lui, qui lui appartient. C'est fort
différent, M. le Président, d'un dossier comme, à titre d'exemple, SAAQclic,
où c'est le même projet. Nous, là, ce n'est pas le ministère de la Sécurité
publique qui s'occupe des rôles d'audience, ce n'est pas le ministère de la
Sécurité publique qui assigne les juges, comme ce n'est pas plus le ministère
de la Justice. Ce sont les juges qui assignent les juges...
Le
Président (M. Bachand) : Merci. M. le député de Jean-Talon. M.
le député de Jean-Talon.
M. Paradis :
Alors, moi, je fonctionne, M. le ministre, si... Il n'y a rien de compliqué
dans ce que je demande. Si, au Québec, pour ce gouvernement de la CAQ, c'est
rendu que demander le total qui a été investi dans un projet informatique alors
qu'on a un historique d'échecs et de fiascos, ça, c'est un piège à ours, on est
rendus vraiment très loin dans les problèmes de transparence. Je ne fais que
demander le montant total qui a été investi sur ce projet, qui fait les
manchettes aujourd'hui, et le ministre dit que c'est un piège à ours. Je suis
stupéfait.
Je vais essayer sur
un autre angle, maintenant. L'ancien ministre de la Cybersécurité et du
Numérique dit que le morcellement de ce projet-là en plusieurs contrats est un
problème. Ce qu'on sait aujourd'hui, dans les révélations de Radio-Canada, c'est que le projet est divisé en
trois axes, eux-mêmes déclinant différents programmes, eux-mêmes divisés
en plusieurs projets, et l'un de ces programmes compte 36 projets. Dans
les recommandations, justement, sur le scandale SAAQclic, on nous dit : Il
faut faire attention de ne pas avoir des trop gros contrats, mais il ne faut
pas non plus tomber dans le saucissonnage ou dans le morcellement. J'aimerais
savoir si le ministre est capable de me dire combien de contrats il y a, au
complet, dans ce projet-là, actuellement. Il y a combien de contrats, là?
On sait ici, dans cet
article-là, il y a un axe qui est divisé en plusieurs projets, puis l'un de ces
programmes en compte 36, de ces projets-là. Il y en a combien, en tout, de ces
contrats-là? Parce que ce qu'on voit, c'est que cette façon de procéder peut
nuire à la transparence et peut nuire à la capacité, pour le public, de
comprendre combien ça coûte, au total. Puis là, aujourd'hui, j'ai bien de la
misère à avoir une réponse, puis mon collègue de l'Acadie a passé
17 minutes à avoir, aussi, cette réponse-là, puis il ne l'a pas eue
encore. Est-ce que, sur le nombre de contrats, on est capables de savoir il y a
combien de contrats, en tout, dans tous les services, là? Le PMSJ c'est combien
de contrats, en tout?
Le
Président (M. Bachand) : M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette :
M. le Président, je suis heureux que le député de Jean-Talon me parle de
36 projets et activités majeurs, parce que ça, c'était dans le cadre du
Programme de modernisation des infrastructures technologiques, le PMIT, comme
j'ai expliqué au collègue de l'Acadie en début de séance. Donc, ça a pris fin
le 29 septembre 2023, et la totalité des projets du PMIT ont été
réalisés. En quoi ça consistait, notamment, dans les 36 projets? L'implantation
des centres de traitement informatique permettant de sauvegarder et protéger
des données deux fois par jour. Disposer des capacités de stockage afin de
permettre d'accueillir les dossiers judiciaires numériques. Remplacer
l'essentiel de nos équipements bureautiques. La visio, également, dans les
palais de justice, qui a été mise en place. Dans 41 palais de justice, on
a de la visio permanente. Ça, ça rentrait dans le Programme de modernisation
des infrastructures technologiques. Savez-vous quoi? Il était doté d'une
enveloppe de 96 millions, puis les équipes du ministère de la Justice ont
conclu le tout pour 65 millions de dollars.
Alors ça, M. le
Président... je veux juste terminer là-dessus...
Le
Président (M. Bachand) : Rapidement.
M. Jolin-Barrette :
Quand je parlais avec le député de l'Acadie tantôt, des phases, notamment, puis
avec le député de Maurice-Richard, bien,
voyez-vous, ils ont fait le PMIT avant de faire Lexius. Lexius prend un peu de
retard, alors on y va par phases et on livre graduellement les choses.
Le Président (M. Bachand) : Merci. M. le
député de Jean-Talon.
M. Paradis :
Alors, pour les Québécoises et les Québécois qui nous écoutent, là, qui
nous regardent, voyez qu'est-ce que ça veut dire, un exercice de transparence.
On est dans un exercice d'étude des crédits. J'ai posé une simple question au
ministre, la première. Après 11 minutes d'échange, je n'avais pas de
réponse, c'est combien, le montant total, puis ça, ça s'ajoute aux 17 minutes
du député de l'Acadie. Aucune réponse. Puis là, je viens de poser la question
au ministre. C'est ça, de la transparence puis de... de l'imputabilité. Je lui
demande : Combien de contrats? Parce que j'espère que le ministre, il le
sait, il y a combien de contrats, dans ce projet-là. Parce qu'actuellement, on
dit qu'on a perdu le contrôle, au gouvernement du Québec, au gouvernement de la
CAQ, des contrats en matière de modernisation informatique. Je lui pose deux
questions très simples : Combien, puis combien de contrats? Je n'ai pas
encore de réponse.
Je vous repose la
question, M. le ministre. C'est mentionné, ce matin, que c'est un problème. Les
médias disent que le morcellement en plusieurs contrats est un problème de
transparence. Donnez-moi une réponse. Vous avez combien de contrats, en tout,
pour la mise en oeuvre du PMSJ, le programme de modernisation des systèmes
informatiques. Combien de contrats? J'espère que vous savez ça, puis j'espère
que vous êtes capable de me répondre avec un chiffre plutôt que des longues
phrases qui ne sont pas une réponse.
Le
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
Une minute.
M. Jolin-Barrette :
M. le Président, c'est la... le programme de modernisation du système de
justice. Et comme je l'ai dit à de nombreuses reprises au député de Jean-Talon,
je comprends qu'il veut avoir sa clip, le député de Jean-Talon, mais, comme je
l'ai dit à de nombreuses reprises, il n'y a pas uniquement des contrats
informatiques, là-dedans, ce n'est pas
uniquement les systèmes informatiques. Le PMRG, le programme de mesures
générales, est-ce qu'il sait c'est quoi? C'est pour faire en sorte que
les individus se retrouvent déjudiciarisés, M. le Président. Alors, pour
Lexius, on a 40 contrats, avec un contrat principal de CGI, M. le Président.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. M. le
député de Jean-Talon.
M. Paradis :
... pas de réponse sur combien de contrats, puis s'il y a des contrats qui
sont des contrats informatiques...
M. Jolin-Barrette :
Je viens de vous le dire! J'ai dit 40 contrats plus celui de Lexius...
M. Paradis :
M. le ministre, s'il y a des contrats informatiques puis il y a des contrats
qui ne sont pas informatiques, donnez-moi la réponse à cette question-là, parce
que la question qui suit...
M. Jolin-Barrette :
Bien, ce n'était pas ça, votre question. Ce n'était pas ça votre question.
M. Paradis : ...c'est :
Est-ce que vous avez... est-ce que vous avez retenu quelque chose...
Le
Président (M. Bachand) : S'il vous plaît!
M. le député de Jean-Talon, M. le ministre...
Des voix : ...
Le
Président (M. Bachand) : M. le ministre!
M. le ministre, M. le député de Jean-Talon, je vais vous appeler à l'ordre, si
vous continuez. Merci. M. le député d'Acadie, s'il vous plaît, pour
17 min 9 s, s'il vous plaît.
M. Morin :
Merci, M. le Président. Toujours en lien avec la demande d'accès qu'on
avait fait, on a obtenu une note sous-ministérielle qui parle d'une mise à
jour, c'est en février 2025, mais en... dans l'ensemble des différents volets,
et on parle, entre autres, dans la lettre, bien sûr, de ce nouveau prestataire
de services qui arrive. À la fin de la lettre ou de la note, il y a une
recommandation : «Il est recommandé à la DI et sous-ministre associé du sous-ministériat des services à l'organisation
d'autoriser la publication de l'état de santé, mis à jour au 28 février
2025, pour les projets ciblés du MJQ.» Bien, c'est d'ailleurs ce qu'on a
vu. Ce dont on a discuté, là. Mais, après ça, c'est caviardé. Qu'est-ce...
Pourquoi c'est caviardé? Qu'est-ce que... qu'est-ce que vous avez à cacher?
Et
j'ai une autre question. Dans le même document, il y a une note de service, un
courriel qui dit, du 10 avril 2025 à 16 h 28 : «Tu
trouveras en pièce jointe l'état de santé des projets au 28 février 2025.
Cette publication comporte les informations
suivantes : Lexius. Report projet 2 au 30 juin 2029 — c'est
là qu'on apprend que ça va être reporté — indicateur
d'échéancier va passer au rouge. Report projet 4 au 30 juin 2025.
Indicateur d'échéancier passe au jaune. Report projet 5 au 30 juin
2029, indicateur d'échéancier passe au rouge.» Mais, par la suite, c'est
caviardé. Et moi, j'aimerais bien savoir qu'est-ce qu'on n'a pas. Parce que
quand on regarde le document, ça ne semble pas être des grands secrets d'État.
Après ça, ça dit : «Sur approbation de ta part, ta signature sera apposée
sur la note et elle sera soumise au BSM pour signature du SM.» Et c'est signé
Mme Pelletier. Moi, j'aimerais savoir, M. le ministre, qu'est-ce qu'il y a
ici, quel est le problème. Pourquoi c'est caviardé?
• (16 h 50) •
Le
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Bien, M. le Président, si le collègue veut me donner la demande d'accès à
l'information, je vais pouvoir demander, parce que c'est la première fois que
j'entends parler de cette demande à l'accès à l'information là. Et j'imagine
que le député de l'Acadie ne souhaite pas que les ministres, ce soit eux qui
gèrent les demandes d'accès à l'information. Alors, s'il me soumet le document,
je vais pouvoir le vérifier, demander des explications aux gens du MJQ. Et on
pourra revenir à la commission avec la réponse.
M. Morin : Ça va... ça va me
faire plaisir de soumettre le document...
Le Président (M.
Bachand) : Vous allez déposer le document
à la commission?
M. Morin : ...je vais le
déposer. Cependant, je comprends qu'il y a un engagement du ministre de me
revenir avec les explications, parce que quand on regarde le document, au fond,
c'est ce qu'on retrouve dans ce qui a été publié par la suite. Alors, je
comprends très mal pourquoi ces volets-là ont été caviardés.
Le Président (M.
Bachand) : Et, juste pour compléter, M. le
député de l'Acadie, le ministre s'est engagé à répondre par la commission.
M. Morin : Parfait.
M. Jolin-Barrette : Oui. Et, M.
le Président, sous réserve de la possibilité pour la loi de répondre et de
donner l'information.
M. Morin : Si tel est le cas,
puis s'il y a des exceptions qui sont appliquées, bien, qu'on nous le dise,
puis à ce moment-là, on verra, parce que là, il n'y a rien. Voilà.
Donc, on continue avec le projet de
transformation numérique. Dans les documents qu'on a aussi obtenus, il y a eu
un contrat avec CIAO Technologies pour la gestion de dossiers pour le
volet I, et ma compréhension du volet I, dans les projets, c'est le
dépôt des actes de procédure et des demandes, services professionnels en
support. Et, ce qu'on nous dit, c'est une continuité des systèmes de mission du
ministère. Le coût, c'est 3 692 304 $, ça a été signé en avril
2024. Alors, pourquoi ça a été nécessaire? Est-ce que c'est un contrat qui a
été donné suite à un appel d'offres? En quoi consistait exactement le mandat de
cette firme-là et pourquoi on y a... on a fait affaire avec la firme? Il n'y
avait pas des... d'expertise au sein de votre ministère?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : M. le
Président, pouvez-vous préciser, pour les équipes, pour qu'ils puissent
vérifier la date du contrat, et puis...
M. Morin : Oui.
M. Jolin-Barrette : C'est CIAO
et?
M. Morin : CIAO Technologies.
La date... ça a été signé en avril 2024, pour un coût de
3 692 304 $, et ce serait pour des services professionnels en
support. Et là, je comprends que tout à l'heure, vous nous avez parlé d'un
contrat avec CGI pour plusieurs dizaines de millions de dollars. D'ailleurs, le
document fait référence à ce nouveau... cette nouvelle compagnie. Donc là, en
plus, vous avez besoin de cette entreprise-là. Moi, je veux savoir pourquoi et
qu'est-ce qu'ils ont fait.
Le Président (M. Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui, bien,
on va pouvoir répondre à cette question-là. Les équipes sont en train de
chercher, justement, le contrat. Donc, on vous revient dès qu'ils l'ont.
M. Morin : Parfait. J'en ai un
autre. Un contrat avec Astek, A-s-t-e-k, Canada inc. Encore là, c'est un
support de continuité des systèmes, toujours dans le volet de la transformation
numérique, contrat qui a été signé en avril 2024 pour une durée de trois ans.
Et là, le coût, c'est 4 522 980 $. Et là, on ne dit pas avec
quel volet. Donc là, on a CGI pour plus de 40 millions. On a... je viens
de vous parler de CIAO pour plusieurs millions. Maintenant, on a Astek Canada
pour 4,5 millions, toujours pour un support en continuité des systèmes.
Alors, est-ce que vous avez une idée pourquoi ces contrats-là sont essentiels
pour la progression de la transformation numérique qui, par ailleurs, dans
certains volets, les échéanciers ont été reportés de plusieurs années?
M. Jolin-Barrette : Oui. Bien,
écoutez, on est en train de chercher également ce contrat-là. Juste à titre
d'information pour le collègue, là, c'est des contrats qui ont été signés en
2024, donc ils sont dans l'année financière 2024-2025. Là, on fait les
crédits 2026-2027. Ça fait que ça va prendre juste quelques minutes pour
ressortir les contrats parce que les équipes se sont préparées pour ce qui a
été signé cette année, donc...
M. Morin : Sauf
que le contrat est d'une durée de trois ans, donc...
M. Jolin-Barrette : Effectivement,
sauf que lorsqu'il y a appel d'offres puis il y a le contrat, il est octroyé à l'année du contrat. Ce que je vous dis, c'est que
ça s'en vient, mais les équipes ont priorisé les contrats de cette année.
M. Morin : Mais j'imagine que, quand
le contrat est pour une durée de trois ans, vous ne payez pas l'entièreté du
contrat avant que les services soient rendus. Donc, normalement, dans votre
budget puis dans vos crédits de cette année, il devrait y avoir un montant,
j'imagine, que vous allez dépenser pour ces entreprises-là. Mais ce n'est...
M. Jolin-Barrette : Alors, pour
CIAO, il y a plusieurs volets...
M. Morin : Oui, alors là, on
parle de CIAO volet I.
M. Jolin-Barrette : ...les
appels d'offres publics qu'il y a eu avec CIAO, il y a analyste programmeur
Dynamics 365 intermédiaire, analyste programmeur Power
Platform 365 intermédiaire, conseiller en architecture
dynamique 365 Power Platform, administrateur 365, conseillers en
architecture d'infrastructure infonuagique pour Azure DevOps et PaaS, analyste
en infrastructure infonuagique Azure DevOps et PaaS. Donc, ce sont des
ressources auxquelles... qu'on utilise pour la programmation, pour la création
de Lexius, pour les différents modules qui sont créés. Et vous comprendrez
qu'au MJQ, on a certaines ressources en informatique, mais l'activité
principale du ministère de la Justice n'est pas de créer des projets de
transformation numérique, donc, nécessairement, il faut aller en appel
d'offres.
M. Morin : Ça... ça, M. le
Président, je le comprends très bien. Cependant,
vous avez aussi accordé un contrat de 43 millions à CGI.
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Morin : Puis, eux autres
aussi, ils sont dans le domaine, n'est-ce pas, de la... Donc, CGI, pour
43 millions...
M. Jolin-Barrette : Bien, le...
le projet...
M. Morin : ...ils ne sont pas
capables de faire ça?
M. Jolin-Barrette : C'est des
volets qui sont complémentaires. Dans le fond, Lexius, au complet, ce qui est
budgété, c'est 195 millions pour développer les différents volets. Le
volet de CGI, à 43, c'est une partie. Et la base de la plateforme, c'est Dynamics et Power Platform. Donc, c'est les
technologies sur lesquelles sont basées Lexius. Puis CGI est en train de
développer... Donc, il y avait à la base, comme je vous disais... puis pour
l'opérationnalisation, le développement, c'est CGI qui le fait. Donc, le
ministère... Et ça explique aussi pourquoi on y va par phases. On est allés
avec le solage de la maison, ensuite, le contrat avec CGI est arrivé plus tard
pour la construction de la solution informatique pour répondre. Puis, dans la
construction de Lexius, là, il faut comprendre aussi que les besoins du système
de justice, la solution, on doit prendre en compte les besoins des
utilisateurs. Dans le fond, là, ce qu'il est nécessaire de faire dans la
plateforme Lexius, quand le juge en chef va faire ses assignations avec la
plateforme, bien, dans le fond, il faut que ça soit analysé. Qu'est-ce qu'il a
de besoin? C'est quoi, l'interface? Les procédures non contentieuses, ça va
être quoi? C'est quoi, les procédures, la réception?
M. Morin : Si vous permettez, M.
le Président...
M. Jolin-Barrette : Quand on va
être dans Lexius, sur les audiences virtuelles, bien, la preuve qui rentre, les
déclarations assermentées, tout ça, la gestion du dossier.
M. Morin : Oui, je comprends
ça, M. le Président. Mais donc, ce que vous dites, c'est qu'Astek Canada va
aller rencontrer les utilisateurs pour être capable de bâtir le programme?
M. Jolin-Barrette : Voyez-vous,
exemple, là, dans Astek, c'est A-s-s-t-e-k, donc, exemple, pour le
volet II, là, là-dedans, on avait des conseillers en architecture, des
conseillers en architecture d'information, des conseillers en architecture de
solutions, des conseillers en architecture fonctionnelle, des conseillers en
architecture organique et des conseillers en architecture de données, donc des
ressources utilisées en support sur les différents projets pour développer la
plateforme Lexius.
M. Morin : Bien. Donc, après
ça, vous avez un contrat avec CIAO Technologies, encore une fois, pour des
services professionnels, pour le volet III. Et ça, c'est au coût de
2 285 000 $. Encore là, c'est... ça a tout été signé en avril
puis ça s'échelonne toute sur trois ans. Donc, c'est aussi pour des services
professionnels, en plus des services d'Astek? Et vous
avez un autre contrat, encore avec CIAO Technologies, cette fois-ci pour
1 676 829 $, mais là, c'est beaucoup plus vague, c'est pour des
services professionnels. Donc, vous signez une multitude de contrats pour
différents services.
• (17 heures) •
M. Jolin-Barrette : Oui. Alors,
les ressources qu'on utilise à l'externe accompagnent les équipes du ministère
de la Justice, notamment pour construire les solutions technologiques, pour
arriver à terme avec Lexius qui fonctionne.
M. Morin : Vous avez aussi un
autre contrat avec CIAO Technologies, mais cette fois-ci pour le volet V,
636 000 $. Et, finalement, vous avez un contrat avec M. Richard Audet
pour des conseils de services stratégiques, volet Affaires, pour le programme
Lexius. Alors, en plus de toutes ces entreprises-là, en plus de CGI, vous avez
eu besoin de M. Audet pour des services stratégiques. Alors, qu'est-ce
qu'il a fait, M. Audet?
Des voix : ...
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui. Alors,
M. Audet a été... il a eu un contrat pour participer, notamment, à
l'analyse de Lexius et orienter le ministère. Donc, je comprends que c'est
quelqu'un qui dispose de connaissances et d'expertise en matière informatique.
M. Morin : Et est-ce que
c'était un contrat par appel d'offres ou de gré à gré?
M. Jolin-Barrette : C'est un
contrat de gré à gré.
M. Morin : Donc, vous avez eu
besoin de CGI, de toutes les entreprises plus M. Audet pour être capable
de naviguer dans votre transformation numérique.
M. Jolin-Barrette : Bien, je
comprends que c'était nécessaire pour avoir l'expertise requise, au ministère
de la Justice, pour mener à bien ce projet-là. Puis le fait d'avoir recours à
des ressources supplémentaires, parce qu'au ministère de la Justice, vous
comprenez qu'on est un ministère composé majoritairement de juristes, et
donc... mais qui utilisent les plateformes informatiques, notamment Lexius,
pour l'informatisation, donc, il faut aller chercher des personnes qui ont des
compétences, qui ont des aptitudes en matière informatique pour, justement,
conseiller le ministère pour faire les bons choix. Et la démonstration de cela,
c'est pour faire en sorte qu'on puisse orienter Lexius dans la bonne direction.
M. Morin : Bien, maintenant,
j'aimerais qu'on parle du programme GESTE, parce que, si je vous ai bien
compris un peu plus tôt, GESTE, ça n'avance pas et ça va finalement se terminer
vers 2029. Est-ce que je vous ai bien compris?
M. Jolin-Barrette : Bien, le
projet... Dans le fond, là, dans Lexius, vous avez ce qui est en salle de
cours, donc, exemple, en matière criminelle et pénale. En fait, le criminel,
c'est cette année, c'est 2026. Le pénal va s'étirer sur plusieurs années, il y
a plusieurs phases au pénal, puis, au pénal, on parle des constats
d'infraction, tout type de loi que vous connaissez. Le volet de GESTE du DPCP,
c'est un autre projet informatique, mais qui concerne les procureurs aux
poursuites criminelles et pénales pour faire en sorte que le dossier entre le
corps de police, le DPCP puis la cour également, donc, les demandes d'intenter
la preuve, tout ça, ça se retrouve...
M. Morin : M. le Président, ça, je
le connais très bien, ce n'est pas un enjeu, mais le projet GESTE a été
suspendu depuis 2023. Vous aviez investi de l'argent. Pourquoi ça a été
suspendu depuis 2023?
M. Jolin-Barrette : Bien, dans le
cadre du projet GESTE, il y a des enjeux au niveau de l'opérationnalité du
projet qui est sous la gouverne du Directeur des poursuites criminelles et
pénales. Si vous souhaitez, on peut passer la parole à Me Michel qui va
pouvoir vous expliquer les...
M. Morin : Bien, j'aimerais que vous
m'expliquiez les enjeux. Vous devez être courant. C'est vous qui parlez d'enjeux. Alors, quels sont les enjeux qui
a fait en sorte que vous avez suspendu le projet GESTE depuis 2023?
M. Jolin-Barrette : Le Directeur des
poursuites criminelles et pénales a suspendu le projet, le temps qu'il soit
analysé par le ministère de la Cybersécurité, pour faire en sorte, justement,
qu'en termes de sécurité informatique, le projet puisse garantir les intrusions
et puisse s'assurer que, considérant le rehaussement technologique, bien, dans
le fond, le projet puisse fonctionner et être à l'abri de toute, comment je
pourrais dire, invasion technologique à l'intérieur du projet.
M. Morin :
Et combien d'argent a été dépensé dans le projet GESTE jusqu'à maintenant?
M.
Jolin-Barrette : Le projet GESTE, je pense qu'on est à 16...
Une voix : ...
M. Jolin-Barrette : 18,8 millions.
M. Morin : 18,8 millions. Si je
vous suggère que, dans la question 88 des renseignements particuliers du
DPCP, le chiffre serait de 67 millions...
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Alors, pour
GESTE, c'est 18 millions. Le 60 millions inclut les mesures du PMSJ,
un peu comme j'expliquais à votre collègue de Jean-Talon tout à l'heure, où ce
n'est pas uniquement des projets informatiques. Donc, exemple, pour le volet
DPCP, ça comprenait, entre autres, dans le PMSJ, quoi d'autre?
Le Président (M.
Bachand) : En terminant. M. le ministre, rapidement.
M. Jolin-Barrette : Bien, juste un
instant.
(Consultation)
M. Jolin-Barrette : Bon. Exemple, ça
comprenait la mise en place d'un programme d'offre de règlement rapide. Vous le
savez, pour éviter que les gens règlent à la dernière minute à la cour, il a
été développé par le DPCP un projet pour faire en sorte que les procureurs en
poursuites criminelles et pénales puissent s'asseoir plus rapidement avec les procureurs
de la défense pour, justement, leur présenter...
Le Président (M.
Bachand) : Merci, M. le ministre. Je dois
céder la parole à la députée d'Iberville pour... du côté gouvernemental, pour
neuf minutes.
Mme Bogemans : Merci beaucoup, M. le
Président. En décembre 2024, M. le ministre, vous adoptiez un règlement pour
contrer le partage d'images intimes sans consentement. La nouvelle procédure
simplifiée est maintenant en vigueur depuis le mois de juin dernier. On sait que
c'est un fléau, particulièrement autour des jeunes. On en a parlé beaucoup
aussi lors de la Commission sur les jeunes et les écrans. Puis je voulais, M.
le ministre, que vous nous rappeliez comment le nouveau service fonctionne,
qu'est-ce qu'il prévoit puis, concrètement, c'est quoi, les résultats
jusqu'ici.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui. Alors, pour
les images intimes, bien, vous savez, c'est un projet de loi qui a été
développé l'an passé, donc, qui a été adopté, donc, en décembre 2024.
Une voix : ...
M. Jolin-Barrette : Oui. Et donc on
avait un certain délai avant l'entrée en vigueur, donc six mois plus tard, en
juin, qu'il a été mis en vigueur.
Puis je dois vous dire que je suis assez satisfait
du travail qui a été réalisé parce que ça touche énormément de jeunes. Donc, le
partage d'images non consensuelles, ça ne touche pas juste les jeunes, mais on
voit qu'il y a beaucoup de dossiers en matière au secondaire, également chez
les jeunes adultes. Parce que, bon, l'utilisation du numérique, des appareils
photo, des réseaux sociaux, tout ça, il y a parfois une absence de conscience
que lorsqu'on envoie une photo, elle peut circuler.
Donc, il y avait deux effets au projet de loi,
un effet pédagogique, l'effet de faire en sorte de sensibiliser les gens à ne
pas diffuser... ou, avant de diffuser une image intime de soi-même, bien, d'y
penser, qu'elle peut se retrouver ailleurs, mais aussi, à partir du moment où
vous l'avez diffusée à quelqu'un puis que cette personne-là la partage, que ce
soit sur les réseaux sociaux ou par texto, on voulait avoir un outil complet
qui permettait justement de cesser la propagation de l'image. Parce qu'on sait,
à la vitesse à laquelle c'est diffusé, bien, il faut avoir les moyens pour que
ça cesse. Et il s'agit d'une infraction criminelle, mais on voulait avoir des
outils en matière... en matière civile pour éviter ce partage-là, c'est pour ça
qu'on a créé l'ordonnance à la Cour du Québec. Et, depuis que le projet de loi
est en vigueur, bien, on a, en moyenne, une demande de cessation, d'ordonnance
de cessation de partage ou de destruction d'images.
Alors, ça fonctionne très bien. C'est un
formulaire en ligne qui est disponible sur le site du ministère de la Justice
pour envoyer directement au juge. Et là c'est confidentiel, et là le juge émet
l'ordonnance, peut émettre l'ordonnance à l'encontre de la personne qui est en
possession de la photo, de la personne qui diffuse, mais également des réseaux
sociaux. Puis on a contacté les plateformes numériques, notamment, puis on a
une bonne collaboration de leur part justement pour retirer ce type d'images là
au bénéfice des personnes qui en sont victimes.
Le
Président (M. Bachand) : Merci.
Mme Bogemans : Parfait. Puis
ensuite, depuis quelques années, on a dénoncé, à multiples reprises, les peines
Netflix, surtout les peines qui sont purgées à la maison quand il est question,
par exemple, de personne qui est reconnue coupable d'agression sexuelle. Vous
avez fait plusieurs représentations auprès des homologues fédéraux à ce
sujet-là. Est-ce que vous êtes capable de nous expliquer c'est quoi, les
résultats de ces échanges-là?
• (17 h 10) •
M. Jolin-Barrette : Oui. Merci.
Bien, écoutez, plusieurs avancées. Puis je suis heureux. Lorsqu'on parle de
collaboration avec le gouvernement fédéral, à ce niveau-là, les pressions du
gouvernement du Québec, du ministère de la Justice, mais aussi de l'Assemblée
nationale, ont été entendues par le ministre Fraser, le ministre de la Justice,
et le gouvernement fédéral. Parce que c'est un peu un non-sens avec la loi qui
avait été adoptée par l'ancien ministre Lametti, de la Justice, avec le projet
de loi C-5, de faire en sorte que, désormais, les peines de prison pour agressions
sexuelles, bien, on permettait le sursis, alors qu'auparavant ce n'était pas
possible de le faire.
Donc, vous savez, pour nous, l'accompagnement
des personnes victimes d'agression sexuelle, de violence conjugale, est très
important. Alors, on visait à faire en sorte que cet emprisonnement-là, à la
maison, donc avec sursis, donc on dit avec sursis... on a qualifié ça de peine
Netflix, parce que ce n'est pas normal que pour des gestes d'une si grande
gravité, qui vont dans l'intimité des personnes, bien, que les gens puissent
purger la peine dans le confort de leur foyer. Puis souvent, on entend le fait
de dire : Bien, écoutez, c'est vraiment une peine de prison, mais avec
sursis. Il y a une grande différence entre se retrouver en prison puis se retrouver
avec des conditions à respecter à la maison. Ce n'est pas du tout la même
chose.
Puis, dans notre société, si on veut démontrer
la gravité de l'infraction en lien avec le geste posé et aussi pour envoyer un
message aux personnes victimes qui ont été victimes de ce type d'infraction là,
qui ont eu le courage de dénoncer, de dire : Bien, écoutez, moi, j'ai fait
la croix et la bannière dans le système de justice, j'ai eu le courage de
dénoncer mon agresseur, il a été condamné pour ultimement se retrouver à purger
une peine avec sursis à la maison, bien, écoutez, pour nous, ça nous
apparaissait que ça n'avait pas de bon sens. Et, à ce jour, avant les
modifications qui sont envisagées par le gouvernement fédéral suite aux
pressions que nous avons faites puis suite à la bataille que nous avons faite,
c'est 800 agresseurs sexuels qui ont pu bénéficier d'une peine Netflix au
cours des dernières années, alors... et qui n'auraient pas pu purger leur peine
à la maison avant la modification à C-5. Puis, lorsqu'on parle de... Souvent,
le gouvernement fédéral utilise ça, la surjudiciarisation. Écoutez, lorsqu'on
parle de gestes graves comme ceux-là, peu importe les facteurs antérieurs
associés à ça, je pense qu'il faut très clairement démontrer que la collectivité
envoie une forme de réprobation par rapport aux gestes posés lorsqu'on parle de
violence sexuelle et de violence conjugale, et le gouvernement fédéral avait
pris ça à la légère. Heureusement, suite aux démarches que le Québec a faites,
ils sont en train de rectifier le tir. Donc, ça, c'est le premier élément.
L'autre élément également où est-ce qu'on a fait
preuve de leadership, c'est l'inscription du contrôle coercitif dans le Code
criminel comme forme de violence conjugale, donc une nouvelle infraction à
insérer dans le Code criminel. Donc, le gouvernement fédéral suit les
recommandations du gouvernement du Québec que nous avons posées.
Autre point aussi, dans le cadre du projet de
loi C-9, on a beaucoup travaillé pour amener l'abrogation de l'exemption
religieuse relativement aux discours haineux. Donc, on a travaillé en
collaboration, entre autres, avec les députés du Bloc québécois, le député
Rhéal Fortin, notamment, et le ministre Fraser s'est rangé à nos arguments en
ce sens-là.
Donc, à la fois, dans le projet de loi C-9,
où on a eu une influence, le projet de loi C-14 pour les peines Netflix,
le projet de loi C-16, également, sur le contrôle coercitif, pour moi, il
m'apparaît très clairement que le gouvernement fédéral est en train d'entendre
la voix du Québec, notamment, également avec le retour des peines minimales
obligatoires. Vous vous souviendrez que la Cour suprême avait rendu une
décision, une décision par rapport au leurre d'enfant, où il y avait une peine
minimale obligatoire et où la Cour suprême avait invalidé la peine minimale
obligatoire. Alors, le ministre Fraser a proposé, dans le cadre de C-16, un
retour des peines minimales obligatoires avec une discrétion pour le juge.
C'était une demande du Québec de faire en sorte que, pour des crimes
d'infraction grave, le législateur puisse imposer... c'est ça, c'était dans
l'arrêt Bertrand Marchand, que le législateur intervienne, puis on avait
demandé, ici, à l'Assemblée nationale... vous vous souviendrez, on avait adopté
une résolution à l'unanimité pour demander au gouvernement fédéral d'utiliser
la disposition de souveraineté parlementaire, justement pour contourner la décision
de la Cour suprême.
Alors, ça va intéresser beaucoup le député de
Maurice-Richard, que lui-même avait voté en faveur de la disposition de
souveraineté parlementaire, justement pour que des agresseurs sexuels d'enfants
aient une peine minimale obligatoire. Donc, je vois beaucoup d'avantages au
maintien de cet outil parlementaire là au bénéfice des élus lorsqu'il y a des
dérapages qui sont...
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. le ministre. M. le député
d'Acadie, pour 15 min 28 s, s'il vous plaît.
M. Morin : Oui, je vous remercie, M.
le Président. J'aimerais maintenant, M. le ministre, qu'on puisse discuter un
peu des... souvent des situations difficiles avec lesquelles les procureurs de
l'État, donc les procureurs du DPCP, doivent remplir leur mandat. Vous le
savez, il y a un sondage qui a été fait auprès des membres du DPCP, et leur
association a publié des pourcentages à la suite des réponses qui ont été
données par les procureurs. Et, parmi les résultats, j'aimerais attirer votre
attention sur certains de ces pourcentages-là.
Entre autres, on souligne,
à la suite de l'analyse du sondage, que 45 % des procureurs confirment
avoir déjà renoncé à autoriser des poursuites criminelles ou abandonner des
poursuites en cours en raison d'un manque de ressources, 45 %. Et ce qu'on
dit dans le sondage, c'est que cette proportion est de près de 55 % pour
les procureurs qui exercent leur fonction en
tout ou en partie dans un tribunal spécialisé en matière de violence sexuelle
et conjugale.
Donc, si je me fie aux résultats du sondage,
vous avez souvent parlé des tribunaux spécialisés, c'est une bonne initiative,
je le reconnais, mais je vous ai souvent posé des questions à savoir :
Oui, mais est-ce que vous avez le personnel pour les faire fonctionner
adéquatement? Et là, ce qu'on apprend, c'est que, dans ces tribunaux-là, c'est
55 % des procureurs qui disent qu'ils ont déjà renoncé à autoriser des
poursuites criminelles ou à abandonner des poursuites en raison d'un manque de
ressources. Quand on voit de telles statistiques, ce n'est pas rassurant pour
la population. Quels sont les gestes que vous allez poser pour corriger cette
situation, M. le ministre?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Alors, M. le
Président, le collègue de l'Acadie fait référence notamment au tribunal
spécialisé. Hein, on a presque fini son déploiement sur l'ensemble du
territoire québécois, et je pense que c'est un beau succès. Puis on peut être
fiers, comme nation, d'être le seul endroit dans le monde à avoir développé un
tribunal spécialisé, à la fois en matière de violence sexuelle et de violence
conjugale. Écoutez, il y a des observateurs de la France, du Royaume-Uni, de
l'Irlande qui...
M. Morin : M. le Président, écoutez,
ma question, elle est précise. J'ai reconnu d'emblée, pour éviter ce genre de
discours, que c'était une bonne chose. C'est une bonne chose. Mais mon point,
ce n'est pas ça. Les questions que je pose à M. le ministre, depuis longtemps
déjà, c'est : Mais est-ce qu'il y a assez de personnel pour les faire
fonctionner? On reconnaît que c'est une bonne chose, mais à condition qu'il y
ait suffisamment de procureurs et d'employés pour que ça fonctionne pour les
victimes.
Là, j'attire l'attention de M. le ministre sur
le fait qu'il y a près de 55 % des procureurs, un procureur sur deux, qui
confirment avoir déjà renoncé à autoriser des poursuites criminelles. Alors,
moi, ce que je comprends de ça, puis j'aimerais que M. le ministre réassure la
population, moi, ce que je comprends de ça, c'est que, dans vos tribunaux
spécialisés, particulièrement en matière, bien sûr, de violence sexuelle,
sexuelle et conjugale, vous avez des procureurs qui n'autoriseront pas de
poursuites, un sur deux, parce qu'il n'y a pas assez de ressources. Et il y en
a un sur deux qui vont abandonner des poursuites en cours en raison d'un manque
de ressources. Je trouve cette statistique-là
alarmante pour la sécurité de la population, M. le ministre. Or, ma question
est la suivante : Qu'allez-vous faire pour corriger cette
situation? Quel est votre plan?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
• (17 h 20) •
M. Jolin-Barrette : M. le Président,
lorsqu'il y a une infraction criminelle qui est commise au Québec, elle est
poursuivie, c'est la mission du Directeur des poursuites criminelles et pénales,
et les procureurs aux poursuites criminelles et pénales font un travail qui est
difficile, qui est... qui est dur et qui est chargé d'émotions, mais ils
s'acquittent bien de leur tâche.
Alors, pour le tribunal spécialisé, on a
rajouté, à ce jour, 58 procureurs aux poursuites criminelles et pénales de
plus, plus 27 ressources en soutien. Donc, si vous faites le calcul, là,
c'est plus qu'un procureur par district par rapport aux tribunaux spécialisés
annoncés par districts parce qu'il y a 36 districts judiciaires. À terme,
on va avoir 81 nouveaux procureurs d'ajoutés dans le réseau. Là, on se
retrouve dans une situation, là, où, au DPCP, là, avec les procureurs-chefs,
procureurs-chefs adjoints, on est à plus de 900 postes au DPCP. Il n'y a
pas si longtemps, au DPCP, à l'époque du gouvernement libéral, on était à 634,
quand vous avez quitté en 2018...
M. Morin : Bon. Alors là, M. le
Président, ce n'est pas du tout ma question.
M. Jolin-Barrette : ...donc 634 à
plus de 900...
M. Morin : Le gouvernement libéral
était là il y a huit ans...
Le Président (M. Bachand) : Attendez un petit peu, attendez un petit peu, là...
M. Morin : ...qu'est-ce qu'il fait,
notre ministre, depuis?
Le Président (M.
Bachand) : M. le député d'Acadie, s'il vous plaît! M. le
ministre, en terminant.
M. Jolin-Barrette : Qu'est-ce qu'il
fait, votre ministre, depuis huit ans? Qu'est-ce qu'il fait? Il a rajouté
300 postes de procureurs aux poursuites criminelles et pénales. Le
budget... le budget de la justice a plus...
Des voix : ...
Le
Président (M. Bachand) : S'il vous plaît! S'il
vous plaît!
Des voix : ...
Le Président (M.
Bachand) : Je veux juste vous dire que vos
micros sont fermés puis le temps s'écoule. Alors donc, je vous demande votre
collaboration, on a un temps, et puis, si ça continue comme ça, les micros vont
rester fermés et le temps va continuer à s'écouler. Alors, M. le ministre, très
rapidement, en terminant, après ça je cède la parole au député d'Acadie.
M. Jolin-Barrette : M. le Président,
on a augmenté le budget du DPCP de près de 30 %. Il y a moins
d'infractions criminelles qui sont poursuivies, il y a plus de ressources. On a
intégré la poursuite verticale, on s'est assuré
d'avoir des ressources supplémentaires pour les personnes victimes. Et partout,
dans nos palais de justice, M. le Président, les victimes étaient les
dernières considérées.
Le Président (M.
Bachand) : Merci.
M. Jolin-Barrette : Maintenant, ce
sont les personnes victimes qui sont considérées en priorité.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député d'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Oui. Merci, M. le
Président. Donc, quand on regarde les informations qu'on a obtenues en lien
avec le nombre de procureurs, le nombre de procureurs serait passé de 924 à
875. Et, quand on regarde les réponses qu'on a obtenues par district, dans le
district de Québec, on est passés de 135 à 125; Rimouski, de 21 à 17;
Chicoutimi, de 22 à 17; Trois-Rivières, 27 à 25; Saint-François, 28 à 26, et ça
continue, Montréal, 252 à 243.
Alors, moi, quand je regarde les chiffres, M. le
Président, le nombre baisse. Quand je regarde le sondage que les procureurs ont
répondu, ils disent qu'ils renoncent à autoriser des poursuites criminelles.
Qu'est-ce que le ministre va faire pour contrer cette baisse? Il me dit qu'il a
augmenté le nombre de postes, je le crois, le nombre de postes, mais, quand on
regarde le nombre de procureurs, bien, il y en a moins. Et ça, c'est
inquiétant.
Le Président (M. Bachand) :
M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : M. le Président,
on a 810 procureurs présentement au Directeur des poursuites criminelles
et pénales, plus 34 postes qui sont en affichage ou en processus de
comblement... en processus de dotation actuellement, plus avec les mesures
budgétaires de cette année, on va avoir 24 postes de procureurs aux
poursuites criminelles et pénales supplémentaires, puis il y a
74 procureurs en chef puis procureurs en chef adjoints, pour un total de
942. Je pense que le gouvernement du Québec déploie les ressources, en termes
de procureurs aux poursuites criminelles et pénales, pour accompagner les
personnes victimes, poursuivre et réprimer les infractions criminelles.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député.
M. Morin : Bien. Alors, selon un
sondage, ça ne semble pas être l'avis des procureurs eux-mêmes qui font le
travail sur le terrain, mais voilà une autre réponse qu'on a obtenue à nos
questions, question 57 des renseignements particuliers, il y a
14 procureurs qui auraient démissionné. Est-ce qu'ils ont été remplacés?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Alors, les
procureurs qui démissionnent sont remplacés. Alors, les postes sont ouverts.
Puis il ne faut pas oublier qu'il y a beaucoup de procureurs aux poursuites
criminelles et pénales qui sont nommés à la magistrature aussi, notamment dans
une année. Donc, les postes par la suite sont ouverts. Et d'ailleurs, et
d'ailleurs, en termes d'échelle salariale, là, au maximum de l'échelle, après
16 ans, niveau expert, à compter du 1er avril 2026, le salaire de
base est de 192 424 $ pour un procureur aux poursuites criminelles et
pénales. S'il est au bureau de la grande criminalité, il... le salaire de base
est à 211 666 $, s'ajoutent à cela les primes qui peuvent s'ajouter.
Le Président (M.
Bachand) : En terminant, en terminant.
M. Jolin-Barrette : Donc, on parle
des mandats spéciaux entre 5 % et 10 %...
M.
Morin : Alors, M. le
Président, je ne me souviens pas d'avoir posé une question sur les primes. On
parle...
M. Jolin-Barrette : Je vous donne
des... Je vous donne des... le portrait global des conditions de travail des
procureurs aux poursuites criminelles. Vous demandez : Est-ce que les
postes sont comblés? Moi, je vous dis que le DPCP est très attractif comme
employeur.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député.
M. Morin :
Est-ce qu'il est exact que les procureurs qui partent en congé de maternité ou
qui quittent en maladie ne sont pas remplacés?
M. Jolin-Barrette : Les postes pour
les maternités et les maladies...
Des voix : ...
M. Jolin-Barrette : Donc,
actuellement, on a 19 maternités de remplacées sur 40, actuellement, puis
on est en processus de dotation pour 34 postes.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député d'Acadie.
M. Morin : Parce que, selon les
renseignements particuliers qu'on a obtenus, effectivement, il y aurait
présentement 72 procureurs en congé de maternité sans salaire ou sous
l'assurance salaire. Il y en a combien, de ce nombre-là, qui ont été remplacés?
M. Jolin-Barrette : Bien, comme je
vous dis, parce qu'on fonctionne avec un nombre d'heures rémunérées, les ETC notamment, équivalents temps complet.
Donc, actuellement, on a 810 procureurs, plus 34 postes en dotation,
plus 24 avec le dernier budget qui vont être... qui vont être octroyés, et nos
74 procureurs en chef, procureurs en chef adjoints pour 942.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député, s'il vous plaît.
M. Morin : Oui. Au niveau...
M. Jolin-Barrette : Ça dépend de la
photo au moment où elle est prise, parce que les crédits, dans les livres de
crédits, c'est au 31 janvier.
M. Morin : D'accord. Merci. Dans...
Je reviens... je reviens au sondage. On nous indique qu'il y a 46 % des
procureurs, presque un sur deux, qui affirment avoir souvent l'impression de
devoir accepter ou négocier un règlement ou une peine moindre en raison du
manque de ressources. Les 97 % des procureurs qui sont confrontés à ces
situations affirment craindre que cela abaisse les standards jurisprudentiels.
Qu'est-ce que vous avez à dire aux procureurs qui vivent cette situation-là?
M. Jolin-Barrette : Je comprends que
le sondage a été commandé par l'Association des procureurs. Une chose est
claire, la mission du DPCP, elle est très claire, et les procureurs aux
poursuites criminelles et pénales exercent leur travail avec rigueur, avec
sérieux et vont continuer de le faire.
M. Morin : Oui, c'est clair que
c'est la mission, et les procureurs qui font leur travail le font avec un grand
professionnalisme, ont a de la misère des fois à joindre les deux bouts, puis
c'est ce que le sondage nous dit. Et d'ailleurs, si vous regardez le nombre de
jours de maladie par personnel, ce qu'on nous donne comme chiffres dans le cas
des cahiers de crédits, ça serait passé de 3 052 à 6 338... ou
demandes d'accès, pardon, je corrige.
M. Jolin-Barrette : Alors, en termes
de congés, ça diminue, là.
Des voix : ...
Le Président (M.
Bachand) : M. le député d'Acadie,
avez-vous une autre question en attendant?
M. Morin : Oui. Alors donc, vous me
dites que ça diminue?
M. Jolin-Barrette : Oui, le taux
d'invalidité diminue.
M. Morin : OK.
M. Jolin-Barrette : Puis, juste pour
les démissions, on est en diminution de 40 % aussi. L'année précédente,
c'était 23, puis c'est 14 cette année.
M. Morin : D'accord.
M. Jolin-Barrette : Mais n'oubliez
jamais que, lorsque vous êtes nommé à la magistrature, vous devez démissionner.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député d'Acadie, s'il vous plaît.
M.
Morin : Oui, clairement. C'est clair.
M. Jolin-Barrette : Donc, regardez
le nombre de procureurs aux poursuites criminelles et pénales qui ont été
nommés, supposons, dans les trois dernières années à des postes à la
magistrature.
M. Morin : OK. Toujours dans le même
sondage, on dit qu'il y a plus de la moitié des répondants qui sont
inconfortables avec les directives sur la priorisation des dossiers. 41 %
des procureurs affirment que leurs décisions d'aller de l'avant avec un dossier
sont toujours influencées par le manque de ressources, et ça augmente à
50 % pour ceux impliqués dans un tribunal spécialisé, notamment en matière
de violence sexuelle et conjugale.
Quelles sont les directives sur la priorisation
des dossiers? Et pourquoi êtes-vous obligés de prioriser des dossiers, puisque
vous nous avez dit que l'ensemble des procureurs remplissaient leurs mandats?
Donc, pourquoi ils priorisent? Parce qu'il n'y a pas assez de monde?
• (17 h 30) •
Le Président (M.
Bachand) : Rapidement, M. le ministre, s'il vous plaît. Le
temps file.
M. Jolin-Barrette : Oui. Bien, comme
le député de l'Acadie le sait, ce n'est pas le ministre de la Justice qui donne
les directives sur la priorisation des dossiers en raison de l'indépendance du Directeur
des poursuites criminelles et pénales. Alors, est-ce que le député de l'Acadie
souhaite que je réponde à la question ou veut parler à la personne qui donne la
directive en toute indépendance?
M. Morin : J'aimerais que le
ministre réponde. Je sais très bien que le ministre n'a pas donné une directive
qui n'a pas été publiée. Ce n'est pas ça, ma question, et vous le savez. Mais
vous, comme ministre, c'est vous qui représentez le DPCP en Chambre, alors...
Le Président (M.
Bachand) : Très, très rapidement. En quelques secondes, M. le
ministre.
M. Morin : Voilà.
Le Président (M.
Bachand) : Ça va? Alors, M. le...
M. Jolin-Barrette : Alors, je
réponds ou je...
M. Morin : J'attends la réponse.
M. Jolin-Barrette : Donc, en matière
de violence conjugale, violence sexuelle, effectivement, ce sont des dossiers
qui sont prioritaires, les dossiers aussi de victimes vulnérables. Et les
dossiers, supposons, contre les aînés, les dossiers touchant... contre les
enfants, ce sont des dossiers qui sont prioritaires, exemple les infractions
contre la propriété...
Le
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. M. le député de Maurice-Richard, pour
16 min 17 s, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, M. le Président.
Peut-être, avant de passer à un autre sujet, pour conclure sur tout l'aspect
numérique du... de la transformation numérique de la justice, vous avez tout à
l'heure nommé toute une liste de spécialistes que vous payez. Ce n'étaient que
des spécialistes qui se rapportent au cloud de Microsoft. On comprend que les
données de justice sont stockées dans le nuage de Microsoft Azure?
M. Jolin-Barrette : Alors, la
réponse, c'est oui, mais elles sont stockées au Canada.
M. Bouazzi : M. le ministre de la
Justice, vous êtes ministre de la Justice, vous devez probablement savoir que
le CLOUD Act des États-Unis s'applique sur tous les serveurs partout, y compris
quand ils sont au Canada. Ça ne change absolument rien que les serveurs soient
au Canada ou aux États-Unis. À partir du moment où la compagnie est américaine,
le gouvernement a le droit de demander l'accès à ces données-là sous certaines conditions, et vous ne le saurez même... Est-ce
que vous étiez au courant, d'abord? Peut-être vous n'étiez pas au courant.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : M. le Président,
M. le député de Maurice-Richard veut surtout savoir sur
quoi on est éduqués ou non, alors je vais réserver mes commentaires à savoir ce
dont on est au courant ou non. S'il a des questions factuelles à me poser en
lien avec les dossiers du ministère de la Justice, ça va me fait plaisir d'y
répondre.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Alors,
les données de justice vont se retrouver sur un nuage qui appartient à une
compagnie américaine qui est assujettie au CLOUD Act, ce qui donne le droit au
gouvernement, celui de Trump, de faire des demandes et
d'accéder aux données, et c'est très grave. Donc, je ne sais pas... je n'ai pas
de question, en fait, c'est un fait. À moins que vous pensiez que ceci est
faux, là?
Le
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
M.
Jolin-Barrette : Alors, M. le Président, le député de Maurice-Richard
s'exprime et dépose un fait dans les écritures de la commission. Alors, nous
prenons acte de son affirmation.
M. Bouazzi : Et
donc c'est très bien. Et vous, ça ne vous inquiète pas que vous allez stocker
les données de justice des Québécois et
Québécois sur des serveurs qui appartiennent aux compagnies assujetties aux
lois américaines?
Le
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
M.
Jolin-Barrette : M. le Président, le ministère de la Cybersécurité est
en discussion, notamment, avec Microsoft. Et j'informerais aussi le député de
Maurice-Richard que le plumitif est une donnée publique au Québec. Donc,
exemple, si le député de Maurice-Richard aurait commis une infraction
criminelle, ce serait possible de consulter en ligne le dossier de cour
relativement au plumitif, et, éventuellement, de se rendre au palais de
justice, et de consulter le contenu du dossier, à part certaines matières, M.
le Président, notamment en matière de protection de la jeunesse, en matière
familiale, où les dossiers sont confidentiels. Et même, dans le système de
justice, il y a du huis clos dans certaines
situations, certaines occasions, à l'exception des parties et des
représentants, notamment avocats.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. M. le député.
M. Bouazzi : Donc,
vous m'avez informé que les décisions sont publiques, sauf celles qui sont
confidentielles, qui sont donc assujetties au CLOUD Act, et je comprends que ça
ne vous inquiète pas plus que ça. Et on comprend aussi que le ministre du
Numérique a démissionné, entre autres, sur les questions de stockage qui
entouraient ceci.
Bon, moi, je voudrais
vous parler maintenant de la commission...
M.
Jolin-Barrette : M. le Président, juste une rectification. Je ne pense
pas que le ministre de la Cybersécurité a démissionné.
Le
Président (M. Bachand) : Alors, M. le député de Maurice-Richard,
allez-y.
M. Bouazzi : Donc,
je voudrais parler maintenant de la... de la commission droits de la personne,
de la jeunesse. La commission joue un rôle important pour protéger les droits
fondamentaux des Québécoises et Québécois. Elle a fait toutes sortes de sorties
sur les dernières années concernant des questions sur le droit des... de la
jeunesse, par exemple, sur la gestion de la DPJ, sur le profilage politique qu'il
y a eu par exemple, pendant les manifestations de 2012, sur le profilage
racial. Elle est, actuellement, d'ailleurs, partie dans le... dans les plaintes
qu'il y a contre la police... les politiques de la police. Est-ce que vous
pensez que la Commission des droits de la personne doit... D'abord, est-ce que
vous pensez qu'elle fait bien sa job?
Le Président
(M. Bachand) : M. le ministre.
M.
Jolin-Barrette : La Commission des droits de la personne remplit une
mission importante qui lui a été confiée par la Charte des droits et libertés
de la personne, adoptée en 1975.
M. Bouazzi : Est-ce que vous pensez qu'elle doit être
indépendante et jouir de la liberté qui lui permet, justement, de
défendre les droits de la personne, y compris contre des décisions de
l'exécutif ou des différents ministères?
M.
Jolin-Barrette : Bien, la Commission des droits de la personne et
droits de la jeunesse bénéficie de l'indépendance
associée, notamment, au fait que ses membres sont nommés ici, à l'Assemblée
nationale, aux deux tiers des membres de l'Assemblée nationale. Donc, cette
notion d'indépendance là, elle est incarnée notamment par les membres de
la Commission des droits de la personne.
M. Bouazzi : Vous
aviez proposé, dans votre Constitution, l'article 5, que vous avez, en fin
de compte, retiré au mois... le 1er avril 2026, qui empêcherait de
facto la Commission des droits de la personne d'utiliser des fonds publics pour
contester des lois du gouvernement, des lois du Québec, de l'Assemblée
nationale. Le 27 mars... le 25 mars,
vous avez déposé, dans le cadre... pas vous, là, mais votre gouvernement, dans
le cadre du projet de loi n° 7, un amendement 24 heures avant
son... son adoption et, évidemment, qui n'a pas été sujet à conversation dans
la société civile, qui avait pour objectif d'assujettir la Charte des droits et
libertés à la loi de la fonction publique. Est-ce que vous pensez que ça
augmente son indépendance, M. le ministre?
M.
Jolin-Barrette : Dans tous les cas, ça ne la diminue
pas. Ça ne la diminue pas, parce qu'on est face à une situation, pour la
Commission des droits de la personne, où les employés, les fonctionnaires de la
Commission des droits de la personne, dans le fond,
n'avaient pas de possibilité de mobilité, donc ils étaient cantonnés à
travailler, leur vie durant, à la Commission des droits de la personne et à ne
pas pouvoir migrer dans la fonction publique québécoise. Alors, ce que ça a
fait, en assujettissant la Commission des droits de la personne et des droits
de la jeunesse à la Loi sur la fonction publique, ça leur permet d'avoir une
certaine mobilité à l'intérieur des différents ministères, organismes, et
autres, et ça ne change absolument rien au mode de nomination des membres de la
commission qui sont choisis. Donc, la Commission des droits de la personne
bénéficie de son entière indépendance.
M. Bouazzi : La
loi de la fonction publique à laquelle votre gouvernement a décidé
d'assujettir, sans débat, la Commission des droits de la personne stipule, à
l'article 5, que le fonctionnaire est tenu, d'office, d'être loyal, de
porter allégeance à l'autorité constituée, l'article 10, que le
fonctionnaire doit faire preuve de neutralité politique dans l'exercice de ses
fonctions, l'article 11, le fonctionnaire doit faire preuve de réserve,
dans les manifestations publiques, de ses opinions politiques. Ça, pour vous,
vous pouvez regarder la caméra et dire : Ça ne diminue pas l'indépendance
de la commission, toutes ces questions de loyauté?
• (17 h 40) •
Le
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
M.
Jolin-Barrette : Ça ne diminue pas l'indépendance de la commission, le
fait d'être assujetti à la Loi sur la fonction publique. Les employés de la
Commission des droits de la personne étaient assujettis à leurs obligations en
lien avec leur employeur, la Commission des droits de la personne. Ils se
retrouvent dans une situation où le partage d'expertise, la mutualisation,
aussi, de certains services, ça, c'est important aussi. La commission va
pouvoir les partager, notamment avec les personnes désignées ou avec les ministères
et organismes, notamment. Alors, je ne crois pas qu'un service de paie, à titre
d'exemple ça fait partie de l'indépendance d'une organisation en termes de
services administratifs. Même chose également...
M. Bouazzi : Ça
vous a été demandé par la... par la commission, ce changement? Parce que, je
veux dire, il est décrié par tous les spécialistes, tout le monde, à part vous.
Je comprends que vous, vous êtes le spécialiste des spécialistes, mais les
autres, là, ils pensent qu'effectivement ça participe à miner l'indépendance de
la Commission des droits de la personne, qui, rappelons-le, a toutes sortes de
rapports qui touchent directement aux questions politiques, y compris comment
on traite les jeunes à la DPJ, comment la police traite les manifestants ou les
personnes racisées. Vous, vous dites : Tous ces spécialistes-là se
trompent, je l'ai fait pour leur bien, pour le bien des fonctionnaires et pas
pour diminuer... Alors, ça vient avec une loyauté, mais, bon, ça ne vient pas
diminuer leur liberté. C'est ça que vous dites?
Le
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
M.
Jolin-Barrette : Est-ce que le député de Maurice...
M. Bouazzi : Ah!
pas de questions, là, j'attends des réponses, là.
Le
Président (M. Bachand) : Allez-y, M. le ministre.
M.
Jolin-Barrette : Je peux m'exprimer, M. le Président?
Le
Président (M. Bachand) : Oui, allez-y.
M.
Jolin-Barrette : Je pense que je suis encore élu, je suis encore
député de Borduas, puis je pense que je suis dans une chambre de l'Assemblée, ça
fait que je pense que, lorsque vous me donnez le droit de parole, je peux
m'exprimer. Est-ce que le député de Maurice-Richard se souvient du rapport
Verreault, suite à la présidence de l'ancienne présidente, Tamara Thermitus, et
des recommandations du rapport Verreault? Dans le cadre du rapport Verreault,
ça avait été demandé, comme recommandation, d'assujettir les employés de la
Commission des droits de la personne à la Loi sur la fonction publique.
Justement, vous vous souviendrez de la nature et du climat qui existait, à
l'époque, à la Commission des droits de la personne. Alors, on fait suite à une
des recommandations. Et les règles d'éthique
étaient applicables aussi aux employés de la Commission des droits de la
personne et des droits de la jeunesse.
M. Bouazzi :
Je ne peux pas croire, monsieur...
M.
Jolin-Barrette : Alors, écoutez, ça disait, dans le rapport, là, Rapport
sur la situation qui prévaut à la Commission
des droits de la personne et des droits de la jeunesse, de Lise Verreault, qui a été rendu public en
2018... la recommandation se lisait comme suit : «Prévoir la
possibilité de permettre que la mobilité du personnel au sein de la fonction
publique québécoise soit analysée avec les ministères et les syndicats
concernés.»
Le
Président (M. Bachand) : Merci. Monsieur...
M. Jolin-Barrette : Alors, on a
répondu au rapport de la commission de Lise Verreault, et d'ailleurs, une haute
fonctionnaire qui est efficace.
M.
Bouazzi : Alors, moi, je suis toujours impressionné, quand
même, par la capacité du ministre... Le 7 mai... et je suis sûr
qu'il voit des revues de presse... je lis le titre : La Cour supérieure
annule le rapport d'enquête vicié sur Tamara Thermitus.
M. Jolin-Barrette : C'est le rapport
du...
M. Bouazzi : C'est bien ça. Est-ce
que vous l'avez lu? Est-ce que vous avez lu la décision de justice qui a
annulé, justement, cette enquête-là, quand vous parlez du climat, ou alors les
décisions de justice ne comptent pas?
M. Jolin-Barrette : M. le Président,
c'est ça, le problème, Québec solidaire, ils manquent de rigueur. Moi, je lui
parle du rapport de Lise Verreault, qui a été chargée d'enquêter sur le climat
puis les sources de la problématique à la Commission des droits de la personne,
puis le député de Maurice-Richard me parle du rapport du Protecteur du citoyen,
deux rapports complètement distincts. Bien, on n'est pas à un amalgame près
auprès de Québec solidaire.
D'ailleurs, juste pour l'information du député
de Maurice-Richard, puisqu'il souhaite éduquer cette Assemblée, bien, écoutez,
regardez les organismes indépendants dont les employés sont déjà assujettis à
la Loi sur la fonction publique. Le Vérificateur général du Québec... J'étais
assis ici tantôt, là, puis, à la période des questions, toutes les formations
politiques ont posé des questions sur le Commissaire au développement durable
puis son rapport. Est-ce que le Commissaire au développement durable, qui
oeuvre au sein du Vérificateur général du Québec, vous pensez qu'il soit... le
fait qu'il soit assujetti à la Loi sur la fonction publique, ça a changé
quelque chose dans son travail pour critiquer le ministère de l'Environnement?
Le Directeur général des élections, qui a poursuivi la loi qui a été adoptée
par toutes les formations politiques à l'Assemblée nationale, le Commissaire à
la langue française, le Commissaire au lobbyisme, le Commissaire à l'éthique et
à la déontologie, le Commissaire au bien-être et aux droits des enfants...
Le Président (M.
Bachand) : Merci...
M. Jolin-Barrette : ...le Conseil de
la magistrature, le Conseil de la...
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. le ministre.
Alors, M. le député de Maurice-Richard, s'il vous plaît, vous avez la
parole.
M. Bouazzi : Merci. On va parler de
la clause dérogatoire, M. le Président. La clause dérogatoire permet de déroger
à tous les droits fondamentaux, sans exception, qui se retrouvent dans la
charte. Pensez-vous qu'il y a juste une limite possible à l'utilisation de la
clause, M. le ministre?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Juste pour
terminer ma réponse, M. le Président, le Tribunal administratif du Québec...
M. Bouazzi : Ah! non, non. Il me
reste trois minutes, M. le Président.
M. Jolin-Barrette : ...le Tribunal
administratif du travail...
Le Président (M.
Bachand) : Non. M. le ministre... M. le
ministre, s'il vous plaît!
M. Jolin-Barrette : ...Commission de
l'accès à l'information, Commission de la fonction publique.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre, s'il vous
plaît! Il y a une question.
M. Jolin-Barrette : Oui, j'y arrive,
M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Allez-y.
M. Jolin-Barrette : Donc, ça, c'est
pour l'indépendance.
Pour votre question sur... en lien avec le
projet de loi que vous avez déposé sur la disposition de souveraineté
parlementaire, c'est gravissime, ce que le député de Maurice-Richard a fait. En
tant que parlementaire élu comme ayant la responsabilité de défendre les
intérêts de ses concitoyens, de défendre les intérêts de la nation québécoise,
de vouloir limiter le pouvoir du seul organe au Québec qui est dépositaire des
droits du peuple et de la nation québécoise... c'est gravissime de proposer un
projet de loi comme ça.
Au contraire, ce qui est prévu à
l'article 9, la partie II de la Loi constitutionnelle de 2025, c'est,
justement, de réaffirmer la position que tous les gouvernements successifs et
tous les membres de cette Assemblée ont eue ici, que la souveraineté
parlementaire, elle est importante, et de ne pas s'en remettre à des forces
externes.
Le
Président (M. Bachand) : ...M. le député.
M.
Bouazzi : ...parlementaire est, effectivement, importante, et c'est
pour cela que je pense que c'est à l'Assemblée qu'il faut le débattre et pas
devant les juges. Aujourd'hui, le droit à l'avortement est défini par toutes
sortes de droits fondamentaux qui se retrouvent dans la charte. Un gouvernement
qui voudrait limiter le droit de l'accès... limiter l'accès à l'avortement
pourrait tout simplement utiliser la clause dérogatoire. Est-ce que vous pensez
que ça grandit la nation de permettre ça?
M.
Jolin-Barrette : M. le Président, le député de Maurice-Richard reprend
les arguments du gouvernement fédéral...
M. Bouazzi : M.
le Président...
M.
Jolin-Barrette : ...notamment sur des arguments ésotériques, M. le
Président, comme quand le Procureur général du Canada a été plaider en Cour
suprême, dans les auditions de la loi n° 21, sur,
notamment, la disposition de souveraineté
parlementaire, que les États fédérés pourraient ramener l'esclavage, M. le
Président, ce qui, M. le Président...
Le
Président (M. Bachand) : Rapidement, s'il
vous plaît.
M.
Jolin-Barrette : ...ce n'est pas un débat d'idées lorsqu'on amène des
exemples farfelus comme ça.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. M. le
député, il reste 1 min 40 s.
M. Bouazzi : Merci,
M. le Président. Je rappelle au ministre que la Charte des droits et libertés,
ce n'est pas le fédéral qui nous l'a imposée. On l'a votée ici à l'unanimité en
1975, sept ans avant le fédéral, la clause aussi, et je parle de la clause
québécoise dans la charte québécoise. Et je comprends que c'est facile de dire
que c'est une question de... Je ne sais pas les arguments, mais moi,
l'argument, il est sérieux. Vous nous avez introduit dans la Constitution un
article dont aucune femme, aucun spécialiste de droit ne voulait, sur l'idée de
dire : Moi, le droit à l'avortement, c'est important, je veux le
légaliser. Tous les gens sont venus pour nous dire : Non, il est bétonné,
il est protégé par trois décisions de la cour sur la question... cinq, c'est
très bien, cinq, qui se basent pratiquement toutes ou sinon toutes sur des
droits fondamentaux qui se retrouvent dans les chartes.
Donc, c'est un sujet
sérieux. J'imagine que, s'il a déposé un article pour protéger le droit à
l'avortement, c'est qu'il pense que c'est un sujet sérieux. Or, on pourrait
déroger, limiter le droit à l'avortement en utilisant la clause dérogatoire.
Est-ce que vous pensez que c'est normal, oui ou non?
Le
Président (M. Bachand) : 35 secondes,
M. le ministre, s'il vous plaît.
M.
Jolin-Barrette : ...Président, lorsque cette Assemblée, en 1975, a
adopté la Charte des droits et libertés de la personne, ils l'ont adoptée avec
la disposition de souveraineté parlementaire.
M. Bouazzi :
Mais ça, je suis...
M.
Jolin-Barrette : Et je vous rappellerais, M. le Président, que l'enjeu
majeur que nous avons, c'est par rapport à la Charte canadienne des droits et
libertés, parce que la...
M. Bouazzi : ...très
bien. Le projet de loi que je dépose ne touche pas à la clause, M. le Président.
M.
Jolin-Barrette : Si les tribunaux interprétaient le droit québécois à
la lumière de la charte québécoise, on aurait beaucoup moins d'enjeux, parce
que le droit qui est voté au Québec devrait être appliqué au Québec.
M. Bouazzi :
...sait très bien, le projet de loi que je dépose ne touche pas à la clause
fédérale. Il le sait très bien...
Le Président (M. Bachand) : Merci. C'est tout le temps qu'on avait pour...
avec M. le député de Maurice-Richard. Alors, M. le député de
l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin :
...M. le Président. Alors, on va continuer avec la situation au DPCP. Tout à
l'heure, je vous demandais combien il y avait de procureurs et puis combien il
y a d'employés qui ont démissionné. Quand vous m'avez donné des chiffres,
est-ce que c'est des permanents ou si ça inclut également les occasionnels?
M.
Jolin-Barrette : Dans les totalités de 942, ça inclut les permanents
et les occasionnels.
M. Morin :
Et les occasionnels également?
M.
Jolin-Barrette : ...dans les 942 procureurs, ça inclut les occasionnels
aussi.
M.
Morin : Également qui ont démissionné.
M.
Jolin-Barrette : Non, moi, je vous parle de la quantité totale de
procureurs qui vont être à l'emploi du DPCP. Vous, dans les démissions, votre
question, c'est : Est-ce que ça inclut les occasionnels aussi?
M. Morin :
Exact.
M.
Jolin-Barrette : Oui, c'est inclus, les occasionnels aussi.
M. Morin :
Très bien. Je vous remercie. Si on revient au sondage, il y a d'autres éléments
que j'aimerais explorer avec vous. On demandait, entre autres, aux procureurs
s'ils étaient contraints, parfois, d'accepter des peines moindres en raison de
la charge de travail ou du manque de ressources. Pour l'ensemble des dossiers, il
y a 68 % des procureurs qui ont dit «souvent», 28 % qui ont dit
«parfois» pour l'ensemble de leurs dossiers, ce qui donne un total de
96 %. C'est énorme. Donc, ce que je comprends, c'est que, présentement, il
y a des procureurs qui sont contraints d'accepter des peines moindres. Alors,
qu'est-ce que vous allez faire, M. le ministre, pour corriger cette situation?
M.
Jolin-Barrette : M. le Président, les infractions qui sont commises et
qui doivent être poursuivies sont poursuivies par le Directeur des poursuites
criminelles et pénales, alors je ne m'ingère pas dans la conduite des
poursuites. Mais le gouvernement du Québec octroie les ressources pour faire en
sorte d'avoir les outils nécessaires pour que le DPCP réalise sa mission.
M. Morin :
Donc, si vous donnez des budgets suffisants, c'est ce que vous venez de nous
dire, comment vous expliquez ces réponses-là à un sondage qui a été fait auprès
des procureurs? Parce que là il y a vraiment un écart. Si vous me dites :
J'accorde toutes les ressources nécessaires au DPCP, puis que, dans le sondage,
je ne sais pas, moi, il y a 3 %, 4 % ou 5 % des procureurs qui
disent : Bien oui, des fois, on peut accepter des peines moindres, bien,
je vous suis, mais là on parle de 96 %, puis la question, c'était pour
l'ensemble de leurs dossiers. L'écart est énorme, alors il manque sûrement des
ressources ou il manque du monde. Alors, qu'est-ce que vous allez faire pour
s'assurer que le DPCP va pouvoir remplir son mandat adéquatement?
• (17 h 50) •
Le
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
M.
Jolin-Barrette : M. le Président, le Directeur des poursuites
criminelles et pénales a les ressources nécessaires, et nous octroyons les
sommes à la réalisation de ce qui est prévu par la Loi sur le Directeur des
poursuites criminelles et pénales. Et d'ailleurs, M. le Président, toutes les
questions du collègue de l'Acadie sont basées sur un sondage qui a été fait par
l'association syndicale des procureurs.
Le
Président (M. Bachand) : M. le député de
l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin :
D'accord. Donc, ça... mais ça veut dire... ça veut dire quoi? Ça veut dire que
ce n'est pas crédible? C'est parce que vous me répondez ça. Donc, les
procureurs qui répondent à leurs associations ne donnent pas les vraies
réponses? Qu'est-ce que vous essayez de dire, M. le ministre?
M.
Jolin-Barrette : M. le Président, il faut mettre les choses en
contexte, et c'est ce que je fais.
M. Morin :
OK. Donc, vous avez des procureurs qui répondent à un sondage, puis votre
réponse, c'est de dire : Vous mettez ça dans le contexte parce que
le sondage a été fait par l'association des procureurs.
M.
Jolin-Barrette : Moi, M. le Président, je peux vous affirmer que je ne
connais pas la méthodologie de ce sondage,
je ne connaissais pas l'échantillonnage. Alors, peut-être que le député de
l'Acadie va nous communiquer le tout.
M. Morin :
...oui.
M.
Jolin-Barrette : Mais il semble affirmer, le député de l'Acadie, que
tout ce qui s'y trouve est le reflet de la réalité concrète au quotidien.
M. Morin :
M. le Président, je suis en désaccord avec mon collègue. Ce n'est pas ce que
j'ai dit. Moi, je me fie à des chiffres. M. le ministre semble mettre en doute
la méthodologie du sondage. Moi, je me fie aux chiffres qui sont là, tout
simplement. Puis ce n'est pas la première fois qu'on discute de ce cas-là,
alors qu'on ne me prête pas d'intention.
Par ailleurs, par
ailleurs, je vous réfère, M. le ministre, à un article qui a été publié... bon,
ça date un petit peu, mais où le DPCP, Me Michel, s'interrogeait,
justement, sur le travail qu'il y a à faire et évidemment, tout le travail des
procureurs. Et il trouvait, dans un article de Daniel Renaud, préoccupant que
des policiers dénoncent la lenteur dans les autorisations d'accusation, dans
les dossiers de meurtre notamment. Il souligne... il croit que ce sentiment est
parfois fondé, parfois non. Il souligne également qu'il dirige... travaille à
ajouter des ressources aux assises, même si le recrutement n'est pas facile.
Donc, tout à l'heure, M.
le ministre, vous me parliez des conditions salariales, mais il semble y avoir
un problème, parce que le directeur lui-même a de la difficulté à recruter des
procureurs pour plaider des causes aux assises, et si je me fie à la réponse de
Me Michel, qui est rapportée dans l'article de M. Renaud, il trouve ça
préoccupant, il croit que ce sentiment est parfois fondé. Alors, qu'est-ce que
vous allez faire pour aider le Directeur des poursuites criminelles et pénales dans
le cadre de sa mission? On parle ici, je le répète, des dossiers de meurtre
notamment.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : ...est-ce que le
député de l'Acadie veut une réponse par ouï-dire ou avoir une réponse
directement de Me Michel?
M. Morin : Je serai d'accord, M. le
Président, pour avoir une réponse du directeur dans ce cas-là.
Le Président (M.
Bachand) : OK. Donc, est-ce qu'il y a consentement?
M. Morin : Il y a consentement.
Le Président (M.
Bachand) : Consentement. Peut-être d'abord vous présenter, s'il
vous plaît. Merci.
M. Michel (Patrick) : Oui... Patrick
Michel, Directeur des poursuites criminelles et pénales.
Je remercie les députés de me donner l'occasion
de prendre la parole pour répondre à cette question-là. Alors, si je me permets
de remettre les propos que j'ai tenus dans le cadre de cette entrevue-là avec
M. Renaud, on discutait des difficultés d'attraction ou de rétention de
procureurs aux assises, donc pour les procès devant juge et jury, parce que,
sinon, autrement, on n'a pas d'enjeu d'attraction ou de rétention de procureurs
au Directeur des poursuites criminelles et pénales. On a actuellement une bande
de 421 candidats qui sont susceptibles d'appliquer sur des postes qu'on va bientôt... qu'on va bientôt
ouvrir ou qui sont en cours de... qui sont en cours de dotation actuellement.
Mais c'est vrai qu'aux assises c'est plus
difficile de recruter. Il était une époque où les procureurs voulaient se
consacrer à faire des dossiers aux assises à temps plein. C'est moins vrai
aujourd'hui. On trouve des procureurs pour en faire, mais ils veulent moins s'y
consacrer à temps plein que c'était le cas auparavant.
M. Morin : Oui, alors, merci, M. le
directeur, pour votre réponse. D'ailleurs, quand je vous citais, je parlais,
effectivement, des assises. Cependant, vous dites plus loin dans
l'article : «Il va falloir revoir notre façon d'affecter des ressources
aux assises, où sont traités, évidemment, les dossiers de meurtre, il faut
arrêter de voir ça comme une équipe dédiée.» Est-ce que... Et là vous avez deux
options. Donc, l'article date de quelque temps déjà. Est-ce que vous avez fait
des progrès pour constituer vos équipes qui vont plaider aux assises?
Le Président (M.
Bachand) : Oui, allez-y, monsieur...
M. Michel (Patrick) : Merci, M. le
Président. Alors, si on parle de situation de... Parce que le contexte de
l'entrevue que j'ai accordée à M. Renaud, c'était surtout la situation des
assises à Montréal. Alors, à ce moment-là, on
était... il y avait 11 procureurs qui occupaient des postes aux assises, à
Montréal, sur une équipe de, potentiellement, 14 procureurs.
Depuis, on a ajouté... on a comblé deux postes de procureur aux assises, donc
l'équipe n'est pas encore complète, mais, au moins, on a augmenté les
ressources aux assises de deux postes de procureur.
Lorsque je parlais d'une nouvelle façon de
concevoir la gestion des dossiers d'assises, c'est d'en faire des dossiers qui
sont, je vous dirais, à vocation provinciale ou d'organiser une espèce de
coordination provinciale des dossiers d'appel... des dossiers d'assises,
pardon, où on devrait constituer des équipes, je vous dirais, plus régionales
que des équipes fragmentées par points de services.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député.
M. Morin : Dans le même article, M.
le directeur, vous reconnaissez que la fonction de procureur n'a jamais été
aussi exigeante qu'elle l'est depuis des décennies mais vous soulignez
également que les dossiers sont de plus en plus complexes. Il y a, bien sûr, la
criminalité émergente. La criminalité, en plus, a tendance à se déplacer. Il y
a maintenant des membres de groupes de crime organisé qui sont beaucoup plus
présents dans l'est du Québec, par ailleurs. Et donc il y a des budgets
supplémentaires qui ont été accordés à la police, entre autres, pour mettre fin
aux conflits entre des gangs, les Hell's
Angels, dans l'est. Quand il y a des ressources qui sont accordées à la police,
est-ce que vous avez automatiquement un nombre additionnel de postes de
procureur?
Le Président (M.
Bachand) : M. le directeur, oui.
M. Michel
(Patrick) : Oui, merci, M. le Président.
Alors, pour répondre à la question de M. le député de l'Acadie, la réponse
est : oui et non. C'est selon le corps de police qui attribue des
ressources. Alors, par exemple, dans un projet comme CENTAURE, qui visait à
lutter contre la criminalité armée liée... liée à la criminalité organisée, c'était une initiative provinciale, où il y avait
du financement à la fois pour la Sûreté du Québec, mais aussi pour des... des
escouades spécialisées qui impliquaient des corps de police municipaux. Alors
là, on était, effectivement, de la partie, c'est-à-dire pour obtenir, nous
aussi, des ressources en conséquence. D'ailleurs, dans les dernières mesures
budgétaires, il y a trois postes de procureur, sur les 24 dont M. le ministre
faisait état tantôt, il y a trois postes de procureur qui vont être ajoutés à
l'équipe CENTAURE. Alors, quand on est dans un contexte d'initiatives
provinciales, oui, on a voix au chapitre au niveau des ressources, mais,
évidemment, on ne contrôle pas la création... bien, «on», je vous parle, au
DPCP, évidemment pas, mais on n'est pas toujours en mesure de suivre le tempo,
si vous me permettez l'expression, de la constitution de nouvelles escouades
d'enquête dans les corps de police
municipaux, où les budgets, évidemment, sont... sont des budgets qui ne sont
pas les budgets du gouvernement.
M. Morin :
Et quel est l'impact chez vous quand vous n'êtes pas capables de suivre le
tempo?
M. Michel
(Patrick) : Bien, évidemment, on travaille... on travaille pour y
arriver. Alors, dans un monde idéal, on serait, je vous dirais, toujours en
arrimage avec l'octroi des ressources aux services... aux services policiers
municipaux. Alors, on va formuler... on va formuler des demandes, on va faire
des représentations par les voies officielles, comme on l'a fait pour
l'obtention des mesures budgétaires qu'on a obtenues au budget actuel. Alors,
on va faire des représentations, on va... On a développé des canaux de communication
assez étroits avec les directeurs de corps de police pour, je vous dirais, voir
un peu plus en amont, voir venir en amont les intentions qu'on a dans les corps
de police, soit de créer des nouvelles escouades ou les priorités sur
lesquelles ils ont l'intention d'investir en matière de sécurité... de sécurité
publique locale pour que nous, on puisse ajuster nos demandes de ressources en
conséquence puis, aussi, l'affectation de nos ressources en conséquence.
• (18 heures) •
M. Morin :
Et est-ce que c'est ce qui fait que, parfois, vous êtes obligés de prioriser ou
de donner des directives sur la priorisation des dossiers?
M. Michel
(Patrick) : ...excusez-moi, M. le Président.
Le
Président (M. Bachand) : Allez-y, allez-y.
M. Michel
(Patrick) : Oui, merci. Alors, cette question de la priorisation, je
suis bien... je suis bien reconnaissant de pouvoir m'exprimer sur cette
question de la priorisation. On parle, bon, d'une directive qu'on a donnée sur
la priorisation des dossiers. Cette directive-là, elle date, de mémoire, de
février 2023, c'était avant qu'on se retrouve dans le contexte de
rationalisation budgétaire qu'on connaît. C'était dans un contexte de gestion
des délais judiciaires dans nos dossiers à la cour, lorsque la Cour du Québec
avait restreint... avait diminué les ratios jours siégés/jours délibérés. On a,
depuis, donné des précisions, là, sur l'application de cette... de cette
pratique-là, de cette directive-là. Et puis
on a décidé — en
fait, j'ai décidé, comme directeur, mais je ne décide pas ça tout seul — avec
un comité de direction, on a décidé de maintenir cette directive de
priorisation là en place, même si la situation des délais judiciaires s'est
améliorée.
Ce n'est pas incongru
pour moi qu'on demande aux procureurs de prioriser. Ça a toujours été le propre
de la fonction de procureur aux poursuites criminelles et pénales, dans un
contexte où les ressources sont, nécessairement, limitées. La Cour suprême l'a
dit, le système de justice n'est pas destiné à traiter, par les voies
traditionnelles du système de justice, tous les dossiers devant les tribunaux.
Alors, c'est le propre du rôle du procureur, qui exerce un pouvoir
discrétionnaire, et c'est ça qui le distingue de bien d'autres employés de
l'État, le fait de décider quels dossiers doivent ou pas faire l'objet
d'accusations, selon un ensemble de facteurs, des facteurs qui sont liés à
l'appréciation de l'intérêt public.
M. Morin :
Mais je comprends qu'il n'y a pas de formule automatique. Par exemple, au Conseil
du trésor, où, si, dans le cadre d'une initiative, on accorde tant de ressources
à un corps de police, il y a un ratio qui fait que, vous, on vous accorderait
automatiquement une ressource pour être capables de suivre. Est-ce que c'est le
type de formule qui vous aiderait dans le cadre de votre travail?
Le
Président (M. Bachand) :
M. le
directeur, allez-y.
M. Michel
(Patrick) : Oui, merci, M. le Président. Alors, pour répondre à la
question, non, il n'y a pas... il n'y a pas cette formule-là qui existe. Est-ce
que ça nous aiderait? Écoutez, là, je... je vais reprendre mon rôle de
directeur, je n'ai pas les... je n'ai pas les cordons de la bourse, et ça ne
m'appartient pas, évidemment, de me prononcer sur ce genre d'initiative qui
pourrait nécessiter des mesures législatives, des mesures... des mesures
budgétaires. Mais il est certain que l'octroi de ressources aux services de
police, c'est un facteur externe qui crée de la pression sur nos ressources à
nous. Puis, comme je vous disais, on essaie de voir... de voir, en amont,
venir, puis on adresse les demandes de mesures budgétaires en conséquence.
M. Morin :
Je vous remercie.
Le
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup, merci beaucoup.
M. le député de Jean-Talon, pour 16 min 4 s, s'il vous
plaît.
M. Paradis :
M. le ministre, j'aimerais vous parler d'indemnisation des victimes d'actes
criminels. C'est un dialogue qu'on a, vous et moi, depuis quelques années, et
je voudrais commencer de nouveau par saluer les avancées que vous avez permises
avec votre réforme. Je le sais, vous allez me le dire, grâce à votre réforme,
notamment, on a élargi le type de crimes qui sont visés par le programme
d'indemnisation. Vous avez aussi élargi le type de personnes qui peuvent avoir
le statut de victime. Je tiens à le reconnaître, parce que je sais que vous me
répondez toujours ça quand je vous amène sur un angle mort de cette réforme-là.
Parce que, des fois, on fait des bonnes choses et, des fois, avec le temps, on
s'aperçoit que la réforme a peut-être manqué son coup ou a laissé des angles
morts. Et un de ces angles morts, M. le ministre, c'est celui des
personnes qui subissent les conséquences d'un acte criminel grave dont les
séquelles ne sont pas jugées permanentes, mais elles dépassent la durée de
trois ans. Et j'ai rencontré une de ces personnes hier, M. le ministre. Je vais
l'appeler Isabelle. Ce n'est pas son vrai nom, c'est un nom d'emprunt. Je vais
l'appeler Isabelle, mais son... son cas a été mentionné récemment dans les
médias. Et Isabelle, c'est une victime de violence conjugale extrême. Elle a
survécu de justesse à ces années de violence conjugale extrême. Elle est sur le
chemin de la guérison, mais elle n'est pas jugée comme ayant des séquelles
permanentes. Mais elle est dans cette zone où ça lui prend plus que trois ans.
Son soutien vient d'être... vient d'être coupé, les traitements dont elle a
besoin pour revenir sur le marché du travail. Elle travaille dans le domaine de
la construction et elle est vraiment déterminée à... à revenir, mais elle n'a
pas terminé son processus de guérison. Et elle est dans une situation
dramatique, et elle fait appel à vous, et elle est donc une des personnes. Puis
il y en a d'autres, des cas, vous le savez, M. le ministre, des personnes
qui tombent dans cet angle mort. Le Protecteur du citoyen, au moment de la
réforme, vous l'avez indiqué, il avait dit : Il y aurait moyen de ne pas
faire du mur-à-mur puis il y a des personnes peut-être qu'on devrait avoir un
suivi plus particulier pour permettre d'excéder cette période de trois ans puis
de se rendre à la guérison pour redevenir des citoyens et des citoyennes qui
contribuent à notre société.
Que répondez-vous à
Isabelle, que j'ai... que j'ai rencontré hier, et qui se trouve dans cette
situation-là, qui est vraiment désespérante pour elle, là? Qui la place, aussi,
dans une situation où elle n'a plus de domicile fixe, elle n'est pas capable de gagner sa vie. Elle est dans
une situation très difficile. Qu'est-ce que vous lui répondez? Qu'est-ce
qu'on peut faire, M. le ministre?
Le
Président (M. Bachand) : Merci. M. le
ministre.
M. Jolin-Barrette :
Oui, M. le Président. Ce n'est jamais facile d'être victime d'une infraction
criminelle. Alors, je salue Mme Isabelle. Le député de Jean-Talon a raison
de dire que c'est une réforme importante qu'on a faite, parce qu'à l'époque c'était un an, le délai de prescription.
Après ça, c'était deux ans, avec le ministre St-Arnaud. Nous, on a aboli
le délai de prescription. Même chose, on l'a rendu rétroactif aussi pour les
gens qui s'étaient fait dire non pour une période transitoire de trois ans. Et
donc, en matière de violence conjugale, violence sexuelle, violence subie
pendant l'enfance, il n'y a plus de délai pour obtenir du soutien financier.
Bon, là, dans le
cadre de la réforme de l'IVAC, puis on en a beaucoup parlé, lorsqu'une personne
a des séquelles permanentes, la personne est admissible à jusqu'à environ
300 000 $, sur le montant. Pour obtenir ces sommes-là, elle doit être
diagnostiquée. Pour les gens qui sont victimes d'une infraction criminelle puis
qui sont inaptes à travailler, il y a une période de trois ans qui s'applique.
Au bout de la période de trois ans, il y a une possibilité de prolongation
aussi lorsque la personne entreprend une démarche de réinsertion
professionnelle ou lorsqu'il y a un professionnel qui atteste qu'elle est
incapable d'assumer les tâches quotidiennes associées à une personne, les
tâches de la vie courante. On est dans un régime qui est passé d'environ
135 millions puis, cette année, on est à peu près à 600 millions
d'indemnisations, le double des victimes. Alors, l'État québécois est le plus généreux de tous les autres États au Canada
réunis. Alors, c'est un choix collectif qu'on fait...
Le
Président (M. Bachand) : Merci, M. le ministre.
M.
Jolin-Barrette : ...et les victimes sont fortement indemnisées.
Le
Président (M. Bachand) : M. le député de Jean-Talon, parce que
le temps file rapidement. M. le député de Jean-Talon.
M. Paradis :
Je... Là, vous me sortez encore les statistiques positives, que je reconnais,
M. le ministre, c'est vrai qu'il y a eu des avancées en matière d'indemnisation
des victimes d'actes criminels et c'est vrai que l'État québécois fait bien les
choses sur plusieurs plans, mais là vous en avez plusieurs, des cas qui
s'accumulent. Et je pense qu'en politique c'est bien de dire : Bon, il y a
peut-être des angles morts, puis là, après quelques années, j'ai une meilleure
idée de peut-être ce qu'il reste à travailler.
Est-ce que vous ne
pouvez pas admettre avec moi aujourd'hui qu'il y a de ces cas comme Isabelle?
Parce qu'Isabelle elle me l'a raconté, là. Au-delà de tout ce que vous me
dites, elle me le dit : J'ai tout essayé — c'est ses mots — c'est
pratiquement impossible d'obtenir une prolongation au-delà de trois ans, puis
moi, j'ai l'impression que je suis presque rendue, il ne me reste pas
grand-chose, mais là on me coupe tous mes services. Je lui ai parlé hier, là,
puis il y en a d'autres qui ont été rapportés dans les médias. Est-ce que vous
n'êtes pas ouverts à ce qu'on regarde ces cas-là et qu'on assouplisse un peu la
rigidité de ce critère de trois ans?
Parce que, là,
l'évaluation complète de sa situation physique, sa situation mentale,
manifestement, ne correspond pas à son état réel. Elle a besoin encore
d'accompagnement, elle a été coupée, et elle m'a dit à quel point c'est
difficile de faire face à la machine dans ce cas-là, qu'il y a beaucoup de
professionnels, d'ailleurs, qui ne sont pas encore
parfaitement à l'aise avec la réforme. Est-ce que vous ne voudriez pas admettre
avec nous aujourd'hui qu'il y a quelque chose à faire sur ces cas-là plutôt que
de simplement... de célébrer les avancées? On les célèbre. Mais ça, c'est un
angle mort. Est-ce qu'il y a moyen de revenir à ce que le Protecteur du
citoyen, qui connaît lui aussi ces
dossiers-là, vous a suggéré puis de dire : Oui, on va revenir à une
évaluation plus individualisée de ces cas-là qui sont entre les deux. Ce
n'est pas permanent, mais ce n'est pas terminé en dedans de trois ans.
• (18 h 10) •
Le
Président (M. Bachand) : M. le ministre, s'il vous plaît.
M.
Jolin-Barrette : Oui, M. le Président. C'est un choix collectif qu'on
a fait. On consacre près de 600 millions de dollars. Est-ce que le
député de Jean-Talon me suggère, à titre d'exemple, de supprimer des
infractions contre la personne pour prolonger le délai de trois ans? Non, mais
parce que c'est ça, la question.
M. Paradis :
Non, ce n'est pas ça, la question.
M.
Jolin-Barrette : La question, c'est il y a des choix qui sont faits
dans le cadre de la réforme de l'IVAC, on a fait le choix de rendre
imprescriptibles les infractions. On a fait le choix de doubler le nombre de
personnes victimes, on est passés de 28 000 à 63 000 personnes.
Toutes les personnes victimes ont du soutien pendant les trois premières
années, et il peut y avoir une prolongation jusqu'à deux ans, mais il y a des
critères à... à remplir et notamment si un professionnel atteste que la
personne n'est pas capable de remplir ses activités quotidiennes. Ce n'est pas
le ministre qui décide.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. M. le député de Jean-Talon.
M.
Jolin-Barrette : Et l'autre point qui est important...
M. Paradis : Je comprends... je comprends, M. le ministre... Bien, je... Le temps
file. Le temps file, M. le ministre, je comprends que la...
Le
Président (M. Bachand) : Juste... juste... M. le député de...
M.
Jolin-Barrette : ...
M. Paradis :
M. le Président?
Le
Président (M. Bachand) : Allez-y, M. le député de Jean-Talon.
M. Paradis : Je comprends, donc, puis je... Bon, là, sur le... sur la modification
aux infractions, M. le ministre, là, on n'est pas là du tout. Je
comprends que la réponse, c'est non. Je suggère toujours, M. le ministre, qu'il
y a moyen de regarder ce qu'on peut faire pour ces personnes qui tombent dans
les mailles du filet actuellement.
Je voudrais vous
amener sur un autre sujet, il y a une application qui a été conçue par une
entreprise québécoise, c'est sur celui aussi... un sujet où je veux reconnaître
votre travail, parce que je ne veux pas que vous me disiez aussi que vous avez
fait beaucoup de travail sur la violence basée sur le genre, la violence
sexuelle. Là aussi, je pense que vous avez été très actif, mais il y a un sujet
sur lequel je... je voudrais vous amener. Il y a une application mobile qui a
été conçue par une entreprise québécoise, à l'aide de fonds québécois,
d'ailleurs, là, Investissement Québec et différents fonds d'investissement
québécois ont investi dans l'application, qui s'appelle Robine. Ça permet,
donc, d'activer un téléphone mobile qui devient, à ce moment-là, un appareil de
surveillance, d'enregistrement pour constituer de la preuve puis d'assistance
en cas de danger.
Actuellement, il
semblerait que cette application-là, donc, n'est... n'est pas recommandée par
les institutions québécoises et qu'une autre pourrait être recommandée, qui est
une technologie française. Il y a eu plusieurs articles sortis dans les médias
là-dessus. J'aimerais que vous me disiez ce qu'il en est. Est-ce qu'on est en
train d'exclure un produit qui a été conçu québécois et qui pourrait servir les
femmes victimes de violence conjugale, des femmes... donc, victimes de violence
basée sur le genre ou de violence sexuelle? Est-ce qu'on est en train de l'écarter
au profit d'une entreprise étrangère? J'aimerais ça que vous m'éclairiez sur ce
qu'on a entendu dans les médias relativement à cette application mobile.
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. M. le ministre.
M.
Jolin-Barrette : Oui, j'arrive avec votre entreprise, là. Le député de
Jean-Talon a dit, par rapport au cas d'Isabelle, elle est craintive de perdre
son soutien totalement des services qu'elle va recevoir. Or, dans la réforme
qu'on a faite, hein, les autres aides financières auxquelles la personne a
droit de lui être versées, sans égard à la fin du versement, l'indemnité de
remplacement de revenu, sur la précédente question, donc les médicaments, le
suivi psychothérapique, la réadaptation, la réinsertion sociale, ce sont des
aides financières qui continuent. Ça, c'est important de le dire. C'est
l'indemnité de remplacement de revenu. Ce n'est pas vrai que les services sont
coupés, c'est fort important. Bon. Puis la somme forfaitaire aussi va être là
si la personne a des incapacités permanentes.
Sur la question de
l'entreprise auquel vous faites...
M.
Paradis : Mais je... je m'excuse, là, mais vous... est-ce que vous
niez, M. le ministre, le témoignage que j'ai reçu hier avec une personne
qui me dit : On m'a coupé des traitements, on m'a coupé des services? Je
comprends que vous dites qu'il y a peut-être d'autres choses qui sont
maintenues, là, mais est-ce que... est-ce que vous niez ça dans un cas
particulier?
M.
Jolin-Barrette : Ce que... ce que je vous dis... Bien, écoutez, je ne
connais pas ce cas-là, hein, je ne connais pas ce cas-là. Vous comprendrez que
je ne commente pas les cas. Ce que vous dites, c'est que l'indemnité de
remplacement de revenu se termine. Dans l'éventualité où une personne est
indemnisée par l'IVAC, les autres aides financières continuent. Donc, ça, c'est
important de le dire à la population. C'est l'indemnité de remplacement de
revenu qui prend fin après trois... après trois ans, qui peut être prolongée
une quatrième et une cinquième année.
M. Paradis : Mais
vous ne répondez pas sur ce qui est arrêté dans le cas de cette femme et comme
plusieurs autres qui ont témoigné. Bon. Mais j'ai... mais j'ai bien compris vos
réponses. Maintenant, j'aimerais vous entendre sur l'application, parce que ça
aussi, c'est un domaine où vous avez été actifs. Et je voudrais vous entendre
sur cette... sur cette application.
M.
Jolin-Barrette : Chacun des dossiers d'IVAC est individualisé et
chaque cas mérite une attention particulière. Alors, j'invite toutes les
personnes à appeler à la Direction des indemnisations des victimes d'actes
criminels.
Pour le dossier que
vous me parlez, de l'entreprise, écoutez, je... je ne pense pas que je devrais
cibler une entreprise particulière. Lorsqu'il y a des appels d'offres, cette
entreprise-là peut soumissionner. Et notamment, lorsqu'on développe une
application, on consulte les groupes sur le terrain, les groupes de soutien aux
personnes victimes, et on recherche aussi le
soutien et l'adhésion des groupes et des utilisateurs par rapport au produit,
par rapport à l'appel d'offres et par rapport à ces différents éléments
là.
Le
Président (M. Bachand) : M. le député de Jean-Talon.
M. Paradis : Donc...
mais vous connaissez l'application dont je vous parlais. Est-ce que... Parce
qu'elle est... je le réitère, là, elle a obtenu, notamment pour son
développement, le soutien de l'État québécois. Est-ce que cette application est
toujours considérée comme une solution par le gouvernement du Québec? Et est-ce
qu'on lui préfère, par contre, d'autres applications qui ont été développées
ailleurs dans le monde?
Le
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
M.
Jolin-Barrette : M. le Président, vous me permettrez d'être prudent,
je ne veux pas commenter sur la qualité d'un produit commercial d'une
entreprise qui est en affaires, à but lucratif.
Le
Président (M. Bachand) : Député Jean-Talon, s'il vous plaît.
M. Paradis : Très
bien. Je vous amène sur un autre sujet, la nomination des juges, M. le
ministre. Pour que les gens qui nous regardent comprennent, c'est
qu'actuellement les juges des cours, des cours supérieures du Québec, de la Cour
supérieure du Québec et de la Cour d'appel, et de la Cour suprême du Canada,
bien sûr, sont nommés par le gouvernement fédéral. Il y a des comités qui
existent, mais au sein desquels les personnes nommées par le gouvernement du Québec sont minoritaires. En fait, il y a une
seule personne, et, à la fin, c'est le gouvernement fédéral qui a le
veto sur qui est nommé comme juge. Et ces personnes-là, ensuite, évidemment,
sont ceux qui décident de l'avenir des lois et des contestations judiciaires
devant les tribunaux supérieurs.
M. le ministre, vous
avez promis, vous vous êtes engagé, vous aviez dit que vous aviez une nouvelle
stratégie pour qu'enfin le gouvernement du Québec puisse avoir une petite
participation dans la nomination des juges. Est-ce que vous avez réussi? Est-ce
qu'il y a du nouveau? Est-ce que la CAQ va enfin satisfaire à cette
promesse-là, ou ça va être un échec, après huit ans de gouvernement? Comme,
malheureusement, cette promesse-là, elle a été présentée plusieurs fois par des
gouvernements du Québec, et ça... la réponse, ça a toujours été non.
Actuellement, j'ai une longue revue de presse, là, je pourrais vous les nommer,
mais où le ministre de la Justice ou le premier ministre du Canada vous dit
non.
Le
Président (M. Bachand) : Il reste
1 min 15 s. M. le ministre.
M.
Jolin-Barrette : Je suis un peu déçu, M. le Président. Je m'attendais
que le député de Jean-Talon allait nous féliciter pour la démarche qu'on a
faite, parce que c'est la première fois que le gouvernement fédéral reconnaît
son obligation de négocier. En droit constitutionnel, c'est extrêmement
important. Je me suis assis avec le ministre Fraser, représentant du
gouvernement fédéral, et ils ont reconnu leur obligation de négocier lorsque
vous utilisez la formule d'amendement qui est prévue à la Constitution. Et
d'ailleurs on a bâti un front commun, l'Alberta veut la même chose que nous, la
Saskatchewan, l'Ontario aussi. Ça, c'est des relations canadiennes pour faire
en sorte de changer les choses.
Est-ce que ça se fait en claquant des doigts?
Non, mais la prise de la pleine expansion de l'État québécois à l'intérieur du
Canada, c'est des combats de tous les jours. Puis je suis fier que l'Assemblée
nationale ait adopté cette résolution à l'unanimité. Et
ça démontre aussi qu'on est capables de faire des gains et qu'on va réussir à
participer davantage. Ce sujet-là, on n'en parlait pas, et il y a des avancées.
D'ailleurs, on est en négociation. Mais je comprends que le député de
Jean-Talon continue de m'appuyer pour faire en sorte que le Québec ait son mot
à dire dans le processus de nomination des juges à la Cour supérieure, à la
Cour d'appel.
Le
Président (M. Bachand) : Merci. M. le
député de Jean-Talon, un dernier commentaire. Rapidement, commentaire.
M. Paradis : Bien,
malheureusement, la réponse que vous avez eue, c'est non. Et le fédéral a
dit : L'obligation de négocier n'est pas une obligation de résultat.
Alors, vous n'avez pas de nouveaux pouvoirs sur la nomination des juges. C'est
ça, les résultats.
Le Président (M. Bachand) : Merci, merci beaucoup. M. le député de l'Acadie, pour
16 min 10 s, s'il vous plaît.
M. Morin : Oui,
je vous remercie, M. le Président. Dans le dernier bloc qui m'est alloué,
j'aimerais...
Le
Président (M. Bachand) : Excusez,
monsieur...
Une voix : ...
Le
Président (M. Bachand) : Le temps...OK.
Alors, on va suspendre.
M. Morin : Alors,
mon temps est suspendu?
Le
Président (M. Bachand) : On va... oui, on
va suspendre, mais, après ça, je... je comprends que ça va être sur le temps du
gouvernement. Merci.
(Suspension de la séance à
18 h 20)
(Reprise à 18 h 23)
Le
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il
vous plaît! La commission reprend ses travaux après cette pause humanitaire. Alors,
M. le député de l'Acadie, pour, toujours, 16 min 4 s, s'il vous
plaît.
M. Morin :
Merci. Merci, M. le Président. C'est mon dernier bloc de questions. Dans ce
bloc-là, j'aimerais explorer avec vous et vous décrire, M. le ministre, que...
des témoignages que j'ai reçus de certaines victimes d'actes criminels. Je
comprends que mon collègue le député de Jean-Talon en a également parlé, mais
moi, j'ai d'autres... j'ai d'autres volets à
vous soumettre. Et... et je le dis d'emblée, M. le Président, là, je suis très
conscient que M. le ministre a fait une réforme... (Panne de son) ...que
le ministre a fait en sorte qu'il y a plus d'actes criminels qui sont visés par
la réforme, qui permettent une indemnisation. C'est très bien. Cependant, il y
a encore des éléments qui, je vous le soumets, M. le Président, méritent
l'attention de M. le ministre.
Et voici un des cas,
d'une victime qui m'a écrit, de violence conjugale et d'agression sexuelle.
Elle estime qu'elle est pénalisée directement par le système dans sa forme
actuelle et elle estime que le système de justice, finalement, lui demande de
se reconstruire plus vite que le fonctionnement même du système de justice.
Elle souligne également qu'elle n'est pas un cas isolé et qu'il y a un très
grand nombre de victimes qui vivent à travers le Québec ce qu'elle vit
présentement — procédures
judiciaires longues, épuisantes, qui dépassent des délais et qui ont un impact.
Dans le cas de cette
personne-là, elle a fui son domicile avec ses deux enfants pour survivre, une
nuit à l'hôtel, des mois en maison d'hébergement et un retour fragile à une vie
marquée par la peur. Elle a eu le courage de déposer plainte en juin 2022. Le
système judiciaire s'est terminé et la sentence a été rendue en janvier 2026.
Donc, c'est un cas qui est récent. Il y a eu des reports. Elle a témoigné.
Évidemment, c'est un exercice, c'est un... c'est un devoir qui est très
stressant. Mais ce qu'elle nous dit, c'est que, pendant ce temps-là, la vie ne
s'arrête pas et qu'elle a tenté de se tenir debout, qu'elle a élevé ses
enfants, qu'elle est allée au tribunal, mais qu'en... qu'en mai 2023 son corps a complètement lâché, qu'elle a été dans
l'obligation de cesser de travailler : hospitalisation, épuisement sévère,
incapacité de fonctionner. Et ses symptômes ont persisté :
vomissements, douleurs, insomnie, hypervigilance.
Aujourd'hui, elle
souligne que, malgré la condamnation de son agresseur, ce n'est pas terminé. Il
y a des répercussions sur ses enfants. Elle est en thérapie plusieurs heures
par semaine. Elle a des appels fréquents. Ça a eu un impact sur ses enfants.
Elle souligne que son quotidien est instable, imprévisible, épuisant. Et elle
rajoute que c'est à ce moment précis que ses prestations de l'IVAC ont été
modifiées. On lui accordait trois ans pour se reconstruire. «On m'en offre
maintenant deux pour retourner travailler», mais elle souligne que ce cycle est
appelé à se répéter. Elle va revivre ces événements-là et elle souligne que,
dans ces conditions, il est légitime de se demander comment une personne de sa
situation peut espérer conserver un emploi.
Et elle demande, M. le
Président, si on peut exiger d'une victime qu'elle guérisse dans un délai plus
court que celui des procédures judiciaires elles-mêmes. Elle continue de se
battre pour obtenir des services de base : thérapie individuelle introuvable, listes d'attente interminables, coûts
non couverts. Et ça fait référence, M. le Président, à une réponse que
donnait tout à l'heure M. le ministre au député de Jean-Talon. Oui, il
faut dire, il y a certains services qui sont offerts, mais c'est excessivement
difficile, et c'est difficile d'y avoir accès. Et il y a des coûts qui sont non
couverts. Elle doit se battre pour obtenir de l'aide. Et elle comprend qu'un
encadrement soit nécessaire pour éviter des abus, mais appliquer une règle
uniforme à des réalités aussi complexes crée des injustices, et elle a le
sentiment de vivre une injustice. Les victimes qui traversent l'ensemble du
processus judiciaire ne peuvent pas guérir pendant qu'elles sont en train de se
battre pour être entendues. Elles survivent, elles tiennent, et puis après
elles s'effondrent. Elle dit que ça peut même mettre un frein à la
dénonciation.
Et voilà ce qu'elle demande, M. le
Président : une adaptation des prestations lorsque les délais judiciaires
dépassent la période prévue, donc faire en sorte que des prestations
continuent, un délai minimal de soutien postsentence pour des victimes qui ont
complété le processus judiciaire et un accès réel et suffisant à des services
thérapeutiques spécialisés. Parce que, dans le cas de cette dame-là, c'est un
enjeu de taille. Elle veut continuer à faire évoluer le système pour les victimes
et elle veut éviter à ses propres enfants de devoir traverser un tel parcours.
Elle nous remercie pour l'attention de porter cette demande à l'attention de
vous, la présidence, et du ministre. Alors, c'est un cas... c'est un cas qui
est très concret, qui est précis. Puis pourtant elle, elle est obligée, cette
dame, de vivre avec des prestations de l'IVAC qui sont modifiées.
Et il y a d'autres victimes qui m'ont écrit. Il
y en a une autre ici qui dit que, là, présentement, ses traitements ont été suspendus sans avertissement, elle ne peut
pas demander un montant pour des séquelles permanentes non plus. C'est
ce qu'elle nous dit. Elle ne peut pas prendre les deux ans additionnels non
plus dont parlait M. le ministre, car elle dit qu'elle n'est pas apte et elle
ne connaît même pas ses limitations, parce qu'elle n'a pas accès à des services
médicaux, et qu'elle va même recevoir une coupure de ses paiements. Donc, elle
demande à ce que son cas soit pris en considération.
Et je comprends que M. le ministre ne va
probablement pas commenter des cas spécifiques ici, en commission, M. le
Président, mais je tiens à porter ces faits-là à l'attention du ministre. Et ce
que j'aimerais savoir, c'est : Est-il prêt à revoir sa réforme pour
s'assurer que des gens, des personnes, des femmes ici, qui vivent de tels
traumatismes pourront au moins avoir l'espoir de s'assurer qu'il y aura des
services qui leur seront offerts?
• (18 h 30) •
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le ministre, s'il
vous plaît.
M. Jolin-Barrette : M. le Président,
je suis très sensible à ce que le député de l'Acadie nous communique comme
message puis je salue toutes les victimes qui, malheureusement, sont dans cette
situation-là puis qui n'ont pas choisi de l'être, hein, parce qu'il n'y a
personne qui choisit d'être une victime d'infraction criminelle.
Cela étant, M. le Président, il faut voir d'où
on part puis d'où on est rendus. On est dans une situation où on a doublé le
nombre de personnes victimes. Ça a un coût important pour la collectivité,
135 millions à près de 600 millions cette année, projetés, en termes
d'indemnisations. Et là, M. le Président, avant, là, ce n'étaient pas toutes
les infractions contre la personne qui étaient couvertes. Maintenant, toutes
les infractions contre la personne sont couvertes. Vous êtes un Québécois, une
Québécoise à l'étranger, vous êtes victime d'infraction criminelle, maintenant
c'est couvert. Vous avez été agressé sexuellement il y a plus de deux ans, vous
êtes couvert désormais. Vous êtes victime de violence conjugale depuis plus de
deux ans, vous êtes couvert désormais. Vous avez subi de la violence pendant
l'enfance, vous êtes couvert, vous êtes indemnisé maintenant. Toutes des
circonstances qui faisaient en sorte que les personnes victimes n'étaient pas
indemnisées.
Et il ne faut pas oublier, M. le Président, que
l'aide palliant la perte de revenus, c'est une aide qui est temporaire. Donc,
oui, effectivement, trois ans, elle peut être prolongée pour une période de
deux ans. Et les services de réinsertion professionnelle sont couverts, M. le
Président. Et ce qu'il est important de dire aussi, c'est que le programme
d'indemnisation des victimes d'actes criminels ne va pas nécessairement de pair
avec les procédures judiciaires, parce qu'une personne victime qui déciderait
de ne pas avoir recours aux tribunaux peut être indemnisée quand même par le
régime d'indemnisation des victimes d'actes criminels.
Alors, bien entendu, il y a des situations où
est-ce que l'indemnité prend fin après trois ans. Cela étant, j'invite les
personnes qui sont dans cette situation-là à contacter la direction de
l'Indemnisation des victimes d'actes criminels pour voir les possibilités qui
leur sont offertes. Mais les autres aides palliant la perte de revenus continuent
la vie durant. Et il ne faut pas oublier aussi qu'on a élargi le panier de
services en catégorisant aussi d'autres victimes qui n'étaient pas des victimes
directes, donc visées par l'infraction, lorsqu'on parle des parents, lorsqu'on
parle des enfants, lorsqu'on parle des proches aussi, notamment en matière de
décès.
Alors, c'est un sujet qui n'est pas simple, qui
n'est pas facile. Cela étant, le gouvernement du Québec a consacré des
centaines de millions de dollars supplémentaires à l'indemnisation des victimes
d'actes criminels.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci, M. le Président.
J'ai d'autres questions relativement, maintenant, aux baux pour les espaces
occupés par le ministère et les organismes. Ce qu'on apprend dans les
renseignements généraux du ministère, M. le
Président, le coût d'aménagement de l'espace à Alma, il serait passé de
8 559 $ à 59 805 $. Qu'est-ce qui explique cette
hausse?
M.
Jolin-Barrette : De combien à combien?
M. Morin : De 8 559 $ à
59 805 $.
M. Jolin-Barrette : Bien, dans le
fond, je pense que les activités judiciaires avaient été... quand le palais de
justice de Roberval avait... avait passé au feu. Je pense qu'on les a relocalisés,
c'est-tu ça?
Une voix : ...
M. Jolin-Barrette : On va vous
revenir avec la réponse, là.
M. Morin : Bien.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député.
M. Morin : Oui...
M. Jolin-Barrette : Mais il y avait eu
plus d'activités judiciaires à Alma avant l'ouverture de... du palais de
justice de Roberval, qu'on a ouvert l'année passée.
M.
Morin : D'accord. De Gatineau, c'est passé de
216 012 $ à 392 676 $. À Granby, de 102 866 $
à 201 776 $.
M. Jolin-Barrette : À Granby, ça?
M. Morin : Oui, à Granby.
M. Jolin-Barrette : Ça, ça doit
être... bien, sous réserve, là, mais on a fait des travaux pour aménager le centre
d'aide aux victimes d'actes criminels, ça fait que c'est probablement dans nos
loyers.
M. Morin : D'accord. Lac-Mégantic...
M. Jolin-Barrette : Ah! voyez-vous,
Alma, l'augmentation des loyers s'explique par le début du remboursement, à
compter de mars 2025, des coûts liés au projet de réaménagement des locaux des
CAVAC en lien avec le tribunal spécialisé.
M. Morin : OK.
M. Jolin-Barrette : Parce que, dans
le fond, là, à chaque... On a un budget, notamment, pour mieux aménager les
palais de justice pour faire des coins victimes, donc, avec des sanitaires, des
toilettes, avec une zone réservée le plus possible éloignée des salles de cour,
pour ne pas que les victimes croisent les accusés. Faque, dans le fond, sur
chaque tribunal spécialisé, il y a un budget d'amélioration locative, puis,
dans le fond, c'est... c'est ajouté dans les loyers qui sont payés dans le
temps.
M. Morin : D'accord. À Lac-Mégantic,
de 9 697 $ à 92 943 $.
M. Jolin-Barrette : Oui, c'est les
travaux pour le tribunal spécialisé.
M.
Morin : OK. Longueuil, de 152 000 $ à
431 000 $. Il y a également Saint-Jérôme, de 80 673 $ à 284 831 $,
et Shawinigan, de 51 683 $ à 197 832 $.
M. Jolin-Barrette : Oui, Shawinigan,
on a un tribunal spécialisé.
Le Président (M.
Bachand) : Donc, M. le député.
M. Morin : Et je comprends que les
aménagements que vous faites...
M. Jolin-Barrette : Donc, Longueuil,
c'est l'augmentation des... résulte de la poursuite du remboursement d'un
projet majeur d'aménagement d'agrandissement débuté en 2018, combinée à l'ajout
de nouveaux travaux récents liés à la visiocomparution, au renforcement des
mesures de sécurité, dont les paiements débutent en 2025... 2024‑2025.
Donc, à Longueuil, vous avez notamment les... le déploiement des arches de
sécurité. Vous vous souvenez, on a installé huit... dans huit palais de
justice, il y a des arches de sécurité, maintenant, en plus de Montréal, donc
Québec, Gatineau... Ah! c'est peut-être ça, Gatineau, parce qu'on l'a fait
récemment, Gatineau.
M. Morin : D'accord.
M.
Jolin-Barrette : Faque, dans le fond, c'est des améliorations
locatives. Shawinigan, c'est le tribunal spécialisé, par exemple.
M. Morin : Très
bien. Maintenant, quand on regarde les aménagements que vous faites, par
ailleurs, et qu'on regarde l'état des palais
de justice, dans le document des crédits, il y avait six palais de justice
classés E et sept classés D. Là, on est rendu à sept classés E et 13
classés D cette année. Donc, quel est votre plan? Je comprends que vous faites
des aménagements, mais quel est votre plan pour s'assurer que l'ensemble du
bâtiment va tenir debout?
M. Jolin-Barrette : Oui, bien, ça, c'est des
frais annuels qui sont chargés par la SQI. Parce que, vous le savez, dans
le fond, la propriété des bâtiments appartient à la SQI au niveau des palais de
justice. Puis je ne vous cacherai pas qu'il y a bien des palais de justice au
Québec qui ont été construits dans les années 60 ou 70, qu'il y a eu
des...
M. Morin : Alors,
il me reste peu de temps...
M.
Jolin-Barrette : ...des défauts d'entretien, mais...
M. Morin :
Très bien. En rafale, avec les modifications que vous avez faites, vous avez
acheté pour 1 507 704 $ en biens meubles, auparavant, mais là,
cette année, on est rendu à 6 405 704 $. Est-ce que c'est parce
que c'est les arches qui ont coûté ce montant-là?
Le
Président (M. Bachand) : 15 secondes,
M. le ministre.
M. Morin : Et
finalement, l'an passé, j'avais posé plusieurs questions sur les comités, et
cette année le ministère n'aurait participé à aucun comité.
M.
Jolin-Barrette : Attendez, je reviens juste sur votre...
Le
Président (M. Bachand) : Merci, le temps... le temps est
écoulé...
M.
Jolin-Barrette : Pour les meubles, c'est entre autres des bureaux de
juge.
Le Président (M. Bachand) : Merci. Mme la députée de Lotbinière-Frontenac, pour six minutes, s'il vous plaît.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Merci, M. le Président. On sait que le
gouvernement a mis beaucoup d'efforts ces dernières années pour mieux
accompagner et mieux soutenir les personnes victimes de violence sexuelle ou de
violence conjugale. En tant que ministre de la Justice, vous avez fait... vous
en avez fait l'une de vos missions principales. Un geste important que vous
avez posé, c'est la création du tribunal spécialisé. Où en êtes-vous dans le
déploiement? Et avons-nous un aperçu des résultats?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre, s'il vous
plaît.
M. Jolin-Barrette : OK. Je remercie
la députée de Lotbinière. Un aparté, en lien avec le député de l'Acadie, sur la
demande d'accès à l'information. Le ministère de la Justice a vérifié, puis,
dans le fond, ce qui était caviardé, c'est que ça concerne un autre objet.
Donc, dans le fond, la partie qui est en noir, ça ne concerne pas l'objet de la
demande d'accès à l'information.
Donc, pour Mme la députée de Lotbinière, bien,
écoutez, on est rendu à 29 des 36 districts judiciaires. Il en reste sept,
districts judiciaires pour lesquels on va développer le tribunal spécialisé.
Donc, on va réussir à respecter la loi qui prévoit qu'autour du 1er, 2,
3 novembre 2026 tout doit être déployé à la grandeur du Québec. Vous vous
souviendrez, on avait commencé par cinq projets pilotes, puis, au fur et à
mesure, lorsque les tribunaux spécialisés étaient prêts dans chacun des
districts judiciaires, bien, on allait de l'avant.
• (18 h 40) •
Donc, il y a 48 500 personnes victimes
de violence sexuelle et de violence conjugale qui ont reçu un des services
offerts de la part des CAVAC dans le cadre du tribunal spécialisé. On parle de
63 postes, au Directeur des poursuites criminelles et pénales,
12 000 personnes qui ont reçu des formations, qui sont susceptibles
d'intervenir auprès des personnes victimes, liées à la violence sexuelle et
conjugale; 97 postes d'intervenantes sociojudiciaires de liaison dans les
CAVAC, des postes créés spécifiquement pour le tribunal spécialisé; et neuf
chiens d'assistance judiciaire présents dans les équipes des CAVAC aux palais
de justice de Salaberry-de-Valleyfield, Drummondville, Baie-Comeau,
Rouyn-Noranda, Trois-Rivières, Laval, Granby, Québec et Chicoutimi. Et je crois
que, Mme la députée de Lotbinière, vous avez eu l'opportunité d'inaugurer le
tribunal spécialisé dans le district judiciaire de Frontenac, n'est-ce pas?
Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) : Oui,
c'est exact, j'ai eu le plaisir de faire ça. Donc, on vous a aussi souvent
entendu faire la mention que le modèle québécois du tribunal spécialisé suscite
beaucoup d'intérêt dans les autres États du monde. Pouvez-vous nous en dire
plus? Puis est-ce que les autres États ont suivi notre modèle?
M.
Jolin-Barrette : Oui. Bien, effectivement, vous avez raison.
Notamment, l'ancien ministre de la Justice, le ministre français, le ministre
Dupond-Moretti, était venu au Québec pour constater ce que nous faisions en
matière de lutte contre la violence sexuelle et la violence conjugale. Il s'est
inspiré de ça pour la France. Même chose pour le Royaume-Uni, le Québec a été
invité à présenter le tribunal spécialisé. Et plus récemment, en Irlande du
Nord, également, le ministre responsable des Régions a présenté l'initiative
québécoise.
Et ce qui est
frappant, dans le cadre des pays qui s'intéressent au tribunal spécialisé,
c'est à quel point le Québec est en avance par rapport aux réalités en termes
de preuve, d'admissibilité de la preuve, autant en matière civile, comme on a
fait avec le projet de loi n° 73, qu'on a déposé... qu'on a fait adopter
l'an passé, sur la façon de contre-interroger les personnes victimes, sur les
passés, les antécédents de nature sexuelle, sur également les comportements de
la victime, que ce n'est pas admissible, ici, sur le fait aussi de comment
est-ce qu'on approche la poursuite verticale, l'accompagnement des personnes
victimes. Alors, je pense que, dans... les États occidentaux, ils font face aux
mêmes réalités de #moiaussi. En France, il y a eu des mouvements aussi, et
c'est...
En fait, le Québec
cherche, suite au rapport Rebâtir, à ce que les victimes se sentent à
l'aise dans le système de justice, ne se sentent pas intimidées et que le
système de justice soit accueillant. Parce qu'au final, et on travaille tous
pour la même chose, je le crois, c'est qu'on est là pour que justice soit
rendue, et que les victimes puissent s'exprimer, et qu'elles puissent obtenir
réparation mais aussi obtenir le sentiment de justice, qui est fort important.
Parce qu'au final, au-delà d'une condamnation ou d'un acquittement, le parcours
de la personne qui s'adresse aux tribunaux,
à ce service public là, il faut que la personne au bout de la ligne se soit
sentie écoutée avec humanité. Puis c'est ce qu'on cherche à faire puis
c'est ce que les procureurs aux poursuites criminelles et pénales, les intervenants,
le personnel de justice, les intervenants
dans les CAVAC cherchent à accomplir en accompagnant les personnes victimes.
Adoption des crédits
Le
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Alors, le temps alloué à l'étude du volet Justice des crédits budgétaires du
portefeuille Justice étant presque écoulé, nous allons maintenant procéder à
leur mise aux voix.
Donc, le
programme 1, intitulé Administration de la justice, est-il adopté?
Des
voix : Adopté.
Des voix : Sur
division.
Le
Président (M. Bachand) : Adopté sur division.
Le programme 2
est intitulé... intitulé Activités judiciaires, est-il adopté?
Des voix :
Adopté.
Des voix : Sur
division.
Le
Président (M. Bachand) : Adopté sur division.
Le programme 3,
intitulé Justice administrative, est-il adopté?
Des
voix : Adopté.
Des voix : Sur
division.
Le
Président (M. Bachand) : Adopté sur division.
Le programme 4,
intitulé Indemnisations et reconnaissance, est-il adopté?
Des voix :
Adopté.
Des voix : Sur
division.
Le
Président (M. Bachand) : Adopté sur division.
Le programme 6,
intitulé Poursuites criminelles et pénales, est-il adopté?
Des voix :
Adopté.
Des voix : Sur
division.
Le
Président (M. Bachand) : Adopté sur division.
Adoption de l'ensemble des
crédits
Finalement, l'ensemble des crédits budgétaires
du portefeuille Justice pour l'exercice financier 2026-2027 est-il adopté?
Des voix : Adopté.
Des voix : Sur division.
Le Président (M.
Bachand) : Adopté sur division.
Documents déposés
En terminant, je dépose les réponses aux
demandes de renseignements de l'opposition.
Et, compte tenu de l'heure, la commission
suspend ses travaux jusqu'à 18 h 55, où elle va entreprendre l'étude
du volet Institutions démocratiques des crédits budgétaires du portefeuille
Conseil exécutif. Merci beaucoup. À tantôt.
(Fin de la séance à 18 h 45)