(Dix heures une minute)
La
Présidente (Mme McGraw) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Je déclare la séance de la Commission des
relations avec les citoyens ouverte.
La commission
est réunie afin de procéder à l'interpellation du député de Taschereau à la
ministre responsable de la Solidarité sociale et de l'Action
communautaire sur le suivant : Le milieu communautaire au bout du
rouleau : des conditions insuffisantes pour répondre aux besoins de la
population.
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Le
Secrétaire : Oui, Mme
la députée. Mme Grondin
(Argenteuil) remplace Mme Boivin Roy (Anjou—Louis-Riel)... pardon; M. Grandmont (Taschereau) remplace M. Fontecilla
(Laurier-Dorion); et Mme Laflamme (Chicoutimi) remplace M. Bérubé
(Matane-Matapédia).
La Présidente (Mme McGraw) :
Conformément à l'entente prévue pour la 43e législature, l'opposition
officielle interviendra lors des deuxième, quatrième et sixième séries
d'intervention, et la députée de Chicoutimi interviendra
lors de la cinquième série d'intervention. Nous allons débuter avec les
déclarations d'ouverture. M. le député de Taschereau, vous avez la
parole pour 10 minutes.
Exposé du sujet
M. Etienne
Grandmont
M. Grandmont : Merci, Mme la
Présidente. Je vous remercie pour votre présence. Merci d'être à Québec pour
cette interpellation. Je remercie évidemment Mme la ministre d'être ici pour
cette interpellation. Je remercie les personnes aussi qui nous permettent de
réaliser cette... je pense aux gens de la technique, les pages qui sont là aussi
aujourd'hui. Je remercie les... mes
collègues et leurs équipes des oppositions. Je salue, enfin, les gens du
communautaire... du Communautaire à boutte, avec qui j'ai fait, tout à
l'heure, un point de presse, que j'invite Mme la ministre et les gens des oppositions
à écouter également, aussi de beaux témoignages sur les conséquences du
sous-financement du communautaire au Québec.
Alors, évidemment, on est aujourd'hui réunis
pour parler de financement des organismes communautaires. Mais, au fond, ce
dont on va parler, c'est du coeur battant de notre filet social, Mme la
Présidente.
Puis j'aimerais cadrer tout de suite quelque
chose. Le mouvement de grève Le communautaire à boutte n'est pas une activité
de sensibilisation à l'action communautaire. C'est un cesser-d'agir. C'est une
décision qui a été prise par les
travailleuses et les travailleurs du communautaire, qui n'a, d'ailleurs, pas dû
être facile à prendre, parce que ce sont des gens de coeur, parce qu'ils
desservent, puis parce qu'ils aident, puis parce qu'ils défendent une
population qui est très vulnérable au Québec.
Alors, je
veux prendre le temps de saluer ces gens de coeur. Il y en a plusieurs
aujourd'hui, comme je l'ai dit tantôt, qui sont venus assister à
l'interpellation. Je veux les saluer parce qu'ils représentent, d'abord, plus
de 1 800 organismes communautaires qui sont en grève à ce
jour, aujourd'hui, jusqu'au 2 avril. Je veux saluer leur courage, je veux
saluer leur résilience, mais je veux aussi saluer cette mobilisation
historique, sans précédent, au Québec, le communautaire en grève pour deux
semaines.
Alors, on parle évidemment de celles et de ceux
qui, chaque jour, tiennent debout des communautés entières, souvent dans
l'ombre, souvent sans reconnaissance, et, surtout, ils sont à bout de souffle.
Et ce n'est pas un hasard si le mouvement
s'appelle Le communautaire à boutte. Ils sont à boutte parce que ça fait des
années qu'ils en font toujours plus avec toujours moins.
Si ces
organismes en viennent aujourd'hui à faire la grève, qui est un geste, comme je
l'ai dit, qui est exceptionnel, historique,
dans le communautaire, ce n'est pas par caprice. Ce n'est pas idéologique.
C'est un cri d'alarme, Mme la Présidente,
un cri d'alarme qui est porté majoritairement par des femmes. Parce que, oui,
le communautaire, c'est 80 % de travailleuses, des travailleuses
dévouées, compétentes, engagées, mais épuisées, Mme la Présidente, épuisées de porter à bout de bras des missions essentielles,
épuisées de devoir compenser les manques, les trous de services de l'État
québécois, épuisées de voir leurs conditions de travail se dégrader pendant que
les besoins explosent.
Et, pendant
ce temps-là, qu'est-ce qu'on leur dit? On leur dit d'être patientes. On leur
dit de faire des miracles avec des miettes. On leur dit de remplir un
autre formulaire, de monter un autre projet, de se battre pour un autre
financement temporaire. Mais, Mme la Présidente, on ne construit pas un filet
social solide sur de la précarité.
Il faut
comprendre aussi une chose essentielle. Quand tout le reste échoue, car les
services publics sont débordés, quand des gens tombent entre les mailles du
filet, c'est le communautaire qui est là. C'est la dernière porte ouverte,
c'est la dernière ressource
accessible, c'est la dernière main tendue. Que ce soit pour une personne en
situation d'itinérance, une victime de violence,
une femme victime de violence, une famille qui n'arrive plus à se nourrir, un
jeune qui est en détresse, le communautaire, c'est souvent la dernière ligne de
défense contre l'abandon.
Alors,
quand ces organismes-là cessent d'agir, même temporairement, il faut mesurer la
gravité de la situation. Ce n'est pas un simple ralentissement de services,
c'est un signal que le système est en train de craquer. L'élastique est
étiré au maximum.
Et pourquoi on en est
rendu là? Bien, une des réponses se trouve dans la manière dont on finance ces
organismes-là. Depuis trop longtemps, on privilégie le financement par projets,
des enveloppes ponctuelles, ciblées, conditionnelles. Sur papier, ça peut
sembler logique, mais, dans la réalité, ça crée une instabilité constante au
sein des organismes. Ça les oblige à courir après du financement, à s'adapter,
à adapter leurs missions pour entrer dans les
cases des projets, à consacrer une énorme portion de leur temps à de la
reddition de comptes plutôt que de prendre ce temps-là puis de le
consacrer aux gens qu'ils accompagnent. Et, pendant ce temps-là, leur mission
fondamentale, celle de répondre aux besoins réels de leur communauté, passe au
second plan.
À l'inverse, le
financement à la mission globale, c'est une autre chose. Et c'est ce qu'on
devrait faire. Le financement à la mission globale, ce serait de reconnaître
les organismes tels qu'ils sont, comme des experts qui comprennent les besoins
sur le terrain. Ce serait leur donner les moyens d'agir avec souplesse, dans la
stabilité, avec dignité. Et ce serait surtout, Mme la Présidente, une façon de
leur dire : On vous fait confiance, on a confiance dans votre expertise,
dans votre connaissance du terrain, dans la connaissance des particularités
géographiques locales et régionales du terrain que vous desservez. Ce serait
accepter de reconnaître l'expertise du communautaire.
Alors,
il est temps de changer de regard. Et c'est ce que j'espère avoir comme
discussion avec Mme la ministre aujourd'hui.
Les organismes
communautaires ne sont pas des sous-traitants. Ce ne sont pas des solutions
temporaires. Ce ne sont pas des organismes
qui sont là pour boucher des trous de services de l'État. Ce sont des
partenaires essentiels. C'est un pilier stratégique de notre filet
social, des partenaires de choix pour bâtir ce filet social là, des partenaires
dans la lutte à la pauvreté, des partenaires dans la défense des droits, des
partenaires dans la dignité humaine.
Et il faut aussi
avoir l'honnêteté de le dire, c'est une partie importante de la mission qu'ils
remplissent, c'est une mission qui devrait
être parfois assumée par l'État. Ils nourrissent, ils accompagnent, ils
soutiennent. Ils protègent. Ils font
un travail que l'État n'arrive pas à faire tout seul. Et, pourtant, on continue
de les financer comme s'ils étaient accessoires.
Ce dont on parle aujourd'hui, ce n'est pas une fatalité, c'est un choix
politique. Choisir de sous-financer le communautaire, parce que c'est un
choix, de sous-financer le communautaire, c'est accepter que les listes
d'attente s'allongent, que les travailleuses et les travailleurs s'épuisent. Et
c'est accepter aussi que les personnes les plus vulnérables soient laissées pour compte. À l'inverse, investir
massivement dans le financement à la mission des organismes communautaires,
ce serait de stabiliser les équipes, ce serait d'améliorer les conditions de
travail et, surtout, ce serait d'assurer une réponse humaine accessible et
efficace aux besoins de la population.
Mme la Présidente, le
mouvement Le communautaire à boutte nous envoie un message qui est très, très
clair aujourd'hui, et ils vont continuer de le faire jusqu'au 2 avril, et ils
ont déjà annoncé qu'ils le feraient aussi, si nécessaire, lors d'une troisième
vague à l'automne prochain. Le système a atteint sa limite. On ne peut plus
continuer de demander au communautaire de
tenir le filet social du Québec avec des bouts de ficelle. On ne peut plus
fermer les yeux sur l'épuisement d'un secteur essentiel porté
majoritairement par des femmes. On ne peut plus traiter comme secondaire ce qui
est en réalité fondamental.
• (10 h 10) •
Alors,
la question que je pose à la ministre est simple, c'est : Est-ce qu'elle
va enfin reconnaître le communautaire à
sa juste valeur? Est-ce qu'elle va investir de manière structurante dans le
financement à la mission, ou est-ce qu'elle va continuer à faire ce
qu'elle fait depuis un bout de temps, laisser s'effriter tranquillement la
dernière ligne de défense des plus vulnérables? Parce qu'au bout du compte, Mme
la Présidente, ce n'est pas seulement le communautaire qui est debout, c'est
notre filet social au complet.
Mme la Présidente, la
ministre a un choix devant elle. Elle peut décider de se battre. Je sais que
les relations qu'elle a avec le
communautaire et avec le mouvement de grève, actuellement, ne sont pas
nécessairement les meilleures. Mais moi, je l'enjoins à se battre, à se
joindre à moi puis à toute personne qui veut se battre avec Le communautaire à
boutte, à se battre pour aller chercher un financement qui est pérein...
pérenne, un financement qui est à la mission. On a de l'argent disponible. Ça a
été évoqué, d'ailleurs, par plusieurs acteurs. Évidemment, avoir une vraie
table de discussion sur le financement du
communautaire, inviter les groupes communautaires, les représentants du RQ-ACA,
du RODCD à une table pour... puis du Communautaire à boutte pour
discuter du financement de notre filet social au Québec...
Mais, à très court
terme, on sait qu'il y a une enveloppe de 250 millions de dollars qui
est prévue au budget Girard... au budget du
ministre des Finances. Cette enveloppe-là n'a pas été encore attribuée à un
secteur en particulier.
Donc, est-ce que la
ministre va accepter de se battre à nos côtés pour faire pression sur le ou la
prochaine première ministre afin que ce 250 millions serve, au moins en
partie, à éponger de manière urgente les besoins immenses dans le
communautaire. C'est la question que je lui pose. Mais j'ai envie de la voir se
battre pour le communautaire. J'ai envie
qu'elle fasse des représentations auprès du ministre des Finances, auprès des
futures personnes qui occuperont le poste de premier ministre. Merci.
La Présidente (Mme
McGraw) : Merci. Alors, je cède maintenant la parole à la ministre responsable
de la Solidarité sociale et de l'Action communautaire. Vous disposez également
de 10 minutes.
Réponse de la ministre
Mme Chantal Rouleau
Mme Rouleau :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Et je remercie mon collègue de Québec
solidaire, le député de Taschereau, qui a
lancé cette interpellation qui nous réunit ce matin, à Québec, à l'Assemblée
nationale. Je salue mes collègues du Parti libéral et du Parti québécois et je
salue les gens qui sont avec nous, les organismes communautaires que je
connais bien aussi et pour lesquels j'ai beaucoup de respect.
Dans le contexte
actuel, les revendications qui sont portées par le mouvement Le communautaire à
boutte trouvent un écho important au sein des différentes instances
gouvernementales. La motion qui a été déposée par notre collègue du Parti québécois a, d'ailleurs, été votée à
l'unanimité. Les représentants du mouvement mettent en lumière des préoccupations qui sont tout à fait légitimes, qui
sont ancrées dans la réalité quotidienne des organismes communautaires et
des travailleuses et travailleurs qui y oeuvrent. On sent la fatigue, Mme la
Présidente, de certains travailleurs dans ces organismes, et je suis heureuse
qu'on prenne le temps d'en parler ce matin.
Les intervenants et
les gestionnaires font preuve d'un engagement remarquable, souvent dans des
contextes très exigeants. C'est une réalité
qui appelle à une attention très particulière, notamment dans un contexte où
les enjeux d'attraction et de rétention de la main-d'oeuvre touchent l'ensemble
des secteurs. Le gouvernement est très conscient que la qualité des conditions
de travail représente un facteur clé. Les actions mises en place au cours des
dernières années visent précisément à agir sur les leviers qui permettent
d'améliorer ces conditions en tenant compte des responsabilités propres aux
organismes, en renforçant le financement à la mission. L'objectif est de donner
aux organismes une plus grande marge de manoeuvre pour soutenir les équipes,
adapter les pratiques, consolider les organisations. C'est une approche qui
reconnaît les décisions liées aux conditions de travail qui relèvent des
conseils d'administration, dans le respect de l'autonomie des organismes, tout
en cherchant à créer un environnement plus favorable à une... à leur
amélioration.
La question du
financement à la mission est au coeur des revendications. Elle constitue
également un élément structurant des actions gouvernementales. C'est plus de
888 millions de dollars pour... de rehaussement de soutien à la mission que
nous avons mis en place, des investissements qui sont réalisés à travers le
plan d'action gouvernemental en action communautaire, le tout premier plan du
gouvernement pour permettre de doubler le financement accordé aux organismes.
C'est une bonification qui vise à offrir une plus grande prévisibilité et à
réduire la dépendance à des financements ponctuels. Elle s'inscrit dans une
volonté de soutenir la mission globale des organismes, en reconnaissant la
diversité de leurs actions et la complexité des réalités auxquelles ils
répondent.
Le gouvernement
reconnaît que les besoins demeurent importants et que les attentes du milieu
sont élevées. Les enjeux liés à la hausse des coûts, à l'évolution des besoins
sociaux, à la pression sur les ressources humaines contribuent à accentuer ces
attentes. Dans ce contexte, les échanges avec le milieu communautaire sur le
terrain et par l'intermédiaire des regroupements demeurent essentiels afin de
toujours mieux comprendre les priorités et d'identifier les pistes d'améliorations
réalistes et durables. Et je veux trouver des solutions avec le milieu et avec
mes collègues, parce que le gouvernement réaffirme que ces organismes sont des
acteurs incontournables du développement social. Leur contribution dépasse
largement la prestation de services. Leur expertise, leur proximité avec les
citoyens, leur capacité d'innovation en font des partenaires de premier plan
dans l'élaboration et la mise en oeuvre des politiques publiques. Et j'ai, en
ce sens, la volonté très ferme de valoriser leur rôle et de mieux faire
connaître leur apport au sein de la société et de profiter de tous les
instants, toutes les instances, pour le faire.
Le gouvernement
partage pleinement l'importance du principe de l'autonomie des organismes.
Cette autonomie constitue l'une des bases de l'action communautaire et permet
aux organismes de demeurer ancrés dans leurs milieux, de définir les priorités
et de développer des approches adaptées. Les mesures qui sont mises en place
visent à soutenir cette autonomie, notamment en favorisant le financement à la
mission et en réduisant certaines contraintes administratives. Toutefois,
l'autonomie s'inscrit dans un cadre où les organismes doivent également assurer
une gestion rigoureuse. Il va sans dire.
Le gouvernement
demeure attentif à cet équilibre et poursuit ses efforts pour simplifier les
processus et alléger les obligations lorsque c'est possible. Les démarches
entreprises visent à réduire la précarité en offrant un financement plus
prévisible et plus adapté. Les mesures d'allègement administratif contribuent à
diminuer la charge liée à la gestion des ressources, permettant aux équipes de
se concentrer davantage sur leurs missions.
La reconnaissance du
modèle communautaire comme pilier stratégique du développement social constitue
une orientation claire des actions gouvernementales du Québec. Les
investissements réalisés, la politique, le plan d'action témoignent de cette
volonté de soutenir le modèle et agir en amont des problématiques sociales. Le
milieu communautaire est considéré comme un partenaire essentiel dans la
construction d'une société plus solidaire et plus juste, et ils participent à
un dialogue, les organismes communautaires, qui permet de faire évoluer les
pratiques et de renforcer la cohérence des interventions.
Notre gouvernement
reconnaît ces préoccupations qui sont exprimées. Au coeur même de l'action
communautaire se trouvent des travailleuses et des travailleurs qui sont
engagés et qui jouent un rôle central. Alors, il importe de reconnaître toutes
ces réalités, et on va être là pour les aider, comme nous l'avons toujours
fait. Le Québec est un chef de file pour sa reconnaissance et son soutien aux
organismes communautaires, et j'ai bien l'intention qu'on le demeure.
Je veux profiter de cette déclaration
d'ouverture pour saluer les gens qui se sont déplacés dans les tribunes. J'ai
l'habitude de me déplacer sur le terrain pour aller les voir, et maintenant
c'est eux qui viennent nous voir ici, à l'Assemblée nationale, j'en suis bien
contente, pour les accueillir.
Dès l'émergence du
mouvement, je me suis rendue à Shawinigan pour rencontrer ses fondateurs.
Depuis, j'ai multiplié les rencontres et parcouru plusieurs régions pour
entendre les revendications. Dans les dernières semaines, avec mon équipe, on
s'est rendu en Beauce. On a rencontré là une communauté active, qui s'implique
à tous les niveaux pour répondre aux enjeux. On a découvert des organismes avec
des projets innovants, à la fine pointe de la technologie pour favoriser
l'efficacité, l'efficience, comme cultiver pour partager, qui fait de
l'aéroponie en faisant pousser des légumes à l'année longue dans une église
pour fournir Moisson Beauce en légumes frais, par exemple.
On est aussi allés à la rencontre d'organismes
dans Lanaudière pour rencontrer des gens en situation de précarité. On a
rencontré des humains d'exception, des intervenants, des adjoints, des
gestionnaires, des gens bienveillants, des gens engagés. J'ai rencontré une
directrice générale dynamique qui a mis sur pied un carrefour pour mutualiser les ressources matérielles de
plusieurs petits organismes de la région dans le but de diminuer les frais
et d'investir davantage dans les services offerts. Lors de ces visites, j'ai
aussi rencontré des personnes en situation de vulnérabilité. Ce sont des
personnes qui doivent rester au coeur de nos réflexions et de nos décisions
politiques.
• (10 h 20) •
Je me suis rendue à Drummondville avec mes deux
collègues députés. On a fait une annonce nationale pour TAPAJ Québec. On a fait
des visites, on a fait des rencontres très humaines, très riches, et j'en
ressors très... remplie de fierté de voir que le Québec, les Québécois, ne
laissent personne derrière.
Et je veux faire un petit détour sur les
préjugés avant de terminer, Mme la Présidente. Les préjugés pèsent lourd dans le milieu communautaire et plus
particulièrement sur les clientèles qu'ils desservent. Derrière chaque
personne, il y a une histoire, il y a un parcours et, trop souvent, un
poids invisible, celui du jugement. Et notre message, c'est que la pauvreté n'est pas un choix, un seul
événement peut faire basculer une vie, et ça peut arriver à n'importe qui.
Alors, c'est ensemble qu'on doit diminuer le poids des préjugés, c'est
un travail d'équipe.
Mme la
Présidente, je suis la première ministre responsable de la Solidarité sociale
et de l'Action communautaire au gouvernement du Québec. J'ai rencontré des
centaines de personnes, des centaines de groupes dans toutes les régions du Québec, et je vais continuer à me rendre sur le
terrain, je vais continuer à aller les voir chez eux pour entendre leur réalité
et défendre leurs intérêts au Conseil des ministres. Merci, Mme la Présidente.
Argumentation
La Présidente (Mme McGraw) : Merci,
Mme la Présidente. Nous allons maintenant débuter la période d'échange. M. le
député de Taschereau, vous disposez de cinq minutes.
M. Grandmont : Merci, Mme la
Présidente. Quand je me ferme les yeux puis j'écoute la ministre, on dirait que tout va bien au Québec. Le communautaire est
bien financé, financé à la mission. Ces travailleuses et ces travailleurs
qui tiennent notre filet social ont des bonnes conditions de travail, ne sont
pas en épuisement. Ils sont capables de prendre
un congé, quand elles sont malades, ils sont capables de s'occuper de leurs
enfants. Ils sont capables d'embaucher des
employés avec des salaires décents, ils sont capables de les garder dans leur
organisme puis de bâtir une expertise qui
va leur servir pour longtemps, sur le long terme, pour bien aider à la
résilience et au bien-être de leur communauté.
Le problème, Mme la Présidente, c'est qu'avec
l'expérience, et j'en ai un peu, j'ai appris à regarder... à juger les gens
davantage sur les actions que sur leurs paroles. Malheureusement, le résultat,
ce qu'on voit en ce moment, ce que nous dit le communautaire, c'est que la
ministre ne fait pas son boulot de ministre.
Elle dit : Le Québec ne laisse personne
derrière. Il y a deux personnes, cette semaine, deux personnes itinérantes qui
sont mortes à Montréal, par manque de services, par manque de soutien au
communautaire, par manque de prévention aussi. Parce que ce n'est pas juste une
fois rendu dans la rue qu'on veut faire... qu'on veut sauver ces personnes-là, c'est aussi éviter qu'elles aillent dans la
rue, c'est aussi éviter qu'elles y demeurent longtemps. Mais, pour ça,
il faut agir en prévention, et ça, malheureusement, au Québec, par l'action de
la ministre et de son gouvernement, on n'y arrive juste pas du tout.
La ministre, Mme la Présidente, dit : On
soutient le communautaire à la mission, on investit 800 millions de
dollars. C'est 832 millions de dollars, je le donne, c'est vrai,
832 millions de dollars, c'est sur cinq ans, c'est
832 millions de dollars sur cinq ans. Je sais qu'elle a tendance à
oublier que c'est sur cinq ans que ce montant-là est distribué, ce qui fait qu'à la fin c'est très peu d'argent pour le
communautaire. La hausse du coût de la vie, là, l'inflation, là, ça
touche aussi les organismes communautaires, ça touche, d'abord, les
travailleuses et travailleurs, qui doivent avoir un salaire pour être capables
de payer leur loyer, leur épicerie, qui, elle, augmente comme ça n'a jamais été
vu dans l'histoire du Québec. Mais les coûts d'opération des organismes
communautaires aussi augmentent, donc, les montants qui sont ultimement versés
à ces organismes-là ne suffisent pas à couvrir les coûts, les coûts
d'exploitation qui augmentent dans les organismes communautaires.
Si ce que disait la ministre était réel, Mme la
Présidente, je n'aurais pas eu les témoignages qu'on a eus tantôt pendant le point de presse qu'on a organisé. Les
travailleuses qui sont incapables de prendre un congé parce qu'elles sont
épuisées, le médecin leur dit... Le médecin lui dit qu'elle devrait prendre
congé, mais elle ne peut pas le faire parce qu'il n'y a pas les ressources
nécessaires pour être capable de prendre soin d'elle, parce que le salaire qui
existe pour cette personne-là n'est pas suffisant pour être capable de se
retirer, parce qu'il n'y a pas les ressources, il n'y a pas la profondeur dans
l'équipe pour être capable de laisser la charge de l'organisme à d'autres
personnes dans l'équipe. Le communautaire est à boutte, Mme la Présidente, il
va falloir trouver des solutions concrètes pour y voir.
Les groupes
communautaires ne sont pas là pour se plaindre, oui, ils font un cesser-d'agir,
oui, ils sont mobilisés en ce moment, mais ils sont aussi ici pour
proposer. 832 millions de dollars, ça ne couvre pas ce que la
campagne cache, organisée par les organismes financés par
le PSOC demandent. C'est un bel exemple qui montre combien les besoins sont
clairement insuffisants... les moyens sont clairement insuffisants. Les
organismes financés par le PSOC demandent, à eux seuls,
1,7 milliard de dollars annuellement pour être capables d'offrir des
bonnes conditions de travail, pour être capables de réellement bien faire leur
travail d'organismes communautaires dans leur secteur, dans leur région.
1,7 milliard de dollars versus 832 millions de dollars pour
l'ensemble du communautaire sur cinq ans, Mme la Présidente, il y a une marge,
il y a une très, très grande marge.
Évidemment, je
reviens toujours sur la question du financement. Mme la ministre, quand elle
rencontre les organismes communautaires, elle leur dit de se tourner vers la
philanthropie. La philanthropie, Mme la Présidente, là, ce n'est pas ça qui va
assurer le filet social. La philanthropie, c'est de l'innovation sociale, puis,
même moi, je ne suis pas en désaccord avec l'innovation sociale. J'ai été dans
des organismes communautaires, l'innovation sociale, le financement pour ça m'a
permis de développer des projets qui étaient très intéressants. Mais, quand on
trouve des solutions, qu'on ramène ça dans le financement à la mission puis
qu'on bonifie l'offre sur le terrain offerte par les organismes.
Ce que j'entends de
la ministre, là, c'est des beaux mots, des belles paroles, mais, concrètement,
là, je ne vois pas de proposition, je ne vois pas de concret dans ce qu'elle
dit.
La
Présidente (Mme McGraw) :
Merci, M. le député. Je cède maintenant la parole à la ministre. Vous disposez
de cinq minutes.
Mme Rouleau : Bon, merci beaucoup, Mme la Présidente. Je pense qu'on va remettre les
choses en perspective, Mme la Présidente. Il faut se rappeler à quel
point on avance, on chemine, on se distingue pour reconnaître de mieux en mieux
notre milieu communautaire. Au Québec, on se distingue des autres provinces
canadiennes par la place particulière qu'on accorde aux organismes
communautaires. Nous sommes la seule province à être dotée d'une politique gouvernementale officielle, la seule
province à avoir un plan d'action gouvernemental en action communautaire.
Et je suis très fière de ce plan, Mme la Présidente, un plan qui s'est donné
les moyens de rattraper plus de 15 ans de laxisme des autres gouvernements, Mme la Présidente, qui n'ont pas fait
de financement adéquat pour les organismes communautaires.
Et, Mme la
Présidente, c'est 2 234 000 000 de dollars qui sont
inscrits dans le budget, ce n'est pas rien. C'est une approche qui témoigne d'une reconnaissance historique et
institutionnelle du rôle joué par le milieu communautaire autonome dans
la société québécoise.
Contrairement
aux autres provinces, où le soutien aux organismes est généralement plus
fragmenté et souvent limité à certains secteurs comme la santé ou les
services sociaux, le Québec propose un cadre global et structuré. C'est une vision qui permet de reconnaître les
organismes communautaires comme des acteurs à part entière du développement
social, pas seulement comme des prestataires de services de l'État.
Ici, au Québec, on
offre un financement récurrent à la mission global pour de très nombreux
organismes communautaires autonomes, Mme la Présidente. C'est un type de
financement qui est particulièrement significatif, parce qu'il permet aux organismes de déterminer eux-mêmes leurs
priorités et leurs actions, plutôt que d'être seulement limités à des
projets ponctuels imposés par des programmes spécifiques. Et, là-dessus, je
suis d'accord avec le député de l'opposition, il faut du financement à la
mission. C'est ce que nous faisons, Mme la Présidente. Avec le PAGAC, on a fait
un vrai virage pour favoriser un meilleur financement à la mission. Les
organismes le réclamaient depuis longtemps, on l'a fait et on poursuit ce
travail, Mme la Présidente, parce qu'on veut faire mieux encore.
Notre modèle
québécois se distingue en reconnaissant formellement les organismes en défense
collective des droits, Mme la Présidente, qui travaillent à la promotion et la
protection des droits des citoyens, notamment des personnes en situation de
vulnérabilité. C'est une reconnaissance qui est importante parce qu'elle
légitimise un rôle critique envers les politiques publiques. C'est une réalité
qui reflète une conception démocratique, où la participation citoyenne et la
contestation sociale sont reconnues par le gouvernement, Mme la Présidente.
Et, si on est ici ce
matin, qu'on trouve tout naturel de prendre le temps de discuter des
revendications de nos alliés du
communautaire, c'est parce que cette légitimité, elle existe, Mme la
Présidente, elle s'exprime, elle s'actualise. Le Québec constitue un
modèle distinct et est souvent cité comme une référence dans le domaine de
l'action communautaire, pas seulement au Québec, mais... au Canada, mais à
travers le monde.
• (10 h 30) •
Et là je veux revenir
sur l'importance de la contribution des organismes communautaires à la société
québécoise. Ce sont des partenaires de la lutte contre la pauvreté. Ce sont un
maillon essentiel de la chaîne de soutien aux personnes vulnérables. Ils sont
présents dans plusieurs sphères d'activité de nos communautés. Les organismes
communautaires et les personnes qui animent ces organismes sont des acteurs de
changement. Ils sont un lieu d'engagement pour les citoyens. Ils sont proches
des gens. Ils sont enracinés dans leurs communautés. Ils sont porteurs d'innovation. Ils sont capables d'agir
rapidement là où les besoins émergent. Ils changent concrètement des vies. Ils
contribuent à l'élaboration de politiques publiques. Et leur expertise nourrit
nos décisions, améliore la qualité de nos interventions collectives.
Nous reconnaissons
pleinement leur contribution. On s'engage à continuer à valoriser ces
orientations dans les espaces de concertation et dans nos politiques publiques,
Mme la Présidente. Et nous allons poursuivre ce travail avec le milieu
communautaire pour toujours améliorer ces organisations et leur capacité
d'agir, Mme la Présidente.
La
Présidente (Mme McGraw) : Merci, Mme la ministre. Je cède maintenant la
parole à la députée d'Argenteuil. Vous disposez de cinq minutes.
Mme
Grondin : Merci. Mme la Présidente, Mme la ministre, mes collègues de
D'Arcy-McGee, Taschereau, Chicoutimi,
Abitibi-Ouest, mes grandes... meilleures salutations. Je veux saluer aussi les
gens qui se sont déplacés ce matin, un vendredi matin. Merci d'être
présents.
Je veux remercier le
député de Taschereau, là, pour nous donner l'occasion d'insister, encore une
fois, sur une réalité qui m'apparaît, à mes yeux, fondamentale, c'est que le
milieu communautaire, au Québec, c'est un pilier qui est incontournable dans notre tissu social. Et j'aime beaucoup ce
que le député de Taschereau a dit, en fait, je vais plutôt prendre son
expression, le coeur battant. Merci, M. le député.
Sur le terrain, jour
après jour, ce sont des femmes et des hommes qui sont profondément engagés, qui
tendent la main aux plus vulnérables, qui soutiennent nos familles, qui
accompagnent nos aînés, qui interviennent auprès de nos jeunes, qui contribuent
à maintenir la cohésion sociale dans chacune de nos communautés. Et, comme
députés, nous sommes aux premières loges de
cette réalité, dans Argenteuil mais partout au Québec. Quel que soit le parti
politique, je pense que les 125 députés sont très conscients du
travail et de l'impact de cet engagement dans... des organismes communautaires
dans leurs milieux.
Nous, nous
rencontrons, avec nos équipes, nos... on échange avec les bénévoles, avec les
organismes communautaires, on connaît bien leurs défis, leur détermination.
Dans Argenteuil, vous savez, on fonctionne, nous, par des tables de
concertation en développement social. Chez nous, il y a une table jeunesse, une
table adultes, une table aînés. Ces tables-là sont soutenues par les
organisatrices communautaires du CISSS des Laurentides et par un nouvel
organisme, enfin, qui a vu le jour en concertation de développement social dans
Argenteuil. À ces tables-là se joignent les partenaires du milieu comme la SQ,
le centre de services scolaire, la MRC, et donc une série de partenaires qui
s'impliquent pour améliorer, notamment, le sort des plus vulnérables. Ma
collègue à mon bureau est présente sur
toutes ces tables. J'ai un compte rendu systématique, hebdomadaire, mensuel.
Puis cette proximité-là avec le terrain, ça nous impose une grande
responsabilité, soit celle d'écouter, de comprendre, de relayer les
préoccupations avec un sérieux et un
respect.
Je
tiens, d'ailleurs, à exprimer tout mon soutien envers les intervenantes, les
intervenants du milieu chez nous. Leur engagement est admirable, et
leurs voix méritent d'être entendues. Puis c'est dans cet esprit-là que je
souhaite aborder l'interpellation, avec sensibilité et ouverture.
Puis ce que je veux
vraiment faire comprendre, c'est que, dans un contexte où les besoins
communautaires sont importants dans toutes
les régions du Québec, la ministre et nous, on souhaite poursuivre les
échanges. Mais, vous savez, Mme la Présidente, depuis huit ans, je
constate que les demandes... les demandes financières sont identiques partout.
Que l'on parle aux municipalités, aux organismes en environnement, en culture,
en éducation, les besoins sont infinis, mais la capacité d'agir ou de payer des
Québécois et des Québécoises, elle, elle est limitée. Et donc on est condamnés
à être plus créatifs, à réfléchir à comment être plus efficients dans l'offre
de nos services.
Et c'est dans ce
contexte-là, en m'inspirant de ce qui se passe dans Argenteuil, que je vais
intervenir pour rappeler ce qui se fait, en ce moment, comme soutien direct aux
organismes communautaires. Je vais aussi rappeler ce qui se fait comme soutien
dans les enjeux que les organismes communautaires portent, comment on fait pour
accompagner à ce niveau-là, mais aussi un élément qui m'appert important, c'est
le soutien aux collaborateurs qui sont aussi
des acteurs incontournables et qui peuvent aider les organismes communautaires.
Puis je veux juste rappeler, le soutien à la mission, il a augmenté. Il
a passé, de 2018, de 1,1 milliard de dollars à
2,2 milliards de dollars, et la majorité de cet argent-là est pour le
soutien au financement à la mission. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
McGraw) : Merci, Mme la députée. Nous allons débuter maintenant la
deuxième série d'interventions, et je cède maintenant la parole à la députée de
D'Arcy-McGee.
Mme Prass : Merci, Mme la Présidente. Je voudrais, d'abord,
saluer les gens dans les tribunes, pas seulement pour leur présence
aujourd'hui, mais pour ce que vous faites à tous les jours, le dévouement que
vous apportez à... et avec conviction à ce que vous faites. J'ai
moi-même un petit garçon qui est sur le spectre de l'autisme, et moi, je vois les organismes communautaires qui nous offrent des
services et qui le font de tout coeur. Donc, je vous remercie infiniment.
Nous sommes ici
aujourd'hui parce que les organismes communautaires sont à boutte,
1 620 organismes qui ont pris une
décision très difficile de ne pas ouvrir leurs portes pour les deux prochaines
semaines, mais pour démontrer l'incohérence du gouvernement. Et, en
parlant d'incohérence, on entend, aujourd'hui, les beaux mots de la ministre et de sa collègue, que les organismes
communautaires sont des piliers incontournables, leur contribution est
essentielle, mais le message de nos... de la ministre et de sa collègue
et la réalité sur le terrain ne se rejoignent pas, un budget qui a été annoncé
la semaine dernière, un budget qui a été interprété comme une claque au visage
et irresponsable de la part des groupes communautaires, les groupes communautaires,
qui, vous l'avez dit, Mme la ministre, sont le filet social pour les plus
vulnérables de notre société, qui demandent un meilleur financement public et
des conditions de travail décentes pour pouvoir accomplir leur mission avec
dignité.
Environ une personne
sur trois au Québec bénéficie directement ou indirectement des services du
milieu communautaire. Et la grande majorité du travail qu'ils font, c'est,
justement, pour aider le réseau public. En matière de santé mentale, quand il y
a quelqu'un qui se pointe dans un CIUSSS, puis on va les référer dans un
organisme communautaire, on va les enlever de la liste d'attente, mais on ne va
pas vérifier si l'organisme communautaire a les moyens de prendre la personne
en charge.
Ma collègue de Westmount—Saint-Louis,
plus tôt cette semaine, a déposé une pétition avec presque 20 000 signatures pour demander que les
organismes communautaires ne soient pas vus comme une dépense, mais un
investissement, et que les investissements de la part du gouvernement soient à
la hauteur de leurs besoins et les besoins de la population qu'ils aident à
tous les jours.
Comme j'ai dit, le réseau
public dépend tellement des organismes communautaires, que ce soit en matière d'itinérance, les banques alimentaires, en matière
de santé mentale, pour les personnes en situation de handicap, autisme, etc., il faut que ces organismes et le
travail qu'ils font soient vus comme de la prévention et les suivis que le
réseau public n'accomplit pas. Comme j'ai dit, quand une personne reçoit
des thérapies, par exemple, en matière de santé mentale, bien, le gouvernement a pris quelques sessions, là, ils vont
s'en laver les mains, mais ces personnes-là vont se retrouver dans un organisme communautaire qui
oeuvre en santé mentale pour faire le suivi avec eux au long justement pour
qu'ils ne se retrouvent pas encore à l'hôpital ou à l'intérieur du réseau
public qui les a rendus dans un organisme communautaire en premier lieu.
On parle de soutenir des organismes pour les
permettre de réduire la pression sur nos services publics, justement. Et,
d'ailleurs, la ministre a dit plus tôt, que la pauvreté n'est pas un choix.
Mais, quand on regarde les salaires qui sont
offerts aux organismes communautaires, ce n'est pas un choix pour ces personnes
non plus de s'appauvrir en travaillant pour les personnes les plus
vulnérables de notre société.
• (10 h 40) •
Justement, lundi, moi, j'ai visité les Arches du
Québec, les Arches du Québec qui offrent du logement pour les adultes avec une
déficience intellectuelle qui, souvent, n'ont pas de famille ou de la famille
qui ne peut plus s'occuper d'eux. Et ils m'ont dit : Nos salariés font
presque le salaire minimum. Quand les gens arrivent pour faire du travail, pour le chèque emploi-service, les
gens qui oeuvrent pour le chèque emploi-service, c'est presque 5 $ de
l'heure de plus que les intervenantes aux Arches du Québec.
Donc, on
demande aux gens d'en faire beaucoup, mais on ne leur donne même pas les
moyens, eux, de ne pas s'appauvrir.
Combien d'entre eux doivent tourner vers des banques alimentaires, justement,
parce que le salaire qu'ils reçoivent ne fait en sorte que ça ne suffit
pas à leur permettre de vivre confortablement? Le salaire moyen pour
l'action... pour les employés de l'action communautaire autonome, il y a un
écart de 42 % entre le salaire moyen pour les gens qui travaillent à temps
plein et 37 % pour ceux qui travaillent à temps partiel. Comme l'a dit mon
collègue auparavant, la majorité des
travailleurs, des travailleuses dans le réseau des organismes communautaires
sont des femmes, une grande majorité, et dont nous devons tous se
soucier.
Quand on parle de salaire, bien, les organismes,
ce qu'on entend sur le terrain, c'est qu'il est difficile de faire l'attraction
d'employés, la rétention. Le roulement est énorme. Les employés sont épuisés
professionnellement. Et, à chaque fois
qu'ils partent, c'est des pertes de connaissances, l'expérience qu'elles ont
acquis au cours de cette période.
Donc, moi, je voudrais poser une question à la
ministre qui a dit publiquement : «Il faut trouver des façons de faire pour que les organismes communautaires
puissent vraiment se concentrer sur leur mission.» Pour qu'ils puissent se concentrer sur leur mission, il faudrait qu'ils
aient le financement à la hauteur de leurs besoins. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme McGraw) : Merci,
Mme la députée, et je cède maintenant la parole à la ministre, pour cinq
minutes.
Mme Rouleau : Je vous remercie, Mme
la Présidente. D'abord, il aurait fallu que le Parti libéral ne coupe pas le
financement des organismes communautaires.
Ceci dit, au Québec, le soutien au milieu
communautaire repose sur une caractéristique fondamentale qui le distingue
nettement des autres juridictions, une action gouvernementale transversale
impliquant une multitude de ministères et
d'organismes publics. Cette approche globale témoigne d'une reconnaissance
claire que les enjeux sociaux ne révèlent pas seulement un seul secteur,
mais qu'ils traversent l'ensemble des sphères de la société. Ainsi, ce ne sont pas seulement quelques programmes isolés qui
soutiennent des organismes communautaires, mais bien un ensemble
coordonné d'interventions provenant de nombreux acteurs gouvernementaux. C'est
une mobilisation au sein du gouvernement qui
permet de soutenir plus de 5 300 organismes communautaires répartis
dans les 17 régions du Québec, des chiffres qui illustrent
l'importance que les Québécois et le gouvernement accordent à son milieu
communautaire, mais aussi la diversité des besoins auxquels il répond.
Les organismes oeuvrent dans des domaines variés
tels que la santé, l'éducation, la culture, l'environnement, la justice
sociale, l'intégration des personnes immigrantes, le développement des
communautés, une diversité qui explique pourquoi un grand nombre de ministères
et d'organismes gouvernementaux sont impliqués dans leur financement et leur
encadrement. Et je vais en donner des exemples, Mme la Présidente. Je pense,
notamment, à la santé et aux services
sociaux, qui occupent une place centrale, notamment en raison du rôle important
des organismes communautaires en matière de soutien psychosocial, d'aide
aux personnes vulnérables et de prévention. À travers ces différentes composantes, comme le Secrétariat aux aînés ou à
l'Office des personnes handicapées du Québec, il contribue à soutenir
les clientèles spécifiques qui nécessitent des interventions adaptées.
Mais il ne
faut pas limiter le rôle du communautaire au seul domaine de la santé, ce
serait réducteur, parce que son action s'étend bien au-delà, comme il serait
réducteur de penser que je porte seule la réponse aux revendications du
mouvement et des organismes. Mon ministère joue un rôle clé, c'est vrai. Je
représente l'action communautaire au sein du gouvernement, et je suis très
fière d'être cette personne, j'ai le rôle de rassembler mes pairs et mes collègues.
Les organismes et les regroupements qui oeuvrent dans la défense des droits et
des organismes à la mission multiples se retrouvent aussi chez nous. De la même
manière, le ministre de la Famille appuie les organismes qui interviennent
auprès des enfants, des parents, des milieux de garde, qui contribuent au
bien-être des familles et au développement des jeunes.
Le ministère
de l'Éducation, par ses volets liés aux sports et aux loisirs, soutient des
organismes qui favorisent la réussite éducative, l'inclusion sociale, la
participation citoyenne, des interventions qui permettent de compléter l'action des institutions scolaires en offrant des services
de proximité adaptés aux réalités locales, en alphabétisation ou en décrochage
scolaire, par exemple.
Le ministère de la Culture et des
Communications, en collaboration avec le Conseil des arts et des lettres du
Québec et le Secrétariat à la jeunesse, soutient des organismes qui favorisent
l'accès à la culture, la participation des jeunes, le développement artistique.
C'est une implication qui souligne que la culture constitue, elle aussi, un
levier important de cohésion sociale et d'épanouissement individuel.
D'autres secteurs comme l'immigration,
l'habitation, l'environnement, l'économie ou la sécurité publique participent
également à cet effort, en lien avec leur champ d'action bien sûr, contribuant
à une réponse globale et adaptée aux réalités vécues sur le terrain.
L'ensemble de ces contributions démontre
clairement que le soutien au milieu communautaire ne repose pas sur une seule entité, mais bien sur une
collaboration étroite entre les nombreux acteurs gouvernementaux. C'est pourquoi
j'ai instauré le comité interministériel au
gouvernement pour discuter des enjeux et trouver des solutions pour le milieu
communautaire.
Indépendamment
de ce comité, le ministère a également tenu une dizaine de rencontres avec les
représentants des divers
regroupements communautaires. C'est une approche transversale qui permet de
mieux répondre à la complexité des enjeux sociaux en tenant compte de
leurs multiples dimensions.
Notre modèle
se distingue par sa capacité à mobiliser une diversité de ministères et
d'organismes, et l'important, c'est
de soutenir le développement et l'action du milieu communautaire, une
mobilisation qui reflète une compréhension approfondie du rôle essentiel
que jouent les organismes dans notre société.
Alors, comme vous pouvez le voir, Mme la
Présidente, je ne suis pas seule à travailler pour le milieu communautaire,
c'est le gouvernement entier qui travaille pour le bien et avec le milieu
communautaire. Merci.
La Présidente (Mme McGraw) : Merci,
Mme la ministre. Alors, je cède maintenant la parole à la députée
d'Abitibi-Ouest.
Mme Blais : ...Mme la Présidente.
Mme la ministre, collègues de D'Arcy-McGee, Taschereau et Jonquière et ma
collègue d'Argenteuil, nos visiteurs du communautaire, bonjour.
Il est vrai d'affirmer que le milieu
communautaire fait face à une pression réelle. Oui, les besoins sont importants et, oui, les intervenants sur le
terrain donnent énormément, mais prétendre que le gouvernement ne soutient pas
le milieu communautaire ou qu'il se sous-finance, ce n'est pas conforme à la
réalité.
Depuis plusieurs années, les investissements se
sont multipliés, les programmes ont été bonifiés et surtout les appuis ont été maintenus dans le temps pour donner
la stabilité aux organismes. Et ça, Mme la Présidente, ça se démontre très concrètement. Dès 2023, notre gouvernement a
posé des gestes importants pour soutenir le milieu communautaire dans
les réalités immédiates. On a notamment accordé une aide d'urgence de
3,5 millions de dollars pour les organismes
qui accompagnent les nouveaux arrivants en situation de précarité. On a aussi
investi 22,9 millions de dollars pour soutenir les organismes communautaires dans le développement et la
rétention de leur personnel, un enjeu majeur sur le terrain. Dans la même période, 6 millions de dollars
ont été alloués pour financer la vérification des antécédents
judiciaires des bénévoles afin de soutenir concrètement les organismes dans
leurs responsabilités. Toujours en 2023, près
de 70 millions de dollars ont été attribués pour appuyer la défense
collective des droits et corporations du développement communautaire
partout au Québec.
Par ailleurs, nous avons reconnu, pour la
première fois de notre histoire, des organismes à vocation multisectorielle.
Près de 1,1 million de dollars ont été investis pour lancer un projet
pilote de soutien à la mission d'une première cohorte. On a également soutenu
la participation des personnes vulnérables à la vie démocratique des organismes
communautaires, avec plus de 2,9 millions de dollars pour favoriser
l'engagement et l'inclusion dans les instances associatives. En 2024, notre
gouvernement a poursuivi dans la même direction, avec des gestes structurants
pour alléger le travail des organismes et renforcer leur capacité d'action. On
a notamment simplifié la reddition de comptes pour près de 2
000 organismes communautaires, une mesure attendue sur le terrain qui
permet de consacrer davantage de temps à la
mission plutôt qu'à l'administration. Une aide d'urgence de plus de
5,4 millions de dollars a été également accordée pour soutenir
les organismes qui viennent en aide aux demandeurs d'asile, et, encore une
fois, pour répondre à des besoins plus réels sur le terrain.
Dans cette même logique de soutien durable, près
de 1,9 million de dollars ont été investis pour développer une
culture d'évaluation au sein d'organismes afin de mieux documenter les impacts
et soutenir l'amélioration continue. On a
aussi soutenu concrètement la jeunesse avec un appui renouvelé de
124 millions de dollars sur trois ans pour la mission des carrefours jeunesse-emploi, qui
jouent un rôle clé dans l'accompagnement des jeunes partout au Québec.
• (10 h 50) •
Et, parce que le développement social passe
aussi par les régions, plus de 145 millions de dollars ont été
investis pour mobiliser, accompagner, soutenir les initiatives locales dans
toutes les régions du Québec. En 2025, les actions se sont poursuivies pour
répondre des enjeux... pour répondre des enjeux un peu plus pressants. Face à
la hausse de l'itinérance,
10 millions de dollars ont été bloqués pour soutenir les organismes
sur le terrain, qui sont souvent les premiers à intervenir auprès des
personnes de situations vulnérables. Plus de 1 million de dollars a été
accordé à nouveau pour favoriser la participation des personnes vulnérables
dans les organismes communautaires afin de renforcer la vie associative et leur
ancrage dans la communauté. On a aussi poursuivi les efforts pour améliorer les
pratiques avec 2 millions de dollars additionnels pour poursuivre le
développement d'une culture d'évaluation des 33 organismes communautaires.
C'est
dans cet esprit que nous allons continuer de travailler en collaboration avec
le milieu, en tenant compte des réalités du terrain et en posant des gestes
concrets pour soutenir ceux et celles qui font une différence chaque jour dans
la vie des Québécois. Merci, madame...
La Présidente (Mme
McGraw) : Merci, Mme la députée. Alors, nous allons débuter la
troisième série d'interventions. Alors, je cède maintenant la parole au député
de Taschereau.
M.
Grandmont : Merci, Mme la Présidente. Écoutez, j'écoute la partie
gouvernementale et je... ce n'est tellement pas convaincant, Mme la Présidente.
Je suis désolé de le dire comme ça, mais, si les résultats étaient à la hauteur
de ce qui est dit, si les actions concrètes du gouvernement étaient à la
hauteur de ce qui est dit devant, je pense qu'on n'aurait pas une quinzaine de
personnes en haut, ici, qui sont venues participer à un point de presse. On
n'aurait pas 1 800 organismes en grève au Québec.
Vous savez, le communautaire,
Mme la Présidente, c'est 137 000 employés, 137 000, en personne,
qui travaillent dans le communautaire au Québec. C'est une masse salariale
combinée de 4,6 milliards de dollars. Ça a de l'air gros comme ça,
4,6 milliards de dollars, mais vous prendrez votre calculatrice puis
vous divisez 4,6 milliards par 137 000 employés, ça fait
toujours bien rien que 33 600 $ de salaire annuel en moyenne.
Qu'est-ce qu'on fait avec 33 600 $
par année, Mme la Présidente? Est-ce qu'on sort de la pauvreté, avec le loyer
qui explose? Est-ce qu'on est capable d'élever une famille? Est-ce qu'on
est capable de se guérir quand on est malade? Non, non. Puis c'est une certaine
forme de violence institutionnelle que de garder des salaires très bas dans le
communautaire. C'est notre filet social, puis les personnes qui travaillent
dans le communautaire subissent eux-mêmes une pression énorme, une forme de
violence énorme de la part du gouvernement, qui ne reconnaît pas, à la hauteur
nécessaire, leur travail.
Le
communautaire c'est aussi beaucoup de... beaucoup de personnes qui sont
rejointes. 3 millions de personnes dans leur vie, dans les dernières années jusqu'à aujourd'hui, ont eu
besoin des services du communautaire, 3 millions de personnes, une
personne sur trois.
Vous savez, Mme la
Présidente, le comité interministériel, Mme la ministre en a parlé, existe
depuis 25 ans. La ministre n'a rien créé, là, là, c'est un comité qui
existe depuis très longtemps.
J'ai parlé de
financement du PSOC, des organismes financés par le PSOC tantôt. Je vais vous
parler un petit peu de... des organismes financés en défense collective des
droits. Actuellement, on a, dans un projet de loi, le projet de loi n° 7,
fusion... J'ai fait une bataille là-dessus; malheureusement, la présidente du
Conseil du trésor est... ne veut pas bouger là-dessus. Elle fait fusionner le
Fonds québécois des initiatives sociales et le Fonds d'aide à l'action communautaire autonome. Je n'ai pas entendu la
ministre responsable de l'Action communautaire se lever pour défendre
les organismes en défense collective des droits. Je n'ai pas entendu la
ministre se lever pour défendre l'autonomie des
organismes communautaires dans cette opération de fusion de deux fonds, qui va
réduire l'autonomie des groupes communautaires, qui va réduire
potentiellement aussi la capacité des organismes de défense collective des
droits, qui sont un excellent et un
important contre-pouvoir au Québec. Elle ne s'est pas levée pour les défendre,
Mme la Présidente.
Alors,
non seulement elle ne fait rien pour bonifier l'aide, le soutien, le
financement des organismes communautaires,
mais elle laisse son gouvernement attaquer les organismes en défense collective
des droits et l'autonomie des groupes en action communautaire.
Les besoins sont très
grands, on le répète, même la ministre le reconnaît, mais gouverner, c'est
choisir, et, visiblement, la CAQ a fait son
nid. Très peu d'argent sont mis dans le communautaire. Au contraire, 3,7
milliards de dollars est allé en aide aux multinationales dans le
présent budget, 3,7 milliards de dollars, 1,85 milliard de
dollars en prêts pardonnables, entre 2019 et 2025, pour des entreprises
étrangères qui sont venues faire de la business ici, au Québec, Mme la
Présidente. Moi, je trouve ça inacceptable, inacceptable. Envoyer notre argent
à des entreprises étrangères qui vont faire
des projets qui ne lèveront même pas, comme Northvolt, par exemple, alors que,
de l'autre côté, on a des gens qui sont là pour prendre soin de notre
monde puis on les laisse dans la misère la plus noire.
Les gens qui sont en
haut, je les regarde un peu pendant que Mme la ministre parle, puis ils n'ont
pas l'air à trouver les réponses aussi intéressantes qu'elle-même semble le
dire. Ils n'ont pas l'air convaincus non plus, pas plus que moi. Ils sont là pour trouver des solutions. J'ai proposé des
solutions, le mouvement Communautaire à boutte aussi a proposé des
solutions.
Alors, je tends une
autre perche à Mme la ministre. Est-ce qu'après l'interpellation elle
accepterait de venir rencontrer les
représentants du Communautaire à boutte? Est-ce qu'elle pourrait prendre
quelques minutes de son temps après l'interpellation, sortir par cette
porte-là, pas celle-là, celle-là, puis aller rencontrer les gens du
Communautaire à boutte qui sont ici aujourd'hui, à l'Assemblée nationale, pour
l'entendre lors de cette interpellation? Je lui tends cette perche-là. Est-ce qu'elle va accepter? Elle va me répondre dans
quelques minutes, là, dans quelques secondes. Je lui demande :
Est-ce qu'elle accepte de rencontrer les représentants du Communautaire à
boutte après l'interpellation?
La Présidente (Mme
McGraw) : Merci. Je cède maintenant la parole à la ministre.
Mme Rouleau : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Sachez que je n'ai jamais hésité à
aller à la rencontre des organismes communautaires. C'est ce que je fais
dans mon quotidien, Mme la Présidente.
Mercredi dernier,
j'ai pris la parole au sujet du budget de mon collègue le ministre des
Finances, qui a déposé le huitième budget de notre gouvernement, et je veux y
revenir parce que c'est un outil qui est très important, qui revient, évidemment, chaque année avec des
leviers pour répondre de mieux en mieux aux besoins exprimés par nos différentes
clientèles. C'est un outil qui a des limites, évidemment, qui utilise les
deniers publics et donc qui engage une
grande responsabilité. C'est un exercice acrobatique, mais, surtout, c'est le
moteur qui permet de réaffirmer nos valeurs.
Depuis le début de ce
mandat, une vision constante guide nos actions : bâtir une nation plus
prospère, plus solidaire et profondément fière de son identité. Ces dernières
années, encore récemment, bien des éléments ont contribué à créer un climat économique
incertain, avec des impacts bien concrets sur le quotidien des citoyens. Ce sont souvent les personnes les plus vulnérables
qui en paient le prix, notamment en raison de la hausse du coût de la vie.
Dans ce contexte, une responsabilité
s'impose : agir avec rigueur, mais sans jamais perdre de vue l'humain.
C'est cette approche qui guide mon travail au quotidien comme ministre
responsable de la Solidarité sociale et de l'Action
communautaire. Et je le dis encore, je suis présente et disponible pour rencontrer
les partenaires, les élus, les organismes,
les acteurs économiques, les acteurs sociaux, partout sur le terrain, et j'irai
les rencontrer tantôt avec plaisir. C'est une invitation, mais c'est
une... C'est aussi... ça fait partie de ce que je fais régulièrement.
Mme la Présidente, il y a un constat qui se
dégage clairement des échanges que j'ai avec le milieu. Les défis sont
nombreux, ils sont complexes et les attentes sont élevées. Le contexte actuel
est très exigeant. Gouverner, c'est faire des choix, le député l'a dit, des
choix qui respectent la capacité de payer des contribuables. Cela signifie
aussi investir là où les besoins sont les
plus pressants, là où les impacts sont réels et durables. Et ça exige une
réponse adaptée, ciblée, cohérente. Les
préoccupations immédiates des citoyens demeurent au coeur des priorités et les
investissements vont toujours en ce sens. Le logement en est un exemple.
L'itinérance en est un autre exemple. L'objectif est clair : offrir des
solutions concrètes et durables tout en intervenant rapidement lorsque la
situation l'exige.
En parallèle, les actions structurantes
continuent à se déployer pour soutenir les personnes plus vulnérables. Le plan
d'action gouvernemental en action communautaire se poursuit. Le plan de lutte
contre la pauvreté marque également une avancée très importante. Pour la
première fois, des investissements majeurs ont été consacrés à la sécurité
alimentaire en réponse aux besoins exprimés sur le terrain. Le régime
d'assistance sociale modernisé reflète mieux
les réalités actuelles. Après plus de 20 ans sans réformes, il était
nécessaire d'adapter les programmes. La loi n° 71 que
j'ai déposée à l'Assemblée nationale a été adoptée à l'unanimité, Mme la
Présidente.
J'ai nommé les enjeux d'itinérance, qui sont
étroitement liés à la santé mentale et qui exigent des réponses coordonnées.
Des investissements importants permettent de renforcer le continuum de
services. Des ajustements législatifs sont
en cours pour mieux protéger les personnes et la collectivité. On modernise la
P-38, Mme la Présidente, des actions, des investissements qui vont
bénéficier au milieu communautaire, dans un effort concerté pour offrir de
meilleurs services et réduire la pression.
• (11 heures) •
La lutte contre la violence conjugale et
sexuelle est un autre exemple d'engagement de notre gouvernement envers les
clientèles vulnérables. Des investissements importants ont permis de doubler le
financement des maisons d'hébergement au cours des dernières années. Le budget
se poursuit. Ces efforts... Le budget poursuit tous ces efforts en soutenant à la fois les services et les
infrastructures, par exemple le déploiement du tribunal spécialisé, qui
représente également une avancée majeure.
Le milieu communautaire est un pilier fondamental,
un modèle québécois. Les organismes sont présents là où sont les besoins les plus grands. Le budget ajoute encore des sommes
directement en appui à leur mission. Nous continuons à travailler avec eux, Mme
la Présidente. Et c'est collectivement qu'on construit une société qui est plus
forte, plus inclusive, plus résiliente. Et, encore une fois, Mme la Présidente,
notre gouvernement entend. Notre gouvernement est présent, je suis présente, je suis toujours sur le terrain à
l'écoute du milieu communautaire, Mme la Présidente.
La
Présidente (Mme McGraw) : Merci, Mme la ministre. Je cède maintenant la
parole à la députée d'Argenteuil.
Mme Grondin : Merci, Mme la
Présidente. Vous savez, Mme la Présidente, j'écoute les interventions du député de Taschereau, députée de D'Arcy-McGee. Tu sais, je ne
pense pas, là, qu'on dit ici qu'il n'y a pas du chemin qui reste à
faire, que les besoins... je l'ai... je le répète, les besoins sont infinis,
mais je considère, en fonction de la capacité des Québécois à payer, il y a...
les demandes sont partout, que ce soit au niveau municipal, au niveau en éducation, en environnement, en culture. Et je
pense qu'on est condamnés, là, à trouver des solutions pour être plus
efficients dans nos services.
Quand j'entends le député de Taschereau qui dit
que le gouvernement ne fait rien, je suis désolée, là, mais il y a eu un
changement majeur. On est passé de 1,1 milliard de dollars pour le
financement auprès des organismes communautaires
à 2,2 milliards de dollars. Et de comparer avec les investissements
en économie ou en environnement, moi, je n'embarque pas dans ce jeu-là.
Moi, je vois le chemin qui a été mené, le travail qui est fait, la
reconnaissance extraordinaire de dire : Quand on finance à la mission, là,
ça veut dire, concrètement, là, puis ce n'est pas juste des mots, que c'est le
coeur battant, les organismes communautaires, de notre tissu social. Puis on
l'a fait en doublant les investissements dédiés à la mission. Ça, c'est une
première chose. Est-ce suffisant? Certes, le député de Taschereau peut sourire,
peut dire qu'on ne fait que des belles paroles, mais le travail a été fait, il
y a eu des investissements, investissements qui n'étaient pas là avec l'ancien
gouvernement, ça, il faut le rappeler. Ça fait que c'est un travail important
qui a été fait.
On a investi également dans tout ce qui est
alléger la reddition de comptes de près de 2 000 organismes,
2 000 Mme la Présidente. On les appuie aussi dans le développement, la
rétention de leur personnel. Je veux dire, on est sensible à cette réalité-là
des acteurs. Ça fait que, moi, quand j'entends : Le ministre... la
ministre ne fait rien, le gouvernement ne fait rien... S'il vous plaît, on
peut-tu avoir un autre discours plus constructif?
On répond aussi à des besoins spécifiques. La
ministre l'a dit, je le répète, il y a des enjeux actuels qui sont incontournables. La sécurité alimentaire, je pense
qu'on investit directement beaucoup auprès des banques alimentaires, pas juste pour desservir des organismes en
aliments mais aussi pour les aider à entreposer, conserver, réfrigérer les
aliments.
On
a aussi d'autres enjeux sur lesquels... et la ministre l'a dit, là, c'est près
de 1,3 milliard de dollars pour agir face à l'itinérance, lutter contre les violences conjugales et
sexuelles, soutenir l'accès au logement abordable, sécuriser l'accès à
un toit aux ménages les plus vulnérables, adapter, rénover le parc de
logements. Ce n'est pas rien, Mme la Présidente.
Puis là on ajoute aussi... c'est 100 millions de dollars, là, pour
les organismes communautaires qui sont soutenus par le PSOC, le
programme dédié aux organismes... de soutien aux organismes communautaires, qui
est plus dans la dimension santé et services sociaux. Ça fait que ça, ce n'est
pas rien.
Certes, il y a encore du travail à faire. Et,
oui, on va continuer, mais je trouve que c'est important. Le soutien à l'action
bénévole, Mme la Présidente, c'est quand même 12 millions de plus cette
année, c'est 20 000 projets. Le soutien à l'action bénévole, c'est
l'action où, là, le député ou la députée peut intervenir pour soutenir ses
organismes communautaires. C'est
20 millions de projets qui sont soutenus. Chez moi, c'est extraordinaire.
Communautés rurales isolées,
l'argent, ça fait une grande différence à ce niveau-là. L'enveloppe totale,
aujourd'hui, est à 22 millions de dollars.
Ça fait que, Mme la Présidente, moi, je pense
que la ministre l'a dit et le répète et je vais... La prochaine intervention, ça va être sur ça, la
complémentarité. Les enjeux ne sont pas portés que par les organismes
communautaires. Moi, je vais insister, dans la prochaine intervention, sur
l'implication et l'engagement des milieux et des communautés. Merci, Mme
la Présidente.
La
Présidente (Mme McGraw) :
...Mme la députée. Alors, nous allons débuter la quatrième série d'interventions.
Je cède maintenant la parole à la députée de D'Arcy-McGee.
Mme Prass : Merci, Mme la
Présidente. Je voudrais amener un exemple concret de, disons, l'incohérence du
gouvernement entre le message et entre les résultats. Et la collègue vient de
parler de la lutte contre les violences et les agressions sexuelles. Cette
semaine, plus tôt cette semaine, ma collègue de Robert-Baldwin a déposé une
pétition à propos du Centre d'aide et de lutte contre les agressions à
caractère sexuel, CALACS, de Longueuil, un CALACS qui... Et, je le rappelle, le
ministre de la Justice, dans les dernières années, son message a été clair,
qui... c'est important de dénoncer les actes d'agression sexuelle, les CALACS
sont essentiels. Mais encourager les victimes à porter plainte tout en laissant
mourir les organismes ne tient pas la route. Donc, on parle du CALACS de
Longueuil, qui reçoit 400 nouvelles
demandes, en moyenne, à chaque année. Ce sont des centaines de victimes
d'agressions sexuelles qui ne
pourront... Et, justement, le CALACS est sorti plus tôt cette année pour dire
qu'ils étaient sur le bord de fermer ou de devoir réduire leurs services, et donc que ces victimes ne pourraient
plus compter sur les suivis individuels puisque l'organisme fonctionnait
avec seulement le tiers du budget nécessaire à son roulement.
Et,
justement, selon une évaluation faite par le gouvernement du Québec, nommée Rebâtir
la confiance, ce rapport a démontré
que les centres, les CALACS auraient besoin de 455 677 $, puis ça, on parle de 2020, pour rouler convenablement. Le CALACS de Longueuil roule avec
148 000 $ par année, dont seulement 98 000 $
proviennent du PSOC — 98 000 $,
ce n'est même pas trois salaires — pour traiter plus de
400 demandes de la part de victimes d'agressions sexuelles en une année.
Je sais que la ministre et ses collègues, en tant que femme, en tant que
membres de notre société, sont sensibles à ces enjeux. Et je vous rappelle que,
malheureusement, au Québec, au mois de mars, en 2026, nous avons déjà vécu sept
fémicides... féminicides cette année.
Donc, il restait un manque de
120 000 $ pour le CALACS Longueuil pour finir cette année. Et je sais
que la ministre va me répondre : Mais il y a
un projet qui leur a été accordé à la dernière minute, donc ils n'auront pas à
réduire ou fermer leurs services. Mais le problème, c'est qu'il n'y a
pas de prévisibilité avec une telle réalité. Le travail que ça prend pour faire
la demande pour un projet, engager les gens, les former, pour avoir un projet
qui va d'un an, peut-être, à trois ans, puis, ensuite, ce projet n'est pas
renouvelé... Les gens qu'on a formés, avec leur expertise, leurs connaissances, vont partir. Ce n'est pas ce qui
fait en sorte qu'il y a de la stabilité dans des organismes qui, justement,
doivent offrir de la stabilité à des victimes, qui n'ont pas connu ça... qui
ont connu tout le contraire de ça.
• (11 h 10) •
Le CALACS Longueuil nous dit : On survit
grâce aux appels de projets, mais on ne sait jamais s'ils vont être reconduits.
Et ce CALACS offre plusieurs services, à part juste de l'accompagnement
individuel à des victimes. C'est des résidences pour personnes aînées, c'est
des CHSLD, c'est des centres d'aide aux vétérans qui font appel à ses services,
des femmes elles-mêmes qui vont appeler le CALACS Longueuil suite à une
intervention à l'hôpital. C'est aussi le seul organisme qui fait des ateliers
sur le consentement des écoles du secteur, en pleine montée des discours
masculinistes, et on l'entend de plus en plus. Les jeunes femmes qui sont
victimes d'actes et de violences sexuelles... et, justement, le CALACS ici
traite les jeunes femmes de 14 ans et plus, dont une sur... excusez-moi,
deux sur 10 vont être victimes ou sont victimes de violence. À la demande du
public, le CALACS est aussi devenu le référent principal de l'hôpital du
secteur pour les femmes qui font des trousses médico-légales après une
agression sexuelle. En décembre 2025, il y a à peine quelques mois, il y
avait 64 survivantes sur des listes d'attente depuis au moins
11 mois, après avoir trouvé le courage de briser leur silence.
Mais appeler les victimes à déposer des plaintes
tout en négligeant le financement des organismes qui doivent les accompagner
constitue une contradiction politique flagrante. Plus inquiétant encore,
orienter les victimes vers les CALACS fragilisés, au bord de l'interruption de
services, revient à leur offrir un soutien qui n'existe pas réellement. Sans
ressources adéquates, les engagements perdent toute crédibilité, et le cynisme
finit par s'installer. Ne pas agir, ce
serait renoncer à construire un Québec où la violence sexuelle est réellement
combattue. Et, comme j'ai dit, le
gouvernement... le ministre de la Justice, dans les dernières années, a fait
l'appel qu'il est important d'aller demander de l'aide quand on a besoin
d'aide, qu'il est important de dénoncer et d'avoir quelque part où, justement,
les victimes peuvent se retrouver. Aidez les CALACS, aidez le CALACS Longueuil.
Merci.
La Présidente (Mme
McGraw) : ...Mme la députée. Alors, je cède maintenant la parole à la
ministre.
Mme Rouleau : Bien, Mme la
Présidente, je l'ai déjà dit à quelques reprises, les revendications du
mouvement partent de constats qui sont reconnus, mais répondre aux enjeux du
milieu communautaire ne révèle pas d'une...
ne relève pas d'une action ponctuelle ou d'une solution rapide. C'est un travail
constant, complexe, de longue haleine,
qui s'inscrit dans le temps et qui repose sur une collaboration étroite entre
de nombreux acteurs. Les ministères, les organismes gouvernementaux, les
regroupements, les organismes communautaires eux-mêmes sont impliqués dans ce
processus, Mme la Présidente. C'est une dynamique de partenariat qui est
essentielle, parce que les réalités auxquelles
le milieu communautaire fait face sont multiples, sont évolutives, profondément
ancrées dans les transformations sociales.
On a le
souhait de voir des réponses concrètes, des résultats perceptibles, mais les
avancées ne sont pas toujours visibles dans l'immédiat. Ça fait partie
de notre réalité. Et, je le sais, ce n'est jamais assez vite. Et ce n'est
jamais assez vite pour moi non plus. Je rappelle qu'avant notre arrivée au
pouvoir il n'y avait pas de ministre de l'Action communautaire et que le
financement stagnait. Les libéraux eux-mêmes, Mme la Présidente, à un certain
moment, ont coupé dans le financement des organismes communautaires. Après une
grande partie de travail qui se fait... qui doit
se faire en coulisse, à travers des discussions... à travers des analyses,
après des consultations et des négociations, bien, on finit par... on s'impatiente parce qu'on ne voit pas
directement le résultat. Mais les démarches, Mme la Présidente, sont fondamentales pour assurer des changements
durables et cohérents, des démarches qui permettent de mieux comprendre les
enjeux, de concilier les perspectives différentes, de construire des solutions
adaptées aux réalités du terrain.
Le travail en partenariat constitue l'un des
piliers que nous souhaitons renforcer par la suite. Les ministères apportent
une vision globale et des ressources financières, tandis que les organismes
communautaires contribuent par leur
connaissance fine des besoins de la population et de leur proximité avec les
milieux. Les regroupements, quant à eux, jouent un rôle clé parce qu'ils
représentent les intérêts du secteur en structurant les revendications et en facilitant
le dialogue avec nous, le gouvernement.
C'est dans ce contexte que les dossiers
avancent, Mme la Présidente. Chaque étape franchie ouvre la voie à de nouvelles
possibilités, mais aussi à de nouveaux défauts... défis. Les gains obtenus ne
sont pas le fruit du hasard. Ils résultent d'un travail soutenu, d'un
engagement constant, d'une capacité à maintenir le dialogue malgré les
contraintes, malgré les divergences. Ce processus demande du temps parce qu'il
implique de prendre en compte une multitude
de facteurs parfois contradictoires. Il s'agit, notamment, de concilier les
besoins urgents du terrain avec les contraintes budgétaires, avec les priorités
gouvernementales et les cadres administratifs. C'est une question d'équilibre,
Mme la Présidente.
Le PAGAC... Travailler en collaboration avec le
milieu communautaire s'inscrit précisément dans cette logique de travail
continu. Les mesures qui en découlent font l'objet d'un suivi, d'une mise en
oeuvre progressive. Le travail consciencieux
permet d'éviter des interventions précipitées qui pourraient avoir des effets
négatifs à long terme. Il favorise des actions réfléchies, cohérentes et
durables.
Une autre perspective essentielle est celle de
préserver les gains déjà réalisés. Le milieu communautaire a, au fil des
années, obtenu des avancées importantes, notamment en matière de reconnaissance
et de financement. On ne veut pas fragiliser ces acquis. Toute nouvelle mesure
ou réforme doit être pensée de manière à ne pas compromettre ces progrès. Il
s'agit d'avancer sans reculer en consolidant ce qui a été construit. C'est un
souci de cohérence et de continuité qui est particulièrement important dans un
contexte où les besoins ne cessent d'évoluer.
Les enjeux liés à la pauvreté, à la santé
mentale, à l'exclusion sociale ou encore à la hausse du coût de la vie exigent des réponses adaptées et soutenues. En
somme, Mme la Présidente, répondre aux enjeux du milieu communautaire implique
un travail patient, rigoureux, collaboratif. Il s'agit d'un processus en constante
évolution, qui demande du temps, qui demande de l'engagement et qui
demande une vision à long terme. Et, même si les résultats ne sont pas toujours
immédiatement visibles, les efforts qui sont
déployés en continu permettent d'en faire progresser les dossiers, Mme la
Présidente. Et je m'engage à poursuivre le
travail et à obtenir des résultats pour le milieu communautaire, Mme la
Présidente.
La
Présidente (Mme McGraw) : ...Mme la Présidente... pardon, Mme la ministre.
Je cède maintenant la parole à la députée d'Abitibi-Ouest.
Mme Blais : ...Mme la Présidente.
Vous savez, Mme la Présidente, je suis vraiment contente que la ministre parle
du travail fait sur le terrain, parce que c'est important de se rappeler tout
ce qu'on a réussi à faire pour le milieu communautaire. Mme la Présidente, ce
n'est pas d'hier que les organisations qui sollicitent une aide financière du
gouvernement du Québec expriment de plus en plus le besoin d'un allègement
administratif afin de mieux consacrer leurs
ressources à leur mission première. Ces organismes soulignent que la complexité
des formules, la multiplication des
redditions de comptes et des exigences parfois redondantes entre différents
programmes alourdissent considérablement leur charge de travail. Cette situation-là est problématique parce que
la charge administrative mobilise du temps et des ressources humaines
qui pourraient autrement être investis dans la prestation des services à la
population.
Ainsi, ces organisations demandent une
simplification de procédures d'harmonisation des exigences entre les ministères
et organismes, ainsi qu'une plus grande flexibilité dans le mécanisme du suivi.
Un tel allègement permet non seulement
d'améliorer leur efficacité, mais aussi de renforcer l'impact de fonds publics
en facilitant leur utilisation optimale sur le terrain.
Dans cet ordre d'idée, notre gouvernement, sous
la responsabilité du Conseil du trésor, mène un chantier sur l'efficacité de l'État, et les organismes
communautaires sont au coeur des réflexions. On parle aussi de simplification,
de standardisation ou d'uniformisation des guichets
uniques de... afin de gagner en temps et en efficacité, diminuer les coûts
aussi. Des efforts en ce sens donnent déjà des résultats. Il reste du chemin à
faire, mais soyez assurés que notre gouvernement voit les gains pour les
organismes, pour les usagers et pour l'État aussi.
Il y aura sans doute des annonces qui
découleront encore de ce beau travail. Nous sommes constamment à l'écoute du
milieu pour connaître l'évolution de leurs besoins. Quelque chose qui a été exprimé
avec une hausse de coût des loyers, c'est le
logement pour les organismes. Les organismes communautaires expriment des
besoins importants et variés en matière de locaux. Avoir un local adapté
à leur mission, c'est un enjeu central pour la stabilité et le développement de leur activité. Plusieurs
souhaitent accéder à la propriété afin d'assurer leur pérennité et se prémunir
contre la hausse des loyers et l'insécurité locative. D'autres font face à des
besoins de construction ou d'agrandissement pour adapter leurs espaces à une demande croissante ou à des clientèles
aux besoins spécifiques. La rénovation des locaux existants est également fréquente, notamment pour
répondre aux normes de sécurité, à l'acceptabilité... à l'accessibilité et/ou
d'efficacité énergétique.
Par ailleurs,
certains organismes doivent envisager un déménagement en raison de locaux
devenus inadéquats, trop coûteux et
mal situés. L'ensemble de ces enjeux s'accompagne de pressions financières
importantes liées à l'augmentation
des coûts immobiliers, des matériaux et de l'entretien, ce qui accentue le
besoin du soutien financier adapté et prévisible.
• (11 h 20) •
Pour répondre aux enjeux auxquels fait face le
communautaire, plusieurs outils gouvernementaux guident nos actions, puisque le
plan d'action gouvernemental en action communautaire autonome qu'on a mis en
place pour mieux répondre aux besoins des précieux organismes, qui rendent des
services partout dans les secteurs d'activités, prendra fin en 2027. Parce que le cadre de référence date, la réflexion
entourant la poursuite des efforts gouvernementaux en matière de soutien
à l'action communautaire est lancée.
Dans une perspective de continuité, il apparaît
pertinent de maintenir les mécanismes cohérents et porteurs, tout en reconnaissant la nécessité, et de les
actualiser afin qu'ils demeurent en phase avec la réalité du milieu. L'objectif
est également d'encourager une certaine inventivité dans les façons de soutenir
les secteurs en explorant des pratiques renouvelées. Donc, on s'est donné le
mandat de mettre à jour les outils afin que vous puissiez continuer de répondre aux besoins de nos citoyens les plus
vulnérables. Vous l'aurez compris, Mme la Présidente, beaucoup d'annonces
positives ont été faites, et ça ne s'arrête pas là. Merci.
La
Présidente (Mme McGraw) :
...la députée. Alors, nous allons commencer notre cinquième série d'interventions. Et je cède maintenant la
parole à la députée de Chicoutimi.
Mme
Laflamme : ...Mme la
Présidente. Merci à mon collègue de Taschereau, Mme la ministre, les collègues
présentes aujourd'hui pour avoir cette discussion essentielle. Bonjour au
communautaire, dont certains que j'ai pu rencontrer cette semaine.
Alors, si
c'est important, ce dossier-là, pour moi, c'est que j'ai présidé, notamment, le
conseil d'administration de Centraide
Saguenay—Lac-Saint-Jean pendant 10 ans. C'est un milieu que je connais, un milieu que je
côtoie encore, mais je pense que tout
le monde n'a pas la chance de connaître la portée des groupes communautaires. À
titre d'exemple, c'est près de
40 % de la population du Saguenay—Lac-Saint-Jean qui va avoir recours à un organisme communautaire une fois dans sa vie. C'est énorme. Pensez
maintenant à l'impact de l'ensemble des organismes dans l'ensemble du Québec.
J'aimerais prendre quand même quelques secondes
pour rappeler c'est quoi, le communautaire. Bien, c'est des organismes à but
non lucratif qui oeuvrent dans plusieurs secteurs. Et, Mme la ministre a raison,
c'est beaucoup plus large que seulement la santé, on parle de sécurité
alimentaire, de logement, de soutien aux familles, mais aux jeunes, particulièrement, d'itinérance,
d'accompagnement aussi, budgétaire, de soutien, de référencement pour les gens
les plus vulnérables, et encore bien d'autres pans de la société.
Il y a 10 300 organismes d'action
communautaire, au Québec, et, il faut le reconnaître, la plupart sont à bout.
En 2023, ces organismes-là ont généré des revenus d'environ
9,8 milliards de dollars, 137 000 emplois, dont près des deux tiers sont des femmes, comme le mentionnait,
d'ailleurs, mon collègue de Taschereau. Les groupes communautaires, c'est, donc, des entrepreneurs sociaux, des
tisserands de notre essentiel filet social. 70 % des organismes offrent au
moins une partie de leurs activités à
l'échelle locale, dans nos villages, dans nos villes, dans nos régions. Ce sont
d'excellents leaders locaux.
Les organismes
d'action communautaire comptent près de 8,5 millions de membres, de même que
77 000 administrateurs et administratrice, dont, encore là,
57 % sont des femmes. 84 % des organismes font appel à des bénévoles.
Ils ont des racines profondes dans leurs communautés. Ils sont connus et
reconnus dans leurs communautés.
Rappelons-nous que le Québec a été audacieux en matière de communautaire. En
2001, un gouvernement du Parti québécois a adopté la politique de
reconnaissance de l'action communautaire et, en 2002, la Loi visant à lutter
contre la pauvreté et l'exclusion sociale. Il faut continuer, donc, en ce sens.
Le milieu communautaire fleurit depuis longtemps
au Québec. Il est, malheureusement, à bout parce que les besoins ne cessent
d'augmenter. Par exemple, l'itinérance a augmenté de 44 % en cinq ans,
entre 2018 et 2022, pour atteindre le nombre de 10 000 personnes qui sont sans
logis aujourd'hui. On s'attend à ce que le dénombrement nous présente un nombre
encore plus grand de gens en situation, malheureusement, d'itinérance.
L'achalandage des banques alimentaires augmente
aussi sans cesse. Le réseau a répondu à 3,1 millions de demandes dans ce sens, ce chiffre-là devrait
bondir à 3,9 millions en 2028. En 2024-2025, SOS violence conjugale a reçu
plus de 60 000 demandes d'aide. Depuis 2018, le nombre d'appels a, donc,
doublé. La population du Québec est vieillissante, 13 125 personnes sont en
attente de soutien à domicile. Les besoins augmentent, donc, dans tous les
secteurs, dans tous les pans de notre société. Et les organismes
communautaires, c'est les dernières mailles du filet social essentiel. Ils ne
peuvent pas se permettre de n'échapper personne. Mais, à l'heure actuelle, ils
y arrivent à peine.
Le communautaire vit, donc, une crise de
confiance avec le gouvernement, qui semble vouloir les enfermer dans un carcan
qui les empêche d'être pleinement autonomes. J'entends le gouvernement au sujet
de l'augmentation du financement à la
mission, mais, malheureusement, le financement par projet, c'est encore une
réalité. Ça pousse les organismes à faire des acrobaties pour recevoir
des montants d'argent des fois qui ne sont pas très élevés. Pendant ce
temps-là, ils ne peuvent pas faire leur mission, hein, c'est-à-dire donner des
services aux gens les plus vulnérables de notre société.
L'hypercontrôle
présenté par une augmentation de la reddition de comptes, de la bureaucratie,
de la paperasse diminue aussi le temps d'intervention et leur autonomie.
Les organismes ont une expertise, une connaissance fine du milieu. Il faut les laisser agir. Ils doivent
avoir plus d'agilité, de prévisibilité dans leur financement. Sans oublier que
la plupart de ces organismes reçoivent un financement à la mission
insuffisant, qui couvre à peine leur budget de fonctionnement. Après... année après année, ils font plus avec moins.
Les organismes sont aux prises avec des problèmes de recrutement, de
rétention de main-d'oeuvre. Ils ont peine à payer dignement leur personnel. On
ne peut pas accepter ça. On doit leur faire confiance. Ils sont sur le terrain
à tous les jours et ils connaissent les besoins de notre société, de leur
population. C'est un investissement dans des services qui sont essentiels. On
doit reconnaître l'expertise, l'autonomie et travailler à réparer la confiance.
Cette confiance, c'est la pierre angulaire d'une société qui prend soin de tout
son monde. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme McGraw) : Merci,
Mme la députée. Mme la ministre.
Mme Rouleau : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. On va se le dire, c'est toujours sur la première ligne qu'on
constate l'impact de ce qui se passe en amont. Et, si on dit ça, bien, ce n'est
pas la meilleure des nouvelles, parce que c'est l'indicateur qu'on n'a pas su prévenir.
Pendant longtemps, les gouvernements se sont
succédé et ont travaillé pour guérir, puis on a mieux investi en prévention. Mais les conditions économiques et
sociales bougent et amènent toujours de nouveaux défis. La prévention, on devra
en parler, on devra s'y pencher très sérieusement, mais ce que je veux soulever
ici, c'est que plusieurs enjeux externes, tels que la hausse du coût de
la vie, les pressions exercées sur le système de santé et des services sociaux,
les augmentations des besoins en matière de santé mentale contribuent à
accroître la demande envers les organismes communautaires.
Et, dans ce contexte, les organismes demeurent
des partenaires essentiels du gouvernement pour répondre aux besoins de la
population, particulièrement auprès des personnes en situation de
vulnérabilité. Et je répète le mot «partenaire»,
Mme la Présidente, parce qu'historiquement les besoins ont trouvé les
meilleures réponses quand les citoyens et les milieux se sont mobilisés
et concertés pour la mise en place de services alignés avec les enjeux.
La hausse du coût de la vie constitue un facteur
déterminant, qui a des répercussions sur une part croissante de la population.
L'augmentation des coûts liés au logement, à l'alimentation, aux biens
essentiels peut fragiliser certaines personnes et certaines familles. Depuis
2018, notre gouvernement met en place des mesures pour remettre des sous dans
le portefeuille des Québécois. Il y a effectivement là une responsabilité
gouvernementale.
Mais, si on revient sur le terrain, la présence
d'intervenants dans les milieux de vie constitue aussi un atout important pour favoriser l'intervention précoce et
le maintien du lien social. Face à ces enjeux, la question de l'autonomie
des organismes communautaires demeure centrale. Le gouvernement reconnaît
l'importance de cette autonomie qui permet aux organismes de définir leur
mission, leurs orientations, définir leurs pratiques en fonction des besoins de
leur milieu. L'autonomie favorise une grande
capacité d'adaptation et d'innovation, tout en assurant une réponse ancrée
dans la réalité locale.
• (11 h 30) •
Dans la limite des ressources financières
disponibles, Mme la Présidente, qui proviennent de différentes sources, les
organismes communautaires ont la responsabilité d'établir des conditions de
travail et salariales de leurs employés.
Ceux-ci assurent la gouvernance des organismes et veillent à leur bon
fonctionnement. Dans le contexte, le gouvernement
travaille en collaboration avec le milieu communautaire et ses regroupements
afin de suivre l'évolution des besoins et s'adapter aux mesures de
soutien.
Le dialogue est installé avec les regroupements
en réponse à une demande du milieu communautaire, et j'ai bien l'intention que cette collaboration perdure
et s'améliore, Mme la Présidente. Notre démarche s'inscrit toujours dans une volonté de maintenir un équilibre entre le
respect de l'autonomie des organismes et la nécessité d'assurer une utilisation
optimale des fonds publics.
Les enjeux externes qui influencent le milieu
communautaire de façon ponctuelle ou qui perdurent sont pris en compte pour
faire les ajustements nécessaires dans le milieu communautaire. Parce que c'est
avec le milieu communautaire qu'on marche
dans la même direction, ce qui permet d'agir promptement lorsque des enjeux
particuliers pointent.
Dans un
contexte en constante évolution, le gouvernement reconnaît le rôle clé des
organismes communautaires et poursuit ses efforts pour les soutenir, tout en
respectant leur autonomie et en favorisant une action concertée. C'est
une approche, Mme la Présidente, qui permet de renforcer la capacité collective
de répondre aux besoins de la population de manière cohérente, complémentaire
et durable, et de reconnaître que le milieu communautaire est un pilier
important, et que nous sommes des partenaires. Nous allons dans la même
direction, Mme la Présidente. Merci.
La Présidente (Mme
McGraw) : Merci, Mme la ministre. La députée d'Argenteuil.
Mme Grondin : Merci, Mme la Présidente.
Je voulais revenir. En écoutant le député de Taschereau, tantôt, il nous a
fait, rapidement, un drôle de calcul, Mme la Présidente. Il a pris l'enveloppe,
il l'a divisé par le nombre d'organismes, puis là il nous est arrivé avec un
petit calcul assez simple de 33 000 $ comme salaire d'un intervenant.
Moi, je regarde les subventions qui sont versées aux organismes communautaires
dans ma région, puis ça va au-delà du 33 000 $ par salaire. Tu sais,
quand on parle de maisons des jeunes, quand on parle de centres d'hébergement,
quand on parle d'organismes qui touchent à l'alcool, toxicomanie, dépendance,
tu sais, on est loin du 33 000 $, là, mais ça ne veut pas dire que
c'est suffisant. Puis là je ne veux pas que le député de Taschereau dise que je
n'ai pas de coeur, là. Mais, tu sais, je
comprends, Mme la Présidente, qu'il reste encore du chemin à faire, mais il ne
faut pas non plus, et ça, je le
répète, là... Moi, je veux que ce soit des échanges constructifs. Moi,
d'entendre dire qu'on ne fait rien, d'entendre dire que c'est indécent,
que c'est... j'oublie les termes qu'ils utilisaient, là, mais ce n'est pas si
simple.
Et je comprends que les besoins explosent. La
députée de Chicoutimi en a parlé aussi. Ils ne font pas juste exploser, ils
sont de plus en plus complexes. Et c'est là que je trouve que c'est important,
ce que la ministre nous dit, et ce que moi,
je constate dans ma circonscription, puis, je vous le rappelle, là, est très
rurale et très isolée, c'est toute la complémentarité des actions.
Je comprends qu'on a de plus en plus de défis
sociaux. Tu sais, avec le coût de la vie qui augmente, avec la difficulté d'avoir accès à des logements, avec de
plus en plus de problèmes d'itinérance, de santé mentale, la pression
est immense. Le député de Taschereau l'a bien dit, effectivement, les
organismes communautaires... Mme la ministre a parlé de première ligne, les
organismes communautaires sont vraiment la dernière porte, parce que, si les
services publics n'ont pas réussi à attraper et accompagner ces gens-là les
plus vulnérables, c'est aux portes des organismes communautaires qu'ils
viennent cogner. On le sait, on le comprend, on le voit. Puis c'est pour ça
qu'il faut continuer le travail.
Moi, je veux revenir sur... Je parlais, à un
moment donné, de l'importance, dans nos communautés, d'avoir cette
solidarité-là puis que ça ne soit pas juste les organismes communautaires qui
portent cette grande pression-là de répondre
aux besoins, qui sont infinis, de nos gens qui sont de plus en plus vulnérables.
Puis, j'aimerais ça revenir sur l'importance...
ou, en fait, les stratégies qu'ont développées les différents acteurs dans le
milieu. Certes, on travaille en amont,
que ce soit en itinérance, en logement, en santé mentale, mais moi, j'ai des
exemples qui sont extraordinaires chez nous, et c'est ça que je souhaite
que l'on puisse soutenir et poursuivre.
Je vous parle
de synergie, d'alliance, de complémentarité. Chez nous, la MRC d'Argenteuil a investi énormément d'argent dans un projet d'agriculture
communautaire. C'est des tonnes de légumes frais qui sont mis dans nos banques
alimentaires. Chez nous, c'est plus de 1 000 familles par semaine qui
se nourrissent dans nos banques alimentaires. Et donc cette synergie-là entre
l'investissement, l'agriculture communautaire, nos agriculteurs chez nous et tout le travail associé à bien manger, des
cuisines collectives, c'est extraordinaire, le levier qu'il y a là. Je vous...
pense à la stratégie de lutte contre la criminalité, parce qu'effectivement nos
organismes communautaires, chez nous, il y a de plus en plus de criminalité.
Mais là ce n'est plus juste entre les mains des organismes communautaires, la
SQ est présente, la commission scolaire est présente... le centre de services
scolaire, la polyvalente. Et donc c'est ça, c'est ça quand je dis qu'il faut
travailler de plus en plus de façon efficiente, en complémentarité. Les
organismes communautaires ne sont pas les
seuls à porter. Et moi, j'invite notamment le milieu municipal à s'impliquer de
plus en plus dans ces... dans cette recherche de solutions.
La Présidente (Mme McGraw) : Merci,
Mme la députée. Alors, avant d'aller à la prochaine intervention, on a pris un
peu de retard, donc, j'ai une question d'organisation. Puisque nous avons pris
un retard d'à peu près trois minutes dans nos travaux, est-ce que j'ai le
consentement de la commission pour aller au-delà de l'heure prévue pour
quelques minutes? C'est trois minutes, à moins qu'on les prenne autrement. Est-ce
que j'ai consentement? Merci.
Alors, maintenant, je cède la parole, pour une
sixième série d'interventions, à la députée de D'Arcy-McGee.
Mme
Prass : Merci, Mme la Présidente. Donc, on a beaucoup
fait, entre autres, référence aux différents organismes communautaires qui
viennent en aide aux femmes, et, justement... et on n'a pas beaucoup parlé
d'itinérance également. Et, comme la
ministre pourrait en être informée, en 2025, en... l'année 2025, il y a eu un
nombre record, presque 40 000... 42 000 refus dans les différents
refuges spécifiquement pour les femmes dans l'île de Montréal, donc des refuges
non mixtes, dédiés aux femmes, justement, pour leur permettre d'éviter des
agressions violentes, des agressions sexuelles. Et donc ces 42 000, ou 41 469, pour être plus
précise, refus représentent des refus de la part de sept organismes, qui
offrent uniquement 250 places sur l'île de Montréal.
Donc, je vous rappelle qu'il y a eu une
augmentation de l'itinérance de 44 % entre 2018, 2022, dont une grande portion sont des femmes, et on parle de
250... 256 places disponibles sur toute l'île de Montréal, et 41 469
refus, ce qui fait des centaines de
refus à chaque jour dans les ressources dédiées aux femmes en matière
d'itinérance à Montréal. C'est une augmentation
de 68 % par rapport à 2023, quand il y avait 25 000 refus. Donc, si
les organismes communautaires étaient
financés à la hauteur des demandes qui leur sont faites, on aurait vu une
augmentation de 68 % du financement pour les refuges pour les femmes sur
l'île de Montréal, ce qui, clairement, n'a pas été le cas. Et ce qu'on entend,
de la part de ces refuges, c'est qu'ils sont au bord du bris de service, qu'il
faut faire plus avec moins, jusqu'au point de rupture, qu'il faut refuser des personnes faute de ressources, qu'ils sont à
peine maintenus en survie, et que des listes d'attente... ils ont des
listes d'attente qui masquent une incapacité réelle à répondre.
• (11 h 40) •
On sait que ces organismes
en milieu communautaire compensent les manques du réseau public, sans ses ressources nécessaires, et au risque de
compromettre leur autonomie. La Coalition des tables régionales d'organismes
communautaires dit que le milieu communautaire s'appauvrit, alors que son rôle
n'a jamais été aussi essentiel. Et, je vous rappelle, comme nous l'ont
fait les autres collègues, lors du dernier budget, il y a
1,3 milliard de dollars qui ont été mis
de côté pour le prochain ou la prochaine cheffe. On est... Premièrement, cet
argent... une portion de cet argent aurait pu être investie, justement,
pour éviter que les organismes communautaires sentent qu'ils sont délaissés et
aillent en grève pendant deux semaines, et, comme ça n'a pas été le cas, à tout
le moins, on espère que le prochain ou la prochaine première, premier ministre
du Québec va, dans ces 1,3 milliard de dollars, trouver une certaine
portion qui va être dédiée aux organismes
communautaires, encore une fois, qu'eux compensent les manquements dans le
réseau public.
On parle d'amélioration, on parle d'acteurs
incontournables, mais, comme je l'ai mentionné plus tôt, quand on regarde les
salaires, par exemple, de ceux qui oeuvrent dans les organismes communautaires,
qui n'arrivent même pas, des fois, à
dépasser le salaire minimum, on est en train d'appauvrir, justement, les
personnes qui sont là pour offrir un filet social aux plus vulnérables
de notre société. Et donc, quand on sait qu'il y a une grande proportion
d'entre eux qui vont dans des banques
alimentaires, on... Premièrement, on comprend que ces personnes-là font ça de
bon coeur, ils ne le font clairement pas pour l'argent ou pour le prestige. Ils
le font parce qu'ils comprennent que, dans la société, nous sommes là
pour nous épauler, et, s'ils ne sont pas là pour faire ce travail-là, ce n'est
certainement pas le réseau public qui aurait la capacité d'offrir ces services,
d'offrir ces programmes et... en matière de prévention, et surtout en matière
de suivis.
La ministre a parlé tantôt du P-38, un projet de
loi que sa collègue a déposé récemment pour réformer tout ce qui est contention
des personnes avec des enjeux de santé mentale, et elle a dit qu'une portion va
aller aux organismes communautaires. Vous
l'avez dit, vous avez peut-être l'air confus, mais vous l'avez dit. Donc, moi,
je vais être curieuse, justement, quand on va s'asseoir pour le projet de loi
avec votre ministre à la Santé, Services sociaux, savoir combien de cet
argent-là du... je pense, c'est 104,4 millions qui a été inscrit dans le budget
pour la réforme du P-38, combien iront aux organismes communautaires, qui font
un travail tellement essentiel et dont leur travail devrait être reconnu.
Merci.
Conclusions
La Présidente (Mme McGraw) : Merci.
Alors, nous en sommes maintenant aux dernières interventions. Mme la ministre,
vous avez la parole pour 10 minutes.
Mme Chantal
Rouleau
Mme Rouleau : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. Le mouvement Le communautaire à boutte s'inscrit dans un contexte
où les organismes communautaires sont appelés à jouer un rôle plus qu'important
au sein de notre société québécoise. Présents dans toutes les régions, ces organismes
interviennent auprès de populations diversifiées, souvent en situation de
vulnérabilité, et contribuent, de manière significative, à améliorer les
conditions de vie et à renforcer la cohésion
sociale. Notre gouvernement, et, j'ose dire, avec les partis d'opposition,
reconnaissons pleinement cette
contribution essentielle. Nous reconnaissons également que les revendications
portées par le mouvement trouvent écho dans les réalités bien concrètes sur le
terrain. Les travailleuses et les travailleurs du milieu communautaire
évoluent dans un environnement exigeant, marqué par une augmentation des
besoins, une complexification des situations et des pressions externes
importantes. Parmi ces pressions, plusieurs relèvent de dynamiques plus larges
qui dépassent le seul cadre du milieu
communautaire. Cette réalité entraîne une augmentation des demandes adressées
aux organismes, qui doivent répondre à des situations souvent plus
urgentes et plus complexes.
Dans bien des situations, les organismes
communautaires sont appelés à jouer un rôle important, notamment pour maintenir
le lien entre les personnes, les accompagner dans leurs démarches ou offrir un
soutien de proximité. Notre gouvernement est
conscient de ces réalités terrain. Et, depuis le début de notre mandat, nous
avons posé des gestes concrets pour les soutenir, notamment en doublant
leur financement. Le PAGAC constitue, à cet égard, une avancée importante, en
renforçant le financement à la mission et en améliorant la prévisibilité pour
les organismes. Au-delà des montants investis, des efforts ont également été
déployés afin de simplifier les mécanismes administratifs et de réduire la
reddition de comptes, permettant ainsi aux organismes de consacrer davantage de
temps et de ressources à leurs missions. Et le travail se poursuit, Mme la
Présidente.
Il importe toutefois de souligner que le soutien
au milieu communautaire ne relève pas d'une seule intervention ou d'un seul
ministère. Il s'inscrit dans une action gouvernementale plus large, mobilisant
une diversité d'acteurs. Plusieurs
ministères et organismes gouvernementaux contribuent chacun dans leurs champs
de compétence. Cette approche concertée permet d'agir à différents
niveaux : en prévention, en soutien direct, en accompagnement, en
développement social. Elle vise à assurer une réponse globale, cohérente et
adaptée aux besoins. Le travail réalisé s'appuie également sur une
collaboration étroite avec le milieu communautaire et ses regroupements. Ces
échanges permettent de mieux comprendre les
réalités du terrain, d'identifier les enjeux émergents et d'ajuster les
interventions.
Il est
important de reconnaître que les avancées dans ce domaine s'inscrivent dans le
temps. Les transformations nécessaires pour répondre aux enjeux du milieu
communautaire reposent sur des processus rigoureux impliquant des
analyses, des consultations et des choix budgétaires responsables. Dans cette
perspective, notre gouvernement agit avec le souci de concilier plusieurs
impératifs : répondre aux besoins exprimés, respecter la capacité de payer
des contribuables et assurer une utilisation rigoureuse des fonds publics.
Par
ailleurs, l'autonomie des organismes communautaires demeure un principe
fondamental. Elle constitue une force du modèle québécois en favorisant l'innovation
et l'adaptation. Cette autonomie s'accompagne également de responsabilités, notamment en ce qui concerne la gouvernance et la
gestion des ressources. Le gouvernement poursuit, donc, ses efforts dans
une perspective de partenariat, en reconnaissant le rôle clé des organismes
communautaires et en travaillant à renforcer leur capacité d'action.
En
somme, Mme la Présidente, le milieu communautaire constitue un pilier essentiel
du développement social au Québec. Les défis sont réels, les attentes
sont élevées, mais les bases sont en place pour poursuivre le travail de
manière concertée afin de répondre aux besoins de la population.
Dans
la continuité des actions entreprises, le prochain plan d'action gouvernemental
en action communautaire 2027-2032
représente une occasion importante pour poursuivre le travail engagé et d'aller
plus loin. Le gouvernement souhaite aborder cette prochaine étape dans
un esprit d'ouverture et de collaboration. Les échanges avec le milieu
communautaire, ses regroupements et les partenaires seront au coeur des
démarches.
L'objectif est clair,
Mme la Présidente : s'appuyer sur les acquis tout en tenant compte des
nouvelles réalités. Les transformations sociales, économiques et démographiques
en cours appellent à une réflexion collective sur les meilleures façons de
soutenir durablement le milieu communautaire.
Dans ce contexte, le
gouvernement réaffirme sa volonté de maintenir un dialogue constructif et
continu avec le milieu. Les contributions du terrain seront essentielles pour
orienter les choix à venir. Le prochain plan d'action se veut, donc, une démarche évolutive, ancrée dans la
réalité et tournée vers des solutions durables, cohérentes et adaptées
aux besoins des communautés.
La
nomination d'une ministre dédiée à l'Action communautaire témoigne clairement
de l'importance accordée à ce secteur par le gouvernement. Ce choix reflète une
volonté de reconnaître pleinement la contribution du milieu
communautaire et de lui accorder une place stratégique au sein de l'action gouvernementale.
À travers ce rôle, j'agis comme un lien direct entre le gouvernement et les
acteurs du terrain. J'assure une écoute active des besoins, favorise le
dialogue et je veille à la cohérence des actions qui sont mises en place.
Je tiens à réaffirmer
mon engagement envers le milieu communautaire et envers les travailleuses et
les travailleurs qui font vivre le milieu communautaire au quotidien. Je suis
très consciente des défis auxquels vous faites
face, vous, du milieu communautaire.
Je suis également consciente des attentes qui sont exprimées et de l'importance
d'y répondre de manière sérieuse,
rigoureuse et respectueuse. Le travail que nous avons amorcé se poursuit. Il se
fait en collaboration avec le dialogue... avec la volonté d'obtenir des
résultats concrets, dans un bon dialogue.
Je crois profondément
à la force du modèle communautaire. Je crois à sa capacité de transformation, à
son enracinement dans les communautés, à son
rôle essentiel. Je demeure présente, et disponible, et engagée pour poursuivre ce
travail dans une perspective de continuité, d'amélioration et de respect des
réalités du terrain.
• (11 h 50) •
Dans le dernier
budget, nous avons ouvert la voie au lancement des travaux pour la création du
prochain plan d'action gouvernemental en
action communautaire. J'amorce, donc, les travaux pour la création du
PAGAC 2027-2032. Je lance aujourd'hui un appel clair à l'ensemble
des parties prenantes, le prochain plan d'action gouvernemental en action communautaire sera construit avec vous. Aux
organismes communautaires d'abord, qui sont au coeur de l'action, votre
expertise du terrain, votre connaissance des réalités vécues et votre capacité
d'innovation seront essentielles pour
orienter les travaux. Aux regroupements nationaux et régionaux, votre rôle de
représentation et de mobilisation est indispensable
pour faire entendre la diversité des voix et des besoins à travers le Québec.
Aux partenaires institutionnels, et aux municipalités, ainsi qu'au
réseau public, votre collaboration est essentielle pour assurer une cohérence
des actions et maximiser les retombées dans le milieu. Aux chercheurs, aux
experts et aux acteurs de la société civile, vos analyses, vos données et vos
perspectives contribueront à enrichir la réflexion et à éclairer les choix à
venir. Aux autres ministères et organismes gouvernementaux qui sont sous la
responsabilité de l'Action communautaire, cette démarche doit continuer de s'inscrire dans une logique transversale où
chacun est appelé à contribuer pleinement selon son champ d'expertise.
Je
veux une démarche ouverte, transparente, participative, respectueuse, qui
permettra de recueillir des propositions concrètes, ancrées dans les
réalités du terrain. J'irai à la rencontre des organismes communautaires et de
l'ensemble du milieu, Mme la Présidente. Il y aura des espaces d'échange. Nous
prendrons le temps d'écouter, de comprendre et de trouver des solutions
ensemble.
L'objectif est,
certes, ambitieux, mais il est nécessaire. Nous voulons un plan qui sera à la
hauteur de l'engagement du milieu communautaire et qui portera une vision
claire pour les prochaines années. Parce que, au fond, ce plan, ce n'est pas celui du gouvernement, c'est le plan de
l'action communautaire. Il doit être... il doit refléter le milieu communautaire,
un plan gouvernemental de l'action communautaire, Mme la Présidente.
Alors,
en terminant, Mme la Présidente, je veux vous remercier pour votre digne
présidence. Je veux remercier le député de Taschereau d'avoir initié
cette interpellation. Je veux remercier la députée de Terrebonne...
Une voix :
...
Mme Rouleau : Ah! Chicoutimi, pardon, la députée de D'Arcy-McGee, mes collègues, la
députée d'Argenteuil ainsi que la députée d'Abitibi-Ouest. Merci
beaucoup aux représentants du milieu communautaire d'avoir été avec nous
aujourd'hui.
La
Présidente (Mme McGraw) :
Merci, Mme la ministre. Alors, en conclusion, je cède maintenant la parole
au député de Taschereau pour... également pour 10 minutes.
M. Etienne
Grandmont
M. Grandmont : Merci, Mme la
Présidente. La ministre a beaucoup parlé de partenariat. C'est un mot qui revenait souvent dans son... dans ses différentes
allocutions pendant cette interpellation. Je me demande si le communautaire
se sent réellement partenaire du gouvernement ou s'ils sentent que le
gouvernement est un réel partenaire pour le milieu
communautaire. Parce que, moi, en tout cas, je n'ai pas... visiblement, je n'ai
pas la même définition de partenariat que la ministre.
Elle a dit
quelques éléments sur lesquels je voudrais revenir, puis aussi la collègue
d'Argenteuil aussi, sur lesquels j'aimerais revenir. Elle a dit, la
ministre, que la réponse du mouvement du Communautaire à boutte prenait du temps, que c'est un... c'est des changements qui
s'inscrivent sur le plus long terme, que ce n'est pas des changements rapides
qui peuvent s'obtenir. Moi, une ou deux lignes modifiées au budget auraient pu
donner une réponse satisfaisante à une bonne
partie de ce qui est demandé par le communautaire. C'est ce que j'aurais envie
de répondre à Mme la ministre. Et ça, ça se fait sur le long terme, mais
ça aurait dû commencer il y a longtemps. Il aurait fallu que la ministre fasse
sa représentation auprès du ministre des Finances et insiste pour défendre ce
milieu-là, qu'elle dit vouloir défendre. Elle
le présente comme un pilier stratégique, elle le présente comme un partenaire.
Elle reconnaît son importance pour la société québécoise. Or, visiblement, elle
n'a pas réussi à convaincre le ministre des Finances de l'importance du communautaire.
Elle appelle beaucoup à la collaboration. Et on
a souvent entendu ça, notamment pour le PAGAC, pour un règlement, notamment, là, des éléments qui sont portés par Le
communautaire à boutte. Mais est-ce que c'est facile, selon elle, de faire de la collaboration quand des
préjugés sont véhiculés par le gouvernement à l'endroit du communautaire?
La députée de Laviolette—Saint-Maurice a rapporté que, à l'intérieur du caucus de la
CAQ, certaines personnes disaient que le communautaire, c'est un gouffre
financier. Est-ce que c'est possible de collaborer quand la ministre... la députée de Champlain dit, en fait : Mettons
qu'on vous donnerait la capacité d'offrir de meilleures conditions de travail,
d'avoir des seuils qui s'apparentent au réseau public, vous n'auriez pas peur
de perdre votre sensibilité, vous n'auriez pas peur de perdre votre efficacité?
Je l'ai dit et je le répète, le communautaire, ce
n'est pas du «cheap labor». La précarité n'augmente pas l'empathie, n'augmente pas l'efficacité, n'augmente pas la sensibilité.
Au contraire, ça empêche les gens du communautaire de faire leur job
correctement. Ces gens-là, c'est des personnes de coeur. Ils sont là par
conviction. Mais ils doivent aussi manger, Mme la Présidente. S'ils ne sont pas
capables de payer leur loyer, s'ils ne sont pas capables de manger convenablement, s'ils ne sont pas capables de
nourrir leurs enfants, comment voulez-vous qu'ils soient ce pilier stratégique,
ce filet social au Québec? C'est impossible de le faire, Mme la Présidente.
Alors, le
financement, il est insuffisant. Et le financement, il est, de façon trop
importante, par projets. Il faut sortir de cette logique-là. Oui, le financement a augmenté sur le financement à
la mission des organisations, dans les derniers huit ans, mais de façon
insuffisante, de façon insuffisante. Ce qui a beaucoup augmenté, c'est le
financement par projets. Le financement par projets, c'est de
l'épuisement professionnel en série. Peut-être que les collègues ne sont pas d'accord avec ce que je dis. Je les vois hocher de
la tête. Moi, j'ai travaillé dans le communautaire aussi, Mme la Présidente.
On se démenait pour augmenter le financement de notre organisation pour avoir
plus d'impact dans la société. Puis on devait passer par le financement par
projets. Pourquoi? Parce que c'était la seule option qui s'offrait réellement à
nous. Mais c'était de l'épuisement, c'était de l'instabilité, c'était aucune
prévisibilité pour les employés. Ce n'était aucune façon de s'assurer que les
employés... que l'expertise qu'on développait allait durer dans le temps.
Alors, les revendications portées par Le communautaire à boutte, là, je les
comprends très, très bien, Mme la Présidente.
La ministre... La députée d'Argenteuil... En
fait, la ministre parle d'équilibre. Je parlais de sources à aller chercher
dans le budget. On nous a répondu qu'on devait trouver des approches équilibrées.
Puis la ministre... la députée d'Argenteuil
parle de besoins qui sont infinis. Où est l'équilibre quand les besoins sont
infinis, Mme la Présidente? Si les besoins sont infinis, c'est que l'équilibre
n'est pas atteint. Si les besoins sont grandissants, c'est que l'équilibre
n'est pas atteint. Comment voulez-vous qu'on trouve un équilibre quand la
moyenne des salaires pour le communautaire
au Québec est de 33 600 $ par employé? Le salaire moyen annuel. Ce
n'est pas un équilibre. Ce n'est ni un équilibre dans ce qu'on offre au
communautaire vis-à-vis des besoins, mais ce n'est ni un équilibre non plus,
l'équilibre de la vie des gens qui travaillent dans le communautaire.
Où est l'équilibre quand on n'hésite pas à
donner des millions, voire des milliards de dollars aux entreprises privées? Je
comprends qu'il faut en donner, je comprends qu'il faut accompagner les
entreprises, mais il y a un profond
déséquilibre. L'argent qui est donné à des multinationales en prêts
pardonnables, de l'argent qu'on ne reverra souvent jamais pour des
projets qui ne verront peut-être même pas le jour non plus, tout cet argent-là,
là, qu'on aurait pu investir dans notre économie locale... Chaque fois qu'on
donne de l'argent au communautaire, c'est de l'argent qui revient ici, au
Québec. L'argent qu'on a donné à Northvolt, on ne le reverra pas. L'argent
qu'on a donné à plein d'entreprises comme ça, on ne la reverra pas. L'argent
qu'on a donné aux Kings de Los Angeles, on ne la reverra pas non plus, Mme la
Présidente.
La ministre parle de rigueur budgétaire. Je peux
vous dire que les gens du communautaire, là, la rigueur budgétaire, ils connaissent ça, parce que le financement par projets,
là, ça fait d'eux et d'elles des experts en reddition de comptes, en suivi administratif, en suivi
budgétaire auprès de leur conseil d'administration puis de leurs assemblées
générales des membres. Ils sont rendus bons en mautadine, pas mal plus que le
gouvernement lui-même, qui perd des milliards dans sa SAAQclic. Alors,
la rigueur budgétaire, moi, je pense qu'elle est plus du côté du budget... du
communautaire que du gouvernement en ce moment.
• (12 heures) •
Toujours sur le
financement, la députée d'Argenteuil évoque la possibilité que le municipal
investisse davantage dans le communautaire.
Moi, je trouve ça révoltant, d'entendre ça, Mme la Présidente. Déjà que le
gouvernement pellette de nombreuses responsabilités dans la cour du
communautaire, on peut penser à l'itinérance, au transport collectif, et bien d'autres dossiers, ce n'est pas
le temps de faire ça, de se dédouaner, de se déresponsabiliser de ce projet de
bâtir un communautaire fort.
Le gouvernement, c'est le seul à pouvoir avoir,
un, les besoins... les capacités financières de bien financer le communautaire, mais aussi qui a le regard assez en
hauteur pour être capable de s'assurer de la cohérence du financement du
communautaire un peu partout sur le territoire.
Je reviendrai, finalement, sur les exemples, sur
les impacts du manque de financement du communautaire, Mme la Présidente. Quand des employés, dans le communautaire, sont
obligés de fréquenter des banques alimentaires, on est loin d'un
financement adéquat. Quand les employés d'organismes communautaires se
qualifient pour obtenir des HLM, on est loin d'avoir un financement suffisant
dans le communautaire. Quand on voit l'épuisement qui est documenté depuis
longtemps dans le communautaire ne pas se régler, l'épuisement augmente année
après année, on est loin d'un financement suffisant dans le communautaire.
Quand la
ministre redit qu'il faut se réjouir du fait qu'il y a une ministre en titre
pour l'Action communautaire, je veux bien, mais, pour moi, ça n'a pas
plus de valeur que d'avoir ajouté Mobilité durable au ministère des Transports.
Si les résultats ne sont pas là, la valeur
symbolique d'ajouter Action communautaire ou Mobilité durable à Transports
ne vaut pas grand-chose. Et, je le dis, c'est toujours sur les actions que je
vais juger l'action de la ministre.
Le PAGAC, je
veux bien, les organismes communautaires aussi veulent participer à cette
consultation-là, mais ce n'est pas
une solution à court terme, Madame la Présidente. Un PAGAC, il faut consulter,
ça va être des consultations, l'écriture d'un projet... d'un plan qui va
prendre, quoi, deux ans. Ce ne sera pas en 2027 qu'on va avoir un nouveau
PAGAC, là.
Donc, moi, je lui demande, d'abord, de
renverser... d'aider à renverser la décision sur la fusion du Fonds québécois
en initiatives sociales et du Fonds d'aide à l'action communautaire autonome.
Je lui demande de s'engager à mettre en place une table de discussion avec le
communautaire pour discuter des conditions de travail dans le communautaire et
de son financement adéquat. Je lui demande de pousser auprès de la future
première ministre ou du futur premier ministre pour s'assurer qu'une part
importante du 250 millions soit réservée au communautaire. Puis je lui demande aussi de venir rencontrer les
représentants du Communautaire à boutte, pas juste une poignée de main
devant les portes du salon rouge, mais qu'on prenne le temps de se rencontrer
puis de jaser.
Merci, Mme la Présidente. Merci à toutes les
personnes qui ont participé à cette commission. Au plaisir.
La Présidente (Mme McGraw) : Merci,
M. le député. Alors, compte tenu de l'heure, je lève la séance.
La
commission, ayant accompli son mandat, ajourne ses travaux au
mardi 31 mars, à 9 h 45, où elle poursuivra un autre
mandat. Bonne fin de semaine.
(Fin de la séance à 12 h 04)