(Onze heures vingt-quatre minutes)
Le
Président (M. Jacques) :
Bonjour à tous. Ayant constaté le quorum, je
déclare la séance de la Commission des transports et de l'environnement
ouverte.
La commission
est réunie afin de procéder aux consultations particulières et aux auditions
publiques sur le projet de loi n° 20, Loi instituant le Fonds bleu
et modifiant d'autres dispositions.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La
Secrétaire : Oui, M. le Président. M. Grandmont (Taschereau) est remplacé par Mme Zaga Mendez (Verdun) et M. St-Pierre Plamondon
(Camille-Laurin) est remplacé par M. Arseneau (Îles-de-la-Madeleine).
Auditions
Le Président (M. Jacques) : Merci,
Mme la secrétaire. Nous entendrons ce matin les organismes suivants :
l'Association des brasseurs du Québec ainsi que la Fondation Rivières
conjointement avec Eau Secours!
Comme la séance a commencé à 11 h 24,
nous... y a-t-il consentement pour poursuivre nos travaux au-delà de l'heure?
Consentement? Est-ce qu'il y a consentement?
Des voix : Consentement.
Le Président (M. Jacques) : Merci.
Consentement. Donc, je souhaite la bienvenue aux représentants de l'Association des brasseurs du Québec. Je vous
rappelle que vous disposez de 10 minutes pour faire votre exposé,
après quoi nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la
commission. Je vous invite donc à vous présenter et à commencer votre exposé.
L'Association des
brasseurs du Québec (ABQ)
M. Roy (Philippe) : Merci beaucoup.
Merci, M. le Président. Alors, je me présente, Philippe Roy, directeur général
de l'Association des brasseurs du Québec. Je suis accompagné, à ma droite, de
Mme Marie-Antoinette Diop, qui occupe
le poste, chez nous, de directrice, politiques et stratégies. Je voudrais aussi
souligner la présence de deux de nos
brasseurs qui nous accompagnent, donc M. François Lefebvre, de chez Molson
Coors, et Mme Amélie Toupin, de la brasserie Sleeman Unibroue.
Alors,
rapidement, l'Association des brasseurs du Québec, en fait, on est la référence
pour l'industrie brassicole au Québec. On représente, depuis 80 ans
maintenant, cette année, à peu près tous les membres... tous nos membres québécois et canadiens qui oeuvrent, évidemment,
dans l'industrie brassicole, auprès des gouvernements, des partenaires, des organismes gouvernementaux et des médias. Nos
trois grands membres brasseurs de l'ABQ, qui sont les brasseries Labatt, Molson Coors et Sleeman Unibroue,
réalisent ensemble près de 90 % de toutes les ventes de bière au
Québec. Et de toutes ces bières vendues au Québec par les trois grands
brasseurs, il est important de rappeler que 85 % de toutes ces bières-là
sont faites ici, au Québec, par des Québécois.
L'industrie brassicole fait clairement partie du
quotidien de tous les Québécois par sa présence historique et active partout
dans la province. En effet, le Québec a une longue histoire d'amour avec la
bière. Rappelons que c'est ici, au Québec, à Québec, dans la ville de Québec,
en 1667, qu'a vu apparaître les premières bières en Amérique du Nord.
C'était une initiative de l'intendant Jean Talon. Rappelons également que c'est
à Montréal, en 1786, que va naître la première brasserie commerciale en Amérique du Nord, celle évidemment initiée par M. John Molson. C'est
toujours à Montréal qu'on verra naître la
première consigne de bières en Amérique du Nord, toujours encore initiée par
M. Molson.
Rappelons-le, la bière au Québec, c'est
43 000 emplois directs et indirects, une présence active dans chacune
des régions du Québec et près de 3,5 milliards de dollars en retombées
économiques. En raison de la forte présence économique des brasseurs et de leur
ancrage résolument local, tout un écosystème brassicole s'est développé au
Québec auprès de 2 000 fournisseurs. Cet écosystème comprend, entre
autres, une des plus importantes malteries du continent nord-américain, une des
deux seules usines de fabrication de contenants alimentaires de verre au Canada
et un des plus importants centres de
recherche et de développement d'équipements de production de breuvages en
Amérique du Nord. Finalement, mentionnons
que l'industrie brassicole est, après l'industrie laitière, le deuxième plus
important joueur dans le domaine de la transformation alimentaire.
On est invité aujourd'hui à parler évidemment du
projet de loi n° 20, alors le projet de loi n° 20 qui institue le
Fonds bleu qui... Fonds bleu qui sera utilisé pour financer toute mesure que le
ministre de l'Environnement, de la Lutte
contre... ministre de l'Environnement peut réaliser en lien avec la protection,
la restauration, la mise en valeur et la gestion de l'eau. Ce fonds sera
financé notamment par la hausse des redevances sur l'eau et permettra de soutenir
des projets en lien avec la protection, la restauration,
la mise en valeur et la gestion de l'eau. Ce projet de loi permettra
d'augmenter les redevances sur l'eau de près de 900 %.
L'Association des brasseurs du Québec et ses
membres accueillent favorablement le principe du projet de loi et ses mesures
qui visent à encourager la gestion responsable de l'eau au Québec. C'est un pas
important vers un avenir durable.
Rappelons
d'entrée de jeu que l'eau est un des ingrédients principaux de la bière et des
autres boissons à base de malt. L'eau
est non seulement utilisée pour constituer une importante partie de la bière
elle-même, mais elle est également utilisée dans le processus de
brassage, y compris les étapes de maltage, d'empâtage, d'ébullition et de
fermentation. L'eau est également utilisée
pour le processus de nettoyage, évidemment, d'entretien des cuves et des
installations de nos brasseries ainsi que pour le processus de lavage
des bouteilles de bière réutilisables, les fameux CRM. Sans eau, il est
impossible de produire de la bière.
• (11 h 30) •
Compte tenu
de l'importance de l'eau dans la production de nos produits, il est normal que
notre industrie soit grandement
interpelée par la modernisation des redevances mises de l'avant par le gouvernement.
Toute modification des coûts de l'eau
ou de sa disponibilité a un effet direct sur les activités brassicoles, sur la
chaîne d'approvisionnement et sur la rentabilité de l'industrie
brassicole du Québec. L'Association des brasseurs du Québec a donc produit un
mémoire dans lequel elle énumère certaines demandes et recommandations. Ce
mémoire vous a été envoyé hier. Compte tenu du peu de temps qu'on a
aujourd'hui, nous aimerions aborder certaines de ces recommandations.
La première
concerne la question de la transformation alimentaire. Nous comprenons la
décision du gouvernement d'exonérer le secteur agricole des redevances
d'eau au Québec. À la lumière des défis auxquels le secteur agricole a été
confronté ces dernières années, cette exemption représente un soulagement
considérable pour les agriculteurs et les entreprises agricoles du Québec.
Nous croyons que la même approche pourrait
s'appliquer aux entreprises qui oeuvrent dans le domaine de la transformation
alimentaire. Il est important de rappeler que les brasseurs n'emballent pas de
l'eau. La bière est le résultat d'une
transformation agroalimentaire complexe. En effet, la bière est un amalgame
d'eau, de houblon, de malt, de levure,
de blé et de plusieurs autres ingrédients naturels, tous des produits d'origine
agricole. Nous proposons dans notre mémoire
une exonération des redevances pour l'utilisation de l'eau qui vise... à des
fins de transformation alimentaire.
Deuxième recommandation. Au cours des dernières
décennies, nos brasseurs ont posé un grand nombre de gestes afin, un, de diminuer considérablement l'empreinte
environnementale de leurs activités, deux, de faire face aux défis liés aux changements climatiques et, trois,
de contribuer à une gestion responsable de l'eau. En fait, les
brasseries québécoises ont toujours encouragé l'utilisation des technologies de
plus en plus propres et cherchent constamment à réduire les coûts associés à
l'utilisation excessive d'eau.
Quelques exemples s'imposent. Pensons à la
brasserie Molson Coors qui a déménagé sa vieille et historique brasserie sur la rue Notre-Dame, à Montréal, vers
la nouvelle brasserie à Longueuil. En construisant l'usine de Longueuil,
Molson Coors a mis en place des technologies d'avant-garde pour réduire
considérablement sa consommation d'eau et procéder à un recyclage de l'eau de
brassage et des eaux usées. On parle actuellement, pour la même production,
d'une baisse de consommation de 35 %, ce qui est énorme, et l'objectif de
Molson Coors est, pour 2025, d'atteindre le 40 % de diminution.
Pour sa part,
la brasserie Labatt, de LaSalle, est complètement autonome dans son utilisation
d'eau. En fait, elle est la seule brasserie de Labatt, en Amérique du
Nord, à posséder ses propres installations de traitement d'eau. Le circuit
fermé du système d'eau qui la caractérise et la présence d'une tour d'eau et
d'une usine de traitement des eaux complètement privée lui permettent de
réduire abondamment son empreinte environnementale. Labatt s'est donné un
objectif de faire des économies de 1,5 million d'hectolitres par année,
objectif qui est maintenant battu car elle chiffre maintenant ses économies en
eau à plus de 2 millions d'hectolitres.
Tous nos brasseurs, petits et grands, ont mis en
place des programmes de réduction de consommation d'eau. En modernisant leurs
installations et en utilisant des technologies plus propres et plus efficaces,
les brasseurs poursuivent exactement le même objectif que le projet de loi sous
étude : réduire la consommation d'eau.
Pour encourager un plus grand nombre de ces
investissements en des technologies qui optimisent l'utilisation d'eau, nous proposons l'inclusion d'un tarif
particulier. Ainsi, toute entreprise... posant, pardon, des gestes
significatifs pour diminuer sa consommation
d'eau se verrait récompensée par une charge moins importante associée aux
redevances sur l'eau.
La troisième recommandation concerne,
évidemment, les fameux CRM, alors les contenants à remplissage multiple. Il
faut savoir que les brasseurs gèrent, de façon totalement privée, un système de
consigne des bouteilles de bière et celle des fûts. Ce système est un grand
succès, on parle d'un taux de récupération qui dépasse les objectifs à chaque
année. Et, en plus d'atteindre un très grand... un grand succès, il alimente et
soutient tout un écosystème économique qui s'est greffé à lui au cours des
décennies.
En fait, petite anecdote toute québécoise, je
l'ai mentionné au début, c'est au Québec qu'a vu apparaître les premiers
contenants consignés. C'est l'homme d'affaires montréalais John Molson, encore
lui, qui a lancé le système de contenants consignés en Amérique du Nord, en
1808. Depuis 1808, à chaque mois, les brasseurs récupèrent des bouteilles et
les lavent de façon à réduire considérablement l'empreinte environnementale de
leurs activités.
Actuellement, chaque
mois, ce sont des millions de bouteilles de verre et de fûts en métal qui sont
récupérés par nos équipes, qui sont ensuite lavés pour être ensuite réutilisés.
Ces bouteilles en verre réutilisables ont de loin la plus faible empreinte
carbone de tous les contenants actuellement consignés au Québec. Elles
serviront en général plus de 15 fois, parfois même 18 fois.
Recyclables à 100 %, les bouteilles à remplissage multiple et les fûts de
bières, les «kegs»,
s'appuient sur les principes de l'économie circulaire comme la réduction de
l'utilisation de matières premières, le réemploi et le recyclage.
Ces bouteilles CRM
vivent actuellement une crise. De moins en moins populaire auprès des
consommateurs et des détaillants, on constate une décroissance constante de
l'utilisation. Et voici que l'arrivée d'un élargissement de la consigne et une
hausse des redevances de l'eau viennent rendre encore plus incertain l'avenir
du CRM. Il nous apparaît évident que le fait d'ajouter une nouvelle contrainte,
celle de payer davantage l'eau qui sert à laver les bouteilles CRM, viendra
mettre un frein supplémentaire à ce système écologique respectueux de la
hiérarchie des trois RVE et de l'économie circulaire.
Nous
demandons donc que les CRM soient exemptés des tarifs en lien aux redevances de
l'eau. Cela enverrait un signal fort du gouvernement qu'il souhaite
soutenir ce système vert...
Le Président (M.
Jacques) : En terminant.
M. Roy
(Philippe) : ...un encouragement bien accueilli aux promoteurs.
Le Président (M.
Jacques) : En terminant.
M. Roy
(Philippe) : En terminant, oui. Bien, écoutez, en terminant, je veux
juste rappeler à quel point les brasseurs soutiennent le principe du projet de
loi. Non seulement on le soutient, mais on pose déjà des gestes très, très, très actifs et agressifs pour réduire notre
consommation d'eau et on accueille favorablement, donc, le projet de
loi. Et on est disposés à répondre à vos questions.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup pour votre exposé. Je cède maintenant la parole à M. le
ministre pour une période d'environ 15 minutes.
M. Charette :
Merci, M. le Président. À vous deux, merci d'être avec nous ce matin, merci
de nous apporter un petit peu votre éclairage.
J'ai votre mémoire
sous les yeux, j'ai eu l'occasion de le parcourir. Peut-être juste réitérer un
principe, au départ : l'instauration du Fonds bleu, la hausse des
redevances ne vise d'aucune façon à engranger de l'argent pour engranger de
l'argent. On veut surtout, à travers ça, favoriser un changement de
comportement, s'assurer que l'on puise moins
à partir de cette ressource qui est l'eau. Et vous nous dites
essentiellement : C'est possible, parce que vous avez des installations qui ont fait des efforts
considérables et qui ont donné des résultats importants, 35 %, 40 %
de réduction de la consommation d'eau. Donc, c'est signe que c'est
possible et c'est le but derrière le projet de loi n° 20 et, ultimement,
la majoration des redevances. Donc, on ne veut pas engranger de l'argent pour
engranger de l'argent.
En même temps, je
vais être bien, bien honnête avec vous, je lis et je vous ai entendu dire que
vous souhaiteriez exonérer. Il n'y aura pas d'exonération. Les groupes qui
étaient visés le demeurent, on n'ajoute pas de nouveau groupe. C'est le taux et
le niveau de redevances qui est modifié. Donc, on n'exonère pas, j'aime mieux
le mentionner dès le départ, et on hausse avec la même logique qui s'appliquait
déjà, c'est-à-dire : on a des entreprises qui utilisent l'eau sans la
capter, un taux différent, des entreprises qui utilisent l'eau en en captant
une partie, avec un taux qu'on peut comprendre plus élevé.
Et pourquoi ce taux
majoré? C'est très, très simple. L'eau, ce n'est pas... ça n'appartient pas aux
brasseurs, ça n'appartient pas au
gouvernement du Québec, ça n'appartient pas à une entreprise en particulier,
c'est une ressource qui est commune, donc il faut lui donner une valeur.
Donc, les demandes d'exonération... Puis vous n'êtes pas les seuls, tous les
groupes qu'on entend avec des intérêts particuliers ont de très, très bonnes
raisons, à leur sens, d'être exonérés de ce système-là, mais on ne peut pas, on
ne peut pas aller dans cette logique-là. Au niveau alimentaire, au niveau
agricole, on l'a mentionné encore hier, oui, il y a des exceptions, ces
exceptions-là sont maintenues, mais on n'en ajoute pas de nouvelles.
• (11 h 40) •
Là où je peux, par
contre, vous rassurer, et je vous le disais, le but, ce n'est pas de faire de
l'argent avec les redevances, vous parlez s'il pouvait y avoir des programmes
d'aide pour aider, ou favoriser, ou accélérer cette transformation-là : le
projet de loi le permet, permet de mettre en place un programme qui viendrait
aider un grand utilisateur d'eau à diminuer
sa consommation. Mais, là aussi, je dois mettre un bémol, et je l'ai réitéré
aux intervenants, là, qui vous ont précédés, il ne faudrait pas penser
qu'une entreprise puisse puiser dans le Fonds bleu pour faire des
transformations majeures. Une entreprise pourra, à tout le moins, récupérer la
redevance qu'elle a elle-même payée, donc ça ne pourra pas excéder la redevance
qu'elle a elle-même payée, pour une diminution substantielle de la consommation d'eau. Donc, oui, des mesures d'aide,
des mesures d'atténuation, mais je dois quand même être bien, bien
clair, là, pour ne pas susciter d'attentes, là, qui seraient déçues par la
suite.
Vous
parlez également... Bon, l'exonération, j'en ai parlé, les... pas les
récompenses, mais les compensations, je l'ai évoqué. Vous parlez de prévisibilité. C'est important, cette
prévisibilité-là, et je le conçois. C'est la raison pour laquelle, dès le départ, on dit : On ne répétera pas
l'expérience passée, c'est-à-dire laisser des années, voire plus d'une
décennie, sans qu'il y ait une majoration. Donc, on précise dès le départ que,
oui, une augmentation importante pour le 1er janvier prochain, mais après
ce sera une indexation de 3 % à chaque année. Donc, au niveau de la
prévisibilité, c'est de nature à aider vos activités.
Sinon,
sinon, bien, en fait, c'était surtout des commentaires par rapport à vos
préoccupations. Mais, depuis le départ, on veut réellement, là, donner
l'heure juste. Oui, les demandes d'exonération ou d'exception sont nombreuses,
mais on ne peut réellement pas aller dans cette avenue-là.
Donc, c'est les commentaires que je voulais vous
partager. Si vous voulez réagir à mes commentaires, sentez-vous bien à l'aise de le faire. Sinon, j'ai des collègues qui
auraient peut-être des questions plus précises pour vous.
M. Roy
(Philippe) : Bien,
simplement vous remercier d'avoir parlé de la prévisibilité. Je n'ai pas eu le
temps, mais c'est bien inscrit dans notre mémoire. Effectivement, on accueille
cette idée-là d'un retour, à chaque cinq ans, d'études sur les redevances,
parce que, pour l'entreprise privée, apprendre, dans l'espace de 18 mois,
que les taux vont augmenter, dans certains cas, de 900 %, c'est très
difficile pour l'entreprise privée d'aller de l'avant et d'avoir des plans sur
une décennie d'investissements, sans savoir ce qui s'en vient. Donc, oui, on
accueille favorablement la question de la prévisibilité.
M. Charette : Et un petit clin
d'oeil, si vous me permettez. Oui, une augmentation importante sur le premier
12 mois, mais, j'espère, une reconnaissance comme quoi vous l'avez eu pour
à peu près gratuitement, cette eau-là, pendant
des années. Et ça aussi, il faut le considérer. Donc, une hausse qui se
justifie, mais pour corriger, malheureusement, une... une incohérence qui prévalait depuis trop longtemps. Donc, merci
pour votre présence. Et j'ai mon collègue, là, qui aimerait prendre la
relève.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
M. le ministre. Je cède maintenant la parole au député de Masson.
M. Lemay : Merci, M. le
Président. Merci, M. Roy, Mme Diop ainsi que ceux qui vous
accompagnent, M. Lefebvre et Mme Toupin. Très content de vous avoir
aujourd'hui.
Juste pour revenir sur la question puis
l'élément de réponse que vous venez de faire avec le ministre, dans l'échange sur la prévisibilité, tu sais, parce
que, je comprends, vous avez mentionné des investissements, vous
regardez ça sur une période d'une décennie, mais pouvez-vous nous donner plus
de détails, là, sur votre... Ça m'intéresse de savoir, là, tu sais, selon vous,
ça a été quoi, vos attentes par rapport à ça. Dans le sens que, quand vous
parlez d'une décennie, on ne retardera pas d'une décennie l'entrée en vigueur,
là, tu sais, bien, tu sais, je veux dire, selon vous, dans un... Je me serais
attendu à avoir quelque chose... un court laps, plus court qu'une décennie.
M. Roy
(Philippe) : Bien, écoutez, chaque brasseur a son propre plan
de développement. Ils ont tous, actuellement, dans les cartons ou en
production des programmes pour réduire leur empreinte environnementale, c'est
très clair. Alors, lorsqu'ils se dotent de budgets sur cinq, six, 10 ans,
ils doivent avoir tous les... tous les facteurs en main pour que... pour que ça
passe et que ça fonctionne avec la question de la rentabilité de l'entreprise.
Alors, c'est là que je disais : D'avoir une prévisibilité de ce qui s'en
vient, quelles sont les intentions du gouvernement, ça permet aux entreprises
de pouvoir bien faire entrer là-dedans leurs programmes d'investissement.
M. Lemay : D'accord.
Et j'aimerais revenir, parce que, bien entendu, on a reçu votre mémoire hier,
puis j'aimerais avoir plus de détails sur ce que vous pensez comme
critères écoresponsables. Parce que vous l'avez mentionné dans votre mémoire
que vous auriez aimé ça avoir des critères écoresponsables, dans la grille
tarifaire, à l'intention des entreprises qui investissent dans une amélioration
de leur bilan environnemental et de leur consommation d'eau. Ça fait que
j'aimerais ça un peu avoir plus de détails sur votre vision de cette... de ce
concept.
M. Roy
(Philippe) : Bien, écoutez, ça peut être beaucoup de choses.
Essentiellement, ici, on parle de redevances de l'eau, alors le
premier... le premier critère qui saute aux yeux, c'est évidemment la
consommation de l'eau ou, en fait, la
capacité de faire baisser sa consommation d'eau. Ce serait sûrement un des...
un des critères les plus importants à prendre en compte. Mais là on
peut, après ça, élargir, on peut parler des critères GES, des critères de
développement durable en termes de
déplacement des... Il y a beaucoup, beaucoup de choses, là. Mais nous, on
pensait surtout, à l'ABQ, la question, vraiment, de la gestion de l'eau
au sein de la brasserie, donc notre capacité à réduire notre consommation d'eau
et à rejeter une eau beaucoup plus propre.
M. Lemay : OK. Puis j'aimerais
avoir plus de détails, là, quand vous parlez des contenants à remplissage multiple. C'est quoi, l'impact financier que vous
voyez? Dans le sens que, tu sais, je comprends que tout impact financier
supplémentaire à ce que vous payez aujourd'hui a un impact direct. Mais, tu sais,
jusqu'à quel point êtes-vous au point mort ou au seuil de rentabilité
concernant le remplissage multiple? Tu sais, c'est quoi, la marge de manoeuvre
que vous avez de ce côté-là? Est-ce que c'est quelque chose que vous pourriez
donner plus de détails?
M. Roy
(Philippe) : Bien, on a beaucoup d'échanges, actuellement, avec
le cabinet du ministre sur ce point-là. Ce qu'on veut passer comme
message aujourd'hui, c'est que le CRM, qui est vraiment une fierté des grands brasseurs, là, il est en danger, il est dans une
position qu'on n'a jamais vue. Et ça s'explique par plein de facteurs,
mais, comme j'ai dit dans mon mémoire, ça s'explique, un, par des habitudes des
consommateurs, des préférences des consommateurs, qui pour l'instant préfèrent
la canette que du... de la bouteille. C'est... Ça s'explique aussi peut-être
par des demandes des détaillants, qui, eux aussi, préfèrent peut-être gérer de
la canette plus que de la bouteille. Donc, ce qu'on... On essaie, nous, de voir
comment on va pérenniser, quand même, le CRM, dont on est très fiers. Et c'est là que, là, il y a deux nouveaux enjeux qui viennent
d'arriver : on parle des redevances de l'eau, on parle de la consigne, voir comment, peut-être, ces deux
nouvelles interventions gouvernementales là pourraient nous donner un
coup de pouce pour garder le CRM aussi efficace qu'il l'est actuellement.
Alors, c'est sûr que,
le CRM, bien, il y a le coût de faire des bouteilles, il y a le coût du
transport qui est assumé par, évidemment, les brasseurs, puis ensuite il y a le
coût de laver les bouteilles. C'est un des gros postes de dépenses de notre
système CRM. Et, pour laver des bouteilles, bien, on consomme énormément d'eau.
Alors là, on propose que ça pourrait être une des façons qu'on pourrait avoir
un... recevoir de l'aide pour garder le système CRM.
M. Lemay : Très
bien.
Le Président (M.
Jacques) : Merci. Je cède maintenant la parole à Mme la députée
d'Argenteuil.
Mme Grondin :
Il me reste combien de temps, M. le Président?
Le Président (M.
Jacques) : Il vous reste 4 min 45 s.
Mme Grondin :
Parfait. Je vais tout de suite poursuivre avec les CRM. Je comprends que
vous en êtes fiers, parce qu'effectivement
je salue le travail qui a été fait à ce moment-là. Et votre enjeu avec la
réalité d'aujourd'hui, dans le fond, si je comprends bien, c'est de
pérenniser ce système-là qui fonctionne, qui a un grand succès et dont vous
êtes fiers. Puis je pense que vous n'êtes pas les seuls à être fiers de ça.
Avez-vous
d'autres... Vous dites que vous explorez, dans le fond, diverses stratégies, ou
scénarios, ou solutions. Est-ce que vous pouvez nous en parler
davantage? Là, vous nous proposez un élément, mais est-ce que vous avez pu
explorer d'autres scénarios?
M. Roy (Philippe) : Bien, écoutez, à la
suggestion du ministre, on a créé un comité de travail, lequel on a
invité nos amis des microbrasseries, nous,
les grands brasseurs, RECYC-QUÉBEC s'est joint à nous. Et ce comité de
travail là a déjà eu une rencontre, on a une
deuxième rencontre de prévue sous peu, et c'est le mandat de cette... de ce
comité-là d'arriver avec des solutions très, très concrètes.
Effectivement, on peut parler d'écofiscalité, on peut parler de plein de
choses, mais je vais laisser le comité arriver avec des recommandations plus...
plus détaillées. On a également mandaté une firme de consultants pour nous
aider à travers cette réflexion-là. On a le rapport, actuellement. Donc, avec
tout ça, on espère, dans les prochaines semaines ou avant les vacances d'été,
d'être en mesure d'arriver avec des propositions au gouvernement.
• (11 h 50) •
Mme Grondin :
C'est vraiment intéressant de combiner différentes expertises sur cette
question-là. Il me reste encore un peu de temps, M. le Président?
Le Président (M.
Jacques) : ...
Mme Grondin :
Oui? Moi, j'aimerais ça revenir sur la question de la prévisibilité. Puis
vous ne serez pas surpris... En fait, c'est
plus un commentaire. Je comprends l'importance, pour des entreprises, d'avoir
une prévisibilité. Je comprends que, dans le fond, pour atteindre un
succès au niveau de l'entreprise, on doit avoir un plan d'affaires ou une
prévisibilité sur du moyen, long terme parce que ça exige énormément
d'investissements.
Moi, je voulais juste
vous rappeler que, dans le fond, depuis l'an 2000, on a adopté une
approche de gestion par bassin versant. En
2009, on a adopté une loi sur l'eau qui dit que c'est un bien commun, c'est un
bien collectif. Par la suite, il y a eu des redevances, et donc là,
pendant 12 ans, on a donné une valeur économique à cette ressource-là qui
est un bien commun, qui est une ressource nationale, qui est un besoin vital,
un montant qui est assez ridicule.
Moi, ce que je...
Quand vous parlez de prévisibilité, je comprends, dans l'avenir, l'importance
de dire : Il va y avoir une révision aux cinq ans, il va y avoir une
indexation sur ces taux-là. Tant mieux, ça donne une certaine prévisibilité.
Mais, en même temps, j'ai de la difficulté... vous avez des équipes de
marketing, vous avez... j'ai de la difficulté à comprendre pourquoi vous n'avez
pas vu ça venir, depuis l'an 2000, l'importance qu'à un moment donné il y
aurait un coût, qui est un coût réel, à cette ressource-là qui est un besoin
vital.
M. Roy
(Philippe) : Bien, si je peux me permettre, peut-être, juste de
réagir. Bien, un, je tiens à le redire à nouveau, on ne s'oppose pas du tout au
principe des redevances de l'eau. Nos brasseurs, c'est des entreprises du
Québec qui font vivre des Québécois, leurs familles. Tout le monde, tout le monde
partage cette préoccupation-là de l'eau comme un bien commun québécois. Donc,
on n'est pas... on est tous du même côté.
Pour
ce qui est de la prévisibilité, nous, on ne parle pas du passé, on parle de
l'avenir, on dit : Il faut, puis ça a été reconnu par le gouvernement puisque ça a été... c'est prévu dans le
projet de loi, il faut permettre à l'entreprise privée d'avoir une
prévisibilité sur ce qui s'en vient. Alors, c'est juste... On est conscients
que peut-être que l'eau a été... n'a pas été
vendue à sa juste valeur, dans le passé, mais nous, on regarde vraiment pour
l'avenir, voir comment on peut au moins assurer que les entreprises qui
fonctionnent bien au Québec puissent avoir une prévisibilité.
Mme Grondin :
Et je suis d'accord avec vous qu'on regarde l'avenir, donc...
Le Président (M.
Jacques) : Merci beaucoup. Ceci termine la première intervention. Je
cède maintenant la parole à l'opposition officielle. Mme la députée de
Notre-Dame-de-Grâce.
Mme McGraw : Merci, M. le Président.
Et merci d'être avec nous ce matin, merci pour le mémoire et aussi la présentation. Et, si je comprends bien, vous
êtes tout à fait d'accord avec le principe, mais vous avez des
préoccupations au niveau pratique. Et j'aimerais avoir plus de précisions sur
les recommandations. Donc, une question, ce serait par rapport à vos innovations, en termes de... bien, justement, pour
préserver, pour sauvegarder l'eau. Est-ce que vous pouvez nous parler un
peu des innovations plus récentes et ce que vous prévoyez dans les prochaines
années dans ce sens?
M. Roy (Philippe) : Oui. Je ne
rentrerai pas dans les détails parce que c'est vraiment pour chaque brasserie,
mais je peux vous dire que 100 % de nos brasseries ont actuellement des
programmes de valorisation de l'eau et des programmes
de façon à faire diminuer leur consommation d'eau. Quand je parle de nos
brasseries, je ne parle pas juste de nos trois grandes brasseries. On a
beaucoup de petites... de microbrasseries qui sont dans notre association.
Alors, pensons à... le Trou du diable, à
Shawinigan, pensons à Unibroue, à Archibald, à Québec, ici, c'est toutes des
entreprises qui doivent, et qui reconnaissent, et qui travaillent actuellement
à diminuer leur consommation d'eau.
Mme
McGraw : Vous avez parlé des microbrasseries. Justement,
c'est une question que j'ai posée hier, est-ce que vous... Évidemment, la première recommandation, c'est l'exonération.
On a très bien entendu le ministre — d'un
gouvernement majoritaire, évidemment. Mais, à l'intérieur de votre membership,
vous avez des grandes entreprises puis vous
avez des petites et moyennes entreprises. Est-ce que vous pourriez peut-être
même entrevoir une distinction tarifaire entre les... selon
l'utilisateur, selon vos membres?
M. Roy (Philippe) : ...
Mme McGraw : Sur la taille.
M. Roy
(Philippe) : Non, nous, on ne recommande pas du tout, du tout
cette approche-là. Toutes les... Que ce soient les micros, que ce soient
les brasseries moyennes ou que ce soient les grandes brasseries, ils sont tous
dans le même modèle commercial, et favoriser certains groupes par rapport à
d'autres ferait juste créer une inégalité au sein de l'industrie. Alors, non,
ce n'est pas du tout quelque chose qu'on souhaite.
Mme
McGraw : Parfait. C'est important de bien comprendre. Vous
avez parlé aussi de... Bien, donc, est-ce que vous pouvez élaborer sur
la structure tarifaire, donc, que vous proposez? Est-ce qu'il y a des détails
que vous voulez proposer, ajouter?
M. Roy (Philippe) : Bien, non, on
aborde la question dans notre mémoire, c'est une suggestion qu'on lance, on ne s'est pas... on n'a pas proposé une grille
particulière. Mais ce qu'on souhaitait, c'est peut-être, justement,
moduler cette grille tarifaire là en fonction, notamment, de notre proposition
écofiscale, donc, si une entreprise propose un geste majeur d'investissement
pour réduire sa consommation d'eau, qu'elle puisse être récompensée en
conséquence.
Mme McGraw : Donc, vous avez été
clairs, pas la taille, mais, justement, sur le type d'utilisateur. Et puis les
mesures écoresponsables, donc, c'est la deuxième recommandation. Donc, dans la
grille tarifaire, est-ce que vous avez des ajouts à faire à ce... sur cette
deuxième recommandation?
M. Roy (Philippe) : Non, non.
Mme McGraw : Parfait. Est-ce que,
sur la troisième recommandation, vous pouvez élaborer? Donc, vous demandez que
des sommes du Fonds bleu ne soient pas... ne soient destinées qu'à des projets
et des initiatives visant une utilisation
plus responsable et à la protection d'eau. Et, dans un deuxième temps, vous
demandez que les sommes puissent être mises à la disposition des
entreprises. Je pense qu'on... Est-ce que vous pouvez élaborer sur ce point ou
un peu mettre en valeur vos arguments?
M. Roy
(Philippe) : Bien, le contexte de cette demande-là, de cette
proposition-là, c'est de s'assurer, puis je pense que M. le ministre l'a mentionné aussi, c'est de
s'assurer que l'argent qui va être recueilli au sein même du Fonds bleu
ne soit pas envoyé vers d'autres dépenses
gouvernementales. Donc, c'était une façon de juste réitérer que, nous aussi,
on croit à l'importance que l'argent doit
revenir à des initiatives pour encourager la diminution de la consommation
d'eau.
Mme
McGraw : Et, si j'ai bien compris la réponse du ministre,
l'idée que les entreprises, on parle spécifiquement des entreprises,
pourraient peut-être accéder à des redevances, mais pas plus qu'ils ont payé...
Et ça, comment vous réagissez à cette approche?
M. Roy
(Philippe) : Bien, écoutez, n'importe quelle initiative que le
gouvernement mettrait de l'avance... de l'avant, pardon, pour encourager des
initiatives vont être bien accueillies. Je ne commencerai pas à quantifier si
c'est suffisant ou pas, mais il y a un souhait commun, il y a un souhait de
l'industrie comme, clairement, du gouvernement de mettre en place des initiatives et de baisser
radicalement la consommation d'eau, au Québec, de façon plus
responsable. Alors, on va tous travailler ensemble à ce niveau-là.
Mme McGraw : Merci.
Quatrième recommandation, on parle des CRM, et vous parlez un peu des
doubles... avec les changements au niveau de la consigne puis des redevances,
vraiment, ça crée des changements importants qui ont un impact important sur
votre industrie, alors... Et on parle aussi du système d'économie circulaire,
qu'on ne voudrait pas juste soutenir, mais approfondir, effectivement. Est-ce
que vous avez des ajouts à ce niveau-là?
M. Roy (Philippe) : Non. Peut-être, juste
renchérir. Écoutez, c'est un des plus bels exemples d'économie
circulaire, le CRM. Je ne sais pas si certains d'entre vous ont eu la chance
d'aller voir les... il y a des usines privées qui font le lavage des
bouteilles, il y en a une à Saint-Bruno-de-Montarville, et c'est vraiment
impressionnant, là. On parle de millions de bouteilles qui passent et qui sont
lavées, stérilisées, d'une pureté incroyable, pour pouvoir être réutilisées pour la consommation. D'autres brasseurs le font à
même leurs installations, donc le lavage des bouteilles se font chez eux. Donc, c'est vraiment toute une opération et
c'est vraiment impressionnant à voir. Donc, si vous avez une chance de voir ça, surtout, j'invite M. le ministre, si ce
n'est pas déjà fait... Ah! C'est déjà fait? Bon, c'est assez
impressionnant.
Mme McGraw : Excellent. Et, cinquième recommandation, on parle
de prévisibilité. Encore une fois, le projet de loi prévoit un 3 %
par année. Est-ce que... Puis aussi la clarté, il me semble que... je sais que
le secteur privé, les entreprises, ont
besoin de clarté, de pouvoir prévoir et pouvoir prendre des décisions
éclairées. Des ajouts à ce sujet-là?
M. Roy (Philippe) : Non, bien, on en a déjà
parlé, puis je pense que notre mémoire est assez clair, là, ce n'est pas
quelque chose d'énorme sur lequel on veut insister. C'était un rappel, tout
simplement, que c'est dans la bonne gouvernance de pouvoir avoir une
prévisibilité, pour les entreprises privées, de savoir où on s'en va.
• (12 heures) •
Mme McGraw : Parfait. Alors une autre question. On sait que
c'est un enjeu d'avoir des données sur l'utilisation de l'eau et on sait
que ça implique, dans certains cas, des secrets industriels. Selon vous, est-ce
que vous pensez que la transparence, la transparence qui est prévue dans le
projet de loi, est adéquate ou est-ce que vous avez des commentaires sur la
transparence, l'approche du PL n° 20?
M. Roy (Philippe) : Vous avez vu notre
mémoire, on n'en fait pas mention pour la bonne raison qu'on n'a pas de
problème avec ça. Donc, nous, on croit que... Les entreprises qu'on représente
croient que la transparence a sa place, surtout dans un domaine comme celui-là.
Alors, on n'a pas soulevé ce point-là dans notre mémoire.
Mme McGraw : Parfait.
Excellent. Et finalement est-ce qu'il y a des angles morts ou d'autres sujets
que vous aimeriez aborder, avec le temps qui nous reste? Je peux... Donc, je
vous invite, en conclusion, si vous avez des ajouts, avant que je...
M. Roy
(Philippe) : Bien, c'est gentil, on a... je ne veux pas répéter tout
ce que j'ai dit, mais on est... le mémoire explique assez bien tout ce que...
toute la position de notre industrie.
Mme McGraw : Excellent.
Donc, M. le Président, je cède le reste de mon temps.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
Mme la députée, je cède maintenant la parole à Mme la députée de
Verdun, pour environ sept minutes.
Mme Zaga
Mendez : Sept minutes? Merci beaucoup, M. le Président. Merci pour
votre présentation. Il y a plusieurs questions que j'avais, qui ont déjà été
répondues. Donc, comme vous le dites, je ne veux pas vous faire répéter, mais
je suis curieuse de savoir... avoir un peu plus de détails sur les effets des
redevances sur vos coûts de production. Tout
à l'heure, vous nous disiez qu'il y a des effets, par exemple, pour le
traitement des CRM, etc. Est-ce que vous vous êtes penchés sur quelle
est la portion des... dans vos coûts d'opérationnalisation, quelle est la
portion qui, en ce moment, est destinée aux redevances et comment... et, par la
suite, dans le futur, quel sera ce pourcentage-là comparé aux coûts d'opération
moyens dans votre industrie?
M. Roy
(Philippe) : Oui, j'ai... malheureusement, on n'a pas ces chiffres-là.
C'est chaque entreprise privée qui gère ses coûts d'opération et qui garde le
contrôle sur ses marges de profit ou sur ses investissements. Donc, je n'ai
pas... mais c'est sûr que ce qu'on peut dire, et je l'ai dit dans le mémoire,
l'eau non seulement est la partie la plus
importante du contenu qu'on appelle la bière, mais l'eau sert aussi au
fonctionnement des brasseries, l'eau sert au nettoyage des cuves, l'eau
sert, on en a parlé déjà, aux CRM. Donc, l'eau est omniprésente dans le monde
brassicole. Alors, c'est sûr que ça a un coût important, de gérer et d'acheter,
évidemment, cette matière première là.
Mme Zaga
Mendez : Alors, vous n'avez pas eu la chance de...
M. Roy
(Philippe) : Bien, je ne peux pas aller de l'avant avec des montants.
Mme
Zaga Mendez : C'est le genre d'information, bien, si jamais vous
voulez nous la partager, ça nous aide à comprendre l'impact, entre autres, sur les coûts d'opération, parce
qu'on nous parle beaucoup de ça puis ça... des fois, ça vire en un débat
théorique, mais plutôt d'aller voir dans la pratique... parce que j'imagine que
ce n'est pas la même chose pour des microbrasseries que des entreprises plus
grandes, là. On sait que le...
M. Roy
(Philippe) : Sûrement, sûrement. J'ai vu ma collègue
Marie-Antoinette prendre des notes, là. Donc, je pense qu'on va faire le
suivi pour cette question-là.
Mme Zaga Mendez : Merci. J'avais des
questions sur le point 2, mais vous avez répondu à ma collègue. Sur l'inclusion
des critères d'écoresponsabilité, je ne sais pas si vous voulez élaborer un peu
plus là-dessus, sur votre...
M. Roy (Philippe) : Bien, écoutez,
encore une fois, la question première devrait être celle de la capacité d'une
entreprise à diminuer ou à gérer de façon plus responsable son eau. Donc, ça
devrait être le critère numéro un dans le cas du projet de loi qui nous occupe.
Mme Zaga Mendez : Puis, dernière
question, j'avais eu cette discussion avec d'autres industries, est-ce que vous
vous êtes penchés ou pensez-vous vous pencher... entre ce qu'on appelle les
coefficients pour la réduction... Là où ça
devient bénéfique, réduire la consommation de l'eau, est-ce que vous vous êtes
penchés sur ce type d'analyse là?
M. Roy
(Philippe) : Bien, ce type d'analyse là, non, pas concrètement,
mais c'est certain que ça fait longtemps que notre industrie et, je
pense, toutes les grandes compagnies au Québec ont compris qu'investir
massivement dans la lutte aux changements
climatiques, dans la diminution de notre empreinte, que ce soit en GES... c'est
rentable. Je pense que tout le monde s'entend pour ça et tout le monde
s'en va dans la même direction. Donc, est-ce qu'on a calculé les
coûts-bénéfices? Non. En tout cas, moi je ne l'ai pas. Nous, on est une
association qui représentons des entreprises privées. J'imagine que ces
entreprises privées le font, et, comme ils investissent massivement dans les
changements climatiques, clairement, c'est payant de le faire.
Mme Zaga Mendez : Bien, je vous
remercie. Je ne sais pas si vous avez d'autres choses à ajouter. Merci pour
votre temps.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup. Je vous remercie pour les échanges et votre contribution à la
commission.
M. Roy (Philippe) : Merci beaucoup.
Le Président (M. Jacques) : Et nous
allons suspendre quelques instants pour accueillir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 12 h 05)
(Reprise à 12 h 12)
Le
Président (M. Jacques) :
Je souhaite maintenant la bienvenue aux représentants
de la Fondation Rivières, conjointement
avec Eau Secours! Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour
votre exposé, après quoi nous procéderons à la période d'échange avec
les membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter puis à
commencer votre exposé.
Eau secours! et
Fondation Rivières
Mme Pétrin (Rébecca) : Merci
beaucoup. Bonjour. Mon nom est Rébecca Pétrin. Je suis la directrice
générale de l'organisme Eau Secours! Je suis accompagnée de mon collègue André Bélanger,
directeur général de l'organisme Fondation Rivières, et de Corinne Voyer,
à distance, en visio, qui est la directrice de la Coalition Poids. Donc, nous
partageons le temps à trois. Nous allons aller vite.
Donc, présentation d'un portrait mondial publié
par l'UNESCO en mars, il y a 3 % de l'augmentation de la consommation d'eau dans le milieu municipal,
5 % de la consommation d'eau dans le milieu agricole, une légère
diminution de la consommation d'eau dans le milieu industriel, surtout dû à la
baisse de l'énergie thermique dans le monde.
Ce que le portrait de l'UNESCO révèle, c'est qu'il y a de plus en plus de
concurrence et de compétition entre les milieux municipaux et les milieux agricoles pour l'accaparement de la
ressource en eau. Ceci est surtout dû au développement économique, la
croissance démographique et l'augmentation des conditions socioéconomiques.
Le Québec,
malheureusement, ne pourra pas éviter ça non plus. Au Québec, on a déjà un
historique de compétition entre le
milieu municipal puis le milieu agricole qui existe pour l'accaparement des
terres. Malheureusement, on ne peut pas
se permettre d'ajouter un autre niveau de compétition, entre ces deux secteurs
indispensables, qui est l'accaparement de ressources en eau. Il y a une
seule solution à ça, c'est de prévenir les conflits d'usage, prévenir les
pénuries d'eau, avoir une gestion en amont, avoir une bonne connaissance de
notre territoire et avoir une bonne connaissance de qui utilise l'eau, quels sont nos besoins prioritaires
et comment est-ce qu'on fait pour assurer un approvisionnement
sécuritaire à tous.
Donc, le
projet de loi n° 20 et les modifications des deux règlements arrivent à
brûle-point. Il était temps qu'on modifie ces règlements-là justement
pour incorporer les nouvelles réalités des changements climatiques et de cette
croissance-là. Ce qu'Eau Secours! a présenté dans son mémoire, en fait, c'est
une augmentation de la déclaration... une augmentation des déclarations,
d'abord, en abaissant le seuil de déclaration. Il est présentement mis à
50 000 litres par jour par préleveur. Nous, ce qu'on demande, c'est
que ce soit abaissé à 20 000 litres par jour par préleveur. C'est un
taux, en fait, qui est largement répandu en Europe, mais également dans
d'autres provinces canadiennes, ce qui
permettrait également d'avoir un seuil différent d'avec le taux de taxation, en
fait, de la redevance. Donc, on peut déclarer beaucoup plus, sans frais,
que ce qu'on demande, de paiement, pour la redevance.
Ce qu'on
demande également, c'est qu'il y a beaucoup plus d'usages de l'eau qui
déclarent leur quantité d'eau prélevée.
Je cite, dans mon mémoire, le modèle de la France, également de la
Colombie-Britannique, de l'Alberta, qui, entre autres, vont chercher les usages dans le milieu agricole, par
l'irrigation également, tous les volets récréotouristiques, donc
l'utilisation de l'eau pour les canons à neige, pour les piscines, pour les
golfs, et autres, mais également de l'eau
turbinée, donc l'eau qui passe dans les barrages hydroélectriques. Donc, ce
seraient des déclarations, en fait, qu'on pourrait bonifier. En France,
en 2011, ils ont créé, en fait, une instance indépendante pour compiler les
données d'utilisation d'eau, et ces données-là sont rendues publiques à
l'ensemble des acteurs qui prennent des décisions, qui proposent des solutions
pour le partage de cette ressource-là.
Parlant de transparence, c'est l'autre enjeu
qui, pour nous, chez Eau Secours!, est indispensable. Donc, on est l'organisme
qui est derrière la poursuite pour avoir plus de transparence sur les quantités
d'eau prélevées par les embouteilleurs d'eau. Ça nous tient vraiment à coeur,
et on le sait, que, pour l'ensemble des acteurs au Québec, ces données-là sont indispensables. On a entendu
plusieurs propos vis-à-vis les autres personnes qui sont passées ici
avant nous. Donc, il y a eu des propositions
d'agrégats, et tout. C'est des belles propositions, mais malheureusement ça ne
répond pas aux besoins de la communauté
québécoise. On a besoin des quantités d'eau qui sont prélevées en temps réel et
avec une position géographique pour qu'on
puisse assurer une gestion par bassins versants, qui a été dans la Politique
nationale de l'eau, il y a plus de 20 ans de ça. Donc, on doit se donner
les moyens d'atteindre les objectifs qu'on avait à l'époque.
Je vais
terminer aussi en rappelant que l'eau, c'est une ressource qui est commune.
Elle n'appartient à personne, et c'est une responsabilité commune, en
fait, de prévenir les dérives qu'elle peut... qu'il peut y avoir, et on doit
toujours remettre les citoyens au coeur de la priorisation, donc l'accès,
protéger nos accès à nos municipalités en amont.
Et je vais laisser la parole à mon collègue
André Bélanger.
M.
Bélanger (André) : Oui, merci. On fait ça vite, mais on essaie d'être
efficaces. Écoutez, nos deux mémoires sont très différents, portent sur
deux approches différentes, mais on partage les mêmes points de vue. Donc, on
partage exactement le même point de vue quant aux redevances.
Notre mémoire portait sur... On part du fait que
ça fait déjà presque un an qu'on a fait une quarantaine d'entrevues avec des experts, des représentants d'organisations,
d'entreprises, de syndicats et beaucoup de citoyens engagés et
agissants. C'est comme ça qu'on définit ceux qui font le changement dans les
régions. Et le Fonds bleu, pour nous, bien,
c'est un peu... ça fait depuis... En fait, depuis 20 ans, on a eu une
politique de l'eau, on a une stratégie, on a une loi sur l'eau, on a une
meilleure réglementation, et tout le monde en convient, mais là, pourtant, la
situation s'améliore à la marge. Il y a encore des problèmes importants qui ne
se résolvent pas malgré la concertation, malgré les bassins versants, malgré
tous ces efforts-là qui ont été faits.
Donc, ce qu'on voit du Fonds bleu, en fait,
c'est un extraordinaire levier. C'est un moteur de lancement et de changement
qui doit être utilisé autrement et pensé autrement que simplement un nouveau
fonds d'investissement. C'est, en réalité, l'occasion, on pense, nous, d'être
stratégique, de mobiliser les forces vives de la société et de faire en sorte
que tout ce... que ce qui est mis de l'avant soit pertinent, et ce que les
consultations nous ont appris, c'est qu'il y
a peu d'analyses sur les résultats. Donc, on insiste sur la question de la
gestion par résultats, gestion... car les bassins versants... les organismes de bassins versants
sont mandatés pour faire la mise en oeuvre des actions. Mettre en oeuvre
des actions, ce n'est pas des résultats, nécessairement.
Quand on fait le tour des PDE, on se rend compte
que, dans certains cas, il y a des actions qui se traduisent par des résultats et des objectifs de résultat,
dans d'autres cas, ça reste au niveau des actions, et c'est pour ça que
nous, on considère qu'il faut penser le Fonds bleu comme une extraordinaire
occasion d'appliquer, en fait, la Loi sur la fonction publique, qui prévoit la
gestion par résultats. Et, dans ce sens-là, on s'est intéressés à
l'article 15.4.44, où ça indique clairement que le ministère privilégie
une action... une gestion axée sur les meilleurs résultats. Quant à nous, il faut confirmer cette intention-là. La
privilégier, c'est... ça veut dire laisser d'autres options que celle-là, mais
il faudrait s'assurer que ça soit la seule façon de gérer, selon nous.
• (12 h 20) •
Et l'autre élément qui est important, c'est la
transparence totale, la capacité de dresser un bilan de l'eau et d'avoir des
redditions de comptes publiques sur l'atteinte des résultats, et c'est
important parce que, quand on parle, nous, avec des citoyens engagés,
agissants, là, la première chose qu'on a, on a deux catégories, la catégorie...
Ils se sont butés à des refus, des
problèmes, de l'information imparfaite, et ils se sont mis en colère, et ils
viennent... ils ont essayé de faire appel à différents groupes, ils
viennent nous voir, puis nous, on veut transformer cette colère-là ou cette
indignation en action, puis, pour le faire, il faut que l'information soit
publique. Il faut qu'ils sachent que, oui, il y a des efforts qui ont été faits,
que ces efforts-là, ils ont porté fruit ou ils n'ont pas porté fruit, puis on
sait pourquoi, et on corrige le tir. Ça, c'est pour la transparence.
L'autre élément, bien, les
OBV n'ont pas de mandat formel d'évaluation des résultats présentement. Donc,
nous, on recommande qu'on se dote... on dote les OBV, qui vont être sur le
terrain, qui sont ceux qui sont le plus proche
des actions qui vont être mises en oeuvre, d'avoir des mandats... un mandat
formel d'évaluation et d'inclure ça dans
la démarche de concertation, parce que, de fait, ils vont réunir les acteurs
entre eux ensemble pour s'entendre sur des actions, mais ils doivent aussi s'entendre sur les résultats, puis,
ultimement, c'est là-dessus qu'on devrait pouvoir les juger.
Finalement, la quatrième recommandation, bien,
c'est de penser en mode écoconditionnalité, bonus-malus. Si on prend l'exemple qu'on a illustré dans le
mémoire, qui est celle des bandes riveraines dans les terres agricoles,
ça fait longtemps qu'on sait que c'est un problème, ça fait longtemps qu'on
connaît la solution, et ce que les agriculteurs nous disent : Bien oui,
nous, on veut bien le faire, mais, si on sacrifie 10 mètres de terrain de
culture, il faut être compensé. Bien, s'il faut être compensé, il y a des mécanismes.
On a vu des initiatives où on se sert des crédits carbone pour compenser une
partie de ces terres-là par la plantation d'arbres. Le Fonds bleu pourrait
compenser cette compensation-là, mais, en parallèle, si on veut que ça
fonctionne, il faut que ce soit la rivière au complet qui soit corrigée, là, pas juste trois agriculteurs, puis
il en reste deux qui ne le font pas, là, parce que, dans le domaine de
l'eau, ce sont un ensemble de petites sources de pollution qui font une
pollution globale.
Ça fait que ça, ça résume nos éléments de
réflexion, puis je ne sais pas si on... Corinne?
Le Président (M. Jacques) : 15
secondes.
Mme Pétrin (Rébecca) : Bien,
j'invite les parlementaires, en fait, à poser des questions à Mme Voyer,
entourant son mémoire sur l'accès à l'eau, en fait, l'eau municipale, voilà.
Le
Président (M. Jacques) : Merci beaucoup pour votre exposé. Je cède
maintenant la parole à M. le ministre.
M.
Charette : Merci, M. le Président. Bonjour à vous trois. Un
plaisir de vous recevoir ce matin. Merci, également, je le dis, à ceux qui se présentent et qui font
partie du Forum d'action sur l'eau. Merci aussi pour votre implication à
ce niveau-là. Ça fait partie du montage vers
le dépôt du projet de loi, les projets de règlements. Donc, vous avez
contribué ou vous continuerez de contribuer, là, pour la suite des choses,
assurément. C'est davantage des commentaires, mais, si vous voulez réagir,
n'hésitez pas à le faire par la suite. Et j'ai des collègues qui voudront
intervenir également.
Vous parlez de gestion des résultats, on en est,
c'est ce que nous souhaitons, et l'image que j'aimerais donner, c'est un petit
peu ce qu'on a amené au niveau des changements climatiques comme changements,
avec une reddition de comptes très précise, qui, parfois, nous dit qu'on fait
bien les choses, qui, parfois, nous dit : Ça ne donne pas les résultats escomptés. Il faut avoir ce
portrait-là pour pouvoir s'adapter, et surtout améliorer les pratiques
lorsque ça ne donne pas les résultats, là, anticipés au départ.
En décembre dernier, au niveau des changements
climatiques, on a mis en ligne un tableau de bord qui est disponible à tout le
monde et on peut voir l'état d'avancement de chacune des mesures. Est-ce que
c'est exactement la même chose qui sera reproduite? On y réfléchit, mais, à
tout le moins, on veut s'assurer, là, que les mesures qui seront financées
puissent donner les résultats escomptés, et surtout une transparence. On exige
cette transparence-là au niveau des préleveurs d'eau, mais on veut aussi être
transparents sur les résultats obtenus à travers les mesures qui seront
appuyées.
Vous avez parlé... Je pense, c'était
davantage... J'ai les résumés, là, sous les yeux, je pense, c'est davantage
Fondation Rivières, dans votre mémoire, qui souhaitait que ce soit un conseil
d'administration autonome qui gère les sommes.
Je suis moi-même transparent, ce n'est pas du tout, du tout, l'orientation que
l'on préconise ici à ce moment-ci. Moi,
ça me rappelle un petit peu l'expérience du Fonds vert, avec des lacunes, là,
qui ont été relevées au fil des années. C'est réellement un gouvernement
qui est responsable et surtout qui est redevable de la gestion du Fonds bleu,
mais ce qu'on a évoqué hier par rapport à certains groupes que l'on recevait,
le Forum d'action, actuellement, a le mandat de mettre en place...
c'est-à-dire, d'évoquer des éléments à prioriser. C'est le mandat qui lui a été
donné, mais, une fois ce travail-là terminé,
il n'est pas interdit de penser que le Forum d'action pourrait se voir confier
d'autres mandats, dont, peut-être, justement, assurer le suivi
collectif, là, des revenus du Fonds bleu, mais il n'y aura pas un conseil
d'administration autonome comme, peut-être, c'était votre souhait, puis
peut-être vous donner la chance d'intervenir sur la question pour expliciter
davantage.
Et, sinon, la question que j'ai posée à certains
groupes... 500 millions de dollars, ça peut sembler beaucoup. C'est effectivement beaucoup par rapport à ce qui
se faisait par le passé. C'est 500 millions de nouveaux dollars,
mais, en même temps, c'est bien peu, compte tenu des besoins, et c'est encore
moins si on considère toutes les attentes de certains
groupes. Vous avez peut-être vu hier, il y a l'UMQ qui demandait... C'est une
bonne idée, le Fonds bleu, mais on le veut à nous. Ça ne pourra pas être
ça. On veut réellement que ce soit l'ensemble des partenaires, notamment du
Forum d'action, qui détermine quels sont les éléments à prioriser.
Bien, peut-être nous parler de votre vision de
la priorisation, donc, conseil d'administration, je suis intéressé à vous entendre, la priorisation. Et je sais que
le temps est limité, je sais que j'ai des collègues qui voudront
intervenir aussi, mais on pourrait commencer par ces deux éléments-là.
Mme Pétrin (Rébecca) : Je vais
prendre la parole. Pour le 500 millions, effectivement, c'est une très
bonne nouvelle de savoir qu'il y a 500 millions qui sont réservés pour les
dossiers d'eau, pour la protection de l'eau. La vision que j'en fais, en fait, c'est que ce 500 millions là ne doit
justement pas être distribué selon les priorités de chacun. Il doit
servir de levier de mobilisation puis d'engagement de tous les acteurs
importants autour de l'eau. Donc, l'objectif, c'est de
voir comment que cette petite somme, qui, on l'espère, va grossir au fil des
années, peut servir à rassembler puis vraiment mobiliser un ensemble de
personnes.
Donc, quand
les... quand un groupe vient pour, disons, chercher de l'argent, on devrait
leur renvoyer la question de...
Qu'est-ce que vous allez faire avec cet argent-là pour aider la cause de l'eau?
Comment est-ce que vous allez
mobiliser autour de votre action...
Comment est-ce que vous pensez que votre action va aider le Québec au grand
complet? Parce qu'on ramène toujours
l'enjeu d'eau, que l'eau, elle n'appartient à personne, mais que c'est une
responsabilité élargie de la protéger. Donc, en quoi votre action va
aider l'ensemble du Québec à s'en sortir? Ça fait que c'est un peu ma lecture.
M.
Charette : Beaucoup, beaucoup plus diplomate que moi. Moi,
j'ai dit non. Je me limite à dire non à la question posée, mais je
m'inspirerai de votre diplomatie pour les prochaines demandes en ce sens-là.
M. Bélanger (André) : Moi, je vais
tenter de répondre à la question du conseil d'administration, parce que
c'est... Le conseil d'administration, c'est une forme ici, mais ce qui est
important, c'est le principe derrière. Le défi des actions de concertation,
c'est que c'est une concertation où c'est très difficile pour les acteurs qui
ont des intérêts particuliers de faire abstraction de leurs intérêts
particuliers. Ici, ce qui nous intéresse, c'est que le Fonds bleu soit géré sur
la base d'un plan d'affaires ou d'un peu... Je dirais que c'est un petit peu
comme un fonds d'investissement qui permettrait, par exemple, d'identifier
quelles sont les actions prioritaires à faire en fonction des résultats et qui
serait en mesure de le faire sans se préoccuper des doléances des uns et des
autres.
Et c'est là
où la notion de participation des acteurs de la science, de la mesure,
l'équivalent d'un observatoire, l'équivalent d'un mécanisme permettant
de mesurer tout ça doit dépasser des actions ou des organisations de type
concertation. Est-ce que c'est un conseil d'administration autonome? Est-ce que
c'est une forme plus proche du ministère? Ça, je vous laisse le soin d'y nous
revenir, mais je trouve que la force du Fonds vert est justement d'avoir des
indicateurs clairs, puis on veut la même chose en matière d'eau, mais comment
ferons-nous pour nous assurer que ce soit dépolitisé des intérêts particuliers,
c'est ça, notre préoccupation.
M. Charette : J'apprécie beaucoup la
nuance. C'est là où je mentionnais... C'est peut-être le Forum d'action qui, après ce mandat-ci complété, pourrait se voir
confier un mandat plus large, dans la perspective que vous mentionnez,
mais c'est un élément de réflexion important, là, de notre côté.
Merci beaucoup. J'ai mes collègues, là, qui
souhaitent intervenir aussi.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
M. le ministre. Je reconnais maintenant la députée d'Iberville.
Mme Bogemans : Merci beaucoup, M. le
Président. Bienvenue. Bonjour aux collègues. Moi, j'avais une question, dans le fond, parce qu'on disait, au
départ, que la photo générale et globale était essentielle pour bien
comprendre la situation. Est-ce que vous croyez que les citoyens au Québec
comprennent bien la situation de l'eau actuellement?
• (12 h 30) •
Mme Pétrin (Rébecca) : Chaque fois
qu'on prend la parole, que ce soient des citoyens ou quelconques autres
acteurs, on a encore le préjugé de s'imaginer qu'on a de l'eau ad vitam
aeternam. C'est un tabou qu'on ne cesse d'essayer de casser. La ressource
diminue jour après jour. La consommation augmente jour après jour. Il y a un
point de rupture à un endroit. Et la problématique, aussi, c'est
l'accessibilité à l'eau. Donc, on a beaucoup d'eau au Québec, 3 % de la ressource en eau douce. La majorité de l'eau est
au Nord-du-Québec, puis le Sud du Québec, c'est là où la
demande, elle est, puis la ressource, elle n'est pas accessible là. Donc, il y
a cette disparité-là aussi qui existe puis qui est une réalité avec laquelle on
doit vivre.
Mme Bogemans : ...vous pensez que la
photo globale, finalement, qu'on est en train de mettre sur pied, pourrait
aider...
Mme Pétrin
(Rébecca) : Bien, ça va être de mettre en relation, en fait,
c'est quoi, les quantités d'eau qui sont consommées, disons, par
secteur, par bassins versants... mis en relation avec c'est quoi, le taux de
renouvellement de notre eau aussi par source d'eau. Donc, ce n'est pas le même
niveau de renouvellement de l'eau d'une place à une autre, et puis c'est
quoi... Dans le fond, l'objectif, c'est de calculer la durabilité de notre
ressource en eau. Donc, on doit s'assurer de ne pas prélever plus d'eau que qu'est-ce
que le renouvellement apporte dans notre milieu, puis on a des chercheurs qui
travaillent très fort à calculer les taux de renouvellement et de quantifier la
ressource en eau, entre autres, la souterraine. Donc, il faut avoir notre
consommation réelle aussi pour mettre ça en relation.
M. Bélanger (André) : Moi,
j'aimerais compléter sur le fait qu'il y a des mythes qui perdurent, hein?
Nous, on essaie de s'attaquer à ce mythe-là qu'on ne peut pas se baigner nulle
part dans les rivières au Québec parce que c'est trop pollué. Ça, ce n'est pas
vrai, il y a eu des améliorations à cet égard-là. Et c'est important, puis on
en a parlé un peu dans notre mémoire, c'est important que l'accès à l'eau...
c'est presque une condition essentielle de sensibiliser... sensibilisation aux
gens et de les mobiliser, parce qu'on aime ce qu'on connaît, puis on va
protéger ce qu'on aime. Et donc, si on ne le
connaît pas, on n'y a pas accès. Ça fait que ça, c'est très, très important
comme enjeu.
Les choses plus inquiétantes, c'est les... des
trucs comme les émissions d'azote qui se retrouvent à provoquer des mortalités
dans... une anoxie, une perte d'oxygène dans le golfe du Saint-Laurent. Ce sont
des choses beaucoup plus dangereuses ou risquées pour la santé des cours d'eau,
mais que le citoyen ne comprend certainement pas, là.
Mme
Bogemans : Bien, moi, c'était un petit peu, dans le fond,
pour faire un lien, parce qu'on parlait... maintenant, on passe du taux
de 70 litres à 50 litres au niveau... puis on parlait d'aller jusqu'à
20, puis qu'en Europe avec les piscines, par
exemple, c'est contrôlé, puis tout ça. Est-ce que vous trouvez qu'avec la photo
globale et les données qu'on va
mettre de l'avant, vous pensez que, pour le citoyen, ça pourrait justifier le
coût, par exemple, de l'eau dans leur piscine?
Mme Pétrin
(Rébecca) : Bien, en fait, c'est deux seuils qui sont
différents. Le seuil de 20 000 qu'on propose, c'est seulement pour les déclarations, donc il n'y
a pas de coûts liés à ça. Le 50 000 pour la redevance serait
maintenu. Donc, le but, ce n'est pas d'aller chercher plus d'argent. Le but,
c'est d'aller chercher plus de données.
Mme Bogemans : Parfait. Merci
beaucoup.
Mme Pétrin
(Rébecca) : Puis peut-être renchérir un peu là-dessus,
c'est... la problématique qu'on a en ce moment, quand on a une pénurie
d'eau au Québec, souvent, c'est les municipalités qui sont en aval d'un bassin
versant qui vivent cette pénurie-là. Et les seules mesures qu'on met en place,
c'est de demander aux citoyens de la ville qui est impactée de réduire leur consommation d'eau. Donc, en gros, ce qu'on
envoie comme message, c'est : Vous, vous avez des restes d'eau,
puis vous allez vous diviser les restes d'eau entre vous, puis on ne regarde
pas ce qui se passe en amont.
Quand on parle de responsabilité élargie, c'est
qu'en ayant accès à ces données-là on va pouvoir regarder, dans l'ensemble du bassin versant, c'est qui qui
consomme de l'eau, puis c'est qui qui doit mettre l'épaule à la roue
aussi pour réduire leur consommation d'eau. On va faire face à des épisodes de
grave pénurie d'eau. On ne pourra pas s'en sortir malheureusement. Mais il
faudrait qu'on soit prêt à faire face à ces pénuries-là et puis qu'on sache, en
fait, qui qui doit participer à réduire leur consommation d'eau.
Mme Bogemans : Oui. Plus on va en
parler, plus on va être sensibilisés.
Mme Pétrin (Rébecca) : Exactement.
Le
Président (M. Jacques) :
Merci. Je cède maintenant la parole au député...
M. le député de René-Lévesque.
M.
Montigny : Merci beaucoup. Vous savez, la circonscription de
René-Lévesque, c'est sur la Côte-Nord, donc une région à l'est et au nord, avec
des grandes centrales hydroélectriques, des rivières d'eau douce immenses, avec
cette eau douce qui se déverse dans le golfe
du Saint-Laurent, eau salée. Alors, évidemment, il y a des municipalités
là qui prennent leur eau dans la Manicouagan. C'est le cas de la ville de Baie-Comeau,
où j'ai été maire pendant quand même
cinq ans. Bon, usine de traitement d'eau, etc., la production
industrielle, évidemment, qui peut consommer de l'eau, mais il y a aussi
du traitement de l'eau, pour être réutilisée dans des procédés industriels
innovants, qui peut se faire dans ces régions-là.
Vous avez parlé tout à l'heure, et c'est là que
ça m'a interpelé, que la vaste majorité de la consommation de l'eau n'était
évidemment pas dans la région de la Côte-Nord où je suis député, mais c'est
nous qui avons la majeure partie de l'eau
douce au Québec. Alors, comment vous voyez, à plus long terme peut-être, je
vous donne une petite piste, là, sur
la favorisation d'habiter le Nord, d'habiter nos régions, là où il y a des
ressources disponibles, alors qu'on concentre peut-être beaucoup dans
certains endroits... Alors, j'aimerais ça vous entendre sur cette vision, parce
que vous avez parlé d'un 3 %, tout à l'heure, là, puis j'aimerais ça que
vous expliquiez ça en tenant compte du contexte, puis de ce qu'on dépose
comme... comme projet de loi aujourd'hui.
Mme Pétrin (Rébecca) : En fait, on
avait participé justement, en définissant la redevance, à définir des... des
zones, en fait, puis ça se fait dans beaucoup de régions dans le monde où ils
imposent une taxe à l'eau en fonction de la disponibilité en eau, ce n'est
pas... ce n'est pas présent dans la première mouture, là, du règlement,
peut-être que ça viendra éventuellement, mais, effectivement, ce serait
intéressant de mettre un tarif plus élevé lorsque la ressource est plus rare. Dans les régions où la ressource
est plus disponible, bien, peut-être que le tarif pourrait être plus bas
pour justement favoriser l'utilisation de la ressource là où elle est
disponible.
Je suis une fervente admiratrice du Nord-du-Québec.
Je viens de l'Abitibi-Témiscamingue. Donc, je suis d'accord avec vous, on
devrait décentraliser, mais malheureusement, mis à part la redevance, en ce
moment, je ne vois pas comment on pourrait vraiment favoriser les autres vers
les régions.
M.
Montigny : Une dernière question
là-dessus. Si vous voyez que... tantôt, vous disiez qu'il
risque de manquer de ressources dans certains secteurs et que dans
d'autres secteurs du Québec, c'est abondant, vous voyez comment la
redistribution? Voyez-vous quelque chose? On y va-tu juste par la
réglementation ou si on regarde d'autres... d'autres façons?
Mme Pétrin (Rébecca) : Je ne
sais pas si vous voulez aller dans le terrain d'exporter l'eau d'une région à
une autre, OK?
M. Montigny : En
fait, ce que je veux voir, c'est si vous avez des pistes de solution. On y
va-tu, comme gouvernement, uniquement par la réglementation, ou par ce
qu'on met en place avec notre fonds puis notre projet de loi, ou s'il y a
d'autres choses que vous voyez, vous?
Mme Pétrin (Rébecca) : La
première chose qui est à faire, c'est de pouvoir se donner les moyens de
prioriser les usages de l'eau. Si on décide
au Québec que c'est l'approvisionnement des citoyens qui prime, on doit se
donner un outil pour dire à d'autres
secteurs : Vous cessez l'utilisation d'eau, on manque d'eau pour nos
municipalités puis on priorise l'eau. En ce moment, on n'a pas d'outils
juridiques légaux qui nous permettent de prioriser ça. C'est les premiers qui
accaparent la ressource qui ont la priorité de l'utiliser.
Par la suite, dans
les autres usages, disons, après les citoyens, peut-être que ça va être en
fonction des réalités de chacune des régions. Peut-être que les organismes de
bassin versant seraient en mesure de dire : C'est qui est-ce qui utilise
le plus d'eau, c'est à qui? C'est de la concertation, après, région par région.
Tous les bassins versants sont différents.
Peut-être que chacun des bassins versants, chacune des MRC pourrait mettre de
l'avant qui est-ce qu'on priorise dans
l'utilisation de l'eau. Ce serait... c'est des... ce seront des conflits
d'usages indispensables. L'octroi de la ressource en eau va devoir être
tranché par une instance un jour ou l'autre, évidemment.
M. Montigny :
...bien, merci.
Le Président
(M. Jacques) : Merci, M. le député. Je cède la parole à Mme la
députée d'Argenteuil.
Mme Grondin :
...
Le Président
(M. Jacques) : Avec 42 secondes.
Mme Grondin :
Ah! Avez-vous quelque chose que vous aimeriez rajouter?
Une voix : ...
Mme Grondin :
Mme Voyer, elle n'a pas... elle n'a pas... peut-être... Il reste
30 secondes.
Mme Voyer
(Corinne) : Si je peux me permettre, rapidement, moi, le seul
angle mort que j'inviterais gouvernement aussi à évaluer, c'est les stratégies de contournement du projet de loi
au niveau des embouteilleurs. On le voit beaucoup au niveau du marketing, là, la promotion, par
exemple, là, de... d'eau avec l'ajout de minéraux pour essayer... ou de...
même de sucre, là, pour essayer de
contourner l'esprit de la loi. Donc, je voulais juste lever, peut-être, un
petit drapeau, là, dans la réflexion,
pour vraiment s'assurer qu'on préserve le terme «eau» à son juste usage puis
que l'osmose inversée, par exemple, ou
l'ajout d'électrolytes ne permettent pas à l'industrie de contourner l'esprit
de la loi. Moi, c'est la seule... le seul ajout.
Le Président
(M. Jacques) : Merci beaucoup. Ceci termine le premier bloc. Et
j'invite donc maintenant l'opposition
officielle, avec Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce, pour un temps de parole de plus de
12 minutes.
Mme McGraw : Merci, M. le Président.
Donc, justement, j'enchaîne sur ma collègue et j'inviterais Mme Voyer de prendre quelques minutes. Vous avez parlé d'angle mort, donc, est-ce
qu'il y a d'autres angles morts? Est-ce que vous élaborez... ou des
points que vous voulez souligner? Donc, je vous invite à...
• (12 h 40) •
Mme Voyer (Corinne) : Bien,
en fait, oui. Bien, c'est certain que, nous, un des produits qu'on voit qui
peut être... en ce moment, qui est déjà sur le marché, pour donner un
exemple, les eaux vitaminées, Vitaminwater, qui sont essentiellement de l'eau... l'osmose... je ne me souviens plus comment
le conjuguer, là, mais donc il y a un traitement au niveau de l'eau
aqueduc qui est fait pour pouvoir la transformer, on ajoute des nutriments,
puis on le vend comme de l'eau, alors que c'est un marketing qui est trompeur,
c'est une boisson sucrée.
Donc, c'est ce...
c'est là où je pense que c'est important de bien encadrer la nomination de
l'eau, de s'assurer qu'il y a des liens qui
sont faits avec le ministère de l'Agriculture, le MAPAQ, pour s'assurer aussi
que ce soit cohérent dans les pratiques, puis que l'industrie ne s'en
sauve pas au niveau de ce qu'on anticipe, là, d'interdire, là, la vente d'eau
embouteillée, là, qui provient de l'aqueduc.
Mme McGraw :
Merci. Est-ce qu'en matière de gouvernance... on a entendu un peu les
collègues, est-ce que vous avez des
commentaires en matière de gouvernance et, plus particulièrement, est-ce que
les mesures qui... prévues dans le projet de loi sont adéquates pour que
les sommes prévues soient utilisées aux fins prévues?
Mme Voyer
(Corinne) : En termes de
gouvernance, je vais laisser mes coéquipiers, là, pouvoir vous en parler
davantage. Moi, par contre, ce que j'aimerais mettre en lumière, c'est dans
l'esprit... les intentions de la loi actuelle, l'idée, ce serait bien qu'on
valorise l'eau municipale qui est notre bien commun, qui est... les fonds
publics servent actuellement à assurer cette qualité de l'eau. Donc, quand on
parle de valoriser notre eau, bien, ça s'appelle aussi de s'assurer qu'on la
rende disponible par des fontaines publiques dans plusieurs lieux.
Présentement, il y a encore des places au
Québec où on est obligé d'acheter une bouteille d'eau si on a soif. Donc, ce
sont des... nous, des façons, là, de s'assurer
qu'on investisse davantage de sommes sur les fontaines et l'accès à l'eau de
cette manière-là pour les citoyens.
Mme McGraw : Merci. Donc, j'inviterais les collègues... vous
avez une discussion sur les... un CA, d'autres... d'autres approches
vis-à-vis la gouvernance. Est-ce que vous avez des éléments que vous vouliez
ajouter au niveau de la gouvernance?
Mme Pétrin (Rébecca) : Oui,
en fait, j'ajouterais que l'eau est indispensable pour à peu près tout ce qu'on
fait, là, l'eau, c'est la vie. Il faut... il
ne faudrait pas avoir la malheureuse finalité de mettre l'eau dans une petite
enveloppe du gouvernement. Donc, l'eau fait partie de toutes les décisions
qu'on prend, donc les enjeux de protection d'eau sont vraiment transversaux.
Nous, on idéalise la gouvernance de l'eau au Québec comme touchant tous les
ministères, toutes les décisions politiques qui sont prises. Donc, si on
travaille très fort avec le ministère de l'Environnement pour protéger l'eau et
puis que, derrière, les autres ministères viennent déconstruire ce qu'on fait,
on a l'impression que c'est un peu vain. Donc, s'il vous plaît, amener de la
transversalité dans la gestion de l'eau. Merci.
Mme McGraw : Est-ce
que vous avez des ajouts, M. Bélanger?
M. Bélanger
(André) : Bien, peut-être le fait qu'il y a des solutions qu'on
connaît puis il y a des solutions qu'on ne
connaît pas pour régler les problèmes, et le Fonds bleu doit se concevoir comme
une... j'aime bien parler d'un fonds
d'investissement qui a des start-up, là, puis qui essaie de les faire grandir
vers des solutions matures. Donc, il y a des... il va y avoir... il y a
des... il doit y avoir des volets expérimentaux.
Je ne parle pas de technologies, là, je parle de volets, souvent, c'est
des habitudes sociales, des mécanismes, des changements dans les habitudes, des
changements dans les comportements. Et il
doit y avoir une espèce d'équilibre entre : on explore, on va chercher de
la connaissance, on met à l'échelle des solutions. Et, au niveau de la
gouvernance, il faut vraiment s'assurer de... que ce ne soit pas du saupoudrage
et d'en faire égal pour tout le monde. On n'arrivera pas à quelque chose d'égal
pour tout le monde. Il faut vraiment garder
en tête qu'il va y avoir des gains qu'on peut faire et on va cibler des gains
précis qui doivent être... qui
doivent être rencontrés, auquel cas il y aura beaucoup d'insatisfaits, là. À
500 millions, il y aura beaucoup d'insatisfaits, ça fait qu'il faut... il ne faut pas que le débat
se fasse, qu'il y ait une négociation entre les acteurs. Cette négociation,
il faut qu'il y ait un... il faut que la
négociation se fasse sur la base des faits scientifiques et de la... et de la
démonstration que c'est le bon geste à poser pour régler le problème qu'on a
identifié. Et ça, c'est un peu le défi de la concertation, c'est... la force de la concertation, c'est
d'entendre tout le monde. Le défi, c'est de trancher. Alors, j'aime beaucoup,
quand M. le ministre, tout à l'heure, tranchait en disant : Il n'y aura
pas d'exception pour les embouteilleurs, il n'y aura pas d'exception à la loi.
Je pense qu'il faut avoir aussi cette attitude-là de rigueur et de... et de
fermeté lorsqu'il s'agira d'appliquer des solutions qui ne feront pas l'affaire
de tout le monde, là.
Mme McGraw : Merci. On confirme que c'est une position et c'est
important de clarifier et d'insister là-dessus. Je voulais demander à Mme Pétrin, vous n'avez pas eu beaucoup de
temps dans votre présentation, l'exemple et les bonnes pratiques, tant au niveau du Canada que la France,
l'Europe. J'aimerais vous demander d'en parler davantage, les leçons
apprises, les meilleures pratiques. Puis là j'ai des questions plus
spécifiques, mais j'aimerais vous entendre là-dessus pour nous parler de ces
exemples.
Mme Pétrin
(Rébecca) : La base, c'est vraiment la quantification des usages qu'on
fait de l'eau. Donc, ce qui est de plus en
plus courant... dans mon mémoire, j'ai passé un chapitre, là, à parler de la
circularité de l'eau. Donc, c'est comment voir, en fait, l'eau dans un
cycle circulaire. Parce que faire des grosses économies d'eau potable, si c'est déjà dans un réseau circulaire, c'est une
action qui est bien, mais qui n'est pas prioritaire à essayer
d'économiser l'eau qui part, en fait, du circuit.
Donc,
il y a un niveau où aussi on peut intégrer, dans ce système-là, pas juste la
quantité d'eau, mais la qualité des
eaux. Quand on rejette des eaux usées, il y a un pouvoir de dilution qui est
indispensable par la suite pour atteindre des seuils qui sont autorisés.
Donc, ça aussi, c'est une consommation d'eau.
Dans des contextes
comme la France où ils vivent des stress hydriques beaucoup plus importants
qu'au Québec, ils sont rendus à l'obligation, en fait, de revoir tout leur
système d'utilisation d'eau pour en faire des boucles fermées. En Colombie-Britannique également, il y a des régions qui sont très
humides, mais il y a des régions qui sont très sèches, là où
l'agriculture est. Donc, c'est la même disparité qu'on a aussi, au Québec,
entre des régions très humides au nord et très sèches au sud. Donc, les
réalités sont vraiment, vraiment différentes.
Il faut avoir une
bonne conscience du cycle de l'eau à l'échelle provinciale mais à l'échelle
très locale. Les meilleures décisions,
souvent, qui sont à prendre sont à petite échelle. Donc, un bâtiment qui se
construit, une ville qui se développe,
même une MRC ou un organisme de... un bassin versant ou une province, c'est
toute la même dynamique des fluides
de l'eau. Les petites actions vont avoir un impact sur l'ensemble du cycle de
l'eau de la province. Donc, vraiment de voir c'est quoi, la réalité du
petit milieu, ce sont quoi, les petites actions qu'on peut déployer,
l'échelle... bien, l'ensemble de ces petites actions là vont avoir un potentiel
à l'échelle de la province.
C'est
les modèles qu'on développe beaucoup, justement, dans les autres régions du
monde où ils ont des enjeux de
gestion d'eau plus importants que chez nous. La base, c'est évidemment l'accès
aux données, et transparent, parce que, quand on parle d'action locale,
on parle d'acteurs locaux, et les acteurs locaux ont besoin de l'ensemble des
données pour pouvoir prendre des décisions très éclairées et efficaces.
Mme McGraw : Alors,
on a... il y a certains groupes qui sont venus pour parler de la tarification
puis de... justement, l'approche égalité
n'est pas nécessairement l'approche équitable. Donc, on a entendu des
propositions par rapport aux risques, la pénurie de l'eau, on a...
propositions en termes d'utilisateurs, usages, santé publique, sanitations, matières premières. Est-ce que vous avez... Est-ce
que vous voulez commenter là-dessus, les collègues, un ou l'autre?
Mme Pétrin
(Rébecca) : La redevance demeure un outil indispensable. Donc,
quiconque prélève de l'eau sur le territoire du Québec doit en assumer
les coûts, en fait. Certains acteurs sont passés devant nous et puis
déploraient que la
redevance allait être trop chère, et ci, et ça. On accote... on va assez
rejoindre les autres... les autres réglementations dans les autres provinces. On reste même vraiment
en bas de d'autres pays, dont de l'Europe, qu'on s'est comparé à maintes
reprises. Je crois que cette tarification-là est juste. Est-ce qu'elle sera
efficace? C'est les années qui vont nous le dire.
Donc, la redevance, son objectif numéro un,
c'est d'inciter à la réduction de la consommation, donc c'est probablement en
mettant cette redevance-là en action qu'on verra si, effectivement, les grands
consommateurs d'eau réduisent leur consommation d'eau. Si ce n'est pas le cas,
on révisera. Dans cinq ans, c'est prévu qu'il y ait une révision de la tarification,
donc peut-être ce sera nécessaire d'augmenter la redevance pour que l'incitatif
soit encore plus élevé. Dans tous les cas,
c'est certain qu'il ne faut pas revenir derrière parce que la ressource n'est
pas renouvelable autant qu'on le veut, et puis il faut... il faut
inciter toujours à réduire.
Mme
McGraw : Est-ce que vous êtes en faveur — peut-être
vous n'avez pas de réponse — à
une tarification qui prend en considération, par exemple, la taille
d'une entreprise ou...
Mme Pétrin
(Rébecca) : La taille de l'entreprise va déjà refléter sur la
quantité d'eau qu'ils vont consommer, donc je ne vois pas pourquoi qu'on
ferait une séparation comme ça. J'irais beaucoup plus avec un modèle qui prend
en compte la disponibilité en eau que de prendre en compte la taille de
l'entreprise. Si certains secteurs ont plus de difficultés à payer la redevance
en eau ou pas et qu'ils ont besoin d'un accompagnement, je pense que les gens
du ministère, du gouvernement ont déjà
commencé à penser à des solutions, là, pour les accompagner. Donc, je crois
qu'on devrait plus aller dans un accompagnement provisoire que d'aller vers une
tarification différente.
• (12 h 50) •
Mme
McGraw : Parfait. C'est une tarification progressive, c'est
comme un peu le système d'impôt, que ceux qui gagnent plus d'argent paient plus et un pourcentage plus élevé, les
deux. Alors, est-ce que vous avez, les collègues, des choses à ajouter?
Il me reste, je pense, une minute. Est-ce qu'il y aurait des points en
conclusion que vous voulez souligner, Mme Pétrin, Mme Voyer,
M. Bélanger?
M.
Bélanger (André) : Bien, moi, je reviendrais sur un élément important
de la connaissance de la consommation de
l'eau. Tu sais, je pense qu'un des programmes... on en a discuté, un des
programmes qui pourrait être financé, c'est l'installation de compteurs d'eau, là, pour être capable, justement, de
connaître les... la consommation, pour être capable de prévoir à
l'avance s'il va manquer d'eau, s'il y a un besoin et si la tarification
reflète bien les particularités du bassin versant.
Parce qu'évidemment on va découvrir, au fil du
temps... la Montérégie sera une région qui va s'assécher et là où il y a beaucoup d'agriculture. Comment va-t-on
réussir à composer avec les aléas des changements climatiques? Bien, il
faut le mesurer. On ne peut pas agir si on ne le mesure pas. Ça fait que ça, je
pense, c'est extrêmement important, sans parler de nouvelle tarification, mais
au moins être capable de voir d'avance puis d'avoir des modèles.
Puis sur... L'autre élément, bien, c'est la
notion de transparence. Plus il y a d'informations, plus cette information, elle est rendue publique et plus on
peut être surpris de ce que les citoyens vont nous... vont mettre en
lumière comme information nouvelle que nous n'avons même pas imaginée. Donc, la
capacité de croiser les données, la capacité de faire de la lumière, de faire
de l'information à partir de la donnée, c'est essentiel que le gouvernement
soit le premier...
Le Président (M. Jacques) : Merci.
M. Bélanger (André) : ...le
premier...
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup. Ceci met fin aux échanges. Je cède maintenant la parole, pour
4 minutes, à Mme la députée de Verdun.
Mme Zaga Mendez : Merci. Je veux
remercier aux trois groupes, Eau Secours!, Fondation Rivières, mais également,
on vous a moins entendue, Mme Voyer, la Coalition québécoise sur les
problématiques du poids. Ça fait que ma question est pour vous. Tantôt, vous
nous avez fait une mise en garde, rapidement, contre le marketing de certaines
entreprises, mais je ne sais pas si vous voulez prendre un peu de mon temps
pour élaborer vos autres recommandations dont on n'a pas pu entendre.
Mme Voyer (Corinne) : Bien, en
termes de d'autres recommandations, je les ai quand même soulignées au niveau
de la valorisation de l'eau municipale de l'aqueduc. Je pense qu'il y a des
efforts à faire pour aussi informer les
citoyens à l'effet que l'eau municipale, elle est bonne, elle est de qualité,
elle est meilleure que l'eau embouteillée, elle a des meilleurs suivis
au niveau aussi de... de salubrité. Donc, il y a cet effort-là, je pense, qui
est à faire, puis ça va passer notamment en valorisant davantage les
installations de fontaines d'eau publiques, en s'assurant aussi d'un peu forcer
la main aux différents commerces que, si quelqu'un veut un verre d'eau parce
qu'il a soif, bien, il n'a pas besoin de payer pour avoir un verre d'eau, c'est
un bien commun, comme on l'a dit.
Donc, moi, c'est vraiment les importants... les
éléments que je voulais amener aujourd'hui, donc. Puis je pense que ça complète
bien. Il y a des éléments de réponse aussi dans le mémoire, au niveau des
ajustements qui peuvent être faits
directement à même le projet de loi. Je ne suis pas avocate, mais c'est des
suggestions à prendre en considération.
Mme Zaga Mendez : Merci.
Bien, une autre question, c'est pour la fondation Eau Secours!, vous parlez
dans votre mémoire des zones de tarification selon les différents stress
hydriques présents. Je ne sais pas si vous voulez nous en dire un peu plus.
Mme Pétrin
(Rébecca) : En fait, c'était une proposition de faire une zone... de
définir deux zones, une zone où il n'y a pas eu, jusqu'à présent, de stress
hydrique, donc on peut citer entre autres la Côte-Nord, et puis une zone où il
y a déjà eu, dans l'histoire de cette zone-là, des pénuries d'eau. Donc, ce
serait vraiment de tarifer plus pour de l'eau
utilisée sur une zone où il y a déjà des pénuries d'eau et moins, en fait, sur
une zone où il y a suffisamment d'eau.
Mme Zaga
Mendez : Merci. Puis j'ai une question plus générale, on en parlait
tantôt, là, des besoins des municipalités puis des régions, tout dépendant des
besoins en eau. Est-ce que vous avez des suggestions, en termes d'adaptation
aux changements climatiques, pour l'utilisation du Fonds bleu puis un peu la
direction que le PL pourrait prendre?
Mme Pétrin (Rébecca) : Bien, en fait, dans le
chapitre que je propose sur l'économie circulaire de l'eau, justement,
on cible le fait qu'en quantifiant la consommation d'eau bleue, d'eau verte et
d'eau grise on arrive à cibler, en fait, par région, où est-ce que c'est le
plus important d'investir. Si c'est de l'eau grise qui est surconsommée, bien,
ça veut dire que c'est des rejets d'eaux usées qu'il faut nettoyer. Si c'est de
la consommation d'eau verte, ça veut dire que c'est les eaux de pluie qu'on
gère mal, donc on doit mettre de l'avant des solutions nature, protection des
milieux naturels, infrastructures vertes. Si
c'est le bilan de consommation d'eau bleue, bien là, c'est des mesures de
réduction de la consommation à la base qu'il faut mettre de l'avant.
Donc, je ramène toujours sur l'effet local, donc c'est vraiment l'aménagement
du territoire à petite échelle qu'il faut regarder pour trouver des bonnes
actions.
Mme Zaga
Mendez : Il me resterait combien...
Le Président (M.
Jacques) : 45 secondes.
Mme Zaga
Mendez : ...est-ce que vous voulez ajouter?
Mme Pétrin
(Rébecca) : Je peux peut-être terminer avec une chose sur... au niveau
de la transparence, nous, dans notre poursuite judiciaire, donc, on a perdu, au
mois de mars, au mois de mai dernier, sur des quantités d'eau qui étaient
prélevées, donc, on a demandé les quantités d'eau prélevées des embouteilleurs.
Suite à cette défaite-là aux services juridiques, il y a une confusion qui est
restée auprès du ministère de l'Environnement sur les demandes d'accès à
l'information. On a fait deux demandes d'accès à l'information sur les permis
octroyés, et non pas les quantités prélevées, et cela nous a été refusé.
Donc, je rappelle la
recommandation du CQDE d'aller changer la loi sur l'eau, l'article 7,
plutôt que d'aller agir sur chacun des
règlements séparément, pour vraiment lever cette confusion-là. Et
malheureusement on m'a demandé de retirer le tableau en annexe 1 de
mon mémoire pour la publication publique.
Le Président (M.
Jacques) : Merci beaucoup pour votre contribution à nos travaux.
Et nous suspendons...
la commission suspend ses travaux jusqu'à 15 heures.
(Suspension de la séance à
12 h 56)
(Reprise à 15 h 06)
Le Président (M.
Jacques) :
Bonjour à tous. La Commission des transports et de
l'environnement reprend ses travaux.
Nous poursuivons les
consultations particulières et les auditions publiques sur le projet de loi
n° 20, Loi instituant le Fonds bleu et modifiant d'autres dispositions.
Cet après-midi, nous entendrons les organismes
suivants : L'Alliance des villes des Grands Lacs et du Saint-Laurent,
l'Association canadienne des boissons, l'Association des gestionnaires
régionaux des cours d'eau du Québec et le Conseil du patronat du Québec.
Je souhaite
maintenant la bienvenue aux représentants de L'Alliance des villes des Grands
Lacs et du Saint-Laurent. Je vous rappelle
que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, après quoi nous
procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Je
vous invite donc à vous présenter puis à commencer votre exposé.
L'Alliance des villes des Grands Lacs et du Saint-Laurent
Mme
Vallières-Roland (Catherine) : Merci. Merci, M. le Président. M. le
ministre, chers membres de la commission,
bonjour et merci de nous accueillir aujourd'hui et de nous permettre, donc, de
réagir au projet de loi n° 20. Nous en sommes vraiment très
reconnaissants.
Alors, je me
présente, je suis Catherine Vallières-Roland, mairesse suppléante à la ville de
Québec. Je suis également membre du conseil d'administration de l'alliance des
villes des Grands Lacs et du fleuve Saint-Laurent. Je suis accompagnée aujourd'hui de Mme Maja
Vodanovic, qui est mairesse de l'arrondissement de Lachine, également
responsable de l'eau au comité exécutif de la ville de Montréal et membre du
conseil d'administration de l'alliance. M. Frédérick Desbiens, responsable
des politiques canadiennes au sein de l'alliance, et Mme Marie-Line
Pedneault, directrice de la Section eau et environnement à la ville de Québec,
nous accompagnent également pour répondre à vos questions.
Alors, l'alliance des
villes des Grands Lacs et du fleuve Saint-Laurent est une organisation
internationale multilatérale qui a été créée en 2003. Elle représente plus
de 230 municipalités canadiennes et américaines, dont plus d'une
soixantaine proviennent du Québec. Elle se consacre principalement à la
protection et à l'exploitation durable des
Grands Lacs et du fleuve Saint-Laurent, qui représentent plus de 20 % des
réserves mondiales douces... d'eau douce, pardon, de surface et qui
fournissent de l'eau potable à plus de 40 millions de personnes.
L'alliance a notamment pour mandat d'effectuer des représentations auprès des
autres paliers de gouvernement et mène des actions articulées autour de quatre grands piliers fondamentaux
que sont la protection et la restauration des écosystèmes, l'équité en
matière d'eau, l'adaptation aux changements climatiques et l'économie bleue. Au
début de l'année 2023, l'alliance a créé un conseil consultatif québécois dont l'objectif sera justement d'accroître
la représentation des intérêts des villes québécoises tant au sein de
l'alliance mais également auprès des autres gouvernements.
• (15 h 10) •
Mme Vodanovic
(Maja) : Alors, tout d'abord, nous accueillons très favorablement le
projet de loi et nous nous réjouissons que le gouvernement du Québec prenne si
au sérieux la protection de l'eau et mette sur pied un fonds dédié à sa
protection, sa restauration, sa mise en valeur et la gestion durable de la
ressource. En revanche, nous aimerions suggérer quelques recommandations qui
pourraient même améliorer ce projet de loi.
Alors, nous aimerions
insister sur l'une des actions que le fonds pourrait soutenir, et il s'agit
bien évidemment que d'optimiser les
infrastructures d'eau municipales. La question de l'optimisation des
infrastructures de l'eau et la
possibilité de construire... de construire davantage d'infrastructures vertes
pour mieux répondre aux changements
climatiques est tellement importante. D'un autre côté, en raison de
l'augmentation de la fréquentation et de l'intensité des vagues de
chaleur, nous pensons également que l'aménagement d'accès aux plans d'eau pour
les citoyens, pour qu'ils puissent s'y rafraîchir, devient un incontournable.
Pour
ce qui est des redevances, nous sommes contents de voir que les sommes payées
par les usagers commerciaux, dont les embouteilleurs, seront augmentées,
ce qui leur permettra de se rapprocher de la valeur réelle de la ressource,
qu'on évalue, à Montréal et à Québec, à environ, en moyenne, 2 500 $
par million de litres. C'est le coût de l'eau au robinet. Nous pensons
cependant qu'il serait pertinent d'augmenter aussi le montant des redevances
pour les usagers industriels. Ces redevances, une fois augmentées,
contribueront à assurer la gestion durable et équitable de l'eau au Québec à travers le Fonds bleu. Il est aussi
important de se donner la possibilité d'augmenter plus fréquemment
qu'aux cinq ans les redevances afin de pouvoir ajuster le prix selon les
pressions externes exercées sur notre ressource. Enfin, puisque l'exploitation
de l'eau est une activité économique qui dépend, dans bien des cas, de la
capacité des municipalités à offrir un réseau d'aqueduc fiable et sécuritaire,
nous pensons qu'une partie importante de ces redevances devrait servir à
renforcer le réseau d'égout et d'aqueduc des municipalités.
Mme Vallières-Roland (Catherine) : Concernant
l'article 118.3.3 de la Loi sur
la qualité de l'environnement, nous rejoignons d'autres acteurs
consultés, dont l'Union des municipalités du Québec, qui mentionnent que cet
article limite le pouvoir des municipalités d'agir et d'innover dans la lutte
contre les changements climatiques. Il est donc important de modifier cet
article pour en garantir cette... garantir cette capacité d'action.
Nous
appuyons par ailleurs l'ajout d'un alinéa dans l'article 53.28 de la Loi sur la qualité de l'environnement, qui
permettra au gouvernement d'agir sur la vente et la distribution des produits
dans contenants ou emballages à remplissage unique. Il est par contre important
que les règlements adoptés en vertu de cet article ne rendent pas inopérante la
réglementation municipale préexistante sur les articles à usage unique. Sur ce
point, nous sommes ravis de constater que le gouvernement provincial est sur la
même longueur d'onde que de nombreuses municipalités.
Permettez-moi de vous
rappeler maintenant quelques-unes des positions plus spécifiques qui
appartiennent à la ville de Québec et à la
ville de Montréal. Nos deux villes accueillent également favorablement le Fonds bleu et saluent le fait qu'il puisse servir au financement
d'initiatives municipales. Les villes sont des gouvernements de proximité incontournables, et il serait par conséquent
important que le projet de loi reconnaisse le rôle de premier plan que
jouent les municipalités en matière
d'aménagement, d'approvisionnement en eau potable et de protection de
l'environnement en leur apportant un soutien financier conséquent et
prioritaire. La loi doit par ailleurs rester agile et souple afin que les
villes puissent travailler en fonction de leur réalité respective.
Autre remarque
générale, nous sommes très satisfaits que le gouvernement mette en place un
fonds qui est véritablement dédié au financement de mesures en lien avec la
protection, la restauration, la mise en valeur et la gestion de l'eau. Nous ne saurions toutefois insister trop sur les
deux éléments suivants : le premier, qu'on s'assure de la
cohérence du fonds avec les autres fonds administrés par le gouvernement, le
second, qu'on s'assure de prendre les mesures
nécessaires pour assurer la prévisibilité et la pérennité du financement. Le
fonds doit notamment nous permettre de mieux collaborer dans l'atteinte
d'objectifs communs. Cette réalité, nous la vivons à Québec, dans le cadre du
bassin versant du lac Saint-Charles, principale prise d'eau de la ville qui
alimente 300 000 citoyens et dont le bassin versant touche plusieurs
municipalités.
Nous sommes par
ailleurs très satisfaits, dans le projet de loi, de l'augmentation des
redevances, une mesure d'écofiscalité servant spécifiquement, dans ce cas-ci, à
la protection de l'eau.
D'autres mesures d'écofiscalité innovantes du
gouvernement du Québec pourraient venir s'ajouter et bonifier le montant de ces redevances en matière notamment
d'économie d'eau potable, de protection des milieux naturels des écosystèmes aquatiques et de plantation d'arbres, l'objectif
étant ici, bien sûr, de diversifier les sources de revenus des villes en leur
donnant toute l'autonomie dont elles ont besoin pour assumer pleinement leurs
responsabilités grandissantes et leur rôle de gouvernement de proximité.
Mme
Vodanovic (Maja) : En conclusion, nous sommes ravis de constater que
le Fonds bleu vise la bonne gestion de l'eau par la protection de ses
bassins versants, mais il ne faut pas oublier toutefois que le fleuve Saint-Laurent
fait partie d'un bassin versant qui chevauche plusieurs provinces et États. La
stratégie du Québec ne doit donc pas se limiter à intervenir sur la qualité de
l'eau seulement une fois qu'elle se retrouve dans le fleuve Saint-Laurent.
Force est d'admettre que nous abdiquons un très grand nombre de leviers pour
agir concrètement sur la situation.
L'histoire
nous l'enseigne, la qualité de l'eau dans le bassin dépend directement des
décisions prises en amont par plusieurs autres juridictions. La majorité
des avancées qui ont eu lieu dans les années 70 dans le bassin... dans le
bassin sont à bien des égards le fruit direct de la collaboration entre les
différentes parties prenantes, qu'elles soient provinciales, nationales et même internationales. L'eau ne connaît pas
de frontières, et sa gouvernance implique donc une collaboration avec
les intervenants... avec différents intervenants et différents États. À ce
titre, le Canada mettra bientôt sur pied l'agence canadienne de l'eau et les
États-Unis réaliseront une étude exhaustive sur la résilience côtière dans le
bassin.
Nous avons
tous donc intérêt de collaborer, car la décision de l'un aura un impact direct
sur l'autre, donc sur nous, ici, sur
notre population au Québec. Là-dessus, chers commissaires, on vous laisse la
parole pour nous poser vos questions.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup pour votre exposé. Et, dans le premier bloc d'échange, je cède la
parole à M. le ministre pour... 30 s.
M. Charette : Merci beaucoup, M. le Président.
Merci à vous d'être avec nous cet après-midi. Un réel plaisir de vous entendre. 16 minutes, c'est court,
d'autant plus que je les partage avec mes collègues. Déjà plusieurs,
plusieurs petites notes par rapport à ce que vous avez mentionné.
Hier, avec l'UMQ, j'ai semblé bien, bien
méchant, selon un titre de La Presse, comme quoi je disais non de façon catégorique. Il faut juste mettre les choses
en perspective avec le Fonds bleu. Ce n'est pas un fonds, et je sais,
là, que ça faisait partie de vos souhaits, ce n'est pas un fonds qui sera dédié
à l'entretien des infrastructures municipales. On convient que c'est un défi important, on convient que c'est un défi
qui est nécessaire aussi, mais ce n'est pas le but du Fonds bleu de
financer des infrastructures de cette nature-là. Le Fonds bleu va davantage
financer la qualité de notre eau dans nos lacs et rivières, la lutte contre les
espèces envahissantes. Donc, c'est davantage sur les plans d'eau eux-mêmes que
le travail se fera ou les interventions se feront. Mais, en disant ça, je ne
veux pas paraître méchant et sans-coeur,
c'est juste que c'est d'autres missions, à travers le MAMH notamment, qui
doivent répondre et qui répondent à ces éléments-là. Il y a un petit
élément pour nous rassurer et réconforter. Dans le dernier budget, on est venu,
du côté du MAMH, renforcer les sommes
disponibles pour justement l'entretien des réseaux d'aqueduc et de traitement
d'eau. Donc, je ne suis pas méchant, je vous le confirme, mais je voulais
réitérer quelle était la finalité du Fonds bleu.
Sinon,
plusieurs éléments que vous avez mentionnés, vous parliez notamment des
contenants à remplissage unique ou, sinon, à usage unique. Vous avez
peut-être vu dans le projet de loi. C'est une disposition que l'on a. Le projet
de règlement n'est pas encore prêt, mais on
s'en va vers ça. On veut interdire la vente de l'eau qui est tout simplement
puisée à partir d'aqueducs municipaux,
essentiellement, parce qu'il n'y a aucune, aucune plus-value. On a de l'eau de
qualité, au Québec, à travers nos réseaux
municipaux, et c'est une mauvaise appropriation de notre eau que de vendre ces
produits-là. Donc, vous rassurer, on réfléchit, on a prépublié
deux projets de règlement, au cours des derniers jours, qui traitent
davantage des redevances, de la transparence, mais éventuellement on reviendra
avec un projet de règlement pour interdire, sinon limiter la vente d'eau
d'aqueduc, là, qui serait tout simplement, pour ne pas dire tout bêtement,
embouteillée pour la revente. Mais hier les gens de l'UMQ nous ont aussi parlé,
là, d'une réglementation qui, par moments,
peut limiter la volonté d'une municipalité de s'impliquer au niveau de la
protection de l'environnement. Il y a des
discussions avec le ministère de l'Environnement, avec le cabinet notamment, et
le milieu municipal, voir comment qu'on peut répondre à cette
préoccupation-là, parce que notre but n'est certainement pas de freiner
l'ambition, là, des municipalités.
Donc, un
petit élément que je voulais vous mentionner, vous parliez d'une hausse des
redevances plus fréquente qu'aux cinq ans. Le projet de loi... en
fait, pas directement le projet de loi, le projet de règlement évoque une
indexation, déjà, de 3 % à chaque année, donc, sur cinq ans, c'est
15 % supplémentaire. Ça peut paraître bien peu, mais ce que l'on dit aussi, dans la réglementation et dans le projet de
loi, c'est que, dorénavant, il y a une révision aux cinq ans qui va se
faire. Non seulement l'indexation, elle est automatique, mais aux
cinq ans... dans cinq ans, là, c'est une hausse essentiellement de 900 % que l'on
propose. Si, dans cinq ans, le gouvernement de l'époque... le futur
gouvernement devait convenir que ça n'a pas généré suffisamment de réduction au
niveau de la consommation, peut-être qu'il y aura une autre hausse aussi
d'importance dans cinq ans, mais déjà, dans l'intervalle, il y a un
3 % d'indexation. Donc, je voulais le mentionner.
Vous disiez, là... Ça va peut-être nécessiter
une petite question de ma part. Est-ce que j'ai compris que vous souhaiteriez qu'on
augmente encore davantage la redevance pour le secteur industriel? Est-ce que
c'est ce que je dois comprendre de votre propos, et quels secteurs industriels
en particulier?
• (15 h 20) •
Mme Vodanovic (Maja) : Oui.
L'ensemble du secteur industriel. Vous avez augmenté, pour l'eau, c'était à
500 $ par million de litres, qui reste quand même très peu, ça fait juste
0,5 $, ça fait 0,5 $ par mètre cube, qui est quand même bas comparé à d'autres villes
européennes, là. Et ce qui est pour... vous l'avez augmenté pour
l'industrie à... 0,03 $, jusqu'à 0,03 $ par mètre cube et 0,15 $
par mètre cube. On pense qu'on peut aller plus haut, quand des villes dans...
des pays européens, par exemple comme l'Angleterre, c'est 4,5 $, jusqu'à
10 $ et même 11 $. Alors, on pense qu'il y a une marge de manoeuvre,
et il y a même des études qui disent qu'on pourrait aller chercher jusqu'à
400 millions de dollars par année dans le Fonds bleu avec des
redevances. On fait juste dire qu'il y a une marge de... On comprend qu'on
était très bas, alors, pour monter à 30 millions, c'est beaucoup, mais on
était tellement bas puis l'eau est tellement précieuse... Et je... Comme je
vous dis, juste l'eau de l'aqueduc municipal, c'est presque 3 $ le mètre
cube. Alors, on pense que l'industrie devrait payer, également, plus.
M.
Charette : C'est définitivement trop bas actuellement, il n'y
a aucun, aucun doute. Ce qui, moi, me désole encore davantage, c'est
qu'il n'y ait pas eu d'indexation, là, depuis plusieurs années. Donc, on vient
corriger ces deux éléments-là. Je comprends l'exemple européen. Nous, on
est dans un contexte nord-américain, et, en Amérique du Nord, avec les taux que
l'on propose, franchement, on vient occuper une position de leadership.
Mais ce que je mentionnais aussi hier,
l'utilisation des sommes n'est pas la même du côté européen. Vous parlez en
mètres cubes. Nous, souvent, pour simplifier la discussion, on parle de
millions de litres. C'est peut-être un petit peu plus facile à considérer ou à
visualiser. Mais, du côté du Danemark, par exemple, on peut être à
10 000 $ le million de litres, mais l'usage qui est fait de ces
sommes-là est complètement différent. Le Danemark va financer le développement
de son réseau d'aqueduc avec les redevances sur l'eau, ce qui n'est pas
l'approche, là, que l'on... que l'on retient. Mais, encore une fois, je le
mentionnais, il faut le financer, ce réseau d'aqueduc là, et c'est là où c'est
davantage avec des crédits budgétaires, là, gouvernementaux, là, que le
financement se fait.
Mme Vodanovic (Maja) : Est-ce que...
est-ce que je pourrais...
M. Charette : Bien sûr, bien sûr.
Mme Vodanovic (Maja) : Je veux
juste... j'aimerais juste répondre à ce que vous avez dit pour la gestion de l'eau, que le Fonds bleu ne cadre pas avec votre
vision, qu'il ne pourrait pas payer les infrastructures de l'eau. Mais
vous souhaitez que le Fonds bleu protège la
qualité de l'eau, et il n'y a rien de plus performant que des systèmes
performants d'égouts des municipalités.
Parce que, même, le ministère nous demande, nous exige de mettre des normes
très, très sévères dans nos
infrastructures, et, simplement enlever l'azote de l'eau de Montréal, ça va
nous coûter 2,5 milliards de dollars d'investissements.
Enlever les virus et les bactéries, ça nous coûte presque 1 milliard, en
ce moment, pour le système d'ozonation. On fait juste dire que c'est les
municipalités, avec leurs égouts, qui polluent le plus les bassins en ce
moment, alors ne pas vouloir financer, à la hauteur des besoins, ces
infrastructures-là ne nous aide pas à assainir l'eau. Ça reste très, très peu
pour la quantité qu'on peut faire.
M. Charette : Je comprends tout ce
que vous dites, mais ce n'est pas ce que je dis. Ce n'est pas qu'on ne veut pas
vous aider, ce n'est pas le Fonds bleu qui est le bon outil pour vous aider à
ce niveau-là. C'est davantage des programmes comme le PRIMEAU, qui a été
rehaussé notamment. Mais je veux juste...
Mme
Vodanovic (Maja) : Oui. D'ailleurs, j'aimerais juste... j'aimerais
juste vous dire, sur le PRIMEAU, je vous remercie énormément pour le PRIMEAU, mais c'est surtout sur les
conduites, mais... et on vous remercie pour l'argent qui a été versé à
Montréal, mais c'est insuffisant. Alors, comme vous le savez, les villes ont
besoin de 2 milliards par année pour combattre les changements climatiques
et les inondations. Alors, je veux juste vous dire que 100 millions par
année, c'est bien, mais c'est insuffisant.
M.
Charette : Le 2 milliards par année, on pourra en
discuter. Ça peut même être autour d'une bière, éventuellement.
Mme Vodanovic (Maja) : Avec plaisir.
M. Charette : Mais on déborde
largement, mais largement le cadre du Fonds bleu. Et même, dans ces revendications-là, on est dans des lieux qui nous
éloignent passablement de l'eau, lorsqu'on parle, par exemple, du réseau
routier à entretenir, et, là aussi, je suis
d'accord. Donc, on se rejoint là-dessus, mais ce n'est pas l'objet du projet de
loi.
Vous parliez
également, là, de collaborer pour déterminer et retenir l'intérêt commun. C'est
la raison pour laquelle ça ne peut pas être un seul secteur qui soit le
principal récipiendaire des fonds du Fonds bleu. Et c'est la raison pour laquelle on a mis en place le Forum d'action sur l'eau. Merci d'y contribuer. Et, dans ce forum-là, le
but de l'exercice, c'est le suivant : chaque acteur joue un rôle
incontournable au niveau de l'eau, mais chaque acteur doit s'oublier un petit peu, dans ces travaux-là, pour, justement,
déterminer l'intérêt commun. Donc, les villes sont représentées, le
secteur agricole est représenté, le secteur
scientifique, mais, quand les villes parlent, mon souhait, c'est que les villes
ne parlent pas dans le seul intérêt des villes, quand le secteur
agricole parle, qu'il ne parle pas que dans le seul intérêt du secteur
agricole, mais que tous ensemble arriviez à parler d'une seule voix pour la
protection de l'eau, en général. Parce que, si
on réunit des acteurs qui ne parlent que pour leurs propres... je dis
«intérêts», pas de façon péjorative, là, mais selon leur seule mission à
eux, bien, ça n'a pas de pertinence, là. Donc, chacun doit s'oublier un petit
peu pour arriver à mettre de l'avant l'intérêt commun.
Et le forum d'action, jusqu'à maintenant,
donne des résultats drôlement intéressants à ce niveau-là. J'ai
drôlement hâte de voir le prochain rapport, qui viendra nous aider à orienter
ou à prioriser ce qui devrait être financé par le Fonds bleu, mais ce ne sera
pas qu'une vision municipale, ou qu'une vision agricole, ou qu'une vision
scientifique, c'est réellement l'ensemble
des visions qui, je vais le souhaiter, vont se... va se retrouver, là, dans ce
rapport-là. C'est dans quelques mois. Je sais que ma collègue
d'Argenteuil pilote les travaux de main de maître, mais je suis à distance ces
travaux-là avec beaucoup d'intérêt, et j'aurai aussi beaucoup de plaisir et de
curiosité à vous lire, ultimement.
Là, je regarde mes
collègues, je sens que j'ai déjà trop parlé. Peut-être une petite dernière
intervention. Le lac Saint-Charles, c'est une très belle illustration du type
de collaboration que l'on veut générer à travers, oui, le Fonds bleu, mais le forum d'action. Lorsqu'on a fait
l'annonce, il y a quelques mois maintenant, on venait toucher différents
secteurs, autant protéger les milieux
humides avoisinants, autant s'assurer que les systèmes sanitaires privés
puissent être mis aux normes. Donc,
on est venus s'attaquer à plusieurs facteurs de détérioration, mais avec une
collaboration autant de la ville que
du milieu environnemental du secteur, que du gouvernement du Québec. Donc,
c'est une belle illustration de ce que pourra permettre, je pense, le
Fonds bleu. Et, oui, le lac Saint-Charles, pour la région de Québec, c'est un
incontournable, donc il fallait s'y attaquer et s'y attarder, là, de façon
particulière.
Donc, pour ne pas me
faire reprocher de trop parler par mes collègues, je vais laisser...
Mme
Vallières-Roland (Catherine) : M. le ministre...
M. Charette :
Oui, bien sûr.
Mme Vallières-Roland (Catherine) : ...est-ce
que vous me permettez de réagir à vos propos concernant votre souci
d'impliquer aussi d'autres acteurs? Puis je tiens à vous rassurer à l'effet
qu'il existe aussi des mécanismes pour, justement, nos municipalités pour
prendre le pouls des préoccupations aussi du milieu. Donc, il y a vraiment des espaces de concertation, et je vous en donne
un exemple : la table de concertation sur la gestion intégrée du
fleuve Saint-Laurent, qui... sur laquelle je siège, qui permet justement de
prendre, disons, le pouls à la fois des organismes de bassins versants, des
entreprises, puisque le milieu des affaires y siège également, le milieu
agricole. Donc, on a exactement le même
souci que vous de prendre en compte, je dirais, leurs préoccupations. La nôtre
est bien sûr... est reliée à l'ensemble des responsabilités que possèdent
les villes, que ne possèdent pas les autres organismes, donc, du fait que nous
avons aussi à gérer cette précieuse ressource. Alors, c'est la raison pour
laquelle on insistait sur ce point.
M. Charette :
C'est gentil. Merci beaucoup. Merci.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
M. le ministre. Je cède maintenant la parole à M. le député de René-Lévesque.
• (15 h 30) •
M. Montigny :
Merci beaucoup, M. le Président. Bon, il ne nous reste presque pas de
temps. Je vais essayer de me concentrer sur
l'essentiel. Alors, je connais l'organisation que vous représentez, j'ai été
maire de Baie-Comeau pendant
cinq ans, on a eu déjà des discussions ensemble. Ça fait plaisir de vous
retrouver.
Évidemment, comme
maire, on a toujours cette demande constante d'augmenter les budgets municipaux
en demandant à Québec de faire ça. Moi, j'ai envie de voir avec vous, avec le
temps qu'il me reste, qu'est-ce que vous pouvez faire pour contribuer, comme
municipalités, particulièrement votre regroupement, qui sont des municipalités
en forte croissance dans des régions populeuses, versus d'autres municipalités
comme où j'ai été maire, où il y a une décroissance?
Qu'est-ce que vous pouvez faire, vous, comme villes en forte croissance, dans
le secteur, particulièrement vers les Grands Lacs, pour contribuer à ce
qu'on est en train de mettre en place comme nouvelle législation, le Fonds
bleu, etc. Comment vous pouvez contribuer?
Mme Vodanovic
(Maja) : ...je pense qu'il faut arrêter de se voir comme...
Une voix :
...
Mme
Vodanovic (Maja) : ... — est-ce
que... c'était-tu correct? Je
pense qu'il faut arrêter de se voir en opposition, les villes vis-à-vis
le gouvernement, le gouvernement vis-à-vis les autres États, parce que
l'urgence climatique nous pousse à
dire : On va s'asseoir tous autour de la même table, un peu comme vous
voulez faire, M. le ministre, mettre tout le monde autour de la même
table et dire c'est quoi, les solutions qu'on peut amener ensemble, tu sais,
c'est quoi. Les villes... les villes doivent
taxer davantage, oui. Comme la province de l'Ontario, eux, ils ont une
obligation de taxer et que leur système d'eau soit autofinancé à travers
les taxes municipales. Est-ce que le gouvernement du Québec veut imposer ça aux municipalités, qui sont déjà... nos
citoyens sont déjà surtaxés? Alors, qu'est-ce qu'on peut faire ensemble?
Moi, je pense qu'il faut s'asseoir ensemble,
les municipalités et notre gouvernement, pour voir quelles sont
les solutions pour un financement durable de notre ressource et de nos
infrastructures. C'est primordial.
M. Montigny :
...secondes?
Le Président (M.
Jacques) :
40 secondes.
M. Montigny : 40 secondes.
Bien, simplement, nous dire... Tu sais, vous avez demandé au fédéral, en
janvier, de s'investir davantage. Vous leur avez demandé quoi, au fédéral?
M. Desbiens
(Frédérick) : Je peux répondre. Alors, nos représentations ont
principalement porté sur le... sur le plan
d'action sur... C'est très anglais, hein, lorsqu'on est au fédéral, alors,
c'est le... c'était pour renforcer le Plan d'action sur l'eau douce,
l'amener à 1 milliard sur les 10 prochaines années. Ils l'ont fait
jusqu'à 620 millions, si je ne me trompe pas. Donc, de ce côté-là, on se
compare assez favorablement.
Puis,
de la même manière, on a fait beaucoup de représentations auprès de l'Agence
canadienne de l'eau, bien, pour concrétiser cette agence-là, parce qu'on
pense effectivement que toutes les juridictions qui sont impliquées dans la gestion durable de l'eau doivent être à la
table pour faire avancer les connaissances, partager les meilleures
pratiques, etc. Donc, c'est... ça a été essentiellement le sujet de nos
représentations auprès du gouvernement fédéral.
Le Président (M.
Jacques) : Merci beaucoup pour cette période d'échange. Je cède
maintenant la parole à l'opposition officielle et à Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce
pour 12 min 20 s.
Mme McGraw : Merci, M. le Président. Et bienvenue, merci d'être
avec nous, pour la présentation, le mémoire très intéressant, des
recommandations très intéressantes.
Et d'ailleurs je vais
commencer avec le point sur l'Agence canadienne de l'eau. Je sais qu'en crédits
le ministre le sait et le ministre Roberge
aussi, qu'on a été déçus que le Québec ne s'est même pas porté comme
candidat pour recevoir. Malgré les ressources, malgré notre or bleu, on ne
s'est même pas porté candidat pour être le candidat, justement, pour recevoir cette agence-là. Parce qu'on sait que c'est une
vraie richesse au Québec, c'est une force, et on peut jouer un rôle de
premier plan. Donc, je souligne ça.
Alors,
j'ai des questions. Première question, Mme la mairesse, ce serait de... Bien,
je sais qu'il y a deux madames la mairesse. La valorisation de l'eau à
Montréal et Québec, si je comprends bien, on le valorise, vous le valorisez à 2 500 $ par... C'est bien ça,
2 500 $? Est-ce que vous pouvez élaborer le calcul? C'est des...
c'est des services écologiques. Est-ce que vous pouvez en discuter ou
détailler?
Mme Vodanovic
(Maja) : Oui. À Montréal, en fait, c'est 2 900 $, et, à
Québec, c'est 2 300 $, c'est ça, qu'on calcule. Alors, ça, ça inclut le coût des infrastructures et du maintien
des infrastructures, le coût des usines de filtration, la mise à niveau
des usines de filtration, mais ça n'inclut pas tout... encore tous les coûts de
mise aux normes qu'on doit faire, mais juste
la gestion de tout le réseau pour prendre l'eau brute, la traiter, l'acheminer
jusqu'à la maison et, après, prendre cette eau et la purifier avant de
la rejeter. Et Montréal, on traite plus que 50 % des eaux usées du Québec,
alors on a une valeur d'infrastructures de 33 milliards de dollars.
Mme McGraw : Merci. C'est bien intéressant. Et d'ailleurs, si
je comprends bien, vous proposez une approche intégrée. Parce qu'on
reconnaît, si je comprends bien, par exemple, les égouts, le rôle, la pollution
des eaux, et, justement, c'est
l'investissement dans les infrastructures, si je comprends bien. Si je
comprends bien, il y a un déficit de 38 milliards de dollars,
et on comprend que ça pourrait venir... pas nécessairement du Fonds bleu, parce
que, déjà, avec un 500 000 $, je pense que... C'était un
650 millions qui a été promis, au début, on est rendu avec
500 millions, donc c'est... le déficit... le déficit est beaucoup plus
large.
Alors,
ce serait intéressant d'en savoir plus, d'avoir des exemples plus concrets par
rapport à... avec un investissement
plus poussé ou même avec un 2 milliards, par exemple, à quoi pourraient servir...
avec des exemples... concrets, je
devrais dire, le 2 milliards par an qui a été demandé par le pacte vert des municipalités. Vous savez peut-être, ce matin, j'ai posé
une question là-dessus. Donc, je vous écoute.
Mme Vodanovic (Maja) : Moi, j'aimerais juste
dire deux choses, une chose sur l'Agence canadienne de l'eau, je pense, qu'une collègue de
l'administration a posée : Qu'est-ce qu'on peut faire pour améliorer les
choses, qu'est-ce que les municipalités peuvent faire? Bien, il y a une
chose, en ce moment, il y a énormément de... comme on dit en anglais, de «red
tape», hein? C'est très, très, très difficile d'avoir les permis pour réaliser
nos infrastructures vertes, pour contrer les changements climatiques. C'est
très difficile. Alors, il y a des... il y a des normes fédérales qui s'ajoutent
aux normes provinciales et il y a plusieurs niveaux de normes de ministères,
fédérales, alors on aimerait que le Québec participe à l'Agence canadienne de
l'eau pour essayer de réduire... pas de réduire les normes, on veut quand même
que ce soit performant puis qu'on fasse les bonnes choses, mais de simplifier
et adapter à la réalité des villes en 2023. En ce moment, on est pris dans une
sorte d'imbroglio de normes qui se chevauchent. Alors, aidez-nous pour ça, on
va s'aider entre nous avec ça. De un.
De
deux, on a besoin d'investissements dans les infrastructures de l'eau qui sont
vieillissantes, parce que, quand un tuyau,
un collecteur... quand il brise, quand il n'est pas maintenu, bien là, ça coûte
10 fois plus à une municipalité pour le réparer. Et nous, en ce
moment, à la ville de Montréal, et vous avez tous les chiffres parce qu'on doit
rendre compte à tous les ans au gouvernements du Québec, on a un besoin
d'investissements minimal de 1 milliard à Montréal et on arrive juste à
mettre 500 millions pour maintenir notre infrastructure. Et là il y a
plein de normes qu'on doit... qu'on doit... comment qu'on dit, des normes qu'on
doit respecter, on doit respecter certaines normes.
Et d'ailleurs l'usine
d'ozonation est faite pour respecter une certaine norme, et cette usine va
enlever 99 % des bactéries du fleuve pour les villes qui sont en amont de
la ville de Montréal. Alors, on contribue directement à la qualité de
l'écosystème du lac Saint-Pierre et à la qualité de l'eau de la source d'eau
potable pour toutes les villes qui se
trouvent après Montréal. Alors, c'est des gains énormes pour les municipalités
quand on investit dans nos infrastructures.
M.
Desbiens (Frédérick) : Si
vous me permettez juste d'ajouter un petit élément. Alors, vraiment
rapidement, sur la question de l'élargissement, là, du champ d'action du fonds,
qui est un peu ce dont il vient d'être question, l'idée, ici, ce n'est pas
nécessairement de faire une concurrence entre différents programmes, etc. La
raison pour laquelle on parle d'optimisation, dans notre recommandation, c'est
qu'on pense qu'à bien des égards il y a certains moments, dans la
réglementation, etc., et dans le financement des mesures par d'autres
programmes, que ça devient très difficile
pour les municipalités d'avoir des petites... de poser des petits gestes très,
très, très concrets qui permettent de mettre en place une nouvelle
technologie, par exemple. Et cette technologie-là, elle porte directement sur
le fait... elle porte directement sur la
protection de l'eau, là. On ne parle pas de... on ne parle pas nécessairement
d'investir des milliards par le biais du Fonds bleu dans la protection,
dans la mise à jour de nos infrastructures, on parle de trouver des petits endroits
spécifiques qui permettent d'obtenir de très grands gains.
Mme Vodanovic (Maja) : Et
d'ailleurs... j'aimerais juste renchérir là-dessus, d'ailleurs, les villes ont
besoin de sommes prévisibles, parce que planifier la remise en oeuvre d'une
infrastructure, ça prend 10 ans. Alors, on ne peut pas avoir juste un
petit programme par-ci, par-là. On a besoin de stabilité pour faire du bon
travail.
Mme
McGraw : Merci d'avoir... Puis vous avez parlé de la
prévisibilité et de la pérennité aussi du financement. Donc, on sait qu'il y a des groupes qui sont venus
nous parler du 38 milliards de dollars pour l'investissement dans
le maintien des actifs en infrastructures. Est-ce que vous avez d'autres choses
à ajouter? Comment, concrètement, cet investissement
de protection de l'eau pourrait protéger les écosystèmes de l'eau? Est-ce que
vous avez d'autres choses à ajouter là-dessus?
• (15 h 40) •
Mme
Vodanovic (Maja) : Bien, je pense que si... M. le ministre disait
tantôt que ça englobe les infrastructures en général, mais la moitié de ça, c'est les infrastructures de l'eau. Et
les villes ont vraiment besoin d'innover en ce moment pour faire des
infrastructures vertes, parce qu'en ce moment, il y a tellement d'eau qui tombe
d'un coup que nos infrastructures ne sont pas suffisantes, alors les gens
s'inondent. Alors, oui, il y a de l'inondation sur les berges avec les fleuves
et les rivières, mais les villes inondent de l'intérieur parce que nos égouts
ne suffisent pas.
Alors, il
faut innover à faire en sorte d'enlever de l'asphalte sur nos rues et faire des
bassins verts qui absorbent l'eau, planter des arbres. Et ça, ça prend
énormément de planification et de... mon Dieu!, de flexibilité, d'argent pour le faire, pour protéger nos citoyens à l'intérieur
de nos villes. Alors, en fait, Montréal vit plusieurs épisodes
d'inondations. En tout cas, vous le voyez un peu partout, en arrivant ici, à
Québec, je le voyais.
Alors, en
fait, on tend la main, là, on ne veut pas dire... je ne veux pas être ici en
train de dire : On a besoin d'argent, M. le ministre. Je fais juste vous dire l'état des choses, puis qu'on
veut contribuer à dépolluer notre fleuve, puis qu'on a besoin de trouver
des solutions communes, ensemble, puis on est contents que vous ameniez ce
fonds-là. Voilà.
Mme McGraw : Et tout le monde est
d'accord que le fonds, c'est un pas important dans la bonne direction, c'est absolument ça, mais, si je comprends bien,
vous parlez d'une approche intégrée, cohérente, coordonnée au niveau du
fonds, mais le fonds aussi avec d'autres fonds, et qu'il y a un défi plus...
encore plus large en ce qui... l'infrastructure d'eau, qu'on peut faire un pas
en avant important, mais des pas en arrière avec les infrastructures
vieillissantes, etc., si je comprends bien.
Mme Vodanovic (Maja) : ...exemple
concret de ce qu'on fait maintenant à la ville de Montréal dans les infrastructures : à chaque fois qu'on change
un tuyau important dans une rue, on ne refait jamais la rue à l'identique,
on ajoute des trottoirs avec des saillies drainantes, on ajoute de la verdure,
on ajoute des arbres. Ça coûte plus cher, oui, mais, à la longue, ça va faire
une ville plus résiliente. Et ça prend beaucoup plus de temps à planifier,
mais... Et aussi ça nous demande de rapiécer plusieurs différents programmes,
là, et que la ville de Montréal est très efficace à faire.
Mme Vallières-Roland (Catherine) : ...
Mme McGraw : Oui, s'il vous plaît.
Oui.
Mme Vallières-Roland (Catherine) : Vous
parliez d'approche intégrée. C'est effectivement l'approche, là, qu'on adopte,
à l'Alliance. Il y a, bien sûr... individuellement, chacune de nos villes peut,
bien sûr, investir dans nos infrastructures, mais il y a... on peut agir aussi
à d'autres niveaux, donc, au niveau réglementaire, au niveau des normes. Et
c'est à cet égard-là qu'on travaille, justement, avec vous, avec le
gouvernement du Québec, mais aussi où on fait pression sur le gouvernement
fédéral, justement, pour avoir notre juste part.
Et il y a aussi... À travers l'Alliance, il y a
des représentations que les villes québécoises peuvent faire auprès du gouvernement fédéral américain et des États
américains, qui, comme vous le savez... dont les décisions ont un impact
vraiment très, très important sur, justement, notre capacité à protéger notre
eau. Et le message, aussi, je tiens à le réitérer :
Qu'on a besoin de vous pour, également, transmettre ce message, à la fois au
gouvernement... au gouvernement canadien
pour aller chercher les sommes et aussi la souplesse dont Maja parlait tout à
l'heure sur le plan réglementaire et législatif.
M. Desbiens
(Frédérick) : Si vous me permettez, rapidement, lorsqu'on parle de
l'importance d'agir en collaboration avec
les autres juridictions, c'est très important de comprendre qu'à l'échelle de
l'histoire, là, les plus grandes avancées qui se
sont faites dans le bassin, puis, nous, notre unité de référence, c'est
vraiment le bassin des Grands Lacs et du
fleuve Saint-Laurent, bien, la plupart du temps, ça a lieu par le biais d'un
accord international. Je vous donne, par exemple, le cas de l'Accord sur
la qualité de l'eau dans les Grands Lacs. C'est vraiment suite à cet accord-là,
qui a été adopté dans les années 60, à peu près, là, que les villes dans
tous les Grands Lacs autour... dans tous les... tout autour des Grands Lacs ont
pu se doter d'infrastructures qui allaient faire en sorte, finalement, que les
rivières... parce qu'à l'époque, c'était le cas, que les rivières arrêtaient de
partir en feu.
Donc, c'est des
images assez fortes, mais c'est vraiment par le biais de ces accords-là que,
finalement, on a des impacts concrets. Parce
que chacune des juridictions, finalement, adopte une norme et l'applique de
manière cohérente sur l'ensemble du territoire. Donc, si on ne le fait
pas, bien, les microplastiques, par exemple, c'est quoi, notre réel levier
d'action là-dessus? Les PFAC... PFAS, c'est quoi, notre levier d'action
là-dessus, si on ne s'engage pas avec le fédéral et les États-Unis? Alors, je
pense que poser la question, c'est y répondre.
Mme McGraw : Donc, je crois qu'il me reste quelques secondes.
Donc, si vous avez... J'ai d'autres questions, mais est-ce que vous
avez, en conclusion, quelque chose à ajouter? Sinon, je...
Mme Vodanovic
(Maja) : Bien, je pourrais dire, rapidement, là, une des raisons pour
laquelle on devrait vraiment prêter une
bonne oreille envers les États-Unis... On y est allés, dernièrement, à
Washington, et il y a vraiment des
discussions. Les gens des États-Unis, que, vous savez, ont soif d'eau, en
Californie, bien, ils pensent venir prendre l'eau des Grands Lacs. C'est
des discussions en cours.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup. Ça termine l'échange. Et j'invite maintenant la députée de
Verdun à prendre la parole pour 4 min 7 s.
Mme Zaga Mendez : Merci. Merci beaucoup.
Merci beaucoup pour votre présentation. Tout à l'heure, on parlait un
peu des objectifs du Fonds bleu vis-à-vis les besoins des municipalités.
Donc,
je voulais un peu vous entendre sur... Est-ce que, selon vous, le Fonds bleu,
tel que proposé dans le PL n° 20, répond à l'ensemble des besoins
des municipalités en termes de gestion et préservation de l'eau?
Mme Vodanovic
(Maja) : Bien, moi, je peux dire que le Fonds bleu est une très bonne
chose, c'est un bon premier pas, mais c'est sûr qu'avec 100 millions par
année, on ne va pas loin. Mais c'est très bien, par exemple, qu'il va s'occuper des fosses septiques autour des lacs,
tu sais. Il y a plusieurs actions qui sont absolument nécessaires, le
contrôle de l'eau embouteillée dans les...
tout ça, c'est des excellentes initiatives, mais ça reste insuffisant. Même
combiné avec les autres fonds, c'est insuffisant pour vraiment rendre en
sorte que Québec soit résiliente face à l'urgence climatique.
Mme Zaga
Mendez : Et si... On a peu de temps, mais, si vous voulez développer
un peu plus sur le besoin des 2 millions... milliards de dollars par
année. Quels types d'activités seraient financées avec ces fonds-là?
Mme Vodanovic
(Maja) : Je pourrais y aller. Une des activités, c'est nécessairement
les infrastructures vertes, immuniser les
immeubles, les gens qui sont de plus en plus inondés dans les villes, faire des
bassins de rétention. Un bassin de rétention et des élargissements de conduites,
ça peut coûter entre 50 et 100 millions de dollars à la ville de Montréal. Ça, c'est pour capter les eaux
combinées de pluie et d'égout, les retenir dans un bassin sous terre avant
qu'elles ne soient rejetées... pour ne pas qu'elles ne soient rejetées dans le
fleuve. Alors, on contribue directement à protéger la qualité de la source
d'eau potable pour les villes autour de l'île de Montréal. Alors, ça, c'est une
action.
Puis l'autre action,
c'est de moderniser nos usines d'eau potable, et une autre action pour que la
qualité de l'eau soit meilleure est de colmater les fuites. La ville de
Montréal a encore 30 % de son eau qui disparaît sous terre, dans des
fuites, et ça, ça demande, bien sûr, beaucoup de... beaucoup de travail,
beaucoup de gestion, d'auscultation pour réparer tout ça. Et, bien sûr,
investir dans nos usines d'épuration, c'est... Le travail est infini.
Mme
Vallières-Roland (Catherine) : ...
Mme Zaga
Mendez : Allez-y, allez-y.
Mme Vallières-Roland (Catherine) : ...on
a sensiblement les mêmes besoins, mais je reviens, tout à l'heure, à l'intervention de M. le député sur quelle est la
contribution des villes. Et, bien sûr, on demande à avoir du financement
additionnel, mais, à la ville de Québec, il
faut savoir qu'au dernier budget on s'est dotés d'une réserve en
changements climatiques... en fait, pour
lutter contre les changements climatiques, à investir dans les infrastructures,
donc, on a mis 15 millions de
côté, mais pour atteindre la somme de 300 millions d'ici 2028. Donc, on
souhaite justement, en le faisant, faire notre part, mais, bien sûr, ces
sommes-là sont insuffisantes, et c'est la raison pour laquelle, avec l'Union
des municipalités du Québec, là, on a...
Dans le fond, l'ensemble des municipalités, là, demande à avoir le montant de
2 milliards.
Mme Zaga
Mendez : Merci. Et j'imagine que c'est... il y a un lien direct avec
votre recommandation n° 2, c'est-à-dire d'augmenter les redevances pour
aller chercher plus de sous et financer, donc...
M. Desbiens (Frédérick) : Rapidement,
en effet, pour nous, les redevances, c'est d'abord et avant tout un outil
économique qui permet de recapturer une externalité négative sur une activité
économique donnée. Alors, à ce titre-là, bien, nous, on
juge qu'il y a plusieurs activités économiques industrielles qui ont
probablement un impact environnemental assez grand...
Le Président (M. Jacques) : En
terminant.
M. Desbiens (Frédérick) : ...puis
que, donc, il pourrait y avoir des... un montant plus adapté à cet impact-là.
Mme Zaga Mendez : Merci beaucoup.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup pour votre contribution à nos travaux.
Et je suspends quelques instants pour recevoir
un nouveau groupe. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 15 h 50)
(Reprise à 15 h 53)
Le Président (M. Jacques) : Donc,
nous sommes de retour, et je souhaite la bienvenue au représentant de
l'Association canadienne des boissons. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, après quoi nous procéderons à la période
d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous
présenter et à commencer votre exposé.
Association canadienne
des boissons
M. Pelletier (Martin-Pierre) : Merci
beaucoup, M. le Président, M. le ministre, Mmes, MM. les députés. Merci beaucoup aux membres de la commission de
nous avoir invités à témoigner devant vous aujourd'hui. Mon nom est Martin-Pierre Pelletier. Je représente
l'Association canadienne des boissons et son chapitre québécois. Mme Krista
Scaldwell, la présidente de l'association, m'a demandé de la remplacer
aujourd'hui devant vous.
La division québécoise de l'Association
canadienne des boissons représente les compagnies qui produisent et distribuent les boissons gazeuses, entre autres,
mais aussi les autres boissons non alcoolisées au Québec. Notre
association, donc, c'est environ... plus d'une centaine de marques de boissons
gazeuses, de jus, de boissons à base de jus, d'eau embouteillée, de boissons pour sportifs, de thé et de café prêts à
servir, de boissons énergisantes et d'autres boissons non alcoolisées. Pour faire ça simple, là, quand vous
allez à l'épicerie, la rangée des boissons, 85 % de ce que vous
trouvez dans cette rangée-là, c'est nos membres qui les produisent.
Donc, les
membres de notre association emploient directement 1 500 Québécois et
Québécoises, environ 13 000 emplois
au Québec aussi, indirects et répartis sur la grandeur du territoire québécois.
Donc, que ce soit en Abitibi, dans
l'ouest du Québec, en Estrie, en Montérégie, à Montréal, à Québec ou dans
l'Est-du-Québec, nous sommes vraiment très présents dans toutes les
régions.
Je ne peux pas me présenter à vous aujourd'hui
sans prendre 10 secondes de mon temps pour vous parler du système de
consigne. C'est avec grand plaisir que nous avons été une des associations qui
a créé l'AQRCB, qui est l'organisme de gestion désigné par le gouvernement.
Nous envisageons le travail avec le gouvernement, puis avec l'Assemblée nationale au complet, qui a adopté le
projet de loi visant l'élargissement de la consigne et sa
modernisation... donc, nous sommes très enthousiasmes... très enthousiastes,
pardon, sur ce chantier de taille, mais que nous allons livrer avec succès dans
les prochains mois.
Maintenant,
la création du Fonds bleu. D'emblée, j'aimerais souligner aux membres de la
commission que les membres de notre association partagent les objectifs
du gouvernement avec la création du Fonds bleu. Tout comme le gouvernement et
très certainement les membres de cette commission, les membres de notre
association ont à coeur la protection de la ressource eau, et c'est pourquoi
nous appuyons la mise en place d'un tel fonds. L'eau, qu'elle soit de source ou de provenance municipale, est
l'ingrédient principal de tous les produits que nous fabriquons. Nous
avons donc intérêt à traiter cette ressource avec la plus grande diligence, et
ce, pour les générations à venir. La conservation et l'utilisation responsable de l'eau sont les piliers centraux de
l'engagement des membres de l'Association canadienne des boissons à
l'égard de la responsabilité sociale des entreprises. C'est important pour le
Québec d'aujourd'hui, de demain, tout comme pour nos entreprises.
Avant même que le Fonds bleu soit considéré, nos
membres ont mis de l'avant plusieurs initiatives afin de réduire leur
consommation d'eau. Des exemples : des rinceuses à air ionisé, des
lubrifiants sans eau sur les lignes d'embouteillage,
des boucles fermées pour récupération de l'eau, la récupération d'eau de pluie,
de la géothermie dans nos usines. Vraiment, nous sommes à l'avant-garde
de ce qui doit être fait pour économiser l'eau qui est si chère pour nos
entreprises.
En ce qui concerne le projet de loi n° 20, en plus de la création du Fonds bleu, le projet de
loi vient modifier la Loi sur la qualité de l'environnement en ajoutant deux articles préoccupants pour notre
industrie puisqu'il donne au gouvernement un pouvoir de limiter ou de
bannir par règlements certains usages de l'eau provenant d'un aqueduc et peut également déterminer les conditions ou
prohibitions applicables à l'offre de vente de produits dans des
contenants à remplissage unique. Cet article de loi confère au gouvernement ce
nouveau pouvoir et pose pour nous certaines
inquiétudes.
Nous pensons que ce
pouvoir doit être beaucoup mieux encadré par la loi. À ce jour, aucune
précision n'a été fournie, si ce n'est des commentaires, encore aujourd'hui, de
M. le ministre mentionnant que des compagnies embouteillaient de l'eau
municipale pour la revendre sans aucun traitement. Il considérait cette
pratique comme étant quelque chose qui
pourrait ultimement faire l'objet d'un tel bannissement, et ça nous préoccupe.
À notre connaissance, aucune entreprise au Québec n'embouteille de l'eau
du robinet pour la vendre par la suite. La grande majorité de nos membres
utilisent de l'eau municipale pour fabriquer leurs produits, tels les jus, les
boissons gazeuses, les thés glacés, une panoplie d'eau pétillante aromatisée ou
même des eaux plates. Il en va de même pour l'eau distillée que nous fabriquons, fort utile pour nos hôpitaux et
les pharmacies. Pour la fabrication de l'ensemble de ces produits, l'eau
que nous utilisons est traitée, conditionnée pour les différents usages et
profils de goût. L'eau que nous utilisons sert à étancher la soif des
Québécois. C'est l'usage le plus important et le plus noble, d'après nous, de
l'eau du Québec.
En ce qui concerne les redevances sur l'eau,
permettez-moi également aussi d'être clair sur nos propos à ce sujet. Nous pensons qu'il est normal que
l'ensemble des utilisateurs d'eau pour des fins commerciales ou
industrielles paient une redevance sur
l'eau. On n'est pas contre les redevances sur l'eau. Nous reconnaissons que le
gouvernement a l'intention de réduire l'écart entre les deux taux qui existent
présentement, mais, pour nous, l'équité pour l'ensemble des utilisateurs d'eau
devrait être avoir un taux unique. Que nous préparions des aliments, que nous
lavions des poulets dans un abattoir ou que
nous faisions pousser des tomates, que nous extractions de la ressource
naturelle ou que nous embouteillions des boissons, nous utilisons tous
de l'eau. Pourquoi mettre des taux différents en fonction de certaines utilisations ou que certains secteurs
soient complètement exclus? Le gouvernement doit corriger cette
injustice.
L'eau embouteillée et les autres boissons ne
représentent qu'une très petite partie de l'eau prélevée sur les sources municipales et sur l'eau de source. En
2021, les données qui nous ont été transmises, les plus récentes, le
secteur des boissons au complet, donc ça
inclut notre industrie, le secteur brassicole, les spiritueux, on a utilisé
moins de 0,7 % de l'eau
québécoise qui était assujettie aux redevances, mais on a payé 17 % des
redevances. C'est pour nous une injustice.
Nous nous opposons également à la surtaxe
proposée qui ajoute un montant de la redevance pour les embouteilleurs d'eau.
Le gouvernement instaure une redevance pour tenter de limiter ou réduire
l'utilisation de l'eau. Donc, le principe, derrière la redevance, c'est d'aider
ou de forcer une meilleure utilisation de l'eau en diminuant la consommation
d'eau par les entreprises. Bien, notre secteur utilise de l'eau pour les
besoins de l'hydratation humaine. Notre
utilisation de l'eau est pour nourrir les Québécois. Très difficile pour nous
de réduire notre consommation d'eau. Le corps humain a besoin d'une
quantité de liquide pour fonctionner. Les femmes, c'est à peu près
2,7 litres d'eau par jour, puis les hommes, c'est 3,7. Donc notre capacité
à réduire notre consommation d'eau est dépendante de la quantité d'eau que les
Québécois consomment. Quand je dis «eau», là, je parle de l'ensemble des
boissons.
• (16 heures) •
Le projet de loi vise également à rendre des
données publiques sur l'utilisation de l'eau. Le gouvernement désire augmenter
la transparence sur l'utilisation de l'eau pour les Québécois grâce au projet
de loi n° 20. C'est un objectif noble en soi. L'eau
étant une ressource appartenant à la collectivité, il est normal de vouloir en
informer la collectivité sur son utilisation. On est bien d'accord avec ça.
Nous croyons que le gouvernement pourrait atteindre cet objectif, cependant, en rendant disponible au public des
renseignements accessibles qui montrent la consommation annuelle globale
de chaque secteur d'activité en fonction des quantités déclarées d'eau
prélevée. Le gouvernement augmenterait ainsi la transparence.
Invoquer
l'intérêt public afin de déclarer les quantités d'eau utilisées par les
compagnies, pour nous, c'est faire fausse
route. Des analyses scientifiques en hydrologie sont effectuées pour déterminer
le niveau des permis de prélèvement d'eau. Les Québécois disposent de
cette information et peuvent ainsi savoir combien d'eau chaque entreprise est
autorisée à prendre par mois avec ces permis, qui sont publics et sont sur le
site du ministère de l'Environnement. L'émission de ces permis par le
gouvernement et le suivi du respect de ces derniers par le gouvernement est ce
qui procure la protection nécessaire à la population et à l'intérêt public.
Là où nous avons un enjeu majeur est sur la
divulgation d'informations portant sur la quantité d'eau utilisée par chaque
entreprise. Ces informations sont confidentielles, et leur divulgation est
considérée comme préjudiciable sur le plan
des données sensibles et commerciales. Chaque entreprise traite ces données de
façon hautement confidentielle à l'interne.
La quantité d'eau utilisée à l'intérieur des limites du permis de prélèvement
d'eau pour la source ou la quantité d'eau municipale utilisée est un
renseignement de nature commerciale et doit être protégé. Les compagnies
protègent ces renseignements pour qu'ils ne soient pas remis aux compétiteurs.
Nous agissons dans un secteur hautement compétitif. Divulguer le volume d'eau
annuel révélerait de façon incidente la capacité de production, les niveaux de
ventes et le chiffre d'affaires. Ces données pourraient créer des opportunités
pour des prises de contrôle par des entreprises étrangères, pourraient avoir un
impact sur les stratégies de commercialisation.
D'ailleurs, en 2010, lors de l'adoption de la
loi qui précède la loi sur les redevances... mettant en place les redevances
sur l'eau, les parlementaires avaient abordé la question de la confidentialité
de ces données et ils avaient convenu de l'importance de protéger ces
informations.
Finalement,
un jugement a été rendu par la Cour du Québec dans l'affaire Eau Secours! La
Coalition québécoise pour une gestion responsable de l'eau contre le
ministère de l'Environnement et...
Le Président (M. Jacques) :
En
terminant.
M. Pelletier (Martin-Pierre) : Oui.
Donc, en terminant, augmentez la transparence en publiant des données
sectorielles, mais, je vous en prie, protégez les données commerciales des
entreprises. Il me fera plaisir de répondre à vos questions.
Le Président (M.
Jacques) : Merci beaucoup pour votre exposé. Nous allons commencer les
discussions avec M. le ministre.
M.
Charette : Merci, M. le Président. Merci d'être avec nous cet
après-midi. J'ai sous les yeux un article qui a été diffusé, là, qui a paru dans Le Devoir, il y a quelques jours, tout juste. Le
titre : Des embouteilleurs se disent injustement ciblés
par Québec. Vous êtes cité. Je pense que je ne peux pas être plus en
désaccord avec vos propos dans chacune de
vos citations. Puis on va peut-être les passer en revue, parce que vous les
avez, entre autres, reprises dans votre exposé.
Vous n'êtes
pas injustement traités, je vous rassure. On parle, essentiellement, là,
d'embouteillage d'eau. Je sais que vous représentez d'autres secteurs,
là, mais mon propos va se concentrer sur l'embouteillage d'eau. On convient que c'est une ressource qui ne vous appartient
pas. Ce n'est pas une ressource qui appartient au gouvernement du
Québec. Ce n'est pas une ressource qui
appartient à quiconque, c'est une ressource collective. Donc, c'est déjà un
très, très grand privilège de prendre quelque chose qui ne vous
appartient pas et de vendre quelque chose, à votre profit, qui ne vous
appartient pas. Donc, quand on dit qu'on est injustement traité, je trouve
qu'au contraire il y a de grands privilèges qui ont été reconnus au cours des
dernières années, et des privilèges qui vont persister, qui vont perdurer, avec
une meilleure tarification. Donc, c'est un des éléments que je voulais dire
d'entrée de jeu.
Et pourquoi cette distinction? Vous aimeriez
qu'il y ait un taux unique. Il ne peut pas y avoir un taux unique.
Actuellement, il y a des entreprises qui utilisent l'eau et qui vont la
relâcher, dans une grande proportion, parce que, bon, c'est pour un procédé de refroidissement, par exemple, mais, dans
le cas des embouteilleurs d'eau, bien, c'est 100 % capté, c'est
100 % embouteillé et c'est 100 % vendu par la suite. C'est la raison
pour laquelle il y a un taux distinct entre l'entreprise qui utilise, qui
rejette, et l'entreprise qui l'intègre. Et, dans certains cas, bien qu'il n'y
ait pas cette distinction-là, j'en verrais une entre une entreprise qui
l'intègre pour transformer un produit, mais, dans le cas de l'embouteillage de
l'eau, il n'y a même pas de transformation. C'est le produit tel quel qui est
pris et qui est vendu.
Le 500 $ auquel vous faites référence, et
vous parlez peut-être... ou vous évoquez une sorte de désavantage commercial,
c'est un 500 $ qui s'applique du côté ontarien. Donc, on est venus se
coller sur la réalité ontarienne. Et, de surcroît, quand vous parlez de
désavantage au niveau de la transparence, là aussi, je ne peux pas être plus en
désaccord que vous. En Ontario, ce sont des données publiques. On peut aller
chercher, pour chaque préleveur d'eau, la
quantité exacte qui a été prélevée. Et, à ce que je sache, ce sont des
entreprises qui, malgré tout, continuent d'opérer.
Et là où j'ai
encore plus de misère... Vous dites : Bien là, c'est nos secrets
industriels. Bien, c'est une ressource qui
ne vous appartient pas, donc c'est normal qu'on soit transparent sur ces
questions-là, les Québécois le demandent, mais, même au niveau de la
gestion de l'eau, c'est nécessaire, pour nous, d'avoir ce type d'informations
là. Le gouvernement du Québec les a, mais les municipalités doivent les avoir
aussi. Lorsque vient le temps de développer leurs quartiers, lorsque vient le
temps de développer leurs secteurs industriels, ils doivent savoir quel est
l'usage de l'eau qui est fait sur leur
territoire, pour savoir si telle ou telle activité est compatible avec les
disponibilités en eau. Donc, le
besoin de transparence, il est incontournable, et, là-dessus, malheureusement,
vous n'avez pas réussi à me convaincre.
Vous avez
parlé d'une crainte que vous avez. Je peux la comprendre, mais je vais vous
expliquer pourquoi on va dans cette direction-là. Oui, on veut,
ultimement, limiter considérablement, sinon interdire, l'embouteillage d'eau
qui provient des réseaux d'aqueduc, parce qu'encore une fois il n'y a aucune,
aucune plus-value. On a la chance, au Québec,
d'avoir une eau municipale qui est de très haute qualité, donc, lorsqu'on peut
et lorsqu'on doit s'abreuver, bien, on
a cette eau-là. Donc, il n'y a aucune plus-value de l'embouteiller dans une
bouteille de plastique pour un usage unique.
Ça, c'est par rapport à l'eau, mais j'ai aussi
un enjeu, comme ministre responsable de l'Environnement. Ce sont plusieurs
centaines de millions de ces bouteilles-là qui se vendent sur le marché année
après année. Donc, non seulement il n'y a pas de plus-value dans le produit qui
est vendu, mais ensuite il faut gérer ces centaines de millions de contenants
de plastique vides. Donc, oui, je ne m'en cache pas, on veut limiter la vente
de ce type de produits là, mais on va avoir
l'occasion de s'en reparler, éventuellement, parce que ce n'est pas disponible
dans les... c'est-à-dire, ce n'est pas établi dans les projets de
règlements qui sont prépubliés, mais le projet de loi va nous permettre d'aller
dans cette direction-là, et je vous confirme que c'est la direction que l'on
entend retenir.
Donc, transparence, on se colle sur le modèle
ontarien, et elle est nécessaire parce que, oui, c'est quelque chose d'utilité
publique. Et peut-être, je vous dirais de vous inspirer de l'Association des
brasseurs du Québec. Je ne sais pas si vous avez eu l'occasion de les entendre
ce matin. La question leur a été posée, et, clairement, ils ont dit : On n'a pas d'enjeu avec ça, c'est une donnée qui doit
être publique. Vous êtes dans un domaine connexe, pas exactement le
même, mais peut-être vous inspirer de leur philosophie.
Et, en
conclusion, parce que je veux qu'on puisse échanger, insister sur le fait que
vous n'êtes pas injustement ciblés. Au contraire, je pense que vous avez
été particulièrement choyés de pouvoir utiliser toute cette eau-là. Et vous
pourrez continuer à l'utiliser, mais en payant un prix qui est davantage... qui
est davantage en phase avec la valeur que l'on veut donner à l'eau.
M.
Pelletier (Martin-Pierre) : Bon. Merci, M. le ministre. Je... Vous avez
énuméré plusieurs points. J'ai tenté de prendre des notes, si j'en oublie, vous me le dites. C'est vrai qu'on
est privilégiés de faire affaire au Québec puis c'est... vous avez tout
à fait raison, certains jours moins, mais, en général, oui, mais on est
privilégiés tout autant que les autres utilisateurs d'eau. Donc, pour... Comme
je le mentionnais, on est vraiment un petit utilisateur d'eau, donc, moins de sept... moins de 0,7 %, puis nous,
on paie 17 % de la redevance. Donc, sur cet aspect-là, M. le ministre,
on... Je comprends votre point qu'on a un
privilège d'être présents ici puis d'utiliser l'eau qui appartient aux
Québécois, mais on contribue à la
préserver, cette eau-là, et à la... et à diminuer autant que possible, avec nos
procédés de fabrication, notre utilisation d'eau qui est utilisée dans
les procédés. Ça, c'est...
Pour
le taux unique, M. le ministre, vous faites référence également au fait qu'il y
a des industries qui utilisent l'eau, mais dans leurs procédés, puis qui
la laissent... qui la retournent après. Bien, je vous dirais que nous, c'est la
même situation, sauf que ça prend un petit peu plus de temps, mais elle
retourne dans le bassin hydrique du Québec. Donc, vous achetez votre produit
préféré à l'épicerie, vous l'amenez à la maison, vous le consommez, et après
ça, bien, il reste quand même au Québec, là, vous le retournez dans les voies
naturelles. Donc, nous, notre... l'eau qu'on utilise dans nos produits, elle ne
quitte pas la province, M. le ministre, autant qu'un abattoir de poulets...
• (16 h 10) •
Une voix : ...
M.
Pelletier (Martin-Pierre) : ...autant qu'un abattoir... je vais juste
compléter puis je vais vous laisser... autant qu'un abattoir de de
poulets qui est installé, qui a besoin d'eau pour la sanitation à l'intérieur
de ses procédés. L'eau retourne aussi, donc.
Puis le profit qu'il fait, c'est en vendant son poulet. Nous, c'est en vendant
le produit embouteillé.
M.
Charette : Ça ne vous aide pas, là. Vous dites : Ça
reste au Québec parce qu'après, à travers les urines, par exemple, l'eau
retourne dans les... Ce n'est pas le meilleur argument, je vais vous le dire
franchement, là.
M. Pelletier (Martin-Pierre) : Bien,
il n'y a pas d'eau qui est exportée, très peu, du Québec, donc ça reste au
Québec.
M.
Charette : Bien, ce n'est pas... ce n'est pas le meilleur
argument. Il faut distinguer, il faut distinguer clairement l'entreprise qui capte et qui revend le produit
tel que capté d'une entreprise qui va l'utiliser comme eau de
refroidissement. Ce n'est pas parce qu'on boit de l'eau, qu'on va à la toilette
par la suite qu'on peut dire qu'on retourne l'eau à la nature, là. Ce n'est
pas... ce n'est pas sérieux.
M.
Pelletier (Martin-Pierre) : D'accord. C'est votre point de vue. En ce qui
concerne les données publiques, oui,
c'est vrai qu'en Ontario, sur l'eau de source, les données sont publiques.
C'est seulement sur l'eau de source, ce n'est pas sur les autres
utilisateurs d'eau. Nous, on a une préoccupation... Puis je suis d'accord, ce
matin, les brasseurs ont dit que, pour eux, il n'y avait pas de problème avec
ça. On parle de trois entreprises multinationales. Nous, dans notre cas,
plusieurs entreprises, des petites, des grandes... pour nous, c'est vraiment un
sujet sensible. On protège... Le meilleur exemple, c'est qu'on pourrait vous
dire qu'on protège ces données-là à l'interne pour ne pas qu'elles soient
publiques. Je pense que c'est... puis on ne le ferait pas pour le plaisir de
les protéger. Donc, pour nous, c'est la raison qui nous pousse à demander que
ces données-là demeurent protégées.
Quand vous avez également mentionné, M. le
ministre, l'importance de la publication de ces données-là afin que les villes
puissent planifier leurs projets de développement, puis tout ça, comme vous
l'avez également dit, avec raison, ces
données-là sont connues du gouvernement. Afin d'aider les villes dans la
planification, j'ai entendu d'autres groupes, plus tôt, se prononcer sur
le besoin de connaître l'ensemble des utilisateurs. Comme il y a beaucoup de
pans de l'activité économique au Québec, que ce soit en agriculture ou dans
d'autres domaines, où leurs données ne sont pas
connues... Puis ça pourrait aider dans la planification de développement puis
dans... pour les municipalités. Donc, nous, on... Les municipalités
connaissent la quantité d'eau qui nous est permis de puiser via les permis qui
sont conférés par votre ministère. Donc, cette donnée-là est déjà publique.
Finalement, avec plaisir, on pourra se parler
par la suite sur le projet que vous avez, de règlement, en tête sur le bannissement d'un certain type de boisson. Ça
va nous faire plaisir de collaborer avec vous là-dedans, comme on le
fait dans d'autres domaines. Donc, on a hâte de vous entendre, et j'espère
avoir la chance... on espère avoir la chance de pouvoir en discuter avec vous
avant que le règlement soit publié.
M. Charette : En fait, le règlement
sera publié, ce qui entraîne une consultation. Vous serez tout à fait libre de participer à la consultation, mais bon, vous
avez essentiellement répété ce que vous aviez mentionné. Je ne veux pas répéter ce que j'ai mentionné. C'est la beauté des
échanges, on n'est pas obligés d'être d'accord. On n'est franchement pas
d'accord sur ces questions-là, mais je devine que j'ai des collègues qui
souhaiteraient également intervenir.
Le
Président (M. Jacques) : Merci, M. le ministre. Et maintenant je cède la
parole à M. le député de René-Lévesque.
M.
Montigny : Alors, bonjour. Merci beaucoup, M. le Président.
Première question, je veux juste être bien certain de vous avoir bien compris. À un moment donné,
dans votre présentation initiale, vous avez parlé que la consommation de
la personne humaine, là, boire de l'eau, ne diminuerait pas, etc. Est-ce que
vous aviez compris que, comme gouvernement, dans le projet de loi, on voulait
amener les Québécois à boire moins?
M. Pelletier (Martin-Pierre) : Non,
non.
M. Montigny : Je ne comprenais pas
la clarté. Qu'est-ce que ça rajoutait au débat, ce que vous avez amené?
Honnêtement, je trouvais que ça faisait de la confusion, M. le Président.
M. Pelletier
(Martin-Pierre) : Merci de me donner l'opportunité de préciser. Ce que
je voulais dire par là, c'est que, quand le gouvernement a déposé le projet de
loi puis les règlements qui sont publiés avec... l'augmentation des redevances étaient
justifiée afin d'inciter les entreprises à utiliser moins d'eau. Donc, en augmentant
la redevance, on va ajouter une
charge aux entreprises, et ça va les inciter à utiliser moins la ressource
parce que ça va leur coûter plus cher. Donc,
c'est logique, donc, de tarifer davantage, ça incite les entreprises à utiliser
moins la ressource. Donc, jusque là, ça va?
Dans notre cas, notre
capacité de réduire notre consommation d'eau est très faible puisqu'on doit...
le produit fini contient de l'eau. Donc, la
petite marge qu'on peut réduire notre consommation d'eau, en tant
qu'entreprise, ce sont sur les
procédés de fabrication. Donc, étant donné que les Québécois puis la population
augmentent, bien, la demande vers les
boissons continue d'augmenter, puis c'est pour ça que nous, c'est difficile de
réduire notre consommation d'eau, même si la redevance augmente.
M. Montigny :
En fait, ce que je voulais... ce
que je veux ramener, maintenant, après vous avoir entendu là-dessus, c'est, tu sais, vous avez été... ils ont été, M.
le Président, longtemps, tu sais, à prendre cette eau-là, à faire des
produits avec, parfait, à la vendre. Tu
sais, moi, je ne suis pas anti-entreprise privée, là, mais je veux juste qu'on
comprenne que vous avez mentionné aussi que ça vous inquiétait qu'on
avance pour limiter l'embouteillage de l'eau, telle quelle, là, d'un aqueduc.
Moi, j'ai été cinq ans maire d'une municipalité, là, à Baie-Comeau, une petite
municipalité, mais dans une région où il y a de l'eau en masse, à côté des
barrages, de la Manicouagan, vous connaissez, puis elle se déverse dans l'eau salée, là, OK, après être turbinée.
Mais vous, là, ça vous inquiète, alors que vous... qu'on limite ça ou
qu'on contrôle ça, l'embouteillage de l'eau
d'aqueduc, telle quelle, là, mais vous dites qu'il n'y en a pas, d'entreprises,
au Québec, qui le font, mais ça vous
inquiéterait pareil? C'est quoi, vous prévoyez qu'il y en aurait dans vos
membres qui le feraient puis vous ne voulez pas qu'on le limite?
C'est-tu ça?
M. Pelletier
(Martin-Pierre) : Non, c'est que, présentement, on n'a pas de
précision sur le type d'usage qui va être
banni ou prescrit par la suite. Donc, c'est cet aspect-là qui nous préoccupe.
On a entendu le ministre dire que lui, ce qu'il considérait probablement
mettre dans un règlement, c'était de bannir la fabrication de bouteilles d'eau
faites à partir de l'eau du robinet. Donc, nous... Je ne connais pas
d'entreprises qui ont ce genre d'opération là, mais est-ce que... tant qu'on n'a pas les précisions entourant
le type d'usage qui va être banni, c'est pour ça que, pour nous, ça crée
un précédent préoccupant. Donc là, on parle d'un certain type de produit, dans
le futur, ça pourrait être d'autres choses. Donc, pour nous, là, c'est une
inquiétude, puis je pense que les entreprises ont besoin de certitudes.
M. Montigny :
...tu sais, M. le Président, c'est bon qu'il nous le partage, mais, tu
sais, on n'est pas obligés d'être d'accord.
Mais l'autre enjeu
que je veux vous amener, là, c'est, comme ancien maire, comme municipalité,
imaginez, là, que j'ai une entreprise sur
mon territoire puis qu'à un moment donné, là, il vient me rencontrer pour
augmenter de façon considérable la croissance de son entreprise, puis là
on est pognés avec ça. Ce serait quoi, là, l'impact sur le citoyen,
honnêtement, d'aller là-dedans, en hausses de taxes, parce qu'il faut
s'adapter, il faut augmenter?
En
fait, l'enjeu, c'est la transparence. Puis nous, ce qu'on dit, c'est qu'il
faut, comme gouvernement, qu'on y mette des balises, parce qu'on ne veut
pas se retrouver avec des surprises, puis un citoyen, par manque de
transparence, se retrouve à avoir, dans un contexte, à se demander pourquoi il
y a une augmentation de taxes municipales. Ça fait que notre intérêt, il est
pour les citoyens en premier, hein, vous comprenez?
M. Pelletier
(Martin-Pierre) : Oui, je comprends très bien. Puis n'oubliez pas que
vous parlez d'un secteur d'activité qui représente moins de 1 % de
l'utilisation de l'eau au Québec. Donc, vraiment, ce n'est pas vraiment notre
secteur qui va avoir une incidence importante sur les décisions municipales,
parce que l'ensemble du secteur prend
0,7 % de l'eau qui était assujettie aux redevances en 2021. Donc, on est
vraiment un petit joueur dans le domaine, mais, pour nous, on se sent souvent ciblés, puis c'est pour ça que je
pense que c'est important qu'on puisse mentionner nos inquiétudes à cet
égard.
M. Montigny :
Je vous comprends.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup pour cet échange. Et je cède maintenant la parole à
l'opposition officielle et à Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce pour
16 minutes... 12 minutes. 12 minutes.
• (16 h 20) •
Mme McGraw : Merci,
M. le Président. Et merci d'être là, votre mémoire, votre présentation.
Discussion intéressante et importante. Écoutez, j'ai plusieurs questions. Une
des questions, parce qu'on vient d'écouter... On a rencontré avec les villes,
les municipalités et on parle beaucoup d'infrastructures vieillissantes et
l'investissement. J'aimerais savoir : Est-ce qu'il y aurait des compagnies
ou des membres de votre association qui ont des exemples? Est-ce que vous pourriez nous parler d'exemples de
responsabilités civiques? Je n'en doute pas qu'il y a des exemples,
justement, de réinvestir dans les infrastructures qu'on utilise, des aqueducs
municipaux, par exemple. J'aimerais en entendre plus là-dessus.
M. Pelletier
(Martin-Pierre) : Bien, merci de la question. Pas beaucoup d'exemples
d'investissements dans des infrastructures municipales...
Une voix : ...
M.
Pelletier (Martin-Pierre) :
Bien oui, bien, beaucoup de partenariats. Puis c'est intéressant que vous
posiez la question, parce que la mairesse de
Lachine, qui était ici juste avant nous... un de mes membres a une usine
importante à Lachine, et, justement, ils viennent de compléter une série
d'investissements majeurs afin de réduire leur utilisation d'eau. On parle de
boucle fermée, donc de réutiliser l'eau qui a été utilisée dans le processus, à
l'intérieur de l'usine, pas pour l'embouteillage de produits, mais pour des
utilisations connexes, donc, pour soit nettoyer, faire... utiliser l'eau pour d'autres nettoyage, arrosage et
compagnie, donc, ce genre d'initiatives là, collecte d'eau de pluie aussi
pour servir dans... justement, pour réduire notre impact et notre consommation
d'eau, donc, collecte de l'eau de pluie pour utiliser dans des procédés de
fabrication, pas dans le produit final, bien entendu. Plusieurs, plusieurs
initiatives, là, de cette sorte-là. Rinceuses à air ionisé... Donc, avant ça,
on rinçait les contenants, avant de les remplir de boisson, avec de l'eau. Donc, on les rinçait avec de l'eau puis
on les remplissait avec boisson gazeuse, ou de l'eau, ou du jus.
Maintenant, c'est les rinceuses à air ionisé, donc ça nous permet, encore là,
d'économiser.
Donc il y a beaucoup d'investissements qui sont
faits par les entreprises, parce que, comme la collectivité québécoise, la ressource eau, pour nous, est
vraiment importante. C'est l'ingrédient principal de nos produits. On
n'est pas des grands utilisateurs d'eau, mais l'eau qu'on utilise, on doit y
faire attention parce qu'on en a vraiment besoin.
Mme
McGraw : Est-ce que... Là, on a parlé un peu de
partenariat, etc., collaboration, est-ce que vous pouvez nous parler des
innovations, technologies vertes, innovations pour sauvegarder de l'eau, ou des
processus, dans le passé, et qu'est-ce que vous envisagez dans le futur?
M. Pelletier (Martin-Pierre) : Oui,
bien, il y a... on a quatre piliers, donc, gaz à effet de serre... pas la
question aujourd'hui, l'électrification des transports puis l'eau, donc, c'est
nos trois piliers les plus importants. Mais un partenariat que j'ai oublié de
mentionner, puis ça m'est sorti de la tête, mais... avec les inondations qu'on
a eues récemment, au Québec, il y a beaucoup de municipalités qui nous
demandaient de l'eau embouteillée. Donc, tu sais, c'est le genre de partenariat, donc, avec la Croix-Rouge puis avec
d'autres organisations, pour aider les sinistrés puis... Donc, c'est le
genre d'initiatives aussi qu'on fait. Puis il y a plein d'initiatives que nos
membres font, mais pas nécessairement
toujours en lien avec l'eau, mais nettoyage de berges, Club des petits
déjeuners. Donc, il y a vraiment un ensemble de collaboration avec le
secteur municipal, provincial puis les différents organismes.
Mme
McGraw : Parfait. Je regarde la page n° 5
dans votre mémoire, on parle... libellé de l'article 7, on parle
de : «Le législateur a délibérément
choisi de limiter cette transparence...» Est-ce que vous pouvez juste... en ce
qui concerne, pardon, le plan
régional des milieux humides et hydriques, l'article 15.9, etc., est-ce
que vous pouvez élaborer là-dessus? Parce
qu'on a eu une discussion intéressante sur le plan régional. Peut-être que
c'est trop technique, comme question.
M. Pelletier (Martin-Pierre) : À
quelle page?
Mme McGraw : Bien, 5. 5 de votre
mémoire, au milieu, paragraphe...
M. Pelletier (Martin-Pierre) : Oui,
c'est sur la confidentialité des données?
Mme McGraw : C'est ça. Exact, oui.
M. Pelletier (Martin-Pierre) : Oui,
bien, c'est un peu technique, mais ce que... ici, ce qu'on dit, c'est qu'on pense que l'intérêt public, puis les décisions de
développement... puis que les groupes de bassin versant, les
municipalités, ils ont accès à l'eau qui est puisée par les entreprises qui ont
des permis de prélèvement. Donc, à partir de ces informations-là, ils sont en
mesure de pouvoir avoir une bonne idée de l'autorisation qui a été accordée par
le ministère de l'Environnement.
Donc, c'est une information qui est publique
puis qui est pertinente, là, dans la planification, puis c'est déjà... Ce qui manque, là, ce que les groupes cherchent à
avoir, c'est la quantité d'eau utilisée par les usines branchées au
système municipal, mais ça, les
municipalités l'ont déjà, cette donnée-là, parce qu'il y a les compteurs d'eau
qui sont présents.
Donc, nous, on pense que l'intérêt public... Les
gens qui ont à prendre des décisions sur le développement ou sur le futur d'une
région ont accès à ces données-là. Nous, ce qu'on ne veut pas, c'est que ce
soit largement répandu, pour ne pas nuire aux entreprises, les décisions
d'affaires entre compétiteurs.
Mme McGraw : Autre question...
Merci. Autre question, ça a rapport avec, justement, la tarification. Si on
comprend bien, vous proposez un tarif unique, et on a entendu quand même
plusieurs groupes qui parlaient d'une tarification dynamique, justement, sur
plusieurs... face à les risques, par exemple, où il y a une pénurie, par
exemple, d'eau ou des risques d'avoir une pénurie, selon les utilisateurs, par
exemple, taille de l'utilisateur, l'usage, santé publique, sanitation, matières
premières.
Est-ce qu'à
part de votre position «tarif unique» à l'intérieur de... en ce qui concerne
l'industrie des entreprises... est-ce que vous avez une position par
rapport à une tarification dynamique?
M. Pelletier
(Martin-Pierre) : La tarification dynamique, honnêtement, on ne s'est
pas penchés là-dessus, mais je trouve ça intéressant parce que, vous savez, si
une région à un problème en approvisionnement en eau, je pense que l'ensemble
des utilisateurs de cette région-là, donc autant les citoyens que les
entreprises, vont vouloir protéger la ressource pour ne pas, justement, nuire à la région. Donc,
je pense qu'une tarification dynamique peut être quelque chose, là, qu'on aimerait travailler avec vous, puis regarder
s'il y a des façons d'amener, justement, une tarification qui va aider à
rencontrer les objectifs politiques précis, là. Je pense qu'on n'aurait pas de
difficulté à s'asseoir puis à discuter de ce genre de mécanisme là.
Mme McGraw : Merci.
J'ai une question spécifique, mais, avant ça, une question générale que je pose
à la plupart des groupes, c'est : Est-ce que, vous, en regardant le projet
de loi... est-ce que, selon vous, il y a des angles morts ou des sujets que
vous auriez aimé voir traités dans le projet de loi? On comprend qu'il y a des
éléments qui ne vous plaisent pas dans le
projet de loi, mais est-ce qu'il y a des angles morts ou des éléments, selon
vous, qui auraient pu être inclus?
M. Pelletier (Martin-Pierre) : Bien,
il y a des affaires qui ne nous plaisent pas, mais il y a des affaires
qu'on aime aussi, là. La création du Fonds bleu, on est 100 % d'accord, on
partage l'objectif du gouvernement, c'est...
puis, je pense, de l'ensemble des parlementaires, d'ailleurs. Un angle mort que
moi, je n'avais pas vu mais que j'ai vu en entendant les différents
représentants, c'est d'avoir une meilleure connaissance sur les utilisateurs
d'eau. Nous, on est un petit utilisateur d'eau, mais il y a beaucoup de groupes
qui ont parlé de l'agriculture, des groupes qui sont présentement exclus, là,
mais qui... Ce serait intéressant pour prendre des meilleures décisions
localement. Donc, moi, j'entends beaucoup de besoins de connaissances
approfondies pour prendre les meilleures décisions locales. Peut-être que de ce
côté-là, il y a peut-être des éléments intéressants à poursuivre, à continuer,
mais moi, j'ai trouvé le projet de loi plutôt complet.
L'indexation
annuelle des redevances, peut-être que c'est une bonne idée, peut-être qu'on
pourrait suivre l'inflation plutôt que d'y aller avec un montant
arbitraire, mais, encore là, c'est quelque chose d'innovateur puis qu'on était
prêt à considérer.
Mme McGraw : Et on est d'accord avec vous que c'est... le Fonds
bleu, c'est un pas important dans la bonne direction, mais c'est sûr que
le défi, c'est toujours dans les détails.
Vous avez parlé d'une
proposition qu'on trouve intéressante, si on comprend bien, puis je voudrais
confirmer qu'on comprend puis avoir plus de détails... Vous avez parlé de...
vous avez fait la distinction entre les données de consommation au lieu de données de prélèvement. Et à partir de combien
d'années les entreprises pourraient considérer publier leurs données? Un
an, deux ans?
• (16 h 30) •
M. Pelletier
(Martin-Pierre) : Oui. Bien, c'est... Merci de relever ce point-là,
c'est important. Les permis de prélèvement indiquent la quantité maximale qu'on
peut utiliser, puis cette donnée-là est déjà connue. Nous... Puis on n'a pas de
misère, elle devrait être même plus facile... plus facilement accessible, là,
sur le site du ministère. Ça, on n'a pas de problème avec ça.
Là,
où on a un problème, donc... Ça, c'est la limite maximale. Là où on a un
problème, c'est de publier annuellement ou même mensuellement la
quantité qu'on utilise à l'intérieur de notre permis. Ça, on a une
problématique avec ça, justement, pour des données sensibles puis de
confidentialité, mais on pense qu'après cinq ans, ces données-là pourraient
être rendues publiques parce que ça n'aura plus d'incidence sur l'activité du
jour puis ça n'aura plus d'incidence sur les
décisions d'affaires pour l'année prochaine ou pour dans deux ans. Donc, pour
nous autres, là, ça donnerait le confort nécessaire pour éviter des pratiques
commerciales inappropriées ou dangereuses.
Mme McGraw : Dernière
question, M. Pelletier, est-ce que vous savez si les entreprises qui
embouteillent seraient ouvertes à peut-être investir pour restaurer les milieux
humides où elles prélèvent? Est-ce que ça a été... Je vous lance ça comme ça.
M. Pelletier
(Martin-Pierre) : Ça ne nous a jamais été... Puis les membres qui font
partie de l'association, peut-être qu'ils le font déjà puis que je ne suis pas
au courant. Moi, je représente des petites entreprises, comme des multinationales puis tout ce qu'il y a
entre les deux. Je suis convaincu qu'étant
donné leur préoccupation de
préservation de la ressource, des
initiatives qui vont dans ce sens-là sont certainement des choses qu'ils
seraient prêts à considérer, s'ils ne le font pas déjà. Chacune des
entreprises ont des plans de redonner à la société puis de contribuer dans les
sociétés où ils sont présents. Donc, j'imagine que ce genre d'initiative là
serait sûrement bien regardée, parce que l'eau, c'est l'ingrédient principal de
nos produits. On n'est pas un grand utilisateur, mais on est un utilisateur qui
a à coeur de préserver cette ressource-là parce que c'est au coeur de nos
produits.
Mme McGraw : Je
pense que c'est une bonne note pour conclure. Merci beaucoup.
Le
Président (M. Jacques) :
Merci beaucoup pour cet échange. Je cède
maintenant la parole à la porte-parole du deuxième groupe d'opposition,
Mme la députée de Verdun.
Mme Zaga
Mendez : Merci, M. le Président. Merci beaucoup pour votre
présentation. J'aimerais savoir... plus pour apprendre à connaître votre
association. Combien de membres sont situés en Ontario comparé au Québec?
M. Pelletier
(Martin-Pierre) : Des entreprises qui sont situées au Québec et en
Ontario. Là, on pense à des grandes multinationales qui sont présentes à la
grandeur du pays. On pense à d'autres entreprises qui sont situées uniquement au Québec, principalement dans
l'embouteillage d'eau. On a une entreprise importante qui est dans le
jus, qui est très, très, très présente au Québec, un peu moins dans les autres
provinces. Donc, ça varie.
Mme Zaga
Mendez : Tantôt, on parlait
des redevances en Ontario. Donc, j'imagine, les entreprises qui sont
situées en Ontario, elles paient des redevances, depuis quelques années, qui
sont plus hautes que celles du Québec. Est-ce que vous vous êtes penché sur...
M. Pelletier (Martin-Pierre) : Ça,
c'est pour les embouteilleurs d'eau.
Mme Zaga Mendez : Les embouteilleurs
d'eau?
M. Pelletier (Martin-Pierre) : Parce
que les autres entreprises en Ontario qui utilisent de l'eau municipale, elles
n'ont pas les mêmes redevances du tout.
Mme Zaga Mendez : Bien, dans le cas
des embouteilleurs d'eau, est-ce que... avez-vous fait une analyse de voir,
comme, quel est l'effet... Dans les coûts d'opérationnalisation, moi, je pose
cette question-là, du côté de la production,
est-ce qu'on est capables de voir quel est le pourcentage des coûts d'opération
qui sont associés à une redevance de l'eau, puis si vous pouvez faire la
comparaison, admettons, entre l'Ontario puis le Québec?
M. Pelletier (Martin-Pierre) : Malheureusement,
je ne pourrai pas vous donner cette information-là parce que, d'une entreprise
à l'autre, ça change, d'un secteur d'activité à l'autre, ça change. Donc, oui,
on a des entreprises qui sont dans le secteur de l'eau, on en a qui sont dans
le jus, boissons gazeuses, boissons... de l'eau pétillante aussi. Donc, la
structure de coûts, d'une entreprise à une autre, est différente, et la
redevance sur l'eau est un facteur parmi tant
d'autres. Donc, l'emballage, le transport, la publicité, le coût de
main-d'oeuvre, il y a les taxes, il y a plein d'autres facteurs qui
jouent dans le coût du produit que vous retrouvez sur la tablette d'épicerie.
Donc, c'est un intrant, mais j'ai... puis je sais que vous l'avez demandé à mes
collègues, plus tôt, des brasseurs, mais on n'a pas... je n'ai pas cette
information-là, puis ça varie beaucoup d'une entreprise à une autre aussi.
Mme Zaga Mendez : Merci, mais ce que
je comprends aussi, c'est que ça n'a pas affecté les entreprises en Ontario. Je
veux dire, elles sont encore là puis leurs profits sont encore stables. Je veux
dire, payer une redevance de ce type-là, est-ce que vous sentez qu'il y a eu un
effet réel?
M. Pelletier (Martin-Pierre) : Je
peux me prononcer sur la présence des entreprises en Ontario parce que, oui,
elles sont toujours là. Puis l'Ontario n'est pas la seule, là, il y en a en
Colombie-Britannique aussi. Il y a une redevance, en Colombie-Britannique, qui
est payée même par le monde agricole, pour leur utilisation de l'eau, mais
est-ce que ça a eu une incidence sur leurs profits? Probablement, parce que
c'est un coût qui a augmenté. Est-ce que c'est une grosse incidence ou une
petite? Ça, je ne le sais pas. Malheureusement, c'est un des coûts parmi
plusieurs coûts. Je sais que le coût principal dans le secteur des boissons,
habituellement, c'est le transport, parce que, souvent, il y a des distances
importantes à parcourir. Donc, c'est vraiment... mais je ne pourrais pas vous
dire l'impact que ça a eu sur les profits. Malheureusement, ce n'est pas une
donnée que j'ai puis que je pourrais vous transmettre.
Mme Zaga
Mendez : Il n'y a pas de problème. Je ne sais pas si vous
voulez ajouter quelque chose d'autre avec le peu de temps qu'il nous
reste?
M. Pelletier (Martin-Pierre) : Ça
va.
Mme Zaga Mendez : Merci à vous.
M. Pelletier (Martin-Pierre) : Merci.
Le Président (M. Jacques) : Bien,
merci beaucoup d'avoir participé à nos travaux.
Et je suspends les travaux quelques instants
pour faire place au prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 36)
(Reprise à 16 h 43)
Le
Président (M. Jacques) :
La commission reprend ses
travaux. Et je souhaite la bienvenue aux représentants de l'Association
des gestionnaires régionaux des cours d'eau du Québec. Je vous rappelle que
vous disposez de 10 minutes pour votre
exposé, après quoi nous procéderons à une période d'échange avec les membres de
la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à débuter votre
exposé.
Association
des gestionnaires régionaux des cours d'eau du Québec (AGRCQ)
Mme Morin
(Stéphanie) : Bonjour, Stéphanie Morin, coordonnatrice du
nouveau service de l'environnement de la MRC d'Argenteuil et présidente
de l'AGRCQ.
M. Cordeau (Vincent) : Vincent
Cordeau, vice-président fondateur de l'AGRCQ et gestionnaire aux cours d'eau de
la MRC d'Acton.
Mme Chauvette
(Lisanne) : Bonjour, Lisanne Chauvette, gestionnaire de cours
d'eau à la MRC de Drummond et membre du conseil exécutif de l'AGRCQ.
M. Lajeunesse
(Simon) : Bonjour, Simon Lajeunesse, directeur du service de
la planification du territoire à la MRC de la Haute-Yamaska et membre
fondateur de l'AGRCQ.
M. Cordeau (Vincent) : Donc, M.
le Président, M. le ministre, Mmes, MM. les députés membres de la commission,
merci de nous recevoir et de nous donner l'opportunité de nous prononcer sur le
projet de loi n° 20. L'AGRCQ tient à saluer
l'initiative du gouvernement d'instituer le Fonds bleu et souhaite, via cette
présentation, souligner à la commission ses propositions et recommandations
quant au contenu du projet de loi et à la mise en oeuvre du Fonds bleu.
D'une part,
qui est l'Association des gestionnaires régionaux des cours d'eau du Québec?
Fondée en 2011, elle regroupe principalement les professionnels du
domaine de la gestion des cours d'eau oeuvrant au sein des MRC du Québec. Ses
membres sont donc répartis partout dans la province. La gestion des cours d'eau
par les MRC découle des obligations dévolues par la Loi sur les compétences
municipales. Les MRC doivent s'assurer du libre écoulement de l'eau des cours d'eau et elles ont le pouvoir
d'adopter des règlements pour régir toute matière relative à
l'écoulement des eaux. De plus, elles ont
l'obligation de planifier la conservation et la restauration des milieux
humides et hydriques, via les PRMHH, en vertu de la LCMHH.
Qu'est-ce que
la gestion des cours d'eau par les MRC au Québec? Elle nécessite une approche
multidisciplinaire pour prévenir, diagnostiquer, planifier et réaliser, si
nécessaire, des travaux en cours d'eau. Au-delà des obligations prévues par la
LCM, les gestionnaires doivent avoir une approche de prévention et de
protection de l'environnement. Ils doivent favoriser des projets d'intérêt
collectif. Ils visent à changer les paradigmes en corrigeant certaines erreurs
du passé et en innovant au niveau des méthodes d'intervention. De plus, ils
doivent arrimer différents enjeux, comme l'aménagement du territoire et le
développement économique, à différentes échelles, municipale, régionale,
gouvernementale, et pour différents intérêts.
Donc, voici
les trois grands thèmes abordés pour les sept recommandations que nous vous
présentons à l'instant : les objectifs financés par le fonds, la
gouvernance du fonds et le financement des projets. Je donne donc la parole à
Mme Chauvette, qui vous présentera la première recommandation.
Mme
Chauvette (Lisanne) : Merci,
Vincent. Donc, notre première recommandation concerne la notion
d'utilisation durable, qui est l'une des formes de conservation reconnues, mais
dont il existe de nombreuses définitions,
interprétations. Donc, l'AGRCQ recommande que soit balisée la notion
d'utilisation durable qui est mentionnée au projet de loi, notamment en
lien avec les milieux hydriques et humides, afin d'en définir les orientations
possibles en matière de financement et d'opportunités de rétribution pour
services écosystémiques rendus à la collectivité.
Je laisse la parole à Mme Morin.
Mme Morin (Stéphanie) : Le deuxième
objet financé par le fonds, qu'on souhaite commenter, c'est le contrôle et la prévention des inondations. Oui, le
plan de protection, là, des zones inondables a permis d'injecter certaines sommes, là, au niveau de la cartographie
des zones inondables, le cadre réglementaire et aussi la communication
des risques. C'est une étape. Par contre,
c'en est une autre de s'adapter en fonction des changements climatiques. Oui,
quand on parle de changements climatiques, on va parler d'inondations, on va
parler de sécheresse, mais ce qui est le plus important
de, peut-être, se rappeler, c'est la variabilité des niveaux d'eau parce que ça
va être ce envers quoi on va devoir s'adapter.
Donc, l'AGRCQ recommande d'ajouter l'adaptation aux changements climatiques
comme deuxième recommandation. Lisanne.
Mme Chauvette (Lisanne) : Comme on
le sait, les PRMHH sont une obligation des MRC. Donc, à notre avis, c'est un objet crucial à mettre au coeur de
ce projet de loi, un incontournable. Donc, il faut savoir que, mis à
part le financement initial pour leur rédaction puis le programme de
restauration et de création des milieux humides et hydriques, qui est renfloué principalement, là, par les compensations
des pertes, il n'existe, à ce jour, aucun financement, là, dédié à la
mise en oeuvre des actions des plans ni de financement pour la restauration de
type passive ou les pertes historiques. Donc, l'AGRCQ recommande d'ajouter aux
matières financées par le fonds la conservation et la restauration des milieux
humides et hydriques ainsi que la mise en oeuvre des plans régionaux des
milieux humides et hydriques. Mme Morin.
Mme Morin (Stéphanie) : Le quatrième
objet qu'on souhaite commenter, c'est les... en fait, qu'on souhaite faire ajouter, c'est les compétences dévolues aux
MRC en matière de gestion de cours d'eau et protection de l'environnement. Si le ROBVQ se plaît à dire qu'il est le
département de recherche et développement en matière de gouvernance de l'eau, nous, à l'AGRCQ, on aime bien s'identifier comme
le département de recherche et développement en sciences appliquées au niveau de la restauration des cours d'eau. Les
MRC développent plein de projets en matière de restauration, selon leur
créativité, selon le milieu, avec le milieu, et ce, aux frais des citoyens.
Imaginez ce qu'on pourrait faire si on détenait un financement acceptable.
Le cinquième objet qu'on souhaiterait faire une
recommandation, c'est au niveau de la formation des professionnels. On a parlé beaucoup, là, dans les différentes auditions
précédentes, là, d'acquérir des connaissances, là, notamment en termes de monitoring, pour les
différentes ressources en eau. Si on pense à acquérir ces
connaissances-là, il faut aussi penser au
transfert des connaissances, puis ça, ça passe par la formation des
professionnels. Donc, on recommande d'ajouter au deuxième alinéa la
formation des professionnels en matière, notamment, de restauration des milieux
humides et hydriques. On aimerait aussi spécifier, là, d'intégrer les
municipalités locales et régionales aussi au troisième alinéa. Simon.
• (16 h 50) •
M. Lajeunesse (Simon) : La sixième
recommandation concerne la gouvernance du fonds. Donc, le milieu municipal est reconnu comme un gouvernement de
proximité. Les MRC ont une compétence municipale, ont développé une expertise en gestion de travaux de cours
d'eau. Les MRC terminent l'important exercice d'élaboration des PRMHH,
qui a permis d'identifier et de planifier la protection et la restauration des
milieux humides et hydriques en fonction des problématiques qui sont propres à
chacune des régions. Donc, les MRC sont des acteurs incontournables pour gérer
des projets de protection et restauration de milieux humides et hydriques.
Donc, à l'instar du volet 2 du Fonds
régions et ruralité, géré par les Affaires municipales, qui permet une modulation des dépenses en fonction des priorités
régionales, la sixième recommandation est de considérer l'expertise des MRC dans la gestion des cours d'eau et la
protection de l'environnement, et on propose que les MRC soient
considérées comme des gouvernements de proximité dans la gouvernance du Fonds
bleu, avec une légitimité dans la prise de décision au niveau régional quant
aux travaux à portée collective et environnementale qu'elles réalisent dans le
cadre de leurs compétences.
Et la
septième recommandation concerne le financement des projets. Donc,
traditionnellement, il y a beaucoup d'actions qui visent à protéger les
milieux humides et hydriques qui reposent sur une meilleure application de la réglementation existante, comme la mise aux normes
des bandes riveraines, installations septiques. Cependant, l'AGRCQ est
plutôt d'avis que le fonds devrait servir à financer des mesures qui permettent
d'aller au-delà de la conformité réglementaire ainsi que des activités pour
lesquelles il existe peu ou pas d'autres sources de financement.
M. Cordeau (Vincent) : Donc, on
trouve ici, là, essentiellement, une relecture de l'article 15.4.44, donc,
avec les recommandations de l'AGRCQ. Je vous invite à la lecture et j'enchaîne
avec la conclusion.
Donc, en conclusion, tel que mentionné dans nos
recommandations, la clé du succès passe par le financement de la mise en oeuvre
des PRMHH, l'outil tout désigné pour protéger, conserver et restaurer les
milieux humides et hydriques, incluant les
problématiques d'inondations, de mobilité des cours d'eau, des changements
climatiques, etc., et ce financement doit être à la hauteur des
ambitions du gouvernement de protéger la ressource eau. Ainsi, les MRC et
gestionnaires des cours d'eau du Québec consolideraient leur rôle de chef de
file en matière de gestion des milieux humides et hydriques au Québec.
L'AGRCQ tient donc à remercier la commission de
considérer les recommandations proposées dans le cadre de ses travaux. Ça
conclut.
Le
Président (M. Jacques) : Merci beaucoup pour votre présentation. J'invite
maintenant le ministre à faire... poser ses questions pour le premier
bloc d'échange.
M. Charette : Merci beaucoup, M. le
Président. À vous quatre, merci de vous joindre à nous cet après-midi. On a pu
bien vous suivre malgré la distance, et c'est apprécié.
Vous avez une vision, là, qui est importante à
considérer. Vous avez évoqué différents éléments qu'on devra considérer dans l'attribution des sommes du Fonds
bleu, mais, sans faire de calcul précis, je devine qu'il y en a pour
plus de 500 millions de dollars
parce que c'est des projets ambitieux, qui sont tous importants, je le
reconnais, mais comment... et ce sera
le défi du gouvernement, mais également des partenaires qui l'accompagnent,
d'en faire une bonne utilisation.
Donc, ces
500 $ là... Ces 500 $! Ces 500 millions de dollars là...
Vous avez parlé du financement, là, des plans régionaux. Certains groupes avant vous avaient mentionné cet aspect-là
également. Juste de ce volet-là, on peut deviner, là, que ça représenterait, là, des engagements
financiers importants. Bref, comment... comment s'assurer d'une saine
gestion des 500 millions et comment en assurer une certaine priorisation,
étant donné que tout ne pourra pas être financé, bien que ce soit une avancée
majeure, là, qu'un budget soit, pour une première fois, dédié à la conservation
et la protection de l'eau?
Mme Morin
(Stéphanie) : Bien, oui, je vous remercie pour votre question.
En fait, c'est un excellent point, hein?
Vous en avez, des priorités qui vous ont été présentées, durant les deux
derniers jours, au niveau des différentes auditions. On pense que les PRMHH devraient être prioritaires dans tous
les problèmes... dans toutes les problématiques. À l'instar des PDE, qui ont un certain financement, qui priorisent
certaines problématiques sur le territoire, les PRMHH viennent reprendre les objectifs qui sont
régionaux, par bassin versant, et viennent identifier ces problématiques-là,
et surtout comment les régler. Les
différents plans d'action des PRMHH proposent une mise en oeuvre selon une
certaine priorisation.
Donc,
la priorisation au niveau des MRC, elle est faite, puis elle adresse
différentes thématiques qui ont été abordées
tout au long de la commission, notamment l'adaptation aux changements
climatiques. L'approvisionnement en eau aussi, c'est une problématique
sur le territoire. Aussi, elle place au coeur, en fait, les milieux dans
lesquels les municipalités et la société
québécoise s'implantent, hein? Le PRMHH vient vraiment mettre au coeur les
milieux naturels et vient changer un peu le paradigme de développement.
Donc, si vous
financez les PRMHH, nécessairement, vous n'allez pas juste conserver et
restaurer des milieux humides, mais vous
allez changer les façons qu'on développe le territoire. Ça fait que ça ferait
un bel arrimage aussi avec, par exemple, les démarches, là, au niveau du
ministère des Affaires municipales, au niveau de sa révision de la politique
sur l'aménagement du territoire. Donc, c'est pour cette raison que je crois que
c'est important.
M. Charette :
Hier, je ne me souviens plus si... aux représentants de l'UMQ ou de la FQM
que je posais la question... C'est un
exercice nécessaire que la préparation de ces plans régionaux. On avait eu
l'occasion de financer la démarche,
là, il y a un petit moment de ça, mais je leur demandais : Oui, on a les
plans dans bon nombre de MRC, mais qu'est-ce que ça pourrait impliquer
comme engagement financier que de financer maintenant la réalisation? Hier, on
ne pouvait pas nous donner d'ordre de grandeur ou quel pourrait être
l'investissement requis. Est-ce que c'est une évaluation que vous avez pu
réaliser de votre côté?
Mme Morin
(Stéphanie) : Avec la FQM, on avait fait une certaine évaluation, là.
Tu sais, on n'a pas encore les... Tous les
plans régionaux des milieux humides ne sont pas encore tous déposés. Ça fait
qu'il y avait une évaluation à partir de 13 PRMHH qui avaient été
déposés, puis les chiffres avancés étaient de l'ordre du
100 millions de dollars. Effectivement,
ça serait le 1/5 de votre 500 millions. Donc, pour... comme moyenne, là,
on verrait 100 millions, effectivement,
ce qui est énorme, mais les actions qui seraient financées ne seraient pas
nécessairement juste la conservation ou
la restauration, ce serait l'ensemble de la mise en oeuvre, autant des actions
de sensibilisation, des actions de monitoring, qui serviraient à
d'autres objets aussi que vous pourriez utiliser, en fait, comme opportunité,
par exemple, pour faire le monitoring des eaux souterraines, tu sais, chose qui
est peu connue, au niveau, vraiment, de la capacité des eaux souterraines à
desservir autant les grands prés verts que les populations. Donc, c'est une
opportunité que vous avez, en ce moment, en investissant, par exemple,
100 millions.
M. Charette :
Et, selon cette évaluation-là, c'est un 100 millions de dollars
qui est récurrent ou c'est une seule fois pour couvrir la complète réalisation?
Mme Morin (Stéphanie) : Bien, selon l'évaluation,
ça pouvait... c'était sur 10 ans pour l'ensemble des MRC du Québec. Si vous faites le calcul, là, il y
a environ 101 MRC, ça reviendrait à un peu plus... de mémoire, là,
c'est un peu plus que 10 millions par
MRC. Ça fait que ça permettrait, sur 10 ans, selon les problématiques
prioritaires, de mettre en oeuvre des
projets à l'échelle régionale, mais des projets qui sont arrimés avec
d'autres... aussi avec d'autres objectifs.
M. Charette :
Parfait. Je vous posais la question, mais aussi dans l'optique de faire
suite à un autre élément que vous aviez mentionné. Vous souhaiteriez que ce
soit intégré directement dans le projet de loi, le financement, là, des plans
régionaux. Déjà, vous mentionner que ce n'est pas l'optique ou ce n'est pas la façon
dont on écrit un projet de loi. On n'est pas aussi spécifique que ça dans un
projet de loi.
Donc, ne vous
surprenez pas et ne soyez pas déçus si, dans le projet de loi, ce n'est pas
écrit «afin de financer les plans régionaux». Un, c'est une appellation qui
peut changer au fil des années, et, deux, avec les orientations qui ont déjà
été données au projet de loi, ça couvre ce type d'activité là. Donc, je vous le
dis en toute transparence pour que vous ne soyez pas déçus. Ce n'est pas dans
le libellé final du projet de loi, mais, oui, le projet de loi permettrait le
financement, là, en partie, à tout le moins, de ces plans régionaux.
Je sais que j'ai
plusieurs collègues qui souhaiteraient intervenir, que le temps est limité.
Étant donné que je n'aurai pas la
possibilité d'aller vous serrer la main une fois notre échange terminé, déjà,
je vous salue et vous remercie d'avoir été avec nous cet après-midi.
Merci.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
M. le ministre. Et je cède maintenant la parole à Mme la députée
d'Argenteuil.
Mme Grondin :
Pour combien de temps, monsieur?
Le Président (M.
Jacques) : Pour 9 min 34 s.
• (17 heures) •
Mme Grondin :
Parfait. Merci beaucoup.
M. Cordeau, M. Lajeunesse, Mme Morin et Mme Chauvette, il y
en a plusieurs d'entre vous avec qui j'ai eu le privilège de travailler, donc
heureuse de vous voir tous réunis et que vous puissiez nous partager un peu la
vision que vous avez.
Je pense que c'est
important de rappeler ici, pour les gens qui nous écoutent... Moi, je crois
beaucoup dans l'association des gestionnaires de cours d'eau du Québec. Puis je
pense que c'est important de le rappeler, vous êtes des acteurs terrain et vous contribuez notamment au changement de
paradigme qui est nécessaire. Tu sais, vous... je salue les MRC qui, à travers vous, comme leaders,
approchez la gestion de l'eau non plus juste sur une question uniquement
de sécurité publique, avec l'écoulement de
l'eau et les obstructions, mais vous portez des projets comme l'espace de
liberté, comme les plans régionaux des
milieux humides et hydriques. Donc, je voulais et je tenais, devant tout le
monde, à vous saluer dans ce sens-là.
Justement, ce qui est
intéressant à travers les exercices que vous faites, c'est que vous avez
toujours, dans cette réflexion-là,
d'innovation, d'innovation sociale, vous avez toujours ce principe-là de portée
collective des projets. Donc, ça, c'est aussi très intéressant. Vous
amenez certains éléments, puis je pense que le ministre vous l'a bien dit...
Dans le fond, vous amenez, à travers... quels pourraient être les sujets ou les
enjeux pour lesquels le Fonds bleu serait important... de contribuer ou
d'investir. Moi, j'ai envie de vous poser la question. Quand on parle
d'adaptation aux changements climatiques,
quand on parle de restauration des milieux humides et hydriques, c'est ce que
vous souhaiteriez qu'on rajoute, mise
en oeuvre des plans régionaux des milieux humides et hydriques. Est-ce que vous
vous retrouvez, avec la proposition initiale qui, au départ, se voulait
plutôt large pour laisser aux membres du Forum d'action sur l'eau cette possibilité-là d'identifier, à travers
une intelligence collective, quelles sont les priorités au Québec de
l'eau?
Mme Morin (Stéphanie) : C'est une
excellente question. Nous ne faisons pas partie du Forum d'action sur l'eau, donc on n'était pas nécessairement dans les
fins détails de... du processus, mais on jugeait important que certains
éléments y figurent. Je n'ai pas vu, dans le dernier rapport du Forum d'action
sur l'eau, là, la mention par rapport aux milieux humides et hydriques. C'est
pour ça qu'on a... on souhaitait, par exemple, mettre en valeur ces plans-là
qui sont au coeur, je crois, du changement de paradigme qui est voulu par le
gouvernement au niveau de la protection des ressources en eau.
L'adaptation aux changements climatiques aussi,
je pense que, tu sais, il y a plusieurs membres, dans les différentes auditions, qui l'ont ajouté. Je pense
que... Dans le format du projet de loi actuel, tu sais, on parle
d'utilisation durable. L'utilisation
durable, bon, dépendant comment elle est définie, pourrait parler d'adaptation,
dépendant comment qu'elle est définie
par la commission. Mais je crois que ça pourrait être un «statement» ou...
pardonnez-moi l'anglicisme, là, mais un «statement» du gouvernement de
mettre l'emphase sur l'adaptation aux changements climatiques.
Je n'ai pas
eu beaucoup l'occasion d'en parler tantôt, là, ça va vite, 10 minutes,
mais, tu sais, l'adaptation aux changements
climatiques, je pense que c'est un tout autre dossier, c'est... On le voit avec
les inondations, maintenant, on est
plus au courant de comment s'opèrent les différents aléas sur le territoire.
Mais, maintenant, le comment on s'adapte, c'est un énorme chantier pour
lequel, pour l'instant, je ne crois pas qu'on ait les... on n'a pas
l'expertise, au Québec, encore, pour
s'adapter. Adapter des quartiers entiers aux inondations dans l'espace de
liberté des rivières, pour l'instant, les architectes, les urbanistes,
on est en train d'imaginer comment le faire. Mais je pense que c'est important
de s'inspirer à qu'est-ce qui se fait
ailleurs. Ça fait que de le nommer dans le projet de loi, je pense que c'est
un... ça ouvre la porte à un chantier
d'innovation pour le gouvernement du Québec, en matière d'adaptation, puis je
pense que c'est important.
Mme
Grondin : Mme Morin, vous... j'imagine que vous avez
été au coeur des réflexions dans le cadre du plan de protection des
territoires face aux inondations. On a mis en place des bureaux-chefs, des
bureaux de projet. Ce ne serait pas, justement, là où cette réflexion-là doit
se faire? Ou est-elle en train de se faire à ce niveau-là?
Mme Morin
(Stéphanie) : Effectivement, là, l'AGRCQ a eu la chance de
participer dans le comité municipal, là, du... pour l'élaboration du
plan de protection du territoire face aux inondations, puis une des
recommandations, c'était, oui, qu'il y ait des bureaux de projet à l'échelle
des bassins versants, chose qui a été faite. C'est vraiment intéressant, il y a
beaucoup de bureaux de projet, il y a beaucoup d'études qui sont actuellement
en cours pour mieux définir les risques associés aux inondations, dans un...
plus... non plus dans un objectif de 0-20 ans, 20-100 ans, mais par une approche par le risque. Cette approche-là
est en train d'être définie puis cette approche-là va permettre de voir
c'est quoi, les risques sur un territoire. Oui, va permettre aussi, via le
PRAFI, de financer des projets en résilience, en aménagement résilient. Par
contre, on n'a pas... on ne finance pas l'expertise, le chantier pour savoir
comment faire ces aménagements résilients là. Et je crois que c'est important
que le Fonds bleu... c'est une opportunité pour le gouvernement d'explorer
comment on va faire, qu'est-ce qu'on... c'est quoi, un aménagement résilient au
Québec. Ça fait que je crois que c'est...
Mme Grondin : Je vais prendre...
Mme Morin (Stéphanie) : ...oui, les
bureaux de projet sont intéressants.
Mme Grondin : Je vais prendre la
balle au bond. Et donc, dans le fond, est-ce que c'est dans la même vision,
quand vous parlez d'utilisation durable?
Mme Morin (Stéphanie) : Effectivement...
Mme
Grondin : Donc, est-ce que... est-ce que c'est la même...
Pourquoi... Tu sais, ça semble un concept assez simple. Pourquoi vous
revenez dans vos... dans votre mémoire, sur cette importance-là de bien définir
ce que c'est, l'utilisation durable?
Mme Morin (Stéphanie) : En ce moment, si on parle
juste des aires protégées, le concept d'utilisation durable, là, on
parle d'une certaine définition qui vise à pallier à l'intégrité, là, des
milieux naturels tout en préservant certains usages. C'est intéressant, cette
définition-là, c'est une définition basée sur l'IUCN, puis tout ça. Par contre,
je pense que c'est une opportunité de voir jusqu'où on peut aller avec ce
concept-là d'utilisation durable, jusqu'à quand on peut utiliser des ressources
biologiques ou un service écologique. Parce que ça, ce n'est pas dans les
différentes définitions,
là, d'un milieu humide ou hydrique, dans ce cas-ci, dans... ce qui nous a... — voyons! — ce
sur quoi l'AGRCQ repose, là, au
niveau des cours d'eau, donc l'utilisation durable de ces milieux-là, jusqu'où
on peut les utiliser. Ça fait que de venir définir, mieux baliser comment... comment
on... c'est quoi, là, la notion de succès, qu'est-ce qui définit, en fait,
qu'on utilise durablement une ressource ou
un service écologique, ça, ce n'est pas encore bien balisé. Puis je pense que,
même à travers les aires protégées, c'est quelque
chose qui est en train d'être défini, c'est quoi, les balises de l'utilisation
durable.
Mme Grondin : Vous nous parlez un peu
de forme d'économie circulaire des services écologiques, jusqu'où on va?
Mme Morin
(Stéphanie) : Effectivement, jusqu'où on va.
Mme Grondin :
Parfait.
Mme Morin
(Stéphanie) : Par exemple, en milieu agricole, comment on peut faire
de l'utilisation durable, rendre les milieux
humides intéressants pour les producteurs agricoles, pour qu'ils réutilisent
pour leur propre champ, par exemple? On pourrait aller là, là. On
pourrait utiliser le Fonds bleu pour accompagner le milieu agricole en... en s'assurant d'être arrimé avec ce qui se fait au
niveau du MAPAQ puis les différents plans d'agriculture durable. Bien, je
pense, c'est une opportunité, là.
Le Président (M.
Jacques) : ...
Mme Grondin :
1 min 20 s.? Donc,
il reste 1 min 10 s. Peut-être un dernier point que je trouve
important. Vous souhaitez qu'on spécifie... je ne me souviens plus,
c'est la recommandation 7, précisément, là, faire une différence entre
local et régional. Pourquoi?
Mme Morin
(Stéphanie) : Trop souvent, ça amène une confusion, qu'on spécifie
seulement «municipalité». Je comprends qu'en
termes législatifs, qu'on écrive «municipalité», c'est la chose à faire, mais
souvent on le voit, dans le cadre d'un régime transitoire, quand on
identifie les municipalités, il y a une confusion : si c'est la MRC qui applique ou si c'est la municipalité locale. Nous,
on souhaite que, dans le cadre du fonds, les deux soient spécifiés
clairement pour que les deux puissent être ciblés par la création de ce
fonds-là.
Mme Grondin :
Parfait. Merci beaucoup.
Le Président (M. Jacques) : Bien,
merci, Mme la députée. Ceci termine le premier bloc d'échanges. Et je
cède la parole maintenant à l'opposition officielle et à Mme la députée de
Notre-Dame-de-Grâce.
Mme McGraw : Merci,
M. le Président. Et merci à vous quatre d'être avec nous en virtuel cet
après-midi. Je trouve que... Et je rejoins beaucoup ce qu'a dit ma collègue
députée d'Argenteuil, votre expertise et votre... votre expérience... votre expertise et votre expérience sur le terrain. Et je
trouve que le mémoire est très bien structuré au niveau du contenu puis
la forme, donc je vous félicite là-dessus. Très facile à suivre, les
recommandations précises au sein, aussi, des amendements proposés. Donc, merci
pour tout ce travail. Et vos commentaires et votre mémoire rejoignent quand
même plusieurs commentaires qui ont été faits lors des consultations.
À présent, ce qui est
clair, c'est que... je pense que tout le monde est d'accord que le Fonds bleu,
c'est un pas important dans la bonne direction. Et ça, on tient à le souligner.
Et là on est... on fait cette... on a ces consultations et, éventuellement, l'étude détaillée, souvent, pour
voir comment on peut améliorer le projet de loi. Alors, avec ça comme
contexte, est-ce que vous trouvez qu'il y a des angles morts ou des... des
sujets que vous auriez aimé voir traités dans le projet de loi? Donc, vos
recommandations, c'est basé sur ce qu'il y a maintenant dans le... Par contre,
vous avez... vous avez souligné l'adaptation
aux changements climatiques, et on appuie cette recommandation-là. C'est une...
c'est une lacune qu'il faut... qu'il faut
régler. Donc, est-ce qu'il y aurait d'autres enjeux ou d'autres... d'autres
angles morts?
• (17 h 10) •
Mme Morin
(Stéphanie) : Bien, comme on a... comme on a parlé dans le mémoire,
effectivement, là, il y a l'adaptation aux
changements climatiques, la mise en oeuvre des PRMHH, là. Je ne veux pas me
répéter à cet effet-là, mais on croit
que le financement des PRMHH est quelque chose de majeur. J'ai compris, avec
l'intervention de M. le ministre, que
c'était quelque chose qui était... qui était déjà envisagé et voir comment ça
va être priorisé. Donc, c'est sûr que tout ce qu'on... tout ce qu'on a
rajouté, là, toutes nos propositions sont des ajouts qui ne sont pas
actuellement dans... dans le projet de loi.
Est-ce qu'il y a
d'autres choses? C'est sûr que, si on est dans un monde de licornes, on
pourrait ajouter plein d'autres choses, notamment le monitoring, tu sais, des
différents milieux ou l'acquisition de connaissances, le développement des expertises, aussi, comme je l'ai
un peu mentionné, en adaptation aux changements climatiques. C'est
quelque chose que... Si on veut des changement de paradigme, il faut former les
gens, il faut créer des opportunités pour qu'il y ait ces changements-là, il
faut s'inspirer de ce qui se fait ailleurs. Donc, ce serait pas mal les ajouts.
Je ne sais pas si Simon, Vincent ou Lisanne, vous vouliez faire d'autres... Ça
vous va?
Mme McGraw :
Donc, ça, c'est la recommandation n° 5. En ce qui
concerne... Donc là, vous parlez de financement,
vous parlez de gouvernance. Est-ce que, selon vous, les mesures qui... les
mesures proposées sont adéquates pour que les sommes prévues soient
utilisées aux fins prévues?
Mme Morin
(Stéphanie) : J'imagine que votre question réfère à la reddition de
comptes puis le suivi, un peu, du financement?
Mme McGraw : ...la reddition
des comptes est assez robuste, mais, oui, deux questions liées.
Mme Morin
(Stéphanie) : Oui. Bien, je pense que c'est intéressant, là, il
y a des très bons pas. C'est essentiel qu'il y ait une reddition de
comptes puis une certaine imputabilité, là, par rapport à... les
investissements qui vont être... qui vont être faits. Je pense que, pour faire
la reddition de comptes, ça doit être aussi basé sur des données qui sont
réelles et pas juste des estimations. Puis je pense que ça, ça avait été repris
aussi au courant d'autres auditions, là. Trop souvent, on fait des estimations
puis on passe à côté, par exemple, de certaines cibles parce qu'on n'a pas la donnée réelle puis on sous-estime, donc, les
impacts. Ça fait que je pense que c'est important que ce soit basé, là, sur
des données réelles et non pas des estimations. Ça fait que ça revient à
faire... à reparler du monitoring puis ça revient à reparler aussi, par exemple,
de transparence de données dans tout plein de domaines. Donc, oui.
M. Cordeau (Vincent) : Je me
permettrais...
Mme McGraw : Oui. S'il vous
plaît.
M. Cordeau
(Vincent) : Oui, si c'est possible, je me permettrais
d'ajouter pour les mécanismes de financement, là, de... Il était
souligné d'avoir... qu'il est souhaité d'avoir une certaine flexibilité, donc,
avec l'exercice des... des PRMHH. Les MRC, il n'y a pas une action qui est
pareille dans une région ou une autre, tout dépend de notre réalité terrain.
Donc, dans ce contexte-là, ça va être difficile de faire, je pense, un
programme provincial qui va pouvoir se décliner d'une manière qui est uniforme
sur l'ensemble du territoire, donc avoir un mécanisme, une flexibilité qui est
à l'instar du Fonds régions ruralité pour dépenser les sommes. Et je pense
qu'on peut s'inspirer des mécanismes de reddition de comptes aussi. Donc, il y
a quand même des balises que le gouvernement donne au milieu municipal pour
qu'est-ce qu'il est possible de dépenser, les activités. Je pense que le projet
de loi est déjà bien clair dans ce sens-là.
Donc, c'est ce qui est souhaité, d'avoir un peu le même mécanisme que le Fonds
régions ruralité, pour laisser une flexibilité au milieu.
Mme McGraw : ...Pardon. Merci.
Dans la recommandation no 1, vous parlez des services écosystémiques.
Est-ce que vous trouvez que... Donc, ça, ça rejoint aussi comment on valorise
l'eau. Est-ce que vous avez des... des ajouts ou des précisions là-dessus?
Mme Morin
(Stéphanie) : Bien, dans le fonds, dans la
recommandation 1, on parlait notamment d'utilisation durable des
ressources en eau. Donc, oui, des services écosystémiques. Là, tu sais, quand
on voit... on voit l'eau comme une ressource, plutôt que l'eau comme un milieu
dans... pour lequel... Elle nous rend plusieurs services, hein? L'eau, c'est une source d'eau potable, donc
c'est important qu'elle soit protégée. L'eau, c'est aussi les services
écologiques que les milieux riverains, que les milieux humides aussi rendent,
notamment, en termes de captation du carbone ou bien en termes de régulation,
filtration. C'est ça, l'utilisation durable. Ça fait que, quand on parle
d'utilisation durable, quand on parle d'utiliser une ressource, nous, on
suggère qu'on ne parle pas juste d'utiliser une ressource, mais aussi des
services écologiques, tu sais? Si on amène un peu cet angle-là dans le projet
de loi, ça pourrait être intéressant, après ça, de baliser comment on utilise
un service écosystémique puis jusqu'où c'est durable.
Mme McGraw : Donc, au niveau
des finances, est-ce qu'on sous-estime la valeur financière des services
écologiques rendus?
Mme Morin (Stéphanie) : Bien,
c'est une très bonne question. En fait, les études commencent à émerger, là, en
ce moment, en termes de valeur économique des milieux humides et hydriques, là,
les études de Jérôme Dupras, notamment, à l'UQO, commencent un peu partout à
émerger. On a Montréal qui a été quantifié en termes de valeur écosystémique.
Il y a plusieurs autres MRC qui sont en train de faire un certain processus,
là, d'évaluer la valeur économique des
milieux naturels. Puis, bien, en ce moment, cette valeur-là, est-ce qu'on la
sous-estime? Probablement. Parce qu'on n'a pas les connaissances
nécessaires pour être, tu sais, pile-poil sur ce que vaut le milieu naturel.
Puis ça revient un peu à l'acceptabilité sociale, aussi. Qu'est-ce qu'on...
qu'est-ce qu'on considère, nous, comme société québécoise, comme étant rentable
ou ayant une valeur économique? Ce n'est clairement pas... Ce n'est clairement pas, en ce moment, dans... considéré, par exemple,
dans les taux de taxation au niveau municipal, tu sais? Ça, c'est
quelque chose qui est absent. Ça fait qu'en
termes de mesures, par exemple, écofiscales, de considérer la valeur économique
des milieux naturels comme un critère d'analyse, ça pourrait être intéressant,
ou que ce soit intégré dans, par exemple, les taux de taxation, cette
valeur-là, plutôt que juste la valeur foncière, comme c'est fait actuellement.
Ce serait intéressant, en fait, d'aller dans cette avenue-là pour préserver les
milieux davantage.
M.
Lajeunesse (Simon) : Si vous me permettez de compléter, au-delà du
montant qu'on peut évaluer pour la valeur
d'un service écosystémique, c'est beaucoup la question de... on est presque tout
le temps sur une propriété privée, donc le bénéficiaire du service n'est pas nécessairement le propriétaire du
milieu, et c'est là que d'avoir accès à des fonds viendrait grandement aider les communautés à mettre en
place, à préserver nos milieux qui servent des services écosystémiques.
Mme
Morin (Stéphanie) : À portée collective, effectivement.
Mme McGraw : Oui,
un point très important. Est-ce que... On va revenir sur la question des
connaissances et des données. On a parlé de reddition de compte, vous avez
parlé de données réelles. On a aussi parlé de compteurs d'eau pour les données.
Est-ce que vous avez une opinion là-dessus?
Mme Morin
(Stéphanie) : Une opinion sur les compteurs d'eau? Donc, vous parlez
des compteurs d'eau au niveau des résidences, donc, des citoyens?
Mme McGraw : Non...
Mme Morin
(Stéphanie) : Ou vous parlez des entreprises?
Mme McGraw : Des
entreprises...
Mme Morin
(Stéphanie) : Les entreprises.
Mme McGraw : Pas
les individuels, les résidences, mais... pas le niveau... au niveau
résidentiel, mais entre les entreprises commerciales, etc.
Mme Morin
(Stéphanie) : Bien, c'est sûr qu'en ce moment, tu sais, on a une
méconnaissance de l'utilisation de l'eau
au... Je pense, le ministère a de certaines connaissances au niveau des grands
préleveurs, chose que j'ai compris qu'il allait y avoir plus de
transparence, là, si... ce qui était souhaité. C'est sûr que, toute forme
d'entreprise qui exploite l'eau, plus on a
un meilleur portrait de l'utilisation de l'eau, mieux on va pouvoir quantifier
le succès de est-ce qu'on l'utilise durablement ou non. Mais, si on n'a
pas... si on a certaines données, mais qu'on n'a pas l'ensemble de l'oeuvre de... tu sais, l'ensemble des exploitants,
bien, c'est sûr qu'on passe à côté, tu sais, mais... C'est ça, l'AGRCQ, là, on... tu sais, on s'est beaucoup plus
concentrés sur la création du fonds, puis, bon, un petit peu la
reddition de comptes, mais c'est surtout au
niveau de la création du Fonds bleu, là, qui nous intéresse, là. Au niveau, tu
sais, des compteurs d'eau, tout ça, l'association des gestionnaires de
cours d'eau, ce n'est pas quelque chose avec lequel on travaille au quotidien. Donc, je vous dis une opinion en lien avec les
compteurs d'eau, là, basée un peu sur mes collègues précédents ou les
associations précédentes qui ont passé en audition.
Mme McGraw : Est-ce
que le Québec, donc, pour... un peu dans la même ligne de pensée, est-ce que le
Québec devrait s'améliorer en termes d'acquisition des données à ce niveau-là?
• (17 h 20) •
Mme Morin (Stéphanie) : Effectivement, je crois
que c'est essentiel. Le mieux on... le plus qu'on a de données, le meilleur seront... les meilleures seront nos
décisions. C'est toujours avec des décisions éclairées qu'on peut
vraiment comprendre l'impact, aussi, de nos
décisions sur les territoires. Ça fait que je pense que c'est en passant par
l'acquisition de connaissances qu'on va s'améliorer au niveau, par exemple, de
l'utilisation de l'eau potable. Au niveau des eaux souterraines, en ce moment,
dans les différentes MRC, il commence à y avoir plus de connaissances à l'aide
des PACES, là, les projets d'acquisition sur
les eaux souterraines... les Projets d'acquisition de connaissances sur les
eaux souterraines. Ça commence à émerger dans les... dans les différents
territoires.
On
a certaines données, avec l'aide des OBV, qui nous sont... qui nous sont
transférées. Par contre, l'utilisation de ces données-là dans un but de
développer le territoire, puis de le protéger, puis de protéger la ressource en
eau souterraine, par exemple, c'est quelque chose qu'on ne sait pas encore,
c'est le prochain chantier. Parce que, suite à l'acquisition de connaissances, il faut savoir qu'est-ce qu'on fait avec
ces données-là. Parce qu'avoir des données pour avoir des donnés, ça ne
sert strictement à rien, mais, par contre, d'utiliser ces données-là dans le
but de protéger, dans le but de mieux
aménager le territoire, c'est essentiel. Puis ça, c'est un chantier, pour
l'instant, qui est sous estimé.
Tu
sais, on parle à certains chercheurs dans le cadre de projets de développement,
chez nous, dans Argenteuil, puis on a
un superportrait de, tu sais... de plus en plus précis, au niveau, par exemple,
des eaux souterraines. Par contre, qu'est-ce
qu'on fait? Cette notion-là, ce n'est pas clair. Tu sais, on peut protéger des
zones de recharge, mais qu'est-ce que ça veut dire protéger des zones
de... de recharge? C'est un peu ça.
Le Président (M.
Jacques) : Merci beaucoup pour votre échange. Donc, nous allons
procéder à la dernière... du dernier bloc d'échanges, avec la deuxième position
et Mme la députée de Verdun.
Mme Zaga
Mendez : Merci, M. le Président. Je veux saluer l'association des
gestionnaires des cours d'eau, rapidement, Mme Morin, M. Cordeau,
Mme Chauvette ainsi que M. Lajeunesse, avec qui j'ai... on a eu la
chance de collaborer dans une autre vie.
J'ai énuméré vos...
Il y a deux recommandations qui ont attiré mon attention, puis, avec le temps
qu'on a, j'aimerais vous entendre un peu plus sur l'ajout des... l'adaptation
aux changements climatiques, au paragraphe 2°, là, c'est... la recommandation n° 2, pardon. Et tantôt,
dans la discussion, moi, ce que je comprenais, c'est un besoin de... ne
pas seulement d'estimer les coûts, de se préparer, d'avoir des budgets qui sont
substantiels à cet égard-là. Est-ce que vous sentez qu'avec le Fonds bleu on
répond en partie ou est-ce qu'on a besoin encore d'un fonds beaucoup plus
généreux pour l'adaptation aux changements climatiques?
Mme
Morin (Stéphanie) : Bien, l'adaptation aux changements climatiques, je
pense qu'Ouranos va sûrement vous en parler plus un peu plus tard, mais,
tu sais... l'adaptation aux changements climatiques, en soi, c'est énorme. Si on parle de l'adaptation aux changements
climatiques en lien avec l'eau, tu sais, ça va être quand même
important. Après, je pense qu'en termes financiers ça va être important, c'est
un chantier énorme. Si on parle de changements climatiques, les aléas en lien
avec l'eau, on parle des précipitations extrêmes, on parle, par exemple, de
l'adaptation du cadre bâti, des infrastructures municipales à recevoir, ces
débits extrêmes là, par exemple, on parle d'inondations riveraines. Je peux
continuer, là. Avec les aléas de l'eau, on parle d'approvisionnement, mais tout
ça, ces variations au niveau d'eau là, qu'ils soient extrêmes, soient en
surplus, mais aussi en manque, en carence, bien là, il faut savoir comment
jauger, comment s'adapter avec ces variations d'extrêmes là. Chez nous, dans la
municipalité de Saint-André-d'Argenteuil,
une année, on a une inondation historique, l'autre année, on est en sécheresse,
les puits municipaux sont à sec. Tu
sais, ça va être ça de plus en plus. Comment on s'adapte à ça? Ce n'est pas
facile. Donc, ça va nécessiter, effectivement, des engagements
financiers.
M.
Lajeunesse (Simon) : Personnellement, je suis d'avis que tout ce qui
est... une grosse partie de l'adaptation aux changements climatiques, dans le milieu municipal, qui concerne les
infrastructures, il va falloir gérer des volumes d'eau, des pluies,
donc, tout ce qui est ponceaux, égouts pluviaux, etc., les quartiers déjà
bâtis. On parle vraiment de programmes d'infrastructures qui vont exiger des
sommes considérables.
Dans mon optique, le Fonds bleu, on devrait être
plus en mode de prévention, gestion des milieux naturels, plus en mode de prévenir. Donc, autrement dit, il
y a un cours d'eau à protéger, on parle d'espace de liberté, toutes des choses qui vont exiger des sous, ou pas
nécessairement dans des cadres bâtis très densément peuplés. À ces endroits-là,
il y a... les programmes actuels sont
insuffisants ou sont inexistants. Donc, c'est... mon opinion est qu'on devrait
aller vers... le Fonds bleu devrait servir à la préservation des milieux
hydriques dans leur intégrité, dans une optique de changements climatiques,
avant qu'il soit trop tard.
Mme Zaga Mendez : Merci pour cet
ajout. Et, avec le temps qu'il nous reste, peut-être vous entendre un peu plus
sur la question de la gouvernance puis l'ajout du rôle des MRC dans la gestion
de ce fonds et des actions qui vont être réalisées. J'aimerais ça vous entendre
un peu plus là-dessus.
Mme Morin
(Stéphanie) : Oui. Bien, dans le fond, c'est ça, on juge que
c'est important que les compétences des MRC soient reconnues dans le cadre du Fonds bleu, dans la gouvernance,
puisqu'on est des acteurs de mise en oeuvre. Mme la députée d'Argenteuil
l'a dit tantôt, on est des praticiens, on va prendre les différentes planifications
et on va les mettre en oeuvre. Donc, on a un rôle très important dans la
gouvernance, puisque ce sera nous qui devrons, à l'échelle régionale, mettre en oeuvre plusieurs projets avec nos
municipalités locales qui devront notamment s'adapter. Donc, il y a plusieurs... Les objets du fonds,
nécessairement, ça va passer par le niveau régional, les MRC et les
municipalités. Donc, d'ajouter les compétences en matière de gestion des
cours d'eau, qui sont des compétences dévolues aux MRC, en matière de protection
de l'environnement aussi, va permettre, je pense, une meilleure mise en oeuvre.
Mme Zaga Mendez : Merci beaucoup.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup pour ces échanges. Je vous remercie de votre contribution aux travaux
de la commission.
Et nous suspendons quelques instants pour
accueillir le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 17 h 26)
(Reprise à 17 h 30)
Le Président (M. Jacques) : Nous
reprenons nos travaux. Et je souhaite la bienvenue aux représentants du Conseil
du patronat du Québec.
Je vous
rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, après quoi
nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la
commission. Je vous invite donc à vous présenter puis à commencer votre exposé.
Conseil du patronat du
Québec (CPQ)
M. Blackburn (Karl) : ...M. le
Président. Alors, d'abord, j'aimerais remercier la Commission des transports et de l'environnement de nous donner l'opportunité
d'exprimer le point de vue de nos membres dans cette consultation sur le
projet de loi n° 20, Loi instituant le Fonds bleu et modifiant d'autres
dispositions.
Tout d'abord, j'aimerais saluer mon ami le
député de René-Lévesque. Et je suis Karl Blackburn, président et chef de la
direction du Conseil du patronat du Québec. Je suis accompagné de mon collègue,
Arnaud Champalbert, vice-président, Affaires publiques et gouvernementales, au
Conseil du patronat du Québec.
Je vous
rappelle brièvement qui est le Conseil du patronat. Notre organisation, créée
en 1969, est une confédération de près de 100 associations
sectorielles et représente les intérêts de plus de 70 000 employeurs
de toutes tailles et de toutes les régions du Québec, issus des secteurs privés
et parapublics. Le CPQ a pour mission de se prononcer sur les politiques publiques susceptibles d'affecter les entreprises
tant au palier municipal, provincial qu'au fédéral. Le CPQ intervient également sur de nombreuses tribunes
pour faire entendre la voix des employeurs du Québec et faire
reconnaître leur contribution à l'amélioration du niveau et de la qualité de
vie des citoyens.
D'entrée de jeu, le CPQ souligne l'instauration
du Fonds bleu et les objectifs de protection, de restauration, de mise en valeur et de bonne gestion de l'eau. Le
fonds serait alimenté par des redevances et par une contribution du
gouvernement, soit des crédits budgétaires.
De façon
générale, le CPQ appuie le principe d'utilisateur-payeur. Ceci est d'autant
plus vrai lorsqu'il s'agit d'une ressource essentielle comme l'eau. Nous
sommes en faveur de l'écofiscalité, un concept qui s'applique bien aux
redevances sur l'eau. Celles-ci incitent à adopter des comportements désirables
du point de vue environnemental.
Toutefois, pour le Conseil du patronat du Québec,
certaines mises en garde s'imposent. La prévisibilité et la compétitivité des
entreprises sont des facteurs importants à prendre en considération dans les
politiques et les actions gouvernementales pour que les entreprises puissent
continuer de contribuer au développement durable du Québec et à sa prospérité.
Ces éléments constituent la base de nos commentaires qui concernent aussi le
projet de règlement accompagnant le PL n° 20.
Comme nous avons reçu une convocation tardive,
vous... veuillez nous excuser de vous avoir fait parvenir le mémoire il y a quelques minutes à peine, mais
soyez assurés qu'on pourra répondre amplement aux questions que vous
aurez à nous poser dans les échanges qui suivront cette présentation.
Tout d'abord, la hausse de la redevance sur
l'eau prévue dans le projet de loi et les règlements accompagnant le
PL n° 20 est considérable. Pour plusieurs secteurs, la redevance en
place depuis 2010 sera multipliée par 14, et ce, en l'espace d'un an. Comme d'autres intervenants l'ont mentionné avant
nous, il s'agit donc d'un choc tarifaire. Il faut comprendre que cette
hausse arrive dans un contexte particulier. Tout d'abord, avec l'inflation qui
est toujours très élevée, les secteurs visés par le PL n° 20 ont
aussi été affectés par d'autres hausses récentes de tarifs et de coûts de... et
de nouvelles obligations réglementaires.
Une autre de
nos inquiétudes se trouve du côté du fardeau fiscal des entreprises. Rappelons
que les entreprises du Québec sont
plus lourdement taxées que celles d'autres provinces canadiennes et la plupart
des pays de l'OCDE, notamment en raison des taxes sur la masse
salariale. Le poids combiné des prélèvements sur les sociétés au Québec, on
parle de 7,2 % du PIB en 2021, dépasse celui de l'Ontario, à 6,1 %,
et se retrouve au quatrième rang sur un ensemble de 38 pays et provinces.
Un équilibre doit être préservé, surtout que votre gouvernement travaille fort
sur l'allègement réglementaire.
Le CPQ estime qu'il est possible de prévoir des
modifications pour ne pas nuire à la compétitivité des entreprises tout en respectant les objectifs du projet de loi. Le CPQ
propose donc de reconsidérer l'ampleur de la hausse prévue et de l'étaler dans le temps pour éviter un
choc et donner aux entreprises le temps de s'ajuster. Une exonération ou
modulation pour certaines activités et pour tenir compte des spécificités et
réalités des différents secteurs visés est également souhaitée.
Par exemple, le secteur des pâtes et papiers du
Québec fait partie des secteurs fortement touchés par ce projet de loi. Ces
entreprises prélèvent de grands volumes d'eau pour leurs opérations. Or, il est
à noter qu'en ce moment, en Ontario, ce secteur ne paie pas de redevances sur
l'eau. Il est aussi à noter que les usines de pâtes et papiers retournent la quasi-totalité de l'eau prélevée
après traitement et respectant les plus hauts standards
environnementaux. On devrait considérer imposer la redevance sur la quantité
consommée au net, en s'assurant évidemment de la bonne qualité de l'eau
retournée.
Par ailleurs,
l'usage de l'eau dans le secteur de la transformation alimentaire est beaucoup
en lien avec des objectifs de salubrité et de santé et sécurité. Le
modèle de contenants à remplissage multiple dans le secteur brassicole, pour sa part, représente un modèle économique
circulaire qui favorise une diminution de l'usage des ressources et qui est
à encourager et à renforcer. Ainsi, on
pourrait envisager une modulation de la redevance pour tenir compte des
différentes formes et finalités d'usage de l'eau et pour tenir compte de l'eau
qui est retournée et de la consommation nette.
Un autre point important concerne l'utilisation
du fonds. Pour le CPQ, le Fonds bleu devrait pouvoir servir à appuyer des
projets en faveur d'une meilleure utilisation et gestion de l'eau par les
entreprises, par exemple pour l'introduction d'innovations technologiques, la
recherche scientifique et le développement.
Si les dispositions du projet de loi n'empêchent
pas a priori une telle utilisation, la documentation entourant la publication
du projet de loi et ses règlements mériterait d'être clarifiée sur ce point. Il
serait donc important de confirmer si les entreprises qui contribueront au
Fonds bleu vont pouvoir en tirer profit pour des activités en lien avec les
objectifs d'assurer la protection, la gestion durable, responsable et efficace
de l'eau.
Un parallèle en ce sens peut être fait avec le Fonds
d'électrification et de changements climatiques et le marché du carbone. Le
gouvernement pourrait aussi aller plus loin avec le fonds et envisager la
création d'un centre de recherche sur l'eau qui regarderait les différentes
facettes en lien avec cette richesse.
Pour ce qui est de la révision périodique prévue
aux cinq ans des dispositions réglementaires concernant les redevances pour
l'utilisation de l'eau, on considère que c'est souhaitable. Cela amène à de la
prévisibilité au milieu économique. Cette prévisibilité réglementaire permet
aux entreprises de demeurer compétitives et d'équilibrer leurs états financiers
pour éviter des chocs. Une première révision après deux ans pourrait être ainsi
indiquée.
Le projet de loi prévoit également rendre
publiques, dès le 1er janvier 2024, les données relatives aux volumes
d'eau déclarés par les préleveurs assujettis à la réglementation. Le CPQ appuie
les efforts de transparence et l'utilisation de données pertinentes pour
maximiser le potentiel d'évaluation des résultats et d'atteinte des objectifs
des politiques. Il note toutefois l'importance du respect des considérations
commerciales et concurrentielles de confidentialité
et de sécurité. Ainsi, des données sur les volumes d'eau déclarés par les
préleveurs peuvent représenter, dans certains cas, des informations commerciales
sensibles et ne devraient pas, dans ce cas, faire l'objet de divulgation
obligatoire à grande échelle.
Une solution alternative serait de rendre
disponibles des données plus agrégées, que ce soit sur une base sectorielle ou
temporelle. On atteindrait quand même l'objectif visé tout en veillant au
respect de ces considérations. Il faudrait démontrer que de nouvelles exigences
auprès des entreprises ont une réelle valeur ajoutée démontrée compte tenu des
inconvénients potentiels.
Pour conclure, le CPQ appuie l'objectif du
projet de loi n° 20 et ne s'oppose pas à une hausse de la redevance sur l'eau. Une telle hausse devrait par
ailleurs tenir compte du bassin... du besoin, pardon, de compétitivité
des entreprises et être plus graduelle. Cela permettrait d'offrir une certaine
prévisibilité. Les redevances devraient aussi tenir compte de l'utilisation
nette de l'eau et non seulement sa captation.
Le CPQ estime que la protection de l'eau
requiert des efforts concertés de tous. Le Fonds bleu fait en sorte d'offrir
des incitatifs pour encourager les bons comportements en lien avec cette
ressource. Ce fonds devrait être disponible pour les entreprises pour les
soutenir dans leurs efforts de réduction de l'utilisation de l'eau et de
gestion efficace de cette ressource.
Je vous remercie beaucoup de votre attention, et
nous sommes disponibles pour répondre à vos questions.
Le Président (M. Jacques) :
Merci
beaucoup pour votre exposé. Et je cède maintenant la parole au ministre pour la
période d'échange.
• (17 h 40) •
M. Charette : Merci beaucoup, M. le
Président. Messieurs, merci d'être avec nous. Toujours un plaisir d'avoir la
possibilité d'échanger sur des enjeux qui nous intéressent et interpellent.
Peut-être quelques éléments de commentaires par
rapport à ce que vous avez mentionné. Vous évoquez un choc tarifaire. C'est vrai que la hausse, on ne le nie pas, elle peut
sembler importante. C'est essentiellement 900 % par rapport à ce qui s'applique actuellement pour ce
qui est du fruit final, là, de cette... de cette hausse, mais, dans les
faits, c'est 300 %, suite à une tarification qui était définitivement
beaucoup trop basse à l'origine, donc c'est 900 % de trop peu. Donc, au final, ce n'est pas une somme qui
est déraisonnable. Et un autre élément qu'il ne faut pas perdre de vue, il
n'y a pas eu d'indexation depuis 12 ans. Donc, c'est quelque chose, là,
qui, dans les faits, étalé, là, sur la durée, qui ne représente pas un choc
aussi important, là, qu'on pourrait le craindre. Mais, en même temps, je
comprends que pour une entreprise et même
pour un individu, se faire imposer de nouveaux tarifs, ce n'est jamais
agréable. Mais ce qu'on a pu mentionner depuis le début, par contre, le
but de ce projet de loi et des projets de règlement n'est pas d'engranger de l'argent pour en engranger, c'est beaucoup pour
changer des comportements. On veut qu'à la toute fin on utilise moins
d'eau. Et c'est un petit peu le propre... lorsqu'on a trop d'une ressource,
malheureusement, on tend à la gaspiller.
Et on est convaincus qu'à travers une meilleure
tarification de l'eau, ça va inciter les entreprises à revoir certaines de
leurs pratiques, à revoir certains de leurs procédés pour ultimement utiliser
passablement moins d'eau. Et étant donné qu'on ne fait pas ça pour engranger de
l'argent, il y a une disposition du projet de loi qui prévoit qu'il pourra... qu'on pourra mettre en place un
programme pour venir aider les entreprises qui mettront en place de
nouveaux procédés qui viendront réduire significativement leur recours à l'eau.
Ce qu'on a répété, par contre, depuis le début,
et je me sens obligé de le répéter de nouveau, les entreprises doivent être conscientes que ce programme-là,
lorsqu'il sera développé, ce n'est pas dans l'optique de couvrir
l'entièreté des frais de transformation. Une usine ou une entreprise ne pourra
pas récolter à travers ce programme-là plus qu'elle n'aura versé en redevances.
Mais plus la transformation, elle est importante... ou, en fait, je vais le
dire comme ça, plus l'utilisation en eau est importante, plus les redevances
seront importantes et plus l'entreprise pourra bénéficier d'un éventuel
programme, sans toutefois dépasser, là, les tarifs qu'ils ont... qu'elle aura
déjà payés.
Vous faites, comme d'autres l'ont fait, une
distinction au niveau de la transformation, à savoir ce qui est capté versus ce qui est rejeté. On ne peut pas ne
pas considérer cette distinction-là. C'est la raison pour laquelle, à
l'origine, il y avait deux taux. On maintient deux taux, c'est-à-dire une
entreprise qui capte et qui rejette une partie de l'eau va avoir un taux
différent qu'une entreprise qui intègre l'eau à son produit, que ce soit au
niveau alimentaire et même au niveau industriel, par exemple, mais on ne peut
pas reconsidérer ce principe-là.
Et malheureusement, et je comprends le souhait,
mais on nous a demandé, dans le cas de certaines entreprises... vous avez parlé des entreprises de pâtes et papiers,
considérer uniquement l'eau qui est ultimement captée et non pas celle
qui aura été utilisée dès le départ. Je comprends qu'il y a un traitement qui
se fait, mais ce qu'on a pu convenir hier avec les représentants de
l'industrie, malgré qu'il y a une part importante qui est rejetée, cette
eau-là, elle est altérée. Oui, elle aura été traitée, mais ce n'est pas une eau
qui se retrouve dans la même condition qu'elle était au départ. Et ça aussi, ça
doit avoir un prix. Donc, on ne peut pas considérer uniquement, là, l'eau qui
est captée et ne pas considérer celle qui est par la suite remise à la nature.
Un autre élément, la prévisibilité, c'est
quelque chose qui est cher au milieu des affaires, c'est quelque chose auquel
on tient également et c'est prévu dans le projet de loi. On ne veut plus qu'il
y ait de gros chocs, si je dois reprendre
votre expression, c'est la raison pour laquelle on précise déjà : ce sera
une indexation dorénavant de 3 % par année. Et, dans cinq ans, si
on devait conclure que les changements de comportement n'ont pas donné les
fruits escomptés, bien, peut-être qu'après cette cinquième année là il y aura
un autre réajustement. Mais minimalement ça aide à prévoir, là, les
investissements qui seront requis ou les dépenses qui seront requises, là. On
parle de 3 % pour les prochaines années.
Et en fait... enfin, le volet transparence que
je voulais couvrir, parce que plusieurs entreprises ont soulevé des inquiétudes à ce niveau-là. Certaines craignaient
une certaine compétition avec leurs concurrents des autres juridictions.
Or, c'est le cas en
Ontario, si on cherche un petit peu, je vous avoue que ce n'est pas le site le
plus... le plus... comment dirais-je,
le plus... j'allais le dire en anglais, mais où l'usager a... je n'ai pas la
traduction exacte, mais bref, il faut vouloir trouver l'information, mais elle est disponible, elle est publique en
Ontario. Donc, les entreprises ne peuvent pas et ne doivent pas craindre une compétition déloyale par
rapport à des renseignements qu'ils auraient à communiquer, c'est déjà le cas en Ontario. Et ce sont des entreprises qui,
je le pense, continuent d'opérer et continuent de prospérer malgré tout.
Mais la question de la transparence, elle est
fondamentale. On parle d'une ressource commune, ce n'est pas un bien qui est privé, l'eau, donc c'est des
données qui doivent être communiquées. On l'évoquait avec les gens,
autant UMQ, FQM, dans bien des cas, c'est
des données même qui sont nécessaires aux municipalités pour qu'elles
puissent voir comment développer leur propre milieu, est-ce qu'une nouvelle
installation peut s'installer dans leur secteur, si, par exemple, il y a déjà
des difficultés en approvisionnement en eau.
Donc, j'ai essayé de couvrir rapidement, là,
différents éléments que vous aviez mentionnés. Je ne veux pas qu'on procède par
un simple dialogue. Je veux qu'il y ait de l'espace pour échanger. Donc,
n'hésitez pas à, peut-être, répondre à ce
que j'ai mentionné. Et, sinon, je sais que j'ai des collègues qui seront
intéressés, de la partie gouvernementale, là, à vous poser des questions
également.
M. Blackburn (Karl) : Bien,
rapidement, M. le ministre. D'abord, merci beaucoup de nous permettre de faire cet échange, parce que c'est extrêmement
important. Et, comme je l'ai mentionné dans ma présentation, nous sommes
favorables à ce que vous instaurez comme principe l'utilisateur-payeur. Mais,
lorsqu'on revient sur la tarification, et permettez-moi d'être un peu... un peu
en porte-à-faux avec le fait que dans les dernières années ou dans les 20 ou
30 dernières années, malheureusement, on n'a pas payé assez cher cette
ressource, c'est un peu comme la tarification électrique, par exemple, bien là,
que, tout d'un coup, il faut faire une augmentation tellement considérable que,
oui, dans certains cas, ça apporte un choc tarifaire.
Et je comprends le principe que vous poursuivez,
je comprends l'objectif, que vous voulez que ça puisse freiner rapidement,
mais, sincèrement, si cette augmentation pouvait être graduelle, bien
évidemment, ça permettrait, d'une part, de
rejoindre les objectifs que vous poursuivez comme gouvernement, mais ça
apporterait cette prévisibilité pour
les entreprises de le faire sur une période un peu plus longue. Et vous le
savez très certainement que les
entreprises ont été durement mises à épreuve dans les dernières années et elles
ont encore devant elles plusieurs années de turbulences, de changements
importants, tant au niveau de l'organisation que du marché international. Et,
s'il y avait cette considération qui pouvait
être apportée, ce serait certainement quelque chose qui serait bienvenu du côté
des entreprises.
Au niveau,
par exemple, de la consommation nette, permettez-moi de vous donner un exemple,
M. le ministre, qui devrait vous faire réfléchir à cet élément. Je
comprends le fait que vous mentionnez que l'utilisation d'une eau qui est
traitée avec les plus hauts standards, qui est retournée dans la nature, elle
est altérée. Mais imaginez, par exemple, et c'est le cas dans certains... dans
certaines usines, où la proximité de sites industriels a permis à des sites
agroalimentaires de voir le jour, de récupérer les rejets de ces sites
industriels là pour favoriser la croissance, entre autres, de certains produits comme des légumes à l'intérieur de serres,
ce qui permet d'assurer une certaine autonomie, je dirais, alimentaire
pour le Québec. C'est bon pour l'environnement, c'est bon pour l'économie et
c'est bon pour la création de richesse dans des endroits où c'est... où c'est
considéré.
Donc, l'industrie utilise de l'eau, mais qui,
aussi, est disponible pour des transformations alimentaires. Si on avait à
considérer cet élément-là... je comprends votre principe de l'altération, mais
il y a une valeur ajoutée à ce que l'industrie primaire... l'industrie primaire
peut apporter.
Le dernier élément, puis, par la suite, on
pourra échanger avec vos collègues, sur la divulgation des données. Je
comprends l'objectif que vous poursuivez, qu'une ville qui développe de façon
effrénée des quartiers résidentiels, et qui épuise la nappe phréatique dans son
secteur, et qui fait en sorte que, malheureusement, les citoyens n'ont plus accès à de l'eau potable en quantité et en qualité
sur une base régulière, oui, la question se pose. Mais qui a besoin
d'avoir ces données? Les municipalités, le
gouvernement, les institutions qui, elles, sont en place pour légiférer et
réglementer.
Là où on a
des inquiétudes, c'est : qu'est-ce que pourraient faire des grands groupes
internationaux de pression avec certaines données importantes sur
certaines entreprises canadiennes ou québécoises et qui pourraient se voir
attaquées sur ces marchés internationaux là, avec, par exemple, l'utilisation
de l'eau ou avec des certifications, quelles qu'elles soient, pour le bénéfice
d'entreprises compétitives à l'extérieur du Québec et du Canada?
Et, dans ce contexte, l'expérience nous démontre
que certains groupes bien organisés à travers le monde sont capables d'utiliser des données, malheureusement,
au détriment d'entreprises québécoises et canadiennes, au bénéfice
d'entreprises américaines ou internationales, d'où notre prudence sur la
divulgation des données qui devraient être, oui, entre les mains du
gouvernement, entre les mains des municipalités, mais peut-être rendre
l'accessibilité aussi difficile que ce que le gouvernement de l'Ontario le fait
pour ses données, pour éviter que ça puisse devenir des éléments de pression
sur les entreprises québécoises, en sachant pertinemment que l'eau potable,
l'eau douce est fort probablement un des enjeux de conflits mondiaux dans les
prochaines années.
Et le Québec est riche dans cette ressource.
Nous avons 3 % des ressources d'eau potable dans le monde ici, sur le
territoire du Québec. Alors, donnons-nous les moyens, oui, de la protéger, de
faire en sorte que ça devienne vraiment une fierté pour le Québec, mais tentons
d'éviter que la transparence puisse permettre à des groupes avec des intérêts
différents de mettre de la pression sur des entreprises québécoises.
• (17 h 50) •
M. Charette : Merci beaucoup pour
vos commentaires. Effectivement, le temps file, donc, déjà, je vous remercie,
je vous salue, je n'aurai pas le plaisir d'aller vous serrer la main cette
fois-ci, mais j'ai des collègues qui vont prendre le relais. Une belle fin de
journée à vous.
Le Président (M.
Jacques) : Merci... (panne de son). Et je cède la parole à M. le
député de René-Lévesque pour environ quatre minutes.
M.
Montigny : Merci beaucoup. Alors, merci, M. le Président. Je
vous dis tout de suite, ça se peut qu'on manque de temps. On pourrait
échanger longtemps, M. Blackburn puis moi, on va essayer de limiter.
Peut-être aussi je passerais la parole à mon collègue à ma gauche, on va voir.
D'abord, le
premier point, je veux revenir vraiment sur votre enjeu que vous avez appelé
choc tarifaire, je veux revenir sur le fait que ça coûtait presque rien.
Faites-moi pas dire que... ou accroire que des entreprises, comme ceux qui font
de la pub avec le père Noël de temps en temps ou avec Michael Jackson,
selon nos repères culturels de notre âge à nous, ils sont capables... tu sais,
ils ne sont pas capables de faire face à cette hausse. Sérieux, c'était très
peu, et l'augmentation est quand même très peu. Alors, j'aimerais vous
réentendre là-dessus. Donnez-moi un exemple concret, là, qui va nous démontrer
qu'il y a un vrai choc tarifaire.
M. Blackburn (Karl) : En fait, si on
prend l'augmentation de 900 % que mentionne le ministre, par rapport à
cette augmentation, c'est 14 fois plus que ce que ça représentait dans la
dernière année, c'est ce qui va arriver en place et en oeuvre à partir du
1er janvier 2024. Dans certains cas, oui, ça peut paraître peu. Mais,
lorsqu'on regarde la réalité économique de ces grandes organisations quelles
qu'elles soient, dans les secteurs quels qu'ils soient, bien, c'est une addition qui vient s'additionner aux
exigences réglementaires, qui s'en vient s'additionner à la grave
pénurie de main-d'oeuvre qui, malheureusement, occasionne des coûts importants
pour toutes les organisations.
Alors, nous, ce qu'on pense, c'est qu'il
pourrait y avoir cette capacité de l'étalonner dans le temps pour éviter que ça vienne mettre une pression trop
grande rapidement sur les organisations. L'objectif, on le poursuit puis
on est d'accord, comme vous l'avez mentionné. Mais, si on avait cette
prévisibilité, cette flexibilité, ce serait certainement quelque chose qui
serait très apprécié.
M. Montigny : Bon, maintenant, je
veux vous ramener à votre conclusion dans votre mémoire : «Le CPQ estime
que la protection de l'eau requiert des efforts concertés de tous et des
indicatifs pour encourager les bons comportements en lien avec cette
ressource.» Je trouve ça très, très bon comme phrase, des bonnes choses.
Maintenant, la question que ça m'amène,
c'est : Concernant, là, la disponibilité, en fait, des ressources en eau, croyez-vous important d'adopter des mesures
pour assurer la pérennité des ressources en eau, et donc également la
pérennité des activités économiques des entreprises qui dépendent de cette même
ressource? Alors, si jamais on n'est pas capables de la préserver, bien, on
pellette pour plus tard des problèmes économiques dans la cour des mêmes
entreprises que vous défendez.
M.
Blackburn (Karl) : La réponse est rapide et simple : Oui. Et
c'est pour ça d'ailleurs qu'on est ici aujourd'hui parce qu'on considère
que c'est important de le faire. On vous soumet humblement des adaptations, de
la souplesse dans certains éléments, parce qu'on pense que ça pourrait être
facilitant pour les organisations. Mais la réponse simple à votre question,
c'est, bien évidemment, oui.
M. Montigny : Ça va me permettre, à
ce moment-là, d'aller sur les centres de recherche. Vous avez parlé de centres
de recherche. Ça m'a intrigué. J'aimerais ça vous entendre davantage là-dessus.
Est-ce que... Comment vous voyez ça, le centre de recherche sur l'eau?
M. Blackburn (Karl) : Bien, vous me
faites plaisir, mes collègues vous diraient certainement que c'est une question plantée. Il y a exactement 20 ans,
lorsque j'étais dans votre fauteuil, M. le député, j'avais proposé
qu'effectivement, compte tenu des besoins de la ressource, compte tenu
des défis importants de celle-ci, compte tenu du nombre de réponses que,
malheureusement, nous n'avions pas tant au niveau de l'énergie, du coût, de la
recherche, de la science qui étaient en lien avec cette ressource, pourquoi ne
pas se doter au Québec, justement, d'un centre de recherche sur l'eau qui
pourrait permettre au Québec de devenir un leader mondial à ce niveau-là et
pourquoi pas l'installer dans une région ressource.
Alors, à l'époque, moi, je parlais pour le Saguenay—Lac-Saint-Jean,
mais je comprends... (panne de son) ...parliez pour la région de la Côte-Nord.
Mais, ceci étant dit, il y avait eu un accueil plutôt froid de la part du
ministère, et peut-être que nous étions précurseurs il y a 20 ans par
rapport à cela. Mais il est clair qu'aujourd'hui plus que jamais, si le Québec
voulait se développer vraiment une expertise à ce niveau-là dans tous les
domaines que peut représenter l'eau et la recherche...
Le Président (M. Jacques) : En
terminant.
M. Blackburn (Karl) : ...et
l'économie, bien, je pense que c'est le Québec qui sortirait grandi de cela.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup pour cet échange. Je cède maintenant la parole à l'opposition
officielle et à Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce.
Mme
McGraw : Merci, M. le Président. Et merci d'être avec nous en virtuel, cet
après-midi, pour la présentation et
le mémoire qu'on... qu'on est en train de lire, effectivement, mais ça rejoint
vos commentaires, donc c'est très clair.
J'avais
des questions spécifiques et générales. Donc, je voudrais commencer avec une
question spécifique sur la révision, la période de... la révision
périodique. Si je comprends bien, vous proposez qu'une première révision serait
après deux ans et non cinq ans, mais vous parlez, en même temps, de
prévisibilité. Donc, j'essaie de comprendre un peu l'objectif de prévisibilité,
mais de faire une révision à l'intérieur de deux ans et non cinq ans.
M. Blackburn (Karl) : ...amorcer,
Mme la députée, un début de réponse et je vais permettre à mon collègue de
pouvoir réagir également, parce que je serais impoli de ne pas lui laisser la
chance de s'exprimer. D'abord, la prévisibilité, c'est, à chaque année, il est
prévu d'avoir une augmentation de 3 %. Alors, nous, ce qu'on dit, c'est
qu'on pourrait peut-être faire cette réflexion-là après deux ans, donner cet
espace de temps qui pourrait, justement, nous permettre d'évaluer l'inflation,
d'évaluer l'augmentation des coûts. Et, oui, ça apporte une prévisibilité, mais
c'est quand même une augmentation qui est considérable, dépendamment de
l'utilisation que vous en faites. Et à ce moment-ci, bien, je céderais la
parole à mon collègue Arnaud.
M. Champalbert (Arnaud) : Merci,
Karl. Très rapidement, bien, c'est dans cette logique d'éviter un choc
tarifaire. Cinq ans, c'est la moitié du 10 ans qu'on vient de passer.
Donc, pour nous, d'avoir cette première révision après deux ans, bien, c'est une façon de prévoir les augmentations,
d'être capables d'anticiper davantage. Donc, pour nous, c'est important
d'éviter d'attendre trop longtemps. Ce deux ans nous permet d'avoir, justement,
cette prévisibilité. Et ça fait partie des éléments qu'on appréciait du projet
de loi, justement, et des règlements surtout, d'avoir périodiquement, aux cinq
ans, cette révision, mais, pour nous, deux ans nous amenait davantage de
prévisibilité.
Mme McGraw : Merci, très clair.
Autre question, sur la transparence, vous parlez de données agrégées, que ce
soit sur une base sectorielle ou temporelle, qui pourraient permettre, comme
vous dites, l'atteinte de l'objectif visé dans le respect des considérations.
Est-ce que vous pouvez élaborer là-dessus? Qu'est-ce que vous envisagez, par
exemple, au niveau des données agrégées?
M. Blackburn (Karl) : Arnaud.
M.
Champalbert (Arnaud) : Bien, pour nous, c'est surtout d'avoir un contexte
et d'avoir des données sectorielles qui permettent de donner cette
transparence et répondre à certains enjeux ou certaines questions, notamment de
la population, sans tomber dans des données trop précises qui peuvent,
publiquement, bien, servir à des mauvaises fins ou être mal interprétées, comme
le disait M. Blackburn précédemment. Donc, pour nous, il y a une nuance à
faire entre la transparence de... les
données qu'on donne au gouvernement, les données qui servent au gouvernement
pour voir... et aux municipalités, pour comprendre comment utiliser
l'eau, pour nous, ces données doivent être très détaillées.
Pour ce qui est de la portée publique des
données divulguées, on aimerait qu'il y ait davantage de contexte ou qu'elles
soient davantage agrégées pour permettre d'avoir ces niveaux, de voir comment
elle est consommée, mais sans tomber dans les particularités qui peuvent entrer
avec des considérations commerciales, notamment. Donc, c'est la nuance qu'on
fait entre le public et la donnée, pour nous, détaillée, que devrait avoir le
gouvernement, notamment.
• (18 heures) •
Mme McGraw : Merci.
En ce qui concerne l'utilisation du fonds, ce qui est prévu présentement, c'est
vraiment qu'un soutien financier ce serait vis-à-vis les municipalités et les
OBNL oeuvrant dans la protection, la restauration, la mise en valeur et la
gestion de l'eau, mais vous proposez que le fonds pourrait être accessible à
des entreprises, justement. Et il y aurait peut-être... le ministre a parlé
d'avoir peut-être un programme éventuel à avoir accès à un nombre... un chiffre
inférieur aux redevances. Est-ce que ça ne règle pas l'enjeu?
M. Blackburn (Karl) : Bien, c'est
une option qui est fort intéressante que le ministre a mise sur la table tout à
l'heure. Effectivement, si on est en mesure de pouvoir, avec ces argents qui
sont récoltés, apporter des incitatifs pour accélérer, favoriser l'innovation,
favoriser la recherche, bien, tant mieux, c'est l'économie, c'est le Québec,
c'est tout le monde qui va en profiter. Et de faire cette utilisation en
fonction de ce que le ministre a mentionné tout à l'heure, en lien, par
exemple, avec un niveau de... un niveau de redevances versées versus un
support, de quelque nature que ce soit, inférieur au niveau des redevances
versées, ça m'apparaît fort logique.
Mme
McGraw : Parfait, merci. Autre question, en matière de
financement, de gouvernance et de financement... c'est une question que
je pose à la plupart des groupes, est-ce que vous trouvez que les mesures
prévues sont adéquates pour que les sommes prévues soient utilisées aux fins
prévues?
M. Champalbert (Arnaud) : Tu
veux que j'y aille, Karl?
M. Blackburn
(Karl) :
Vas-y.
M. Champalbert (Arnaud) : Oui.
Bien, c'est sûr qu'il y a encore des éléments à définir, mais, avec la
précision que nous a amenée le ministre, je pense qu'on est dans la bonne
direction. Et, pour nous, ça remplit... En tout cas, ça rejoint nos commentaires. De ce que je comprends, il y a un mandat qui
est aussi donné aux membres du Forum
d'action sur l'eau pour définir les orientations du Fonds bleu et les
recommandations. Donc, cette... cette démarche devrait aussi préciser et venir
confirmer, on l'espère, les suggestions que nous avons amenées aujourd'hui.
M. Blackburn
(Karl) : Et, si je peux me permettre de faire un ajout, Mme la
députée, c'est... il faudrait s'assurer qu'effectivement la voix économique
puisse être, bien évidemment, autour de la table pour s'assurer que cette...
cette facette importante de notre société puisse également participer à la
hauteur des travaux. Puis de notre présence, ici, aujourd'hui, puis des
commentaires fort, je pense, fort positifs et fort constructifs qu'on apporte,
bien, je pense que ça démontre au gouvernement, ça démontre à la population
qu'on est prêts à aller dans cette direction. On
veut contribuer. Maintenant, comment on peut arriver à utiliser de meilleure...
de façon beaucoup plus efficiente tous ces
leviers-là pour permettre, justement, de prendre ce virage qui est extrêmement
important pour notre société, en général?
Mme McGraw : Et, si je lis
bien, vous faites un parallèle dans ce sens avec le fonds d'électrification
ainsi que le marché du carbone, là.
M. Blackburn
(Karl) :
Exact.
Exact.
Mme McGraw : Souvent,
les entreprises travaillent de concert avec plusieurs partenaires, dont le
milieu municipal. On a une cotisation d'eau, etc. Est-ce que les
entreprises seraient ouvertes à aider à la restauration des milieux... pardon,
les milieux où ils prélèvent l'eau?
M. Blackburn
(Karl) : Bien, j'aurais tendance à dire que, déjà, il y en
a beaucoup qui le font en réinvestissant dans les régions, dans les
organisations pour réaménager, affecter des sommes d'argent importantes pour
réaménager des... des cours d'eau et des milieux aquatiques, là, dans les
municipalités. Alors, il y en a déjà qui le font de façon importante et
considérable. Ça existe déjà, ça.
Mme McGraw : Parfait. Merci.
M. Champalbert (Arnaud) : Je
peux? Je peux...
Mme McGraw : Oui.
M. Champalbert (Arnaud) : ...oui,
juste compléter? Non, je pense que...
Mme McGraw : Parfait. Oui.
M. Champalbert (Arnaud) : ...comme
l'a dit M. Blackburn, ça se fait déjà. Ça fait partie de la protection de
l'eau. Je pense qu'on ne peut pas enlever ça de l'équation. Et... Et peut-être
que certaines entreprises vont développer des créneaux et peut-être que ça, ça
pourrait donner lieu à des... à l'élaboration de crédits compensatoires dans le
cadre du marché du carbone, mais ça, c'est un autre débat.
Mme McGraw : Merci.
Autre question. Notre formation avait proposé de financer l'installation de
compteurs d'eau dans les édifices non résidentiels afin, vraiment, de réduire
la consommation et d'établir un programme volontaire pour le secteur agricole.
Est-ce que vous avez une réaction à l'idée de compteurs d'eau dans les édifices
non résidentiels, près, si tu veux, des entreprises, des membres du conseil?
M. Blackburn
(Karl) : Votre question, elle est intéressante.
Actuellement, il y a des mécanismes qui permettent justement aux organisations de quantifier ou de
comptabiliser l'eau qu'ils utilisent pour leur propre organisation. Est-ce
que l'installation systématique de compteurs
d'eau permettrait d'atteindre les objectifs que souhaite le gouvernement? Il
faudrait... il faudrait faire l'évaluation
de ce que ça peut représenter. Mais... mais ce n'est pas une... ce n'est pas
une panacée, si je peux le dire
ainsi, là. Il faudrait faire vraiment l'évaluation de ce que ça veut dire. La
tarification, elle est extrêmement
importante, on le voit bien au niveau de la consommation électrique. Alors, la
tarification est également fort importante.
Mme McGraw : Mais, pour être
claire, c'est un outil. Ça ne serait pas le seul du tout, mais on voulait juste
avoir une réaction.
Et, dernière question, est-ce que, selon vous,
il y a des angles morts ou il y a des sujets que vous auriez aimé voir traiter
dans le projet de loi?
M. Blackburn
(Karl) : Bien, peut-être rapidement, puis je laisserais
peut-être mon collègue Arnaud conclure là-dessus, mais les trois
éléments sur lesquels je suis revenu suite aux propos du ministre nous
apparaissent vraiment des éléments importants au niveau de la prévisibilité de
la tarification, l'utilisation de l'eau, du retour net de cette utilisation de
l'eau, et la cueillette des données, et surtout la sécurité de cette... de ces
données-là pour éviter que des... des voix ou des mains malsaines puissent
faire une mauvaise utilisation de ces éléments-là. Alors, je pense que ces
éléments-là devraient... devraient être considérés de façon importante dans
l'éventualité, là, de l'adoption du projet de loi et des règlements, tels que
proposés par le ministre. Arnaud.
M. Champalbert (Arnaud) : Pour
compléter, bien, c'est certain que, la protection de l'eau, les entreprises ont un rôle, mais ce n'est pas uniquement sur les
entreprises que repose cette protection. Donc, c'est sûr qu'on pourrait avoir une réflexion,
justement, sur le rôle que peuvent jouer... valoriser la ressource auprès des
citoyens et des institutions aussi, et pas juste sur les entreprises,
peut-être... peut-être des éléments et des perspectives d'avenir dans ce...
dans ces cas-là.
Mme McGraw : ...dernière question.
Il y a certains groupes qui ont parlé d'une tarification dynamique, par exemple, où il y a eu une pénurie d'eau, où il y a
un risque, regarder un peu la santé publique, la «sanitation», l'eau
comme matière première. Est-ce que vous avez une réaction à l'idée d'une
tarification dynamique selon l'endroit, selon l'utilisation, l'usage?
M.
Blackburn (Karl) : C'est des hypothèses qui sont vraiment à
considérer. Mais, il est clair, le premier exemple qui nous vient en tête, puis c'est celui qu'on
peut connaître, c'est qu'il y a des municipalités qui développent à
outrance leur... leur densité, leur population, leur territoire, qui,
malheureusement, ne tiennent pas compte de la capacité d'avoir de l'eau potable
et en quantité et en qualité suffisante pour alimenter leur population, ne
m'apparaît pas un plan de développement stratégique très, très, très élaboré et
surtout structurel et structurant pour notre société. Alors, est-ce que d'avoir une tarification dynamique pour
ça, est-ce que ça règle le problème? Probablement pas. Là, ça aurait été
peut-être davantage une meilleure planification stratégique qui aurait pu
éviter de se ramasser dans une situation comme celle-ci.
Mme McGraw : Merci. Donc, s'il me
reste du temps, je vais le céder au président. Merci beaucoup pour votre
présentation et votre mémoire. C'est bien apprécié.
Le Président (M. Jacques) :
Merci,
Mme la députée. Et nous terminons nos échanges avec la députée du deuxième
groupe d'opposition, Mme la députée de Verdun.
Mme Zaga Mendez : Merci beaucoup.
Combien de temps qu'on a?
Le Président (M. Jacques) : 4 min 5 s.
Mme Zaga Mendez : Parfait. Merci,
M. Blackburn et... M. Champalbert, je prononce comme il faut, pour
l'échange, la présentation.
Je voulais
revenir un peu... Tantôt, on parlait de l'effet du choc tarifaire, ça fait que
je voulais voir avec vous si votre organisation ou des membres de votre
organisation ont fait des évaluations en termes de l'impact sur les coûts d'opérationnalisation. Je pose cette question-là
surtout aux entreprises pour mieux comprendre les chocs tarifaires dont
vous faites référence. Alors, avez-vous un
exemple ou une évaluation qui nous montrerait, en regardant les coûts
d'opération, quel est le pourcentage que représente la redevance sur l'eau et
qu'elle va représenter suite à une hausse?
• (18 h 10) •
M. Blackburn (Karl) : D'abord, bien
évidemment, nous devons être prudents avant de divulguer quelque information
financière que ce soit pour des entreprises parce que c'est de nature privée,
mais il est clair que, dans les opérations de certaines entreprises, dans
certains secteurs, il va y avoir des conséquences économiques importantes
d'augmentations tarifaires reliées à la tarification qui sera apportée. Et il
faudrait... il faudrait éviter que cette augmentation tarifaire, peu importe la
grandeur de celle-ci, en fonction du secteur de l'activité économique de l'entreprise, il faudrait éviter que cette
tarification importante soit un désincitatif concernant, par exemple, le
nettoyage de certains produits ou de certains articles au lieu de simplement
les jeter au rebut et d'en acheter des nouveaux parce que ça serait moins
coûteux de le faire de cette façon.
Donc, vous voyez, il peut y avoir un équilibre
qui peut être difficile, mais, dépendamment de quel côté vous regardez la situation, ça peut paraître important
ou pas. Je pense que cette réalité, elle devient... elle est propre à
chacune des organisations en fonction de leur modèle, mais il est clair que
l'augmentation présentée, telle qu'on la connaît dans le projet de loi et dans le projet de règlement, dans certains cas,
va avoir des conséquences économiques importantes. Et, comme on l'a mentionné, lorsqu'on additionne
l'augmentation considérable des frais électriques, par exemple, pour les
entreprises, pour les PME comme les grandes entreprises, qui a été bien au-delà
du 3 % qui était gelé pour les citoyens, ça s'additionne. Lorsqu'on
regarde l'augmentation réglementaire qui vient ajouter un poids supplémentaire en termes d'administration sur le dos des
entreprises, et qu'on regarde devant nous, et qu'il y a beaucoup d'incertitudes
et d'instabilité mondiale sur l'échiquier économique, bien, il est clair que la
prudence est de mise. Et cette prudence ne doit pas freiner la volonté du
gouvernement de faire... de protéger cette ressource, d'en faire une bonne
utilisation avec des objectifs bien définis, mais est-ce que cette prudence
peut nous permettre d'avoir certaines flexibilités, ajustements, adaptations
dans le temps pour tenir compte de ces éléments qui, malheureusement, risquent
de faire mal à certaines entreprises?
Mme Zaga Mendez : Tout à l'heure, on
a eu... — une
minute? Deux minutes?
Tout à
l'heure, on avait une discussion sur des mesures d'écofiscalité, donc vous avez
fait référence rapidement au marché du carbone. Bon, on a un principe en
économie qu'on appelle le signal-prix, c'est-à-dire que pour une mesure
d'écofiscalité soit efficace, donc on arrive au résultat escompté, il faut que
le prix, que ce soit du carbone ou, dans ce cas-là, la redevance d'eau, soit
substantiel pour avoir un effet. Est-ce que vous êtes d'accord quand même avec
ce principe?
M. Blackburn
(Karl) : Bien, je vais laisser mon spécialiste de faire la réponse
parce qu'Arnaud est vraiment une personne
qui a toutes les compétences à ce niveau-là. Et on est chanceux, au CPQ, de
pouvoir compter sur Arnaud.
Arnaud, je
pense, à cette question fort précise de la députée, tu as certainement des
éléments de réponse fort importants.
Le Président (M. Jacques) : Rapidement.
M. Champalbert (Arnaud) : Merci,
Karl. En fait, pour répondre très rapidement, bien, c'est sûr que, pour nous,
l'écofiscalité, on la voit de deux volets, autant incitative, faire changer les
comportements, que désincitative, pour faire changer les comportements. Donc,
la carotte, le bâton, on en parle souvent.
Vous mentionnez davantage le volet bâton à ce
niveau-là. Donc, c'est sûr que le tarif doit permettre d'arriver à faire changer ces comportements. Mais on amène
également l'incitatif qui est rattaché à ce bâton, et donc de soutenir
les entreprises avec justement ce retour qui leur permet de réinvestir pour
mieux... mieux consommer l'eau et être plus responsables dans la consommation
d'eau.
Donc, je vous
dirais oui à première vue. Reste à voir quel tarif est idéal pour faire ce
changement de comportement sans avoir un impact trop important sur les
opérations.
Le Président (M. Jacques) : Merci.
Merci beaucoup, messieurs, pour votre contribution à nos travaux.
Et, compte tenu de l'heure, la commission
ajourne ses travaux au jeudi 11 mars... 11 mai 2023, après les avis
touchant les travaux des commissions, où elle poursuivra son mandat.
(Fin de la séance à 18 h 13)