(Neuf heures quarante-sept
minutes)
Le
Président (M. Jacques) : Bonjour à tous. Ayant constaté le quorum, je
déclare la séance de la Commission des transports et de l'environnement
ouverte.
La commission
est réunie afin de procéder aux auditions et consultations particulières et
publiques sur le projet de loi n° 22, Loi concernant l'expropriation.
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Le
Secrétaire : Oui, M. le Président. Mme Maccarone (Westmount—Saint-Louis) est remplacée par M. Beauchemin
(Marguerite-Bourgeoys).
Auditions (suite)
Le Président (M. Jacques) : Merci,
M. le Président. Nous entendrons ce matin les organismes suivants : l'Union
des producteurs agricoles, la ville de Québec ainsi que Me Martine Brunelle.
Je souhaite la bienvenue aux représentants de
l'UPA, M. Caron, M. Ross et Mme Simard. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre
exposé, après quoi nous procéderons à la période d'échange avec les membres
de la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à commencer votre
exposé.
Union des producteurs
agricoles (UPA)
M. Caron
(Martin) : Merci. Merci bien, M. le Président. Mmes et MM.
les députés, mon nom est Martin Caron, président général de l'UPA. Je
suis producteur laitier, de céréales et de légumes de transformation à
Louiseville, en Mauricie. Je suis accompagné
de Charles-Félix Ross, qui est directeur général de l'UPA, et de Mme Diane
Simard, qui est directrice des affaires juridiques.
Les audiences sur le PL n° 22 sont
l'occasion pour l'UPA de faire entendre la voix des producteurs agricoles qui
pourraient subir l'expropriation de leurs terres ou une partie de celles-ci. La
protection du territoire agricole et l'importance
d'une indemnité juste et raisonnable pour les producteurs agricoles qui se
verraient expropriés sont au coeur de
nos préoccupations. C'est pourquoi nous demandons que les expropriations en
zone agricole demeurent l'exception lorsqu'elles sont absolument
nécessaires, et les maximums fixés au projet de loi pour le calcul des
indemnités ne doivent pas s'appliquer. En zone agricole, les tribunaux doivent
conserver leur discrétion pour fixer les indemnités aux producteurs agricoles,
comme c'est le cas actuellement.
Il importe de rééquilibrer le débat en faisant
valoir que la situation de la majorité des expropriés est bien loin d'être celle des développeurs immobiliers. D'une
part, l'expropriation des terres agricoles est une atteinte grave au patrimoine et à la souveraineté alimentaire du
Québec. Nos terres agricoles, l'outil indispensable pour nos producteurs, sont
une ressource précieuse et non renouvelable. Alors que la zone cultivable
représente moins de 2 % du territoire québécois, il est essentiel de la
conserver et de la protéger. Il est important que son atteinte soit minimisée
afin de pérenniser la production agricole québécoise, qui est le garde-manger
du Québec.
Rappelons que
la Politique nationale de l'architecture et de l'aménagement du territoire, une
politique agricole récente, indique
clairement que l'implantation d'usages non agricoles en zone agricole nuit au
maintien et au développement de l'agriculture et provoque des conflits
d'usage et que l'éparpillement de notre empreinte sur le territoire entraîne des coûts importants, dont les pertes des terres
agricoles. Rappelons également que la zone agricole est constamment grugée
par l'étalement urbain, des projets d'infrastructures et de toutes sortes
d'initiations au niveau de la conservation.
• (9 h 50) •
Or, l'UPA déplore que le PL n° 22 prévoit
que, pour l'exproprié, il n'est pas nécessaire d'avoir obtenu une autorisation
requise pour la réalisation du projet. Ainsi, pour un projet autre qu'agricole
situé en zone verte, il ne serait pas nécessaire que le corps expropriant
obtienne une autorisation de la Commission de protection du territoire agricole du Québec avant de procéder à l'expropriation. Dans ce contexte, force est de
constater que l'article 5 du PL n° 22 ne
concorde pas avec la volonté du gouvernement en matière d'aménagement du
territoire. Avec l'article 5 tel que libellé, un corps expropriant peut procéder à une expropriation avant même de
savoir si la CPTAQ autorisera le projet. Un producteur agricole se
verrait donc exproprié pour un projet sans savoir si celui-ci sera autorisé ou
non par la CPTAQ. Cette façon de faire est incohérente, et le projet de loi ne
doit pas légiférer en ce sens. Au contraire, si le gouvernement a la volonté de mieux protéger le territoire agricole,
comme il le prétend, la CPTAQ doit être consultée avant même l'avis
d'expropriation.
Par conséquent, l'UPA demande que le PL n° 22
soit modifié afin d'exiger qu'en zone agricole... qu'un corps expropriant
obtienne l'autorisation de la CPTAQ préalablement à l'introduction de
procédures d'expropriation. Dans le même sens, l'UPA demande que, lorsqu'il y a
abandon du projet qui a fait l'objet de l'expropriation, la terre agricole expropriée soit rétrocédée au producteur dans
l'année qui suit la date d'abandon du projet, et ce, au prix de l'indemnité
d'expropriation qui avait été préalablement accordée, et que cette terre soit
réincluse en zone agricole. D'autre part,
lorsqu'une expropriation en zone agricole est absolument nécessaire, les
tribunaux doivent conserver leur discrétion pour fixer l'indemnité,
compte tenu des particularités du milieu agricole.
Les producteurs agricoles rassemblent
généralement tout leur milieu de vie sur leur terre : leur résidence, leur
entreprise, leur lieu de travail, leur gagne-pain, leur héritage et leurs
souvenirs. Un producteur agricole qui se ferait exproprier de sa terre peut donc tout perdre. Au surplus, une terre
agricole constitue une ressource limitée et non renouvelable. Dès lors, un producteur qui se fait exproprier et qui perd
la terre ne pourra pas nécessairement retrouver l'équivalent qui lui permettrait de poursuivre ses activités comme il le
faisait précédemment. En raison de cette situation unique, les
producteurs agricoles qui se font exproprier doivent bénéficier d'un statut
particulier.
Nous avons
notamment pu constater des graves traumatismes qui ont découlé de conséquences
d'expropriation de l'aéroport de Mirabel. Près de 50 ans plus tard,
ces effets se font toujours sentir chez plusieurs familles. Il doit donc y avoir un régime particulier lorsque vient
le temps de calculer les indemnités dues au producteur agricole victime
d'expropriation.
Le PL n° 22
a notamment pour effet de restreindre, d'encadrer et de limiter les indemnités
à allouer en ne laissant aucune marge de manoeuvre aux tribunaux pour
accorder une indemnité en fonction des besoins propres à chaque exproprié. En d'autres termes, le PL n° 22
établit à l'avance les types et les valeurs de dommages qui peuvent découler
d'une expropriation avec les montants maximums. Par exemple, lorsqu'un
producteur doit être relocalisé, il établit une
indemnité de réaménagement et ne pourrait dépasser de plus de 35 % le prix
de la valeur marchande de la propriété expropriée.
En milieu agricole, il pourrait fort bien arriver que cette somme ne suffise
pas, compte tenu des difficultés de relocalisation et du prix des terres
agricoles. Cette façon de procéder fait abstraction des particularités
proprement à chaque expropriation et aura
même pour effet d'appauvrir certains expropriés qui seront incapables de se
replacer dans la même situation que ce qu'ils vivaient précédemment,
avant leur expropriation.
Pour ces raisons, nous demandons que des
montants maximums fixés dans le PL n° 22 pour le calcul des
indemnités et des limites de temps ne s'appliquent pas pour les producteurs
agricoles expropriés.
En conclusion, M. le Président, les producteurs
agricoles qui seraient expropriés en vertu du PL n° 20 ne devraient pas
être pénalisés pour un petit nombre de dossiers qui, bien que n'ayant fait la
une des journaux, demeurent des cas isolés entre municipalités et promoteurs
immobiliers, car ce n'est pas le cas pour la plupart des dossiers
d'expropriation qui concernent M. et Mme Tout-le-monde. Bien peu ou même aucun
d'entre eux ne vous diront s'être enrichis en raison de l'expropriation de
leurs terres ou de leurs maisons. Bien au contraire, ils auraient de loin
préféré conserver leur propriété.
Nous comprenons l'objectif, mais nous souhaitons
nuancer les propositions du projet de loi pour veiller à ce que les indemnités
versées aux producteurs agricoles soient justes et raisonnables. Il est
important que le PL n° 22 reconnaisse la vulnérabilité des
producteurs qui seront expropriés et qu'il leur accorde un statut particulier.
Ils ne sont pas des développeurs. Les
expropriations des terres agricoles doivent être évitées à tout prix et, si
elles... inévitables, elles doivent être compensées de manière juste et
équitable. Merci de votre attention.
Le
Président (M. Jacques) :
Merci, M. Caron, pour votre exposé. J'invite maintenant Mme la ministre à
débuter la période d'échange pour une période de
16 min 30 s.
Mme Guilbault : Oui, merci. Merci beaucoup, messieurs et madame, d'être ici
avec nous aujourd'hui. Très intéressant.
Vous êtes notre sixième groupe depuis le début des consultations particulières.
Vous amenez un angle nouveau par
rapport à ce qu'on a eu comme discussions jeudi dernier... c'est jeudi? Oui,
jeudi dernier. Donc, merci beaucoup d'être présents avec nous.
J'ai certains de mes collègues aussi, je pense,
qui vont vouloir intervenir, probablement, parce que vous êtes un groupe de grand intérêt, l'UPA, évidemment, pas
seulement pour l'expropriation, mais de façon générale sur plusieurs
projets de loi et dans plusieurs projets qu'on fait au gouvernement. Donc, je
vais revenir sur certains petits points. Premièrement, puis je vous disais, on
a eu notamment la CMM qui est venue jeudi dernier... et eux nous faisaient
valoir que... entre autres choses, disaient que : «Les municipalités
devraient pouvoir exproprier les propriétaires ayant une terre agricole non
cultivée après trois ans pour les louer ou les vendre à des producteurs
agricoles.» Qu'est-ce que vous... Puis, tu sais, ils l'amenaient dans une
optique très respectueuse, et tout ça, là, donc... mais ça faisait partie des
idées qui avaient été mises sur la table.
Et aussi vous... puis je fais le lien avec un
autre élément de votre mémoire, je ne l'ai pas sous les yeux, le mémoire, mais
j'ai vos recommandations, mais vous donniez l'exemple, il me semble, de la
bleuetière, donc le fait qu'on vienne encadrer l'usage, l'UMPP, sur un trois
ans, alors que vous conviendrez avec nous qu'actuellement il n'y a comme pas de
durée finie à tout ce qu'on peut projeter ou imaginer, ce qui peut faire monter
les coûts d'expropriation d'une manière assez vertigineuse puis assez, quant à
moi, déraisonnable. C'est une des raisons pour laquelle on vient encadrer la
chose dans le projet de loi.
Bien, dans cet exemple-là, il m'apparaît, sous
réserve... évidemment, ce n'est pas moi qui vais faire ces évaluations-là le
moment venu, mais qu'il y a moyen de démontrer que cet usage-là peut se faire
dans les trois ans, même si, des fois, peut-être, la pousse du bleuet peut
prendre trois ans, mais ce projet-là peut quand même se concrétiser dans
l'intervalle de trois ans, donc devenir l'usage le plus probable.
Alors, en mettant tout ça ensemble, là... puis
je ne sais pas si c'est vous, M. Caron, qui allez intervenir ou vos collègues,
mais si vous pouviez nous alimenter davantage sur cet aspect-là, du trois
ans...
M.
Caron (Martin) : Oui. Bien, merci, Mme la ministre, pour les
questions. Je vais y aller à tour de rôle. La première question, face à la
suggestion de la CMM, entre autres, je vous dirais, oui, on peut regarder ça,
mais il y a quand même d'autres options qui sont là. Puis votre collègue M. le
ministre André Lamontagne, qui est en consultations par rapport au territoire
agricole puis les activités agricoles, je pense qu'il y a une ouverture qui est
là pour se mettre à jour, entre autres, sur l'utilisation des terres agricoles.
Dans des pays en
Europe, entre autres, puis dont en France, puis je pourrais en nommer d'autres,
il y a une obligation de cultiver les
terres, et c'est vraiment du côté du gouvernement. Ça fait que moi, je me
dis : La première option qu'on a, je pense... Oui, le PL n° 22
pourrait être là, mais encore il faudrait avoir, au niveau de cette
consultation-là, sur la Loi de la protection du territoire et des activités
agricoles, avoir ce moyen-là, comme d'autres pays ont fait et ont mis en place,
puis même d'autres provinces canadiennes.
À votre deuxième
question, les bleuets est un exemple, mais je pourrais rajouter d'autres
exemples, puis je sais que vous êtes quand
même près au niveau de l'agriculture puis de l'agroalimentaire. Si je prends
les producteurs de pommes, on est dans le temps des pommes présentement,
quelqu'un qui investit dans un verger, qui vient de planter des pommiers, ça prend cinq ans avant de récolter
des pommes. Ça fait que c'est pour ça qu'on se disait, bien, d'avoir
vraiment une particularité au niveau agricole. C'est qu'on a des
investissements qu'on fait, comme les bleuets, qui peut prendre trois ans,
comme d'autres, et il faut être capable d'avoir cette évaluation, parce que
c'est beaucoup d'investissements en partant au niveau agricole, puis qu'on
arrive un petit peu plus tard pour le résultat, là. Ça fait que les gens vont
dire : Bien, tu n'as pas de revenu. Oui, mais j'ai investi beaucoup. Et on
sait que la valeur des actifs agricoles est beaucoup plus élevée que les autres
secteurs pour avoir 1 $ de recettes monétaires.
Je ne le sais pas,
Charles, si tu veux rajouter...
• (10 heures) •
M. Ross (Charles-Félix) : Bien, en fait, sur la
proposition, la suggestion de la CMM, c'est une bonne proposition, surtout dans les milieux urbains ou périurbains.
C'est extrêmement difficile pour les producteurs agricoles qui oeuvrent
dans ces milieux-là de trouver des terres agricoles. Donc, s'il y a des terres
en friche après un certain temps, si les municipalités ou la CMM pouvaient
avoir le pouvoir d'expropriation et de redonner, ou de retourner, ou de
réoffrir ces terres-là à des agriculteurs, on trouve que c'est une bonne
suggestion. Il faut que ce soit fait... il faut que ce soit encadré, il faut
que ce soit offert, là, selon les bonnes règles et à des prix qui seraient
corrects, mais l'idée de ne pas laisser dormir ces terres-là dans des milieux
où il y a beaucoup de compétition pour les terres, ce serait une excellente
idée.
Mme
Guilbault : Oui, puis, je ne sais pas, madame, vouliez-vous
ajouter quelque chose? Non? Non, parfait. Oui, bien, parfait. Puis peut-être
que je ferais le lien avec ça, avec un autre élément sur les indemnités
spécifiques aux producteurs agricoles. Vous
proposez qu'il y ait des indemnités spécifiques, on peut penser, plus élevées,
peut-être, par rapport à ce qui
serait offert dans des expropriations en dehors des terres agricoles.
Évidemment que, si on amenait un régime spécifique pour les producteurs
agricoles, on pourrait s'attendre à ce qu'il puisse avoir d'autres demandes de la part d'autres groupes ou d'autres formes de
spécificité dans les indemnisations. Comment est-ce que vous voyez ça?
Évidemment,
l'objectif, de manière générale, c'est de faire baisser les coûts
d'expropriation, ça, je pense qu'on l'aura tous compris, parce qu'actuellement
c'est démesuré, puis là ça dépasse les terres agricoles, là. De façon générale,
il y a des expropriations qui se font à des coûts démesurés. La CMM, qui était
ici la semaine dernière, je vous le disais,
nous évaluait qu'en ce moment dans une série de projets d'expropriation en
suspens eux évaluent les coûts qu'ils devraient défrayer à
68,4 millions, et l'évaluation qu'en font les propriétaires est à 500
quelques millions, 508 millions. C'est les chiffres qu'ils nous donnaient
pour illustrer à quel point on est dans des univers parallèles plus ou moins
compatibles actuellement, puis évidemment tout ça, ça se répercute dans les
poches des contribuables.
Donc, comment, vous,
est-ce que vous voyez la conciliation entre le fait d'avoir une sensibilité
particulière en matière d'indemnités, de hauteur des indemnités pour les
producteurs agricoles versus... l'objectif général d'avoir quelque chose de
relativement standardisé à la baisse pour, justement, le respect des
contribuables? Comment vous voyez cet équilibre-là?
M. Caron
(Martin) : Merci pour la question. Puis un des exemples qu'on a donné
dans notre mémoire, entre autres, c'est par rapport à un achat de terres qui
s'est fait, puis à Donnacona, c'est que cette valeur-là a été évaluée à
44 % et non à 35 % de maximum. Ça fait que, donc, on a des cas comme
ça. D'entrée de jeu, Mme la ministre, c'est que les terres agricoles, c'est le
premier outil qu'on a pour faire de l'agriculture, c'est notre gagne-pain.
Nous, on habite le territoire, on est là, puis c'est sûr qu'on est visés. Vous
l'avez mentionné au tout début, tu sais, sur bien des projets de loi, on est
ciblés parce qu'on habite le territoire puis on est partout au niveau du
Québec. Ça fait que, juste ça pour nous, c'est demander cette exemption-là.
Comparativement à des
maisons, où est-ce que tu peux te faire relocaliser, bien, moi, les
investissements que j'ai sur mes infrastructures, juste au niveau de la gestion
de l'eau, sur des puits que je peux avoir, sur des réserves ou des bassins
d'eau que je peux avoir, si je suis déménagé, juste demander des permis pour
être capable d'utiliser, bien, ça va me
coûter des milliers, des milliers de dollars. Ça fait que c'est pour ça qu'on
ne peut pas être dans un cadre, tu sais, tout dépendant de la structure
de la ferme, mais, si c'est une production maraîchère, ça risque d'avoir des
évaluations ailleurs pour être relocalisé en eau. Et c'est pour ça qu'on dit
qu'il faut prendre ça en considération, là. Puis c'est dans différentes
productions, que ce soit dans le lait, dans... au niveau maraîcher, et ainsi de
suite, là.
M. Ross (Charles-Félix) : Oui, moi,
ce que je peux ajouter, c'est que ça, c'est vraiment l'élément où... Nous, on
trouve que l'objectif de limiter, là, les frais reliés à l'expropriation,
l'objectif est légitime en soi, là, puis... mais, pour le secteur agricole, les maximums qui
sont introduits dans la loi, là, principalement le maximum de 35 % de la
valeur marchande, ça va être vraiment préjudiciable, là, pour les producteurs
agricoles dans l'avenir, puis ça va... ça peut même créer des cicatrices pour
des... qui vont perdurer dans le temps, comme le dossier de Mirabel.
Juste pour
vous dire, un des corps expropriants les plus... beaucoup plus actifs, là, sur
le territoire québécois, là, au-delà
des municipalités, c'est Hydro-Québec pour passer des lignes de transport. Puis
on a une entente-cadre, Hydro... L'UPA, depuis des dizaines d'années, on a
signé une entente avec Hydro-Québec. Et c'est prévu, lorsqu'ils passent une
ligne qui... on ne veut pas aller en
expropriation, donc c'est... Dans ces ententes-là, le mode d'indemnisation est
prévu, et on parle déjà de deux... presque 2,5 fois la valeur
marchande des terres agricoles. Donc, on a une entente-cadre avec Énergir, ce
n'est pas une organisation publique, un organisme public, mais eux, ils vont
compenser pour la perte de terrains agricoles ou de terres agricoles, ils vont
compenser 2,5 fois la valeur marchande. Et c'est équitable, ils ont
convenu de ces montants-là avec L'Union des producteurs agricoles. Puis, dans
les deux cas, autant Énergir qu'Hydro-Québec, c'est très rare que des gens vont
utiliser l'expropriation, les gens réussissent à s'entendre avant parce que les
indemnités sont équitables.
Donc, nous, ce qu'on croit, en plafonnant la
valeur de l'indemnisation à plus 35 %, ça va être vraiment inéquitable
pour les producteurs, les propriétaires de terres agricoles, et on va se
retrouver constamment, là, devant les tribunaux. Ce ne sera pas vraiment très
agréable au niveau de la paix sociale. Donc, il y a vraiment un problème de ce
côté-là, la façon que le régime indemnitaire est fait, là, on peut parler du
35 %, mais des autres éléments également. En tout cas, en ce qui concerne
le secteur agricole, c'est vraiment préjudiciable, puis ça va créer des
blessures, puis ça ne facilitera pas l'entente de gré à gré entre les corps
expropriants et les propriétaires agricoles. Donc, nous, on trouve que ça
devrait être corrigé dans le projet de loi.
Puis on ne demande pas une... Ce qu'on dit,
nous, c'est, s'il y a une expropriation, sur la procédure d'expropriation, on
veut laisser au Tribunal administratif le choix de rendre la décision en
fonction, un peu comme c'est présentement, en fonction, là, de ce qui est le
mieux pour... pour les deux parties, donc. Et c'est différent d'un... Puis
Martin l'a dit dans sa présentation, là, les producteurs agricoles ne sont pas
des spéculateurs fonciers, ils pratiquent une activité, ils ont une entreprise,
ils sont sur le territoire puis... Donc, on ne demande pas un régime
particulier, là, mais, de la façon que le projet de loi est écrit, ça va être
préjudiciable pour le secteur agricole.
Mme Guilbault : Merci beaucoup. Je serais curieuse, puis je ne sais pas si
vous avez l'information, mais, dans l'ensemble des transactions ou des
acquisitions qui se font de terres agricoles, dans... bon an, mal an pour
divers projets, avez-vous une idée de la proportion qui se fait par... de gré à
gré versus expropriation ou ce n'est pas nécessairement une donnée que vous
avez pour vos membres?
M. Ross (Charles-Félix) : ...Diane?
Je n'ai pas le...
Mme Simard (Diane) : Bien, c'est sûr
que les transactions de gré à gré, on n'a pas de statistiques parce qu'on n'est
pas nécessairement informés, les producteurs agricoles ne nous le disent pas
nécessairement lorsqu'ils concluent une entente. Mais on peut penser, d'après
les informations qu'on a, qu'il y a plus d'ententes de gré à gré que d'avis
d'expropriation. C'est pour ça que, dans notre mémoire, ce qu'on dit, c'est...
On est bien loin, là, dans le contexte qui est décrié par les municipalités
lorsqu'elles exproprient des spéculateurs immobiliers pour des boisés, pour
protéger des boisés, parce que, dans la très grande majorité des cas, les
producteurs agricoles, il va y avoir une entente par rapport aux indemnités.
Mais il y a des cas vraiment précis où on ne peut pas délimiter à l'avance
quels vont être les montants maximums. Il faut laisser aux tribunaux la
discrétion de fixer ces montants-là, parce qu'il y a trop d'éléments
particuliers.
Puis, si vous regardez dans notre mémoire, on a
donné des exemples de jurisprudence. Entre autres, si vous regardez à la
page 15, pour la valeur de substitution, si vous regardez au quatrième
paragraphe, on vous donne un exemple, c'est
l'affaire de Ville de Donnacona contre Jean-Pierre Piché. Donc, dans ce
dossier-là, les experts au dossier avaient établi que le prix le plus
probable que devait payer un producteur agricole exproprié pour un nouveau
terrain était 44 % plus élevé que la valeur de la terre expropriée. De
l'aveu même de la partie expropriante, sans l'excédent de... 44 %, la
partie expropriée ne pouvait se réinstaller. Donc, le 35 % dans la loi, il
ne peut pas fonctionner avec des cas particuliers comme celui-là.
• (10 h 10) •
Puis je vous réfère également à la page 16,
là, du mémoire, où on cite un autre cas. Je vous réfère au deuxième paragraphe, où on indique, à la
page 16 : «Il indique que certaines situations particulières exigent
une indemnité pour pertes de récoltes
d'un producteur agricole qui va bien au-delà de 10 ans.» Ça, c'est le
maximum de 10 ans qui est inscrit maintenant dans le PL n° 22.
Et on cite l'affaire Champlain contre Scheiben où on dit : «Le tribunal a
accordé une indemnité pour la perte à
perpétuité de la valeur nette des récoltes puisque les récoltes perdues en
raison de l'expropriation devaient
être remplacées pour éviter une désuétude à l'ensemble des éléments de la
ferme, notamment la machinerie et l'équipement.» Donc, il y a vraiment
des éléments particuliers, là, en milieu agricole dont les tribunaux doivent
tenir compte.
Aussi, dans le même ordre d'idées, si vous
regardez l'indemnité pour perte de valeur de convenance, qui va maintenant être limitée à 20 000 $ dans
le PL n° 22, si vous regardez le dernier paragraphe, toujours de la
page 16, on indique... Procureur général contre ministère des
Transports, contre Roger Déry, le tribunal a accordé une indemnité pour perte de valeur de convenance de
25 000 $ en raison du rapprochement d'une route de la résidence de
producteur agricole. Et, au même
titre, dans l'affaire Municipalité contre... Municipalité
Saint-Paul-de-Montminy contre Sylvie Lavoie, le tribunal avait accordé une indemnité pour perte
de valeur de convenance de 25 000 $ à un producteur en raison de la présence
d'étangs d'épuration ajoutés sur sa propriété.
Donc, ce ne sont que quelques exemples qui sont
très parlants pour vous indiquer que les maximums qui sont actuellement dans le
projet de loi, ils ne peuvent pas être fonctionnels pour le milieu agricole.
Puis ce n'est pas une question d'abus, là, de la part des producteurs agricoles,
parce que, comme on vous l'a mentionné, dans la plupart des cas, il y a des
ententes, on accepte les indemnités, mais il y a des cas particuliers, là, qui
doivent être reconnus, puis je pense qu'il ne faut pas mettre tout le monde
dans le même panier lorsqu'il s'agit d'un problème qui était plus spécifique avec les spéculateurs immobiliers. Puis
c'est peut-être pour les spéculateurs immobiliers qu'il faudrait faire
des dispositions spéciales dans la loi. Peut-être qu'il devrait y avoir un
régime plus spécifique pour les spéculateurs immobiliers. C'est peut-être eux
qui devraient être visés plus spécifiquement avec des dispositions spécifiques
pour empêcher les cas où il y a eu des indemnités mirobolantes qui ont dû être
données, là, par les municipalités.
Mme Guilbault : Bien là, je pense qu'il doit rester quoi, 19 secondes?
Bon, il me reste 20 secondes, ça fait que
ça ne sert à rien de poser une question, parce qu'il n'y aura rien
d'intelligent qui va ressortir de ça. Ça fait que je pense que je vais juste les utiliser pour vous... pour
vous remercier. J'aurais eu une autre question, mais, de toute façon, votre
mémoire est très bien fait. Alors, grand merci à vous trois.
Le
Président (M. Jacques) : Merci, Mme la ministre. Je cède maintenant la
parole au député... au porte-parole de l'opposition officielle, M. le
député de l'Acadie.
M.
Morin : Merci, merci, M. le Président. Alors, bonjour,
bonjour à vous trois. Merci d'abord pour la production de votre mémoire et pour
votre témoignage ce matin devant la commission. Je vous ai bien entendu. J'ai
lu votre mémoire avec attention.
Êtes-vous d'accord avec moi pour souligner qu'un des éléments du projet de loi
qui, pour vous, soulève des inquiétudes, c'est la question des
indemnités en général?
M. Caron
(Martin) : Bien, merci pour la question, M. le député. Bien,
moi, je vous dirais qu'il y a deux éléments. Le premier élément, comme on l'a mentionné, c'est au niveau qu'on passe
à côté... La CPTAQ a, entre autres, demandé les autorisations avant, ça, c'est un des aspects. Et, ensuite de ça,
c'est par rapport aux plafonds qui sont là, d'indemnisation. Comme Mme
Simard et M. Ross ont mentionné, il y a quand même quelques éléments, puis on a
amené des faits concrets pour dire qu'est-ce
qui se passe sur le terrain. Puis je ramène... tu sais, c'est nos outils de
travail. On n'a pas une idée d'être spéculateur avec ça. Ça fait que,
quand que ça arrive, il faut vraiment être indemnisé. Puis de transférer ou de relocaliser des entreprises
agricoles, ça occasionne des coûts, des demandes de permis, et c'est beaucoup
de choses, là, qu'on ne veut pas vivre en
partant, là, je tiens à le signaler. Mais je dirais que c'est ces deux
éléments-là principaux, là, qui nous amènent à faire des
recommandations.
M. Morin : Je vous remercie. Pour
les autorisations de la commission, on pourra en reparler, j'ai aussi des
questions pour vous... pour vous là-dessus. Mais je note que, dans le projet de
loi, notamment à l'article 94, lorsqu'on parle ou qu'on réfère à des
indemnités, le législateur, dans son projet de loi, identifie déjà certains
types d'activités particulières. Donc, on parle d'une entreprise agricole,
commerciale ou industrielle. Je vous souligne ça parce que, tout à l'heure, Mme la ministre disait : Bien, écoutez,
si on crée une catégorie particulière pour les agriculteurs, peut-être
qu'il y a d'autres groupes ou organismes qui vont faire des demandes. Mais il
semble déjà... le législateur semble déjà prévoir, dans son projet de loi,
certaines catégories, puis l'entreprise agricole en est une.
Donc, vous, de votre côté, pour nous éclairer,
et on avait commencé à discuter de ça, en général, avez-vous des statistiques?
Avez-vous des barèmes où vous pouvez dire, de façon globale, par exemple, au
législateur : Quand il y a une expropriation en territoire agricole,
habituellement, les indemnités se chiffrent autour de tel ou tel montant ou c'est entre une fourchette de tel ou tel
montant? Simplement pour déterminer... Parce qu'évidemment on conçoit que
l'expropriation, ce n'est pas une forme
d'enrichissement, mais on ne veut pas non plus que l'exproprié soit
désavantagé.
Donc,
avez-vous ces statistiques-là qui pourraient nous éclairer, quand on parle
d'indemnités, et qu'on pourrait parler de différents barèmes avec des fourchettes, plutôt qu'un montant fixe?
M. Caron (Martin) : Oui. Bien, je
vais commencer puis je vais laisser à Charles-Félix ou à Diane, peut-être, de
renchérir. Mais on vous a amené quand même des exemples concrets dans notre
mémoire, puis l'exemple au niveau de la valeur des terres... parce que, de la
façon que c'est procédé dans le projet de loi, aussitôt qu'il y a l'avis
d'expropriation, ça commence là, et, si c'est fait un an plus tard, bien, il y
a eu des augmentations de terres. Puis, dans l'exemple qu'on vous a donné,
bien, il y avait un manque à gagner parce qu'il y avait eu une augmentation de 17 % de cette valeur des terres là, mais on a
été payé un an avant, qui n'était pas à 17 %. Ça fait qu'il y a déjà des
choses comme ça, des paramètres.
Puis M. Ross, tantôt, l'a mentionné, avec
Hydro-Québec puis d'autres, on a déjà des balises où est-ce qu'on va actualiser
ces montants-là en même temps. Ça fait qu'il y a déjà des outils qu'Hydro-Québec...
ou d'autres ententes-cadres qu'on a qui sont déjà quand même balisées, puis
avec des ententes, puis que c'est révisé assez régulièrement par rapport à cette actualisation-là, que ce soit le prix
des terres, que ce soit aussi au niveau des permis.
Je vous l'ai mentionné tantôt, là, un producteur
maraîcher qui demande un permis au niveau de la gestion de l'eau pour
l'irrigation de ses champs, là, ce n'est pas évident astheure, là, avec le
resserrement au niveau des normes. Ça fait que ça demande des investissements
d'études hydrogéologiques qu'il faut que les producteurs fassent. Là, on parle de 25 000 $, 30 000 $,
40 000 $. Juste faire ça, et tu n'es même pas sûr d'avoir
l'autorisation d'utiliser l'eau. Ça fait que, vous comprenez, c'est pour ça
que, quand on met des cadres puis des balises, déjà là, nous, ça nous inquiète
énormément, parce que, dans la vraie vie, tu sais, là, il y a ces aspects-là.
Je ne sais pas si, Charles ou Diane, vous aviez des choses que vous voulez
rajouter comme exemples, là.
M. Ross (Charles-Félix) : Bien, en
fait, moi, c'est... à votre question, c'est par rapport à... Exemple,
Hydro-Québec, là, c'est une entente. Je pense que, dans les dernières années,
on n'a pas vraiment de chiffre, là, mais c'est vraiment... on a souvent à
travailler avec eux sur différents projets. Même chose pour Énergir, lorsqu'ils
passent sur une terre agricole, ils ont à mobiliser du terrain, c'est
2,5 fois la valeur marchande de la terre. Donc, c'est déjà des ententes
qu'on a qui... c'est des ententes qu'on a signées il y a plusieurs années avec
ces organisations-là, on les actualise, là, périodiquement. Mais on est bien
au-delà du 35 %, là, donc, puis ça fonctionne, ça marche bien.
C'est très, très rare qu'Hydro-Québec va
procéder, là, par une expropriation d'un terrain agricole. Hydro s'assoit avec
l'UPA régionale, on s'entend sur un tracé de moindre impact, puis ces ententes-là
s'appliquent bien. Donc, ça, on peut
remettre ça, on peut redéployer ça au niveau municipal. Si on... au niveau des
indemnisations à être versées aux producteurs agricoles, ça va créer des
conflits, ça va se retrouver devant le Tribunal administratif.
Dans le projet de loi aussi, on... le projet de
loi ne prévoit pas qu'on défraie les frais d'avocat des expropriés. Bon, donc
ça, souvent, les villes ont pas mal plus de moyens ou les corps expropriants au
Québec ont beaucoup plus de moyens que les simples... le citoyen. Encore là, je
reviens un peu à ce que Me Simard disait, c'est sûr que le spéculateur foncier,
le gros promoteur immobilier, peut-être que lui, il a les moyens, mais le
simple citoyen ou le producteur agricole n'a
pas nécessairement les moyens, là, de se battre juridiquement contre les
villes, ou Hydro-Québec, ou les autres corps expropriants, là, du
gouvernement du Québec, là.
M.
Morin : Votre entente avec Hydro-Québec, elle est en
vigueur, elle est valide pour combien de temps encore?
• (10 h 20) •
M. Ross (Charles-Félix) : Ah!
c'est... je pense, c'est à chaque cinq ans, puis on renouvelle l'entente, mais
ça fait, je pense, au-dessus de 25 ans qu'on a des ententes avec
Hydro-Québec.
M. Morin : Et donc vous avez les
ententes, en fait, entre les agriculteurs, Hydro-Québec, donc, de gré à gré. Je
comprends que vous n'avez pas de statistiques là-dessus. Est-ce que vous
craignez que ce projet de loi, s'il devient loi
tel qu'il est, va mettre en péril votre entente avec Hydro-Québec et va
diminuer le nombre d'expropriations... bien, pas d'expropriations, mais
le nombre d'ententes de gré à gré?
M. Ross (Charles-Félix) : Ça ne
mettra pas en péril, mais, dans les prochaines négociations, on va avoir plus de difficultés à aller chercher ou à faire des
gains en fonction de l'augmentation du prix des terres parce qu'on va avoir...
on va venir, à travers le projet de loi,
baisser l'indemnité potentielle suite à un recours x, y, z. Donc, c'est
sûr que ça va rendre plus difficile cette négociation-là ou cette
actualisation de ces ententes-là dans l'avenir.
M.
Morin : Puis, Me Simard, est-ce que vous craignez qu'avec
le projet de loi actuel on va assister à une plus grande judiciarisation
des litiges en matière d'expropriation?
Mme Simard (Diane) : Bien, moi, je
vous dirais que c'est... le plus grand risque, c'est que les producteurs
agricoles soient pénalisés puis finalement que l'indemnité qu'ils vont
recevoir, ce ne sera pas une indemnité juste et équitable en fonction, là, des
maximums, des montants maximums qui sont prévus à la loi. C'est ça, le risque,
en fait. Parce que, comme disait M. Ross tantôt, les producteurs agricoles
n'ont pas les mêmes moyens financiers que les municipalités
ou encore les spéculateurs immobiliers pour se payer des avocats qui vont
contester, jusqu'à la fin des temps, les indemnités qui vont être
proposées. Donc, le risque, c'est beaucoup plus qu'on se retrouve 50 ans
en arrière avec des indemnités qui ne seront pas... qui ne suffiront pas à
remettre le producteur dans le même état dans lequel il était. Parce que c'est
ça, le but, on ne veut pas... Ce n'est pas une question d'avoir des indemnités
qui enrichissent, mais on ne veut pas d'indemnités qui appauvrissent. On veut
des indemnités qui soient justes et équitables.
Puis, dans les cas d'expropriation, il y a
tellement de particularités d'une expropriation à l'autre que ce n'est pas une
bonne idée de mettre des maximums. C'est ça qui est dangereux, parce qu'il faut
laisser aux tribunaux une marge de discrétion pour tenir compte de certains
facteurs qui sont particuliers. Puis on a donné des exemples, là, tout à l'heure, d'indemnités où il faut que
l'indemnité soit juste et raisonnable. Ça ne pourra pas se faire dans le cadre
des maximums qui sont prévus à la loi, mais, encore là, comme on disait, la
majorité des expropriations, peut-être que
oui, ça va être suffisant, mais le 10 %, le 20 % des producteurs qui
vont être très pénalisés, c'est ça qu'on veut éviter.
M. Morin : Je comprends. Maintenant,
corrigez-moi si je fais erreur, mais, avec le régime juridique actuel, quand il
y a une contestation, les frais juridiques peuvent être remboursés. Ça peut
faire partie d'une indemnité, parce que, là, le projet de loi l'exclut complètement.
Mme Simard (Diane) : Non.
Actuellement, ce qui est couvert dans... au niveau du Québec, ce sont les frais
d'expert, mais pas les honoraires des
avocats. C'est pour ça que, dans le mémoire, bien, on demande que, dorénavant, les
honoraires d'avocat soient couverts, disons, soient payés par la partie
expropriante, comme c'est le cas d'ailleurs dans la très grande majorité des
provinces canadiennes, les frais d'avocat sont remboursés aux expropriés.
M. Morin : Très
bien. Brièvement, en terminant, vous y avez fait référence dans votre mémoire,
le projet de loi, à l'article 5, souligne qu'«il n'est pas nécessaire
d'avoir obtenu les autorisations requises pour la réalisation du projet». Donc,
un expropriant pourrait débuter et fonctionner malgré, par exemple, un litige,
une recommandation de la commission de la protection des terres agricoles. Je
me trompe?
M. Ross (Charles-Félix) : En fait...
Oui, vas-y, Martin.
M. Caron (Martin) : Je vais dire...
C'est ça, c'est que... de la façon que le projet de loi est écrit, c'est qu'on
va par-dessus ça. On envoie... on envoie l'avis d'expropriation puis on n'a
aucune consultation par rapport... au niveau du territoire agricole. Puis, à
quelque part, c'est un non-sens, parce qu'on met en place présentement la
PNAAT, politique nationale d'aménagement de l'architecture du territoire. On a
la LAU qui est cohérente par rapport à mieux
protéger le territoire agricole. On a une consultation là-dessus. Ça fait que
je me dis, le garde-manger des Québécois et Québécoises, c'est moins de
2 %. Ça fait qu'il faut tout faire. Ça fait que je ne me verrais pas de donner un pouvoir puis de dire : Non, non,
regarde, on exproprie puis on passe à côté puis qu'on ne regarde pas, peut
être, des endroits de moindre impact, entre autres, qu'on pourrait
utiliser pour faire ces expropriations-là. Ça fait que, pour moi, c'est un
non-sens.
M. Morin : Je comprends que la commission,
la commissionpourrait refuser, effectivement.
M. Caron (Martin) : Bien, elle
pourrait refuser, puis, en même temps, dans tous les critères qu'ils ont, tu
sais, il y a une référence à faire de ce côté-là. Puis je pense qu'il faut être
capable de s'en servir.
Le
Président (M. Jacques) :
Merci. C'est ce qui termine la période d'échange avec M. le député de l'Acadie.
Je cède maintenant la parole au porte-parole du deuxième groupe d'opposition,
M. le député de Taschereau, pour une période de 4 min 8 s.
M. Grandmont : Merci, M. le Président.
Mme Simard, M. Caron, M. Ross, merci pour votre intervention. Merci de nous rappeler combien c'est important de
protéger notre territoire agricole. On l'a bien vu pendant la pandémie, c'est des mots qu'on entend souvent, là, mais je
veux dire, la souveraineté alimentaire au Québec, c'est quelque chose
d'extrêmement important.
Je voulais vous poser aussi la question sur...
concernant la CMM, mais vous y avez... Mme la ministre l'a déjà posée, puis
vous y avez répondu. Et je m'intéresse aussi, évidemment, là, à... les
autorisations de la CPTAQ qui sont parfois
données après, finalement, l'envoi d'un avis d'expropriation, donc, ça, on
n'aura pas besoin de le recouvrir.
Moi, j'aimerais revenir sur quelque chose
d'important que vous avez dit... je pense que c'est Mme Simard qui l'a
mentionné, qui disait : La loi doit d'abord et avant tout viser les
spéculateurs. La spéculation, c'est ça qu'on veut
empêcher, puis c'est ce que j'ai compris aussi, là, des propos de Mme la
ministre. On veut que les projets ne coûtent pas cher. Puis il y a un principe de base dans les indemnisations, on ne
veut aucun appauvrissement puis aucun enrichissement,
mais, en quelque part, on veut le prix juste. Puis il y avait une... il y avait
un... Vous avez proposé une espèce de changement d'approche, en fait,
vous avez dit : On ne veut pas un régime particulier, ce qu'on veut, c'est
que le régime... tu sais, que, finalement, on s'attaque réellement à la
spéculation.
Puis je pense
que... Puis je veux vous entendre là-dessus, je sors un petit peu, là, du
cadre, vraiment, des articles puis du mémoire que vous proposez, dans lequel
vous proposez des amendements, tu sais, il y a une fausse perception, je
pense, par rapport au monde agricole. Dans le monde agricole, les propriétaires
ont de nombreux actifs, ça a l'air bien,
bien, bien impressionnant vu de l'extérieur. Mais on sait que les agriculteurs,
les agricultrices, au Québec, ne sont pas particulièrement riches.
J'aimerais que vous nous parliez un peu de c'est quoi, la réalité de la vie
d'agriculteur d'un point de vue financier, ce que ça représente, juste pour
qu'on enlève peut-être cette espèce de perception qu'on fait beaucoup d'argent, là, malgré le fait que c'est très
impressionnant, ce que vous avez comme outillage, ce que vous avez comme
propriété. J'aimerais vous entendre là-dessus.
M. Caron (Martin) : Oui. Bien,
je vais commencer, peut-être, sur votre dernière question. Juste vous
mentionner qu'au niveau des actifs, présentement, agricoles, si on recule de
voilà 10 ans, pour faire de l'agriculture, on devrait investir 5 $
pour 1 $ de recettes monétaires agricoles, 10 ans plus tard, on est
rendus à un investissement de 8 $. Ça
fait que vous comprenez que l'endettement est là au niveau des actifs, que ce
soit la terre, que ce soit au niveau des machineries.
On nous demande aussi de vivre avec les
changements climatiques, comme on a vu, la nouvelle technologie. Beaucoup
d'investissements ont été à faire sur nos entreprises agricoles, donc ça crée
un endettement de ce côté-là. Et naturellement, bien, les marges de profit ont
vraiment diminué sur les cinq dernières années. Ça fait qu'il reste que,
présentement, tu sais, il y a... Les soldes résiduels, dans bien des
entreprises, ne sont pas là. Ça fait que, donc, pour réinvestir, il faut
toujours emprunter. Et on a pensé à nos jeunes, nos jeunes qui... que ce soient
les fermes de proximité, production bio, etc., sur tout l'ensemble, c'est
beaucoup d'investissement.
Puis, dans les autres secteurs, bien, tu sais,
on peut penser au niveau du commerce ou du détail, tu sais, on va parler de
2 $ d'investissement, peut-être 3 $ pour 1 $ de revenu, mais,
côté agricole, quand c'est rendu à 8 $... Et on a besoin de ces
équipements-là pour faire ces travaux-là sur cette nouvelle technologie là. Ça
fait que, donc, ça amène cet aspect-là. En même temps, on nous demande de
protéger le territoire, la... la biodiversité, entre autres, ça fait qu'encore là c'est des investissements, malgré qu'on a
quelques programmes qui nous aident, mais on est loin de défrayer tous ces
coûts-là. Ça fait que c'est pour ça, vous comprenez, en tant que producteurs,
de se faire exproprier, bien souvent, c'est des générations, des générations
qui ont existé là.
Moi, je me souviens
de mon grand-père, là, qui marchait la terre chez nous, que je cultive, là,
c'est quand même quelque chose, là, qu'il
n'y a pas de prix. Même si j'ai une belle... une grande valeur sur mon entreprise,
ce n'est pas ça qui fait les paiements. Les paiements, c'est quand
j'arrive pour vendre mes produits, entre autres.
Je vais laisser
Charles ou Diane parler peut-être un petit peu plus de l'autre aspect, là.
Le Président
(M. Jacques) : M. Caron... M. Caron et vous trois, ça
termine les échanges avec les gens de la commission. Donc, je vous remercie de
votre participation à la commission.
Et nous allons
suspendre quelques instants pour accueillir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à
10 h 30)
(Reprise à 10 h 34)
Le Président (M.
Jacques) : Je souhaite maintenant la bienvenue aux représentants de la
ville de Québec. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour
votre exposé, après quoi nous procéderons à la période d'échange avec les
membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à commencer
votre exposé.
Ville de Québec
Mme Boucher
(Marie-Pierre) : M. le Président, Mme la ministre, membres de la
commission, mon nom est Marie-Pierre Boucher. Je suis conseillère municipale à
la ville de Québec pour le district Louis-XIV, membre du comité exécutif, responsable, notamment, de
l'aménagement du territoire, de l'habitation, de l'itinérance, développement
social, et trois petits points.
La ville de Québec
remercie la Commission des transports et de l'environnement de cette
opportunité de présenter ses commentaires
relativement au projet de loi n° 22, Loi
concernant l'expropriation. J'ai le
plaisir aujourd'hui d'être
accompagnée de Me Serge Giasson, à ma droite, directeur du Service des affaires
juridiques, et de M. François Trudel, à ma gauche, directeur des
Services de la planification, de l'aménagement et de l'environnement.
Depuis de nombreuses
années, la ville de Québec souhaite une réforme sur la loi... de la Loi sur
l'expropriation afin que l'indemnité d'expropriation soit fixée en fonction de
la valeur réelle de l'immeuble. Le concept
de valeur au propriétaire actuellement au coeur de la loi en vigueur fait en
sorte que l'indemnité d'expropriation peut dépasser largement la valeur
marchande du bien exproprié. Il en résulte que, dans certains cas, il est plus avantageux pour le propriétaire d'être exproprié
que de transiger de gré à gré, et ce sont les contribuables qui font les frais
de son enrichissement.
Le
projet de loi n° 22 répond à cette demande de la ville de Québec,
et nous remercions le ministre des Transports et de la Mobilité durable
d'en avoir pris l'initiative... pardon, la ministre, désolée. Nous appuyons la
méthode de détermination de l'indemnité qu'elle propose dans ce projet de loi.
Le projet de loi n° 22 contient également des dispositions visant à répondre aux demandes du monde municipal afin
d'encadrer les recours fondés sur l'expropriation déguisée. Il édicte une procédure intéressante
pour le traitement de tels recours, mais, telles que rédigées, ces dispositions
comporteraient des inconvénients majeurs que nous aborderons aujourd'hui
avec vous.
Cette réforme du
droit de l'expropriation arrive au moment où la ville de Québec réalise son
projet de tramway, soit le plus important
projet d'infrastructure de son histoire et celui entraînant le plus grand
nombre d'acquisitions immobilières. Elle s'inscrit aussi dans la volonté
ferme de notre administration de protéger nos territoires naturels et
d'augmenter l'offre en habitation sur l'ensemble du territoire de la ville,
centre-ville et périphérie.
Nos objectifs sont
multiples, mais un d'entre eux demeure au centre de nos préoccupations,
c'est-à-dire bâtir des quartiers forts dans lesquels nous pouvons naître,
grandir et vieillir en sécurité et en santé, des quartiers verts, dynamiques
économiquement et socialement, où chaque citoyen peut se déplacer aisément, peu
importe son mode de transport. Le projet de
loi n° 22 permet à notre ville d'aller un peu plus loin dans l'atteinte de
ces objectifs. Tout au long de notre
présentation, nous suggérerons également aux parlementaires des amendements
pour améliorer le projet de loi.
Dans un premier
temps, il convient de saluer les modifications apportées par cette réforme, qui
permettront d'assurer une meilleure prévisibilité des coûts d'acquisition
immobilière et de les réduire dans une certaine mesure. L'approche retenue est
claire. Elle est conforme à ce qui existe déjà ailleurs au pays et elle
constitue une avancée majeure que nous appuyons entièrement. La Loi sur
l'expropriation n'établissait pas des paramètres clairs encadrant la fixation
de l'indemnité d'expropriation. L'évolution de la jurisprudence a entraîné au
fil des ans une augmentation des indemnités versées aux parties dessaisies et
un élargissement des concepts en leur faveur.
Le projet de loi
clarifie les paramètres des différentes méthodes d'évaluation et reprend les
principes de la Loi sur la fiscalité municipale, comme le réclamait la ville de
Québec. De plus, l'encadrement de la détermination de l'indemnité dans un usage
autre que l'usage effectif permettra d'éviter l'enrichissement important des
expropriés. Le projet de loi assure une bonne équité entre le droit des
expropriés et celui des contribuables qui paient le coût des expropriations.
La procédure de loi
présente une autre avancée importante puisqu'il précise la procédure applicable
à une instance d'expropriation. La procédure
est équilibrée et n'est pas un seul bénéfice de l'expropriant. Plusieurs mesures
sont à l'avantage de l'exproprié, comme l'allongement de certains délais ou la
fixation de l'indemnité provisionnelle initiale à un minimum de 100 % de
la valeur marchande.
Diverses lois sont venues alléger la procédure
d'expropriation au fil des ans pour la réalisation de projets spécifiques, et
le projet de loi consacre plusieurs de ces allègements dans la procédure
régulière, ce que nous accueillons aussi favorablement. Notre analyse nous
incite néanmoins à demander quelques amendements. Nous produisons une liste de ces demandes en annexe de notre mémoire. Je me
permets de vous en mentionner quelques-uns.
Depuis au moins les 10 dernières années,
les municipalités du Québec font face à un nombre grandissant de recours
judiciaires visant à obtenir le versement d'une indemnité d'expropriation pour
un acte municipal, souvent un règlement d'urbanisme, qui a un effet de
dépossession d'un droit sur un immeuble ou qui supprime tout usage raisonnable
d'un immeuble. De plus en plus, les propriétaires visés par ce type de mesure
prohibitive réclament des autorités publiques le paiement d'une indemnité au
lieu de demander la nullité de telles mesures. Ce recours en indemnité est
communément appelé recours en expropriation déguisée.
Jusqu'à présent, ces recours en expropriation
déguisée ont essentiellement été accueillis par les tribunaux dans des cas où
la portée de l'acte ou du règlement en cause outrepassait les pouvoirs de la
municipalité l'ayant adopté. Pourtant, nous
comprenions et comprenons toujours qu'un acte ou un règlement municipal valide,
c'est-à-dire conforme aux pouvoirs conférés à la municipalité, ne peut
donner ouverture à un recours en expropriation déguisée même s'il supprime tout
usage raisonnable d'un immeuble.
• (10 h 40) •
Or, il nous semble que les limites au droit de
propriété prévues par la loi ne donnent pas ouverture au recours en
expropriation déguisée puisque de telles limites font partie, au Québec, de la
définition même du droit de propriété. On ne peut prétendre être privé d'un
droit dans un immeuble, par expropriation déguisée ou autrement, lorsque ce
droit est exclu d'emblée de la notion même du droit de propriété par le Code
civil du Québec.
Malheureusement, les articles 170 et 171 du
projet de loi à l'étude induisent l'idée qu'un acte ou un règlement municipal,
même valide, qui a un effet de dépossession sur un immeuble ou qui supprime
tout usage raisonnable de cet immeuble donne
systématiquement ouverture à un recours en expropriation déguisée contre
l'organisme municipal par son
propriétaire. Ces dispositions du projet de loi compromettent ainsi
l'utilisation par les municipalités des pouvoirs de prohibition que leur
confèrent spécifiquement certaines lois, notamment à des fins de sécurité
publique ou de protection des milieux humides et hydriques, des sources d'eau
potable ou du patrimoine. Une telle réglementation est fortement susceptible
d'engendrer la suppression de tout usage raisonnable des immeubles visés.
Par conséquent, pour clarifier toute la question
des recours en expropriation déguisée, les articles 170 et 171 du projet
de loi devraient être modifiés pour y préciser qu'une limitation au droit de
propriété imposée par un acte ou une réglementation municipale valide
n'entraîne pas l'obligation d'indemniser le propriétaire ou d'acquérir sa propriété même si elle a un effet de dépossession
d'un droit sur un immeuble ou qu'elle supprime tout usage raisonnable de
l'immeuble. Cela devrait valoir tant pour les actes ou règlements édictés en
vertu de la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme que pour ceux édictés au terme
de toute autre loi, telle que la Loi sur les compétences municipales ou une
charte municipale.
Une telle
précision au projet à l'étude assurerait notamment qu'une municipalité ne soit
pas tenue d'indemniser un propriétaire lorsqu'elle exerce les pouvoirs
réglementaires prévus aux paragraphes 16° et 16.1° de l'article 113 de la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme, qui
autorise les municipalités à prohiber tous les usages, activités, constructions
ou ouvrages, compte tenu de certains facteurs, tels que la topographie du
terrain, la proximité de milieux humides et hydriques, les dangers
d'inondation, d'éboulis, de glissements de terrain ou d'autres cataclysmes.
Par ailleurs, même en regard de l'exercice
d'autres pouvoirs réglementaires, et bien que ce soit la tendance
jurisprudentielle, il serait utile de préciser qu'un règlement restrictif ne
peut être contesté que par la personne qui en est propriétaire au moment où la
restriction est adoptée. La personne qui acquiert un terrain alors qu'il est
déjà sous le couvert, notamment, d'un zonage de conservation naturelle ne
devrait pas pouvoir exiger d'indemnité de ce fait.
Cela dit, pour les cas de règlements restrictifs
invalides, c'est-à-dire qui outrepassent les limites des pouvoirs prévus par la
loi habilitante, nous accueillons favorablement les mesures proposées par le
projet de loi n° 22 visant à préciser
que le recours se prescrit dans les trois ans après l'entrée en vigueur de
l'acte municipal, prévoir que l'indemnité immobilière est fixée selon la Loi concernant l'expropriation et offrir
à la municipalité le choix de retirer la contrainte réglementaire ou d'acquérir
l'immeuble. Il serait toutefois utile de préciser qu'une telle modification
réglementaire visant à retirer une contrainte n'est pas assujettie à la
procédure référendaire ou à une autre procédure d'approbation ou de
contestation. Autrement, la municipalité pourrait se voir empêchée de procéder
au retrait.
L'article 244 du projet de loi prévoit que
la loi entrera en vigueur six mois suivant sa sanction. L'article 240 fait
en sorte que toute instance d'expropriation commencée avant cette entrée en
vigueur demeurera régie par la loi ancienne.
La ville de Québec prévoit acquérir prochainement plus de 400 immeubles
aux fins de la réalisation du tramway, dont quelque 200 par voie
d'expropriation. Si la date d'entrée en vigueur de la loi était devancée au
moment de sa sanction, cela permettrait de bénéficier des avantages offerts par
celle-ci dans le cadre de ce projet.
Un délai dans l'application de ces dispositions
du projet de loi n° 22 pourrait inciter les municipalités à retarder la réalisation de leurs acquisitions pour
bénéficier des améliorations apportées par cette nouvelle loi en regard de la détermination d'indemnité d'expropriation.
Afin de pouvoir bénéficier rapidement des effets de cette réforme tant
attendue, nous suggérons de prévoir, à tout le moins, que les dispositions de
la loi nouvelle en matière d'indemnité d'expropriation soient d'application
immédiate, et ce, dès la sanction de la loi.
Cette réforme du droit
d'expropriation répond largement aux attentes exprimées par la ville de Québec
en établissant notamment des critères
encadrant la détermination de l'indemnité d'expropriation. Ces critères
permettront de réduire les coûts et
assureront une meilleure prévisibilité. Nous suggérons que la nouvelle loi
entre en vigueur dès sa sanction et qu'elle soit d'application
immédiate.
Par ailleurs, les intervenants du monde
municipal réclamaient que le législateur intervienne pour remédier à
l'évolution jurisprudentielle récente en matière d'expropriation déguisée. Le
gouvernement y répond dans ce projet de loi
en précisant le délai de prescription, les modalités de détermination de
l'indemnité et en permettant à la municipalité de retirer sa contrainte
réglementaire plutôt que d'acquérir le bien.
Le Président (M. Jacques) : En
terminant, s'il vous plaît.
Mme Boucher (Marie-Pierre) : En
terminant, nous vous remercions de l'attention que vous portez aux demandes d'amendements contenues dans l'annexe.
Donc, je vous invite à regarder l'annexe et à regarder l'ensemble du
mémoire que nous vous déposons. Merci.
Le
Président (M. Jacques) : Merci. J'invite maintenant Mme la ministre à
débuter les échanges pour une période de 15 min 30 s.
Mme
Guilbault : Merci beaucoup, M. le Président. Merci aux
représentants de la ville de Québec, très intéressant comme présentation. On a eu la CMQ la semaine
dernière. Donc, il y a plusieurs choses qui se recoupent, mais il y a quand
même des particularités dans les
propositions que vous faites, les recommandations que vous faites. Donc, très
intéressant.
J'entends,
d'emblée, qu'évidemment, comme l'ensemble, je dirais, des intervenants issus du
milieu municipal, vous accueillez très favorablement le projet de loi.
Bien sûr, c'est un engagement qu'on avait pris dans le dernier pacte fiscal,
qui a été réitéré par le premier ministre depuis la dernière élection. Donc, ce
projet de loi là vient le concrétiser, mais,
comme je disais aussi, la semaine dernière, dans mes remarques introductives,
il y a toujours moyen d'améliorer les projets de loi. Ils sont
perfectibles par nature. Donc, je vais y aller sur quelques éléments et je vais
partager mon temps aussi, je crois, avec ma collègue d'Argenteuil, qui aurait
des questions pour vous, donc, mais j'ai dit ça la dernière fois, et puis, vous
voyez, j'ai pris tout le temps. Ça fait que je vais essayer d'être concise.
Peut-être le premier élément... Puis ça, je
trouve ça très intéressant, quand on a des groupes du milieu municipal, parce que, ce projet de loi là, on le
fait, entre autres, pour que les projets aillent plus vite, d'infrastructures,
pas juste en transports. La loi est portée chez nous, mais ça va être
applicable pour plein de projets d'infrastructure, des projets de parcs, toutes
sortes de beaux projets. Avez-vous des exemples concrets, bien, évidemment, on
peut penser au tramway, là, mais, à la ville
de Québec, dans tous les projets que vous faites, que ce soit du logement, des
écoles, des CPE, des parcs, des milieux de vie en général, qui,
en ce moment, sont soit compromis, soit en suspens, soit retardés, soit inexistants parce qu'on sait que ça coûterait trop
cher, que ce serait trop compliqué, on ne veut pas s'embarquer là-dedans,
et qui, grâce à ce projet de loi là, pourraient aller plus vite, voire
pourraient se réaliser pour le bien de nos citoyens?
Mme Boucher (Marie-Pierre) : Je
pense que vous le nommez bien, un des objectifs, c'est de permettre... accélérer certains projets qui donnent... On parle
du tramway. C'est un des exemples, mais ce n'est pas le seul exemple,
là. Parfois, c'est pour permettre de maintenir des milieux naturels. Parfois,
c'est pour permettre de développer des parcs
dans un petit quartier, par exemple, là, dans un projet d'ensemble qu'on veut
mettre en avant. Donc, ce projet-là... ce projet de loi là vient
répondre à ces besoins. M. Giasson a quelques exemples plus spécifiques
que je vais l'inviter à vous partager.
M. Giasson (Serge) : Oui, mes
exemples, deux exemples que j'ai à vous donner, qui sont un peu particuliers
parce que ce sont deux propriétaires. Alors, c'est pour l'acquisition de deux
terrains. Les deux propriétaires exercent des activités institutionnelles, et,
dans un cas... on a commencé à faire nos échanges et, dans un cas, on nous
réclame plus de deux fois la valeur marchande au mètre carré pour aller
chercher une bande de terrain, là. Il n'y a pas une expropriation de
l'ensemble, c'est des bandes de terrain. Et, dans l'autre cas, on demande près
de trois fois la valeur marchande pour avoir une bande, et tout ça... une bande
de terrain pour faire un projet, et tout ça, c'est tiré... Donc, c'est des
institutions qui ont des ressources, hein, elles sont représentées par des gens
compétents, et tout ça vient du fait de l'interprétation de l'usage le meilleur
et le plus profitable.
Alors, on a des institutions qui sont là depuis
40 ans, qui exercent une activité ou un usage... une activité institutionnelle
depuis 40 ans, et il n'est pas prévisible, avec les immobilisations qui sont
sur ces terrains-là, que ça arrête dans les
40 prochaines années, OK, et c'est incompréhensible... Pour nous, c'est
uniquement le fait que les règles ne sont pas assez claires. Notamment,
si on avait l'article 87, les règles sont assez claires que, si on a une
expectative de développer un terrain avec la meilleure valeur et la plus
probable, il faut quand même que, dans le temps... ça soit restreint dans le
temps pour avoir une possibilité que, dans les trois prochaines années, là, ça
puisse arriver, OK?
Comme je vous dis, lorsqu'on va chercher une
bande de terrain puis qu'il n'est pas question de démolir l'ensemble du lot
pour en faire un lot vacant, normalement, on devrait avoir une valeur marchande
qui ressemble à celle qui... qu'on est capables d'évaluer entre évaluateurs et
qu'on n'a pas besoin de se projeter. Même quand on se projette dans le futur,
on demeure à l'intérieur de la valeur marchande qui... qu'on avait estimée être
celle d'un terrain, au mètre carré, institutionnel, sur lequel il y a des
usages institutionnels.
• (10 h 50) •
Alors, ça, c'est un motif,
et, comme c'est entre nous, tu sais, ça ne dépend pas de quelqu'un à Toronto
qui a mal compris l'évaluation qu'on fait du terrain ou un conseil
d'administration qui doit en répondre aux actionnaires. Alors, tout ça, de
bonne foi, c'est ce qui se produit, c'est la dérive, présentement, là, qui nous
a incités, il y a 10 ans, à commencer, à la ville de Québec, à parler aux gens
du monde municipal pour sortir de ce paradigme-là, et la façon de le faire, c'est un peu comme le fait l'article
87, c'est-à-dire de codifier des principes de jurisprudence, hein? Dans 87, là,
il n'y a pas de surprise, là. La jurisprudence majoritaire, elle reprend ces
dispositions-là. Tout ce qu'on a fait, c'est... on les a codifiées, OK, de
sorte que le jeu est plus clair. Quand le jeu est plus clair, ça accélère les
discussions pour en venir à des règlements.
Mme Boucher (Marie-Pierre) : ...ça
nous permet aussi d'envisager ne pas aller en expropriation, donc de faciliter
des ententes de gré à gré, par exemple, là. Le fait d'avoir ce cadre-là nous
permet de ne pas avoir des gens qui espèrent qu'éventuellement on soit pris
pour aller en expropriation. Donc, ça facilite les ententes parce qu'elle cadre
plus clairement la règle qu'ils doivent respecter.
Un autre élément, c'est l'équité avec l'ensemble
des citoyens. On a des organisations, des entreprises, parfois des promoteurs,
qui peuvent... qui ont le temps et ils peuvent laisser rouler, mais, pendant ce
temps-là, pendant qu'ils laissent rouler en
attendant d'arriver finalement en expropriation et d'avoir gain sur... avec
quand même des bons montants à l'occasion,
c'est l'ensemble des contribuables qui paient. Donc, on a des gens qui ont plus
les reins solides, qui vont être en
mesure d'attendre et de faire perdurer ça. Donc, c'est des ressources humaines
ville, c'est des ressources financières qui touchent l'ensemble de la population, tandis qu'on en arrive avec un
projet qui est cadré, qui permet que l'ensemble des citoyens en aient
pour leur argent, finalement.
Mme Guilbault : Bien, c'est très bien dit, parce qu'effectivement au-delà
des expropriations comme telles, au-delà des procédures puis des modalités
d'expropriation que le projet de loi amène, c'est l'effet dissuasif qui, on l'espère, va faire diminuer le nombre
d'expropriations puis augmenter le nombre de gré à gré. Puis je trouve ça
intéressant, la façon dont vous finissez votre dernière phrase, parce
qu'il y a certains groupes, des groupes immobiliers, ou il y a certains
intervenants qui font valoir l'effet peut-être... je dirais, l'effet,
l'incidence que ça pourrait avoir sur certains projets de développement, sur l'intérêt ou la volonté de certains
propriétaires d'amener des projets, sur la capacité à jouir de son bien,
et tout ça, il y a... tu sais, puis c'est correct, il y a toutes sortes
d'intérêts qui se font valoir dans le cadre de cette discussion-là, vous, parce
que vous transigez avec beaucoup de propriétaires privés pour des projets
d'intérêt public. Alors, qu'est-ce que vous auriez à dire là-dessus, dans la
recherche de cet équilibre toujours?
Mme Boucher
(Marie-Pierre) : Le rôle de la ville, c'est de leur offrir une
prévisibilité. Donc, cette prévisibilité-là, on l'a à travers le PDAD.
Actuellement, on va travailler avec la ville aux plans d'urbanisme et de mobilité. On est dans cette transition-là
actuellement pour livrer un plan d'urbanisme et de mobilité qui va permettre aux
promoteurs, qui va permettre à nos... qui sont des partenaires, là, qui sont
des partenaires pour construire notre ville, d'avoir la prévisibilité. Donc,
ils ne pourront pas être dans l'anticipation. Ils vont savoir où on veut faire
de la densification. Ils vont savoir où on veut garder des parcs. Ils vont
savoir qu'est-ce qu'on veut garder comme milieux humides. Donc, c'est cette prévisibilité-là qui facilite le partenariat
avec nos partenaires. Donc, pour moi, ce n'est pas un enjeu. Au contraire, ça nous permet de mettre
le cadre, d'établir ce cadre-là, puis ils vont être impliqués aussi à
différents moments, là, pour arriver sur notre plan d'urbanisme.
Mme Guilbault : Je voudrais vous amener sur l'expropriation déguisée. Ça a
été abordé par pas mal tous les intervenants
qui vous ont précédés. Les articles 170, 171, la plupart des gens
avaient... bien, avaient des commentaires relativement similaires aux
vôtres pour certains éléments. Il y a la ville de Montréal, toutefois, qui
suggérait qu'on les retire et qu'ils soient traités, par ailleurs, entre
autres, chez ma collègue des Affaires municipales. Donc, vous, qu'est-ce que
vous pensez de ça? Parce que c'est ça, puis, comme on disait la semaine
dernière, ce projet de loi là, ce n'est pas une solution à tous les problèmes
de l'univers, là, puis il y a beaucoup de choses qui vont devoir continuer
d'être traitées via la loi sur... la LAU et les lois en environnement, mais
qu'est-ce que vous pensez de ça? Et je voyais dans vos... dans mes notes,
quelque part, que non seulement vous souhaitez que ça aille plus loin puis
qu'on ne puisse pas demander une indemnisation, mais qu'en plus il y ait un
effet rétroactif, je crois, les causes pendantes et même les causes avant
l'entrée en vigueur de la loi. Donc, jusqu'où vous remontez? Comment est-ce que
vous voyez la rétroactivité si vous voulez répondre, dans l'ensemble, sur la question
des expropriations déguisées?
Mme Boucher (Marie-Pierre) : Je vais
utiliser mon droit de... mon miroir.
M. Giasson (Serge) : L'intention
derrière la demande qui était d'avoir un effet le plus immédiat, ça se reflète
aussi dans la Loi d'interprétation. Alors, nous, ce qu'on... le premier
réflexe, c'est : si on travaille avec la Loi d'interprétation, on va avoir
à peu près un 30 jours entre l'adoption de la loi puis sa mise en vigueur, puis
ça, c'est normal. C'est ce que vous faites dans l'ensemble de vos législations,
et moi, je pense qu'on devrait faire ça, et ça s'applique aussi... La Loi
d'interprétation vous guide là-dessus, nous guide tous, hein, nous dit que ça
va s'appliquer aux causes aussi en cours, OK, ça va s'appliquer et ça va avoir
un effet immédiat. On est habitués, avec ce régime-là, OK, d'une application
immédiate. La Loi d'interprétation couvre aussi ce champ-là.
Puis la zone grise, c'est géré par les
tribunaux, surtout quand ça fait partie, là, de dossiers en cours devant les tribunaux.
Alors, les juges prennent acte que la nouvelle loi s'applique, elle a une
application immédiate au regard de la Loi
d'interprétation, puis entendent les parties sur qu'est-ce qui va advenir du
recours en utilisant, par exemple, l'effet immédiat, OK? Bien, je pense que nos
tribunaux sont bien à l'aise avec ça. Et puis le six mois nous inquiétait parce
que le six mois, pour nous, c'est un cycle. Vous savez qu'on construit... Dans
une année... On construit peu de temps dans une année au Québec, et six mois,
c'est un cycle annuel, là, OK? Six mois, pour nous, ça veut dire reporter les
projets pour un an.
Mme Boucher (Marie-Pierre) : Pour
nous, c'est important qu'on n'ait pas à se demander qui devrait porter cet
article-là ou pas. L'important, c'est d'aller de l'avant, mais en apportant
certaines modifications, justement.
Mme Guilbault : Oui, c'est ça. Bien, en fait, moi, le rétroactif, c'était
pour que... c'était la recommandation, ici, n° 4 sur vraiment les articles 170, 171, et non... Bien, le
six mois, en fait, je vous aurais posé la question éventuellement sur le six
mois aussi parce que la plupart des gens souhaitent l'entrée en vigueur
immédiate versus le six mois, mais, ici, il est écrit que «les
articles 170, 171, une fois modifiés, s'appliquent aux actes et aux
règlements municipaux adoptés avant l'entrée en vigueur de la loi et même aux
procédures judiciaires toujours pendantes au moment
de son entrée en vigueur, du moins à celles intentées depuis sa présentation».
Donc, est-ce que ma compréhension est bonne qu'on veut un effet
rétroactif?
M. Giasson (Serge) : Bien, dans
l'effet... Ce qu'on recherche, ce n'est pas un effet rétroactif, c'est un effet
immédiat. C'est-à-dire que les règlements qui ont été adoptés avant la loi, OK,
ce sont des règlements municipaux. Quand on
va discuter du fait de leur validité, ou de leurs effets contraignants sur les
usages, ou son effet expropriation déguisée, on va le faire à une
période qui va se situer après puis on va faire l'analyse d'un règlement.
Alors, le règlement va être adopté avant. Ce que ça veut dire tout simplement,
c'est comme une taxe. Elle va s'appliquer, la taxe, à une date x, elle va
s'appliquer à tout le monde parce que c'est le principe d'équité, et, quand on
va avoir des discussions devant les tribunaux concernant cette taxe-là, on va
présumer que cette taxe-là, elle ne rend pas invalides tous les règlements qui
ont été adoptés antérieurement ou tous les gestes qui ont été posés
antérieurement.
Mme Guilbault : Parce qu'on a une réflexion sur le six mois aussi, là,
parce que, comme je vous dis, la plupart des
gens voudraient l'entrée en vigueur immédiate. Nous, le six mois servait à ce
que les différents intervenants aient le temps de s'adapter, puis tout
ça, tu sais, nos propres équipes, et tout, mais on est en réflexion là-dessus.
Donc, vos propos sont les bienvenus.
Mme Boucher (Marie-Pierre) : Le six
mois peut permettre, en fait... pardon.
Mme
Guilbault : Oui, ou, si vous avez une proposition
intermédiaire ou quoi que ce soit à ajouter sur le six mois, parce que
c'est un élément qui revient toujours...
Mme Boucher (Marie-Pierre) : Oui,
bien, en fait, le six mois peut permettre à ceux qui ont plus les reins solides
d'aller rapidement agir. Donc, au niveau de l'équité collective, on n'est pas
non plus dans une équité collective. Donc, ça permet à certains d'aller très
rapidement de l'avant pendant ce six mois-là pour passer au-dessus de la loi qui viendrait s'implanter, là, six mois
plus tard. Donc, pour un souci d'équité, encore une fois, pour l'ensemble
de la population, parce qu'on sait qu'il y en a qui vont avoir la capacité de
le faire maintenant, d'autres que ça... qui n'auront pas nécessairement la
capacité de le faire rapidement...
Mme
Guilbault : Merci, merci
beaucoup. Bon, bien, est-ce que je te passe la parole, Agnès? Il reste
1 min 45 s.
Une voix : ...
Mme
Guilbault : Bien, peut-être
une dernière — bien,
cet après-midi, on va avoir plus de temps cet après-midi — parce
que, juste sur l'expropriation, le pouvoir d'expropriation pour un tiers,
peut-être nous donner des exemples concrets. Je lisais des exemples par...
mettons, Hydro-Québec ou des entreprises de services publics, et tout ça. Avez-vous des exemples, encore là,
tramway ou autres, où ça vous a nui ou ça vous a ralenti, puis ce pouvoir-là
pourrait changer quelque chose concrètement dans les délais ou dans les coûts?
• (11 heures) •
Mme
Boucher (Marie-Pierre) : Bien, actuellement, on a des projets. Par exemple,
on va parler de l'exemple du tramway,
là, mais qui dure dans le temps parce que les gens attendent tout simplement,
attendent de voir le possible... qu'est-ce que ça va valoir, qu'est-ce
que... Donc, c'est certain qu'on est toujours gagnants d'arriver avec une
entente de gré à gré. Donc, le fait
d'attendre, de laisser rouler, pour eux, c'est une façon d'aller chercher
davantage, finalement, là. Donc, ça
va nous permettre d'aller plus vite, puis qui dit aller plus vite nous permet,
bien, d'avoir une bonne collaboration, mais aussi de permettre à
l'ensemble de la population... d'avoir un projet qui est équitable pour
l'ensemble.
Le Président (M. Jacques) : ...
Mme
Guilbault : 27 secondes? Bon, bien là, mon Dieu, bien,
merci beaucoup pour... C'est étrange, c'est abrupt, des fois, un petit
peu. Bien, merci beaucoup encore une fois pour les commentaires très
éclairants. Ça reste un projet de loi hypertechnique, là.
On a abordé certains éléments, mais nos équipes, évidemment, vont continuer... parce
qu'il y a une série ici d'amendements proposés puis de modifications très, très
procédurales, là, donc on va analyser le tout exhaustivement. Merci beaucoup.
Le
Président (M. Jacques) : Merci, Mme la ministre. J'invite le porte-parole
de l'opposition officielle, M. le député de l'Acadie, pour votre période
d'échange.
M. Morin : Merci. Merci, M. le
Président. Merci beaucoup pour votre mémoire. Et l'échange qu'on a avec vous,
c'est effectivement riche et éclairant.
J'aurais quelques questions. Commençons d'abord
par les plus spécifiques, en lien avec votre mémoire, et particulièrement la
page 8 de votre mémoire, quand vous parlez de droits acquis aux résidus.
Et je voudrais bien, bien être certain de comprendre, au fond, ce que vous
souhaitez. Et, si je fais erreur avec ma compréhension, s'il vous plaît,
dites-le-moi, mais ce que je comprends, c'est que, dans le cas d'une
expropriation, s'il y a un immeuble, pour
toutes sortes de raisons, qui ne serait pas conforme à la réglementation
municipale, vous voulez, en fait, que, donc, il y ait un droit acquis et qu'à ce moment-là il n'y ait pas de
modification qui soit apportée à l'immeuble pour le rendre conforme.
Est-ce que je comprends bien?
Une voix : ...
M. Morin : Bon, parfait. Déjà, ça,
ce n'est pas trop mal. Maintenant, est-ce que ça arrive souvent? Est-ce que c'est fréquent? Est-ce que vous avez des
exemples? Parce que j'essayais de l'imaginer, mais là vous allez m'aider
quant à l'utilité de cette disposition-là.
M. Giasson (Serge) : Souvent, M. le
Président, on va chercher du surlargeur en front de la voie publique. Cette
surlargeur-là fait que, dans beaucoup de cas... réduit la marge de recul, OK,
puis il y a une marge de recul réduite qui ne correspond plus avec le
règlement. Nous, on vit très bien avec ça. À partir du moment où c'est une
expropriation qui a provoqué cette dérogation-là au règlement, l'immeuble
profite d'un droit acquis, et, advenant, par exemple, une demande de permis, il
ne pourra pas lui être reproché que sa marge ne correspond pas aux règles du
règlement de zonage pour lui octroyer ce permis-là.
Nous, on vit avec ce régime-là depuis longtemps,
on vous l'explique, parce qu'on a déjà ces dispositions-là dans notre charte et
on pense qu'on n'a pas d'obligation à faire des modifications de règlement de
zonage si on vit avec les principes avec lesquels on vit, là, principes de
droit acquis. Parce que vous savez qu'on change nos zonages régulièrement, que cette
fameuse marge là, dans le temps, peut changer. Dans 40 ans, par exemple,
elle a changé peut-être deux ou trois fois, OK, à certains endroits, puis les
gens qui n'étaient... qui se retrouvent aujourd'hui non conformes par rapport à
une ancienne marge qui était conforme au moment où ils ont construit, ça ne
rend pas l'immeuble dérogatoire, ils bénéficient de droits acquis. C'est une
notion, là, en aménagement, qui est très solide.
M. Morin : Très bien. Je vous
remercie. Autre question. À la page 9 de votre mémoire, vous voulez
maintenir l'article 11 de la Loi concernant le Réseau structurant de
transport en commun de la ville de Québec plutôt que les dispositions du projet
de loi. Est-ce que je comprends bien? Puis quel est l'avantage pour vous? Et là
je comprends que les articles 166 à 169 du projet de loi vont conférer la
propriété d'un volume souterrain lors de travaux de construction d'un tunnel.
Est-ce que ça, ça vous pose un problème? Si oui, bien, lequel? Puis est-ce
que... comment, en fait, on pourrait
éventuellement, si ça pose un problème, voir si le projet de loi ne pourrait
pas être bonifié?
M. Giasson (Serge) : Oui. M. le
Président, le problème que ça soulève dans la rédaction actuelle, c'est qu'on
va probablement, dans un projet de tramway, faire un tunnel qui va passer sous
Honoré-Mercier, et l'article prévoit que ça ne peut pas... les droits qu'on va
aller chercher ne peuvent pas affecter un terrain qui appartient à l'État, OK?
Alors, on dit que, si je fais l'acquisition d'un tunnel qui se trouve sous un
bien appartenant à l'État, je voudrais qu'on soit
quand même en pleine propriété du tunnel, de l'espace qui... l'espace, le cube
d'air dans lequel se trouve le tunnel qui
se trouve en dessous d'une propriété publique. Dans le fond, c'est le seul
problème qu'on souligne dans cet article-là.
M. Morin : Puis je comprends qu'avec
le projet de loi actuel, s'il est adopté, ce volume-là, donc, resterait la
propriété de l'État et non pas de la ville.
M. Giasson (Serge) : C'est-à-dire
qu'on aurait un mélange des genres. On aurait un bout qui est appelé une
propriété ville puis, quand on va en dessous du domaine de l'État, c'est-à-dire
un terrain de l'État, bien là on aurait un
bout qui ne serait pas ville. Alors, avec, là... Vous savez, quand ces
ouvrages-là, on les construit, il faut penser à... les 50 prochaines
années, M. le Président. Et c'est pour ça que, dans 25 ans, je ne veux pas
que les gens qui seront à ma place se posent la question : C'est à qui, la
propriété de cette partie de tunnel là?, parce que ça se trouve en dessous
d'Honoré-Mercier, qui est une propriété provinciale, bon, en gros.
M. Morin : Non. Oui, c'est ça. Puis
je comprends qu'évidemment la même règle va s'appliquer à d'autres corps publics qui ont des tunnels, notamment le
métro à Montréal, etc. Et je comprends que votre... l'article, présentement, de
la LRSTC ne crée pas d'ambiguïté, mais le projet de loi, lui, va en créer.
M. Giasson
(Serge) : Exact, oui.
M. Morin : OK.
Mme Boucher (Marie-Pierre) : ...le
principe des propriétés superficiaires, hein? Donc, on regarde la ville en
trois dimensions, incluant le sous-sol, là, finalement, là, au lieu de la
regarder comme un espace plat.
M. Morin : Parfait. Merci. Dans
votre mémoire, si j'ai bien lu, vous demandez ou vous souhaitez que le TAQ ait
plus de latitude, alors que beaucoup d'autres organismes nous ont dit qu'ils
voulaient plus encadrer. Vous craignez quoi, s'il y a trop d'encadrement?
Pourquoi laisser plus de latitude au TAQ?
M. Giasson (Serge) : M. le
Président, ce qu'on a demandé avec le projet de loi sur l'expropriation, les
nouvelles dispositions, c'est un encadrement sur des éléments comme la
procédure et l'indemnité. Ce qui se passe devant le tribunal, par contre, nous,
on est assez pour de la souplesse. Quand on est rendus devant le tribunal, par
exemple, plus de souplesse, ça ne nuit pas, c'est-à-dire la possibilité de
déposer des pièces, la possibilité de présenter une preuve. Ça, nous, on est
pour la souplesse devant le tribunal, OK? On a... on pense avoir ce qu'il faut,
dans le contrôle ou la codification de certains principes, pour l'indemnité. On
pense aussi avoir des avantages concernant certains éléments de procédure,
surtout en amont, là, la contestation du droit d'expropriation, etc. Mais, pour
ce qui se passe devant le tribunal, nous, on pense qu'un juge administratif
devrait être capable de gérer sa cour puis de gérer sa preuve. Puis je pense
que ça fait l'affaire de tout le monde qu'il y ait un peu plus de souplesse.
M. Morin : ...c'est dans ce sens-là
où vous souhaitez que...
M. Giasson (Serge) : Oui.
M. Morin : ...en fait, le président
ou la présidente du tribunal puisse avoir une appréciation, une évaluation de
la preuve qui va être faite devant le tribunal.
Mme Boucher (Marie-Pierre) : ...envers
l'instance, finalement.
M. Giasson (Serge) : Bien sûr.
M. Morin : Parfait. Merci. Qu'est-ce
que vous pensez? Si mon souvenir est bon, il y a des dispositions du projet de
loi aussi qui tendent à restreindre l'interrogatoire, pendant des
interrogatoires au préalable, le limiter à des volets seulement de l'expropriation. Pensez-vous que c'est une bonne
chose? Ça va accélérer les choses ou ça va empêcher le tribunal d'avoir
une bonne évaluation de l'ensemble du dossier de la preuve?
M. Giasson (Serge) : Tout ce qui
concerne la gestion de la preuve, OK, devant le tribunal, M. le Président, ce
qu'on souhaite, c'est qu'il y ait le plus de mesures possible pour permettre à
ce que tout le monde, toutes les parties soient à l'aise pour débattre
devant... les principes de l'expropriation devant le tribunal compétent.
• (11 h 10) •
M. Morin : OK. Je vous remercie.
Dans le projet de loi, on parle également, et ça peut arriver, évidemment...
l'expropriation d'immeubles où il y a des locataires. Et on le voit avec la
crise. Bon, d'abord, il y a une crise du logement,
les loyers augmentent, il y a de l'inflation puis en plus il y a une pénurie de
logements. Donc, prenons le cas d'un locataire qui aurait habité un immeuble
depuis 15 ou 20 ans, c'est tout à fait possible, avec un loyer, évidemment,
qui a augmenté, mais qui n'est pas comparable, par exemple, à ce qu'on va
demander actuellement pour un loyer, compte tenu du phénomène économique dans
lequel on est. Est-ce que vous pensez que le projet de loi ne va pas assez
loin? Si vous avez des mesures pour accompagner les locataires, quelles
sont-elles? Parce que ça, c'est un élément du projet de loi, moi, qui... Enfin,
j'aimerais en entendre plus de votre part pour savoir comment vous allez gérer ça puis si le projet de loi règle ce
problème-là pour ne pas qu'on laisse des locataires dans la rue ou qu'ils
soient obligés carrément d'aller vivre ailleurs, dans d'autres
quartiers.
Mme Boucher (Marie-Pierre) : Votre
inquiétude est tout à fait légitime, hein? On le voit, dans le contexte de la
crise de logement actuellement, il faut s'assurer de ne laisser personne à la
rue. On ne voudrait pas que des expropriations fassent en sorte que les gens se
retrouvent à n'avoir pas de logement.
C'est sûr que, dans le contexte qu'on vit
actuellement, par exemple, tramway ou autres, on n'a pas ces situations-là.
Quand on travaille en expropriation, c'est des bandes qu'on va chercher, on ne
va pas... on ne va pas chercher des
appartements qui laissent des gens à la rue. Donc, on n'est pas... Dans le
contexte qu'on vit actuellement à Québec, ce n'est pas la situation.
Par contre,
c'est certain qu'on travaille avec des partenaires. On a une table de
concertation en logement social abordable,
à Québec, on a un registre des loyers, on travaille avec l'OMHQ, qui fait de
l'accompagnement en recherche de logement. Donc, c'est ce filet social
là qu'on crée qui permet de soutenir quand il y a des personnes qui doivent quitter
leur logement et se relocaliser, là. Donc, on en a un... On a la chance, à
Québec, d'avoir un écosystème qui facilite ce soutien-là aux personnes, là.
M. Morin : Je
vous remercie. La prochaine question, elle est plus générale, et Mme la ministre
y a fait allusion un peu tout à l'heure. On a entendu également que le
projet de loi, avec des nouvelles normes pour indemniser, avec des barèmes plus
stricts pour indemniser, pourrait éventuellement décourager d'éventuels
promoteurs qui se diraient, par exemple : Bien, écoutez, si jamais on est
expropriés, voilà à peu près ce qu'on a, voilà le régime actuel, donc,
évidemment, on risque d'avoir moins d'argent, donc, est-ce qu'on veut vraiment
investir ou pas? Est-ce que, pour vous,
c'est un enjeu? Est-ce que c'est quelque chose que vous craignez? Parce
qu'évidemment la ville, comme autorité qui peut exproprier, a des
projets d'intérêt public à réaliser, mais la ville, j'imagine, veut aussi
encourager ou avoir des promoteurs qui vont être capables de construire du
logement. Donc, comment vous voyez ça?
Mme Boucher (Marie-Pierre) : Comme
je mentionnais tout à l'heure, on est les experts de l'aménagement de notre
territoire, la ville de Québec et chacune des villes, là, mais donc les outils
qu'on met en place pour pouvoir envoyer le message de ce qu'on veut développer
sont les meilleurs. Donc, quand on travaille sur le plan d'urbanisme et de mobilité, on permet aux promoteurs qui sont
des partenaires à anticiper comment on construit la ville de demain.
Donc, à ce moment-là, ils vont être en mesure de prendre les meilleures
décisions pour contribuer à cette ville-là qu'on construit ensemble. Puis c'est
vraiment le meilleur message que je pense qu'on peut envoyer aux promoteurs et
c'est... et c'est ce qu'ils nous demandent. Ils nous demandent une
prévisibilité. Donc, cette prévisibilité-là, on leur offre à travers nos plans,
nos plans d'urbanisme, donc nos outils qu'on a en aménagement du territoire.
M. Morin : Merci, M. le
Président.
Le Président
(M. Jacques) : Merci, M. le député de l'Acadie. Merci pour cette
période d'échange. Je cède maintenant
la parole au porte-parole de la deuxième opposition, M. le député de
Taschereau, pour 4 minutes... 4 min 8 s.
M. Grandmont : Merci,
M. le Président. Mme Boucher, M. Giasson, M. Trudel, merci pour
votre présentation. Je poursuivrais un peu sur la question, là, de mon
collègue de l'Acadie, sur la question de l'attractivité que pourrait avoir la ville de Québec au regard des nouvelles
règles d'indemnisation. Est-ce que ça vous... Est-ce que vous avez peur,
finalement, que les promoteurs ne viennent
plus à Québec à cause de cette loi-là ou ne viennent plus au Québec à cause
de cette loi?
Mme Boucher (Marie-Pierre) : Au
contraire, en fait, au contraire. À partir du moment où les gens savent comment
on va construire, qu'on envoie les messages, qu'on est prévisibles, que notre
terrain est clair de ce qu'on envisage comme construction, qu'est-ce qu'on
envisage comme ville, au contraire, on pense qu'on va être très attractifs. Ce
qu'on offre actuellement avec le projet de transport du tramway, par exemple,
pour moi, ça va être un outil d'attractivité. Donc, ce qu'on... ce qui est
travaillé ici va nous permettre de faciliter la mise en place du tramway, donc, finalement, de développer un outil
qui favorise l'attractivité. Donc, pour moi, c'est tout à fait le contraire,
là, c'est une... c'est un outil qui va nous permettre d'avoir de
l'attractivité pour aller chercher...
M. Grandmont : En
faisant... En respectant la capacité de payer des contribuables aussi, c'est ce
que j'entends aussi, on s'attaque à la spéculation?
Mme Boucher (Marie-Pierre) : Absolument.
M. Grandmont : Dans la... À la
page 12, vous avez une section que vous avez nommée «Autres demandes de la
ville de Québec transmises précédemment au ministère des Transports et de la
Mobilité durable». J'aimerais juste comprendre dans quel contexte ça a été
transmis auparavant et puis aussi, bien, comprendre un peu comment les
recommandations 13 et 14, notamment, et vous pourrez aller plus loin, là,
exproprier pour le compte d'un tiers et les biens accessoires ou utiles pour un
projet de tramways, ça vous aurait déjà été utile ou ça vous sera utile de les
avoir éventuellement dans un projet de loi n° 22.
Mme Boucher (Marie-Pierre) : Je
vais vous laisser...
M. Giasson (Serge) : Oui. Toute
la question de l'expropriation pour des tiers, c'est que nous, on a un
intégrateur, OK, dans le grand projet du tramway, on a un intégrateur pour
déplacer beaucoup de RTU, de services souterrains, là, de... le câble,
l'électricité, les fibres optiques, les compagnies de téléphone, etc. Et, comme
on est intégrateurs, nous, on veut faire de l'expropriation pour déplacer des
massifs souterrains, OK, les mettre à des endroits sur des terrains qu'on
ferait l'acquisition. Mais on le fait vraiment au bénéfice de ces tiers-là qui
vont profiter de ces conduits-là, souterrains, qu'on va aménager, qu'on va
réaménager, parce que souvent on détruit leurs conduits qui se trouvent sous la
rue pour aller les placer ailleurs.
Alors, ce qu'on voudrait, comme intégrateurs,
c'est d'avoir le pouvoir de faire ça, d'exproprier et ne pas se faire reprocher
que vous allez exproprier pour Vidéotron ou vous allez exproprier pour Bell
Canada, vous allez exproprier pour... Oui, j'exproprie parce que j'intègre tous
ces services-là, souterrains, et je les déplace, alors je veux être capable de
pouvoir planifier des expropriations, de trouver des terrains qui font l'affaire
de ces compagnies-là, pour replacer les massifs que je détruis au fur et à
mesure que je libère l'emprise de... exemple, l'emprise du tramway.
M. Grandmont : Est-ce
que ça touche aussi les biens accessoires utiles au projet de tramway? Non?
C'est une autre chose à part, ça?
M. Giasson (Serge) : Oui, bien, ça
aussi, ça en fait partie. C'est-à-dire que, quand je déplace un massif, OK,
parce qu'il se trouve sous une rue, je vais aller le placer, parfois, pour des
questions de planification... je vais aller le placer ailleurs, OK, je vais
faire une dérivation, mais qui ne tiendra plus compte de l'installation. Ça ne
se fera plus devant le tramway, mais ça va se faire sur un terrain qui va être
ailleurs. Mais, comme mon souhait, c'est de déplacer le massif, l'interrogation, c'est : Est-ce que l'endroit où je vais
le placer, ça, je peux considérer ça que c'est nécessaire au tramway ou
utile? Nous, on pense que nécessaire au tramway, c'est parfois aussi utile au
tramway, c'est pour ça qu'on voulait ajouter «nécessaire ou utile au tramway»
pour pouvoir profiter de ces opportunités qu'on a à faire. Mais, vous le savez, on est toujours... quand on
travaille le tramway, on travaille les voies secondaires, par exemple, parce
qu'à un moment donné il va y avoir un trafic
qui va être dérivé, puis on a déjà travaillé sur des voies, puis cette voie-là,
le tramway ne passera pas dedans.
Mais, pour les trois, quatre années de construction, je vais avoir besoin de
cette voie-là, tu sais, pour espérer faire des travaux puis que ce ne
soit pas trop chaotique dans la ville. Merci.
Mme Boucher (Marie-Pierre) : Et on
travaille de façade, là, pour permettre d'avoir un environnement puis un milieu
de vie pour les citoyens.
Le
Président (M. Jacques) : Merci beaucoup. Ça termine nos échanges. Merci beaucoup
pour votre contribution aux travaux.
Et nous suspendons quelques minutes pour
accueillir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 11 h 19)
(Reprise à 11 h 24)
Le Président (M. Jacques) : Bonjour.
Je souhaite la bienvenue à Me Martine Burelle. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre
exposé, et la période d'échange avec les membres de la commission va pouvoir
se faire par la suite. Je vous invite donc à vous présenter et à commencer
votre exposé.
Mme Martine
Burelle
Mme
Burelle (Martine) : Merci. Mon nom est Martine Burelle, je suis
avocate et je travaille en expropriation depuis le tout début de ma
carrière, il y a 15 ans, comme stagiaire à la Direction des affaires
juridiques de la ville de Montréal. J'ai aujourd'hui mon propre bureau à
Longueuil, où je représente une clientèle publique, et plus de 50 % de mon
temps est consacré à l'expropriation.
Je vous ai transmis un mémoire... Et je n'ai pas
précisé : je représente, en fait, le corps expropriant, habituellement,
principalement des villes, des municipalités et, plus récemment, des centres de
services scolaires et des CISSS. Donc, je vous ai transmis un mémoire, et il
est bien évident, là, que je n'aurai pas le temps de le traverser avec vous dans les 10 prochaines minutes,
donc je me suis demandé de quoi je vous parlerais, qu'est-ce qui me tient le
plus à coeur aujourd'hui. Je ne suis pas mandatée par personne, je viens
ici en mon nom personnel.
Donc, dans
mon mémoire, oui, il y a des choses qui concernent mes clients, le bien-être de
mes clients, j'ai pensé à eux, mais
je me suis dit qu'aujourd'hui ce serait ce qui me tient, moi, à coeur comme
avocate, et c'est l'amélioration du travail des avocats, de la qualité
de notre travail. On est limités, en expropriation, à ce niveau-là, puis je
vais vous expliquer pourquoi.
Je vais vous donner un exemple, en fait, pour
commencer. Je vais vous amener dans ma vie, à l'été 2023. Je représente
une société de transports en commun très connue qui a exproprié un terrain sur
l'île de Montréal. Je dois commencer un procès, le 20 août 2023, de trois
semaines. On a offert 3 millions de dollars à l'exproprié, qui en réclame 24. On a donc un enjeu de
21 millions de dollars devant nous, portant intérêt à 7 % l'an,
en plus d'avoir, on peut les
anticiper, d'importants frais d'experts à payer. Dans n'importe quel district
du Québec, un dossier de 21 millions de dollars, c'est un gros
dossier en Cour supérieure. C'est un dossier dans lequel on va recevoir les
pièces au jour 1. On va pouvoir faire des demandes de préengagement, on va
pouvoir interroger, on va pouvoir faire une enquête en bonne et due forme sur tout le dossier de la partie adverse qui, à son
tour, va pouvoir faire la même chose. On va faire une mise en état qui va certainement durer plus
longtemps que les six mois prévus au code, qui va sûrement avoisiner un
an ou un an et demi.
Ce n'est pas ça qu'on va faire en expropriation.
En expropriation, ce qui s'est passé dans mon dossier, c'est que j'ai reçu les
rapports d'experts de la partie adverse, cinq, le 20 juillet 2023, pas
parce que mon confrère est de mauvaise foi
ou parce qu'il m'attendait dans le détour, non, parce que c'est... il a
respecté les règles prévues au tribunal. Et, moi, qu'est-ce que j'ai fait en échange? Je lui ai transmis
10 rapports d'experts totalisant 3 000 pages. Je suis surprise
encore que, ce jour-là, le greffe numérique du TAQ n'ait pas explosé de la
quantité de documents que nous avons produits. Et là nous avons eu un
mois pour nous préparer. Et, moi, mon travail d'avocate, c'est de connaître
chaque racoin de ce rapport d'expert là, d'avoir lu chaque note de bas de page,
chaque annexe, d'être allée lire toutes les études auxquelles réfèrent les
rapports pour préparer mon contre-interrogatoire, parce que les enjeux pour mes
clients sont vraiment
importants, 21 millions de dollars, puis les enjeux pour la partie
adverse aussi, on peut croire que c'est très important pour eux. Mais on
a un mois pour se préparer, alors que, dans un dossier normal, le même dossier
en Cour supérieure, on aurait un an et demi, deux ans.
Donc on ne fait pas... on fait ce qu'on peut. Peut-être
qu'on mérite des très bonnes notes. Peut-être que, dans les circonstances, je
mérite 95 %. Mais c'est dans les circonstances que je mérite cette
note-là, parce que j'aurais sans aucun doute
pu faire mieux, puis mon confrère aurait pu faire mieux, si on avait eu plus de
temps qu'un mois pour réagir. Surtout que ce mois-là est amputé parce
que, deux semaines avant l'audition, je vais recevoir les pièces de la partie
adverse. Donc, je vais avoir deux semaines pour regarder les pièces de la
partie adverse. Si j'en reçois huit, c'est parfait, deux semaines. Mais je me
doute bien que, dans un dossier où l'enjeu est de 20 millions de
dollars, je ne vais pas recevoir huit
pièces, je vais recevoir une centaine de pièces, il va falloir que je traverse
tout ça, puis je vais faire de mon mieux, puis c'est ce que l'avocat de
la partie adverse va faire.
Ce que je vous soumets, c'est qu'on mérite
mieux, collectivement, que ça. On mérite de mettre les dossiers en état puis de
se donner du temps. Puis on pourrait croire que cette façon de faire là est
efficace, au moins, plus efficace qu'en Cour supérieure. Mais ce n'est pas le
cas. Parce que qu'est-ce que vous pensez qui est arrivé dans mon dossier? Bien,
on l'a remis parce que ça n'avait pas d'allure, parce qu'on n'avait pas le
temps. Ça fait que, là, on doit remettre ce dossier-là et fixer une nouvelle
date en combinant l'agenda de deux avocats, huit experts, même plus,
10 experts, et deux juges sont déjà assignés au dossier. Donc, finalement,
on n'a pas gagné grand-chose au niveau du temps, parce qu'on va avoir une autre
audition dans un an et demi ou deux ans.
• (11 h 30) •
Donc, ce que je vous propose aujourd'hui, c'est
de faire de très petites modifications au projet de loi afin d'aller un peu
plus loin que ce que vous avez déjà entamé comme démarche. Parce que c'est déjà
entamé, là, l'article 55 comme... je pleurais quasiment, en lisant ça, de
joie. Enfin, enfin, enfin, on reconnaît que mon travail est important et que ça
me prend du temps à le faire, donc. Parce que, techniquement, les circonstances
dans lesquelles on est, là, un mois pour se préparer, ça ressemble à une
injonction interlocutoire. C'est comme si moi, je pratiquais tout le temps en
injonction interlocutoire, que j'étais tout le temps dans cette urgence-là.
Puis... mais ce n'est pas normal dans des dossiers où les enjeux sont aussi
importants. Donc, vous avez proposé, à l'article 55, de nous donner plus
de temps.
Moi, ce que je vous proposerais, puis ce n'est
pas dans mon mémoire, mais je le propose aujourd'hui, c'est de reculer
peut-être d'un mois chacun de ces délais-là. Si on déposait le mémoire... le
mémoire... Si on déposait les rapports d'experts en demande quatre mois à
l'avance, trois mois en défense, et les pièces, deux mois à l'avance, ça nous
permettrait de rentrer la modification que je vous propose à l'article 55,
qui est de prévoir obligatoirement la prise de position par chacune des parties
quant aux pièces et rapports de la partie adverse. C'est une étape qui est
obligatoire en Cour du Québec et en Cour supérieure. Ça sauve énormément de
temps puis c'était déjà obligatoire avant la
modification du Code de procédure, en 2016. C'est, dans le fond, dans la
déclaration commune de dossier complet ou dans la... maintenant, ça s'appelle
la demande d'inscription commune, il y a une page où on doit communiquer
à la partie adverse notre position : est-ce qu'on admet ou pas l'intégrité
de ces pièces, est-ce qu'on admet ou pas le contenu de ces pièces, est-ce qu'on
a des objections à faire valoir contre ces pièces-là et de quelle nature.
Ça a un gros impact sur la durée d'un procès,
ça. Dernièrement, j'étais dans un dossier où ma consoeur avait refusé, en Cour
supérieure, de se prêter au jeu. On avait un dossier de cinq jours. La juge l'a
obligée à le faire, le dossier est tombé à trois jours. On sauve des journées
complètes de procès quand on annonce à la partie adverse si on conteste ou pas
l'intégrité de ses pièces. Parce que, si l'intégrité de mes pièces est
contestée, j'ai besoin d'un témoin par
pièce, j'ai besoin qu'une personne vienne témoigner et déposer un document.
J'ai une ligne de témoins qui perdent leur temps dans un corridor de
palais de justice pour déposer des documents.
L'autre chose que je vous propose, c'est de
modifier l'article 11 de la Loi sur la justice administrative pour faire en
sorte que les règles de preuve qui s'appliquent devant la Cour supérieure et la
Cour du Québec s'appliquent aussi devant le
TAQ dans les dossiers de plus de 500 000 $. Donc, ça, ça veut
dire : l'exclusion du ouï-dire, ça s'applique maintenant dans les dossiers d'expropriation de
plus de 500 000 $. La règle de la meilleure preuve, ça s'appliquerait
aussi.
Pourquoi? Bien, ça aussi, ça va nous permettre
de réduire la durée des auditions, il y aura moins de surprises, parce que,
quand il n'y a pas de ouï-dire, il n'y a pas quelqu'un qui témoigne :
Bien, le maire m'avait dit que. Ça fait que, là, je ne suis pas obligée de
demander une remise de l'audition parce que M. le maire, il est en vacances, en
ce moment, puis il ne peut pas venir demain témoigner pour compléter ma preuve.
Au TAQ, on a souvent ça, on a souvent des dossiers qu'on avait prévus pour un
certain nombre de jours, puis, oups!, il faut rajouter une journée dans deux mois, puis, oups!, finalement, bien, les
plaidoiries, ça va être par écrit parce qu'on n'a plus le temps. Donc,
moi, dans le fond, mon objectif dans les modifications que je vous propose,
c'est de nous rendre tous plus efficaces.
Finalement, je vous propose de modifier l'article
159 aussi, de la Loi sur la justice administrative, pour abolir l'étape de la demande pour permission d'en appeler dans
les dossiers d'expropriation. Pas la permission... pas l'appel, en tant
que tel, en Cour du Québec, ça, il n'y a pas de problème avec ça. La raison
pour laquelle je vous propose ça, c'est parce que ça prend une journée, une
demande pour permission d'en appeler en Cour du Québec, et l'appel prend une
journée. Donc, le filtre prend autant de temps que le fond. À quoi ça sert? On
dédouble. J'étais en Cour du Québec, la semaine dernière, et, à la fin de la
journée sur la permission d'en appeler, le juge a dit : Bien, écoutez, si je l'accueille, ça vous aura fait une bonne
répétition. Parce qu'ultimement c'est ça qui se passe. Ça fait que je me
dis : Pourquoi est-ce qu'on fait cette journée-là? Ça coûte de
l'argent à nos clients. On va venir vous parler cette semaine, plus tard,
sûrement, des frais d'avocats. Il y a aussi des façons de réduire les frais
pour les parties, puis pour moi, c'en est une.
Je vois qu'il me reste 15
secondes, donc je vais les prendre pour vous parler de la disposition
transitoire que je vous propose d'ajouter, qui a pour but de clarifier le fait
que, si on publie un avis d'expropriation en vertu de la nouvelle loi, même s'il y avait un avis de réserve
qui avait été publié en vertu de l'ancienne, bien, l'avis d'expropriation
sera régi par les nouvelles règles. Je pense que cet ajout-là clarifierait
beaucoup de choses. 10 min 10 s.
Le
Président (M. Jacques) : Merci beaucoup pour votre exposé. Je cède
maintenant la parole à Mme la ministre pour une période de
16 min 20 s.
Mme Guilbault : Oui. Merci beaucoup, M. le Président. Merci beaucoup, Me
Burelle. Très intéressant. Je pense que tout le monde a été assez captif...
captivé par votre exposé, qui est extrêmement expérientiel. Il l'était pour tous les groupes qui vous ont précédée, mais certainement
pas de manière aussi directe que vous. Donc, merci beaucoup de vous être
déplacée ici aujourd'hui.
Une avocate spécialisée en expropriation, je
pense, on ne pouvait pas faire l'économie de vous avoir ici puis d'avoir cette
discussion-là avec vous, parce que c'est vous qui le vivez, et on a bien senti
l'exaspération, je pense, à travers votre pratique au quotidien, dans les
procédures actuelles, les délais irréalistes, et tout ça.
Puis je pense
que j'ai envie de commencer par ça, ce que vous nous suggérez pour l'article
55. Il y a différents délais, là, qui sont prévus. Vous dites : Si
on reculait d'un mois chacun, là, tu sais... On a le trois mois avant la date
de l'audience, le deux mois avant la date de l'audience, dépendant, là, je ne
les lirai pas au complet, mais donc, selon vous, est-ce que ce serait
suffisant? Parce que c'est la première fois qu'on aborde l'article 55
depuis le début des consultations, puis, encore une fois, vous, vous le faites
dans la vraie vie, au jour le jour... Est-ce que, premièrement, pour vous,
c'est vraiment suffisant? Tant qu'à ouvrir la réflexion, est-ce qu'il y aurait
d'autres aménagements sur des durées, sur des paramètres vraiment précis,
temporels, qui pourraient être faits, que ce soit à l'article 55 ou ailleurs?
Puis est-ce que, dans l'ensemble du projet
de loi, il y a d'autres endroits ou d'autres articles où cette notion-là, de
durée, ou de délai imparti, ou de
droit de réponse, de droit d'expédition de documents, ou de temps pour prendre
connaissance, tout ce volet-là, là, qui est très concret puis qui a une
incidence directe sur votre pratique puis votre capacité à faire votre
travail... est-ce qu'il y en a d'autres dans le projet de loi, selon vous?
Mme Burelle (Martine) : Oui. Bien,
dans le fond, premièrement, il y a eu une belle amélioration. Il y a un article
qui prévoit qu'on ne peut pas fixer tant et aussi longtemps qu'on n'a pas tous
les documents qu'on a demandés de la partie adverse. Donc, ça, c'est très bien
parce qu'il arrive... puis j'ai beaucoup d'exemples où on finit par recevoir
certains des documents qu'on a demandés à la partie adverse quelques jours
avant ou même pendant l'audience à titre d'engagement. Donc, ça, je pense que
c'est très bien.
La seule chose que j'ai remarquée, c'est que,
disons qu'on ne peut pas fixer parce que je ne reçois pas de l'exproprié
certains des documents fondamentaux au dossier. Je vais prendre l'exemple des
états financiers, qui... si je ne les ai
pas, souvent, on ne peut pas débuter, on ne peut pas vous donner un mandat.
Donc, il peut arriver que ça traîne puis que, pendant des mois, on les
attende.
Ultimement, l'exproprié va avoir droit aux
intérêts sur la différence entre l'indemnité définitive puis l'indemnité
provisionnelle. Donc, il n'y a pas un endroit, et je pense que c'est 121 ou
122, les intérêts, où on a prévu que le TAQ avait peut-être une discrétion pour
ne pas accorder les intérêts pendant une période d'attente qui est complètement
imputable à l'exproprié, par exemple. Ça fait que ça, c'est un des éléments que
j'ai vus.
L'autre chose au niveau de l'indemnité
supplémentaire... Donc, il y a un mécanisme avec trois types d'indemnités. L'indemnité provisionnelle,
l'exproprié peut faire valoir qu'il a droit à plus avec une indemnité
supplémentaire en fournissant des documents, ce à quoi l'expropriant
peut répondre oui ou non, et, si l'exproprié est insatisfait du non, il va
aller en indemnité complémentaire, mais ça, on n'a pas prévu de délai. Moi, je
ferais juste ajouter un petit délai là parce que l'expropriant n'a pas de délai
pour dire c'est quoi sa position à l'exproprié à ce sujet-là, qui va rester un
peu dans le néant. Ça fait que ça, j'aurais peut-être juste prévu un petit
délai à cet endroit-là, précisément.
Sinon, bien, c'est sûr que j'ai aussi pensé au
fait qu'on a un protocole d'instance en Cour supérieure. Là, maintenant, avec le nouveau... Avec les
articles 170 et 171, vous reconnaissez que la Cour supérieure a une
compétence pour indemniser en expropriation ceux qui sont expropriés de
facto. Donc, il y a comme une compétence concurrente entre le TAQ et la Cour
supérieure, mais les règles de preuve puis les règles de procédure ne seront
pas les mêmes devant les deux instances. Il me semble qu'il faudrait les faire
concorder.
Donc, moi, puis peut-être que certains de mes
collègues ne seront pas contents de dire que... je propose qu'on mette en place
quelque chose qui ressemble au protocole de l'instance dès le début de
l'instance, qu'on se mette des règles, dans
le fond, avec des délais précis, qui soient... Puis je sais que j'ai entendu un
peu, là, dans les commentaires : Ah! est-ce qu'il y a trop de
procédures, est-ce que ça va embourber le système de justice? C'est sûr que,
s'il faut toujours aller devant un juge pour
établir ces échéanciers-là, ça pourrait le faire, mais, si on prévoyait un
outil comme le protocole de l'instance, qu'on remplit nous-mêmes,
ensemble, puis, si on s'entend, bien, on n'a pas besoin de passer devant les...
devant un juge, il peut être tout simplement entériné dans un... par un juge en
chambre, comme ça se fait en Cour supérieure, bien, ça, ça permettrait aussi
de... ça répondrait à certaines des questions : Est-ce qu'on a rajouté
trop de procédures? Moi, je ne le crois pas, mais, en même temps, ça nous
permettait d'avoir un cadre.
• (11 h 40) •
Et puis ça, je reviens au protocole d'instance,
j'en ai parlé plusieurs fois dans mon mémoire, parce qu'il y a aussi, par
exemple, toute la question des frais anticipés. On a prévu des articles pour
que l'exproprié nous dise qu'est-ce qu'il anticipe comme
frais d'expert. Dans le protocole d'instance, bien, moi, je trouve que c'est
vraiment une bonne idée. Puis, dans le
protocole d'instance, en Cour supérieure, bien, c'est là, cette case-là :
c'est quoi, vos frais d'expert anticipés? Puis ça, ça permet à la partie
adverse de se dire : C'est quoi, mon risque?, tu sais. C'est un dossier
de 100 000 $, puis la partie adverse, elle anticipe faire
100 000 $ de frais d'expert, peut-être qu'on devrait se parler,
peut-être qu'on a matière à régler, ici.
Donc, un outil comme celui-là pourrait
certainement nous aider, éviter de toujours déranger les juges en conférence de gestion ou en conférence
préparatoire, pour plus de la moitié des dossiers où on s'entend
habituellement.
Mme Guilbault :
Oui. Bien, c'est très intéressant, ce que vous dites sur les procédures, puis
vous avez abordé l'expropriation déguisée ou, en tout cas, vous avez nommé les
articles 170 et 171. Puis c'est aussi un élément sur lequel je voulais
vous entendre, parce que j'imagine que vous... bien, en tout cas, parmi vos
clients, j'imagine que ça fait partie de certains dossiers que vous avez eu à
traiter, les problèmes. Puis je ne sais pas si vous avez plus souvent des
clients qui sont expropriants ou expropriés, si vous faites les deux ou si vous
vous spécialisez dans un des deux. Est-ce que vous avez...
Mme
Burelle (Martine) : ...expropriants, et je représente des villes, là,
qui se font poursuivre en expropriation déguisée. Notamment j'étais dans le dossier de Longueuil pour le Boisé
Du Tremblay, qui s'est réglé au printemps dernier.
C'est sûr que, là, moi, je suis ici en mon nom
personnel, je ne parle pas au nom de mes clients, mais les commentaires que
j'avais par rapport à 170 et 171, bien, le premier, c'était qu'on ne semble pas
donner de discrétion à la Cour supérieure.
De la façon dont c'est écrit, c'est que, s'il y a un acte ou une disposition
réglementaire qui empêche tout usage d'un immeuble, c'est comme si,
implicitement, on reconnaissait par cet article-là que ça constituait une expropriation déguisée. Or, il y a des
dispositions réglementaires qui vont avoir pour effet d'annihiler... d'empêcher
tout usage d'un immeuble, mais qui sont là pour d'autres raisons.
Puis là, moi, l'exemple qui me vient toujours en
tête, c'est le dossier de Mont-Saint-Hilaire. Au début des années 2000,
ils ont été poursuivis en expropriation déguisée parce qu'ils avaient imposé
dans le piémont un zonage éboulements. Il faut protéger des fois les gens
d'eux-mêmes. Donc, le zonage éboulements empêchait de construire à un endroit
où les éboulements étaient possibles, et la cour a reconnu que ce n'était pas
de l'expropriation déguisée.
Donc, la question c'est : Est-ce qu'avec
les dispositions 170 et 171, telles qu'on les a maintenant, la Cour
supérieure va avoir cette discrétion-là de dire : Bon, bien, ça,
effectivement, ça empêche cet usage-là, ça empêche tout usage de l'immeuble,
mais il y a une raison rationnelle derrière ça, puis c'est correct de le faire?
Et là ça, ça m'amène à ouvrir la discussion par
rapport aux milieux humides et à tout ce que l'on souhaite protéger. Est-ce
qu'une disposition qui empêche tout usage sur un terrain où on retrouve des
espèces protégées, du ginseng à quatre folioles puis des grenouilles... est-ce
que ça... c'est un zonage qui correspond tout simplement à l'état physique des lieux? Peut-être que, dans ce
cas-là, ce n'est pas une expropriation, mais plus... c'est tout simplement
l'état... c'est un zonage qui correspond à
l'état physique. Donc, c'est l'élément que je voulais apporter, tout
simplement, que je ne voudrais pas non plus qu'on empêche la Cour
supérieure de dire qu'il y a certains types de zonage qui ne constituent pas de
l'expropriation déguisée, qui sont tout simplement le reflet de la situation
physique.
Mme Guilbault : Vous voulez dire dans l'optique, un peu, comme je dis
souvent, de la mouvance sociétale où, peut-être, des zonages appliqués à une
époque ne reflètent pas les... ne reflétaient pas les préoccupations qu'on a
aujourd'hui puis d'ajuster des zonages avec les préoccupations qu'on peut avoir
aujourd'hui devrait... puis que ce soit juste un zonage qui reflète l'état
physique des lieux puis la réalité de la chose, puis qu'aujourd'hui un terrain avec des folioles et des grenouilles, on est moins
enclins à développer dessus qu'il y a peut-être 20 ou 30 ans puis on devrait
s'épargner les procédures juridiques et tout ce qui va avec?
Mme Burelle (Martine) : C'est sûr
que je suis persuadée que la personne qui achète ce terrain-là à plusieurs millions de dollars l'a fait inspecter. Elle est
pleinement consciente de ce qu'il y a dessus. Moi, si j'achète une maison, puis que je ne la fais pas inspecter, puis
qu'après ça je poursuis mon auteur, je vais me le faire reprocher, je vais me
faire dire que je n'ai pas pris les
moyens. Je présume que les promoteurs font ce travail-là puis qu'ils savent
très bien ce qu'ils sont en train
d'acheter. D'ailleurs, souvent, ils l'achètent à rabais. Donc, ils l'achètent à
des prix ridicules, mais ils poursuivent les villes pour des centaines
de millions de dollars. On a une blague à Longueuil, parce que les dossiers
rentrent à 99 999 999 $,
c'est qu'au plumitif il manque un chiffre, parce qu'ils l'auraient mis à
100 millions, leur réclamation. Donc, c'est ça, là, à quoi on fait
face.
Maintenant, moi, je suis ici en mon nom
personnel, je ne représente pas de ville. Ce que je voulais vous faire valoir
par rapport à ces articles-là, c'est que je me demande si on passe le test de
Mont-Saint-Hilaire puis du zonage à éboulements. Il faut que la cour ait cette
discrétion-là.
Mme Guilbault : Puis qu'est-ce que vous pensez de l'idée qui a été amenée
par la CMM, la CMQ, et autres, qui, eux...
je paraphrase, là, mais disent qu'en fait on devrait même empêcher la capacité
de pouvoir réclamer des indemnités si les municipalités le font pour des
bonnes raisons, entre autres pour répondre à des objectifs gouvernementaux, par
exemple les 30 % de milieux protégés? Est-ce que vous allez jusque là ou
est-ce que vous nuancez?
Mme Burelle (Martine) : Bien, ce que
j'ai écrit dans mon mémoire à ce sujet-là, c'est que vous avez prévu la
possibilité pour la municipalité, au terme de l'audition, de se retirer de son
zonage restrictif, mais ce n'est pas vraiment une réelle possibilité, parce que, si ce
zonage-là a été imposé pour... parce qu'il y a une règle de concordance
à respecter, parce que le schéma le
prévoyait, parce que le PMAD le prévoyait, parce qu'une directive gouvernementale
avait demandé à la CMM d'agir comme ça, bien, ce n'est pas vrai que la ville va
pouvoir se retirer, elle est obligée d'avoir ce zonage-là. Il n'y a rien
d'autre à faire.
Et, si certaines
villes ont le contrôle de leurs schémas, Laval, Montréal, Longueuil, d'autres
ne l'ont pas du tout. Donc, tu sais, c'est
quoi, le poids de ville de Léry dans la CMM? C'est sûr que ce n'est pas elle
qui va comme avoir le plus de poids dans le PMAD. Elle fait juste
appliquer ce qu'on lui ordonne de faire, donc, à ce moment-là... Et ce n'est
pas pour rien, tout le monde finit par... tout le monde appelle en garantie la personne
au-dessus.
Donc, c'est... je
comprends la CMM et tous les autres intervenants avant de vous avoir dit :
Bien, écoutez, on le fait parce qu'on est obligés de le faire puis, après ça,
on se fait poursuivre, donc... Puis, si on ne le faisait pas, bien, la CMQ
annulerait, parce qu'il y a une procédure à la CMQ quand il n'y a pas de
concordance, ça fait que notre règlement ne serait pas... C'est un peu
l'expression anglaise «damned if you do, damned if you don't», là.
Mme
Guilbault : Peut-être dernière question, puis en espérant qu'il
reste de temps pour mon collègue de René-Lévesque, on aura plus tard, cette
semaine, le Barreau, entre autres, puis d'autres groupes, évidemment, mais il y
en a certains qui ont fait valoir que ce projet de loi là pourrait, puis je
pense que vous l'avez évoqué, embourber la justice, qu'il y a peut-être des
notions floues, la nécessité d'être représenté par avocat, un certain nombre
d'éléments pourraient faire en sorte qu'il y aurait... que ça aurait un effet
inverse sur, nous, ce qu'on estime être un espoir de désengorger, de diminuer
le nombre d'expropriations, etc. Qu'est-ce que vous pensez de ça?
Mme Burelle
(Martine) : Bien, premièrement, j'ai beaucoup entendu parler de
prévisibilité, puis ça, je suis persuadée que la prévisibilité, c'est quelque
chose qui réduit le nombre de procès. Quand on sait ce qu'on s'en va chercher,
on connaît bien nos risques, bien, il y a plus de règlements. Avec
ce que vous nous proposez, tant les villes que les expropriés connaissent mieux
leurs risques avant d'y aller, tant au niveau des frais, de toute cette
notion-là. Sur les frais d'avocat, parce que j'ai eu le bénéfice de pouvoir
regarder la mémoire, c'est un débat qui fait rage depuis des années :
est-ce que les frais d'avocat devraient être accordés ou pas? Dans presque
toutes les autres juridictions canadiennes, aux États-Unis, les frais d'avocat
sont souvent accordés, mais ils ne sont pas accordés n'importe comment, ils
sont encadrés.
Il y a des provinces
qui ont carrément une grille tarifaire. Donc, ce n'est pas à 800 $ de
l'heure que les frais d'avocat sont
accordés, c'est selon l'année de Barreau, à tel, tel, tel prix. Il y a des
provinces qui prévoient, par exemple, que,
si l'exproprié, à l'issue d'un procès, son indemnité est bonifiée seulement de
20 % ou moins, bien, il n'a pas ses frais d'avocat, c'est comme s'il avait
un ticket modérateur. Il y a des provinces qui vont encore plus loin, et
l'exproprié peut être condamné aux frais d'avocat. Donc, oui, tu peux
recevoir tes frais d'avocat, mais, si, ultimement, ce procès fut inutile, c'est
toi qui vas être condamné aux frais de l'expropriante.
Donc, tout ce que je
veux dire, c'est que, si on s'en va vers un système où est-ce que les frais
d'avocat sont accordés, ça va prendre un guide puis ça va prendre aussi un
ticket modérateur, quelque chose qui va faire en sorte que les gens ne vont pas devenir jusqu'au-boutistes parce que ça ne leur
coûte rien. Donc, on n'a pas de frais d'expert, déjà, puis là, s'il n'y
a pas de frais d'avocat non plus, qu'est-ce qui va motiver les gens à régler?
Ils vont déjà avoir reçu une indemnité prévisionnelle assez bonne, là. Donc, il
faut trouver une façon d'équilibrer le tout.
Mme
Guilbault : Je vais laisser mon temps au député de
René-Lévesque.
• (11 h 50) •
Le Président (M.
Jacques) : Merci. M. le député de René-Lévesque, pour
1 min 30 s.
M. Montigny :
Une minute. Je veux revenir sur un élément en lien avec d'autres avocats
qui parleraient d'augmentation de délais, Mme la ministre l'a abordé. Je veux
avoir une précision de vous, peut-être, là-dessus, parce que, dans le mémoire d'une autre organisation qui représente des
avocats, ils parlent de projets qui permettraient aux parties
d'organiser la tenue d'interrogatoires au préalable en octroi au TAQ pour le
pouvoir de décider de façon incidente de plusieurs éléments essentiels en
matière d'expropriation. Ces modifications risquent de provoquer des délais
dans la gestion d'instance d'un dossier en expropriation. Alors, c'est l'enjeu
de voir est-ce qu'il y a quelqu'un, au niveau des avocats qui viennent
témoigner, qui corrobore ça? Parce qu'à date on ne voit pas, nous autres, qu'on
va augmenter les délais. Au contraire, on prévoit les diminuer, puis vous avez
abordé ça tantôt, Mme la ministre l'a abordé. Ça fait que, si on fait fausse
route, il faut nous le dire, là.
Mme Burelle
(Martine) : Bien, au niveau de l'interrogatoire hors cour, je
comprends qu'ils peuvent croire qu'il y a... ça va provoquer des délais parce
qu'il faut s'entendre sur une date, trouver un sténo, etc. ça fait qu'il y a un
petit délai comme celui-là, fournir des engagements, recevoir les notes
sténographiques. En même temps, les surprises lors du procès provoquent des
remises. Donc, moi, si je reçois une requête pour expropriation totale du
résidu, c'est une requête qui est très factuelle. L'exproprié explique c'est
quoi, mon projet que j'avais...
Le Président (M. Jacques) : ...ceci
termine l'intervention de la partie gouvernementale. Je cède maintenant la
parole au premier groupe d'opposition et M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Merci, M. le Président.
Merci, Me Burelle, d'abord de vous être déplacée. Mme la ministre le
soulignait, votre expertise est importante pour nous. Merci également d'avoir
produit un mémoire.
Pour
le bien commun, de tout le monde, moi, j'aimerais ça que vous puissiez
continuer à répondre à mon collègue parce
qu'effectivement c'est un élément qu'on a entendu, puis vous comprendrez
qu'étant aussi le porte-parole de l'opposition officielle en matière de
justice, bien, toute la question des délais, moi, ça m'anime. Alors, si vous
pouviez continuer, j'apprécierais grandement, sur cette question-là.
Mme Burelle
(Martine) : Donc, je vous donnais l'exemple de la requête pour
expropriation totale du résidu. Donc, j'ai fait, pour une ville, une
expropriation partielle pour passer une piste cyclable. L'exproprié prétend
qu'il ne peut plus réaliser son projet sur le résidu, donc il m'envoie une
requête d'à peu près huit pages, avec 70 paragraphes, dans lesquels il
explique : Bien, j'avais tel projet, qui devait amener tant de portes, que
j'aurais réalisé dans tel délai, avec tel professionnel. Et là moi, je n'ai
rien ou presque au soutien de tout ça, j'ai quelques documents à peine. Donc, il est évident que je vais vouloir tester la
crédibilité de ça avant d'acquiescer à jugement, et de prendre de l'argent
public, et de le payer. Donc, j'ai quand même un devoir de vérification. Et là,
oui, je peux transmettre une demande de documents, mais il reste que c'est à
travers le témoignage de la personne que je peux réellement aller chercher...
Avec le témoignage je peux... Il y a des documents auxquels je n'aurais pas
pensé, je peux demander des précisions, mais tout ça, vu qu'on n'a pas
l'interrogatoire hors cour, ça va se faire lors de l'audition.
Et là, lors de
l'audition, bien, ça ne veut pas dire que je vais avoir l'autorisation pour
dire : OK, bien, on arrête tout, finalement, ça a bien du bon sens, puis
on va aller voir le conseil. Tu sais, aussi, pour prendre des décisions, moi,
j'ai besoin de délais, là, ça, c'est une autre chose, mais mes clientes ne parlent
que par résolution, donc, s'il y a des choses qui apparaissent lors de
l'audition, c'est difficile de me revirer de bord puis d'aller chercher une
résolution du conseil pour payer 900 000 $ à quelqu'un. Ça, c'est la
première chose.
Puis,
deuxièmement, bien, pendant l'audition, je vais poser des questions à ce
sujet-là, dont j'ignore les réponses, déjà, ça, ce n'est pas conseillé en
droit, mais bon, et là on va prendre des engagements. Tout au long de
l'audition, on va prendre des engagements, puis là, bien là le dossier va être
plus ou moins pas en délibéré, sous réserve de recevoir tout ça. Puis
là, quand je vais les recevoir, je vais peut-être dire : Ah bien, j'ai
besoin d'une journée de plus.
Ça fait que, oui, il
va y avoir des délais de plus au début, mais ça va nous éviter des délais
après. Chaque surprise lors de l'audition, c'est possiblement une remise, c'est
possiblement une remise. Puis c'est très difficile de remettre les dossiers
d'expropriation parce qu'il y a beaucoup, beaucoup d'experts. Il y a beaucoup
de gens dans la salle qui doivent avoir un
agenda qui se combine. Et c'était d'ailleurs une des difficultés qu'on avait
avec les indemnités provisionnelles, sous l'ancienne loi, qui devaient
être fixées de façon urgente, mais c'était comme une utopie, cette urgence-là,
parce qu'il fallait combiner l'agenda de huit, des fois, personnes pour la
fixer. Donc, ce problème-là est à nouveau réglé par le nouveau projet de loi.
M. Morin : Merci. Merci beaucoup. Prochaine question, et vous
y avez fait référence, à l'article 55, peut-être un peu plus
technique au niveau de la rédaction législative, mais, quand on regarde le
dernier paragraphe et qu'on parle du principe de proportionnalité, c'est déjà
un principe qui existe dans le Code de procédure civile, qui, évidemment...
bien, parce que c'est un code qui chapeaute toutes les lois québécoises. Donc,
d'après vous, est-ce que c'est vraiment important de l'ajouter là ou, si le
fait qu'on l'ait déjà dans le code de procédure, c'est déjà évident pour le
législateur que les parties vont devoir se gouverner avec ce grand principe là?
Mme Burelle
(Martine) : Je pense que ce principe est rappelé parce que les frais
d'experts sont à la charge de l'expropriant. Donc, le but ici, c'était de
rappeler à l'exproprié qu'il doit respecter la règle de la proportionnalité.
Quant aux frais
d'experts, je voulais juste mentionner quelque chose. Je comprends tout à fait
que c'est une situation un peu... j'essaie de me mettre à la place d'un juge du
TAQ, ce qu'on est supposé de faire quand on est avocat, c'est une situation un
peu crève-coeur parce que c'est seulement à la fin de l'audition qu'on reçoit
les factures de l'expert. C'est souvent la... l'expert, c'est le dernier
témoin, puis c'est la dernière question que son avocat va lui poser... faire
produire les factures. On les reçoit souvent pendant l'audition. Il faut prendre
position là-dessus. Le corps expropriant
n'en revient pas; 75 000 $, je n'avais pas anticipé ça. C'est la
dernière chose. Ça va être ma dernière question de
contre-interrogatoire. Ça va être le dernier aspect de ma plaidoirie. Mais là
le TAQ est pris, et je me mets à leur place, ça n'a pas d'allure, mais, en même
temps, c'est-tu à l'exproprié de payer ça? Tu sais, c'est un peu crève-coeur. Ça fait que... parce que, là, j'arrive à
contretemps, puis je dis, à contretemps : Je suis en désaccord avec les frais
d'expert que tu as déjà faits.
Donc, dans le nouveau
système, en devant annoncer ces frais d'expert... Puis, moi, ce que je
proposais comme modification, ce n'est pas
juste la nature de l'expertise qui va devoir être annoncée, mais aussi le
budget anticipé, parce qu'étant
donné... Ils n'ont pas besoin de faire de budget, là, techniquement, tout est à
la charge de l'expropriant. Donc, en annonçant aussi le budget, bien là
on va pouvoir aller devant le TAQ débattre de ça, puis ce ne sera pas
crève-coeur, puis on ne va pas laisser à l'exproprié la moitié de la facture.
M. Morin : Merci.
Merci beaucoup. J'aimerais revenir aux articles 170, 171. Mme la ministre
y a fait référence, et, jusqu'à maintenant, tous les groupes, et c'étaient
beaucoup, en fait, des corporations des villes, là, mais tout le monde en a parlé, bon. Il y en a qui
veulent que ce soit modulé. Il y en a qui veulent une immunité de poursuite.
Vous, vous nous avez
parlé, au fond, de mettre peut-être des critères ou de permettre à la Cour
supérieure de rejeter une demande qui pourrait être futile. C'est quoi, votre
opinion là-dessus? Parce qu'évidemment, bon, une immunité, ça veut dire que, là, il n'y a pas de poursuite possible. On
parle souvent, ici, d'expropriation déguisée. Alors, ce serait quoi,
votre opinion là-dessus? Ce serait quoi, le meilleur mécanisme pour nous
assurer que l'exproprié a quand même des droits, mais que l'expropriant n'en
abuse pas?
Mme Burelle
(Martine) : Peut-être que la solution, puis je pense qu'il y a des
groupes qui l'ont proposée, c'est de définir ce qu'est l'expropriation
déguisée. En fait, on en revient là. Donc, si j'ai du terrain vacant très ordinaire qui a déjà fait l'objet de remblais dans
les années 80, et donc sur lequel il n'y a aucune espèce en particulier,
puis que je décide, comme ville, de le zoner parc, il est bien entendu que
ça... moi, dans ma vision, ça ne correspond pas
à l'état physique des lieux. Il y a... Dans le fond, je le fais parce que je
veux, plus tard, y mettre un parc puis empêcher le développement. Il y a
sûrement matière à expropriation déguisée. Ça fait que je ne pense pas qu'on a
besoin d'une immunité complète. Il reste qu'il y a des dossiers d'expropriation
déguisée. C'est sûr qu'il y en a. Zoner école, par exemple, un terrain qui
appartient à un promoteur puis qui était prêt pour le développement, c'est la
même chose, mais on a tous une réflexion sur, oui, mais ça, ce n'est peut-être
pas de l'expropriation déguisée, ça non plus.
La Cour d'appel a rendu un jugement, au cours
des deux dernières années, où elle a dit : Le législateur pourrait
intervenir pour faire en sorte que la protection des milieux naturels, ce ne
soit pas de l'expropriation déguisée. Ça fait que, dans le fond, ce qu'il faut
faire, c'est s'asseoir ensemble puis définir c'est quoi, l'expropriation
déguisée. Puis c'est peut-être ça qui manque à la loi en ce moment, parce que
c'est un peu implicite, de la façon que c'est expliqué à l'article 170.
M. Morin : Parfait. Merci. Merci
beaucoup, c'est très utile. Vous avez parlé d'un protocole d'instance et puis
d'une harmonisation des règles, en fait, de procédure entre la Cour supérieure
et le TAQ. Je comprends que, présentement au TAQ, il n'y a pas, comme tel, de
protocole d'instance.
• (12 heures) •
Mme Burelle (Martine) : ...protocole
d'instance. Il y a un système qui fonctionne quand même bien, mais qui requiert
habituellement un juge. Dans le fond, on est appelé en appel du rôle... et
souvent rien qui se fait pendant longtemps, et on a un premier appel du rôle,
soit à la demande d'une des parties... Donc, moi, je vais souvent écrire au
juge Gagnon pour lui demander : Pouvez-vous nous mettre dans les appels de
rôle pour qu'on commence la mise en état de ce dossier-là? Puis la raison,
c'est parce que, souvent, si on n'a pas cet appel du rôle là au téléphone,
bien, il n'y a rien qui se fait. Ça fait que, des fois, on va avoir un, dans un
dossier d'expropriation, où il ne s'est rien fait du tout parce que notre
dossier n'était pas mis en appel du rôle. Puis ce n'est pas nécessairement la
faute du TAQ, là, parce qu'ils ont vraiment beaucoup de dossiers. C'est peut-être
aussi la faute des parties parce qu'elles n'ont pas mis... elles n'ont pas
demandé à être mis en appel du rôle. Mais c'est comme si on avait besoin de
l'aide d'un juge pour lancer le dossier et le mettre sur les rails, alors que,
devant toutes les autres instances, on n'a pas besoin de ça, les parties se
gouvernent, ils se parlent, ils ont l'obligation de remplir le protocole dans
les 45 premiers jours. Donc, si on faisait ça, bien, ce serait sûrement...
Ce qu'on dit, c'est que c'est très efficace. Tu sais, on prévoit des courts
délais dans l'actuelle loi, mais ce qui n'est pas mentionné, c'est que,
souvent, les dossiers dorment pendant un an ou deux parce que les parties n'ont
pas d'obligation de les mettre en état dès le début.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie, c'est très utile. Il y a des... Il y a plusieurs groupes aussi qui
nous ont dit qu'ils voulaient que la loi entre en vigueur immédiatement. Donc,
il y a un délai qui est prévu, là, de six mois. Certains nous ont dit, bien,
pour le développement ou... le développement des projets des villes, bien, six
mois, c'est comme un cycle d'une année, donc
ça retarde des projets. Maintenant, si ça rentre en vigueur immédiatement,
êtes-vous d'accord avec moi qu'il va falloir quand même des règles
transitoires pour gérer les litiges qui sont en cours? Parce que, là, le projet
de loi fixe des montants quand même bien définis pour certaines indemnités, ce
qui n'est pas le cas présentement.
Mme Burelle (Martine) : Bien,
si ça rentre en vigueur maintenant, j'avais l'impression que ce que les gens
demandaient, c'est que ça s'applique aux nouveaux dossiers d'expropriation.
Moi, je peux vous confirmer, là, qu'il n'y a rien qui se passe en ce moment au
Québec, là. J'étais au... dans mon compte du registre foncier dernièrement,
dans ma boîte de messagerie, puis je n'avais aucun message. J'ai constaté que
je n'avais pas publié un avis d'expropriation depuis plusieurs mois. C'est la
première fois que ça m'arrive en 10 ans, là. Donc, en ce moment, là, je n'exproprie
plus, personne n'exproprie, tout le monde attend. Ça fait qu'il va... C'est sûr
qu'il va y avoir un embouteillage après-demain, là. Ça fait que ça, c'est à
prévoir, il va y avoir un enjeu.
Au niveau de
l'application, bien, c'est sûr que moi-même, je ne vois pas pourquoi on attend
six mois. Je ne parle pas au nom de personne puis j'essaie d'éviter les
questions de principe aujourd'hui, mais il reste que je ne sais pas pourquoi on
attendrait ce six mois-là. Si on prévoit, de façon claire, que certains
dossiers restent sous l'ancienne gouverne, et il y en a, des... des nouveaux
dossiers sont sous la nouvelle, qu'est-ce qui justifie six mois plutôt que
trois, je ne le sais pas.
M. Morin : Maintenant, vous
m'avez... vous m'avez un peu étonné quand vous avez dit : Bien là, il n'y
a rien qui se passe. Il n'y a rien qui se passe, d'après vous, parce que les
gens savent qu'il y a un projet de loi qui a été déposé. Ils attendent, ou il
n'y a rien qui se passe parce que le tribunal est embourbé, ou comment...
Mme Burelle (Martine) : Ah!
non, non, tout le monde attend. Tout le monde attend parce que... C'est normal,
j'attendrais aussi à leur place, je veux dire, surtout pour le terrain vacant.
Quand on exproprie du terrain construit, un plex, ce n'est pas là que la valeur
au propriétaire, par rapport à la valeur marchande, a le plus d'impact. C'est
vraiment quand on exproprie du vacant. Quand on exproprie du vacant ou un
immeuble à démolir, un bâtiment à démolir pour un nouveau projet, il y a un
risque très important avec la valeur au propriétaire. Donc, c'est sûr que mes clients préfèrent attendre la prochaine si... si c'est
possible, parce qu'il y en a que ce n'est pas possible, mais ceux que c'est
possible, ils vont attendre.
Le Président (M. Jacques) :
Merci beaucoup, M. le député. Ça termine cette période d'échange. Je cède
maintenant la parole au député de la deuxième opposition, M. le député de
Taschereau, pour 4 min 8 s.
M. Grandmont :
Merci beaucoup, M. le Président. Merci pour votre témoignage sur votre
pratique, notamment. Vous l'avez bien fait,
puis c'était très éclairant, un milieu que je connais un peu moins, mais,
franchement, c'était... c'était très, très fascinant. J'aimerais vous
entendre, là, sur la question, là, des... sur le fait d'accorder les frais
d'avocat. Vous avez dit : Il faudrait que ce soit encadré, il faut qu'il y
ait une espèce de ticket modérateur puis qu'il y ait des balises qui soient
mises en place. Comment on peut s'assurer, finalement, que des petits propriétaires
qui seraient expropriés, par exemple,
puissent trouver, comment je dirais, la confiance de faire cette démarche-là?
Ils sont... Il y a des mécanismes, actuellement, qui existent, qui leur
permettraient de bien évaluer les chances, finalement, de faire cette
démarche-là, puis sans avoir à éventuellement payer les frais qui seraient
encourus?
Mme Burelle
(Martine) : Bien, je pense que c'est au fédéral où est-ce que les
frais d'avocat sont... sont payés jusqu'au moment de l'audition. Donc, tout ce
qui est médiation, négociation, etc., ça, c'est payé. L'audition, ça ne l'est pas. Chaque juridiction a une façon
différente, là, de gérer cette situation-là. C'est sûr que, pour les plus petits
propriétaires, les personnes physiques, se
faire exproprier, c'est quand même toute une épreuve, puis ils ne connaissent
pas ça. Souvent, toutefois, leurs dossiers sont moins gros, et l'aide d'un
évaluateur peut suffire à régler le dossier, mais
ce n'est vraiment pas tous les cas. Puis ça dépend aussi de la bonne foi du
corps expropriant dans ces situations-là. Donc, je comprends le souhait
d'avoir des frais d'avocats dans ce contexte-là.
En matière de
valeur... Lorsqu'on était en valeur au propriétaire, bien, c'était facile de
dire : Bien, vous n'avez pas les frais d'avocat, mais vous êtes en valeur
au propriétaire. Ça fait que ça compense. Donc, je présume qu'on va vous dire qu'aujourd'hui en valeur
marchande on devrait accorder des frais d'experts. Mais, pour moi, ce qui
est important, c'est que, si on le fait, il
y a une forme d'encadrement. Je pense à la Régie de l'énergie où les
intervenants, c'est Hydro-Québec ou Énergir qui paient leurs frais
d'avocats. Bien, il y a un guide, il y a... Les montants sont prédéterminés,
puis il y a une décision sur les frais à la fin. Donc, à la fin, il y a une
audience qui porte juste sur les frais, où est ce que le fournisseur va faire
des représentations : Cette... ça, ça ne nous a pas été utile. Ça, ce bout
de l'audition là aurait pu être évité, etc. Puis il y a des intervenants dont
les frais sont refusés carrément. Donc, ça, c'est aussi une possibilité. Donc,
moi, ce que je dis, c'est : Je ne dis pas non, mais, si vous décidez
d'aller là, ça ne peut pas être un bar
ouvert, parce que les avocats, les tarifs, ça varie de 200 $ à
1 000 $ de l'heure. Vous allez avoir de tout.
M. Grandmont :
Oui. Et puis on a la même préoccupation ici, les projets qu'on veut voir
accélérer, voir diminuer les frais, à la limite. Donc, évidemment, on ne
voudrait pas se retrouver dans un effet inverse en tentant de protéger les plus
petits non plus, mais on veut essayer de trouver un équilibre à travers ça.
Vous
avez dit aussi quelque chose qui m'a semblé très important, peut-être, de
définir ce qu'est l'expropriation déguisée. Donc, vous avez apporté
plusieurs éléments par rapport à ça. Est-ce que vous pensez qu'on a la place
pour le faire dans PL n° 22 ou faire comme d'autres
nous ont suggéré aussi, de simplement retirer 170 et 171 puis traiter ça à part
dans un autre... dans une autre instance?
Mme Burelle
(Martine) : Je m'en occuperais maintenant.
M. Grandmont :
Oui, hein?
Mme Burelle
(Martine) : Je m'en occuperais maintenant. Je ne sais pas pourquoi
qu'on... qu'on reporterait ça. Il y a tellement de poursuites en cours.
Peut-être qu'il est temps qu'on s'assoie et puis qu'on règle ça. Maintenant, ça
peut être fait à travers la modification de la LAU. Vous avez une section qui
prévoit la modification de la LAU dans votre projet de loi. Donc, tout est
ouvert. Moi, dans le fond, que ce soit à travers la modification de la LAU ou
de n'importe quelle loi, ça m'importe peu. C'est juste agissons, faisons-le maintenant.
M. Grandmont :
Pas d'autres questions. Merci beaucoup.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup, M. le député. Merci beaucoup, Me Burelle, pour votre participation
à la commission.
Et nous suspendons
nos travaux jusqu'après les avis touchant les travaux des commissions.
(Suspension de la séance à
12 h 09)
(Reprise à 15 h 13)
Le Président (M.
Jacques) : Bonjour à tous! La Commission des transports et de
l'environnement reprend ses travaux. Nous poursuivons les consultations
particulières et les auditions publiques sur le projet de loi n° 22, Loi
concernant l'expropriation.
Cet après-midi, nous
entendrons les organismes suivants : l'Ordre des urbanistes du Québec, la Société
de transport de Montréal, l'Ordre des évaluateurs agréés du Québec, la ville de
Laval et Trajectoire Québec.
Je souhaite la bienvenue aux représentants de
l'Ordre des ingénieurs... des urbanistes du Québec, en fait, et je vous
rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, après quoi nous
procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Je vous
invite donc à vous présenter et commencer votre exposé.
Ordre des urbanistes du
Québec (OUQ)
M. Gariépy
(Sylvain) : Merci beaucoup. Merci, M. le Président, Mme la
ministre et Mmes et MM. les députés. Ça me fait plaisir d'être ici
aujourd'hui devant vous, devant cette commission, et je vous remercie pour
l'invitation.
Tout d'abord, je me présente, Sylvain Gariépy.
Je suis président de l'Ordre des urbanistes du Québec. Fondé en 1963, notre
ordre a comme mandat de promouvoir la compétence professionnelle en aménagement
du territoire et en urbanisme. Nous comptons parmi nos membres plus de
1 700 professionnels qui interviennent à tous les niveaux de
planification et de contrôle de l'aménagement du territoire au sein des
ministères, d'organismes municipaux, de firmes spécialisées, d'entreprises,
d'OBNL et à titre d'experts-conseils ou professionnels-conseils. L'ordre défend
l'intérêt public à travers la promotion d'un
aménagement intégré et durable. En ce sens, nous pouvons... nous prenons
position sur la législation, les politiques publiques et les projets
structurants en vue d'encourager les bonnes pratiques urbanistiques.
D'entrée de jeu, il faut reconnaître que nous,
les urbanistes, ne sommes pas les experts de l'expropriation. Les membres de
notre profession ne sont généralement pas responsables ni des procédures
d'expropriation ni de l'évaluation des immeubles visés. Nous... Nous ne sommes
pas non plus des juristes à la fine pointe des débats sur l'évolution des
notions de droit. Alors, pourquoi la question de l'expropriation nous... nous
interpelle-t-elle? C'est parce que
l'expropriation est un élément essentiel du coffre à outils de mise en oeuvre
de la planification en aménagement du territoire et de la réalisation
d'infrastructures publiques stratégiques.
Premièrement, pour la conservation des milieux
naturels, nous sommes devant une crise de la biodiversité qui oblige à revoir notre rapport au territoire.
Les milieux naturels ne peuvent plus être considérés comme des territoires
en attente de développement. Un effort
mondial est nécessaire afin de freiner et de renverser la dégradation des
écosystèmes. Et, dans la foulée de la COP15, le Québec s'était engagé à
protéger 30 % de son territoire. Pour y arriver, il faudra parfois
procéder par expropriation.
Deuxièmement, pour la réalisation des
infrastructures publiques, la crise climatique appelle à faire un virage vers la
mobilité durable. L'ordre et ses partenaires du G15+ préconisent de doubler
l'offre en transport collectif au cours de
la prochaine décennie. Tous les projets majeurs de transport collectif des
dernières années, le REM, le tramway de Québec, le prolongement de la
ligne bleue du métro de Montréal, ont profité des mesures d'exception en
matière d'expropriation, une reconnaissance qui, selon nous, témoigne de la
lourdeur du régime général.
Troisièmement, pour la requalification urbaine,
pour répondre aux besoins criants en habitation sans aggraver les problèmes
environnementaux, il faut consolider les milieux déjà urbanisés. Cette réalité
est reconnue par la Politique nationale de l'architecture et de l'aménagement
du territoire, qui devra marquer un nouveau cycle de densification de nos
villes. Des expropriations seront parfois nécessaires pour sécuriser des
terrains pour des espaces publics, des écoles, d'autres bâtiments publics ou
pour bien faciliter le redéveloppement.
Pour réussir ces transformations, il faut un
système d'expropriation ayant une juste... un juste équilibre entre les droits individuels et l'impératif collectif
d'agir. Or, à l'heure actuelle, les difficultés s'accumulent : des délais
de plus en plus longs, des indemnités de plus en plus onéreuses et une
judiciarisation grandissante des dossiers, notamment, en lien avec la notion de
l'expropriation déguisée.
Dans ce contexte, nous sommes très heureux du
choix de la ministre Guilbault de procéder à une réforme... à une refonte
globale de la Loi sur l'expropriation et nous croyons que le projet de loi
n° 22 constitue un pas important en avant. Nous adhérons totalement à ses
objectifs visant à réduire les délais, à mieux encadrer les indemnités et à
encourager une plus grande prévisibilité. Même si le projet de loi ne réglera
pas tous les problèmes, il s'agit d'une base sur laquelle construire. En ce
sens, nous tenons à vous partager aujourd'hui quelques pistes de bonification.
Tout d'abord, la question de l'expropriation
déguisée. Les représentants du milieu municipal qui nous ont précédés ont bien
exposé les difficultés vécues actuellement. Nous partageons les... leurs
préoccupations et nous l'entendons aussi de la part de nos membres sur le
terrain : la prolifération des poursuites pour expropriation déguisée
insécurise les municipalités et les décourage d'utiliser pleinement leur
pouvoir en conservation. Les articles 171...
170 et 171 du projet loi... projet de loi constituent un début d'encadrement du
phénomène. À notre avis, ces mesures sont intéressantes, mais insuffisantes.
Surtout, le projet de loi ne balise pas ce qui constitue une suppression
de tout usage raisonnable, et donc une
expropriation déguisée. Ainsi, la judiciarisation des dossiers risque de se
poursuivre.
Pour réellement régler ce problème, il faut
aller plus loin. L'ordre propose de préciser dans la loi que les règlements
visant la mise en oeuvre des schémas d'aménagement et de développement ainsi
que les règlements de contrôle intérimaire régionaux et métropolitains ne
constituent pas une expropriation de fait et ne donnent pas lieu à des indemnités. En aménagement du territoire, le
schéma est le socle de la planification. Il précise les grandes orientations
du développement du territoire d'une MRC ainsi que ses grandes affectations.
Par exemple, il définit les secteurs voués à l'urbanisation et les milieux
naturels à conserver. Les plans et les règlements d'urbanisme des municipalités
locales doivent respecter le schéma.
Les schémas sont le produit d'une démarche rigoureuse.
Ils doivent utiliser des méthodologies reconnues et répondre aux attentes du gouvernement exprimées via les orientations du
gouvernement en aménagement du territoire. Ils
sont alimentés de diverses études spécialisées et font l'objet de longues négociations
et d'arbitrages, et surtout ils entrent en vigueur seulement après avoir reçu
l'aval du gouvernement. Les règlements de contrôle intérimaire sont également
assujettis à ce processus.
L'encadrement que
nous proposons permettrait de valoriser la planification et de sécuriser sa
mise en oeuvre tout en laissant la porte ouverte à des contestations en cas
d'abus. Par exemple, une telle règle sécuriserait les règlements visant à protéger les territoires d'intérêt écologique ou
bien les bâtiments patrimoniaux identifiés au schéma, mais permettrait
la contestation d'un règlement réduisant radicalement le potentiel
développement d'un terrain sans justification dans la planification.
• (15 h 20) •
De plus, il faut
noter que certains règlements municipaux contestés découlent justement des
dispositions du schéma. Ainsi, nous voyons
une possibilité d'incohérence dans l'article 171 du projet de loi. On
donne à la municipalité le choix d'abroger un règlement qu'elle est
possiblement obligée d'adopter selon la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme.
Cette situation sera encore plus problématique une fois que de nouvelles
orientations plus exigeantes seront adoptées
l'année prochaine et aussi avec l'entrée en vigueur des plans régionaux des
milieux humides et hydriques.
Une autre piste qui
mérite d'être explorée est celle de la différenciation des modalités selon les
motifs de l'expropriation. Dans le contexte actuel des crises climatiques et de
la biodiversité, nous croyons qu'il y a lieu de donner priorité à certains
types de projets, ceux visant à la conservation et le développement des
infrastructures de transport collectif. La conservation est particulièrement
importante compte tenu du risque de perdre pour toujours les milieux naturels
irremplaçables. Elle est aussi distincte étant donné que les immeubles visés
pour expropriation sont généralement des
terrains peu ou pas développés. Leur valeur relève de la spéculation sur la
possibilité de développement futur. En raison de cette réalité, il est
justifiable de prévoir les modalités plus restrictives de calcul des
indemnités.
Le bilan carbone du
Québec est plombé par le transport des personnes et, pour renverser la vapeur,
il faut investir massivement dans les transports collectifs. Ces nouvelles
infrastructures s'inséreront nécessairement dans des milieux déjà urbanisés souvent impliquant des expropriations
ciblées. Comme mentionné, tous les projets majeurs des dernières années
ont bénéficié de régimes d'exception, et nous croyons qu'il y a lieu de
prévoir, dans le régime général, des modalités propres aux projets de transport
collectif dans une optique d'accélération des procédures.
Par ailleurs,
mentionnons la date d'entrée en vigueur de la nouvelle loi. L'article 244
du projet de loi prévoit une entrée en vigueur six mois après la sanction de la
loi. Nous sommes sensibles à la nécessité de donner du temps aux différents
acteurs pour s'adapter à la nouvelle loi, mais nous nous questionnons sur le
choix de prévoir un tel délai de grâce. Nous croyons que la loi devrait entrer
en vigueur à la date de sa sanction.
Enfin, nous tenons à
formuler une dernière recommandation qui déborde du cadre strict du projet de
loi. Il faut le reconnaître, dans le passé, l'expropriation a été trop souvent
été utilisée pour construire des infrastructures qui ont dégradé
l'environnement et les bâtiments, qui n'ont pas rehaussé la qualité des milieux
de vie. Dorénavant, les projets nécessitant l'expropriation se doivent d'être
exemplaires. La vision stratégique de la politique nationale le résume bien : «Pour atteindre nos ambitions,
l'État doit et jouera un rôle de premier plan. Pour ce faire, il adoptera les
meilleures pratiques afin de léguer des projets durables et créateurs de valeur
économique, sociale, environnementale et culturelle.» Ce souci doit être
présent pour tous les ministères et organismes gouvernementaux via des
mécanismes assurant l'exemplarité architecturale et urbanistique des projets.
En conclusion, le
projet de loi n° 22 constitue un jalon important pour rééquilibrer le
régime d'expropriation. Toutefois, il laisse en suspens des questions
importantes, en premier lieu celle de l'expropriation déguisée. Nous
encourageons l'Assemblée à bonifier le projet loi à l'issue des consultations
et ensuite à l'adopter. Merci beaucoup pour votre écoute.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup pour votre exposé. Nous allons débuter la période d'échange avec
Mme la ministre pour une période de 16 min 30 s.
Mme Guilbault : Oui, merci beaucoup, M. le Président. Merci, messieurs, d'être... d'être
avec nous. Vraiment très, très intéressant, comme tous les groupes,
d'ailleurs, là.
Mais donc c'est vous
qui... Parce qu'on a eu plusieurs représentants issus du milieu municipal,
donc, qui avaient évidemment beaucoup de choses à dire puis qui accueillaient
favorablement le projet de loi même s'ils avaient aussi des recommandations
constructives à nous faire. Mais, vous, c'est vous qui êtes directement dans
l'urbanisme, dans l'aménagement du territoire, et donc directement liés avec
tout ce que j'appelle la mouvance sociale, vous me parliez de l'objectif de...
du 30 % qui a été signé à l'issue de la dernière COP, en décembre dernier,
puis toute cette volonté-là qu'on a de protection des milieux, d'aménagement de
milieux verts, de parcs, de... bref, de réorganisation, un peu, de nos
quartiers à la faveur d'une meilleure appropriation par nos citoyens. Donc,
pour toutes ces raisons-là, on est très heureux de vous avoir ici aujourd'hui.
Je vais peut-être
commencer par l'expropriation déguisée. On l'a abordée avec toutes les
personnes qui sont venues nous voir à date,
si ma mémoire est bonne, parce qu'elles l'ont toutes abordée aussi. Et donc il
y a deux articles dans le projet de loi, comme vous savez, qui
l'abordent, pas explicitement, la notion n'est pas campée explicitement dans le
projet de loi, mais l'objectif, c'était de l'aborder indirectement, les
articles 170 et 171. Je vous ai entendu dire... et je l'ai noté, là, ce
n'est peut-être pas mot pour mot, mais, avec l'article 171, on donne la
possibilité aux municipalités de retirer un règlement qu'elle est pourtant
obligée de prendre ou de maintenir, là. Je ne sais pas exactement vos mots, mais... Et, si... En ne voulant pas mettre des mots
dans la bouche, ça semble être similaire un peu au raisonnement dont
nous a fait part ce matin Me Burelle, qui est une avocate spécialisée en
expropriation, qui est venue nous... échanger avec nous ce matin. C'était très
intéressant aussi d'ailleurs.
Bref,
est-ce que vous... Parce que c'est une notion qui hante beaucoup
d'intervenants, là, en matière d'expropriation, l'expropriation déguisée. La
ville de Montréal, de son côté, nous disait : Oui, il faut en parler, mais
peut-être que d'autres véhicules seraient plus appropriés dans la LAU ou
autrement, par ailleurs, donc nous proposait carrément de retirer les deux
articles. L'ensemble des autres intervenants était plus modéré. D'autres
disaient : Ça ne va pas assez loin, on devrait empêcher le... on devrait
faire en sorte qu'on ne puisse plus réclamer d'indemnités quand on exproprie
pour des fins, je dirais, nobles, là, tu sais, qui vont... qui suivent les
objectifs qu'on se fixe pour l'environnement, et tout ça.
Donc, bref, vous,
comment est-ce que vous voyez ça? Vous nous faites déjà des propositions, mais
comment est-ce que vous jugez que, globalement... Parce que c'est sûr que vous
êtes très, très familiers avec les lois aux affaires
municipales, entre autres la LAU, donc comment est-ce que, selon vous, on
devrait camper de manière optimale cette notion-là et l'encadrer aussi?
M. Gariépy
(Sylvain) : ...en... en fait, une expropriation doit être justifiée,
en quelque part, donc. Et, comme on l'indique dans notre mémoire, on a des
outils d'aménagement, des schémas. Mais, que ce soient des schémas
d'aménagement des MRC ou des agglomérations, il y a beaucoup d'informations
là-dedans. Donc, quand on décide, à titre d'exemple, de dire : On va
mettre un corridor de protection de boisés dans l'ensemble d'une région, il
faut que ce soit également supporté par des études en la matière, ce qui nous
permet de dire : Oui, il y a vraiment ici un milieu qui est riche, et tout
le kit... bien, «tout le kit», excusez-moi l'expression, mais donc très, très
approfondi. Donc, on a des études qui sont capables d'appuyer le fait qu'on...
on va aller en expropriation pour le bien commun dans une région donnée pour
créer et pour protéger la biodiversité. Donc, des fois, justement, ce n'est pas
assez appuyé en ce sens-là. Et, dans les différents documents de planification,
des fois, on voit justement cette hésitation. Donc, on n'a pas eu, peut-être
pas, tous les moyens nécessaires et le temps voulu pour procéder à toutes les
études. Donc, on va quand même cartographier dans un sens donné pour protéger
un corridor déterminé, mais ce n'est pas toujours appuyé par des études
spécialisées en la matière.
Et c'est ce qui mène,
justement, à cette notion d'expropriation déguisée. Donc, tout d'un coup, on
décide, dans le cadre d'un schéma, on fait un corridor de boisés de...
d'intérêt métropolitain, mais on n'a pas nécessairement tout ce qu'il faut pour appuyer cette décision-là, cette orientation-là.
Donc, c'est en ce sens-là qu'il faut bien l'encadrer.
Peut-être, David, mon
collègue David, ici, peut-être, si tu as quelque chose à rajouter.
M. Alfaro Clark (David) :
Oui. Bien, comme on a proposé, on pense que c'est très
important de vraiment valoriser les schémas d'aménagement, qui sont, bien,
comme Sylvain l'a dit, le produit de beaucoup de réflexion, beaucoup d'études, et qui doivent aussi être
approuvés par le gouvernement. Puis c'est un processus où, bon, il y a les
orientations. Il y a plusieurs ministères qui sont impliqués dans le processus
d'analyser si les schémas, les modifications des schémas répondent aux attentes exprimées dans ces orientations.
Donc, les MRC doivent suivre des méthodologies reconnues. Si on parle,
par exemple, des milieux naturels, bien, le ministère de l'Environnement est
impliqué dans ce processus, a un certain droit de regard sur les... les
territoires qui sont identifiés, la méthodologie utilisée. Donc, c'est pour ça
qu'on a proposé que ce soit vraiment le schéma d'aménagement qui... bien, en
fait, qu'on... qu'on donne une certaine protection aux mesures réglementaires
qui visent à mettre en oeuvre les dispositions du schéma, comme, par exemple,
l'identification de milieux naturels à protéger.
Mme
Guilbault : Parfait. J'aimerais vous
amener aussi sur votre recommandation n° 3 aussi. Dans les... Pour la
valeur marchande, vous dites : «Maintenir comme prévu dans le projet de
loi la valeur marchande comme la base du
calcul de l'indemnité immobilière, ainsi que la seule prise en compte des
usages actuellement permis par les outils d'urbanisme.» Est-ce que... «Pour la détermination de l'utilisation la
meilleure et la plus profitable», donc avec l'UMPP. Est-ce que c'est
votre manière à vous de garder, finalement, ce que nous, on a déjà prévu comme
détermination, comme paramètres de détermination de la valeur marchande dans
notre... dans... projet de loi ou est-ce que vous amenez des nuances avec la
notion d'outil d'urbanisme?
M. Gariépy
(Sylvain) : Bien, il faut faire attention à ça. Ça va comme dans les
deux sens, hein, quand, au niveau des outils d'urbanisme, là, il y a la
reconnaissance des usages déjà autorisés et qui peuvent potentiellement être également autorisés. Et c'est là qu'il y a
tout le débat, en quelque part, comment on détermine la valeur, donc. Et c'est
à ce moment-là qu'on retourne au niveau des outils de planification et on... on
va au niveau des orientations, etc. Donc, oui, la valeur marchande, mais
pas une... pas une valeur artificielle, une valeur réelle, en fait.
Et peut-être que,
David, tu veux compléter ma réponse.
• (15 h 30) •
M.
Alfaro Clark (David) :
Oui. Bien, tu sais, nous, comme on a dit d'entrée de jeu, on
n'est pas des experts de l'évaluation, donc on n'a pas voulu nous pencher sur
toutes les approches, toutes les... les mécanismes prévus. Mais, de façon
générale, on voit d'un bon oeil l'évolution qui est proposée dans le projet de
loi pour faire en sorte que le calcul de l'indemnité en cas de l'expropriation,
que ça reflète plus... plus... de façon plus fidèle la valeur réelle actuelle
des immeubles, et qu'on ne prenne pas en compte des hypothèses de développement
très, très hypothétiques, très, très...
bien, qui ne sont pas nécessairement... qui sont loin d'être permis dans la
réglementation, dans le schéma, le plan d'urbanisme, et qui sont
vraiment juste des hypothèses du propriétaire.
M. Gariépy
(Sylvain) : Puis j'ajouterais à ça : ça va dans les deux
sens. Il y a le... Je pourrais dire : d'un côté, on tire vers le
haut la valeur des terrains pour le profit, nécessairement, de son bien, de son
immeuble, et, l'autre côté aussi, les pouvoirs en place
peuvent tirer vers le bas en changeant les outils de planification
territoriale. Et c'est dans ce temps-là qu'il faut aussi voir l'importance des
études qui nous permettent de le faire. Donc, il y a... il y a comme un
équilibre à aller chercher entre les deux dans comment on peut déterminer cette
valeur marchande et éviter, passez-moi l'expression, mais ce tirage de
couverte. Donc, c'est vraiment de... d'aller chercher cet équilibre-là. On
croit que le projet de loi va en ce sens-là, mais il faut vraiment l'encadrer,
là.
Mme Guilbault :
Effectivement, le mot «équilibre», je pense que c'est le mot qui serait en
filigrane de l'ensemble de la pièce législative. C'est toujours de trouver
l'équilibre entre l'expropriant et l'exproprié. Est-ce que, selon vous, de
ramener la notion d'UMPP à trois ans plutôt qu'en ce moment, n'avoir aucune
limite dans le temps, que ça rejoint ce que
monsieur disait, là, ça peut être complètement hypothétique, quelque chose qui
n'est peut-être même pas réellement
possible mais sur lequel on se base actuellement, est-ce que, pour vous, le
trois ans, c'est suffisamment encadré?
M. Gariépy (Sylvain) : À prime
abord, je crois que oui. On ne peut pas... Il faut avoir des années de
référence, des périodes de référence en fonction de la connaissance, je dirais,
du dossier, là, du lieu traité dans un temps donné, mais il faut aussi le
traiter dans le temps donné. Donc, tu sais, si on a des périodes de référence,
bien, il ne faut pas que le dossier soit traité cinq ans plus tard, là, donc il
faut vraiment que l'ensemble du processus... Et ça, c'est un autre élément, la
question des délais, en ce moment, dans les dossiers d'expropriation déguisée,
qui sont vraiment importants. Parce que, dans ma pratique professionnelle, je
suis appelé à intervenir dans ce type de dossier, et les délais font en sorte qu'à un moment donné on a sorti une
expertise à telle date donnée, mais on la traite cinq ans plus tard. Je
veux dire, ça... Le monde, la terre a tourné pendant ce temps là, et les
réalités ont changé, là.
Mme Guilbault : Bien, tout à fait. Puis, sur les délais, j'aurais peut-être
une dernière question, puis ma collègue de Châteauguay va compléter, mais votre
recommandation n° 5, prévoir une différenciation des
procédures d'expropriation selon les motifs afin de prévoir... Puis là il y a
un... il y a un élément, c'est les calculs d'indemnité pour la conservation,
mais sur les processus accélérés pour la réalisation des projets de transport
collectif, qu'est-ce que vous entendez par accélérés? Je comprends que ce
serait encore plus accéléré que ce que permet actuellement le projet de loi.
Et, avec une sensibilité au fait... Vous voyez que, ce matin, on avait l'UPA
qui nous demandait aussi d'avoir des paramètres spécifiques pour les
producteurs agricoles, puis on pourrait penser que chaque sous-groupe ou
différentes... différents intérêts sociaux, tous aussi nobles les uns que les
autres, pourrait demander des paramètres spécifiques aussi. Donc, dans
l'optique de maintenir l'équilibre, puis tout ça, puis de ne pas non plus se rembarquer
dans des nouvelles complications, mais en voulant préserver tout le monde,
comment est-ce que vous voyez ça, l'équilibre? Pourquoi le transport collectif
plus qu'autre chose? Puis qu'est-ce que vous aviez en tête comme processus
encore plus accéléré pour le TC?
M. Gariépy (Sylvain) : Bien,
comme on l'indique dans le mémoire, le transport collectif, c'est des ouvrages
qui prennent beaucoup de place, qu'on a besoin d'exproprier si on veut réaliser
nos projets parce qu'on s'inscrit dans des milieux déjà urbanisés. Il en va de
la réalisation, du temps de réalisation d'un équipement au profit de la
population, et plus qu'on attend... La saga de la ligne bleue en est un bon
exemple, là. Ça fait des décennies qu'on parle du prolongement de la ligne bleue
pour différentes raisons, mais la nécessité d'être capable d'exproprier du
moment où on dit qu'on va de l'avant avec le projet, bon, bien, pour procéder
dans des délais intéressants qui vont permettre l'accessibilité à une nouvelle
infrastructure publique utilisée par le public, qui va avoir des incidences,
entre autres, sur l'utilisation de la voiture, il faut se donner des paramètres
pour accélérer puis bien traiter ces dossiers-là qui sont spécifiques.
En même temps, de ce que je comprends, on ne
veut pas nécessairement avoir des mesures différentes pour tous les sujets
abordés, ce qui est une bonne chose, mais les transports collectifs, c'est un
dossier qui nous semble très important, puis qui est très porteur, puis qui
sont en lien aussi avec nos objectifs de diminution des gaz à effet de serre.
Donc, c'est un peu ça, là.
Mme Guilbault : Merci beaucoup. Je vais passer la parole à ma collègue de
Châteauguay. Merci beaucoup.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
Mme la ministre. Mme la députée de Châteauguay.
Mme Gendron : Pour combien de
temps?
Le Président (M. Jacques) : Pour
4 min 5 s.
Mme Gendron : Je vais être
brève à ce moment-là puisque je sais que ma collègue députée d'Argenteuil a également une question pour vous. Bonjour,
messieurs. En fait, j'aimerais vous amener à votre recommandation n° 7. Quand vous parlez de mettre
en place des mécanismes pour encourager l'exemplarité, là, pour des projets
infrastructures du gouvernement, pouvez-vous m'expliquer le besoin ou en
quoi, dans quelles circonstances ça serait nécessaire?
M. Gariépy (Sylvain) : Bien, on
s'est... on s'est beaucoup attardé au transport collectif, qui est un gros
morceau. Il y a toute la question de la protection de la biodiversité, de la
mise en valeur des composantes naturelles du territoire.
Donc, là-dessus, je crois qu'il faut... Excusez, j'ai perdu l'essence de votre
question. Honnêtement, j'ai comme perdu la fin. Pouvez-vous répéter?
Mme Gendron :
Bien, en fait, je veux savoir en quoi vous considérez le besoin de
justement... de mettre en place des mécanismes pour encourager l'exemplarité.
M. Gariépy
(Sylvain) : Oui, bien, ça, ça fait tout appel... L'exemplarité de
l'État, ça fait appel à la qualité de nos projets également. On veut des
projets qui soient pérennes, qui vont durer dans le temps, qui soient de haute
qualité, puis la Politique nationale sur l'architecture et l'aménagement du
territoire interpelle cette exemplarité-là, et c'est pour ça qu'on la
mentionne, parce que l'expropriation s'accorde dans un écosystème plus large
dans lequel, et c'est notre raison d'être ici aujourd'hui, ça a des impacts sur
l'aménagement du territoire et qui est en lien avec la toute nouvelle politique
nationale, donc la PNAAT. Donc, c'est pour ça qu'on se dit que c'est très
important, là, quand on fait des projets
d'envergure, publics, il faut que l'État soit exemplaire. Il faut mettre en
place les mécanismes qui le permettent, mais qui permettent d'atteindre
la qualité des projets pour s'assurer qu'ils vont être pérennes puis qu'ils
vont... puis qu'ils vont durer dans le temps. Je ne sais pas si, David, tu
voulais ajouter quelque chose.
M. Alfaro
Clark (David) : Oui, juste pour ajouter, c'est sûr que c'est une
recommandation qui s'adresse aux ministères et aux organismes du gouvernement
en général. On déborde un peu du cadre du PL n° 22 et
on est plus au niveau de l'administratif
puis au niveau aussi du leadership politique pour assurer qu'on met en place
des mécanismes pour faire en sorte qu'au niveau architectural, pour les
bâtiments publics, par exemple, qu'on ait une architecture de qualité. Il y a
toute la question de la localisation des bâtiments publics pour que les écoles,
par exemple, soient construites dans des milieux pour que les enfants puissent
marcher ou aller à l'école en vélo. La question des hôpitaux, tu sais, éviter
d'avoir des hôpitaux qu'on installe en zone agricole ou vraiment loin en
périphérie de là où les gens habitent, en périphérie des réseaux de transport
en commun. Donc, c'est toutes ces considérations que tous les ministères
différents, que ce soit le ministère de la Santé, que ce soit le ministère des
Transports et de la Mobilité durable, que ce soit Hydro-Québec, même, ou la
société des infrastructures du Québec, que tous ces organismes aient le réflexe
de penser aménagement du territoire et aussi architecture.
Mme Gendron :
OK, c'est bon. Je vais passer la parole à ma collègue.
Mme Grondin :
...
Le Président
(M. Jacques) : Merci. Mme la députée d'Argenteuil.
Mme Grondin :
Combien de temps il me reste?
Le Président (M. Jacques) :
Il vous reste 1 min 50 s.
Mme Grondin :
Parfait. Bonjour, messieurs. Merci. Moi, j'aimerais ça qu'on revienne sur
la protection de la biodiversité. Si j'ai bien compris, à la page 9 et 10,
dans le fond, vous souhaitez aller plus loin dans l'actuel projet de loi pour
atteindre des objectifs, notamment dans des... lorsque des usages sont assez
restreints, là, et pour qu'ils restent compatibles avec les objectifs de
conservation. Vous avez un coffre d'outils pour atteindre ces objectifs-là. Il
y a peut-être d'autres mécanismes ou d'autres outils qui sont aussi
intéressants, mais, si j'ai bien compris, vous souhaitez quand même qu'on
précise ou qu'on bonifie dans la Loi sur l'expropriation parce qu'en fait, dans
la LAU, avec les orientations
gouvernementales, ça va prendre plus de temps. Est-ce que c'est bien ça? Est-ce
qu'il y a une notion, une question de délais aussi, c'est pour ça que
vous proposez de bonifier?
M. Gariépy (Sylvain) : Oui.
Bien, il y a une question de délais, bien entendu, une question de reconnaissance
de la valeur des terrains visés. Quand on fait de la planification
territoriale, qu'on veut mettre en place un corridor de biodiversité, il faut
quand même, je veux dire, il faut s'appuyer sur quelque chose de concret. Donc,
il faut se donner les moyens d'appuyer sur quelque chose de concret.
Mme Grondin :
Donc, le schéma d'aménagement et...
M. Gariépy
(Sylvain) : Le schéma, exactement, donc l'élaboration du schéma. Et ça
nous amène... Nécessairement, quand on commence à tracer les corridors, on
empiète sur des propriétés privées. Donc, c'est là que l'expropriation est
l'outil pour aller de l'avant, mais là s'enclenche toute une mécanique
d'évaluation des terrains, de leur potentiel, des usages, théoriquement,
pouvant être autorisés, etc., donc du potentiel réel de développement d'un
terrain qui, peut-être, ne sera jamais développé en bout de ligne. Donc,
c'est... Pour nous, c'est un frein à l'atteinte des objectifs en aménagement du
territoire...
Le Président
(M. Jacques) : Merci beaucoup.
M. Gariépy
(Sylvain) : ...si les délais se sont...
• (15 h 40) •
Le
Président (M. Jacques) : Merci beaucoup, messieurs. Nous allons
maintenant céder la parole au deuxième
groupe d'opposition et au porte-parole de l'opposition... au porte-parole de
l'opposition officielle, je m'excuse, le député de l'Acadie.
M. Morin :
Merci. Merci, M. le Président.
Alors, voici, pour l'opposition officielle. Merci, messieurs, d'être là. Merci
pour votre mémoire. Comme Mme la ministre le soulignait, jusqu'à maintenant,
les articles 170, 171 du projet de loi suscitent beaucoup d'intérêt. Quand
je les ai lus, au départ, bon, je trouvais ça bien, recours Cour supérieure, mais tu sais, je ne pensais pas que ça allait
autant animer la conversation. Mais, jusqu'à maintenant, là, c'est vraiment
deux articles très populaires, on peut dire ça.
Puis j'aimerais...
J'aimerais... J'ai une question pour vous parce qu'à l'article 170, dans
le projet de loi, le gouvernement définit ce qu'est un acte municipal, définit
ce qu'est un organisme municipal. Plusieurs groupes avant vous ont rattaché à
ces dispositions-là ce qui pourrait être une expropriation déguisée, mais il
n'y a pas de définition d'«expropriation déguisée». Et, ce matin,
Me Burelle nous a suggéré que ça pourrait être une bonne chose pour
clarifier, peut-être même aller plus vite. Vous semblez dire que ce... Enfin,
vous avez des modifications pour que le projet de loi et... qu'une autorité
expropriante puisse même aller plus vite. Est-ce que vous pensez que ce serait
un avantage que d'ajouter une définition de ce qu'est une expropriation
déguisée dans le projet de loi?
M. Gariépy (Sylvain) : Bien,
ça serait intéressant, oui, parce que ça viendrait baliser le concept d'expropriation
déguisée. Donc, on aurait au moins un cadre de référence. Nous, en urbanisme,
quand on commence à définir des classes d'usages, on est capables d'aller assez
précisément. Je ne sais pas, si on dit : On autorise l'habitation à tel
endroit, l'habitation est définie de différentes façons. Alors, pourquoi ne pas,
dans le projet de loi, définir ce qu'est une expropriation déguisée? Bien, je
pense, ça enlèverait beaucoup d'aspects un peu spéculatifs sur ce qu'est une
expropriation déguisée, donc, ou de... Au moins, on aurait un cadre sur lequel
s'entendre.
M. Morin :
Puis, évidemment, en définissant ce qu'est une expropriation déguisée, ça
n'enlève pas le recours possible à la Cour supérieure, parce qu'il y a des
organismes municipaux qui nous ont demandé même de songer à une immunité. Donc
là, il n'y aurait plus de recours possible. Donc, d'après vous, ça pourrait
permettre un équilibre entre les droits des expropriants et ceux des
expropriés?
M. Gariépy
(Sylvain) : Bien, oui, effectivement. Je suis urbaniste, je ne suis
pas juriste, là, mais je crois que, oui, ça pourrait permettre l'atteinte d'un
équilibre.
M. Morin :
OK. Merci. Quand j'ai lu votre mémoire, puis particulièrement vos
recommandations, et on y a fait référence rapidement, à votre
recommandation 5, vous voulez établir une différence, finalement, selon
les différentes procédures d'expropriation
et selon les motifs. Pour vos projets de conservation, il y aurait des
indemnités encore plus restrictives. Est-ce que vous avez des exemples
de ce que ça pourrait être? Et est-ce qu'il y aurait des types d'indemnités,
parce que la loi en prévoit plusieurs, qui ne seraient pas disponibles? Parce
que votre recommandation, elle est intéressante, mais c'est un peu général,
disons-le comme ça. Alors, dans notre travail de législateur, est-ce que vous
avez des recommandations là-dessus?
M. Gariépy
(Sylvain) : Celle-là, je vais laisser mon collègue David répondre
parce qu'il y a peut-être un côté plus technique, là.
M. Alfaro
Clark (David) : Bien, justement, l'intention était d'être un peu
général étant donné qu'on n'est pas des juristes puis on n'a pas nécessairement
l'expertise pointue en termes de toutes les ramifications de, tu sais, une
disposition, un article de loi. L'idée était d'en fait vous encourager à
réfléchir sur cette piste-là, parce que beaucoup des discussions, lors des
consultations, ça portait sur cette question des milieux naturels, la question
de la conservation des milieux naturels. Et donc on pense que c'est une piste intéressante
de voir si on ne peut pas avoir une certaine différenciation, justement, parce
que c'est une chose, exproprier le chez-soi de quelqu'un, c'est une chose, exproprier un commerce, un bâtiment
commercial, une industrie où il y a vraiment comme une génération de valeur, mais, lorsqu'on parle des milieux naturels qui
sont... qui pourraient être visés pour l'expropriation ou qui pourraient... où
on pourrait alléguer une expropriation déguisée, compte tenu d'une
réglementation très restrictive, bien, en général, c'est des terrains
qui ne sont pas développés ou peu développés, et donc c'est vraiment... la
valeur est basée sur l'attente de pouvoir les développer. Donc, c'est pour ça
qu'on a pensé que ça pourrait être intéressant de justement restreindre les
indemnités possibles pour ce genre de terrain là.
M. Gariépy
(Sylvain) : Oui, c'est contextuel aussi, hein? Les territoires, les
milieux humides ou quoi que ce soit, quand on achète une propriété, un
immeuble, et généralement on est au fait de la condition du terrain qu'on
achète ou on devrait l'être, et c'est sûr que des milieux naturels, c'est des
milieux qu'on ne développera pas. Donc, maintenant, c'est de savoir est-ce
qu'il crée... il va créer une valeur environnementale? Sur le plan économique,
c'est à démontrer également.
Donc, comme dit
David, je pense, c'est pour faire réfléchir. Est-ce qu'on peut amener le projet
de loi dans cette direction-là également?
Donc, maintenant, on doit... est-ce qu'on doit distinguer les
milieux naturels versus d'autres types de cas? Bien... Mais je crois qu'il faut
vraiment soupeser les contextes dans lesquels ça s'inscrit. Donc, c'est
un... c'est l'ajout que je ferais à la réponse de David.
M. Morin : Parfait.
Je vous remercie. Dans votre recommandation 2, vous indiquez... précisez
que l'utilisation des pouvoirs réglementaires prévus à la Loi sur
l'aménagement et l'urbanisme, la Loi sur le patrimoine culturel et la Loi sur les compétences municipales ne constitue
pas une expropriation de fait et ne donne lieu à aucune indemnisation.
Bon, évidemment, vous parlez des dispositions réglementaires que les villes
doivent mettre en oeuvre parfois. La Loi sur le patrimoine culturel, aucune
indemnisation. Donc, avez-vous des exemples en tête où, compte tenu de votre
recommandation, il y aurait des scénarios où, pour se conformer à la loi, il
n'y aurait aucune indemnisation possible?
M. Gariépy
(Sylvain) : Pour les biens patrimoniaux?
M. Morin :
Oui.
M. Gariépy
(Sylvain) : Non, je ne pense pas qu'on en vient... C'est peut-être
qu'on ne l'a pas touché. Mais je me souviens, dans notre mémoire, on a touché
la question des biens patrimoniaux, entre autres, et on parle d'une
indemnisation dans un tel cas.
Ça, l'aspect du
patrimoine urbain, c'est un aspect qui est grandement négligé en aménagement du
territoire. Il y a lieu de valoriser ces terrains-là puis de valoriser ces
immeubles. Donc, dans un processus d'expropriation, je pense qu'il y a une
valeur culturelle aussi associée à ce type de terrains. Encore là, c'est une
piste de réflexion parce qu'on n'est pas
spécialiste en expropriation. Mais, moi, ça serait pas mal ma réponse. Je ne
sais pas si, David, tu veux compléter.
M. Alfaro
Clark (David) : Bien, la référence à cette... cette loi-là, c'est
parce que, souvent, quand on donne un statut patrimonial à un bâtiment en vertu
de la loi, bien, ça limite les possibilités de développement. Donc, ça ne veut
pas nécessairement dire que le bâtiment doit rester figé. Tu sais, on peut
moderniser, on peut parfois construire des
annexes, mais il y a quand même... on limite beaucoup les possibilités de
développement. Puis il y a eu beaucoup moins que pour les milieux
naturels, mais il y a eu certains... certaines poursuites en lien avec les
statuts patrimoniaux où un propriétaire de bâtiment évoque la notion
d'expropriation déguisée en disant : Bien, en accordant un statut à mon bâtiment, on a exproprié mes possibilités de
développer le terrain. Donc, c'est... c'est pour faire référence à ce genre de
cas qu'on a rajouté cette...
M. Morin : Donc là, c'est très intéressant parce qu'on revient avec votre
explication. Donc, on revient encore à l'expropriation déguisée. Donc, avec ma
première question, peut-être que ça vaudrait la peine, donc, de le définir
puis de couvrir l'ensemble de ces cas-là. Je vous remercie. Je vais céder la
parole à ma collègue.
Le Président
(M. Jacques) : Donc, je cède la parole à Mme la députée de
Notre-Dame-de-Grâce.
Mme McGraw :
Oui. Merci, M. le Président. C'est bien apprécié, et merci beaucoup pour
votre mémoire et votre présentation. Pas surprenant, en tant que porte-parole
de l'opposition officielle en matière d'environnement, changements climatiques,
parcs et faune, je m'attarde à la recommandation n° 4,
qui recommande fermement les mesures qui contribuent à la lutte aux changements
climatiques et la préservation de la biodiversité comme motif d'utilité
publique pouvant justifier l'expropriation. Donc, je voudrais vous entendre
davantage là-dessus.
Et, si je comprends
bien, selon votre mémoire, justement vous parlez des espaces qui pourraient
être propices à la conservation. C'est
souvent des terrains qui sont peu ou pas développés, sans résidence, sans
activité économique ni aménagement physique et dont la valeur pourrait
justement... relève souvent davantage de la spéculation. Et ça, c'est
biodiversité. Mais en ce qui concerne les changements climatiques, c'est de
l'investissement massive... massif, je devrais dire, dans le transport collectif,
et donc ça serait plutôt de les développer dans des milieux urbanisés. Donc,
est-ce que vous pouvez élaborer sur cette recommandation n° 4
et les enjeux?
• (15 h 50) •
M. Gariépy
(Sylvain) : Est-ce que tu veux y aller?
M. Alfaro
Clark (David) : Je peux y aller. Donc, bien, le n° 4,
c'est une recommandation, en fait, qu'on reprend un peu des associations
municipales, de l'UMQ qui avait formulé cette recommandation et qu'on trouvait
très pertinente. C'est sûr qu'aujourd'hui c'est plus la question de
l'expropriation, l'expropriation déguisée, qui peut représenter un frein à la
pleine utilisation des pouvoirs des municipalités, mais on trouve que c'est
quand même intéressant de sécuriser, de
préciser dans la loi, que des projets et des mesures visant la lutte aux
changements climatiques, visant la préservation de la biodiversité, que
ça peut être des motifs valables de procéder à une expropriation, parce
qu'historiquement l'expropriation, bien, c'est surtout pour des infrastructures
très tangibles : on doit construire un chemin, on doit construire un
garage municipal, un hôpital. Mais l'idée, ce serait d'élargir officiellement
les projets, bien, que l'on peut considérer comme étant justifié d'exproprier.
M. Gariépy
(Sylvain) : Mais surtout dans l'établissement du... comme je disais
tantôt, quand on veut, on veut mettre en place des réseaux, des corridors de
biodiversité, il faut avoir les coudées franches pour le faire aussi. Ça aide à atteindre nos cibles environnementales.
Ça aide à la lutte contre les changements climatiques. Donc, il faut être
capable de baliser pour qu'on puisse accomplir les visions qu'on se donne en
aménagement du territoire.
Mme McGraw : Est-ce que vous
avez des ajouts, de façon générale, avant que... sur le mémoire?
M. Gariépy
(Sylvain) : Non.
Mme McGraw : Je voulais juste
vous remercier. Et puis je suis d'accord que c'est sûr qu'on a des enjeux majeurs en matière d'environnement. Changements
climatiques, on a des cibles assez ambitieuses, et il faut se donner les
moyens. Merci.
M. Gariépy (Sylvain) : Merci.
Le
Président (M. Jacques) : Merci, Mme la députée. Je cède maintenant la
parole, vraiment, au deuxième groupe d'opposition, M. le député de
Taschereau, pour environ 4 min 40 s
M. Grandmont : Parfait.
Merci beaucoup, M. le Président. Merci à vous deux, messieurs, pour cette
présentation, ce mémoire. Je commencerais peut-être par les... tourner autour
des recommandations 4 et 5. J'ai trouvé, en fait, que ces deux
recommandations-là ancraient vraiment votre mémoire dans l'urgence, dans la
notion d'urgence, l'urgence climatique, d'un côté, et l'urgence d'atteindre nos
cibles de protection du territoire aussi, qu'on sent bien présente chez vous.
J'ai trouvé ça intéressant.
Est-ce que
vous... Est-ce que vous... Puis je pense... Puis je voulais rebondir sur
quelque chose que Mme la ministre a dit tantôt, tu sais, on pourrait
créer des régimes particuliers pour à peu près tout. À un moment donné, est-ce
qu'on ne s'y prendrait pas, à un moment donné, pour la paraphraser, alors que,
par ailleurs, on a fait des lois particulières pour le réseau structurant de transport en commun à Québec puis on l'a
fait aussi pour le Réseau express métropolitain, donc, qui vont dans le
sens, dans le fond, de votre demande de faire... d'en faire plus pour
développer le transport collectif notamment. Donc, peut-être juste réexpliquer
ou insister sur le... sur cette notion-là, de pourquoi vous pensez que le
transport collectif devrait être, disons, puis... puis la protection du
territoire devrait être un petit peu plus prise en charge, en fait, dans
cette... dans ce projet de loi là.
M. Gariépy (Sylvain) : Dans le
transport collectif, des lignes, bien, les projets auxquels on fait référence
dans notre mémoire, ce sont des projets d'envergure, ce sont des projets
structurants et c'est des projets qui modifient le territoire des villes. C'est
des projets sur lesquels aussi on veut... on veut faire de la densification
urbaine afin d'éviter l'étalement urbain, d'éviter l'empiétement, justement,
dans les milieux naturels. Donc, tout ça est rattaché. C'est pour ça que le
transport collectif, c'est très important puis c'est majeur. Ça prend de la
place, ça interpelle un changement
d'habitudes. C'est de nous donner plus d'options de mobilité, des options
environnementales. Même chose pour les milieux naturels. Donc, tout est
interrelié, là. Oui, il y a le transport collectif, oui, il y a les milieux
naturels. Je crois que c'est... C'est pour ça qu'on tire beaucoup là-dessus.
C'est parce que les impacts sont énormes et ils sont tous interreliés. Donc, ce
sont des enjeux interreliés.
M. Grandmont : Donc, on
pourrait dire qu'à travers des propositions comme les vôtres, à travers le
projet de loi de Mme la ministre, on pourrait être en mesure d'atteindre de
façon plus rapide, de façon plus concrète, nos objectifs de protection du
territoire et de réduction des gaz à effet de serre. On a une poigne, là, à
travers le PL n° 22, pour le faire pour vrai, selon
vous.
M. Gariépy (Sylvain) : Oui,
mais on... Bien, il faut se la donner. Ça, c'est sûr. Et c'est pour ça qu'on
focusse sur le transport collectif, c'est pour dire, bien, ce sont des projets
structurants qui changent les choses et qui nous... qui nous aident à atteindre
les cibles environnementales qu'on s'est données nous-mêmes et même d'aller
plus loin. Donc, on a l'opportunité de l'avoir, l'ambition, mais l'idée, c'est
de se donner les moyens dans le cadre d'une loi qui nous amène dans cette
direction-là.
M. Grandmont : Quand vous
parliez, là, d'exemplarité, là, je pense que c'était à la
recommandation 7, vous faites référence à certains types de projets.
Est-ce que certains types de projets... En fait, j'aimerais que vous vous
réexpliquiez un petit peu, là, la recommandation 7, pour être sûr qu'on
comprenne bien, là. En fait, je ne veux pas vous mettre des mots dans la
bouche, donc je vais vous laisser peut-être mieux l'expliquer.
M. Alfaro Clark (David) : Ah!
bien, c'est une recommandation en lien avec la mise en oeuvre de la Politique
nationale de l'architecture et de l'aménagement du territoire. Donc, le
gouvernement a adopté une vision stratégique il y a un peu plus d'un an,
maintenant, un an et demi... un an et demi, et on est dans la mise en oeuvre
maintenant. Il y a... C'est sûr qu'il y a des éléments qui touchent les
municipalités.
Donc, on a eu le PL n° 16
modifiant la Loi sur l'aménagement au printemps. Il y a les nouvelles
orientations du gouvernement en aménagement du territoire qui sont attendues
l'année prochaine. Donc, il y a tout un chantier pour encourager les
municipalités à améliorer leurs pratiques, mais aussi la question des pratiques
du gouvernement lui-même, du gouvernement en
tant que... bien, du gouvernement qui réalise des projets d'infrastructures,
des projets... des projets de bâtiments publics. Donc, on veut vraiment
que le souci de mieux prendre soin du territoire et d'avoir une meilleure
architecture, que ça percole vraiment dans tous les différents ministères et organismes
pour que... pour avoir des bâtiments plus de qualité, pour avoir une
intégration urbaine de qualité des projets publics, pour avoir aussi des choix
d'investissements au niveau du gouvernement qui sont cohérents avec cette
volonté, justement, de prioriser davantage les transports en commun que le
réseau routier, de mieux entretenir l'existant, de mieux entretenir nos actifs plutôt que de construire de nouvelles
infrastructures... avant de construire de nouvelles infrastructures. Et il y a aussi toute la question du patrimoine, d'assurer
que le gouvernement en tant que propriétaire de bâtiments patrimoniaux qui
a vraiment un souci de bien entretenir ces bâtiments et aussi de les mettre en
valeur. Donc, c'est toutes ces préoccupations qu'on aimerait qui soient
reflétées dans l'action gouvernementale.
M. Gariépy (Sylvain) : Puis, si
je peux juste compléter ce que mon collègue vient de dire...
Le Président (M. Jacques) : Malheureusement,
ça termine la période d'échange, mais je vous remercie énormément pour votre contribution à nos travaux, aux travaux de la
commission, et je suspends quelques instants pour faire place au
prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 15 h 57)
(Reprise à 16 h 14)
Le Président (M. Jacques) : Bonjour
à tous. Je souhaite la bienvenue à la Société de transport de Montréal. Je vous
rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, après quoi
nous procéderons à une période d'échange avec les membres de la commission. Je
vous invite donc à vous présenter puis à commencer votre exposé.
Société de transport de
Montréal (STM)
M. Caldwell (Éric
Alan) : Merci beaucoup, M. le Président. Désolé du léger retard. On a
été retardé, on avait mal anticipé les... tout le passage à la sécurité. Alors,
merci de nous recevoir. Je m'appelle Éric Alan Caldwell. Je suis président du
conseil d'administration de la STM. Je suis accompagné de Mme Marie-Claude
Léonard, directrice de la Société de transport, ainsi que de Mme Maha Clour,
première directrice principale, Prolongement et activités commerciales.
Merci de nous recevoir, on est extrêmement
contents d'être ici parce que, disons-le, ce projet de loi est attendu, espéré,
et on veut le saluer. C'est un projet de loi qui vient répondre à plusieurs de
nos demandes historiques justement pour
faciliter le cheminement des grands projets de transport collectif, en diminuer
les coûts et en diminuer les délais. Quand on regarde ce qui se fait ailleurs
dans le monde, le projet de loi est clairement aligné sur plusieurs des
meilleures pratiques qui nous permettent d'atteindre ces buts. Vous
m'excuserez, je vais juste prendre une gorgée d'eau, j'ai... on a littéralement
couru pour venir ici.
Alors, d'entrée de jeu, c'est ce qu'il faut
souligner, le pas en avant qu'on fait justement pour la progression des projets
de transport collectif avec le PL n° 22. On aura
quelques suggestions à vous faire pour en peaufiner certains éléments. La STM,
il faut le dire, on est un des plus grands donneurs d'ouvrage en construction.
On a un portefeuille d'investissement d'environ 2 milliards par année,
20 milliards sur 10 ans. Pour vous donner une idée, à chaque année,
la STM réalise des dizaines de projets complexes dans des milieux denses,
urbains pour moderniser son réseau, ajouter
des postes de ventilation mécanique, mettre des ascenseurs dans un métro qui
n'a pas été construit pour en recevoir. Et effectivement, aussi, la STM
est gestionnaire de ce grand projet de transport collectif qui est le
prolongement de la ligne bleue, un projet dans lequel on investit tous
collectivement et qu'on veut réaliser dans les meilleures conditions possible.
Donc, on est très familier avec le cadre actuel,
les défis qu'il représente puis les coûts qu'il impose, et on partage vraiment
l'ambition qui est portée par le projet de loi n° 22 pour améliorer nos
mécanismes. On est ici pour vous présenter une perspective de gestionnaires de
projets d'infrastructure sur le cadre actuel d'expropriation. Si vous avez vu
notre mémoire, nous avons quelques... De un, dans notre mémoire, on réitère
justement comme quoi ce projet de loi est attendu, espéré et bénéfique pour
l'ensemble de nos activités, mais on vous fait aussi quelques suggestions pour
aller un peu plus loin. Alors, là-dessus, je vais passer la parole à Mme
Léonard.
Mme Léonard (Marie-Claude) : Bien,
merci beaucoup, M. Caldwell. Mme la ministre, Mmes et MM. les députés, à mon tour, j'aimerais remercier le
gouvernement pour le dépôt de cette loi-là qui aura vraiment des bénéfices
importants pour le développement du transport collectif. Pour comprendre tous
les avantages de ce projet de loi là, il faut
comprendre le poids actuel des processus d'expropriation. Pour nous, l'élément
central de ce projet de loi là, c'est la capacité d'avoir un processus qui va
être prévisible puis qui va nous permettre de réduire les coûts et les délais.
À titre
d'exemple, pour le prolongement de la ligne bleue, on estime les coûts
d'expropriation autour de 800 millions de dollars, ça
représente environ 13 % des coûts complets du projet. Oui, vous pouvez
vous dire que c'est un montant important,
parce qu'effectivement c'est un montant important, et, quand on se compare à
l'international, c'est un montant qui est disproportionné. Donc, quand
on regarde des projets de prolongement qui ont été créés, on est plus autour de
3 % à 5 % de charges d'expropriation sur des coûts totaux de projets.
Avant l'adaptation de la Loi concernant
l'accélération de certains projets d'infrastructure, la LACPI, c'est sûr que le
prolongement de la ligne bleue a pu en profiter et c'est venu réduire les
délais, et on l'apprécie vraiment beaucoup,
mais on pouvait estimer des processus d'expropriation jusqu'à trois à quatre
ans, le délai, pour être capable d'avoir une expropriation complète. À
titre d'exemple, quand on a un projet de 6 milliards, c'est... par le
processus d'expropriation, il y a un délai
d'un an, bien, c'est à peu près 240 millions de coûts sur une inflation de
4 % dans une année.
Donc,
on constate, tout comme vous, que le cadre actuel ne fonctionne vraiment plus.
On paie vraiment cher les processus qui sont imprévisibles, longs et laborieux.
Et, dans le fond, avant même d'avoir commencé un projet, on nuit à l'avancement
puis aux coûts par les processus d'expropriation. C'est pourquoi on est
vraiment content d'applaudir le projet de loi n° 22,
qui va nous aider à encadrer les indemnités qui vont être versées, alléger les
processus pour établir les indemnités provisoires et donner accès à des
terrains expropriés pour réduire les délais. Donc, en permettant de réaliser
les travaux de... préparatoires, on va pouvoir mieux planifier et mieux arrimer
l'ensemble de nos travaux. Et on établit
aussi que la contestation du droit d'expropriation n'entraîne plus de
suspension automatique de la... procédure, excusez-moi, et ceci améliore
grandement la prévisibilité, les coûts et les délais.
Maintenant,
j'aimerais vous parler de nos propositions pour améliorer le projet de loi. La
STM a une expertise incontestable en matière de gestion de métro et de tunnels,
71 kilomètres de tunnels, et c'est sur cette base qu'on fait quelques recommandations dans le projet de loi, c'est en lien
avec la construction du tunnel. Parmi celles-ci, on souligne la nécessité d'enlever la limite de 15 mètres à la
surface. Car, si on regarde à Montréal, le réseau du métro, si on
regarde cette mesure-là, on va devoir acquérir beaucoup de terrains puis on va
beaucoup augmenter les coûts de modernisation de notre réseau du métro.
Une autre de nos
propositions concerne les autorisations gouvernementales. Quand la STM
exproprie, on doit aller chercher une approbation du gouvernement, de la ville
et de l'ARTM quand c'est des projets de métro. Les municipalités, les
communautés métropolitaines et les centres de services scolaires n'ont pas
besoin d'obtenir l'autorisation
gouvernementale, qui peut prendre plusieurs mois. Nous sommes d'avis qu'il
devrait être ainsi pour des organismes
de transport collectif qui façonnent nos villes et déplacent des millions de
personnes. Exempter les sociétés de transport de cette obligation
permettrait d'accélérer la réalisation des projets.
Merci pour votre
attention. Je passe la parole à M. Caldwell pour la conclusion.
• (16 h 20) •
M.
Caldwell
(Éric Alan)
: Merci
beaucoup. Donc, d'autres recommandations, et je vais être assez clair et assez
direct. Souvent, pour le transport collectif, pour l'ensemble de nos besoins,
que ce soit pour le développement de
nouvelles infrastructures, pour le maintien d'actif, pour l'exploitation de nos
réseaux, on le sait tous, c'est un constat qu'a partagé, avec beaucoup de
justesse, Mme la ministre, on fait face à un enjeu, le financement du transport
collectif. Et moi-même, comme président de la STM, je suis souvent en
revendication pour plus de financement, question d'avoir une prestation de
services puis une offre de service optimisée.
J'ai rarement
l'occasion, comme j'ai l'occasion de le faire ici, de venir vous dire, avec
quelques ajustements, on pourrait en demander moins, c'est-à-dire on pourrait
libérer un potentiel de développement justement lié à nos activités de transport collectif, lorsqu'il y a des transactions
immobilières, pour, bien sûr, l'acquisition de terrains... pour répondre à nos
besoins, mais, comme on le fait aussi ailleurs dans le monde, pour libérer un
potentiel.
Quelques exemples, à
Paris, la Société du Grand Paris Express arrive avec... permet l'expropriation
de 800 mètres autour de ses nouvelles stations; à Vancouver, c'est
600 mètres. Et on croit que, pour un, bien entendu, ce qui est la base, remplir le besoin
d'infrastructure, mais aussi libérer un potentiel de développement cohérent, on
pourrait, en... avec quelques ajustements au projet de loi et à la Loi
sur les sociétés de transport, faire en sorte de capter plus de ce potentiel de développement au bénéfice, bien
sûr, du... des projets de transport collectif. C'est de l'argent qui serait...
qui doit être directement remis pour le bénéfice des projets et du financement
du transport collectif. Donc, ça doit s'articuler, justement, sur la question
du périmètre d'expropriation.
Je crois que mon
temps est compté, donc il y a tous les détails dans le mémoire, mais aussi — ...
Le Président (M.
Jacques) : ...
M.
Caldwell
(Éric Alan)
: ...merci,
M. le Président — mais
aussi, bien entendu, dans la capacité qu'on a comme
société de transport, comme gestionnaire de projet, de négocier avec des tiers
pour vraiment saisir les opportunités, s'allier à des promoteurs,
justement, pour faire des ensembles de développement cohérents, pour libérer le
plein potentiel, et aussi pour capter une
partie de ce potentiel à même nos infrastructures. Ailleurs dans le monde, ce
modèle de financement innovant du transport collectif est assez répandu.
Dans certains pays comme l'Asie, il va chercher beaucoup de revenus, mais, dans
d'autres juridictions européennes ou même canadiennes, on arrive à trouver une
partie de l'équation du financement du transport collectif.
On a tout à fait la
volonté de participer à sa libération de potentiel, répondre à une partie de
l'équation pour le financement du transport collectif, et surtout répondre à
l'ensemble ou à plusieurs des politiques publiques qu'on s'est données,
c'est-à-dire un transfert modal vers le transport collectif, une réduction des
gaz à effet de serre, une décarbonisation de l'industrie du transport. Et on le
croit, qu'en libérant le potentiel et en captant une partie autour des
infrastructures de transport en commun, comme on le fait dans une logique de
«transit oriented development», on arrive à
trouver un modèle gagnant-gagnant-gagnant pour l'achalandage du transport
collectif, pour le développement de nos villes, pour répondre en partie
à des enjeux comme celle... comme celui de la crise du logement et celui du
financement du transport collectif.
Donc, on veut être
proactifs, faire partie de la solution à cet effet-là. Et merci de votre
attention.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup pour votre exposé. Je cède maintenant la parole à Mme la ministre
pour une période de 16 min 30 s.
Mme Guilbault : Merci, merci beaucoup, M. le Président. Merci à vous trois
d'être ici aujourd'hui, partenaires
réguliers de notre quotidien depuis, dans mon cas, bientôt un an comme ministre
des Transports. Mais donc, on s'est parlé souvent
sur plusieurs questions, entre autres le financement du transport collectif,
puis j'y reviendrai, j'aurai des questions sur votre... la dernière partie de
votre exposé. Mais donc, merci beaucoup d'avoir fait le chemin jusqu'à Québec,
en transport très actif, de ce que je comprends pour les dernières minutes.
Alors, vous voyez, c'est l'intermodalité.
Une voix : ...
Mme Guilbault : C'est l'intermodalité. Donc, merci. Très intéressant,
évidemment. Puis, bon, on a eu... En fait,
vous êtes notre première société de transport, si je ne m'abuse, depuis le
début des consultations. On a eu plusieurs municipalités, les deux
communautés métropolitaines, d'autres groupes aussi, toujours superintéressant.
Mais c'est sûr que, quand on pense aux gros projets
d'infrastructure qu'on a au Québec, il y a du logement, il y a plein d'affaires,
des écoles, mais il y a beaucoup de projets de transport et beaucoup de projets
de transport collectif.
Et je regardais encore ce matin, parce que, là,
on baigne là-dedans depuis quelques jours, les chiffres d'expropriation, la
quantité d'expropriations annuelles qu'on fait, nous, au ministère des
Transports, pour nous et pour d'autres, puis la quantité totale
d'expropriations dans les dernières années, et il y a une année qui était
significativement plus élevée, là, pour, justement, la ligne bleue, donc. Puis,
souvent, on nous dit : Pourquoi c'est long? Ça coûte cher, c'est
compliqué, ça n'avance pas, ça prend des années. Mais il y a des choses, dans
la vraie vie, qui sont tellement lourdes et compliquées puis qui amènent des
dépassements de délais puis de coûts.
Puis là aujourd'hui, depuis qu'on est dans ce
projet de loi là, je trouve qu'on a... Puis ça fait du bien, puis, vous,
peut-être encore plus, parce que ça fait encore plus longtemps que moi que vous
êtes là-dedans, de pouvoir dire que ces choses-là sont parfois hors de notre
contrôle, puis ça entraîne des délais, puis des explosions de coûts qui vont
chercher l'argent dans les poches des mêmes contribuables, là. Donc, dans cette
mesure-là, moi, je suis très heureuse qu'on ait cette pièce législative là
qu'on va améliorer, sans doute, tous ensemble, mais, enfin, on va se donner le
moyen de réduire les délais puis les coûts de nos projets d'infrastructure, parce
que ça n'a pas de bon sens.
Donc, ceci étant dit, je note que vous
accueillez très bien le projet de loi. J'aurais envie de peut-être commencer,
puis ça peut paraître paradoxal, mais, comme on se le disait, à chaque groupe
qui est venu... et c'est un point que vous n'avez pas abordé, parce que... je
ne sais pas si vous avez porté votre attention sur les articles 170, 171,
et, bien que vous ne soyez pas une municipalité comme telle, je ne sais pas si
l'expropriation déguisée vous touche autant que ça peut toucher les
municipalités, mais probablement indirectement aussi. Alors, j'aurais envie de
savoir d'emblée si vous avez une opinion sur la chose, la notion
d'expropriation déguisée qui revient souvent. Est-ce que, vous, ça vous cause des problèmes directement? Et, que ce soit oui
ou non, qu'est-ce que vous pensez des deux articles qu'on introduit?
Est-ce que ça va trop loin, pas assez loin? Est-ce que c'est le bon véhicule?
Avez-vous une opinion là-dessus ou est-ce que, pour vous, ce n'est pas un
enjeu?
Mme Léonard (Marie-Claude) : Bien, à
la lumière des discussions qu'on a eues dans l'équipe, là, tu sais, nous, ça
nous touche moins directement. Ça fait qu'effectivement, on a vu la CMM, là,
qui est venue faire des représentations à ce niveau-là. Ça nous touche moins
directement, parce que, nous, tu sais, c'est des projets précis, souvent, à des
lieux précis. Puis on regarde toujours les meilleures options dans une optique
d'acceptabilité sociale aussi. Donc, on l'a
moins adressé parce que ça ne nous touche pas particulièrement, à moins que
j'aie des angles morts.
Mme Guilbault : Oui, allez-y.
M.
Caldwell (Éric
Alan)
: Tout à fait.
C'est-à-dire, il est assez clair que nos expropriations sont pour des besoins
spécifiques. On parle du prolongement de la ligne bleue. On en a eu pour des
postes de ventilation qui sont au-dessus de
l'infrastructure de métro, des postes de redressement pour l'alimentation
électrique, des garages d'autobus, des centres de transport. Donc,
habituellement, on arrive à faire la démonstration assez claire du besoin en
fonction de l'expropriation qui est visée. Ceci étant dit, si vous voulez qu'on
donne un avis plus poussé sur cette question-là, ça nous fera plaisir de
l'étudier.
Mme Guilbault : Non. Bien, d'instinct, je me doutais que ça vous touchait,
moi aussi, mais j'étais curieuse, étant donné que tout le monde l'a abordé,
puis il y aurait peut-être eu un angle insoupçonné à la chose. Donc, vous me
parlez de la ligne bleue. J'ai envie aussi de parler du SRB Pie-IX, et donc des
projets en général.
Vous avez parlé des garages, le fameux garage
dont on parle souvent, et ces projets-là. Donc, des fois, on parle,
malheureusement pas pour les bonnes raisons, justement, parce qu'on a
l'impression que ça ne finit plus puis ça coûte de plus en plus cher. Est-ce
que vous êtes en mesure, puis peut-être vous ne l'avez pas chiffré sous la
main, puis, si c'est le cas, il n'y a aucun problème, mais, dans cette
volonté-là d'avoir des exemples de la vraie vie pour qu'on comprenne bien, là,
dans les gens qui nous écoutent, là, les centaines de milliers de citoyens qui
écoutent la commission parlementaire actuellement, pour qu'on mesure bien
l'impact que ça peut avoir sur un projet. Vous nous avez parlé du 13 % de
coût d'expropriation par rapport à du 3 % à 5 % dans d'autres
projets. Puis je parlais souvent de la
comparaison de la ligne bleue qui est en train d'être prolongée à Stockholm,
versus notre ligne bleue à nous, qui coûte à peu près le même prix pour
18 stations au lieu de six, puis 30... 18 stations au lieu de cinq puis
30 kilomètres au lieu de six.
Mais, bref,
que ce soit... puis, pour d'autres projets, puis la SRB, je ne le sais pas,
j'avoue, je ne l'ai pas, l'information à quel point l'expropriation a pu
influer sur le coût ou les délais, parce ça a été long aussi, quand même, la livraison de ça, donc, ou les garages. Avez-vous
des exemples dans d'autres projets, être capables de nous dire le pourcentage
du coût ou du dépassement de coûts par rapport à la première évaluation ou des
délais aussi qui pourraient être attribuables aux expropriations dans la
formule actuelle de la loi?
• (16 h 30) •
Mme Léonard (Marie-Claude) : On
a quelques exemples. C'est sûr que, si on prend le centre d'attachement de
nord-ouest, si on prend juste, là, le fait qu'on va venir fixer des indemnités
différentes, on sauverait un 15 % sur un montant de 5 millions. On
parle de 750 000 $, mais, quand on multiplie ça par les millions
d'expropriations qu'on fait, bien, ça a un
impact important sur les coûts. Après, en termes de prévisibilité, quand on
fait un poste de ventilation mécanique, à titre d'exemple, il faut aller
chercher souvent un zonage spécifique dans un arrondissement. Donc, il faut
d'abord faire une première approche pour aller voir, là, les places, tu sais,
il faut trouver la juste place pour qu'un poste de ventilation soit connecté à
ton réseau métro. Ça fait que ce n'est pas tous les lieux qui font, il faut
trouver plusieurs places. Juste ce processus-là prend six à neuf mois. Après,
il y a un processus d'autorisation d'expropriation qui peut prendre jusqu'à
12 mois, donc c'est vraiment des longs délais.
Puis un des exemples
que je peux donner aussi, c'est le garage Stinson qu'on a bâti en 2014, ça fait
que les processus d'expropriation ne sont pas terminés à ce jour, là. Donc,
c'est vraiment des places où on perd des temps de négociation. Dans le
prolongement de la ligne bleue à Lacordaire, on a perdu un 24 mois pour
l'expropriation, donc c'est des délais, c'est des coûts. C'est sûr que, là, on
n'a pas eu le temps de tout chiffrer, là, les projets des 50 dernières
années, je pense que ce serait intéressant d'avoir encore plus un volume
d'argent de ce côté-là, mais c'est quelques exemples à quel point c'est
complexe, puis aussi le fait qu'on n'a pas accès à l'expropriation parce qu'il
y a des contestations. Mais nous, on ne peut pas aller faire du carrotage, ça
fait que notre mode de planification souvent, après, là... On n'a pas le bon
mode, on n'a pas choisi le bon mode d'excavation parce qu'on n'a pas... on
devait avancer avec le processus. Ça fait que ça a beaucoup d'impact. Donc,
c'est assez marquant en termes de mois et de montants d'argent, là, quand on le
regarde en volume de montants d'expropriation.
Mme
Guilbault : Bien, absolument. Puis
l'exemple de 2014 que vous donnez, qui est un peu, justement, exaspérant, ça
m'amène sur la question. Le six mois de délai, je présume que vous souhaiteriez
que ce soit immédiat à l'entrée en vigueur de la loi?
M.
Caldwell
(Éric Alan)
: Tout à
fait. C'est une de nos recommandations.
Mme
Guilbault : Puis, sur les... les... Parce
qu'on est en train de réfléchir à ça, là. À peu près tout le monde souhaite ça
aussi. On va essayer peut-être de trouver un équilibre dans les ajustements qui
sont nécessaires sur le plan administratif, et tout ça. Mais est-ce qu'à son
effet, son effet immédiat, dans le sens où, par rapport aux causes pendantes ou
par rapport à une notion de rétroactivité... avez-vous analysé la chose sous
l'angle plus juridique ou pas nécessairement?
Mme Léonard
(Marie-Claude) : C'est sûr que, nous, il y a des projets, là, qu'on va
débuter, qu'on se dit : Bon, bien, on a
attendu de voir si le projet... le PL n° 22
va nous... venir nous aider au lieu de commencer le processus régulier.
Il reste quelques expropriations à faire dans le prolongement de la ligne bleue
aussi. Donc, plus vite on a ces allègements-là, plus vite on en profite en
termes de coûts et de délais, là. Donc, c'est de l'argent qu'on risque de ne
pas dépenser plus vite qu'on le met en fonction.
Mme
Guilbault : Avez-vous une idée, à peu
près, du volume de... Parce que vous dites : Il y a des projets, en ce
moment, pour lesquels on n'a pas encore amorcé d'action parce qu'on attend, dans
le fond, la nouvelle loi. Avez-vous... Pouvez-vous nous donner un aperçu, je ne
sais pas si vous pouvez nommer les projets, mais le volume de... ou le type de projets que vous avez, dans le
fond, qui est stand-by, si vous me passez l'expression, là, et qui pourrait
être déjà en train d'avancer, et qui attend après la loi actuelle, l'adoption
de la loi, du projet de loi?
Mme Léonard
(Marie-Claude) : Les différents projets de... de modernisation des
deux métros, on parle... on veut... on doit
refaire le complexe Beaugrand. C'est quelque chose qui est inscrit dans notre
plan d'investissement. On n'est pas à la veille de le débuter, mais
c'est sûr qu'on... on commence les études cette année. Donc, on pourrait
profiter rapidement de ce volet-là.
Après, c'est sûr que,
dans notre plan d'investissement, il y a toujours des postes de ventilation, il
y a toujours des postes de ventilation
mécanique, là, on en fait deux, trois sur des cycles de cinq ans. Donc, ces
dossiers-là demandent de longs délais
puis amènent des coûts d'expropriation. Ça fait qu'on pourrait le sortir, là,
je n'ai pas le chiffre en tête, mais il y a des projets court terme dans
notre maintien d'actifs, dans la modernisation des lignes de métro, qui sont en cours puis il y a quelques dossiers, là, qu'on
se dit : Bon, bien, est-ce qu'on procède ou on attend le PL n° 22?
Donc, c'est sûr que, dès la... nous, on aimerait l'application dès...
dès la sanction.
Mme
Guilbault : Puis actuellement, si on ne
modifiait pas la loi, dans l'ensemble de ces projets-là, bien que ce n'est pas chiffré précisément, mais on peut
penser que ce serait des centaines de millions de dollars d'expropriations
potentielles pour faire avancer vos projets qui pourraient être économisé avec
le... la nouvelle loi?
Mme Léonard (Marie-Claude) : Tout à
fait. Si on prend l'exemple que je donnais tantôt, si on dit : On a eu un
projet de 6 milliards, tu sais, qui court pour un an, bien, tu as
240 millions de... pendant l'année qui court, dans un taux d'inflation à 4 %. Ça fait que chacun des
projets, présentement, on l'a dit, là, ça prend des cycles de trois à
quatre ans pour faire de l'expropriation.
Donc, si je pars un projet demain matin puis que
je suis dans des centaines de millions, bien, chaque mois qui court, c'est des
coûts de projet que je dépense. Donc, avant même d'avoir commencé, je viens
jouer sur l'avancement du projet parce que j'occasionne des délais plus longs
que l'échéancier que je prévoyais faire, puis j'ai des coûts importants parce
que je maintiens un bureau de projet plus longtemps, puis je suis à faire de la
planification moins coordonnée sur le site direct.
M.
Caldwell (Éric
Alan)
: Et, si vous
permettez, Mme la ministre, aussi, on a vécu, pour certains projets, les
allègements proposés par la LACPI, la loi sur l'accélération des projets
d'envergure. Donc, à le vivre, à le... à utiliser ces différents leviers-là qui
sont dans la LACPI pour certains de nos projets, on arrive à voir comment
appliquer à nos autres projets, qui ne sont
pas soumis à la LACPI. Ça pourrait être bénéfice... bénéfique pour l'ensemble
de nos projets. Certains de nos projets ne sont pas sous le chapeau de
la LACPI. Et on voit l'usage de la LACPI, le potentiel que ça nous amène dans
la... les éléments facilitateurs pour l'évolution des projets. Et on vous
souligne aussi l'évolution qu'il y a, dans
le PL n° 22, par rapport aux différentes dispositions de la LACPI, où on va
encore... on est encore... on a des outils encore mieux affinés,
justement, pour répondre à nos besoins.
Mme Guilbault : Parfait. Peut-être, une dernière question, avant de laisser
du temps à mon collègue de René-Lévesque, sur le développement immobilier. Puis c'est
quelque chose que vous avez abordé, on en a déjà discuté, aussi, dans ma fameuse tournée du transport
collectif puis, bon, à travers toutes sortes de discussions. Vous avez raison que
le financement du transport collectif, c'est un défi. C'est un dossier à part,
sur lequel je ne disserterai pas trop longtemps ici parce qu'on aura l'occasion
d'en reparler. Mais évidemment que tout potentiel de nouvelle source de revenus
peut être bienvenu dans la mesure où elle est réinvestie dans le transport
collectif. Néanmoins, je voyais la suggestion, là, d'avoir des projets de
développement immobilier à même les projets... les développements des projets
d'infrastructures et j'aimerais ça voir, selon vous, la façon dont vous voyez
ça très concrètement. Par exemple, si on fait un projet de développement, bien,
sortons de la ligne bleue, là, dans un futur prolongement de, je ne sais pas
moi, la ligne orange, la ligne verte, la ligne jaune, j'ai nommé toutes les
lignes pour ne pas qu'on pense que je suis en train d'annoncer quelque chose,
mais... Et donc, avec le privé, par exemple, un projet conjoint avec le privé,
qui, selon vous, devrait assumer le risque dans ce projet-là? Et, s'il y a des
incidents, s'il y a des délais supplémentaires, s'il y a du retard dans le projet à cause... dans le projet de transport
à cause du projet de développement, s'il y a des surcoûts, et tout ça,
qui, selon vous, devrait assumer la chose?
M.
Caldwell (Éric
Alan)
: Je vais faire
une première partie de la réponse sur, justement, l'expression de ce potentiel,
je vais pousser un peu plus loin. Après, je vais passer la parole à ma collègue
Mme Clour justement pour des éléments plus précis de réponse.
Mais il faut comprendre, lorsqu'on crée une
nouvelle infrastructure de transport collectif, on est souvent, par définition,
dans un territoire où la... la mobilité était articulée autrement,
c'est-à-dire, justement, sur la présence du réseau routier, des stationnements.
Alors, quand on arrive, comme ça, avec un projet de transport collectif, ça
amène nécessairement une requalification du
tissu urbain pour, justement, que la mobilité de référence soit celle du
transport collectif plutôt que le transport routier. On vient permettre de
libérer ce potentiel-là, permettre de réorganiser la ville avec une
certaine densité, puis intensité qui va assurer aussi l'achalandage du moyen
qu'on est en train de construire. C'est le... la fameuse quadrature du cercle
ou le cercle vertueux, justement, d'un transport collectif qui suscite un
aménagement plus vert qui nous permet d'atteindre nos objectifs de
développement durable et qui influence avec l'arrivée d'un service performant
sur les habitudes de vie et de mobilité.
Donc, il y a
nécessairement un potentiel qui est libéré. Et on croit qu'avec des outils
comme celui de Transgesco, une
filière commerciale qu'on a mise en place il y a une vingtaine d'années, on
croit qu'on peut, justement, en amont, en négociant avec des tiers,
réduire les risques et augmenter le potentiel de retombées.
Je note aussi que, pour la première fois dans
l'histoire des projets publics au Québec, on a, pour le prolongement de la
ligne bleue, chiffré ce potentiel-là à 310 millions. On a dit : Il y
a 310 millions qu'on va aller chercher
en potentiel de développement et en redevances dans un projet public. C'est
la... c'est la... Il y avait eu des redevances pour le REM de l'Ouest,
et là il y en a pour le prolongement de la ligne bleue.
Donc, ça s'inscrit dans cette logique-là de la
nécessaire requalification et de la planification cohérente. Et ça, quand on
est limité à notre carré de sable et on n'a pas la capacité de négocier avec
les riverains, mais clairement on n'arrive pas à créer un ensemble urbain aussi
optimal que celui qu'on souhaiterait. Pour compléter, Maha.
• (16 h 40) •
Mme Clour
(Maha) : Oui. Merci. Bien, en fait, tout est dans la
planification de ces projets de développement là, conjointement avec les
projets de transport, et par la prise de risques. Puis ce que le balisage qu'on
a fait à travers le monde, en se comparant
avec des modèles similaires à travers le monde, on réalise, puis, M. le
Président, M. Caldwell, il l'a effleuré un petit peu tantôt, c'est
tout est dans comment qu'on peut créer des filiales ou des sous-filiales pour
cette prise de risque là. Donc, ces filiales ou ces sous-filiales de
développement permettent justement de pouvoir créer des partenariats avec le
secteur privé, d'avoir des ententes de partage de risques à travers tout ça,
qu'un risque financier, un risque...
En fait, ce que, souvent, les donneurs d'ordre,
par exemple pour la STM, ce qu'on peut mettre sur la table, nous autres, c'est souvent l'actif immobilier en
tant que tel. Donc, c'est là où la prise de risque, elle est essentiellement. Et
si, effectivement, il
y a... il y a un échec dans cette entente ou ce partenariat avec le privé,
bien, l'actif demeure. L'actif demeure et prend toujours de la valeur à
travers le temps. Donc, c'est vraiment à travers ces filiales-là qu'on peut
dérisquer ces projets-là puis dérisquer ces organisations à travers des
ententes de partenariat avec le secteur privé.
Mme
Guilbault : Puis, selon vous, est-ce que
Transgesco, actuellement, a une... est une structure assez solide, capable d'assumer le risque dans ce genre
de développement là? Parce que c'est votre filiale actuellement pour ce
genre de projet là.
Mme Clour
(Maha) : Tout à fait. Transgesco existe depuis une vingtaine d'années,
a fait ses preuves à travers les différentes années, est beaucoup actif dans la
gestion des activités commerciales, autant au niveau de l'affichage publicitaire, au niveau de la gestion des commerces, par
exemple dans nos installations, dans le souterrain, là, dans le Montréal
souterrain.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup pour cet échange qui se termine à l'instant. Et je cède maintenant la
parole à l'opposition officielle, au porte-parole, M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Merci. Merci, M. le Président. Merci beaucoup pour
votre... pour votre mémoire, pour votre témoignage également devant la
commission.
Dans votre mémoire,
vous parlez beaucoup — puis
évidemment vous avez nécessairement une expertise dans les tunnels, n'est-ce
pas? — vous
parlez beaucoup de l'article 166, 167 du projet de loi, qui semblent poser
des problèmes, particulièrement pour vous, en ce qui a trait notamment à la
distance de 15 mètres, qui, entre autres... parce que l'article ne
s'applique pas aux biens du domaine de l'État, donc vous pourriez... tout
dépendant où vous passez, vous pourriez vous retrouver propriétaire avec, en
fait, un autre propriétaire, si je comprends bien.
Pouvez-vous nous en
dire davantage? Puis, si jamais vous avez des modifications à suggérer, quelles
devraient-elles être pour qu'au fond le
Parlement n'adopte pas un projet de loi qui vous cause plus de problèmes que
moins?
Mme Clour
(Maha) : Bien, effectivement, je peux... je peux répondre. En ce
moment, on est assujettis à la Loi sur les sociétés de transport en commun,
l'article 154, qui nous permet justement d'avoir un droit acquis au niveau
du souterrain pour le passage du tunnel. Le tunnel peut varier en termes de profondeur.
Donc, souvent, même dans le réseau existant en ce moment, l'emprise du tunnel
peut se trouver à l'intérieur du 15 mètres qui est stipulé dans le projet
de loi n° 22.
Déjà, aujourd'hui, si
je cite le projet du prolongement ligne bleue, qui est un projet actif au
niveau de la construction d'un prolongement de tunnel de métro, déjà, dans le
cadre actuel, selon la Loi sur les sociétés de transport en commun, on doit
émettre entre 400 et 600 avis aux propriétaires en surface pour les aviser
du passage en souterrain du tunnel. Ce n'est pas une expropriation proprement
dite, c'est un avis de passage en souterrain. C'est certain qu'aujourd'hui,
s'il y a un paramètre de 15 mètres qui... qui est imposé ou qui est
défini, ça viendrait changer la donne au niveau
de la nécessité d'exproprier davantage, notamment dans le cadre d'un projet
comme le prolongement à la ligne bleue, parce que, nécessairement, il y
a des endroits où le tunnel, notamment quand le tunnel arrive vers... à
l'intérieur d'une station, remonte en surface légèrement ou, en tout cas, est à
l'intérieur du paramètre du 15 mètres, donc
nécessiterait forcément des expropriations additionnelles. Donc, ça peut
générer plusieurs dizaines, voire centaines d'expropriations, dossiers
d'expropriation dans le cadre du prolongement à la ligne bleue, par exemple, si
je le cite comme exemple, en ce moment, qui ne sont pas nécessaires en ce
moment.
Le
15 mètres permet justement de protéger les infrastructures souterraines,
les actifs du métro pour... advenant qu'un
riverain souhaite faire des projets à proximité ou des interventions à
proximité qui pourraient modifier les conditions du sol autour du tunnel
ou qui peuvent même venir modifier les ancrages au roc du tunnel qui assurent,
bien évidemment, son intégrité et sa sécurité.
M. Morin : Et,
à l'article, le 166, entre autres, la ville de Québec nous disait que ça
pouvait poser un problème parce que, si
jamais ils ont à construire un tunnel, bien, ils pourraient, dans certaines
circonstances, se ramasser propriétaire, par exemple, avec le
gouvernement du Québec.
Présentement dans les
tunnels que vous avez, est-ce que vous êtes propriétaire avec le gouvernement
ou d'autres propriétaires ou si ça vous appartient totalement?
Mme Clour
(Maha) : ...souterrain, le tunnel, ça nous appartient.
M. Morin : OK.
Puis je comprends que, si cet article-là est adopté tel quel, là, vous pourriez
vous ramasser être propriétaire avec le gouvernement ou d'autres.
Mme Clour
(Maha) : Bien, en fait, il y avait effectivement, dans le projet de
loi, une question par rapport à des terrains appartenant à l'État. On voulait
justement des clarifications là-dessus parce qu'en ce moment on... Par exemple,
encore une fois, pour ne pas citer... pour citer le projet du prolongement à la
ligne bleue, on risque de se retrouver en souterrain sous des... des terrains
de l'État, notamment en dessous de l'emprise de l'autoroute 25 ou de
l'autoroute 40. Donc, on voulait justement des clarifications là-dessus
pour la suite.
M.
Morin : OK. Parfait. Je vous remercie. C'est... c'est noté. Vous
demandez à ce que l'obligation de signifier un avis à tout titulaire de droit
soit modifiée pour, au fond, signifier un avis uniquement au seul propriétaire
de la propriété, c'est exact? OK. Ça vous cause un problème majeur si vous
devez signifier à tout titulaire de droit, parce qu'évidemment, avec un
immeuble, c'est sûr qu'il y a un propriétaire, mais il y a aussi parfois un
créancier hypothécaire, donc, puis, dans certains cas, le créancier
hypothécaire a quand même une créance pour un montant important, donc c'est important qu'il sache ce qui se passe, donc. Mais,
pour vous, vous voulez que ce soit simplement au propriétaire et non pas
à tous les... bien, à tous les autres qui pourraient avoir un droit réel sur le
bien.
Mme Clour
(Maha) : Tout à fait. En fait, déjà, comme je vous l'ai dit tantôt, ça
génère plusieurs dossiers d'expropriation seulement quand qu'on... ça concerne
le propriétaire. Parfois, pour un terrain ciblé ou un lot ciblé, les acteurs peuvent se multiplier, effectivement,
s'il y a des créanciers hypothécaires ou autres, que ce soient des servitudes qui sont enregistrées ou autres. Donc, ça peut
générer des dossiers additionnels en termes de processus d'expropriation, donc
alourdir, encore une fois, le processus et les délais.
M. Morin : Puis,
si on veut simplifier, par exemple, le processus ou réduire les délais, je
comprends que, présentement, comme société
de transport, vous devez obtenir une autorisation préalable du gouvernement
pour exproprier, c'est exact?
Mme Léonard
(Marie-Claude) : Donc, actuellement, quand on veut exproprier, il faut
aller chercher cette autorisation-là, celle de la ville et celle de l'ARTM,
quand on fait les prolongements de la ligne bleue. Donc, c'est sûr que nous, on
voudrait profiter de l'allègement, là, de la ville, les communautés
métropolitaines puis les services scolaires n'ont pas à faire cette demande-là,
d'autant plus qu'on va chercher des autorisations au niveau de la ville et de
l'ARTM.
M. Morin : Donc,
au fond, dans la situation actuelle, vous devez obtenir trois autorisations
préalables du gouvernement, de la ville, puis de l'ARTM, c'est exact?
M.
Caldwell
(Éric Alan)
: Tout à
fait. Ceci dit, la... dans la loi sur l'accélération des projets d'envergure
pour les projets cités, comme le prolongement de la ligne bleue, on est
dispensé justement de ces autorisations gouvernement là... gouvernementales là.
Donc, c'est de ça qu'on... on réclame justement une disposition similaire pour
l'ensemble du PL n° 22.
M. Morin : OK.
Très bien. Je vous remercie. Vous parlez également de la possibilité, mais
évidemment d'avoir du développement immobilier autour de certaines stations ou
édicules de métro. Vous dites que ça pourrait, entre autres, permettre, si j'ai bien compris, une forme de financement
pour la société de transport. Est-ce que j'ai bien compris? Et,
présentement, donc, vous avez une société qui s'occupe de ça.
M.
Caldwell
(Éric Alan)
: On a
une société qui est mise en place, qui est une filiale commerciale, tel que le
permet la Loi sur les sociétés de transport, pour des activités connexes
justement à... aux transports collectifs. Ceci étant dit, pour utiliser le
plein potentiel de cette société-là et du potentiel de développement des abords
des stations, bien, nos recommandations sont d'aller plus loin dans les
périmètres d'expropriation et dans un ajustement de la Loi sur les sociétés de
transport pour que soit clarifié que des filiales commerciales, comme celle de
Transgesco, puissent pleinement jouer ce rôle-là. Comme le disait
Mme Clour, on a l'expérience, justement, avec Transgesco, de... de la...
de cette gestion de risques là et cette... et d'être capables de capitaliser
sur le potentiel.
Ceci étant dit, le
cadre actuel, avant le PL n° 22, rendait ça plutôt difficile. On veut qu'au
bénéfice, justement, de... des modifications réglementaires ou législatives qui
sont devant nous on puisse vraiment libérer ce potentiel-là. Et, oui, comme vous l'avez dit, c'est clairement pour...
et ça, la loi sur la société de transport le dit clairement, c'est
clairement au bénéfice du transport collectif que doivent être faits,
justement... Les bénéfices escomptés sont au profit de... pour le transport
collectif, bien entendu. Et, dans le cadre, par exemple, du 310 millions
du prolongement de la ligne bleue, c'est pour compléter le financement du
projet prolongement de la ligne bleue.
M. Morin : ...c'est
un élément essentiel pour compléter la ligne bleue dans le cadre de votre
financement, de votre cadre financier, ou vous allez...
M.
Caldwell
(Éric Alan)
: Ce qu'on est en train de
dire, c'est qu'avec les allègements qu'on souhaite on pourrait aller plus loin.
M. Morin : OK.
OK.
Mme Clour
(Maha) : ...en disant que la filiale commerciale, qui est la filiale
commerciale de la STM, il y a des
sous-filiales qui sont dans cette filiale commerciale, dont une sous-filiale
qui s'appelle Transimmobilier, qui a l'expertise immobilière.
D'ailleurs, c'est Transimmobilier qui gère le centre d'achats le Boulevard, qui
est le centre commercial qui a été exproprié
dans le cadre du prolongement à la ligne bleue sur l'angle de la rue Jean-Talon
et le boulevard Pie-IX, à l'endroit
où se trouvera la future station Pie-IX qui va être construite dans le cadre du
prolongement à la ligne bleue.
• (16 h 50) •
M.
Morin : Puis, dans le cadre de ces développements immobiliers, est-ce
que vous avez de la difficulté, vous rencontrez des défis pour trouver, par
exemple, des promoteurs ou des constructeurs ou si ça fonctionne bien dans le
cadre de vos projets?
M.
Caldwell
(Éric Alan)
: Je vais
te laisser commencer.
Mme Clour
(Maha) : Bien, en fait, c'est... c'est vraiment au niveau, justement,
de ce qu'on souhaiterait avoir comme cadre législatif plus précis pour nous
permettre d'avoir des conditions gagnantes pour la suite des choses. Le cadre
actuel nous permet de le faire. Ceci dit, il y a toujours place à de l'optimisation,
de l'amélioration au niveau du processus. Ce qu'on souhaiterait faire c'est
effectivement renforcir ses liens de partenariat avec des promoteurs privés
pour pouvoir faire du développement conjoint, donc un partage des
investissements, partage des bénéfices et, bien évidemment, toujours dans un
objectif de générer des revenus non tarifaires et pouvoir les réinjecter dans
le transport collectif.
M.
Caldwell
(Éric Alan)
: ...de
trouver des joueurs prêts à investir, et partager ce risque-là, et axer sur le
développement, bien, dans le développement des villes, ici comme ailleurs, les
développements autour du transport collectif sont ceux recherchés le plus et
parce qu'ils permettent l'atteinte de l'ensemble de nos objectifs. Et c'est ce
que l'ensemble des populations recherchent dans des métropoles comme la nôtre.
Donc, clairement,
partout ailleurs dans le monde, comme ici, c'est toujours des endroits où on a
le plus d'opportunités, autour des infrastructures de transport collectif.
M. Morin : On
nous a souligné, en fait, moi, on m'a souligné à quelques reprises que le fait
qu'on ait maintenant comme valeur la juste valeur marchande, que ça pourrait
avoir un impact sur la compétitivité de certains entrepreneurs ici et que ça
pourrait faire en sorte que certains investisseurs ne voudraient pas investir
parce qu'évidemment le montant de l'expropriation, si jamais ils sont
expropriés, serait évidemment réduit. Est-ce que c'est quelque chose que vous
craignez, puisque vous voulez faire aussi du développement immobilier, ou si ce
n'est pas un enjeu que vous rencontrez?
M.
Caldwell
(Éric Alan)
: ...de
densification des abords des infrastructures de transport collectif sont tels
qu'on n'est pas inquiets là-dessus, pas du tout.
M. Morin : OK.
Merci.
Le Président (M.
Jacques) : Est-ce qu'il y a d'autres interventions? Donc, je cède
maintenant la parole au deuxième groupe d'opposition pour une période d'environ
cinq minutes.
M.
Grandmont : Merci, M. le Président. Merci à vous trois et à votre
équipe, d'ailleurs, aussi, là, pour la préparation de ce mémoire fort éclairant
et intéressant. Je dois d'abord dire que je suis très content de voir des propositions comme celle d'autoriser... en fait,
des propositions d'autoriser l'expropriation pour réaliser des développements
autour des stations. Pour moi, c'est une belle réponse, justement, aux enjeux
qu'on rencontre actuellement. Puis, vous
avez une vision d'arrimage entre l'urbanisme, aménagement du territoire et le
transport. Et aussi, par ailleurs, une demande... une préoccupation très
grande pour la ministre, celui du financement des transports collectifs.
Donc,
il y a un aspect que vous avez un petit peu moins abordé dans votre
présentation, c'est les expropriations temporaires,
en page 12. Peut-être, juste nous expliquer en quoi ça consiste, puis en
quoi c'est un problème pour vous, puis la recommandation que vous faites
par rapport aux expropriations temporaires.
M.
Caldwell
(Éric Alan)
: ...laisser
peut-être Maha expliquer les technicalités de ce que c'est, une expropriation
temporaire, mais, juste pour mettre la table, disons-le, c'est des
expropriations qu'on fait pour les besoins du chantier, qu'on redonne à la fin
et pour lesquelles il ne reste plus rien pour le transport collectif. Donc, c'est... c'est un peu navrant de voir qu'on vient
utiliser des terrains, il faut les remettre dans leur état d'origine, et, quand
on a des projets d'envergure comme celui d'un prolongement de métro,
c'est sur plusieurs années. Donc, c'est des terrains qui nécessitent... qui
nécessairement vont devoir être requalifiés et c'est juste navrant de voir
qu'on ne peut pas y participer. Mais, peut-être, Maha.
Mme Clour
(Maha) : Bien, essentiellement, une expropriation temporaire, c'est
essentiellement ça. Un projet, par exemple,
comme un prolongement de métro, on identifie les terrains nécessaires comme
emprises permanentes pour l'implantation finale des infrastructures
d'une station de métro, d'un édicule, d'un terminus d'autobus, bref, toutes les installations en surface qui sont
nécessaires. Ceci dit, lors de sa construction, on nécessite un peu plus
d'espace, bien évidemment, pour les excavations, pour les équipements
lourds qui sont nécessaires pour faire les travaux, pour l'entreposage de
matériaux, les roulottes de chantier. Bref, ça prend une... un espace quand
même significatif autour de ces... de ces
terrains ciblés là pour pouvoir réaliser ces travaux, surtout dans un contexte
urbain dense, où les espaces sont quand même limités.
Ceci dit, lorsqu'on fait une expropriation
temporaire, c'est pour les besoins du chantier. Une fois les travaux complétés,
on recède le terrain aux propriétaires concernés parce que l'objectif étant de
maintenir le terrain, l'espace nécessaire pour bien opérer l'actif du métro et
bien l'entretenir, tout simplement.
Ce qui arrive souvent,
c'est que, dans ces expropriations temporaires, on doit indemniser de façon
provisoire l'exproprié une fois qu'on prend possession du terrain, mais après
ça il y a toute l'évaluation des dommages encourus pendant la période des
travaux, qui peuvent être sur plusieurs années. Dans le cas du prolongement de
la ligne bleue, on parle de quand même quelques années de réalisation. Souvent,
il faut même relocaliser. Si c'est dans des cas de cas résidentiels, il va
falloir relocaliser. Même dans le cas du commercial, ça peut arriver aussi.
Bref, ça devient très coûteux, onéreux, en
termes d'expropriation, pour finalement recéder le terrain à la fin et qu'on ne puisse pas nécessairement tirer
avantage du fait qu'on est à proximité, justement, d'infrastructures de
transport collectif puis qu'on peut justement miser sur des
développements plus densifiés autour de ces pôles intermodaux.
M. Grandmont : Puis il y a une
proximité. Puis, en même temps, bien, tant qu'à avoir exproprié, pourquoi ne pas poursuivre puis pouvoir maintenir ce...
utiliser ce terrain-là à bon escient dans le cadre du nouveau projet? Parfait.
Encore une fois, sur le... sur la question, là,
des pouvoirs que vous suggérez avoir, là, on est dans une crise du logement, je
n'ai pas besoin de vous l'apprendre, hein, vous le savez très, très bien, en
quoi, selon vous, le pouvoir d'exproprier autour des stations, notamment, là,
on verra la limite, là, 600, 800 mètres, c'est des exemples que vous avez cités, mais pourrait aider à travailler sur
cet enjeu-là, qui est parallèle, mais, en même temps, très, très lié, là? En quelle
mesure, dans le fond, ça pourrait aider, finalement, les villes à combattre la
crise du logement?
M.
Caldwell (Éric Alan)
: Mais, clairement, là, la
réponse courte et sèche, c'est : le potentiel de développement est plus
grand autour des stations de transport collectif. C'est une orientation qu'on
s'est donnée à tous les niveaux en termes d'aménagement du territoire,
et on y est complètement fidèle à la ville de Montréal.
Après, autre élément aussi qu'il faut
mentionner, c'est pour l'ensemble des ménages, les loyers... les familles à
revenus plus modestes, c'est aussi une solution pour faire en sorte que ces
habitations-là aient des résidents desquels
on les décharge d'une partie importante de leurs dépenses, c'est-à-dire le
volet transport, parce que le transport en commun reste le transport...
le transport collectif reste le moyen le plus économique de se déplacer en
ville, à part le transport actif, bien sûr. Mais, quand on le compare à des
modèles de développement qui sont basés sur la construction d'autoroutes, sur
la possession automobile, c'est une charge supplémentaire pour les ménages,
c'est une charge supplémentaire pour l'État, parce que la construction
d'infrastructures routières coûte plus cher à l'État que la construction de
transports collectifs pour des déplacements équivalents.
Donc, on vient répondre à une multitude d'objectifs :
la réduction de l'étalement urbain, qui fait partie des politiques
gouvernementales, le développement d'un potentiel d'habitation de densité et,
bien entendu, une économie même pour les
ménages qui y habiteront. Donc, on voit vraiment ça comme un modèle gagnant,
comme partout ailleurs dans le monde.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup pour votre exposé.
Et nous suspendons nos travaux quelques instants
pour faire place au prochain groupe.
(Suspension de la séance à 16 h 58)
(Reprise à 17 h 04)
Le Président (M. Jacques) : Bonjour.
Je souhaite la bienvenue aux représentants de l'Ordre des évaluateurs agréés du
Québec. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé
et qu'ensuite une période d'échange sera... se poursuivra avec les membres de
la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à commencer votre
exposé.
Ordre des évaluateurs agréés du Québec (OEAQ)
M. Goudreau (Pierre) : Alors,
bonjour. M. le Président. Mme la ministre, chers membres de la commission,
merci de nous offrir l'occasion d'échanger avec vous aujourd'hui. C'est un
privilège de pouvoir vous présenter les recommandations de notre mémoire en
regard du PL n° 22, Loi concernant l'expropriation. Permettez-moi
de me présenter rapidement, ainsi que ma collègue, et de vous parler de l'Ordre
des évaluateurs agréés du Québec, au nom de qui je prends la parole
aujourd'hui.
Alors, mon nom est Pierre Goudreau. Je suis
évaluateur agréé depuis maintenant 40 ans et je préside l'ordre depuis
cinq ans. J'ai acquis, au fil des années, une grande expérience en matière
d'expropriation, oeuvrant autant pour des
expropriés que pour des corps expropriants, dont le ministère des Transports du
Québec. Je suis accompagné de Mme Geneviève Caron-Martin, évaluateur
agréé, directrice générale et secrétaire de l'ordre. Alors, on a également
Me Lyne Tétreault, qui est assise à
l'arrière, qui est la coordonnatrice aux affaires juridiques de l'ordre. On
représente aujourd'hui l'Ordre des évaluateurs agréés du Québec, qui est
constitué en vertu du Code des professions et qui a pour mission la protection
du public en encadrant la pratique professionnelle d'environ
1 100 évaluateurs agréés. Nous partageons avec vous le même
objectif : protéger l'intérêt supérieur de la population.
Alors, l'évaluateur agréé, son rôle, c'est
d'émettre une opinion motivée de la valeur d'un bien ou d'un droit immobilier
dans toute circonstance où cela est requis. Ils sont régulièrement mandatés par
les corps expropriants, mais également par les expropriés afin d'émettre une
opinion sur la valeur du droit ou du bien immobilier exproprié et en quantifier l'indemnité. Dans ce cadre, il doit
analyser la situation de chaque exproprié afin d'élaborer des solutions qui
minimiseront l'effet de l'expropriation. Il estime l'indemnité requise et
finalement agit à titre de témoin expert devant le Tribunal administratif du
Québec lorsque nécessaire. Il doit agir avec impartialité et rigueur dans le
respect de son code de déontologie et de ses normes de pratique
professionnelle.
Nous sommes d'avis que l'implication de l'ordre
ainsi que de l'évaluateur agréé et la prise en considération de leur avis professionnel sont des éléments
essentiels à la réussite de cette réforme du cadre législatif de l'expropriation
pour, d'une part, minimiser les recours
devant les tribunaux et, d'autre part, éviter de potentiels préjudices aux
parties. On est les acteurs sur le plancher, on rencontre les expropriés
à chaque fois qu'il y a une expropriation. Donc, c'est important.
Adoptée il y a 50 ans, la Loi sur
l'expropriation se devait d'être modernisée et adaptée aux nouvelles réalités. Nous sommes ainsi satisfaits de constater que
plusieurs de nos recommandations émises dans notre mémoire de juin 2022 se retrouvent dans le projet de loi que vous
étudiez. Ensuite, nous voyons d'un très bon oeil la volonté gouvernementale
de réduire les délais reliés au processus d'expropriation. Ces délais sont
longs et coûteux financièrement pour les administrations
publiques et les particuliers et psychologiquement pour l'exproprié qui fait
face à un changement important et souvent inattendu dans sa vie.
Il est aussi rassurant de voir le gouvernement
déposer un projet de loi qui vise à assurer une transparence et une meilleure communication
entre les parties. Ça contribuera à faciliter la réalisation de projets
structurants et durables au Québec.
Là où nous aimerions apporter votre attention,
c'est au sujet des règles et approches prévues dans le projet de loi pour la
détermination des indemnisations aux expropriés. Adopté tel quel, le projet de
loi n'assure pas une protection maximale du public. Des risques de préjudices à
l'égard de citoyens expropriés demeurent. On devrait toujours garder en tête
que l'expropriation est un pouvoir exceptionnel qui est accordé à des corps
publics, qui leur permet d'acquérir des
droits immobiliers à des fins d'utilité publique. Le principe doit demeurer
ainsi. Nous souscrivons à l'objectif du projet de loi qui est d'assurer
une saine gestion des deniers publics, tout comme à celui de protéger les
citoyens qui subissent des expropriations.
Nos 30 recommandations présentées dans
notre mémoire peuvent être regroupées en trois grands thèmes. D'abord, celui
des définitions. L'introduction de certaines définitions dans le projet de loi
et l'absence de définitions clés en expropriation engendre de sérieux problèmes
dans le calcul des indemnités versées qui, rappelons-le, doit permettre à la
partie expropriée de se replacer dans une situation similaire à celle qui
précède l'expropriation, sans enrichissement ni appauvrissement. L'absence
marquée de définitions clés et éprouvée, comme celle de la valeur pour le
propriétaire et celle de la valeur spéciale à l'exproprié sont préoccupantes.
La valeur de convenance n'est pas non plus définie comme telle dans le projet
de loi. Le fait de les occulter vient directement affecter certains expropriés
et contrevient au principe de base qui est de verser une indemnité de
dépossession forcée plutôt qu'une valeur marchande.
• (17 h 10) •
On s'inquiète également des risques de
préjudices inhérents à l'utilisation d'une nouvelle série de définitions et
d'interprétations en ce qui a trait à l'usage le meilleur et le plus profitable
et la valeur marchande. Ces éléments conceptuels n'étaient pas problématiques
dans le cadre d'expropriations précédentes et sont reconnus par la doctrine, la
jurisprudence ainsi que les normes de pratique professionnelle de l'ordre. Nous
suggérons d'utiliser les définitions inscrites aux normes de pratique
professionnelle de l'ordre.
Le deuxième thème de notre mémoire est celui des
indemnisations. Il importe ici de rappeler que les expropriés n'ont pas décidé
de vendre ni du moment où ils seront dépossédés de leurs biens. Tout d'abord,
l'ordre est inquiet de voir le plafonnement de certaines indemnités,
contrairement à plusieurs autres juridictions canadiennes. Il est à notre avis impossible de plaider pour un
plafonnement des indemnités tout en plaidant pour un processus juste et équitable.
Ce sont deux concepts en opposition. C'est pourquoi nous recommandons plutôt de
favoriser une approche qui tient compte de
l'ensemble des caractéristiques de chaque cas. On ne peut pas arbitrairement
décider du maximum d'une indemnité.
Autre élément préoccupant : le projet de
loi propose un caractère très restrictif des éléments à considérer dans le
calcul des indemnités et qui contrevient à plusieurs principes en lien avec la
valeur au propriétaire. À la fin, c'est le citoyen qui risque d'en payer le
prix, particulièrement les expropriés en milieux ruraux ou en région. Les
aménagements qu'il a effectués et les projets qu'il envisage effectuer sont
autant d'éléments qui doivent être pris en considération pour éviter
l'appauvrissement de la partie expropriée; cela est fondamental.
Il est aussi important de rappeler que le
processus d'expropriation n'est pas fixe dans le temps. D'une part, il faut tenir compte de la date de libération de
l'immeuble et non pas de la date de signification de l'avis d'expropriation
pour déterminer la valeur des indemnités. En quelques mois, et on l'a vu au
cours des dernières années, la situation du marché peut changer rapidement, et
il est fondamental qu'on en tienne compte.
Ensuite, le projet de loi n° 22 limite la
période de calcul des préjudices dans le temps. En d'autres termes, il dicte la
période jusqu'à laquelle un exproprié subit les impacts de l'expropriation sans
tenir compte de sa réalité propre. L'ordre est d'avis qu'on ne peut pas limiter
dans le temps la période de calcul de l'indemnité, sans quoi on risque de créer, pour l'exproprié, des préjudices.
Pensons aux locataires résidentiels qui résident depuis longtemps à la même
adresse et aux agriculteurs qui perdent des capacités de récolte, ils subiront
l'effet de l'expropriation à perpétuité sans être indemnisés en conséquence.
Notons
également que l'article 151 du PL n° 22 prévoit que la
réserve entre en vigueur à la date de l'inscription au registre foncier
et le demeure pour une période de quatre ans. C'est beaucoup trop long. Pendant
ce temps, l'actif immobilier est gelé, et le propriétaire
assume tous les frais relatifs à son maintien, notamment les taxes foncières et
le financement, sans possibilité de revenus, surtout pour les terrains vacants.
En plus, la valeur continue d'augmenter pendant
ce temps, et l'expropriant devra payer la valeur au moment de l'avis
d'expropriation ou de prise de possession tel que nous le suggérons.
Le troisième thème est celui de l'accès à la
justice. Les personnes expropriées font souvent face à une équipe d'avocats et
d'évaluateurs agréés qui travaillent pour le corps expropriant. Pour éviter un
rapport asymétrique au détriment de
l'exproprié, des mécanismes de protection supplémentaires doivent être mis en
place à même le PL n° 22 afin
de favoriser un meilleur accès à la justice et, par le fait même, garantir un
meilleur équilibre expropriant-exproprié devant la loi. Nous avons plusieurs recommandations à cet effet, dont le
remboursement de frais judiciaires raisonnables, et il nous fera plaisir
d'en discuter avec vous.
En terminant, nous saluons à nouveau la volonté
du gouvernement de réformer de la Loi sur l'expropriation. Nous devons
également attirer votre attention sur le fait que la très grande majorité des
dossiers d'acquisition de propriétés ou de droits immobiliers à des fins
publiques se règlent, d'une part, de gré à gré avant même l'émission d'un avis d'expropriation et, d'autre part, sans
auditions devant le tribunal administratif, démontrant clairement que le système
d'indemnisation en place fonctionne très bien. La jurisprudence est bien
établie et connue des professionnels oeuvrant dans le domaine. Le tribunal
administratif, affaires immobilières, est formé d'avocats et d'évaluateurs
agréés d'expérience, et, lorsqu'ils ont à rendre une décision, ils font une
analyse exhaustive de la preuve et de l'argumentaire des deux parties, sans
préjugé, lorsqu'une entente hors cour n'est pas possible.
Nous sommes également conscients que les
nouvelles réalités en matière de développement immobilier doivent être prises en considération, notamment la
protection des milieux humides, des zones d'intérêt environnemental et
des zones agricoles dans l'analyse de l'usage le meilleur et le plus
profitable. D'autre part, l'expropriation amène son lot de dossiers
particuliers et de tragédies humaines qui doivent être traités selon le concept
de la valeur au propriétaire afin de s'assurer que les expropriés soient
indemnisés adéquatement, sans appauvrissement.
Merci de votre écoute, et c'est avec plaisir que
nous allons répondre à vos questions.
Le
Président (M. Jacques) : Merci beaucoup pour votre exposé. Je cède
maintenant la parole à Mme la ministre pour une période de
15 min 28 s.
Mme Guilbault : Oui. Merci, M. le Président. Merci beaucoup, M. Goudreau, madame
qui vous accompagne. Très heureuse de vous accueillir ici cet
après-midi. L'échange sera certainement constructif.
Je vous avoue que votre propos détonne assez
nettement de ce qu'on a entendu jusqu'à maintenant dans les consultations
particulières, mais c'est aussi pour ça qu'on a un ensemble d'intervenants dans
les consultations particulières. Puis, je pense qu'on rencontre
24 groupes, donc il y en a pour tous les points de vue. Puis je trouve ça
intéressant que vous ameniez un petit peu un angle inédit à ce jour, parce que,
de prime abord, tout le monde s'est dit favorable au projet de loi. Tous ceux
qui sont venus à date ont dit : C'est une bonne chose qu'on ait un projet
de loi, cette loi-là, on avait besoin de la moderniser. C'est ce que vous avez
dit aussi en introduction. Mais, par ailleurs, quand je regarde vos
modifications... vos recommandations, c'est-à-dire, pardon, votre mémoire puis
un peu l'esprit général du propos que vous venez d'avoir dans les
10 dernières minutes, je... comment je pourrais dire, la manière dont vous
suggérez qu'on garde la valeur au propriétaire plutôt que d'aller vers une
valeur marchande, et qu'on ne revoie pas le
calcul des indemnités, et même qu'on n'encadre pas davantage l'UMPP me porte à
croire qu'en fait il y a des pans
importants du projet de loi, parce que ces trois éléments-là... je vous avoue
que c'est trois éléments très importants. Puis les groupes qui vous ont
précédés, qui doivent exproprier pour des projets, entre autres des projets
d'école, de transport collectif, de parcs, de logements, etc., étaient tous
unanimes à l'effet que ces concepts-là méritent d'être encadrés davantage parce
qu'ils sont à l'origine d'indemnités qui sont, des fois, à un prix très élevé par
rapport à la capacité de payer puis qui sont à l'origine aussi de délais parce
qu'il y a toutes sortes de démarches.
Donc, dans cette mesure-là, j'ai envie de vous
demander... peut-être, puis ce sera une question ouverte, là, vous aurez la
possibilité de répondre, du fait que, pour vous, ces trois notions-là ne
devraient pas être encadrées dans un projet
de loi, qu'est-ce qui, au net, fait que ce projet de loi là, selon vous, est
bon? Quels sont les éléments qui, selon vous, méritent d'être effectivement
modifiés par rapport à la loi actuelle? Parce qu'en écartant ces trois
éléments-là, pour moi, on enlève une grosse partie des bienfaits qu'on
va être capable de tirer de ce projet de loi là. Donc, je serais curieuse de
voir quels sont, selon vous, les éléments positifs.
M. Goudreau (Pierre) : Les éléments
positifs sont en regard des délais et des procédures, tout ce qui est... La loi
existante en expropriation, c'est principalement une loi procédurale, alors
elle nous indique comment on doit agir et à
quelle vitesse. Dans la loi actuelle, il y a très peu de délais de rigueur,
alors, évidemment, n'ayant pas de délai de rigueur, quand on demande des
informations d'une partie ou d'une autre, ça s'étire dans le temps. Alors, on
garde un peu... les deux parties gardent un
peu leurs petits secrets et n'échangent pas très facilement, dans beaucoup de
cas, les informations nécessaires à estimer une indemnité et à estimer
des dommages qui vont venir.
Alors, ce que ça fait, c'est que tous les
nouveaux délais, c'est parfait, même, il n'y en a probablement pas tout à fait
assez. Il y a peut-être des améliorations, encore là, aux délais, à faire.
J'écoutais Me Burelle, ce matin, que je connais bien puis qui en a parlé,
qu'on pourrait réduire encore peut-être les délais. Je suis d'accord avec elle.
Quant aux valeurs,
écoutez, actuellement, si on regarde, il y a beaucoup de gens qui parlent
d'expropriation déguisée, l'article 170, 171, on parle de l'UMPP. Le
marché immobilier est ainsi fait qu'il se régule par lui-même. C'est-à-dire
que, si on regarde la protection des milieux humides, la protection des boisés
d'intérêt ou des choses comme
ça, il y a 25 ans, un acheteur, un développeur immobilier achetait une
grande terre, un grand territoire, puis il disait : Bon, je vais
développer ça à long terme, il n'y a pas de problème, tout ça. Il ne se badrait
pas de savoir s'il y avait un type de grenouille ou un type de flore de
tel type. Aujourd'hui, il le fait parce qu'il sait qu'éventuellement, lorsqu'il
va faire son développement de terrain, il va devoir prendre ça en
considération. Il prend ça en considération. Il prend également en
considération le délai qu'il doit attendre pour le développer pour fixer le
prix d'acquisition de son terrain. Alors, c'est sûr que, s'il pense qu'il peut
le développer dans trois ans, il va payer plus cher que s'il pense qu'il peut
le développer dans 10 ans, le terrain, ce qui est tout à fait normal parce
qu'il veut avoir un rendement tout ce temps-là.
• (17 h 20) •
Le marché,
actuellement, est en train de s'autoréguler sur toutes les nouvelles formes de
zonage, d'utilisations potentielles des terrains. La jurisprudence y
vient également. Je peux vous citer des jugements à l'effet que, bon...
d'ailleurs, un, dernièrement, où on parle de... ville de Bromont, une montagne
en plein coeur de Bromont qui a été expropriée
et où la ville dit : Non, c'est un UMPP et conservation. Le propriétaire
dit : Non, l'UMPP, c'est résidentiel. Le tribunal est habilité à
juger ça, il y a des critères qui sont établis. Le jugement a sorti :
valeur en conservation. Parfait, l'UMPP,
c'est conservation. Maintenant, comment on estime la valeur de ça? J'ai entendu
plusieurs intervenants, parce que j'ai écouté les autres présentations, dire
que c'est difficile d'évaluer des terrains conservation. Il y a plein de
transactions au Québec qui impliquent des immeubles qui ont été vendus pour
fins de conservation. Alors, est-ce qu'on peut déterminer la valeur marchande?
Tout à fait. Alors, on détermine la valeur marchande de ces terrains-là par la
méthode de comparaison, qui est une méthode très connue, on analyse les ventes
de terrains, de grands terrains de forêts qui ont été vendus pour fins de
conservation et on estime la valeur marchande du terrain.
Toute l'histoire de la
valeur au propriétaire, il faut démystifier tout ça. Je pense que les gens
mélangent un peu les concepts. Si on prend un terrain qui est justement pour
fins de développement et on va analyser l'usage le meilleur et le plus
profitable, ça, c'est un élément, mais l'usage le meilleur et le plus
profitable, il est déterminé en fonction de quoi? Bon, en fonction du marché et
en fonction de ce qu'on peut observer dans le marché, en fonction des zonages en vigueur, en fonction du PMAD, en
fonction du schéma d'aménagement de la région où on est. Ensuite, on détermine
la valeur marchande du terrain, parce que la base de l'indemnisation, c'est la
valeur du bien immobilier. C'est déjà ça, ce concept-là est déjà là.
La valeur au
propriétaire s'applique beaucoup plus pour des petits propriétaires où, là, il
y a des... vraiment des enjeux importants. Et, dans le projet de loi
n° 22, il y a des éléments d'indemnisation qui vont venir frapper ces
gens-là. Des exemples? Je sais que vous avez demandé beaucoup d'exemples au
cours des périodes de questions, des exemples, j'en ai un scrapbook plein,
d'exemples, parce que j'ai fait beaucoup d'expropriations dans ma carrière, et il y a des éléments que... si on enlève de la
valeur aux propriétaires, ces gens-là ne seront pas indemnisés convenablement.
Je vous donne un
exemple très facile qui me vient à l'idée. Lors de la construction de
l'autoroute 30, j'étais mandaté par le
MTQ pour acheter les propriétés. On est en zone agricole, une maison qui a été
construite, évidemment, avant l'adoption de la loi sur la protection du
zonage agricole. Le monsieur était installé là, sa famille est là depuis des
années. Il a un gros garage, il est camionneur indépendant. Il stationne son
camion dans l'entrée chez lui, il met une clôture, il fait l'entretien de son
camion chez lui. Il se fait exproprier. Il s'en va où avec son camion? Nulle
part. Il ne va nulle part, c'est une valeur au propriétaire, il n'y a personne
qui va venir. Puis il ne peut pas remplacer ça, il est en zone agricole. Donc, il a un droit acquis qu'il va essayer de
remplacer en zone agricole en droit acquis. Impossible, il n'en trouvera pas. Il veut stationner son
camion en zone urbaine, s'acheter une maison en zone urbaine. Impossible, il
n'a pas le droit de stationner son camion. Il fait quoi? Il faut avoir les
mains libres pour pouvoir travailler.
Quand on parle
d'approche d'expropriation, il faut avoir les mains libres pour trouver des
solutions. Comme je disais, il faut trouver des solutions pour minimiser
l'impact des expropriations. Les propriétaires des grands terrains, c'est un
problème, oui, mais il y a tous les autres, puis tous les autres, c'est
beaucoup plus de l'exproprié. Et c'est plein de cas comme ça qui sont un
problème majeur. Et, si on donne encore plus de pouvoir au corps expropriant,
il va arriver des tragédies.
Quand je parle de
tragédie humaine, je ne veux pas faire pleurer personne, mais... Je ne
travaille presque plus. J'ai une cliente que je m'occupe, puis elle m'a permis
de vous parler de son dossier, mais c'est juste qu'elle avait travaillé pendant
six ans sur un projet. Grosse annonce avec la mairesse de la municipalité qui
annonce son projet, création de 80 emplois. Neuf mois plus tard, la même municipalité
envoie un avis de réserve sur 85 % de la propriété.
Le projet en question, votre gouvernement avait même donné une subvention de
plus de 1 million de dollars pour réaliser le projet. Elle a encore
les lettres, elle attend. Ils sont prêts à verser l'argent, mais il n'y a plus
de projet.
Alors, quand on parle
de prévisibilité, il faut en parler des deux côtés de la médaille. Il faut
prévoir aussi. Les investisseurs, eux autres, ils ont de l'argent, ils veulent
investir, ils prévoient des projets, mais, quand arrivent des situations comme
celles-là, je peux vous dire que c'est vraiment particulier, là. Et là ils sont
en cour. Le projet... ce projet-là est en cour, il est au tribunal. La mairesse
a même dit que ça coûterait peut-être 25 millions d'acquérir tout ça. Allez voir. Alors, ça, les valeurs ne sont pas
établies là, mais il reste que c'est des projets comme ça qu'il faut protéger,
beaucoup plus que les grands propriétaires terriens. Et eux vont s'adapter, ils
vont s'adapter au marché immobilier.
La problématique des
expropriations déguisées, elle vient d'une chose. Il y a 20 ans, quand les
propriétaires achetaient des grands terrains puis ils se disaient : Je
vais le développer dans 10, 15, 20 ans, ils ne s'occupaient pas, justement,
des milieux humides. Là, ils font face à ça. Mais eux, ils n'avaient pas prévu
ça dans leur planification de développement, ils n'avaient pas prévu ça. Ce
n'était pas quelque chose qui était connu dans le marché, que c'est une
préoccupation. Alors là, ils font face à de nouveaux zonages, de la nouvelle
réglementation qui vient effectivement réduire leur droit de propriété, et là,
bon, ils font des requêtes en expropriation déguisées, tout simplement, là. Là,
après ça, bien, il y a l'indemnisation de ça qui doit être faite.
Mme
Guilbault : Puis quand vous dites... parce
que je vous ai entendu dire : Le régime actuel, il fonctionne très bien ou fonctionne bien, il fonctionne très
bien, quelque chose comme ça. Puis on est tous très sensibles, là. Les cas que
vous évoquez, c'est vrai que, pour un particulier, ce n'est pas du tout la même
chose que pour un propriétaire millionnaire qui... ou quelqu'un qui achète pour
faire la spéculation, et tout ça, puis ça... Puis la recherche de l'équilibre
entre l'expropriant-l'exproprié est omniprésente, là, à travers tous les
travaux, à travers le projet de loi, puis, s'il faut le bonifier, on va le
faire... bien, il faudra vraisemblablement le bonifier, mais il reste que...
Puis, avant vous, il y avait la STM, je pense que vous étiez dans la salle, ils
ont donné l'exemple du prolongement de la ligne bleue, en ce moment, en
disant : 13 % du coût du projet est attribuable au processus
d'expropriation. Bon, c'est leur évaluation,
mais, tu sais, 13 %... puis le chiffre officiel public du PLB, c'est
6,4 milliards. Donc, 13 % de 6,4 milliards, c'est quand
même 832 millions. Tu sais, je comprends qu'il faut dédommager, il y a une
partie du 832 millions qui serait déboursée même avec le nouveau projet de
loi, mais c'est presque 1 milliard.
Puis la CMM, qui est venue la semaine dernière,
nous disait : Nous, on a un ensemble de terrains, là, qu'il faudrait
exproprier pour les objectifs du 30 % de protection, puis tout ça, puis
nous, on évalue ça à 68 millions, les propriétaires à 508 millions.
C'est des deltas, puis, vous avez raison, le marché se régule puis c'est le
libre marché, puis tout ça, mais, en même temps, ça n'a pas de sens parce que
non seulement ça ne finit plus en cour des fois, puis c'est des choses... La
STM nous disait qu'ils ont encore des expropriations pas réglées de 2014 pour
des projets, ça fait que les délais puis...
mais les coûts... Parce que c'est... Le public paie pour ça, tu sais. Je veux
dire, une ville essaie de faire un
projet, ou sa société de transport, ils trouvent que ça coûte cher, ils font
quoi? Ils quêtent au gouvernement. Puis là, après ça... puis c'est les
mêmes poches, là, mais, je veux dire, c'est nous, là. Puis là, après ça, nous
autres, on essaie de quêter au fédéral, on n'est pas sûr s'ils disent oui ou
non, ça fait que ça retombe sur nous, au gouvernement du Québec, donc... Puis
je ne dis pas ça pour qu'on fasse pitié, parce que, je veux dire, on est tous
dans le même bateau, là, parce que c'est tout le même argent à quelque part.
Donc, alors, il faut absolument trouver une façon de circonscrire les déboursés
dans ces projets-là, en tout respect des expropriés, évidemment, là. Tu sais,
c'est une grande source de préoccupation. Mais actuellement, il y a clairement
de l'exagération.
Puis votre
collègue... en tout cas, vous connaissez Me Burelle qui était là ce
matin, donnait un exemple. Elle a dit : Moi, un de mes clients...
Nous, on évaluait à 3 millions, eux à 24. Ça fait qu'elle disait : Je
m'en vais en cour avec un projet qui a une différence de 21 millions dans
nos deux esprits. Puis là elle, elle parlait des... juste la procédure, le
juridique : Tu sais, on n'a pas le temps de se préparer, on a
3 000 pages à lire en un mois. Des affaires qui n'ont pas de bon sens, qui n'ont pas de rapport avec ce que
vous et moi on discute en ce moment. Mais donc il y a une démesure
actuellement qu'on essaie de venir atténuer dans ce projet de loi là. C'est ça,
en tout cas, l'objectif. Mais vous, vous semblez penser qu'en gardant les mêmes
concepts actuellement... Comment est-ce qu'on pourrait atteindre l'objectif de
réduire la démesure financière puis ce qu'on sort des poches des contribuables
tout en maintenant telles quelles les notions comme vous le suggérez? C'est ça
que j'ai de la misère à comprendre.
• (17 h 30) •
M. Goudreau (Pierre) : Bien,
écoutez, premièrement, c'est très peu de dossiers. Ils sont gros, mais ils ne
sont pas nombreux. Donc, on n'a pas beaucoup de choses à circonscrire
là-dedans, on a seulement une partie du problème
qui est là. Et ce problème-là, je pense, il se règle rendu au tribunal. En
fait, c'est que les tribunaux, on regarde la jurisprudence qui sort actuellement, ils ne sont pas nécessairement
en faveur de ces projets-là puis des 500 millions qui sont estimés,
et compagnie. Donc, il faut faire attention. Plus la jurisprudence se développe
et plus on se rend compte que ça descend, là. Oui, les demandes sont élevées,
mais il faut regarder la jurisprudence et les résultats de ces éléments-là.
Alors, je pense que c'est ça qu'il faut faire.
Quand on parle de 800 millions pour la
ligne bleue... j'ai fait plusieurs dossiers dans la ligne bleue, on en a encore
à mon cabinet, même si je ne travaille presque plus, on a encore quelques
dossiers, au cabinet, qui traînent. Il y a plein d'éléments là-dedans qu'on...
peut-être qu'on oublie. Le 800 millions, ils ont acquis... ils ont été
obligés d'acquérir un centre d'achat au complet. Les deux tiers du centre
d'achat, ils sont propriétaires de ça, 800 millions moins peut-être 200 millions,
la valeur, ce centre d'achat là.
Le Président (M. Jacques) : En
terminant.
M. Goudreau (Pierre) : Alors, ce
n'est peut-être plus 800, c'est peut-être moins, là.
Le
Président (M. Jacques) : Merci beaucoup pour cet échange avec Mme la ministre.
Donc, je cède la parole à l'opposition officielle. M. le député de...
M. Morin : De l'Acadie.
Le Président (M. Jacques) : De
l'Acadie.
M. Morin : Alors,
merci, M. le Président. Merci beaucoup d'être là. Merci pour votre mémoire,
très complet, d'ailleurs. C'est intéressant, ce que ce que vous dites,
parce qu'effectivement, comme le soulignait Mme la ministre, depuis le début,
là, c'est presque une... tu sais, une symphonie parfaite, tu sais, tout le
monde joue à peu près le même air. Et là, tout à coup, woups! vous arrivez avec
des notes, pas discordantes mais, disons, différentes. Puis je trouve ça
intéressant parce que, bien, le travail, justement, du législateur, c'est de
faire en sorte qu'éventuellement la population puisse bénéficier d'un projet de
loi qui est le mieux possible.
Alors,
j'aborde ça d'une façon un petit peu... un petit peu différemment parce que,
quand on lit votre mémoire... Évidemment, vous êtes un ordre
professionnel, donc vous êtes régis par votre loi, le Code des professions,
votre mandat, c'est la protection du public.
Vous n'avez pas un intérêt, là, dans ce que... dans ce que vous faites, là. Et
donc, comme professionnels, vous devez avoir une certaine discrétion, une marge
de manoeuvre, et puis vous avez évidemment des compétences propres à
votre art et votre science.
Le projet de loi, un de ses objectifs, c'est de
venir vraiment encadrer, délimiter des types d'indemnités, avec même des
montants, parce qu'on voit tout ça dans le projet de loi. Vous, comme
professionnels, si, là, c'est adopté tel quel, est-ce qu'il vous reste une
marge de manoeuvre pour faire votre travail, comme professionnels, ou si vous appliquez... ou vous aurez à appliquer des notions
purement mathématiques, tels qu'ils sont décrits dans le projet de loi? Est-ce
que ça va vous empêcher, en fait, là, honnêtement, de faire votre job?
M. Goudreau (Pierre) : La
réponse est oui, clairement oui, surtout en milieu, je vous dirais, plus... En
milieu urbain, où les valeurs marchandes sont très élevées, c'est plus ou moins
un problème. Quand on s'en va dans le milieu rural, la valeur de convenance et
la valeur spéciale de l'exproprié deviennent très importantes. Et, lorsqu'on
maximise ça à 20 000 $... Je vous donne un exemple assez simple. Je
suis propriétaire d'un immeuble dans un petit village en Abitibi ou quelque
chose, la valeur de l'immeuble, c'est 250 000 $. Malheureusement pour
moi, j'ai une personne à mobilité réduite qui demeure avec moi, je dois faire
des aménagements importants dans la maison. Ces aménagements-là vont coûter à
peu près la même chose en Abitibi qu'à Montréal, là. On s'entend que faire des
rampes d'accès, élargir des portes, arranger des salles de bain, tout ça va
coûter le même prix qu'à Montréal. La différence,
c'est qu'en pourcentage de valeur marchande, c'est pas mal plus élevé. Alors,
si on arrive puis on maximise le fameux 35 %... le 135 %,
entre autres, de maximisé, on vient automatiquement de pénaliser la personne en
région.
Puis ces
aménagements-là, en passant, coûtent beaucoup plus cher que 20 000 $,
là. D'aménager une résidence pour personne à mobilité réduite, c'est
beaucoup plus dispendieux que 20 000 $. Or, si vous mettez la maison
sur le marché, si la maison vaut 200 000 $ sur le marché puis que ça
a coûté 75 000 $ d'aménagement, vous ne la vendrez pas 275 000 $ parce que la valeur
contributive de ces éléments-là... il n'y a pas grand monde qui vont être
intéressés de payer 75 000 $ pour. Alors, la maison va
peut-être se vendre 225 000 $. Alors, si on va en valeur marchande,
on maximise la valeur de convenance à 20 000 $ puis on ne parle plus
de valeur au propriétaire, bien, le propriétaire, lui, il vient de... il vient
automatiquement de s'appauvrir.
Je vous donne
un autre exemple aussi. Vous avez un monsieur qui... un monsieur, une dame, en
tout cas, qui a un commerce. Je dis
un monsieur parce que je parle d'un commerce de mécanique automobile, on voit
plus de monsieurs qui ont ça, un garage deux portes, trois portes, sur
une route provinciale à proximité d'une ville qui est en plein... en plein
essor, une ville de banlieue, disons. Le ministère décide d'élargir la route — c'est
bien correct, là, il n'y a aucun problème — exproprie. Le monsieur a, je
ne sais pas, 58 ans, il gagne sa vie avec ce garage-là. On s'entend que ce
n'est pas une business qu'il va mettre sur le marché puis qu'il va vendre
4 millions, en quelque part, là, on s'entend là-dessus. Monsieur a
58 ans, il se fait un salaire de 75 000 $, 100 000 $
par année, bon an mal an, d'année en année.
Son fonds de pension, c'est quoi? Son fonds de pension, c'est l'immobilier qui
est en dessous. Et là il voit le développement arriver, puis là ils
construisent des immeubles plus denses puis des centres d'achats, puis ils
construisent. Et là les promoteurs commencent à aller le voir puis ils
disent : Bon, bien, regarde, c'est sûr que le zonage va être changé.
Regarde, on s'en vient, tout ça, puis ta, ta, ti, ta, ta, ta, on est prêts à
t'acheter tout de suite. Mais le monsieur n'est pas prêt, lui, alors là, s'il
est exproprié, qu'est-ce qui arrive? Avec le PL n° 22, on va choisir... à
cause des approches d'expropriation, on va être obligé de choisir, dire :
Bien, c'est une business, on va l'exproprier sur la valeur de sa business ou,
on oublie ça, on va l'exproprier sur l'usage qui s'en vient, qui va
nécessairement être une plus-value, mais les six, sept ans que le monsieur a
prévus avant de prendre sa retraite, qu'il gagne 100 000 $, par
année, si je lui paie seulement la valeur de son terrain dans six ans, la
valeur actuelle... actualisée de son terrain
dans six ans, le 500 000 $, 600 000 $ de pertes de revenus
qu'il va faire pendant ce temps-là, qui va lui payer? Il n'ira pas
s'ouvrir un autre de garage à 59 ans, essayer de se trouver une autre place, un
garage pour faire sa mécanique, là. Alors, il faut le dédommager pour ça, là.
C'est ça, de la valeur au propriétaire, ce n'est
pas une valeur inventée pour un terrain en développement qu'un jour on va développer à quelque chose, là,
ce n'est pas inventé comme ça, là, c'est ça, une valeur au propriétaire. Le
monsieur, il n'a pas choisi de vendre sa propriété, là. C'est plein d'exemples
comme ça.
M. Morin : Je comprends, d'après,
bon... d'après votre témoignage, qu'au fond la valeur au propriétaire puis la valeur marchande, pour la valeur d'un immeuble,
ça peut varier d'une façon quand même importante, tout dépendant des cas.
M. Goudreau (Pierre) : Exactement.
C'est que la base... C'est que la loi dit actuellement... C'est une indemnité
qui est composée de quoi? La valeur du bien exproprié plus les dommages reliés
à l'expropriation. C'est aussi simple que
ça. C'est ça, la loi, qu'elle dit, actuellement. On veut être plus précis?
Parfait. Mettons c'est quoi, une valeur de convenance, mettons c'est
quoi, une valeur spéciale à l'exproprié, dans la loi, avec des définitions qui
sont déjà acceptées et reconnues, reconnues dans nos normes, reconnues par les
tribunaux, qui sont souvent citées dans les jugements, on va savoir où on s'en
va, mais, si on ne fait pas ça puis si on enlève tout ce qui est valeur au
propriétaire, bien, je peux vous dire que dans... on ne fera pas mal aux gros
propriétaires immobiliers, on va faire mal aux petits propriétaires
immobiliers. Parce que les gros propriétaires immobiliers, ils n'ont pas besoin
de ça, la valeur au propriétaire, ça n'a pas rapport, c'est une... On évalue la
valeur marchande d'un terrain, d'un grand terrain, en fonction de quoi? De son usage le meilleur et le
plus profitable, point. Et après ça on compare ça avec des transactions
de terrains qui ont été faites sur le marché à des valeurs comparables. C'est
tout.
On a le jugement,
justement, de l'hôpital à Vaudreuil, c'est exactement ce que le tribunal a
établi. Il a établi, bon, c'est en zone
agricole, UMPP agricole, mais le terrain est collé sur le périmètre urbain, ce
qui vaut plus cher qu'une terre agricole qui est située à 10 kilomètres
du périmètre urbain, fort probablement. Alors, c'est juste une question
d'analyse de marché, de relevés de marché, et de dire : Voici la valeur
marchande du terrain. C'est tout. Alors, ce n'est pas très compliqué, là.
M. Morin : Je vous remercie. Me Burelle nous disait qu'aux
articles 169, 170, quand on parle d'expropriation déguisée, ce ne serait
peut-être pas une mauvaise idée d'avoir une définition de ce que c'est, une
expropriation déguisée, ce qui n'est pas inclus dans le projet de loi. Quelle
est votre opinion là-dessus?
• (17 h 40) •
M. Goudreau
(Pierre) : Effectivement, une définition de l'expropriation déguisée
serait probablement utile. Maintenant, qu'est-ce qu'on inclut là-dedans, dans
l'expropriation déguisée? Quand on parle de milieux humides, pour moi, ce n'est
pas de l'expropriation déguisée. Il y a un usage qui est là, qui est des
milieux humides, il faut les protéger.
Parfait. Il y a un usage et il y a une valeur reliés à ça. Il y a des
transactions qui impliquent des milieux humides.
Quand un propriétaire
achète une grande terre qui a 20 % de milieux humides, il sait qu'il y a
20 % de milieux humides, le prix est là, il faut juste les analyser
convenablement et en déduire des valeurs. Il y a un grand jugement, une grande
expropriation qui a eu lieu à Terrebonne, ville de Terrebonne. C'est
probablement le procès qui a été le plus long, là, je pense que ça a pris 150
jours d'auditions, c'est un peu une folie, mais, en tout cas, ça a pris ça, et,
là-dedans, il y a différents taux qui ont été trouvés. Alors, les terrains
en... justement, des zones humides ou des
zones de protection riveraines, il y a eu une entente entre les experts, voici,
c'est ça, le montant, on s'entend pour ça. Ensuite, il y a eu des
montants pour les terres. Il y avait 10 ou 12 terres d'impliquées. La première
terre sur le développement a été évaluée plus chère, puis la dernière au bout,
qui va prendre 10 ans ou 12 ans à développer, a été évaluée moins cher. C'est ça, de l'évaluation. Ce n'est pas de la valeur
au propriétaire, ça, c'est de la valeur marchande. Puis c'est ça, le
principe qu'on applique en expropriation, la plupart du temps.
M. Morin :
...votre connaissance, dans
d'autres provinces, comme en Ontario, par exemple, ou en Colombie-Britannique,
la valeur marchande est une valeur qui est reconnue par la législation ou la
loi de ces provinces-là également?
M. Goudreau
(Pierre) : Je pense que oui. Je vous avoue que je n'ai jamais
travaillé en expropriation dans ces provinces-là... oui, une fois en Ontario,
mais sous l'égide de la loi fédérale de l'expropriation. Je peux vous dire,
j'ai travaillé ici, au Québec, sous l'égide de la loi fédérale également, pour
la réfection du pont Champlain... je peux vous dire que la valeur au propriétaire,
ce n'est pas indiqué «valeur au propriétaire», mais ça s'applique très bien.
Il y a un cas qui a
été très médiatisé, les expropriés de la rue May, à Verdun, où on avait des
maisons en face d'un mur de béton parce que l'autoroute passait ici puis les
maisons étaient là. Évidemment, ces maisons-là, en valeur marchande... beaucoup
moindre que la maison qui est située une rue en arrière, mais elles bénéficient
de tous les mêmes avantages : à distance à pied de la station de métro,
des commerces, tout ça, très près du centre-ville. Sauf que, si tu expropries ces gens-là, et ce qui a été fait, ils ne sont pas
capables de se reloger dans le même quartier pour la valeur marchande de leur
propriété, ils sont obligés de s'en aller en banlieue. Est-ce qu'on permet ça?
Est-ce que ces gens-là doivent être déracinés de leur milieu parce qu'il y a
une expropriation puis on ne peut pas avoir l'équivalent sur le marché?
Alors, on a négocié
avec le fédéral, et ils ont payé l'équivalent d'acheter une maison dans le même
secteur, une maison très comparable, caractéristiques comparables, pas de mur
de béton, parce qu'il n'y en a pas d'autres, maisons avec le mur de béton,
c'est particulier. Et ils ont payé la pleine valeur de racheter une maison pour
remettre les expropriés dans la même situation, dans le même quartier où ils
étaient, tout simplement.
Est-ce que c'est un
enrichissement des expropriés? Oui et non, parce que, s'ils sont payés, bon,
ils vont avoir une propriété dans le même secteur qui va valoir plus cher que
l'ancienne, sauf que, si la valeur marchande est, mettons, de
400 000 $ pour la maison et que, pour s'en racheter une pareille dans
le même secteur, il faut qu'ils paient 700 000 $, pour retrouver le
400 000 $, il faut qu'ils aillent pas mal plus loin. Alors, qu'est-ce
qui va arriver? Ils vont être obligés d'acheter une deuxième voiture, ils vont
être obligés de voyager beaucoup plus, il va y avoir des frais appliqués à ça.
Ils n'ont pas d'affaire à payer ça quand ils ont choisi d'endurer le mur de béton
puis de vivre là parce que c'est un avantage
pour eux d'être là. Ils bénéficient de tous les services, ils vont au travail
par le métro, ils ne pourront plus faire ça.
M. Morin :
Je vous remercie.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup pour ce bel échange. Je cède maintenant la parole à M. le député
de Taschereau.
M. Grandmont : Merci, M. le Président.
Bonjour à vous pour... et merci pour votre présentation. C'est intéressant.
J'aimerais vous
entendre sur l'accès à la justice. C'est un des éléments, un des thèmes, là,
que vous avez identifiés comme étant manquants, là, ou, en tout cas, un des
thèmes que vous voulez mettre en valeur là-dedans. Vous avez entendu, vous
l'avez dit tantôt, Me Burelle, plus tôt ce matin, qui a parlé parlez aussi
d'accès à la justice et qui disait : On
devrait s'assurer de pouvoir offrir... accorder les frais, là, au niveau des
avocats puis, en même temps, s'assurer de
l'encadrer, de le baliser, donc, déjà, de faire un guide de balises. Ce n'est
pas exactement ses termes, mais, grosso modo, c'était ça. Puis, en même temps,
aussi mettre... elle a parlé d'un ticket modérateur. Moi, je suis toujours un
petit peu... ce n'est pas un terme que j'aime particulièrement, mais trouver
des façons d'éviter les abus pour que ça devienne un recours systématique à ces
avocats-là. J'aimerais vous entendre là-dessus spécifiquement.
M. Goudreau
(Pierre) : Je suis tout à fait d'accord là-dessus avec Me Burelle, il
faut contrôler ces coûts-là parce que ça peut être des coûts très élevés.
La même chose, les
évaluateurs agréés, lorsqu'on va au tribunal, quand on dépose nos comptes
d'honoraires, ils sont examinés, questionnés par l'autre partie, que ce soit...
par la partie expropriante, généralement, parce qu'on travaille pour les
expropriés. Alors, ils vont nous poser des questions sur les honoraires qu'on
charge. Le juge va... le tribunal, en fait, ce qu'il regarde, c'est la
pertinence de ton travail. Il va couper tes honoraires si ce n'est pas
pertinent puis il va te les payer si c'est
pertinent puis si ça a bien servi la justice. Donc, il faut... C'est quand même
entouré, tout ça.
La
même chose doit arriver au niveau des frais judiciaires. Si on regarde le
projet de loi n° 22, il oblige, entre autres, les corporations, les
compagnies et sociétés par actions d'être représentées par avocats. Une société
par actions, là, ce n'est pas un restaurant McDonald nécessairement, on
s'entend, donc, ça peut être... M. Tremblay, qui a une petite entreprise
de deux, trois employés, qui sont probablement sa femme et ses deux enfants,
qui travaille sur une société par actions, il va être obligé de se faire
représenter par avocat. C'est parce que, là, il n'a pas nécessairement les moyens
de payer un avocat, donc il faudrait peut-être... Puis il n'est pas obligé d'en
prendre un, dans le sens que peut-être que le dossier va se régler très
rapidement. Alors là, il va être obligé de payer des frais d'avocat. Je pense
que ça devrait être couvert, parce qu'il n'a pas demandé à personne
d'être exproprié, là, il subit une expropriation.
Donc,
effectivement... Mais est-ce que ça doit être encadré pour éviter des excès?
Tout à fait. Je peux vous dire qu'en expropriation le ministère des Transports
a une grille qui s'applique aux évaluateurs agréés au niveau des honoraires
lorsque les dossiers ne se rendent pas aux tribunaux, et ils appliquent cette
grille-là, et ils remboursent les honoraires sur cette grille. On ne s'entend
pas toujours, bon, c'est des choses qui arrivent, mais, quand même, ils sont
généralement assez bien... assez bien entourés, puis il n'y en a pas, de
problème, mais il faut que les honoraires soient remboursés clairement, les
frais judiciaires, il faut que ce soit remboursé. Des frais judiciaires, on le
mentionne dans notre mémoire, frais judiciaires raisonnables, on est
entièrement d'accord avec ça. Il faut que ce soit entouré, englobé. Ticket
modérateur, je ne sais pas, je ne sais pas quelle forme ça peut prendre, là...
M.
Grandmont : ...un mécanisme, en tout cas, là, pour...
M. Goudreau (Pierre) : ...mais c'est...
clairement, il ne faut pas laisser aller... il ne faut pas laisser aller tout
ça.
M.
Grandmont : Je terminerais rapidement par une question, là, mais, en
même temps, peut-être qu'elle pourrait... elle vous obligerait à ouvrir très
large, mais, en tout cas. Vous avez parlé beaucoup des petits, des locataires,
des agriculteurs, notamment, aussi, c'est une préoccupation très grande, les
agriculteurs, hein?
M. Goudreau
(Pierre) : Tout à fait.
M.
Grandmont : Dans le fond, est-ce que, pour vous il y a... le projet de
loi, en fait, ne les défend pas assez, ne les supporte pas assez, en fait?
M. Goudreau
(Pierre) : Non seulement ne les...
Le Président (M.
Jacques) : Rapidement. 30 secondes.
M. Goudreau
(Pierre) : D'accord. Non seulement il ne les défend pas, mais, s'il
est adopté tel quel, ils vont s'appauvrir, clairement. Beaucoup de ces petits
expropriés là vont se ramasser dans une situation qu'ils n'ont pas demandée
puis ils vont s'appauvrir. Alors, il faut faire attention à ces gens-là.
M.
Grandmont : Je vous remercie.
M. Goudreau
(Pierre) : Merci.
Le Président (M.
Jacques) : Merci beaucoup pour votre contribution aux travaux.
Et nous suspendons
pendant quelques instants pour accueillir le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à
17 h 49)
(Reprise à 17 h 52)
Le Président (M. Jacques) : Je
souhaite maintenant la bienvenue aux représentants de la ville de Laval. Je
vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, après quoi
nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission.
Donc, je vous invite à vous présenter et à commencer votre exposé.
Ville
de Laval
M. Boyer
(Stéphane) : Parfait. Merci beaucoup, M. le Président. Vous allez
voir, on va vous faire ça assez succinct. On sait que c'est la fin de la
journée et que vous avez entendu beaucoup de personnes. Je suis accompagné de
Me Alexandre Thériault-Marois, avocat à la ville de Laval, qui s'occupe, entre
autres, beaucoup des dossiers d'expropriation.
Donc,
essentiellement, moi, j'ai un grand message que je voulais passer aujourd'hui,
c'est qu'on est très heureux du projet de loi qui est déposé. Non seulement ça
vient corriger plusieurs lacunes, à notre avis, mais le projet de loi qui a été
déposé est très bien rédigé, à notre sens. Je tiens d'emblée de mentionner que,
quand une ville, on exproprie, on ne le fait
jamais de gaieté de coeur, on le fait toujours pour un bien public, pour une
caserne de pompiers, pour corriger certaines lacunes, pour offrir un
nouveau service à nos citoyens.
Et, pour nous, le
projet de loi représente une opportunité de venir réduire les coûts des
expropriations non pas pour la ville mais pour les citoyens, parce qu'au final
quand on doit donner un gros chèque à un promoteur ou à une entreprise, bien,
évidemment, c'est les citoyens, par l'entremise de leurs taxes, de leurs impôts
qui finissent par payer cette facture-là, mais ça vient aussi nous donner de la
prévisibilité puis réduire les risques qu'encourent les procès.
Donc,
essentiellement, mon message est simple : C'est impératif, à mon avis,
d'aller de l'avant avec le projet de loi puis garder son esprit, puisque, pour
nous, là, c'est vraiment un plus pour le bien public, pour les villes, pour le
gouvernement.
Cela étant dit, on a
quelques commentaires qu'on aimerait faire sur certains des articles qui, à
notre avis, pourraient être bonifiés. Le premier, c'est l'article 87,
c'est un détail, mais on parle, là, à l'alinéa 4°, d'un délai de trois ans pour concrétiser le projet. Ce serait
peut-être intéressant de venir préciser qu'est ce qu'on entend par «concrétiser
le projet» pour éviter des débats futiles, là, lors des procès. Donc, est-ce
qu'on parle de pouvoir obtenir un permis? Est-ce qu'on parle de se rendre à
l'ouverture d'un éventuel magasin ou immeuble? Donc, peut-être venir préciser,
là, qu'est-ce qu'on entend par «concrétiser».
Sinon, plus
fondamentalement, aux articles 98, 99, on vient lister une dizaine de
conditions à remplir pour pouvoir... pour
qu'un exproprié ait droit à un montant, là, en guise de préjudice. Selon nous,
si la personne remplit les critères et qu'il doit y avoir dédommagement pour
préjudice, il faudrait mentionner explicitement que, dans ce cas-là, il
n'y aura pas d'indemnité immobilière autre. Donc, à savoir que soit on paie
pour la valeur marchande du terrain ou soit on compense la perte de profit
potentielle d'un projet, mais il ne faudrait pas que ce soit cumulatif, parce qu'évidemment la notion même de rembourser un
profit... bien, en général, le profit, c'est... on a déjà déduit, là, les
coûts, dont le coût d'acquisition du terrain. Alors, pour moi, il
faudrait juste éviter qu'il y ait une double facturation ou double
compensation.
Troisième point,
articles 170, 171, encore une fois, pour nous, des très belles nouvelles,
on est très favorables aux mesures proposées. On proposerait quelques
modifications qui, essentiellement, vont dans le sens de pouvoir s'assurer
d'une certaine application de la loi aux règlements qui sont en cours. Donc, je
m'explique, là.
Premièrement, on
aimerait que le délai de prescription de trois ans pour contester une
réglementation s'applique aussi au projet de loi, aux projets de règlements
municipaux qui ont été adoptés avant la sanction de la loi. Exemple très
concret, chez nous, à Laval, on a passé les quatre, cinq dernières années à
refaire au complet toute la réglementation d'urbanisme. Il y a eu un très long
processus, il y a eu des consultations de milliers de citoyens. Donc, c'était
un très long marathon, on en a abouti au mois de novembre dernier. Donc,
évidemment, on aimerait ça que le projet de loi puisse s'appliquer, qu'on ne
puisse pas contester, dans 10 ans, la réglementation, qui, pour nous, est
moderne et mise à jour. Puis évidemment, bien, ce cas-là peut s'appliquer pour
beaucoup d'autres municipalités qui ont une réglementation qui est moderne et à
jour.
Deuxièmement, on
aimerait aussi que... de pouvoir appliquer le projet de loi de manière
rétroactive, au choix du recours prévu à l'article 171, aux dossiers dont
le procès n'aurait pas encore débuté. Donc, on sait que, des fois, les procès peuvent être longs. Lorsqu'il y a
contestation, ça peut prendre trois, quatre, cinq, six ans. Donc, on voudrait
éviter, malgré l'adoption de la loi aujourd'hui, qu'on se retrouve dans cinq
ans à devoir encore débattre, là, de questions... de vieux dossiers, si
je peux dire.
Même logique, là,
pour appliquer une rétroactivité sur la fixation de l'indemnité définitive. On
aimerait que ça puisse... qu'il y ait une rétroaction pour tous les dossiers
qui... pour qui le procès n'est pas encore commencé au moment où la loi entrera
en vigueur.
Et,
dernièrement, on aimerait qu'il y ait une certaine protection des
municipalités, du gouvernement, lorsqu'il y a des poursuites en
expropriation déguisée pour des raisons environnementales. Donc, on sait qu'il
y a déjà la notion de sécurité publique. Rarement on va être poursuivi pour
expropriation déguisée lorsqu'on le justifie par une notion de sécurité publique, par exemple, en cas
d'inondation, mais, pas très loin de ça, les inondations, des fois, on peut
venir protéger aussi des milieux humides, des berges ou différents
terrains pour des raisons environnementales, et, selon nous, il faudrait s'assurer que... de minimiser, en fait, les risques,
là, de poursuites pour expropriation déguisée lorsqu'il y a... lorsqu'on
met un zonage pour des notions environnementales.
Alors voilà, ça
faisait le tour de notre... des grandes lignes, là, de notre exposé et de notre
mémoire.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup pour votre présentation et la rapidité dans laquelle vous l'avez faite.
Je cède maintenant la parole à Mme la ministre pour une période de
16 min 30 s.
Mme Guilbault : Oui. Bien, quelle concision, messieurs, ou M. Boyer,
du moins! Très heureuse de vous recevoir par l'entremise de la visioconférence
aujourd'hui. Merci beaucoup pour votre mémoire, votre présentation, toute la réflexion derrière ça, pour la présentation aussi,
bien sûr, aujourd'hui puis pour vous rendre disponible pour échanger avec nous.
Bien, d'abord, je note, comme, en fait,
l'ensemble des groupes ou la grande majorité... je dirais l'ensemble des
groupes qu'on rencontre depuis la semaine dernière, parce que vous êtes
notre... peut-être 10e, 15e groupe, là, je ne sais pas, mais tous ceux qui sont
issus du milieu municipal, que ce soient les municipalités, on a eu la STM
aujourd'hui, on a eu les communautés métropolitaines, et, dans l'ensemble,
évidemment, ils sont tous très favorables au projet de loi. Il faut dire que,
comme vous le savez, c'est un engagement qu'on avait pris au dernier mandat,
qui a été réitéré aussi aux dernières assises de l'UMQ par le premier ministre,
donc c'était très attendu.
Alors là, le projet de loi est sur la table.
L'exercice qu'on est en train de faire... l'objectif de l'exercice des
consultations particulières, évidemment, c'est de le bonifier, s'il y a lieu,
mais il y a pas mal toujours lieu de bonifier un projet de loi.
Donc, merci de nous nourrir là-dessus, mais je
note d'emblée qu'en gros, sauf certains petits ajustements, là, que vous nous
suggérez, l'ensemble du projet de loi vous convient. Peut-être, j'irais sur le
trois ans. En fait, ce n'est pas le trois ans, vous, dans l'UMPP, que vous...
sur lequel vous insistez, c'est plutôt la notion d'usage concrétisé, un usage
qui pourrait être concrétisé dans les trois ans, mais d'abord le fait de venir
encadrer l'UMPP, qui actuellement peut être défini sur une durée illimitée, tu
sais. Puis on me rappelait un article où on parlait d'un monde imaginaire où
tous les rêves sont permis, là.
On vient
l'encadrer à trois ans. Est-ce que pour vous, c'est suffisamment encadré?
Est-ce que c'est intéressant, selon les dossiers que vous avez eus ou
les enjeux que vous avez eus à date en expropriation? Est-ce que c'est quelque
chose, un encadrement qui vous paraît suffisant?
• (18 heures) •
M. Boyer (Stéphane) : Oui. Bien, je
vais laisser Me Thériault-Marois y répondre, mais, d'emblée, j'en profite
pour vous saluer, Mme la ministre. Donc, oui, vous avez bien saisi l'essentiel,
là, qu'on est assez satisfaits de ce projet de loi là. Et je me permettrais,
parce que j'entendais les présentateurs précédents qui donnaient certains exemples, justement, de la personne, du père de
famille qui a un petit logement, qui est exproprié... Nous, de notre expertise,
là, de manière générale, premièrement, quand on fait des expropriations,
on le fait toujours avec parcimonie, on est judicieux
dans les expropriations, et c'est le genre de cas qu'on rencontre rarement. Ça
peut arriver, mais on trouverait ça dommage que l'exception vienne mettre à
risque, disons, un projet de loi qui, globalement, est extrêmement
positif. Mais, plus précisément sur votre question, je vais laisser Alexandre
répondre.
M.
Thériault-Marois (Alexandre) : Oui. Bien, c'est des cas... Donc, on parle ici de
l'article 87, sur l'UMPP. On a vu ce cas-là, à Laval, on a vu des
cas également en ce qui concerne l'article 99, où on avait des pertes de
profits qui étaient réclamées. Donc, c'est vraiment deux articles qui sont,
pour nous, très importants, 87 et 99.
Dans notre mémoire, on donnait un exemple, pour
ce qui est de l'article 87, où, par exemple, on procède à l'expropriation
d'un centre commercial et on va avoir des baux commerciaux qui ont une durée,
par exemple, de cinq ans, mais on va quand même prendre un UMPP non pas d'un
centre commercial, mais d'un développement résidentiel de haute densité, ce
qui, pour nous, est très problématique, là, puisqu'on a très peu de
prévisibilité lorsqu'on va procéder à l'expropriation. Donc, ici, en
réduisant... en prenant l'UMPP puis en ayant une fenêtre de trois ans, bien, on
s'assure, là, d'une meilleure prévisibilité lorsqu'on va procéder à l'expropriation.
Maintenant, c'est... ce que M. le maire
soulignait tout à l'heure, que cet usage se concrétise dans les trois ans,
c'est là où on voulait un peu plus de détails, puisque concrétiser, ça
pourrait, par exemple, pour être un promoteur... de fournir un plan
d'implantation, un simple plan d'implantation ou une maquette de son projet et,
pour lui, voilà, il vient concrétiser un
projet, alors que, pour nous, raisonnablement, un projet qui se concrétise,
c'est plutôt un projet dont, minimalement, là, la construction débute
une fois qu'on a eu toutes les autorisations et tout le financement requis pour
procéder au projet. Le... Et je...
Mme Guilbault : Oui. Oui.
M. Thériault-Marois (Alexandre) : Oui?
Mme Guilbault : Ah non! Bien, allez-y. Vouliez-vous aborder
l'article 99 aussi?
M. Thériault-Marois (Alexandre) : Bien,
c'est ça, l'article 99, quand même, on en a eu des exemples, là, où des terrains... on s'est fait réclamer des
montants de plusieurs dizaines de millions de dollars puisque le propriétaire
réclamait ces pertes de profits suite à un éventuel développement immobilier,
des tours à condos de plusieurs dizaines d'étages. Et j'entendais le précédent
intervenant mentionner : Bien, écoutez, c'est rare que, de toute façon, en
bout de piste, au procès, ces indemnités-là soient octroyées. Bon, d'accord,
mais il faut quand même en débattre, de ces questions-là, pendant plusieurs
mois devant les tribunaux, il faut quand même se préparer, il faut quand même
débourser des frais d'experts, des frais d'avocats qui sont très importants,
bon, des frais d'experts, dans notre cas, puisque
les dossiers des avocats, on les fait à l'interne. Mais il reste que c'est un
risque juridique, c'est de l'imprévisibilité, c'est quand même, là... Ce
n'est pas rien, là, des réclamations de cette envergure-là.
M. Boyer
(Stéphane) : Puis je donnerais l'exemple d'un dossier,
justement, qu'on a eu où est-ce que la valeur du terrain est estimée à
environ 7 millions de dollars, le promoteur voulait des... faire des
centaines d'unités, disait qu'il aurait fait un projet sur lequel il aurait fait environ
66 millions de dollars de profits. Alors, pour nous, c'est un immense
risque, même si... Est-ce que le juge va
octroyer 100 % de cette indemnité-là? Peut-être pas. Mais d'avoir
potentiellement 66 ou une partie d'un 66 millions à payer, c'est un risque
immense pour la ville, qui pèse lourd. Donc, c'est certain que, pour nous, au
niveau de l'article 99... Mais le projet de loi dans son ensemble vient beaucoup limiter ce risque-là, vient beaucoup
encadrer qu'est-ce qui peut être fait ou ne pas être fait. Donc, c'est certain
que, pour nous, c'est une réduction des risques puis une prévisibilité qui est
grandement la bienvenue.
M. Thériault-Marois (Alexandre) : Et
j'ajouterais, dans ce dossier-ci, que, bon, le dossier s'est réglé à l'amiable
mais après trois mois de procès devant la Cour supérieure. Alors, ce n'est pas
seulement un coût pour les contribuables lavallois, mais également c'est un
poids sur... pour le système judiciaire, là, qui doit entendre cette cause-là
pendant trois mois, entendre des experts débattre de coûts de construction d'un
hypothétique projet de condos de
30 étages qui ne verra jamais le jour. Alors, c'est un grand fardeau pour
le système judiciaire, alors qu'avec l'article 99 qui est devant
nous aujourd'hui ça n'aurait même pas été en débat, là. On aurait simplement
débattu de la valeur au pied carré du terrain.
Mme Guilbault : Bien, exactement. En fait, l'espoir ou le pari qu'on fait
avec ce projet de loi là, c'est de réduire... de désengorger les tribunaux, les
procédures. Puis effectivement moi, je suis d'accord avec vous sur les délais,
en ne parlant même pas des coûts, là, juste les délais que ça amène, ces
procédures judiciaires là, puis, en ne parlant même pas des coûts ni de
l'engorgement que ça amène dans notre système de justice, ça allonge la
livraison de nos projets d'infrastructure, de nos projets de protection des milieux,
alors... Donc, c'est ça, mais ce n'est pas... Je ne pense pas avoir besoin de vous convaincre du bien-fondé de ça, mais
c'est effectivement... Nous, on a de la pression de nos citoyens qui
paient pour ces projets-là, qui paient trop cher, pour qui c'est trop long, qui
veulent qu'on soit capables de livrer des projets. Alors, je suis assez
d'accord avec vous là-dessus.
Puis justement j'aimerais ça vous entendre, puis
M. Boyer est aussi sur l'exécutif de la CMM. La CMM est venue la semaine dernière puis nous donnait des
exemples, un peu comme vous, là, disait : Nous, on évalue en ce moment, disons, pour un lot de terrains que nous, on
évalue à 68 millions, les propriétaires l'évaluaient à 508. C'est 504,
500...
Une voix : ...
Mme Guilbault :
Enfin, c'est environ ça, là, autour de 65 versus un peu plus de 500 million. On
voit bien que c'est sans commune mesure, là, alors... Puis ça ressemble à ce
que vous venez de nous donner comme exemple, 66 millions. On avait une
avocate, ce matin, qui parlait d'un client à elle, puis elle, elle l'évaluait à
3 millions, eux, à 24 millions. Donc, c'est des disparités qui sont
telles, puis tout ça s'additionne. Et effectivement, bien que ce soit
ultimement tranché en cour puis que, des fois, on ne donne pas le plein montant
à celui qui réclame, à l'exproprié... Mais,
pendant ce temps-là, on perd du temps puis de l'argent, puis c'est nos
contribuables, c'est toutes les mêmes poches qui paient.
Donc, avez-vous, vous, d'autres exemples de
projets en ce moment, puis je l'ai demandé à pas mal tous les intervenants qui venaient du milieu municipal, que
ce soit en transport, en transport collectif, ou routier, ou autres, mais,
dans tous les autres projets
d'infrastructure, là, les écoles qu'il faut livrer, les CPE, le logement, les
parcs, etc., avez-vous des exemples de projets, soit avec... Puis je
prends l'exemple du prolongement de la ligne bleue. Tout à l'heure, la STM nous
disait qu'elle estime environ à 13 % du coût du projet lié à des
expropriations. Évidemment, il y a une partie de ces coûts-là qui serait, de
toute façon, déboursée, même avec la nouvelle loi, mais on peut penser que ce serait réduit. Donc... de proportion de coûts de
projets importants ou de projets carrément qu'en ce moment vous mettez en suspens délibérément en attendant la nouvelle
loi, ou qui sont retardés, ou qui n'existent carrément pas en ce moment
parce que vous dites : Ça va être trop compliqué avec les lois actuelles
d'expropriation, puis qu'on est en train de passer à côté ou de retarder
délibérément ces projets-là parce que c'est trop compliqué et ça va coûter trop
cher?
M. Boyer (Stéphane) : Bien, j'aurais
envie de dire que c'est quand même quelque chose qui arrive souvent. J'ai en
tête un projet de caserne où est-ce que, pour répondre à notre schéma de
couverture de risques, pour s'assurer que nos pompiers répondent en un certain
délai à tous les appels qui rentrent au 9-1-1, on devait relocaliser une
vieille caserne désuète. Les terrains étaient très rares parce que dans un
quartier très développé et avec pratiquement pas
de terrains vacants, donc on a été en expropriation d'une petite bâtisse
commerciale. Bien évidemment, ça a allongé les délais du projet. Ça a
pris au moins un bon trois, quatre ans supplémentaires pour pouvoir remettre la
main sur le terrain, et le prix du terrain, au final, est sorti quasiment la
valeur de la caserne en tant que telle à neuf, là. Donc, c'est sûr que, pour
nous, ça allonge les délais. À chaque fois que les délais sont allongés,
l'inflation fait son cours.
On sait, à chaque année, là... Dans les deux
dernières années, l'UMQ estime que les coûts des projets de construction ont
augmenté de 30 % dans le monde municipal. Donc, chaque année qu'on perd,
la facture augmente. Puis plus on en met, aussi, à rembourser des promoteurs ou
à payer des pertes de profits potentielles sur des projets qui sont, des fois... sont très hypothétiques,
bien, il nous en reste moins de l'autre côté pour créer un nouveau parc
ailleurs dans la ville ou pour faire d'autres projets pour desservir la
population. Je vous dirais, c'est quand même quelque chose qu'on voit
assez régulièrement.
J'ai en tête un autre projet où quelqu'un achète
un terrain qui est largement touché par les milieux humides, il l'achète
5 millions de dollars. Deux mois plus tard, on fait un avis de
réserve, il nous réclame 18 millions de dollars et nous accuse
d'expropriation déguisée. En deux mois, on ne peut pas croire qu'il a ficelé
tout un projet puis qu'il était vraiment sur le bord, là,
de mettre en vente ces unités, mais pourtant c'est une réalité qu'on voit au
quotidien. Donc, c'est certain que ça
ralentit, d'une part, les projets, ça nous fait payer plus cher certains
projets, et dans... chacun des
projets coûte plus cher à cause de l'effet de l'inflation, là. Donc, oui, ça
limite notre capacité à offrir plus de services aux citoyens,
ultimement.
Mme Guilbault : Oui, allez-y.
M. Thériault-Marois (Alexandre) : ...sur
la rapidité du processus, là, il y a peut-être deux poignées, dans le projet de
loi, qui sont très importantes pour nous. D'abord, les travaux préparatoires,
la possibilité de procéder à des travaux préparatoires avant l'expropriation,
c'est important, là, on l'a vu dans des cas concrets, chez nous, où on n'a pas
pu faire les tests de sol avant les procédures d'expropriation. Et là, une fois
qu'on commence... on est encore en train de faire des tests de sol et, des
fois, on a des très, très mauvaises surprises. Donc là, on a lancé les
procédures d'expropriation, on se rend
compte que le terrain est excessivement contaminé, la valeur des travaux de
décontamination est supérieure à la valeur du terrain lui-même, donc des
mauvaises surprises, des délais.
• (18 h 10) •
La question également... Donc, ça, c'est 141 et
suivants, pour les travaux préparatoires. Mais également, là, les articles 22 à
25, pour ce qui est de l'indemnité provisionnelle pour les locataires
commerciaux, donc, que ce soit l'exproprié... pardon, la partie expropriante
qui va fixer l'indemnité provisionnelle plutôt qu'aller en débattre devant le tribunal, ça, encore là, c'est un gain de temps
important, puisque, si on doit aller en débattre devant le tribunal pour fixer l'indemnité provisionnelle pour ensuite
avoir le transfert du terrain, c'est des délais, là. On l'a vécu dans certains
dossiers où on allonge les procédures, les délais applicables avant qu'on
puisse procéder.
Mais, sinon, vous parliez d'exemples. Écoutez,
là, je pense que l'exemple le plus caricatural qu'on a vu chez nous, c'est
lorsqu'on a fait l'acquisition de l'île Locas. On a fait l'acquisition de l'île
Locas, je pense, pour un montant d'environ
10 millions de dollars. Le propriétaire, à un certain moment, nous
réclamait plus de 300 millions de dollars, et donc une différence, là, de 10 millions versus
300 millions, et encore là la valeur marchande de l'île elle-même
était en deçà, là, du règlement de 10 millions.
C'est sûr
que, si on a une meilleure prévisibilité puis... mieux encadrée dans la loi,
bien, ça favorise les règlements à l'amiable aussi, parce qu'à ce
moment-là autant la ville que le propriétaire peuvent bien connaître, là, la
piste d'atterrissage, puis on n'est pas très loin, on n'est pas à des distances
énormes, ce qui fait en sorte qu'on peut plus facilement avoir un règlement.
Et, à l'heure actuelle, pour l'acquisition de milieux naturels, justement,
bien, ça nous permet, là, d'avoir des discussions d'acquisition avec les
propriétaires sans qu'on soit carrément, là, à...
M. Boyer (Stéphane) : J'ai déjà
rencontré le propriétaire d'un immeuble, il avait racheté l'immeuble pour une
bouchée de pain dans la vente pour taxes impayées voilà une quinzaine ou une
vingtaine d'années, puis le propriétaire ne mettait aucun argent dans
l'entretien de son immeuble, qui était vraiment dépérissant. Et c'était un gros
bouton sur le visage d'entrée de la ville et c'était, à la limite, insalubre
comme bâtiment. Mais lui, il était... il ne s'en cachait même pas, il attendait
juste ça, que la ville l'exproprie, parce que, pour beaucoup de personnes, ça
représente une mine d'or, un gouvernement qui vient puis qui dit : J'ai
besoin de ton terrain, on va en expropriation. La plupart des gens sont
conscients qu'ils vont être capables d'aller chercher... Même s'ils
n'obtiennent pas toujours le montant ultime qu'ils aimeraient ou qu'ils
déposent à la cour, ils savent qu'en général ils s'en sortent avec un règlement
très avantageux. Donc, on a des cas d'abus comme ça.
Mme Guilbault : Bien, tout à fait. Puis, en fait, le fait de réformer puis
de moderniser la loi va envoyer aussi le signal, même, dans le futur, pour les
futures démarches d'acquisition... Les gens qui veulent acheter des terrains,
puis tout ça avec peut-être... dans une certaine optique, bien, sachant, comme
dit M. Boyer, l'atterrissage de ça pour d'éventuelles acquisitions, bien, ça va
probablement, encore là, limiter, diminuer le nombre d'expropriations, la
valeur, les délais, etc. Bref, peut-être... Il me reste combien de temps?
Le Président (M. Jacques) : 50 secondes.
Mme Guilbault : 50? Bon. Mon Dieu! OK. Je voulais parler de l'expropriation
déguisée. Mais donc, en extrarésumé, je comprends que vous demandez que ce soit
rétroactif aussi, applicable aux règlements déjà votés. Alors... Mais, sinon, dans l'ensemble, ça vous satisfait, l'introduction
des deux articles, même si ce n'est pas exhaustif comme traitement de la
notion d'expropriation déguisée?
M. Boyer (Stéphane) : Oui, ça nous
satisfait puis, pour nous, ce serait très important, là, l'élément de
rétroactivité. On a vraiment un beau projet de loi, ce serait le fun qu'il
puisse couvrir vraiment l'ensemble de l'oeuvre
puis qu'il n'y ait pas ce trou-là qui, malheureusement, ferait en sorte qu'on
vivrait encore les écueils... la vieille loi pendant encore quelques
années.
M. Thériault-Marois (Alexandre) : Parce
que, pour nous, là, le code de l'urbanisme qu'on vient d'adopter, c'est le
règlement qui est susceptible de faire l'objet de procédures en expropriation
déguisée. Ce serait dommage de passer à côté, là, compte tenu que c'est une
réforme que l'on fait à... que la dernière réforme était il y a 70 ans, je
crois, là, donc...
Le
Président (M. Jacques) : Merci beaucoup. Ceci termine l'échange avec
le parti gouvernemental. Je cède maintenant la parole à l'opposition
officielle, au député de l'Acadie.
M. Morin : Merci,
M. le Président. Alors, bonjour, merci de participer aux travaux de la
commission, merci pour votre mémoire. Bien, si vous permettez, on va continuer
avec l'expropriation déguisée. C'est une question qui a été posée, évidemment,
à tous les intervenants en commission. Si je ne me trompe pas, vous, vous
semblez aller à une étape plus loin, c'est-à-dire que vous voulez en plus que
la disposition de la loi ait un effet rétroactif dans le temps, comme si la
disposition avait été adoptée au moment où vous avez développé vos nouveaux
schémas. Est-ce que je me trompe? Parce que vous avez parlé de rétroactivité.
M. Boyer
(Stéphane) : Oui. Bien, en fait, puis tu vas peut-être préciser... mais
là, en fait, ce qu'on comprend du projet de loi, c'est que tout nouveau zonage,
par exemple, on ne pourra pas le contester ad vitam aeternam. Mais pour les
zonages qui sont récents puis qui ont été adoptés juste avant l'entrée en
vigueur de la loi, on voudrait que, ce même trois ans là, le délai de
contestation s'applique pour ne pas qu'il y ait... Parce qu'en ce moment ce
n'est pas très encadré. Donc, on vient de faire une grande réforme du règlement
d'urbanisme, qui a pris plusieurs années, qui a eu une grande concertation
citoyenne, une grande acceptabilité sociale, avec plusieurs rondes de
négociation, plus de 2 000 citoyens qui se sont présentés et qui ont
déposé des mémoires. Donc, on voudrait s'assurer que les bénéfices que le
projet de loi apporte puissent s'appliquer à cette réglementation-là qui est
toute fraîche sortie du four. Donc, essentiellement, c'est un peu ça, là, qu'on
suggère. Je ne sais pas si tu voulais rajouter quelque chose.
M.
Thériault-Marois (Alexandre) : Oui. La question du droit transitoire,
ce n'est jamais évident, là. Il y a des dispositions transitoires, dans le
projet de loi, mais qui semblent davantage s'appliquer aux procédures
d'expropriation en bonne et due forme. Pour ce qui est des articles 170 et
171, mon analyse bien personnelle, c'est que ces dispositions-là ne
trouveraient pas, à l'heure actuelle dans le projet de loi... ne trouveraient
pas application à des dossiers
d'expropriation déguisée où le règlement en cause, le règlement municipal
problématique, entre guillemets, a été
adopté avant l'adoption, la future sanction de la loi qui est sous étude
aujourd'hui. Donc, il y aurait deux possibilités, les tribunaux
pourraient l'interpréter de deux façons : ou bien on applique la nouvelle
loi aux règlements qui sont adoptés après la sanction de cette nouvelle loi, ou
bien on l'applique aux dossiers qui sont judiciarisés après la sanction de la
nouvelle loi. Nous, ce qu'on suggère... Évidemment, ça créait une grande
problématique, là, pour les dossiers qui sont judiciarisés avant la sanction de
la nouvelle loi et de ceux qui sont judiciarisés après.
Et je vous donne un
exemple sur la question de la prescription. Parce qu'à l'heure actuelle dans le
projet de loi que l'on étudie aujourd'hui un recours en expropriation déguisée
se prescrit trois ans après l'adoption du règlement, encore une fois, entre
guillemets, problématique. Donc ça, ça veut dire qu'un règlement municipal
adopté le lendemain de la sanction de la nouvelle loi va se prescrire trois ans
plus tard. Mais un règlement qui a été adopté, comme le code de l'urbanisme de
la ville de Laval, par exemple, qui a été adopté en novembre dernier, lui,
pourrait, en vertu de la jurisprudence actuelle, se prescrire uniquement dans
10 ans, de sorte qu'on aurait des recours fondés sur des règlements
antérieurs à la sanction de la nouvelle loi qui se prescriraient, finalement,
après un règlement qui, lui, a été adopté après la sanction de la nouvelle loi.
Alors là, j'espère que je n'ai pas... que je ne vous ai pas perdu, là, mais
c'est problématique, là.
M. Morin : C'est
très clair. Cependant, d'autres groupes ou personnes nous ont proposé d'inclure
dans la loi une définition de ce que peut être une expropriation déguisée, ce
qui n'est pas défini présentement, plutôt que d'aller vers des moyens
transitoires. Donc, pensez-vous que, pour vous, ce serait une solution qui
serait acceptable et utile? Parce que, là, à ce moment-là, ça s'appliquerait à
tous les cas.
M. Thériault-Marois
(Alexandre) : C'est-à-dire, non. Bien là, c'est-à-dire que vous voulez
définir ce qu'est l'expropriation déguisée dans la loi...
M. Morin : Ou
ce qui ne l'est pas, là, a fortiori, là, oui.
M.
Thériault-Marois (Alexandre) : Ce qui ne l'est pas. Parce qu'à l'heure
actuelle dans l'article 170 on reprend
à peu près, là, la définition qui a été retenue par la jurisprudence. La
jurisprudence va parfois parler de stérilisation du droit de propriété.
C'était le cas dans un des jugements qui étaient le plus fréquemment cités, le
Wallot contre Québec, ou encore enlever tout usage raisonnable, ce qui a été
repris plus récemment dans l'arrêt de Mascouche.
• (18 h 20) •
Maintenant, même si
on définit ce qu'est l'expropriation déguisée, à mon sens, on ne règle pas la
question du droit transitoire, là. C'est-à-dire que les deux meilleurs... les
deux... — les
deux meilleurs! — les
deux principaux éléments qu'on a rajoutés dans le projet de loi, c'est-à-dire
la prescription de trois ans et la clause de retrait, là, si on peut l'appeler
comme ça, là, donc le choix du recours qui revient à la municipalité, plutôt
qu'au propriétaire, ces deux éléments-là, il
faut les gérer dans le temps, là, c'est-à-dire : Est-ce qu'ils vont
s'appliquer uniquement aux dossiers d'expropriation déguisée qui ont
pris naissance après la sanction de la loi ou, au contraire, on ne devrait pas
les appliquer également aux dossiers qui sont en cour, là? Donc, est-ce qu'on
parle d'une application rétroactive du projet de loi ou simplement d'une
application immédiate, plutôt, là, du projet de loi?
M.
Boyer (Stéphane) : Puis j'ai envie de rajouter, à la CMM, en parlant
avec mes collègues des autres villes, ce qui semble s'être produit, c'est que,
dans les derniers mois, il y a eu beaucoup de promoteurs qui, voyant qu'il y
avait un projet de dépôt de loi qui s'en venait, se sont tout de suite dépêchés
à enclencher des poursuites pour vouloir
essayer d'être jugés sous l'ancien régime. Donc, je pense qu'on doit éviter ce
scénario-là. Et de dire que la loi s'applique à tous les projets pour
lesquels le procès n'a pas été débuté serait une façon d'éviter, justement, les
gens qui essaient de se faufiler dans la craque en ce moment.
M.
Thériault-Marois (Alexandre) : C'est particulièrement important pour
nous à Laval, compte tenu, justement, qu'on a adopté notre code de l'urbanisme
en novembre dernier, là, parce que c'est évidemment... c'est notre principal règlement en vertu de la Loi sur
l'aménagement et l'urbanisme, donc, et c'est lui qui est susceptible, puis on
l'a vu dans les derniers mois, justement, là, de générer des recours en
expropriation déguisée.
M. Morin : Donc, je comprends que, pour vous, ça peut avoir
un impact particulier à cause de la situation que vous vivez puis du
schéma, évidemment, que vous venez... puis des règlements que vous venez
d'adopter.
Une voix : Exact.
M. Morin : Parfait.
Je vous remercie. Une autre question en ce qui a trait, évidemment, à
l'indemnité ou au montant que peut recevoir l'exproprié. Juste avant vous, un
petit peu plus tôt, l'Ordre des évaluateurs nous disait que, si on y va avec la valeur marchande et les différentes indemnités
qu'on retrouve dans la loi, il est possible que, pour des petits
propriétaires, ils ne puissent pas se relocaliser ou se retrouver dans une
situation comparable à celle où ils étaient avant l'expropriation. Ils
suggéraient d'utiliser la valeur au propriétaire, ce qui est utilisé
présentement. Est-ce que, pour vous, c'est
une option possible, raisonnable, ou si vous vous en remettez à la valeur
marchande tel que prévu dans le projet de loi actuellement?
M. Boyer
(Stéphane) : Bien, pour nous, c'est sûr que la valeur marchande est
beaucoup plus adéquate. Il pourra toujours y
avoir des cas d'exception dans lesquels l'expropriation sera peut-être
malheureuse pour un individu. Et j'ai écouté l'audition, là, mais, je
vous dirais, la très grande majorité des cas que l'on fait, ce n'est pas ça.
Donc, il ne faudrait pas...
Je pense que le gros
intérêt du projet de loi qui est devant nous, c'est justement de se baser sur
la valeur marchande puis d'arrêter la valeur au propriétaire, parce que c'est
là qu'il y a de l'abus. Puis je peux comprendre que tu peux avoir un contexte
d'une personne qui n'a pas beaucoup d'argent, qui a une maison depuis
longtemps, qui se fait exproprier puis que, pour lui, en effet, ça peut être
délicat de ne pas avoir beaucoup de temps pour se relocaliser. Mais de changer
de cap, pour les cas d'exception qui sont vraiment des exceptions, permet aux
90 % restants d'abuser du système et d'abuser des deniers publics.
Dans tous les cas
d'expropriation, moi, que j'ai vus à la ville de Laval, un, on le fait toujours
avec parcimonie, on essaie d'impacter le moins possible de personnes puis on le
fait toujours pour le bien public. C'est pour mettre une caserne de pompiers,
c'est pour connecter une route, pour régler un problème de mobilité. Donc, on ne le fait jamais de manière abusive. Puis la très
grande majorité des cas quand on exproprie, c'est une bande de terrain,
c'est un stationnement d'un centre d'achats, c'est souvent un commerce. Donc,
ça n'arrive pas souvent que c'est des locataires
ou des résidences, puis, quand ça l'est, je vous dirais, souvent, c'est
logements locatifs puis c'est le propriétaire qui encaisse le chèque, ce n'est
pas la personne qui loue en tant que telle. Donc, encore une fois, le
propriétaire, c'est lui qui abuse du système en allant chercher le gros
chèque, si je peux dire.
M.
Thériault-Marois (Alexandre) : Il ne faut pas...
M. Morin : Oui,
allez-y, je vous en prie.
M.
Thériault-Marois (Alexandre) : Bien, il ne faut pas se limiter
uniquement à la valeur marchande, là, c'est-à-dire que la loi, même le projet
de loi, prévoit d'autres mécanismes d'indemnisation pour des cas particuliers,
prévoit des dommages, par exemple, troubles et inconvénients qui vont venir se
rajouter à l'indemnité pour la valeur marchande.
Puis on va avoir, par exemple, la théorie de la réinstallation, pour venir,
justement, là, cibler certains cas plus problématiques, là.
M. Morin : Bien.
J'ai une autre question, et ça, c'est en lien avec l'article 5 du projet
de loi. On a entendu l'UPA, un peu plus tôt
aujourd'hui, qui nous disait que, notamment, quand il s'agit de terres agricoles,
il est important d'obtenir l'avis de la Commission de la protection du
territoire agricole. L'article 5 vous permettrait de commencer
l'expropriation et d'obtenir l'avis éventuellement, donc peut-être faire du
travail ou des dépenses pour rien. L'UPA suggérait qu'évidemment tout soit
obtenu et que les conditions soient remplies avant de commencer
l'expropriation. Pour vous,
l'article 5, est-ce que ça pose des problèmes? Trouvez-vous que c'est un
gros avantage? Préférez-vous attendre, dans un cas où ce serait une
terre agricole, l'avis de la commission? Parce que j'imagine que vous avez des
terres agricoles, à Laval.
M. Boyer (Stéphane) : On a des
terres agricoles. Cela étant dit, on a... je n'ai pas mémoire qu'on exproprie
en zone agricole. On n'a pas dézoné, depuis plus de 30 ans, de terres
agricoles à Laval. Donc, honnêtement, ce n'est pas...
historiquement, ce n'est pas le cas qu'on a vu beaucoup chez nous. De manière
générale, pour moi, ça va de soi qu'on doit maintenir l'idée qu'on peut
enclencher des projets d'expropriation sans que toutes les autorisations pour
un projet aient été obtenues. Parce que, souvent, c'est le point de départ. Si
on n'a pas le terrain, ça ne sert à rien de faire
les plans d'architecte et d'avancer trop loin dans le projet. Je ne sais pas
s'il y a des détails que tu aimerais rajouter.
M. Thériault-Marois (Alexandre) : Non,
mais, écoutez, ce n'est pas une problématique, là, à mon sens, qu'on a. Puis
peut-être que je m'égare, mais notre préoccupation, c'est plutôt l'inverse, je
pense, comme la CMM l'a mentionné, là, c'est davantage de...
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup...
M.
Thériault-Marois (Alexandre) : ...d'utiliser des terres en friche pour les
remettre, là, à des agriculteurs pour...
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup. C'est ce qui termine l'échange avec l'opposition officielle. Je cède
maintenant la parole à la deuxième opposition et au député de Taschereau.
M.
Grandmont : Oui. J'ai toujours quatre minutes? Merci. Merci beaucoup
pour votre mémoire, M. le maire, Me Thériault-Marois. Je commencerais
directement par la question à laquelle vous étiez en train de répondre, là, en
fait, là, sur la CMM qui proposait qu'une
terre non exploitée pendant... depuis trois ans, en fait, puisse être
expropriée pour être redonnée à des fins d'agriculture. Vous êtes
d'accord avec ça, dans le fond?
M. Boyer (Stéphane) : Absolument.
Pour donner une idée, là, nous, il y a plusieurs grandes terres agricoles qui
ont été scindées en des milliers de lots, je pense, c'est 6 000 lots,
si ce n'est pas plus, et les gens... depuis les années 80. Et là on est
pris avec des milliers de propriétaires qui, souvent, ne sont même plus au
Québec, qui ont ces terrains-là, puis qui ne font rien avec, puis qui espèrent
qu'un jour il y aura un dézonage. Et nous, on aimerait avoir un outil qui nous
aiderait à remembrer les terres agricoles puis remettre des terres agricoles en
culture. Donc, évidemment, si on avait un certain droit d'exproprier pour
remise en culture, moi, je trouverais ça intéressant. Parce qu'en ce moment on
a... il y a des gens qu'on... qui occupent des terres agricoles qui sont
laissées en friche, puis qui sont là purement pour la spéculation foncière,
puis qui ne font rien avec. C'est un petit peu une épine dans notre pied, là,
au niveau de la zone agricole.
M. Grandmont : Parfait. Merci.
Maintenant, sur vos études de cas, merci d'avoir chiffré des exemples, là,
qui... en page 8, là, qui nous donnent des estimés de ce que le projet de loi
n° 22 permettrait de réaliser. C'est toujours apprécié. Simple question de
précision : Est-ce que ça... Est-ce que votre estimation ou votre calcul
inclut à la fois les indemnisations et l'inflation causée par les délais qu'on
rencontre actuellement?
M. Thériault-Marois (Alexandre) : Écoutez...
M. Grandmont : Si vous n'avez pas la
réponse aujourd'hui, vous pourriez nous revenir aussi, là, ce n'est pas
dramatique, là.
M. Thériault-Marois (Alexandre) : Non,
c'est-à-dire qu'on a tenté, là, simplement de dire : Bien, voici comment
on a payé ou on aurait payé versus comment on... notre estimation en fonction
des nouveaux critères, là, pour la fixation de l'indemnité. Mais on n'a pas
évalué ce que ça aurait pu, là... les bénéfices de la nouvelle loi en vertu des
délais applicables, là, qu'on aurait réduit les délais ou des choses comme ça,
mais on...
M. Grandmont : Oui, parce qu'effectivement
les délais occasionnent aussi, on nous l'a souvent souligné, là... tu sais,
l'inflation qui rentre, puis évidemment ça fait augmenter aussi les coûts.
Donc, on comprend que vous ne l'avez pas calculé là-dedans, c'est vraiment
juste les indemnisations. Donc... (panne de son) ...des économies encore plus
grandes, finalement, c'est ce qu'on pourrait suspecter?
M. Thériault-Marois (Alexandre) : Potentiellement.
Potentiellement.
• (18 h 30) •
M. Grandmont : Parfait. Excellent.
Peut-être une dernière question sur quelque chose qui a commencé à être évoqué
à quelques reprises dans cette commission puis qu'on entendra certainement
auprès de la part de certains groupes. Selon certains, le projet de loi
n° 22 pourrait envoyer un signal négatif aux promoteurs, qui pourraient
être effrayés par le nouveau contexte d'investissement immobilier, par exemple,
au Québec. Est-ce que vous pensez, de votre
côté, de votre de point de vue, comme gestionnaires à la ville de Laval, que le
projet de loi n° 22 pourrait effrayer les promoteurs immobiliers, qu'ils pourraient décider de ne plus venir
investir ici, au Québec, et plus précisément à Laval?
M. Boyer (Stéphane) : Moi, je n'y
crois pas du tout. On n'exproprie pas souvent, on le fait avec parcimonie.
Quand on le fait, c'est pour combler des besoins de la communauté, pour créer
des quartiers. Puis je pense que les
promoteurs, quand ils veulent construire l'habitation, ils veulent être proches
d'une école. Ils veulent qu'il y ait une caserne de pompiers dans le
quartier. Ils veulent que le boulevard débouche. Au contraire, je pense, c'est
au bénéfice des promoteurs,
que la ville soit capable de desservir la population du quartier, du secteur en
services publics qu'ils méritent.
Alors, moi, je n'y
crois pas. Évidemment, ça ne fait pas l'affaire de plusieurs promoteurs, le
projet de loi, mais je crois qu'on est là
pour servir le bien public, et le bien public, c'est d'éviter que des citoyens
paient, par l'entremise de leurs taxes et impôts, des profits faramineux
à quelques grands promoteurs.
M.
Grandmont : Je vous remercie pour votre réponse. Puis le cas que vous
avez donné sur l'immeuble que vous avez
appelé une verrue, là, à l'entrée de ville de Laval, pour moi, là, c'est de
faire de la spéculation de business, puis c'est peut-être à ça que le
projet de loi doit s'attaquer. Donc, je vous remercie pour vos... votre
témoignage puis votre mémoire. Votre présence est très appréciée.
Le Président (M.
Jacques) : Merci beaucoup, M. le député.
Une voix : Absolument.
Merci beaucoup.
Le Président (M.
Jacques) : Merci beaucoup pour votre présence à la commission.
Et nous suspendons
quelques instants pour faire place au prochain groupe.
(Suspension de la séance à
18 h 33)
(Reprise à 18 h 35)
Le Président (M.
Jacques) : Je souhaite maintenant la bienvenue aux représentants de
Trajectoire Québec. Et je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes
pour votre exposé, après quoi nous procéderons à la période d'échange avec les
membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à commencer
votre exposé.
Trajectoire Québec
Mme V. Doyon
(Sarah) : Merci beaucoup, M. le Président. Mme la vice-première
ministre et ministre des Transports et de la
Mobilité durable, Mmes, M. les députés, membres de la commission, bonsoir,
merci de nous recevoir. Je m'appelle Sarah Doyon, je suis directrice
générale de Trajectoire Québec et je suis accompagnée aujourd'hui par M.
François Pepin, qui est administrateur au conseil, qui a agi d'ailleurs à titre
de président pendant huit ans en plus d'avoir fait carrière comme
planificateur en transport à la STM. Avec moi aussi, Me Axel Fournier, qui
est... qui est secrétaire au conseil d'administration, pardon, et avocat en
droit municipal chez PFD Avocats.
Donc, Trajectoire
Québec, c'est qui, ça? C'est une association qui fait la promotion des intérêts
des Québécois en matière de transport collectif. Notre mission, c'est donc de
contribuer au développement global des transports collectifs au Québec ainsi
qu'à l'amélioration des services qui sont offerts aux usagers.
Étant donné notre
mission, vous allez comprendre qu'on va limiter nos commentaires, notre analyse
des effets du projet de loi à ce qui concerne les transports collectifs, même
si on comprend bien que ce projet de loi, il a des implications qui sont
beaucoup plus graves. Nos interventions, elles visent donc à faire du projet de
loi n° 22 un véhicule législatif qui facilitera la concrétisation
d'aménagements favorables au transport collectif. Donc, pour nous, la Loi
concernant l'expropriation, elle doit
faciliter la densification, qui est une condition essentielle au développement
d'infrastructures structurantes et donc d'une offre de transport collectif
attrayante.
De notre point de
vue, l'actuel régime, il est surtout avantageux pour les avocats, les
évaluateurs, mais il ne l'est que très peu pour les citoyens et les
contribuables. Donc, la réforme proposée, elle doit avant tout être guidée par
le bien commun. C'est pourquoi aujourd'hui on souhaite mettre de l'avant les éléments
favorables à la mobilité durable qui sont contenus dans la réforme, en plus de
proposer quelques améliorations au projet de loi pour maximiser les cobénéfices du déploiement d'une offre de transport
collectif qui réponde aux besoins des Québécoises et des Québécois.
Vous
le savez, la crise climatique s'intensifie, le secteur des transports est
responsable de 43 % de nos émissions de
GES. Si on veut permettre à la population de se défaire de la dépendance à
l'automobile, il faut lui offrir des
alternatives qui sont attrayantes. Donc, on n'a pas d'autre choix que
d'accélérer le déploiement massif d'infrastructures de transport en
commun.
Depuis plusieurs
années, Trajectoire a identifié que l'actuel régime sur l'expropriation était
un élément à réformer pour favoriser le développement du transport collectif.
C'est pourquoi on accueille favorablement le projet de loi n° 22.
Effectivement, c'est une réforme qui va permettre d'accélérer la construction
d'infrastructures en plus d'en réduire les coûts. Donc, les usagers s'en
trouveront avantagés puisqu'ils pourront bénéficier plus rapidement de plus
d'infrastructures de transport en commun. On peut aussi estimer que cette offre
bonifiée, elle va convaincre plus... un plus grand nombre de personnes de se tourner
vers la mobilité collective plutôt que l'auto solo.
Donc, au niveau des
aspects positifs du projet de loi, on apprécie particulièrement que la réforme
proposée, elle change la détermination de l'indemnité à verser en remplaçant le
concept de valeur au propriétaire par celui de valeur marchande, en plus
d'établir clairement le type de préjudice, la durée de la compensation, les
indemnités maximales pour ces préjudices.
Ces éléments combinés, ils vont contribuer certainement à la réduction des
coûts d'acquisition liés aux projets de transport en commun.
Toujours pour la réduction
des coûts, on est particulièrement satisfaits des articles 87 et 99, qui
encadrent l'indemnité versée, qui assurent ainsi un équilibre entre le
dédommagement à verser et le fait que les autorités ne devraient pas payer un
prix qui soit trop élevé pour un immeuble nécessaire à l'usage public.
Autant pour la réduction des délais que celle
des coûts, une initiative... une excellente initiative du projet de loi, c'est l'article 17, qui prévoit... une
contestation de l'expropriation par l'exproprié ne peut... ne suspend pas le
processus, à moins que la Cour supérieure, sur demande de l'exproprié,
n'en décide autrement.
Toutefois, il faut rappeler que, sous le régime
actuel, il est arrivé que la cour refuse de rejeter au stade préliminaire une
demande pour contester le droit à l'expropriation dans le contexte du
prolongement de la ligne bleue. Le tribunal
a même conclu que l'expropriation pourrait être effectuée de mauvaise foi dans
le cadre de ce projet.
Donc, pour nous, ça nous semble aberrant, et
c'est pourquoi on recommande d'amender le second alinéa de l'article 17 afin de préciser que la Cour
supérieure ne peut ordonner un sursis que si elle considère que l'exproprié
présente, à première vue, les arguments convaincants à l'effet que
l'expropriation soit illégale.
On est aussi favorables aux articles 141 à
143, qui permettent à l'expropriant d'effectuer des travaux préliminaires, des
analyses sur un bien qu'il peut exproprier. C'est une disposition qui va
contribuer certainement à réduire les
délais, en plus de mieux cerner les caractéristiques d'un site visé, et donc de
mieux planifier les interventions à y faire.
• (18 h 40) •
Finalement, il nous semble que la loi, par ses
nombreux bénéfices, devrait entrer en vigueur le plus tôt possible. Donc, on propose d'éliminer ce délai de
six mois prévu entre la sanction et l'entrée en vigueur pour éviter qu'un
nombre important de contestations soient faites durant cette période dans le
but de profiter des largesses du régime actuel.
Maintenant,
je vous amène sur les propositions qu'on a faites pour maximiser les
cobénéfices de cette réforme. Donc, pour nous, le projet de refonte de la Loi concernant l'expropriation doit être vu comme une opportunité à
saisir pour favoriser les aménagements axés sur le transport en commun, ou ce
qu'on appelle des TOD. En effet, le projet de
loi, c'est un véhicule législatif qui est tout désigné pour favoriser la
densification à proximité des services de transport collectif, qui permettrait
aussi de contribuer à résoudre différentes problématiques criantes, que ce soit
la hausse du coût de la vie, la pénurie de logements ou la crise
climatique.
On propose
donc de permettre aux sociétés de transport d'exproprier pour d'autres motifs
que spécifiquement des infrastructures de transport collectif. C'était
souhaitable, par exemple, dans le contexte de construction d'une nouvelle
infrastructure lourde de transport en commun, qu'une société de transport puisse,
avec l'accord du ministre, exproprier à proximité des stations à venir afin d'y
développer un quartier TOD.
On pourrait d'ailleurs adjoindre à cette
possibilité-là certains critères, comme un seuil minimal de logements sociaux
ou abordables, pour contribuer à lutter contre la crise de l'habitation.
D'autant plus qu'on le sait, l'arrivée de nouvelles infrastructures de
transport en commun dans un secteur, ça a pour effet d'augmenter le coût de
l'habitation qui force les populations les
plus vulnérables, et donc souvent captives des transports collectifs, à
s'éloigner, à déménager plus loin dans des secteurs qui, eux, sont moins
bien desservis.
C'est vraiment une situation qu'on souhaite
éviter, puis on doit trouver des mécanismes pour permettre aux gens les plus
vulnérables, la clientèle captive, de demeurer eux aussi dans des secteurs bien
desservis en transport en commun. C'est une question d'équité qui est
primordiale pour nous. Donc, l'autorisation du ministre pourrait être
conditionnelle à ce qu'une offre suffisante de logements sans but lucratif et
abordables soit prévue dans les projets.
Dans le même ordre d'idée, ce serait pertinent
de profiter du projet de loi n° 22
pour modifier la Loi sur les sociétés de
transport en commun pour donner le droit aux OPTC de faire des ententes avec
les promoteurs immobiliers. Dans l'article 86 de cette loi-là,
elles ont déjà le droit de mener une activité commerciale connexe. Il serait
pertinent de clarifier qu'il leur est permis de faire de l'exploitation et du
développement immobilier, de faire des ententes avec des promoteurs à cette
fin-là. Ça viendrait créer un autre outil pour favoriser la création de TOD,
que ce soit en revalorisant les terrains
résiduels ou les droits aériens au-dessus des édicules, par exemple, mais aussi
les terrains adjacents.
Et un objectif connexe à cette dernière
proposition, c'est aussi de permettre aux OPTC, aux... ou à leurs filiales de
générer des profits immobiliers qui pourraient être utilisés pour financer les
services de transport collectif. Sachant l'impasse financière dans laquelle se
trouve le secteur, toutes les avenues pour générer des profits devraient être envisagées. Je vais d'ailleurs laisser la
parole à mon collègue François, qui va vous présenter l'exemple de Hong Kong.
M. Pepin (François) : Merci, Sarah.
L'exemple le plus probant, c'est Hong Kong. Une spécificité bien connue de leur
transport collectif : les opérateurs se dotent de revenus annexes,
notamment la publicité et surtout l'immobilier.
C'est ainsi que beaucoup d'immeubles de la ville de Hong Kong ont été
développés par Mass Transit Railway, car la société de métro finance le
coût de création de nouvelles lignes de métro en ayant recours à l'immobilier.
Pour cela, elle demande au gouvernement de
lui accorder des mètres carrés à développer autour des stations, donc sur les
terrains adjacents. C'est ainsi que
l'opérateur de métro est arrivé à gérer plusieurs centres commerciaux et
immeubles résidentiels.
Selon les chiffres de la Banque Nationale, en 2014
à Montréal, seulement 1 % des revenus du transport collectif provenaient
de sources privées. En comparaison, la société de transport de la ville de Hong
Kong touchait 40 % de ses revenus grâce
au privé, et à ses revenus immobiliers, et aussi la captation de la plus-value
foncière qui a été adoptée il y a quelques années ici, au Québec.
D'autres cas se retrouvent à New York et
Londres. Le prolongement de la ligne 7 du métro de New York, à l'ouest de
Manhattan, est un bel exemple. La construction du tunnel va de pair avec celle
du plus gros chantier immobilier en cours en
Amérique, le Hudson Yards, qui sera construit juste au-dessus de la ligne. Ses
promoteurs ont donné 1 milliard de dollars à la New York City
Transit pour financer la ligne de métro. Autre exemple à Londres, où la Crossrail, nouvelle ligne de métro en construction, est
aussi financée en partie par des promoteurs immobiliers car, effectivement, ils
peuvent en tirer un profit intéressant à moyen et long terme. Sarah?
Mme V. Doyon
(Sarah) : Merci. Je vais conclure rapidement en disant que les enjeux
de transport, de développement urbain, d'habitation, ça agit comme des vases
communicants, donc profitons de l'outil législatif qu'est le projet de loi n° 22 pour maximiser les
cobénéfices du développement des transports en commun pour contribuer à
répondre à d'autres problématiques de notre époque, la crise climatique, la
crise de l'habitation, le financement de la mobilité, et tout ça dans une
perspective d'équité. Donc, voilà.
Le Président (M.
Jacques) : Merci beaucoup pour votre présentation. J'invite maintenant
Mme la ministre à débuter la période de questions... d'échange.
Mme
Guilbault : Oui, oui, oui. Merci. Merci
beaucoup, M. le Président. Merci à tout le monde d'être ici avec nous par la
visioconférence. Très intéressant, toujours. J'ai... comment je pourrais dire?
Je n'ai pas été étonnée en lisant votre mémoire ou il n'y a rien qui m'a
subjuguée, là. Je pense que ce que vous nous présentez puis la présentation
verbale que vous venez de faire, ce que vous nous aviez soumis comme
recommandation, et tout ça, va dans le sens de ce qu'on connaît de vous, va
dans le sens aussi de dire : Faisons ce qu'on peut pour accélérer puis
propulser nos projets, le développement de nos projets d'infrastructures, la
livraison de nos projets d'infrastructures aussi.
Puis ça, c'est une préoccupation qui nous anime tous, là, en tout cas, presque
tous, à date, les... les gens qui sont venus puis les gens autour de la
table.
Peut-être, sur les...
justement, la livraison des projets. En fait, allons-y tout de suite avec la
question du développement immobilier, parce que j'imagine que vous savez que la
STM a dit un peu la même chose que ce que vous
venez de nous dire. Et, moi, comme je leur ai dit tout à l'heure, c'est sûr
que... Bien, le financement du transport collectif puis tout le potentiel de
nouvelles sources de revenus qu'on peut avoir pour financer notre transport
collectif, c'est une... c'est une question à part. Donc là, est-ce que c'est
quelque chose qui devrait aller dans le projet de loi? Tu sais, il faut voir,
parce que ça déborde, la question de l'expropriation, à l'évidence, là, ce
n'est pas juste une question de pouvoir
exproprier pour faire des projets immobiliers. C'est plus complexe, mais, quand
même, la question est tellement intéressante qu'on va l'aborder.
Je ne sais pas, vous,
comment vous voyez ça, parce qu'évidemment, si on fait... Puis là il faut
nuancer aussi le développement... des projets de développement résidentiel, ou
autres, des redevances. Les redevances, c'est déjà quelque chose qui existe.
C'est quelque chose qui existait avec le REM, quelque chose qu'on a concédé
aussi pour la ligne bleue, mais, pour des
projets de développement... Puis, vraiment, la réflexion est ouverte, là. C'est
une discussion qu'on a très ouvertement. Vous faites partie des
nombreuses personnes que j'ai rencontrées dans ma tournée sur le financement du
transport collectif, tout comme la STM, d'ailleurs, puis la question des
sources de revenus revient de manière récurrente, parce qu'on manque tous
d'argent puis tout coûte plus cher et...
Donc, comment... Puis
je leur ai posé la question tout à l'heure : Comment est-ce que vous voyez
le partage de risque? Et, dans un contexte comme celui-là, si une société de
transport devient le partenaire d'un promoteur privé pour faire un projet de
développement, c'est quand même des projets qui coûtent cher, qui sont
complexes, qui sont à risques, qui peuvent amener des délais, qui peuvent
amener soit... soit qu'ils peuvent connaître leurs propres délais ou leurs
propres embûches à même le projet ou qu'ils peuvent en générer pour le projet
de transport collectif dont ils sont...
qu'ils jouxtent, si on veut, d'une certaine façon. Bref, tout ça peut amener
des incidences financières importantes et des délais. Alors, je ne sais pas,
vous, si vous avez poussé la réflexion jusque là. Comment est-ce qu'on
gère ce risque-là? Qui devrait l'assumer dans la mesure où on donnerait un tel
pouvoir, par exemple à une société de transport comme la STM?
Mme V. Doyon
(Sarah) : François, tu as l'air d'être prêt à te lancer, alors je te
laisserai répondre.
M. Pepin
(François) : Oui, j'y vais. Écoutez, les sociétés de transport, de
toute façon, déjà, gèrent des projets où il y
a des risques, effectivement, financiers importants. Donc, à ce niveau-là, ils
ont une partie de l'expertise qui est requise pour faire ça. En même
temps, je vous dirais, la plupart devraient normalement se faire en partenariat
avec le privé. Donc, à ce moment-là, il y a un partage de risque entre le
partenaire ou les partenaires privés et la société de transport. Et il faut
dire que, dans le monde de l'immobilier, c'est un peu pour ça aussi que la
Caisse de dépôt s'est lancée dans les infrastructures, c'est quand même un
domaine où les espérances de gains sont quand même relativement stables ou,
sinon, croissantes. Donc, de ce côté-là, le risque est quand même minimum.
De l'autre côté, il
faut séparer les deux. Effectivement, vous avez raison, là, il ne faut pas que
le projet immobilier vienne retarder le projet de transport collectif. Donc, le
transport collectif, il faut faire une station, on fait la station en premier,
et on pourra par la suite développer. Je vous donne des exemples où la STM,
avec Transgesco, voulait développer, entre autres, au-dessus de la station de
l'Île-Sainte-Hélène. Finalement, ça n'a pas fonctionné. Il y a aussi d'autres
cas patents où il y a des stations, même au centre-ville, comme la station
Saint-Laurent, où il y a zéro développement
immobilier actuellement, parce qu'il faut dire que, sur le réseau de métro
actuel, les droits aériens appartiennent à la ville, et la STM, comme
telle, possède à peu près un mètre ou deux mètres au plus autour des
édicules. Donc, la possibilité de développement, actuellement, elle est nulle
et n'assure zéro revenu à la société de transport.
Donc, c'est, effectivement, là, d'améliorer cette situation-là pour quand même
avoir au moins l'opportunité pour des projets rentables d'augmenter
leurs revenus.
• (18 h 50) •
Mme
Guilbault : Oui. Avez-vous terminé?
M. Pepin (François) : Oui, oui.
Allez-y.
Mme Guilbault : Oui? OK. Oui. Parfait. Oui, bien, c'est ça. Vous avez
raison, puis il faut... Puis, comme vous l'avez dit si bien, là, il ne faut pas
qu'un projet de développement retarde le projet de transport collectif. Mon
souci derrière ça, c'est que, comme vous savez, les montages financiers pour
les projets de transport collectif sont souvent répartis selon des formules qui
peuvent varier sensiblement, là, mais, généralement, le gouvernement du Québec
est le principal partenaire financier. Donc, c'est sûr que, si un projet
immobilier est géré par une société de transport, même si c'est en partenariat
avec le privé, que ça amène des contrecoups, que ça amène des retards dans le
projet de transport comme tel, il y a un risque assez élevé qu'ultimement ce
soit le gouvernement qui doive assumer ou éponger une bonne partie de ces
factures-là. Donc, c'est un peu le souci qu'on a derrière ça, de voir de quelle
façon est-ce qu'on peut faire ça de la manière la plus rentable et la moins
risquée pour tout le monde, notamment pour le principal partenaire financier de
l'ensemble de ces projets-là, et, comme vous êtes bien placé pour le savoir, ça
coûte cher. C'est justement parce que ça coûte si cher qu'on a fait ce projet
de loi là.
Donc, peut-être sur un autre point, puis ça, je
vais... je vais être très intéressée à vous entendre, il y a eu... puis ça a
été nommé, là, par divers groupes, par des gens autour de la table, il y a un
certain discours à l'effet que le fait de modifier la loi pourrait freiner ou
pourrait, disons, attiédir l'ardeur de certains développeurs de projets sur un
territoire donné parce que ça devient moins attrayant, parce qu'on vient
encadrer des choses qui, actuellement, ne le sont pas puis qu'il y a...
vraisemblablement, certaines personnes pourraient toucher moins d'argent que ce
qu'elles toucheraient actuellement. Qu'est-ce que vous pensez de ça, vous?
Parce qu'on a des grands besoins pas juste en transport collectif, mais en
logements, en écoles, en CPE, etc., en parcs, en milieux verts, en milieux de
vie, et tout ça. Donc, qu'est-ce que vous pensez des gens qui... qui portent ce
souci-là?
Mme V.
Doyon (Sarah) : Je vais laisser mon avocat répondre à cette
question-là. Je l'ai vu sourire, je
pense...
M. Fournier (Axel) : J'ai une
réponse quand même assez simple. Il n'y a personne au Québec qui achète un
terrain dans le but de se faire exproprier. Puis, si quelqu'un achète un
terrain dans le but de se faire exproprier, c'est qu'il y a un problème avec la
loi actuelle, parce que le but d'un promoteur immobilier, c'est de réaliser son
projet. Donc, les promoteurs achètent des
terrains pour réaliser un projet. Puis, si un promoteur est exproprié à la
juste valeur marchande, il ne perd pas d'argent. Il acquiert un bien et,
à la juste valeur marchande, il est exproprié. Probablement même que, comme le
marché a tendance à monter, il va réaliser un profit, mais c'est un profit qui
est basé sur la juste valeur marchande, et non pas un profit qui est exagéré.
Mme Guilbault : Excusez, je cherche votre recommandation sur l'entrée en
vigueur, parce que...
Mme V. Doyon (Sarah) : De
mémoire, c'est la recommandation n° 4...
Mme Guilbault : Oui, c'est... Je veux juste être sûre d'avoir la bonne. C'est ça,
exactement, de modifier l'entrée en vigueur des... «Éliminer les délais
de six mois», c'est ça. Donc, vous, ce que vous voudriez, c'est la même
chose à peu près que les autres, j'imagine. C'est l'entrée en vigueur immédiate
de la loi?
Mme V. Doyon (Sarah) : Dès la
sanction, effectivement.
Mme Guilbault : Puis, sur la rétroactivité, qui a souvent été amenée aussi
par plusieurs groupes, avez-vous une opinion ou... Parce que, dans le fond,
mettons, l'entrée en vigueur immédiate, mais qui s'appliquerait, j'imagine, à
toutes les causes pendantes. Puis, tu sais, par exemple, juste avant vous, on
avait la ville de Laval qui disait : On voudrait que ça s'applique aussi
au règlement déjà adopté avant la sanction de la loi. Donc, ça va quand même
assez loin. Il y a eu... il y a eu diverses
nuances sur le même... variations sur le même thème. Je ne sais pas si vous,
vous avez réfléchi à la question.
Mme V. Doyon (Sarah) : On n'a
pas réfléchi à la rétroaction, mais je sens qu'Axel est capable de réfléchir
sur le champ.
M. Fournier (Axel) : Je peux me
risquer. C'est-à-dire que... Je pense que de la rétroactivité, en matière de
procédure, ça ne pose pas grand problèmes juridiques. Donc, si c'est... Par
exemple, si on prend l'article qui permet de trancher des questions de manière
préliminaire, donc qui est un article de procédure, je pense qu'il n'y a
personne qui s'opposerait à ce que des dispositions de procédure soient
rétroactives ou, du moins, d'application immédiate. C'est-à-dire que, si la
procédure est faite après l'entrée en vigueur de la loi, on peut utiliser la
règle procédurale pour la loi. Si on parle de l'indemnité, de rentrer sur une
question de rétroactivité, je pense qu'il y a plus de gens qui vont grincer des
dents, là.
Mme Guilbault : Oui. Oui, OK. Parfait. C'est peut-être le son. Des fois,
j'ai l'impression que vous n'avez pas fini votre phrase, puis vous l'avez
terminée.
Peut-être une dernière
question, puis je vais céder la parole à mon collègue de Masson, qui avait
aussi des questions pour vous. Puis c'est un peu... Bien, en fait, non, ce
n'est pas philosophique, mais juste de façon générale, parce qu'on a entendu toutes sortes de choses aussi aujourd'hui. Puis la
notion d'équilibre, pour nous, est très importante, je pense pour tout
le monde ici, l'équilibre entre l'expropriant et l'exproprié, entre la juste
valeur puis la valeur marchande que nous, on
vient d'introduire, l'équilibre dans les indemnités, dans les calculs, dans
justement les délais, tu sais, trouver l'équilibre où on va être capable
d'aller plus vite, de payer moins cher, de ne pas tomber dans des choses
démesurées, là. J'ai employé le terme
«démesure» avec un précédent groupe puis je pense que, des fois, c'est
carrément ça, là. On a entendu des chiffres mirobolants, des écarts
d'évaluation mirobolants. Mais il faut aussi protéger les expropriés, tu sais,
puis pas seulement les grands groupes, là, les plus petits aussi, et tout ça.
Donc, vous, pour ce que vous en savez, qui
êtes là-dedans, là, au quotidien, et tout ça, trouvez-vous que ce projet de loi
là a atteint cet équilibre-là? Et, sinon, quelles seraient, selon vous,
les nuances à y apporter?
Mme V. Doyon (Sarah) : Bien, je
peux peut-être commencer puis, messieurs, vous compléterez. Mais je pense
qu'effectivement le projet de loi vient atteindre un bon équilibre entre
l'indemnisation à offrir à un promoteur ou
à... bien, à n'importe quel exproprié et le bien commun. Finalement, on
exproprie, en transport collectif, pour des projets qui sont utiles pour
le bien commun. Donc, il y a... il y a un équilibre qui vient se trouver là.
Par contre,
et on l'a mentionné dans le mémoire, il y a des gens qui sont plus vulnérables
face à l'expropriation. Ce n'est pas
nécessairement les clientèles qu'on défend, ce n'est pas notre mission directe,
donc on n'a pas de recommandation clairement formulée. Par exemple, pour
un locataire qui est dans son logement depuis plusieurs années puis qui paie un
loyer qui est très, très abordable dans le contexte actuel, qui se verrait
exproprié, quel genre de mécanisme on doit mettre en place pour s'assurer que
ces gens-là ne perdent pas au change?
On parle de... d'assurer une offre de logements
abordables, logements sociaux à proximité des infrastructures qu'on va
construire. Ça ne se construit pas comme ça, il va y avoir un délai entre
l'expropriation puis la construction de ce
logement-là, donc il faut quand même penser à un mécanisme pour compenser la
période de temps entre les deux. Mais est-ce que ces personnes-là ne
pourraient pas être les premiers sur les listes pour les logements abordables
qui sont construits où ils... où ils habitaient avant? Ça peut être le genre de
mécanisme que... auquel on pourrait penser.
Je ne sais pas si Axel et François veulent
compléter sur d'autres aspects de l'équilibre, là.
M. Fournier (Axel) : Bien, pour
moi, un des articles qui donne un bon exemple d'équilibre, là, c'est
l'article 87 du projet de loi sur l'usage le meilleur et le plus
profitable. Lorsqu'on dit : C'est un usage qui est possible dans les trois ans qui suivent
l'expropriation, ça, je trouve que c'est un... c'est un équilibre qui est bien
cerné. C'est-à-dire qu'on permet quand même une certaine anticipation,
parce que, bon, un usage peut prendre du temps pour se réaliser, mais la limite de trois ans, ça évite qu'on ait une
valeur purement spéculative sur des faits qui vont se réaliser dans un
espace tellement long qu'en bout de ligne il devient impossible de le prévoir.
Mme Guilbault : Oui. Merci beaucoup. Je vais céder la parole à mon collègue
de Masson. Merci beaucoup à vous trois.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
Mme la ministre. M. le député de Masson, vous pouvez y aller.
M. Lemay : Merci,
M. le Président. Mme Doyon, M. Fournier et M. Pepin, content de
vous retrouver aujourd'hui.
Vous savez, moi, je ne suis pas juriste, là.
Puis j'ai regardé un peu la proposition que vous faites à votre recommandation n° 1 pour... de faire un amendement à
l'article 17 en modifiant le deuxième alinéa, puis là j'essayais de
voir un peu plus... un peu plus de détails. Même en lisant votre texte, là,
j'avais un petit peu plus de difficulté de compréhension, là, simplement parce
que je vous ai dit que je n'étais pas juriste. Mais, bref, vous mentionnez que,
dans le second alinéa de l'article 17, vous voulez que le juge, dans le
fond, à la Cour supérieure, là... il ne peut pas ordonner de sursis que s'il
considère que l'exproprié présente, à première vue, les arguments convaincants
à l'effet que l'expropriation est illégale, et là vous avez des explications.
Mais peut-être vous pourriez en donner davantage spécifiquement sur ce
point-là, qui nous permettrait d'avoir une meilleure compréhension, là. Parce
que j'ai l'impression, là... En fait, j'aimerais avoir plus de détails sur
votre proposition, s'il vous plaît.
M. Fournier (Axel) : Bien, je
peux me lancer. L'idée derrière la proposition, c'est d'encadrer la discrétion
d'un juge. Pourquoi? Parce qu'en ce moment il n'y a pas de critères, c'est
simplement... le juge peut décider de lever le sursis... d'imposer un sursis.
Et le danger, si on n'encadre pas un critère, c'est que ça peut être interprété
d'une façon qui n'est pas nécessairement celle souhaitée par le législateur.
Donc, l'idée de la proposition d'amendement, puis dont les mots pourraient être
modifiés, là, si ce n'est pas suffisamment clair, mais l'idée, c'est d'encadrer
la discrétion pour que l'exproprié doive faire une preuve à l'effet qu'il y a
une illégalité, là.
• (19 heures) •
Maintenant, cette preuve-là n'a pas besoin
d'être une preuve qui est finale, parce qu'évidemment c'est à l'issue de
cette... de l'audience sur la contestation du droit à l'expropriation que ça va
se faire. Mais ça prend, au moins à première vue, un argument qui est
suffisamment sérieux, suffisamment convaincant pour faire en sorte qu'on
suspend un processus. Parce que, sinon, qu'est-ce qui arrive si on suspend le
processus pour pas grand-chose? C'est que la valeur... bon, l'expropriation
est... calculer l'indemnité au moment où il y a prise de possession. Donc, si
on retarde le processus, on retarde la prise de possession et, à ce moment-là,
on augmente le coût d'expropriation. Donc, c'est vraiment
important de resserrer le critère pour s'assurer qu'il y a uniquement les cas
où il y a un vrai enjeu d'illégalité et non pas simplement une possibilité
que... qu'on soit de mauvaise foi parce qu'on exproprie une ligne de métro, tu
sais. C'est ce qui arrive quand le critère est mal encadré.
M. Lemay :
Puis là vous parlez de mauvaise
foi. Puis, tout à l'heure, vous... dans l'exposé que vous avez fait,
Mme Doyon, vous avez fait l'exemple de la ligne bleue, justement, en
parlant de l'article 17, tu sais. Est-ce que vous voulez
approfondir l'exemple, justement, en lien avec ce que M. Fournier vient de
mentionner?
Mme V. Doyon
(Sarah) : Bien, je vais le laisser approfondir, parce que moi aussi,
je me fie à mon juriste, là, dans...
M. Fournier
(Axel) : Peut-être pour vous expliquer le contexte de la décision, là,
c'est qu'il y a un exproprié qui a contesté le droit à l'expropriation dans le
cadre de la ligne bleue en disant : Peut-être que l'AMT est de mauvaise
foi en expropriant pour faire la ligne bleue, et... bon, en ce moment, là, pour
avoir une irrecevabilité, il faut qu'on prouve que toutes les... même en
considérant les allégations comme étant vraies, la personne qui conteste ce
qu'elle... sa contestation est vouée à l'échec. Ça, c'est le critère, en ce
moment dans le Code de procédure civile, pour faire rejeter, sur la base... sur
une base préliminaire, un recours, et le tribunal a dit : Bien, il y a une
possibilité que l'AMT, à l'époque, soit de mauvaise foi dans l'expropriation,
il y a une possibilité que... Ça, c'est le problème, bon, dans la loi actuelle,
mais ça va être le même problème si on n'encadre pas le critère à
l'article 17, c'est qu'un juge peut dire : Ah! mais il y a une
possibilité, donc je suspends. Ce qu'on veut éviter en...
Le Président (M.
Jacques) : Merci beaucoup. Ceci met fin à l'échange avec la partie
gouvernementale. Je cède maintenant la parole à l'opposition officielle, au
porte-parole.
M. Morin : Merci.
Merci, M. le Président. Bonjour, Mme Doyon, M. Pepin, Me Fournier. Ça
me fait plaisir de vous revoir. Merci également pour votre mémoire et le
témoignage que vous rendez en commission aujourd'hui. C'est tout à fait
éclairant. Quelques questions pour vous. Dans votre mémoire, vous invitez,
finalement, le législateur à mettre de l'avant une disposition qui viendrait
établir les paramètres pour l'arrêt transports en commun de la région de Toronto contre Dell Holdings, et pouvez-vous
nous expliquer davantage pourquoi cette décision là de la Cour suprême
peut poser des problèmes?
M. Fournier
(Axel) : Je peux me lancer. L'idée, c'est que la décision Dell
Holdings, c'est, à l'époque, là, la ville
de... bien, la régie de transports en commun de Toronto qui voulait exproprier
dans le cadre du GO Train, le train de
banlieue à Toronto, et là il y avait un délai, là, dans le moment, d'où est-ce
qu'on place la station, et la Cour suprême a considéré que c'était un
dommage possible, dans le cadre d'une expropriation, que le... que d'avoir des
dommages pour quelque chose qui s'est produit avant l'expropriation, mais qui
cause un préjudice à l'exproprié, qui est relié quand même à l'expropriation.
Le problème que ça
cause, une disposition comme ça, c'est que l'exproprié peut se ramasser à être
indemnisé parce qu'il est exproprié, mais pour quelque chose qui a eu lieu
avant l'expropriation et pour lequel il ne pourrait pas recevoir d'indemnité s'il n'y avait pas d'expropriation. Je vous donne
un exemple, c'est qu'un exproprié pourrait, en ce moment, invoquer des faits avant l'expropriation,
des faits qui seraient... qui seront survenus peut-être trois ans avant, qui
seraient prescrits au sens du Code civil, mais, comme c'est une expropriation,
il peut, en ce moment, se servir de l'arrêt Dell Holdings, puis d'essayer de
revenir dans le temps, puis d'obtenir une indemnité qui est gonflée. Donc, ça,
c'est quelque chose qui n'est pas nécessairement souhaitable.
Donc,
l'article 102 vient mettre fin à l'arrêt Dell Holdings en permettant... en
fait, en interdisant les dommages pour des
faits survenus avant l'expropriation. Par ailleurs, ça, c'est important de le
mentionner, si l'autorité expropriante a commis une faute et a causé un
dommage avant l'expropriation, il y a encore un recours qui peut exister en
vertu du droit commun, du Code civil. Donc, l'idée n'est pas de priver un
exproprié d'un droit si le droit existe,
c'est d'éviter que le fait d'exproprier donne plus de droits pour un dommage
qui est survenu avant l'expropriation. C'est
ça que le législateur veut éviter puis c'est pour ça qu'on appuie l'idée, là,
de venir retirer, finalement, le principe de l'arrêt Dell Holdings.
M. Morin : Parfait.
Bien, je vous remercie. Merci beaucoup. Un peu plus tôt aujourd'hui, la Société
de transport de Montréal est venue nous parler, témoigner en commission.
Ils souhaitent obtenir, finalement, la possibilité d'exproprier sans
obtenir une autorisation préalable du gouvernement parce qu'il y a certaines
sociétés de transport qui doivent obtenir une autorisation du gouvernement
avant de se lancer dans un processus d'expropriation. Ce n'est pas, je crois, le cas de l'ARTM, mais, pour
d'autres sociétés de transport, oui. Est-ce que... Bon, évidemment, la STM le demande
pour eux, mais est-ce que c'est quelque chose que vous avez considéré? Est-ce
que c'est quelque chose qui devrait être accordé à toutes les sociétés de
transport? Est-ce que vous y voyez un avantage?
Mme V. Doyon
(Sarah) : Effectivement, on constate que c'est quelque chose qui
pourrait être accordé à l'ensemble des sociétés de transport, surtout que le
gouvernement, finalement, en approuvant les projets de transport en commun, vient quand même donner son accord ou
non à un projet. Il finance le prolongement d'une ligne de métro, bien, nécessairement, le
gouvernement comprend qu'il y aura des expropriations relatives à cette ligne
de métro. Donc, ça pourrait être effectivement quelque chose qui est
accordé à l'ensemble des sociétés de transport.
Je ne sais pas si, Axel ou François, vous voulez
compléter.
M. Fournier (Axel) : Peut-être
clarifier un point sur le cas de l'ARTM et d'Exo, c'est qu'en ce moment, l'ARTM
et Exo, c'est pire que les sociétés de transport... même pas exproprier
eux-mêmes. L'expropriation doit être faite par le ministère pour l'ARTM et Exo.
Ça vient rajouter une couche encore plus... d'approbation, là, parce que
l'organisme doit déterminer s'il veut exproprier, bon, il faut quand même qu'il
ait l'autorisation du gouvernement, mais c'est le ministère qui fait
l'expropriation, ça ne peut pas être l'organisme lui-même. Donc, ils ont encore
moins de pouvoirs, finalement, que les sociétés de transport.
M. Morin : Je vous comprends bien,
puis c'est intéressant. Je vous remercie. La STM ne peut pas exproprier toute
seule. Il faut qu'elle demande l'autorisation. L'ARTM ne peut pas exproprier,
point à la ligne, il faut... Alors, on parle d'expropriation, là, puis on parle
de transport collectif. Avec votre expertise qu'on reconnaît, est-ce que la loi
vient régler ce problème-là ou s'il faudrait ajouter des dispositions dans la
loi pour régler ça une fois pour toutes? Est-ce qu'il y a une raison pour
laquelle... Parce que, je veux dire, le législateur, quand il adopte des lois,
il ne parle pas pour rien dire. Il sait ce qu'il fait, n'est-ce pas;
présomption à cet effet-là. Donc, pourquoi il n'a pas donné d'autorisation
directement à l'ARTM, à Exo? Est-ce qu'il craint quelque chose? D'autant plus
que, comme vous l'avez dit, s'il finance un
projet, bien, c'est probablement parce qu'il est d'accord avec le projet s'il
l'a financé. Donc, j'essaie de comprendre, puis comment on pourrait
régler ou améliorer cette situation-là, parce que je comprends également que plus
il y a de délais, bien, plus ça peut coûter cher à une société de transport
pour réaliser un projet.
M. Fournier (Axel) : Bien, la
question à savoir pourquoi, à l'époque du projet de loi n° 76,
ça n'a pas été accordé à Exo ou à l'ARTM. Honnêtement, je ne le sais pas. Par
contre, disons qu'aujourd'hui, avec le recul, on pense que ça devrait... le
projet de loi actuel devrait être modifié pour inclure cette possibilité.
Par ailleurs, ce qui est important de mentionner
aussi, c'est qu'il y a actuellement une obligation pour les sociétés de
transport, lorsqu'elles exproprient, d'avoir l'autorisation quand même de la
municipalité qui adopte le budget. Donc, il y a quand même un encadrement qui
est fait au niveau municipal, et, à l'article 4 du projet de loi, il est
prévu que, lorsqu'une municipalité exproprie, l'autorisation ministérielle
n'est pas nécessaire.
Donc, c'est un peu paradoxal qu'une
expropriation faite par la STM, ou la société de transport de Québec, ou
n'importe quelle autre société de transport, nécessite l'approbation de la
municipalité. Si la municipalité avait exproprié,
l'autorisation ministérielle ne serait pas... bien, du gouvernement ne serait
pas nécessaire, mais l'autorisation devient
nécessaire parce que ce n'est pas directement la municipalité, même si elle a
autorisé. C'est un peu paradoxal.
M.
Morin : Donc, il y aurait peut-être lieu, avec le projet
de loi, éventuellement, parce qu'on parle d'expropriation ici, de régler cette... en fait, cette façon de
procéder qui semble être parfois peut-être un peu lourde administrativement ou
qui va engendrer des délais. Êtes-vous d'accord avec moi?
Mme V. Doyon (Sarah) : Bien, en
fait, c'est un peu une procédure qui rallonge les délais puis qui ajoute de la
complexité là où on cherche à simplifier.
M. Morin : Parfait. Question un peu
plus procédurale avec des règles de preuve. Dans le projet de loi, le TAQ a un
rôle, la Cour supérieure a un rôle également à jouer, mais ce ne sont pas
nécessairement les mêmes règles de procédure
et de preuve qui sont utilisées devant la Cour supérieure et devant le TAQ.
Pour les fins d'expropriation, si on veut être efficaces, est-ce qu'il y
aurait lieu d'harmoniser ces règles-là?
M. Fournier (Axel) : Bien, disons,
pour... si on exclut la question d'expropriation déguisée, là, pour laquelle...
dont on n'a pas... dans le mémoire, c'est que la Cour supérieure va intervenir
uniquement sur le contrôle du droit à l'exproprié, alors que le TAQ va
uniquement se pencher sur le montant de l'indemnité. Donc, en dehors du cas
d'expropriation déguisée, il n'y a pas de question de chevauchement, là. Il y a
deux compétences distinctes sur deux
éléments. Donc, il n'y a pas lieu d'harmoniser ces règles-là. Après, la
question d'expropriation déguisée, on n'y touche pas dans notre mémoire
parce que c'est un peu plus loin, là, de la situation des usagers du transport
collectif.
• (19 h 10) •
M. Morin : Je comprends. Maintenant,
Me Burelle nous suggérait, un peu plus tôt ce matin, pour éviter une perte de
temps, une perte de temps dans le processus judiciaire, puis on sait que le
processus judiciaire, on veut qu'il soit efficace, qu'on... qu'il y ait un
protocole d'instance devant le TAQ, ce qui ne semble pas être le cas
maintenant. Dans votre pratique, est-ce que vous pensez que c'est quelque chose
qui pourrait améliorer et réduire les délais?
M. Fournier (Axel) : Oui. Dans ma
pratique, je vous dirais, le TAQ, quand même, surveille les dossiers, là. On a
des conférences régulièrement avec les juges qui s'assurent que les dossiers
progressent, là. Donc, il y a quand même cette notion-là. Ce n'est pas... Les
dossiers... Même si, dans la loi, il n'y a pas d'encadrement, il se passe quand
même un encadrement par... dans les faits, par le tribunal. Après, que ça
prenne la forme d'un protocole de l'instance ou que ce soit plutôt par un
encadrement judiciaire, ça, c'est une question que je laisse en suspens au
législateur.
M. Morin : Parfait.
Je vous remercie. Maintenant, pour terminer, parce que, dans votre mémoire,
puis vous l'avez mentionné, vous parlez du modèle de Hong Kong, du
développement immobilier, Mme la ministre a fait allusion à ça, pouvez-vous nous en parler davantage? La STM a déjà une
société, là, qui gère des immeubles. Maintenant, est-ce que vous souhaitez que
ce soit étendu à l'ensemble des sociétés de transport, à certaines sociétés de transport? Quels sont, en fait, les meilleurs
moyens pour que ça devienne réalisable, qu'on puisse attirer des promoteurs?
Puis quelle place, évidemment, il faudrait faire au logement abordable ou
social, parce qu'on vit évidemment une crise du logement également?
M. Pepin (François) : Écoutez, ça
pourrait être étendu à l'ensemble des sociétés de transport, Exo et l'ARTM,
parce qu'il n'y a pas juste les infrastructures métro ou train. Il y a
effectivement aussi les terminus de bus. Il
y a plusieurs équipements associés et connexes au transport collectif, et, de
ce côté-là, effectivement, ça permettrait à toutes les sociétés de
transport d'avoir du développement immobilier, dépendant des besoins des
quartiers ou des municipalités, là, c'est sûr, de voir quelles opportunités ça
pourrait leur offrir. Voilà.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie.
Le
Président (M. Jacques) : Merci, M. le député. Nous cédons maintenant la
parole à la deuxième opposition, en l'occurrence à M. le député de
Taschereau, pour environ cinq minutes.
M.
Grandmont : Parfait. Merci, M. le Président. Mme Doyon,
M. Pepin, Me Fournier, merci pour votre contribution, votre
présence en cette heure tardive.
J'irais d'abord sur ce que vous demandez, là, ce
que vous proposez, en fait, d'ajouter au projet de loi, là, notamment de
permettre aux OPTC d'exproprier pour autre chose que les infrastructures de
transport proprement dites puis aussi permettre des ententes avec les
promoteurs, puis ça me faisait réaliser... Vous avez parlé, notamment, de droits aériens, puis je m'imagine très, très
bien que la négociation... En tout cas, prévoir une construction au-dessus
d'une station, d'un édicule, par exemple, il vaut mieux le faire en amont
que... tu sais, plutôt que d'espérer ou d'imaginer que, peut-être
éventuellement, il y aurait quelque chose au-dessus de cet édicule-là. Ce que
je veux dire, c'est que c'est le genre de
décision qu'on prépare nécessairement en amont. Est-ce que, selon vous,
actuellement, avec le projet de loi n° 22, on risque de manquer des
opportunités de bien arrimer le développement urbain et développer les
transports collectifs structurants principalement?
Mme V. Doyon (Sarah) : Bien,
effectivement, c'est pourquoi on a fait ces deux recommandations-là. Évidemment, le projet de loi, il vient améliorer
plusieurs choses pour le développement du transport collectif, mais, si on
veut vraiment maximiser les retombées de ce projet de loi là, on peut aussi y
adjoindre d'autres dispositions pour favoriser le développement de quartiers
TOD. Ça va, tu sais, maximiser le développement à proximité des stations de
transport collectif.
Qu'on parle du métro de Montréal, ou qu'on parle
du tramway à Québec, ou de tout autre projet qui n'est pas encore en
réalisation, ce serait le bon moment pour, finalement, travailler sur
l'ensemble du développement urbain puis assurer des retombées positives pour
l'ensemble de la société, pas juste les usagers du transport collectif qui ont
une nouvelle infrastructure, mais aussi s'assurer qu'il y a des nouvelles
personnes qui puissent en bénéficier, qui puissent profiter du développement à
proximité, puis, actuellement, bien, c'est compliqué.
L'exemple de la station Saint-Laurent a été
nommé en plein coeur du centre-ville. C'est en plein milieu d'un champ de
garnotte à peu près, excusez-moi l'expression, il n'y a rien au-dessus, mais,
si on prévoit tout de suite des dispositions dans la loi, on pourrait éviter
que ce genre de chose là se reproduise. Il faudrait évidemment prévoir que la
station devienne partie d'un bâtiment. On ne les construit pas de la même
manière. Donc, effectivement, il faut mettre ça dès maintenant dans le projet
de loi pour s'assurer de ne pas manquer d'opportunité.
Je ne sais pas si, François ou Axel, vous voulez
compléter...
M. Pepin (François) : Bien, très
rapidement, c'est effectivement possible de construire au-dessus d'une station
de métro. C'est pour ça que... Le réseau original, on parlait d'édicules
temporaires à l'époque, parce qu'au niveau du tunnel et de la station comme
telle en dessous il n'y a aucun problème, et aussi, pour les raccordements de
différents tunnels, comme le réseau souterrain de Montréal, il y a toujours des
ouvertures, qu'on appelle des tympans, qui sont prévues à l'origine, mais
effectivement c'est le genre de travaux de raccordement qui peuvent se faire
relativement facilement.
M. Grandmont : ...en train de dire
que, dans le fond, si on veut agir en bons gestionnaires de l'argent public, en
fait, si on veut maximiser les retombées positives, les retombées positives,
mais économiques aussi, de l'argent gouvernemental investi dans le transport
collectif, il faudrait vraiment aller vers des dispositions telles que
permettre de négocier avec les promoteurs, d'avoir des ententes avec des
promoteurs ou encore de donner le droit aux OPTC, là, d'exproprier pour autre
chose que des infrastructures. Évidemment, ça, ça a des retombées positives
aussi sur la question du financement du transport collectif. Est-ce que vous
considérez que c'est un sujet qui est comme à part ou si on doit profiter du PL
n° 22 pour justement l'intégrer puis que ça fasse partie... Même si c'est
une discussion qui se fait en parallèle dans une consultation puis que c'est
mené, par ailleurs, par la ministre des Transports, est-ce qu'on a là une
opportunité qu'on doit absolument saisir?
Mme V. Doyon
(Sarah) : Tout à fait. C'est vrai que le financement de la mobilité puis
l'expropriation, c'est deux dossiers distincts, mais ça ne veut pas dire qu'il
n'y a pas d'interrelation entre les deux puis qu'il n'y a pas de... Ils
agissent comme des vases communicants. En fait, il y a des leviers qu'on peut
utiliser, dans le projet de loi n° 22, qui vont faciliter notre vie quand
on va se poser des questions pour le financement de la mobilité, qui
permettraient d'aller chercher des nouvelles sources de financement. Donc,
effectivement, le projet de loi n° 22, c'est comme ça qu'on l'a vu de
notre côté, c'est vraiment de l'utiliser comme un véhicule législatif qui doit
permettre, finalement, de favoriser le développement du transport collectif...
favoriser le développement du transport collectif puis, oui, réduire les coûts,
mais c'est aussi trouver des nouvelles sources de financement.
M. Grandmont : Parfait. Bien,
écoutez, en ce qui me concerne, j'ai terminé mes questions, mais je vous
remercie pour votre contribution encore une fois puis je vous souhaite une
bonne fin de soirée.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
M. le député. Merci pour votre contribution aux travaux.
Et la commission ajourne ses travaux au mercredi
20 septembre 2023, après les avis touchant les travaux des
commissions, où elle poursuivra son mandat.
(Fin de la séance à 19 h 19)