(Neuf
heures cinquante-trois minutes)
La Présidente (Mme
Schmaltz) : Alors, bonjour à tous. Alors, ayant constaté le quorum, je
déclare la séance de la Commission des transports et de l'environnement
ouverte.
La commission est
réunie afin de poursuivre les consultations particulières et auditions
publiques sur le projet de loi n° 61, Loi édictant la Loi sur Mobilité
Infra Québec et modifiant certaines dispositions relatives au transport
collectif.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. M. Bernard (Rouyn-Noranda—Témiscamingue)
est remplacé par Mme Picard (Soulanges); M. Montigny (René-Lévesque)
est remplacé par Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac); M. St-Louis
(Joliette) est remplacé par Mme Schmaltz (Vimont); et M. St-Pierre
Plamondon (Camille-Laurin) est remplacé par M. Arseneau
(Îles-de-la-Madeleine).
Auditions (suite)
La Présidente (Mme
Schmaltz) : Parfait. Merci. Alors, nous entendrons ce matin les
témoins suivants : M. Pierre-André Hudon, M. Jacques Roy et la Fédération
des chambres de commerce du Québec.
Alors donc,
bienvenue, M. Pierre-André Hudon. Alors, vous allez disposer de
10 minutes pour votre exposé. Par la suite, nous allons procéder à un
échange avec les membres de la commission et puis... Alors, je vous invite donc
à vous présenter et à nous faire votre exposé. Merci.
M. Pierre-André Hudon
M. Hudon
(Pierre-André) : Bien, d'abord, merci de m'accueillir. Mon nom est
Pierre-André Hudon. Je suis professeur de gouvernance et de gestion de projets
à l'Université Laval. Je m'adresse donc à vous en tant que professeur
d'administration spécialiste de la gouvernance des projets publics et non en
tant qu'expert technique des projets de transport. En ce sens, mes remarques
concerneront surtout la structure administrative qui est proposée pour Mobilité Infra Québec ainsi que les
mécanismes de prise de décision qui sont implicites dans le projet de loi n°
61. La diapositive PowerPoint que vous voyez constitue un aide-mémoire
de mes propos. Il y a trois éléments sur lesquels j'aimerais attirer l'attention
des membres de la commission.
Le premier, c'est la
manière dont le projet de loi tel que présenté semble rendre difficile la
coordination avec d'autres instances, notamment les municipalités et les
sociétés de transport. L'article 4 mentionne clairement que Mobilité Infra Québec agit lorsque le gouvernement
lui en confie la responsabilité, pour réaliser l'analyse d'opportunité,
la planification ou la réalisation des projets complexes de transport et afin
de favoriser la mise en valeur des espaces à proximité des bâtiments ou des
ouvrages de génie civil d'un projet. Ce que je retiens de ceci, c'est que
Mobilité Infra Québec n'a pas le pouvoir d'initiative interne pour analyser
indépendamment les bonnes idées. Elle se trouvera donc nécessairement à la remorque
du gouvernement.
Or, cela pose, à mon
sens, deux problèmes. D'une part, la connaissance fine des besoins se situe
plus souvent au niveau municipal, local ou dans les sociétés de transport, ce
qui fait me questionner sur la manière dont le gouvernement priorisera les
projets confiés à Mobilité Infra Québec sur les critères de priorisation, si
vous voulez. Il y a bien un devoir de consulter qui existe dans l'article 29,
mais ça me semble un peu faible, surtout si cette consultation intervient
lorsque le mandat a déjà été confié ou a déjà été déterminé.
D'autre
part, si on veut réellement constituer Mobilité Québec comme une réserve
d'expertise, un peu comme la SQI pour le bâtiment, il me semble qu'une
certaine autonomie dans l'analyse des opportunités est nécessaire pour que les
experts de la future agence puissent faire leur travail correctement. Cela
supposerait un pouvoir d'initiative où
l'agence peut étudier les solutions qu'elle juge pertinentes, puisqu'il s'agit
d'experts, ne l'oublions pas, sans attendre un mandat explicite.
Il y a finalement un
autre domaine où la future agence devrait, il me semble, mieux baliser sa
relation avec les municipalités, et c'est celui de la mise en valeur... de la
mise en valeur des espaces à proximité des projets. En effet, les articles 4,
8, 9, 10, 11 et 28 semblent permettre ce que l'on appelle la capture de la
valeur foncière comme méthode de financement où on utilise l'augmentation de la
valeur foncière à proximité des projets pour financer le projet lui-même. Je ne
sais pas si c'est ce que le législateur avait en tête, en particulier dans
l'article 28, mais il me semble que les
questions de développement urbain, tant urbanistique que foncier, donc, en ce
qui concerne la taxation, relèvent du niveau municipal.
Il y a ici, il me semble, un risque
d'incompatibilité des intérêts entre les plans urbanistiques des municipalités
et la volonté d'augmenter la valeur foncière de certains édifices pour financer
la réalisation des projets. Je ne suis pas opposé au
principe de capture de la valeur foncière, mais je pense qu'il mériterait
d'être mieux... d'être mieux balisé, si c'est ce que l'on entend par cet
article. Ceci m'amène d'ailleurs au deuxième élément que j'aimerais porter à
votre attention, soit celui du mandat et des définitions de certains concepts
clés.
D'abord, au-delà des
mentions assez succinctes de mobilité durable à l'article 4, de développement
durable et de diminution de l'empreinte carbone à l'article 29, il me semble
que certains grands principes de développement, de développement durable même, pourraient être enchâssés dans le mandat,
par exemple la réduction des gaz à effet de serre, la contribution au
développement économique, les services aux collectivités défavorisées. Enfin,
il y en aurait plusieurs autres que l'on pourrait considérer. Cela donnerait au
minimum une base rationnelle pour choisir, comme je disais tout à l'heure, pour
prioriser quels mandats sont confiés à Mobilité Infra Québec.
J'aimerais également
soulever la question du type de projets concernés par l'agence. Quand on
mentionne le terme «mobilité durable», on pense... pardon, on pense
instinctivement aux projets de transports collectifs, mais des projets
autoroutiers pourraient-ils être inclus dans ce terme? Ce que je veux dire, c'est
que, sans définition claire de la mobilité durable et des principes qui la
sous-tendent, surtout, le terme devient un peu un fourre-tout dans lequel on
pourrait bien inclure des projets qui ne vont pas nécessairement dans le sens
de la réduction de l'empreinte carbone, dans le sens de la durabilité.
En parlant de
définitions, il en va même pour la notion des projets complexes, qui me semble,
pour l'instant, assez nébuleuse. Comment déterminer si un projet est complexe?
Qui le fait? Quels sont les critères pour dire qu'un projet est complexe? Ce
n'est pas clair pour le moment, mais, de façon plus importante encore, comment
cela s'accorde-t-il avec la notion de projet majeur d'infrastructure et surtout
avec les directives existantes sur la gouvernance
des projets majeurs d'infrastructure et sur les modes de réalisation
collaboratifs qui vont faire l'objet du... ou qui font l'objet, en fait,
du projet de loi n° 62? Il me semble qu'un bon ménage dans toutes ces
définitions s'impose.
• (10 heures) •
Finalement, le
troisième élément qui retient mon attention concerne la structure
administrative en agence de Mobilité Infra Québec. Tout d'abord, je comprends
et je salue même l'intérêt à vouloir doter l'État d'une expertise de pointe
dans la question des projets de transport, surtout dans la mesure où le
transport collectif s'impose comme une des facettes les plus importantes dans
la lutte aux changements climatiques. Toutefois, si l'indépendance et la dépolitisation font partie de l'argumentaire pour
le choix d'une structure en agence, j'aimerais émettre quelques bémols.
D'abord, il y a ici
une question un peu plus théorique. Il ne me semble pas nécessairement
désirable de dépolitiser, au sens où on l'entend souvent, les projets de
transport, du moins en ce qui concerne les grands choix stratégiques, les
grandes décisions, si vous voulez. En effet, dans la mesure où les grands
projets d'infrastructure constituent, en quelque sorte, des choix de société,
il me semble qu'au contraire la dépolitisation n'est pas nécessairement
désirable. Je dirais même qu'il me semble important, du point de vue des
politiques publiques ou carrément du point de vue démocratique, de laisser les
élus défendre leurs décisions, bonnes comme mauvaises, en matière de transport. Isoler ces décisions de la
joute politique n'aurait comme effet que de rendre ces choix importants
très opaques, ce qui, à terme, n'est pas désirable.
Là où, par contre, la
dépolitisation devient plus importante, c'est au niveau technique, par exemple
en ce qui concerne le choix des technologies ou le choix des tracés, ce que
j'appellerais les petites décisions, bien qu'il y ait évidemment une zone grise
à savoir si un tracé représente un choix technique ou stratégique. Ici, le
choix d'une agence peut s'avérer pertinent pour éviter l'ingérence, parce que
c'est souvent de ça dont on veut parler quand on parle de politisation. C'est
plutôt de l'ingérence qui serait néfaste. La politisation en elle-même n'est
pas, à mon sens, un problème fondamental.
Toutefois, malgré les
meilleures volontés d'indépendance, c'est souvent au moment des autorisations
de procéder ou de financer, c'est-à-dire quand on doit donner le go, si vous
voulez, au projet que des changements techniques sont imposés, peuvent être
négociés, peuvent être... oui, peuvent être imposés. Ceci nous ramène donc à la
question des règles décisionnelles et notamment celles de la cohérence et de la
subordination du projet de loi ou de Mobilité Infra Québec à la Directive sur
la gestion des projets majeurs d'infrastructure publique, qui, elle, balise le
processus décisionnel.
Et finalement, de
manière un peu plus terre à terre, je me questionne un peu sur le pouvoir,
mentionné à l'article 9, de créer des filiales. À mon sens, il n'est pas
coutume, pour une agence, de créer une filiale. Il me semble que l'objectif de
donner ce pouvoir à Mobilité Infra Québec pourrait être mieux explicité. Je ne
suis pas opposé nécessairement à ce projet-là... à cette idée-là, mais
j'aimerais qu'on nous dise pourquoi on veut le faire. Est-ce lié, par exemple,
à la capture foncière ou encore au désir de créer des sociétés de projets pour
réaliser des infrastructures en utilisant des modes alternatifs comme les PPP,
les modes collaboratifs, qui font l'objet du projet de loi n° 62? Le projet
de loi, à mon sens, est muet à cet égard.
Donc, pour conclure,
j'aimerais exprimer mon soutien au désir du gouvernement, implicite dans ce
projet de loi, de réaliser des projets de
mobilité durable. À mon sens, des transports collectifs de bonne qualité,
rapides, efficaces et confortables sont un des facteurs les plus
importants de la qualité de vie et du développement économique des villes et
l'un des outils les plus importants de la lutte à la congestion et aux
changements climatiques. Merci.
La Présidente (Mme Schmaltz) : Parfait.
Alors, merci beaucoup. Donc, nous allons commencer par l'échange. Alors,
juste avant de débuter, la ministre a accepté qu'on lui enlève quelques minutes
de son temps. Alors, est-ce qu'il y a consentement pour que... Parfait. Merci.
Alors, Mme la ministre, vous disposez de 13 min 30 s.
Mme Guilbault : Merci beaucoup. Salutations à vous, Mme la Présidente, à
votre équipe, salutations à tous les collègues. Bonne... bon début de semaine
parlementaire en ce mardi matin.
M.
Hudon, merci. Merci d'être ici avec nous ce matin. Je le dis à tous ceux qui
prennent le temps de venir en personne nous présenter leur point de vue. Tout
le monde est occupé dans la vie. Alors, de prendre le temps ce matin, c'est
vraiment un grand plaisir. Je crois déduire de vos fonctions que vous habitez
peut-être notre capitale nationale puisque vous êtes à la Faculté des sciences
de l'administration, où j'ai moi-même déjà passé, à l'Université Laval. J'y ai
passé plusieurs années.
Donc, un plaisir de
vous recevoir ce matin et d'entendre, puis vous avez commencé un petit peu
comme ça et terminé comme ça, votre soutien au projet ou à la volonté
gouvernementale, bien qu'il y a... il y a plusieurs points que vous avez
abordés, là, puis les projets de loi sont toujours perfectibles, c'est sûr,
mais votre soutien à la volonté du gouvernement d'enfin se doter d'un moyen
d'être plus efficace dans la livraison de nos projets majeurs. Puis je
regardais un peu le genre de recherche que vous faites, et tout ça, et vous
avez notamment étudié la politisation des projets majeurs d'infrastructure.
Donc, quelqu'un qui s'est penché... excusez, parce qu'on a des appels. Des
fois, ça peut être l'école... l'école de mes enfants, évidemment. Donc...
Alors, c'est ça. Donc, vous vous êtes penché sur les projets majeurs
d'infrastructure, et, pour nous, c'est un très, très grand souci.
Vous avez parlé du
projet de loi n° 62, puis j'en parle presque à chaque intervenant qui
vient, parce que, pour moi, le projet de loi n° 61 et 62 sont
inextricablement liés, parce que le mien n'aurait pas d'intérêt s'il n'y avait
pas le 62. Vous l'avez dit, là, notre incapacité à être efficace dans la
livraison des projets majeurs d'infrastructure... puis ça dépasse les
transports. C'est vrai dans d'autres projets majeurs, que vous pourrez nous...
nous le confirmer ou nous l'infirmer, ayant étudié la chose de manière
scientifique. Est-ce que vous avez participé aux consultations de mon collègue
sur le projet de loi n° 62, ou est-ce que vous avez déposé un mémoire, ou
participé d'une quelconque façon? Non?
M. Hudon
(Pierre-André) : Non.
Mme
Guilbault : Bien, parfait. Bien, vous
pourrez peut-être vous exprimer ici, parce que, pour moi, c'est vraiment très,
très, très pertinent, puis vous l'avez évoqué vous-même. Moi, je suis
arrivée... ça va faire deux ans que je suis arrivée au transport. Ça fait
que rapidement, là, j'ai été confrontée à la désuétude de nos façons de faire
dans les projets majeurs, notamment dans nos modes contractuels, notamment dans
le fait qu'il est quand même assez rare et
très compliqué d'aller dans des modes collaboratifs. Donc, une réforme des
modes contractuels, pour moi, à la base, était nécessaire, qui dépasse,
comme je vous dis, les transports puis Mobilité Infra Québec, là, qui est
nécessaire pour l'ensemble du gouvernement, si on veut être plus efficace puis
livrer plus cher... moins cher, c'est-à-dire, plus rapidement, moins cher, nos
projets d'infrastructure.
Est-ce que... puis je
ne sais pas à quel point vous avez eu l'occasion de vous pencher sur le projet
de loi n° 62 puis sentez-vous bien à l'aise. Ce n'est pas la commission du
62 ici, mais probablement que vous l'avez regardée avec intérêt. Donc, est-ce
que vous considérez que les deux pièces législatives, 61 et 62, vont
résolument nous aider à être plus efficaces dans la livraison de nos projets
d'infrastructure au Québec?
M. Hudon
(Pierre-André) : Je vous avouerais que je concentrais mon intervention
surtout sur la question de la planification.
Le projet de loi n° 62, les modes collaboratifs sont pertinents, bon, pas
seulement dans la livraison, hein, parce que, bon, par exemple, dans les
modes collaboratifs, il y a la question du design qui inclut les... bon, les
experts dès la conception du projet. Je vous
avouerais que mon intérêt à... puis mon intervention de ce matin concernait
surtout la partie de la planification, la partie de l'analyse
d'opportunité, la partie de la... comme je disais tout à l'heure, là, la
priorisation des projets, le choix des projets.
Sur la question de la
livraison, je... puis je suis conscient que ce n'est pas l'objectif ce matin,
on est plutôt dans des modes novateurs de
livraisons. Bon, il faudra les tester, hein, il n'y en a pas eu... il n'y en a
pas beaucoup qui ont été faits. Je vous rappellerai que les PPP, au
début, dans les années 2000, ont eu quelques ratés aussi au début. Je suis
prêt à donner la chance au coureur, mais on n'est pas ici pour parler du projet
de loi n° 62.
Ce que j'aimerais
mentionner, c'est plutôt la question de la priorisation des projets, le choix
des projets qui seront confiés à Mobilité Infra Québec. Et ça, comme je vous... puis vous l'avez
souligné, je suis tout à fait en faveur, puis c'est ce que je disais dans la conclusion de mon texte, de doter
l'État d'une expertise dans la réalisation de projets d'infrastructures
de transport, d'infrastructures durables de transport.
Là
où j'ai une crainte, c'est que le mot «mobilité durable» devient un peu de
l'écoblanchiment, du «greenwashing», où on essaie de rentrer n'importe
quel projet qui ne va pas nécessairement dans le sens du développement durable dans la liste des projets à prioriser. C'est pour
ça que moi, ce que j'aimerais voir, ce que... pas «j'aimerais», là, ce n'est
pas... c'est votre travail, mais ce que j'ai
espoir de voir dans le projet de loi, c'est des principes plus fortement
enchâssés de développement durable puisqu'on l'appelle... puisqu'on dit
dans l'article 4, par exemple, que l'on veut... que c'est une agence de
développement durable, puis dans l'article 29, on parle du principe de...
je ne veux pas dire de bêtises, excusez-moi,
de diminution... dans une perspective de développement durable et de diminution
de l'empreinte carbone. Voilà.
C'est ça, surtout, ma
préoccupation. C'est là où j'ai une petite crainte, pas une grande crainte,
mais je... parce qu'on met surtout des infrastructures, puis il y a toutes
sortes de décisions qui ne sont pas nécessairement liées au projet de loi. Mais
il me semble que d'avoir des principes plus fortement enchâssés, de
développement durable, dans la loi permettrait une meilleure planification, une
meilleure priorisation des projets.
• (10 h 10) •
Mme
Guilbault : Puis dans la mesure... Quand
vous dites «une meilleure priorisation»... parce que ça a été dit sur toutes
les tribunes, moi, je l'ai dit abondamment, puis, je pense, c'est de notoriété
publique maintenant, que la création de Mobilité Infra
Québec, essentiellement, vise à pouvoir livrer des projets de transport
complexes collectifs... de projets complexes de transport collectif, ce qui est
une expertise actuellement qui est manquante au sein de l'État et... Donc, dans cette mesure-là, comme il s'agirait de
lui confier des mandats pour que ce soit planifié ou réalisé, moi, je me
concentrais beaucoup sur la réalisation, parce que la planification,
actuellement, la planification de la mobilité en général, c'est déjà un
mandat qui incombe au ministère des Transports, mais c'est la réalisation qui
est compliquée. Bien, il y a moyen de s'améliorer, là, on est d'accord, mais
sauf que, dans la réalisation, le seul... à part le métro, le seul grand
projet, vous le savez probablement, de transport collectif majeur qu'on a fait,
c'est le REM, et on l'a donné à... on a créé la CDPQ Infra exprès pour faire
ça, sachant probablement, à l'époque, ce n'était pas dans notre gouvernement,
mais sachant probablement qu'on ne serait pas capable de le faire au
gouvernement ou ça prendrait tellement de temps que ça ne finirait plus, ça
coûterait une fortune. Et là c'est quand même 67 kilomètres à
8 milliards. Donc, tu sais, quand même, on peut dire ce qu'on veut, mais
ça avance, tu sais.
Tout ça pour dire
que, dans la mesure où ce seraient des projets de transport collectif qui sont
le premier objectif de la création de Mobilité Infra Québec, et vous nous
dites : Mon souci, c'est de m'assurer que ces projets-là ont vraiment...
vont générer une réduction de GES, sont vraiment des projets de mobilité
durable, pour moi, ça tombe sous le sens, dans le sens où, peu importe le
projet de transport collectif, qu'il soit dans l'est de Montréal, qu'il soit
dans... sur la Rive-Sud de Montréal, que ce soit le tramway Québec, pour moi,
on atteint le même objectif de décarbonation. Donc, partagez-vous ou, sinon,
comment est-ce que vous nuanceriez cette opinion-là?
M. Hudon
(Pierre-André) : Oui. Bien, je... quand on lit le libellé du projet de
loi... ou des articles, pardon, on parle surtout de transport, mais je vous
poserais la question : Est-ce qu'un projet routier pourrait faire partie
du portefeuille de projets gérés par infrastructure... par Mobilité Infra
Québec? Est-ce qu'un projet comme le troisième lien pourrait en faire partie?
Mme
Guilbault : Bien, l'objectif, c'est...
D'habitude, c'est l'inverse, mais ça me fait plaisir de répondre. Le libellé,
volontairement, de l'article 4, justement, est large pour ne pas fermer la
porte à quoi que ce soit, parce qu'après que moi, je sois passée, on ne sait
pas ce que les gens vont vouloir confier comme mandat. Moi, il me reste deux
ans, et je l'ai toujours dit, notre priorité en ce moment, c'est de trouver une
personne pour... mais une instance pour réaliser un projet dans l'est de
Montréal. Pour nous, c'est une priorité. Ça fait tellement longtemps qu'on en
parle. Un peu comme la ligne bleue qui a été annoncée à plusieurs reprises par
de précédents gouvernements et que là, nous, on réalise enfin. On veut faire la
même chose avec l'est de Montréal.
Mais effectivement,
on donne à Mobilité Infra Québec les coudées franches pour réaliser des projets
complexes de transport. La différence entre le routier puis le collectif, c'est
que, le routier, on a déjà l'expertise puis l'habitude de le faire au ministère
des Transports. Et, avec le projet de loi n° 62, on y revient parce que,
veux veux pas, ça va aider aussi mon ministère, parce que la réforme des modes
contractuels va prévaloir pour l'ensemble des ministères et organismes. Donc,
le ministère des Transports va aussi pouvoir être plus efficace dans ses modes
de réalisation de projets routiers. Mais c'est certain que l'objectif premier,
c'est pour les projets de transport collectif.
M. Hudon
(Pierre-André) : Alors, je vous soumettrais : Pourquoi ne pas le
dire explicitement dans le projet de loi,
dire que ceci concerne les projets de transport collectif? La crainte que j'ai,
c'est qu'on finisse, puisque la définition des projets complexes, elle
est large, parce qu'on parle de... attendez, je... projets complexes de
transport. Par exemple, deuxième paragraphe, l'article 4, on parle de
projets complexes de transport, on ne parle pas de projets complexes de
transport collectif. La crainte que j'ai, c'est qu'à terme on finisse par
utiliser ce véhicule-là surtout pour accélérer des projets de transport qui ne
vont pas nécessairement dans le sens de la mobilité durable.
Cela étant dit, je ne
veux pas dire que tous les projets de route sont mauvais. Je ne veux pas dire
qu'une réfection de l'autoroute 50 entre Gatineau et Mirabel ne serait
certainement pas un... du luxe, même si ce n'est pas une question de réduction
de gaz à effet de serre, mais c'est une question de sécurité publique. Le
problème, c'est que je pense que, si on veut faire de la mobilité durable via
des projets de transport collectif, je pense qu'on devrait s'assurer que... les
choix collectifs puis les enchâsser très, très, très explicitement dans le
projet de loi que les principes de développement durable sont enchâssés très
explicitement dans le projet de loi.
Mme
Guilbault : Bien, je vous rejoins sur
l'importance que l'objectif prioritaire soit de pouvoir faire des projets de
transport collectif, mais, pour moi, il n'y a pas de plus-value à exclure la
possibilité de faire d'autres types de projets de transport. Pour moi,
l'important c'est que les projets de transport collectif qu'il reste à livrer
de la part de l'État — puis
je pense beaucoup à l'est de Montréal puis j'ai parlé de la Rive-Sud de
Montréal, à un moment donné, il va falloir en faire un aussi — soient
prioritairement confiés à l'agence. Mais vous l'avez dit vous-même, des projets
routiers, il va toujours y en avoir, là.
Je fais toujours mon
même... Puis, regarde, on va commencer le mardi matin comme ça, beaucoup...
certains partenaires financiers se sont désengagés du financement des routes,
mais ce serait du déni pur de penser qu'on va arrêter de faire des projets
routiers. Or, pour moi, du point de vue du citoyen, qui, avec ses taxes et ses
impôts, paie pour l'ensemble des projets de transport, qu'ils soient collectifs
ou routiers, d'exclure la possibilité qu'une éventuelle équipe agile et
efficace puisse faire peut-être un jour des projets routiers, bien que
probablement pas à court terme parce que, comme je vous dis, elle va être
occupée sur des projets de transport collectif, pour moi, du point de vue du
citoyen payeur de taxes, c'est une bonne chose. Mais, enfin, l'important c'est
que les projets de transport collectif d'envergure puissent être livrés, avec
des gens capables de le faire, à part la CDPQ Infra, dont on dépend beaucoup trop
systématiquement, actuellement, puis qui ne sont pas nécessairement intéressés
à tout faire.
Alors, je ne sais pas,
puis je ne sais pas si vous, étant un expert, justement, de ces questions-là,
de planification, et tout ça... Est-ce que vous avez évalué, justement,
actuellement, où devraient être les priorités pour livrer des projets de
transport? Je vous parlais de l'est de Montréal, tout à l'heure. Est-ce que,
pour vous, ça, ça fait du sens, de penser que
l'agence, en priorité, se pencherait sur un projet pour la mobilité dans l'est,
éventuellement Lanaudière?
M. Hudon (Pierre-André) : Bien,
comme j'ai dit dans le préambule de mon texte, je ne suis pas un expert des
transports, je ne suis pas un expert technique des transports. Mme Morency, qui
était là la semaine dernière, l'est infiniment plus que moi. Je me concentre
surtout sur les mécanismes de prise de décision et sur la question de la
gouvernance des projets. Et j'ai... Bon, j'ai l'impression de radoter, là, mais
je pense que des critères plus clairs, ce serait probablement la manière de
trouver quels projets devraient être priorisés. Ce n'est pas à moi à
dire : Le prochain projet, ça devrait être une ligne rose, ça devrait être
l'autoroute 50, ça devrait être le troisième lien. Moi, ce que je pense,
c'est...
La Présidente (Mme Schmaltz) : Rapidement.
M. Hudon (Pierre-André) : ...qu'on
devrait avoir des critères, des critères explicites sur le choix des projets et
que ces critères-là devraient aller dans le sens du développement durable. Et
d'ailleurs le développement durable, quand on l'enseigne, à l'université, ça
peut avoir plusieurs définitions, hein? Il y a a la question environnementale,
mais je l'ai dit tout à l'heure, la question de la réduction... du service aux
collectivités défavorisées...
La Présidente (Mme Schmaltz) : C'est
tout le temps... Désolée, je suis obligée de vous couper, mais c'est le temps
que nous avions. Merci. Alors, je me tourne maintenant vers l'opposition
officielle pour 9 min 54 s.
M. Derraji : Oui. Mme la Présidente,
j'aurais une demande à vous faire. Le temps laissé sur la table par Mme la
ministre, est-ce qu'il peut être redistribué à l'ensemble des trois partis
de l'opposition, s'il vous plaît?
La Présidente (Mme Schmaltz) : Oui.
Non, c'est ça, c'était pour rattraper le retard qu'on a... pour rattraper le
retard qu'on avait, parce qu'on a commencé en retard ce matin. Donc, on a
enlevé du temps à la ministre pour qu'on puisse terminer à l'heure.
M. Derraji : Mais on peut finir en
retard. C'est quoi, le problème?
La Présidente (Mme Schmaltz) : Bien,
il n'y a pas de problème en soi, là, mais...
M. Derraji : C'est... je pense que
c'est intéressant, avoir l'échange.
Des voix : ...
La Présidente (Mme Schmaltz) : Oui,
c'est ça. Il faut qu'il y ait un consentement de tout le monde aussi pour finir
plus tard.
M. Derraji : Ah! OK. Mais il faut
considérer qu'il n'y aura plus de consentement si on arrive en retard. On s'est
dit qu'on va commencer à 9 h 30, ou à 9 h 45, on commence à
9 h 45. Si jamais la ministre vient en retard, nous aimerions... mais
je ne veux pas parler au nom de mes collègues, mais je trouve intéressant
profiter de la présence de l'expert et utiliser tout le temps, mais ce n'est
pas grave, je vais... on va...
La Présidente (Mme Schmaltz) : Bien,
écoutez, allez-y. 9 min 54 s.
M. Derraji : Oui, oui. Ce n'est pas
grave, c'est une bonne leçon pour la prochaine fois.
Bonjour. Excellente présentation, des bons
arguments, et je tiens à vous remercier. C'est très, très clair, et ça me
rappelle de beaux souvenirs à la FSA, où j'ai fait mon MBA. Donc, très heureux
d'échanger avec vous.
Vous avez déclaré : Si on utilise une
définition un peu tordue de la mobilité durable pour que ça devienne une espèce
de fourre-tout et que ça devient un véhicule pour réaliser n'importe quel
projet de transport, je deviens un plus...
je deviens plus ambivalent. Vous faites référence au troisième lien. Ma
question est très simple : Considérez-vous que le troisième lien
doive être utilisé comme projet de la future agence?
M. Hudon (Pierre-André) : Je ne
crois pas qu'on devrait faire un débat ici, en étude du projet de loi, sur le
troisième lien. Je pense qu'on devrait faire un débat sur les critères de
décision qui permettraient d'inclure un projet ou un autre, OK? Comme je l'ai
dit, je ne suis pas un expert technique. Cela étant dit, si des critères sont
réellement des critères de développement
durable, je ne vois pas comment un processus rigoureux d'analyse pourrait en
arriver à la conclusion que le troisième lien est un projet de mobilité
durable.
• (10 h 20) •
M. Derraji : Donc, selon le projet
de troisième lien, ce n'est pas un projet de mobilité durable.
M. Hudon
(Pierre-André) : À mon sens, non.
M. Derraji : Oui. Donc, il ne
remplit pas l'ensemble des critères. Est-ce que j'ai...
M. Hudon (Pierre-André) : Bien, pour
l'instant, il n'y a pas de critères ou il y a peu de critères.
M. Derraji : Oui, oui.
M. Hudon (Pierre-André) : Il y a
quelque chose dans l'article 29, mais...
M. Derraji : Vous avez raison, et on
est rendu à plusieurs versions du troisième lien. On le fait, on ne le fait
pas. Donc, vous avez raison de le mentionner.
Vous avez parlé de l'article 4, de
l'article 29, ça m'a beaucoup interpelé, consultations faibles. Vous avez
aussi parlé de rendre difficile la coordination. Pensez-vous réellement que si
on veut aller dans le... des projets de mobilité durable, les
deux éléments clés, la coordination et la consultation, ce sont des
éléments clés?
M. Hudon
(Pierre-André) : La consultation, bien, évidemment que la... la
consultation sont des éléments clés. Et
là où je voulais en venir avec la... ce que j'ai dit sur la coordination et la
consultation, c'est surtout d'aller chercher l'expertise là où elle se
trouve, c'est-à-dire dans les villes, dans les sociétés de transport. Ce sont
les acteurs au niveau local qui détiennent
la connaissance fine des besoins et des sensibilités des utilisateurs des
transports collectifs. C'est certain que, si on veut faire de Mobilité
Infra Québec une agence qui gère des projets de transport collectif, c'est
certain qu'à un moment donné, il va falloir aller demander aux municipalités
c'est quoi, les besoins. La crainte que j'ai dans la version actuelle du projet
de loi, c'est qu'il y a un pouvoir d'initiative qui est assez direct du
ministère des Transports, du gouvernement, et que les projets qui sont confiés
à Mobilité Infra Québec vont avoir été choisis selon, encore une fois, des
critères que l'on ne connaît pas et avec des connaissances probablement qui
incluent des liens avec les municipalités, mais pas explicitement.
M. Derraji : Oui, mais, professeur...
et donc vous avez raison, donc... parce que je saisis, là, votre présence. Donc, pour vous, l'étude détaillée doit être
claire sur les critères. On doit faire attention aux mécanismes de coordination
et on doit faire attention aux mécanismes de consultation enchâssés dans la loi
pour éviter des surprises. Est-ce que j'ai bien résumé ce que vous voulez dire?
M. Hudon (Pierre-André) : Bon, on
peut dire ça. Je pense qu'il faut s'assurer que les sociétés de transport et
les villes soient capables de transmettre l'information sur ce qu'elles
connaissent comme étant les besoins en matière de transport collectif et les
sensibilités des utilisateurs.
M. Derraji : Mais vous répondez quoi
à l'argument suivant : il y a beaucoup de bureaux de projets dans toutes
les sociétés de transport. D'ailleurs, j'en ai rencontré pas mal. Bien, on va
les regrouper dans l'agence au lieu d'avoir plusieurs bureaux de projets?
M. Hudon (Pierre-André) : L'agence,
à mon sens, va être un peu un répertoire, une réserve d'expertise, si vous
voulez. Ce que j'ai lu dans les médias, c'est que l'agence devrait faire à peu
près 9 millions de budget puis une cinquantaine d'employés, là, à moins
que ça ait beaucoup changé depuis le mois de mai. C'est ce que... c'est ce qui
était sorti dans les médias.
M. Derraji : 3 millions, selon
le document du gouvernement. C'est ce que j'ai vu.
M. Hudon (Pierre-André) : Bon, ça,
vous me l'apprenez. Ce que... Là où je veux en venir, c'est que c'est une
petite boîte, hein? Une cinquantaine d'employés, ce n'est pas gros. Le bureau
de projet du tramway, lui, à lui tout seul, faisait 163 employés avant la
suspension. Donc, essentiellement, ce que l'on va faire, c'est que l'on va
changer, rapatrier, si vous voulez, les bureaux de projets dans Mobilité Infra
Québec. Ce n'est pas nécessairement une mauvaise chose, je vous dirais,
c'est... si tant est que l'expertise est là, l'expertise de gestion de projet,
puis je pense que...
M. Derraji : Mais vous êtes un
expert en management.
M. Hudon (Pierre-André) : Oui.
M. Derraji : Les bonnes règles de
gouvernance, est-ce que ça ne tend pas plus vers une centralisation ou d'une
décentralisation? Je vous donne un exemple. J'ai rencontré les gens de
Gatineau. On ne m'a pas dit que j'ai un manque d'experts. Ils ont réussi à
avoir des experts. Ils ont... Et d'ailleurs ils répondent à l'appel du
gouvernement pour le tramway, les choses avancent, les études avancent. Le
problème est ailleurs. Ce n'est pas par rapport au manque d'expertise. Donc,
ils ont réussi localement à avoir le début de commencement d'un projet. Est-ce
qu'on ne tend pas vers une centralisation?
M.
Hudon (Pierre-André) : Je vous avouerais que ma priorité principale... c'est
un pléonasme. Ma priorité, ce serait qu'on ait des projets de mobilité durable
qui aboutissent, et ça, en ce sens, je suis assez favorable au projet de loi, au projet de Mobilité Infra Québec. Là où
j'ai un problème plus théorique et plus philosophique, c'est justement
dans ce que l'on va considérer comme étant des projets de mobilité durable.
M. Derraji : Oui,
et ça, c'est un bon point. Ce qui me ramène à ce que... Vous, ce que vous
suggérez aujourd'hui, c'est que la mission de la future agence soit à
100 % mobilité durable, ça veut dire transport collectif. Vous ne voulez pas que la mission soit autre chose
que le transport collectif? Qu'est-ce que vous voulez exactement pour que
les futurs projets soient uniquement conformes à la mobilité durable?
M. Hudon
(Pierre-André) : Dans la mesure où cette agence-là risque d'en mener
large et qu'elle va avoir... elle va accaparer beaucoup de ressources, elle va
accaparer beaucoup du portefeuille de projets de transport de l'État, le
danger, c'est que, si elle devient le véhicule quasi exclusif de réalisation
des projets et que ces projets-là sont mal choisis, on va se trouver à faire
surtout des projets routiers et laisser de côté les projets de mobilité
collective.
M. Derraji : Oui,
c'est très clair.
M. Hudon
(Pierre-André) : C'est ça qui... C'est ça qui m'inquiète.
M. Derraji : Oui,
oui, il y a beaucoup de groupes qui l'ont mentionné. Donc, pour vous, routes,
autoroutes, il y a le ministère, projets de transport collectif, l'agence.
M. Hudon
(Pierre-André) : Puis on pourrait faire le débat plus large aussi,
même à l'intérieur du ministère des Transports. Mais là ce qu'on... ce qu'on me
dit, puis c'est ce que la ministre me disait tout à l'heure, c'est que
l'expertise ne semble pas exister en transport collectif au ministère. Soit, il
est dans les municipalités, et je le conçois parfaitement. Je pense qu'on
devrait utiliser ce véhicule-là comme un véhicule pour moderniser la question
des transports de façon plus large.
M. Derraji : ...évoqué la notion de projet complexe. Selon
vous, c'est quoi, la définition d'un projet complexe?
M. Hudon
(Pierre-André) : Je ne le sais pas. Je ne le sais pas, mais on... Ce
que je peux vous dire, c'est qu'il y a une
définition de projet majeur et que celle-là, elle est très explicite dans le
règlement sur les projets majeurs.
M. Derraji : Oui. Et vous voulez qu'on soit beaucoup plus
explicite sur la définition du projet complexe dans le projet de loi?
M. Hudon
(Pierre-André) : Je suis inquiet qu'on utilise un projet... la
définition d'un projet complexe comme une manière d'éviter de les appeler des
projets majeurs, parce que tous les projets sont complexes, là. On s'entend,
là, quand on... Il y en a certains plus que d'autres, mais la plupart des
projets sont complexes.
Je ne comprends pas,
en fait, pourquoi on utilise la notion d'un projet complexe, alors qu'on
pourrait très bien parler d'un projet majeur. Les projets de transport
collectif vont presque toujours l'être, là, surtout dans la définition
actuelle. Pourquoi rajouter une couche de définition d'un nouveau concept qui
n'a pas été défini et qui vient juste
complexifier la prise de décision? C'est ça, ma préoccupation. Les projets vont
être complexes, là, on s'entend, surtout des projets de transport
collectif.
La Présidente (Mme
Schmaltz) : ...
M. Derraji : Ah!
OK. Donc, pour vous, à l'intérieur du projet de loi, la définition du projet
complexe est nécessaire. Il y a la définition des projets majeurs que vous voyez.
Mais, si on suit la mission... d'ailleurs, on va avoir un bon débat sur la
mission de la future agence, mais ça découle naturellement... Si la mission,
c'est le transport collectif, la définition de mon projet complexe doit être du
transport collectif.
M. Hudon
(Pierre-André) : Bien, pas nécessairement, à mon sens. Moi, ce que je
veux dire, c'est qu'un projet est... une fois qu'il est considéré majeur, il
est soumis à la directive sur la gouvernance des projets majeurs
d'infrastructures publiques.
M. Derraji : Oui,
mais je reviens à la mission. Désolé. Je vous ramène à la mission. Si votre
mission, c'est faire du transport collectif... mais c'est votre mission, faire
du transport collectif. La définition d'un projet complexe majeur doit se refléter
dans ce que tu... ce que tu t'es donné comme mission.
La Présidente (Mme
Schmaltz) : Malheureusement, c'est tout le temps que nous avions.
Alors, je vais céder maintenant la parole au deuxième groupe d'opposition pour
3 min 18 s.
M. Grandmont :
Merci, Mme la Présidente. Bonjour, M. le professeur. Merci pour votre
présence. J'ai remarqué que vous êtes venu en autobus aujourd'hui. Je vous en
félicite. Très clair.
D'abord, juste dire, ce
document-là, j'aimerais, si c'est possible, que vous nous l'envoyiez, là,
évidemment, nous le partager. C'est très succinct, mais, en même temps, c'est
extrêmement clair, puis il y a là-dedans beaucoup, beaucoup, beaucoup de
matériel qui va nous être très utile, certainement, autant pour nous que pour Mme
la ministre, je l'espère.
Je suis content que vous ayez souligné que
l'agence Mobilité Infra Québec puisse... ce n'est pas clair, en fait, si elle
est uniquement dédiée à réaliser des projets de transport collectif. Puis il y
a aussi la partie transport là-dedans qui,
moi, m'était très explicite à la lecture du projet de loi. Donc, je suis
content de voir que vous ayez la même lecture que moi.
Peut-être
juste aussi sur le nombre d'employés. Ça n'a pas été vérifié encore, mais
peut-être juste vous en informer, peut-être, vous n'avez pas vu passer la
nouvelle, mais, en mai dernier, là, il y avait une nouvelle comme quoi Mobilité
Infra Québec compterait 400 employés après trois ans de vie. Donc, ça
change quand même un peu... Tu sais, il n'y en a pas tant que ça, des experts
de transport, transport collectif, de projets complexes ou majeurs au Québec. Je ne sais pas qu'est-ce que ça peut
changer pour être... peut-être pourrez-vous nous donner votre avis là-dessus.
Il y a la captation de la valeur immobilière ou
foncière, comme vous le nommez. Vous dites quelque chose d'intéressant, vous
dites : Est-ce que les filiales pourraient servir à ça? Ça pourrait faire
des conflits avec les municipalités. Puis, en même temps, on parlait de tout
ça, dans les autres discussions qu'on a eues avec les autres groupes, les
municipalités le demandent, puis ça, depuis longtemps, depuis plusieurs projets
de loi. Donc, peut-être vous entendre sur ça spécifiquement.
• (10 h 30) •
M. Hudon (Pierre-André) : Les
municipalités demandent quoi exactement?
M. Grandmont : De pouvoir faire de
la captation, de pouvoir faire de la valorisation immobilière.
M. Hudon (Pierre-André) : Bien,
l'article qui me chicote, c'est le deuxième paragraphe de l'article 28, où
on dit :
«Toute contrepartie financière liée à la vente d'un immeuble ou d'une partie
de celui-ci doit profiter au financement d'un projet complexe de
transport pour lequel l'immeuble a été acquis.»
Ce que je comprends, c'est que c'est de la...
c'est de la capture de valeur foncière. Je ne suis pas du tout opposé à ce
principe-là, là, les municipalités ne le sont pas, puis je pense que c'est une
manière tout à fait saine, puis ça va dans le sens de la mobilité durable de
faire des immeubles... de construire des immeubles désirables près des
stations, dans l'idée du Transit-oriented development, là. Je mets seulement en
garde la commission sur les conflits potentiels qui pourraient exister entre
les intérêts des municipalités et les intérêts de...
M.
Grandmont : De quelle nature? Pouvez-vous expliciter? Parce
que, vraiment, les municipalités demandent, en fait, de ne pas avoir seulement
le pouvoir de vendre un terrain, mais de faire des partenariats avec un
promoteur privé puis d'aller chercher cette plus-value-là pour financer
sur le long terme.
M. Hudon (Pierre-André) : Bien, si
tout le monde est d'accord, soit, on... tout va très bien.
M. Grandmont : Mais ce n'est pas ce
qui est offert. C'est ce qu'elles dénoncent actuellement. Elles disent :
On veut avoir plus que juste vendre le terrain. On veut pouvoir, comme, le
maximiser.
M. Hudon (Pierre-André) : Excusez-moi,
je ne suis pas certain de comprendre votre question.
M. Grandmont : C'est-à-dire qu'on...
elles veulent pouvoir faire des partenariats avec des promoteurs privés qui développeraient ces projets-là, mais, dans le
fond, le terrain est offert en garantie, puis il y a des...dans le
fond, il y a des retours sur le long terme qui peuvent aller chercher
sur des terrains.
M. Hudon (Pierre-André) : Je suis
d'accord avec le principe de faire augmenter la valeur des terrains pour
financer les projets de transport. C'est une bonne idée en soi, mais soyons
prudents en ce qui concerne les conflits potentiels.
M. Grandmont : Parfait.
La
Présidente (Mme Schmaltz) : Parfait. Alors, c'est tout le temps que nous
avions. On termine avec le député des Îles-de-la-Madeleine pour
3 min 18 s.
M. Arseneau : Merci, Mme la
Présidente. Merci, Pr Hudon, pour votre présentation, votre réflexion
aussi. J'aimerais régler une chose, là. Si, à l'article 4, on terminait en
disant : planifier, réaliser des projets majeurs de transport collectif,
est-ce que ça ferait plus votre affaire que la mouture actuelle?
M. Hudon (Pierre-André) : Déjà, oui,
ça me...
M.
Arseneau : On clarifierait les choses. On élimine la question
des projets routiers qui peuvent être faits par le ministre.
M. Hudon (Pierre-André) :
Oui, absolument. Puis j'irai un peu plus loin aussi dans l'article 29,
tout... tant qu'à y être.
M. Arseneau : D'accord. Maintenant,
je trouve intéressante la réflexion que vous avez faite sur le pouvoir
décisionnel ou sur... Comment vous avez appelé ça? Le pouvoir d'initiative. Et,
en regardant ce que vous amenez, il y a comme une espèce de contradiction
interne au projet de loi, c'est-à-dire que le point de départ sur les critères
de choix... et tout ça, ça n'appartient pas au projet de loi, dans la mesure où
ça appartient au gouvernement de décider, selon ses propres critères, de façon
complètement discrétionnaire, ce qu'il confie comme mandat à Mobilité... à
l'agence Mobilité Infra Québec.
Alors, j'ai l'impression que, puis dites-moi si
je comprends bien, votre proposition, ce serait de permettre à l'agence de pouvoir faire une réflexion en amont
de la décision gouvernementale pour répondre aux besoins impérieux de
transport collectif, notamment, de proposer un éventail de solutions, et
qu'ensuite le choix soit fait selon un certain nombre de critères. Est-ce que
je comprends bien?
M. Hudon (Pierre-André) : Tout à
fait. Je ne remettrais pas en... et je ne remettrais jamais en question
l'importance que ce soit le gouvernement qui décide, qui...
M. Arseneau : Exact, qui tranche.
M. Hudon (Pierre-André) : ...qui
tranche, qui dise : Bien, ce projet-là, on le fait, ce projet-là, on ne le
fait pas, on autorise le financement, mais on devrait, à mon sens, avoir la
possibilité, surtout si on veut faire de Mobilité Infra Québec un réservoir
d'expertise, de dire : Ces experts-là, ils ont... ce sont des experts, ils
ont la connaissance. Ils devraient être capables au moins de suggérer des
projets, de dire : Nous, via nos contacts avec les municipalités, avec les
instances locales, on connaît les besoins, et on est capables de faire des
suggestions pertinentes. Et ces suggestions-là devraient aller, à mon sens,
dans le sens de la mobilité durable via les critères qui seraient fixés dans le
projet... qui seraient enchâssés dans le projet de loi, dans un monde idéal.
M. Arseneau : Donc, essentiellement,
on reconnaît le pouvoir gouvernemental d'attribuer des ressources et des... un
financement à un certain nombre de projets, encore faut-il qu'en amont on ait
réfléchi, à savoir si ces projets-là, sur la base d'un certain nombre de
critères objectifs et de mobilité durable ou de développement durable, puissent
être bons.
M. Hudon (Pierre-André) : Ce que je
pense qu'on devrait éviter, c'est d'avoir un paquet de municipalités qui
revendiquent plein de projets de mobilité durable et qu'ils disent : Nous,
on les veut, on les veut, on les veut, et que, finalement, dans la boîte de Mobilité
Infra Québec, il y a que des projets qui ne vont pas dans ce sens-là, qui ont
été choisis par le gouvernement. Les projets vont finir par être choisis par le
gouvernement, mais ça devient plus gênant pour le gouvernement de refuser des
projets qui ont été suggérés par sa propre boîte.
M. Arseneau : Merci.
La Présidente (Mme Schmaltz) : Parfait.
Merci infiniment. Merci pour votre contribution aux travaux de la commission.
Alors, nous allons suspendre quelques instants
pour accueillir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 10 h 35)
(Reprise à 10 h 39)
La Présidente (Mme Schmaltz) : Alors,
bienvenue, M. Jacques Roy. Alors, vous disposez de 10 minutes pour
votre exposé. Par la suite, nous allons procéder à un échange avec les
parlementaires. Alors, je vous invite donc à vous présenter, vous et votre
exposé. Merci.
M. Jacques Roy
M. Roy (Jacques) : Merci. Bonjour à
tous. Bonjour, Mme la ministre. Bonjour, chers membres de la commission. Alors,
mon nom est Jacques Roy, je suis professeur à l'école des HEC à Montréal. Je
suis un prof de gestion des opérations de la logistique et je m'intéresse aux
transports depuis longtemps.
Écoutez, j'ai réalisé une étude récemment sur
les coûts des projets de transport collectif au Québec et je pense que c'est
disponible comme mémoire pour votre lecture. Je ne vais pas tout répéter ça ce
matin et je ne vais pas non plus revenir sur le contexte que vous connaissez
maintenant par coeur. Tous les projets de transport collectif qui sont mis de
l'avant, qui représentent des dizaines de milliards de dollars, si on les
réalise tous... et notre bilan au Québec, mais pas juste au Québec, ailleurs
aussi, avec des projets semblables qui ont connu des retards importants, des
dépassements de coûts substantiels par le passé... Dans ce sens-là, étant donné
qu'on a plusieurs projets à faire et une performance, donc, pas très exemplaire par le
passé, la création d'une agence, Mobilité
Infra Québec, peut sans doute être
une bonne nouvelle en ce sens que l'agence promet de réaliser des projets plus
rapidement et à moindre coût.
• (10 h 40) •
Alors, écoutez, moi,
je vais tout simplement formuler quelques réflexions. J'en ai cinq, ça ne sera
pas très long, et la première va peut-être
vous surprendre un peu. Avant d'aborder la question de comment on gère des
projets, moi, je vous suggérerais
d'essayer d'en lancer le moins possible dans le sens suivant, c'est que je suis
un peu préoccupé par le déficit du
maintien des actifs au Québec, que ce soient les écoles, les hôpitaux, les
routes, mais aussi, évidemment, en transport collectif. Vous savez comme
moi que le métro de Montréal aura des besoins importants d'entretien. C'est des
milliards de dollars qu'on devra investir. Et je ne suis pas le seul à être un
peu préoccupé par l'évolution des investissements qu'on fait dans ce... pour
réduire, en fait, le déficit de maintien des actifs.
Donc, dans un premier
temps, avant de lancer des nouveaux projets, que ce soit de transport collectif
ou autres, je pense que c'est important de veiller à faire l'entretien des
actifs qu'on possède. Et je vous lancerais un peu comme boutade : À quoi
bon lancer de nouveaux tramways, si on ne peut pas les connecter à un réseau de
métro fonctionnel? Donc, il y a un équilibre à atteindre ici, puis évidemment,
je m'adresse à vous comme élus, là, par rapport à cette recommandation.
Bon, une fois que
j'ai passé ce message-là, le deuxième point que j'aimerais aborder, puis je
suis sûr que d'autres l'ont fait avant moi aussi, c'est bien important, avant
d'approuver un projet, d'en faire l'étude approfondie, donc, de bien, bien
faire des analyses avantages-coûts pour permettre d'établir la rentabilité, et
pas juste financière, mais la rentabilité sociale de ces projets-là. Et le
témoin précédent parlait de critères, etc. Je pense que les critères dans les
analyses avantages-coûts de tels projets sont bien connus des coûts
d'investissement, mais aussi des coûts d'exploitation.
Il y a eu des discussions, je pense, récemment, à l'effet : Est-ce qu'on
doit inclure les coûts d'entretien, d'exploitation des projets? Ça me
semble assez évident, quand on fait les analyses des projets, il faut évaluer
ces coûts-là également. Dans les semaines, dans les mois, dans les années à
venir, on va se rendre compte que les redevances qu'on va devoir payer à la
CDPQ Infra pour le REM, ce sont des montants substantiels et on doit en tenir
compte, donc, dans d'éventuels autres projets de transport collectif.
Aussi, c'est
important de bien réfléchir aux objectifs qu'on poursuit avec ces projets-là.
Par le passé, on a eu tendance à se laisser un peu éblouir par des technologies
qu'on a vues ailleurs dans le monde, en Europe beaucoup, et on peut se demander si ce qu'on cherche à
faire, c'est de déplacer des usagers du transport collectif d'un mode actuel,
comme l'autobus, par exemple, vers des modes plus modernes, plus attractifs,
plus lourds. Et, à la fin, est-ce que, finalement, on a réussi à attirer des
automobilistes, donc, à posséder un transfert modal qui permettrait de réduire,
à la fin, des émissions de gaz à effet de serre? Donc, c'est important de
regarder un peu dans... bilan à ce chapitre-là et de veiller à ce que ces
objectifs-là soient poursuivis et atteints. L'autre point, le troisième point
que je voudrais aborder, c'est la nécessité de bien planifier des réseaux
intégrés de transport collectif au niveau régional. Dans une autre étude, j'ai
réalisé, sur la gouvernance du transport collectif, ce qu'on observe un peu
partout dans le monde, c'est qu'il y a trois
niveaux de gouvernance. Il y a le niveau politique qui, évidemment, prend les
décisions ultimement, qui définit la mission et ainsi de suite, il y a
un niveau intermédiaire qui est plus tactique, qui consiste à analyser les
besoins régionaux et à concevoir un plan intégré de réseau de transport
collectif, qui est établi en consultation avec les intervenants locaux.
Alors, vous
reconnaîtrez sûrement l'objectif ou la mission derrière la création de l'ARTM à
Montréal, qui devait et doit toujours jouer ce rôle-là, donc, de proposer un
plan intégré de transport. Sauf qu'un tel organisme n'existe pas à Québec ni à
Gatineau, et donc on se retrouve avec des propositions de projets qui sont...
ont davantage un caractère local, si on veut. Et quand je lis tous les projets
qui sont mis de l'avant dans la grande région de Montréal, par exemple, bien,
je vois qu'il y a un projet dans l'est, il y a un tramway sur la Rive-Sud, il y
a un autre projet d'infrastructure dans le sud-ouest, il y a des trucs qui vont
connecter avec Laval. Et, bon, tout le monde cherche à défendre un peu ses
projets et je ne vois pas la vue d'ensemble, je ne vois pas vraiment le plan
d'ensemble derrière ça. Et ce plan doit aller au-delà d'un plan de transport
collectif. Il doit évidemment inclure aussi des enjeux reliés à l'aménagement
du territoire. Et on l'a vu avec le défunt projet du REM de l'Est que,
lorsqu'on ne consulte pas nécessairement la population, lorsqu'on n'a pas
intégré ces enjeux d'aménagement de territoire, bien, notre projet de transport
collectif risque d'être mal reçu.
Donc, pour moi, c'est
absolument important de développer ce plan-là. C'est ce qu'on voit ailleurs
dans le monde. Et, une fois qu'on a un plan puis on sait où sont les morceaux,
on connaît les besoins, les besoins de mobilité de la population et à partir des analyses origine-destination, et ainsi
de suite, bien là, on est à même ensuite de voir, bien, comment on
améliore la mobilité en ajoutant ici des réseaux d'autobus, là, peut-être un
tramway ou un SRB, etc. Et une fois qu'on a cette vision d'ensemble, bien là,
on peut se dire : OK, quels... parmi tous ces moyens-là qu'on veut mettre
en oeuvre, quels sont ceux qui sont prioritaires? Quels sont ceux qui
produisent les plus grands bénéfices par rapport aux investissements requis? Et
ce n'est pas nécessairement les plus spectaculaires qui vont être les plus
prioritaires dans ce sens-là. Bon, ça, c'était mon troisième point.
Le quatrième point... En fait, toujours sur ce
point-là, la question qui se pose dans le contexte de la création de l'agence, c'est : Qui va réaliser cette
planification au niveau régional? Ce n'est pas clair pour moi, quand je lis le
projet de loi, si c'est quelque chose que l'agence Mobilité
Infrastructure Québec va réaliser. Est-ce que c'est l'ARTM qui va continuer de
le faire? Est-ce que c'est quelqu'un d'autre qui va s'en charger dans la région
de Québec? Est-ce que c'est CDPQ Infra qui
va être mandaté pour le faire? En fait, l'important, c'est que cette
planification-là soit réalisée de concert avec les organismes locaux. Puis,
une fois qu'on s'entend sur cette planification, et ça ne se fera pas du jour au lendemain, bien là, le gouvernement est à même de
décider : Bon, voici, parmi la brochette de projets à réaliser qui
s'intègrent dans ce réseau, bien, voici ceux qu'on priorise compte tenu de nos
moyens.
Quatrième réflexion, c'est sur la...
La Présidente (Mme Schmaltz) : Rapidement,
s'il vous plaît.
M. Roy (Jacques) : Oui, OK.
Constitution d'une équipe de projet compétente et expérimentée, ça fait partie,
ça aussi, des meilleures pratiques dans le
monde. Et, bon, avec la création de l'agence, évidemment, on veut centraliser
ces ressources au sein même de l'agence. Et, en soi, c'est une bonne chose,
sauf que ma préoccupation, c'est : Qu'est-ce qui arrive avec les
ressources existantes...
La Présidente (Mme Schmaltz) : Malheureusement,
je m'excuse, monsieur...
M. Roy (Jacques) : Bon, OK.
La
Présidente (Mme Schmaltz) : ...je suis obligée de couper. Le temps, le
10 minutes est écoulé. Par contre, on continue les échanges avec la
ministre, alors, pour 16 min 30 s.
Mme Guilbault : Oui. Merci beaucoup, Mme la Présidente. M. Roy, merci
beaucoup pour votre exposé, très instructif, très intéressant, évidemment,
comme tout le monde qui vient nous entretenir ici. Mais je dois dire que les
points que vous avez abordés... il y a plusieurs de ces choses-là que moi-même
je répète à satiété depuis une éternité...
bien, une éternité, une éternité relative, là. Ça fait juste... presque deux
ans que je suis là, mais je répète sans arrêt certains des points que
vous, vous venez d'évoquer en votre qualité d'expert du HEC et toute la
scientificité que ça implique. Et je vais commencer... puis il y en a
plusieurs, là, je vous dis, l'ensemble de ce que vous avez dit... Évidemment,
là, tout le monde qui vient ici, c'est toujours très pertinent puis
intéressant, ce qu'ils nous disent, mais c'est des points qui sont majeurs, tu
sais, qui sont majeurs.
• (10 h 50) •
Et le premier que vous avez abordé, c'est le
déficit de maintien des actifs. Puis ça, c'est tellement majeur, parce qu'on ne
s'en sort pas, puis ça déborde le projet de loi n° 61,
là, tu sais. Vous l'avez amené en introduction, puis ça plaçait bien le contexte
de la rareté des fonds, vu l'infinité des besoins. Parce qu'il reste que, sur
un territoire de 1,6 million de kilomètres carrés, avec 9 millions
d'habitants pour payer tout ça puis avec une volonté d'occuper le territoire,
d'avoir des régions où il y a des gens qui habitent... puis il n'y a pas de la
densité partout, là. Tu sais, quelqu'un,
là... la personne qui est venue avant vous, ou c'est peut-être vous... non,
c'est vous qui en avez parlé, des fois, on veut peut-être imiter ce qui
se fait ailleurs, prendre les technologies ailleurs, mais on s'entend qu'à
Paris la densité n'est pas comme à Gatineau, là, tu sais. Alors, il faut
prendre tout ça en compte par rapport à la capacité de payer puis au nombre de
personnes disponibles pour financer nos infrastructures. Puis, encore une fois,
je déborde du transport collectif, c'est pour les routes, les écoles, etc.,
parce que, quand tu occupes ton territoire, tu as besoin d'une foule
d'infrastructures partout, des CPE, des hôpitaux, des CHSLD, etc., et tu es 9 millions
pour payer ça.
Donc, possiblement... je n'étais pas là, ça fait
que je vais dire un gros «possiblement», mais les précédents gouvernements ont
fait le choix de développer les infrastructures plus que de les maintenir ou,
en fait, peut-être pas de les maintenir suffisamment, puis beaucoup de ces
infrastructures... puis là je vais revenir à ce qui me concerne, moi, le
transport, beaucoup de nos structures, nos viaducs, nos murs de soutènement,
nos échangeurs, nos routes, nos tunnels, etc., nos ponts... nos ponts, nos
ponceaux, plusieurs ont été construits dans les mêmes décennies, donc arrivent
au même stade de vie à peu près tous en même temps. On a l'exemple du pont de
l'Île-aux-Tourtes, qui est un exemple patent d'une situation où une infrastructure
majeure, névralgique pour un secteur de l'Ouest-de-l'Île a été insuffisamment
entretenue ou, du moins, pas planifiée... dont on n'a pas planifié la
reconstruction suffisamment en amont, et là on a été obligé de la fermer en
urgence en 2021, avec tous les problèmes qui en ont découlé depuis.
C'est une des nombreuses situations avec
lesquelles on compose. Et seulement au ministère des Transports, mon DMA est de
20 milliards. 20 milliards, imaginez-vous. Je vous dis ça à vous, là,
mais je pense que c'est bénéfique pour que les gens contextualisent
mentalement, parce que, quand on réclame des projets partout, tout le temps, comme ça, je n'ai pas l'impression, des
fois, que certains de mes collègues comprennent les coûts qui viennent avec ça et la capacité de payer globale d'une
nation comme le Québec. Donc, je pense que c'est très bon que vous ayez placé
ce contexte-là du déficit de maintien des actifs qui, seulement au transport,
est de 20 milliards.
De ce fait, tout ce qu'on peut faire pour se
donner les moyens de livrer des projets d'infrastructure plus rapidement, à
moindre coût, non seulement, évidemment, fait baisser les coûts... donc, par
rapport à la capacité de payer, on atteint
l'objectif, mais, en plus, en allant plus rapidement, on a le temps d'en faire
plus puis, éventuellement, de peut-être mieux entretenir. Parce que, là,
moi, si on prend juste notre dernier PQI, dans le routier, je suis à 82 % en maintien, 82 % en maintien des actifs dans
le routier parce qu'on n'a plus le choix de faire du rattrapage. C'est sûr que,
pour un politicien, c'est bien plus sexy, si vous me passez
l'expression, de juste faire des nouvelles routes partout, mais ce n'est pas responsable. C'est ce qui a été
fait par les précédents gouvernements, puis là on est dans la situation
critique dans laquelle on est, donc.
Et Mobilité Infra Québec, puis là j'en arrive au
projet de loi d'aujourd'hui puis je fais le lien aussi avec... parce que je regardais le mémoire que vous avez
produit, les recommandations que vous avez faites, il y a cinq sujets, cinq
sujets, cinq points que vous avez amenés. Le numéro 4, tu sais, vous
dites : «L'agence Mobilité Infra Québec permet de
répondre spécifiquement au quatrième point sur la gouvernance renforcée», et là
vous dites «faire appel à une équipe forte
et expérimentée, celle-ci doit posséder une expérience des grands projets, ce
qui est rare au Québec». Donc, vous
confirmez une autre des choses qu'on répète souvent, «on» étant mes collègues
et moi, de la partie gouvernementale, dans le contexte de la mise en
place d'une agence gouvernementale, ces ressources risquent fort de se trouver
au sein des bureaux de projets actuels.
Effectivement, on
multiplie les bureaux de projets actuellement, avec des ressources qui, oui,
sont très compétentes. On a des ressources compétentes au Québec, mais elles
sont éparpillées, et je pense qu'on se prive d'une centralisation ou d'une
condensation d'expertises qui pourraient être bénéfiques puis rejaillir sur un
plus grand nombre de projets à la fois que ce qu'on est capable de faire
actuellement.
Bref, une longue
introduction pour dire que je rejoins ce que, du moins, je semble avoir compris
de tout ce que... de tout ce que vous avez dit. Donc, est-ce que, pour vous,
c'est une bonne solution que de créer Mobilité Infra Québec à la fois pour se
donner plus de chance de livrer plus rapidement et aussi économiser sur les...
pas la perte d'argent, mais, disons, les surcoûts auxquels on est confrontés en
ce moment, que ce soit dans les coûts des projets ou dans l'éparpillement des
ressources?
M. Roy (Jacques) : Oui, bien, en fait, le
statu quo ne serait pas une bonne solution. On voit qu'historiquement on
n'a pas été très bons, et même les projets... le REM réalisé par la caisse a eu
des défaillances au niveau de la planification, etc.
Donc, un point que je
n'ai pas soulevé, c'est la planification des projets, et c'est important. Si on
a les talents regroupés au sein d'une agence, bien, il faut que la
planification soit mieux faite, il faut qu'on prenne le temps de bien la faire. Ça ne veut pas dire de tergiverser
sur les projets, mais de prendre le temps de bien évaluer tous les enjeux, parce
que, souvent, les problèmes qu'on a, c'est au niveau de la coordination des
juridictions, etc. On creuse et on ne sait
pas trop ce qu'on va retrouver. Donc, cette planification est nécessaire, puis,
après ça, oui, il faut aller vite. OK, c'est ce que la théorie nous dit,
on fonce parce que, là, on sait où on s'en va.
Et j'ajouterais un
point que vous allez peut-être moins aimer, c'est d'éviter l'ingérence
politique le plus possible. C'est qu'une
fois qu'on a adopté le plan, que le gouvernement dit : Go, on y va, on
fait confiance, bien, il faut faut éviter que les gouvernements,
ensuite, viennent s'ingérer, modifier des trajets, modifier les parcours, etc.
On a approuvé, on y va. Bon, je ne suis pas naïf, je sais bien qu'il y aura
toujours une tentation assez forte à ce chapitre-là, mais moi, je parle au nom des bonnes pratiques, si on veut, en gestion
de ce genre de projet là, et le moins d'ingérence, d'interférence, une
fois qu'on a approuvé les plans, le mieux c'est.
Mme
Guilbault : Bien oui, tout à fait, on est
d'accord. Puis si... vous avez probablement étudié le projet de loi, le concept est de confier un mandat à Mobilité Infra Québec, puis, ensuite de ça, l'équipe sera souveraine, tu
sais, pour prendre un terme qui, des
fois... bon, mais souveraine dans l'administration de son agence, avec des gens
compétents, des gens capables de
livrer les projets. Donc, c'est exactement le concept. Puis effectivement, j'ai
vu votre point numéro 5, là, «Think slow, act fast». Je
reconnaissais la philosophie de How big things get done, qu'on est
probablement au moins deux à avoir lu ici, puis c'est exactement ça. Puis c'est
ça aussi, l'objectif.
Puis je vais faire le
lien avec un autre point hyperintéressant, dont vous avez parlé, l'importance
de planifier au niveau régional. Vous avez donné l'exemple de l'Outaouais en
disant : Je ne suis pas certain qu'en Outaouais on a cette vision-là
régionale. Puis est-ce que c'est la responsabilité du maire de... ou la
mairesse de Gatineau, en l'occurrence, de s'occuper de tout ce qu'il y a
autour, éventuellement, développer? Je ne pense pas, tu sais. Alors là, on
tombe dans les MRC, on tombe dans de la complexité de gouvernance. Ce n'est pas
tout le monde qui a le même intérêt, parce que ce n'est pas tout le monde qui a
la même densité. On s'entend que la MRC, il y a peut-être des coins de
l'Outaouais qui ont moins d'appétit pour du transport collectif.
Alors,
automatiquement, quand ça déborde, la responsabilité d'une municipalité, ça
tombe sur les MRC. Mais si, pour toutes sortes de raisons, il n'y a pas de
possibilité ou de volonté des MRC de prendre ça en charge parce qu'ils ont déjà
beaucoup à faire, il faut que ce soit le prochain palier qui prenne la
responsabilité. Pour nous, c'est une autre
raison pour laquelle on voulait se doter d'une expertise gouvernementale parce
qu'elle devient nationale. Vous avez parlé de l'ARTM, et effectivement,
la CMM, elle, a son organisation locale, tu sais, de planification régionale,
parce que la CMM, c'est presque la moitié du Québec. Ça fait que, tu sais, ça
va bien, c'est pratique, c'est là qu'il y a beaucoup de densité, donc. Puis
l'ARTM a été créée, puis donc ce travail là se fait.
Mais quand on sort de
la CMM, vous avez donné l'exemple de Québec, là, Québec, veux veux pas, en
faisant le tramway, puis on le voit dans le projet qui a été déposé par la CDPQ
Infra, automatiquement, il faut tenir compte de Lévis, il faut tenir compte de
l'autre rive. Alors, on tombe très rapidement dans une planification qui
déborde l'entité administrative municipale, ou même de la MRC, ou même de la
CMQ à Québec. On a une CM aussi, mais, tu
sais, alors... puis, dans la CM, tu as l'île
d'Orléans. Est-ce que l'île d'Orléans est aussi concernée que
Lévis? Évidemment que non. Alors, tu sais, on tombe rapidement dans tout
ça.
Donc, est-ce que vous
croyez que d'avoir, justement, cette équipe-là centralisée, compétente, qui va
développer, au fil du temps, l'habitude de faire des projets, pourrait aussi
venir combler ce besoin-là, d'être capable de fournir des analyses de besoins,
de la planification, des analyses d'opportunité, éventuellement, de la
réalisation avec une vision et une portée et une analyse qui, finalement, va
être régionale plutôt que d'être ville par ville, à l'extérieur de la CMM, tu
sais?
M. Roy (Jacques) : Oui, bien, tout à
fait. Oui, oui, c'est sûrement une solution. Si je reviens à Gatineau, c'est
encore pire, il y a deux provinces, il y a Commission de la capitale nationale.
Idéalement, il devrait y avoir un organisme qui aurait
planifié ce transport-là, leur train léger à Ottawa qui se connecte avec les
moyens de transport qui viennent du Québec. Donc, il faut que cette fonction-là
soit réalisée et que ce soit fait par un organisme local ou favorisé par Mobilité
Infra Québec. Bon, à mon sens, l'important, c'est que la planification soit
réalisée et qu'elle soit faite en consultation avec les gens locaux. Puis ce
n'est pas facile si on n'a pas un organisme comme l'ARTM, par exemple, pour le
faire, parce que, là, on va tomber dans des enjeux de conflits entre les
municipalités, que vous connaissez mieux que moi, là, dans... historiquement,
dans la région de Québec, et ainsi de suite.
Donc, il faut éviter ça. Il faut se situer à un
niveau plus... plus supérieur, si on veut, là, de planification, et ce n'est
pas nécessaire de créer des structures pour ça, mais il faut que la fonction de
planification soit réalisée. Puis, à défaut qu'un organisme tel quel existe,
bien, évidemment, là, votre ministère pourrait jouer un rôle à ce chapitre-là.
• (11 heures) •
Mme Guilbault : Oui, exactement, puis c'est ce que je disais avec le...
votre prédécesseur, le mandat ou la mission de planification incombe déjà au
ministère des Transports, parce que, comme vous dites, actuellement, de toute
façon, Mobilité Infra Québec n'existe pas, puis ça prend quelqu'un pour le
faire, mais, dans ma vision de l'éventuelle mise en place... puis, comme je
disais aussi, il va y avoir les premiers projets, les gens vont s'habituer, tu sais. Il va falloir que ça s'installe comme
organisation puis qu'il prenne un peu une erre d'aller, comme on dit là, mais
c'est quelque chose qui pourrait éventuellement échoir à cette agence-là, parce
que, justement... puis, en plus, vont développer des liens puis des relations
de travail avec les diverses municipalités.
Puis, encore une fois, on pourrait donner
l'exemple de l'Estrie aussi. Il y a la ville de Sherbrooke qui a une volonté
d'aller vers du transport collectif le plus structurant possible, puis là,
bien, on est dans un autre modèle de densité de besoins. Ils ont une
université, donc, c'est sûr, beaucoup de jeunes, donc un grand intérêt pour le
transport collectif, mais quand on sort autour, donc... En tout cas, pour moi,
là... puis vous donnez l'exemple de Gatineau, c'est très juste, ce que vous
dites. Puis le meilleur exemple, c'est qu'on a réussi à attacher le financement
pour la partie d'étude sur la portion du Québec, mais ça va jusqu'à Ottawa,
puis là ils ne veulent pas payer pour la partie Ottawa. C'est juste pour dire à
quel point, des fois, ça peut être fou, mais ça ne sert à rien de faire juste
une partie de l'étude. Tu sais, alors, c'est très, très, très complexe, les
projets déjà entre... entre régions, entre municipalités. Donc, quand on tombe
dans une province extérieure, là, vraiment, c'est un autre univers.
Peut-être un dernier point. Le temps avance,
mais... C'est ça, pour nous... Est-ce que, vous, vous avez... vous vous êtes
penché sur le projet de loi n° 62 de mon collègue sur les modes
contractuels? Parce que j'y viens, parce qu'on est beaucoup dans, justement, la
capacité de payer, la capacité à rattraper peut-être un jour notre déficit de
maintien d'actifs. Donc, oui, on se donne des moyens sur la compétence, la
concentration de la compétence, la capacité
d'avoir une vision puis une portée nationale, régionale, et tout ça, mais il y
a aussi... sur les moyens, cette agence-là ne servirait à rien si on ne
réforme pas aussi nos façons de contracter avec le marché.
Donc, est-ce
que vous, vous pensez que la combinaison avec le projet de loi n° 62, pour ce que vous en savez... puis sentez vous à l'aise, si
vous ne l'avez pas regardé, il n'y a pas de problème, là. Est-ce que vous
pensez qu'on se donne vraiment aussi les moyens d'être plus efficaces sur le
plan de la réalisation?
M. Roy (Jacques) : Bien, c'est clair
que c'est complémentaire. En fait, c'est même nécessaire d'avoir un nouveau
modèle de gestion de ce genre de projet là. Que ce soit une approche
collaborative ou autre, il faut enlever un peu des contraintes qu'on a
présentement, et c'est assez évident que de solliciter la contribution de
fournisseurs, quels qu'ils soient, dans les projets, c'est une bonne idée. On
fait ça dans le domaine que je connais bien, la logistique, les chaînes
d'approvisionnement, depuis des années, alors qu'au niveau contractuel ou
gouvernemental, on a toujours un peu une inquiétude, là, à parler à nos
fournisseurs. Puis je pense qu'on réussirait mieux si, en amont, on était
capables de mieux planifier avec la contribution d'éventuels fournisseurs,
effectivement. Donc...
Mme Guilbault : Puis est-ce que...
M. Roy (Jacques) : ...
Mme Guilbault : Oui, non, allez-y. Allez-y.
M. Roy (Jacques) : Donc, le projet
de loi n° 62, pour moi, c'est un projet qui va de pair, si on veut, avec
la création de l'agence. L'agence aurait moins de moyens de réussite, si on ne
lui donnait pas un cadre plus flexible. Ceci
étant dit, on pourrait donner la même flexibilité aux bureaux de projets
actuels, je présume, qui pourraient réaliser et terminer les projets
peut-être de façon plus efficace.
Mme Guilbault : Puis est-ce que vous avez analysé, dans le cadre de vos
fonctions... puis, encore une fois, sentez-vous bien à l'aise, là, mais est-ce
que vous avez déjà regardé ce qui se fait ailleurs, justement, pour les autres
nations plus avancées dans les modes collaboratifs? Avez-vous une appréciation
de ça sur les avantages que ces endroits-là... qui ont pu découler de
l'adoption, par ces endroits-là, de modes collaboratifs avant nous?
M. Roy (Jacques) : Non, mais j'ai
constaté que, là où il n'y en a pas, on a vraiment de sérieux problèmes qui
sont très semblables à ce qu'on a connu, par exemple, sur la SRB de
Pie IX, etc. Donc, on n'a pas à aller loin, on a juste à aller à New York,
où ils ont eu toutes sortes d'enjeux très semblables à ce qu'on a connu chez
nous. Donc, oui, il faut revoir un peu nos façons de faire. Mais je ne pourrais
pas vous dire, là, dans quelles villes en Europe...
La Présidente
(Mme Schmaltz) : En 30 secondes.
M. Roy (Jacques) : ...on a
réussi à appliquer ces modèles-là avec succès.
Mme Guilbault : Parfait. Bien, il nous reste 15 secondes. Alors, je
vous remercie encore une fois. Très, très éclairant et pertinent. Puis merci
d'avoir pris le temps de nous présenter votre opinion ce matin. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Schmaltz) : Parfait.
Merci. Alors je me tourne maintenant vers l'opposition officielle pour un
9 min 54 s.
M. Derraji : Bonjour,
M. Roy. Très intéressant. J'ai lu votre mémoire et j'ai aimé la
page 16. Ça ne veut pas dire que je n'ai pas aimé les autres. C'est des
propos pertinents, très bien documentés, avec une bonne revue de la littérature, avec de la bonne documentation.
Page 16, vous parlez de la gouvernance des grands projets, vers la
création d'une agence... J'ai le goût de vous poser la première
question. Vous avez beaucoup insisté sur la planification. Pensez-vous que...
Est-ce nécessaire, avoir une agence pour bien planifier les projets de
transport collectif?
M. Roy (Jacques) : Pas
nécessairement. En fait, si on revient à l'ARTM, c'est dans la mission de
l'ARTM, en principe, de proposer ce genre de planification intégrée de réseau
de transport collectif. Bon, est-ce qu'ils ont réussi à le faire de façon
convaincante? Ce n'est pas évident. Mais si cette fonction-là est réalisée au
niveau, si on veut, régional, ce n'est pas nécessairement une activité qui
pourrait être confiée à une éventuelle agence. Mais à défaut d'avoir cette
planification, que ce soit dans la région de Québec ou de Gatineau, bien, il
faut trouver une façon de le faire et...
M. Derraji : Mais vous le
décrivez très bien. Et je vais me permettre, parce que c'est tellement beau,
là, je ne me donne pas le crédit, c'est vous, là : «Il faut comprendre que
ce ne sont pas les villes, les sociétés de transport ou encore le ministère des
Transports qui exécutent les travaux de construction des infrastructures de
transport collectif. Ce sont des contracteurs privés, parfois des consortiums,
qui s'en chargent.» Ça, ça veut tout dire, parce que l'essence même du
pourquoi, du comment des retards, il est résumé dans ces trois phrases. Donc,
au-delà de la planification, c'est la livraison des projets. Et vous l'avez
très bien mentionné, vous avez dit deux choses : éviter l'ingérence
politique et, vous avez dit, moins d'interférence. Ce qui me vient en tête,
c'est l'exemple du tramway de Québec ou troisième lien. Donc, l'ingérence
politique ou l'interférence politique ajoute un coût supplémentaire. Parce que si, aujourd'hui, on veut aller avec un
projet x qui coûte y dollars, c'est sûr que dans... pour le même x projet,
quelques années plus tard, c'est y fois trois ou fois quatre, là. Le prix
augmente. Donc, pensez-vous que le moment, il est venu de, un, voir moins
d'interférence et d'ingérence politique, deux, qu'il faut revoir la façon avec
laquelle on accélère les projets?
M. Roy (Jacques) : En fait, il
y a deux choses ici. Si la planification a été réalisée correctement, le plus
possible — bon,
on n'atteindra pas la perfection — et que le plan qui est proposé est adopté
par le gouvernement et va de l'avant, et qu'on choisit, à l'intérieur de ce
plan, des projets, que ce soient des tramways ou autre chose, bien, à ce
moment-là, il ne devrait plus y avoir d'ingérence, d'interférence.
Je pense que le gouvernement, le moment où il
doit intervenir, c'est lorsqu'il prend la décision d'aller de l'avant ou non
avec des projets, et aussi, au niveau de l'acceptation, si on veut,
l'approbation des plans qui lui sont proposés. Une fois qu'on a approuvé le
plan, que ça fait du sens, que la communauté l'appuie, bien, alors, il s'agit
de choisir les projets qui sont les plus porteurs. Et ensuite, évidemment,
comme vous dites, il n'y aurait pas lieu de commencer à venir modifier des tracés,
etc., parce qu'on veut plaire à l'un ou à l'autre.
M. Derraji : Mais, M. Roy,
vous observez, vous êtes un acteur qui observe les projets complexes et vous
avez très... vous avez fait une très bonne analyse, parce qu'après ce
paragraphe que je viens de vous lire, vous avez énuméré pas mal de projets.
Mais moi, j'aimerais bien vous entendre sur les projets actuels qui font jaser
beaucoup au Québec. Parce que ce qu'on essaie de dire à la population :
Écoutez, ça ne marche pas parce qu'on n'a pas l'expertise, on n'a pas les
compétences. Suivez-nous, on va créer une agence pour qu'on accélère les
projets. C'est ça, ce qu'on a sur la table. Mais, si on prend un pas de recul,
les deux projets majeurs que ce gouvernement essaie
d'avancer et de mener, c'est le troisième lien et le tramway de Québec.
Donc, si on prend les deux exemples, il y avait
de l'interférence, il y avait des retards, il y avait plusieurs versions, mais
ça, ça a un coût. C'est ce que je n'ai pas vu, dans votre mémoire, et c'est
pour cela que je vous interpelle, parce qu'il ne faut pas refaire les mêmes erreurs.
Là, le gouvernement a la majorité, on va aller probablement vers une agence,
mais on ne doit pas refaire les mêmes erreurs. Avec l'exemple du tramway, et
c'est là où je vous pose la question, au-delà de la bonne volonté et de la
planification, vous avez vu que la ville de Québec a bien planifié, il y avait un bureau de projet, il y avait beaucoup de
choses sur la table. Est-ce logique, aujourd'hui, de dire qu'on ne va
pas avoir les mêmes erreurs qu'on a vues avant la création de l'agence avec le
lancement de l'agence, ou bien, comment on peut nous éviter tout cela?
• (11 h 10) •
M. Roy (Jacques) : Bien, en fait,
vous avez raison, il y a un bureau de projets, à Québec, pour le tramway. Ils
ont proposé des tracés, etc., et c'est ensuite qu'il y a eu, bon, des... je ne
dirais pas des dérapages, mais il y a eu des discussions,
des interventions qui ont fait modifier les tracés ou les gens n'étaient pas
satisfaits de certains aspects du projet. Et vous avez raison de dire que les
retards que ça, ça engendre, éventuellement, ça se traduit par des coûts
additionnels.
Donc, je vois
mal, par contre, le lien avec l'agence. S'il y a une agence qui est créée pour
réaliser ces projets-là et qu'on garde une distance avec le gouvernement
pour éviter une forme d'ingérence, bien, on devrait être en mesure de réaliser
les projets sans, à tout bout de champ, être obligés de revoir les tracés, et
ainsi de suite.
M. Derraji : Bien, je vais, M. Roy,
vous lire le projet de loi, l'article, parce que ce que vous ramenez sur la table est extrêmement important. «Mobilité Infra
Québec — l'article 4,
le fameux article 4 — a
pour mission principale — et d'ailleurs, je veux vous parler de la
mission — d'effectuer,
dans une perspective de mobilité durable, lorsque le gouvernement lui en
confie la responsabilité, l'analyse d'opportunité, la planification et la
réalisation de projets complexes de transport.» C'est sous la responsabilité du
gouvernement.
Moi, ce que j'essaie de voir avec vous, c'est
que... comment on peut s'assurer, en tant que contribuables québécois, qu'on ne
va pas rejouer dans le même film de tracés, de travail, et qu'on le remet dans
le placard, et on recommence à chaque fois à
zéro, et, au bout de la ligne, ça donne ce que vous avez très bien décrit, des
retards, des coûts qui explosent et des consortiums qui ne veulent plus
rien savoir de nos projets.
M. Roy (Jacques) : C'est pour ça,
bien, je reviens à l'étape de planification de réseau, et c'est une étape qui
n'a pas été réalisée, jusqu'à présent, au Québec, dans aucune des régions. Si
on a un plan intégré de réseau de transport collectif puis on sait où on s'en
va, à partir de là, si, dans ce plan-là, il y a un tramway dont le tracé a été proposé et qui a été approuvé, bien, on devrait
aller de l'avant rapidement puis le réaliser, si on juge que c'est prioritaire.
Donc, on devrait éviter les problèmes du passé.
Et ce qu'il faut se donner aussi, c'est des
moyens de mieux coordonner, et ça se fait par la planification, avec d'autres
départements, d'autres ministères, d'autres organismes de services publics, et
ainsi de suite, qui sont des sources de retards également dans les projets.
M. Derraji : Très clair, Pr Roy, ce
qui m'amène à la mission de l'agence. Pensez-vous que l'agence doit s'occuper
uniquement du transport collectif ou bien tout projet majeur de mobilité à
travers le territoire?
M. Roy (Jacques) : Bien, ça me
semble évident que dans un premier temps, il y a suffisamment de pain sur la
planche pour se concentrer sur le transport collectif, mais on ne connaît pas
l'avenir. Si, je ne sais pas, moi, dans sept, huit ans, il y avait un projet
majeur d'infrastructure et qu'on considère que les ressources qu'on a
rassemblées à l'agence sont les plus
compétentes pour réaliser ce projet-là, pourquoi pas? Mais, écoutez, c'est
clair que pour le moment, ça me semble être dédié surtout aux projets de
transport collectif.
M. Derraji : Mais vous répondez quoi
aux gens du ministère du Transport qui vous disent qu'ils sont capables de le
faire, aux ingénieurs d'État à qui on dit que, écoutez, vous n'avez pas
l'expertise pour réaliser ces gros projets? Est-ce que ce n'est pas, en termes
de gouvernance, une cannibalisation des efforts du ministère versus une agence?
M. Roy (Jacques) : Écoutez, on ne
parle pas ici de reconstruire des viaducs ou des trucs semblables, qui sont
réalisés au jour le jour et qu'on constate abondamment. Je pense que les
travaux qui sont présentement réalisés par les
employés du ministère sont tout à fait dans leurs cordes, dans leur
juridiction. Il faudrait imaginer un projet majeur, complexe, là, qui va
au-delà de ce que les...
M. Derraji : Exemple? Comment vous
définissez un projet majeur, complexe?
M. Roy
(Jacques) :
C'est une bonne question. Le Stade olympique...
La Présidente (Mme Schmaltz) : En
30 secondes.
M. Roy (Jacques) : Je n'ai pas de
définition à vous fournir. Je me suis intéressé au transport collectif. C'est
clair que, même dans le transport collectif, il y a des... il y a des projets
qui sont beaucoup plus simples à réaliser en principe,
comme une voie réservée, mais on a vu, par expérience, qu'on a eu beaucoup de
difficulté à les réaliser. Donc, le projet n'était pas majeur en termes
de coûts, mais il s'est avéré être très complexe à faire.
La Présidente (Mme Schmaltz) : Merci
beaucoup.
M. Derraji : Merci, professeur.
M. Roy (Jacques) : Merci beaucoup.
La
Présidente (Mme Schmaltz) : Merci. Alors, je me tourne vers la deuxième
opposition officielle pour 3 min 18 s.
M.
Grandmont : Merci, Mme la Présidente. Bonjour, Pr Roy. Très heureux de
vous avoir. J'ai lu avec beaucoup, beaucoup, beaucoup d'intérêt votre
proposition, là, et franchement, ça m'a éclairé à bien des égards. D'ailleurs,
je l'ai recommandé à mon service de recherche aussi de le lire, parce qu'il y a
là-dedans quand même beaucoup de choses très intéressantes.
Tout ça pour dire que
j'aimerais commencer avec la question du déficit du maintien d'actifs que
j'ai... le fameux DMA, là, que j'ai... à la page 24 de votre document.
Vous dites... C'est drôle parce que j'ai l'impression que Mme la ministre puis moi, on n'a pas eu la même
lecture exactement. Vous faites allusion, par exemple, à des projets,
notamment celui de l'électrification, qui devraient être mis de côté parce que,
selon vous, ça ne nous permet pas d'atteindre nos objectifs en mobilité durable
ni en réduction de gaz à effet de serre. Peut-être juste expliciter un petit
peu là-dessus, s'il vous plaît.
M. Roy
(Jacques) : En fait, c'est... je n'en suis pas l'auteur. C'est ma
collègue Catherine Morency qui a réalisé une étude et dans laquelle elle
dit : Bon, c'est bien d'électrifier les autobus, mais est-ce que ça, on
considère le coût, les investissements
requis, les sommes impliquées par rapport à l'impact sur la réduction des gaz à
effet de serre? Peut-être qu'on aurait été mieux de continuer avec des
autobus hybrides et de prendre ces moyens-là et de les consacrer à des
améliorations de services qui vont attirer davantage d'automobilistes vers les
transports collectifs. Alors, ce n'est pas
qu'en soi, c'est un mauvais investissement, c'est qu'encore une fois, c'est une
question de priorisation par rapport à des objectifs.
M.
Grandmont : Exactement. Je pense qu'elle rejoint... ça rejoint un peu
ce qu'on dit, là, du côté de ma formation politique puis au niveau des
municipalités aussi, qui sont un peu aux prises avec ce projet-là, alors que
les besoins puis l'objectif qui devrait
peut-être être premier, celui du transfert modal, par exemple, devraient être
plus hauts dans la hiérarchisation des critères qu'on utilise.
Maintenant, vous
avez... vous allez beaucoup sur la planification. Effectivement, ça, c'est un
enjeu qui est très important puis qui n'est
peut-être pas très développé au sein du gouvernement. Vous parlez de «think
slow, act fast». Vous nommez le projet de troisième lien comme un projet où,
justement, la planification fait clairement défaut. Peut-être juste nous
expliquer un peu ce que vous entendez par là.
M. Roy
(Jacques) : Bien, ça fait partie des projets pour lesquels c'est de
notoriété publique, hein, il n'y a pas eu d'étude, disons, convaincante,
conclusive à l'effet qu'il y avait besoin d'aller de l'avant avec un troisième
lien. Les études n'étaient pas existantes ou n'étaient pas à jour, et
finalement, la dernière étude déposée au printemps dernier allait plutôt dans
le sens de ne pas aller de l'avant avec le troisième lien. Alors, dans ce
sens-là, oui, c'est important de réaliser
des études, de les faire correctement, mais ensuite, il faut aussi suivre un
peu les recommandations qui nous sont proposées.
M.
Grandmont : Effectivement. Peut-être juste sur le projet de loi n° 62
également, là, je pense que, bon, vous avez... vous êtes plutôt d'accord. Il
nous reste peu de temps, donc rapidement... Les municipalités et les sociétés de transport demandent que les pouvoirs qui seront
donnés au gouvernement et à Mobilité
Infra Québec, d'agir en mode
collaboratif, leur soient octroyés aussi, parce que, notamment, ils ont
beaucoup de projets, notamment le maintien du métro dont vous faites
référence... auquel vous faites référence. Est-ce que vous pensez que les
sociétés de transport devraient avoir les mêmes pouvoirs que le gouvernement?
La Présidente (Mme
Schmaltz) : Malheureusement, c'est tout le temps que nous avions.
Alors, désolée. On termine avec le député des Îles-de-la-Madeleine pour 3 min
18 s.
M. Arseneau :
Merci, Mme la Présidente. Merci, Pr Roy, pour votre mémoire, votre
présentation également. Vous vous
préoccupez, comme nous, de la vue d'ensemble de la mobilité. Est-ce que vous
voyez des éléments, dans ce projet de loi, qui nous permettent de rêver
ou d'imaginer qu'on puisse développer une vue d'ensemble? Parce que nous, on n'en voit pas, là. Est-ce qu'il y a des
éléments là-dedans qui nous permettent d'avancer dans ce sens-là, qui semble
être, selon vos propos, la base?
M. Roy
(Jacques) : C'est une très bonne question. Je pense que cette fonction
de planifier, au niveau régional, elle ne semble pas apparaître de façon
concluante, en tout cas, dans le projet de loi, la création de l'agence. On
parle beaucoup de réalisation, etc., de faire des analyses, mais est-ce que
l'agence est la mieux placée pour identifier ce plan de réseau intégré dans une
région comme Montréal, Québec ou Gatineau? Ça reste à voir. À défaut que ça se fasse ailleurs, dans d'autres régions
que Montréal, peut-être qu'on pourrait confier ce mandat-là à cette agence,
mais, bon, il faudrait qu'elle prenne le
temps, évidemment, d'aller consulter les intervenants locaux, et ainsi de
suite, pour élaborer un plan qui soit accepté pour... par tous.
• (11 h 20) •
M. Arseneau :
Vous rejoignez, dans votre point de vue, un peu d'autres intervenants qui
ont dit : Il faut absolument, pour avoir une agence qui livre des
résultats, clarifier les rôles et les responsabilités de chacun.
M. Roy
(Jacques) : Exactement.
M. Arseneau : Donc, vous rejoignez
cet élément-là.
M.
Roy (Jacques) : Tout à fait.
M. Arseneau :
Maintenant, toute la question des études préalables, justement, à quel
moment est-ce que ça doit intervenir? Est-ce que vous voyez ça... vous avez
parlé, c'était votre deuxième point, les études préalables, avantages, coûts,
c'est en aval de la vue d'ensemble, bien entendu, là, mais ça, est-ce que...
comment dire?
OK.
Je vais reposer ma question. Vous avez illustré ce problème-là avec l'exemple
du REM puis de CDPQ Infra, qui ne semblait pas s'intégrer de façon
harmonieuse, on le voit aujourd'hui, on le verra encore davantage demain, au
réseau existant. Est-ce que les mêmes problèmes ne risquent pas de survenir
avec l'agence, telle qu'elle est définie aujourd'hui dans le projet de loi? Que
ce soit CDPQ Infra ou que ce soit MIQ, si on procède de la même façon, sans
abstraction de ce qui se fait, puis qu'on veut aller chercher un maximum de
revenus, puis de rabattement, et ainsi de suite... Est-ce qu'on ne risque pas,
justement, de continuer dans une voie qui pose plus de difficultés que de
résoudre des problèmes?
M. Roy
(Jacques) : C'est pour ça que j'insiste, encore une fois, sur cette
vision régionale d'ensemble qui doit comporter un ensemble de moyens, aussi, de
transport. Je vous donne un exemple très simple. On est d'accord qu'il faut un
lien, il faut trouver une façon d'accéder à l'aéroport. Bien, ça a été
interprété par plusieurs, parce que, tout simplement, ça nous prend un train
pour accéder à l'aéroport, alors que, si on définit le problème comme l'accès à
l'aéroport, on peut penser à d'autres moyens : les voies réservées, les
autobus électriques ou non, etc. Donc, on a souvent tendance à se précipiter
sur le mode, sur la solution avant de regarder l'ensemble des besoins et
trouver le plan qui va mieux répondre à ces besoins-là, de mobilité.
La Présidente (Mme
Schmaltz) : Merci beaucoup. Alors, merci beaucoup. Merci pour votre
contribution aux travaux de la commission.
Alors, on suspend
quelques instants pour accueillir le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à
11 h 22)
(Reprise à 11 h 25)
La Présidente (Mme
Schmaltz) : Alors donc, rebonjour et bonjour à la fédération, donc,
des chambres de commerce du Québec. Bonjour, messieurs. Vous disposez de
10 minutes, après quoi... pour un exposé de 10 minutes, après quoi
nous allons procéder à un échange avec les parlementaires. Alors, je vous
invite donc à vous présenter et à nous présenter votre exposé. Merci.
Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ)
M.
Noël (Philippe) : Bien, bonjour. Je me présente, Philippe Noël,
je suis vice-président aux affaires publiques et économiques à la Fédération
des chambres de commerce du Québec. Je suis accompagné, aujourd'hui, par mon collègue
Laurent Corbeil, qui est conseiller aux affaires publiques et économiques et en
charge de notre comité de travail Transport et logistique à la FCCQ.
À titre de rappel,
grâce à notre réseau de 120 chambres de commerce et plus de
1 000 membres corporatifs, on
représente plus de 45 000 entreprises exerçant leurs activités dans
tous les secteurs de l'économie et sur l'ensemble du territoire
québécois, dans les 17 régions. Plus important réseau de gens d'affaires
et d'entreprises du Québec, nous sommes à la fois une fédération de chambres de
commerce et la chambre de commerce du Québec.
D'abord, je vous
remercie pour l'occasion de commenter cette importante pièce législative pour
nous, qui déterminera la direction dans laquelle le gouvernement souhaite se
projeter en matière de réalisation de projets complexes
en transport. Dans son ensemble, la FCCQ tient à saluer le projet de loi
n° 61 et la création d'une nouvelle agence en transport qui couvrirait l'ensemble du territoire québécois.
Depuis longtemps, nous incitons le gouvernement à revoir sa manière de
planifier la réalisation des projets complexes en transport plus rapidement et
dans une perspective d'optimiser les coûts.
En ce sens, la centralisation de l'expertise au sein d'une seule et même agence
repose sur des fondements logiques. La création d'une nouvelle agence
vient répondre, selon nous, au besoin de construire et de développer des infrastructures structurantes, autant pour le
routier que pour les infrastructures de mobilité durable. Cependant, bien que
nous appuyions l'objectif du gouvernement et les visées par le projet de loi
n° 61, nous souhaitons vous partager certaines observations et
recommandations afin de préciser des éléments, voire bonifier le texte
législatif. En effet, nous observons
certaines zones grises dans le cadre de cette nouvelle agence et la portée de
ses responsabilités.
De prime abord, nous
constatons une certaine perméabilité dans l'utilisation du terme «projet
complexe», ce qui mériterait d'être précisé selon nous. Actuellement, aucune
loi ni règlement ne définissent ce que représente un projet complexe, ce qui
pourrait porter à confusion dans le cadre du projet du mandat de l'agence. Que
ce soit le montant initial d'un
investissement ou encore la durée de réalisation d'un projet, certaines
caractéristiques propres aux projets complexes pourraient être mises de
l'avant pour bien comprendre le carnet de réalisation du gouvernement. Pour la
FCCQ, il serait important de reconnaître les limites de cette agence pour
savoir inversement quelles seraient les responsabilités qui demeuraient entre
les mains des organismes déjà existants et dont l'expertise a déjà fait ses
preuves. À juste titre, un enjeu à considérer serait celui du chevauchement des
compétences et de l'expertise avec les sociétés de transport, particulièrement
en ce qui a trait au maintien des actifs.
Dans
le cadre actuel du projet de loi n° 61, nous constatons que des tâches
déjà associées au rôle actuel des sociétés
de transport en commun seraient léguées à Mobilité Infra Québec,
c'est-à-dire de nature à maintenir, améliorer ou encore remplacer les équipements ainsi que les infrastructures en
place. Il faut rappeler que les sociétés de transport détiennent déjà
l'expertise nécessaire pour mener à bien ce type de projets. Nous considérons
qu'elles demeurent les organismes les mieux placés pour poursuivre ce rôle. Dans
cet esprit, nous recommandons au gouvernement de modifier l'article 29 en y indiquant que, dans les cas des
infrastructures opérées par les sociétés de transport, le maintien, l'amélioration
et le remplacement d'équipements et d'infrastructures de transport demeurent
des champs exclusifs à celles-ci.
Du côté de la
planification des transports et plus précisément dans la région métropolitaine
de Montréal, dans le cadre des projets majeurs de transport en commun, l'ARTM a
déjà l'expertise propre au développement d'une vision cohérente et structurante
des transports, selon nous. Nous considérons de facto qu'elle devrait être
incluse dans le processus de sélection et de planification des projets qui
touchent son territoire. La capacité de réaliser des projets rapidement et
d'avoir un cadre logique, logistique et financier réaliste lors des premières
étapes d'un chantier en transport dépendrait
davantage d'une collaboration accrue entre cette nouvelle agence et l'ARTM. En
d'autres mots, il faudrait s'assurer de ne pas devoir systématiquement
retourner à la table à dessin chaque fois que Mobilité Infra Québec se verrait
léguer un projet en transport et dont l'étude et l'analyse auraient déjà été
effectuées préalablement par l'ARTM.
Considérant cet
aspect, la FCCQ croit qu'il serait judicieux de modifier l'article 29 du
projet de loi n° 61 en y ajoutant un paragraphe pour préciser que Mobilité
Infra Québec doit prendre en considération la planification des services de
transport collectif actuels et projetés par l'ARTM lorsqu'une analyse en
transport concerne son territoire. En principe, la création d'une nouvelle
agence pour planifier une vision nationale des différents développements de projets d'envergure est salutaire, mais un
problème de de fond persiste : la question du financement. Le cadre
législatif actuel donnerait les
coudées franches au gouvernement afin de déterminer unilatéralement quels
organismes s'occuperaient d'opérer un nouveau service et sur qui la
charge financière retomberait. Nous considérons que le gouvernement fait fausse route en s'octroyant ce pouvoir. Il devrait
amender l'article 74 de son projet de loi pour supprimer cette prérogative
qui va à l'encontre de l'esprit de collaboration qui serait pourtant essentiel,
dans les prochaines années, pour Mobilité Infra Québec, si nous désirons
réaliser adéquatement des projets qui sont viables financièrement, et ce, tout
au long du cycle de vie des infrastructures.
• (11 h 30) •
Parallèlement,
le projet de loi n° 62, qui a été déposé au même moment, a ouvert la
porte au mode collaboratif pour la
réalisation de grands projets. Cependant, les OPTC, qui sont chapeautés par la Loi sur les sociétés de transport en commun,
ne reçoivent pas les mêmes allègements que les autres organismes publics, dont
Mobilité Infra Québec. Considérant que plusieurs travaux relatifs au maintien
des actifs doivent être effectués dans les prochaines années, nous considérons
que de ne pas élargir l'accès au mode collaboratif à ces dernières pourrait
avoir comme effet d'établir un système à deux vitesses où les projets des
sociétés de transport en commun seraient encore moins attrayants pour
soumissionner chez des entreprises et, nécessairement, plus coûteux. C'est
pourquoi, par souci de cohérence et
d'équité, nous soulevons la nécessité de modifier la Loi sur les sociétés de
transport en commun pour y élargir les leviers offerts par le projet de
loi n° 62.
En terminant, on ne
peut pas passer sous silence l'importance de modifier les critères d'octroi des
contrats publics dans le cadre des appels d'offres... et qui serait fort
bénéfique pour des projets routiers, entre autres, mais aussi en pleine
cohérence avec l'objectif recherché par ce projet de loi. Pour des projets
majeurs de transport visés par ce texte législatif, mais, je dirais aussi, pour
les projets d'infrastructures à plus petite échelle, mais dont la portée,
parfois locale et régionale, est tout aussi névralgique pour des communautés,
il est important de ne plus avoir le réflexe gouvernemental de confier ces contrats
sur la base du plus bas soumissionnaire conforme. C'est encore plus vrai lorsqu'il est question d'une grande
complexité dans la réalisation de ceux-ci. Les appels d'offres devraient
d'abord et avant tout miser sur des critères de qualité, d'innovation,
de durabilité et de performance environnementale, et ça demande un changement
dans les pratiques des donneurs d'ouvrage, précisé par voie réglementaire, le
tout au bénéfice du contribuable. Les autres États autour de nous le font
depuis longtemps, avec des résultats supérieurs en matière de longévité,
notamment. Pourquoi pas nous?
L'avènement des modes
collaboratifs retrouvés dans le projet de loi n° 62 représente un bon pas
en avant, mais les entreprises ne comprennent tout simplement pas que les véritables
modifications réglementaires n'aient toujours pas été présentées, à ce jour,
comme le gouvernement s'y est engagé en 2019. Pendant ce temps, nos entreprises continuent de préférer soumissionner
dans les autres provinces et États en Amérique du Nord, où les appels
d'offres permettent de mettre à profit leur expertise. Autrement dit, nous nous
privons collectivement de plusieurs innovations conçues au Québec.
Nous sommes
optimistes que les présents travaux des consultations particulières permettront
de prendre en considération les préoccupations des entreprises québécoises et
organisations et qu'il en résultera, ce que nous souhaitons tous, un texte de
loi qui ajoute une plus-value en termes de planification des transports tout en
consolidant l'expertise déjà présente au
Québec. Je vous remercie pour votre écoute, et nous serons heureux d'échanger
avec vous.
La Présidente (Mme
Schmaltz) : Parfait. Alors, merci beaucoup, messieurs. Je me tourne
maintenant vers la ministre pour un échange de 16 min 30 s
Mme Guilbault : Merci, Mme la Présidente. Merci beaucoup, messieurs.
Bienvenue parmi nous. Bienvenue à la fédération en cette commission sur le
projet de loi n° 61, mais dans laquelle, et vous
l'avez fait tout comme moi, on aborde régulièrement le
projet de loi n° 62, parce que, bien sûr, ça va
ensemble. Donc, j'y reviendrai dans un deuxième
temps, mais d'emblée, c'est ça, je vous remercie de prendre le temps. Merci
pour le mémoire, pour la documentation, pour prendre le temps, ce matin,
de nous le présenter en personne puis de vous rendre disponibles pour échanger
avec nous.
Et comme je le fais
aussi avec la quasi-totalité des groupes, d'emblée, je souhaite confirmer avec
vous que vous saluez le dépôt de ce projet de loi là et que vous êtes d'accord
avec la volonté du gouvernement de se doter d'une
capacité à livrer des projets d'infrastructures majeurs de transport, notamment
de transport collectif, de manière plus
efficace et, ultimement, à moindres coûts, du moins, c'est le pari qu'on fait,
pour tous vos membres, et nos électeurs,
et nos contribuables qui paient beaucoup de taxes et d'impôts et qui ont envie
qu'on soit efficaces, les plus efficaces possible. Donc, c'est bien ce que j'ai
décodé de votre introduction?
M. Noël (Philippe) : Oui, oui, tout à fait. Et puis, en fait, l'idée, si on a misé
principalement notre argumentaire sur, peut-être, des bonifications, des
changements qu'on souhaiterait dans le projet de loi, c'est justement pour se
concentrer là-dessus. Mais on a vraiment accueilli favorablement les projets de
loi 61 et 62. Le fait de faire place au mode collaboratif, ça fait
plusieurs années que nous, on le souhaitait. On en parlait dans différentes
interventions auprès de votre gouvernement.
Les entreprises souhaitaient vraiment avoir plus d'agilité, plus de
responsabilités, plus d'imputabilité, même. On l'entendait de la part de
nos membres. Bref, sortir du cadre traditionnel autant que possible puis avoir tous les leviers pour réaliser plus
rapidement les projets et, bien sûr, faire une plus grande place à
l'innovation.
Si on a parlé du plus
bas soumissionnaire, c'est que ça empêche un peu en même temps d'amener plus
d'innovation, parce que c'est la recherche du matériel qui est le moins
coûteux, c'est le processus qui va être livré le plus rapidement possible, à
tout prix, mais peut-être en recherchant uniquement le fait de payer le moins
cher pour les projets. Et c'est vraiment contre nature, surtout avec ce qui se
passe autour du Québec, dans les autres juridictions autour de nous.
Mme Guilbault : Oui, bien, exactement. Puis là ce que vous avez dit, là...
parce que, là, vous disiez : Les critères d'octroi des contrats pour...
incluant les plus petits travaux, là, on parle beaucoup des projets
d'envergure, parce que c'est le propos de
mon projet de loi, les projets complexes, dans mon projet de loi 61. Mais,
comme je disais, je vais revenir au projet de loi 62, dont notre
prétention est qu'il va venir régler plusieurs enjeux de longue date.
Vous l'avez dit, ça
fait longtemps... Vous, la fédération, ça fait longtemps que vous parlez des
mêmes choses, que vous proposez... que vous
demandez les mêmes choses. Puis c'est un peu ça, des fois aussi, qui me
surprend. Moi, ça fait sept ans que je suis élue ici, mais j'ai commencé
à travailler dans les cabinets politiques en 2006, donc ça fait 18 ans. Puis quand j'ai commencé à travailler
dans les cabinets, en 2006, on ne parlait pas de transport collectif. Tu sais,
il y avait des autobus, puis moi, je prenais l'autobus comme tous les
étudiants, mais on ne parlait pas de ça, là. Ce n'était pas dans les priorités.
Ce n'était pas un sujet qui revenait vraiment puis, bon, ce n'était pas une
préoccupation aussi omniprésente que ça peut l'être aujourd'hui. Donc, on a vu
apparaître ça, éventuellement, je dirais peut-être plus dans la décennie des
années 2000. Et donc là...
Puis, des fois,
j'entends la mairesse de Montréal dire : Ça fait 10 ans qu'on aurait
dû avoir ces discussions-là, prendre ces décisions-là, que ce soit l'exemple de
Mobilité Infra Québec, la réflexion sur le financement du transport collectif.
Mais, en même temps, c'est relativement nouveau aussi que les gens... que ce
soient les organismes, que ce soient les citoyens, que ce soient les
entreprises, pour pouvoir avoir des travailleurs qui sont capables de se
rendre, par exemple, dans les parcs industriels. On en parle beaucoup, la
desserte des parcs industriels. Donc, à tous les niveaux, c'est quand même
relativement nouveau dans les dernières années, cet appétit-là croissant pour
le transport collectif, donc...
Mais il reste qu'il y
a quand même des gens avant nous qui s'en étaient aperçus. Par exemple, il y a
le collègue du... l'ex-collègue du Parti québécois, à l'époque, en 2012 ou
2013, qui avait déposé un projet, qui se proposait de se donner des moyens
d'être plus efficaces pour livrer des projets. Bon, ça n'a pas... il n'a pas eu
de temps, ça n'a pas fonctionné, peu
importe, mais déjà c'était présent à l'époque, il y a 10 ans... il y a un
peu plus de 10 ans.
Et là aujourd'hui on
se retrouve avec, enfin, un gouvernement qui souhaite le faire, qui souhaite
poser l'action puis se donner cette capacité-là.
Est-ce que pour vous... Vous le disiez, ça fait longtemps qu'on parle des mêmes
choses. Est-ce que vous sentez, chez vos
membres... parce que c'est quand même... vous avez 125 membres,
probablement, à peu près, 100...
M. Noël
(Philippe) : En fait, on a
120 chambres de commerce...
Mme Guilbault : 120 chambres de commerce.
M. Noël (Philippe) : ...mais on a des... on a 1 000 membres corpos directement à la
FCCQ, donc des entreprises principalement, mais aussi des organisations.
Mme Guilbault : C'est ça, mais 120 chambres de commerce qui,
elles-mêmes, c'est ça, ont des membres aussi, ont des gens qui travaillent.
M. Noël
(Philippe) : Exact.
Mme Guilbault : Donc,
tout ça est exponentiel. Donc, est-ce que vous sentez, chez vos membres...
j'imagine que oui, si vous venez parler en leur nom aujourd'hui... Mais, tu
sais, dans les diverses régions du Québec, puis vous n'êtes pas juste à
Montréal ou à Québec, là, dans les grands centres urbains, là, est-ce que vous
sentez que, dans l'ensemble, les gens au Québec accueillent bien l'idée de se
donner les moyens? Puis ça vaut pour le projet de loi 62 aussi, parce que c'est sûr que c'est un peu
hermétique, ces contenus-là, tu sais. Nous, on est ici, à l'Assemblée, puis on
se comprend entre nous, mais le commun des mortels, au quotidien, dans
tout le tourbillon du quotidien, des repas, des lunchs, de l'école, etc.,
peut-être ne se penche pas nécessairement sur ces commissions parlementaires
là. Mais est-ce que vous sentez que c'est bien accueilli par l'ensemble des
gens à qui vous parlez partout au Québec, cette volonté-là, enfin, d'un
gouvernement de poser les gestes qui s'imposent pour être plus efficaces pour
nos projets d'infrastructure qui coûtent une fortune à nos contribuables qui
travaillent fort pour gagner leur argent?
M. Noël (Philippe) : Bien, dans nos discussions avec les chambres de commerce,
c'est clair qu'on l'entend, mais je vous
dirais encore plus directement des entreprises qui sont membres chez nous, qui
font partie de nos comités de travail. Vous savez, on a quand même
17 comités de travail à la FCCQ, dont un, transport et logistique, dont un
en infrastructure et construction, et même dans d'autres secteurs aussi
connexes qui font affaire avec l'État, que ce soient les technologies de
l'information, de communication, en santé, entre autres. Donc, c'est quelque
chose qu'on revoit souvent, régulièrement dans nos échanges avec nos membres,
avec les entreprises. Elles veulent plus d'agilité dans les contrats publics
avec l'État.
Vous avez parlé d'entrée de jeu, évidemment, de
la mobilité durable puis des projets en transport collectif. Ça fait plusieurs
années, nous, de notre côté, qu'on en parle aussi. Tu sais, on a des
préoccupations par rapport au maintien des actifs, parce qu'on voit une baisse
des revenus de la part des sociétés de transport, évidemment, depuis la
pandémie, la hausse du télétravail, etc. Bien, en même temps, les coûts
d'exploitation ont augmenté puis les besoins en maintien des actifs ont augmenté
aussi chez les sociétés de transport. Donc, on a l'impression... puis c'est pour ça qu'on accorde quand même une place
importante, parce que c'est surtout auprès des sociétés de transport qu'on
a parlé de ça.
Mais c'est pour ça qu'on accorde une place
importante, parce que les projets majeurs, on a l'impression, en transport
collectif, vont arriver de plus en plus. Donc, s'il y a une agence comme Mobilité
Infra Québec qui est sur place, qui est mise
sur pied, bien, ça va être important que ce soit fluide le plus possible entre
les sociétés de transport et l'agence de transport. Donc, c'est pour ça
qu'on amène quelques propositions, mais on veut s'assurer que les projets qui
vont être mises de l'avant... mis de l'avant puissent permettre, en fait, que les
opérations des sociétés de transport soient les plus fluides, les moins
arrêtées possibles. Parce que, sinon, il y a des conséquences économiques sur
le déplacement des travailleurs, sur la congestion routière, et, quand il y a
de la congestion routière, bien, les transports de marchandises, ça... ça prend
plus de temps aussi à transporter. Donc, il y a un effet boule de gomme que
vous connaissez sans doute, là, aussi avant tout ça... boule de neige, je
devrais dire.
• (11 h 40) •
Mme Guilbault : Oui. Est-ce que votre collègue voulait... boule de gomme?
«Cute».
M. Corbeil (Laurent) : Bien, si
je peux me permettre...
Mme Guilbault : Oui, allez-y. Allez-y.
M. Corbeil
(Laurent) : Oui. Si je peux me permettre, bien, également,
bien, en fait, comme on dit, les désavantages,
en fait, d'avoir une mauvaise gestion au niveau du transport collectif... mais
il y a les avantages également, là,
du développement économique, la densification par la construction de logements
aussi avoisinants, quand on parle de transport collectif, de
développement commercial. Donc, on sait que, dans les dernières années, je
pense que tout le monde au Québec, on peut
se dire que ça a été laborieux au niveau de la réalisation de grands projets
de... en transport collectif. Donc, cette volonté-là est vraiment
partagée, au niveau des membres, d'optimiser les revenus, de réduire les
dépenses, les délais.
Donc, voilà,
je pense que le projet de loi 61 et 62 donnent les outils quand même
nécessaires, là, pour pouvoir aller de l'avant puis améliorer nos façons
de faire.
Mme Guilbault : Oui, absolument, puis vous amenez un très bon point, puis je n'avais pas
pensé à l'aborder, mais on en a beaucoup parlé avec des gens qui sont venus,
notamment les sociétés de transport qui sont venues. On en a une d'ailleurs, l'Outaouais... celle de
l'Outaouais vient cet après-midi, et on a eu aussi des municipalités qui sont
venues.
Le développement commercial puis le potentiel de
valorisation immobilière qui vient... qui est corollaire au développement de
ces projets-là de transport collectif, actuellement, ce n'est pas comme tel
dans le projet de loi. Mais, si vous avez vu
passer la stratégie d'habitation de ma collègue ministre de l'Habitation, il y
a deux ou trois semaines à peu
près... puis c'est quelque chose qu'on travaille beaucoup avec elle, la
possibilité, enfin, de... disons, de se donner plus de moyens ou plus de
possibilités pour maximiser les occasions qui sont fournies par le
développement des futurs projets de transport collectif et incluant la
valorisation puis le potentiel des actifs actuels.
Puis, quand la STM est venue, la Société de
transport de Montréal, on avait... puis eux qui ont Transgesco, on avait la
directrice puis la... sur, actuellement, la ligne bleue, là, le projet, un
bon... un bon exemple, ça, d'un projet dont
on a parlé à n'en plus finir, qu'on a annoncé je ne sais pas combien de fois
sans qu'il se réalise. Là, actuellement, nous, on le réalise, mais, tu
sais, ça a été long, c'est compliqué. Puis c'est vrai que c'est compliqué puis
ça coûte cher, alors,
tu sais, bon... Mais tout ça pour dire qu'il y a quand même des possibilités
avec les futures... les cinq nouvelles stations. On parlait de la station
Lacordaire l'autre fois comme étant un exemple où là il y a vraiment un projet
qui est sur la table. Nous, on a
rencontré ces gens-là, un projet très intéressant où on minimise le risque
financier puis on maximise les possibilités du nouveau logement, qui
n'est pas le propos du projet de loi, mais tout le monde sait qu'on a besoin de
logements.
Alors, ça, encore...
puis pour vos membres puis, tu sais, beaucoup... on a certaines régions où il y
a vraiment un enjeu de logements, encore
plus que d'autres. Il y en a un peu partout, là, mais, tu sais... puis comme
des entreprises qui ont besoin d'avoir de gens pour venir travailler, puis que
ce soient nos propres réseaux de la santé, de l'éducation, des gens qui vont s'installer dans des régions où
il y a des problématiques de logements... Mais, même dans le Grand Montréal, dans les endroits où on peut penser qu'on ferait des projets de
transport collectif, où qu'il y a des actifs de transport collectif, qu'on
pourrait développer davantage... Est-ce que ça aussi, chez vos membres, ce
serait bien... ce serait bien accueilli?
M. Corbeil
(Laurent) : Oui, je peux y aller, Philippe. Tu sais, si on donne
plus... tu sais, évidemment, si on donne plus d'infrastructures... on va être
opéré... Là, on parle, mettons, des sociétés de transport, mais il faut être en
mesure de leur donner la capacité à générer du revenu. Puis donc, ça, c'est
une... aussi une position, en fait, qu'on partage avec notamment la STM qui est
passée en consultations particulières, donc, de pouvoir avoir la possibilité de
s'unir à un tiers parti, justement, pour
effectuer des travaux de construction conjoints, adjacents. Donc, la valorisation
immobilière, ça peut vraiment nous emmener loin. Puis donc, on peut faire d'une
pierre deux coups, là, carrément, parce que... beaucoup de chantiers également
au Québec. Donc, pouvoir ouvrir une fois un chantier pour pouvoir... que ce
soit au niveau de l'infrastructure, même de... en transport, que ce soit, après
ça, des logements qu'on parle, du développement commercial. Je pense que, si on
peut faire tout ça en même temps, on va aller de l'avant, là, de façon beaucoup
plus pratique, là.
M. Noël (Philippe) : Puis si je peux ajouter, tu sais, le long, en fait, du tracé du REM à
Brossard, on a développé beaucoup autour de ça, beaucoup de logements,
entre autres, beaucoup de condos. Donc, nous, on participe aussi aux travaux
pour améliorer la politique d'aménagement du territoire et se doter d'une vraie
stratégie quand vient le temps de construire
ou même de mettre à niveau, de moderniser des infrastructures de transport
collectif, bien, de développer autant que possible et de maximiser le
concept de TOD que vous connaissez aussi.
Donc, c'est sûr qu'on
ne peut... qu'on ne peut être que favorables à ça. Puis on est aussi, je pense,
comme la plupart des acteurs publics qui se
prononcent sur ces questions-là, à la recherche aussi de bonnes sources de
financement pour les transports collectifs. Donc, on pense que ça fait
partie de la solution.
Mme Guilbault : Oui, bien, exactement, la recherche de nouvelles sources de revenus,
parce que, le financement, on en parle beaucoup. Je ne vais pas
m'éterniser là-dessus avec vous, ce n'est pas quelque chose, nécessairement,
qui a été abordé, mais tout le monde cherche de l'argent, et vous avez parlé,
tu sais, des défis de... pour les revenus, puis j'ajouterais que la taxe sur l'essence est en diminution continuelle à
mesure qu'on électrifie, là. Donc, les coûts augmentent et les revenus
diminuent, donc il faut trouver des nouvelles façons de faire. Il faut trouver
des solutions innovantes.
Je serais curieuse de
vous entendre, puis là je ne sais pas d'avance ce que vous allez répondre, ça
fait que je m'expose à n'importe quelle
réponse qui pourrait venir, mais, la semaine dernière, il y a eu des exemples
qui avaient été donnés dans les journaux, où il y a une entreprise
privée qui a décidé de faire un partenariat puis de participer financièrement
pour une desserte d'autobus à son entreprise. Probablement, là... puis là je ne
leur ai pas parlé directement, ça fait que
je ne veux pas mettre des mots dans la bouche de personne, mais probablement
qu'on peut penser qu'ils ont de la difficulté... les travailleurs ont de
la difficulté à se rendre puis tout ça, puis ils disent : Moi, je vais
essayer d'aider.
Puis,
tu sais, nous-mêmes au gouvernement, on avait L'abonne BUS, là. Donc, financer
des... aider les employés à financer le transport collectif pour leurs
propres besoins, ce n'est pas quelque chose qui est nouveau, donc, que ce soit
un employeur privé ou public. Alors, vous, qu'est-ce que vous pensez de ça?
M. Noël (Philippe) : Bien, c'est des belles initiatives. Du moment où les entreprises
souhaitent mettre ça en place, c'est certain que, pour elles... elles se
démarquent aussi auprès de leurs employés, mais ça démontre aussi peut-être les
limites pour certaines sociétés de transport à répondre à la demande puis à
répondre, peut-être, aux besoins de mobilité dans leur territoire. Puis ça,
c'est un autre enjeu aussi, parce que les coûts d'exploitation, comme je le
mentionnais tantôt, ont augmenté. Les revenus étant diminués, donc, il y avait
un besoin là qu'ils ne sont pas en mesure de combler, et l'entreprise a décidé
de mettre de l'avant cette initiative-là. C'est une très belle initiative, mais
ça met aussi de l'avant peut-être cette problématique-là que les sociétés de
transport sont limitées dans leur capacité de développer des nouvelles lignes
parfois. On entend notamment certaines sociétés de transport nous dire qu'elles
ont ajusté leur trajet, mais ce n'est pas suffisant.
Puis évidemment, on
est dans une autre réalité depuis le confinement, depuis l'après-COVID,
c'est-à-dire qu'il y a le télétravail qui a augmenté, donc les passes
mensuelles, les abonnements ont diminué et les trajets ont été modifiés aussi
en ce sens-là. Donc, ça fait partie de plusieurs discussions d'ailleurs que
nous-mêmes on a eues avec notamment des sociétés de transport, mais aussi des
entreprises qui comptent sur les sociétés de transport pour bien les servir,
là, puis bien servir, en fait, leurs employés.
Mme Guilbault : Puis sur le...
La Présidente
(Mme Schmaltz) : ...
Mme Guilbault : Oh! il me reste... Ah! merdouille! on n'aura pas le temps.
Bien, sur le projet de loi 62, rapidement, je ne sais pas si vous avez
participé directement aux travaux de mon collègue, sinon ce sera ici
l'occasion, mais je crois comprendre que vous appuyez fermement le projet de
loi 62. Encore une fois, une solution qui a tardé, mais qui, enfin,
vient... à un problème de longue date, là, qui est connu depuis longtemps. Et
vous... je ne sais pas si c'est vous qui
l'avez dit ou vos prédécesseurs, là, mais donc il y a d'autres nations déjà qui
utilisent... il y a même d'autres provinces dans le Canada qui utilisent
les modes collaboratifs et tout ça, et, pour l'essentiel des gens qui sont
venus témoigner ici, c'est des meilleurs résultats. Alors donc, vous trouvez
que c'est une bonne chose que d'avoir le projet de loi 62?
M. Noël
(Philippe) : Effectivement. Ça, je ne sais
pas si, Laurent... si tu veux en parler un peu.
M. Corbeil (Laurent) : Absolument.
On est tout à fait favorables, là, je pense... Comme mon collègue Philippe l'a dit plus tôt, au niveau, en fait, de l'octroi
des contrats publics, lorsqu'on dépasse un peu la notion du plus bas
soumissionnaire puis qu'on va dans les critères d'innovation, de durabilité, on
entre beaucoup plus dans un élément où est-ce qu'on veut... on est capables de
calculer, en fait, les risques un peu plus, les coûts sur le long terme.
Donc, il y a vraiment
des avantages, puis on les a vus, comme vous avez dit, Mme la ministre, là,
juste dans d'autres provinces, puis là on a... on peut parler du... dans le
domaine des transports, mais dans toutes les infrastructures publiques, là, ça
a porté fruit, là, justement, dans la complexité des projets.
La Présidente
(Mme Schmaltz) : C'est tout le temps que nous avions. Merci
beaucoup. Alors, je vais me tourner vers l'opposition officielle pour
9 min 54 s.
• (11 h 50) •
M. Derraji :
Oui. Merci, Mme la Présidente. Bonjour à vous deux.
M. Noël
(Philippe) : Bonjour.
M. Derraji :
Toujours un plaisir de vous voir en commission parlementaire, et je salue
l'ensemble des membres de la FCCQ.
Première question qui
me vient à l'esprit : Est-ce que la FCCQ pense que ce projet de loi aurait
un impact sur vos membres, donc les entreprises que vous représentez?
M. Noël
(Philippe) : Bien, en fait, on ne
représente pas uniquement des entreprises. On représente aussi des sociétés de
transport, des organisations, donc on les a consultées beaucoup en marge de ce
projet de loi là.`
Pour
les entreprises, oui, les entreprises qui vont bénéficier des contrats, entre
autres, mais aussi des entreprises qui ont des attentes par rapport à la
réalisation des projets, et surtout lorsqu'il est question de projets majeurs,
pour que les projets soient réalisés le plus rapidement possible, le plus
efficacement possible, mais aussi qu'il y ait une longévité puis une modernité,
autant que possible. Donc, c'est pour ça qu'on a eu plusieurs fois ces
discussions-là, dans nos comités de travail avec les entreprises, entre autres,
là.
M. Derraji :
Donc, pour vous, la FCCQ, qui représente des entreprises et aussi des
sociétés de transport... Je comprends et je
connais très bien le membership de la FCCQ. Pour vous, aujourd'hui, vous dites
que le projet de loi 61, qui créerait l'agence, aurait un impact
sur vos entreprises, sur les membres que vous représentez.
M. Corbeil
(Laurent) : Bien, évidemment, aussi, on représente, tu sais, les
chambres de commerce, donc vraiment aussi tout l'écosystème économique au
Québec. Donc, évidemment, là, en ce moment, on n'a pas tout à fait de
l'expertise en planification de la mobilité à l'échelle du Québec. Donc, comme
outil, on pense que de centraliser, dans le fond, cette expertise-là, c'est une
bonne idée.
Par
contre, on espère que l'agence va pouvoir consolider l'expertise qui existe en
ce moment même, puisqu'en fait la collaboration, comme on dit... On a des
membres, justement, qui vont avoir... qui vont avoir un impact, mais
l'impact doit vraiment se mesurer dans la mesure où est-ce que toutes ces
parties prenantes là vont être capables de collaborer ensemble pour être
capables de planifier, de ne pas faire des retours en arrière, de ne pas
retourner à la table à dessin, comme mon collègue a dit précédemment.
M. Derraji : Oui, je... C'est très
clair. Je veux juste essayer de comprendre. Vous jugez nécessaire être présents
en commission parlementaire, parce que, oui, vous êtes un acteur important,
vous parlez de la mobilité, et donc, pour vous aussi, ce projet de loi aurait
un impact, que ce soit de nature économique ou réglementaire, sur les
entreprises que vous représentez.
M. Noël (Philippe) : Bien, en fait, il y a des questionnements, peut-être, chez les
entreprises, on peut peut-être en parler, sur les critères de qu'est-ce
que c'est...
M. Derraji : Bien, partagez... s'il
vous plaît, parce que c'est très important. Partagez les inquiétudes ou ce que
vos... les membres que vous représentez ont par rapport à ce projet de loi.
M. Noël (Philippe) : Bien,
en fait, c'est les zones grises. On l'a qualifié dans notre mémoire un peu, le
flou sur la définition de «complexité».
Qu'est-ce qu'un projet complexe en transport? Est-ce qu'on parle... on parle de
quoi, en matière d'achalandage, on
parle de quoi, en matière de monétaire? Est-ce que c'est un projet de quelques
millions, de centaines de millions,
de milliards de dollars? La durée des réalisations, le cycle de vie qui est
souhaité, la localisation, est-ce que ça touche plus qu'une région
administrative? Est-ce qu'on passe par-dessus un cours d'eau majeur? Est-ce que
ça implique des sociétés de transport? Est-ce que ça implique plusieurs
municipalités sur le territoire? Est-ce qu'on parle de PPP?
Donc, il y a une
liste de critères que... pour nous, puis pour nos membres, en fait, parce que
ça a été discuté, ce n'était pas clair à ce niveau-là. Donc, le niveau de
l'impact, peut-être, il se retrouverait là. L'impact, c'est... En fait, si on
le salue, le projet de loi, c'est parce qu'on pense que ce type de structure là
va venir faciliter les projets.
M. Derraji :
Et j'imagine que c'est très... j'imagine que c'est extrêmement important
pour vous, et c'est pour cela que vous sentez l'obligation de venir en
commission parlementaire, parce que l'impact, il est à la fois réglementaire,
mais aussi économique pour les membres que vous représentez. C'est bon?
M. Noël
(Philippe) : Absolument. Exactement.
M. Derraji :
OK. Excellent. Je vais juste vous ramener... Je veux juste vous ramener à
la recommandation 7 de votre mémoire et, désolé, je vais vous ramener au
projet de loi 61... 62, désolé. Parce que, depuis tout à l'heure, on parle...
depuis le début, on parle des contrats de collaboration, mais... vous l'avez
très bien mentionné, «modifie la loi»... ça, c'est l'autre projet de loi, pas
celui-là que nous sommes en train d'étudier, mais ça a été ramené sur la table
tout à l'heure : «Modifie la Loi sur les sociétés de transport en commun
pour accorder à celles-ci un accès au mode collaboratif et aux assouplissements
prévus du projet de loi 62.»
J'ai siégé au 62,
j'ai interpelé le ministre. Sa réponse était : Ce n'est pas dans ma cour,
c'est dans la cour de la ministre du Transport. Vous avez lu le projet de
loi 61. Est-ce que... à moins, si je me trompe, est-ce que vous avez vu
une mention quelque part de l'accès au mode collaboratif pour les
assouplissements? En tout cas, moi, je ne les ai pas vus dans le projet de loi 62,
«by the way». Et le ministre a été très clair : Ce n'est pas de mes
affaires, je vous invite à parler avec la ministre du Transport.
M. Corbeil
(Laurent) : Bien, du côté de Mobilité Infra Québec, c'est bien
mentionné dans le projet de loi 61. Cependant, vu qu'il y a des
compétences, des responsabilités connexes aux sociétés de transport, par
exemple, où est-ce qu'on voit, en fait, qu'ils vont... Mobilité Infra va avoir
accès au mode collaboratif. On se dit que, pour la réalisation de ces grands projets-là,
bien, si les sociétés de transport s'occupent du maintien d'actif, ils ont des
projets aussi qui sont complexes, mais, en maintien d'actif, en remplacement
d'équipements, il faut qu'ils aient accès également à ce type de projet de
réalisation en mode partenariat pour être capables de pouvoir avoir des
entreprises qui vont soumissionner, là.
M. Noël
(Philippe) : Au fond, sur la
recommandation 7, on se questionne à savoir : OK, ça fonctionne pour
des projets routiers, mais les projets majeurs qui sont issus des sociétés de
transport devraient bénéficier aussi des modes collaboratifs. Parce que ce qui
compte, c'est le résultat et que les entreprises soient incitées à participer à
l'élaboration de ces projets-là. Et donc, c'est pour ça qu'on amène ça.
M. Derraji : Mais vous l'avez
mentionné, dans les deux rapports, je trouve ça excellent, que ce soit 61 ou 62,
vous êtes très clairs par rapport à ça. Et d'ailleurs ça me ramène à l'idée
que... la première question que je vous ai posée. On ne peut pas aujourd'hui
aborder ce projet de loi sans dire qu'il n'y aurait pas d'impact, que ce soit
économique ou réglementaire, pour les membres que vous représentez. Il y a un
impact pour vos membres.
Vous avez mentionné,
tout à l'heure, «chevauchement des compétences», et vous avez mentionné l'ARTM.
Qui vous pousse à croire que l'agence risque d'avoir un chevauchement avec
l'ARTM?
M. Corbeil
(Laurent) : Bien, je peux y aller. Donc, bien, l'ARTM, en fait, on
voit, dans le projet de loi 61, en fait, que Mobilité Infra Québec va être
tenu, en fait, de consulter l'ARTM pour établir les besoins en matière
d'aménagement et d'urbanisme. Cependant, quand on voit la Loi sur l'Autorité
régionale de transport métropolitain, bien, l'ARTM doit établir une vision
complète, intégrée de la mobilité sur son territoire, identifier les besoins en
matière de transport collectif, favoriser l'intégration des services entre les
différents modes de transport. Donc, il y a plusieurs éléments reliés à la
planification des transports et la coordination de tous ces modes de transport
là qui sont, dans le fond, donnés à l'ARTM.
Puis, en ce sens-là, on
croit que, si Mobilité Infra Québec ne prend pas en compte ces analyses-là, un
peu, là, la lecture de l'ARTM, on va faire un peu... on va dédoubler... on va
doubler le travail, en fait, on va reculer en arrière. Ça se peut. Donc, nous,
on considère que l'article 29 du projet de loi 61, on devrait ajouter
un paragraphe pour préciser que Mobilité Infra Québec doit prendre en
considération la planification des services de transport collectif actuels et
projetés de l'ARTM lorsqu'il y a une analyse en transport qui concerne son
territoire. Donc, ça va économiser du temps, de l'argent. Donc, on aura...
comme je vous dis, on aura moins tendance à faire deux fois le même travail. Donc, je pense que c'est un peu
aussi la vision du projet de loi 61, de juste... de rendre ça plus
efficace.
M. Derraji :
Donc, pour vous, l'article 29 devrait être beaucoup plus explicite et
prendre en considération tout le travail que l'ARTM fait présentement en ce qui
a trait à l'analyse en transport concernant son territoire, en fait, ne pas
enlever l'ARTM qui, elle, déjà fait un travail sur le terrain, et plutôt
travailler en concertation avec l'ARTM. Est-ce que j'ai bien compris?
M. Noël
(Philippe) : Oui, puis ça fait partie des
zones grises qu'on a énumérées. Au fond, là, on veut éviter les silos. C'est
quelque chose qu'on observe beaucoup entre des ministères, parfois, là, le
travail en silo, donc entre une agence de transport et les acteurs, un peu plus
sur le terrain, qu'on bénéficie de l'expertise retrouvée dans les sociétés de
transport. Nous, c'est quelque chose qu'on observe, parfois, le travail en
silo. Je pense, notamment, à la politique d'allègement réglementaire et
administratif. On sent qu'entre les ministères, des fois, on ne dit pas les mêmes choses. Puis ça ne se parle pas autant, ce
n'est pas autant fluide. C'est quelque chose qu'on a répété à plusieurs
reprises sur de nombreuses tribunes, mais là c'est le même réflexe qu'on veut
éviter, dans le fond, ici.
M. Derraji :
Rapidement, en 30 secondes : Comment vous définissez un projet
complexe? Parce que ce n'est pas défini, mais, si c'est à vous de le définir,
vous le définissez comment, un projet complexe?
M. Noël
(Philippe) : Bien, comme je le mentionnais
tout à l'heure, c'est... On parle de quoi, en matière d'achalandage? Est-ce que
c'est un projet de quelques millions de dollars, de centaines de millions de
dollars, de milliards de dollars? La durée de réalisation? Est-ce que ça touche
plusieurs parties prenantes? Est-ce que ça touche plusieurs régions, ou des régions, des municipalités, des sociétés de
transport aussi? Donc, je pense qu'il y a une bonne liste qui pourrait être mise de l'avant, la durée
de réalisation, le cycle de vie souhaité aussi, est-ce qu'on implique les PPP.
La Présidente
(Mme Schmaltz) : Merci, merci. C'est tout le temps que nous
avions. Donc, pour...
M. Derraji :
...
La Présidente
(Mme Schmaltz) : Parfait. Alors, pour 3 min 18 s,
deuxième groupe...
• (12 heures) •
M. Grandmont : Merci, Mme la Présidente.
M. Noël, M. Corbeil, bonjour, content de vous retrouver, merci pour
votre mémoire. D'abord, peut-être des réponses rapides, on n'a pas beaucoup de
temps, là, 3 min 20 s, là.
Sur
la valorisation immobilière, donc, ce que... les sociétés de transport puis les
municipalités, bien, surtout les sociétés de transport voudraient obtenir pour
être capables d'aller chercher une possibilité d'augmenter le financement
sur le long terme, vous êtes d'accord ou pas?
M. Corbeil
(Laurent) : Oui, on s'est positionnés à quelques reprises dans les
dernières années. On pense que c'est une source de financement qui est
intéressante.
M. Grandmont :
Parfait. Excellent. Sur l'imposition d'une participation budgétaire, je
comprends que vous êtes contre, c'est-à-dire que ça fait comme... Moi, je l'ai
présentée comme une négociation, mais avec une épée de Damoclès au-dessus de la
tête des sociétés de transport et des municipalités, ça. Donc, ça vient
imprimer une obligation de résultat aux
municipalités dans la négociation. Donc, est-ce que vous... Vous suggérez, je
pense, de raturer, là, d'enlever la référence à cette possibilité-là
dans le projet de loi.
M. Corbeil
(Laurent) : Tout à fait. En fait, la capacité au gouvernement de
décider... de façon unilatérale, pardon, dans le fond, de qui va payer, en
fait, la facture et qui va opérer, en fait, la nouvelle infrastructure. Donc,
s'il n'y a pas une entente de financement, essentiellement, bien, ça va être
nocif un peu sur le long terme. Donc, on va imposer une facture qui ne va pas
être incluse dans un budget d'un organisme public qui va être... qui va être
tenu, de façon obligatoire, à payer cette
facture-là. Donc, on ajoute cet élément-là à l'importance aussi de calculer le
coût-bénéfice dans l'ensemble du cycle de vie d'une infrastructure.
Donc, une mauvaise
approche du partage du coût pourrait... engendrer, bien, les conséquences qui
vont être assumées essentiellement par, bien, les utilisateurs de ces
infrastructures-là ou les contribuables. Donc, si on a un organisme public, en
fait, qui n'est pas capable d'exploiter au niveau qui était projeté puis qu'on
le fait en dessous, ou bien donc qu'il y ait... ou sinon qu'il y ait une hausse
de taxes... Bref, tu sais, au final, du côté des citoyens, ce qui est
important, c'est d'avoir un service de qualité, tu sais.
M. Grandmont :
Parfait.
M. Corbeil
(Laurent) : Donc, on pense qu'au final, de ne pas avoir d'entente, ça
va amener toutes sortes de problèmes sur le long terme.
M. Grandmont : Parfait, merci.
Justement, vous abordez l'analyse coût-bénéfice, là, votre
recommandation 5. Quand vous parlez de l'ensemble du cycle de vie, là,
vous entendez par là le maintien des actifs puis les coûts d'opération,
dans le fond?
M. Corbeil (Laurent) : Oui,
exactement.
M. Grandmont :
Parfait, merci.
M. Corbeil
(Laurent) : Bien, je pense...
M. Grandmont :
Vous ne l'avez pas abordé, mais un peu quand même, là, puis ce serait
peut-être ma dernière question... Je vais vous laisser le temps de réfléchir
puis d'y répondre.
Quand vous dites, là,
il faut éviter le travail en silo, évidemment... puis on veut essayer de
maximiser le travail collaboratif entre les différentes instances qui pourront
être habilitées à planifier, réaliser, opérer, là, du transport collectif, quand on regarde un peu le mandat de Mobilité Infra Québec, on se rend compte qu'il y a un recoupement avec ce que d'autres instances ont déjà, d'autres
organisations.
La Présidente
(Mme Schmaltz) : ...secondes.
M. Grandmont :
Est-ce que vous pensez qu'on devrait enlever des parties du mandat de Mobilité
Infra Québec, par exemple, pour s'assurer qu'il n'y ait pas de tiraillements
politiques entre... qui fait pour... sur le qui fait quoi?
M. Noël
(Philippe) : Nous, on pense... Est-ce
qu'on a du temps?
M. Grandmont :
Oui, un petit peu, oui.
La Présidente
(Mme Schmaltz) : ...secondes.
M. Corbeil
(Laurent) : Je vais y aller...
M. Noël
(Philippe) : Vas-y.
M. Corbeil
(Laurent) : Bien, nous, on
considère, du côté du maintien des actifs, le remplacement d'équipements également,
qui est une responsabilité, en fait, que les sociétés de transport sont tout à
fait capables d'assumer et qui assument...
La Présidente
(Mme Schmaltz) : Désolée, messieurs...
M. Corbeil
(Laurent) : ...depuis plusieurs décennies déjà.
La Présidente
(Mme Schmaltz) : Désolée de vous couper dans votre élan, mais
nous avons épuisé le temps.
M. Corbeil
(Laurent) : Pas de souci.
La
Présidente (Mme Schmaltz) : Alors, on termine la ronde de questions avec le député des Îles-de-la-Madeleine pour
3 min 18 s.
M. Arseneau : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. Merci, MM. Noël et Corbeil pour votre présentation, pour
votre mémoire.
Je
vais sauter tout de suite à la conclusion. Vous commencez en disant :
«L'idée de centraliser la planification globale des transports, en ce
qui a trait aux projets complexes, c'est une idée louable.» Mais
malheureusement, c'est une idée qu'on ne retrouve pas dans le projet de loi,
dans la mesure où on parle de la réalisation de projets qui sont confiés par le
gouvernement à une agence. Mais la plupart des gens qui ont comparu ici
disent : Malheureusement, on ne sait pas qui va planifier, qui va
développer la vision globale.
Alors, j'aimerais
comprendre si c'était ironique, votre commentaire, ou si c'est ce que vous
souhaitez qu'on ajoute dans le projet de loi.
M. Noël
(Philippe) : Non, non, ce n'était pas
ironique. Ça fait partie des zones grises aussi, il faut le dire. Mais on a
entendu... Lors du dépôt du projet de loi, on a entendu, entourant, en fait, la
création de Mobilité Infra, cette volonté-là
de ne pas multiplier les acteurs inutilement pour la réalisation de projets
complexes. Donc, ça, ça correspond vraiment à plusieurs interventions
qu'on a faites par le passé puis à nos orientations qu'on souhaite que les
projets soient livrés plus rapidement, plus efficacement, puis qu'on évite,
justement, si on veut, le chevauchement autant que possible.
M. Arseneau :
Puis puisqu'on parle de chevauchement, vous l'avez abordé à juste titre à
plusieurs moments dans votre présentation et votre mémoire, mais j'aimerais
comprendre de façon plus précise comment vous voyez l'interrelation entre
l'ARTM et la nouvelle agence. Parce qu'à la page 6, vous dites : Il
est difficile d'imaginer que la place... que la nouvelle agence créée par
Québec puisse outrepasser la compétence de l'ARTM. Et en conclusion, vous dites
que l'agence doit pouvoir supplanter l'ARTM dans la prise de décision.
Je sais que vous souhaitez une collaboration,
mais il y a plusieurs sociétés de transport, même des villes qui nous ont
dit : Si on donne d'emblée un rôle d'autorité suprême à la nouvelle
agence, bien, à quoi ça sert de négocier ou de consulter?
Parce qu'on sait, en bout de ligne, que ce ne sera pas une concertation, ça va
être une décision unilatérale de la part de l'agence qui risque de brimer,
justement, les responsabilités, notamment celles de l'ARTM. Alors, par rapport au rôle de l'ARTM plus précisément,
est-ce que c'est le rôle de la nouvelle agence de supplanter l'ARTM sur son
territoire ou son rôle de collaborer et d'intégrer ce qui a été fait par l'ARTM
dans le travail de l'agence?
M. Corbeil (Laurent) : Comme vous
l'avez indiqué, là, juste à la fin de votre phrase, c'est ça, d'être capables,
en fait, d'inclure, en fait, cette planification-là de l'ARTM, en fait, dans la
réalisation de projets, là, que Mobilité
Infra Québec va avoir à faire. Mais
donc, nous, on considère que, tu sais, l'intégration, justement, des services
entre les différents modes de transport, c'est déjà une expertise que l'ARTM
possède, puis on se doit quand même d'utiliser toute cette analyse-là,
en fait, que l'ARTM fait de jour en jour puis donc... quand ils ont un projet
en particulier, et puis que Mobilité Infra Québec soit capable de l'inclure,
là, dans ses projets.
M.
Arseneau : Et en terminant, très rapidement, j'aimerais vous
entendre sur la question du transport collectif interurbain. Vous l'avez
mentionné dans votre mémoire mais pas dans votre présentation. C'est quoi le
problème actuellement?
M. Noël (Philippe) : Oui. On veut profiter de l'occasion, en fait, pour
sensibiliser le gouvernement sur le fait que
les transporteurs interurbains ne reçoivent pas l'entièreté des sommes qu'ils
devraient recevoir, étant donné, des fois, dans les MRC, il y a des
débats à savoir c'est quoi le pourcentage du 25 %...
La Présidente (Mme Schmaltz) : Merci,
messieurs. Merci pour votre...
M. Noël (Philippe) : On en reparlera.
M. Arseneau : Merci.
La Présidente (Mme Schmaltz) : Merci
pour votre contribution aux travaux de la commission.
Alors, la commission suspend ses travaux
jusqu'après les avis touchant les travaux des commissions. Merci. Bon appétit.
(Suspension de la séance à 12 h 07)
(Reprise à 15 h 18)
La
Présidente (Mme Schmaltz) : Alors, bonjour à tous. Alors, M. le député,
s'il vous plaît, on commence. Merci. Alors, bonjour à tous. La
Commission des transports et de l'environnement reprend ses travaux.
Nous
poursuivons les consultations particulières et les auditions publiques sur le
projet de loi n° 61, Loi édictant
la Loi sur Mobilité Infra Québec et modifiant certaines dispositions relatives
au transport collectif.
Alors, cet après-midi, nous entendrons les
organismes suivants : le Conseil du patronat du Québec, la Société de
transport de l'Outaouais, Transit, l'Alliance pour le financement des
transports collectifs au Québec, Propulsion Québec ainsi que l'Ordre des urbanistes
du Québec.
Alors donc, je souhaite la bienvenue aux
représentants du Conseil du patronat du Québec. Bonjour à vous deux. Alors,
vous disposez de 10 minutes pour votre exposé. Par la suite, nous allons
procéder à un échange avec les parlementaires. Alors, je vous invite à vous
présenter et à nous présenter aussi votre exposé. Merci.
Conseil du patronat du
Québec (CPQ)
Mme Kozhaya (Norma) : Merci, Mme la Présidente. Mme la ministre, chers membres de
la commission, bon après-midi. Donc, je me présente, Norma Kozhaya, je suis
vice-présidente à la recherche et économiste en chef au Conseil du patronat du
Québec. Et je suis accompagnée de mon collègue M. Arnaud Champalbert,
vice-président, affaires publiques et gouvernementales, au CPQ également.Donc,
je vous remercie tout d'abord de nous donner l'occasion de présenter le point
de vue du Conseil du patronat du Québec, le CPQ, concernant le projet de loi
n° 61, Loi édictant la Loi sur Mobilité Infra Québec et modifiant
certaines dispositions relatives au transport collectif.
• (15 h 20) •
Le CPQ, qui représente près de
70 000 employeurs à travers le Québec, accorde depuis longtemps une
grande importance aux investissements pour une mobilité durable, notamment dans
le transport collectif. Pour lui, la mobilité durable constitue un des piliers
du développement durable du Québec. Les enjeux entourant la mobilité sont
indissociables des enjeux environnementaux, mais aussi des enjeux de
productivité économique, de bien-être et de qualité de vie des citoyens.
Le CPQ salue les efforts du gouvernement pour
moderniser la gestion des infrastructures publiques au Québec et accélérer la
réalisation des projets, tout en réduisant des coûts. Ceci est particulièrement
essentiel dans un contexte où les besoins en projets d'infrastructure publique,
notamment en transport, sont plus importants que jamais et qu'on voit que
plusieurs projets ont de la difficulté à se réaliser.
Tout comme le projet de
loi n° 62, projet de loi visant principalement à diversifier les stratégies
d'acquisition des organismes publics et leur offrir davantage d'agilité dans la
réalisation de leurs projets d'infrastructure, le projet de loi n° 61 fait, selon nous, fait partie de ces
efforts en mettant sur pied Mobilité Infra Québec, MIQ. Celle-ci pourra
jouer un rôle clé dans la planification et la mise en oeuvre de projets de
transport complexes au Québec, dans une perspective de mobilité durable.
Le CPQ estime, comme le gouvernement, qu'il
faille modifier le cadre organisationnel actuel pour répondre aux besoins. MIQ
bénéficierait de plus d'agilité et de flexibilité et pourrait attirer et
concentrer l'expertise nécessaire, ce qui devrait être plus propice pour la
réalisation de projets de transport. Si le CPQ voit d'un bon oeil la mise sur pied
de MIQ, il estime que certains éléments devraient être considérés pour assurer
la réussite de sa mise en oeuvre et sa contribution à l'atteinte des objectifs
poursuivis.
Tout d'abord, comme d'autres parties prenantes,
le CPQ constate que la définition de «projet complexe de transport» est très
large et englobe, à toutes fins pratiques, l'ensemble des travaux de
construction, de développement et de
réfection en transport. Il serait important, selon nous, que la notion de
«projet complexe» soit davantage précisée et que soient énoncés, par
exemple, des critères sur lesquels se basera le gouvernement pour définir les
projets qu'il choisira de confier à MIQ. On peut penser, par exemple, que le
maintien d'actifs ne ferait pas partie des projets qui seraient confiés à MIQ,
à moins qu'il y ait des raisons particulières de croire que c'est la décision
optimale ou qu'une société de transport ne soit pas en mesure de le faire.
Il serait également important de clarifier les
responsabilités des différentes parties prenantes pour éviter les dédoublements
et les chevauchements. Ces éléments amèneront une plus grande prévisibilité et
permettront notamment aux entrepreneurs de se préparer efficacement, ce qui
favorisera une meilleure attractivité des projets et une concurrence saine
entre les acteurs qualifiés. Ceci permettrait également une meilleure
allocation des ressources et expertises nécessaires pour les différents types
de projets.
Un autre enjeu central est probablement la
coordination et l'arrimage qui devraient être faits entre MIQ et les autres
organismes ayant des responsabilités et des compétences dans le domaine du
transport, notamment les villes et municipalités, les sociétés de transport et
l'ARTM à Montréal. Si une vision nationale des projets est importante, la coordination et la collaboration sont essentielles
à la réussite des projets, que ce soit du point de vue de l'acceptabilité
sociale, du bon déroulement des projets ou
encore de leur cohérence avec la logique et les plans d'aménagement du territoire.
Le projet de
loi n° 61 prévoit, par ailleurs, qu'à défaut d'entente avec le ministre le
montant de la contribution financière
d'une municipalité ou d'un autre organisme à un projet complexe de transport
sera fixé par le gouvernement. Il en
est de même pour ce qui est des coûts d'exploitation des projets. Ces exigences
ne nous semblent pas particulièrement propices à une bonne collaboration
et à l'aboutissement des projets de transport avec les bons délais et les bons
coûts, tel que souhaité.
Sur un autre plan, nous avions salué, dans nos
commentaires sur le projet de loi n° 62, l'introduction d'un nouveau type de
contrat, soit le contrat de partenariat, qui offre une plus grande flexibilité
aux organismes publics. Ces nouvelles possibilités représentent une avancée
très intéressante à nos yeux. Un dialogue tôt dans le processus fait partie des
principes, d'ailleurs, prônés par l'OCDE et pourrait notamment contribuer à
mettre en évidence tout potentiel d'amélioration ou à signaler des problèmes en
amont. L'objectif de ces modes contractuels est d'aborder, donc, tout problème
ou risque de façon collaborative.
Ces modes représentent déjà, d'ailleurs, des
options dans d'autres juridictions, que ce soit dans les autres provinces au
Canada ou ailleurs au monde. À titre d'exemple, Infrastructure Ontario utilise
déjà différents modes de réalisation alternatifs de projets pour ses
infrastructures. Le CPQ estime important que le mode collaboratif puisse être utilisé par MIQ. Il estime également que les
autres organismes qui ne sont pas visés actuellement par le PL n° 62,
comme les villes, municipalités et les sociétés de transport, devraient
également pouvoir recourir à de tels modes contractuels. Ceux-ci gèrent déjà de
grands projets d'infrastructure et font face à d'importants défis financiers.
Donc, de telles possibilités pourraient leur être bénéfiques pour faire face à
ces défis et moderniser les façons de faire, être compétitifs et attractifs.
Le CPQ avait d'ailleurs également proposé, dans
ses commentaires sur le PL n° 62, d'aller plus loin, et c'est quelque
chose qu'on réitère aujourd'hui, pour prévoir un cadre pour encourager le dépôt
de propositions volontaires non sollicitées, qui sont des propositions
d'approvisionnement soumises à un organisme public en l'absence d'appel
d'offres. Cela permettra de favoriser l'innovation et d'obtenir des solutions
plus efficaces et économiques.
Au sujet du financement, qui est un peu le nerf
de la guerre aussi, et je vais parler davantage du futur, pour le CPQ, il est crucial
que les nouveaux projets qui seront pilotés par MIQ, de même que tous les
projets, par ailleurs, tiennent compte en amont des coûts d'exploitation et de
maintien. Ceci pourrait permettre notamment de ne pas empirer la situation
existante en termes de déficit à plus long terme.
Ainsi, et dans l'intérêt de meilleurs projets
pour toutes les parties prenantes et pour l'économie du Québec, il faudrait
recourir à des analyses de cycles de vie et de coûts totaux de possession,
incluant les coûts d'exploitation et de maintien. De cette façon, l'ensemble
des coûts sera pris en compte plus tôt dans le processus afin notamment
d'éviter de se retrouver en déficit. Il serait donc important que MIQ soit
tenue de réaliser et publier des analyses coûts-bénéfices
tenant compte notamment de l'ensemble du cycle de vie de l'actif en amont de
l'autorisation d'un projet.
Toujours en lien avec le financement, il
faudrait examiner de nouvelles possibilités de générer des revenus, notamment
pour les sociétés de transport. Une de ces possibilités passe par l'utilisation
de la valorisation immobilière, et, si
plusieurs possibilités existent, nous avons à l'esprit la conclusion volontaire
de partenariats entre les sociétés de transport et le secteur privé, en
d'autres mots, les possibilités d'obtenir une contribution financière
volontaire et négociée à des propriétaires immobiliers le long des trajets afin
de payer partiellement le coût des infrastructures et de
générer des revenus également récurrents. Le projet de loi n° 61 ne va pas
du tout dans cette direction. Il serait donc souhaitable que des amendements
soient prévus pour permettre de telles possibilités et même pour les
encourager. Ces possibilités permettraient en plus de favoriser le
développement immobilier...
La Présidente (Mme Schmaltz) : En 30
secondes.
Mme
Kozhaya (Norma) : ...parfait — à
proximité des infrastructures de transport collectif et contribueraient
également à répondre aux besoins en logement et aux objectifs en matière de
densification urbaine.
Donc, je vais conclure là-dessus. Je vous
remercie de votre attention.
La Présidente (Mme Schmaltz) : Parfait.
Alors, merci beaucoup pour votre exposé. Nous allons poursuivre la discussion
maintenant avec la ministre pour 16 min 30 s.
Mme Guilbault : Oui, merci beaucoup, Mme la Présidente. Rebonjour à tous
les collègues. Bon après-midi, bonjour,
madame, monsieur. Bienvenue parmi nous, au sein de notre commission. Vous êtes
le, peut-être, 22, 23e groupe, en tout cas, autour de ça, qui venez
faire des représentations devant nous. Donc, évidemment, merci de prendre le temps de le faire. Vous auriez pu seulement
transmettre le mémoire, qui est déjà... qui est déjà quand même une bonne
quantité de travail, qu'on apprécie
grandement, et, en plus, que vous preniez le temps de nous le présenter en
personne, c'est vraiment très apprécié, puis de vous prêter à cet
échange.
• (15 h 30) •
Et, je vous le disais, vous êtes autour du 22e
groupe qui venez nous entretenir dans le cadre des consultations particulières
sur Mobilité Infra Québec et vous êtes... là, en tout cas, il faudrait que je
revoie mes chiffres, là, je n'ai pas refait mon calcul, mais probablement le
18e sur 22, là, ou environ, qui appuie le projet de loi qui a été déposé, qui
appuie la volonté gouvernementale de se doter des moyens... de se donner des
moyens d'être plus efficaces dans les
livraisons des projets d'infrastructure, qui appuie, donc, la création de
Mobilité Infra Québec. Évidemment, vous avez des propositions puis des suggestions, comme tous ceux qui sont venus
avant vous, mais je comprends, et corrigez-moi si ce n'est pas le cas,
que malgré tout, au final, vous appuyez fermement la volonté du gouvernement de
se doter de cette équipe spécialisée qu'on a
appelée Mobilité Infra Québec, mais donc d'une nouvelle équipe spécialisée et
dédiée, avec une expertise en
transport collectif qui, actuellement, à notre sens, n'existe pas au sein de
l'État et donc fait en sorte qu'on
dépend beaucoup de la CDPQ Infra, qui a fait le seul grand projet de transport
collectif d'envergure dans les dernières années, outre le métro avant.
Donc, vous appuyez cette démarche-là du gouvernement de vouloir créer Mobilité
Infra Québec?
Mme Kozhaya (Norma) : Merci pour la question. Effectivement, je crois qu'on ne
peut pas ne pas constater la problématique,
le problème qui existe depuis des années, donc, tous gouvernements confondus.
Ça fait des décennies, peut-être, qu'on parle de plusieurs projets et
qu'on voit que ça n'arrive pas, ça n'aboutit pas. Donc, il faut changer nos
façons de faire, probablement.
Et, pour nous, cette agence-là, bien sûr avec
certaines bonifications, si on peut dire, certains ajustements peut-être, dans
le mandat, dans la façon de collaborer, viendrait justement répondre à ces
besoins-là. Et on peut voir d'autres exemples d'agences, par exemple, en
Ontario, en Colombie-Britannique, dans d'autres pays, qui semblent donner de
meilleurs résultats, encore une fois. Donc, l'idée, c'est d'avoir cette
agilité, cette perspective et de pouvoir effectivement concentrer l'expertise,
parce qu'encore une fois, ça fait plusieurs années qu'on s'intéresse à ces questions et qu'on constate le manque d'expertise,
au sein du MTQ particulièrement, pour différentes sortes d'horizons, donc.
Et l'expertise, elle est probablement
éparpillée. Il y a des centres de recherche, il y a des sociétés qui ont l'expertise, au Québec, globalement, mais je crois
que... la caisse de dépôt a développé aussi une expertise avec le REM,
qui va servir, on l'espère, pour la suite. Donc, il faut pouvoir développer
cette expertise au sein du gouvernement du Québec, et l'agence peut être,
effectivement, le moyen de le faire.
Mme Guilbault : Bien, tout à fait. Tout à fait, parce que ce que vous
dites, c'est ça, ça rejoint beaucoup des propos que moi, j'ai tenus, des propos
qu'on a entendus aussi d'autres intervenants. Parce que, bon, c'est sûr que les
points de vue diffèrent, autour de la table, mais le manque d'expertise et de
capacité à livrer des grands projets... Puis, tu sais, le MTQ... vous parlez du
MTQ, maintenant c'est le MTMD, mais on comprend bien qu'on parle du ministère
des Transports. Ce n'est pas grave, c'est correct, mais le ministère, c'est
tellement nouveau que ce n'est pas une
expertise qui a eu l'occasion d'être développée au sein du ministère des
Transports, de la Mobilité durable. Il y en a qui existent dans
certaines sociétés de transport. Encore là, dans les 10 sociétés de
transport, ce ne sont pas toutes les sociétés qui sont amenées à faire des
grands projets non plus. Évidemment, dépendant des villes, ce n'est pas tout le
monde qui gère le même type de transport collectif, et tout ça. Il y a la CDPQ
Infra. Il y a sans doute des expertises au sein de diverses... il y a
assurément des expertises au sein de diverses entreprises privées. Il y en a
ailleurs dans le monde. Par exemple, il y a des gens qui sont venus travailler
sur le REM, ici, qui n'étaient pas des gens qui viennent du Québec, donc.
Mais
l'éparpillement de ces ressources-là, est-ce que vous... pensez-vous que
l'éparpillement de ces ressources-là dilue notre capacité à être
efficace pour livrer plus qu'un projet en même temps? Parce que, là, on parle
beaucoup du REM, la caisse s'occupe du REM,
mais là, nous, on a le tramway qu'on est en train de... puis d'ailleurs la
caisse est dans le tramway aussi. Donc, le prochain projet qui va
avancer, de transport collectif, c'est le tramway, ici, à Québec, mais j'ai souvent parlé qu'on a des besoins dans l'est de
Montréal. Éventuellement, il pourrait y avoir des besoins... il y a déjà des
besoins, mais éventuellement, il devra y avoir des projets, probablement, sur
la Rive-Sud de Montréal. Il y a... Après vous, il y a la Société de transport
de l'Outaouais qui va venir ou, en tout cas, plus tard cet après-midi, mais, je pense, après vous... donc, probablement,
vont nous dire qu'eux aussi, ils ont envie d'avoir du transport collectif.
Donc, l'éparpillement de ces ressources-là,
est-ce que vous êtes d'accord sur le fait que ça dilue notre capacité à mener
plus d'un projet en même temps, versus une équipe centralisée, spécialisée,
dédiée, où on pourrait faire avancer plus d'un projet en même temps? Sans
parler, évidemment, de l'aspect des coûts, parce que le gouvernement se
retrouve à financer une multiplicité de bureaux de projets où il n'y a pas,
justement, de concentration, ou de chevauchements, ou de possibilité de
chevauchements où un même professionnel pourrait s'intéresser à plus d'un
projet puis faire avancer plus d'un projet, mais on multiplie les postes
budgétaires ou, en tout cas, disons, les
investissements qu'on doit faire dans plusieurs bureaux de projets, que, par
ailleurs, on ne contrôle pas parce
qu'ils sont... la responsabilité est déléguée ailleurs. Bref, on gagnerait
nettement en efficacité, en expertise concentrée et en économie de
coûts, quant à nous, avec une agence. Est-ce que vous... Est-ce que, pour vous,
ça fait du sens?
Mme Kozhaya (Norma) : Au fait, c'est ce qui est souhaité et c'est ce que le CPQ
souhaite, et on espère que ça va être l'aboutissement. Encore une fois, il y a
certaines conditions de succès, si on peut les appeler ainsi. C'est quelle
sorte de projets qui va être... par exemple, qui peut être confiés à MIQ versus
d'autres projets qu'on pense vont demeurer du ressort du ministère du MTMD et
aussi des sociétés de transport des villes. Mais effectivement, l'idée d'avoir surtout une agence qui peut être
agile plus que peut l'être un ministère... et on avait fait des commentaires
en ce sens, par exemple, sur un sujet complètement différent.
Si on pense à Transition énergétique Québec,
nous, on était de l'avis que lorsque Transition énergétique Québec était indépendante du ministère, elle avait
cette agilité, et puis les entreprises appréciaient beaucoup faire affaire avec
elle. Sous un ministère, il y a plus... certaines contraintes qui sont là, mais
effectivement, développer un noyau d'expertise pour des projets complexes va
être, on l'espère... devrait être favorable et propice à la possibilité de réaliser de plus gros projets plus rapidement à
meilleur coût. Encore une fois, et je sais que vous l'avez fait également,
donc, avec d'autres groupes aussi... la possibilité de recourir au mode
collaboratif, c'est également un ingrédient qui va aussi faciliter la tâche. Mais développer une expertise et
concentrer... avoir un bon noyau d'expertise qui va grossir, on
l'espère, avec les projets peut être propice, effectivement.
Mme Guilbault : Oui, bien, exactement. Puis vous parlez des modes
collaboratifs, puis c'est sûr que je vais vous
amener un peu sur le projet de loi n° 62. Je le fais avec
beaucoup de gens, surtout ceux qui l'évoquent par eux-mêmes, ce qui a
été votre cas, mais c'est une évidence que c'est une condition, pour nous, sine
qua non, l'existence puis l'éventuelle adoption, dont on ne présumera pas, mais
qu'on souhaite, du projet de loi n° 62 est une
condition sine qua non au fonctionnement optimal de l'agence qui découlerait du
projet de loi n° 61.
Mais tout à l'heure, vous avez dit, c'est ça,
les projets, ils n'avancent pas, ça n'aboutit pas, il faut changer les façons
de faire. Vous avez dit à peu près ça, qui est exactement le genre de discours
que je tiens d'ailleurs, là, tu sais, parce que c'est un peu ça, la réalité à
laquelle on est confrontés en ce moment, là. On veut tous du transport et du
transport collectif, mais on est confrontés à l'incapacité d'en livrer à la
hauteur des besoins, à la hauteur de l'intérêt, à la hauteur de la volonté.
Et donc on entend beaucoup de gens réclamer du
transport collectif sur toutes les tribunes, à tout vent, mais quand vient le
temps de s'attarder aux conditions qui nous permettent de le faire, j'ai
l'impression que ce n'est pas tout le monde qui est conscient de ce que vous
venez de dire vous-même, là. Il faut changer les façons de faire, il faut se
donner des nouveaux moyens, il faut faire les choses différemment de ce qu'on
faisait. Parce que, tu sais, quelqu'un disait : La folie, c'est de penser
que faire quelque chose... faire toujours la même chose va entraîner un
résultat différent. Évidemment, je ne traite personne de fou ici, là, mais c'est
parce que j'aime ce proverbe-là, en se disant :
On ne peut pas réclamer plein de choses en disant : Il faut quand même par
ailleurs maintenir le statu quo. Tu sais, pour moi, ça ne fait pas de
sens.
Donc, alors, Mobilité Infra Québec... et vous
parlez beaucoup d'agilité. Puis là je vais faire le lien avec le projet de loi n° 62 qui, pour moi, ces deux projets de loi là vont
ensemble. C'est pour ça qu'on les a déposés en même temps. On a fait l'annonce
ensemble, mon collègue et moi, parce que ça va ensemble. Le projet de loi n° 62 va s'appliquer pas seulement au projet de loi n° 61, mais à l'ensemble des ministères, donc à mon
ministère des Transports, pour les autres projets qui, eux aussi, pourront être
plus efficaces. Vous disiez en... Vous avez donné l'exemple de la Colombie-Britannique, entre autres... je ne sais pas si c'est vous, je
pense que oui, Infrastructure Ontario. Donc, il y a déjà des endroits au
Canada qui sont déjà en mode collaboratif beaucoup plus que nous, il y a des
endroits aussi ailleurs dans le monde. Donc, pour vous... Encore une fois,
excusez, c'est mes pastilles parce qu'on a tous des petits rhumes. Pour vous,
c'est une évidence que faire évoluer nos modes contractuelles avec le marché va
nous aider, va nous permettre d'avoir des gains d'efficacité sur les délais et
sur les coûts?
Mme Kozhaya (Norma) : Oui, c'est notre compréhension et c'est ce qu'on avait
aussi défendu dans nos commentaires sur le projet de loi n° 62,
parce qu'on avait eu aussi l'occasion de se prononcer là-dessus, et nos membres
aussi qui sont dans le domaine, qui procèdent déjà avec ces modes d'octroi dans
d'autres juridictions, c'est ce qu'ils nous disent.
Évidemment, pour les délais, une des raisons
pour quoi ça peut accélérer les processus et réduire les délais, c'est que,
souvent, on n'a pas besoin de refaire la même erreur, d'avancer et puis de
s'apercevoir que quelque chose ne fonctionne pas, de
reculer, ce qui prend donc doublement du temps. Alors que si, en amont, on
essaie d'identifier les façons de faire et puis d'éviter ce risque-là, déjà, ça
réduit de beaucoup les délais. Donc, ça, c'est un exemple. Il peut toujours y
avoir des contre-exemples, mais on pourra dire que, dans 80 %... je n'ai
pas de chiffre, mais, en général, les expériences... et puis même l'OCDE sur
quoi... avait un peu parlé de ces modes collaboratifs là.
• (15 h 40) •
Encore une fois,
c'est sûr que ce ne sera pas le seul, mais quand on parle de projets complexes,
c'est vraiment là où c'est recommandé. Pour d'autres projets de moins grande
envergure, les modes traditionnels vont être tout aussi bons, et même
meilleurs, mais le mode collaboratif a beaucoup d'avantages. Et je crois que
dans beaucoup de pays ça donne de bons
résultats, beaucoup de projets, donc, en Colombie-Britannique, en Ontario qui
se sont avérés pouvoir être réalisés avec des délais qui sont plus
intéressants que ce qu'on observe d'habitude, et donc aussi à moindre coût.
Mme
Guilbault : Bien, tout à fait. En tout
cas, c'est le pari ou... pas le pari, mais c'est la prétention, le postulat que
nous, nous faisons, nous étant mon collègue et moi. Vous me dites donc que vous
êtes allés sur la commission de mon collègue faire des représentations
directement au projet de loi n° 62?
Mme
Kozhaya (Norma) : Tout à fait, oui, oui...
Mme
Guilbault : Oui? OK.
Mme
Kozhaya (Norma) : ...tout à fait, on
est... oui, nous sommes intervenus, effectivement. On avait évidemment aussi
certains bémols sur d'autres aspects, sur le gré à gré et autres, et on a
avancé également qu'il faudrait être davantage ouvert à l'innovation, que ça
soit avec des propositions non sollicitées, que c'est une autre étape aussi.
Donc, même s'il n'y a pas d'appel d'offres... mais, s'il y a un problème, c'est
apporter une solution à un problème sans qu'il y ait déjà un appel d'offres, ou
même accepter des variantes d'un projet, parce que des fois il y a un appel
d'offres, mais, peut-être qu'en la regardant de près, on s'aperçoit... Donc,
tout ce volet-là, qui permet plus de
flexibilité et plus d'innovations, ce sont des éléments également qu'on a
avancés dans nos commentaires sur le PL n° 62, effectivement.
Mme
Guilbault : Parfait. Il me reste trois
minutes?
Une voix : ...
Mme
Guilbault : Trois minutes. Bon, je n'ai
plus beaucoup de temps. C'est que je voulais... parce qu'on avait... on a eu la
Fédération des chambres de commerce du Québec avant le dîner, et, un peu comme
eux, vous fédérez beaucoup de membres qui, eux, ont aussi des employés et tout
ça, donc vous avez un peu un point de vue ou, en tout cas, une représentation
exponentielle en quelque part.
Donc, quand vous
parlez avec vos membres, avec les gens qui font partie de votre organisation,
est-ce que vous sentez que, de manière générale, dans toutes les régions du
Québec, dans tout... pas seulement dans les grands centres, là, mais dans
l'entièreté, ce projet de loi là, vraiment, est bien accueilli ou, tu sais,
pour ceux qui... je ne dirais pas dénoncent, mais depuis longtemps discutent ou
se demandent comment on pourrait faire pour se donner des meilleurs moyens,
entre autres pour le transport collectif, mais même pour les infrastructures en
général? Est-ce que vous sentez que les projets de loi n° 61 et
n° 62, mais disons n° 61, en tout cas, pour le transport collectif,
qui est la commission ici, est bien accueilli chez... J'imagine que oui, si
vous... parce que vous parlez en leur nom, là. Mais donc, est-ce que vous le
sentez que, vraiment, ces gens-là trouvent que c'est une bonne chose que le
gouvernement enfin pose ces gestes-là?
Mme
Kozhaya (Norma) : En fait, ce que nos
membres souhaitent, c'est que les choses puissent avancer et puissent se
réaliser, parce que, pour les gens d'affaires, évidemment, ce qui est
important, c'est le résultat, c'est de voir les résultats concrets. Et le statu
quo, c'est clair que ce n'est pas quelque chose qui était souhaitable, parce
qu'on l'a vu, comme vous l'avez mentionné, donc, ça fait des années qu'on dit
que le statu quo n'est pas tenable, donc... et n'est pas souhaitable. Donc, c'est en ce sens qu'on a espoir que, par
exemple, une nouvelle façon de faire à travers une agence peut donner de
meilleurs résultats.
Encore une fois, il y
a sûrement des bonifications, et je crois que c'est l'objectif de la commission
de voir comment on veut bonifier pour que, justement, on obtienne les résultats
souhaités.
Mme
Guilbault : Une minute? Une minute... Bon,
vous avez un point sur le développement immobilier. Alors, simplement, on
n'aura pas vraiment le temps de faire un grand échange, mais on accueille, là,
évidemment, tout ce que vous dites, là, tu sais, générer des revenus liés au
développement immobilier, exploiter davantage le potentiel de la valorisation
immobilière, je paraphrase, là, mais donc par le biais du développement
conjoint. Je ne sais pas si vous avez suivi les auditions qu'on a faites la
semaine dernière. On a eu la STM, entre autres, la ville de Montréal qui sont
venus, puis on a... Il y a déjà des projets, là, en gestation à la STM, chez
Transgesco, avec notamment les futures stations de la ligne bleue. Donc,
simplement vous dire... Puis c'est aussi quelque chose qui est dans notre
stratégie habitation gouvernementale déposée par ma collègue de l'Habitation,
donc c'est vraiment quelque chose qu'on envisage avec grand intérêt.
Alors,
en ce sens-là, on rejoint les préoccupations du Conseil du
patronat, parce que la diversification des sources de revenus est rendue
incontournable de nos jours, parce que, je l'ai dit la semaine passée, on n'a
plus d'argent, là, mais c'est vrai pour les villes, c'est vrai pour... c'est
vrai pour plein de gens. Donc, il faut, je pense, innover puis trouver des nouveaux moyens d'aller chercher des revenus.
Je comprends que vous êtes d'accord avec ça?
Mme Kozhaya (Norma) : Tout à fait. Effectivement, la diversification des sources de revenus
est nécessaire. Toutefois, il faut rappeler que ce projet de loi ne
règle pas cette question, et on souhaite qu'il y ait probablement des
amendements pour le permettre, justement.
Mme
Guilbault : Parfait. Merci.
La Présidente (Mme
Schmaltz) : 20 secondes.
Mme
Guilbault : Bon, 20 secondes. Bien,
écoutez, ça ne sert à rien de poser une question, vous n'aurez pas le temps de répondre. Des fois, ça peut être
abrupt, la fin des interventions, ça fait que... Ça fait que je vais simplement
vous remercier. Si jamais mes collègues n'ont pas le temps de vous remercier
parce que ça va être trop abrupt, je pense que tout le monde se joint à moi
pour vous remercier, encore une fois, d'avoir pris le temps cet après-midi.
Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Schmaltz) : Parfait.
Alors, merci. Alors, je vais me tourner maintenant vers l'opposition
officielle pour 9 min 54 s.
M. Derraji : Bonjour
à vous deux. Merci d'être là. C'est toujours intéressant, recevoir le Conseil
du patronat du Québec. Première question : Vous représentez beaucoup
d'entreprises, vous avez vu le projet de loi, pensez-vous que... C'est quoi,
l'impact ou quel est l'impact pour vos membres, pour les entreprises, d'avoir
une agence pareille?
Mme
Kozhaya (Norma) : Encore une fois... Merci
pour la question. L'impact souhaité, l'impact qu'on espère, c'est d'avoir de
meilleurs projets qui vont se réaliser sans attendre des décennies et puis à
des coûts qui sont au meilleur coût. Donc, la fluidité des transports et
l'efficacité du transport et la mobilité durable, pour nous, c'est un élément
essentiel de compétitivité et de productivité.
Donc,
en ce sens-là, encore une fois, lorsqu'on parle des deux projets de loi 61
et 62, on espère que ça va amener cette possibilité-là d'avoir de
meilleurs projets qui vont se concrétiser.
M. Derraji : Merci
beaucoup. Je vais vous poser une question, encore une fois, par rapport à vos
membres. Vous avez vu, la semaine dernière, face à un enjeu majeur de mobilité
sur la Rive-Nord de Montréal, une compagnie privée a essayé de trouver une
solution en payant un service de navette pour les employés. Là, il y a des...
il y a plusieurs écoles de pensée qui trouvent ça bon, c'est une bonne chose
que les entreprises puissent payer ce genre de transport, mais ce n'est pas
toutes les entreprises qui peuvent se le permettre.
Vous vous situez où?
Est-ce que demain, face à un problème sur la Rive-Nord ou la Rive-Sud, vous
allez applaudir le gouvernement qui vous dit : Bien, écoutez, c'est une
nouvelle source de financement ou bien est-ce que c'est la mission de l'État de
s'occuper de la mobilité du transport collectif? Vous, vos membres, ils vous
disent quoi? Est-ce qu'ils sont très contents, heureux de voir le gouvernement
applaudir le fait qu'ils choisissent cette façon de payer le transport pour
leurs membres et pour les employés ou bien vous dites : Écoutez, ça n'a
aucun bon sens, les entreprises, ils ont d'autres chats à fouetter et de ne pas
perdre leur argent pour déplacer leurs employés?
Mme Kozhaya (Norma) : Vous avez mentionné quelque chose de très important, c'est que ce n'est
clairement pas toutes les entreprises
qui ont les moyens de le faire ou que c'est effectivement dans leurs
responsabilités de le faire. C'est
une responsabilité conjointe. C'est sûr que les employeurs peuvent faire partie
de la solution, mais c'est effectivement la responsabilité du
gouvernement.
Maintenant, dans
certains cas, il peut y avoir certaines initiatives. Il faut user de
créativité. Il peut y avoir certaines innovations qui peuvent être, dans un cas
particulier, pertinentes, mais ce n'est clairement pas la règle. C'est clair, je vais être aussi très transparente
avec vous, nous, mettons, des fois, on parle de nouvelles taxes sur la masse
salariale pour le transport, on ne pense pas
que ça soit la voie à suivre. C'est effectivement... Tout le monde... Parce
que, justement, les employeurs au Québec ont déjà un fardeau fiscal qui
est plus élevé qu'ailleurs. Mais des initiatives peut-être isolées, privées, avec des projets pilotes ou bien dans des
circonstances peut-être exceptionnelles, pourquoi pas?
M. Derraji : Vous
êtes d'accord avec moi...
Mme
Kozhaya (Norma) : Mais ce n'est pas la
règle.
M. Derraji : Mais vous êtes d'accord avec moi, ce n'est pas la
mission des entreprises de s'occuper de la mobilité.
Mme
Kozhaya (Norma) : Non, ce n'est pas la
mission des entreprises.C'est sûr qu'elles peuvent... Il y en a qui ont
des initiatives parce qu'elles sont situées dans une place quelconque, où l'accès
est plus difficile, où que ça fait partie d'un package — je
m'excuse pour l'anglicisme — qu'elles
offrent, mais non, ce n'est pas leur mission.
M.
Derraji : Comme on dit, l'exception ne devrait pas devenir la règle.
S'il y a un problème de financement ou de mobilité, il faut s'attaquer au
problème, non?
Mme
Kozhaya (Norma) : Tout à fait. Tout à
fait, oui, il faut s'attaquer au problème. C'est sûr qu'il faut aussi, dans
certains cas... C'est pour ça que toute la planification et toute la façon de
faire les projets, qui vont donner le plus de rentabilité sociale et
collective, pas juste économique pour chaque projet, comment on utilise les
dollars pour optimiser et pour prioriser les projets, c'est un autre enjeu
également.
• (15 h 50) •
M. Derraji : Parfait.
Tout à l'heure, vous avez mentionné TEQ, Transition énergétique Québec, que,
malheureusement, le gouvernement a aboli. C'est un organisme qui n'existe plus.
J'ai cru comprendre entre les lignes que... je ne vais pas vous faire dire des
choses, mais que c'est quand même... ça allait très bien, ça a été une agence
qui remplissait son mandat. Mais vous avez fait le lien avec MIQ, Mobilité
Infra Québec, ce qui me ramène à vous poser la question : Vous, dans un
monde idéal, est-ce que vous voulez que la mission du MIQ, de la nouvelle
agence, soit uniquement dédiée aux transports collectifs ou vous voulez qu'elle
s'occupe de d'autres projets, autoroutiers par exemple?
Mme
Kozhaya (Norma) : Au fait, je crois que
quand on parle... c'est clair que le transport collectif est très important et,
pour le CPQ, c'est... il faut investir dans le transport collectif et il faut
développer des projets de transport collectif pour toutes les raisons que j'ai
évoquées, environnementaux, socioéconomiques.
Maintenant, est-ce
qu'elle devrait... MIQ devrait s'occuper seulement du transport collectif? Je
crois que la mobilité durable, c'est quand même un tout. On ne peut pas
nécessairement dissocier le transport collectif du routier. Surtout, bon, nous,
on parle aussi de transport de marchandises, à part le transport des personnes,
donc c'est un tout. On peut penser qu'en
priorité ce serait le transport collectif, encore une fois, pour les projets
complexes, mais a priori, on ne devrait pas exclure peut-être d'autres
projets routiers.
M. Derraji : Mais
pour le... Oui, je comprends, mais pour le Conseil du patronat, il ne voit pas
de problème de dédoublement entre le ministère du Transport, qui déjà s'occupe
de pas mal de projets de routes ou autres, et, jusqu'à maintenant, je n'ai
jamais entendu qu'on a un problème de compétence pour faire les viaducs et les
routes. Probablement, je dis bien probablement, il y a un problème de
compétence ou manque de compétence ou d'attractivité par rapport à des gros
projets de mobilité. Mais, pour vous, le Conseil du patronat est d'accord que
demain, à l'intérieur de l'agence de transport, de mobilité, qu'on lance, je
dis... je parle d'un lien autoroutier, troisième lien, un tram, un REM,
l'agence, vous êtes d'accord qu'il doit... il est capable de tout faire ça? Vous
ne voyez pas de dédoublement avec la mission du ministère? Le ministère, il
continue d'exister, hein?
Mme
Kozhaya (Norma) : Ah! oui, le... oui,
effectivement. C'est pour ça que peut-être délimiter le genre de projets qui
pourraient être confiés à MIQ pourrait permettre un peu de répondre à cette
question, de ne pas dédoubler ce qui existe déjà ou qui peut être fait de façon
plus optimale avec le ministère, alors que peut-être certains projets plus
complexes pourraient être confiés à MIQ.
M. Derraji : Vous
êtes, demain... On va se projeter dans le futur. Vous êtes, demain, PDG du MIQ.
Quels projets vous allez prioriser?
Mme
Kozhaya (Norma) : Bien, il faut avoir fait
tous les... toutes les analyses bénéfice-coût, incluant le cycle de vie, les coûts
d'exploitation, les besoins, l'achalandage et, à ce moment-là, je pourrai
déterminer. C'est pour ça que la façon aussi dont va opérer MIQ, les critères
d'analyse qui vont être suivis, c'est ça qui va déterminer quel projet il faut
prioriser.
M. Derraji : Oui.
Est-ce qu'entre les lignes on doit décoder que la définition de projet
complexe, dans le projet de loi tel que prononcé jusqu'à maintenant... est-ce
qu'elle répond à vos besoins? Est-ce que vous êtes... à la lumière de la
lecture du projet de loi, vous étiez convaincus qu'aujourd'hui on a assez
d'informations sur les futurs projets complexes?
Mme
Kozhaya (Norma) : Non. Je l'ai mentionné
dans mon allocution et dans notre mémoire, la définition nous semble très
large, et il faudrait probablement la délimiter, préciser certains critères,
parce qu'en ce moment, non, elle n'est pas précise.
M. Derraji : OK.
Donc, vous voulez qu'on soit beaucoup plus précis quant à la notion de la
complexité des projets que l'agence devrait traiter?
Mme
Kozhaya (Norma) : Oui. Oui, c'est-à-dire,
du moins, délimiter quels seraient les critères. En même temps, c'est un
équilibre parce qu'il ne faut pas non plus peut-être fermer la porte à certains
projets qui pourraient s'avérer complexes, qui, a priori, ne le semblent pas.
Mais c'est clair que... parce que justement aussi, si on veut développer une
expertise dans les projets complexes et qu'il y ait d'autres projets qui
continuent de suivre leur cours, que ce soit à l'intérieur du ministère ou
d'autres organismes, les sociétés de transport, donc, il faut qu'il y ait cette
séparation-là et, effectivement, se concentrer sur des projets complexes qui
seraient à définir.
M.
Derraji : Merci beaucoup. Une autre recommandation que j'ai aimée
parce que ça concorde avec un projet de loi que j'ai moi-même déposé au nom de
ma formation politique, «permettre aux sociétés de transport de générer des
revenus liés au développement immobilier et à la valorisation immobilière par
le biais du développement conjoint». À la lumière de la lecture du projet de
loi, ce qu'il y a, c'est vendre les terrains. Vous, ce que vous dites
aujourd'hui d'une manière très claire, c'est que vous voulez que les sociétés
de transport développent, conjointement avec des promoteurs, des projets
immobiliers pour justement diversifier les sources de revenus.
La Présidente (Mme
Schmaltz) : 30 secondes.
Mme
Kozhaya (Norma) : Qu'elles puissent le
faire, effectivement. On pense qu'elles devraient avoir la possibilité de le
faire, de développer conjointement.
M. Derraji : Mais
vous avez vu... vous avez lu le projet de loi, on parle de vente de terrains.
Il n'y a pas de développement avec les partenaires.
Mme
Kozhaya (Norma) : Exact. C'est pour ça que
le projet de loi ne répond pas à ce besoin-là de pouvoir développer avec des
partenaires.
M. Derraji : Est-ce
que vous avez lu notre projet de loi que nous avons déposé ou pas?
Mme
Kozhaya (Norma) : Malheureusement, non.
M. Derraji : OK.
Bien, je vous invite à le lire, et dites-moi si ça répond aux besoins, parce
qu'on va amender le projet de loi qu'on a devant nous. Bien, merci à vous deux.
Merci pour votre passage.
La Présidente (Mme
Schmaltz) : Alors, merci. Je me tourne maintenant vers le deuxième
groupe d'opposition pour 3 min 18 s.
M.
Grandmont : Oui, merci, Mme la Présidente. Bonjour, Mme Kozhaya, très
content de vous retrouver. D'abord, je veux juste souligner le bon travail que
fait le Conseil du patronat sur l'enjeu du transport collectif depuis plusieurs
années déjà, là, notamment au sein de l'alliance Switch. Puis je dois souligner
quelques éléments, là, qui, moi, me font
bien plaisir, me font penser qu'effectivement, là, il y a un appétit très fort
du côté du patronat au Québec pour le
transport collectif, pour des raisons tout à fait évidentes. D'abord, je
souligne qu'on s'était croisé, là, au Forum national sur le financement
du transport collectif et public organisé par la FTQ récemment. Vous aviez fait
une belle prise de parole. Vous avez pris
position à plusieurs reprises, notamment pour trouver des solutions sur le
financement du transport collectif,
notamment avec la taxation kilométrique. Par le passé, vous avez fait des
appels très clairs à doubler le transport collectif au Québec, les
investissements de transport collectif pour que notamment, justement, on
rejoigne les cibles que le gouvernement se fixe lui-même à travers le
Plan pour une économie verte, atteindre un 50-50, là, dans le PQI.
Vous proposez aussi
dans votre mémoire, je dois le souligner, c'est une recommandation qu'on a vue
à quelques reprises déjà, mais que j'apprécie beaucoup, la recommandation qui
dit que «MIQ soit tenu de réaliser, de publier
les analyses coût-bénéfice tenant compte notamment de l'ensemble du cycle de
vie de l'actif». Donc, on comprend évidemment le maintien des actifs et
l'opération de ces infrastructures-là, parce qu'on ne peut pas avoir des
métros, des tramways, des SRB avec pas de chauffeur dedans pour les faire
fonctionner. Puis aussi il faut les entretenir, on le voit bien avec le métro,
des coûts importants.
Donc, pour vous, là,
fondamentalement, le rôle du gouvernement du Québec, est-ce qu'il tient
simplement juste et uniquement à la construction de nouvelles infrastructures
de transport collectif où ça va vraiment beaucoup plus loin que ça?
Mme
Kozhaya (Norma) : C'est une grosse question. Tout d'abord,
merci pour vos bons mots, c'est très gentil. Effectivement, c'était une
question large, le rôle du gouvernement du Québec, c'est effectivement de
faciliter d'atteindre les objectifs de mobilité durable qui passent, entre
autres, surtout, selon nous, par le transport collectif et par cette vision
globale et intégrée. Parce que pour justement éviter les dialogues du passé...
comme on le dit, je crois qu'il y a eu des erreurs de tous les gouvernements
passés parce qu'on n'avait pas cette vision-là. Là, on a la chance peut être
d'apprendre aussi de ce qui se fait ailleurs, de voir qu'on n'a plus le choix
de garder le statu quo et qu'il faut bouger pour atteindre nos cibles et nos
objectifs et dans l'intérêt, ultimement, de la prospérité du Québec et du
développement durable du Québec.
M.
Grandmont : Mais je comprends quand même de vos interventions que le
gouvernement ne peut pas simplement se monter un budget pour construire des
nouveaux réseaux de métro, de tramway, de bus, de SRB, puis transférer l'entièreté de la responsabilité aux
municipalités pour l'opération puis le maintien d'actif aux municipalités
et peut-être même pour des entreprises privées dont on a dit justement tantôt
que ce n'était pas la mission.
Mme
Kozhaya (Norma) : Effectivement, on a déjà demandé par le passé
à ce que le gouvernement... les gouvernements,
autant provincial que fédéral, puissent également contribuer aux coûts
d'exploitation éventuellement. Et bien sûr, avoir cette vision du projet
dans son entièreté, incluant l'exploitation et le maintien.
M. Grandmont :
Parfait. Je vous remercie, c'est très éclairant. Bonne fin de journée.
La
Présidente (Mme Schmaltz) :
Parfait. Merci. Alors, on termine maintenant avec le député des Îles-de-la-Madeleine pour
3 min 18 s.
M.
Arseneau : Merci, Mme la
Présidente. Mme Kozhaya, M. Champalbert, merci d'être là. On n'a que trois minutes. J'aimerais vous poser la question
sur le dépôt de proposition volontaire non sollicitée que vous évoquez.
Qu'est-ce que vous imaginez? De qui pourraient provenir ces projets-là et à
quel moment, dans la mécanique qui est proposée par le gouvernement, est-ce que
ça pourrait s'inscrire?
Mme Kozhaya (Norma) :
Oui, merci. Au fait, c'est quelque chose qui est complètement nouveau par rapport au cadre actuel. Donc, ça viendrait
d'entreprises, d'entrepreneurs en construction ou bien d'un groupe d'entrepreneurs
qui pourraient venir... S'il y a un problème, mettons, il y a un problème de
congestion, il y a un problème d'achalandage, une
entreprise pourrait venir proposer une solution. Donc, ce n'est pas le modèle
standard où il y a des appels d'offres et puis des réponses à des appels
d'offres. Et c'est quelque chose qui existe en Ontario, entre autres, qui a
commencé par des projets pilotes, d'ouvrir... même en ce moment, la ville de
Vancouver fait ça, mettons, au niveau municipal pour des... par exemple, pour
améliorer la qualité de vie des citoyens dans certaines... Donc, c'est vraiment...
il y a un problème et puis une entreprise vient offrir une solution à un
problème.
• (16 heures) •
M. Arseneau : ...justement... du
projet de loi où le point de départ du travail d'une agence comme Mobilité Infra Québec, c'est une décision gouvernementale
par décret de faire un projet. Et, à partir de ce moment-là, évidemment,
toutes les propositions sont exclues d'emblée, parce que le point de départ, ce
n'est pas une vision d'ensemble du transport, ce n'est pas une évaluation des
besoins d'une population, ou d'un territoire, ou des entreprises, c'est une
décision gouvernementale au départ.
Est-ce qu'il n'y a pas, justement, un vice de
conception de l'agence au départ, qui n'a pas, justement, ce mandat-là
d'évaluer ou de s'ouvrir aux besoins de... soit des citoyens, des villes, des
sociétés, des entreprises, ainsi de suite, pour ensuite faire des
recommandations au gouvernement et avoir un mandat?
Mme Kozhaya (Norma) : Je crois que ce volet-là, effectivement, de tenir compte
des besoins et de tenir compte d'un ensemble de projets qui peuvent être
proposés ailleurs, permettrait d'améliorer le mandat de MIQ et permettrait une
meilleure collaboration. C'est que, déjà, il y a un objectif. Le gouvernement
provincial a... est légitime de vouloir et doit aussi avoir cette vision
globale pour les projets, mais il faut le faire aussi en collaboration et en tenant compte de ce qui existe déjà.
Peut-être que ce qui existe déjà n'est pas optimal, mais il faut en tenir
compte.
M. Arseneau : Jusqu'à quel point
valorisez-vous une certaine indépendance ou un pouvoir d'initiative, comme ont dit d'autres témoins, ou encore une
certaine autonomie de l'agence, si on regarde, par exemple, les six dernières
années, où les projets de transport structurant au Québec... à Québec,
c'est-à-dire, dans la capitale nationale, n'ont pas évolué, justement, parce
qu'en fait on n'avait pas de leadership?
Mme Kozhaya (Norma) : Je vais laisser mon collègue répondre à cette question,
mais je vais vous dire qu'avoir l'agilité économique...
La Présidente (Mme Schmaltz) : Malheureusement,
je m'excuse, c'est tout le temps que nous avons.
M. Arseneau : Désolé.
La
Présidente (Mme Schmaltz) : Je suis désolée, mais, vous savez, on a un horaire
à respecter et des minutes aussi. Alors, merci beaucoup pour votre
contribution aux travaux de la commission.
Nous allons, de notre côté, suspendre quelques
instants pour accueillir le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 02)
(Reprise à 16 h 16)
La Présidente (Mme Schmaltz) : Parfait.
Donc, prise deux. Alors, permettez-moi, donc, de souhaiter la bienvenue aux
représentants de la Société de transport de l'Outaouais. Bonjour, messieurs.
Alors, vous disposez de 10 minutes pour votre exposé. Après, on va procéder à
l'échange avec les parlementaires. Alors, je vous invite à vous présenter et à
présenter également votre exposé. Merci.
Société de transport de
l'Outaouais (STO)
M. Blondin (Jocelyn) : Bien, merci
beaucoup. Bien, je me présente, premièrement. Je suis Jocelyn Blondin, président du conseil d'administration de la Société de transport de l'Outaouais. Je suis accompagné avec moi de M.
Patrick Leclerc, qui est directeur général de la Société de transport de
l'Outaouais, et M. Jean-François Mahé, qui est directeur du bureau de projet du
tramway pour la STO. Alors, nous sommes heureux de pouvoir parler avec vous
aujourd'hui du projet de loi n° 61. Alors, il aura un
impact important sur les sociétés de transport, s'il est adopté.
D'abord, nous sommes heureux de voir que le
gouvernement s'intéresse encore plus au développement du transport en commun. C'est un atout important pour
la mobilité dans les villes comme... spécialement comme Gatineau, chez
nous. Ce projet de loi pourrait devenir un outil supplémentaire dans le coffre
des gouvernements pour leur travail avec les sociétés de transport.
Le travail doit toutefois se faire en
partenariat avec les acteurs en place, selon nous. C'est pourquoi qu'il est
important de bien préciser le rôle du MIQ. Nous devons savoir exactement quels
genres de projets seront permis. Le projet de loi mentionne la construction ou
la reconstruction d'un immeuble utile à un système de transport ou encore le
développement ou l'amélioration d'un système de transport intelligent. Tu sais,
c'est assez vague. Pour nous, la liste des projets potentiels doit inclure les
projets opérationnels en lien avec les activités des sociétés de transport. Par
exemple, l'agrandissement ou la construction
de garages, le maintien des actifs ou le développement ou l'amélioration
du système de transport intelligent au coeur
des opérations des sociétés de transport doivent être inclus. Nous recommandons
aussi que les responsabilités de planification en mobilité dévolues par le MIQ
incluent la planification régulière des services de transport en commun. La STO
doit garder sa mission, qui est d'assurer la mobilité des personnes sur son
territoire de Gatineau.
• (16 h 20) •
Une fois que les rôles est bien défini, il faut
aussi impliquer les gens sur place. Le projet de loi parle de consulter les
différents acteurs, comme les sociétés de transport. Nous ne devons pas être
seulement consultés, mais nous devons être impliqués à toutes les étapes du
projet. Nous recommandons que MIQ soit obligé de s'asseoir à la société de transport qui effectuera...
l'exploitation, excusez, dès le début du projet. La société doit siéger aux
différents comités, dont le comité décisionnel. Cet aspect est majeur
pour les sociétés de transport. Nous devons exploiter
le projet par la suite. Des décisions prises au début pourraient avoir un
impact financier important pour nous lors de l'exploitation. La société de
transport... Les sociétés de transport, excusez, devront aussi répondre à la
population quand le projet sera sur place. Il est donc important qu'elles
soient au courant et impliquées dans les différentes étapes pour assurer d'être
imputables au projet.
Par ailleurs, la STO recommande aussi l'ajout
d'un droit de premier refus pour les sociétés de transport lorsqu'un projet est
fait sur son territoire. Le projet de loi doit préciser que l'exploitation des
projets réalisés par le MIQ devra être faite par la société de transport du
territoire, à moins que cette dernière le refuse.
Un autre élément important pour être des
partenaires dans un premier plan, c'est l'expertise locale. Par exemple, la STO
travaille avec... sur un projet de tramway et nous avons créé un bureau de
projet. Nous avons été chercher des experts à l'international pour nous
accompagner dans ce projet. Nous avons pris ces décisions pour assurer le
succès dès le début de la planification et nous souhaitons continuer à les
mettre en contribution. Nous devons aussi traiter fréquemment avec OC Transpo
pour arrimer nos projets de transport en commun. Pour ceux qui ne connaissent
pas OC Transpo, c'est notre voisin de transport en commun du côté d'Ottawa
qui... qu'on travaille continuellement avec eux. C'est un aspect à tenir en
compte lors du développement du réseau.
Le projet de loi donne beaucoup de projets à MIQ
dans l'aménagement du territoire. Les villes pourraient se faire imposer des
choix sans avoir leur mot à dire. La STO travaille déjà en collaboration avec
la ville de Gatineau pour un développement harmonieux et nous voulons continuer
d'être partenaire privilégié dans la mobilité.
Le projet de
loi que nous... que vous présentez s'apprête aussi à changer de façon
importante... de financement des sociétés de transport. Vous mentionnez
que le ministre ou la ministre doit convenir avec les organismes visés, dont
les sociétés de transport en commun, en... montant de leur contribution
financière. C'est une façon de revoir les règles de financement des projets.
Présentement, les gouvernements financent à
100 % les projets d'immobilisation. Les projets gérés par le MIQ devront
avoir une contribution. Les sociétés et les villes devront donc débourser en
infrastructures en plus de contribuer à
assurer à 100 % les coûts d'exploitation. Alors, nous recommandons que le
financement en immobilisation continue
d'être assuré à 100 % par les gouvernements. Le projet de loi prévoit
aussi que le gouvernement peut décider de la contribution. Si le principe d'une
contribution reste dans le projet de loi final, nous recommandons qu'elle soit
négociée entre les différents partenaires.
Parlant de
financement, le projet de loi se veut une bonne occasion de donner des outils
financiers supplémentaires aux sociétés de transport. Alors, nous
recommandons que le gouvernement modifie la loi sur les sociétés de transport pour valoriser nos sites de transport collectif.
Nous voulons avoir la possibilité de nous unir à d'autres personnes pour effectuer
des travaux de construction en infrastructures de transport collectif ou pour
le développement immobilier adjacent ou intégré à une infrastructure. Nous
avons plusieurs terrains, comme les Parc-O-Bus, qui pourraient être développés
en partie avec une grande valeur ajoutée en raison de la présence de notre
réseau. Nous voulons aussi que soient reconnues les activités de gestion du
développement immobilier comme activité connexe. Nous sommes assis sur des
mines d'or et nous ne pouvons pas en profiter. C'est un moyen de diversifier
nos revenus tout en poursuivant notre mission.
En plus, le projet de loi prévoit que le MIQ
pourrait vendre un immeuble qu'elle ne prévoit pas utiliser ou encore aménager
un immeuble qu'un tiers pourrait construire, le tout avec l'autorisation du
gouvernement et avec des conditions. La loi
permet déjà aux sociétés de transport de faire des ventes d'immeubles. L'ajout
d'une autorisation vient simplement alourdir le processus, pourrait...
et ça pourrait causer des délais additionnels. Nous recommandons le retrait de
cette proposition et de l'obligation d'obtenir l'autorisation.
Le
projet de loi mentionne aussi que l'argent obtenu doit profiter au financement
du projet d'infrastructure pour lequel
l'immeuble a été acquis. Nous recommandons de modifier cet article pour y
inclure l'entretien, l'exploitation et l'offre de services comme dépenses
admissibles. La décision et la répartition pourraient se prendre entre le MIQ
et l'exploitant du projet.
En terminant, le
projet de loi ne touche... touche plusieurs aspects. Toutefois, nous avons vu
qu'il n'y a pas d'identification en lien
avec l'accessibilité universelle. C'est un principe qui est au coeur même de la
mobilité chez nous, à la STO. Nous recommandons que le gouvernement et
les structures du MIQ prévoient une expertise spécifique en matière
d'accessibilité universelle. Il faut aussi que l'on organise toutes les...
qu'on organise toutes les ressources nécessaires à sa disposition...
La Présidente (Mme
Schmaltz) : En terminant.
M. Blondin
(Jocelyn) : ...pour répondre aux besoins.
En terminant, je vous
remercie beaucoup, et, avec mes collègues, on va se partager les réponses
que... à vos questions. Merci.
La Présidente (Mme Schmaltz) : Parfait.
Alors, merci beaucoup. Vous avez tout compris. Alors, on va débuter
l'échange avec la ministre pour 16 min 30 s.
Mme
Guilbault : Oui. Merci beaucoup, Mme la
Présidente. Merci, messieurs. M. Blondin, M. Leclerc, M. Mahé,
toujours un plaisir. On s'est parlé souvent, dans toutes sortes de contextes,
et aujourd'hui pour notre projet de loi.
Merci beaucoup de prendre le temps d'être avec nous cet après-midi, important
de le dire, de... Tout le monde est bien occupé, et vous prenez ce
temps, en plus avec les petits ennuis techniques. Donc, vraiment, un grand
merci de prendre ce temps-là avec mes collègues et moi cet après-midi.
Je note... et là vous
aurez l'occasion de me corriger, mais j'aime bien m'assurer avec chacun des
groupes... vous êtes le 23e, je pense... non, je pense, vous êtes le 24e.
Enfin, je pense, vous êtes le 24e qui venez et... parce que je fais le décompte
dans ma tête, parce que je pense que c'est important, au-delà des nuances puis
peut-être des différentes recommandations qui sont faites, des propositions,
des discussions... puis c'est normal, un projet de loi, c'est toujours
perfectible, mais, quand on fait des consultations, ce n'est pas juste pour le
plaisir de passer le temps. C'est parce que les gens viennent nous partager des
points de vue avisés de par leurs missions, qui peut être diverses, mais, dans
le cas qui nous occupe, qui, de près ou de loin, ont rapport avec la mobilité
puis le transport, et je trouve intéressant de faire le décompte au fil des
divers groupes qui ont pris du temps pour venir nous parler, l'abondance de
groupes, encore une fois, d'horizons divers, là, avec tous en commun un intérêt
pour la mobilité, mais d'horizons divers, qui appuient le projet de loi n° 61, qui appuient la volonté du gouvernement de se doter
d'une expertise supplémentaire à l'échelle nationale de planifier, de livrer
des projets de transport collectif complexes.
Donc, est-ce que j'ai
compris, dans votre introduction, que vous appuyez le projet de loi n° 61? Et là je ne vous amènerai pas sur le 62, peut-être
qu'on en parlera plus tard, si on a du temps, là, puis je ne sais pas à quel
point vous vous êtes penchés sur le 62. Mais donc vous appuyez la volonté du
gouvernement de se doter d'une expertise nouvelle en matière de transport
collectif au Québec. Est-ce que j'ai bien compris? En fait, point
d'interrogation. Je ne veux pas vous mettre les mots dans la bouche, c'est une
question.
M. Blondin
(Jocelyn) : Bien, écoutez, on n'est pas contre le projet. Il y a
des... plusieurs interrogations qu'on se pose, il y a des précisions qu'on
aimerait avoir dans ce projet de loi au niveau des pouvoirs du MIQ. Mais, un
peu comme on disait tantôt, nous, je pourrais vous dire, c'est un peu
particulier, parce que nous... vous le savez, le projet de tramway, chez nous,
est très avancé. On a un bureau de projet qui est idéal, si je peux me
permettre, qui fonctionne très bien. On a des professionnels en place. Alors,
pour nous, le MIQ, qu'est-ce qu'il pourrait apporter de plus chez nous, c'est vague. C'est vague puis, dans certains... certains
points où est-ce qu'il y aurait des décisions prises par le MIQ, alors que nous, comme je disais
tantôt, on est impliqués, au niveau de la ville de Gatineau, sur le
développement du territoire et aussi on travaille très bien avec la
ville de Gatineau, est-ce que ça pourrait venir nuire? C'est un peu nos
inquiétudes.
Je ne sais pas si mes
collègues, M. Leclerc, vous vouliez en rajouter, mais c'est... on n'est pas
contre, mais on a des inquiétudes. M. Leclerc? Non, c'est beau?
• (16 h 30) •
Mme Guilbault : Oui...
M. Leclerc
(Patrick) : Oui, bien, je...
Mme Guilbault :
Ah! OK. Oui, oui, allez-y.
M. Leclerc (Patrick) : Je
peux juste... en complément, oui. Merci, M. le président. Mme la ministre,
effectivement, en fait, nous, ce qu'on voit, c'est que c'est un outil
supplémentaire, hein? Des grands projets complexes comme ça, il n'y en a pas
des tonnes, déjà, en Amérique du Nord. Nous, vous le voyez, avec M. Mahé,
on a recruté en Europe pour notre directeur de bureau de projet. Donc, on
recrute partout au Canada puis partout dans le monde pour aller chercher
l'expertise. Donc, on l'a bâtie, l'expertise, on y travaille, depuis 2017, à
bâtir ce bureau de projet là. Donc, c'est très complexe.
Il peut y avoir des situations
où une agence comme Mobilité Infra Québec est requise, certainement, que ce
soit pour accélérer... On apprécie très certainement la volonté du gouvernement
d'accélérer, hein, la réalisation des projets.
Ça peut se faire par P 61, également PL 62, comme vous avez
mentionné. Donc, on appuie cette orientation-là. Maintenant, c'est comment on le définit, comment on cadre le mandat de
MIQ pour s'assurer que la mission sera vraiment concentrée sur les grands projets plutôt qu'une panoplie de projets,
comme ça pourrait être le cas, donc, vraiment un focus sur les grands
projets de transport collectif structurants.
Et l'autre
élément, c'est comment on inclut également là-dedans les décideurs comme les
sociétés de transport et les villes
aussi à participer dans le processus d'élaboration, y compris le processus
décisionnel, également, qui va de la planification des projets à la
réalisation, à la mise en opération.
Mme Guilbault : Oui, tout à fait. Puis, à cet égard-là, sur la
collaboration, ça a été soulevé par d'autres... par des municipalités. On a
d'autres... On a d'autres sociétés de transport qui sont venues, on a des
municipalités aussi qui sont venues, et puis là vous l'amenez, ça fait que je
vais peut-être faire la parenthèse tout de suite. Puis ça a été mentionné, là, je pense, M. Blondin en a
parlé dans sa présentation, un souci sur le fait que les villes pourraient se
faire imposer des choses. Pour moi,
ça va de pair, là, donc, la nécessité de collaboration puis éviter, évidemment,
d'imposer des choses aux villes.
Puis je ne sais pas si vous avez suivi les
consultations, depuis la semaine dernière. C'est notre dernier jour
aujourd'hui, mais on en a eu quatre autres, avant... trois, en tout cas,
plusieurs autres avant. Vous êtes les 25e, comme
je l'ai dit tantôt... non, 24e. Et donc ça a été... ça a été soulevé à quelques
reprises. Et, comme je le disais souvent... Puis là vous le savez que
l'argent est rare. Parce que, dans d'autres circonstances, on se parle souvent
sur la fameuse question du financement du
transport collectif, et l'argent étant tellement rare, pour nous, il n'y a
aucun sens de penser qu'on imposerait un projet à une municipalité parce
que...
Bien là, chez
vous, tu sais, il y a déjà un projet en gestation. Mais, tu sais, si on pensait
à d'autres municipalités, les unions municipales qui nous disaient ça,
on n'a tellement pas d'argent, je veux dire, avant d'en... avant d'imposer de
l'argent puis un projet à une ville, je pense qu'on va commencer par faire ceux
qui en veulent, puis déjà, ça, c'est...
déjà, on a des défis de financement, là. Donc, c'est sûr que ce n'est pas dans
notre idée d'imposer des projets, mais pour nous, aussi, c'est
incontournable, la collaboration, de s'entendre avec les municipalités, avec
les sociétés de transport, avec, si on parle de CMM, l'ARTM, le Réseau de
transport métropolitain, Exo.
Puis donc
l'article 4 et... C'est-tu 31, l'autre? 29? Enfin, l'article, pardon,
74... Excusez, je me mêle. L'article 4, c'est la mission... parce
qu'on parle de beaucoup de choses. L'article 74 qui est ici, bon, c'est
ça, je l'avais déjà, vous voyez, elle me l'avait déjà ouvert à la bonne place,
l'article 74, où on parle, là... donc : «Dans le cadre d'une
responsabilité confiée à Mobilité Infra Québec relativement à un projet
complexe de transport collectif — ta, ta, ta — le ministre doit
convenir avec les municipalités locales, les sociétés de transport, le Réseau
de transport métropolitain ou l'ARTM, lorsqu'ils sont visés par le projet, du
montant d'une contribution financière. À défaut d'entente...» Bon, ça,
j'imagine, «à défaut d'entente», vous n'aimez pas ce bout-là.
Mais le principe de dire puis aussi de convenir
de l'éventuelle responsabilité relative à l'exploitation, je ne sais pas si
c'est un souci aussi que vous avez. Donc, pour nous, c'est sûr que les... quand
il y a une société de transport quelque part, éventuellement, ce sera
l'exploitant tout désigné. Mais pour nous, là, il y a par écrit la volonté de
convenir, par entente avec les partenaires, à la fois du montage financier de
l'éventuelle exploitation puis, par extension, un peu, de la collaboration dans
le projet. Parce que, comme je disais, de toute façon, on ne va pas... on ne va pas imposer un projet à une ville. Alors,
qu'est-ce que vous pensez, vous, de cet article-là? Ou, en tout cas, si vous
avez d'autres articles à l'esprit ou d'autres commentaires à l'esprit sur cette
question-là...
M. Blondin
(Jocelyn) : Bien, c'est surtout la partie de la mise en place
du projet, là, au niveau du financement. Comme vous dites, là, c'est là
que c'est un peu vague, au niveau d'est-ce que... Parce que, là, vous le savez,
vous connaissez bien le projet de tramway ici, à Gatineau, on a déjà un gros
appui au niveau du conseil municipal de la ville de Gatineau, on est au
courant... Puis là, vous savez, je porte deux chapeaux, là, président de la
STO, conseiller municipal aussi. Mais on est déjà au courant que la société de
transport va assumer les coûts d'opération du projet de tramway, et la ville
est au courant de ça et appuie le projet. Il reste que notre inquiétude,
c'est... Présentement, c'est financé à
100 %, les... ces infrastructures comme ça, comme on le fait, là, au
niveau du Rapibus chez nous. Alors, c'est plus au niveau de
l'implantation du système.
Est-ce que,
là, les villes vont devoir contribuer? Est-ce que la société de transport va...
C'est plus sur ce côté-là, là, qu'on... que c'était vague, là. Je ne
sais pas si M. Leclerc... Je pense que j'exprime...
M. Leclerc
(Patrick) : Oui. Bien, il y a, au niveau du financement, comme
vous le mentionnez, M. Blondin... Au niveau du financement, nous,
le modèle qui prévaut en ce moment, où l'immobilisation est assumée à
100 % par le gouvernement du Québec et le gouvernement fédéral, selon les
programmes... Donc, ça, on pense que c'est une bonne approche puisqu'on
assumera, par la suite, les coûts d'exploitation et d'entretien durant la durée
de vie, selon le modèle qui est préconisé. Donc, c'est certain qu'il y a des
éléments, là, au niveau de la négociation, et si... Bon, est-ce que MIQ est une
façon de venir changer les paramètres des programmes qui sont déjà existants ou
il y aura d'autres programmes qui viennent se joindre à ça, c'est une
interrogation qu'on a.
Sur le point que vous soulevez, Mme la ministre,
sur imposer des projets, notre crainte, elle n'est pas tant au niveau d'imposer
des projets aux collectivités. Donc, une fois que le projet est élaboré puis
qu'il est décidé de façon commune que, par exemple, la ville de Gatineau veut
se doter d'un système de transport structurant, c'est plus les éléments au sein même du projet qui ont un impact sur le
territoire et l'aménagement du territoire. Donc, chacune des décisions qui
seront prises au sein du projet, selon les instances qui sont mises en place,
les instances décisionnelles, peut avoir un impact sur, par exemple, le schéma
d'aménagement, ensuite de ça aura des impacts sur les coûts d'exploitation pour
mettre en oeuvre, là, ce projet... une fois que le projet sera mis en oeuvre.
Donc, ce qu'on recommande... Le projet de loi
prévoit déjà que les... par exemple, les sociétés de transport, les villes et
les autres organismes doivent être consultés. Mais on dit : On doit aller
plus loin que la consultation, on doit être vraiment impliqués et partie
prenante dans tout le processus d'élaboration, mais également le processus
décisionnel, pour s'assurer qu'à chaque prise de décision on soit conséquent,
par la suite, dans la mise en oeuvre du projet et que la ville puisse aussi
s'approprier, tout au long du projet, les différents éléments qui mèneront à
l'aménagement du territoire et les... par exemple, le schéma d'aménagement, et
autres.
Mme Guilbault : Oui, bien, tout à fait, puis on a une vision commune
là-dessus. Parce que c'est sûr que l'idée, ce n'est pas de venir se substituer
à une municipalité ou à une société de transport, mais bien de... vraiment de
concentrer l'expertise qu'on est capables d'avoir comme nation. Puis là,
évidemment, je dépasse le territoire de Gatineau qui, vous, est... Tu sais,
vous êtes en Outaouais, là, donc c'est ça que vous avez à l'esprit puis c'est
tout à fait normal. Mais il y a quand même des grosses lacunes dans notre
capacité à planifier puis à réaliser des projets de transport collectif, au
Québec, puis il y a des gros défis de financement.
Puis je reviens au financement parce que vous
avez amené le point. Je faisais référence tout à l'heure à nos discussions
qu'on a beaucoup sur le financement du transport collectif, mais plus dans le
sens de... des montants de soutien supplémentaires qu'on donne chaque année,
depuis la pandémie, puis, bon, l'entente à laquelle on veut en arriver. Mais,
sur les immobilisations... Puis là on fait mention d'une contribution des
municipalités, éventuellement, au projet, parce que vous dites : Les
programmes, actuellement, le gouvernement finance 100 %, mais, dans les
faits, c'est que c'est très variable. Par exemple, dans la ligne bleue, il y a
une contribution. Dans le tramway, bien là, on est en train de revoir tout ça,
mais, à l'origine du projet du tramway de Québec, il y avait 10 % qui
venait de la ville de Québec. Et là on pourrait... tu sais, dans le SRB Pie-IX,
on pourrait... on pourrait en détailler certains. Donc, c'est très variable,
les contributions des municipalités.
• (16 h 40) •
Et, pour nous, dans le contexte, justement, de
la rareté des revenus et tout ça, et comme les municipalités sont les premières
desservies par l'éventuel projet en question, est-ce que vous considérez que
c'est raisonnable et sensé d'avoir une participation financière, évidemment, à
la hauteur des moyens de chacun?
Puis là je ne
peux pas m'empêcher... Puis vous, en plus, vous êtes à Gatineau, collés sur
Ottawa. La participation du fédéral étant toujours un... variable et
incertaine, et là on ne sait pas, s'il y a des élections, que va-t-il advenir
des programmes. Actuellement, il n'y a même plus de programme de financement de
transport collectif. C'est toujours bon de le rappeler. Il n'y en aura pas
d'autre avant 2026, et on ne sait pas ce qu'il va advenir aux élections.
Donc, on ne sait même pas à quoi s'attendre, en termes de contribution du
fédéral, dans les projets.
Heureusement, on a sécurisé, du moins on
l'espère, les sommes, pour notre étude, dans la portion québécoise. Je ne...
même pas exactement ce qui arrive dans la portion en Ontario. Mais tout ça pour
dire que... des gros, gros, gros défis de
financement. Alors, est-ce que, pour vous, d'une part, il serait souhaitable
que le fédéral renouvelle ses
engagements financiers et aussi que les municipalités participent
financièrement à la hauteur... encore une fois, là, proportionnellement,
à la hauteur des moyens de chacun, participent financièrement aux projets qui
vont desservir leurs territoires?
M. Blondin (Jocelyn) : Oui, je
pense qu'il est important, comme vous le dites, que le fédéral se repositionne
rapidement sur les appuis financiers au niveau du transport collectif, là. Ça,
c'est primordial, on souhaite que le gouvernement fédéral bouge rapidement de
ce côté-là.
Pour le côté municipal, je crois que c'est
important qu'il y ait des négociations, là, ce soit vraiment sous forme de
négociations. Quelle hauteur? Parce qu'on sait que déjà, présentement, je
pense, c'est partout pour les autres
municipalités, mais, pour Gatineau, on investit beaucoup dans les déficits, là,
au niveau des sociétés de transport. On le sait, bon, une société de
transport, ce n'est jamais rentable, c'est un service à la population qui est
nécessaire. Et puis on a une bonne
collaboration présentement, nous, avec la ville de Gatineau pour venir aider au
déficit de la société de transport.
Alors, c'est
pour ça que c'est important qu'il y ait une négociation, vraiment une
négociation avant l'avant-projet au niveau de... s'il y a un impact au
niveau du montant à mettre par la municipalité, le montant qui devrait être impliqué, là, au niveau du budget de la ville de
Gatineau. Parce que, déjà, dans le budget, comme je vous dis, c'est déjà prévu, une contribution, ça fait partie du budget,
là, de contribution, à la STO. Alors, je ne sais pas... M. Leclerc, c'est
beau?
Mme Guilbault : Oui, OK. Bien, des fois... parce qu'il est très souriant,
des fois, on ne sait pas s'il va parler ou non. Mais, M. Leclerc,
voulez-vous parler?
M. Leclerc (Patrick) : Oui, je suis
d'accord. Puis oui, je suis très souriant, effectivement.
Mme Guilbault : Bien oui. Non, mais on est tous de très bonne humeur. Moi
aussi, je suis souriante comme vous. Il ne
me reste pas beaucoup de temps, ça fait qu'un dernier petit point, je veux
l'aborder, parce que vous en avez parlé, puis, pour nous aussi, c'est
important : les possibilités financières qui découleraient de tout le
potentiel de valorisation
des actifs dans le transport collectif, dans les futurs projets, ou même des
actifs actuels. Je ne sais pas si c'est votre cas, vous... On a annoncé
le Rapibus, c'était, je pense, le 25 août l'année dernière.
M. Blondin (Jocelyn) : Cette
année.
Mme Guilbault : En 2023...
M. Blondin (Jocelyn) : Non,
non, l'année dernière, excusez, oui, oui.
Mme Guilbault : 2023, je pense. Bien, en tout cas, ce n'est peut-être pas
le 25 août, mais autour de ça. Et donc,
ça, c'est un très, très beau projet. Alors, on développe déjà le transport
collectif. Mais bref, donc, à même... que ce soit même les actifs
actuels ou les futurs actifs, simplement, vous transmettre la grande
préoccupation et la grande volonté qu'on a
de vous aider à maximiser les potentiels de retombées financières de ces
projets-là et de ces actifs-là. Et en vous remerciant à nouveau,
messieurs.
La
Présidente (Mme Schmaltz) :
Parfait. Alors, merci, messieurs.
Je vais me tourner maintenant vers l'opposition officielle pour
9 min 54 s.
M. Derraji : Bonjour à vous
trois. Et je reconnais M. Blondin, avec toute son énergie, que j'ai eu
l'immense plaisir de rencontrer, il y a quelques semaines, dans les magnifiques
locaux de la Société de transport de l'Outaouais. Donc, très heureux de vous
rencontrer. Je tiens à vous dire et à vous saluer pour vos efforts pendant la
pandémie. Vous m'avez tout expliqué ce que vous avez fait au niveau de la
gestion de votre budget et vous êtes tout fier de ce que vous avez accompli.
Donc, à mon tour de vous remercier et remercier les personnes qui vous
accompagnent.
J'aime beaucoup quand la ministre fait le
décompte des groupes. Je la trouve extrêmement... je trouve ça extrêmement
intelligent et pertinent. Mais je vais utiliser, parce que je lui donne le
crédit... mais je vais utiliser la même
rhétorique. Je trouve intéressant de faire le décompte des groupes qui nous
disent que vous appuyez son agence, mais, en parallèle, il y a beaucoup de
groupes qui se posent des questions sur la mission de l'agence. C'est pour cela
que je vous interpelle, les trois. J'ai en face de moi le président du conseil
d'administration, le directeur général et le directeur du bureau de projet
TramGO. Vous avez choisi les meilleures personnes aujourd'hui.
Je vais vous poser une question directe, pas de
philosophie. Demain, l'agence est lancée, est-ce que vous êtes pour ou non que
le bureau de projet de TramGO soit incorporé à l'agence de transport Mobilité
Infra?
M. Blondin (Jocelyn) : Bien,
moi, je vais être direct, moi, c'est non. On a un beau trajet qui fonctionne
bien, et je ne veux pas perdre l'expertise qu'on a présentement et les
connaissances de ces gens-là.
M. Derraji : OK. Donc, quand on
vous dit qu'on manque de compétences et on doit tout centraliser dans une
agence parce qu'on ne sait pas faire, parce qu'on n'a pas fait de gros
projets... Moi, je vous ai utilisés comme exemple tout au long de cette
commission, je tiens à vous le dire, parce que vous m'avez parlé de votre
bureau de projet, et que vous étiez capables d'aller chercher des compétences à
l'extérieur, et que ça va très bien, et qu'avec le gouvernement ça avance. Les
problèmes, c'est de l'autre côté, avec Ottawa, pour faire avancer les choses,
vous attendez une réponse du fédéral. Donc, quand on vous dit, aujourd'hui :
L'agence MIQ veut récupérer les bureaux de projets, pour vous, ça ne fait aucun
sens que, pour la région, c'est un gain, avoir l'agence aujourd'hui?
M. Blondin (Jocelyn) : Pour
chez nous, ce n'est pas un besoin. Peut-être dans d'autres secteurs du Québec,
mais pas chez nous, ce n'est vraiment pas un besoin. Ça fonctionne bien.
M. Derraji : Donc, je vous
repose la question. Pourquoi vous appuyez le MIQ aujourd'hui, la création de l'agence, si, je termine... si vous faites...
Est-ce que vous avez besoin vraiment de l'agence pour faire rouler vos projets
ou bien, la question qui se pose, vous avez plus besoin de financement et
d'argent pour faire avancer vos projets?
M. Blondin (Jocelyn) : Écoutez,
pour nous, le MIQ est peut-être plus utile dans d'autres secteurs où est-ce
qu'ils ne sont pas aussi avancés que nous. Alors, c'est peut-être un outil
excellent pour les différents secteurs qui sont
en réflexion d'un projet de tramway ou de transport en commun. Mais, pour
nous... Pour moi, je ne vois pas aucune utilité. Puis là,
MM. Leclerc ou Mahé, je ne sais pas...
M. Derraji : Mais,
M. Blondin, je vais reposer ma question. Parce qu'on va commencer l'étude
détaillée dans quelques semaines, et moi, je veux m'assurer que la voix des
gens de l'Outaouais serait représentée ici, autour de la table. Parce que le
gouvernement est majoritaire, on risque d'aller de l'avant, et moi, je veux
juste m'assurer aujourd'hui de bien faire les choses. Vous dites,
aujourd'hui : La mission du MIQ devrait être autre chose. Mais vous n'avez pas dit c'est quoi, autre chose. Est-ce que
demain, si le MIQ juge nécessaire et urgent le tramway dans votre région
et l'incorpore dans l'agence, est-ce que vous allez collaborer?
M. Blondin (Jocelyn) : Bien,
écoutez, moi, je pense que le MIQ devrait être un outil pour ceux et celles qui
en ont besoin et non pas de... pas s'imposer.
M. Derraji :
Donc, entre autres, votre région n'a pas besoin du MIQ?
M. Blondin
(Jocelyn) : Non.
M. Derraji :
OK. C'est clair, là. C'est bien clair.
M. Blondin
(Jocelyn) : Bien, à moins que je me trompe. Mon DG peut...
M. Derraji : Bien non, non. Bien,
écoutez, M. Blondin, je vous connais très bien, vous êtes un homme très
franc. Vous êtes très franc, vous dites... vous le dites très bien. Vous
le dites très bien.
M. Blondin
(Jocelyn) : Oui, oui, je suis comme ça.
M. Derraji :
Maintenant, on va parler des autres régions. Donc, pour la région de
l'Outaouais, c'est très clair, aujourd'hui, vous n'avez pas besoin du MIQ. Mais
là on parle des transports, on parle de mobilité. De quoi avez-vous besoin?
M. Blondin
(Jocelyn) : Bien, on a besoin de confirmation. On a eu déjà une
confirmation de financement, bien, alors on a besoin d'une assurance que les
projets comme le projet de tramway vont continuer à être financés à 100 %
par le gouvernement. Et par la suite, bien entendu, on le sait, c'est supporté
par les sociétés de transport et les municipalités. Ça, on n'a aucun problème
avec ça, mais on a besoin d'une confirmation.
M. Derraji :
Oui. Vous avez dit, tout à l'heure, vous voulez qu'on vous accompagne dans
le maintien d'actif, agrandissement de garages. Et je sais, lors de ma visite,
on s'est parlé de l'électrification du transport, on a aussi parlé de mon projet de loi sur la captation foncière, que...
donner plus de revenus aux sociétés de transport. Est-ce que, dans le projet
de loi actuel, c'est quelque chose que vous aimeriez avoir?
M. Blondin
(Jocelyn) : Oui. Puis je vais peut-être laisser M. Leclerc, dans
ce côté-là, parce qu'on a des problématiques
au niveau d'un garage qui est vieillissant, là, ce que vous avez... vous nous
avez raconté. Mais peut-être, M. Leclerc... Je vais laisser cette
partie-là à M. Leclerc. Allez-y.
M. Leclerc
(Patrick) : Oui. Au niveau de la valorisation des actifs,
effectivement, nous, à la Société de transport
de l'Outaouais, on a, par exemple,
16 Parc-O-Bus, on a plus de 2 300 places de stationnement, et
c'est des actifs, en fait, qui sont plutôt passifs, hein, qui nous
coûtent des revenus.
Donc, ce qu'on
voudrait pouvoir faire, comme vous l'avez entendu de l'autre société de
transport... Évidemment, on n'est pas aussi grands que la Société de transport
de Montréal, mais on a des actifs qu'on pourrait valoriser et générer,
également, là, en partenariat des revenus autonomes pour venir aider à bonifier
le service. Donc, c'est effectivement, là,
un des éléments que nous, on voudrait voir, puis ça fait partie de nos
recommandations également.
• (16 h 50) •
M. Derraji : Oui, c'est très clair.
Vous avez vu le projet de loi, on parle de la vente de terrains ou d'immeubles.
L'ATUQ, l'association qui est... une association qui est venue la semaine
dernière, elle poussait pas mal au niveau de l'exploitation avec des compagnies
pour créer de la valorisation pour faire du logement. Donc, vous, l'article tel
que mentionné... Là, je parle de l'Association du transport urbain du Québec.
Il y a pas mal de sociétés de transport qui nous ont dit clairement :
Écoutez, nous, on est pour la valorisation immobilière des sites de transport
collectif et on n'est pas là pour vendre des terrains à des tiers, là. Parce
que, tel libellé dans le projet de loi, c'est uniquement vous permettre la
vente des terrains. Donc, vous, ce que vous voulez comme société de transport,
à l'image de l'ensemble des sociétés de transport, c'est pour faire plus de la
valorisation immobilière.
M. Blondin
(Jocelyn) : Oui, entre autres, c'est ça. Puis si on peut donner un
exemple qu'on a, on le sait, on a des Parc-O-Bus un peu partout sur le
territoire, qui sont des grands îlots de chaleur, malheureusement. Alors, on pourrait... si on pourrait... on pourrait
s'associer avec des promoteurs immobiliers, construire un bâtiment de logements, là, on est en pénurie de logements ici, dans l'Outaouais,
et garder du stationnement incitatif souterrain qui ferait en sorte que
ce serait un revenu pour les sociétés transport aussi, mais aussi que les gens
qui demeurent dans ces édifices-là, c'est des utilisateurs du transport en
commun. Et on vient d'éliminer les îlots de chaleur aussi par la même occasion.
M. Derraji :
C'est très bien, et je peux vous assurer qu'on va amender le projet de loi.
J'espère que l'article, tel qu'il est libellé... j'espère que la partie
gouvernementale va accepter l'amendement, parce que je ne pense pas qu'on fait
avancer ou on vous donne des leviers pour faire... avoir du financement
récurrent.
Je
vais revenir à ma première question, parce que, vous, vous avez dit au début,
en répondant à Mme la ministre, que,
oui, vous appuyez, vous ne voyez pas de problème avec MIQ, mais au même temps,
vous dites que vous n'en avez pas besoin du MIQ. Juste clarifier où je
peux me situer, parce que, comme on entame l'étude détaillée la semaine
prochaine, je veux juste qu'on soit clairs pour que les besoins de la région
seraient bien représentés.
M. Blondin (Jocelyn) : Bien,
comme... Je vais répéter ce que j'ai dit tantôt. Le MIQ, il peut... peut-être
utile pour certains secteurs, mais pas pour chez nous. Alors, je ne peux pas
bloquer d'autres secteurs qui auraient peut-être besoin
du MIQ. Comme je l'ai dit, ça peut être possiblement un outil, pour différents
secteurs, mais nous, avec l'expertise qu'on a chez nous, on est bien couverts,
on est bien servis.
M. Derraji : OK. Donc, vous
dites «bien couverts». Quand vous dites «les autres secteurs», vous parlez des
autres villes, pour les autres projets comme tramway Québec ou autres?
M. Blondin (Jocelyn) : Je ne
veux pas les nommer, mais il reste que chez nous, comme je vous dis, nous, on a
monté un bon bureau de projet, qui sont... qui existe depuis...
La Présidente (Mme Schmaltz) : 30 secondes.
M. Blondin (Jocelyn) :
...quelques années.
M. Derraji : Oui. Pensez-vous
que MIQ devrait se concentrer sur autre chose que le transport en commun, très
rapidement, ou bien uniquement transport en commun?
M. Blondin (Jocelyn) : C'est
difficile pour moi de répondre à ça, je vais vous le dire honnêtement, là. Je
pense que oui, le transport en commun pourrait être inclus dans ça, mais,
écoutez, je n'ai pas... je n'ai pas cette réponse-là, malheureusement.
M. Derraji : Ce n'est pas
grave. Merci à vous trois, très apprécié, votre passage.
M. Blondin (Jocelyn) : Ça fait
plaisir.
La Présidente (Mme Schmaltz) : Parfait.
Alors, merci. On va passer au deuxième groupe d'opposition pour
3 min 18 s.
M. Grandmont : Oui.
Merci, Mme la Présidente, M. Blondin, M. Leclerc, M. Mahé, merci
d'être là aujourd'hui. Content de vous revoir.
Écoutez, j'irais un peu sur un aspect que mon
collègue, là, a précédemment abordé. Je pense que c'est assez clair, là, pour
moi, à ma lecture du projet de loi, notamment l'article 12.21.9, que le
ministre... en fait, le Conseil du trésor peut décider que la responsabilité de
la réalisation du... d'un projet sont confiées au ministre et donc à Mobilité
Infra Québec. Donc, ma compréhension, c'est qu'on pourrait reprendre le
projet... vous forcer à reprendre, finalement,
le projet de tramway de Gatineau, par exemple. On sait aussi, par ailleurs,
qu'il pourrait y avoir... s'il n'y a pas d'entente, qu'il pourrait y
avoir imposition d'un partenariat financier aux conditions fixées par la
ministre. Évidemment, ça, ça ne vous donne toujours pas d'argent non plus pour
le maintien des actifs puis ça ne vous donne toujours pas d'argent non plus
pour le financement des opérations, en supplément.
Donc, moi, je vois comme une espèce de... je
vois une grande dichotomie, finalement, entre ce qui a été annoncé, ce
projet-là qui est supposé aider, puis, de l'autre côté, vous qui dites :
Non, non, on n'en a pas besoin. Mais ce que
je comprends, c'est qu'on pourrait quasiment l'imposer. Comment vous recevez
ça, en fait? Est-ce que vous êtes toujours en appui avec le projet Mobilité
Infra Québec?
M. Blondin (Jocelyn) : Bien,
comme je vous dis, là, qu'il soit imposé chez nous, c'est une crainte. Je vais
vous dire que non, on ne souhaite pas que ce soit imposé chez nous. Je reviens
à ce que je disais tantôt, ça peut être un outil pour d'autres régions, mais,
pour chez nous, on n'en a pas besoin puis on ne voudrait pas que ce soit imposé
chez nous, je vais vous dire honnêtement, là. On a une super belle équipe, ça
fonctionne bien, puis je pense qu'au gouvernement, au ministère des Transports,
ils sont au courant comment est-ce que ça fonctionne bien chez nous. Alors, je
ne verrais pas pourquoi que ce serait imposé.
M. Grandmont : Vous avez bien
raison, votre projet fonctionne bien. J'ai eu la chance, là, de m'entretenir avec des acteurs qui sont impliqués dans ce
projet-là. C'est un beau projet. Mobilité Infra Québec non plus, là, le projet de
loi n° 61 ne vous donne pas plus d'argent, comme je l'ai dit tantôt, pour
le maintien des actifs puis le financement de
vos opérations. Donc, vous êtes toujours, finalement, à la recherche d'une
réponse pour le financement des opérations de votre société de
transport.
M. Blondin (Jocelyn) : Oui,
effectivement. Puis peut-être M. Leclerc pourrait aller plus loin dans ça,
là.
M. Leclerc
(Patrick) : Bien, en fait, pour nous, effectivement, là, il y
a du financement, mais, du côté du Québec, le gouvernement du Québec est
là.
Moi, je me permettrai peut-être un complément,
là. Quand on parle de l'utilité de MIQ, il y a une distinction à faire, pour
moi, comme directeur général, entre : Est-ce que... Notre projet, on a
28 personnes au sein du bureau de projet en ce moment. Il roule bien,
puis, je pense, ce n'est pas l'intention de personne de ralentir les projets.
Ceci étant dit, de créer une espèce
d'expertise, de faire croître l'expertise, au Québec, en matière de grands
projets, d'accélérer la collaboration aussi, d'attirer plus
d'entrepreneurs, pour nous, c'est bénéfique. Est-ce que le groupe de
M. Mahé pourrait bénéficier d'avoir des échanges
avec une agence qui est spécialisée en grands projets, coordination, au sein du
Québec? À ce niveau-là, oui, certainement, il y a du positif là-dedans.
Donc, c'est comme ça
qu'on... quand on dit qu'on l'accueille favorablement, c'est... tout ce qui peut
faire accélérer la réalisation de grands projets et faire croître l'expertise
au Québec, c'est une bonne chose, puis on pourra en bénéficier dans ce sens-là.
M. Grandmont :
Je vous remercie. Je finis juste en vous remerciant, là, pour votre demande
spécifique à l'accessibilité universelle. C'était une très bonne remarque.
Merci beaucoup.
La Présidente
(Mme Schmaltz) : Merci. Alors, on termine cette ronde de
questions avec le député des Îles-de-la-Madeleine pour
3 min 18 s.
M. Arseneau :
Merci, Mme la Présidente. Merci, messieurs. J'aimerais savoir ce que vous
pensez de la prémisse du gouvernement, en présentant ce projet de loi là, c'est
qu'il n'y a pas d'expertise au Québec. Vous avez développé, vous avez réuni
l'expertise, vous venez de mentionner qu'il y avait 28 personnes membres
du bureau de projet. Comment vous avez fait?
Est-ce que ça a été complexe? Parce qu'admettons que vous n'avez pas de projet,
là, vous n'avez pas le bureau de projet, actuellement, est-ce que c'est
une période qui est très, très longue? Est-ce que c'est très difficile? Parce qu'on nous dit que ça va être beaucoup plus
facile, beaucoup plus rapide, si on a un bureau... un mégabureau de
projet.
M. Blondin
(Jocelyn) : Je vais laisser à M. Leclerc, parce que c'est lui qui
a chapeauté beaucoup ça.
M. Leclerc
(Patrick) : Oui. Ça nous a pris quelques années, pouvoir amener le
bureau de projet, là, où il est en ce
moment. Comme je le disais, là, nous, on ne s'est pas limités, le recrutement,
à dire : seulement au Québec. Il y a effectivement... L'expertise
est limitée, au Québec, en termes de gens qui ont réalisé des projets.
M. Mahé en a réalisé, de la
planification jusqu'à la mise en opération, un peu partout dans le monde, en
Europe puis ailleurs. Donc, on est allés recruter à l'étranger.
L'expertise est assez rare. C'est faisable, mais il faut se donner le temps.
Ce qui est surtout
facilitant, c'est quand les fonds arrivent, et là on peut débloquer, on peut
amener les gens. Mais est-ce que les gens vont quitter leur emploi qui est
spécialisé pour venir sur un projet où il y a beaucoup d'ambiguïté, où il y a... où on ne sait jamais si le financement va
aller de l'avant? Ça, c'est plus difficile. La clé là-dedans, c'est de
pouvoir débloquer les fonds, faire avancer les projets, avoir les
autorisations. Puis, si on va rapidement, là, on
a un bon momentum, on peut attirer des gens de qualité un peu partout à
l'international pour contribuer à ces projets-là.
M. Arseneau :
On nous dit aussi que, si l'agence avait... était constituée puis avait une
expertise, que les gens qui sont à ce mégabureau de projet là pourraient
travailler sur trois ou quatre projets en même temps. Est-ce que vous envisagez
cette possibilité-là qu'un employé d'un bureau de projet puisse travailler sur
un autre projet en même temps, là? Tu sais, j'imagine, deux, trois jours sur
l'un, deux, trois jours sur l'autre ou deux, trois semaines sur l'un, deux, trois semaines sur l'autre. C'est ce que je
comprends. Est-ce que... Vos 28 employés, là, est-ce qu'ils ont du temps
libre pour travailler sur d'autres projets?
M. Blondin (Jocelyn) :
M. Leclerc.
M. Leclerc
(Patrick) : Non. Non, puis M. Mahé pourra confirmer, mais non, on
n'a pas de temps. C'est plus dans la
structure. On tombe dans la mécanique de comment pourrait fonctionner l'agence.
Ça, je ne le sais pas. Quelle serait la priorisation? Il faut faire
attention aussi, ce n'est pas parce qu'un projet ne serait pas confié à
Mobilité Infra Québec qu'il ne doit pas bénéficier des mêmes outils. Et là ça
fait un peu le pont sur le PL 62, qu'on pourrait confier à Mobilité Infra
Québec, mais pas aux sociétés de transport. Donc, il faut s'assurer que les
sociétés de transport aient exactement les
mêmes outils pour mener à terme leurs projets, même s'ils ne sont pas confiés à
Mobilité Infra Québec.
M. Arseneau :
Est-ce que... Je ne veux pas interpréter vos propos à outrance, mais vous
semblez dire qu'un projet... un bureau de projet dédié à un projet spécifique,
comme celui de l'Outaouais, c'est essentiel, puis, quand ça fonctionne bien, on
ne bouge pas. Mais s'il y avait quelque chose comme un autre réservoir
d'expertise national qui pourrait, de temps
en temps, vous prêter main forte, vous ne seriez pas contre, pourvu que vous
gardiez le contrôle sur votre propre projet. En d'autres mots, si on a
un mégabureau de projet, on va avoir besoin de petits bureaux de projets un peu
partout, là où il y a des projets.
• (17 heures) •
M. Leclerc
(Patrick) : Oui.
M. Arseneau :
C'est un peu ça?
M. Leclerc
(Patrick) : Oui, effectivement.
M. Arseneau :
D'accord. Merci.
La Présidente
(Mme Schmaltz) : Malheureusement, c'est tout le temps que nous
avions. Je ne sais pas si vous aviez une question, mais, bon. Alors, écoutez,
juste avant qu'on suspende quelques instants, je voulais juste vous demander si on a le consentement... on a
11 minutes de retard, et je voulais savoir : Est-ce qu'on a le
consentement pour aller au-delà de l'heure prévue?
Une voix : ...
La Présidente (Mme Schmaltz) : D'accord.
Alors, on va amputer?
Une voix : ...
La
Présidente (Mme Schmaltz) : D'accord. Parfait. Alors, messieurs, merci pour
votre contribution aux travaux parlementaires, très apprécié. Alors,
excellente journée.
On suspend quelques instants pour accueillir le
prochain groupe.
(Suspension de la séance à 17 h 01)
(Reprise à 17 h 06)
La Présidente (Mme Schmaltz) : Alors,
on est de retour. Alors, j'aimerais souhaiter la bienvenue, donc, aux représentants de Transit, l'Alliance pour le
financement des transports collectifs au Québec. Bonjour. Merci d'être présents. Alors, vous disposez de 10 minutes
pour votre exposé. Par la suite, on procède à un échange avec les
parlementaires. Alors, je vous invite à vous présenter et à nous
présenter votre exposé.
Alliance Transit
Mme Gagné (Marie-Soleil) : Bonjour,
Mme la Présidente. Je m'appelle Marie-Soleil Gagné, directrice générale d'Accès transports viables. Je suis
accompagnée de Samuel Pagé-Plouffe, coordonnateur de l'Alliance Transit,
et de Sarah Doyon, présidente générale de Trajectoire Québec.
Mme la Présidente, Mme la ministre, MM. les
députés, membres de la commission, merci beaucoup pour l'invitation. D'entrée
de jeu, je souhaite rappeler la mission de l'Alliance Transit, à savoir celle
de favoriser le développement et l'amélioration des services de transport
collectif au Québec, en s'assurant qu'ils reçoivent le financement nécessaire
pour permettre au plus grand nombre d'en bénéficier. Ça fait maintenant plus de
10 ans que cette alliance documente et étudie les enjeux de financement du
transport collectif et propose des solutions. Vous comprendrez donc que nous
avons étudié le projet de loi en mettant au coeur de notre analyse les intérêts
des Québécois et des Québécoises. Nous partageons la même volonté du
gouvernement d'accélérer le développement des projets de transport collectif et
de les faciliter, mais des questions et des préoccupations demeurent.
Nous abordons la notion de mobilité comme étant
un droit qui conditionne l'exercice de plein d'autres droits fondamentaux, à
savoir celui d'aller à l'école, d'aller travailler, d'avoir accès à des
services essentiels. Sans option de transport qui soit accessible et abordable,
on risque de devenir invisible dans l'espace public et de vivre un confinement
forcé. Ces trajets qui, sans parler du coût pour la personne elle-même... ça
représente un énorme coût pour notre société. Alors que la population
québécoise fait face à une forte inflation depuis 2022, le développement des
services de transport collectif apparaît comme la solution afin de réduire le
deuxième poste de dépenses en importance dans le budget des ménages québécois,
à savoir le transport. Fait intéressant à noter, utiliser un cocktail de
transports sans véhicule privé peut permettre des économies de 50 % à
75 %. C'est assez important.
À l'heure actuelle, ce sont des millions de
Québécois et de Québécoises qui prennent le chemin du transport collectif à
chaque jour. Ce sont des gens qui paient des taxes et des impôts, comme tout le
monde, et pour qui les tarifs sont indexés à chaque année. Considérant que le
transport collectif est un service public, voire un service essentiel, ces
millions de personnes s'attendent, à juste titre, à une amélioration de ces
services, tel que promise par le gouvernement dans le Plan pour une économie verte.
Cependant, les usagers et les usagères se sentent en otage par des décisions
qui les dépassent, par des administrations qui se lancent la balle, et ils se
sentent exclus du débat public. Ça fait longtemps qu'on sonne l'alarme, que les
usagers et les usagères la sonnent, que tout l'écosystème la sonne. Le milieu
des transports collectifs est en crise, et c'est la population qui paie la
facture, avec des ruptures de service et des tarifs de plus en plus élevés.
Les besoins en matière de mobilité croissent de
manière exponentielle. C'est pourquoi la création de l'agence et sa capacité à concrétiser plus rapidement des
infrastructures de transport collectif doivent conduire impérativement à une
croissance de l'offre de service en transport collectif. Des précautions
doivent être prises pour s'en assurer. Nous recommandons donc que
l'intitulé de la mission du MIQ se concentre exclusivement sur les transports
collectifs, afin de ne pas renforcer notre dépendance collective à
l'automobile, parce que c'est à l'offre de service qu'on mesure l'amélioration
des conditions de mobilité des Québécoises et des Québécois.
• (17 h 10) •
Mme Doyon (Sarah V.) : Le
gouvernement doit donc, en plus de créer l'agence, se fixer une cible de
développement de l'offre de service. L'Alliance Transit, avec plusieurs élus,
les oppositions, des maires et mairesses, on a proposé
une cible fixée à 7 % par année afin d'être cohérents avec les cibles de
la Politique de mobilité durable, mais l'état actuel du financement de la
mobilité fait craindre le pire. Le projet de loi n° 61
prévoit que les projets réalisés par MIQ seront financés par le FARR. Or, le
budget 2022‑2023 du gouvernement du Québec prévoyait que le FARR serait
déficitaire de plus de 2,7 milliards dès 2027‑2028 et que des solutions
devaient être mises en place. Les solutions, on les connaît. Il faut rehausser
rapidement la taxe sur les carburants et la taxe sur l'immatriculation, en plus
d'implanter de nouvelles sources de revenus dédiées pour le FARR. Simplement en
indexant les sources actuelles, qui sont gelées depuis longtemps, on pourrait
aller chercher plus de 700 millions de dollars par année.
On le sait, l'augmentation de l'offre de service
résulte en une augmentation de l'achalandage. On peut prendre, par exemple, la
politique québécoise de transport collectif de 2007, qui a permis une hausse de
23 % de l'offre de service sur cinq
ans, qui a résulté en une hausse de l'achalandage de 11 %. C'est
d'ailleurs dans un joli tableau à la page 12 de notre mémoire. Donc,
autant dans le cadre de la création de MIQ que dans l'état actuel du
financement du transport collectif,
l'Alliance Transit s'inquiète du désengagement du gouvernement du Québec dans
le financement de l'exploitation des services.
On se souvient douloureusement de la réforme
Ryan des années 90, où le fardeau du financement de l'exploitation a été
transféré aux municipalités sans leur donner les leviers financiers
nécessaires. Il y a eu une baisse du niveau de service de même qu'une
diminution de l'achalandage. Ça aussi, c'est dans un tableau à la page 12 de
notre mémoire. C'est, évidemment, un scénario qu'on veut éviter à tout prix. Le
gouvernement a un rôle à jouer pour s'assurer
de maintenir, voire bonifier son engagement financier dans les programmes
existants qui soutiennent l'exploitation des services, d'autant plus que
MIQ risque de réaliser des projets presque exclusivement dans des régions
urbaines denses. Donc, pour doter tous les Québécois, Québécoises de services
de mobilité, de transport collectif aussi dans les régions, il faut poursuivre
le financement de l'exploitation des services.
Le projet de loi n° 61
prévoit que la responsabilité financière de l'exploitation sera ou pourra être
à la charge de l'exploitant sans leur accorder plus de leviers financiers.
C'est pourquoi, pour ce qui est des projets réalisés par MIQ, il est important
de convenir d'une entente de financement en amont de la réalisation, avec la
ville ou la société de transport, en incluant le financement de l'exploitation
et du maintien des actifs.
Il faut aussi permettre aux municipalités de se
donner les moyens financiers de bonifier l'offre. L'exemple de la semaine dernière, où le gouvernement du Québec
s'est montré défavorable à l'imposition d'une taxe sur les carburants,
dans la région de Québec, pour financer les bonifications de l'offre de
service, est reçu comme un pied de nez de la part des usagers et des usagères,
qui voient une bonification possible de leur service, donc de leur mobilité,
être empêchée par le gouvernement du Québec, et ce, au moment même où on étudie
un projet de loi qui devrait permettre de bonifier l'offre de service en
transport collectif. Vous admettrez que c'est un peu ironique. L'objectif du
gouvernement, ça devrait être la bonification de l'offre de service, et
l'agence, quant à elle, devrait être vue comme un outil pour concrétiser cette
bonification, mais il faut absolument régler les enjeux de financement pour que
le Mobilité Infra Québec soit un succès.
M.
Pagé-Plouffe (Samuel) : Oui, merci, Sarah. Bonjour, tout le monde. Ma
collègue vous a parlé de diversification des revenus. J'ai entendu, Mme
la ministre, dans vos mots, l'importance de diversifier les revenus pour
financer les transports collectifs. Dans le
projet de loi, on reconnaît, là, dans notre mémoire, qu'un des éléments qui est
intéressant, c'est toute la question
de la valorisation immobilière, mais, comme plusieurs intervenants l'ont dit
dans cette commission, bon, l'Alliance Transit pense qu'il est important que
les sources de revenus qui pourront être faites à travers la valorisation
immobilière devraient pouvoir servir, donc, à financer l'exploitation, donc de
pouvoir faire, essentiellement, là, des partenariats
entre les sociétés de transport et des promoteurs immobiliers pour faire de la
valorisation... de la valorisation foncière. On vous a entendue dire
qu'il y avait une ouverture du gouvernement d'aller de l'avant avec ça, et
c'est quelque chose que l'on saluera, si ça va de l'avant.
Bon, par contre, puis ça aussi, c'est des éléments
qui ont été mentionnés par d'autres groupes, ce qui est inquiétant, dans le
projet de loi, il y a notamment, bon, l'absence d'indépendance de MIQ. Donc,
les éléments qui ont été mentionnés par
d'autres, on les appuie. Un pouvoir d'initiative... on pense que c'est
essentiel, donc, que MIQ puisse étudier des projets sans que ce soit
nécessairement imposé par le gouvernement. On pense que c'est essentiel.
On pense aussi que ce qui manque, au Québec,
c'est une planification à long terme, là. Moi, comme citoyen puis, bon, comme personne qui s'intéresse à la
mobilité, là, voir que, par exemple, pour le Grand Montréal, bien, l'ARTM a son plan, la CMM a son plan, la ville de
Montréal a son plan, puis là peut-être que MIQ va avoir son plan,
éventuellement... Ça fait que, là, il y a comme quatre plans en même
temps, puis on espérerait que tous les gens s'assoient ensemble puis aient un
plan commun, là, pour avoir un peu de prévisibilité dans le temps. Puis ça, ça
nous permettrait aussi d'obtenir davantage d'efficacité, beaucoup plus
qu'imposer des projets, là, à la pièce puis, parfois, avec une certaine
ingérence politique. Et ça, ça pourrait être un rôle qui pourrait être assumé,
à terme, par, par exemple, l'ARTM, dans le Grand Montréal, et par d'autres
institutions ailleurs.
J'attire votre attention peut-être aussi, là,
sur la recommandation 12 que l'on a dans notre mémoire, celle-là, qui est peut-être un peu plus originale, on est
dans les derniers qui passons. Donc, la recommandation 12, ce que l'on dit, essentiellement,
c'est, bien, de réfléchir aux coûts de réalisation des projets, mais il
faudrait, au-delà de la création de MIQ,
continuer de réfléchir à des solutions pour réussir à avoir des projets moins
élevés. Là, je parle vraiment pour la construction,
là, je ne parle pas... puis peut-être que l'énoncé manque de clarté, mais je
parle vraiment pour la construction.
On sait que vous avez déjà mis en place au
gouvernement un audit sur les performances de sociétés de transport. Ce n'est
pas de cela qu'il s'agit. On parle vraiment de réfléchir, au-delà de MIQ, à
comment on va réussir à mettre en place des conditions pour que les coûts de
réalisation des projets soient moins élevés. Il y a des questions de gouvernance qui ont été nommées, il y a des questions
d'approvisionnement, puis MIQ ne va pas tout régler ça. Par contre, peut-être
que ça pourrait être une mesure du plan d'action de la Politique de mobilité durable
ou peut-être que ça pourrait être même MIQ
qui réaliserait ce chantier-là, mais définitivement, il faut réfléchir, au-delà
de la création de cette instance-là, à comment on va réduire les coûts
des projets.
La Présidente (Mme Schmaltz) : ...
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : Oui,
j'arrivais à la conclusion. En fait, je reviendrais un peu à ce que disaient...
ce que disaient mes collègues, tu sais. Vous savez, dans les cinq prochaines
années, l'agence ne va pas améliorer les conditions de mobilité au Québec,
parce que c'est long, réaliser des projets. Ce qui compte, c'est l'offre de
service. Donc, MIQ, c'est un outil, comme
Sarah a dit. MIQ, c'est peut-être une pièce du casse-tête. Des fois, ça nous
donne des maux de tête, là, la mobilité, c'est compliqué, y arriver,
mais c'est un défi qui est important. C'est... probablement, développer le transport collectif, c'est un des
défis les plus importants de notre époque, donc ça vaut la peine d'y accorder
le temps puis de mettre en place les mesures nécessaires pour y arriver. Je
vous remercie.
La Présidente (Mme Schmaltz) : Merci
beaucoup. Merci. Alors, écoutez, juste pour s'assurer de la... une bonne continuation pour les échanges avec les
parlementaires, on parle bien des échanges avec Transit, et non pas des
organisations, ou un... ou l'autre organisme, là, qui la composent, hein?
C'est... l'échange avec les parlementaires, ce sera avec son... Transit. C'est
correct?
Une voix : ...
La Présidente (Mme Schmaltz) : Oui,
exactement. C'était l'entente qui avait... Excellent. Parfait. Alors, on
enchaîne. Mme la ministre, vous avez 13 min 30 s.
Mme Guilbault : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Bonjour à vous trois.
Merci d'être présents en personne. Vous
êtes, je pense, notre premier groupe en personne cet après-midi, donc d'autant
plus apprécié que vous avez fait la route. Merci aussi pour les travaux,
pour le mémoire, pour l'ensemble de l'oeuvre.
Il y a plusieurs choses intéressantes là-dedans,
des choses qui ont été nommées, puis je pense que c'est... monsieur, vous en
avez parlé, toute la question de la diversification des... ou je ne sais pas
lequel... je pense que, oui, c'est vous qui en avez parlé, la diversification
des revenus, toute la question du financement, évidemment, qui est
omniprésente, de plusieurs façons, dans notre quotidien, nous qui sommes dans
la mobilité à temps plein.
Mais peut-être, je commencerais comme je l'ai
fait avec beaucoup de vos prédécesseurs, juste pour être certaine de bien
camper votre position, parce qu'on ne veut jamais mettre des mots dans la
bouche de personne, mais je comprends, de l'ensemble de votre présentation puis
de la lecture aussi de vos 12... vous en avez 12, je pense, ou 13... oui, 13,
c'est ça... donc, je comprends que vous appuyez le projet de loi qui a été
déposé, 61, ici, qui crée Mobilité Infra Québec, que vous appuyez la volonté
gouvernementale de se doter de nouveaux moyens pour être capables de livrer des
projets d'infrastructures de transport complexes, de transport collectif
complexes, d'envergure, puis donc de se créer une équipe spécialisée et dédiée
pour faire ces projets-là. Parce que vous, qui êtes là-dedans aussi, comme moi,
à tous les jours, on voit bien qu'on arrive un peu à un mur en ce moment, là,
où tout le monde veut du transport collectif, mais personne ne propose de
nouveaux moyens d'être capables de les livrer. Oui, il y a la caisse qui fait
le REM, mais, en dehors de ça, il y a le projet de la ligne bleue qui se fait à
la STM en ce moment, mais il y a d'autres endroits aussi que Montréal qui
veulent des projets de transport collectif, et c'est inégal partout.
Combiné au fait qu'on a besoin aussi d'avoir
quand même une vision nationale de tout ça, parce qu'à mesure qu'on va
développer, à un moment donné, ça va sortir de Montréal, on va aller dans les
couronnes, toute la... toute la planification. C'est sûr, quand on parle de la
CMM, il y a l'ARTM, mais je donnais l'exemple de Sherbrooke, ça prend une vision, tu sais, régionale pour
l'Estrie. Il y a quelqu'un, un chercheur, qui était venu nous dire l'importance
d'avoir une vision régionale en termes de planification, d'avoir une
interconnexion aussi avec les autres réseaux de mobilité, qui ne seront pas
nécessairement dans le mandat de Mobilité Infra Québec. Bref, alors, est-ce
qu'on comprend que vous appuyez le projet de loi n° 61?
• (17 h 20) •
Mme Doyon (Sarah V.) : Bien, en
fait, l'Alliance Transit, hein, on est l'addition de nos membres, là. Il y a
des positions divergentes au sein des différents membres de l'Alliance Transit,
mais ce sur quoi on s'entend, c'est sur la
volonté de développer, de s'assurer de l'amélioration des services de transport
collectif au Québec. Tu sais, finalement, je vous ramène à notre
mission... en s'assurant que le financement... qu'ils reçoivent le financement
nécessaire.
Donc, je vous ramènerais aussi au titre du
mémoire, là : L'offre de service d'abord, la gouvernance ensuite.
On ne s'oppose pas, on pense que l'agence peut être un outil qui peut être
utile, effectivement, mais il faudra qu'on règle d'autres problèmes pour que,
vraiment, cet outil-là soit efficace. Tu sais, dans un coffre à outils, on n'a
pas juste un outil. Il en faut une multitude, puis je pense que le financement
et d'autres outils, comme la planification territoriale, là, dont Samuel
faisait mention, vont être nécessaires.
Mme Guilbault : Oui, parfait. Donc, c'est ça, alors donc, vous appuyez
l'agence. Une des choses que vous avez mentionnées, vous êtes un des seuls qui
avez fait référence au CA. C'est ici, oui, la recommandation n° 3.
Juste simplement faire un petit point là-dessus, puisque c'est quand même le n° 3, donc ça arrive tôt dans la liste, ça fait que j'ai l'impression que c'est probablement un souci, chez
vous, de s'assurer qu'il y a une représentativité d'une compétence en transport
collectif. Mais je veux juste vous rassurer là-dessus, que, pour nous,
évidemment, il va de soi qu'on va prendre les meilleures personnes, les plus
compétentes sur notre CA là, donc... et aussi pour gérer l'éventuelle
organisation. Donc, c'est sûr que nous, on partage le même souci que vous.
Et sur le
financement, parce qu'il y a diverses recommandations, là, qui parlent du
financement, puis c'est sûr que c'est toujours un peu l'éléphant dans la pièce,
il y a les immobilisations, il y a aussi le soutien aux opérations. Et je n'ai
pas pu m'empêcher de... bien, je ne dirais pas «sursauter», parce que je suis habituée
de l'entendre, bien que ce ne soit pas factuel, mais quand on parle du
désengagement du gouvernement dans le financement du transport collectif... Je
ne sais pas si vous avez l'habitude d'écouter la période de questions, mais mon
collègue ici présent me pose, à l'occasion, des questions sur le transport
collectif. Et j'ai un tableau, mais là, vous voyez, je ne l'ai pas apporté. La
dernière fois, je l'ai oublié, il me l'a gentiment rapporté.
Une voix : ...
Mme
Guilbault : Il est en haut, c'est ça. Mais
j'ai un tableau... puis c'est vrai que c'est dommage, par contre, j'aurais pu
vous le montrer, là. Mais j'ai un tableau où on a cumulé, depuis 2015... je
pense qu'on est partis de 2015... la somme de la contribution gouvernementale à
l'ensemble des investissements en transport collectif, et la contribution,
depuis que notre parti est au gouvernement, n'a jamais été aussi élevée. Donc,
quand j'entends le désengagement, je me demande, premièrement, c'est basé sur
quoi, parce que moi, quand je regarde les chiffres... Tu sais, en général,
quand j'émets une... quand je dis quelque chose, j'essaie de... que ce soit
empirique.
Et est-ce qu'aussi
vous êtes conscients du désengagement du gouvernement fédéral, par ailleurs,
dans le financement du transport collectif? Et je me souviens d'un colloque, il
y a quelques mois, de Trajectoire Québec, où on avait M. Guilbeault, qui était
très virulent à l'endroit du gouvernement du Québec et qui l'accusait de se
désengager du transport collectif, et moi, je n'en suis pas revenue, là. Je
n'ai pas pu être présente en personne, mais j'avais
des gens de mon cabinet qui ont entendu ça, et je me suis dit : Dans quel
univers un ministre du gouvernement fédéral
actuel peut venir dire que le gouvernement du Québec n'investit pas en
transport collectif, alors que, dans les faits, on n'a jamais mis autant
d'argent, au gouvernement du Québec, en transport collectif?
Et le gouvernement
fédéral, et là probablement que vous êtes au courant, mais juste pour le
bénéfice de tous, le dernier programme qui finance des infrastructures de
transport collectif, l'Entente bilatérale intégrée, s'est terminé le 31 mars 2023, et le prochain est
prévu en 2026, et là on ne sait pas ce qu'il va advenir des élections
fédérales, donc pour l'instant, c'est
ça, mais on ne sait même pas l'avenir. Donc, pendant trois ans, il n'y a pas de
programme pour financer du transport collectif. Et un membre de ce
gouvernement fédéral là, qui laisse un trou de trois ans sans financement pour
le transport collectif, les immobilisations, dit, dans un événement au Québec,
que le gouvernement du Québec se
désengagerait, alors que nous, on n'a jamais mis autant d'argent. Notre dernier
PQI, on est à 13,8 milliards d'investissements
en transport collectif, alors qu'à l'époque de mon cher ami en face, libéral,
on était à 7,2, donc presque la moitié. Donc, on met presque le double.
Je vous dis ça parce
que j'ai aussi un collègue, chez la deuxième opposition, qui a tendance à se
porter aveuglément à la défense du fédéral, donc
je pense que c'est important d'être très factuels, malgré qu'il est
théoriquement souverainiste, d'ailleurs. Mais je pense que c'est
important d'être factuels, tu sais. À un moment donné, on ne peut pas inventer,
comme ça, des choses. Puis là je fais référence au ministre fédéral, là, qui
dit qu'on se désengage alors que c'est faux.
Donc, j'aimerais ça
vous entendre. D'abord, est-ce que vous faites la même analyse factuelle des
chiffres, et des réalités des programmes, et
du soutien des deux paliers de gouvernement? Est-ce que vous faites une analyse
similaire à la mienne? Et est-ce que vous... est-ce que vous comptez
joindre votre voix à la nôtre et peut-être, un jour, à celle de Québec
solidaire aussi, pour réclamer plus d'investissements fédéraux? Parce que, si
on veut faire plus de projets, ça va prendre
plus de financement, donc. Et, comme dit mon ami ici, des fois, des gens ont la
parole verte et le geste gris. Donc,
est-ce que vous ne pensez pas qu'on devrait joindre nos voix et tous réclamer
plus d'investissements fédéraux?
M. Pagé-Plouffe
(Samuel) : Sur la question sur le gouvernement fédéral, bien, la
réponse, c'est oui, on est tout ouïe à demander au fédéral d'investir davantage
en transport collectif avec vous, Mme la ministre. Bon, par le passé, il n'y
avait pas d'enveloppe dédiée du côté du fédéral, là, avant 2015. Il y en a eu
une qui est arrivée avec l'élection du gouvernement Trudeau, et, bon, à
l'époque, moi, je me souviens bien, c'est ce qui a mené un peu à ce que le
Québec se dote d'une politique de mobilité durable, parce qu'on n'avait pas de
projet au Québec puis on a dit : Bon,
il faudrait aller chercher les sommes qui sont disponibles au fédéral. Puis là,
bien, maintenant, on demande au fédéral d'en faire plus. C'est très
bien.
Cela dit, sur le PQI,
si on veut être factuels, j'irais peut-être à la page 16, donc les
investissements per capita. Donc,
investissements, ça, c'est la question des infrastructures. Donc, on a la
comparaison entre le Québec et l'Ontario, là, pour la prochaine
décennie. Vous avez monté le... vous avez nommé les investissements qu'on a au
Québec là, 13 milliards...
13,8 milliards pour la prochaine décennie. Donc, en Ontario, c'est plus
que deux fois plus qu'au Québec. Donc, je considère qu'on pourrait en
faire plus.
Pour ce qui est de la
question des opérations, c'est vrai que, bien, un peu partout au Québec,
notamment, la pandémie a fait que le
gouvernement a injecté des sommes importantes, là, pour ce qui est de soutenir
les services puis qu'on est encore un petit peu là-dessus. Par contre,
si on regarde les résultats, hein, il y a eu une croissance de l'offre de
service, entre 2007 et 2015, de 32 %, et c'est une stagnation depuis 2018.
Donc, on peut débattre sur le montant absolu, mais, sur le résultat, il y a
quand même un enjeu.
Mme Guilbault : Il y a
quand même un...
M. Pagé-Plouffe
(Samuel) : Un enjeu.
Mme
Guilbault : Un enjeu. Oui, aviez-vous
terminé?
M. Pagé-Plouffe
(Samuel) : J'avais terminé. Peut-être que mes collègues voudraient
compléter?
Mme Guilbault : Oui, OK. Non, mais c'est parce que le micro est encore ouvert. C'est
juste pour ça. Je ne veux pas vous interrompre.
Mme Doyon (Sarah
V.) : ...sinon, si on peut prendre... Tu sais, on connaît bien votre
tableau aussi, mais quand... Chez l'Alliance Transit, quand on fait nos pointes
de tarte, là, qui ont fait notre réputation, on prend toujours les projets
confirmés au PQI, pas juste les projets en planification, les projets à
l'étude. Donc, ça nous amène à une pointe de tarte, là, qui est à la
page 15, qui est plutôt 71 % en faveur du routier et 29 %, si
j'ai bien compté, en faveur du transport collectif, alors que le gouvernement
avait promis de rééquilibrer ça à 50 %-50 %. Donc, pour nous, on prend
les projets confirmés.
Mme
Guilbault : Mais je vais... Il me reste
combien...
La Présidente (Mme
Schmaltz) : ...
Mme
Guilbault : Trois minutes. Bien, c'est sûr
qu'on a un très, très grand déficit de maintien des actifs là, qui a été nommé
ce matin par le Pr Jacques Roy, possiblement que vous connaissez, et,
compte tenu de l'ampleur de notre territoire, il faut quand même entretenir les
routes aussi. Et le même invité de votre conférence a déclaré qu'il ne voulait
plus payer de routes, et son propre gouvernement lui a demandé, d'ailleurs, de
corriger ses propres propos. C'est donc dire à quel point le fardeau financier
pour les infrastructures de mobilité est lourd sur le gouvernement du Québec,
et donc, ça, c'est une problématique.
Malgré tout... puis
on peut faire toutes sortes de... Tu sais, vous avez votre tableau, j'ai le
mien, mais je pense que l'important, c'est aussi de voir que, depuis
10 ans, depuis, par exemple, les PQI des libéraux, on a quand même, nous,
doublé les investissements. Donc, les fonds ne sont pas infinis, vous le savez,
mais je pense que d'avoir un PQI à presque 14 milliards, alors qu'il était
de moitié avant, ça vient... Parce que je dis souvent : Un gouvernement,
ça parle par ses budgets, ça parle par son PQI, ça parle par ses décisions
d'investissement. Parce qu'en bout de ligne, on peut parler de beaucoup de
choses, mais s'il n'y a pas d'argent à la clé, ça ne donne rien.
Donc, je trouve que
ça confirme, hors de tout doute raisonnable, notre intention et notre volonté
d'avoir plus de transport collectif, à la faveur, c'est ça, de plus de projets
puis un peu dans la mouvance de l'appétit croissant pour le transport
collectif. Puis, peut-être, je vous laisserais les mots de la fin, là, parce
qu'il ne reste pas beaucoup de temps, si vous voulez intervenir.
M. Pagé-Plouffe
(Samuel) : Oui, bien, on souhaite le succès de MIQ, là. On souhaite
que MIQ réalise beaucoup de projets et, avec ce qu'il y a au PQI en ce moment,
on n'a pas des sommes qui sont suffisantes pour réaliser suffisamment de
projets pour développer cette expertise-là, donc. Et si on se compare avec des
juridictions... j'ai nommé l'Ontario, mais,
bon, on peut regarder... on peut regarder la Colombie-Britannique, ou
ailleurs en Europe, le rythme qui est nécessaire pour développer les
services, on n'y est pas.
Vous avez raison, les
ressources financières ne sont pas infinies. Vous avez nommé l'importance qui
est accordée pour l'entretien des infrastructures routières. Nous, ce qu'on
pense, c'est que, dans les budgets qui sont dédiés aux infrastructures
routières, essentiellement, 95 % devraient servir à l'entretien du réseau.
Là, pour l'instant, c'est à peu près 80 %. Il y a encore un 20 % de
bonification. Donc, nous, on dit : Il faudrait encore davantage investir
dans l'entretien du réseau routier plutôt que de construire des nouvelles
routes.
Mme
Guilbault : Puis peut-être un... J'ai le
temps?
La Présidente (Mme
Schmaltz) : ...
• (17 h 30) •
Mme
Guilbault : 45? Ah! bon, bien, en tout
cas, juste vous dire que, sur le point pour le développement immobilier, le n° 13, on est d'accord avec vous qu'il faut en faire plus
dans la diversification des revenus, l'argent étant
rare. Et, bien, j'aurais voulu savoir... Je ne sais pas si vous avez
été sur le projet de loi 62 de mon collègue, la réforme
des modes contractuels qui va donner des moyens concrets pour être plus
efficace, mais là, de toute façon, on n'a pas le temps d'en parler, mais
donc... Alors, ça va nous permettre d'être plus efficaces.
Mme Doyon (Sarah
V.) : Très rapidement là-dessus, on pense effectivement que les
sociétés de transport devraient avoir les mêmes pouvoirs, là, qui sont conférés
dans le projet de loi 62, donc, pouvoir utiliser les modes collaboratifs
pour réduire les coûts des projets qui resteront sous la gouvernance des
sociétés de transport.
Mme Guilbault :
Merci beaucoup à vous trois.
La Présidente (Mme Schmaltz) : Parfait. Merci. Alors, je me tourne vers
l'opposition officielle pour 9 min 54 s.
M. Derraji :
Oui, merci. Bonjour à vous trois. Merci pour le mémoire. Et on ne le dit pas
assez, ça prend beaucoup de temps, écrire un
mémoire documenté. Je tiens à vous remercier. Être présent en commission
parlementaire, c'est tout à votre honneur et merci de venir enrichir les
membres de la commission.
J'ai le goût de vous
poser la première question par rapport à la mission. Alors, on parle
beaucoup... Si je regarde la page 15,
où vous faites une présentation très éloquente du PQI, qui favorise le réseau
routier, est-ce que je dois comprendre que, pour vous, la mission du MIQ
doit être uniquement transport collectif?
Mme Gagné
(Marie-Soleil) : Certainement. On pense, en fait, qu'il y a un
rattrapage à effectuer à l'échelle provinciale, puis on considère qu'on a
l'expertise pour faire des routes suffisamment au Québec. Je veux dire, si on
met bout à bout toutes les routes du Québec ensemble, on a... on peut aller sur
la lune et revenir, donc, je pense que ça va. Mais certainement que les
Québécoises et les Québécois ont de l'appétit pour le transport collectif, puis
c'est important, en fait, de se saisir...
M. Derraji :
Donc, pour vous, si on veut réussir... parce que vous avez entendu, Mme la
ministre vous a posé la question, première
question, vous êtes pour la création de l'agence. C'est une question que... on
peut l'interpréter de plusieurs façons. Le oui, est-ce qu'il est
affirmatif, est-ce qu'il est conditionnel?
Mme Gagné
(Marie-Soleil) : Conditionnel.
M. Derraji :
Il est conditionnel. C'est ce que j'ai cru comprendre, mais je ne voulais pas
vous faire dire des choses. Donc, vous, ce
n'est pas un chèque en blanc que vous signez aujourd'hui pour l'agence, là. Je
n'entends pas...
Mme Doyon (Sarah
V.) : ...absolument pas. En fait, on pense qu'il y a des conditions à
mettre en place pour que ce soit un succès. Je pense que tout le monde souhaite
le succès de cette agence-là. On est là pour trouver des solutions pour
développer les transports collectifs. Donc, on doit régler la question du
financement et on doit s'assurer que cette agence fasse uniquement des projets
de transport collectif puisque c'est là-dessus qu'on a besoin de consolider
l'expertise.
M. Derraji :
Vous voulez ajouter quelque chose ou c'est bon?
Une voix :
...
M. Derraji :
OK. Excellent. Donc, on prend ce point de départ, le oui, il est conditionnel,
la mission doit être réglée. D'ailleurs, c'est les premiers articles qu'on va
régler. Mais, pour vous et les groupes que vous représentez, les personnes que
vous représentez, la mission doit être clairement au niveau des transports
collectifs. Question de financement, une agence qui ne va pas avoir les moyens,
c'est un changement de paradigme. Si on continue avec le même PQI, comment on
peut aujourd'hui affirmer que l'agence changera quelque chose dans le quotidien
des Québécoises et des Québécois? Mon PQI, c'est ça qui trace la direction d'un
gouvernement. Vous avez fait le constat clair et net sur la vision de l'Ontario
versus celle du Québec, et on le voit, 13,8 sur 10 ans, ça ne permet pas
de financer assez de projets, vous avez dit, entre guillemets, complexes. Je
vais revenir à complexe tout à l'heure.
Mais au-delà de la
complexité, au-delà de la mission, pour vous, le PQI doit suivre, si on veut
donner les moyens à l'agence. Sinon, c'est juste une autre coquille qu'on crée
pour dire qu'on s'occupe du transport collectif.
M. Pagé-Plouffe
(Samuel) : Bien, tout à fait. L'agence va devenir bonne à réaliser des
projets, si elle réalise des projets. On
dit : C'est en forgeant qu'on devient forgeron, essentiellement. Et, en
2020, le gouvernement a adopté son plan pour une économie verte. C'était
écrit dans le Plan pour une économie verte qu'on visait à rééquilibrer le même
niveau, donc, les investissements dans le réseau routier, les investissements
dans le transport collectif. Ce plan pour une économie verte là a été mis à
jour en 2021, en 2022, en 2023, 2024. Et, à chaque année, cet engagement-là a
été répété et, à chaque année, bien, nous, on fait l'analyse budgétaire au printemps
et on ne se rapproche pas vraiment ou très lentement, si on veut être
optimiste.
M. Derraji :
Oui. Je ne sais pas quoi vous répondre, mais j'espère que, de l'autre côté, on
vous écoute. Mais je pense que c'est clair qu'on fait répéter la même chose,
mais il n'y a pas les résultats qui suivent par rapport à ce plan. J'ai bien
compris?
M. Pagé-Plouffe
(Samuel) : Je pense que... Je ne pense pas. Je pense que vous avez,
somme toute, bien apprécié mon propos. Après, c'est vrai que les sommes prévues
au PQI pourront être confirmées et inscrites dans la planification 10 ans,
une fois que les projets passeront aux étapes de réalisation, parce que, dans
les premières étapes, quand c'est à l'étude, ce n'est pas possible d'intégrer
au PQI les sommes. Donc, d'une manière, MIQ peut contribuer à accélérer des projets, mais définitivement, là,
avec les enveloppes que l'on a actuellement, on est très, très loin du compte.
M. Derraji : Mais la réalité frappe,
vous l'avez très bien mentionné dans la page 15. Alors, comment vous pouvez, aujourd'hui... je ne parle pas de vous,
là, mais comment on peut aujourd'hui faire croire aux gens que le MIQ, c'est une révolution si, dans le PQI, il n'y a pas un
mécanisme qui va permettre de dire : Écoutez, planifiez rapidement,
on va changer le mode contractuel pour qu'on puisse faire plus de contrats de
collaboration? C'est ce que les gens veulent.
On peut parler sur le coût, parce que la littérature, à l'international, parle
du délai, ne parle pas du coût. Le coût augmente. Il n'y a aucune
démonstration que les coûts baissent parce que le risque est inclus dans les
contrats. Mais, si je ne mets pas ça en lien avec le financement, je pense que
Mme la ministre était très claire, il n'y a plus d'argent. Je pense que, vous
le savez, il y a déjà des coupures. On est à 11 milliards de déficit pour
les cinq prochaines années. Il y a déjà un enjeu majeur par rapport au manque
d'argent.
Donc, comment on peut
aujourd'hui dire, en commission parlementaire, pour les cinq prochaines années,
les Québécois seront dans un autre univers, avec plus de mobilité, avec des
projets concrets?
M. Pagé-Plouffe
(Samuel) : Si on parle des cinq prochaines années, en fait, MIQ ne
change pas vraiment les conditions de mobilité des Québécois, ne réalise
relativement pas de projet de transport collectif. Ça prend un certain temps. Il y a une période pour réaliser un projet
de transport collectif. Donc, pour les cinq prochaines années, puis vous
avez des graphiques là-dedans, la question qui est importante, c'est la
question de l'offre de service. Puis on le voit, là, quand on a une cible de
développement de l'offre de service puis qu'on met en place les conditions, on
est capable, avec les infrastructures actuelles, de développer l'achalandage.
Donc, c'est important de développer des nouvelles infrastructures. Puis c'est
sûr que ce n'est pas du jour au lendemain qu'on peut avoir un PQI rééquilibré.
Ça peut prendre une période de peut-être cinq ans, mais définitivement... à
court terme, mais qui n'améliore pas les conditions de mobilité des Québécois.
M. Derraji : C'est
très clair. Merci beaucoup. C'est des propos très clairs. Je veux vous ramener
aux revenus et le financement des sociétés de transport. Dans le projet de loi,
c'est mentionné, la vente d'immeubles. Je ne sais pas si vous avez le temps de
voir ce projet de loi que nous avons déposé, c'est le projet de loi 791,
que j'ai déposé il y a quelques mois, et c'est pour permettre de développer des
projets immobiliers aux abords... au-dessus de leurs infrastructures en
transport en commun. Mais ce n'est pas grave, je peux vous laisser... Je vais
le résumer très rapidement. C'est qu'au lieu de dire aux sociétés de
transport : Vendez vos immeubles à une partie tierce, développez. Pourquoi?
L'idée derrière, c'est quoi? C'est avoir des revenus autonomes comme Vancouver,
comme, je pense à une ville aux États-Unis, comme en Europe.
Donc, vous, tel que
libellé, est-ce que ça règle le problème du financement récurrent pour les
sociétés de transport ou bien ce que vous voulez, c'est qu'on amende? Je vous
invite d'ailleurs à lire le projet de loi. Il est bon. Ce n'est pas parce que
je l'ai déposé, mais il est vraiment bon. Ça répond aux préoccupations des
sociétés de transport. Vous vous situez où, rapport à ces revenus?
Mme Doyon (Sarah
V.) : Bien, on a fait l'exemple à la page 21 de notre mémoire. On
a cité l'exemple de Vancouver, justement,
qui est un exemple à suivre. Pour nous, on vous propose des solutions, on parle
de diversification des sources de revenus. Ça fait qu'effectivement, de
faire du développement conjoint par les sociétés de transport, c'est quelque
chose qu'on voit d'un bon oeil pour permettre de rapporter des revenus
récurrents qui pourront être réinvestis dans
l'offre de service. On le sait, la Société
de transport de Montréal a identifié
plusieurs sites. On a aussi Exo, par exemple, qui a des gares qui
pourraient réaliser du logement. On sait aussi qu'on a une crise du logement.
Quand même, développer du logement conjointement avec du transport collectif,
ça sera bénéfique sur tous les fronts. Donc,
c'est vraiment un exemple que nous, on appuie. Après ça, il va falloir quand
même d'autres solutions, là. Ça ne viendra pas régler tous les problèmes, ça,
non plus, mais je pense qu'il faut un bouquet de solutions, finalement, pour
arriver...
M. Derraji : Non,
mais vous avez raison, ça ne règle pas tout, mais les TOD, ils ont démontré
leur efficacité, densification, mobilité, et il y a plein, plein d'avantages. Mais,
tel que libellé dans le projet de loi actuel, ce que je veux juste m'assurer
avec vous, en tout cas, ça ne répond pas à la demande des sociétés de
transport.
M. Pagé-Plouffe
(Samuel) : Effectivement, c'est exact, ce que vous dites, et on appuie
la demande des sociétés de transport. En fait, on fait une demande très, très
similaire, qui va pas mal dans le sens du projet de loi que vous aviez déposé,
que j'ai lu. Cette idée-là...
La Présidente (Mme
Schmaltz) : 30 secondes.
• (17 h 40) •
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : ...elle
est bonne, on l'appuie. Puis c'est ce qu'on observe à l'extérieur du Québec,
d'ailleurs, de plus en plus.
M. Derraji : Merci
pour votre appui. Rapidement, en 30 secondes, définition d'un projet
complexe.
Mme Doyon (Sarah
V.) : On est curieux de le savoir, nous aussi, mais, pour nous, ça
doit être des projets complexes de transport collectif.
M. Derraji : ...merci
pour votre passage, très apprécié.
La
Présidente (Mme Schmaltz) : Parfait. Merci beaucoup. Alors, je cède la parole,
donc, au deuxième groupe d'opposition pour 3 min 18 s.
M. Grandmont : Merci beaucoup. On
n'a pas beaucoup de temps, mais je vais quand même prendre le temps de vous remercier pour votre présence. M. Pagé-Plouffe,
Mme Gagné, merci d'être là. Mme Doyon, des remerciements spécials.
D'abord, merci d'être là, d'avoir participé à l'audience, mais aussi je sais
que c'est votre dernière audience en tant
que directrice générale de Trajectoire Québec, qui est membre de Transit. Et
donc je voulais simplement vous
remercier pour tout le travail que vous avez fait pendant ces années, avoir
porté cette organisation-là, à défendre les droits collectifs des
usagers, usagères du transport collectif au Québec.
Vous avez dit, je pense que c'est vous,
M. Pagé-Plouffe, vous avez dit : MIQ ne réglera pas les problèmes de
transport collectif, le besoin de davantage de transport collectif à court
terme, parce que le temps de mettre en place l'agence,
le temps de mettre en place... de commencer à construire, planifie, construire
des projets, donc, on n'arrivera pas à rien d'ici les cinq prochaines
années. En fait, il n'y a rien de concret pour les usagers. Est-ce qu'on peut
dire qu'on devrait un peu agrandir l'offre de l'intérieur en finançant
massivement les opérations de transport collectif? Et à qui revient cette
responsabilité-là? Le fédéral, bien entendu, mais le Québec a-t-il un rôle à
jouer?
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : Oui, oui,
le gouvernement du Québec a un rôle à jouer. Le gouvernement du Québec joue
déjà un rôle dans le financement des opérations, pourrait jouer un rôle
supplémentaire.
Rapidement,
je vous citerais le ministère des Transports, là, qui dit : De 2007 à
2015, les efforts gouvernementaux ont permis d'augmenter l'offre de
service de transport en commun de près de 32 %, ce qui a permis
d'augmenter l'achalandage de 15 % pendant la même période. Et là ce que
l'on nomme, c'est tous les programmes qui avaient été mis en place à l'époque
pour financer davantage les opérations, les services de transport en commun, et
ça, c'était pour corriger, bien, une erreur
historique, qu'on pourrait nommer, là, la fameuse réforme Ryan, là, du début
des années 90, qui avait eu comme conséquence une chute de
l'achalandage.
Donc, définitivement, le gouvernement du Québec,
il a un rôle à jouer dans les opérations. C'est un rôle qui est partagé, mais
il faut mettre en place un contexte qui est propice pour financer les
opérations. Et si l'on souhaite qu'une responsabilité plus importante soit
assumée, par exemple, par le milieu municipal ou régional, bien, il faut donner
un appui très, très clair parce qu'il y a quand même une pression importante de
la population qui se demande un peu ce qui
se passe. Donc, il faut envoyer un message cohérent, là, entre le ministère des
Transports, la ministre des Transports et les municipalités qui souhaitent
agir. Je mentionnerais, si MIQ fonctionne, il va vraiment falloir qu'on ait
davantage de financement pour les
opérations. Donc, ce qui a été fait, dans les dernières semaines, pour aller
chercher de nouveaux revenus, puis ce
qui a été envisagé aussi avec une contribution sur l'essence, c'est vraiment le
gros minimum.
M. Grandmont : Parfait. J'aimerais
vous entendre sur la participation municipale. La ministre a demandé à
plusieurs des intervenants municipaux, là, s'ils devaient contribuer, s'ils
étaient d'accord avec l'idée de contribuer aux infrastructures.
Traditionnellement, là, les projets pouvaient être financés jusqu'à 100 %
par le gouvernement du Québec et le fédéral. Les municipalités, à ma
connaissance, financent déjà aussi tout ce qui est aménagement autour, rabattement, l'urbanisme, etc. Dans quelle mesure
les municipalités doivent absolument être mises à contribution dans le
montage financier de l'infrastructure, alors qu'elles financent, par ailleurs,
d'autres choses?
Mme Doyon (Sarah V.) : Bien,
là-dessus, tu sais, on invite à la collaboration, là. Je pense qu'il y a quand même une volonté de collaboration qui est inscrite
dans le projet de loi, puis on pense que les différents paliers doivent
s'entendre puis convenir d'une entente avant le début de la réalisation,
effectivement, idéalement, sans imposer quoi que ce soit...
La
Présidente (Mme Schmaltz) : Malheureusement, c'est tout le temps que nous
avions. Alors, je vais céder maintenant la parole au député des Îles-de-la-Madeleine
pour 3 min 18 s.
M. Arseneau : Merci beaucoup. Merci
beaucoup, mesdames, monsieur. J'ai l'impression, en lisant votre mémoire, et je
vous remercie, il est très complet, très instructif, qu'on nous vend un peu, à
l'heure actuelle, on nous vend du rêve en nous disant qu'on va construire plus
de transport et de transport en commun à moindre coût, plus rapidement et à moindre
coût. Quand je lis la phrase où vous dites : Peu importe qu'on ait une
agence ou non, si on ne rehausse pas le PQI ou si on n'injecte pas d'argent
dans le FORT, ça ne changera rien, j'ai bien compris l'essence de votre
message?
Mme Doyon (Sarah V.) : Bien, dans le
projet de loi, on dit que les projets qui seront réalisés par MIQ pourront...
devront être financés par le FORT. C'est écrit noir sur blanc, dans le budget
du gouvernement du Québec 2022‑2023, que le FORT va être déficitaire d'ici 2027‑2028.
Donc, s'il n'y a pas d'argent pour construire des projets, quand bien
même on aurait une belle agence, elle ne pourra pas réaliser de projet. Donc,
on se dit qu'il faut absolument régler la
question du financement. On parle de diversification des sources de revenus
pour que le FORT soit... s'autofinance et soit hautement financé,
finalement, pour qu'on puisse faire plusieurs projets.
M. Arseneau : Mais c'est très
intéressant, parce que beaucoup d'intervenants sont venus ici dire qu'il faut
financer les services, les services actuels pour éviter, justement, une
réduction de services qui va entraîner une réduction
d'achalandage, et ainsi de suite. Vous êtes d'accord avec ça, mais vous
rajoutez le fait qu'on ne pourra pas davantage développer de nouveaux services
avec la planification financière qu'on a devant nous, c'est ça?
Mme Doyon (Sarah V.) : Effectivement,
il faut diversifier les sources, il faut financer les opérations et les
infrastructures, là, un ne va pas sans l'autre. Mais si on finance juste des
infrastructures puis qu'on se fait un beau métro,
mais qu'il y a une fréquence épouvantablement faible parce que l'opération
n'est pas réfléchie en amont, bien, on n'aura rien gagné au final, ou,
si on déshabille les services actuels pour financer les nouveaux services,
bien, on ne sera pas plus avancés. Il faut que ce soit l'offre globale des services
de transport collectif qui soit améliorée.
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : Peut-être,
une obsession qu'on devrait... une obsession qu'on devrait avoir, là, c'est
d'avoir une cible de développement des services, là. On dit que ce que l'on
mesure... ce que l'on mesure s'améliore. Et on en avait une en 2007, quand on a
eu la première politique québécoise sur le transport collectif. On en avait une
en 2018, quand on a eu la première politique de mobilité durable. Là, on est en
train de travailler sur un nouveau plan d'action pour renouveler la politique
de mobilité durable. Qu'est-ce qui arrivera avec cette cible de développement
des services? Nous, on pense que ça devrait être l'obsession en matière de
mobilité pour les prochains mois, et ça, ça structurera ensuite l'ensemble des
actions pour réussir, justement, à développer les services avec les
infrastructures qu'on a déjà, qui peuvent fonctionner davantage.
M.
Arseneau : La ministre parle souvent de son tableau
d'investissement, une courbe ascendante, mais est-ce que vous avez un tableau de la courbe descendante
qu'on semble avoir prise concernant l'offre de service et l'achalandage?
Mme Doyon (Sarah V.) : Moi, je ne l'ai
pas, mais je sais que Catherine Morency en a un.
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : Essentiellement,
là, de... bien, essentiellement, depuis la pandémie, là, c'est une certaine diminution. Effectivement, vous pouvez
demander à Catherine Morency, elle vous le fournira. Je dirais, surtout,
avec une augmentation importante de la
population, là, même si on maintient les services, ça veut dire une
dégradation.
M. Arseneau : Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Schmaltz) : Merci.
Merci beaucoup. Merci pour votre contribution aux travaux de la commission.
Bien apprécié.
Alors, pour ma part, je suspends quelques
instants pour accueillir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 17 h 47)
(Reprise à 17 h 53)
La
Présidente (Mme Schmaltz) : Alors, nous sommes de retour. Bonjour. Alors,
bienvenue aux représentants de Propulsion
Québec. Alors, comme les précédents
groupes, vous disposez de 10 minutes pour votre exposé. Par la suite, on procède donc à un échange avec les
parlementaires. Alors, je vous invite à vous présenter et à présenter également
votre exposé.
Propulsion Québec
Mme
Llambías
Meunier
(
Michelle)
: Merci, Mme la Présidente. Bonjour à tous. Mme la
vice-première ministre, Mmes et MM. les députés, je me présente, Michelle
Llambías Meunier, présidente-directrice générale chez Propulsion Québec. Je
suis accompagnée de mes collègues Victor Poudelet, vice-président,
Développement et opérations, et ma collègue
Marie-Josée Côté, directrice des affaires gouvernementales et des politiques
publiques chez Propulsion Québec. Alors, nous vous remercions de cette
invitation à prendre part aux consultations particulières sur cet important
projet de loi visant la création de Mobilité Infra Québec.
D'abord, un peu sur notre mission et sur
l'organisation. Propulsion Québec est née en 2017, du désir de faire participer
le Québec à la révolution de la mobilité. On peut dire que beaucoup de chemin a
été parcouru depuis, de sorte que l'industrie des transports électriques et
intelligents est maintenant reconnue en tant qu'une solution efficace pour
répondre ou contribuer, du moins, à l'important défi climatique auquel nous faisons
face. Propulsion Québec rassemble aujourd'hui plus de 215 membres qui
oeuvrent dans des créneaux stratégiques de l'économie québécoise, tels les
véhicules zéro émission, particulièrement les véhicules moyens, lourds destinés
au transport collectif, tels que les autobus
urbains, les tramways, les systèmes légers sur rail, par exemple, ou les
trains. On couvre également... ou on représente également plusieurs membres qui
sont dans le secteur de l'infrastructure ou des infrastructures de recharge
puis, finalement, toute la filière batterie,
de l'extraction des minéraux critiques et stratégiques jusqu'à la gestion de la
fin de vie des batteries.
La mission de Propulsion Québec est d'accélérer
la croissance de l'industrie québécoise des transports électriques et
intelligents et de renforcer sa compétitivité à l'international. Nous adhérons
pleinement à l'idée que le développement
économique et la transition écologique sont indissociables. En unissant ces
deux forces, nous ouvrons la voie à un avenir où
l'économie et l'environnement prospèrent ensemble, créant ainsi un modèle
exemplaire pour les générations futures.
Comme vous le savez probablement, le secteur des transports représente à lui
seul environ 43 % des émissions de gaz à effet de serre. L'atteinte
des cibles climatiques va passer inévitablement par l'amélioration de
l'empreinte carbone de ce secteur ainsi que par le transfert modal vers les
transports collectifs. Nous appuyons ainsi tous les efforts qui visent à
favoriser une transition vers l'électrification des transports et à accélérer
la réalisation de projets de transport structurant.
Nous sommes
favorables au projet de loi n° 61, qui a notamment
pour objectif de faciliter la réalisation des grands projets de transport
collectif, en plus de doter le gouvernement du Québec d'une expertise de
pointe. Il faut néanmoins s'assurer que les grands projets et les décisions
d'aujourd'hui soient compatibles avec les cibles climatiques et la
carboneutralité que nous souhaitons atteindre en 2050. Collectivement, nous
avons intérêt à nous assurer que les projets complexes de transport qui seront
sous la responsabilité de MIQ seront compatibles avec les trois piliers du
développement durable, soit qu'ils contribuent au développement économique du
Québec, qu'ils respectent l'intégrité de l'environnement et qu'ils soient
socialement acceptables. La stratégie gouvernementale de développement durable
prévoit que chaque ministère et organisme intègre le développement durable dans
ses sphères d'intervention. Or, nous sommes d'avis que cette obligation devrait
transparaître davantage dans le projet de loi créant Mobilité Infra Québec.
Nous souhaitons ici
apporter des pistes de réflexion et des recommandations afin de maximiser les
retombées sociales, environnementales et économiques des projets complexes de
transport. Le projet de loi représente une véritable occasion pour faciliter la
mobilité pour l'ensemble des citoyens et de répondre ou de contribuer à
répondre aux défis climatiques actuels. À noter que nos commentaires portent
principalement sur le mandat de Mobilité Infra Québec, la planification de la
mobilité, les processus d'appel d'offres ainsi que sur la définition des
projets de transport complexes.
D'abord, en ce qui
concerne le rôle de Mobilité Infra Québec, le projet de loi actuel prévoit que
cet organisme doit agir dans une perspective de mobilité durable. Bien que nous
saluions le fait que la mobilité durable figure au sein de la mission de
Mobilité Infra Québec, nous invitons le législateur à mieux définir ce concept.
Nous recommandons ainsi de modifier l'article 4 du projet de loi afin de
faire ressortir le fait que la mobilité durable doit limiter la consommation
d'espace et des ressources, donner et faciliter l'accès à tous, favoriser le
dynamisme économique, être socialement responsable et respecter l'intégrité de
l'environnement. Ces principes devraient guider tout processus de décision mené
par MIQ.
Ces principes
proviennent directement de la politique de mobilité durable qui s'inscrit dans
une approche RTA de réduire, transférer et améliorer les transports, une
approche qui est reconnue à l'international et que l'on soutient. En d'autres
termes, le bien-fondé de la planification et la réalisation d'un projet
complexe de transport doit être démontré selon des critères spécifiques et des
données probantes. L'inclusion de ces critères permettrait aussi d'offrir un avantage compétitif à l'industrie
québécoise des transports électriques intelligents que l'on représente, et ce,
tout en respectant les accords commerciaux qui sont en vigueur.
On en convient, au
cours des dernières années, de grandes avancées ont été réalisées en matière de
contrats publics afin... afin d'y inclure, pardon, certains critères pour
favoriser l'innovation. Cependant, on croit qu'on peut aller plus loin.
Actuellement, la Loi sur les contrats des organismes publics, à laquelle MIQ
sera assujettie, prévoit qu'un organisme public ne peut privilégier qu'une
seule condition relative au caractère responsable d'une acquisition sur le plan
environnemental, social ou économique dans les documents d'appel d'offres. Un
organisme public n'a ainsi pas l'obligation de prendre en considération les
trois piliers du développement durable que j'ai nommés tantôt. Collectivement,
nous aurions avantage à faire en sorte que Mobilité Infra Québec, nonobstant la
LCOP, intègre systématiquement, dans la conception, la réalisation et la
livraison d'un projet, une analyse du coût du cycle de vie complet ainsi que la
prise en compte des critères sociaux, économiques et environnementaux.
Ce concept correspond
d'ailleurs à la recherche de l'offre la plus économiquement avantageuse, tel
qu'utilisé par d'autres juridictions qui performent très bien comme l'Union
européenne. Les projets de mobilité durable seraient de cette façon réellement
durables. Nous recommandons également de prévoir des clauses d'exécution du
contrat de nature à diminuer l'impact environnemental des projets
d'infrastructure, par exemple, de privilégier le transport et la livraison zéro
émission. Il serait judicieux de viser plus systématiquement des certifications
de type LEED ou Envision dans les projets de transport complexes qui permettent
d'assurer et de garantir un niveau de performance et d'intégration des
principes de développement durable.
Quant à la
planification des projets relevant de MIQ, nous recommandons d'impliquer les
différentes parties prenantes, notamment les exploitants dans toutes les
différentes étapes de la réalisation de projets, et ce, dès les premières
phases de planification. Nous proposons également de prendre en considération,
tant dans la planification que dans la
conception des projets, les nouvelles tendances en matière de mobilité, de
technologies et de changements démographiques afin de s'assurer que les
projets de MIQ... pardon, afin de s'assurer que les projets que MIQ déploiera
répondent aux besoins des usagers futurs.
• (18 heures) •
En ce qui concerne la
définition de projets complexes de transport, il nous apparaît essentiel d'en
clarifier la portée. Il existe différents niveaux de complexité, que ce soit la
complexité au niveau de la gestion des différentes parties prenantes, des écosystèmes
ou encore la complexité au niveau de la conception et la construction de
certains projets, finalement, la complexité dans l'intégration des différents
systèmes, notamment intelligents. Selon notre compréhension, des projets
complexes pourraient inclure des ouvrages de génie civil destinés au transport
collectif, au développement ou à
l'amélioration d'un système de transport intelligent ainsi qu'à l'acquisition
de tout bien requis à l'exploitation d'un système de transport, tel le
matériel roulant.
Actuellement, les
instances municipales ainsi que les sociétés de transport sont déjà impliquées
dans le développement ou dans l'amélioration de systèmes de transport
intelligent ainsi que dans des projets d'infrastructure qui sont adaptés à
l'électrification des autobus. La définition actuelle du concept de projet
complexe laisse ainsi planer la possibilité
de dédoublement de compétences qui pourrait nuire à l'efficience d'un projet.
Nous recommandons donc de clarifier l'étendue de «projet complexe» en
spécifiant notamment, dans le projet de loi, les critères qui vont déterminer qu'un projet est considéré comme étant
complexe, de préciser le rôle des différentes instances dans le cadre des
projets de mobilité et d'impliquer, dès la phase de planification d'un projet,
les exploitants qui sont concernés.
Propulsion Québec apprécie l'opportunité de pouvoir, aujourd'hui, présenter ses
commentaires. Le Québec doit placer la mobilité durable et le grand
développement durable au coeur de tout projet de transport. Les organisations
de notre secteur vont répondre présentes pour continuer d'améliorer la mobilité
et contribuer à réduire les GES qui sont
reliés à l'industrie des transports. Je vous remercie pour votre attention. Il
me fait maintenant plaisir de poursuivre les échanges avec vous.
La
Présidente (Mme Schmaltz) : Parfait. Alors, merci beaucoup. Nous allons donc
débuter avec la ministre pour un échange de 13 min 30 s.
Mme Guilbault : Oui, merci beaucoup, Mme la Présidente. Merci beaucoup,
mesdames, monsieur, d'être ici avec nous, comme je le dis à chaque fois que
quelqu'un est présent ici avec nous en commission, de prendre le temps de vous
déplacer. Je ne sais pas si vous habitez à Québec, ou à Montréal, ou ailleurs,
mais donc, c'est ça, alors merci beaucoup d'avoir fait la route pour venir nous
présenter en personne les travaux.
J'ai regardé évidemment vos recommandations,
beaucoup de choses intéressantes là-dedans. Puis peut-être aussi, tant qu'à vous avoir ici avec moi... J'ai
passé au Conseil des ministres cet été, le 17 juillet, je pense, le projet
qu'on est en train de faire ensemble, là, pour le premier... la première
ambulance électrique, et vous participez avec nous pour
l'accompagnement, puis tout ça, pour les premières ambulances électriques.
Alors, simplement vous remercier pour ce
beau partenariat, quand même, une autre innovation qu'on fait au Québec en
matière d'électrification. Donc, merci pour ça et pour l'ensemble du
travail qu'on fait ensemble, là. Vous êtes vraiment un excellent partenaire
depuis les presque deux ans que je suis là. Donc, merci pour le travail.
Alors, je
disais, il y a beaucoup de choses intéressantes là-dedans, puis, comme je le
fais avec vos prédécesseurs... Vous êtes le 25e... en fait, non, le 26e
groupe, il en reste un après vous, alors, et, comme je l'ai fait avec tout le
monde, parce que je veux être sûre de bien camper les positions de chacun, je
comprends de votre exposé et de... Comme je
disais, j'ai regardé aussi votre mémoire. Je comprends que Propulsion Québec
appuie le projet de loi n° 61, appuie la volonté du gouvernement de se
doter de nouveaux moyens pour pouvoir accélérer la livraison... puis on peut
parler de planification aussi, mais surtout la réalisation puis la livraison,
actuellement, des projets de transport complexes, qui, pour le transport
collectif du moins, actuellement, sont un enjeu, parce que cette expertise-là
n'existe pas au ministère des Transports.
Et donc,
c'est ça... Alors, c'est un peu notre frein, là. Tout le monde parle de ça,
mais c'est comme si personne avant ne s'était attardé à la capacité de
le faire. Donc, est-ce que je comprends que Propulsion Québec appuie le projet
de loi n° 61?
Mme
Llambías
Meunier
(
Michelle)
: Oui, Propulsion Québec et ses membres sont généralement
favorables au projet de loi n° 61. Tout projet, ou
toute agence, ou infrastructure, ou organisation qui pourrait servir à
augmenter le niveau d'agilité, l'efficacité
dans le déploiement de projets ou dans la planification de projets de transport
structurant vont être appuyés. On souhaite tout de même que le transport
collectif soit privilégié dans le choix des projets qui vont être proposés et,
bien entendu, on a recommandé un certain nombre, là, d'éléments pour faciliter
le choix de bons projets en prenant en considération les différents piliers du
développement durable. Donc, c'est à prendre en considération. Puis on ajoute,
bien entendu, là, la nécessité de planifier ou d'intégrer, dès la phase de
planification, les différentes parties prenantes qui vont être impliquées pour
s'assurer que les différents joueurs peuvent être autour de la table pour
commenter, participer à la création d'un projet. Donc, oui.
Mme Guilbault : Oui, tout à fait, puis vous avez dit un mot qui est très
important puis qui est revenu chez divers
groupes, c'est le mot «agilité». Un des objectifs de se créer cette nouvelle
équipe là d'expertise spécifique, dédiée, concentrée aussi, c'est aussi
dans la manière dont on veut la mettre en place, de lui donner une agilité
suffisante pour être efficace, parce que,
quand on parle souvent... Tu sais, souvent, je l'ai dit, je le redis, là, les
gens qui sont avec moi depuis le début des consultations vont trouver
que je radote, mais, en même temps, je pense, c'est important de le dire, que, depuis le métro, le seul gros projet de
transport collectif qu'on va avoir été capables de livrer, qu'on est en train de
livrer graduellement, c'est le REM, pour lequel on a créé la CDPQ Infra, parce
que, probablement, on se disait qu'au gouvernement
ce serait beaucoup trop compliqué, donc, et la caisse, elle a l'agilité pour
faire des projets de façon différente.
Puis je vais peut-être parler... Je ne sais pas, avez-vous participé aux
consultations sur le projet de loi n° 62 de mon
collègue?
Mme
Llambías
Meunier
(
Michelle)
:
Oui, on a déposé un mémoire.
Mme
Guilbault : Oui? Bon, parfait. Ça fait qu'on peut faire les
liens, parce que, quand on parle d'agilité, que ce soit l'agilité pour
Mobilité Infra Québec éventuellement ou pour l'ensemble du gouvernement, parce
que mon ministère va
bénéficier aussi des retombées de l'adoption qu'on souhaite du projet de loi n° 62... Donc, pour moi, l'agilité, c'est la clé en termes de modes
contractuels, mais j'y reviendrai parce que je veux faire le lien de l'agilité
avec...
Vous dites : On souhaite que les projets de
transport collectif soient priorisés, mais, de ce que je comprends, puis c'est pour ça que je veux m'assurer... vous
ne demandez pas... parce que certaines personnes disent qu'il faudrait
exclure que l'agence puisse faire d'autres types de projets de transport
complexes et qu'on devrait mettre, dans la loi, spécifiquement «projets de
transport collectif». Donc, enfermer ou surcirconscrire, quant à moi, le mandat
de la mission de Mobilité Infra Québec, pour moi, il n'y a aucune plus-value
parce que... Pour nous, en ce moment, ce qu'on a besoin, c'est du transport
collectif, puis c'est ça, les premiers mandats qu'elle va faire. Je parle
beaucoup d'un projet dans l'est de Montréal, mais je ne vois pas pourquoi, du
point de vue du citoyen, contribuable qui paie pour ces projets-là, on pourrait se priver d'une éventuelle équipe agile
qui pourrait réaliser d'autres projets complexes de transport.
Tu sais, un jour, ça ne sera plus moi, la ministre
des Transports, là. Il faut voir plus loin que le bout de son nez, et, quand on
parle d'agilité, je pense que la même notion d'agilité doit être transposée
dans la mission même de l'agence, tout en ayant le souci particulier du
transport collectif. Donc, est-ce que je comprends bien que le libellé de la
mission telle quelle vous convient, mais que vous souhaitez qu'on priorise les
projets de transport collectif, mais que vous ne réclamez pas qu'on prescrive
du transport collectif uniquement dans la mission?
Mme
Llambías
Meunier
(
Michelle)
: Tout ce qui va favoriser le transport modal... Donc, ça
pourrait être autre chose que des projets de transport collectif. La réalité,
c'est que ça pourrait être des projets de transport actif. On n'en a pas parlé, mais tout ce qui va
favoriser... tout ce qui va s'intégrer ou s'inscrire dans une approche RTA,
donc, de réduire, transférer,
améliorer les transports, réduire les GES, puis qui va s'appuyer sur les
principes de développement durable, les trois grands piliers du
développement durable, serait en phase avec nos recommandations.
Mme Guilbault : Excellent. Puis un dernier point, peut-être, sur le projet
de loi n° 62 avant de laisser un peu de temps à mon collègue de Masson. Donc, vous avez
participé au projet de loi n° 62. Alors, vous êtes familiers avec, et, en
termes d'agilité, je le disais, là, pour nous, les moyens, la clé réelle de
l'agilité puis d'être capables de livrer les fameux projets de façon plus
efficace, donc plus vite, moins chers, c'est le projet de loi n° 62,
parce que créer... Le projet de loi n° 61 n'aurait
aucune utilité sans le 62. Pour moi, ça n'aurait pas de sens, ce serait
inutile.
Alors, est-ce que vous êtes d'accord avec ça? Et
donc je déduis que vous appuyez le projet de loi n° 62
et qu'à votre sens cette réforme-là des modes contractuels, de la capacité de
l'État à transiger avec le marché, va nous permettre d'être plus efficaces et
de livrer des projets plus vite et moins chers.
Mme
Llambías Meunier
(
Michelle)
: Ça va certainement contribuer, enfin, on le croit, à l'agilité,
justement. On pense, par contre, que les sociétés de transport devraient
pouvoir également bénéficier des mêmes dispositions, ce qui n'est pas le cas
présentement. Je ne sais pas, Marie-Josée, si tu veux ajouter...
Mme Côté (Marie-Josée) : Non. Bien,
on a appuyé le projet de loi n° 62 également en
complémentarité avec le projet de loi n° 61. Je
pense, ça permet aussi d'intégrer les différentes entreprises et
soumissionnaires plus tôt dans le processus
pour avoir plus d'agilité, pour avoir des ateliers bilatéraux, pour faire en
sorte que les projets répondent aux besoins du terrain puis se fassent
dans un délai prescrit, et selon des coûts réalistes, et dont toutes les
parties prenantes vont être en accord.
Mme Guilbault : Parfait. Peut-être un petit point sur le... Je ne sais pas
si vous l'avez abordé, vous, directement, mais l'enjeu de la diversification
des sources de revenus est revenu, là, presque systématiquement, puis c'est un
peu l'éléphant dans la pièce, comme je disais au groupe avant vous, là, donc,
parce que, oui, faire plus de projets, mais
il faut quand même trouver l'argent pour ça, et il y a, de manière latente, un
grand potentiel de retombées financières, là, dans la valorisation immobilière
puis dans ce qu'on pourrait faire comme développement à même les actifs
actuels.
Si on pense à Montréal, ils ont déjà beaucoup
d'actifs en transport collectif, puis, dans les futurs projets de transport
collectif, c'est aussi quelque chose qui a été mis dans notre stratégie
d'habitation, parce qu'on... tu sais, on a comme un double gain, là. On peut,
en même temps, faire du logement puis d'autres types de services publics qui
sont bons pour nos citoyens. Donc, est-ce que, vous, vous considérez que c'est
une bonne chose? Est-ce que c'est une... Parce que je n'ai pas... je ne me
souviens pas l'avoir vu, mais peut-être ça fait un bout de temps que je l'ai
lu. Je ne pense pas que c'est une recommandation comme telle, mais j'imagine
que, pour vous, c'est une bonne idée parce que ça nous permet de financer
globalement plus de mobilité.
• (18 h 10) •
Mme
Llambías
Meunier
(
Michelle)
: Absolument. On pense que le financement va provenir d'un
bouquet de solutions, de différents mécanismes qui vont être mis en place. C'en
est un qu'on soutient, celui de la valorisation immobilière. Ça pourrait être
aussi l'association, justement, des sociétés de transport avec des promoteurs.
C'est une solution qu'on appuie également,
d'autres, peut-être, mesures d'écofiscalité, auxquelles on réfléchit, qui
pourraient permettre de mieux financer le transport collectif également.
Mme Guilbault : Puis est-ce que dans la... parce que je vois ici... vous
parlez de planification, puis des gens avant vous ont parlé de l'importance
d'avoir une planification qui soit toujours la plus optimale, et un chercheur,
ce matin, nous a parlé
de l'importance d'avoir... parce que lui appuyait l'agence. Il disait aussi...
parce que, tu sais, souvent, un projet, oui, va desservir une
municipalité où il va y avoir une société de transport parce que c'est une
municipalité de plus de 100 000 habitants, mais rapidement, on va
dépasser, là... éventuellement, dans l'avenir, on va dépasser l'entité
administrative d'une municipalité, puis, à mesure qu'il va y avoir du transport
puis le raccordement avec les autres réseaux de mobilité... Vous parliez du
transport actif, les routes, etc., donc, ça prend une entité... Pour nous, là,
puis c'est la raison pour laquelle on fait Mobilité Infra Québec, ça prend une
entité un peu supra qui va être capable d'avoir la capacité de planification
nationale. Il y a la grosse CMM, là, qui est presque la moitié de la
population, qui a l'ARTM, mais même, à un moment donné, la CMM, quand on aura
fait des projets dans la CMM, il faut qu'ils se raccordent aussi en dehors, là.
Tu sais, il y a des régions autour.
Alors, pour nous, en plus de la capacité de
livrer des projets plus vite, moins chers, il y a aussi une plus-value en
termes de planification puis, je dirais, de coordination ou de raccordement,
là, en termes de réseaux... de réseaux de
mobilité, au pluriel, à l'échelle du Québec. Est-ce que, pour vous aussi...
Est-ce que vous, vous êtes aussi d'accord avec le fait qu'il peut y
avoir une plus-value du point de vue de la planification nationale et même
régionale? Tu sais, si on prend... Je prends
souvent l'exemple de Sherbrooke, là, tu sais. Donc, Sherbrooke veut un projet,
mais, dès qu'on sort du territoire,
il y a quand même des ramifications à avoir avec des réseaux d'autobus, bon,
les autoroutes, éventuellement le
rabattement... bon, éventuellement, le rabattement sur d'autres systèmes qui
pourraient se développer ailleurs. Donc, est-ce que vous êtes d'accord
avec la plus-value en termes de planification?
Mme
Llambías
Meunier
(
Michelle)
: On pense qu'il y a un potentiel d'amélioration à ce
niveau-là, de meilleur arrimage, de cohérence dans la planification des
différentes structures qui sont déjà existantes. Idéalement, on ne viendrait pas alourdir... Donc, il faudrait
s'assurer que les différents joueurs concernés, puis c'est une de nos
recommandations, puissent être intégrés dès la phase de planification pour
pouvoir voir venir aussi puis donner leurs points de vue. Donc, oui pour un
meilleur arrimage, oui pour une planification qui est peut-être plus cohérente
sur l'ensemble, que ce soit au niveau des régions, que ce soit dans différentes
municipalités ou l'ensemble du Québec.
Ce qu'on soutient, toutefois, c'est qu'il faut
reconnaître l'expertise qui est développée dans différents bassins ou dans
différents pôles, dans différentes structures, puis comment on s'assure qu'on
capitalise sur cette expertise-là, qu'elle peut être absolument complémentaire
à celle qui va être développée au sein de MIQ, et donc comment on intègre ces personnes-là autour de la table pour,
justement, assurer une meilleure cohérence, une meilleure planification,
un arrimage, donc, oui, mais en intégrant les bonnes personnes autour de... en
intégrant les exploitants autour de la table dès le début.
Mme
Guilbault : Parfait. Alors, je vais laisser les minutes qui...
Bien, en fait, bon, je laisse ma dernière 1 min 30 s à mon collègue de
Masson.
La Présidente (Mme Schmaltz) : 1 min 40 s.
Mme Guilbault : 1 min 40 s, merci beaucoup.
M. Lemay : C'est bon. Merci, Mme la
Présidente. Bien, bonjour, je suis content de vous retrouver ici, à l'Assemblée
nationale. On va y aller rapidement.
On va parler de développement durable. Dans vos
recommandations nos 1 et 2, vous
le mentionnez aussi avec la LCOP, mais je voudrais juste avoir votre grain de
sel sur ce côté-là, parce que nous, on a quand même fait des consultations sur la stratégie de développement
durable 2023-2028, dans laquelle on vient mentionner que
110 ministères et organismes
sont assujettis à la Loi sur le développement durable. On a aussi un comité
interministériel du développement durable, dont il y a 55 membres
qui siègent sur le comité, qui regardent ces actions-là.
Puis, tu sais, vous mentionnez que vous voudriez
voir... Vous avez fait une recommandation n° 1 pour ajouter une phrase à la fin du premier alinéa de
l'article 4 du projet de loi qu'on étudie présentement. Tu sais, j'aimerais
juste un peu comprendre, parce que nous, notre compréhension, c'est que...
puisqu'on est déjà assujettis, tu sais, pour ne pas avoir de la redondance,
est-ce qu'on doit nécessairement aller l'écrire, l'indiquer dans une nouvelle
loi, alors que vous, vous semblez dire que, si ce n'est pas inscrit, on
pourrait passer à côté? Écoutez, il vous reste peu de temps, mais allez-y.
Mme Côté (Marie-Josée) : Bien, très
rapidement... Merci pour la question. En fait, pour aborder la question de la
définition de la mobilité durable, c'est un concept qui nous apparaît très
large, qui permettrait d'avoir des meilleurs outils d'aide à la décision, si on
vient cristalliser cette définition-là à même le projet de loi n° 61,
pour s'assurer qu'on s'inscrit dans une approche projet de développement
durable également. Pour ce qui est de la LCOP, il y a eu des grandes avancées avec le projet de loi n° 12, on en convient. Par contre, il y a une disposition dans la LCOP...
Oh! pardon.
La Présidente (Mme Schmaltz) : Je
suis désolée. C'est tout le temps que nous avions, malheureusement. Alors, je
vais me tourner vers, maintenant, l'opposition officielle pour deux... pardon,
12 min 23 s.
M.
Derraji : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Bonjour à vous
trois. Merci pour votre présence, merci pour le mémoire, pas mal de
points intéressants.
Je
vais aller par la première question, c'est concernant la mission, et vous avez
pris quand même... J'aurai le temps d'expliquer pourquoi j'ai posé cette
question à beaucoup de groupes. L'appuim que vous faites à l'agence, il est affirmatif, mais, quand je lis, bien, il est
conditionnel. Je vois que vous mettiez un bémol sur la mission parce que... et
vous l'avez très bien dit, parce que, si on ne définit pas très bien la
mission, même sur la composition du conseil d'administration... un conseil
d'administration va suivre la mission qu'on lui donne, et ce conseil
d'administration doit fonctionner avec la mission que nous sommes en train de
revoir. Vous, quand vous avez lu le projet de loi... et j'ai vu que vous avez
amendé, vous proposez carrément une recommandation. Pourquoi vous avez jugé
nécessaire redéfinir la mission telle que libellée dans le projet de loi?
Mme
Llambías
Meunier
(
Michelle)
: Un peu comme l'expliquait ma collègue Marie-Josée, l'idée,
c'était de venir cristalliser certains
concepts ou certains éléments des piliers la mobilité durable, des piliers du
développement durable, parce qu'on pense que ça peut vraiment aider à mieux
décider ou faire des meilleurs choix d'un point de vue des projets qu'on veut proposer. Donc, l'absence de clarification, de ce
point de vue là, pourrait créer de la confusion sur le choix des projets
qu'on va pouvoir prioriser ou pour les exploitants.
Mme Côté
(Marie-Josée) : En fait, si je peux compléter, il va y avoir de plus
en plus de grands projets structurants qui vont être déployés dans les
prochaines années. Ce qu'on souhaite, c'est que ces projets-là répondent aux différents piliers du développement durable,
qu'ils soient socialement acceptables, qu'ils respectent l'environnement et
qu'ils favorisent le développement économique. Donc, nous, c'est important
qu'on se dote d'outils d'aide à la décision dans le choix des projets
qu'on... qu'éventuellement le gouvernement et MIQ pourraient faire et déployer
en sol québécois. Donc, en fait, nous, cette définition-là vient définir que
Mobilité Infra Québec agit dans une perspective de mobilité durable telle qu'on la définit et, pour ça, doit, à chacune
de ses... dans chacune de ses actions, privilégier une analyse selon le
développement durable.
M. Derraji : OK.
Pensez-vous que le libellé, tel que rédigé dans le projet de loi, laisse la
porte ouverte à des projets autoroutiers, et c'est pour cela que vous, vous
voulez qu'on insiste sur un aspect de mobilité durable ou développement
durable?
Mme
Llambías
Meunier
(
Michelle)
: On ne s'est pas... on ne s'est pas dit que c'est parce que
ça donnait l'impression que ça venait privilégier certains types de projets. On
rappelle simplement que tout projet qui va contribuer à la réduction des GES et
qui va s'inscrire dans les piliers du développement durable est un projet qu'on
viendrait encourager. Ça peut passer par la résilience du réseau actuel. Ça pourrait
passer par des projets de transport collectif. Ça pourrait passer par des
projets de transport actif également. On favorise une approche RTA, donc, de réduction, d'amélioration et de transfert vers des
modes de transport collectif ou des modes de transfert... de transport
actif, pardon.
M. Derraji : Donc,
si je comprends bien, parce que vous l'avez très bien dit, la mission ou les
projets que MIQ devrait prendre le temps de réaliser, c'est des projets de
mobilité durable, de transport collectif, et non pas s'occuper des routes ou
des liens, par exemple, un troisième lien, par exemple.
Mme
Llambías
Meunier
(
Michelle)
: Est-ce que la question est spécifique au troisième lien ou
elle est plutôt en lien avec les transports collectifs?
M. Derraji : Bien,
troisième lien ou n'importe quel autre projet qui ne rentre pas dans la
définition de la mission. Donc, c'est pour cela... Moi, je veux qu'on cadre
parce que je pense que le débat doit aussi... avant d'aller dans les détails du
projet de loi, la définition de la mission, et vous avez raison de bien prendre
le temps nécessaire de dire : Écoute,
si on ne définit pas la mission, la suite, un, on va rendre la chose beaucoup
plus complexe pour le conseil d'administration, même sur la nature des
projets qu'on doit donner au MIQ.
Donc, ce que... je
vous ai posé la question. Je l'ai posée à beaucoup de groupes. Est-ce que MIQ
devrait avoir juste l'approche transport
collectif, mobilité durable, transport en commun, les projets de mobilité dans
ce sens, au lieu de faire des projets autoroutiers? Et j'ai donné
l'exemple du troisième lien.
• (18 h 20) •
Mme
Llambías
Meunier
(
Michelle)
: On privilégie et on prioriserait des projets de transport
collectif, mais, comme on l'évoquait tout à l'heure, ça pourrait être des
projets de transport actif. Donc, ce n'est pas nécessaire, je crois, de venir
spécifier que ce sont des projets de transport collectif. Toutefois, tout
projet de transport qui va viser à réduire les émissions de GES puis qui va
s'inscrire selon les trois piliers du développement durable vont être
encouragés par notre secteur. Donc, si, à partir de ce moment-là, des projets
autoroutiers ne s'inscrivent pas ou cadrent moins bien avec la définition des
trois piliers du développement durable et de la mobilité durable, de facto, ça
nous amène évidemment à moins les privilégier.
M. Derraji : OK.
Vous avez vu que, dans le projet de loi, on parle beaucoup de projets
complexes. J'essaie, comme la plupart des groupes, de me dire : Écoute, c'est
quoi, un projet complexe? Parce que, jusqu'à maintenant, on n'a pas encore eu
l'échange avec Mme la ministre. J'attends avec impatience sa définition des
projets complexes, mais vous, quand vous avez lu le projet de loi et vous avez
dit... Vu que l'agence va se concentrer davantage sur des projets complexes,
c'est quoi, votre définition d'un projet complexe?
Mme
Llambías Meunier
(
Michelle)
: C'est
une des recommandations, d'ailleurs, du mémoire, de mieux définir ou de définir plus clairement la notion ou le
concept de projet complexe. Je l'évoquais tantôt, un projet complexe peut être complexe parce qu'il a plusieurs parties prenantes
d'impliquées. Il peut être complexe parce qu'au niveau de sa conception et
de sa réalisation ça peut être complexe, au
niveau des systèmes qu'il intègre, au niveau des systèmes intelligents, ça peut
être complexe. Il y a plusieurs
expertises qui ont été développées au fil des années, que ce soit dans les
sociétés de transport, les municipalités, les différents exploitants.
Donc, comment, d'une
part, on définit, évidemment, quel type de complexité... de quel type de
complexité on parle et, à partir de ce moment-là, est-ce qu'on l'allègue, ou,
enfin, on accepte que d'autres vont venir apporter leur expertise autour de la
table, ou est-ce qu'on veut l'intégrer à même MIQ? Donc, il faut le définir.
Pour nous, «complexe» peut vouloir dire
différentes choses. On a donné trois exemples ici. De la même façon qu'historiquement
les projets majeurs étaient définis par un seuil de coût, on considère qu'il
faut mieux encadrer la définition de projet complexe.
M. Derraji : Merci.
Beaucoup de groupes parlent aussi de la centralisation de l'expertise. Je ne
sais pas si vous avez entendu, tout à l'heure, le président du conseil d'administration
de la Société de transport de l'Outaouais. Je lui ai posé la question : En
quoi, là, MIQ va changer votre vie et est-ce que vous en avez besoin? Non, ça
pourrait être ailleurs, ça va aider ailleurs. Si jamais une ville a besoin d'un
tramway ou d'un projet de transport, ils peuvent travailler avec, mais nous, on
est capables, on a notre bureau. D'ailleurs, je les ai visités et j'ai eu un
échange avec eux sur leur bureau de projet.
Pensez-vous que
l'argument qu'on essaie d'avoir sur la table, qu'on veut créer une agence pour
concentrer l'expertise, parce qu'on n'a pas assez d'expertise, est un argument
qui ne va pas aller dans le sens de tomber dans la centralisation et éviter que des équipes-projets puissent réaliser leurs
projets? Parce qu'eux, ils connaissent les contours et ils connaissent
un peu les enjeux de mobilité dans leur ville.
Mme
Llambías Meunier
(
Michelle)
: Bien,
deux choses. La première, c'est que tout projet ou toute infrastructure comme celle-ci, agence, initiative
qui pourrait favoriser une meilleure planification, un meilleur arrimage,
une meilleure agilité serait une initiative qu'on viendrait appuyer, parce que
l'idée, c'est d'avoir plus de projets et de meilleurs projets de transport
structurant, qui s'inscrivent dans un contexte de mobilité durable.
La deuxième chose,
c'est... Oui, il y a beaucoup d'expertise qui a été développée chez différents
exploitants. Encore une fois, vous avez nommé les municipalités, mais ça peut
être les sociétés de transport aussi. Puis je ne parlerai pas pour elles, mais elles font partie des membres qu'on
représente, et on croit sincèrement qu'il est important de les amener autour de
la table, comme je le disais, dès une phase de planification pour bénéficier et
capitaliser sur leur expertise et, justement, toutes les connaissances
qu'elles ont acquises, là, au fil des années.
M.
Derraji : J'ai le goût de vous poser une autre question. Les ramener
autour de la table... mais l'exercice se fait déjà? Je prends juste l'exemple
de la CMM. Il y a la CMM, il y a l'ARTM, il y a la Société de transport de
Montréal, il y a la Société de transport de Laval, il y a la société de
transport de Longueuil. Tous ces gens font de la planification. Ils ont des
plans directeurs, ils ont une vision de la mobilité. Il y a le PSE, le plan
structurant de l'Est. Ça existe.
Donc,
en quoi, selon vous, parce que je vous ai entendue répondre à Mme la ministre
avec un oui sur l'agence... En quoi l'agence va accélérer tout cela? Est-ce que
ce n'est pas une couche supplémentaire, de dire : Écoutez, on va s'asseoir pour planifier tout ça ensemble? Ça ne va pas
faire beaucoup de joueurs autour de la table qui, juste, planifient, et
on oublie, le problème majeur, c'est le financement? On n'a pas d'argent.
Mme
Llambías
Meunier
(
Michelle)
: Écoutez, le statu quo n'est probablement pas une option
dans la mesure où, jusqu'ici, on pouvait voir qu'il y avait clairement encore
des lacunes au niveau de l'efficacité dans le déploiement de projets. Donc,
est-ce que c'est la bonne solution? Je pense qu'il faut laisser la chance au
coureur.
M. Derraji : OK, mais oui et non, l'efficacité dans le
lancement des projets... Je prends l'exemple du tramway à Québec. Il y a
le tracé, il y avait beaucoup de choses. Il y a d'autres projets au Québec,
mais ce que j'entends, c'est plus le financement... Est-ce qu'on ne tourne pas
autour de la question existentielle? Il y a un enjeu de financement. On va
rajouter une autre structure qui va commencer à refaire le travail de plusieurs
régions pour, au bout de la ligne, tomber
dans : Est-ce qu'on a l'argent pour faire ces projets? Au bout de la
ligne, le vrai problème, c'est le financement, mais on se donne une structure
qui va commencer à faire ce que d'autres font déjà.
Mme
Llambías Meunier
(
Michelle)
: Oui,
j'entends la question. Le financement demeure une problématique pour la
plupart des sociétés de transport des municipalités qui veulent déployer des
projets aussi. C'est la raison pour laquelle on pense qu'il faut trouver
plusieurs solutions, un bouquet de solutions qui vont contribuer à améliorer le
financement pour les transports collectifs, pour les différents modes de
transport, les différents projets de transport structurant. Ça passe par
différentes mesures d'écofiscalité. On a parlé tout à l'heure de la valeur
immobilière. On a parlé de l'exemple que vous avez donné dans votre projet de
loi, sur l'association des sociétés de transport avec des promoteurs. Donc, à la question, le problème en
est un de financement. Oui, absolument, ça fait partie des problématiques
majeures.
M. Derraji : Donc,
MIQ, si on veut qu'il réalise sa mission, à part bien la définir, à part bien
définir la notion du projet complexe, si on n'a pas une vision claire et nette
sur le financement, c'est comme... on est en train de perdre notre
temps.
Mme
Llambías Meunier
(
Michelle)
: On
pense que les deux pourraient peut-être se faire en parallèle dans la
mesure où...
M. Derraji : En
parallèle. Vous avez vu le groupe avant vous, il parlait du PQI, il le
compare... en Ontario, un PQI qui est axé juste sur les routes et le réseau
routier. Comparativement à l'argent qu'on met sur la table pour le transport
collectif, ça aussi, on devrait le changer, si on veut que... on suit ce qu'on
veut faire avec le MIQ.
Mme
Llambías
Meunier
(
Michelle)
: C'est certain qu'il faudrait se donner les moyens de nos
ambitions et donc peut-être d'équilibrer le PQI dans ce sens-là.
M. Derraji : Merci
à vous trois pour le passage. C'était très intéressant, échanger avec vous.
Merci.
La Présidente (Mme
Schmaltz) : Parfait. Merci beaucoup. Alors, nous allons terminer avec
le député des Îles-de-la-Madeleine pour 4 min 8 s.
M. Arseneau :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Merci, mesdames, monsieur. J'aimerais
savoir... La proposition que vous faites
pour améliorer la définition du mandat à l'article 4, c'est vous qui
l'avez concoctée ou vous vous inspirez de politiques ailleurs ou de
documents externes?
Mme Côté
(Marie-Josée) : Oui, en fait, c'est directement tiré de la politique
de mobilité durable du gouvernement du Québec. Donc, on a repris la définition
qui se retrouve dans la politique de mobilité durable puis on l'a inscrite en
tant qu'amendement dans notre projet... dans notre mémoire, en fait.
M. Arseneau :
À ce moment-là, il y a une cohérence d'un document à l'autre.
Effectivement, c'est ce qu'on peut voir, que, si l'agence doit servir à quelque
chose, c'est réaliser les objectifs de la politique de mobilité durable. Donc,
je vous remercie de nous aider à avoir plus de cohérence dans ce projet de loi
là. J'aimerais savoir... Quand je regarde cette définition-là, je vois que vous
résistez à l'envie de réduire la portée du projet de loi à du transport
collectif, mais moi, si je lis cette définition-là, je ne vois pas comment on
pourrait faire du transport routier ou autoroutier lorsqu'on voit que la
demande induite et l'effet sur l'aménagement du territoire fait en sorte qu'on
va à l'encontre de tout ce que vous venez de rajouter à la définition.
Alors, je comprends
l'idée, là, du transport actif, mais moi, ma question, essentiellement,
c'est : Est-ce qu'on peut, dans le
cadre d'une définition telle que vous la présentez, construire un pont ou un
tunnel autoroutier ou ça vous semble exclu? Parce que c'est important de
savoir si votre définition correspond à ce que nous, on peut se faire comme
définition de ce que sont des projets complexes de mobilité durable, parce que,
sinon, chacun va l'interpréter à sa manière, puis c'est ce qu'on craint un peu,
je vous l'avoue, là, que finalement, on dise : Un projet complexe, c'est tout ce qu'on n'a pas pu faire avant, puis
on n'a jamais fait de tunnel entre Lévis puis Québec, ça fait que c'est ça...
puis, oui, c'est du développement durable parce que ça va durer dans le temps,
100 ans, mais on va payer longtemps aussi, puis est-ce qu'on va
l'utiliser, puis est-ce que ça va avoir un impact intéressant en matière
d'environnement, puis de réduction de gaz à effet de serre, et d'aménagement?
Pas sûr. Vous comprenez?
• (18 h 30) •
Mme
Llambías
Meunier
(
Michelle)
: C'est certain qu'on privilégie les projets de transport
collectif, on le réitère. Toutefois, c'est simplement de dire : Les
critères sur lesquels on devrait se baser dans le choix des projets qu'on va
vouloir prioriser devraient être ceux de la mobilité durable. Puis on vient
définir clairement, justement, qu'est-ce que c'est, la mobilité durable, donc,
tout projet qui va limiter la consommation d'espace et de ressources, donner et faciliter l'accès à tous, favoriser le
dynamisme économique, être socialement responsable et favoriser l'intégrité
de l'environnement.
Donc, à partir du
moment où on pense qu'on vient cristalliser ces éléments-là dans le projet de
loi, ça va être des outils à la décision pour définir est-ce que c'est un bon
projet qui répond à un besoin réel, qui s'inscrit dans une perspective très
précise de mobilité durable, d'une définition qu'on n'a pas inventée, et qui va
permettre, justement, de faire les bons choix? Après, à la question :
Est-ce qu'on vient privilégier les projets de transport collectif parce que ça
coche plusieurs cases?, la réponse, c'est oui. Mais un projet de transport
collectif doit aussi être socialement acceptable. On doit aussi — je
vous donne cet exemple-là, pardon — s'assurer qu'on vient inviter
en consultation différents groupes de personnes qui pourraient être impactées
par un projet de transport collectif.
Donc, ce n'est pas
uniquement les projets de transport collectif qui sont des projets de mobilité
durable, bien qu'on puisse avoir ce réflexe-là.
M. Arseneau :
Donnez-moi un exemple, puis on a juste à peine une minute. Quels sont les
projets, qui ne sont pas des projets de
transport collectif, qui contribuent à la mobilité durable et qui sont des
projets d'envergure, qui sont des projets complexes, projets majeurs?
Mme
Llambías
Meunier
(
Michelle)
: Ah! non, je pense que les projets de transport collectif
contribuent à tout ce qui est lié à la mobilité durable.
M. Arseneau : Oui, oui. Mais
qu'est-ce qui n'est pas transport collectif puis qui pourrait être un projet
complexe à valeur ajoutée sur le plan de la mobilité durable, là?
Mme
Llambías
Meunier
(
Michelle)
: Je n'ai pas...
M.
Arseneau : Je n'en vois pas. Parce que, quand on parle de
transport actif, je ne vois pas de projet complexe. Ça ne me semble pas
complexe. Peut-être que ça l'est plus que je le pense, là, mais...
Mme Côté
(Marie-Josée) : Bien, peut-être un exemple pourrait être les
systèmes de transport intelligents. Il y a des feux de circulation
connectés qui permettent d'avoir une meilleure fluidité de la circulation dans
certaines artères pour le transport de marchandises. Donc, peut-être que ça
pourrait être considéré comme un projet de mobilité durable dans la mesure où
on améliore la sécurité des citoyens à différentes artères, on limite les
émissions de GES puis on favorise le développement économique parce qu'on
accélère la livraison de certaines marchandises. Donc, ça pourrait être des
projets considérés de mobilité durable, par exemple.
Donc, on...
C'est pour ça que nous, d'exclure certains projets d'emblée, ce n'est peut-être
pas une recommandation. Par contre, c'est sûr que, quand on se fie à
notre définition qu'on propose, on...
La Présidente (Mme Schmaltz) : Merci
beaucoup.
Mme Côté (Marie-Josée) : Excusez.
La Présidente (Mme Schmaltz) : Désolée
de vous couper, mais c'est le temps... c'est tout le temps que nous avions.
Alors, merci beaucoup pour votre contribution aux travaux de la commission.
Alors, on suspend quelques instants pour
accueillir le dernier groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 18 h 32)
(Reprise à 18 h 37)
La Présidente (Mme Schmaltz) : Alors,
on est de retour. Bonjour. Merci d'être présents. Donc, je souhaite la
bienvenue aux représentants de l'Ordre des urbanistes du Québec.
Alors, vous
allez disposer de 10 minutes pour votre exposé. À la suite de ça, nous
allons enclencher — Mon Dieu! Il commence à se faire tard — une
discussion avec tout le monde. Puis je vous invite donc à vous présenter et à
nous présenter votre exposé.
Ordre des urbanistes du
Québec (OUQ)
Mme
Prud'homme (Nathalie) : Parfait. Alors, tout d'abord, je me présente,
Nathalie Prud'homme, présidente de l'Ordre des urbanistes du Québec. Je
suis accompagnée de M. David Alfaro Clark, qui est responsable des
communications ainsi que des relations gouvernementales au sein de notre
organisation.
Tout d'abord, Mme la ministre, Mme la Présidente
et les membres de la commission, je vous remercie de nous accorder
l'opportunité de vous présenter nos commentaires concernant le présent projet
de loi.
D'entrée de jeu, j'aimerais tout de même vous
présenter la mission de notre ordre. Il est le gardien et le promoteur de la compétence professionnelle en
aménagement du territoire et en urbanisme. Il défend l'intérêt public à travers
la promotion d'un aménagement du territoire intégré et durable et, enfin, il
regroupe quelque 1 800 professionnels.
En tant qu'urbanistes, nous sommes interpelés
par la question du développement des transports collectifs. Pour nous, la
mobilité durable et l'aménagement du territoire sont indissociables. On ne peut
les travailler en silo. Aussi, la création
d'alternatives de transport plus durable que l'automobile répond aux enjeux
actuels de notre société, dont l'urgence climatique, la consolidation
des milieux de vie, la préservation des territoires agricoles et des milieux naturels, la recherche d'équité et l'accès aux
emplois et services. Nous devons considérer les infrastructures de transport
comme un puissant outil pour guider le développement urbain et soutenir la consolidation
et la densification.
D'autre part,
ces infrastructures peuvent aussi affecter la qualité de l'environnement
urbain, le développement économique et la qualité de vie des riverains.
C'est pourquoi il est important de bien réfléchir à leur insertion dans le
tissu urbain ou les milieux traversés. Aussi, il est fondamental que les
gouvernements de proximité soient impliqués du
début à la fin des projets. Nous convenons qu'à l'heure actuelle nous avons
clairement de la difficulté à réaliser les projets structurants à l'intérieur
de délais et de budgets raisonnables. Aussi, nous saluons la volonté du
gouvernement d'agir pour qu'enfin nous puissions réaliser davantage de
projets plus rapidement et à moindre coût.
Nous voyons donc d'un bon oeil la proposition de
créer Mobilité Infra Québec, soit un pôle d'expertise consolidée pour les projets complexes au sein de l'État québécois.
Cependant, l'agence constitue une réponse incomplète qui n'aborde pas
l'ensemble des enjeux critiques de la conjoncture actuelle. À notre avis, ce
projet de loi doit être bonifié, et le gouvernement doit
agir sur d'autres fronts, si nous souhaitons réellement donner un nouvel élan
au transport collectif.
• (18 h 40) •
Notre intervention se concentrera donc sur
quatre grands champs d'action : le financement, la dépolitisation des
projets, les rôles et responsabilités des différents acteurs en transport et
l'aménagement du territoire.
Premièrement, pour développer le transport
collectif, il faut un financement prévisible, pérenne et accru. En effet, avec ou sans Mobilité Infra Québec, si les
budgets ne sont pas bonifiés, on ne changera pas le paradigme en termes de
l'offre en transport collectif. Selon nous, il faut équilibrer les dépenses
publiques afin d'obtenir la parité entre les investissements dans le réseau
routier et dans le transport collectif inscrit au plan québécois
d'infrastructures, tel que le prévoit le plan
pour une économie verte, mais ce n'est pas seulement une question des sommes
d'argent ponctuelles, le milieu a également besoin d'un cadre financier
prévisible, stable et dépolitisé qui permette de planifier à moyen et long
terme l'extension des réseaux. Il faut de nouvelles sources autonomes de
financement pour les opérations et le maintien
des actifs. À ce titre, le gouvernement doit faire aboutir le chantier sur le
financement de la mobilité durable. On ne fera pas le débat aujourd'hui
sur quelles mesures mettre en place car les idées sont déjà là. Il s'agit de
donner une suite à cette démarche.
Enfin, bien
que le projet de loi prévoie les sources de financement de Mobilité Infra
Québec par des contributions attendues de la part des sociétés de
transport et des municipalités, il n'est pas clair comment ces règles de
partage seront établies et comment ces organismes pourront y contribuer.
D'ailleurs, la structure de financement Mobilité Infra Québec n'est pas
précisée.
Deuxièmement, il faut dépolitiser la
planification des transports collectifs. Soyons clairs, lorsque l'on parle
d'engager des milliards de dollars d'argent public, il est raisonnable que les
élus de tous les paliers gouvernementaux impliqués aient leur mot à dire.
Toutefois, il existe un consensus que la planification des projets au Québec
est surpolitisée et que ça nuit au développement du transport collectif.
L'exemple du tramway à Québec est éloquent. Les allers-retours décisionnels des
différents paliers gouvernementaux ont forcément des impacts sur le budget et
le temps de réalisation d'un projet. Tel que
proposé et de ce que nous en comprenons, la création de MIQ n'améliorera pas
cette situation car les projets sous la... seront sur la responsabilité et du
ressort complètement discrétionnaire de la ministre. Dans ce contexte, comment
le choix et la priorisation des projets risquent de se faire, sur la base de
critères politiques ou sur la base d'une expertise neutre?
Pour nous, il est donc essentiel que l'agence
obtienne également le mandat d'élaborer une vision globale du développement des
infrastructures du transport collectif, au Québec, en élaborant une sorte de
tableau de bord des projets en cours
d'élaboration. Mobilité Infra Québec doit aussi jouer un rôle-conseil auprès de
la ministre, notamment pour définir
des critères objectifs de ce qui constitue un projet complexe, ainsi que pour
prioriser les projets de manière transparente et publique, et enfin,
ultimement, de recommander les projets prêts à réaliser sous sa juridiction.
Cette expertise professionnelle indépendante aiderait à la prise de décision.
Enfin, nous voyons aussi que MIQ contribue à
l'amélioration en continu des façons de faire sur le contrôle des coûts. Il est clair que nous avons un défi de
taille de contrôle des coûts. Aussi, un premier mandat pour l'agence pourrait
être de revoir nos façons de faire en matière de planification, de gestion des
risques, des standards techniques ou bien de l'approvisionnement.
Troisièmement,
il faut clarifier les rôles et les responsabilités des différents acteurs dans
le domaine du transport collectif. La
création d'une nouvelle structure administrative n'est pas garante d'une plus
grande efficacité, loin de là. Plusieurs s'inquiètent que l'introduction
d'une nouvelle boîte dans l'organigramme du transport collectif vienne rajouter
un nouveau niveau potentiel de tensions et tiraillages politiques. Le projet de
loi n° 61 manque de précision concernant les rôles et les responsabilités
de tous les acteurs en transport. Le qui fait quoi n'est pas clair.
Avec la création de l'agence, il devient
impératif de mieux structurer l'écosystème de planification et de réalisation des transports collectifs. Le projet
de loi doit définir clairement qu'est-ce qui relève des sociétés de transport
en commun, du MTQ, de MIQ et, dans le cas du Grand Montréal, de l'ARTM. Qui est
responsable de chaque étape du développement des projets? Et à quel moment et
comment la passation des dossiers à MIQ se fait? Également, nous voyons un rôle
important pour les sociétés de transport en commun et les municipalités qui
seront responsables de l'identification des besoins, l'idéation et la
réalisation des projets qui ne seront pas pris en charge par MIQ. Il faut leur
donner les coudées franches pour développer, en leur accordant notamment de
nouveaux pouvoirs identifiés au PL 62. Il est aussi essentiel d'instaurer
une culture de collaboration et de transparence car il existe certaines
méfiances de la part des sociétés de transport en commun et des municipalités
vis-à-vis cette nouvelle agence. Ils craignent de se faire imposer des
décisions et des coûts. Il faut une structure partenariale en prévoyant que les
sociétés de transport soient étroitement
impliquées dans les projets confiés à MIQ, même si celui-ci restera maître
d'oeuvre.
Enfin, et non le moindre pour nous, c'est
l'importance de mettre en place les conditions gagnantes pour maximiser les
retombées en aménagement du territoire des projets de transport. Les projets
majeurs de transport collectif ne doivent pas uniquement être des projets
d'infrastructure, mais bien des projets urbains qui s'intègrent bien dans leur
milieu et qui sont des leviers pour le redéveloppement urbain.
Nous proposons d'inscrire dans le projet de loi
que Mobilité Infra Québec doit prendre en compte les schémas d'aménagement et
les plans d'urbanisme lors de la réalisation de ses mandats, que ses projets
doivent concourir à un aménagement durable du territoire et que les choix
d'intervention doivent respecter les orientations de la politique nationale de
l'aménagement du territoire. Conséquemment, il sera clair que l'agence doit avoir
une vision plus large de l'impact et de ses projets. Il sera aussi essentiel
que l'agence se dote d'expertise en aménagement du territoire au sein de son
conseil d'administration et de ses équipes d'employés.
Finalement, une réflexion
s'impose sur comment tirer pleinement bénéfice des nouvelles infrastructures de
transport...
La Présidente (Mme Schmaltz) : 30 secondes.
Mme Prud'homme (Nathalie) : ...en
termes de développement urbain. Dans ce sens, nous appuyons la demande des
sociétés de transport en commun d'élargir leurs pouvoirs. Toutefois, nous
devons... nous suggérons d'aller plus loin et de donner des pouvoirs
supplémentaires aux entités publiques municipales et les organisations en
société de transport.
En conclusion, nous appelons le gouvernement à
bonifier le projet de loi n° 61 pour élargir le mandat de Mobilité Infra
Québec, dépolitiser la planification, mieux définir les rôles et
responsabilités de tous et chacun...
La Présidente (Mme Schmaltz) : Je
suis désolée...
Mme Prud'homme (Nathalie) : ...et
assurer une réelle prise de l'aménagement du territoire.
La Présidente (Mme Schmaltz) : Bon,
OK, parfait. Excellent. Merci beaucoup. Alors, on va continuer la discussion
avec la ministre pour 15 min 30 s.
Mme Guilbault : Oui. Merci, Mme la Présidente. Merci beaucoup, madame,
monsieur, d'être ici avec nous ce soir, comme je le dis à tous, de prendre le
temps de venir nous rencontrer en personne. Vraiment, là, c'est quand même remarquable comme effort. Vous auriez pu
simplement transmettre votre mémoire et vous venez nous le présenter. Donc, un grand merci, à cette heure-là
en plus. Bref, tout le monde est bien occupé dans la vie. Alors, merci beaucoup.
Des choses intéressantes là-dedans, des choses
qui se recoupent. Vous êtes notre 27e groupe, imaginez, le dernier. Donc,
beaucoup de choses ont déjà été dites, certaines que vous reprenez, d'autres
que vous amenez. Alors... Puis on n'a pas le temps de tout aborder, mais comme
je l'ai fait avec tous vos prédécesseurs ou à peu près, simplement pour être certaine, puis parce que dans votre cas, vous avez
dit... tu sais, je... Donc, je ne suis pas certaine. Est-ce que
l'association ou l'ordre... Comment vous... C'est l'ordre?
Une voix : ...
Mme Guilbault :
C'est l'Ordre des urbanistes, c'est ça. Donc, c'est l'Ordre des urbanistes.
Est-ce que vous appuyez le projet de loi n° 61 ou est-ce que vous le
faites... parce que je vous ai entendu dire... C'est sûr que je pense que vous êtes conscients, comme nous tous, qu'il y
a beaucoup de discours sur des volontés de projet, sur des volontés de
transport collectif, sur des volontés de développement, sur toutes sortes
d'affaires, mais encore faut-il être capable de
le faire après. Puis là je pense qu'on est rendu là, en 2024, puis je
pense qu'il y a un leadership à prendre de la part du gouvernement, puis
c'est exactement ce qu'on fait avec le projet de loi n° 61.
Mais, en même temps, je vous entendais
dire : La création d'une nouvelle structure administrative n'est pas
garante... Et puis, là, je n'ai pas écrit les autres mots, mais elle n'est pas
garante nécessairement, probablement, de plus d'efficacité, ou plus de projets
livrés, ou... bon, tu sais, puis on ne veut pas faire une structure pour une
structure, si je décode bien ce que vous voulez dire. Puis on est d'accord avec
vous. C'est pour ça qu'on veut quelque chose
qui soit le plus agile possible, le plus concentré possible comme expertise
spécifique dédiée, mais bref, donc... Alors, juste pour être certaine de
bien camper votre position, est-ce que l'ordre appuie le projet de loi ou
est-ce... ou sinon quelle serait votre position?
• (18 h 50) •
Mme Prud'homme (Nathalie) : Comme
précisé, nous, on voit d'un bon oeil la création de cette structure pour, tout
d'abord, l'occasion qu'on se donne de bien structurer nos projets phares pour
le transport collectif. Il est temps qu'on agisse, il est temps qu'on se
structure. On s'aperçoit qu'il y a eu beaucoup d'interventions un peu partout,
des chantiers qui ont été mis en place. Maintenant, il est temps de rendre les
choses cohérentes, et on voit ça comme une opportunité de cohérence, mais avec
des ajustements. Alors, oui, pour une structure telle que vous le suggérez,
mais avec plusieurs ajustements qu'on vous suggère, surtout par rapport à
l'aménagement du territoire.
Mme Guilbault : Parce que c'est dans le... non, pas la mission, mais dans
l'article 74, là, donc, dans le projet de loi, et il y a d'autres articles
aussi, notamment un article où on dit... puis peut-être que je vais l'insérer
ici parce que ça a été discuté tout à l'heure, mais ensuite, comme j'ai...
comme on a des droits de parole successifs puis qu'on ne reparle pas pour un même groupe... Il y a un article, au
chapitre II, l'article 4... l'article 3 du chapitre II,
dans le projet de loi, qui vient préciser... parce que c'était un souci
de la Société de transport de l'Outaouais, mais je vais faire le lien ensuite
avec ce dont on est en train de parler, qui vient dire qu'un projet déjà en
réalisation va rester sous la responsabilité de l'instance qui est en train de
le faire... donc, peut-être en réponse, là, à ce qui avait été évoqué avec
la Société de transport de l'Outaouais.
Puis, pour nous... on a un très, très grand
souci de collaboration, et, pour nous, c'est une évidence parce que... Vous
parlez de l'aménagement du territoire. C'est sûr que les municipalités sont les
premières dépositaires de l'aménagement de
leur propre territoire. Alors, ça, c'est certaines, pour... celles qui ont une
société de transport, inévitablement, travaillent de près avec la société de transport pour
l'organisation du transport, le... puis le développement, l'aménagement,
et tout ça. Et, pour nous, on a une très grande volonté de collaboration. Tu
sais, pour nous, c'est une évidence, je le dis, on ne va pas imposer un projet
à une municipalité, on va encore moins imposer de l'argent pour un projet dont
une municipalité ne voudrait pas.
Alors, quand vous dites : On appuie
l'agence, moyennant certaines modifications, certaines suggestions, notamment
sur l'aménagement du territoire, le fait que le souhait soit formulé
verbalement à plusieurs reprises et que certains éléments soient enchâssés dans
le projet de loi, dans divers articles, de collaboration, de fonctionner par
entente... Et veux veux pas, si on a une entente avec une municipalité, elle,
qui participe, si elle participe à une entente,
elle le fait avec l'ensemble de ses besoins puis l'ensemble de ce qu'elle doit
prendre en compte, notamment le développement de l'aménagement de son
territoire. Tout ça pour dire que... Est-ce que vous sentez, est-ce que vous jugez que ce souci-là d'avoir des ententes puis de
fonctionner avec les municipalités, les sociétés de transport, etc., va
dans le sens de ce que vous évoquez comme préoccupation?
Mme Prud'homme (Nathalie) : Oui, en
partie, parce que, vous avez raison, ces municipalités, ces entités-là ont l'obligation de respecter leurs propres outils
de planification qu'ils mettent en place suite aux exigences
gouvernementales également.
Cependant, du fait que ce ne soit pas inscrit,
la place de l'aménagement du territoire, les obligations par rapport aux
schémas, par rapport au respect des règles en place, en termes d'aménagement du
territoire, c'est comme si on sentait ou on avait l'impression que ce n'était
pas une priorité.
De l'enchâsser
dans le projet de loi, ça donnerait une force, ça donnerait du pouvoir. Et
sachez que l'aménagement du territoire, c'est rentable, parce que des
villes bien planifiées, bien organisées, ça attire, c'est attractif, c'est
fonctionnel, et on n'est pas obligé de réinvestir parce qu'on a fait des
erreurs dans la façon d'agir sur le territoire. Par conséquent, déjà, de
l'inscrire dans le projet de loi, ça donnerait une priorité ou un intérêt à se
préoccuper encore plus ou à tous les paliers gouvernementaux de la... de la
chose, de l'aménagement du territoire, si vous
voulez. C'est important de l'inscrire, c'est important de le voir, comme quoi
que c'est une obligation qu'on se donne tous de respecter.
Mme
Guilbault
: Puis, tu sais... Bien, c'est certain que c'est une notion incontournable
pour nous, là, d'instinct, quand on parle de transport collectif, avec tout le
développement puis l'organisation que ça amène, les TOD. On donne
souvent l'exemple de Brossard, là, depuis qu'on a fait le REM, tout ce que ça a
amené comme développement. Par ailleurs, vous le dites, les lois et règlements
du gouvernement prescrivent eux-mêmes des obligations en termes de schéma
d'aménagement, et tout ça. Il y a les OGAT aussi qui existent et celles
qu'on... Je ne sais pas si elles ont été rendues publiques, les dernières OGAT.
Oui? Bon.
Mme Prud'homme (Nathalie) : Oui.
Mme
Guilbault : Alors... puis il y en a... il y en a une sur le
transport, donc... Alors, c'est certain que nous-mêmes, on donne des
obligations aux municipalités, en termes d'aménagement, alors c'est sûr qu'il y
aurait quelque chose d'illogique à ne pas se
conformer à ce que les municipalités ont produit, en termes d'aménagement, ou
les MRC, dans la mesure où c'est nous qui le demandons.
Et peut-être, puis je vais vous laisser réagir,
évidemment, mais peut-être aussi, sur la notion de MRC, je l'avais évoqué avec
un groupe, aujourd'hui ou la semaine dernière, mais je pense que c'est
aujourd'hui, sur la planification... parce que ça revient aussi beaucoup, la
planification. Puis un des éléments qui, pour nous, est intéressant, c'est la
capacité de planifier de manière nationale, parce que ce qu'on a de plus vaste
comme instance de planification actuellement, c'est l'ARTM pour la CMM. Bon, la
CMM, c'est presque la moitié du Québec, mais ce n'est quand même pas de tout le Québec. Et je donnais l'exemple du
tramway ici, à Québec. Dès qu'on se met dans la planification du projet
de tramway, là, le rapport de la Caisse qui a été déposé, le projet CITÉ, comme
on l'appelle maintenant, rapidement, on
déborde à Lévis. Puis c'est sûr que... on a une CM à Québec aussi, la
communauté métropolitaine. C'est sûr qu'autour, là, tu sais, on déborde
très rapidement de l'entité administrative de la ville.
Et donc
d'avoir une instance qui est capable d'avoir... ou qui a les leviers, le
pouvoir d'avoir une planification plus régionale qui ne sera pas
déléguée à une ville qui, elle, va dire : En dehors de ma ville, ça tombe
à la MRC... Là, l'autre... la MRC ne veut pas s'en occuper parce qu'on change
de territoire avec l'autre MRC. Nous, on vit ça, là. Dans le transport interurbain, dans le transport adapté, dans d'autres
réseaux de mobilité, on vit cette réalité-là sans arrêt, sans arrêt,
sans arrêt.
Donc, pour le transport collectif, je vois le
même enjeu et je trouve que se doter de Mobilité Infra Québec nous donne ce
levier-là ou cet outil-là comme État de s'occuper de cette planification-là qui
va déborder une entité administrative ou une autre, là, qui va dire : Ce
n'est pas mon problème, je n'ai pas d'argent, ce n'est pas... tu sais, alors...
Parce que, d'une MRC à l'autre, vous le savez, des fois, ce n'est pas du tout
les mêmes besoins, ce n'est pas tout le monde qui a envie de travailler
ensemble, puis le financement, il y en a qui ne veulent pas payer, etc.
Donc, est-ce que vous pensez aussi qu'en termes
de planification on va augmenter nos chances d'avoir une réelle planification à
portée régionale, voire nationale?
Mme Prud'homme (Nathalie) : Oui,
vous avez tout à fait raison, c'est une opportunité qui est donnée en ayant une
organisation comme celle-là. D'ailleurs, dans notre recommandation
d'amélioration du projet de loi, on spécifie qu'il serait
peut-être bien aussi de donner un mandat un petit peu plus large au MIQ en lui
donnant la possibilité d'avoir une vision globale, de savoir tous les projets
en planification de transport collectif qui s'en viennent pour avoir une vision
de ce qui s'en vient au Québec de structure en termes de transport en commun.
On est à la pièce. Est-ce qu'on pourrait avoir cette vision globale? Alors,
c'est un peu ce qu'on suggère dans le document que nous avons déposé. Alors, ça
s'inscrit dans ce que vous amenez, si vous voulez.
Mme
Guilbault : Vision globale dans le sens
d'une séquence de projet qu'on est capable d'anticiper...
Mme Prud'homme
(Nathalie) : Exact.
Mme
Guilbault : ...et d'une priorisation aussi, parce qu'il y a
beaucoup de besoins. Mais là le facteur limitant est toujours l'argent dans la
vie, là. C'est vrai dans tous les pays, en tout cas, à ma connaissance.
Peut-être qu'il y a des exceptions, tant
mieux pour eux, mais, en général, le facteur limitant, c'est l'argent, donc une
priorisation aussi qui est importante.
Mme Prud'homme
(Nathalie) : C'est ça. Ce qui est intéressant aussi de voir dans
l'organisation, c'est qu'on a plusieurs
bibittes qui s'occupent du transport en commun, mais il y a une difficulté à
avoir une vision globale de toutes les agences. Alors, est-ce qu'il y a
une opportunité de faire une certaine clarification sur comment se combinent
toutes ces organisations-là, comment on peut avoir cette vision globale? On a
peut-être... Et c'est pour ça qu'il faut voir comment... à partir de cette
opportunité que vous donnez avec ce projet de loi là, comment on pourrait
bonifier de manière à aller peut-être d'une façon plus cohérente un petit peu
dans la façon de voir le transport collectif. Oui, on a le souci de
rationaliser les dépenses, mais aussi, c'est comment rationaliser nos actions
aussi de façon cohérente, ensemble.
Alors, c'est tout ça
qu'on dit. Oui, il y a une structure, mais cependant, en soi, est-ce qu'elle
répond à tous les besoins que nous avons, c'est-à-dire de clarifier les liens
entre toutes les organisations, avoir cette vision globale? C'est ce qu'on
demande d'une certaine façon. Alors, profitons de l'opportunité.
Mme
Guilbault : Oui, absolument.
Effectivement, c'est ça, c'est une opportunité parce que... plusieurs l'ont
dit, puis moi, je suis de celles qui pensent que le statu quo n'est plus
tenable ou, enfin, si on tient le statu quo, on va continuer de parler un peu
dans le vide parce que... Puis je parle beaucoup du projet de l'est de
Montréal. Ça prend un projet dans l'est de Montréal. On a vu, là,
successivement... Au début, on le donne à la caisse. Finalement, ça ne
fonctionne pas. On le donne à un comité, mais ils ne sont pas vraiment en
mesure de le réaliser, et là on est vraiment dans un cul-de-sac réel, là, avec
un projet concret. Ça fait longtemps que l'est de Montréal a besoin d'un projet
en mobilité. Alors, c'est un des exemples.
• (19 heures) •
Je ne sais pas à quel
point... Puis j'aimerais ça vous amener sur le développement. Évidemment, vous
êtes des urbanistes, donc l'aménagement du territoire, probablement, est votre
principale passion ou intérêt dans la vie, j'imagine, si vous avez étudié
là-dedans, puis le combiner avec une autre chose qui est revenue souvent, c'est
tout le potentiel de développement et de retombées financières autour de ce
développement-là. Je vous parlais de Brossard tout
à l'heure, qui est l'exemple dont on parle le plus souvent, mais il y a
d'autres exemples en latence un peu partout, là, entre autres, à
Montréal. Il y a beaucoup d'actifs de transport collectif, à Montréal, qui sont
sous-développés, parce que la possibilité n'existait pas, nécessairement, de le
faire. Il y a la question des droits aériens, mais on peut faire plus aussi. On peut faire du logement. La
STM est venue, la ville de Montréal est venue, et nous, on est d'accord avec ça, on l'a dit, je l'ai dit souvent au micro.
C'est dans notre stratégie d'habitation qui a été déposée par ma collègue
ministre de l'Habitation.
Donc, comme
organisation intéressée par la chose... et comme vous venez ici, en commission,
je ne sais pas si vous avez déjà... si vous
vous êtes déjà penchés ou fait une appréciation, un peu, de ce qu'il y a comme
disponibilités sous-exploitées, en termes de développement, à même les
actifs de transport collectif dont on dispose déjà au Québec. Puis je parlais
de la STM, mais c'est vrai aussi pour Exo, c'est vrai pour certains autres
actifs, tout ce qu'on pourrait avoir comme développements qui pourraient
découler de ça, pour le bien citoyen, parce que, quand tu fais une garderie ou
quand tu fais du logement, c'est sûr que, pour le citoyen, c'est excellent,
puis aussi en termes de retombées financières qui peuvent être réinvesties dans
les projets. Je ne sais pas à quel point vous vous êtes penchés là-dessus. Peut-être pas une cartographie fine,
j'imagine, mais possiblement que vous avez déjà analysé la chose,
jusqu'à un certain point.
Mme Prud'homme
(Nathalie) : Je voudrais prendre plutôt la balle au bond par rapport
au fait que... comment la planification du
transport structurant peut être une opportunité urbanistique de faire du bon
développement urbain. Et de... Tous les projets structurants qui ont été
faits avec la vision de la planification urbaine, ils ont été gagnants dans le
développement des municipalités. Prenons, par exemple, la ville de Bordeaux, en
France, que ce soit Strasbourg... Ils ont développé tous leurs secteurs en
fonction du transport, par exemple, du tramway. Bien, ils ont tout redéveloppé la ville, tout repensé la
ville de manière à ce qu'elle soit bien pensée, bien réfléchie et accueillante
en termes de développement économique aussi, parce que c'est rentable, pour le
développement économique, d'avoir des réseaux de transport collectif bien
développés. Alors, oui, il y a une opportunité à ça.
Puis
vous dites : Est-ce qu'on pourrait profiter des vides, ou des
aménagements, ou des espaces qui ne sont pas, peut-être, valorisés, pour rendre
ça plus rentable? Oui, on devrait aller dans ce sens-là. Et oui, on devrait...
puis c'est ce qu'on vous demande ici, de
donner du pouvoir, même, aux entités de transport collectif, de pouvoir eux-mêmes
développer, et de mettre en valeur des terrains, et de faire des acquisitions
dans l'immobilier, etc. Alors, je pense qu'il faut vraiment voir le
développement du transport structurant comme une opportunité de développement
logique du territoire et rentable, également.
La Présidente
(Mme Schmaltz) : C'est tout le temps que nous avions.
Mme Guilbault : Excellent. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Schmaltz) : Alors,
merci à... merci beaucoup. Alors, je vais céder maintenant la parole,
donc, à l'opposition officielle pour... Ça va?
M. Derraji :
Oui. Je n'ai pas bu de café.
La Présidente
(Mme Schmaltz) : Pour 12 min 23 s.
M. Derraji :
Merci beaucoup. Bonjour à vous deux. Excellent mémoire, et je note que...
Vous faites bien de nous parler de l'aménagement du territoire. Et ce que j'ai
aimé dans votre mémoire et l'exposé que vous avez fait tout à l'heure, et
corrigez moi si je me trompe, c'est le lien que vous faites avec l'aménagement
du territoire, si j'ajoute la mission et la vision, mais surtout le développement
économique, parce qu'on a tendance à penser que c'est des vases non
communicants pour qu'un... un bon aménagement du territoire, avec une bonne
définition de la mission et de la vision de ce qu'on veut, ce serait la clé
d'un développement économique réussi. Donc, je me permets de vous dire merci et
bravo de ramener cet enjeu, parce que vous êtes probablement un des... je
dirais, probablement, le seul groupe qui a parlé, d'une manière très précise,
de l'aménagement du territoire.
J'ai une série de
questions, mais je vais commencer par la mission. Et je ne sais pas si vous
m'avez entendu poser des questions, tout à l'heure, à deux groupes, mais pour
moi, c'est primordial, si on veut réussir... Et je vous ai entendu répondre à
Mme la ministre par rapport à votre appui au projet de loi et à la notion de
l'agence, mais je pense que c'est
primordial, prendre le temps nécessaire pour définir la mission du MIQ. C'est
central, pour moi, c'est ce que je vois. Avant d'entreprendre d'autres
discussions, si on ne s'entend pas sur la mission, bien, c'est, pour moi...
c'est une structure où on va centraliser le pouvoir. C'est la lecture que je
fais de l'agence. Je ne sais pas, est-ce que vous
partagez ce constat avec moi que, si on ne précise pas la mission du MIQ, c'est
juste une forme de centralisation et que, probablement, on n'aura pas
les résultats escomptés ou souhaités?
Mme Prud'homme
(Nathalie) : Écoutez, c'est clair, dans notre mémoire, on dit tout
d'abord qu'on est d'accord avec cette démarche-là. Cependant, on suggère de
bonifier le mandat et d'aller plus loin. Par conséquent, c'est à redéfinir ou à
clarifier, le rôle de cette agence, de manière aussi à savoir comment on
partage les choses, comment les autres organisations vont s'imbriquer à travers
cette nouvelle structure là. Par conséquent, un mandat clair doit
nécessairement être défini. Et pour nous, ce mandat-là, on le voit avec les
ajouts qu'on propose à l'intérieur de notre mémoire, c'est-à-dire de donner une
vision globale, de savoir où on s'en va avec le transport collectif, de pouvoir être un acteur-conseil auprès de la
ministre au niveau des projets, donc d'avoir cette vision globale. Parce que si
on se prononce uniquement sur un projet, bien, on fait fi de tout ce qui s'en
vient et ce que sera le développement.
M. Derraji : Ça fait beaucoup de sens.
Une vision globale sur la mobilité avec des plans, on peut dire cinq, 10, 15,
20, 30 ans, avec... Voilà où on veut se diriger. Et ça va faciliter, par
la suite... Et la question de l'aménagement du territoire... et on va plus se
poser des questions... Oh! on arrête le projet parce qu'on n'a pas de
financement. Parce qu'avec cette vision, selon vos propos, si on a la vision
claire de la mobilité, par la suite, bon, on va voir, est-ce que, dans le
PQI, ça suit.
M. Alfaro
Clark (David) : Si je peux... Tel que proposé, les mandats de MIQ sont
100 % à la discrétion de la ministre. Tu sais, il n'y a aucune
qualification d'office que cette agence doit faire, puis les projets, c'est à
la demande de la ministre. Nous, on pense qu'il faut avoir, de un, cette vision
d'ensemble, une sorte de planification qu'ils doivent faire et aussi qu'ils
devraient conseiller à la ministre, sur la base d'expertises, sur la base des
critères objectifs, quels projets sont prêts d'aller à l'étape réalisation.
M. Derraji : Oui. Vous avez dit, et
c'est très clair, merci beaucoup, hein, vraiment très, très apprécié, vous avez
dit qu'il est fondamental que les gouvernements de proximité soient impliqués
du début à la fin. Est-ce que vous considérez que le projet de loi, tel que
proposé, libellé, implique les gouvernements de proximité?
Mme Prud'homme
(Nathalie) : Bien, écoutez, nous, on a estimé qu'il était important de
le mentionner dans le texte, parce que ça ne transparaissait pas à travers la
lecture du projet de loi. C'est sûr qu'on peut supposer que, s'il y a des ententes avec les municipalités, que
les municipalités vont respecter les règles urbanistiques, plans d'urbanisme, schémas,
etc., mais nous, on souhaiterait vraiment que l'aménagement du territoire soit
inscrit à l'intérieur de ce projet de loi là.
M. Derraji : Oui,
ce qui me ramène à... au fait, c'est comme... vous me devancez dans les
questions, mais j'aime... gardez-la, parce
que j'ai plein de questions par rapport à ça. Vous avez dit que MIQ... réponse
incomplète. Si je vous dis : Ce qui manque au MIQ, à part
l'aménagement de territoire que vous insistez qu'on doit l'amender, au niveau
de la mission... au niveau de la mission, qu'on rajoute la notion d'aménagement
du territoire?
Mme Prud'homme (Nathalie) : Bien,
ça fait partie des enjeux, dans le sens qu'à partir du moment où j'ai un réseau de transport structurant à analyser,
bien, il faut que cette analyse-là comprenne tous les enjeux de développement
du territoire, les schémas, les plans d'urbanisme, etc. Donc, ça fait... c'est
qu'il faut que ça fasse partie des conditions d'analyse d'un projet.
M. Derraji : Oui. Et si c'est
le cas, c'est là que... c'est là où l'agence va jouer son rôle d'avoir un
portrait, une vision globale de la mobilité, parce que c'est lié. Si on n'a pas
ça, la vision de l'aménagement du territoire, c'est comme... on manque un bout
par rapport à la vision, là. Est-ce que j'ai bien résumé?
Mme Prud'homme (Nathalie) : Oui,
bien, ça va... on ne peut pas faire l'un sans l'autre.
M. Derraji : Sans l'autre.
C'est parfait.
Mme Prud'homme (Nathalie) : Impossible.
C'est indissociable, comme je le précisais.
M. Derraji : C'est parfait.
Non, mais je vous pose des questions, parce que nous aussi... vous nourrissez
notre réflexion. Et je trouve tellement ça intéressant parce que ce sont des
propos qu'on entend la première fois, et je vous remercie.
• (19 h 10) •
Vous avez aussi parlé de la structure de
financement — désolé,
parce que j'ai plein de messages — structure de financement qui n'est pas
précise. Je me pose la même question que vous. La ministre, depuis un bout...
je ne tiens pas à vous rappeler qu'on a 11 milliards de déficit. Vous avez
vu le gel d'embauche, vous avez vu même l'arrêt de certaines structures. Et la
ministre, avec raison, dit : Écoute, le fédéral, il faut qu'il bouge. Avec
raison, je la seconde et je l'appuie dans ce sens. Mais à certains moments, les
moyens sont limités, qu'on a, avec un territoire qu'on a. Mais comment, vous,
vous voyez la résolution de cette équation? On vit dans un contexte, peu
importe le gouvernement qui va être au pouvoir en 2026... même si on lance
l'agence, aujourd'hui, on ne peut pas avoir des miracles en termes d'argent ou
de sous supplémentaires. Comment voyez-vous la structure de financement du MIQ?
Mme Prud'homme (Nathalie) : C'est
une grosse question. C'est sûr qu'il faut...
M. Derraji : Je n'ai pas de
réponse mais je réfléchis avec vous à haute voix.
Mme Prud'homme (Nathalie) : D'accord.
Moi, je reviendrais plutôt sur l'objectif du Plan pour une économie verte, dans
lequel il était proposé d'arriver à une parité entre le partage des budgets
pour le transport routier et le transport collectif. On parlait de 50-50, un
partage qu'on devrait voir, un 50 % en transport en commun, 50 % pour
le transport routier. Pour l'instant, on n'atteint que 27 %. Alors donc,
c'est une question de choix aussi. Quand on a des moyens limités, bien, il faut
faire des choix. Ça dépend des priorités qu'on se donne. Pour nous, on aimerait beaucoup que le transport collectif soit
une priorité réelle et qu'on voie le Québec d'aujourd'hui se développer
avec cette priorité-là.
M. Alfaro Clark (David) : Je
pense aussi qu'il faut... qu'il faudrait dépoussiérer le rapport du chantier
sur la mobilité durable pour explorer toutes les pistes de nouveaux...
nouvelles sources de financement qui sont mises de l'avant. Parce qu'il y a eu toutes sortes de chantiers de réflexion pour,
tu sais, toute cette question de comment financer les transports
collectifs, comment remplacer la taxe sur l'essence qui, avec
l'électrification, va générer de moins en moins
de revenus. C'est sûr que c'est des questions qui sont difficiles, qui sont
sensibles, au niveau politique, mais il faut aboutir cette réflexion sur
le financement global de la mobilité.
M. Derraji : Mais pensez-vous
que la tribune pour faire cette discussion sur le financement doit être là,
dans ce cadre de ce projet de loi? Ou bien, si on ne le fait pas, c'est comme,
on donne... on se donne une agence qui... au bout de la ligne, c'est une
structure supplémentaire qui n'aura pas les moyens de réaliser peu ou pas de
projets?
Mme Prud'homme (Nathalie) : Je
vais vous répondre de façon générale, c'est-à-dire que, si on veut du transport
en commun, il faut faire des investissements. À savoir à quel endroit ça doit
être identifié, je pense que, si on met en
place une structure, il faut lui donner les moyens de vivre, il faut lui donner
les moyens de réaliser les projets. Par conséquent, c'est une question
de choix.
M. Derraji : OK.
L'indépendance... J'ai deux minutes. L'indépendance du MIQ, vous, est-ce que
vous préférez que le MIQ soit indépendant au niveau du choix de l'analyse des
projets, être autonome, ou bien doit recevoir la commande de la ministre
ou du ministre du Transport?
Mme Prud'homme (Nathalie) : Nous,
ce qu'on a suggéré, c'est qu'on doit dépolitiser les choix d'aménagement de
manière à ce qu'on puisse avoir une expertise dans les projets. Alors, on est
de... plutôt enclins à ce que ce soit dépolitisé et qu'il y ait le moins
possible d'interventions politiques dans les choix à décider.
M. Derraji :
Donc, le MIQ devrait pouvoir avoir la possibilité d'analyser les projets
sans avoir le mandat du gouvernement. Ça veut dire une certaine indépendance,
je dirais, pas un écart mais une certaine indépendance du gouvernement pour
avoir l'heure juste sur cette vision de mobilité qu'on aimerait avoir.
M. Alfaro
Clark (David) : Bien, on pense que MIQ devrait jouer un rôle de
conseiller auprès de la ministre, donc que ce soit MIQ qui analyse les projets,
qui décide : Voici un projet qui est bien ficelé, dont les besoins sont
bien démontrés, qui est prêt à passer à l'étape réalisation, et qu'il propose.
Après, ça appartiendrait à la ministre de décider
si on va de l'avant. Mais on pense que l'intrant de cette décision politique
devrait être sur la base de l'expertise, elle devrait se faire de façon
indépendante.
M. Derraji : D'où l'importance, si on
définit très bien la mission et la vision de cet organisme, techniquement,
on devrait avoir des projets qui remplissent le mandat ou la vision qu'on se
donne tous pour la mobilité durable. Dernière question... Oui?
La Présidente
(Mme Schmaltz) : Une minute.
M. Derraji :
Une minute. Dernière question sur le financement. Je ne sais pas si vous
avez vu le projet de loi que nous avons déposé, que j'ai moi-même déposé, sur
les revenus. Dans le projet de loi actuel qu'on a, c'est qu'on parle juste de
la vente d'immeuble. La plupart des sociétés de transport aimeraient faire du
développement avec une partie tierce pour faire comme l'exemple que je donne
souvent, Vancouver. Vous, où vous vous situez? Est-ce que c'est une bonne chose
ou pas?
Mme Prud'homme
(Nathalie) : Oui, c'est une très bonne chose. On trouve qu'on doit
donner les moyens aux organisations de pouvoir faire du financement, et c'est
une forme de financement.
M. Derraji :
OK. Merci à vous deux. Excellent passage, et très apprécié, votre mémoire.
Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Schmaltz) : Parfait.
Merci. Alors, on termine maintenant avec le député des Îles-de-la-Madeleine pour 4 min 8 s.
M. Arseneau :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Merci beaucoup, Mme Prud'homme,
M. Alfaro Clark. C'est du bonbon, ce que vous nous offrez, là, pour
compléter les consultations particulières sur ce projet de loi n° 61,
parce que je pense que vous résumez, de façon extraordinairement bien
documentée et bien exprimée, les lacunes, les failles du projet de loi actuel
et de l'agence qu'on veut créer. Vous parlez, de façon très diplomatique, du
fait que le projet est incomplet.
Mais je veux revenir
sur la question que mon collègue a abordée, celle de la planification, celle de
la vision. Est-ce que je comprends bien que c'est un peu la pierre d'assise de
ce qu'on doit établir, si on veut vraiment faire mieux, c'est-à-dire une vision
sur le plan urbanistique ou de l'aménagement, sur le plan de la mobilité,
c'est... c'est la base? Et si on parle d'une nouvelle structure, elle devrait
avoir ça comme mission de façon la plus autonome, la plus indépendante
possible. Est-ce que je comprends bien votre point de vue?
Mme Prud'homme
(Nathalie) : Vous avez très bien compris. Nous, c'est important
d'avoir une vision globale. Il faut comprendre le citoyen ou le public quand
ils reçoivent ou ils entendent, dans les journaux : Ah! il y a un projet
qui arrive, il y en a un autre qui arrive, etc. On ne comprend pas toujours
pourquoi il y en a un qui est accepté, l'autre qui est refusé, etc. Je pense
qu'on a besoin de se donner des outils, comme société, pour savoir où on s'en
va dans ce qu'on dit qui est... qui devrait être porteur pour le développement
de notre société, et le transport en commun va... et est porteur, si on veut
avoir une société qui est économiquement rentable, socialement rentable et qui
fonctionne. Donc, il faut qu'elle soit attirante et, oui, il faut avoir une
vision complète dès le départ.
M. Arseneau :
Et donc, si on veut véritablement avancer à améliorer le bien-être aussi de
la population, des citoyens et leur cadre de vie, nécessairement, on doit avoir
une planification de mobilité, une planification également urbanistique qui
nous permet une plus grande fluidité. Et je comprends que même le financement,
qui pourrait être vu comme étant, disons, la condition sine qua non pour y
arriver, même là, ça arrive en deuxième, parce que, si on n'a pas de vision, peu importe si on a de
l'argent, il faut d'abord savoir où on s'en va puis le financer. Je comprends
bien que c'est le cas, mais vous,
vous l'avez quand même en recommandation n° 1 : Réformer la
manière fondamentale... de manière fondamentale le financement du transport
collectif. Est-ce que, pour vous, c'est la priorité ou c'est...
Mme Prud'homme (Nathalie) : C'est un enjeu important, fondamental. Peut-être,
si tu veux développer davantage.
M. Alfaro Clark (David) : Bien,
on pensait que c'était important de le dire d'emblée qu'on peut bien créer des
nouvelles structures, s'il n'y a pas plus d'argent pour réaliser les projets,
on ne va pas changer de paradigme. On espère que MIQ va
dégager des économies, qu'on va travailler de façon plus efficace, mais ce n'est
pas réaliste de penser qu'on va pouvoir construire de nouvelles lignes de métro
entières ou des nouveaux tramways entiers avec juste des économies dégagées. Ça
prend plus de ressources.
M. Arseneau : Mais, en fait, si
je pouvais résumer, c'est... parce qu'on a dit : Grâce à ce projet de loi
là... on a entendu la ministre dire : bien, tu sais, on veut
plus de projets à moindres coûts et construire plus rapidement, mais on n'a pas
une cenne. Évidemment, là, il y a un problème dans l'équation. Mais je voudrais
vous entendre, pour terminer, à quel point c'est important que ça repose, la
vision puis les projets, sur la science et que ce soit dépolitisé.
Mme Prud'homme (Nathalie) : Sur
la science?
M. Arseneau : Oui.
Mme Prud'homme (Nathalie) : Parce
qu'on... Bien sûr, à partir du moment où on a étudié tout ce qui était... et
qui pouvait être rentable, tout ce qui était une... Quand on décide un réseau
de transport, quand on tient compte de
toutes les données, des analyses qui sont... qui appuient des décisions, bien,
c'est sur cette base-là qu'on doit prendre, de façon rationnelle, des
décisions.
M. Arseneau : Mais c'est ça,
est-ce qu'on néglige trop le fait que le transport, la planification de la
mobilité et même de l'aménagement du territoire, c'est une science... ce sont
des sciences?
Mme Prud'homme (Nathalie) : Bien
sûr, bien sûr. C'est une science parce qu'il faut aller chercher des données,
il faut analyser, il faut regarder plein d'intrants, il faut regarder tous les
impacts que ça peut créer et générer sur le territoire. Donc, il faut avoir
plusieurs considérations, plusieurs caractéristiques à tenir compte avant
d'arriver à suggérer un projet.
M. Arseneau : Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Schmaltz) : C'est
tout le temps que nous avions. Merci beaucoup. Merci de votre... contribution,
pardon, aux travaux.
Mémoires déposés
Alors, avant de conclure les auditions, je
procède au dépôt des mémoires des personnes et des organismes qui n'ont pas été
entendus lors des auditions publiques.
Compte tenu de l'heure, la commission ajourne
ses travaux au jeudi 19 septembre 2024, à 13 heures, où elle
entreprendra un autre mandat. Merci.
(Fin de la séance à 19 h 20)