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20e législature, 1re session
(7 octobre 1936 au 12 novembre 1936)

Par Frédéric Lemieux

Le contexte international

À l’automne 1936, la situation internationale préoccupe grandement l’opinion publique québécoise. En Europe, l’agressivité des régimes totalitaires laisse craindre une escalade vers un nouveau conflit armé de grande envergure.

En mars 1936, au mépris du traité de Versailles, les troupes d’Adolf Hitler pénètrent en Rhénanie, pourtant déclarée zone tampon démilitarisée entre la France et l’Allemagne. Aucun pays ne réagit à ce coup de force qui augmente la puissance et le prestige du führer en Europe. Deux mois plus tard, l’Italie vainc et annexe l’Éthiopie, dernier territoire africain libre de colonisation européenne. Chacun de ces actes militaires unilatéraux fait perdre à la Société des Nations (SDN) le peu d’autorité morale qu’il lui reste. En France, le Front populaire de Léon Blum se maintient difficilement au pouvoir dans un contexte politique aussi mouvementé. Partout en Europe, la montée de l’agitation fasciste et communiste provoque des surenchères nationalistes et des flambées de violence.

En Espagne, l’instabilité de la seconde république dégénère en guerre civile en juillet. Le Front populaire (la gauche, les « républicains ») et la droite nationaliste commettent d’horribles massacres durant tout l’été avant de se tourner vers l’étranger pour se procurer des armes. Hitler et Mussolini appuient les nationalistes du général Franco, tandis que l’URSS de Staline fournit des renforts aux républicains. À l’automne, après une poussée irrésistible, les troupes de Franco entreprennent le long siège de Madrid, alors aux mains des républicains. Jusqu’en 1939, c’est sur l’échiquier espagnol que prennent place les pièces qui mèneront l’Europe à un second conflit mondial.

La guerre d’Espagne cristallise les horreurs à la fois de la guerre, des massacres et du communisme1. De nombreux massacres de membres du clergé, œuvre des républicains, choquent l’opinion publique québécoise. D’ailleurs, les régimes fascistes suscitent encore une certaine sympathie au Québec, en 1936, en raison de leurs nombreuses réalisations sociales. Ils sont aussi vus comme des remparts contre le communisme.

Au Québec, on approuve la condamnation par le pape Pie XI des excès du Front populaire espagnol. Au début d’octobre, Mgr Georges Gauthier, l’archevêque de Montréal, dénonce le communisme dans une lettre pastorale. Le 25, il préside à Montréal une grande manifestation anticommuniste où 100 000 personnes viennent entendre des discours dénonçant le péril rouge. À Québec, le cardinal Jean-Marie-Rodrigue Villeneuve, accompagné de Maurice Duplessis, d’Adélard Godbout et du maire Joseph-Ernest Grégoire, rassemble 20 000 personnes au Colisée de Québec dans le même but2. Quelques jours auparavant, la présence à Montréal d’une délégation espagnole officielle – donc, représentant le Front populaire, mal vu au Québec – cause des échauffourées.

L’invasion italienne en Éthiopie a elle aussi des répercussions au Québec. Comme l’Angleterre tente de dissuader Mussolini de s’implanter en Afrique, ses pressions diplomatiques font craindre l’imminence d’une nouvelle guerre impériale et la réapparition du spectre du service militaire outre-mer. Ce douloureux souvenir est présent durant les élections générales de l’automne 1935 qui reportent William Lyon Mackenzie King au pouvoir. L’opposition à l’impérialisme britannique n’est pas que passagère : en octobre 1936, un pèlerinage sur la tombe d’Armand La Vergne, à Arthabaska, attire une grande foule. De nombreux orateurs nationalistes, dont les députés unionistes Chaloult et Grégoire, l’abbé Lionel Groulx, ainsi que des membres de mouvance séparatiste naissante, rendent hommage à La Vergne, figure emblématique de la lutte contre l’impérialisme3.

 

La scène politique québécoise

Déjà ébranlés par le résultat des élections générales de novembre 1935, les libéraux sont décapités lorsque Louis-Alexandre Taschereau, premier ministre depuis 1920, démissionne, le 11 juin 1936, à la suite des scandales révélés par Duplessis à l’enquête des comptes publics. La lourde tâche de gouverner la province échoit à Adélard Godbout, une figure nouvelle qui, espère-t-on, donnera l’apparence d’un renouveau après 39 ans de règne libéral.

Le 11 juin 1936, Godbout présente un Cabinet composé d’hommes qui ne sont pas associés à l’époque de Taschereau, figure devenue synonyme de corruption et de scandales. Un autre obstacle se dresse devant le nouveau premier ministre : la Chambre n’a pu adopter le budget, puisqu’elle a été dissoute avec la démission de Taschereau. La situation est donc intenable pour Godbout, forcé de gouverner par mandats spéciaux et mis sous pression par l’adversaire. Le 10 juillet, le gouvernement annonce des élections générales pour le 17 août.

Malgré la supériorité des moyens financiers du Parti libéral et l’aide massive des libéraux fédéraux – plus de 50 députés, Ernest Lapointe en tête, viendront épauler Godbout –, le gouvernement est gravement handicapé par les scandales. Duplessis vise ce point faible dans une campagne efficace et intensive qui fait lever un véritable vent de changement sur la province.

L’Action libérale nationale (ALN) achève de se fondre dans l’Union nationale. Fort d’avoir compté 26 des 42 députés de l’opposition élus en novembre 1935, ce groupe de nationalistes et de libéraux en rupture de ban accepte de servir sous Duplessis. En échange, celui-ci promet d’abattre la dictature économique grâce à la nationalisation de l’électricité, thème cher aux Hamel, Grégoire, Chaloult et Drouin et clé du contrôle pour les Canadiens français de leur développement économique et social. On doit souligner cependant la disparition politique de Paul Gouin, écarté par Duplessis et renié par Joseph-Ernest Grégoire lors d’un mémorable « discours-crachat ». Le petit-fils d’Honoré Mercier et fils de Lomer Gouin, peu charismatique et néophyte en politique, se retrouve isolé et n’est pas candidat à l’élection d’août 1936. Dorénavant, Duplessis attire vers lui les députés de l’ALN grâce à son expérience politique, son brio lors de l’enquête des comptes publics et ses attaques soutenues contre les trusts et l’ancien régime.

Après la victoire du 17 août 1936, la puissance apparente de l’Union nationale ne peut occulter le peu d’homogénéité de ce groupe formé de nationalistes, de bleus et de conservateurs anglophones, cimentés jusque-là par leur volonté d’abattre les libéraux. Une fois cette tâche accomplie, les attentes sont grandes. Dans un Québec en pleine crise, Duplessis incarne l’espoir d’un renouveau économique, national et social. Nombreux sont ceux qui s’attendent à ce que le premier ministre agisse rapidement contre les trusts, la fraude électorale, le chômage, les capitalistes véreux et autres engeances qui étouffent le peuple. Et puis, scande-t-on de partout en cette décennie troublée, l’heure n’est plus aux discours, mais à l’action! Après des années de misère, Duplessis sera-t-il celui qui mènera son peuple vers le renouveau?

Un premier choc survient quand Duplessis écarte du Cabinet Philippe Hamel, Ernest Lacroix et Ernest Ouellet. Certes, la rigidité de ces ténors de l’ALN, qui s’attendent et exigent d’entrer au Conseil exécutif tous en même temps pour mettre en branle leur programme, complique les délicates négociations autour de la formation du Cabinet. Mais la volte-face de Duplessis est surtout une trahison aux yeux de ceux qui, députés comme électeurs, sont encore fidèles à l’ALN. Ils boycottent l’assermentation, manifestent bruyamment devant le Château Frontenac et menacent de faire un mauvais parti au premier ministre. Celui-ci déclare le lendemain que jamais il ne cédera à l’intimidation.

Seul de l’ALN à accéder au cénacle, Oscar Drouin se voit confier le portefeuille des Terres et Forêts. Les autres espèrent qu’il pourra infléchir Duplessis sur certaines décisions, mais c’est là un mince prix de consolation. La méfiance envers le premier ministre grandit, mais on n’en est pas à la rupture. Le programme législatif de l’Union nationale reste à dévoiler. Certains, malgré l’épisode du Cabinet, sont prêts à laisser une chance au chef. Une question est sur toutes les lèvres : Duplessis réalisera-t-il ses promesses électorales? Maintiendra-t-il la cohésion de son parti? Les attentes sont grandes, l’impatience aussi, mais la session d’urgence de 1936 doit surtout régler des problèmes laissés en plan depuis plusieurs mois. Et Duplessis, quasiment plébiscité par la population, pourrait bien faire de grands changements.

 

Les forces en présence en Chambre

L’élection a donné 76 députés unionistes, contre 14 députés libéraux. La disposition des sièges en Chambre vaut à la minorité libérale d’être complètement enveloppée de députés de l’Union nationale. L’opposition est menée par Télesphore-Damien Bouchard, député de Saint-Hyacinthe, anticlérical notoire et politicien rompu aux règles du jeu parlementaire. Mais il n’est que chef parlementaire de l’opposition, car Godbout, défait lors des élections dans son comté de L’Islet, demeure chef du Parti libéral4. Les principaux lieutenants de Bouchard en Chambre sont Cléophas Bastien et Peter Bercovitch.

Du côté unioniste, à part Duplessis, seul le ministre des Mines, Onésime Gagnon, a une certaine expérience parlementaire et politique à titre de ministre fédéral dans le Cabinet de Richard Bennett. Le premier Cabinet Duplessis est inexpérimenté, tout comme la majeure partie de la députation. L’opposition libérale, bien que décimée, compte bien en profiter et faire voir au grand jour les dissensions internes chez la droite.

 

Une foule bruyante et nombreuse

L’effervescence qui entoure l’ouverture de la session le 7 octobre provoque l’assaut du parlement par la foule. L’Illustration nouvelle décrit l’envahissement des galeries réservées aux spectateurs, « sans égard aucun pour les dames », qui pousse le journaliste à se demander « si nous avons réellement perdu cette vieille politesse qui jusqu’ici était proverbiale de par tout le monde5 ».

Un tel afflux de curieux n’est pas sans provoquer des incidents. Le Devoir écrit qu’il faudrait un « véritable forum » pour recevoir tout le monde et s’inquiète de la sécurité advenant « une panique6 ». Cette foule énorme se masse aux portes de la Chambre et provoque des situations inhabituelles :

À 3 heures, on entendait des cris de la foule qui, debout depuis une heure, protestait vivement. Lorsque le président a donné l’ordre d’ouvrir les portes, deux gardiens ont été littéralement catapultés au milieu de la galerie où ils se sont ramassés comme ils ont pu. La porte centrale de la Chambre était constamment bloquée et les agents de police avaient toutes les difficultés du monde à ouvrir un passage aux députés qui voulaient arriver à leur siège7.

 

L’Orateur Paul Sauvé, soucieux du décorum, rappelle à l’ordre et menace même d’expulsion cette foule indisciplinée qui réagit aux répliques du premier ministre et du chef de l’opposition. En plus d’invoquer des raisons de sécurité, Sauvé ordonne au public admis sur le parquet de la Chambre de ne pas dépasser la barre, et que tous, hormis les députés, ont le devoir de se découvrir en Chambre.

Si Le Droit affirme que personne ne se permet, comme l’an dernier, de « manifestations déplacées8 », peut-être que son correspondant est moins attentif que celui de La Tribune qui décrit le comportement disgracieux de la foule :

[I]l ne s’est pas passé une seule journée qu’on n’ait pas été témoin, à la Chambre verte comme à la Chambre rouge, de déprédations absolument renversantes. Le président de la Chambre comme celui du Conseil législatif ont protesté publiquement contre la conduite de plusieurs individus pendant, après ou avant les séances. Les moins gênés ont craché et uriné sur les tapis et fauteuils de la salle du Conseil législatif lambrissée d’écarlate et où se déroulent les plus hautes fonctions de l’État, salle historique, où des fumeurs négligents ont brûlé les tapis en y laissant choir leurs mégots. À l’Assemblée législative, on révélait, la semaine dernière encore, que les serrures des bureaux de certains députés avaient été forcées manifestement dans un but de vol9.

 

Si tout cela est possible, il ne faut pas oublier que La Tribune, un organe libéral, a beau jeu de laisser entendre que le nouveau gouvernement attire une populace irrespectueuse de l’auguste parlement.

Il est vrai qu’une grande nervosité règne au parlement. Duplessis décide finalement d’en faire contrôler l’accès par la police après qu’un employé du bureau de l’Orateur eut été trouvé coupable – et dûment congédié – d’avoir distribué des tracts subversifs. En Chambre, le premier ministre rallie l’opinion de tous dans sa condamnation sévère de tels agissements10. Sa volonté de « sévir avec la dernière rigueur » contre les agitateurs témoigne de l’anticommunisme ambiant et annonce la fameuse loi du cadenas de mars 1937.

 

Le discours du trône

Le discours du trône place en priorité l’adoption d’un budget d’urgence, résultat du succès de l’opération de blocage du printemps contre le gouvernement Taschereau. L’agriculture et la colonisation, qui « constituent les assises les plus solides de tout progrès, économique et moral », reçoivent davantage l’attention du nouveau gouvernement grâce à la mise sur pied d’un programme de prêt agricole provincial.

L’accent est également mis sur l’exploitation des richesses naturelles et sur l’établissement de la jeunesse. Toutefois, même si on affirme tenir « particulièrement à ce que les ressources hydro-électriques de la province soient utilisées pour le bénéfice de notre population, à des taux raisonnables et à des conditions qui permettent l’électrification progressive de nos villages et de nos campagnes », il n’y a rien qui annonce un début de nationalisation de l’électricité, promesse si chère au groupe d’Hamel. Certes, le discours du trône contient bien des phrases telles « les ressources naturelles doivent servir le peuple et non l’asservir », et le désir de « réprimer, par tous les moyens à sa disposition, les abus et les excès de la finance », mais rien de concret n’est proposé sur ce plan.

Le gouvernement assaisonne par ailleurs son discours du trône d’accents empruntés au Programme de restauration sociale de 1933 : affirmation de la « primauté du capital humain sur le capital argent » et adoption d’une législation orientée vers « la protection et la sauvegarde du capital humain ». Ces thèmes, en plus de la notion de « session d’urgence », reviennent continuellement au cours de la session.

Dès le début de la session, c’est pour affirmer le caractère catholique de la seule Législature de langue française que l’on fait accrocher un crucifix au-dessus du fauteuil du président, geste imité quelques semaines plus tard par le Conseil législatif11.

 

Les mesures d’économie

On abroge d’abord la loi Dillon12, de triste mémoire, on abolit la commission des produits forestiers, et d’autres organismes tant décriés par l’opposition durant le régime Taschereau. Le poste d’agent général à Bruxelles subit le même sort après être demeuré vacant depuis 1928. Duplessis réduit également l’indemnité parlementaire, conformément à sa promesse électorale. Bouchard fait à ce sujet un discours fort intéressant sur les nombreux aspects contraignants du travail de député de l’époque. Il reviendra à la charge plusieurs fois à ce sujet, doutant de la popularité d’une baisse de salaire au sein de la droite13.

Il est bien vrai qu’un mécontentement diffus règne dans toute la Chambre face à cette mesure. Les journaux soulignent que de nombreux députés, surtout ministériels, prononcent de longs discours dans un but bien précis : faire durer la session parlementaire au-delà de 30 jours pour que l’indemnité des députés passe en moyenne de 300 $ à 2 500 $. Ce comportement intéressé tranche avec l’esprit d’économie que Duplessis cherche à instaurer par la réduction volontaire du salaire des parlementaires. L’enchaînement des discours-fleuves est manifeste durant le débat sur le crédit agricole, que tous appuient, mais qui s’éternise quelque peu. Duplessis sent même le besoin de rappeler ses députés à l’ordre et Bouchard a beau jeu de mettre en opposition cette attitude vénale avec la volonté d’économie, sincère ou non, voulue par Duplessis.

 

Le discours du budget

Le budget d’urgence est la simple reconduction du budget préparé par le gouvernement Taschereau au printemps. Le trésorier Fisher invoque l’urgence de faire fonctionner l’appareil gouvernemental, qui est près de la paralysie faute de fonds, avant d’analyser la situation financière réelle de la province. Le critique financier Peter Bercovitch l’accuse de s’en laver les mains, mais il se fait très modéré. Il ne peut désapprouver un budget qu’il aurait voté au printemps.

 

La lutte contre les trusts

Le groupe d’Hamel poursuit sa campagne antitrust dès la deuxième séance en dénonçant l’emprunt de 51 millions de dollars contracté par le gouvernement auprès d’Herbert Holt, l’un des plus puissants « trustards ». Duplessis, comme toute la Chambre, reste de glace après cette déclaration. Bien qu’Hamel appuie timidement certaines mesures du gouvernement, Duplessis et lui se livrent à des échanges acerbes. Duplessis le dépeint comme étant inspiré par la déception, allusion directe au désir frustré d’Hamel d’entrer au Cabinet. Le 4 novembre, Hamel lance un ultimatum au premier ministre en l’invitant à enclencher la nationalisation de l’électricité dès janvier 1937. Duplessis refuse et écorche souvent ceux qui, tels Chaloult et Grégoire, demeurent fidèles à Hamel.

Les mesures interdisant que les ministres fassent partie des conseils d’administration, ou encore la loi contre les abus de la surcapitalisation, sont loin de satisfaire ceux qui réclament la mise au pas des trusts. En somme, avec l’excuse qu’on ne peut tout régler en une session d’urgence, Duplessis gagne du temps. Il ménage encore l’ALN en faisant appel à sa patience et à son réalisme. Sur un autre front, il répond aux accusations de camouflage de Bouchard en disant qu’en deux mois « nous avons déjà fait plus que le gouvernement en 15, 20 ans! ».

 

Création de deux nouveaux ministères

Un ministère de la Santé est mis sur pied dans le but de protéger, encore une fois, le « capital humain ». C’est à son titulaire, le docteur Albiny Paquette, qu’échoient des responsabilités traditionnellement dévolues au secrétaire de la province à ce chapitre. Duplessis souligne que c’est la première fois qu’un médecin s’occupera de la santé au Québec, une allusion ironique au long mandat d’Athanase David (1919-1936) en tant que secrétaire de la province14.

La création du ministère des Mines, dirigé par Onésime Gagnon, vise à reprendre en main l’exploitation des ressources naturelles de la province, domaine qui, au dire du chef du gouvernement, profite presque exclusivement aux étrangers à cause de l’incurie de l’ancien gouvernement. Évidemment, Bouchard dénonce ces mesures qui contredisent la promesse électorale de Duplessis de réduire la taille du Cabinet.

 

Agriculture et régions éloignées

La création d’un crédit agricole provincial est la réalisation d’une promesse chère faite aux agriculteurs. Depuis le début des années 1920, le gouvernement Taschereau a toujours fermé la porte à cette mesure que des députés de régions rurales – libéraux comme conservateurs – présentaient en Chambre. Avant même que ne soit présentée la mesure, le député libéral d’Iberville, Lucien Lamoureux, annonce qu’il passe du côté des ministériels en raison de cette politique qui lui tient à cœur. Il faut dire que Lamoureux, dans le passé, a souvent transgressé la ligne de parti pour appuyer les motions de l’opposition proposant le crédit agricole15. Les ministériels profitent de ce prétexte pour dénoncer l’incurie de l’ancien gouvernement qui a toujours refusé d’adopter une telle loi.

Plusieurs mesures visent à améliorer la situation dans certaines régions éprouvées par la crise. En Gaspésie, le gouvernement ordonne l’expropriation du moulin à papier de Chandler pour le revendre à des entrepreneurs qui sauront le relancer. On désire également relancer la recherche de gisements de pétrole dans la péninsule. Dans le domaine forestier, le salaire des bûcherons est augmenté, eux qui ont beaucoup souffert des effets de la crise.

 

Quelques mesures sociales

Une autre promesse électorale de Duplessis est réalisée grâce à un amendement à la loi des accidents du travail, qui permet aux accidentés de choisir leur propre médecin. Précisons qu’une loi des pensions de vieillesse avait été adoptée en catastrophe par le gouvernement Taschereau, en 1936, après des années de tergiversations fédérales-provinciales.

Durant cette session, il n’y a pas de projet de loi concernant spécifiquement le droit de vote et d’éligibilité des femmes. Mais Camille-Eugène Pouliot, député unioniste de Gaspé-Sud, a promis aux électrices de son comté qu’il réclamerait le droit de vote pour les femmes en cette Chambre. » Il n’y a pas de promesses que je tiens avec plus de plaisir que celle-là, car je dois beaucoup à mes électrices de Gaspé », précise-t-il. (5 novembre) Il aborde le sujet durant l’étude du bill 20 concernant l’élection des députés à l’Assemblée législative. Par un amendement, il propose d’enrayer les mots « sexe masculin » de l’article 12 du bill.

L’éloquence des promoteurs du suffrage féminin, encore une fois, ne suffit pas à faire adopter cette mesure. Les arguments annuellement répétés, tantôt convaincants, tantôt boiteux, se succèdent durant quatre heures consécutives. Le premier ministre ne se prononce pas, mais vote contre. En fait, seuls les ministériels animent ce débat sous les regards amusés de l’opposition. Nombreux sont ceux qui s’absentent au moment du vote16.

Pendant l’étude de la Loi électorale, on fait état de l’ampleur des fraudes aux dernières élections. La carte d’identité pour les électeurs est considérée comme le moyen le plus sûr de combattre ce fléau. L’approche des élections municipales à Montréal maintient cette question à l’ordre du jour. Adhémar Raynault, député de L’Assomption et candidat à la mairie de Montréal contre Camillien Houde, parle en détail des mœurs électorales dans la métropole.

 

Poursuite de l’enquête des comptes publics

Au comité des comptes publics, Duplessis promet plusieurs fois que de nouveaux coupables seront trouvés. On se scandalise d’abord de l’absence de Jimmy Valentine, un organisateur libéral important, opportunément parti en voyage au moment de sa convocation. Le ton y est beaucoup moins parlementaire qu’en Chambre. Une fois au pouvoir, Duplessis peut convoquer ceux qu’il veut, rudoyer les témoins, chasser les avocats de la défense17. Très vite, l’opposition fait exprès pour hausser le ton au point où les délibérations tournent plus souvent qu’autrement en foire d’empoigne.

Après les séances du comité, on distribue des comptes rendus in extenso à ceux qui n’ont pu être admis dans la salle, textes que les journaux n’hésitent pas un instant à publier le lendemain dans leurs pages. Cet appendice explosif de la Chambre plaît à un public qui, bien souvent, assiste ensuite aux débats du Salon vert.

 

Bilan des débats

Le nombre de nouveaux députés élus en 1936 permet l’expression de nombreux points de vue intéressants. Duplessis doit laisser une certaine liberté à ces députés : il est bien conscient de diriger une coalition assez disparate sur laquelle son autorité reste à consolider. Résultat, l’orchestre qui siège à droite commet plusieurs fausses notes : on se déclare ouvertement contre la position d’un collègue unioniste, ou l’on fait comme Hamel qui demande directement au premier ministre sur un ton cassant de prioriser tel ou tel dossier. Plus grave est le cas du ministre de la Santé, Albiny Paquette, qui reconnaît avec candeur le mérite des unités sanitaires mises sur pied par Athanase David. (28 octobre) Ce discours agace Duplessis qui peint systématiquement en noir tout ce qui émane de l’ancien régime. Signalons également les interventions de Laurent Barré, ancien président et fondateur de l’Union catholique des cultivateurs (UCC), qui, bien qu’unioniste, fait toujours montre d’une grande indépendance vis-à-vis de son parti18.

Du côté de l’opposition, Bouchard est constamment sur la brèche et se révèle à la hauteur face à Duplessis. Le chef de l’opposition ne se laisse pas impressionner par l’arsenal de formules-

chocs et de calembours du premier ministre. Combatif, il lui répond avec fougue et dit souvent que l’on n’administre pas la province avec des farces. À ses côtés, son lieutenant Cléophas Bastien, député de Berthier, se révèle, de l’avis de La Patrie, un « parlementaire astucieux » capable lui aussi de rendre les coups19.

 

Quant à l’allure des débats, Alexis Gagnon, du Devoir, nous en donne un excellent portrait. Pour lui, l’opposition :

[...] arrive en Chambre chargée d’un héritage très lourd, avec […] la terrible enquête des comptes publics. Ce n’est donc pas une opposition qui arrive, pure et sans tache, une opposition écrasée par la « machine »  d’un gouvernement puissant et despotique, mais une opposition qui a à faire pardonner les fautes d’un régime de 40 ans. Aussi la tactique qui s’imposait était le jeu de la modération, doublée d’innombrables offres de coopération. Cette tactique aurait, à la longue, amolli les rancunes, ouaté les ressentiments et fait oublier peu à peu bien des choses. Il faut que l’opposition se refasse une sorte de bonne réputation, que la population apprenne à ne plus associer les noms de ses membres à ceux des administrateurs passés.

Au contraire, l’opposition, avec une crânerie d’ailleurs qui ne manque pas d’allure, a foncé, croyant qu’un nouveau gouvernement d’une totale inexpérience administrative bafouillerait péniblement et que l’opposition, habituée, elle, à l’administration, y aurait beau jeu. Et la tactique n’aurait pas été si mauvaise, sans la présence du nouveau chef. Mais M. Duplessis, pendant qu’il était le chef de l’opposition, avait dû faire toute la besogne à lui tout seul, parcourir à pied tous les départements, étudier tous les problèmes. C’était la plus forte préparation de premier ministre. Et on l’a vu cette année. Aux attaques de l’opposition, il a riposté durement, avec des coups de dents qui emportaient le morceau. Et presque à chaque rencontre, l’opposition devait reculer assez endommagée. [...] Mais celle-ci ne se rebute pas et tout en recevant plus de coups qu’elle n’en désirerait, elle attaque tout de même20.

 

Bons mots et incidents

L’élection d’un grand nombre de députés inexpérimentés provenant de tous les milieux sociaux suscite des propos souvent savoureux. La droite profite pleinement de sa victoire et accable jour après jour sa contrepartie libérale sans trop se soucier des usages parlementaires.

Dans ce registre, la politesse la plus élémentaire est mise de côté et chaque écart des ministériels est monté en épingle par les journaux libéraux, Le Canada et Le Soleil en tête. William Tremblay, le coloré ministre du Travail, est certainement l’un des plus hardis en traitant l’opposition libérale de « restants de vieux régime pourri ». Il se surpasse toutefois lors de l’étude d’une pension, récurrente depuis 1890, attribuée à l’une des filles de l’auditeur de la province de l’époque, Gaspard Drolet. La longévité de cette dame est commentée en ces termes par l’honorable ministre : « Elle prend bien du temps à mourir, c’te femme-là. » À un autre moment, Patrice Tardif, député de Frontenac, lance à un adversaire insistant : « Tu comprends rien toé-même. C’est pourtant ben clair. » Et que dire de Joseph-Théophile Larochelle, député de Lévis, qui, à plus d’une reprise, ne se gêne pas pour interrompre les libéraux avec des « Ferme-toé, là » bien sentis. Son collègue de Chambly, Hortensius Béïque, ne demeure pas en reste en reprochant à un adversaire d’avoir transformé le « Salon de la race » en « salon de la crasse ». (5 novembre)

L’inexpérience de certains nouveaux venus est une source d’amusement en Chambre. Quand Patrice Tardif, un brave cultivateur, préside pour la toute première fois un comité, « il est visiblement gêné », rapporte Le Canada : « on le taquine du côté même du gouvernement. Pendant qu’il lit les articles de la loi, de partout dans la Chambre on lui crie « Plus fort! », « Parlez donc en anglais », ou encore « il prend ça au sérieux ». Gardant difficilement sa contenance, Tardif s’acquitte de ses fonctions sous les applaudissements exagérément frénétiques de ses collègues. C’est « rouge comme un homard » qu’il rejoint son siège, mais son épreuve n’est pas terminée pour autant. Comme il ignore la formule consacrée qu’il doit prononcer avant de remettre le bill adopté à l’Orateur Sauvé, il se tourne vers ce dernier en faisant « psitt, psitt », ce qui amuse fort la Chambre.

Bouchard reçoit en plein débat un cadeau inattendu provenant d’un journaliste pour le moins attentionné : un portrait de Duplessis, œuvre d’un artiste local, qu’un jeune page lui apporte. Après avoir refusé le portrait une première fois, aux rires de la Chambre, il l’accepte finalement lorsque le page revient, mais le place par terre, sous ses pieds. À de nombreuses reprises durant la session, Bouchard commet un lapsus en appelant Duplessis « le chef de l’opposition ».

La séance du 10 novembre est le théâtre de plusieurs situations cocasses et gênantes. À l’ouverture de la séance du soir, aucun député libéral n’est présent en Chambre. Deux unionistes vont alors s’asseoir sur les banquettes désertes et font les fanfarons, au grand plaisir des ministériels. On adopte quelques projets de loi fictifs, et l’un des deux joyeux lurons, Hermann Barrette, député de Terrebonne, se fait le principal animateur du débat en louant le gouvernement, en demandant pardon pour les errances de l’opposition et en soulevant des points d’ordre loufoques.

La récréation se termine lorsque Bouchard, ancien orateur très familier avec les règlements de la Chambre, attaque la régularité d’un point d’ordre soulevé par le premier ministre. L’embarras s’empare de la droite puisque ni Duplessis, ni l’Orateur Sauvé, ni personne d’autre de la droite ne retrouvent l’article en question dans les règlements. L’opposition se délecte de la scène et, finalement, après de longues minutes de confusion, on se tire d’affaire tant bien que mal sans pour autant avoir trouvé le fameux article imaginaire.

Dernier fait intéressant : L’Événement rapporte qu’une grande partie de la séance du 4  novembre a été filmée par un cinéaste amateur. Ce dernier était doté d’un appareil portatif, chose rare à l’époque, et prenait place dans la galerie de l’Orateur. Il immortalisa tour à tour le premier ministre, le chef de l’opposition et les députés Grégoire et Hamel. Il filma également l’Orateur Sauvé montant sur le trône et le sergent d’armes tenant la masse. Si, par un heureux hasard, les descendants de ce cinéaste amateur comptent parmi nos lecteurs et connaissent l’existence de ce film, contactez au plus vite la Bibliothèque de l’Assemblée nationale.

 

Critique des sources

Par Frédéric Lemieux

La prise du pouvoir par Duplessis signifie la fin d’une longue période faste pour les journaux libéraux. Le Canada et Le Soleil sont évidemment les premiers à se faire priver des plantureux contrats d’impression du gouvernement. Déjà, en mai précédent, Duplessis avait fait tonner des coups de semonce en faisant comparaître à plusieurs reprises Henri Gagnon, le président du Soleil, devant le comité des comptes publics.

Le tandem Canada-Soleil, fortement ébranlé par la défaite libérale, critique avec beaucoup de prudence le nouveau gouvernement. Ce ton circonspect contraste avec la violence habituelle dirigée vers Duplessis du temps qu’il siégeait dans l’opposition. Ces quotidiens se concentrent surtout à amplifier le clivage Duplessis-Hamel. Ils mettent également l’accent sur les efforts courageux de Bouchard aux prises avec une majorité impolie, brusque et irrespectueuse. Par ailleurs, les comptes rendus publiés dans Le Canada sont toujours plus étoffés et plus partisans que ceux du Soleil.

En région, deux journaux appartenant au libéral Jacob Nicol (il est déjà propriétaire du Soleil) remplissent un rôle semblable. La Tribune de Sherbrooke reprend textuellement la chronique parlementaire du Canada. Quant au Nouvelliste, publié dans le comté du premier ministre, il est intéressant de constater qu’il reproduit plutôt les comptes rendus de La Presse, moins critiques envers le gouvernement unioniste21.

Ce même Nicol possède également L’Événement depuis mai 1936. Ce journal autrefois conservateur loge maintenant dans l’édifice du Soleil à Québec. Il fait preuve lui aussi d’un ton poli envers l’Union nationale. Le jeune Jean-Charles Bonenfant, journaliste à L’Événement de 1934 à 1937, écrira plus tard qu’il y était « sous la surveillance discrète et lointaine du rédacteur-en-chef du Soleil22 ». Bonenfant deviendra bientôt le secrétaire du premier ministre Maurice Duplessis, fonction qu'il occupera de 1937 à 1939.

Les comptes rendus de L’Événement sont courts et peu détaillés. Ils tranchent avec le style très vivant d’Edmond Chassé, qui fut correspondant parlementaire de ce quotidien pendant plus de 15 ans. Chassé publie désormais ses comptes rendus dans Le Journal, où ils sont reconnaissables à leur long commentaire d’introduction, au style et à l’intérêt que le journaliste porte aux à-côtés de la Chambre. Le Journal, un ancien hebdomadaire devenu quotidien du matin en juillet 1936, juste à temps pour la campagne électorale, est d’allégeance unioniste. Cet organe du Parti conservateur depuis 1929 a combattu Taschereau sous la direction de Bona Arsenault.

L’Illustration nouvelle, ancêtre du futur Montréal-Matin, est lui aussi favorable au gouvernement. Il publie la même version des débats que La Presse, L’Action catholique et Le Devoir, et c’est en introduction que se révèle au lecteur l’allégeance du journal. On n’hésite pas à y commettre des perles du genre : « Aux applaudissements frénétiques des députés de la droite et des milliers de personnes présentes, le premier ministre se lève » en Chambre, alors qu’à capacité maximale la Chambre ne compte que quelques centaines de places pour les spectateurs23.

Duplessis s’est attiré les bonnes grâces du Devoir en se faisant le porteur du nationalisme et de la restauration sociale pour combattre Taschereau. Malgré les frictions Hamel-Duplessis et le doute grandissant quant à la fermeté des convictions réformatrices du premier ministre, l’appui du Devoir va au nouveau gouvernement. C’est surtout en éditorial qu’apparaît cet appui, car les comptes rendus des débats sont identiques à ceux de La Presse.

La Presse est la propriété de l’homme d’affaires libéral Pamphile Du Tremblay. C’est un journal populaire à très grand tirage qui renferme beaucoup de publicité. D’allégeance libérale très modérée, ses comptes rendus des débats sont assez neutres et ne sont pas dotés d’une introduction partisane en faveur du Parti libéral comme ceux du Canada ou du Soleil24.

L’Action catholique, l’organe officieux de l’archevêché de Québec, est favorable à Duplessis depuis longtemps. Le premier ministre s’est mérité pendant son long séjour dans l’opposition un appui moral que n’aura jamais l’anticlérical Bouchard, celui dont l’épiscopat a toujours soupçonné

l’influence à ses yeux néfaste au sein du gouvernement Taschereau. C’est en introduction des chroniques parlementaires qu’apparaît la ligne éditoriale de L’Action catholique. La question du suffrage féminin en est un exemple frappant. Selon ce journal, ce débat « semble perdre de l’intérêt d’année en année », car il n’y a plus en Chambre « cette foule féminine » qui manifeste habituellement à cette occasion : « C’est tout au plus si ces dames remplissaient hier la galerie qui leur est ordinairement réservée25. » Ce n’est pas ce qu’a remarqué le chroniqueur du Canada, qui rapporte plutôt que « tout l’après-midi et dans la soirée, les députés en faveur du vote féminin ont entrepris une guerre d’applaudissements avec ceux qui étaient contre, les galeries regorgeant de dames frénétiques armées de sourires, agitant des mouchoirs et manifestant par des applaudissements ».  L’opposition du cardinal Villeneuve et du clergé au suffrage féminin explique peut-être cette analyse. Pour le reste, L’Action catholique reprend textuellement la version des débats de La Presse.

La Patrie est favorable au nouveau gouvernement. Son correspondant parlementaire, Louis Francoeur, est un familier des cercles de l’ALN et du groupe d’Hamel depuis longtemps26. Francoeur reçoit d’ailleurs un hommage bien senti de René Chaloult, député de Kamouraska, qui, le 14 octobre, loue le « journaliste éminemment doué«  et le « patriote intrépide autant que modeste ». Pour le reste, La Patrie reproduit les comptes rendus du Soleil en les raccourcissant de façon tout à fait arbitraire. Dans l’édition du 11 novembre 1936 par exemple, les répliques des parlementaires s’enchaînent sans aucune cohérence. Une comparaison avec la version du Soleil démontre l’ampleur des amputations, réalisées sans aucun souci de conserver un semblant de fil conducteur des débats27. Comme les autres journalistes, Francoeur commente les débats en introduction à ses textes.

Les journaux anglophones tels le Montreal Star, Montreal Gazette, Quebec Chronicle Telegraph et Montreal Herald se méfient du groupe d’Hamel qui dénonce les « trusts », la finance anglo-canadienne et sa mainmise sur les ressources naturelles du Canada français. Les garanties qu’offre Duplessis contre l’ALN, tout comme la présence importante de l’élément anglophone dans son Cabinet, rassurent ces milieux28.

Dans la tribune de la presse s’entassent de peine et de misère 16 journalistes29, soit Bill Acheson (Presse Canadienne), Edmond Chassé (Le Journal), Willie Chevalier (Le Soleil), Raymond Dubé (Le Nouvelliste), Jack Dunn (The Quebec Chronicle Telegraph), qui en est le président, Louis Francoeur (La Patrie), Alexis Gagnon (Le Devoir), Guy Jasmin (Le Canada), Bruno Lafleur (L’Événement), Joseph Lavergne (La Patrie), Gérard Ouellet (L’Action catholique), Louis-Philippe Pelletier (L’Action catholique), Damase Potvin (La Presse), Henri Saint-Pierre (The Montreal Daily Star) et Abel Vineberg (The Montreal Gazette).

 

Notes de l’introduction historique et de la critique des sources

1. Sylvio Dumas, «  L’élection du 17 août 1936 » , Sainte-Foy, Directeur des élections du Québec, 1992, Coll. « 1792-1992. La Revue électorale, synthèse et documents. 200 ans d’élections au Québec », p. 31.

2. Conrad Black, Duplessis. L’ascension, tome 1, Montréal, 1977, p. 270-272.

3. Robert Rumilly, Histoire de la province de Québec, vol. 36, Ottawa, Fides, 1966, p. 31-32.

4. Ce n’est pas la première fois de l’histoire parlementaire du Québec que le chef d’un parti dans l’opposition ne siège ni en Chambre ni au Conseil législatif. À la session de 1931-1932, Camillien Houde, chef des conservateurs, avait été défait aux élections générales et Charles Ernest Gault, député conservateur de Westmount, avait agi à titre de chef parlementaire de l’opposition.

5. L’Illustration nouvelle, 13 octobre 1936, p. 16.

6. Le Devoir, 14 octobre 1936, p. 1.

7. Le Devoir, 15 octobre 1936, p. 1.

8. Le Droit, 14 octobre 1936, p. 5.

9. La Tribune, 20 octobre 1936, p. 1.

10 . Séance du 16 octobre 1936.

11. Voir : Martin Rochefort, « L’introduction de la prière et du crucifix à l’Assemblée nationale du Québec », Bulletin de l’Assemblée nationale, vol. 37, no 2, p. 18-23.

12. Adoptée à la session de 1931-1932, cette loi avait pour objet d’empêcher la contestation en bloc, devant les tribunaux, de 63 députés libéraux élus lors des élections générales de 1931. Cette politique arbitraire avait entaché la réputation du premier ministre Taschereau.

13. Le Devoir, 5 novembre 1936, p. 1.

14 . Séance du 27 octobre 1936.

15 . Séances du 13 et du 29 octobre 1936.

16 . Le Nouvelliste, 6 novembre 1936, p. 1.

17.C. Black, Duplessis…, p. 250-255.

18. Après le retour au pouvoir de Duplessis en 1944, Barré devient ministre de l’Agriculture et l’un des plus fidèles partisans du premier ministre.

19. La Patrie, 6 novembre 1936, p. 4.

20.Le Devoir, 28 octobre 1936, p. 1.

21. Black affirme d’ailleurs que lors de l’enquête du comité des comptes publics au printemps 1936, Le Nouvelliste de Nicol prenait tacitement le parti de Duplessis.

22. Jean-Charles Bonenfant, « Les disparus. L’honorable Maurice Le Noblet-Duplessis », Bulletin des recherches historiques, vol. 67, no 1, janvier-février-mars 1961, p. 48.

23. L’Illustration nouvelle, 8 octobre 1936, p. 5.

24. Pour définir les pratiques éditoriales de La Presse, nous avons consulté l’article d’Yves Frenette sur les éditoriaux de ce journal. Malheureusement, l’analyse de l’auteur n’allait pas jusqu’à la session de l’automne 1936. Pour plus de détails, voir : Yves Frenette, « Les éditoriaux de La Presse, » RHAF, vol. 33, no 1, juin 1979, p. 451-462.

25. L’Action catholique, 6 novembre 1936, p. 3.

26. Francoeur, comme les autres membres de ce groupe, se détachera peu à peu de Duplessis dans les mois qui suivront cette session. Voir : C. Black, Duplessis..., p. 268.

27. La Patrie, 11 novembre 1936, p. 4, et Le Soleil du même jour, p. 3 et p. 17.

28. C. Black, Duplessis…, p. 238.

29 . Le Soleil, 6 octobre 1936, p. 1.