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20e législature, 3e session
(26 janvier 1938 au 12 avril 1938)

Par Christian Blais

Le Québec, le Canada et le monde en 19381

« La question la plus importante, au gouvernement, c’est encore celle du chômage », assure le maire de Montréal et député de L’Assomption à l’Assemblée législative, Adhémar Raynault. Car la crise économique perdure. La reprise des marchés financiers annoncée en 1937 a été sans lendemain; au Canada, c’est au Québec que le taux de chômage demeure le plus élevé et la majeure partie des chômeurs résident dans la région montréalaise. Pire. De l’avis de Raynault, les « ravages causés par le secours direct ont contribué à détruire le moral de la population. Il n’y a rien de plus mauvais. Tous les sociologues pensent ainsi, dit-il » (15 février).

Le chômage est une plaie pour les gouvernements provinciaux et pour le gouvernement fédéral. En 1938, les mesures adoptées pour contrer les effets de la dépression ne font pas l’unanimité. À Québec, Maurice Duplessis mise toujours sur l’agriculture, « parce qu’elle est à la base de tout progrès véritable » (3 février), de même que sur l’amélioration du réseau routier (bill 45) pour sortir la province du marasme. À Ottawa, le gouvernement libéral de William Lyon Mackenzie King entend établir un programme d’assurance-chômage pancanadien: celui-ci propose d’amender la Constitution afin de transférer tous les pouvoirs en cette matière sous la juridiction fédérale. Ce mouvement centralisateur, émanant de la commission royale d’enquête en cours sur les relations entre le dominion et les provinces (commission Rowell-Sirois), amène Duplessis à parfaire son discours sur l’autonomie provinciale. Le même contexte pave également la voie à un rapprochement entre les gouvernements du Québec et de l’Ontario. L’alliance Hepburn-Duplessis et la question de l’assurance-chômage font donc l’objet de plusieurs discours à l’Assemblée législative.

L’année 1938 correspond également à la création du Parti de l’unité nationale au Canada. Antisémite et anticommuniste, ce parti, dirigé par le fasciste Adrien Arcand, manifeste ses sympathies pour le nazisme. Ses membres arborent publiquement la croix gammée et font des démonstrations paramilitaires à Montréal et en Montérégie. Il n’en faut pas plus pour que la Gazette de Montréal de même que le New York Times rapportent que la province de Québec est un pays fasciste.

Durant les débats de l’Assemblée législative, Duplessis se porte à la défense du Québec, martelant que le communisme – non le fascisme – est le seul véritable danger à combattre. Maintes fois, il fait l’éloge de la « loi du cadenas » de 1937 pour montrer les efforts de son gouvernement en ce sens. Il affirme même que la campagne menée contre le fascisme « est faite avec l’argent de Moscou pour faire oublier la lutte contre le communisme  » (2 mars).

Bien que le mouvement fasciste demeure marginal au Québec, il suscite certaines inquiétudes. Car l’imminence de la guerre ne fait plus de doute dans les esprits. « Malheureusement, il semble que le monde se prépare pour une autre guerre » (27 janvier), déplore Payson Alton Sherman, député de Compton. L’Anschluss – le rattachement de l’Autriche au IIIe Reich le 15 mars 1938 – et la guerre en Espagne sont des indices de la montée vers un conflit mondial. La reconnaissance de la souveraineté de l’Italie sur l’Éthiopie par les membres de la Société des Nations est un autre épisode marquant le recul des démocraties occidentales. Dans les circonstances donc, le gouvernement canadien se prépare tranquillement à la guerre.

Au Québec, l’année 1938 débute par un drame. Le 18 janvier, le Collège du Sacré-Cœur de Saint-Hyacinthe est détruit par un incendie. En tant que maire de la cité et chef parlementaire de l’opposition, Télesphore-Damien Bouchard parle de cette « pénible hécatombe » qui a causé la mort de 41 élèves et de cinq religieux. En Chambre, il offre ses plus profondes sympathies aux familles des victimes. Le premier ministre et les autres parlementaires livrent pareils témoignages.

Sur la scène artistique, l’année 1938 correspond au début de la revue théâtrale Les Fridolinades de l’auteur et metteur en scène Gratien Gélinas. Cette production mettant en vedette Fred Barry, Olivette Thibault, Juliette Béliveau, Amanda Alarie, Juliette Huot et Henri Poitras tient l’affiche au Monument-National jusqu’en 1946. Sur les ondes de Radio-Canada, le feuilleton La Pension Velder de Robert Choquette connaît un franc succès jusqu’en 1942. Judith Jasmin, Juliette Béliveau, Estelle Mauffette, Jeanne Maubourg et Clément Latour sont les

principaux interprètes de cette émission radiophonique. À la même époque, les chanteurs Charles Trenet et Tino Rossi sont bien en vogue. Soulignons enfin la publication du roman Trente arpents, de Philippe Panneton (Ringuet), et Les Engagés du Grand Portage, de Léo-Paul Desrosiers en 1938.

Le cinéma – « les vues animées » comme on disait alors – est un divertissement populaire. « On sait que les films sont de plus en plus répandus dans notre province », affirme Duplessis à la séance du 22 février 1938. Bien que le cinéma soit toujours interdit au public âgé de moins de 16 ans, le règlement est plus ou moins observé. « Vu l’accroissement de l’industrie cinématographique », poursuit le premier ministre, le gouvernement adopte une loi relative au Bureau de censure : la loi 16 permettra d’employer davantage de censeurs. Au cours de cette même année par ailleurs, l’abbé Albert Tessier présente son court métrage Hommage à notre paysannerie. Et depuis 1980, le prix Albert Tessier, en l’honneur de ce pionnier du cinéma documentaire, est décerné par le gouvernement québécois à une personne pour l’ensemble de son œuvre et de sa carrière dans le domaine du cinéma.

Le 26 janvier 1938 se déroule l’ouverture de la 3e session de la 20e Législature. Tous les députés sont heureux de se retrouver :

Des poignées de main, des retrouvailles pleines de cordialité et un va-et-vient continu entre les membres de la Chambre dont la plupart ne se sont pas rencontrés depuis la session précédente : c’est la première formalité à la Chambre des députés et chacun s’y soumet avec un plaisir évident. Les mêmes aménités s’échangent entre ceux qui seront dès demain des adversaires entre ministériels ou oppositionnistes. Une gerbe de roses orne le pupitre du premier ministre. Les députés sont gais, la fleur à la boutonnière de leur jaquette ou de leur veston. Cependant, M. Lamoureux, député d’Iberville, ne prend pas part à l’animation générale. Flegmatique, il fume une pipe, paisible, le chapeau sur la tête : depuis si longtemps qu’il est député, il a vu tant d’ouvertures et de fins de session2!

 

Parmi le public, le début des travaux parlementaires ne semble plus susciter le même engouement qu’en 1936 ou 1937: « […] les spectateurs étaient peu nombreux dans les galeries de l’Assemblée législative pour cette première séance », note le chroniqueur de L’Action catholique3.

 

Les parlementaires

« Le premier ministre Duplessis commande à la Législature provinciale une majorité absolue », note le journal Le Droit4. Au premier jour de la session, sur les 90 sièges que compte l’Assemblée législative, un seul est vacant. L’élection de Cyrille Dumaine dans le comté de Bagot a été annulée en date du 30 décembre 1937. Une élection partielle se tient dans ce comté le 16 février 1938 : Dumaine, à nouveau candidat libéral, est défait par le Dr Philippe Adam, candidat de l’Union nationale. Au total, on dénombre donc 72 députés de l’Union nationale, 13 députés du Parti libéral et cinq députés du Parti national. Cela, sans compter Lucien Lamoureux, député libéral d’Iberville, qui continue d’appuyer le gouvernement de Duplessis depuis 1936; sans compter René Chaloult, député du Parti national, qui passe toute la session en convalescence; sans compter enfin Charles-Auguste Bertrand, député unioniste de Montréal-Saint-Sauveur, qui ne revient siéger qu’à partir du 22 mars, après avoir été gravement malade.

Aucun changement à noter au cabinet ministériel. Au Conseil législatif, une nouvelle figure fait son entrée. Jean-Louis Baribeau est nommé conseiller législatif de la division de Shawinigan, le 14 janvier 1938, en remplacement de Némèse Garneau décédé en fonction le 16 novembre 1937.

 

L’Union nationale

Les mois qui suivent la fin de la session parlementaire de 1937 ébranlent la cote de popularité du gouvernement unioniste. Durant la grève du textile, qui se déroule du 2 au 27 août 1937, le premier ministre Duplessis nourrit la grogne du milieu syndical et, c’est tout dire, se mérite la désapprobation du cardinal Jean-Marie-Rodrigue Villeneuve. Au cours de cet arrêt de travail, les filatures de la Dominion Textile à Montréal, à Valleyfield, à Sherbrooke, à Magog, à Drummondville et à Saint-Grégoire de Montmorency sont complètement paralysées. Duplessis et son ministre du Travail, William Tremblay, se rangent du côté de la partie patronale; la réputation antisyndicale du premier ministre se confirme une fois de plus5. Puis, après médiation à laquelle participe Mgr Villeneuve, une nouvelle convention collective est signée, améliorant les conditions de travail des ouvriers.

Pendant cette grève, Alfred Charpentier, président de la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC), demande à ce que le gouvernement abroge la loi du salaire raisonnable qui, depuis son adoption en 1937, continue d’être l’objet de critiques de la part des syndicats6. Dans un discours prononcé le 18 août devant une assemblée au Marché Saint-Jacques à Montréal, Charpentier explique aux grévistes :

La loi des salaires raisonnables peut nous valoir une augmentation de salaire et une diminution d’heures de travail, mais elle ne vous donne pas le moyen d’obtenir d’autres améliorations. Ce n’est que par une organisation syndicale compétente que vous pourrez obtenir des améliorations comme la diminution de la vitesse de vos machines, la diminution du nombre de métiers [à tisser] assignés à chacun. C’est par l’intermédiaire de votre Fédération que vous réussirez à obtenir votre part de la protection tarifaire exagérée dont bénéficie la compagnie7.

 

Mais la Commission des salaires raisonnables ne fait pas que des mécontents. Bien au contraire, avec « l’Ordonnance no 4 », des centaines de milliers de travailleurs non syndiqués au Québec voient leurs conditions de travail et leurs salaires améliorés8.

Autrement dit, en même temps que le premier ministre demeure fervent du libéralisme, il approuve officiellement le droit fondamental à la syndicalisation. Il est catégorique cependant quant à la question de l’atelier fermé9. Il s’y oppose farouchement, comme en témoigne l’étude du bill 19 et du bill 2010.

À l’Assemblée législative, le premier ministre – élu bâtonnier général de la province pour une seconde année consécutive – est en verve. Après un an et demi de pouvoir, le même enthousiasme anime encore les députés de l’Union nationale. Les ministériels se félicitent encore du succès que connaît le crédit agricole. Cette loi, selon Antonio Barrette, député de Joliette, « restera l’œuvre maîtresse, une des plus belles pièces de législation édictée par le gouvernement de l’Union nationale » (27 janvier). Dans l’arène politique, Duplessis reprend ses thèmes favoris: l’autonomie provinciale et le communisme.

Bouchard explique à sa manière la rengaine de Duplessis : « Depuis quelque temps, quelques semaines, nous avons souvent entendu parler de l’autonomie de la province. C’est une question qui est revenue aussi souvent en cette Chambre que les dangers du communisme. Et nous en entendrons parler encore longtemps, autant que du communisme. Car l’autonomie et le communisme sont une bonne paire de chevaux de trait pour le gouvernement actuel11. » (8 mars)

Avec son sarcasme habituel, Duplessis pourra lui rétorquer que « le député, l’opposition, pose des questions, et nous, le gouvernement, nous posons des actes » (22 mars).

 

Le Parti libéral

Depuis sa défaite aux élections générales de 1936, Adélard Godbout, demeuré chef du Parti libéral, poursuit la réorganisation de son parti. Au début de l’année 1938, il a toutes les raisons de croire à une remontée des libéraux dans l’opinion publique. D’une part, la grève du textile « déçut plusieurs secteurs de la société où la cote de popularité de l’Union nationale avait été particulièrement élevée en 1935-193612 ». D’autre part, les dépenses considérables de l’administration unioniste constituent une cible de choix : dès l’hiver 1937, les ténors du parti dénoncent « les orgies de dépenses » et parlent sans cesse de la « faillite de la province »13. Comme l’écrit Bouchard : « La danse des millions était commencée, la dette publique était déjà plus que doublée. Notre cosaque national donnait la mesure de son tempérament de dictateur14. »

Comme par les années passées, Bouchard peut compter sur Cléophas Bastien, député de Berthier, et sur Léon Casgrain, député de Rivière-du-Loup, pour confronter les ministériels sur le parquet de la Chambre. Peter Bercovich, député de Montréal-Saint-Louis, s’illustre également par la pertinence de ses interventions au cours de la session de 1938.

Dans ses mémoires, Bouchard relate ainsi son expérience : « La lutte vigoureuse, que je menais dans l’opposition, avec un petit groupe de députés, dessilla les yeux de nos concitoyens qui s’intéressaient aux débats de l’Assemblée législative. [...] Mon attitude belliqueuse incita le premier ministre à user de tous les moyens pour me détruire. Selon une vieille coutume, chère aux conservateurs, il eut recours aux préjugés de la religion15. » Bouchard passait en effet pour être anticlérical.

L’élection partielle de Bagot est l’occasion par excellence pour mesurer les forces des libéraux et des unionistes. Pendant la campagne, Godbout et Bouchard ne ménagent pas leurs efforts; ils vont de village en village pour mousser leur candidat et vilipender le gouvernement. Il va de soi, Duplessis entend remporter le scrutin; et mine de rien, les cultivateurs de Bagot voient leurs demandes de crédit agricole traitées avec diligence. L’élection du candidat de l’Union nationale le 16 février témoigne derechef que, malgré les critiques dont il est l’objet, le premier ministre trône au sommet de sa puissance.

Bouchard prend cette défaite avec un grain de sel :

L’élection partielle de Bagot, en [février] 1938, nous l’avions perdue à cause de cette campagne de vitupération de l’Union nationale. La victoire avait redonné un certain optimisme au chef du gouvernement, mais celui-ci, trompé par les apparences, poursuivait de plus belle ses diatribes injurieuses contre ses adversaires, alors qu’il aurait dû songer à mettre un terme au gaspillage éhonté des fonds de la province16.

 

La déconfiture est plus difficile à digérer pour Godbout. Son étoile pâlie encore d’un degré, pour reprendre les termes de l’historien Robert Rumilly. Des libéraux fédéraux, ayant prêté main forte durant la campagne, cachent mal leur déception. Plusieurs se demandent si Godbout sera à même de conduire le parti à la victoire lors des prochaines élections générales. Il n’est pas question toutefois de le remplacer par Bouchard, ce dernier ne récoltant que trop peu d’appuis à la base du parti. Pour le moment, les libéraux optent pour le statu quo.

Question de resserrer les rangs, l’idée de tenir un congrès pour choisir officiellement un chef pour le Parti libéral se concrétise. Les 10 et 11 juin 1938, au Palais Montcalm de Québec, les partisans renouvelleront leur confiance en Godbout.

 

Le Parti national

Le 26 juin 1937, les députés dissidents de l’Union nationale fondaient le Parti national. Philippe Hamel, député de Québec-Centre, est à la tête de la nouvelle formation politique. Oscar

Drouin, député de Québec-Est, Adolphe Marcoux, député de Québec, René Chaloult, député de Kamouraska et Ernest Grégoire, député de Montmagny, sont les autres membres de ce parti représenté à l’Assemblée législative. Au Salon rouge, les conseillers législatifs Ernest Ouellet et Élisée Thériault17 siègent eux aussi sous cette même bannière.

Le jour même de la fondation de leur parti, ils annoncent leurs intentions par communiqué : « Ce que nous voulons aujourd’hui, c’est la mise à exécution de tout le programme pour lequel, depuis quelques années, nous avons lutté dans cette province. […] [Avec Duplessis] c’est le vieux régime qui continue, c’est la dictature économique plus arrogante et traînant à sa suite les violences du communisme18. » En d’autres termes, ils accusent Duplessis de ne pas avoir appliqué le programme de l’Action libérale nationale, et ce, malgré des promesses en ce sens lors de la campagne électorale de 1936.

Une lutte ouverte entre le Parti national et l’Union nationale est enclenchée. À leur grand malheur cependant, les membres du Parti national se forgent une piètre réputation au cours de certains rassemblements. Par exemple, le désordre et la violence règnent pendant une assemblée politique à Saint-Pascal de Kamouraska, le 25 juillet 193719. Pareilles scènes de violence se produisent durant la grève du textile20.

À l’Assemblée législative, Hamel ne s’illusionne pas sur l’attitude que prend l’Union nationale à l’égard de son parti :

Le gouvernement continuera à mépriser les idées principales que je suggère. Mais les idées finissent par triompher, pour le bien de la province. Il faut espérer que ce sera sans bouleversements, comme d’autres pays en sont lamentablement témoins.

Bien que simple député, et député un peu malgré moi, j’ai travaillé pour ma province tout autant que bien des ministres. Travail obscur, je l’admets, arrosé d’ingratitude, de critique, de mépris, ou d’abandonnement, oui, d’abandonnement. C’est le meilleur milieu de culture pour les idées salvatrices. Nos plus grandes victoires sont apparues, dès le lendemain, comme des défaites.

Néanmoins, des satisfactions morales, des compensations réconfortantes, j’en trouve pour me rassasier en poursuivant ce travail avec ce petit groupe d’hommes rares que l’argent et les honneurs n’ont pas éblouis: le député de Québec-Est (M. Drouin), le maire de Québec et député de Montmagny (M. Grégoire), le député de Kamouraska (M. Chaloult) et le député de Québec-Comté (M. Marcoux).

Notre sort, nous ne le changerions pas aujourd’hui pour celui des tenants du pouvoir. L’abîme, la catastrophe guette leur œuvre. Les plus intelligents le pressentent déjà; les autres restent inquiets sans trop savoir pourquoi. Laissons le temps faire son œuvre. Les hommes passent, les idées demeurent. (9 février)

 

En riposte, les députés ministériels continuent de présenter ceux du Parti national comme des malotrus. Le 15 février, Alexandre Taché, député de Hull, tient ces propos :

Depuis que nous sommes arrivés au pouvoir, le premier ministre a été en butte à toutes sortes d’attaques aussi injustes les unes que les autres. Je regrette tout spécialement les attaques des membres de l’opposition non officielle, les dissidents. Ces derniers et leurs amis ont sans cesse traité de trustard, de traître, de vendu, de Judas, un homme qui s’est sacrifié sans compter pour la province depuis qu’il est à la tête du gouvernement.

L’Action catholique rapportait, il y a quelques mois, qu’un des dissidents avait dit, au cours d’une assemblée dans un club local, que « le premier ministre actuel était l’être le plus méprisable qu’il avait jamais rencontré, et qu’on ne le mépriserait jamais assez ». On peut différer d’opinion en politique, mais il n’est pas permis de se laisser emporter dans des attaques aussi injustes.

Je laisse à la population de la province le soin de juger la conduite de ceux qui parlent de la sorte. (15 février)

 

Aux élections municipales de la ville de Québec, le Parti national et l’Union nationale se heurtent sans ménagement. Le maire de Québec et député de Montmagny, Joseph-Ernest Grégoire, affronte Lucien Borne, le candidat appuyé à la fois par les unionistes et par les libéraux. Grégoire est dans l’eau chaude. Depuis décembre 1937, sept des 13 échevins lui ont retiré leur appui21. Le maire sortant est non seulement harcelé sans cesse par Le Soleil et par L’Événement, mais L’Action catholique, qui l’appuyait traditionnellement, affecte maintenant la neutralité durant la campagne municipale. En fait, le quotidien désapprouve certaines prises de position du Parti national22.

Philippe Hamel s’adresse aux électeurs de Québec : « Si vous battez le candidat de M. Duplessis, c’est le premier ministre que vous frapperez. Il faudra qu’il s’en aille. Sinon, vous nous désapprouverez, et nous n’aurons plus qu’à déposer les armes23. » Le scrutin se déroule le 21 février 1938. Borne obtient une majorité de 5 571 voix. Les députés du Parti national encaissent difficilement le revers.

Au lendemain de la défaite de Grégoire, les ministériels ne font aucun commentaire désobligeant24. Une exception à signaler cependant. Au cours de l’étude des crédits, des députés et des ministres unionistes demandent à l’ancien maire de donner son avis sur la nouvelle taxe d’eau imposée au parlement par l’administration municipale en 1937. Souriant et faisant mine de ne rien entendre, Grégoire ne dit mot. Duplessis est vindicatif. Il se dit heureux de payer 4 800 $ de plus à la ville de Québec par année : « C’est payer bien bon marché, dit-il, si cela a eu pour effet de rendre silencieux celui qui aurait dû réaliser et comprendre bien avant, que le silence est d’or. » (15 mars)

De guerre lasse, durant la session de 1938, les députés du Parti national participent rarement aux débats. S’ils votent presque toujours avec les libéraux, ils se rangent du côté de l’Union nationale lorsqu’il est question du crédit rural et de l’autonomie provinciale25. Qu’importe, l’occasion venue, Duplessis ne se gêne pas pour dire « que le Parti national ne compte pas. » (31 mars)

 

Le discours du trône

Le lieutenant-gouverneur Esioff-Léon Patenaude prononce le discours du trône, lequel est diffusé sur les ondes de la radio. « Toute la province aux écoutes », titre Le Nouvelliste. Le journaliste explique par la suite ce qui distingue ce discours inaugural de ceux des sessions antérieures:

Le discours du trône est plus long que les deux précédents. Ce n’est pas la seule différence qu’il présente non plus. Les autres annonçaient des lois bien définies tandis que celui de cette année ne fait que signaler les principaux problèmes que le gouvernement soumettra à l’étude des législateurs sans dire quel remède il entend préconiser pour guérir les malaises qu’il signale26.

 

Patenaude parle d’abord de la sollicitude particulière du gouvernement pour les cultivateurs et annonce que des sommes additionnelles seront mises à la disposition de l’Office du crédit agricole. Il traite également de l’importance de faire fructifier l’industrie forestière et minière. Sensible au sort des chômeurs, il engage « son » gouvernement à veiller à l’exécution des lois sociales adoptées par le passé. Il invite les parlementaires à continuer la lutte contre le communisme, « cet ennemi de nos institutions et de nos traditions ». Il est question aussi de l’alliance Hepburn-Duplessis : « Le gouvernement du Québec est heureux de coopérer avec celui de l’Ontario à la solution des problèmes qui leur sont communs, car il considère que cette coopération est dans le meilleur intérêt des deux provinces et du pays tout entier. » Il charge enfin le gouvernement de poursuivre l’enquête commencée au comité des comptes publics.

Avant même que les députés adoptent l’adresse en réponse au discours du trône, Duplessis, invoquant l’urgence, demande à ce que la Chambre procède immédiatement à l’étude du bill 2 qui augmente à 25 millions de dollars le crédit agricole de la province. Le chef de l’opposition croit plutôt « qu’il s’agit purement et simplement d’une manœuvre électorale » pour mousser la victoire du candidat de l’Union nationale dans Bagot (27 janvier). Qu’à cela ne tienne, fort de sa majorité, le gouvernement parvient à faire adopter son projet de loi.

Le débat sur l’adresse est adopté le 15 février. Tout y passe. Les députés parlent du crédit agricole, des pensions aux mères nécessiteuses, des pensions aux aveugles, des travaux de voirie, de la gestion financière du gouvernement, de la dette consolidée, de l’assurance-chômage, des relations politiques entre le Québec et l’Ontario, de l’autonomie provinciale, de la crise économique, etc. Fait à noter, le chef de l’opposition prend l’initiative de publier son discours, sous le titre Gouvernement qui méprise les usages parlementaires27. Bouchard y dénonce, entre autres choses, les contrats accordés par le gouvernement sans soumissions publiques.

Dans l’ensemble, on retient que le premier ministre livre son discours « avec l’éloquence d’une jeunesse toujours verdoyante »; c’est Charles Delagrave, député libéral de Québec-Ouest, qui exprime ainsi une opinion partagée par tous les parlementaires. Duplessis a droit à une ovation. Le Devoir mentionne que les députés, adversaires comme partisans, de même que les journalistes se rendirent entourer le premier ministre pour le féliciter à l’issue de la séance. Selon L’Événement, le député de Berthier, Cléophas Bastien, lui aurait même dit en lui serrant la main : « Je n’approuve pas tout ce que vous avez dit, mais vous avez certainement été éloquent. » (3 février)

 

Les finances publiques

Le 1er mars, Martin Beattie Fisher, trésorier de la province, fait son discours sur le budget en anglais. Malgré la crise, il demeure optimiste. Il est satisfait que les revenus de la province se soient accrus. Après avoir parlé de commerce, d’industrie, des mines, d’agriculture, d’éducation, des secours directs, de voirie et de l’entente Bilodeau-Rogers, c’est avec un vif plaisir qu’il présente un budget équilibré.

Pour l’année budgétaire 1938-1939, Fisher estime les revenus ordinaires à 57 millions de dollars et les dépenses ordinaires et extraordinaires, à un montant équivalent, avec un léger excédent de 52 000 $. Comme pour le budget de l’année précédente, c’est le département du Trésor qui accapare la part la plus importante avec 23,43 % du montant total. Viennent ensuite la Voirie avec 11,78 %, le procureur général avec 10,11 %, l’Agriculture avec 8,30 % et l’Instruction publique avec 7,50 %. Les autres ministères se partagent des sommes variant entre un et trois millions de dollars.

Bercovitch répond au discours sur le budget par un bref exposé de 20 minutes. Il ne peut comprendre par quel moyen Fisher peut parler d’un budget équilibré. Selon ses propres calculs, les dépenses de la province excèdent les revenus. « Le seul moyen par lequel le trésorier a pu établir son supposé budget équilibré, ce fut en augmentant la dette de la province, ce qui n’est pas équilibrer le budget du tout, explique-t-il. » (8 mars) En gros, le député de Montréal-Saint-Louis insiste sur le fait que la dette augmente dangereusement.

 

Les faits marquants de la session

Le chef de l’opposition, qui souhaitait au départ que « le calme et le décorum des anciens jours » règnent durant la session, a toutes les raisons de se réjouir de l’attitude plus posée des membres de l’Union nationale. Avec une pointe de malice, le journal Le Canada, d’allégeance libérale, abonde en ce sens, disant que les « députés ministériels sont plus montrables28 ». Dans Le Soleil, on peut lire :

La présente session provinciale s’annonce comme devant être particulièrement animée, bien qu’on puisse s’attendre à ne pas voir se renouveler les scènes violentes de l’an dernier. Le diagramme de l’Assemblée législative est à ce propos très intéressant. On note que des députés bouillants et qui n’ont pas d’amour tendre l’un pour l’autre ne se voisinent plus. Par la nouvelle répartition des sièges, on dirait que le gouvernement a voulu éviter les causes et les occasions de friction entre les représentants du peuple. Il y a moins d’interruptions, et le président de la Chambre, l’honorable Paul Sauvé, est écouté presque immédiatement quand il rappelle les députés à l’ordre29.

 

Chose certaine, les travaux de la session 1938 sont exécutés « avec une rapidité extraordinaire30 », au point tel que l’opposition déplore trop souvent que les projets de loi ne soient distribués que le jour même de leur étude. Au total, sur les 153 projets de loi présentés à l’Assemblé législative, 144 sont sanctionnés par le lieutenant-gouverneur.

 

Alliance Hepburn-Duplessis et autonomie provinciale

La question de l’assurance-chômage constitue un premier terrain d’entente entre Maurice Duplessis et Mitchell Hepburn, premier ministre libéral de l’Ontario : les deux hommes refusent les amendements constitutionnels proposés par le gouvernement fédéral. Les « provinces sœurs » souhaitent aussi procéder à l’exportation d’électricité aux États-Unis, ce que refuse Ottawa dans un premier temps (voir discours sur l’adresse de Hamel, à la séance du 9 février, et la motion de demande de documents sur l’exportation de l’énergie électrique déposée par Casgrain, le 29 mars). Enfin, les gouvernements du Québec et de l’Ontario partagent la même vision à propos du syndicalisme, qualifié de « dictature du prolétariat » par Onésime Gagnon. (8 mars)

À de multiples reprises, Duplessis fait l’éloge de l’amitié qui dorénavant cimente les relations entre les provinces de Québec et d’Ontario, « l’œuvre la plus féconde de son gouvernement », croit-il.

Nous nous sommes rencontrés, les représentants de la province d’Ontario et les représentants de la province de Québec et nous nous sommes donné la main franchement, honnêtement et loyalement, lui un chef rouge, libéral et moi un ancien chef bleu, conservateur mais devenu essentiellement national. Nous nous sommes donné la main dans un grand mouvement pour l’entente nationale et le progrès de nos deux provinces, non pour reprendre les discussions acrimonieuses, non pour discuter d’hégémonie ou de primauté d’une province sur l’autre, mais pour faire revivre l’esprit de justice et de bonne entente qui a présidé à la Confédération, dans l’équité et le respect des droits. […]

M. l’Orateur, il est une question dont je voudrais parler brièvement: c’est celle de l’assurance-chômage. […] Je le dis tout de suite: Nous sommes en faveur de l’assurance-chômage pourvu qu’elle soit constituée sur des bases honnêtes et raisonnables, mais nous ne sommes pas en faveur d’une assurance-chômage aux dépens de la Confédération et de la Constitution. […]

La Constitution, c’est notre forteresse à nous de la province de Québec! Notre autonomie provinciale, c’est notre âme! S’il est vrai que la science peut s’être perfectionnée au point de permettre la chirurgie du cœur, je doute que le progrès soit assez avancé pour permettre de ne pas tuer l’âme en lui en enlevant une partie. Pas une parcelle de notre autonomie ne sera cédée, sacrifiée, et le meilleur moyen de ne pas la sacrifier, c’est de ne pas ouvrir la porte aux précédents. […] En matière légale et constitutionnelle, il est plus facile d’être maître chez soi la porte fermée que de rester maître une fois que la porte a été ouverte. (3 février)

 

Hamel abonde dans la même direction :

J’approuve l’attitude du premier ministre de n’avoir pas voulu transiger avec Ottawa avant de connaître le programme du fédéral sur cette assurance-chômage. Il faut nécessairement la collaboration, l’entente entre toutes les provinces pour établir une assurance-chômage par tout le dominion. J’approuve entièrement le premier ministre de ne pas céder la moindre parcelle des privilèges et des droits qui nous appartiennent. De l’entente, de la collaboration... mais aucune cession de privilèges. Chaque lambeau arraché à notre autonomie restera à jamais perdu pour nous. Soyons en garde contre toute tentative de centralisation sous le couvert de nécessités économiques. N’oublions pas les nécessités ethniques et culturelles. Elles valent plus que les piastres. Je suis heureux de voir sourire le premier ministre. Il conviendra que nous avons encore une certaine dose de sincérité et que nous sommes prêts à collaborer dans une juste mesure. (9 février)

 

Les libéraux sont plus nuancés. Selon Bouchard :

Nous voulons respecter l’esprit et la lettre de la Constitution. Nous, libéraux, c’est ainsi que nous comprenons cette question. Tant que nous aurons le gouvernement actuel à Ottawa, je sais que nous n’avons rien à craindre pour notre autonomie, jamais on n’envahira le champ provincial sans en avoir obtenu le consentement des provinces. Coopérons avec Ottawa. […]

Gardons de notre autonomie tout ce dont nous avons besoin, tout ce qui nous est nécessaire pour garder, pour conserver nos traditions, notre actif de ressources naturelles, notre élan, mais n’omettons pas de coopérer avec le fédéral quand il s’agit des intérêts de la province, quand cela est nécessaire pour nous aider à conserver tout ce à quoi nous tenons le plus, et nous rendrons ainsi service à la province et au pays tout entier. (3 mars)

 

Toujours à propos de l’autonomie provinciale, Duplessis a l’occasion de livrer le fond de sa pensée au congrès de la langue française, tenu à Québec du 27 juin au 1er juillet 1937. Il répond en cela à l’abbé Lionel Groulx qui, dans son célèbre discours du 29 juin, avait dit : « Qu’on le veuille ou pas, notre État français, nous l’aurons. » Dès le lendemain, le premier ministre blâme quiconque voudrait prêcher l’isolement : « Nous vivons tous sous la même couronne; nous sommes tous frères en ce pays. Si nous voulons qu’on nous respecte, commençons par respecter les autres », dit-il31. Au fond, Duplessis demeure fondamentalement attaché à ce qu’il appelle le pacte confédératif de 1867.

« Était-il sincère? » Des contemporains s’interrogent au sujet du combat mené par Duplessis en faveur de la défense de l’autonomie provinciale. En 1969, Chaloult écrit dans ses mémoires :

Ce qui compte en politique ce sont les actes plutôt que les intentions souvent obscures. Ce sont les actes que l’histoire jugera. Je pense que les historiens de l’avenir seront plus indulgents pour Maurice Duplessis que nos contemporains […], car ils examineront sa politique au lieu de scruter ses motifs et ses défauts.

Pour moi, je crois à la sincérité, au moins acquise, du premier ministre lorsqu’il se portait à la défense de l’autonomie et je ne doute pas de l’efficacité de son combat. C’est l’œuvre de sa vie. Il faut lui en reconnaître le mérite et lui en rendre hommage32.

 

D’autres spécialistes se sont penchés sur les fondements du discours autonomiste du premier ministre. Pour le sociologue Jules Duchastel, le progressisme des libéraux fédéraux s’explique « comme une réaction aux forces sociales et économiques de gauche qui se sont manifestées à partir de la crise des années 1930. Dans cette perspective analytique, Duplessis ne peut être considéré autrement que comme "non progressiste" et sa défense de l’autonomie du Québec devient un prétexte plus ou moins fallacieux pour s’opposer au progrès social33 ».

 

École des mines

Le développement minier prend beaucoup d’ampleur dans le Nord québécois, révèle le discours du trône. Afin de « ramener la prospérité en notre province » et « ouvrir de nouvelles carrières à notre jeunesse », le lieutenant-gouverneur invite le gouvernement à créer une école des mines, à Québec.

Le bill 26 pourvoyant à l’établissement d’une école des mines, de géologie et de métallurgie est présenté par Onésime Gagnon, ministres des Mines et des Pêcheries. Il précise que l’abbé Willie Laverdière dirigera cette nouvelle école à l’Université Laval. Le ministre inscrit cette loi dans la continuité : « En 1873, l’honorable M. Ouimet, un conservateur, fondait l’École polytechnique; en 1910, l’honorable M. Gouin, un libéral, fondait les écoles techniques. C’est maintenant au tour de l’Union nationale de faire quelque chose, de fonder à son tour l’École des mines. » (23 février)

 

Entente Bilodeau-Rogers

Joseph Bilodeau, ministre des Affaires municipales, de l’Industrie et du Commerce, propose le bill 29 relatif à l’aide à la jeunesse. Ce projet de loi découle d’une entente convenue, le 17 septembre 1937, entre son département et celui de Norman McLeod Rogers, ministre fédéral du Travail.

L’entente Bilodeau-Rogers implique le versement de subventions fédérales et provinciales pour faire la lutte au chômage en favorisant la formation professionnelle. Le gouvernement crée donc un service de l’aide à la jeunesse, sous la tutelle du ministère de l’Industrie et du Commerce. Il s’agit du premier organisme consacré à la formation de jeunes adultes sans travail au Québec. Plusieurs écoles de métiers seront créées, par exemple, une école d’avionnerie à Montréal qui formera plusieurs milliers de travailleurs qualifiés entre 1937 et 1944.

Dans son discours sur le budget, Fisher fait l’éloge de cette entente. Il félicite le gouvernement de bien vouloir aider la jeunesse à réintégrer le marché du travail. Il précise enfin que le Service de l’aide à la jeunesse viendra encourager les jeunes par divers moyens :

Il y a aussi l’entraînement physique et l’organisation des loisirs pour garçons et filles dans les villes, destinés à restaurer et maintenir leur santé physique et morale. Dans plusieurs villes, les jeunes gens, par suite des privations causées par la crise du chômage, ont été plongés dans un état de dépression morale; pour les sortir de cette ambiance dangereuse, le gouvernement invite les garçons et filles à prendre part aux classes de culture physique, de natation, de chant et de musique. (1er mars)

 

Droit de vote des femmes

Le 8 mars ( proclamé Journée Internationale des Femmes par les Nations Unies en 1977) Joseph-Grégoire Bélanger, député unioniste de Montréal, présente le bill 180 modifiant la loi électorale de Québec relativement au droit de vote des femmes. C’est la 13e fois qu’un tel projet de loi est présenté à l’Assemblée législative34. Des ministériels et des membres de l’opposition approuvent le principe; d’autres s’y refusent mordicus. La ligne de parti ne tient plus.

La seconde lecture a lieu le 17 mars. Le projet de loi est accueilli par des railleries de la part de certains députés. « L’on en vit plusieurs ne pas se gêner pour lire les journaux, d’autres bâiller généreusement et quelques-uns même dormir bien profondément », rapporte Le Nouvelliste35. Dans les tribunes, des centaines de femmes assistent à la scène. Elles ne manquent pas de braver le règlement pour applaudir les députés appuyant leur cause.

Bélanger est certain que, « grâce à leur ténacité dans la revendication », les femmes obtiendront un jour le droit de vote au Québec. Étant d’avis que la démocratie ne sera pas complète tant que les femmes ne pourront voter, il juge que le suffrage féminin s’inscrit « dans l’évolution normale de notre société ». Il termine son discours en disant que si cet amendement à la loi électorale de la province de Québec ne passe pas, « il passera un jour alors que d’autres en auront le mérite ».

La motion est appuyée favorablement par Adhémar Raynault, représentant de L’Assomption, Gilbert Layton, représentant de Montréal-Saint-Georges, William Bulloch, représentant de Westmount, et Émile Boiteau, représentant de Bellechasse. Tous ces unionistes déplorent de voir ce débat traité de manière aussi frivole. Le premier ministre, quant à lui, ne prend pas part à la discussion; le courriériste du Canada l’entend toutefois demander au député de Bellechasse d’abréger « son discours bourré d’arguments féministes36 ».

Joseph-Henri-Albiny Paquette, secrétaire provincial, est contre le suffrage féminin. Il reprend les arguments maintes fois ressassés en Chambre depuis 1922, disant que les femmes doivent demeurer reines de leur foyer. Il ne reconnaît pas, non plus, que le droit de vote des femmes au fédéral soit une bonne chose. « Si l’erreur a été commise à Ottawa, pourquoi la commettre à Québec? », dit-il. D’autres arguments à l’encontre du projet de loi sont présentés par Joseph-Émile Perron, représentant de Beauce. Pour finir, le bill est rejeté en deuxième lecture par un vote de 48 contre 16.

Trois mois plus tard, le suffrage féminin sera inscrit dans le programme du Parti libéral, au congrès tenu au Palais Montcalm de Québec, en juin 1938. Le ministre fédéral de la Justice et procureur général du Canada, Ernest Lapointe, et la militante Thérèse Casgrain parviendront à gagner l’appui unanime des militants37. En 1940, les femmes obtiendront enfin le droit de voter au Québec.

 

Volte-face sur l’interprétation des lois de la province

À la session de 1937, le gouvernement avait voté une loi pour faire prévaloir, en cas de divergence d’interprétations, la version française sur la version anglaise dans le Code civil, le Code de procédure civile et les Statuts. Duplessis fait marche arrière à la session de 1938 (bill 69). Il explique que les anglophones du Québec se sont élevés contre cette loi :

On nous a représenté qu’elle ne rendait pas justice à la minorité et qu’elle était de nature à causer des froissements, à soulever des complications et qu’elle n’était pas au sens du pacte confédératif. J’ai voulu moi-même prendre ma propre responsabilité. Voilà pourquoi j’ai cru devoir moi-même présenter le présent projet de loi. […] En conclusion, il est apparu évident que la meilleure manière d’interpréter les Statuts, c’était de la faire dans les deux langues. […]

On dit que le premier ministre fait volte-face. Certes, je ne prétends pas à l’infaillibilité; comme tous les hommes, je suis faillible et puis me tromper. Il est humain de se tromper, mais il est plus mal de persévérer dans son erreur. À ceux qui diront que le premier ministre change d’opinion, je répondrai que c’est le devoir d’un homme de courage et d’honneur de reconnaître son erreur lorsqu’il en commet une et de la réparer. (31 mars)

 

Plus tard au cours de la session, Duplessis fait également amende honorable durant l’étude en comité plénier du bill 88 concernant l’assignation de groupements devant les tribunaux. Bouchard dénonce le projet de loi. « Ce bill est dirigé contre les unions ouvrières », dit-il. Bercovitch est du même avis. Il démontre au premier ministre que sa loi, telle que rédigée, pourra affecter d’innocentes victimes. « Le premier ministre devrait faire attention, dit le député de Montréal-Saint-Louis. Il a déjà fait des erreurs qu’il a été obligé de reconnaître, pas très souvent cependant. »

Convaincu par les arguments de Bercovitch, Duplessis accepte d’amender un article de la loi :

Je n’ai pas, dit-il, la prétention d’être infaillible et il est du devoir d’un homme honnête et intelligent de savoir le reconnaître. Le bien de la province doit passer avant les petites satisfactions d’orgueil personnel. Je suis fier d’avoir admis que j’ai fait une erreur. C’est le fait d’un bon premier ministre de se rétracter et de revenir sur ses décisions pour faire mieux. Et je n’aurai jamais honte de faire cela tant qu’il s’agira des intérêts de la province. (7 avril)

 

Pour finir, la Chambre adopte le bill 90 relatif à l’indemnité des membres du Conseil législatif et de l’Assemblée législative. Depuis le 12 novembre 1936, les indemnités et les allocations des parlementaires avaient été réduites de 10 %. Conformément à la nouvelle loi, ces sommes seront « payées comme elles l’étaient avant la réduction apportée par la loi 1 Édouard VIII (2e session), chapitre 10, section 2 ».

 

La loi du cadenas, un an plus tard

Le communisme c’est la négation de tout principe religieux, de tout principe d’ordre et de paix et de conscience; c’est par définition, la quintessence de tout ce qu’il y a de méprisable et d’odieux; c’est lui qui ferme les églises, tue les catholiques, et établit le vol et le brigandage à l’état endémique. Le communisme, cela se traduit par des églises sabotées, des prêtres massacrés, des chrétiens et des catholiques martyrisés. (Duplessis, 2 mars)

Duplessis ne fait pas de quartier lorsqu’il est question du communisme. « La loi du cadenas, je l’ai déjà dit et je le répète, la loi du cadenas est appliquée et nous continuerons de l’appliquer. » Voilà comment le premier ministre répond aux détracteurs de cette loi dans les autres provinces canadiennes et à la Chambre des communes. Au même moment, Ernest Lapointe, ministre fédéral de la Justice, doit se pencher sur la constitutionnalité de cette mesure prise contre la propagande communiste. En mars 1938, Hector Laferté, conseiller législatif, a l’occasion de discuter avec lui à ce sujet :

Lapointe raconte qu’il est dans une situation très délicate. Toutes les provinces sont montées contre cette loi qu’elles trouvent arbitraire; s’il la désavoue d’ici au mois de juillet, Duplessis en profitera pour demander les élections et soulever des préjugés religieux, et les députés fédéraux auraient beaucoup de difficulté à se faire réélire dans la province de Québec. Mais, par contre, les 8 autres provinces seraient en bloc avec le gouvernement. Ce qui prouve qu’il est difficile de gouverner un pays comme le nôtre38.

 

Le 5 juillet 1938, Lapointe présentera un rapport recommandant la non-intervention39.

 

Au Conseil législatif

Léon Casgrain, député libéral de Rivière-du-Loup, rappelle au premier ministre sa promesse de jadis, celle d’abolir le Conseil législatif. « Il n’en a rien fait », dit-il (9 février). Force est de constater que Duplessis travaille de concert avec les conseillers législatifs. Lors de l’étude en comité plénier de la charte de Montréal, Duplessis ne parvient pas à trancher un aspect particulier d’un article; il décide de « laisser le Conseil législatif décider de cette question ». Le sourire aux lèvres, Bouchard lui rétorque : « Remettez-nous-en à la sagesse des anciens. » (4 avril)

Le Conseil législatif jette un œil avisé sur les lois adoptées par l’Assemblée législative. N’oublions pas que les pouvoirs de la Chambre haute sont aussi grands que ceux de la Chambre basse, sauf en matière de taxation40. En 1938, les conseillers interviennent donc afin de modifier le préambule du bill 45 pour assurer à la province les avantages d’un réseau routier de premier ordre. Les mots « entreprise et conduite sans système et laissée dans un état déplorable par l’administration précédente » sont biffés à la suggestion d’Hector Laferté, conseiller de la division de Stadacona41.

Au reste, le bill 57 modifiant la loi des liqueurs alcooliques et le bill 66 facilitant le crédit agricole aux colons meurent tous deux au feuilleton du Conseil législatif. Dans son journal personnel, Laferté raconte le sort du bill 5742 :

À la séance de vendredi, sir Thomas Chapais arrive avec un bill amendant la loi de la Commission des liqueurs aux fins de permettre de donner des licences de tourisme aux hôtels qui ont 15 chambres, l’ancienne loi disait qu’il fallait avoir au moins 25 chambres.

Comme c’est encourager le commerce des liqueurs et que M. Chapais était contre ce bill, il bredouille quelques mots et je lui demande de mon siège : « Plus fort… » […] Je lui demande : « Est-ce à la demande du clergé? » Réponse : non. « Est-ce à la demande de la Commission antialcoolique? » Réponse : pas plus.

Après la séance, en me parlant seul à seul et brièvement, alors qu’il m’admet qu’il est contre ces mesures, il admet devant 2 ou 3 conseillers : « Je suis contre cela et on devrait laisser dormir ce bill.43 »

 

À d’autres occasions toutefois, sur le bill 41 par exemple, la Chambre basse refuse d’adopter certains amendements suggérés par Laferté. Celui-ci doit alors accepter de « mettre de l’eau dans son vin44 ».

 

De choses et d’autres…

Durant la session, les libéraux présentent plusieurs motions de blâme : par exemple, ils regrettent que le gouvernement n’ait pas donné effet à la loi sur l’assistance aux mères nécessiteuses (24 mars); ils regrettent aussi que les lois concernant les pensions de vieillesse et l’établissement d’un crédit agricole provincial aient donné lieu au favoritisme. (30 mars)

Puis, l’opposition libérale revient constamment avec le cas du sous-ministre Albert Rioux, insistant sur le fait que ce dernier aurait été l’un des premiers à recevoir un prêt par l’entremise de l’Office du crédit agricole45. Il y a également Édouard Lacroix, député de Beauce au fédéral, qui fait beaucoup parler de lui. Ce dernier, mis en cause au comité des comptes publics, défend son honnêteté à la Chambre des communes46. À Ottawa, il aurait dit : « Pour se maintenir au pouvoir, Staline tue, Duplessis salit. » (7 avril) Duplessis ne se gêne pas non plus pour attaquer la réputation de Lacroix à l’Assemblée législative.

À la suite de l’enquête sur les comptes publics, Antoine Taschereau, le frère de l’ancien premier ministre Louis-Alexandre Taschereau, et Charles Lanctôt – avocat, juriste, adjoint au procureur général de 1905 à 1936 et bras droit du premier ministre Taschereau – doivent rendre des comptes. Grâce au bill 41, ces derniers devront rembourser les intérêts tirés sur des fonds publics qu’ils avaient tous deux déposés dans des comptes personnels.

Le premier ministre ne tient pas toujours rigueur à ses anciens adversaires. Ainsi, lors de l’adresse en réponse au discours du trône, Duplessis réitère ses sympathies à la famille d’Honoré Mercier fils, décédé le 19 juin 1937. « Au cours des nombreuses années qu’il m’a été donné de siéger dans cette Chambre, j’ai été à même d’apprécier la gentilhommerie, les hautes qualités d’un homme qui portait noblement un grand nom, dont nous déplorons tous la disparition. Il avait des adversaires politiques, mais il ne comptait que des amis », dit-il. (3 février) Mieux encore, le gouvernement adopte le bill 28 visant à accorder une pension à la veuve de l’ancien député libéral de Châteauguay et ministre des Terres et Forêts47. Bouchard appuie ce projet de loi, d’autant que celui-ci contribuera à « aider la descendante de Louis Fréchette » (22 février), Mercier ayant épousé Jeanne Fréchette, la fille du réputé poète.

Dans un autre registre, c’est en 1938 qu’est adoptée la modalité selon laquelle « le siège d’un échevin mis en nomination pour la charge de maire devient vacant par le fait même de cette mise en nomination » (bill 18). C’est en 1938 également que l’on adopte la loi pourvoyant à l’établissement du parc national du Mont-Orford (bill 70). Et plusieurs lois concernent la création ou l’amélioration d’institutions d’enseignement : subvention à l’École supérieure de commerce de Québec48 (bill 12), création d’une école supérieure des pêcheries à Saint-Anne-de-la-Pocatière (bill 35), création d’une école de filature à Sherbrooke (bill 75), établissement d’une école d’agriculture dans la Gaspésie (bill 40), établissement d’une école régionale d’agriculture à Nicolet, à Chicoutimi et à Ville-Marie (bill 37, 38 et 39).

Pour terminer, signalons deux questions qui traversent les décennies : les pensions alimentaires et les soins à domicile. Premièrement, le bill 81 modifiant le Code civil donnera dorénavant la permission à « la femme commune en biens » de poursuivre pour une pension alimentaire. Quant aux soins à domicile, ce sujet donne lieu à un échange intéressant entre les députés médecins de l’Union nationale. À la séance du 16 mars, le Dr Camile-Eugène Pouliot, député de Gaspé-Sud, prie le ministère de la Santé de présenter un projet de loi d’assistance publique « conforme aux besoins des temps présents ». Il montre que certains traitements coûtent souvent plus cher dans les hôpitaux « que s’ils étaient donnés à domicile ». Il signale aussi que « le nombre des médecins de campagne diminue sans cesse ». Le Dr Louis-Félix Dubé, député de Témiscouata, le Dr Arthur Leclerc, député de Charlevoix-Saguenay, le Dr Dionel Bellemare, député de Vaudreuil, le Dr Joseph-Félix Roy, député de Montmorency, le Dr Adolphe Marcoux, député de Québec-Comté, et le Dr Joseph-Henri-Albiny Paquette, secrétaire provincial, donnent tous leur opinion sur la loi de l’assistance publique.

 

Faits divers, faits cocasses…

L’interprétation des statuts

En comité plénier, John Samuel Bourque, ministre des Travaux publics, parle du bill 34 modifiant la loi des compagnies de télégraphe et de téléphone. Laurent Barré, député unioniste de Rouville ne peut s’empêcher de critiquer la façon de rédiger de tels projets de loi :

L’article 1 dit: L’article 9 de la loi des compagnies de télégraphe (Statuts refondus, 1925, chapitre 235) tel que modifié par les lois 20 George V, chapitre 89, section 1; 24 George V, chapitre 64, section 2, et 25 26 George V, chapitre 74, etc., etc., etc. Qu’est-ce que vous voulez comprendre dans tout cela? Il faut donc dépouiller Statut par Statut pour savoir à quoi s’en tenir. Je ne sais s’il y a beaucoup de députés qui ont la patience de le faire, mais je sais moi que je ne l’ai pas pantoute. Il me semble que quand on fait ainsi des amendements à des lois aussi importantes, amendant cinq ou six fois les Statuts, qu’on le dise, qu’on la lise donc tout au long afin qu’on comprenne. C’est regrettable pour tout le monde.

Les lois de la province sont tellement embrouillées, bourrées de références incompréhensibles et obscures, qu’il faut les voter sans les comprendre. On en est rendu au point que les avocats qui les ont préparées se perdent eux-mêmes dans le dédale des lois, ne s’y comprennent même pas. Comment veut-on que l’homme ordinaire y trouve quelque chose de clair?

Évidemment, il faut les voter en faisant confiance aux dires du ministre des Travaux publics. (15 mars)

Le premier ministre se sent obligé d’intervenir. Sans vouloir aucunement rabrouer son député, il prend soin de préciser qu’il a reçu moult félicitations concernant la clarté des lois passées sous l’Union nationale. Il explique enfin qu’il coûterait excessivement cher de refaire les statuts en y mettant tout le texte des articles amendés.

 

Charte de Montréal

Duplessis veille à tout. Lors de l’étude de la loi sur la cité de Montréal, le maire de la ville et député de L’Assomption, Adhémar Raynault, parle des travaux qui doivent être effectués au marché Bonsecours. À cet effet, Duplessis propose un amendement pour remplacer le crédit alloué de 2 000 000 $ par un montant de 650 000 $49:

M. Raynault (L’Assomption): Cette somme n’est pas suffisante.

L’honorable M. Duplessis (Trois-Rivières): C’est suffisant, Montréal passe son temps à se battre et le conseil ne fait rien. Ce n’est toujours pas de notre faute. (4 avril)

 

Duplessis n’insiste pas pour faire passer son amendement. Il n’en demeure pas moins qu’il rabroue publiquement l’un de ses députés.

 

Le trône du président

À l’ajournement de la séance du 6 avril, Duplessis en vient à parler de la tradition voulant que le président conserve son trône en souvenir, lorsque son mandat se termine. Bouchard, qui a été Orateur suppléant du 24 janvier 1928 au 7 janvier 1930 et Orateur du 7 janvier 1930 au 6 juin 1935, demande qu’on lui remette son fauteuil. Mi-sérieux mi-badin, Duplessis lui répond :

L’honorable M. Duplessis (Trois-Rivières): Je comprends qu’il s’agit là d’une coutume. Aujourd’hui, il le réclame, sans doute depuis qu’il sent qu’il a de la valeur en voyant un meilleur Orateur que lui sur ce même fauteuil. Nous allons étudier sérieusement la demande très importante du chef de l’opposition. Est-ce un article du nouveau programme du Parti libéral? […] Je comprends, M. l’Orateur, les arguments du chef de l’opposition; il a perdu un siège dans Bagot, quand bien même on lui donnerait maintenant un fauteuil, ce serait une consolation appropriée.

M. Bouchard (Saint-Hyacinthe): Eh, bien! Ma descendance attend avec anxiété. Il me semble qu’on n’aurait pas dû rompre la tradition. […]

L’honorable M. Duplessis (Trois-Rivières): Je crois pourtant que les descendants seront anxieux de voir le fauteuil et d’oublier le reste.

(Rires)

Dans ces circonstances-là, je dis au chef de l’opposition qu’il aura son fauteuil.

M. Bouchard (Saint-Hyacinthe): Je l’ai bien gagné. Merci beaucoup.

 

Selon Le Devoir, Bouchard fut si heureux qu’il envoya alors un baiser de la main à Duplessis50.

 

Un feu à l’hôtel du Parlement

Le 12 mars 1938 survient un incendie qui cause des dommages estimés à 2 000 $, au sous-sol de l’aile A du parlement. Le Soleil rapporte que la « nouvelle de cet incendie a causé un vif émoi par toute la ville. En peu de temps une foule considérable se massa aux abords du parlement pour être témoin de ce qui se passait51 ».

Une enquête est menée pour connaître la cause du sinistre, la rumeur voulant qu’un incendiaire aurait voulu faire disparaître des documents relatifs à l’enquête des comptes publics52. À la séance du 7 avril, Casgrain, député de Rivière-du-Loup, veut connaître les détails de l’enquête. En vain! Les ministériels font plutôt des blagues :

L’honorable M. Gagnon (Matane): S’il y a un autre feu au parlement, je demande à la Chambre que l’on fasse des efforts inouïs pour qu’on sauve le fauteuil du député de Saint-Hyacinthe (M. Bouchard). Qu’on sauve à tout prix le fauteuil!

M. Bouchard (Saint-Hyacinthe): Elle est assez plate, celle-là, qu’on est mieux d’ajourner.

 

Regard complice : Duplessis et Bouchard

Le premier ministre et le chef de l’opposition ne sont pas toujours à couteaux tirés. Il leur arrive de s’amuser dans une atmosphère empreinte de collégialité. À titre d’exemple, à la séance du 17 mars, Bouchard coupe, sans le vouloir, la parole au président qui n’avait pas encore terminé de donner la lecture d’une motion. Il se fait sitôt rappeler à l’ordre « d’une voix de stentor » par le président Joseph-Mignault-Paul Sauvé. L’Événement rapporte: « M. Bouchard fit mine d’être médusé. Il s’arrêta de parler dans la position qu’il avait prise lorsqu’il fut interpellé, gardant l’index levé et simulant la plus vive surprise. Avec son voisin, M. Casgrain, et même son voisin d’en face, le premier ministre, il s’amusa de bon cœur de l’incident53. »

 

Critique des sources

Par Christian Blais

Les membres de la Tribune de la presse en 193854

Maurice Dubrûle de L’Illustration Nouvelle est élu président de la Tribune en 193855. Damase Potvin de La Presse est quant à lui réélu secrétaire-trésorier pour un 14e terme. Les autres membres connus de la « Galerie de presse » sont Alexis Gagnon du Devoir, Guy Jasmin du Canada, Joseph Lavergne de La Patrie, Lorenzo Paré de L’Événement-Journal, Henri St-Pierre du Montreal Daily Star, Abel Vineberg de la Gazette, A.-G. Penny du Quebec Chronicle-Telegraph et Gérard Ouellet de L’Action catholique. Il y a aussi le Montreal Daily Herald, La Tribune de Sherbrooke, Le Nouvelliste de Trois-Rivières et Le Droit d’Ottawa qui couvrent les débats quotidiennement.

Au cœur des débats reconstitués de la session de 1938, il se trouve parfois quelques bribes d’information tirées, ça et là, dans les chroniques parlementaires des hebdomadaires suivants : L’Écho de Saint-Justin, Le Saint-Laurent, Le courrier de Berthierville, Le Guide, Le Courrier de Bellechasse, Le Bien Public, Le Nicolétain, L’Avenir du Nord, Le Dorchester, L’Étoile du Nord, L’Écho de Frontenac, La Voix des Mille Îles, Le Progrès du Saguenay, L’Éclaireur, La Parole, La Voix des Bois Francs, Le Progrès de L’Islet, Le Peuple, le Shawinigan Standard, L’Autorité, Le Petit Journal, le Journal de Waterloo, l’Écho du Bas-St-Laurent, le Canadien, L’Action populaire, La Frontière, le Petit Journal, la Gazette de Valleyfield, Le Peuple, l’Union des Cantons de l’Est, le Canada Français, la Gazette du Nord, Le Dorchester, Le Bien Public, L’Éclaireur, Le Nicolétain, Le Guide, Le courrier de Saint-Hyacinthe, The Spokeman et le Sherbrooke Daily Record.

 

Ligne éditoriale des principaux quotidiens

Jamais l’allégeance politique des journaux ne transparaît insidieusement dans les comptes rendus des débats. Il en est tout autrement pour les éditoriaux et les articles commentant les actions politiques. Le Devoir continue d’approuver les mesures du gouvernement unioniste; Le Soleil et L’Événement, pour s’attirer les bonnes grâces du premier ministre, continuent de s’en prendre au Parti national et prennent une attitude plus neutre à l’égard de l’Union nationale. Le Canada, en rupture avec Duplessis, ne cesse de critiquer systématiquement les actes du gouvernement.

Cette attitude va-t-en-guerre du Canada permet cependant de mieux comprendre l’atmosphère tendue qui règne en Chambre sous le premier mandat de Duplessis à titre de premier ministre. Dans son édition du 9 avril, Le Canada publie « Trois témoignages écrasants qui sont restés sans réponses56 ». Philippe Hamel, Cléophas Bastien et Joseph-Ernest Grégoire parlent des désordres et des débordements d’injures qui interrompaient parfois les travaux de l’Assemblée législative aux sessions de 1936 et 1937. Tous s’accordent pour dénoncer le comportement de René Labelle, député de Montréal-Saint-Henri. Selon Bastien :

Lorsque le désordre éclatait à la Chambre, c’est Labelle qui donnait le signal. Il allait au milieu de ces scènes de chahut, auprès du premier ministre puis revenait à son pupitre et continuait à dégoûter la Chambre par ses paroles grossières et malpropres. Ces scènes étaient telles qu’elles révoltèrent même des députés de l’Union nationale qui ne purent s’empêcher de protester. Dès les premiers jours de la première session et de la deuxième session de ce Parlement, Labelle fut le plus turbulent. C’est lui qui interrompait le plus souvent, je regrette de le dire. Labelle disait : « Rapace », « Farme ta gueule », « Sale restant », « Maudit écoeurant », « Voleur », « Tu pourrais voler ta mère ».

 

Fondée ou non, cette nouvelle avait pour objectif de porter atteinte à la réputation de l’Union nationale, et ce, même si de telles scènes ne se reproduisent pas à la session de 1938.

Dans la même veine, Le Devoir reproduit un discours de Paul Gouin, chef de l’Action libérale nationale. Au cœur de cette conférence intitulée « La politique telle que je la conçois », Gouin brosse un portrait coloré des députés de l’Union nationale. Autres temps, autres mœurs :

Le voilà dans le train, le brave homme (le député). Il parcourt les bancs, serre les mains à tous et à chacun, se laisse taper sur l’épaule par n’importe qui, même et surtout par les gens qui ne le connaissent pas, parce que ça leur fait plaisir. Il s’efforce d’appeler chaque personne par son petit nom et de tutoyer tout le monde, parce que c’est le summum du plaisir pour la majorité des électeurs et même des députés, lorsque cette marque d’estime tombe de la bouche d’un chef. Puis notre « membre du Parlement » blague avec ses collègues, interpelle à haute voix un autre député qui lit son journal dans le fond du « char », pousse, en passant, une « chique » à un député adversaire pour montrer qu’il n’a peur de personne.

Finalement, un peu calmé par le ronron du train, notre député s’assied à son tour dans son coin et, pour faire croire aux gens qu’il est un intellectuel et un esprit indépendant, se met à lire Le Devoir. Cette tactique – soit dit en passant – avait beaucoup plus de succès autrefois alors que Le Devoir n’avait pas encore perdu sa virginité politique ou, tout au moins, s’arrangeait pour qu’on y croie encore, ce qui lui a permis de faire un beau et riche mariage avec M. Duplessis. […]

Voyez-le plutôt, ce député; il a soigneusement plié son précieux journal qui lui a procuré une bonne heure de sommeil; il a ouvert son « satchel » jaune ou noir, sa valise […] pour glisser quelques cigares dans sa poche de veste, puis le voilà qui recommence à circuler à travers le wagon. Il écoute l’un de ses collègues : « Toé, j’aimerais à te voir, à soir, à ma chambre; un tel pis un tel seront là aussi. Il s’agit de l’affaire X… J’en ai parlé à Maurice pis je lui ai dit comme ça : Écoute Maurice, j’ai toujours été sport pour toé, tu vas m’arranger ça. Mes amis, d’ailleurs, sont décidés à aller jusqu’au bout. Maurice a voulu discuter une minute, mais je lui ai dit qu’il fallait qu’il marche. Alors, vous comprenez bien, puisqu’on a Maurice avec nous autres, il s’agit rien que maintenant de se mettre d’accord57. »

 

Diatribes, factums et libelles sont choses courantes en politique dans les années 1930. Avec un prisme non moins partisan, les journaux rapportent les actualités qui sont les plus susceptibles de faire infléchir l’électorat en faveur d’un parti ou de l’autre.

 

Les sources : étude de cas58

M. l’Orateur, il me fait plaisir aussi de saluer bien amicalement en passant messieurs les courriéristes parlementaires, les journalistes, spécialement ceux qui sont chargés d’être ici pendant la présente session pour faire le rapportage à leur journal respectif; je ne doute pas qu’ils sauront tous se montrer à la hauteur de leur si importante fonction. (15 février)

 

C’est en ces termes que Joseph-Émile Perron, député de Beauce, salue le travail des courriéristes. Ni lui ni aucun autre député ne trouveront à se plaindre des comptes rendus quotidiens en 1938 : cette année-là, les parlementaires ne font aucune mise au point pour corriger des faits publiés dans les chroniques parlementaires. C’est dire que, malgré leur allégeance politique respective, les membres de la Tribune de la presse rapportent avec soin les propos tenus à l’Assemblée législative.

À force de travailler les uns avec les autres, il se forge une évidente complicité entre les députés et les journalistes. Un cas à signaler. Le 8 mars, François-A. Pouliot, député de Missisquoi, parle sur le discours du budget. Tous les quotidiens mentionnent qu’il interrompt ses propos à la fin de la séance pour les continuer le lendemain. Tous les journaux confirment d’ailleurs que Pouliot reprend la parole le 9 mars pour livrer le reste de son discours. Pourtant, Le Devoir affirme que ce dernier termine son discours le 8 mars et, mieux encore, publie l’intégrale de son discours! On peut avancer sans risque d’erreur que le député avait distribué le texte de son discours au journaliste du Devoir. Ce dernier n’avait manifestement pas pris la peine de vérifier si le député avait bel et bien terminé son discours59.

Parfois aussi, faute d’espace dans les colonnes des journaux, les journalistes doivent résumer les propos d’un député qui parle des heures et des heures. À d’autres occasions, les débats en Chambre sont incompréhensibles ou tout simplement inaudibles. Quand semblables situations se produisent, la qualité des débats reconstitués est altérée d’autant. Voici un exemple :

L’honorable M. Bilodeau (L’Islet) et M. Bouchard (Saint-Hyacinthe) commencent une longue discussion sur des questions de technique juridique, discutent pendant quelques minutes sur ce qui se fait à Saint-Hyacinthe et la discussion s’arrête.

M. Hamel (Québec-Centre) fait une réflexion qu’il est impossible de saisir. (15 mars)

 

Malgré quelques lacunes fragmentaires, les parlementaires eux-mêmes ont l’occasion de mesurer l’utilité et la fiabilité des comptes rendus des débats. En 1938, afin que les nouvelles dispositions d’une loi concernant la consolidation d’arrérages de taxes soient connues du grand public, le premier ministre s’adresse directement aux membres de la Tribune de la presse : « J’attire tout spécialement l’attention des journalistes pour qu’ils publient cet avertissement », dit-il (bill 77). Après tout, les journalistes de la Tribune de la presse n’étaient-ils pas les yeux et les oreilles des citoyens qui voulaient suivre les débats de l’Assemblée législative?

 

Notes de l’introduction historique et de la critique des sources

1. Christian Blais, Gilles Gallichan, Frédéric Lemieux et Jocelyn Saint-Pierre, Québec : quatre siècles d’une capitale, Québec, Publications du Québec, 2008, 692 p.; John A. Dickinson et Brian Young, Brève histoire socio-économique du Québec, Sillery, Septentrion, 2003, 452 p; Paul-André Linteau, René Durocher, Jean-Claude Robert et François Ricard, Histoire du Québec contemporain : Le Québec depuis 1930, Montréal, Boréal Express, 1989, tome 2; Conrad Black, Maurice Duplessis, Montréal, Les Éditions de l’Homme, 1999, 547 p.; Robert Rumilly, Histoire de la province de Québec : Premier gouvernement Duplessis, Montréal, Fides, 1968, 282 p.; Robert Rumilly, Maurice Duplessis et son temps, Montréal, Fides, 1973, 2 tomes; Bilan du siècle, Université de Sherbrooke, http://www.bilan.usherbrooke.ca

2. « Cérémonie officielle et réception mondaine au Parlement », L’Événement, 27 janvier 1938, p. 3. Notons que Lucien Lamoureux était alors le doyen d’âge de l’Assemblée, étant né en 1864.

3. « Le travail est commencé dans les deux chambres », L’Action catholique, 27 janvier 1938, p. 3; « Le baromètre parlementaire nous annonce une pluie… de discours », L’Action catholique, 5 février 1938, p. 3 et 11.

4. « La session de Québec », Le Droit, 26 janvier 1938, p. 1.

5. Ce mémo de Duplessis datant de 1938 est reproduit dans J. Dickinson et B. Young, Brève histoire socio-économique…, p. 325-326 : « Les patrons doivent diriger leur industrie avec justice, intégrité, bonté, mais à la tête. Les ouvriers, à leur place, sachant obéir aux ordres, accomplissant leur tâche de leur mieux. Eux aussi doivent être justes, honnête et bons. Les unions à leur place doivent protéger leurs membres, mais pas en les persuadant que le patron est un ennemi, et n’intimidant pas ceux qui ne veulent pas être unionistes. »

6. Pour en savoir plus : Alfred Charpentier, Cinquante ans d’action ouvrière: les mémoires d’Alfred Charpentier, Québec, Presses de l’Université Laval, 1971, 540 p.

7. Alfred Charpentier, « La grève du textile dans le Québec de 1937 », Relations industrielles, janvier 1965, vol.20, no1, p.96.

8. Pour en savoir plus : « Projet d’ordonnance de l’Office des salaires raisonnables », Le Devoir, 25 mars 1938, p. 12.

9. Consulter à ce sujet : Le Devoir du 31 juillet 1937.

10. Sur les bills 19 et 20, voir : R. Rumilly, Histoire de la province…, p. 20, et C. Black, Maurice Duplessis…, p. 159.

11. À la séance du 8 février, Bastien avait dit : « Pour faire oublier ce qu’il a mal fait, toutes ces promesses qui ont été sacrifiées, le premier ministre parle de communisme et d’autonomie. »

12. Jean-Guy Genest, Vie et œuvre d’Adélard Godbout, Québec (Ph. D. histoire, Université Laval), 1977, p. 221.

13. Ibid., p. 220.

14. Télesphore-Damien Bouchard, Mémoires de T. D. Bouchard : « Quarante ans dans la tourmente politico-religieuse », Montréal, Éditions Beauchemin, 1960, p. 108.

15. Ibid., p. 110.

16. Ibid., p. 112.

17. Élisée Thériault était le beau-frère de Philippe Hamel.

18. Jacques Lacoursière, Histoire populaire du Québec, Sillery, Septentrion, 1997, tome 4, p. 241.

19. C. Black, Maurice Duplessis…, p. 164. Philippe Hamel parlera de cette assemblée à la séance du 22 février 1939.

20. C. Blais, G. Gallichan, F. Lemieux et J. Saint-Pierre, Québec : quatre siècles d’une capitale…, p. 438.

21. Auparavant, 12 échevins sur 13 lui étaient favorables. Jean Provencher, Joseph-Ernest Grégoire, quatre années de vie politique, Québec, Mémoire (M.A. histoire), Université Laval, 1969, p. 142.

22. Ibid., p. 437.

23. R. Rumilly, Histoire de la province…, p. 18.

24. Lorsque Pierre Bertrand, député unioniste de Saint-Sauveur, fait son entrée en Chambre avant la séance, il est chaudement applaudi par les ministériels pour son rôle de premier plan dans la défaite de l’ex-maire Grégoire, selon The Chronicle Telegraph du 23 février 1938, à la page 3. Bertrand avait été réélu comme échevin au siège no 2 du quartier Saint-Sauveur au conseil municipal de Québec.

25. Le 15 février, Alexandre Taché dit également que « le chef de l’opposition est vu assez souvent en compagnie des députés de Québec-Centre (M. Hamel), de Québec-Est (M. Drouin) et de Montmagny (M. Grégoire) ».

26. « Le discours du Trône a signalé surtout les problèmes à étudier », Le Nouvelliste, 27 janvier 1938, p. 1.

27. Télesphore-Damien Bouchard, Gouvernement qui méprise les usages parlementaires : discours prononcé par le chef de l’Opposition parlementaire, à l’Assemblée législative, le mardi, 1er février, 1938, Saint-Hyacinthe, L’Imprimerie Yamaska, 1938, 30 p.

28. « Ouverture de la session provinciale », Le Canada, 27 janvier 1937, p. 1.

29. « La présente session sera particulièrement vivante », Le Soleil, 5 février 1938, p. 3.

30. « Nos législateurs terminent une session… », L’Action catholique, p. 3.

31. J. Lacoursière, Histoire populaire du Québec…, p. 230.

32. René Chaloult, Mémoires politiques, Montréal, Éditions du Jour, 1969, p. 69-70.

33. Jules Duchastel, « L’autonomie provinciale et la défense de l’État libéral » dans, Alain-G. Gagnon et Michel Sara-Bournet (dir.), Duplessis : Entre la Grande Noirceur et la société libérale, Montréal, Québec Amérique, 1996, p. 248.

34. « Pour la 13e fois, le bill du vote féminin est rejeté », La Presse, 18 mars 1938, p. 2,13 et 19.

35. Le Nouvelliste, 18 mars 1938, p. 1.

36. Le Canada, 18 mars 1938, p. 9.

37. Jean-Guy Genest, Godbout, Sillery, Septentrion, 1996, p. 154.

38. Hector Laferté, Derrière le trône : Mémoires d’un parlementaire québécois, 1936-1958, Sillery, Septentrion, 1998, p. 64.

39. J. Lacoursière, Histoire populaire du Québec…, p. 233. Voir aussi : R. Rumilly, Histoire de la province…, p. 32-34, et R Rumilly, Maurice Duplessis…, p. 432-437.

40. Christian Blais, « Le Québec n’est pas une province comme les autres » : le Conseil législatif, 1775-1968 », Cap-aux-Diamants, hors série, août 2008, pp. 14-19.

41. Voir aussi : R. Rumilly, Histoire de la province…, p. 25.

42. Un courriériste rapporte : « Les deux mesures étaient déjà bel et bien enterrées, lorsque, par une erreur de transcription qui illustre avec quelle précipitation on fait les choses dans le nouveau gouvernement, elles furent transportées à la Chambre basse dans un message du Conseil, comme si elles avaient été adoptées. Elles furent ensuite expédiées chez le lieutenant-gouverneur pour leur sanction jusqu’à ce qu’on se soit aperçu, au dernier moment, qu’elles ne valaient plus rien. » « La session provinciale est prorogée », Le Canada, 13 avril 1938, p. 1.

43. H. Laferté, Derrière le trône…, p. 64-65.

44. « La session provinciale a été prorogée hier soir à 7 h. », L’Événement, 13 avril 1938, p. 3.

45. Pour plus de détails : R. Rumilly, Histoire de la province…, p. 14-16; et « L’affaire Rioux apparaît de plus en plus scandaleuse », Le Canada, 12 février 1938, p. 1.

46. J.-G. Genest, Vie et œuvre d’Adélard Godbout…, p. 220.

47. Ministre de la Colonisation, des Mines et des Pêcheries dans le cabinet Gouin du 29 avril 1914 au 25 août 1919. Ministre des Terres et Forêts dans les cabinets Gouin et Taschereau du 25 août 1919 au 27 juin 1936.

48. Joseph-Ernest Grégoire enseignait à cette école jusqu’au 14 août 1937, date à laquelle il fut invité à « discontinuer ses cours pour quelque temps ». Il n’en fallait pas plus pour que Grégoire et Hamel établissent un rapport entre les deux faits, concluant que Duplessis avait exigé le départ du professeur avant la subvention de 200 000 $. J. Provencher, Joseph-Ernest Grégoire…, p. 157.

49. L’Événement du 5 avril 1938, p. 11, rapporte plutôt 600 000 $.

50. Le Devoir, 7 avril 1938, p. 1. Mais, à la séance du 26 janvier 1939, Bouchard se plaindra que le premier ministre n’a pas tenu sa promesse. Puis, à la séance du 9 février 1939, il affirma avoir reçu son bien.

51. « Enquête de M. Lavigne sur l’incendie du Parlement », Le Soleil, 14 mars 1938, p. 3.

52. « Est-ce un incendiaire qui mit le feu à l’Hôtel du gouvernement samedi passé? », La Patrie, 16 mars 1938.

53. L’Événement, 17 mars 1938, p. 10.

54. Pour de plus amples détails, voir : Jocelyn Saint-Pierre, Histoire de la tribune de la presse à Québec, 1871-1959, Montréal, VLB éditeur, 2007, 315 p.

55. L’Action catholique, 4 février 1938, p. 3.

56. Le Canada, 9 avril 1938, p. 14.

57. « La politique telle que conçu par M. Paul Gouin », Le Devoir, 23 février 1938.

58. Sur la méthodologie relative à la reconstitution des débats, voir : Gilles Gallichan, « Le Parlement "rapaillé". La méthodologie de la reconstitution des débats », Les Cahiers des Dix, no 58 (2004), p. 275-296.

59. Le Devoir, 9 mars 1938, p. 7.