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22e législature, 1re session
(7 février 1945 au 1 juin 1945)

Par Stéphane Savard

Le Québec, le Canada et le monde en 1945 : la fin de la guerre

Un vent d’optimisme souffle sur les pays alliés. Luttant contre les forces de l’Axe depuis maintenant cinq ans1, les succès s’accumulent en cette année cruciale. En Italie, les troupes progressent et remontent vers le nord du pays, permettant aux soldats canadiens, dont ceux du Royal 22e Régiment de Québec, de faire connaître leur valeur. En France, le débarquement de Normandie, du 6 juin 1944, où participent environ 200 000 soldats canadiens2, conduit à la libération de Paris, le 25 août, et ouvre la porte à la libération de la Belgique et des Pays-Bas. Alors que les troupes britanniques, américaines, canadiennes et autres s’approchent de la frontière allemande, au début de l’année 1945, l’Armée rouge soviétique poursuit sa spectaculaire poussée vers l’ouest. Le 27 janvier 1945, elle découvre les horreurs du nazisme en pénétrant dans le camp de concentration d’Auschwitz, en Pologne, où plusieurs centaines de milliers – voire 1,5 million – de Juifs, de Tziganes et d’ennemis du régime nazi furent tués3. À partir de l’automne 1944, sur le front asiatique, les Alliés accentuent la pression sur l’Empire nippon, lui faisant perdre plusieurs territoires

Ces décisives victoires contre l’Axe permettent aux responsables politiques des pays alliés, dont ceux du Canada, d’entrevoir la fin de la guerre dans un avenir rapproché, voire même de planifier la période de transition d’après-guerre. Le 11 septembre 1944, dans une atmosphère de fête4, la deuxième Conférence de Québec réunit le président américain Franklin D. Roosevelt, le premier ministre britannique Winston Churchill et le premier ministre canadien William Lyon Mackenzie King. Le 4 février 1945, c’est au tour de Yalta, en Crimée, d’être l’hôte d’une importante conférence tripartite – États-Unis, Grande-Bretagne, URSS – qui prépare l’après-guerre avec un découpage de l’Europe et du monde en fonction du principe des zones d’influence5.

L’échec nazi se concrétise au printemps 1945 : Adolf Hitler se suicide le 30 avril et l’Allemagne capitule devant les Alliés et l’URSS, les 7 et 8 mai. La Deuxième Guerre mondiale n’est toutefois pas terminée puisque le Japon résiste toujours. Il faut attendre le largage de deux bombes nucléaires par les Américains et l’entrée en guerre de l’URSS contre l’Empire nippon pour que ce dernier capitule, à son tour, le 14 août 1945.

Au Canada, c’est sous le signe de la division que se déroule cette dernière année de guerre. S’appuyant sur le volontariat pour le service outre-mer, l’effort militaire canadien atteint son apogée à l’automne 1944. La police militaire accentue ses recherches pour mettre le grappin sur les déserteurs. Enrôlés de force ou non pour défendre le territoire national, les hommes subissent des pressions de plus en plus grandes afin d’accepter leur mobilisation sur le front européen ou asiatique6. Ceux qui refusent, appelés les « zombies », sont la cible de malveillances encouragées par les officiers et par certaines personnalités publiques canadiennes7.

Le 23 novembre 1944, le premier ministre King utilise la loi 80 qui autorise « la conscription pour l’envoi de soldats outre-mer si nécessaire » (1942). À l’aide d’un décret par arrêté en conseil, il ordonne l’envoi outremer de 16 000 soldats non volontaires. Cette décision du Cabinet ministériel, suivie d’un vote de confiance, le 8 décembre, à la Chambre des communes, réactive le débat sur la conscription. Les interventions fédérales de novembre et de décembre 1944 enflamment les passions et contribuent à creuser le fossé séparant les Canadiens français des Canadiens anglais, isolant la province de Québec au sein de la Confédération. Dans les provinces anglophones, certains membres des élites dénoncent le mouvement anticonscriptionniste commencé en 1942. Ils cassent du sucre sur le dos du Québec en jugeant insuffisant l’effort de guerre de la province8. Du côté québécois, le 29 novembre 1944, le Bloc populaire tient une grande assemblée au marché Saint-Jacques, à Montréal. Si le chef de l’aile provinciale, André Laurendeau, se positionne contre l’impérialisme et ses besoins de conscription, ce sont surtout les manifestations houleuses entourant l’événement qui retiennent l’attention9. S’appuyant sur cette grogne populaire, le gouvernement Duplessis fait adopter, le 29 novembre, un arrêté en conseil afin de protester énergétiquement contre le décret de conscription imposé par Ottawa. L’arrêté est signé par le lieutenant-gouverneur le lendemain10.

Dans un autre ordre d’idées, Ottawa appréhende beaucoup les problèmes socio-économiques qui pourraient survenir dans la période d’après-guerre. « La grande crainte du gouvernement fédéral, à la fin de la guerre, est le retour au chômage massif des années 1930 », soutiennent les chercheurs de l’Histoire du Québec contemporain. Le gouvernement « se souvient aussi de la crise qui avait suivi la fin du premier conflit mondial et met donc en place des politiques visant à assurer le plein emploi et s’inspirant des théories de Keynes. C’est l’objectif premier énoncé dans le livre blanc sur le travail et les revenus d’avril 194511 ». Par exemple, la politique d’allocations familiales – adoptée au début du mois d’août 1944 et mise en vigueur à partir de juillet 1945 – s’insère bien dans les mesures d’après-guerre visant à créer un État-providence12.

Avec la création du ministère de la Santé nationale et du Bien-être social, la politique d’allocations familiales a aussi le mérite de promouvoir une intervention étatique à saveur sociale13. Comment ne pas faire le lien entre cette orientation du Parti libéral du Canada et celle préconisée, depuis les années 1930, par la Co-operative Commonwealth Federation (CCF)? Le 15 juin 1944, cette formation politique socialiste remporte une éclatante victoire électorale en Saskatchewan. L’année 1944-1945 étant une période pré-électorale sur la scène fédérale, le gouvernement libéral se voit dans l’obligation de manœuvrer à gauche de l’échiquier politique, afin de couper l’herbe sous les pieds du CCF14.

Sentant venir la fin de la guerre, King demande au gouverneur général de dissoudre le Parlement fédéral le 16 avril 1945. Les élections générales sont convoquées pour le 11 juin. La bataille entre les différentes formations politiques fait rage pendant les mois de mai et de juin. Le Québec occupe alors une attention toute particulière dans la campagne électorale.

Sur la scène québécoise, les élections provinciales de l’été 1944 sont le théâtre d’une chaude lutte politique entre le Parti libéral, l’Union nationale et le Bloc populaire. Peu de temps après, la libération de Camillien Houde, prisonnier de guerre pour s’être opposé à la conscription, et son arrivée à Montréal le 18 août provoquent l’enthousiasme général dans la métropole québécoise. Le 11 décembre 1944, Houde, l’ancien chef du Parti conservateur et l’ancien maire de Montréal, reprend les rênes de sa ville.

Au début du mois de mai 1945, une frénésie s’installe au Québec alors que se propagent des rumeurs au sujet de la fin de la guerre. Craignant des abus lorsque cette journée mémorable se présentera, le premier ministre Maurice Duplessis annonce une importante restriction qui reçoit l’assentiment des autres députés de l’Assemblée législative :

Comme j’en ai fait l’annonce à Montréal dernièrement, la politique du gouvernement, en ce jour heureux, sera de fermer tous les établissements détenant un permis de la Commission des liqueurs du Québec, comme les magasins, les hôtels, les restaurants, les clubs, les auberges, les grills, les bars, les tavernes, les épiceries, et tous les détaillants de la Commission des liqueurs, pendant 24 heures. Des abus ont été commis samedi dernier à Montréal, lors de l’annonce erronée d’un armistice et il s’ensuivit un certain désordre. Je ne veux pas que cet incident se répète15. (4 mai)

 

Dans le domaine artistique, la littérature québécoise produit deux grandes œuvres en 1945 : Le Survenant, de Germaine Guèvremont, et Bonheur d’occasion, de Gabrielle Roy. Symbolisant le reflet d’une société entre urbanisation et ruralisme, le dernier livre traite de la dimension urbaine du Canada français, alors que le premier aborde plutôt « un portrait de la vie rurale qui tranche avec celui des romans traditionnels du terroir16 ». Du côté anglophone, le romancier et essayiste John Hugh MacLennan publie Two Solitudes, un ouvrage qui marquera l’imaginaire canadien par sa mise en lumière des tensions existant entre les Canadiens français et les Canadiens anglais au Québec17.

 

Les élections provinciales du 8 août 1944

Le 21 juin 1944, le premier ministre libéral Adélard Godbout assermente deux nouveaux ministres sans portefeuille : Joseph-Achille Francoeur et Maurice Gingues. Quelques jours plus tard, à la suite de la démission d’Oscar Drouin, ministre des Affaires municipales et ministre de l’Industrie et du Commerce, il nomme Henri Renault, alors ministre sans portefeuille, à la tête de ces deux ministères. Le 29 juin 1944, vers la fin de la cinquième et dernière année de son mandat, Godbout lance le Québec dans une campagne électorale largement souhaitée par ses adversaires politiques. Fixé au 8 août, le scrutin rebute Hector Perrier, secrétaire de la province, qui décide de ne pas se représenter dans son comté de Terrebonne.

Deux particularités rendent les élections de 1944 à la fois uniques et historiques. Ayant obtenu le droit de vote, en 1940, sous l’impulsion du gouvernement Godbout, les femmes vont aux urnes pour la première fois depuis 1849 (elles avaient obtenu le droit de vote au fédéral en 1918). L’arrivée de ces nouveaux votants fait gonfler le nombre total d’électeurs inscrits, passant de 753 310, en 1939, à 1 864 692, en 194418. Sur le plan des options disponibles aux électeurs et électrices des différents comtés, le scrutin du 8 août présente un nombre exceptionnellement élevé de candidats. L’historien Robert Rumilly commente les élections en ces termes et statistiques :

Plusieurs comtés comptent quatre candidats : un libéral, un unioniste, un nationaliste et un socialiste ou un créditiste. Rouyn-Noranda en compte neuf. En tout, 338 candidats briguent 91 sièges, ce qui établit un record. Pour la troisième fois depuis la Confédération – 1931 et 1936 ayant fourni les précédents – les officiers rapporteurs n’enregistrent aucune élection par acclamation19.

 

À la traîne des trois principaux partis, soit le Parti libéral, l’Union nationale et le Bloc populaire, trois tiers partis tentent de faire leur entrée dans le paysage politique québécois : la Co-operative Commonwealth Federation, l’Union créditiste des électeurs et le Parti ouvrier-progressiste. Parmi les orientations qui font consensus auprès de l’ensemble des partis, figure l’élaboration d’une politique familiale et d’un plan d’électrification rurale.

Bien arrêté, le programme électoral de Godbout met l’accent sur les principales réalisations du régime libéral depuis 1939, des réalisations garantes d’avenir qui seront, promet-il, poursuivies dans un second mandat. Le Parti libéral oppose le « désastre financier » du gouvernement Duplessis (1936-1939) à la bonne administration financière de la province depuis l’arrivée des libéraux au pouvoir. Le gouvernement vit selon ses moyens devient un slogan électoral symbolisant l’assainissement des finances et la fin des déficits budgétaires. L’économie s’inscrit au cœur des préoccupations libérales, alors que le gouvernement sortant brandit l’étendard qu’est devenue Hydro-Québec pour mieux montrer sa volonté de devenir le « champion du développement économique du Québec » et le champion de la libération du peuple vis-à-vis de la dictature économique20. Les réalisations sociales sont également soulignées à grands traits, contribuant à mettre le Parti libéral en opposition avec l’Union nationale21. De même, Godbout dénonce les « fauteurs de trouble » qui insèrent des sujets fédéraux dans la campagne électorale, comme la conscription. Il joue toutefois le jeu de l’opposition en positionnant sa formation politique comme un parti fédéraliste et canadien qui sauvegarde l’autonomie provinciale tout en appuyant les politiques du gouvernement King22.

Détournant l’attention de l’administration Godbout, l’Union nationale de Maurice Duplessis impose rapidement son programme politique : « La question des droits provinciaux et de l’autonomie [provinciale] ressort clairement comme le thème central de cette campagne, sur lequel viennent se greffer la question fiscale et la condamnation du gouvernement Godbout qui en constituent les deux autres composantes essentielles23. » Tirant profit de l’affiliation entre le Parti libéral du Québec et le Parti libéral du Canada, Duplessis dépeint le lien qui unit Godbout et King comme étant une relation de vassalité24. Il martèle sur toutes les tribunes que la « législature de Québec, qui devait être la forteresse de nos droits, […] en est devenue le cimetière25 ». Pour Duplessis et l’Union nationale, l’utilisation du slogan Maîtres chez nous permet de cristalliser le désir d’autonomie provinciale et de respect intégral des droits et ressources fiscales garantis par la Constitution de 186726. Les valeurs centrées sur « le patriotisme, la loyauté, [et] le respect des lois et de l’autorité27 », préconisées par les unionistes, encouragent ces derniers à développer des politiques destinées aux familles, aux colons et aux agriculteurs.

La contestation populaire qui s’est emparée de la province de Québec depuis la crise de la conscription a nettement favorisé l’émergence d’une nouvelle formation politique : le Bloc populaire. Le programme électoral des ténors bloquistes consiste à associer le gouvernement Godbout avec les mesures fédérales de guerre et à lui en faire payer la note pour le non-respect des droits canadiens-français28. Anticonscriptionniste et anti-impérialiste, tant du point de vue militaire qu’économique, l’aile provinciale du Bloc populaire favorise l’indépendance du Canada et la « souveraineté absolue des provinces dans la législation ouvrière et sociale29 ». Coincée entre deux feux, la formation politique du jeune André Laurendeau dénonce les « vieux partis » et tente de promouvoir une troisième voie. Le Bloc populaire préconise l’instauration d’un État- providence chrétien, dans les domaines social, éducationnel et économique, qui permettrait de lutter contre les trusts, la maladie et les logements insalubres tout en favorisant l’éducation, la famille, la défense du fait français, le crédit urbain et le développement d’une agriculture et d’une colonisation fondées sur le système coopératif30.

Quant aux autres partis en lice, leur influence dans la campagne électorale demeure  marginale. Se concentrant beaucoup, depuis 1942, à l’édification d’un Canada nouveau d’après-guerre, le parti socialiste du Co-operative Commonwealth Federation préconise la centralisation des pouvoirs grâce à l’émergence d’un puissant État-providence fédéral. Pour y parvenir, il se montre grandement favorable à la nationalisation de plusieurs ressources naturelles et de plusieurs biens et services jugés essentiels, comme le charbon, l’essence, le sucre et le tabac. Il élabore aussi des politiques visant le bien-être et la sécurité sociale des citoyens31. Le chef de l’aile provinciale, Frank Scott, critique d’ailleurs la tiédeur du 32.

L’Union créditiste des électeurs vise à promouvoir et à mettre en place un système de crédit social33. Née en Angleterre, mais internationalisée avec la crise économique, la doctrine créditiste « voudrait augmenter le pouvoir d’achat des citoyens en leur distribuant un " dividende social " » tout en préconisant la doctrine sociale de l’Église, notamment le corporatisme34. Quant au Parti ouvrier-progressite, la doctrine communiste qu’il préconise auprès des électeurs du prolétariat lui permet de promouvoir une « ligne antimonopoliste de collaboration avec les libéraux et d’unité nationale pour un effort de guerre total35 ». Craignant une victoire de l’Union nationale ou du Bloc populaire, le Parti ouvrier-progressiste du Québec ne présente que cinq candidats et recommande à ses concitoyens de voter pour les libéraux « au nom de la " coalition libérale-ouvrière démocratique " pour barrer la route à Maurice Duplessis36 ».

Un sondage Gallup effectué au début du mois de juillet donne une nette avance au Parti libéral, avec 37 % des intentions de vote, suivi par le Bloc populaire (27 %) qui fait meilleure figure que l’Union nationale (14 %)37. Or, les résultats finaux font état d’une tout autre situation venant cristalliser à la fois l’effondrement du Bloc populaire et la remontée de l’Union nationale dans le vote de l’électorat. Fait particulier, le Parti libéral, avec 523 316 votes ou 39,4 % des voix, perd les élections au profit de l’Union nationale, avec 505 661 votes ou 38 % des voix qui lui valent tout de même 11 sièges de plus que les libéraux. Le Bloc populaire (14,4 %), la Co-operative Commonwealth Federation (2,6 %), l’Union créditiste des électeurs (1,2 %) et le Parti ouvrier-progessiste (0,6 %) ferment la marche. À la passation des pouvoirs, le 30 août 1944, l’Union nationale de Maurice Duplessis forme le 20e gouvernement de la province de Québec.

 

Les parlementaires

La session parlementaire qui s’ouvre le 7 février 1945 est la première de la 22Législature québécoise. Une atmosphère fébrile règne dans les tribunes de l’Assemblée législative; une foule nombreuse, « surtout tant de dames en somptueuses toilettes », assiste aux cérémonies protocolaires38. Un nouvel Orateur est choisi en la personne d’Alexandre Taché, député de Hull, qui succède à Cyrille Dumaine, député libéral de Bagot. Maurice Tellier, député de Montcalm, est nommé Orateur suppléant, prenant ainsi la place de Charles Delagrave, député de Québec-Ouest, qui avait quitté ses fonctions le 22 juin 1944. Enfin, aux côtés du greffier Antoine Lemieux, le notaire Eugène Bernard ède à P.-A. Séguin comme greffier adjoint de l’Assemblée législative.

La composition de la Chambre à l’ouverture de la session reflète en grande partie le résultat électoral du 8 août dernier : on dénombre 48 unionistes et 37 libéraux. S’ajoutent trois bloquistes (dont le chef André Laurendeau, de Montréal-Laurier), un député du Co-operative Commonwealth Federation (David Côté, de la circonscription de Rouyn-Noranda) et un indépendant (René Chaloult, de Québec). Ne manque à l’appel qu’Édouard Lacroix, quatrième député du Bloc populaire et élu dans le comté de Beauce39. Mentionnons le retour de Paul Sauvé (élu dans Deux-Montagnes), lieutenant-colonel et commandant des Fusiliers Mont-Royal, qui a participé à la campagne de Normandie et à la libération de la Belgique et des Pays-Bas.

Plusieurs journalistes font état du nouvel équilibre des forces dans la Chambre basse : 48 ministériels et 43 oppositionnistes, ou plutôt, si l’on tient compte du président et de l’absence de Lacroix, 47 ministériels et 42 oppositionnistes40. Comme le souligne Le Canada, la faible majorité du parti au pouvoir (cinq députés) oblige l’Union nationale et le Parti libéral à nommer rapidement différents whips qui auront comme tâche d’assurer la cohésion et l’assiduité au sein de leur groupe parlementaire, au moment des votes en Chambre plus particulièrement41. Sont donc nommés à la première séance de la session les whips unionistes Hormidas Langlais (whip en chef), Henri Vachon, Germain Caron et Camille Côté, de même que les whips libéraux Joseph-Ludger Fillion (whip en chef), Joseph-William Morin, Joseph-Émile Dubreuil et Edward Charles Lawn.

L’administration Duplessis est la même que lors de la passation des pouvoirs, le 30 août 1944. Procureur général de la province, Duplessis est le chef du Cabinet et premier ministre de la province. Il s’entoure de gens chevronnés qui, pour certains, ont déjà été ministres à Québec ou à Ottawa : Onésime Gagnon occupe le poste de trésorier de la province; Laurent Barré obtient le ministère de l’Agriculture; Joseph-Damase Bégin, celui de la Colonisation; Antonio Talbot, la Voirie; Jean-Paul Beaulieu, l’Industrie et le Commerce; Jonathan Robinson, les Mines; John Samuel Bourque, les Terres et Forêts; Antonio Barrette, le Travail; Roméo Lorrain, les Travaux publics; Bona Dussault, les Affaires municipales; Camille-Eugène Pouliot, la Chasse et les Pêcheries; et Joseph-Henri-Albiny Paquette, la Santé et le Bien-être social.

Outre Omer Côté, secrétaire et registraire de la province, Duplessis s’entoure de sept autres hommes qui occupent le poste de ministre sans portefeuille : Thomas Chapais, membre du Conseil législatif, Joseph-Hormidas Delisle, Antonio Élie, Tancrède Labbé, Joseph-Théophile Larochelle, Patrice Tardif et Marc Trudel. Plusieurs ministres du Cabinet de 1945 conserveront leur poste pendant plusieurs années, voire plus d’une décennie comme dans le cas d’Onésime Gagnon qui demeurera aux finances jusqu’en 1958.

En tout, Duplessis forme un Conseil exécutif de 21 membres. L’opposition libérale ne tarde pas à utiliser le sobriquet « gouvernement des 21 » pour qualifier l’envergure du Cabinet ministériel. Elle rappelle à Duplessis que ce choix entre en contradiction avec les convictions du député de Trois-Rivières qui, dans l’opposition officielle du temps des gouvernements Taschereau et Godbout, critiquait la lourdeur de leur administration42. Devant pareilles critiques, le premier ministre justifie son choix :

Nos adversaires libéraux ne cessent de nous reprocher d’avoir un Cabinet de 21 ministres. Je ne vois pas pourquoi la province n’aurait pas 21 ministres quand le Cabinet fédéral en a 21, lui aussi. Il était temps que la province de Québec ait un cabinet majeur. Vingt et un, c’est le chiffre de la majorité. Vingt et un ministres! C’est vrai que nous sommes 21. Nous avons voulu avoir un gouvernement représentatif, qui représente toutes les classes de la société et toutes les régions de la province. Pour la première fois depuis la Confédération, en plus des avocats, des médecins et des hommes d’affaires, nous avons trois ministres cultivateurs au ministère de l’Agriculture (les honorables MM. Barré, Élie et Tardif); nous avons trois ouvriers authentiques dans le Cabinet.

[…] Ça fait assez longtemps que mes adversaires disent que je suis dictateur. Au moins, ils ne devraient pas critiquer le fait que je me sois entouré de 20 collègues : un dictateur n’aurait pas agi de cette façon. (13 mars)

 

Plusieurs députés font leur classe en siégeant pour la première fois à l’Assemblée législative. Parmi eux, soulignons la présence d’Honoré Mercier (petit-fils) du Parti libéral.

Au Conseil législatif, Alphonse Raymond devient le nouveau président. Alors que Thomas Chapais demeure le leader unioniste, Hector Laferté, le Président sortant, remplace Philippe Brais comme leader libéral. Nommé conseiller depuis le 22 juin 1944, Charles Delagrave remplace Cyrille Vaillancourt qui avait démissionné quelques mois plus tôt. Les libéraux dominent largement la Chambre haute, avec 19 membres, alors que cinq conseillers législatifs sont d’allégeance unioniste ou conservatrice.

 

L’Union nationale de Maurice Duplessis : un parti victorieux

L’Union nationale apparaît comme le parti d’un homme, Maurice Duplessis, qui tire plusieurs ficelles à la fois. La ligne de parti dictée par le député de Trois-Rivières demeure très ferme; les ministériels forment un bloc uni. Le gouvernement parle d’une seule voix, qui s’avère souvent celle du premier ministre. Il n’est pas rare que Duplessis s’interpose devant ses ministres pour présenter un projet de loi ou pour répondre aux questions. Davantage sollicités que d’autres, certains ministres ont la latitude souhaitée pour se démarquer. De par ses fonctions de trésorier de la province, Onésime Gagnon représente assurément le numéro deux du gouvernement. Candidat défait à la direction du Parti conservateur du Québec, en 1933, et ancien ministre dans le cabinet Bennett à Ottawa, il a été ministre des Mines, de la Chasse et des Pêcheries au sein du premier gouvernement Duplessis entre 1936 et 1939. Laurent Barré, Omer Côté et Antonio Talbot interviennent également régulièrement au cours de la session. Un seul député non admis au Cabinet des ministres se démarque du lot par le nombre de ses interventions : Joseph-Mignault-Paul Sauvé. De retour de la guerre, ce futur ministre désire certainement montrer ses aptitudes parlementaires.

Dans un contexte politique où la campagne électorale fédérale imprègne les débats de l’Assemblée législative québécoise, Duplessis se targue de diriger un parti totalement indépendant des formations politiques siégeant à Ottawa. À Valmore Bienvenue, député libéral dans Bellechasse, qui demande au premier ministre si Léon Méthot, candidat conservateur dans Trois-Rivières, recevra l’appui et le vote de son bon ami Duplessis, ce dernier répond : « Je suis contre Bracken [chef des conservateurs], contre King [chef des libéraux], contre Coldwell [chef du Co-operative Commonwealth Federation] au fédéral. Ni M. King, ni M. Bracken, ni M. Coldwell ne représentent les véritables intérêts de la province de Québec. Mon attitude est diamétralement opposée à celle du chef de l’opposition. » (21 mai) Ces paroles n’émeuvent point l’opposition libérale qui souligne régulièrement, depuis le tout début de la session, la filiation existant entre les conservateurs d’Ottawa et l’Union nationale.

En Chambre, le député de Trois-Rivières déploie une technique parlementaire très efficace. De connivence avec le président Taché, qui tranche toujours en faveur du gouvernement43, Duplessis appelle systématiquement de nombreux points d’ordre qui lui permettent de museler l’opposition. Les interruptions visent à déstabiliser les intervenants libéraux ou autres, à retarder leurs discours et à faire perdre à ces derniers un temps précieux et calculé. Cette stratégie est quelques fois dénoncée par les membres de l’opposition qui voient clair dans le jeu du premier ministre. « Sa tactique est d’interrompre constamment afin de détourner celui qui parle de la question en jeu », affirme Godbout (15 février) qui dénonce une pratique jugée « vicieuse » et qui a pour but « d’empêcher les députés de discuter les lois ». (3 mai)

 

Une opposition libérale musclée

Formation politique ayant obtenu le plus grand nombre de voix aux élections de 1944, le Parti libéral d’Adélard Godbout ne paraît guère dévasté par sa défaite. Malgré le départ de quelques grosses pointures peu avant le déclenchement des élections, dont Télesphore-Damien Bouchard et Edgard Rochette, le parti des Honoré Mercier, Lomer Gouin et Louis-Alexandre Taschereau renferme autant de parlementaires aguerris que de figures populaires44. Les plus actifs à l’Assemblée législative, souvent très en verve, comptent dans leur rang Wilfrid Hamel, Joseph-Achille Francoeur, Fernand Choquette, François-Joseph Leduc, Valmore Bienvenue, Léon Casgrain de même que Maurice Hartt. Les libéraux sont même parvenus à recruter des forces nouvelles capables de défendre avec vigueur et fermeté les valeurs et orientations de leur parti. Parmi celles-ci, mentionnons la présence de Henri Drouin, député d’Abitibi-Est.

Possédant toujours la confiance de ses troupes, Godbout dirige une opposition vigoureuse. Dans les premières semaines de la session, les ténors libéraux positionnent leur formation politique comme celle représentant « la majorité du peuple de la province », par opposition au « gouvernement minoritaire » de l’Union nationale (8 mars). Pour l’ancien premier ministre, « le peuple, le 8 août, n’a pas voté pour l’Union nationale, bien qu’il ait élu moins de députés (libéraux) ». Ce peuple, croit-il, « est déjà revenu de la surprise que lui a causée le résultat du scrutin du 8 août 1944 et, lorsqu’il plaira au premier ministre actuel de faire un nouvel appel au peuple, il se rendra compte de la mesure de confiance conservée au Parti libéral et il l’exprimera aux prochaines élections ». (13 février)

Par contraste avec leurs adversaires de la droite, les libéraux tolèrent une certaine dissidence dans leur rang. Moins rigide, plus poreuse, la ligne de parti dictée par Godbout permet aux députés de la gauche de se confronter sur quelques idées. Par exemple, dans le cas des luttes nationalistes entre Canadiens anglais et Canadiens français, les députés libéraux anglophones – et parfois même francophones – expriment des opinions contraires à la majorité francophone libérale45.

Le Parti libéral forme tout de même une opposition solidaire. La séance du 27 avril en offre l’exemple lors d’une discussion corsée, possiblement une des plus orageuses depuis plusieurs années, voire plusieurs décennies46. Au sujet du projet de loi 39 sur la modification des districts électoraux, Fernand Choquette, député libéral de Montmagny, critique vertement le gouvernement. À l’aide d’interruptions et de nombreux points d’ordre, Duplessis tente de bâillonner Choquette. Devant le refus de ce dernier de se conformer aux directives, le premier ministre obtient le châtiment suprême : l’Orateur nomme le député libéral qui perd alors son droit de parole pendant le reste de la séance. Furieux, Fernand Choquette quitte l’Assemblée législative, suivi d’Adélard Godbout et de l’ensemble des députés libéraux qui protestent contre la décision de l’Orateur et contre l’intransigeance du premier ministre. C’est la première fois depuis 1929 que l’Orateur nomme un député et c’est la première fois depuis 1937 que l’opposition officielle quitte l’enceinte du Parlement en guise de protestation47.

 

Les tiers partis

La présence de deux tiers partis (Bloc populaire et Co-operative Commonwealth Federation) et d’un député indépendant (René Chaloult) apporte une diversité d’opinions dans l’enceinte de l’Assemblée législative. Alors que l’opposition libérale est obligée de partager la tribune avec d’autres formations politiques, les ministériels unionistes doivent composer avec des idées et des critiques venant de trois principales têtes d’affiche : André Laurendeau (Bloc populaire), David Côté (CCF) et René Chaloult (indépendant).

Pour André Laurendeau, l’appui que le Bloc populaire a reçu de la part de 200 000 électeurs envoie un message clair aux plus anciennes formations politiques. Visant à favoriser l’établissement d’un « système de sécurité sociale et non un système de sécurité socialiste », le Bloc populaire veut mettre un frein à la menace socialiste en proposant une « démocratie économique et sociale ». Le parti qu’il dirige dénonce la dictature économique et propose, en Chambre, des moyens pour la « mater », dont le coopératisme et, en de rares occasions, la nationalisation. Laurendeau table également sur l’importance primordiale d’obtenir la « souveraineté intérieure absolue de l’État français du Québec ». (14 février) Cette proximité idéologique avec l’autonomisme de l’Union nationale fera souvent voter les membres du Bloc populaire avec le gouvernement.

Une fois de plus, René Chaloult se positionne devant l’Assemblée législative comme un indépendant auquel il ajoute l’étiquette nationaliste. Revenant sur la dernière campagne électorale pendant le débat sur le discours du trône, le député de Québec tient à souligner l’importance de sa victoire et de ses idées nationalistes :

C’était la première fois, l’été dernier, que je posais ma candidature sans l’appui d’un parti politique et de ses cadres traditionnellement établis. Cela signifiait pour les voteurs : pas d’espérance du pouvoir, pas de patronage, pas de bouts de chemin, pas d’octrois, pas de caisse électorale, donc pas de boisson électorale. Comme seule amorce, j’offrais mon passé et mes idées. Menu guère appétissant pour des électeurs. On avait naturellement ligué contre moi les forces du capitalisme, de l’impérialisme et de nos bons vieux partis qui collaboraient étroitement et harmonieusement. Lutte téméraire... Malgré tout, et grâce au généreux concours d’une poignée de nationalistes dirigés par le valeureux Dr [Philippe] Hamel, les idées triomphèrent des intérêts, ce qui nous remplit d’espoir pour l’avenir de notre cause. Notre peuple reste sain, en dépit souvent de ses politiciens. (14 février)

 

Inébranlables, les idées et les principes véhiculés par Chaloult visent à promouvoir « l’indépendance économique du Québec [et] l’indépendance politique du Canada ». (14 février) Plus souvent qu’autrement, il appuie le gouvernement Duplessis dans ses motions et projets de loi encourageant l’autonomisme, le coopératisme ou le développement du fait français au Québec.

Quant à David Côté, seul député du CCF, voici les mesures sociales et ouvrières qu’il souhaite implanter :

Le jour où la C.C.F. prendra le pouvoir, elle mettra son programme à exécution. Tout Canadien a cinq droits essentiels que lui reconnaît le programme de la C.C.F. Ce sont: 1) le droit à du travail utile et à un salaire décent; 2) le droit de gagner un revenu suffisant pour se procurer une nourriture saine, des vêtements décents, un foyer hygiénique et des loisirs agréables; 3) le droit à une bonne santé et à des soins médicaux adéquats; 4) le droit à la protection contre la maladie, la vieillesse, les accidents et le chômage; 5) le droit à une éducation complète. (12 avril)

 

Un mot sur la position du premier ministre à l’égard des tiers partis. Dans les débats entourant le bill 22 sur la loi électorale du Québec, René Chaloult évoque la possibilité pour l’État de défrayer une partie des dépenses électorales, ce qui aiderait grandement les nouvelles formations politiques. Duplessis s’oppose catégoriquement à pareille subvention, laissant entendre qu’il est mieux de s’en « tenir au système parlementaire démocratique des deux partis, le gouvernement et l’opposition. J’aime autant le dire franchement : un troisième parti, ça ne vaut rien et ça ne vaudra rien pour des années à venir ». Virulent à l’égard des tiers partis, il accorde toutefois une « concession » pour les députés indépendants, « puisqu’il faut des ombres au tableau », dit-il. (19 avril)

 

Le discours du trône

À 15 heures, le 7 février, s’ouvre la nouvelle session parlementaire pendant laquelle le lieutenant-gouverneur, Eugène Fiset, convoque les députés, les conseillers législatifs et les notables du Québec pour la lecture du discours du trône. Comme le souligne Le Soleil, cette allocution protocolaire qui énumère les priorités du gouvernement se fait entendre hors de l’enceinte du Parlement : « Le lieutenant-gouverneur parla à la radio sur un vaste réseau de postes privés couvrant toute la province, de sorte que le discours fut entendu dans tous les comtés de la 48. »

Précisant d’emblée qu’il « ne saurait être question pour les nouveaux ministres de proposer, dès la première session, toutes les réformes sociales ou économiques qu’ils préconisent », le gouvernement Duplessis établit toutefois une liste d’interventions afin d’insuffler au Québec les valeurs et les représentations qui sont chères à la nouvelle Administration. Parmi ces dernières, les familles se retrouvent au cœur des politiques du gouvernement. L’agriculture et la colonisation méritent d’être transformées, entre autres, avec des mesures préconisant les coopératives, l’électrification rurale, l’instauration d’un prêt agricole, la fertilisation des sols et le drainage des terres. Véritable « patrimoine provincial », les ressources naturelles « doivent servir le peuple et non pas l’asservir ». C’est pourquoi le gouvernement s’assure que la forêt, l’électricité et les richesses minières profitent d’abord aux consommateurs, aux ouvriers et aux industries québécoises. La planification de l’après-guerre s’avère une autre priorité. Enfin, d’ajouter le lieutenant-gouverneur, la décentralisation administrative doit permettre de sauvegarder l’autonomie de la province de Québec.

Hercule Riendeau, député de Napierville-Laprairie, et Maurice Bellemare, député de Champlain, respectivement représentant de la classe agricole et ouvrière, propose et seconde respectivement l’adresse en réponse au discours du trône. L’Union nationale cherche ainsi à se positionner comme « l’ami des cultivateurs et des ouvriers ». (8 février) Dithyrambiques à l’égard du gouvernement Duplessis entre 1936 et 1939, acerbes vis-à-vis de l’Administration libérale sortante, les deux hommes politiques font l’éloge des priorités du régime actuel : politiques agricoles, priorité à la santé publique, électrification rurale, encouragement au coopératisme, autonomisme, mesures visant à contrer l’effet ressac de l’après-guerre, etc.

Duplessis donne le ton à la session avec la présentation, en première lecture, de huit projets de loi dès la deuxième séance. Au troisième jour de la session, le premier ministre propose une motion permettant de retarder le débat sur l’adresse afin d’étudier « un bill d’urgence », la loi 5 modifiant la loi du département du Trésor49. En consolidant un prêt de 1925 à un taux d’intérêt moins élevé, Duplessis juge que cette mesure législative est pressante puisqu’elle permettrait d’économiser « des centaines et des centaines de mille dollars par année à la province ». (13 février)

Le projet de loi voté, le débat sur l’adresse se poursuit jusqu’au 14 février. Huit orateurs prennent part aux discussions50. Très critique envers le gouvernement qui « semble s’acharner à vouloir détruire plutôt que construire », notamment dans le domaine des mesures sociales, Adélard Godbout souligne la faiblesse des orientations et politiques de la nouvelle administration unioniste. (13 février)

 

Les finances publiques

Le changement de gouvernement entraîne certaines modifications dans la gestion des finances publiques. Dès le lendemain de l’ouverture de la session parlementaire, le nouveau trésorier, Onésime Gagnon, remet au greffier les Comptes publics. La rapidité avec laquelle il dépose ces documents contraste avec la coutume antérieure qui permettait au ministre des Finances époser les Comptes publics au milieu de la session51.

Autre nouveauté : déposé à l’Assemblée législative le 27 mars, le budget 1945-1946 n’est pas présenté par le trésorier la même journée52. À la place, un bref débat survient au sujet d’une déclaration médiatique de l’ancien trésorier, James Arthur Mathewson. Ce dernier répète en Chambre sa position évoquée dans les médias, à savoir que le premier budget Gagnon montre un retour à « [l]’ère de l’extravagance et de l’augmentation de la dette », un retour de « la danse des millions » comme sous l’administration Duplessis entre 1936 et 1939.

Onésime Gagnon présente son budget le 5 avril. Il se targue d’être le premier trésorier permanent de langue française :

Il m’est agréable de profiter de l’occasion pour remercier le premier ministre de la confiance qu’il m’a témoignée en me confiant la direction du département du Trésor. Ce geste de mon chef, mes compatriotes en ont saisi toute la portée. Ils ont vu dans le choix d’un trésorier de langue française, une décision éclairée qui dépasse les insuffisances du titulaire pour sauvegarder un principe excellent, une décision éclairée, pour mettre fin à la légende qui veut que les Canadiens français soient inaptes à la pratique des finances publiques. Désormais, on ne devra plus laisser croire à l’inaptitude des Canadiens français à la pratique des finances publiques. Dans le passé, les nôtres qui ont occupé le poste de trésorier ne l’ont fait qu’à titre temporaire, en attendant le choix d’un titulaire de langue anglaise.

 

René Chaloult félicite le choix de l’administration Duplessis :

Il était humiliant pour les Canadiens français de n’avoir pas de trésorier dans leur langue depuis quelques décennies. Je n’admets pas que le trésorier provincial, qui a un droit de regard sur les ministères, doive fatalement être un représentant de la minorité de langue anglaise. (12 avril)

 

Il nuance toutefois les allégations du trésorier en rappelant que d’autres francophones avaient occupé ce poste prestigieux par le passé53.

Dans son bilan de l’année 1944-1945, Onésime Gagnon fustige les libéraux d’avoir légué une situation financière catastrophique. Après cinq mois de régime libéral, 80 324 000 $ « était déjà dépensé ou engagé » sur un budget global de 92 283 181 $. Il défend le gouvernement Duplessis d’avoir été obligé de « recourir à un budget supplémentaire extraordinaire » afin de boucler l’année fiscale. Cette dernière se termine d’ailleurs avec des dépenses totalisant 104 589 000 $ et des revenus de 96 352 000 $. Il annonce donc un déficit de 8 237 000 $ et en jette le blâme sur les libéraux qui, selon lui, ont « profité de la période électorale pour effectuer des dépenses exagérées dans le but de conserver le pouvoir à tout prix ».

À la suite de ces remarques, Gagnon aborde les prévisions budgétaires de 1945-1946, un « budget d’économie, de transition et de restauration » qui « nous permettra enfin de préparer le passage de l’économie de guerre à l’économie de paix ». Selon le trésorier, l’année fiscale qui commence engendrera des revenus de 100 523 000 $ et des dépenses de 99 854 805 $, pour un surplus de 668 195 $. Outre le Service public de la dette qui accapare 17,5 % du budget global, les autres ministères qui reçoivent la plus grande attention du gouvernement sont les suivants : la Voirie (15 %), l’Instruction publique (9,4 %), la Santé et le Bien-être social (9,1 %), le Travail (8,8 %), l’Agriculture (7,4 %), les Travaux publics (6,2 %) et la Colonisation (4,8 %). Le département des Mines et celui de l’Industrie et du Commerce voient leur enveloppe budgétaire augmenter d’une façon considérable.

Quant aux priorités financières, Onésime Gagnon rappelle la volonté du gouvernement Duplessis d’abolir la taxe de vente mise en place par l’administration libérale en 1940, ce qui engendrerait des économies de plus de 10 000 000 $ pour les contribuables québécois, plus particulièrement pour les « familles nombreuses ». Il mentionne toutefois l’intention de mettre sur pied une taxe « sur les objets de luxe ». En insistant sur l’importance de préparer l’après-guerre, le trésorier reconnaît que des dépenses supplémentaires votées depuis le début de la session par le biais de différentes lois ne sont pas incluses dans le budget 1945-1946. Servant à « présenter certaines mesures d’urgence », elles « n’autorisent pas nécessairement une dépense d’argent pour la prochaine année ». Enfin, le député de Matane fait l’éloge de l’autonomie provinciale qui représente, selon lui, la planche de salut de la province pour réussir à régler ses problèmes financiers et ainsi à augmenter ses dépenses et son budget.

Le débat sur l’état des finances publiques est virulent. L’opposition libérale accuse le gouvernement Duplessis de propager des faussetés. James Arthur Mathewson, le critique libéral en matière de finances publiques, affirme que ce n’est pas l’administration sortante qui est responsable du déficit pour l’année 1944-1945, mais bien la nouvelle qui « a brisé l’équilibre du budget ». (10 avril) En ce qui concerne l’année 1945-1946, il critique la tactique unioniste de ne pas inclure, dans le budget, des dépenses de plus de 50 millions de dollars qui feraient grimper les dépenses globales à 151 354 805 $, engendrant ainsi un déficit énorme. Pour lui, le budget Gagnon « marque la reprise des orgies de dépenses extravagantes et fantastiques qui a marqué le premier passage de l’Union nationale au pouvoir. C’est un budget d’inflation. » (10 avril)

Quant aux tiers partis, André Laurendeau regrette « que le discours du budget n’annonce pas les premiers pas nécessaires vers notre libération de la dictature économique ». (17 avril) David Côté déplore plutôt l’absence de mesures visant à étatiser les grandes industries, afin d’augmenter les revenus de l’État, et critique l’inaction du gouvernement dans le domaine de l’éducation.

 

Les faits marquants de la session

Prorogée le vendredi 1er juin, la session parlementaire de 1945 présente un menu législatif qui nécessite 106 séances réparties en 65 jours de travaux54. Sur les 135 projets de loi présentés à l’Assemblée législative, 126 reçoivent la sanction royale. Les députés débattent de 90 avis de questions ou de motions, ces dernières donnant lieu à des débats parfois musclés. Le Conseil législatif, àlui, a tenu 34 séances.

Trois grands thèmes peuvent servir à regrouper la vaste majorité des questions, motions et projets de loi discutés à la Chambre basse : 1) l’abandon ou la réorientation des politiques antérieurement entérinées par le gouvernement Godbout; 2) la planification de l’après-guerre; 3) la sauvegarde de l’autonomie provinciale contre l’interventionnisme de l’État fédéral.

Les débats de la 1re session de la 22e Législature permettent non seulement de comprendre la société québécoise de l’époque, ses aspirations, ses valeurs et intérêts, mais aussi et surtout de se familiariser avec les grandes législations qui formeront les assises du régime duplessiste pour les 16 années à venir.

 

Réorientation : assurance-maladie et taxe de vente

Mise en veilleuse depuis la formation du gouvernement Duplessis, la commission d’assurance-maladie disparaît avec le bill 7. Perçue par Joseph-Henri-Albiny Paquette, ministre de la Santé et du Bien-être social, comme une simple « commission d’études » et non comme un organisme chargé de mettre immédiatement en application un régime d’assurance-maladie, son utilité devient désuète aux yeux du Cabinet Duplessis. S’il abolit la commission, le ministre déclare appuyer le principe de l’assurance-maladie. Seulement, il considère qu’une telle mesure sociale « n’est pas possible avant sept ou huit ans » et que d’ici là, le ministère sera en mesure de trouver des officiers capables de faire le travail des commissaires afin d’économiser de l’argent. (27 février)

Outrée par de pareilles considérations financières et politiques, l’opposition dénonce le bill avec vigueur. Joseph-Willie Robidoux, député libéral de Richelieu, rappelle les bienfaits de la commission. Il insiste sur la sauvegarde de « l’intérêt de l’enfance, du père et de la mère, de celui des hôpitaux, des asiles et des institutions qui s’occupent du bien-être social ». (27 février) Wilfrid Hamel, député libéral de Saint-Sauveur, dénonce le choix politique d’abolir une mesure sociale adoptée par le gouvernement Godbout. Quant à André Laurendeau, chef du Bloc populaire, il perçoit l’établissement de l’assurance-maladie comme un outil permettant à l’État québécois de contrebalancer le pouvoir central dans le domaine social. L’abolition proposée devient ainsi « une manœuvre rétrograde et dangereuse pour la santé publique et l’autonomie provinciale ». (6 mars) Adopté en troisième lecture le 8 mars, le bill 7 reçoit la sanction royale le 20 avril.

Une autre œuvre du gouvernement Godbout subit les foudres de la nouvelle administration unioniste : la taxe de vente. Critiquée par Duplessis dès sa création en 1940, l’abolition de la taxe de vente par le bill 35 représente une promesse électorale. « Mauvaise » et « injuste », selon le trésorier Onésime Gagnon, cette taxe donne « à la province des revenus de 12 000 000 $, pris surtout chez les gens des classes moyennes et des classes pauvres ». (27 avril) La loi 35 autorise donc le gouvernement unioniste à abolir la taxe de vente au plus tard le 31 décembre 1945.

Ne pouvant se permettre de diminuer de la sorte les revenus de la province sans affecter le pouvoir de dépenser de l’État québécois, le gouvernement Duplessis présente le bill 44 pour venir en aide à l’éducation et à la santé publique. Cette loi se traduit par la création d’une taxe de luxe de 6 % touchant à la fois les consommateurs, les compagnies et les manufactures lors de la vente au détail des « objets de luxe qui ne sont pas de première nécessité ». Parmi le lot, il y a les spiritueux, les bijoux, les véhicules à moteur, les fourrures, les appareils électriques ou encore les services de téléphone. Une taxe de 2 % est également appliquée pour l’achat du gaz ou d’électricité. Selon le trésorier, cette nouvelle mesure fiscale « enlève aux familles nombreuses le fardeau de la taxe de 2 % » et s’assure que « le riche paye, afin que le gouvernement puisse aider l’éducation et la santé publique ». Duplessis rappelle cependant aux députés que cette loi est temporaire et qu’elle sera abolie à son tour dès que « la province aura repris les droits de taxation cédés à Ottawa ». (30 avril)

La taxe de luxe scandalise l’opposition libérale. « Ces taxes vont contribuer à tuer le commerce dans la province de Québec et à le faire passer chez nos voisins », s’exclame Adélard Godbout. Considérant « discriminatoire » cette « taxe de vente à 6 % », particulièrement pour les cultivateurs qui doivent acheter de coûteuses machineries agricoles, le chef de l’opposition rappelle que la taxe de vente à 2 % était « raisonnable ». (30 avril) À mesure que le débat avance, la critique des libéraux devient constructive. À la demande de Lionel-Alfred Ross, député libéral de Montréal-Verdun, Duplessis fait un amendement qui précise que la taxe de luxe doit être utilisée « aux seules fins de pourvoir à l’éducation et à la santé ». (1er mai)

Selon certains observateurs, le bill 44 est mal perçu auprès des consommateurs, particulièrement auprès des ouvriers travaillant dans le domaine de la fourrure55. Le 24 mai, le Conseil législatif décide de renvoyer à six mois l’étude de la loi. Le bill 44 étant cliniquement mort, la taxe de luxe ne peut donc pas remplacer la taxe de vente. Le gouvernement Duplessis se voit alors dans l’obligation de retirer le bill 3556.

 

Hydro-Québec et l’électrification rurale

Le 23 février, le premier ministre présente en première lecture une des mesures les plus importantes de son programme législatif : le bill 14 favorisant l’électrification rurale par l’entremise des coopératives d’électricité. En comité des résolutions, le 20 mars, il rappelle les « grandes richesses hydroélectriques » que possède le Québec et souligne « le devoir de les utiliser à l’avantage du public et du bien commun ». Selon lui, « il est inconcevable que la classe agricole ne bénéficie pas davantage des bienfaits de l’électricité ». Dans un discours qui ressemble à celui prononcé l’année précédente par l’ancien ministre libéral Wilfrid Hamel57, Duplessis s’engage à ce que l’initiative d’électrification serve à « maintenir l’équilibre entre la ville et la campagne » :

L’électrification rurale, elle, procurera l’assurance d’un foyer confortable comprenant toutes les nécessités de la vie telles que les conçoivent les gens de la ville, et constitue le seul moyen de garder le cultivateur et les fils et les filles de cultivateurs sur les fermes, d’arrêter l’exode rural vers les cités, de consolider la paroisse rurale et de conserver à la province son caractère agricole si important.

 

Le chef de l’Union nationale précise que l’électrification rurale doit absolument se réaliser à l’aide de l’établissement de coopératives d’électricité, car « le coopératisme bien compris, c’est la formule de salut, lequel consiste à créer une force collective ». Pour développer cette « solidarité sociale, familiale et nationale », Duplessis annonce la création d’un Office d’électrification rurale qui disposera d’un fonds de 12 000 000 $ pour prêter aux coopératives d’électricité à un taux d’intérêt de 3 %.

Si René Chaloult, député indépendant de Québec, et les élus du Bloc populaire applaudissent cette mesure tant attendue, l’opposition libérale tire à boulets rouges sur le gouvernement qui enlève à Hydro-Québec le rôle actif d’électrification rurale. Cinglant, Wilfrid Hamel considère que la « loi actuelle ne fait que doubler la loi de l’Hydro; elle n’est pas nécessaire, elle ouvre la porte aux abus du patronage et à la convoitise des trusts ». Il perçoit l’Office de l’électrification rurale comme un « organisme politique » qui remplace « l’organisme indépendant qu’est l’Hydro-Québec ». (20 mars)

Sanctionnée le 24 mai, cette loi sur l’électrification rurale oblige le gouvernement à créer de nouvelles structures étatiques. C’est pour cela que le Cabinet Duplessis crée un département des Ressources hydrauliques distinct de celui des Terres et Forêts. (bill 67) De même, il abolit la Régie des services publics pour rétablir une Régie provinciale des transports et communications et une Régie provinciale de l’électricité. (bill 32) Cette dernière « aura juridiction exclusive en ce qui concerne la capitalisation des compagnies de l’électricité, de la distribution et de la production de l’électricité, [et] de la fixation des taux ». (13 avril)

Présenté à la toute fin de la session parlementaire, le bill 45 poursuit la réorientation du rôle d’Hydro-Québec. Expliquant que la nouvelle Hydro-Québec doit être perçue comme un « organisme du gouvernement », Duplessis soutient que ce statut demeurait ambigu dans la loi créant la Commission hydroélectrique de Québec de 1944. Il explique que le bill 45 « établit clairement que tous les organismes gouvernementaux devraient être soumis au contrôle du gouvernement du peuple et que les profits résultant de leur exploitation devraient appartenir entièrement et indubitablement à la province, par l’entremise de ses représentants élus ». (30 mai) Annulant la possibilité qu’avaient les administrateurs de l’Hydro d’investir les profits dans les obligations du fédéral, le premier ministre oblige désormais le placement de ces revenus « dans des obligations de la province uniquement », c’est-à-dire dans le fonds consolidé du Québec.

Duplessis justifie le principe de cette mesure en rejetant « l’idée que l’argent recueilli par la province à un certain endroit doive être dépensé à cet endroit-là ». Il considère plutôt que les profits de la compagnie, ce « bien public », doivent être utilisés selon un « esprit de solidarité » et non un « esprit de clocher ». L’argent dépensé, soutient-il, aura le mérite de servir à l’éducation et à la santé dans la région de Montréal et les environs, mais aussi dans la province en général. (30 mai)

Outre la perte d’autonomie de la compagnie publique qui dérange grandement les députés de l’opposition, ces derniers fustigent le gouvernement sur l’aspect de la récupération des profits par l’État. Godbout dénonce la tentative du gouvernement « de faire payer sa taxe de luxe par les usagers de l’Hydro ». Quant à André Laurendeau et René Chaloult, ils ne peuvent endosser une telle mesure législative qui pervertirait le mandat d’Hydro-Québec et qui contreviendrait à la réduction des tarifs d’électricité dans la région de Montréal. Le chef du Bloc populaire estime d’ailleurs « que le fait d’accaparer les profits, au lieu de baisser les taux et ainsi rendre la propriété publique plus attirante, n’est pas acceptable, car c’est détourner la nationalisation de son but réel ». (30 mai)

 

Préparer l’après-guerre : développement industriel et minier

En cette année de fin de guerre, les responsables politiques de tous les horizons se rappellent les difficultés vécues après la Première Guerre mondiale et craignent une période de transition difficile sur le plan économique. Sensible à cette situation, le gouvernement unioniste élabore des politiques d’après-guerre qui, croit-on, permettront au Québec d’éviter un ressac économique : le développement minier et le développement industriel seront donc les fers de lance de la nouvelle économie.

Présenté le 3 avril par Antonio Barrette, ministre du Travail, le bill 23 vient en aide à l’apprentissage et à la mise en valeur du capital humain. Il touche plus particulièrement : « 1. les ouvriers qui veulent apprendre un métier; 2. les ouvriers victimes d’accidents du travail et qui doivent être réadaptés au travail; 3. les infirmes; 4. les soldats de retour du front qu’il faut réintégrer dans la vie civile et qui sont l’objet d’un souci particulier dans ce projet de loi. » Le ministre du Travail est d’avis que « l’apprentissage, la rééducation professionnelle et la formation professionnelle » représentent trois moyens de garantir le « droit au travail » à tout individu et de contribuer « à la réalisation d’un programme de reconstruction économique et sociale ». Pour y parvenir, la loi encourage « l’organisation de l’apprentissage par les employeurs et les associations ouvrières » dans des centres d’apprentissage pouvant résulter de l’initiative des municipalités.

Le bill 71 vise la stabilité et le progrès industriels du Québec. Le gouvernement Duplessis propose une redistribution des concessions forestières dans le but de favoriser « un programme de développement industriel ». (24 mai) Au moins quatre nouvelles industries, dont une usine de la compagnie Singer Sewing Machine, s’implanteront au Québec grâce à cette législation58.

L’implantation d’industries minières dans le territoire du Nouveau-Québec, particulièrement riche en minéraux de fer, préoccupe également l’Administration. À cette fin, Jonathan Robinson, ministre des Mines, présente le bill 50 qui facilite et encourage le développement minier de cette vaste étendue territoriale. Le 3 mai, en première lecture, il explique que la « loi régissant l’octroi de permis de recherche et d’exploitation des mines » doit être outrepassée afin de permettre au lieutenant-gouverneur en conseil de concéder l’exploitation des mines par des baux. Duplessis reconnaît ainsi la nécessité d’accorder « des pouvoirs spéciaux » aux compagnies minières puisqu’il s’agit d’une « situation extraordinaire » où le « développement minier du nord du Québec suppose de gros capitaux, à cause du manque de communication. Une compagnie qui voudra exploiter ces mines devra construire des routes, un port et peut-être un chemin de fer. Il faut lui assurer un territoire assez vaste pour lui permettre de compenser les dépenses faites ». (14 mai)

Dans un plaidoyer, Godbout rappelle les dangers de concéder « trop libéralement » nos ressources, comme ce fut le cas des forces hydrauliques dans le passé :

Qu’on encourage l’exploitation de nos richesses minières, très bien, pourvu que ce soit au profit de la province, mais non des trusts. Mais j’estime que ce serait un crime national que d’aller jusqu’à l’abandon de nos ressources pour un nombre incalculable d’années. Ce serait un crime national, si le bill était adopté dans cette forme. (14 mai)

 

Le chef de l’opposition libérale souhaiterait que les concessions des ressources minières ne se fassent pas sans l’assentiment des Chambres. Son argumentation contribue à modifier le projet de loi. De ce fait, Jonathan Robinson et Maurice Duplessis limitent à 20 ans la durée maximale du bail consenti. Le bill 50 amendé reçoit la sanction royale le 24 mai.

 

Voirie provinciale et colonisation

Le monde rural occupe une place importante dans les programmes visant à contrer les possibles troubles économiques d’après-guerre. Outre le bill 4 autorisant une dépense d’un million de dollars pour le drainage des terres agricoles, le gouvernement Duplessis débloque d’autres millions afin de lutter contre le chômage et de régler les problèmes criants dans les domaines de la voirie provinciale, de l’agriculture et de la colonisation.

Le bill 3 concernant l’amélioration de la voirie provinciale autorise des dépenses de 30 000 000 $, en quatre ans, pour « l’exécution d’un plan d’ensemble relatif à la construction et à la réfection des routes » en milieu rural. Si l’on « juge très souvent un peuple par son réseau routier », croit Antonio Talbot, ministre de la Voirie, il est grand temps de donner « à nos cultivateurs de bons chemins pour leur permettre de transporter leurs produits jusqu’aux marchés, pour communiquer entre eux et leur donner des contacts sociaux ». (20 février)

Le 18 mai, en comité des résolutions concernant le bill 53 pour organiser la colonisation selon des méthodes progressives et rationnelles, le ministre Joseph-Damase Bégin s’exprime en ces termes :

Au cours de la présente guerre, la colonisation a perdu un peu d’intérêt. Il est réconfortant de constater que ceux qui s’occupent des problèmes sociaux proclament aujourd’hui qu’il faut remettre la colonisation en lumière. Qu’on le veuille ou non, la colonisation est une entreprise nationale à laquelle tous les bons Canadiens doivent s’intéresser.

 

À l’aide d’un budget de 16 000 000 $ en quatre ans – sans compter une contribution attendue de 34 000 000 $ qui proviendrait d’Ottawa59 –, qui lui permettra de préparer et d’exécuter un plan de colonisation, Bégin entend « redonner au mot colonisation son sens véritable : celui d’établissement autonome sur l’une ou l’autre des diverses ressources du sol » et ainsi permettre de « relever le standard de vie du colon »60. Les principaux buts visés sont d’abord de consolider les « vieilles paroisses à demi peuplées » avant d’établir « des colons dans des endroits préparés à l’avance » grâce à une « adaptation rigoureuse au sol ».

 

L’autonomie provinciale

Thème largement abordé en campagne électorale puisqu’il permettait à l’Union nationale et au Bloc populaire d’attaquer le gouvernement Godbout, l’autonomie provinciale reste un sujet récurrent durant la session. Dans plusieurs des interventions et mesures législatives préconisant l’autonomie provinciale, les libéraux doivent porter le blâme de ne pas avoir fait respecter les droits du Québec entre 1939 et 1944. Persuadé d’avoir agi dans le meilleur intérêt pour le Québec, Adélard Godbout défend constamment ses décisions politiques.

L’Union nationale n’a pas le monopole des initiatives en faveur de l’autonomie provinciale ou de la sauvegarde des intérêts des Canadiens français. L’indépendant René Chaloult et les députés du Bloc populaire présentent régulièrement des motions en ce sens. Il en va ainsi de la motion contre la conscription pour service outre-mer, présentée par Chaloult le 21 février, ou encore de celle proposant de rétablir le système du volontariat pour service militaire outre-mer, proposée, le 21 mars, par Albert Lemieux, député du Bloc populaire dans Beauharnois. Ces deux motions blâment le gouvernement King pour avoir imposé la conscription, le 23 novembre 1944, et pour ne pas avoir respecté le choix des Canadiens français de participer au conflit mondial sur une base volontaire. Pour sa défense, Godbout rappelle qu’il a toujours été opposé à la conscription, mais que cette dernière est devenue réalité, selon lui, « parce qu’après les élections du 8 août 1944, le gouvernement King s’est trouvé affaibli dans la province de Québec et a dû céder devant la poussée des intérêts tories, devant l’impérialisme et les financiers véreux ». (21 février)

D’autres interventions oppositionnistes visent à sauvegarder les droits et compétences de la province de Québec. Le 18 avril, André Laurendeau présente une motion voulant que « cette Législature, en face de diverses tentatives d’empiétement, réaffirme fortement son pouvoir de légiférer dans le domaine de l’éducation », pouvoir acquis grâce à l’article 93 de la Constitution de 1867. Le chef du Bloc populaire se demande même si la province, afin de conserver ses droits, ne devrait pas refuser l’argent du fédéral. Ce qu’approuve l’ancien premier ministre Godbout, pour qui la « Législature doit aller jusqu’à refuser ces cadeaux de Grecs qu’on pourra nous offrir ». Le gouvernement Duplessis appuie chacune des initiatives de l’opposition en ce sens.

Aussi, de nombreuses lois visant à affermir ou à sauvegarder les compétences du Québec au sein de la Confédération sont présentées en Chambre. Le 6 avril, Onésime Gagnon affirme ainsi qu’il est devenu nécessaire de mettre un terme à l’entente de 1942, entre Ottawa et Québec, au sujet de l’abandon de « quelques-unes des plus importantes sources de revenus, notamment l’impôt sur les corporations et sur le revenu ». Par le bill 21 assurant la sauvegarde des revenus essentiels de la province, le gouvernement Duplessis se donne donc le mandat de négocier avec Ottawa et de présenter, à la prochaine session parlementaire, les nouvelles dispositions d’un nouveau règlement. Le bill 21 constitue la première étape vers la création, en 1954, d’un impôt québécois sur le revenu des particuliers.

James Arthur Mathewson, critique libéral en matière de finances publiques, croit que le gouvernement Duplessis « désire jeter de la poudre aux yeux, faire du " show ", faire entendre des discours de Saint-Jean-Baptiste sur les droits constitutionnels du Canada ». Il rappelle que pour mettre un terme à l’entente de 1942, « la province peut mettre fin à cet accord en donnant avis de 30 jours avant l’expiration de l’année fiscale. Le gouvernement provincial, poursuit-il, veut si peu y mettre fin, qu’il a laissé passer le délai fixé par la convention ». (6 avril)

Le bill 21 est voté en troisième lecture le 4 mai et reçoit la sanction royale le 24 du même mois.

 

Les allocations familiales

Insérée dans le cadre d’un interventionnisme grandissant de l’État fédéral, la politique d’allocations familiales voit finalement le jour à l’été 1944. Résolu à aider les familles dans leurs charges financières, le gouvernement King établit toutefois des taux d’allocation qui « suivent une échelle décroissante à partir du cinquième enfant », ce qui nuit aux familles nombreuses qui sont souvent canadiennes-françaises61. Entrant en vigueur à l’été 1945, cette décision provoque l’indignation de ébec.

Présenté très rapidement au début de la session par le premier ministre, le bill 2 sur les allocations familiales « autorise le lieutenant-gouverneur en conseil à conclure avec le gouvernement fédéral toute entente qu’il jugera appropriée, efficace et juste pour l’établissement d’un système d’allocations familiales conforme aux intérêts et aux droits constitutionnels de la province ». (8 février) La famille étant au cœur des politiques gouvernementales, Duplessis fait des allocations familiales une des pierres angulaires de la lutte contre « une usurpation des droits provinciaux fondamentaux dans le domaine éducatif, dans le domaine familial et dans le domaine des droits civils ». (15 février)

Pour Godbout, le meilleur moyen de « rester maîtres chez nous » et d’éviter les interventions fédérales dans les domaines de juridiction provinciale, demeure celui de « couvrir nous-mêmes ces champs d’action ». (15 février) Il nuance toutefois sa position dans le cas des allocations familiales qui ne peuvent se faire sans l’appui d’Ottawa en raison des coûts trop élevés du programme. Or, l’ancien premier ministre rappelle l’importance de faire pression sur le gouvernement King pour que soit annulée la décision de diminuer les taux d’allocation à partir du cinquième enfant.

André Laurendeau et René Chaloult se positionnent aussi en faveur d’une négociation avec le fédéral pour un régime d’allocations familiales plus juste pour le Québec, mais ils jugent que ces pourparlers ne doivent pas retarder le paiement des premiers montants destinés aux familles. Quant à David Côté, le député de la Co-operative Commonwealth Federation de Rouyn-Noranda, il est contre la loi parce que, selon lui :

[l]’autonomie provinciale, ça importe peu. Si un homme a faim, présentez-lui du pain blanc et du pain brun et il mangera les deux. Peu importe que les allocations soient payées par le fédéral ou le provincial. Le peuple ne regarde pas si c’est le provincial qui veut sauver son autonomie, mais ce qu’il regardera, c’est l’argent qui tombera dans ses poches. (16 février)

 

Radio-Québec

Considérant Radio-Canada comme l’organe officiel de l’État fédéral62, Duplessis veut doter la province de Québec d’un réseau radiophonique contrôlé par l’État qui aurait le droit « d’acheter ou d’exproprier tous les postes privés déjà existants ». Avec le bill 12 autorisant la création d’un service provincial de radiodiffusion, le premier ministre tient une promesse électorale qui montre la sensibilité de l’Union nationale à l’égard d’un médium de plus en plus important :

La radio étant devenue un puissant moyen de propager l’éducation, qui est du ressort exclusif des provinces, il va sans dire qu’il serait illogique qu’un gouvernement provincial n’exerce pas ses prérogatives dans un domaine aussi vaste. C’est son droit essentiel de diffuser la pensée provinciale comme Radio-Canada diffuse la pensée fédérale. (13 mars)

 

Radio-Québec, le nouvel organisme de radiodiffusion ainsi créé, aurait trois principaux mandats : soutenir le Québec, ses revendications et ses valeurs et intérêts à l’étranger, notamment au sein des autres provinces canadiennes; mettre en valeur le passé et les traditions de la province de Québec; et, enfin, corriger les erreurs et les préjugés au sujet de la province entendus sur les ondes de Radio-Canada ou des stations privées.

Favorable à la création d’un poste de radio étatique comme moyen d’éducation, Adélard Godbout doute toutefois de la nécessité pour l’État de contrôler un système de radiodiffusion. Surtout, il s’élève contre la tentation de créer un organisme contrôlé par le gouvernement, une entité radiophonique qui serait sous la tutelle du premier ministre. L’opposition bloquiste et libérale demande le contrôle de Radio-Québec par une commission indépendante et non par un gérant qui deviendrait « une créature du premier ministre » et du parti au pouvoir. Pour illustrer le malaise des oppositionnistes, Léon Casgrain, député libéral de Rivière-du-Loup, considère que le nouveau système de radiodiffusion devrait s’appeler la « Radio-Duplessis ». (15 mars)

Longuement débattu au Conseil législatif, notamment en raison du fait que deux conseillers, Jacob Nicol et Pamphile Du Tremblay, sont propriétaires de postes privés de radio, le bill 12 créant Radio-Québec se voit finalement amendé et adopté. L’amendement en question remplace le gérant unique prévu par la loi de Duplessis par trois commissaires63. Duplessis accepte l’amendement le 20 avril, et la loi reçoit la sanction royale le même jour. Malgré les beaux discours du gouvernement Duplessis, le bill 12 restera lettre morte jusqu’en 196864, alors que Daniel Johnson annoncera officiellement la création de Radio-Québec.

 

Le Conseil législatif

L’étude de certains projets de loi donne lieu à quelques frictions entre le gouvernement Duplessis et le Conseil législatif. C’est le cas du bill 44 venant en aide à l’éducation et à la santé publique grâce à l’instauration d’une taxe de luxe65. D’autres tensions surviennent lorsque la Chambre haute tente d’imposer des amendements non désirés par la Chambre basse, entre autres, pour le bill 155 concernant la Commission des écoles catholiques de Verdun66 et, surtout, pour le bill 39 modifiant les districts électoraux67.

Duplessis rappelle que ce « sont les représentants du peuple qui doivent mener » (22 mai), et non un « organisme irresponsable » qui agit « contre le fondement même de nos droits et institutions démocratiques ». (1er juin) René Chaloult plaide pour l’abolition pure et simple « de cet organisme inutile qu’est le Conseil législatif ». (22 mai) Cette idée séduit pour un moment le premier ministre qui se demande, dans la dernière séance de la session, si le moment n’est pas venu de transformer cet « élément pondérateur et modérateur » reflétant désormais « l’écho des gros intérêts financiers ». (1er juin)

Godbout n’approuve pas ces critiques. Le Conseil législatif, dit-il, doit avoir comme rôle « de remettre à leur place les petits dictateurs ». (1er juin) Il perçoit ainsi la Chambre haute comme un dernier rempart contre certaines politiques impopulaires ou antidémocratiques de l’Union nationale.

Selon les courriéristes parlementaires, la session se termine d’ailleurs sur une grave discorde, sur un « déploiement de stratégie, de combativité et d’éloquence […] au sujet de l’attitude prise par les conseillers » législatifs envers le gouvernement Duplessis68.

 

Des choses et d’autres…

Les 14 et 21 mars, à la suite d’une motion de René Chaloult, les parlementaires se penchent une fois de plus sur le travail des femmes dans les usines de guerre. Fidèle à ses principes, le député de Québec souligne que le travail des femmes hors du foyer « vide la campagne » et « désorganise les familles canadiennes qui sont la base, le fondement de toute notre organisation religieuse, sociale et scolaire ». Le débat prend une coloration particulière lorsque Chaloult cite des statistiques montrant que beaucoup de jeunes femmes qui travaillent dans les usines de guerre et habitent dans les grandes villes sont en proie à la prostitution et au danger de devenir des « filles-mères ». Ces accusations provoquent l’indignation des députés libéraux, en particulier Adélard Godbout qui avoue n’avoir « jamais entendu de propos aussi diffamatoires ».

À sa première session parlementaire après les élections, Duplessis présente le bill 22 sur la loi électorale du Québec qui vise à « assurer la liberté du vote et [à] garantir l’honnêteté du scrutin » par une refonte complète de la loi électorale. (15 mars) Quatre éléments de la loi retiennent l’attention : le délai d’émission des brefs d’élection passe de 39 jours à 46 jours; la création d’un directeur général des élections; la nomination d’énumérateurs dans les bureaux de votation, en l’occurrence un dans les campagnes et deux dans les villes de Québec et de Montréal; et, enfin, l’obligation pour les électeurs d’être « de nationalité canadienne » et non plus d’être « sujet britannique de naissance ou par naturalisation ». (15 et 23 mars) André Laurendeau critique alors une loi faite pour éloigner les tiers partis du processus de nomination des énumérateurs, car seuls le gouvernement et l’opposition officielle, rappelle-t-il, reçoivent le pouvoir d’effectuer cette tâche. (19 avril)

Les députés abordent également les conditions de travail des ouvriers et des salariés de l’État. Le 25 avril, Ovila Bergeron, député du Bloc populaire dans Stanstead, présente une motion qui prépare l’opinion publique en vue de rendre « obligatoire l’établissement généralisé d’au moins une semaine de vacances payées, pour tous les ouvriers et employés ». Plusieurs députés se prononcent en faveur de cette motion, dont Duplessis qui estime que cette dernière « a un motif humanitaire et social ». « Si l’on doit faire reposer un moteur, dans le cours ordinaire des choses, à plus forte raison, doit-on faire reposer l’être humain? »

 

Critique des sources

Par Stéphane Savard

Les membres de la Tribune de la presse69

La reconstitution des débats de l’Assemblée législative du Québec a été rendue possible grâce au travail des membres de la Tribune de la presse. Les courriéristes parlementaires assistent à chacune des séances de la Chambre basse et retranscrivent ou résument les interventions des députés. En 1945, les 17 membres de la Tribune choisissent comme président Henri Dutil, du journal Le Soleil. Ce dernier est secondé par le vice-président Louis Robillard, du Devoir, et par le secrétaire Jack Dunn, du Quebec Chronicle-Telegraph. Mentionnons que Damase Potvin, le secrétaire-trésorier sortant, a donné sa démission comme courriériste pour le La Presse70.

Les autres membres connus de la Tribune travaillent pour les grands quotidiens ou pour la principale agence de presse de la province : Maurice Bernier et Edmond Chassé, de L’Événement-Journal; Jean-Marc Denault, du Quebec Chronicle-Telegraph; Raymond Dubé, du Soleil; Calixte Dumas et Jacques Verrault, de L’Action catholique; Guy Gagnon, de la Presse canadienne; Arthur-W. Langlais, de La Presse; Pierre Laporte, du Devoir; Joseph LaVergne, de La Patrie; Charles-Eugène Pelletier, du journal Le Droit; Henri Saint-Pierre, du Montreal Daily Star; et Abel Vineberg, de la Gazette71.

Outre le dépouillement systématique de ces journaux, la reconstitution des débats de 1945 a nécessité la consultation de chroniques ou d’articles publiés dans plusieurs autres quotidiens et hebdomadaires. En voici la liste : L’Avenir du Nord, L’Éclaireur, La Bonne Parole, La Boussole, La Chronique de Magog, La Feuille d’Érable, La Frontière, La Gazette de Maniwaki-Gatineau, La Gazette de Valleyfield, La Gazette des Campagnes, La Gazette du Nord, La Revue de Granby/La Nouvelle Revue, La Parole, La Rive-Sud, La Terre de Chez Nous, La Tribune, La Tribune de Lévis, La Voix de Gaspé, La Voix de l’Est, La Voix des Bois-Francs, La Voix des Mille-Isles, La Voix du Peuple, L’Action populaire, L’Autorité, L’Avant-poste gaspésien, L’Avenir du Cap, Le Berthelais, Le Bien Public, Le Bloc, Le Bulletin des Agriculteurs, Le Canada, Le Canada Français, Le Canadien de Thetford, Le Canadien/Le Canadien libéral, Le Clairon de Saint-Hyacinthe, Le Colon, Le Courrier de Bellechasse, Le Courrier de Berthierville, Le Courrier de Laviolette, Le Courrier de Montmagny, Le Courrier de Papineau, Le Courrier de Saint-Hyacinthe, Le Dolbeau Journal, Le Dorchester, Le Droit, Le Front Ouvrier, Le Guide, Le Jour, Le Journal de Waterloo, Le Messager de Verdun, Le Monde Ouvrier, Le Nicolétain, Le Petit Journal, Le Peuple, Le Progrès de L’Islet, Le Progrès de Valleyfield, Le Progrès du Golfe, Le Progrès du Richelieu, Le Progrès du Saguenay, Le Régional, Le Saint-Laurent, Le Salaberry, L’Écho de Frontenac, L’Écho de Lotbinière, L’Écho de Portneuf-Presse, L’Écho de Saint-Justin, L’Écho des Laurentides, L’Écho du Bas-St-Laurent, L’Écho du Nord, L’Écho/L’Hebdo du Saint-Maurice, L’Étoile de l’Est, L’Étoile du Nord, L’Homme libre, L’Opinion de Hull, L’Union des Cantons-de-l’Est, Photo-Journal, Sherbrooke Daily Record, Sherbrooke Telegram, The Canadian Labor Press, The Drummondville Spokesman, The Herald, The Rouyn-Noranda Press, The Shawinigan Standard, The St-Maurice Valley Chronicle, The Standard, The Stanstead Journal.

 

Journaux et allégeances politiques

En cette session postélectorale, quelques parlementaires critiquent l’allégeance politique de certains journaux. Il faut comprendre qu’à l’époque les formations politiques créent ou transforment des journaux en organes officiels de parti : le Parti libéral avec Le Canada et Le Canadien, l’Union nationale avec Le Temps, ainsi que le Bloc populaire avec Le Bloc. D’autres journaux sont reconnus pour se montrer largement favorables aux libéraux, comme Le Soleil, ou encore favorables aux unionistes, par exemple L’Événement-Journal, The Gazette ou L’Action catholique72.

C’est dans ce contexte que Maurice Duplessis juge l’attitude générale du journal Le Canada. Lors du débat sur la loi instituant Radio-Québec, le premier ministre plaide en faveur d’une presse parlementaire partisane, mais tout de même sérieuse et professionnelle :

Je suis en faveur d’une formation impartiale et que chaque parti devrait avoir un représentant en Chambre pour préparer les nouvelles de la session destinées à la radio. Je crois que, pendant la session, tous les partis devraient avoir leurs chroniques parlementaires, ou des causeries à Radio-Québec, qui seraient diffusées deux ou trois fois par semaine, mais à condition qu’elles soient fondées sur le bon sens et non sur l’exagération et qu’elles ne dénaturent pas les faits comme celle du correspondant du Canada. (15 mars)

 

Le lendemain, lors de la poursuite du débat, l’opposition libérale prend à son tour la parole pour cibler The Gazette comme un quotidien qui normalement défend les politiques unionistes. Valmore Bienvenue, député libéral de Bellechasse, utilise la position exceptionnelle de la Gazette contre le projet de loi pour critiquer les intentions du gouvernement unioniste d’obtenir un outil de propagande. Pour lui, le quotidien anglophone de Montréal est un « journal ami du gouvernement, qui reçoit des contrats d’impression ». Dans le débat qui s’ensuit, Maurice Duplessis et Valmore Bienvenue se renvoient la balle :

L’honorable M. Duplessis (Trois-Rivières): La Gazette représente plutôt les vues de mes amis d’en face. S’il y a un journal qui a critiqué, et combattu le premier ministre actuel et a refusé de partager ses opinions, c’est bien la Gazette. Ce journal a le droit de dire ce qu’il veut. Je dirai que ni la Gazette, ni les autres journaux de ce genre-là et de ces gens-là n’inspireront le premier ministre.

M. Bienvenue (Bellechasse): Quand le premier ministre attaque la Gazette, il se sert de gants de soie. On ne donne pas de contrats à un journal qui nous combat.

L’honorable M. Duplessis (Trois-Rivières): La Gazette n’est pas l’amie du gouvernement et ne reçoit pas de contrats du gouvernement. L’Union nationale taxe les journaux, comme la Gazette et le Star, tandis que le régime libéral a demandé un reçu à La Presse (16 mars).

 

Les débats reconstitués73

Malgré le caractère partisan des journaux, les courriéristes parlementaires tendent plus souvent qu’autrement vers l’objectivité et la neutralité. La division des tâches en pools de journalistes permet, entre autres, d’atténuer les sympathies politiques74 et de rapporter le plus fidèlement possible les débats parlementaires.

Il arrive parfois que des propos rapportés dans les médias écrits soient critiqués en Chambre. Les sources de ces critiques peuvent être nombreuses : simple erreur involontaire de la part du journaliste ciblé, courant idéologique qui transcende la façon de rapporter les propos parlementaires, refus d’un député d’endosser les propos qu’il a lui-même tenus, etc. La session de 1945 renferme quelques exemples où un député critique le compte rendu d’un journal.

René Chaloult, député de Québec, tient de durs propos à l’égard du Canada. Le 27 février, il dénonce le compte rendu d’un de ses précédents discours et en profite pour tenter de discréditer ce quotidien libéral :

Un député m’a remis un numéro du matin du Canada de Montréal commentant une déclaration que j’aurais faite dans mon discours de la semaine dernière. Ce journal a rapporté que j’avais dit que les Canadiens français avaient accepté la conscription sans se révolter. C’est exactement le contraire de ce que j’ai déclaré. Je profite de l’occasion pour dire que Le Canada est fidèle aux vieilles traditions, fait des rapports romancés de l’Assemblée législative et dit autre chose que la vérité.

Le Canada ment constamment. Il ment quand il rapporte les paroles que j’ai prononcées dans mon dernier discours. Ceci est d’autant plus dangereux que Le Canada est généralement bien écrit. Le Canada manifeste une attitude servile et c’est un journal à tendance communiste et anti-canadienne-française.

 

Plus tard dans la journée, il renchérit :

On attire mon attention sur un nouvel article, un éditorial, qui a paru dans Le Canada de ce matin et dans lequel on me fait dire : « Ce n’est pas le péril allemand, c’est le péril russe qu’il faut craindre en Europe. » Ceci est partiellement faux. J’ai dit ceci : « Ce qu’il faut craindre en Europe, ce n’est pas tant le péril allemand que le péril russe. » Évidemment, les gens du journal Le Canada ne peuvent comprendre ces nuances. Je leur dirai que leurs injures ne s’élèveront jamais à la hauteur de mon mépris.

 

En 1945, Maurice Duplessis est celui qui se plaint le plus souvent des propos jugés erronés qui sont rapportés dans les journaux. Le 19 avril, au sujet de l’expropriation de la Montreal Light, Heat and Power, il surprend même le chef de l’opposition en corrigeant un compte rendu d’une déclaration qu’il aurait auparavant faite :

L’honorable M. Duplessis (Trois-Rivières): Certains journaux m’ont erronément fait dire, lors de l’étude du bill instituant la Régie des transports et la Régie de l’électricité, que l’expropriation de la Montréal Power et l’indemnisation des actionnaires seraient soumises à la Cour supérieure.

Ce n’est pas ce que j’ai dit. Lors de la discussion du bill, j’ai déclaré qu’en vertu de ce projet de loi, les causes en expropriation qui étaient généralement soumises jusqu’ici à la Régie des services publics relèveraient dorénavant de la Cour supérieure. Quant à l’expropriation de la Montreal Power, un projet de loi sera bientôt présenté à ce sujet et l’on verra qu’il n’est pas question de soumettre l’expropriation de cette compagnie à la Cour supérieure. Les courriéristes parlementaires m’ont mal compris.

M. Godbout (L’Islet): Je remercie le premier ministre de cette correction. J’aurais commis la même erreur que les journaux parce j’avais compris moi-même, comme les courriéristes parlementaires, que le premier ministre avait dit que l’expropriation se ferait par la Cour supérieure.

 

Le 2 mai, à la suite d’un supposé imbroglio entre le premier ministre et Brooke Claxton, ministre fédéral de la Santé et du Bien-être, au sujet d’une entente pour les allocations familiales, Duplessis critique le travail des courriéristes parlementaires qui n’auraient pas rapporté fidèlement ses propos. Dans une explication où il fait la leçon aux journalistes, il propose même des idées pour que ces derniers fassent mieux  :

Avant la fin de cette séance, j’ai une mise au point importante à faire. Je vois dans les journaux de ce jour que l’honorable Brooke Claxton, ministre fédéral de la Santé et du Bien-être social, dans une déclaration, nie une déclaration que j’aurais faite sur la loi fédérale des allocations familiales, lundi soir, en cette Chambre.

Je lis sur Le Soleil une nouvelle intitulée : "L’honorable Brooke Claxton contredit une déclaration de M. Duplessis". Dans L’Action catholique, le titre est plus convenable et dit : "Mise au point de l’honorable Brooke Claxton."

Je vais parler tranquillement et lentement, afin que les journalistes de la Galerie de la presse me comprennent bien et j’espère qu’aucun journaliste ne me prêtera des déclarations que je n’ai pas faites.

Je n’ai jamais déclaré que le gouvernement fédéral avait promis d’amender sa loi des allocations familiales de façon à établir une échelle uniforme. Certains journaux qui m’ont prêté cette déclaration ont mal rapporté ce que j’ai dit. M. Claxton dit qu’il n’a pas promis d’amender la loi fédérale des allocations familiales.

Ma déclaration, en conséquence, a été mal interprétée en certains milieux. Je tiens donc à répéter et à préciser ce que j’ai dit, et je demande aux journaux de bien prendre note de ma mise au point, dont voici la substance :

[…] Dans certains journaux, on m’a fait dire le contraire de ce que j’avais dit ici, lundi soir. Je veux tout simplement rétablir les faits. Les trois ministres fédéraux m’ont, dimanche dernier, dit que c’était leur intention de respecter les droits de la province de Québec, en matière éducationnelle et de faire amender la loi en conséquence.

Je demande aux journalistes de demander des explications, avant de publier une nouvelle erronée. Il n’a pas été question de l’augmentation de l’indemnité. J’ai dit que la province était prête à y suppléer, à compléter.

 

Une source parfois incomplète

La très grande majorité des débats rapportés par les courriéristes se présentent sous la forme de citations. Or, il arrive parfois que le travail de reconstitution présente des passages où les discussions entre les parlementaires s’avèrent résumées, voire manquantes. En de rares occasions, l’ordre des interventions demeure même incertain, ce qui peut alors compliquer la compréhension générale des débats. Un des meilleurs exemples illustrant ces deux réalités se situe le 28 février, lors de l’étude de la motion de René Chaloult concernant la conscription pour service outre-mer. Alors que Pierre-Horace Plourde, député libéral d’Arthabaska, se lève en Chambre pour soutenir un amendement à la motion du député de Québec, l’Orateur intervient et commente une discussion dont le travail de reconstitution n’a pu faire état :

M. l’Orateur, à un moment donné, rappelle le député d’Arthabaska (M. Plourde) à l’ordre, et lui demande s’il parle sur le point d’ordre.

M. Plourde (Arthabaska): Quel est le point d’ordre?

(Après, une longue discussion s’ensuit. Une douzaine de points d’ordre différents ont été soulevés pendant environ une heure.)

M. l’Orateur: Après avoir écouté toute cette discussion, je dois dire que l’amendement du député de Bagot (M. Dumaine) est hors d’ordre et je le rejette.

 

Le jugement porté par les courriéristes parlementaires sur la valeur des débats peut assurément être une des raisons expliquant la présence de résumés. « L’honorable M. Duplessis (Trois-Rivières), l’honorable M. Paquette (Labelle), M. Bienvenue (Bellechasse), M. Hamel (Saint-Sauveur) et M. Dumoulin (Montmorency) prennent part à la discussion sur le projet de loi qui porte sur des sujets d’ordre plutôt technique », peut-on lire au sujet d’une discussion pendant l’étude du bill 69 concernant un aménagement hydroélectrique à Mont-Laurier. Dans pareils cas, certes, les journalistes doivent juger de la pertinence de certains débats et, faute d’espace, ceux-ci n’ont pas été publiés. Ils ont ainsi échappé à notre mémoire parlementaire.

 

Notes de l’introduction historique et de la critique des sources

1. À l’exception des États-Unis qui entrent en guerre à la fin de l’année 1941.

2. Voir : Terry Coop, Guide canadien des champs de bataille de Normandie, Waterloo, Laurier Centre for Military Strategic and Disarmament Studies (LCMSDS), 1994, p. 52.

3. Voir : « Libération du camp d’Auschwitz », dans Perspective monde, Université de Sherbrooke. perspective.usherbrooke.ca/bilan

4. « Banquets, fanfares et journalistes font [d’ailleurs] de cet événement un extraordinaire coup de publicité. » Voir : « Début d’une deuxième Conférence internationale à Québec », dans Bilan du siècle, Université de Sherbrooke. www.bilan.usherb.ca/bilan

5. Voir : « Ouverture de la Conférence de Yalta », dans Perspective monde, Université de Sherbrooke. perspective.usherbrooke.ca/bilan

6. Jacques Lacoursière, Histoire populaire du Québec. Tome 4 : 1896 à 1960, Québec, Septentrion, 1997, p. 319.

7.  Robert Rumilly, Histoire de la province de Québec. La guerre de 1939-1945. Tome 41 : Duplessis reprend les rênes, Montréal, Fides, 1969, p. 67.

8. Ibid., p. 88-89. Au sujet de l’effort militaire des Canadiens français, « l’isolationnisme québécois, ce refus de participer à la guerre sur le vieux continent, n’a rien d’exceptionnel dans les Amériques en 1939 et ne doit pas être perçu comme un appui aux puissances de l’Axe, selon plusieurs. L’historien de l’Assemblée nationale, Gilles Gallichan, souligne qu’en Amérique, c’est le Canada anglais qui fait figure d’exception en se sentant " directement impliqué dans les conflits de puissances européennes " ». Voir : Antoine Robitaille, « En marche vers la guerre », Le Devoir, 29 août 2009.

9. J. Lacoursière, Histoire populaire du Québec…, p. 161.

10. J. Lacoursière, Histoire populaire du Québec…, p. 323.

11. Paul-André Linteau, René Durocher, Jean-Claude Robert et François Ricard, Histoire du Québec contemporain. Tome II : Le Québec depuis 1930, Montréal, Boréal, 1989, p. 269.

12. Ibid., p. 270. Les crédits à la Banque d’expansion, les crédits aux pays importateurs de même que la création d’une Société centrale d’hypothèques et de logement en sont d’autres exemples. Voir : J. Lacoursière, Histoire populaire du Québec…, p. 325.

13. R. Rumilly, Histoire de la province de Québec…, p. 111.

14. Ramsay Cook, « Triomphe et revers du matérialisme, 1900-1945 », dans Craig Brown (dir.), Histoire générale du Canada, Montréal, Boréal, 1990, p. 563-564; R. Rumilly, Histoire de la province de Québec…, p. 92; Robert Comeau, « La leader du Parti social-démocrate au Québec, de 1951 à 1957 », dans Anita Caron et Lorraine Archambault, avec la coll. d’Évelyne Tardy et Robert Comeau, Thérèse Casgrain : une femme tenace et engagée, Québec, Presses de l’Université du Québec, 1993, p. 281-282.

15. L’heureux événement a finalement lieu quelques jours plus tard, soit les 7 et 8 mai. Les craintes qu’entretiennent les responsables politiques au sujet d’éventuels débordements d’enthousiasme s’avèrent fondées. En guise d’exemple, le journal L’Événement-Journal commente ainsi le grabuge survenus à Québec, sur la colline parlementaire : « […] plusieurs centaines de jeunes gens et jeunes filles, étudiants et étudiantes, écoliers et écolières, ont envahi la salle des représentants du peuple déserte et y ont donné libre cours à leur effervescence avec une frénésie indescriptible. Les traces du passage des manifestants se résumaient à des monceaux de papier qui jonchaient le parquet de la Chambre et à des égratignures sur quelques pupitres, et même sur le fauteuil de l’Orateur. » Voir : L’Événement-Journal, 8 mai 1945, p. 3 et 21.

16. « Publication du roman " Le Survenant " de Germaine Guèvremont », dans Bilan du siècle, Université de Sherbrooke. www.bilan.usherb.ca/bilan

17. Elspeth Cameron, « MacLennan, John Hugh », L’encyclopédie canadienne. Voir : www.thecanadianencyclopedia.com ; R. Cook, « Triomphe et revers du matérialisme… », p. 565.

18. Paul-André Comeau, Le Bloc populaire 1942-1948, Montréal, Boréal, 1998, p. 312-313; J. Lacoursière, Histoire populaire du Québec, tome 4, p. 318.

19. R. Rumilly, Histoire de la province de Québec… p. 106. Voir aussi : P-A. Comeau, Le Bloc populaire, p. 312-313.

20.            Réjean Pelletier, « Le Parti libéral et l’Union nationale à l’époque du Bloc populaire : À quelle enseigne logent-ils? », dans Robert Comeau et Lucille Beaudry (dir.), André Laurendeau : Un intellectuel d’ici, Québec, Presses de l’Université du Québec, 1990, p. 71-72.

21. Le Parti libéral se positionne comme le champion du bien-être social et du « respect dû à la personne humaine », notamment grâce à la création d’une Commission d’assurance-maladie, à la mise sur pied d’un ministère du Bien-être social, à la politique d’allocations aux mère nécessiteuses, à la loi de protection du fonctionnaire, à la protection de l’enfance et au suffrage des femmes. Voir : Adélard Godbout, cité dans Jean-Louis Roy, Les programmes électoraux du Québec : un siècle de programmes politiques québécois. Tome II : 1931-1966, Ottawa, Éditions Leméac, 1971, p. 317-322; R. Pelletier, « Le Parti libéral et l’Union nationale à l’époque du Bloc populaire… », p. 71-72. Voir aussi : Jean-Guy Genest, Godbout, Québec, Septentrion, 1996, p. 284.

22. R. Pelletier, « Le Parti libéral et l’Union nationale à l’époque du Bloc populaire… », p. 70-71; J. Lacoursière, Histoire populaire du Québec…, p. 318.

23. Ces principaux thèmes seront d’ailleurs repris pour les élections de 1948, 1952 et 1956. Voir : R. Pelletier, « Le Parti libéral et l’Union nationale à l’époque du Bloc populaire… », p. 70 et 74. Voir aussi : J.-L. Roy, Les programmes électoraux du Québec…, p. 307.

24. J. Lacoursière, Histoire populaire du Québec…, p. 318.

25. Maurice Duplessis, cité par R. Pelletier, « Le Parti libéral et l’Union nationale à l’époque du Bloc populaire… », p. 75.

26. Ibid., p. 76.

27. Maurice Duplessis, cité par J.-L. Roy, Les programmes électoraux du Québec…, tome II, p. 313. Voir aussi p. 308-317.

28. P.-A. Comeau, Le Bloc populaire…, p. 311; J.-G. Genest, Godbout, p. 284.

29. Cité par J. Lacoursière, Histoire populaire du Québec…, p. 318; Paul Cliche, Les élections provinciales dans la province de Québec de 1927 à 1956, Mémoire de maîtrise (science politique), Québec, Université Laval, 1960, [p. 74]; J.-L. Roy, Les programmes électoraux du Québec…, p. 308.

30. Voir J.-L. Roy, Les programmes électoraux du Québec…, p. 308 et 322-327; R. Rumilly, Histoire de la province de Québec…, p. 101; P.-A. Comeau, Le Bloc populaire…, p. 208-217.

31. Pour de plus amples informations concernant le programme électoral du Co-operative Commonwealth Federation, voir, entre autres, David Lewis et Frank Scott, Un Canada nouveau : vue d’ensemble de l’historique et de la politique du mouvement C.C.F., Montréal, Éditions Bernard Valiquette, [1944], p. 184-235; Walter D. Young, The Anatomy of a Party : the National CCF, 1932-1961, Toronto, University of Toronto Press, 1969, p. 107-109.

32. Robert Rumilly attribue à Frank Scott la paternité de cette citation invectivant le gouvernement Godbout : « La population jugera le parti libéral, non sur ses concessions mineures, mais sur ses omissions majeures. » Voir R. Rumilly, Histoire de la province de Québec…, p. 91.

33. Michael B. Stein, « Dynamique de la protestation de la droite : Le Crédit Social dans la province de Québec – Sommaire et développements », dans Réjean Pelletier (dir.), Partis politiques au Québec, Montréal, Éditions Hurtubise HMH, 1976, p. 144-145.

34. P.-A. Linteau, R. Durocher, J.-C. Robert et F. Ricard, Histoire du Québec contemporain…, p. 129 et 366-367; M. B. Stein, « Dynamique de la protestation de la droite… », p. 144.

35. Robert Comeau et Bernard Dionne, Le droit de se taire : histoire des communistes au Québec, de la Première Guerre mondiale à la Révolution tranquille, Montréal, VLB éditeur, 1989, p. 101-102; P.-A. P.-A. Linteau, R. Durocher, J.-C. Robert et F. Ricard, Histoire du Québec contemporain…, p. 126.

36. R. Comeau et B. Dionne, Le droit de se taire…, p. 103.

37. J. Lacoursière, Histoire populaire du Québec…, p. 318.

38. « Une première séance paisible à la Chambre », L’Action catholique, 8 février 1945, p. 3; «Crowds attend opening here of new session», Quebec Chronicle-Telegraph, 8 février 1945, p. 3.

39. À ce sujet, L’Action catholique du 8 février 1945 souligne l’absence du député bloquiste « présentement malade et qui, d’après la rumeur, n’aurait pas l’intention de venir prendre son siège à l’Assemblée législative, comme député du Bloc Populaire ». Voir « Il manquait très peu de députés », L’Action catholique, 8 février 1945, p. 3. Son absence qui se prolonge irrite les électeurs de Beauce à un point tel que le conseil municipal de Saint-Joseph adopte, le 18 mars, une résolution demandant à Lacroix « de se rendre à l’Assemblée législative sans délai et de prendre soin des intérêts de ses électeurs, ou de démissionner ». Voir : Le Devoir, 20 mars 1945, p. 3. Atteint de paralysie, le député de Beauce n’exercera jamais ses fonctions à l’Assemblée législative et donnera d’ailleurs sa démission le 14 mai 1945.

40. Maurice Bernier, « La session provinciale : Le discours du trône annonce des législations dans tous les domaines de l’activité; les huit premiers projets de loi sont déjà présentés », L’Événement-Journal, 8 février 1945, p. 3; Joseph Lavergne, « Première session de la 22e législature », La Patrie, 7 février 1945, p. 9.

41. « Un coup d’œil sur la cérémonie d’ouverture », Le Canada, 8 février 1945, p. 2.

42. Robert Rumilly, Maurice Duplessis et son temps. Tome II : 1944-1959, Montréal, Fides, 1973, p. 10-11.

43. Voici ce qu’en pensent les historiens Christian Blais, Gilles Gallichan, Frédéric Lemieux et Jocelyn Saint-Pierre : « Fait sans précédent depuis 1867, Duplessis contrôle la machine parlementaire au point où l’Orateur, l’arbitre normalement indépendant des débats en Chambre, lui est inféodé. » Voir : Christian Blais, Gilles Gallichan, Frédéric Lemieux et Jocelyn Saint-Pierre, Québec : quatre siècles d’une capitale, Québec, Les publications du Québec, 2008, p. 458. Voir aussi : Louis Massicotte, Le Parlement du Québec de 1867 à aujourd’hui, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2009, p. 48-50.

44. J.-G. Genest, Godbout, p. 297.

45. C’est le cas de la motion de René Chaloult protestant contre la conscription pour service outre-mer qui ne reçoit pas l’appui des George C. Marler, James Arthur Mathewson, Dennis J. O’Connor, Thomas Guerin et Charles-Aimé Kirkland.

46. « Liberals Quit Assembly After Member " Named " », Quebec Chronicle-Telegraph, 28 avril 1945, p. 1.

47. En 1929, Camillien Houde est nommé par l’Orateur Hector Laferté. En 1937, l’opposition libérale dirigée par T.-D. Bouchard quitte l’Assemblée législative afin de protester contre la décision de Duplessis de prolonger le débat sur le budget après 23 heures. Voir : Maurice Bernier, « La députation libérale quitte l’Assemblée législative, en signe de protestation », L’Événement-Journal, 28 avril 1945, p. 3; Louis Robillard, « La session provinciale : Grève de l’opposition libérale à Québec », Le Devoir, 28 avril 1945, p. 1; « Liberals Quit Assembly After Member "Named" », Quebec Chronicle-Telegraph, 28 avril 1945, p. 1.

48. Henri Dutil, « 1ère session de la 22e Législature », Le Soleil, 7 février 1945, p. 1.

49. Cette façon de faire n’est pas nouvelle puisque Duplessis a présenté pareil bill d’urgence, sur le crédit rural, à l’ouverture de toutes les sessions de son premier mandat (1936 et 1939).

50. Le débat entourant le discours du trône est jugé expéditif par certains journaux. Selon le Quebec Chronicle-Telegraph, « The Legislative Assembly shortly after ten thirty o’clock last night adopted the customary Address, in answer to the Speech from the Throne, after only eight members had participated in the debate. This constituted an unusually short discussion on the subject which, however, was still much behind the exceptional debate recorded last year when only two major party leaders addressed the House before adoption occurred and the Session continued with the discussion of other questions.» Voir : « Throne Speech Debate Ended Reply Adopted », Quebec Chronicle -Telegraph, 15 février 1945, p. 3.

51. Voir : R. Rumilly, Histoire de la province de Québec…, p. 194; Calixte Dumas, « Les débats vont marcher rondement », L’Action catholique, 9 février 1945, p. 3; Louis Robillard, « La session provinciale : sept bills ministériels distribués dès hier après-midi », Le Devoir, 9 février 1945, p. 2.

52. Quebec Chronicle-Telegraph, 28 mars 1945, p. 3.

53. En effet, plusieurs Canadiens français ont occupé le poste de trésorier avant Onésime Gagnon : Pierre Bachand (1878-1879), François Langelier (1879), Joseph Shehyn (1887-1891), Charles-Eugène Boucher de Boucherville (1892), Louis-Olivier Taillon (1892 et 1894-1896), Félix-Gabriel Marchand (1897-1900), Simon-Napoléon Parent (1903), Auguste Tessier (1906-1907), Jacob Nicol (1921-1927) et Louis-Alexandre Taschereau (1930-1932).

54.  À ce sujet, le courriériste Calixte Dumas commente en ces termes la session : « La session de 1945, ouverte le sept février dernier, s’est terminée, hier, premier juin. Ce fut sans contredit l’une des plus longues et des plus rudes dont fassent mention les annales parlementaires. Nos législateurs ont accompli une telle somme de travail qu’on cessera, dans bien des milieux, d’envier leur sort. » Voir : Calixte Dumas, « Devrons-nous changer d’opinion au sujet du Conseil, dit M. Duplessis. La Chambre Haute nous a rendu un service signalé, répond M. Godbout. », L’Action catholique, 2 juin 1945, p. 1. Quant à Henri Saint-Pierre, il estime que « The first session of the 22nd Legislature of Quebec has been one of the most important ever held, not only because of the legislation adopted, but as regards the economic policies of the Government and the development of electricity under the tutelage of the state appeared to be the most important. ». Voir : Henri St-Pierre, « Sir Eugene Fiset Prorogues Legislature », The Montreal Daily Star, 2 juin 1945, p. 17.

55. Voir : R. Rumilly, Histoire de la province de Québec…, p. 238; Abel Vineberg, « Lieutenant-Governor Prorogues 17-Week Session of Legislature », The Gazette, 2 juin 1945, p. 12. Hector Laferté se rappelle qu’Adélard Godbout avait reçu près de 16 000 messages de protestation. Voir : Hector Laferté, Derrière le trône : mémoires d’un parlementaire québécois, 1936-1958, Québec, Septentrion, 1998, p. 255.

56.  En colère contre le Conseil législatif, Duplessis fait d’ailleurs des menaces à demi voilées au sujet de l’abolition de cette Chambre haute. Pour Robert Rumilly, cet agissement cache plutôt un certain soulagement : « Duplessis feint une grande colère. Au fond, le Conseil législatif l’aide à sortir d’une impasse. La taxe de luxe est morte. Et si la taxe de vente subsiste, ce n’est pas de la faute de l’Union nationale. » Voir : R. Rumilly, Histoire de la province de Québec…, p. 251.

57. Voir le discours de Wilfrid Hamel, alors ministre des Terres et Forêts, le 28 mars 1944.

58. Puisque les machines à coudre qui sortiront des usines de cette entreprise seront notamment destinées au marché sud-américain, le premier ministre soutient que le Québec deviendra alors « un centre industriel qui pourvoira aux besoins de l’Amérique du Sud et de l’Amérique centrale, nous ouvrant ainsi un marché de 150 000 000 de clients plus particulièrement en Argentine, au Brésil et au Mexique. (24 mai) Cette annonce fait suite à la tentative du gouvernement Duplessis de devenir un « agent de liaison entre l’Amérique latine et le Canada anglais ». Au début de l’année 1945, le premier ministre envoie d’ailleurs Onésime Gagnon et Paul Beaulieu tisser des relations commerciales et culturelles avec le Mexique et Haïti. Voir : R. Rumilly, Maurice Duplessis, p. 31-32.

59. À ce sujet, Le Soleil précise que « le gouvernement fédéral a consenti à fournir 2 pour 1, ce qui veut dire que si le gouvernement de Québec dépense ce $16 millions en entier il recevra d’Ottawa un octroi de 34 000 000 $, ce qui formera un grand total de 50 000 000 $. » Voir : Henri Dutil, « Un nouveau débat à la Chambre au sujet de la colonisation », Le Soleil, 19 mai, p. 9.

60.  Selon Émile Benoist, pour le journal Le Devoir : « C’est à coup sûr l’une des pièces maîtresses de la présente session. Dans le domaine de la colonisation, il ne s’est rien soumis de tel depuis le plan Vautrin. » Cité dans R. Rumilly, Histoire de la province de Québec, tome 41, p. 247. Voir aussi d’autres journaux qui présentent le bill 53 comme une grande mesure législative. Calixte Dumas, « La Province lance un grand programme de colonisation », L’Action catholique, 19 mai 1945, p. 3; Joseph Lavergne, « Ajournement de la 1ère session du 22e parlement », La Patrie, 2 juin 1945, p. 32.

61. R. Rumilly, Histoire de la province de Québec…, p. 111.

62. Pierre Pagé, historien de la radio, note qu’à partir du début de la Deuxième Guerre mondiale, et plus particulièrement à partir de la campagne pour la conscription de 1942, « les députés voyaient dans la radio, surtout Radio-Canada, un instrument gouvernemental à utiliser pour le contrôle de l’opinion publique ». Le gouvernement libéral de King profite d’ailleurs de cet outil pour censurer certains discours politiques durant les campagnes électorales, notamment celle de 1939 au Québec. Voir : Pierre Pagé, Histoire de la radio au Québec : information, éducation, culture, Montréal, Fides, 2007, p. 99-100.

63. Voir : R. Rumilly, Maurice Duplessis, tome 2, p. 57; H. Laferté, Derrière le trône…, p. 247-250.

64.  Comme l’explique l’historien Jocelyn Saint-Pierre, la création de Radio-Québec nécessite l’obtention d’un permis fédéral de radiodiffusion de même que des négociations avec Radio-Canada. La mise en application du bill 12 semble achopper lors de ces difficiles négociations. Voir : Jocelyn Saint-Pierre, Histoire de la Tribune de la presse à Québec, 1871-1959, Montréal, VLB éditeur, 2007, p. 122-123.

65. Voir : Louis Robillard, « La session provinciale : Le Conseil législatif tue le bill de la taxe de luxe », Le Devoir, 25 mai 1945, p. 1; « La taxe de luxe est rejetée », L’Événement-Journal, 25 mai 1945, p. 1.

66. La commission scolaire veut rémunérer son président et ses membres, malgré un référendum tenu à Verdun qui ne lui avait pas accordé ce droit. Les députés décident de ne pas accéder à cette demande afin de « respecter l’opinion des électeurs », pour reprendre les termes utilisés par Duplessis. Outrepassant la volonté des élus, les conseillers présentent un amendement qui acquiesce au désir de la commission. Devant le tollé causé par cette intervention, les membres du Conseil législatif reculent. Voir la séance du 22 mai.

67. Avec cette loi, le gouvernement Duplessis divise en deux le comté de Charlevoix-Saguenay, créant ainsi une 92e circonscription électorale. Or, l’article 11 du bill autorise le député de Charlevoix-Saguenay, Arthur Leclerc, à conserver le siège de Charlevoix jusqu’aux prochaines élections générales : « Nonobstant la division du collège électoral de Charlevoix et de Saguenay par suite de l’application des articles 1 et 2, le député actuel du collège électoral de Charlevoix et de Saguenay demeure le député du nouveau collège électoral de Charlevoix jusqu’à ce que le siège de ce député devienne vacant pour une des causes prévues par la loi. » Pour Duplessis, cette mesure est réglementaire puisque la division territoriale était un enjeu de la dernière campagne électorale; les électeurs de Charlevoix ont donc approuvé le choix du gouvernement et, par le fait même, ont déjà choisi leur candidat. Dans un contexte où la majorité ministérielle s’avère très mince, Godbout et le Parti libéral dénoncent puissamment cet « accroc à la démocratie », ce « pas vers la dictature » (26 avril). Pour eux, la décision de créer un nouveau comté devrait automatiquement entraîner de nouvelles élections complémentaires dans les deux comtés visés par la loi. Le 1er juin, dernier jour de la session, le Conseil législatif amende la loi en biffant l’article 11.

68. Calixte Dumas, « Devrons-nous changer d’opinion au sujet du Conseil, dit M. Duplessis. La Chambre Haute nous a rendu un service signalé, répond M. Godbout. », L’Action catholique, 2 juin 1945, p. 1. Voir aussi : Louis Robillard, « La session de Québec se termine en tempête », Le Devoir, 2 juin 1945, p. 1; Henri Dutil, « La session provinciale est terminée », Le Soleil, 2 juin 1945, p. 1.

69. Pour plus d’information sur la Tribune de la presse, voir : J. Saint-Pierre, Histoire de la Tribune de la presse...

70. « M. Henri Dutil est élu président », L’Événement-Journal, 8 février 1945, p. 3.

71. Voir : Les membres de la Tribune de la presse : liste chronologique (1871-1989), Québec, Bibliothèque de l’Assemblée nationale, 1990, Bibliographie et documentation, no 34.

72. Voir : J. Saint-Pierre, Histoire de la Tribune de la presse…, p. 117-120 et 134-137.

73. Pour de plus amples renseignements en ce qui a trait à la méthodologie relative à la reconstitution des débats, voir : Gilles Gallichan, « Le Parlement "rapaillé". La méthodologie de la reconstitution des débats », Les Cahiers des Dix, no 58 (2004), p. 275-296.

74. J. Saint-Pierre, Histoire de la Tribune de la presse…, p. 95-101.