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(Dix heures cinq minutes)
Le Président: Mmes et MM. les députés, nous
allons nous recueillir quelques instants. Je vous remercie. Veuillez vous
asseoir.
Alors, M. le leader de l'Opposition.
Affaires courantes
M. Chevrette: M. le Président, vous aurez compris que ma
question de règlement, ce matin, s'impose à l'ouverture de cette
séance puisque nous comptons sur la présence, au moment où
on se parle, de 11 ministres exactement. Ça, c'est l'équivalent
de ce qu'on voulait enlever dans le rapport Poulin.
Des voix: Ha, ha, ha!
Le Président: M. le leader du gouvernement.
M. Pagé: Merci, M. le Président. Effectivement,
deux ministres sont absents de la période des questions aujourd'hui, M.
Ciaccia et Mme Bacon, tel que j'en ai informé les représentants
de l'Opposition officielle. Il faut cependant garder à l'esprit que le
mercredi matin, à compter de 8 heures, siègent différents
comités ministériels, dont le comité ministériel
permanent du développement culturel et social, le comité
ministériel permanent du développement régional. On a un
projet de loi à déposer, on a différents documents
à déposer. Je suis persuadé que les membres du Conseil des
ministres, sauf les deux qui sont absents pour des raisons motivées,
seront avec nous pour répondre aux questions de l'Opposition et de
l'ensemble des membres de cette Assemblée.
M. Chevrette: M. le Président...
Le Président: Oui, M. le leader de l'Opposition.
M. Chevrette: ...c'est le leader du gouvernement lui-même
qui, à la fin de la session, disait: Le leader de l'Opposition a
entièrement raison. Il nous faut nous discipliner, commencer à
l'heure, avoir les collègues en cette Chambre. De plus en plus, M. le
Président, on remarque que, lorsque le leader nous appelle tôt le
matin pour nous dire: J'aurai deux ministres absents, c'est à partir de
ce fait que, bien souvent, l'Opposition est appelée à
préparer sa période des questions. Vous comprendrez que, quand on
nous annonce deux absences, on se réjouit, mais quand on se rend compte
que ce n'est pas deux, que c'est multiplié par huit, les absences,
ça n'a plus de bon sens. Je pense qu'il doit démontrer beaucoup
plus de rigueur ou de fermeté pour s'assurer que la présence des
députés et des ministres est importante à la
période des questions.
Le Président: M. le leader du gouvernement.
M. Pagé: M. le Président, 18 ministres sont
présents. Dix-huit ministres sont présents pour répondre
aux questions. Ça fait partie des règles, des us et coutumes qui,
j'en conviens, ne sont pas toujours pertinents. Je suis persuadé que,
cette année, on célèbre probablement aussi le 200e
anniversaire de retard de quelques collègues au début de nos
séances, soit à 14 heures, soit à 10 heures. Alors, ce
n'est pas d'aujourd'hui. J'apprécie que le leader parlementaire de
l'Opposition s'inscrive dans la même lignée que moi, qu'on
commence à l'heure, qu'on donne l'exemple, qu'on soit rigoureux, qu'on
soit disciplinés. D'ailleurs, M. le Président, la Chambre a
été ouverte à 10 heures, tel que prévu. Je vous
invite donc, M. le Président, à reconnaître Mme la ministre
de l'Enseignement supérieur et de la Science qui a un projet de loi
à déposer, puis on va pouvoir répondre à vos
questions. Maintenant, nous sommes 21.
Le Président: Très bien. Alors, nous allons
commencer dès maintenant les affaires courantes.
Il n'y a pas de déclarations ministérielles.
Présentation de projets de loi Projet de loi
40
Présentation de projets de loi. Effectivement, à l'article
a du feuilleton, Mme la ministre de l'Enseignement supérieur et de la
Science présente le projet de loi 40, Loi modifiant la Loi sur
l'accréditation et le financement des associations
d'élèves ou d'étudiants. Mme la ministre.
Mme Lucienne Robillard
Mme Robillard: M. le Président, ce projet de loi modifie
la Loi sur l'accréditation et le financement des associations
d'élèves ou d'étudiants afin de permettre, dans un
établissement d'enseignement de niveau universitaire,
l'accréditation d'associations ou de regroupements d'associations par
groupes d'étudiants selon qu'il s'agit d'étudiants du premier
cycle, des cycles supérieurs ou de l'éducation permanente.
Le projet de loi prévoit en outre la possibilité de
modifier une accréditation d'association ou de regroupement
d'associations.
Enfin, le projet de loi apporte certains
ajustements aux dispositions de la loi relativement à la
procédure d'accréditation, aux effets de l'accréditation,
au Comité d'accréditation et à la procédure
d'appel.
Le Président: Est-ce que l'Assemblée accepte
d'être saisie de ce projet de loi?
Une voix:...
Le Président: Donc...
M. Holden: M. le Président.
Le Président: Oui, M. le député de
West-mount.
M. Holden: On ne m'a pas demandé mon consentement, mais je
le donne pareil.
Des voix: Ha, ha, ha!
Le Président: Effectivement. Écoutez, il n'y a pas
besoin de consentement. Simplement, c'est ce qu'on appelait autrefois la
première lecture, la présentation du projet de loi. Donc, on
demande si l'Assemblée accepte d'être saisie. C'est comme un vote
lorsqu'on accepte. Donc, il y a volonté unanime de
l'Assemblée.
Une voix: O.K.
Le Président: Très bien. L'Assemblée accepte
donc d'être saisie de ce projet de loi.
Maintenant, au niveau du dépôt de documents, M. le ministre
des Finances.
Dépôt de documents Message du
lieutenant-gouverneur
M. Levesque: M. le Président, un message de Son Honneur le
lieutenant-gouverneur du Québec, message signé de sa main.
Le Président: Veuillez vous lever, s'il vous plaît!
Mmes et MM. les députés, veuillez vous lever, s'il vous
plaît! À l'ordre, s'il vous plaît! (10 h 10)
Mmes, MM. les députés, l'honorable lieutenant-gouverneur
de la province de Québec transmet à l'Assemblée nationale
les crédits supplémentaires no 1 pour l'année
financière se terminant le 31 mars 1993.
Conformément aux dispositions de l'article 54 de la Loi
constitutionnelle de 1867, il recommande ces crédits à la
considération de l'Assemblée. Et c'est signé: L'honorable
Martial Asselin, lieutenant-gouverneur du Québec. Je dépose donc
ce message.
Veuillez vous asseoir, s'il vous plaît.
M. le ministre des Finances.
Crédits supplémentaires no 1 du budget
1992-1993
M. Levesque: M. le Président, qu'il me soit permis de
déposer les crédits supplémentaires no 1 pour
l'année financière se terminant le 31 mars 1993.
Le Président: Ces documents sont donc
déposés.
M. le leader du gouvernement.
Renvoi en commission plénière
M. Pagé: M. le Président, en conséquence,
conformément à l'article 289 de notre règlement, je fais
motion pour que l'étude de ces crédits supplémentaires
soit déférée à la commission
plénière.
Le Président: Est-ce que cette motion est
adoptée?
Non, M. le leader de l'Opposition.
Elle est adoptée? Donc, adopté.
Maintenant, dépôt de rapports de commissions.
M. le président de la commission des institutions et
député de Marquette.
Dépôt de rapports de commissions
Étude détaillée du projet de loi 25
M. Dauphin: merci, m. le président. j'ai donc l'honneur de
déposer le rapport de la commission des institutions qui a
siégé le 5 juin 1992 afin de procéder à
l'étude détaillée du projet de loi 25, loi modifiant la
loi sur le conseil permanent de la jeunesse. le projet de loi a
été adopté.
Le Président: Ce rapport est déposé.
Maintenant, M. le président de la commission de l'économie et du
travail et député de Laval-des-Rapides.
Étude détaillée du projet de loi
35
M. Bélanger (Laval-des-Rapides): M. le Président,
j'ai l'honneur de déposer le rapport de la commission de
l'économie et du travail qui a siégé les 3, 4, 5 et 9 juin
1992 afin de procéder à l'étude détaillée du
projet de loi 35, c'est-à-dire Loi modifiant la Loi sur les accidents du
travail et les maladies professionnelles, la Loi sur la santé et la
sécurité du travail et la Loi sur l'assurance-maladie.
L'étude détaillée du projet de loi n'a pas
été complétée.
Le Président: Ce rapport est donc déposé.
Maintenant, dépôt de pétitions. Mme la
députée de Verchères.
Dépôt de pétitions
Respecter l'engagement de tenir un
référendum sur la souveraineté au plus tard le 26 octobre
1992
Mme Dupuis: M. le Président, je dépose l'extrait
d'une pétition adressée à l'Assemblée nationale par
10 000 pétitionnaires, citoyens et citoyennes du Québec.
Les faits invoqués sont les suivants: «L'incertitude
constitutionnelle freine le développement du Québec.
«À la suite du rapport de la commission Bélanger-Campeau,
le gouvernement québécois s'est engagé, en faisant adopter
la loi 150 par l'Assemblée nationale, à tenir un
référendum sur la souveraineté du Québec au plus
tard le 26 octobre 1992. «La souveraineté donnera au Québec
le contrôle exclusif de tous ses impôts, de tous ses traités
et de toutes ses lois, tel qu'il est précisé dans la loi 150.
«La population du Québec doit pouvoir se prononcer par
référendum sur la souveraineté. C'est à elle, et
à elle seule, de choisir son avenir constitutionnel.»
L'intervention réclamée se résume ainsi: «En
conséquence, nous demandons à l'Assemblée nationale
d'exiger du gouvernement du Québec qu'il respecte cet engagement et
qu'il tienne un référendum sur la souveraineté au plus
tard le 26 octobre 1992.»
Je certifie que cet extrait est conforme au règlement et à
l'original de la pétition.
Le Président: Alors, votre pétition est
déposée.
Maintenant, M. le député de Dubuc.
M. Morin: Merci, M. le Président. C'est avec beaucoup de
fierté que j'ai l'honneur de déposer l'extrait d'une
pétition adressée à l'Assemblée nationale par 20
037 pétitionnaires, citoyens et citoyennes du Québec.
Les faits invoqués sont les suivants: «L'incertitude
constitutionnelle freine le développement du Québec. «
À la suite du rapport de la commission Bélanger-Campeau, le
gouvernement s'est engagé, en faisant adopter la loi 150 par
l'Assemblée nationale, à tenir un référendum sur la
souveraineté du Québec au plus tard le 26 octobre 1992. «La
souveraineté du Québec donnera au Québec le contrôle
exclusif de tous ses impôts, de tous ses traités et de toutes ses
lois, tel qu'il est précisé dans la loi 150. «La population
du Québec doit pouvoir se prononcer par référendum sur la
souveraineté. C'est à elle, et à elle seule, de choisir
son avenir constitutionnel.»
L'intervention réclamée se résume ainsi: «En
conséquence, nous demandons à l'As- semblée nationale
d'exiger du gouvernement du Québec qu'il respecte cet engagement et
qu'il tienne un référendum sur la souveraineté au plus
tard le 26 octobre 1992.»
Je certifie que cet extrait est conforme au règlement et à
l'original de la pétition. Je vous remercie, M. le Président.
Le Président: Alors, votre pétition est
déposée. J'apprécierais avoir l'attention de tous les
collègues, s'il vous plaît.
Maintenant, toujours au niveau du dépôt de
pétitions... Je demanderais la collaboration des collègues, s'il
vous plaît. Si certains veulent faire des caucus, je les invite à
aller dans les salles réservées à cet effet.
Alors, M. le député là-bas... Très bien.
Donc, au niveau du dépôt de pétitions, Mme la
députée de Terrebonne.
Mme Caron: Merci, M. le Président. J'ai l'honneur de
déposer l'extrait d'une pétition adressée à
l'Assemblée nationale par 30 058 pétitionnaires, citoyennes et
citoyens du Québec.
Les faits invoqués sont les suivants: «L'incertitude
constitutionnelle freine le développement du Québec.
«À la suite du rapport de la commission Bélanger-Campeau,
le gouvernement québécois s'est engagé, en faisant adopter
la loi 150 par l'Assemblée nationale, à tenir un
référendum sur la souveraineté du Québec au plus
tard le 26 octobre 1992. «La souveraineté donnera au Québec
le contrôle exclusif de tous ses impôts, de tous ses traités
et de toutes ses lois, tel qu'il est précisé dans la loi 150.
«La population du Québec doit pouvoir se prononcer par
référendum sur la souveraineté. C'est à elle, et
à elle seule, de choisir son avenir constitutionnel.»
L'intervention réclamée se résume ainsi: «En
conséquence, nous demandons à l'Assemblée nationale
d'exiger du gouvernement du Québec qu'il respecte son engagement et
qu'il tienne un référendum sur la souveraineté au plus
tard le 26 octobre 1992.»
Je certifie que cet extrait est conforme au règlement et à
l'original de la pétition.
Des voix: Bravo!
Le Président: Cette pétition est
déposée. Maintenant, M. le député de Labelle.
M. Léonard: M. le Président, je dépose
l'extrait d'une pétition adressée à l'Assemblée
nationale par 40 057 pétitionnaires, citoyennes et citoyens du
Québec.
Les faits invoqués sont les suivants: «L'incertitude
constitutionnelle freine le développement du Québec.
«À la suite du rapport de la commission
Bélanger-Campeau, le gouvernement québécois s'est
engagé, en faisant adopter la loi 150 par l'Assemblée nationale,
à tenir un référendum sur la souveraineté du
Québec au plus tard le 26 octobre 1992. «La souveraineté
donnera au Québec le contrôle exclusif de tous ses impôts,
de tous ses traités et de toutes ses lois, tel qu'il est
précisé dans la loi 150. «La population du Québec
doit pouvoir se prononcer par référendum sur la
souveraineté. C'est à elle, et à elle seule, de choisir
son avenir constitutionnel.»
Et l'intervention réclamée se résume ainsi:
«En conséquence, nous demandons à l'Assemblée
nationale d'exiger du gouvernement du Québec qu'il respecte cet
engagement et qu'il tienne un référendum sur la
souveraineté au plus tard le 26 octobre 1992.»
Je certifie que cet extrait est conforme au règlement et à
l'original de la pétition.
Des voix: Bravo!
Le Président: Alors, cette pétition est
déposée. À l'ordre, s'il vous plaît! S'il vous
plaît! À l'ordre, s'il vous plaît! (10 h 20)
II n'y a pas d'interventions portant sur une violation de droit ou de
privilège ou sur un fait personnel.
Nous allons maintenant procéder à la période de
questions et de réponses orales. Je vais reconnaître, en
première question principale, M. le chef de l'Opposition.
Questions et réponses orales
Référendum sur la souveraineté au
plus tard le 26 octobre 1992
M. Parizeau: M. le Président, le premier ministre a fait
grand état d'offres que le gouvernement fédéral et les
autres provinces canadiennes feraient au Québec pour modifier la
Constitution du Canada. Il a même récemment, dans une interview
publiée par le journal Le Monde, indiqué que le
référendum qu'il envisageait porterait sur ces offres. Il est
clair maintenant que les offres prévues par la loi 150
n'apparaîtront pas.
Je rappelle que, pour être soumise à l'appréciation
de la commission parlementaire qui examine un nouveau partenariat de nature
constitutionnelle, il est clairement indiqué que toute offre d'un
nouveau partenariat de nature constitutionnelle faite au gouvernement du
Québec doit lier formellement le gouvernement du Canada et les autres
provinces. Cela, clairement, ne se produira pas, on le sait maintenant.
Dans ces conditions, puis-je demander au premier ministre s'il va faire
appliquer l'article 1 de la loi 150, à l'effet que le gouvernement
du
Québec tienne un référendum au plus tard le 26
octobre 1992, que ce référendum doive porter sur la
souveraineté et que le résultat du référendum ait
pour effet, s'il est favorable à la souveraineté, de proposer que
le Québec acquière le statut d'État souverain un an jour
pour jour à compter de la date de sa tenue? Le premier ministre a-t-il
l'intention d'appliquer l'article 1 de la loi 150?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Bourassa: Constitution! Constitution! Toujours Constitution!
M. le Président, je me serais attendu, ce matin, à ce que le chef
de l'Opposition souligne, parce que je présume de son patriotisme, ou
félicite le ministre des Finances pour la décision qu'a prise
l'agence de crédit Moody's de confirmer la cote du Québec alors
que, dans plusieurs autres provinces, elle a été
abaissée.
Des voix: Bravo!
M. Bourassa: Je veux, M. le Président, féliciter le
ministre des Finances et son équipe. Je souligne
«l'équipe», parce que le chef de l'Opposition, comme
ministre des Finances, a entraîné plusieurs membres de cette
équipe.
M. Chevrette: M. le Président.
M. Bourassa: Alors, je suis bon prince...
Le Président: Un instant, s'il vous plaît. Une
question de règlement, M. le leader de l'Opposition.
M. Chevrette: M. le Président, est-ce que le premier
ministre pourrait respecter l'article 79 et faire en sorte que sa cote
personnelle, quant à sa capacité de répondre à une
question, puisse remonter?
Le Président: M. le leader du gouvernement.
M. Pagé: M. le Président, je retiens que le leader
parlementaire de l'Opposition semble s'objecter à ce que le premier
ministre adresse un témoignage d'appréciation au chef de
l'Opposition. C'est ce qu'il est en train de faire.
Le Président: S'il vous plaît! Non, non. S'il vous
plaît! À l'ordre! J'invite le premier ministre à
répondre à la question telle que posée par le chef de
l'Opposition.
M. Bourassa: Le chef de l'Opposition n'a peut-être pas
remarqué mes dernières paroles, je parlais de l'équipe
qu'il a formée, qui est encore avec nous et qui a contribué
à la réussite financière du gouvernement. Je pense qu'il
ne peut pas refuser ça, il ne peut pas refuser...
Alors, sur la Constitution, puisque c'est le seul sujet qui
intéresse l'Opposition, nous disons que le gouvernement
fédéral, en collaboration avec les provinces, s'est engagé
à soumettre... C'est pourquoi j'avais souligné ce qui
n'était pas nouveau, dans l'interview du Monde à laquelle
s'est référé le chef de l'Opposition, que le
référendum, selon toute vraisemblance, porterait sur des offres
fédérales puisque le gouvernement a amorcé un processus de
négociation avec les autres provinces et des discussions très
élaborées. Ce processus se poursuit non sans difficulté
à l'occasion, mais il y a quand même eu des progrès
importants. Alors, je considère que la conclusion du chef de
l'Opposition, comme quoi il est impossible - d'abord, en politique, c'est un
mot qui est rarement appliqué - que nous ayons des offres
fédérales, est pessimiste et tout à fait
prématurée.
Le Président: En question complémentaire.
M. Parizeau: M. le Président, le premier ministre
s'égare un peu. Je ne dis pas qu'il ne recevra pas d'offres
fédérales. En fait, au contraire, le gouvernement
fédéral nous dit qu'il va faire des offres indépendamment
de ce qui arrive dans les provinces. Est-ce que je peux demander au premier
ministre si des offres venant du gouvernement fédéral seulement,
comme maintenant, ça s'accrédite depuis hier, il va
considérer que ces offres-là correspondent à la
définition de l'article 6 de la loi 150, c'est-à-dire que ce sont
des offres faites au Québec qui lient formellement le gouvernement du
Canada et les autres provinces? Est-ce qu'il s'imagine un instant qu'il va
avoir des offres de cette nature-là?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Bourassa: M. le Président, le chef de l'Opposition se
souvient que cette question-là de lier, et du sens qu'on devait accorder
au terme «lier», a été débattue à
l'occasion du projet de loi, à l'occasion de la discussion, il y a un an
environ, de la loi 150, et que, si mon souvenir est bon, la conclusion de la
discussion, ça avait été que la commission sur les offres
fédérales aurait à rendre un jugement sur la
crédibilité de ces offres par rapport à l'engagement des
autres provinces. C'est à ce moment-là que la commission verra
tout cela. Le chef de l'Opposition sait que, dans la plupart... Je comprends
que dans une ou deux provinces il y a un référendum, mais dans la
plupart des autres provinces il s'agit de décisions qui peuvent
être adoptées par résolution, ce qui, avec une
volonté politique qu'on doit quand même constater dans le reste du
Canada, peut prendre un temps relativement court. Alors, c'est la commission
qui va examiner les offres fédérales, c'est elle qui va voir et
qui va porter un jugement, commission à laquelle vont participer les
membres du Parti québécois. C'est le sens de la discussion, c'est
elle qui va examiner si ces offres sont crédibles, et il y a une
certaine marge de manoeuvre qui a été laissée à la
commission, si ces offres sont crédibles de manière à
engager nos partenaires du Canada vis-à-vis des offres qui seront faites
au gouvernement du Québec.
Le Président: Toujours, en question
complémentaire.
M. Parizeau: Est-ce que le premier ministre se rend compte que ce
qu'il vient de dire est complètement incompatible avec sa propre loi? Ce
que sa loi dit, c'est: «Pour être soumise à
l'appréciation de la commission...
M. Chevrette: Pour être soumise.
M. Parizeau: ...pour être soumise, toute offre d'un nouveau
partenariat de nature constitutionnelle faite au gouvernement du Québec
doit lier formellement le gouvernement du Canada et les autres
provinces.» Est-ce que le premier ministre se rend compte que, quand il
parle d'appréciation de la crédibilité, c'est absolument
incompatible avec sa propre loi? Ce n'est certainement pas moi qui l'ai
inventée, cette loi-là, c'est lui qui l'a fait accepter en
Chambre. Est-ce qu'il va s'y conformer? Est-ce que, dans la mesure où il
n'y en a pas d'offres liant formellement le Canada et les provinces, il va
appliquer l'article 1 de sa propre loi, c'est-à-dire tenir un
référendum sur la souveraineté du Québec d'ici au
26 octobre? Ou bien s'il refuse de se prononcer là-dessus, est-ce que ce
serait, par hasard, parce qu'il réfléchit sérieusement
à la proposition faite par le ministre de la Sécurité
publique à l'effet de tenir à la place des élections
générales?
Des voix: Ah! Ah! Ah!
Le Président: M. le premier ministre.
M. Bourassa: Le chef de l'Opposition, ce matin, s'improvise comme
un grand juriste ou un fin stratège. Grand juriste parce qu'il conclut,
il interprète d'une façon très absolue le texte de la loi.
Et j'ai bien dit que c'est la commission qui va examiner «doit
lier». Est-ce que «doit lier»... La commission verra dans le
contexte le type d'engagement des autres provinces qui peut permettre à
la commission de conclure sur la crédibilité. (10 h 30)
M. le Président, le chef de l'Opposition dit: S'il n'y avait pas
d'offres, par exemple, quelle serait la question? Encore là, j'ai
répondu, dans l'interview du Monde, qu'il faudrait examiner le
type de question. J'ai parlé, puisque c'est certainement la formule
d'avenir, de souve-
raineté partagée.
Des voix: Ha, ha, ha!
M. Bourassa: M. le Président, je ne vois pas pourquoi le
chef de l'Opposition sourit. Je veux dire, actuellement, c'est la formule qu'on
étudie en Europe, il le sait fort bien. Le président, M.
Mitterrand, parlait de l'Europe à vocation fédérale. Il
n'y a aucune contradiction entre la souveraineté partagée et le
fédéralisme. On n'a qu'à voir les déclarations qui
sont faites dans ceux qui veulent réformer l'intégration
économique ou l'intégration politique. Je comprends qu'il peut y
avoir un débat si l'étape de la souveraineté est
nécessaire pour la reconstruction du fédéralisme. C'est le
sens des...
Le Président: En conclusion, M. le premier ministre, s'il
vous plaît.
M. Bourassa: ...questions du député de
Lac-Saint-Jean. Est-ce qu'on doit nécessairement, M. le
Président, passer à travers la souveraineté pour arriver
à un néo-fédéralisme ou à un niveau
fédéraliste? M. le Président, moi, j'attends encore les
questions de l'Opposition à cet égard-là, il n'y en a pas
eu. Il n'y en a pas eu à l'occasion des crédits.
Le Président: M. le premier ministre, en conclusion.
M. Bourassa: Alors, je conclus, M. le Président. Il n'y a
certainement pas contradiction, loin de la, entre la souveraineté
partagée et le fédéralisme pour ce qui a trait à la
tenue d'élections générales. Le chef de l'Opposition a
déjà...
M. Chevrette: Ce que je veux dire, c'est que c'est assez. Il n'a
rien dit, et ça fait trois minutes!
Des voix: Ha, ha, ha! le président: un instant!
bon. à l'ordre, s'il vous plaît! s'il vous plaît!
brièvement, m. le premier ministre, en quelques secondes,
conclusion.
M. Bourassa: M. le Président, je voulais répondre
sur les élections générales et le leader...
Le Président: Rapidement, M. le premier ministre.
M. Bourassa: ...n'est pas intéressé, alors...
Le Président: En question principale, M. le
député de Lac-Saint-Jean et whip de l'Opposition.
Position du gouvernement sur les propositions de
réforme du Sénat
M. Brassard: M. le Président, j'espère d'abord que
ses réponses écrites vont être un peu plus limpides que ses
réponses orales.
M. le Président, à Ottawa, ces temps-ci, en matière
de réforme du Sénat, c'est le chaos, pas nécessairement
créateur. Tel un feu d'artifice, les projets et les formules fusent de
toute part: certains évoquent l'abolition pure et simple du
Sénat; d'autres exhument le rapport Pepin-Robarts; on va bientôt
déterrer le livre beige; les partisans du Sénat triple
«e» campent sur leurs positions alors que M. Beauchamp apporte une
contribution pour le moins originale avec des sénateurs élus, et
je dirais gonflables...
Des voix: Ha, ha, ha!
M. Brassard: ...leur volume dépendant du nombre de votes
qu'ils détiennent.
Des voix: Ha, ha, ha!
M. Brassard: De son côté, M. le Président, la
porte-parole du ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes
déclarait «qu'il n'est pas question que le Québec accepte
une diminution de son poids politique à l'intérieur d'un
Sénat réformé».
Ma question au ministre: Est-ce que le ministre peut nous indiquer ce
que veut dire sa porte-parole, comme on l'apprenait par une nouvelle de
Radio-Canada, lorsqu'elle affirme que le Québec va maintenir une ligne
de conduite ferme, pas question d'accepter une proposition qui affaiblirait ou
diminuerait les droits et les pouvoirs du Québec? «Il n'est pas
question non plus d'accepter une proposition qui affaiblirait la
représentation du Québec à Ottawa», vous confirmez
ça, j'espère?
Le Président: M. le ministre délégué
aux Affaires intergouvernementales canadiennes.
M. Rémillard: M. le Président, ce qui a donc
été dit au niveau de mon cabinet reflète la position qu'on
a toujours prise dans tous les dossiers constitutionnels: le respect des droits
du Québec. On n'acceptera pas, ni de proche ni de loin, toute
modification constitutionnelle qui pourrait affecter, par exemple, les droits,
les privilèges de cette Assemblée législative,
l'Assemblée nationale.
M. le Président, on voit, de par les journaux, les médias,
qu'il y a différents projets de Sénat qui sont
présentement discutés ou d'autres institutions qui pourraient
remplacer le Sénat. Pour notre part, nous n'avons pas de texte
spécifique sur un projet de modification. Nous croyons, M. le
Président, qu'il est nécessaire d'avoir une institution à
part la Chambre des
communes. Qu'on l'appelle Sénat, Conseil de la
Fédération ou Conférence des premiers ministres, peu
importe, mais qu'il y ait, à un autre niveau, une institution qui puisse
être capable d'exprimer l'intérêt des provinces et des
régions. Alors, dans ce contexte-là, M. le Président, nous
sommes ouverts à voir différentes alternatives, oui, mais
toujours en respectant les droits du Québec. Pas question d'affaiblir le
Québec d'aucune façon.
Le Président: En question complémentaire.
M. Brassard: Je n'appelle plus ça ouverts, j'appelle
ça «écartillés».
Des voix: Ha, ha, ha!
M. Brassard: Est-ce que le ministre considère comme
acceptable la proposition de l'Ontario visant à abolir purement et
simplement le Sénat tout en augmentant le nombre de sièges des
petites provinces à la Chambre des communes, ce qui ne peut,
évidemment, qu'aboutir à une diminution du poids politique du
Québec à la Chambre des communes et, donc, à un
affaiblissement de la représentation du Québec à Ottawa?
Est-ce que vous êtes d'accord avec la dernière proposition
ontarienne?
Le Président: M. le ministre.
M. Rémillard: M. le Président, nous n'avons pas
été informés de tous les détails de cette
proposition. On n'a pas reçu de texte qui pourrait nous expliquer ce que
le premier ministre, M. Rae, voulait exprimer dans une réforme
constitutionnelle qui toucherait la Chambre des communes et,
éventuellement, ferait disparaître le Sénat. Donc, on ne
peut pas se prononcer là-dessus. Il faut au moins avoir des textes. Il
faut voir ce qu'il veut dire. Je reviens toujours au principe que nous avons
émis tout à l'heure: il faut que le Québec puisse
retrouver sa place comme partenaire à part entière et partenaire
majeur de cette Fédération. Il n'est pas question de toucher
à nos droits historiques. Mais, dans ce contexte-là, M. le
Président, qu'on se réfère à ce qu'on appelle l'une
des caractéristiques les plus importantes du fédéralisme
canadien, c'est-à-dire le fédéralisme exécutif,
c'est-à-dire cette conférence des premiers ministres, oui, M. le
Président.
M. le Président, le chef de l'Opposition semble être
surpris que je parle de fédéralisme exécutif, lui qui a eu
une expérience très longue de conseiller des gouvernements,
à partir de M. Lesage, et qui a participé à nombre de
conférences sur tous les sujets. Alors, dans ce cadre-là, c'est
ce qu'on appelle le fédéralisme exécutif, cette
conférence des premiers ministres qui se réunit
régulièrement et qui décide des grandes orientations de la
Fédération. Qu'on veuille donner à ce
fédéralisme exécutif, cette conférence des premiers
ministres, une évolution qui pourrait comprendre aussi une
représentation des provinces, alors, M. le Président, il faudrait
avoir les détails. Je ne peux pas me prononcer sans avoir vu les
documents.
Le Président: Alors, en question complémentaire, M.
le député de Lac-Saint-Jean.
M. Brassard: Des paroles verbales.
Des voix: Ha, ha, ha!
Le Président: Votre question, M. le
député.
M. Brassard: Oui, M. le Président. Je constate d'abord que
le ministre a de la misère à se retenir pour ne pas rire. Une
dernière question, M. le Président: Est-ce que le ministre est
d'accord avec le fait que la création de nouvelles provinces -
j'espère qu'il va me répondre sérieusement - on pense, par
exemple, au Yukon et aux Territoires du Nord-Ouest, soit approuvée
uniquement par le Parlement fédéral, avec comme
conséquence, il va sans dire, un affaiblissement de la
représentation du Québec à Ottawa? Êtes-vous
d'accord avec ça?
Le Président: M. le ministre. (10 h 40)
M. Rémillard: M. le Président, tout d'abord, le
député de Lac-Saint-Jean me dit que j'ai de la difficulté
à me retenir pour ne pas rire. C'est vrai que j'ai de la
difficulté à me retenir pour ne pas rire parce qu'il a beaucoup
d'humour. Il a beaucoup d'humour et, particulièrement ce matin, je dois
dire qu'il a fait des pointes d'humour particulièrement drôles.
Donc, je me suis permis de rire, M. le Président. Si je ne riais pas,
qu'est-ce qu'il dirait? Il dirait que je n'ai pas le sens de l'humour.
Des voix: Ha, ha, ha!
M. Rémillard: Alors, je ris. Il dit que je dis des paroles
verbales, je trouve ça drôle, alors je ris. Alors, il m'accuse de
rire parce que je trouve drôle qu'il dise que je dis des paroles
verbales. Non, mais, M. le Président, quand même!
Des voix: Ha, ha, ha!
Le Président: S'il vous plaît! S'il vous
plaît! À l'ordre, s'il vous plaît! M. le ministre.
M. Rémillard: M. le Président, à la
question, nous avons dit qu'on doit retrouver Meech en substance. Il est
évident que ces questions sont reliées aux questions du droit de
veto. Le droit de veto, évidemment, le député de
Lac-Saint-Jean sait de quoi je parle. Le droit de veto, le droit à
l'égalité des provinces. Alors, toutes ces questions
doivent être vues dans le contexte de ce que nous avions
négocié à Meech et dans le contexte, M. le
Président, de l'ensemble du dossier d'offres que nous pourrions recevoir
éventuellement. Mais, M. le Président, ce qui a été
décidé dans Meech, substantiellement, on doit le retrouver et le
Québec doit avoir son poids politique dans la Fédération,
comme partenaire à part entière et comme partenaire majeur.
Le Président: En question principale, M. le
député de Labelle.
Irrégularités reliées au
financement de certaines compagnies par la SOI
M. Léonard: M. le Président, hier, le ministre de
la Justice nous disait qu'un officier de son ministère s'était
informé auprès de la SDI des intentions de cette dernière
pour savoir si une enquête serait demandée à l'égard
des entreprises Gentec, Télé-Alarmes et Micro-Contrôle,
effectivement - c'est ce qu'il disait - afin d'avoir une information nette et
précise quant à son intention à l'égard de ces
compagnies. La SDI aurait alors indiqué que, selon elle, il n'y avait
pas de motif pour demander une enquête policière. Le ministre de
l'Industrie, du Commerce et de la Technologie peut-il nous indiquer pourquoi la
SDI, qui est la victime présumée, aurait mis six mois pour
informer le ministère de la Justice qu'il n'y avait pas matière
à enquête policière, malgré l'avis donné par
le substitut en chef adjoint du Procureur général?
Le Président: M. le ministre de l'Industrie, du Commerce
et de la Technologie.
M. Tremblay (Outremont): M. le Président, j'aimerais tout
d'abord mentionner que les prêts en question, principalement ceux
à la compagnie Gentec, ont été acceptés par le
gouvernement du Québec au mois de juillet 1985. Deuxièmement,
lorsque la SDI a reçu une lettre du substitut en chef adjoint du
Procureur général le 21 mai 1992, la SDI a immédiatement
répondu le 22 mai 1992, et je cite le procureur de la SDI:
«Après examen des dossiers tels que constitués et des faits
qui ont été portés à ma connaissance, je ne peux
conclure ni soupçonner qu'un acte criminel a été commis
dans le traitement de ces dossiers. «Vu ce qui précède, je
ne suis pas justifié de référer le dossier au
sous-ministre associé à la Direction générale des
affaires criminelles du ministère de la Justice.» Avec la
permission de l'Opposition, j'aimerais déposer cette lettre.
Le Président: Consentement au dépôt du
document? Consentement. Le document est donc déposé.
M. Tremblay (Outremont): M. le Président, la
Société de développement industriel du Québec n'a
rien à cacher dans ces trois dossiers. Si une personne veut porter
plainte, elle peut le faire et, surtout, elle doit le faire si elle est en
possession d'éléments démontrant qu'il y a eu des
irrégularités. Cette personne doit donc porter plainte à
la Sûreté du Québec ou au Procureur général,
Direction des crimes économiques, et la justice suivra son cours. J'y
crois et je le veux, M. le Président.
Le Président: En question complémentaire.
M. Léonard: M. le Président, quels sont les
éléments sur lesquels le ministre se base, ainsi que la SDI, pour
contredire le directeur de la Direction des crimes économiques qui a
pris la peine de mettre par écrit qu'il y avait des indices assez
sérieux pour qu'une enquête soit tenue? Est-ce que le ministre ne
convient pas que, dans le contexte, lui-même et la SDI sont juge et
partie et qu'ils devraient s'en remettre à l'opinion du directeur de la
Direction des crimes économiques?
Le Président: M. le ministre.
M. Tremblay (Outremont): II me semble que j'ai été
très clair, M. le Président. La Société de
développement industriel, à la suite de l'analyse sérieuse
des faits, en est arrivée à la conclusion, par le biais de son
contentieux, qu'il n'y avait pas d'éléments pour donner suite
à la demande de son employé. Par contre, je suis très
conscient qu'on pourrait interpréter ou laisser la perception que la SDI
est juge et partie, et c'est la raison pour laquelle, si une personne croit
qu'il y a matière à enquête, la justice suit son cours le
plus rapidement possible.
Le Président: En question additionnelle? M. Chevrette:
Oui, M. le Président.
Le Président: En additionnelle, M. le leader de
l'Opposition.
M. Chevrette: M. le Président, ma question s'adresse au
ministre de la Justice. Est-ce qu'il est coutume qu'un contentieux d'un
ministère puisse aller à l'encontre du directeur de la Direction
des crimes économiques du ministère de la Justice?
Le Président: M. le ministre de la Justice.
M. Rémillard: Je pense que le leader de l'Opposition, M.
le Président, va comprendre que je ne peux pas dire si c'est coutume ou
pas. Je ne connais pas toutes les coutumes. Je peux vous dire que, dans ce
cas-ci, on va se comporter comme on se comporte dans tous les autres cas.
Et dans la mesure où on aura une plainte... Tout à
l'heure, le ministre de l'Industrie et du Commerce s'est
référé à une lettre qui a été
envoyée le 21 mai 1992 et que j'ai souligné hier dans ma
réponse qu'on avait demandé qu'il y ait d'autres documents,
demandé s'il était de l'intention de la SDI d'envoyer d'autres
documents, qu'on puisse regarder les autres documents pour avoir une
perspective plus complète de l'ensemble du dossier. Alors, M. le
Président, dans la mesure où il n'y a pas de plainte de la SDI,
moi, on m'informe qu'à ce moment-là il n'y a pas de poursuite, ou
il n'y a pas d'étude du dossier, ou de plainte de déposée
officiellement au niveau du ministère de la Justice.
M. Chevrette: M. le Président.
Le Président: Toujours en complémentaire.
M. Chevrette: Oui, en complémentaire, M. le
Président. À toutes fins pratiques, est-ce que je comprends bien
le ministre qui me dit: Si la victime ne veut pas se plaindre, moi, je ne peux
rien faire? Est-ce que, comme gouvernement, au moment où le directeur
même du contentieux...
Une voix: De la Direction des crimes économiques.
M. Chevrette: ...de la Direction des crimes économiques du
ministère de la Justice dit, juge qu'il y a matière à
enquête policière, est-ce qu'au moins le ministre de la Justice va
déposer ces documents au ministre responsable de la
Sécurité publique pour qu'il fasse enquête? Parce que, en
l'occurrence, ça pourrait être considéré comme un
«cover-up» de la SDI, de la part de la SDI.
Le Président: M. le ministre de la Justice.
M. Rémillard: M. le Président, il faut toujours se
rappeler comment fonctionnent le ministère de la Justice et le
ministère de la Sécurité publique. Nous, pour notre part,
c'est que nous apprécions, on étudie, dis-je, les preuves, les
éléments de preuve qui peuvent nous arriver à la suite
d'enquêtes. Alors, dans ce dossier, M. le Président, des lettres
ont été envoyées, et directement, à la SDI de la
part du ministère de la Justice, d'un substitut du Procureur
général qui est là, qui s'occupe des dossiers, pour lui
demander ce qu'elle avait l'intention de faire. Et, dans ce contexte-là,
M. le Président, on nous a répondu qu'il n'y avait pas lieu de
porter plainte.
Alors, il est toujours possible, M. le Président, il est toujours
possible à quelqu'un de décider de porter plainte. Mais moi,
comme Procureur général, M. le Président, je fais mon
travail. Et, dans la mesure où il y aura eu une enquête qui nous
amènera des preuves, des éléments de preuve, on va
étudier ces éléments de preuve et on va décider
s'il faut enclencher un processus et faire des accusations. Mais, comme
Procureur général, M. le Président, je ne peux faire
autrement. C'est ce dont on m'informe.
M. Chevrette: M. le Président.
Le Président: Une autre question
complémentaire.
M. Chevrette: Est-ce que le ministre de la Sécurité
publique, sachant qu'il existe maintenant une recommandation du directeur, au
ministère de la Justice, en ce qui regarde les crimes
économiques, a l'intention de faire mener une enquête pour
éviter que les Québécois, parce que c'est les deniers des
Québécois, cela, que les Québécois ne soient
victimes d'un «cover-up» de la SDI?
Le Président: M. le ministre de la Sécurité
publique.
M. Ryan: Regardez, je porterai à la connaissance des
autorités de la Sûreté du Québec les documents qui
ont été déposés en Chambre par le
député de Labelle et la Sûreté du Québec
jugera s'il y a matière à poursuivre plus loin les
vérifications.
Le Président: Pour une question principale. M. le
député de Gouin.
Manquement au respect de la Loi sur les
intermédiaires de marché de la part
de
rindustrielle-Alliance
M. Boisclair: Oui, merci, M. le Président. L'Association
des intermédiaires en assurance de personnes du Québec...
Des voix:...
Le Président: Alors, allez-y, M. le député
de Gouin. (10 h 50)
M. Boisclair: L'Association des intermédiaires en
assurance de personnes du Québec, communément appelée
I'AIAPQ, mène actuellement une enquête sur le comportement de
certains intermédiaires de marché qui n'auraient pas
respecté les règles relatives au transfert de polices d'une
compagnie d'assurances à une autre. Dans ce cas-ci, vous aurez compris
qu'il s'agit de transfert de polices des Coopérants vers
l'In-dustrielle-Alliance.
On rappellera aussi que la Loi sur les intermédiaires de
marché, à l'article 144, donne des pouvoirs d'enquête
exhaustifs aux mandataires de l'Association. Cependant, malgré la loi
votée par l'Assemblée nationale, on apprend que
l'Industrielle-Alliance fait entrave à l'enquête et bloque
son bon déroulement. Le surintendant des intermédiaires de
marché, bon enfant, lui, déclare, et je cite, qu'il n'a pas
l'intention de se mêler de cette affaire.
Je me tourne donc vers la ministre déléguée aux
Finances pour qu'elle puisse nous indiquer quel geste elle entend poser pour
s'assurer du respect de la loi et peut-elle nous dire si, oui ou non, on
prendra les dispositions nécessaires pour prendre poursuite contre
l'Industrielle-Alliance si on s'aperçoit qu'il y a eu manquement
à l'application de la Loi sur les intermédiaires de
marché?
Le Président: Mme la ministre
déléguée aux Finances.
Mme Robic: Merci, M. le Président. Je vous avoue, M. le
Président, que je croyais que le député de Gouin me
poserait une autre question ce matin et qu'il serait heureux de voir l'article
du Devoir où le ministre Loiselle nous affirme que le
gouvernement fédéral n'a pas l'intention de créer une
commission des valeurs mobilières fédérales. Ça
confirme, M. le Président, ce que j'ai dit à plusieurs reprises
dans cette Chambre...
Le Président: Alors, question... Un instant, s'il vous
plaît, Mme la ministre. Question de règlement.
M. Chevrette: M. le Président, je comprends que Mme la
ministre s'était peut-être préparé une
réponse écrite, mais la question n'est pas celle-là. Il va
falloir qu'elle sorte de son papier et qu'elle réponde à la
question qui lui est posée.
Le Président: à l'ordre, s'il vous plaît!
s'il vous plaît! à l'ordre, s'il vous plaît! alors, sur la
question de règlement, m. le leader du gouvernement.
M. Pagé: M. le Président, l'article 81 est clair:
«Aucun rappel au règlement ne peut être fondé sur
l'opinion que la réponse à une question posée à un
ministre est insatisfaisante.» Et dans le cas qui nous occupe,
l'Opposition devrait être satisfaite, on se réfère à
une autre question qui faisait l'objet de questionnement et de
problématique, et c'est réglé grâce au leadership de
Mme la ministre. Voyons donc!
Des voix: Ha, ha, ha!
Le Président: Oui, un instant. Un instant. Alors, sur la
même question de règlement.
M. Chevrette: C'est la deuxième fois aujourd'hui qu'on
répond à des questions qu'on ne pose même pas. M. le
Président, qu'on fasse le ménage dans ses cassettes. Faites-le,
le ménage dans vos cassettes, et répondez aux questions qu'on
pose. L'article 79 est d'une clarté là-dessus, il faut que cela
ait au moins un semblant de lien avec la question qui est posée. Je
comprends la difficulté de répondre spontanément à
une question surprise mais, de grâce, M. le Président, ils sont
élus ministres depuis sept ans dans certains cas, ils devraient au moins
connaître l'ensemble de leurs dossiers et fournir des
éléments de réponse relatifs aux questions qu'on pose.
Sinon, M. le Président, il y en a sur l'arrière-ban qui
attendent!
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît!
À l'ordre, s'il vous plaît! Alors, j'invite effectivement Mme la
ministre déléguée aux Finances à répondre
à la question posée par le député de Gouin. Mme la
ministre, à la question posée.
Mme Robic: M. le Président, si le leader de l'Opposition
m'avait donné le temps, j'aurais répondu à la question. M.
le Président, la loi 134 donne, crée des organismes
d'autoréglementa-tion qui ont les pouvoirs nécessaires pour
pouvoir pleinement jouer leur rôle. Je souhaite, bien sûr, dans ce
dossier que tous les intervenants participent et répondent aux demandes
de I'AIAPQ. Cependant, si ce n'était pas le cas, cet organisme a les
moyens nécessaires pour forcer ces personnes à répondre
à ces demandes.
Le Président: En question complémentaire.
M. Boisclair: M. le Président, puisque ce n'est pas le
cas, puisque les organismes ne coopèrent pas avec I'AIAPQ, puisque le
surintendant des intermédiaires de marché nous dit qu'il n'a pas
l'intention de s'intéresser à cette affaire pour le moment,
est-ce que la ministre déléguée aux Finances peut nous
dire qu'aujourd'hui elle s'intéresse à ces affaires et qu'elle va
s'assurer du respect de la loi votée par l'Assemblée
nationale?
Le Président: Mme la ministre.
Mme Robic: M. le Président, en ce moment, ni la ministre,
ni le bureau de l'inspecteur n'a à s'immiscer dans cette affaire puisque
la loi 134, qui crée ces organismes d'autoréglementation, donne
également aux organismes d'autoréglemen-tation toute la latitude
pour agir et forcer les gens à participer à ces
enquêtes.
Le Président: Alors, en question principale, M. le
député de D'Arcy-McGee.
Impact de la clause de la société
distincte sur les minorités linguistiques
M. Libman: Merci, M. le Président. Ma question s'adresse
au ministre délégué aux Affaires intergouvernementales
canadiennes. Beaucoup
de choses ont été dites, mais pas récemment, au
sujet de l'impact de la clause de la société distincte sur les
minorités linguistiques. Le gouvernement a affirmé
préférer la formulation de la société distincte
dans l'accord du lac Meech à celle du rapport Beaudoin-Dobbie. En
d'autres mots, il refuse d'endosser l'importance de l'épanouissement et
du développement de sa communauté minoritaire.
Ma question est la suivante: In light of the fact that the Conseil du
patronat and Le regroupement des hommes d'affaires du Québec have
accepted the formulation of distinct society in the Beaudoin-Dobbie Report,
what exactly does this Government fear in its responsibility to foster the
development of linguistic minorities and has this discussion been part of your
recent meetings with representatives in other provinces?
Le Président: M. le ministre délégué
aux Affaires intergouvemementales canadiennes.
M. Rémillard: Oui, M. le Président. Je voudrais
tout d'abord rappeler au député de D'Arcy-McGee que c'est le
gouvernement du Québec qui, au tout début du processus
constitutionnel, en 1986, avait insisté pour qu'on puisse inclure dans
la Constitution canadienne le principe de la dualité. Alors, d'une part,
on reconnaît le Québec comme société distincte et,
d'autre part, on reconnaît aussi qu'il y a deux peuples fondateurs, des
francophones, des anglophones, qui forment deux grandes communautés
nationales. Dans ce cadre-là, après beaucoup de discussions,
beaucoup d'opinions juridiques, on en est arrivés à un
équilibre entre, donc, ce concept de la société distincte
et cette dualité.
Ce que nous devons rechercher, M. le Président, c'est qu'on
puisse reconnaître pleinement que le Québec est une
société distincte et qu'on puisse reconnaître aussi les
droits des minorités francophones à l'extérieur du
Québec et des anglophones ici. Leur situation n'est pas la même,
n'est pas dans le même contexte, il faut bien le comprendre. Nous voulons
donc qu'il y ait un juste équilibre - si vous me permettez cette
expression - entre le concept de la société distincte et la
dualité canadienne. Dans Meech, c'est ce que nous retrouvions.
Maintenant, resterait à voir les documents officiels, les derniers
documents dans leur forme légale, ce que nous n'avons pas encore, pour
déterminer si, vraiment, nous avons cet équilibre.
Le Président: Pour une question complémentaire.
M. Libman: Does this mean that the Government has made it clear
in its recent meetings that they do not want to accept the «juste
équilibre» set up in the Beaudoin-Dobbie and would prefer to go
back to Meech? Does this mean that the question of fostering the development of
minority communities, as clarified in the Beaudoin-Dobbie distinct society, is
not acceptable to you?
Le Président: M. le ministre.
M. Rémillard: M. le Président, dans
Beaudoin-Dobbie, c'était une chose et, maintenant, nous sommes à
discuter. Je crois comprendre qu'au niveau de la table de négociation il
y a beaucoup de discussions. Alors, on n'a pas eu de textes officiels, on n'a
pas eu de textes légaux. Attendons d'avoir ces textes. Mais le seul
texte que nous ayons accepté à date, en ce qui regarde
«société distincte» et «dualité»,
c'est le texte que nous avons accepté dans Meech. À partir de
là, attendons de voir ce qu'on nous proposera d'une façon
légale, et on verra, on fera faire les analyses et on regardera. Mais
nous avons toujours les mêmes objectifs, M. le Président, et le
Québec veut que les droits des minorités francophones à
l'extérieur du Québec comme les droits des anglophones au
Québec, soient respectés, c'est évident. Et nous voulons
que le Québec soit reconnu comme société distincte, donc
avoir un outil de discussion, un outil pour plaider devant les tribunaux. Il ne
s'agit pas d'être traités d'une façon supérieure par
rapport aux autres provinces, comme on l'a dit, mais tout simplement qu'on nous
reconnaisse comme ça a toujours été dans l'histoire,
depuis même 1774.
Le Président: Pour une autre question additionnelle.
M. Libman: Est-ce que le ministre a laissé tomber une
idée qu'il a invoquée il y a deux ans sur un code des
minorités?
Le Président: M. le ministre.
M. Rémillard: M. le Président, je veux remercier le
député de D'Arcy-McGee de revenir avec cette idée de code
des minorités. Je crois toujours que c'est une excellente idée.
Le code des minorités permet une asymétrie dans le traitement que
nous pouvons donner au niveau des minorités en fonction de leur
situation particulière, en fonction des provinces et ça pourrait
nous aider grandement à assurer aux minorités nationales des
garanties quant à leurs droits. Et je crois que c'est une avenue qui,
éventuellement, devrait être étudiée de plus
près. (11 heures)
M. Libman: Dernière additionnelle.
Le Président: Pour une dernière additionnelle.
M. Libman: Est-ce que le sujet et le concept, dans le cas des
minorités, ont été abordés dans les discussions du
ministre et de
ses homologues, récemment?
Le Président: M. le ministre.
M. Rémillard: Non, je dois dire qu'on ne l'a pas
mentionné, mais peut-être que le député de
D'Arcy-McGee pourrait en discuter avec certains de ses partenaires.
Le Président: Alors, en question principale maintenant, M.
le député d'Abitibi-Ouest et leader adjoint de l'Opposition.
Irrégularités relatives à la
gestion de la commission scolaire Jérôme-Le Royer
M. Gendron: Oui, M. le Président. La saga des
irrégularités relatives à la gestion de la commission
scolaire Jérôme-Le Royer se poursuit. Selon nos informations, il y
aurait une évidente apparence de conflit d'intérêts puisque
le président de cette commission scolaire, M. Vincent Arciresi est
également secrétaire-trésorier de la compagnie de
construction Angem inc., compagnie qui a obtenu plusieurs contrats de la
commission scolaire.
Paradoxalement, cette même compagnie fait, depuis 1985, l'objet de
poursuites légales de la commission scolaire pour une réclamation
de 158 000 $ pour un contrat mal exécuté datant de 1981. En 1983,
la compagnie en question enregistrait, de son côté, une
réclamation de 140 000 $ envers la commission scolaire. Des propositions
de règlement hors cour en faveur de la compagnie de construction Angem
inc., ont, à deux reprises, été sur la table. Les avis des
principaux consultants au dossier indiquent clairement à la commission
scolaire «de ne pas endosser quelque règlement que ce soit qui
pourrait avantager l'entrepreneur».
Ma question, très simple: Est-ce que le ministre de
l'Éducation peut nous indiquer s'il a pris connaissance du dossier
faisant état de ces faits, lequel dossier lui a été
acheminé à son cabinet le 1er juin dernier? Et peut-il nous
indiquer s'il a l'intention de demander une enquête afin de faire toute
la lumière sur cette affaire?
Le Président: M. le ministre de l'Éducation.
M. Pagé: M. le Président, j'ai pris connaissance,
le vendredi 5 juin dernier, d'une lettre qui m'était acheminée,
une lettre accompagnée de documents se référant à
la gestion de la commission scolaire Jérome-Le Royer. Les documents dont
j'ai pris connaissance m'apparaissaient suffisamment éloquents pour que
je demande au service juridique du ministère de l'Éducation
d'analyser les documents, les données et les références.
J'ai demandé, de plus, que, dès que le rapport sera produit, il
me soit soumis pour qu'on puisse y donner suite, soit dans le cadre d'une
démarche du ministère ou, encore, dans le cadre d'une
démarche concernant une analyse et un suivi par la Sûreté
du Québec.
Le Président: Pour une question complémentaire.
M. Gendron: Oui. Le ministre nous indique ce qu'il a fait, mais
est-ce qu'il ne trouve pas que le moment serait venu pour aller un petit peu
plus loin? Ne trouvez-vous pas qu'il commence à y en avoir assez
épais dans cette fameuse commission scolaire là? De toute nature,
en passant, parce que je pourrais vous poser d'autres questions sur d'autres
rapports que vous deviez recevoir. Ça va prendre quel volume pour
prendre une décision plus globale et peut-être, une fois pour
toutes, faire le ménage qui s'impose à Jérôme-Le
Royer?
Le Président: M. le ministre.
M. Pagé: M. le Président, je ne crois pas que le
député d'Abitibi-Ouest puisse m'adresser quelque reproche
à cet égard. J'ai effectivement décrété,
l'an dernier, une enquête administrative à la commission scolaire
Jérôme-Le Royer, qui a donné un rapport qui a
été déposé. Des suites ont été
données à ce rapport. Je suis informé dans une lettre
qu'on m'achemine le 1er juin, que je reçois sous pli confidentiel et que
j'ouvre moi-même le vendredi soir 5 juin. Je donne suite
immédiatement par une analyse du service juridique chez nous. Je fais
part à cette Chambre de ma volonté d'analyser ce dossier, de le
pousser et de le conduire à terme. L'ensemble des mesures sera pris
à la lumière de l'analyse du service juridique de mon
ministère, je peux vous en donner l'assurance, M. le
député. Et je pourrai revenir dans le cadre d'une question
additionnelle ou supplémentaire un autre jour, dépendamment du
degré d'avancement du dossier.
Le Président: En complémentaire.
M. Gendron: Puisqu'on touche à la même commission
scolaire et d'autres éléments, est-ce que le ministre de
l'Éducation peut nous indiquer, à ce moment-ci, s'il a
reçu le rapport de la commission scolaire - toujours
Jérôme-Le Royer - concernant la fermeture inutile des
écoles Pie XII et Saint-Jean-Eudes, sur laquelle vous deviez recevoir,
du même président de la commission scolaire, un rapport qui vous
indiquerait les motifs sur lesquels il s'est appuyé? Est-ce que vous
avez reçu ce rapport et qu'est-ce qu'il vous indique d'autre que vous ne
saviez?
Le Président: Alors, M. le ministre.
M. Gendron: M. le Président, on se réfère
maintenant à une tout autre question. On se réfère
à un questionnement formulé par de
nombreux parents portant sur la démarche pédagogique, les
services éducatifs fournis à certains étudiants par
rapport à d'autres au sein de la commission. J'ai reçu
effectivement, la semaine dernière aussi, une réponse assez
longue de la part de la commission scolaire. J'ai demandé au
sous-ministre adjoint à la planification de procéder à une
analyse rigoureuse, en collaboration avec la direction régionale du
ministère, de façon à valider ou à invalider les
informations qui m'ont été données à la suite de ma
demande déposée précédemment. D'accord?
Le Président: Alors, c'est la fin de la période de
questions.
Il n'y a pas de votes reportés.
Motions sans préavis.
Avis touchant les travaux des commissions.
M. le leader du gouvernement.
Avis touchant les travaux des commissions
M. Pagé: Alors, M. le Président, j'avise cette
Assemblée qu'aujourdhui, après la affaires courantes, et j'invite
mes collègues à demeurer, parce que je m'explique mal comment ils
pourraient s'acheminer vers les commissions parlementaires avant que les avis
soient donnés...
M. Chevrette:...
Le Président: M. le leader de l'Opposition.
M. Chevrette: Étant donné que j'ai eu un
préavis des préavis qu'annoncera le ministre, je vous annonce que
j'ai l'intention de contester une des commissions quant à sa juridiction
sur un projet de loi.
Le Président: Alors, pour les avis... Nous allons entendre
les avis à ce moment-ci. M. le leader du gouvernement.
M. Pagé: Alors, M. le Président, je note le
préavis de contestation formulé par le leader parlementaire de
l'Opposition, ce matin. On se sent toujours avisé d'être
contesté par l'Opposition, c'est normal, c'est explicable.
J'avise donc cette Assemblée qu'aujourd'hui, après les
affaires courantes jusqu'à 13 heures, à la salle
Louis-Joseph-Papineau, la commission du budget et de l'administration
procédera à l'étude détaillée du projet de
loi 26, Loi modifiant diverses dispositions législatives concernant
l'administration des lois fiscales.
Après les affaires courantes jusqu'à 13 heures, à
la salle Louis-Hippolyte-LaFontaine la commission de l'agriculture, des
pêcheries et de l'alimentation poursuivra l'étude
détaillée des projets de loi suivants, et ce, dans l'ordre
ci-après indiqué: 1° le projet de loi 23, Loi modifiant la
Loi sur la mise en marché des produits agricoles, alimentaires et de la
pêche et la Loi sur les produits laitiers et leurs
succédanés; ensuite, elle procédera à
l'étude détaillée du projet de loi 27, Loi sur la
Société de financement agricole et modifiant d'autres
dispositions législatives.
De plus, j'avise qu'après les affaires courantes jusqu'à
13 heures et aussi de 15 heures à 18 heures et de 20 heures à
minuit, à la salle du Conseil législatif, la commission de
l'aménagement et des équipements procédera à
l'étude détaillée du projet de loi 20, Loi abrogeant la
Loi concernant les droits sur les divertissements.
J'avise de plus que, de 15 heures à 18 heures, à la salle
Louis-Joseph-Papineau, la commission de l'éducation poursuivra
l'étude détaillée des projets de loi suivants et ce, dans
l'ordre ci-après indiqué: tout d'abord, le projet de loi 17, Loi
modifiant la Loi sur l'instruction publique, et le projet de loi 141, Loi sur
l'enseignement privé.
J'avise de plus que, de 15 heures à 16 heures, à la salle
Louis-Hippolyte-LaFontaine, la commission des affaires sociales poursuivra
l'étude détaillée du projet de loi 15, Loi modifiant
diverses dispositions législatives concernant l'application de la Loi
sur les services de santé et les services sociaux et modifiant diverses
dispositions législatives.
J'avise de plus que, de 16 heures à 18 heures et de 20 heures
à minuit, à la salle Louis-Hippolyte-LaFontaine, la commission
des institutions procédera à l'étude
détaillée du projet de loi 36, Loi modifiant la Loi
électorale et la Loi sur la consultation populaire.
J'avise que, de 21 heures à minuit, à la salle
Louis-Joseph-Papineau, la commission du budget et de l'administration
poursuivra l'étude détaillée des projets de loi suivants
et ce, dans l'ordre ci-après indiqué: tout d'abord, le projet de
loi 37, Loi concernant la prolongation des conventions collectives et la
rémunération dans le secteur public; ensuite, le projet de loi
28, Loi sur la Société Innovatech du Grand Montréal et,
par la suite, le projet de loi 31, Loi concernant le régime de retraite
pour certains employés du Centre hospitalier de l'Université
Laval et le régime de retraite pour certains employés de la
Commission des écoles catholiques de Québec. Voici, M. le
Président, pour les avis. Et maintenant, passons à la
contestation.
Le Président: Alors, M. le leader de l'Opposition.
Question de règlement du leader de l'Opposition
concernant le renvoi du projet de loi 28 à la commission du budget et
de
l'administration pour étude
détaillée
M. Chevrette: Oui, M. le Président, ma question de
règlement vise à vous soumettre très humblement que la loi
28 ne peut être débattue par la commission du budget et de
l'administra-
tion mais bien par la commission de l'économie et du travail.
Mais, M. le Président, le ministre vient de confier à la
commission du budget et de l'administration le mandat d'étudier ce
projet de loi 28 portant sur la Société Innovatech du Grand
Montréal. (11 h 10)
Le Président: Un instant, s'il vous plaît! Je vais
demander la collaboration des collègues. Alors, vous pouvez poursuivre,
M. le leader de l'Opposition.
M. Chevrette: M. le Président, il nous apparaît que
ce projet de loi devrait plutôt relever de la commission de
l'économie et du travail. Ainsi, à l'article 118 de nos
Règles de procédure, M. le Président, on identifie les
compétences de ces deux commissions. La commission du budget et de
l'administration, on note les finances, le budget, les comptes publics,
l'administration du gouvernement, la fonction publique, la privatisation, les
services et approvisionnements. La commission de l'économie et du
travail, elle, s'occupe de l'industrie, du commerce, du tourisme, du travail,
de la technologie, de l'énergie et des ressources.
On notera également que l'article 243 de nos Règles de
procédure se lit de la façon suivante: «Après
l'adoption du principe du projet de loi, le leader du gouvernement propose sans
préavis de l'envoyer à la commission compétente ou en
commission plénière pour étude détaillée.
Cette motion n'est pas débattue.»
Pour sa part, l'article 261 indique ce qui suit, M. le Président:
«Une fois les principes adoptés, le leader du gouvernement peut
proposer, sur motion sans préavis, que l'étude
détaillée du projet de loi relevant de la compétence de
plus d'une commission soit confiée à une commission
spéciale, soit encore à la commission plénière ou
à la commission permanente de son choix.»
M. le Président, en somme, la réforme de 1984 comportait
une logique, à savoir celle de confier à la commission
compétente l'étude d'une question particulière. On
retrouve d'ailleurs cette interprétation, M. le Président, dans
le «Guide du député». Ainsi, à la page 1 de la
section 1.3, on peut lire ceci: «Les nouvelles règles de
procédure de l'Assemblée nationale identifient et
délimitent huit grands domaines de l'action de l'État à
l'intérieur desquels prennent place, obligatoirement, toutes les
matières dans lesquelles les ministères et les organismes publics
exercent leur compétence.»
À la page suivante, toujours dans le «Guide du
député», il est écrit, M. le Président:
«Ils constituent - les huit grands domaines - un partage, le plus
rationnel possible, de l'ensemble de l'intervention de l'État tout en
définissant et aménageant, sur le plan parlementaire, les champs
de compétence des huit commissions qualifiées, pour cette raison,
de sectorielles.» À la page 3, M. le Président: «Dans
le champ d'intervention qui leur est réservé, les commissions se
sont vu attribuer une compétence multifonctionnelle.»
À la page 4, dans la même logique d'ailleurs, on lit ce qui
suit: «Les nouvelles commissions sectorielles ne connaissent aucune
spécialisation fonctionnelle. Au contraire, chacune d'elles accomplit ou
est susceptible d'accomplir toutes les fonctions prévues par les
règles de procédure ou par la loi dans le domaine de sa
spécialisation sectorielle.» À la page 5, M. le
Président, du même document, du «Guide du
député», on peut lire: «Dans ce cadre, la commission
compétente - et je dis bien, à chaque fois, on dit «la
commission compétente» - étudie chaque article du projet de
loi sans toutefois en remettre en cause le principe déjà
adopté par l'Assemblée. Celle-ci peut confier à la
commission compétente le mandat de mener une consultation sur le projet
de loi avant que l'Assemblée n'en adopte le principe.»
Bref, M. le Président, on fait constamment
référence à la notion de compétence, à celle
de spécialisation, des champs de compétence de chacune des huit
commissions permanentes. Or, le projet de loi 28 a comme objet principal de
créer la Société Innovatech du Grand Montréal qui
aura pour mission de promouvoir et de soutenir les initiatives propres à
relever la capacité d'innovation technologique sur le territoire du
Grand Montréal. Les autres objets du projet de loi 28 ne sont
qu'accessoires. Il nous apparaît donc, par conséquent, que la
décision de confier ce mandat à la commission du budget et de
l'administration est contraire à l'esprit, à la lettre, à
l'intention de nos Règles de procédure. Il vous appartient donc,
M. le Président, de faire corriger cet avis et de dire au leader du
gouvernement que le projet de loi 28 relève de la commission de
l'économie et du travail.
Le Président: Alors, sur cette question, M. le leader du
gouvernement.
M. Pagé: M. le Président, le sujet du Grand
Montréal et de la situation économique de Montréal, de la
relance de l'emploi à Montréal a été
évoqué à trois reprises au moins, formellement, ici,
à l'Assemblée nationale du Québec.
Le 6 avril 1990, la commission du budget et de l'administration a
siégé: interpellation de Mme la députée de
Hochelaga-Maisonneuve au ministre délégué à
l'Administration et à la Fonction publique, président du Conseil
du trésor. Lorsque, le 6 avril 1990, l'Assemblée nationale s'est
penchée sur l'avenir de Montréal, ça s'est fait devant la
commission du budget et de l'administration dans le cadre de l'interpellation,
premièrement.
Deuxièmement, le 26 octobre de la même année, la
relance de l'économie et de l'emploi, à Montréal, a fait
l'objet d'une autre interpellation
et ça s'est fait toujours sous l'autorité de la commission
du budget et de l'administration.
Troisième intervention en interpellation, le 22 mai 1992, donc
tout récemment, commission du budget et de l'administration, sujet: La
situation de Montréal.
Quatrièmement, lorsque le principe du projet de loi a
été adopté, le projet de loi a été
déféré en commission. Il a été
déféré à la commission du budget et de
l'administration, et ça a été accepté et
adopté par l'Assemblée, ici. Cet avis, d'ailleurs, avait
été donné hier et n'a pas été
contesté par surcroît, M. le Président. Alors, je ne vois
pas quel est l'intérêt. Je comprends que le règlement
stipule que. Or, force est de reconnaître, avant de décider sur
cette question-là, qu'à trois reprises la commission s'est
réunie sur le même sujet qui a débouché,
évidemment, sur le dépôt du projet de loi par mon
collègue. Ça s'est toujours fait à la commission du budget
et de l'administration. Les avis ont été donnés. Le projet
de loi a été déféré. Je m'en remets à
vous, M. le Président, pour que vous puissiez décider et aviser
en conséquence.
M. Chevrette: M. le Président.
Le Président: M. le leader de l'Opposition.
M. Chevrette: M. le Président, je voudrais ajouter des
arguments pour démonter que le leader du gouvernement n'a pas lu le
projet de loi-Une voix: C'est ça.
M. Chevrette: ...parce que le projet de loi spécifie
très bien et résume, à toutes fins pratiques, l'action ou
le mandat que le gouvernement va chercher par la loi 28. C'est l'innovation
technologique. De plus, dans le projet de loi 28, vous remarquerez que le
gouvernement n'a pas osé trancher la chicane entre deux ministres. Il
n'a même pas désigné lequel des ministres, si
c'était le ministre responsable de la Technologie ou le ministre qui a
le dossier de Montréal, M. le Président. C'est clair et net, M.
le Président, que si le gouvernement n'a pas tranché à ce
moment où il a rédigé la loi, c'est parce que ça se
frottait les oreilles, mais, ça, ce n'est pas nos affaires. Nous, ici,
on est là pour confier à la commission spécifique, et
c'est bien marqué: Technologie, économie et travail. Je pense
qu'on n'a pas fait ça pour rien, ces commissions-là.
Qu'on veuille placoter avec le ministre responsable de Montréal
sur l'ensemble des sujets montréalais, ça, c'est une chose, mais
le projet de loi 28 qui touche spécifiquement l'innovation
technologique, M. le Président, ça doit relever de la commission
compétente, comme le disent nos Règles de procédure, et
ça doit aller à économie et travail. Libre au gouvernement
de dire si le ministre responsable de Montréal peut aller remplacer son
collègue à cette commission. Ça, ce n'est pas à
nous d'en décider.
Le Président: M. le leader adjoint du gouvernement.
M. Johnson: M. le Président, ayant eu à
m'entretenir avec la députée de Hochelaga-Maisonneuve, notamment,
des problèmes et des solutions économiques que, de part et
d'autre, on peut entrevoir pour le Grand Montréal, c'est effectivement -
et les dossiers, les procès-verbaux de l'Assemblée sont là
depuis deux ans - devant la commission du budget et de l'administration, comme
porteur de ce dossier, que j'ai été convoqué très
clairement et très nettement.
Deuxièmement, je rappelle que le cheminement de ce projet de loi
comprend une étape passablement importante qui est le dépôt
d'un plan de relance du Grand Montréal le 17 décembre dernier
sous l'égide d'un comité ministériel que je
préside, et qui a mis sur pied des équipes de travail, qui a
publié un rapport et qui est le maître d'oeuvre - ce comité
et son président - de l'ensemble des mesures qui sont
évoquées dans ce plan de relance du Grand Montréal. Une
des mesures importantes, centrales, avons-nous dit, mais, là, on
déborde de la procédure, c'est, évidemment, la
création de la Société Innovatech qui est la pièce
maîtresse de ce plan de relance édicté par un comité
que je préside et qui nous amène, d'une façon logique,
à présenter un projet de loi qui est inscrit à mon nom,
évidemment, et que je défends à ce titre devant
l'Assemblée nationale. (11 h 20)
Ceci étant fait et ceci étant dit, je comprends... Oui, je
vois bien là que ce n'est pas une raison, mais j'explique pourquoi, du
point de vue de l'Assemblée nationale, on l'a toujours traité
dans la mesure où ça relevait de mes attributions à
l'intérieur d'un cadre sur lequel on s'est toujours entendu. Il n'y a
pas eu de chicane, à savoir si ça allait à la CBA ou
autrement le vendredi matin, de 10 heures à midi, c'était dans la
suite normale et naturelle des choses. On est ici au moment où on assure
le suivi de ces différentes mesures et il s'ensuit que la motion de
déférence a été évidemment formulée
pour la commission du budget et de l'administration. Et ça a
été adopté.
Le Président: Oui, M. le leader de l'Opposition.
M. Chevrette: Je voudrais répondre à cet
argumentaire, parce que le ministre dit: Le projet de loi qui est
déposé devant nous est une des pièces du grand plan. On ne
parle pas de plan, nous autres, on parle de la pièce législative.
C'est la pièce législative qui doit aller à la
commission compétente, M. le Président, ce n'est pas le
gros plan de Montréal. C'est ça qui est fondamental. La question
de droit que je vous pose n'est pas de juger si le plan de Montréal,
où on pourrait avoir une série de mesures... On s'en tient
à la pièce maîtresse, comme il l'a si bien dit, qui, si
c'est une pièce maltresse, est restreinte justement à
l'innovation technologique. Il faut donc que ça aille à la
commission compétente. Et la commission compétente... Vous
remarquerez que toute la technologie relève de la commission de
l'économie et du travail.
Ce n'est pas parce que, M. le Président, je ne l'ai pas
relevé avant qu'on ne doit pas respecter le règlement. Vous vous
rappellerez que la semaine dernière j'ai fait une motion en Chambre pour
ajourner l'Assemblée et il y a du monde qui s'est réveillé
à peu près 20 minutes plus tard pour me faire dire que je n'en
avais pas le droit, alors qu'on m'avait donné le plein droit de parole.
Je prends le règlement, je l'interprète et je plaide devant
vous.
Le Président: Dans ce cas-là, je vais prendre cette
question en délibéré. Les avis sont donnés quand
même pour les autres commissions. Nous reviendrons, j'espère, le
plus tôt possible en courant de journée pour donner la
décision relativement au point soulevé par le leader de
l'Opposition.
Maintenant, nous allons procéder aux renseignements sur les
travaux de l'Assemblée. J'ai une demande de Mme la députée
de Chicou-timi. Mme la députée.
Renseignements sur les travaux de
l'Assemblée
Mme Blackburn: M. le Président, en novembre dernier, le
ministre du Travail déposait le projet de loi 185 qui, pour l'essentiel,
voulait corriger une erreur de rédaction du précédent
projet de loi qui avait eu comme effet d'ouvrir le champ de compétence
de l'entrepreneur autonome. Il voulait redéfinir le statut de
travailleur autonome.
Le projet de loi a été soumis à deux consultations
particulières: une en décembre dernier et une seconde en
février. Le ministre s'était engagé à
déposer le projet de loi, à appeler le projet de loi dès
l'ouverture de la Chambre le 10 mars dernier. Trois mois plus tard, on attend
toujours; les travailleurs attendent toujours; les entrepreneurs autonomes
attendent toujours. Est-ce que le gouvernement a l'intention d'appeler le
projet de loi 185 dans les prochains jours?
Le Président: M. le leader du gouvernement. M.
Pagé: Oui.
Le Président: Très bien. Donc, toujours au niveau
des renseignements, M. le député de Lac-
Saint-Jean et whip de l'Opposition.
M. Brassard: M. le Président, tout à l'heure, en
période de questions, le premier ministre a évoqué mes
questions écrites au feuilleton et il a donné des réponses
plutôt évasives. Alors, j'aimerais savoir du leader s'il peut me
dire quand le premier ministre a l'intention de déposer des
réponses écrites à mes questions au feuilleton.
Le Président: M. le leader du gouvernement.
M. Pagé: M. le Président, comme c'est le cas
régulièrement, j'ai l'occasion, le mercredi, de déposer
des réponses écrites au nom du gouvernement, au nom des
collègues, aux questions posées par les députés de
quelque côté de la Chambre. Ces questions ont été
inscrites. Le fait que la nouvelle session se soit ouverte en mars, le 17 mars,
il aura fallu un certain temps pour qu'elles soient réinscrites.
D'ailleurs, je me rappelle très bien que le premier ministre
s'était préoccupé auprès de moi de constater que le
député de Lac-Saint-Jean n'avait pas réécrit ses
questions. Ses questions ont effectivement été
réécrites, elles ont été inscrites au feuilleton et
je peux donner l'assurance au député que le premier ministre est
à rédiger, à préparer les réponses à
donner. Et deuxième assurance, immédiatement après que je
les aurai reçues, je m'empresserai de les déposer.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, M. le leader du
gouvernement.
Nous continuons les travaux de l'Assemblée à
l'étape des affaires du jour. Si vous voulez m'indiquer avec quel
article du feuilleton, M. le leader du gouvernement.
Affaires du jour
M. Pagé: M. le Président, je vous invite à
appeler l'article 10 du feuilleton et à reconnaître Mme la
ministre déléguée aux Finances.
Projet de loi 32 Adoption du principe
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Alors, Mme la ministre
déléguée aux Finances propose l'adoption du principe du
projet de loi 32, Loi modifiant la Loi sur les valeurs mobilières. Je
vous rappelle, Mme la ministre, que vous vous préparez à faire
votre intervention principale, vous avez donc droit à une période
maximale de 60 minutes. Allez-y, Mme la ministre.
Mme Louise Robic
Mme Robic: Merci, M. le Président. M. le Président,
il me fait grand plaisir d'entreprendre
aujourd'hui le débat sur l'adoption du principe du projet de loi
32, Loi modifiant la Loi sur les valeurs mobilières.
S'inscrivant dans une démarche globale entreprise lors de mon
arrivée en poste à titre de ministre
déléguée aux Finances, ce projet de loi, M. le
Président, fait la démonstration une fois de plus que le
gouvernement du Québec prend à coeur le secteur des valeurs
mobilières, et nous entendons, par tous les moyens d'ailleurs, continuer
à faire en sorte que les épargnants du Québec soient de
mieux en mieux servis et également protégés.
Le secteur des valeurs mobilières, composé du public
investisseur, des entreprises émettrices de valeurs mobilières,
des opérateurs de marché et intermédiaires et de
l'autorité de contrôle et de surveillance qu'est la Commission des
valeurs mobilières du Québec, constitue une pierre angulaire
importante de l'économie québécoise. Il faut donc faire en
sorte de le doter d'encadrements réglementaires et de mécanismes
de surveillance efficaces afin de maintenir le bon climat de confiance qu'il
inspire aux Québécois et aux Québécoises.
Puisqu'une loi doit refléter le plus possible la
réalité vécue par les gens qu'elle touche, j'ai, en 1990,
entrepris de modifier la Loi sur les valeurs mobilières par le biais du
projet de loi 101, afin de répondre à des besoins
immédiats portés à mon attention. En effet, suite au
rapport quinquennal déposé par mon prédécesseur, je
devais donner suite à certaines observations émises en commission
parlementaire par l'industrie qui préconisait certaines mesures bien
définies. De plus, l'évolution des marchés au cours des
dernières années, les difficultés vécues par
certaines formes d'investissement et le développement dans la
législation des autres provinces en matière de valeurs
mobilières ont conduit également à l'élaboration de
nouvelles modifications non envisagées par ledit rapport quinquennal.
Ces mesures ont trait aux conflits d'intérêts dans certaines
formes d'investissement et au renforcement des pouvoirs de la Commission.
Le devoir d'un gouvernement responsable est d'assurer, par tous les
moyens, la fiabilité du système, l'efficacité des
opérations qui en découlent et la confiance du public à
son endroit. C'est ce que nous recherchions par le biais de l'application de la
loi 101. Sans entrer dans les détails, M. le Président, il est
bon de rappeler que, par cette intervention législative, nous avons fait
en sorte de neutraliser les conflits d'intérêts potentiellement
abusifs dans tout nouveau projet de financement soumis à la Commission
des valeurs mobilières du Québec aux fins de l'obtention d'un
visa de prospectus.
Deux mesures avaient alors été apportées à
cette fin. La première était l'introduction d'un nouveaux motif
de refus de visa fondé sur les conflits d'intérêts ou la
trop grande concentra- tion de pouvoirs entre les mains d'une seule personne.
On a ainsi inclus l'interdiction pour le courtier, et un certain nombre de
personnes qui lui sont reliées, d'intervenir dans un autre rôle.
En effet, certains des problèmes résultaient de ce qu'une
même personne pouvait agir à plusieurs titres, entre autres
promoteur, courtier, commanditaire et gestionnaire de l'immeuble, en se
camouflant derrière diverses sociétés. La seconde
était l'obligation faite au conseil d'administration, ou l'organe
correspondant, de comprendre au moins deux personnes indépendantes.
Ce processus qui venait de s'amorcer et qui avait pour but de
protéger davantage le public investisseur fut bonifié par la
modification de l'Instruction générale no Q-2. Ainsi, peu de
temps après l'entrée en vigueur des modifications à la
loi, la CVMQ reformulait en profondeur cette instruction générale
sur le financement immobilier, de manière à compléter les
nouvelles règles introduites par le projet de loi.
Le projet de loi 32 que je soumets à cette Chambre aujourd'hui
pour l'adoption du principe s'inscrit dans le processus d'amélioration
des dispositions de la loi qui se poursuivra, M. le Président, à
l'automne avec l'élaboration du rapport quinquennal. (11 h 30)
Au cours des derniers mois, le secteur des valeurs mobilières a
été touché par des événements aussi
malheureux qu'imprévisibles. Je fais référence, bien
entendu, et vous l'aurez deviné, au groupe Paré et au groupe
Sogecar que nous avons dû placer sous administration provisoire.
Également, à d'autres sociétés en commandite qui
ont fait l'objet d'enquêtes de la part de la Commission.
Tant le gouvernement que la CVMQ ont été proactifs dans
ces dossiers. Les solutions apportées sont durables et adaptées
au contexte nouveau dans lequel les participants au marché des capitaux
et les organismes de surveillance et d'autoréglementation n'ont d'autre
choix que d'évoluer au rythme de ce même marché.
D'autres actions ont été entreprises également, sur
le plan administratif, au cours de ces derniers mois. La Commission a
commandé en 1990 à la firme Mallette, Major, Martin, un plan
stratégique et opérationnel triennal qui nous a grandement
aidés à évaluer les besoins de la Commission.
Le développement des politiques et de la réglementation
ainsi que les dossiers spéciaux sont d'une complexité croissante.
Il se multiplie avec le décloisonnement des institutions
financières et l'internationalisation des marchés financiers. Il
y a augmentation du nombre de demandes de visas pour des placements de nouveaux
produits financiers complexes tels que films, placements miniers et
immobiliers, option sur indice boursier, bons de souscription spéciaux,
et j'en passe. Et l'analyse des demandes de dispense requiert une attention
plus poussée,
ces demandes étant majoritairement reliées à des
valeurs refuges.
M. le Président, le rapport Mallette a fait ressortir la
nécessité, pour la bonne marche de la Commission,
d'accroître ses effectifs permanents. L'addition de postes que nous
visons à obtenir afin de permettre à la Commission de
réaliser sa mission avec plus d'efficacité repose sur l'objectif
normal d'autofinancement d'un tel organisme de contrôle et de
surveillance. Les utilisateurs des services de la Commission doivent en
défrayer les coûts. Pour l'instant, les émetteurs et les
intermédiaires de marché, courtiers et conseillers en valeurs
sont les seuls utilisateurs à participer au paiement d'une partie des
coûts et des services de la Commission, alors que le gouvernement doit
couvrir le reste a même le fonds consolidé.
Afin d'atteindre l'autofinancement de la Commission, et donc de lui
permettre d'obtenir des postes additionnels sans être inéquitable
à l'égard des utilisateurs qui paient déjà pour le
service de la Commission, j'ai l'intention de proposer au Conseil des ministres
un projet de règlement qui introduira, comme l'a récemment fait
l'Ontario, un droit sur les opérations sur valeurs dans le marché
secondaire. Tous les utilisateurs de services de la Commission se trouveront
ainsi mis à contribution afin de la doter des sources adéquates
pour offrir les services requis et pour remplir son mandat plus
efficacement.
Le gouvernement réalise le rôle important que doit jouer la
Commission dans la protection des épargnants, et c'est pourquoi nous
voulons nous assurer qu'elle soit en mesure de faire face adéquatement
aux défis auxquels elle est confrontée dans un contexte
évolutif qui rend sa tâche de plus en plus complexe. De plus, la
Commission des valeurs mobilières du Québec, depuis
l'arrivée de son nouveau président, a changé de cap dans
ses politiques administratives afin d'être plus présente et active
dans son rôle de surveillance.
Dès août 1990, deux comités consultatifs voyaient le
jour. L'un juridique, relevant le défi de réglementation de
l'institutionnalisation des marchés financiers, et l'autre comptable,
afin de se rapprocher plus du milieu financier tout en
bénéficiant d'une importante source de conseils et
d'expertises.
Ainsi, la CVMQ a raffermi sa capacité de prévenir et
d'intervenir pour contrer les délits et d'offrir au public un
système d'information et de recours adapté aux
réalités nouvelles. Notre législation doit cependant
continuer à privilégier une approche fondée sur la
présomption que nous avons à faire à d'honnêtes
citoyens qui respectent les décisions des autorités
compétentes ainsi que de la réglementation. Un dosage
adéquat de mesures de protection de l'investisseur et l'encouragement
des opérateurs et émetteurs présents sur les
marchés financiers doivent demeurer l'élément cardinal de
notre encadrement des marchés puisque c'est essentiel à une
économie compétitive et dynamique.
Dans le secteur des valeurs mobilières, la loi vise à ce
que les investisseurs, à l'aide de prospectus contenant une information
complète, exacte et claire, assument eux-mêmes la
responsabilité de leurs placements, évaluant avec soin et, au
besoin...
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Un instant! Un
instant!
Mme Robic: ...avec l'aide...
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Un instant, Mme la
ministre.
M. Boisclair: Je m'excuse, mais...
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Oui, M. le
député de Gouin.
M. Boisclair: ...compte tenu de l'importance des propos de la
ministre déléguée aux Finances, il faudrait à tout
le moins qu'il y ait quorum dans cette Assemblée, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Alors, qu'on appelle les
députés, s'il vous plaît!
Alors, Mme la ministre, je vous invite à continuer votre
intervention. Je vous rappelle que vous avez à peine 10 minutes de
faites sur cette intervention pour laquelle vous disposez d'une période
maximale de 60 minutes. Allez-y, Mme la ministre.
Mme Robic: Merci, M. le Président. Dans le secteur des
valeurs mobilières, la loi vise à ce que les investisseurs,
à l'aide des prospectus contenant une information complète,
exacte et claire, assument eux-mêmes la responsabilité de leurs
placements, évaluant avec soin et, au besoin, avec l'aide de conseillers
plus expérimentés la solidité de l'émetteur et la
valeur des projets qu'ils entendent réaliser en utilisant
l'épargne publique. Le gouvernement n'a pas à remettre en doute
ce principe généralement reconnu car, autrement, on pourrait lui
reprocher d'influencer le cours des marchés, ce qui n'est nullement son
rôle. (11 h 40)
Un accroissement constant et croissant des budgets alloués
à la Commission des valeurs mobilières du Québec, chaque
année, démontre bien l'importance qu'a ce secteur aux yeux de ce
gouvernement. Les mandats exigés à la CVMQ par la loi sont
énormes. Les défis sont là, bien présents, à
chaque jour. Aussi, il a toujours été primordial pour moi de
faire en sorte que la Commission obtienne les sommes d'argent
nécessaires, sans oublier les effectifs requis pour effectuer les
tâches demandées.
Mais laissons parler les chiffres, M. le Président. De 1983
à 1985, le budget alloué à la CVMQ n'a augmenté que
de 200 000 $ et le nombre d'effectifs passa de 82 à 85, donc une mince
augmentation de trois personnes, M. le député de Gouin. Lorsque
nous avons pris le pouvoir en 1985, le budget a été majoré
de plus de 1 160 000 $ et les effectifs passèrent à 91. Depuis ce
temps, à chaque année, le gouvernement a augmenté
graduellement le budget de la Commission et, en 1992-1993, des crédits
budgétaires de 10 700 300 $ ont été votés afin de
contribuer à la bonne marche de cet organisme de surveillance. Il est
à noter également que le personnel de la Commission est
passé à 124. Vous constatez donc comme moi que ce gouvernement a
à coeur les intérêts des épargnants du Québec
et le bon fonctionnement de l'organisme de surveillance qu'est la Commission
des valeurs mobilières du Québec.
Regardons maintenant de plus près le projet de loi 32 qui est
aujourd'hui soumis à l'étude des parlementaires. M. le
Président, ce projet de loi complémentaire à la
réforme commencée en 1990 contient des dispositions que le
gouvernement a jugé nécessaire d'adopter dès que possible.
La plupart des mesures que j'ai proposées dans ce projet viennent
s'ajouter à celles qui ont déjà été mises en
vigueur par nous et la Commission au cours des derniers mois afin de faire face
efficacement à des problèmes complexes. Notre cheminement nous a
permis d'apporter les solutions nécessaires, bien adaptées, aux
problèmes qui surgissent, à l'occasion, dans le secteur des
services financiers, nous garantissant la confiance et l'appui du public dans
cette démarche. Les objectifs de ce projet de loi s'inscrivent dans
cette même démarche, M. le Président.
Le projet de loi 32 vient préciser d'abord un resserrement de
certaines dispenses. Les gens qui s'intéressent à ce secteur
d'activité savent que, selon la règle générale,
pour placer les titres auprès du public, il faut établir un
prospectus dans lequel on donne aux souscripteurs éventuels toute
l'information dont ils ont besoin pour prendre une décision
éclairée. D'ailleurs, j'ai toujours invité les
épargnants à être très prudents. Ils doivent, en
toute connaissance de cause, choisir un véhicule financier qui
répondra à leurs besoins. Ils se doivent d'être aussi
responsables, ces épargnants, pour s'impliquer d'une façon
très lucide dans le processus décisionnel.
Malgré cette obligation de fournir un prospectus, la Loi sur les
valeurs mobilières prévoit dans quelques cas un certain nombre de
dispenses, vu la lourdeur de ce régime. Ces cas tiennent, soit à
la nature des titres placés, soit à la nature du placement.
Depuis la refonte de 1982, ces dispenses de prospectus ont été
révisées à quelques reprises dans le but de
prévenir des abus auxquels elles avaient donné lieu. S'inspirant
de cette volonté de resserrer les conditions des dispositions de
prospectus, je propose donc aux membres de cette Assemblée deux
modifications.
La première des deux dispenses touchées est celle qui
permet de faire un placement sans prospectus à la condition que le
coût total de souscription soit supérieur à 150 000 $. Avec
l'évolution des pratiques liées notamment à la diminution
du nombre des abris fiscaux, on a vu apparaître des montages où on
se sert de cette dispense pour proposer des titres à des particuliers,
en mettant à leur disposition un financement représentant la plus
grande partie de cette somme exigée par la loi. Ces particuliers
risquent fort de croire que leur engagement est limité à leur
mise de fonds alors qu'ils engagent leur responsabilité pour la
totalité de la somme souscrite. Le projet de loi permettra au
gouvernement de subordonner cette dispense à certaines conditions, pour
faire en sorte que la dispense soit utilisée conformément
à l'esprit dans lequel elle a été établie.
La seconde dispense qui sera resserrée est celle qui permet de
faire un placement sans prospectus de titres comportant droit de vote à
la condition que le nombre de porteurs de titres comportant droit de vote
après le placement ne soit pas supérieur à cinq.
Or, cette dispense étant accordée par la loi à ceux
qui réunissent les conditions désirées, la Commission n'a
pas à se prononcer sur celles dans lesquelles on prétend en
bénéficier, sinon après coup, lorsqu'elle apprend qu'un
placement aurait été effectué selon cette dispense, dans
des conditions qui ne lui paraissent pas conformes aux exigences de la loi.
Dans ce cas, on pourrait mouler un projet immobilier de manière
à le scinder en de nombreuses unités, dont chacune constituerait
l'actif d'une société, placerait auprès du public les
titres de ces sociétés, chacune n'ayant pas plus de cinq porteurs
de titres comportant droit de vote. Il s'agirait alors d'un abus de
l'utilisation de la dispense prévue à la loi.
En effet, on l'aurait invoquée afin de réaliser un
placement auprès de plus d'une centaine d'épargnants et le
montage sous forme de société distincte pourrait, à ce
moment-là, être artificiel dans la mesure où les titres de
chacune seraient liés à la réussite de l'ensemble du
projet.
Afin d'éviter tout cela, nous proposons de reprendre le
mécanisme prévu à l'article 47, c'est-à-dire en
permettant la dispense dans la mesure où le promoteur de
l'opération ne s'en est pas prévalu au cours des 12 derniers
mois. Avec cette modification à la loi, nous souhaitons contrer tout
abus.
À l'occasion d'offres publiques, il arrive également que
l'initiateur conclue une convention accessoire, notamment pour prolonger le
contrat de travail de ses dirigeants avec d'autres personnes. Par exemple, des
dirigeants de la société
visée. Il était opportun de déterminer si cette
convention accessoire convient au principe de l'égalité de
traitement édicté à l'article 145 de la loi.
Pour l'initiateur, il s'agit là d'une question fort importante
qui doit être réglée de façon certaine, de
manière à éviter les contestations ultérieures sur
la légalité de l'offre. Présentement, l'initiateur a la
possibilité de soumettre la question au personnel de la CVMQ, lequel
pourra examiner la convention et voir si elle cause problème ou non.
Dans le cas où l'initiateur reçoit l'aval de la CVMQ, la
difficulté reste entière d'un certain point de vue cependant,
puisque la question peut être soulevée auprès de la CVMQ
elle-même par toute personne intéressée et que celle-ci
n'est pas liée par les avis donnés par son personnel.
Plutôt que de choisir cette voie, l'initiateur a la
possibilité de saisir directement la CVMQ de la question en faisant une
demande de dispense du principe de l'égalité de traitement
fondée sur l'article 263 de la loi. Cependant, le choix de cette voie
présuppose que l'initiateur accepte au plan formel de considérer
la mention comme une dérogation au principe de l'égalité
de traitement alors qu'il prétendra vraisemblablement que la convention
respecte, au contraire, le principe de l'égalité de
traitement.
Pour éviter à l'initiateur le choix entre ces deux
possibilités également insatisfaisantes, il nous est apparu
opportun de modifier la Loi sur les valeurs mobilières afin d'autoriser
expressément la Commission à se prononcer sur la
légitimité des conventions sans l'obliger à traiter
l'affaire comme un cas de dérogation au principe de l'acte de
traitement.
Avec la modification proposée, l'initiateur pourra saisir
directement la CVMQ de sa demande et obtenir d'elle qu'elle déclare si
la convention envisagée est conforme ou non au principe de
l'égalité de traitement. Il va de soi que cette modification
n'entame pas le pouvoir que possède la Commission, par ailleurs,
d'accorder des dispenses au principe de l'égalité de traitement
dans les cas où elle estime qu'une telle dispense ne porte pas atteinte
à la protection des épargnants.
Je rappelle, par ailleurs, que dans la recherche de l'autofinancement de
la Commission, nous en sommes venus à la conclusion que tous les
utilisateurs devaient, en toute équité pour le contribuable,
contribuer à son financement. (11 h 50)
Le projet de loi 32 introduit de plus un nouveau pouvoir
réglementaire qui confirme l'habilitation légale du gouvernement
de prescrire un droit sur les transactions sur valeurs mobilières
auxquelles je me suis référée. Par cette addition au
pouvoir réglementaire, nous avons suivi le principe suivant: Les droits
perçus doivent, dans toute la mesure du possible, couvrir les
dépenses qu'entraîne l'application de la loi et ils doivent
être perçus auprès de tous ceux qui
bénéficient de ce système de réglementation des
valeurs mobilières. L'ensemble de la tarification des droits
perçus est en processus de révision présentement par le
gouvernement. Il est fort probable que des modifications au règlement
sur les valeurs mobilières seront faites dans le but de couvrir non
seulement les dépenses actuelles de la Commission, mais aussi celles
qu'entraînerait le supplément de ressources jugé
nécessaire par le Conseil du trésor, sans oublier de
répondre aux suites du rapport Mallette. La masse des droits subira une
augmentation suffisante pour assurer le développement de la
Commission.
De plus, le gouvernement a décidé de répartir les
dépenses entre l'ensemble de ceux qui profitent du système de
règlement des valeurs mobilières. Auparavant, les
émetteurs et les personnes inscrites assumaient à eux seuls les
coûts de cette règle. Ce que nous proposons est de faire en sorte
que l'ensemble de ceux qui font des opérations sur les valeurs
mobilières défraie les coûts reliés à
celles-ci.
Nous proposons également, par le biais du projet de loi 32, de
modifier les amendes générales prévues à l'article
202 de la loi, qui ont été fixées en 1982 lors de la
refonte de la loi et n'ont pas été révisées depuis
cette date. Le projet de loi 32 propose donc une hausse significative des
amendes puisque les montants sont doublés. Sans être excessive,
cette hausse vise à augmenter les forces dissuasives tout en ajustant
les montants en fonction de l'inflation. Il aurait été imprudent
de ne pas toucher à ces montants puisqu'ils ne constituaient plus une
incitation suffisante à s'abstenir de contrevenir à une
disposition de la loi, car, très souvent, pour des gens peu respectueux
de cette loi, les bénéfices de l'infraction pouvaient être
considérablement supérieurs aux amendes.
Quant à l'amende spéciale prévue à l'article
204 pour les infractions reliées à l'utilisation d'informations
fausses ou trompeuses, le montant est porté de 100 000 $ à 1 000
000 $. Cette augmentation, en plus de répondre au motif cité plus
haut, vise à tenir compte de l'importance de ces opérations qui
peuvent donner lieu à ces infractions. En outre, le placement sans
prospectus est ajouté à la liste des infractions passibles de
cette amende spéciale.
Au cours des derniers mois, la question s'est posée aussi,
à savoir si la justice disciplinaire rendue par les organismes
d'autorégle-mentation en valeurs mobilières ne devait pas
l'être de façon aussi publique et accessible que celle rendue par
les corporations professionnelles. La réponse à cette question a
été affirmative.
L'article 23 de la Charte des droits et libertés de la personne
consacre le principe de la publicité des audiences. Ce principe a
été repris par la suite dans le Code des professions. En 1986, le
législateur a modifié l'article 142 de ce
Code pour remplacer la règle du huis clos, qu'on avait suivie
jusque-là, par la règle de la publicité des audiences pour
les affaires instruites devant les comités de discipline formés
en application de cette loi. Je rappelle cette modification au Code parce
qu'à beaucoup d'égards la situation dans le domaine des valeurs
mobilières ressemble à celle qui est régie par
celle-ci.
Les motifs favorisant le huis clos et les raisons d'instaurer la
publicité des audiences sont, en effet, les mêmes en droit des
professions et en droit des valeurs mobilières puisque, somme toute, le
droit des valeurs mobilières régit un certain nombre de
professions organisées en matière de discipline, selon le mode
prévu par le Code. Or, en matière de valeurs mobilières,
les organismes d'autoréglementation ont suivi le principe du huis clos
jusqu'en mars 1992. À cette date, la Bourse de Montréal a
modifié son règlement pour adopter le principe de la
publicité des audiences. La modification proposée dans ce projet
de loi vise à édicter ce principe pour tout organisme
d'autoréglementation reconnu par la CVMQ. Aussi, les affaires
disciplinaires soumises à un organisme d'autoréglementation
devaient être entendues en séance publique, sauf si le huis clos
ou l'interdiction de publication ou de la diffusion de renseignements ou de
documents est requis dans l'intérêt de la morale ou de l'ordre
public.
M. le Président, vous constatez comme moi que ce projet de loi 32
doit être adopté, en collaboration avec l'Opposition, nous le
souhaitons, puisqu'il répond à des besoins immédiats. Ce
projet est une suite logique, une étape additionnelle dans la
modernisation de nos législations. Ceci est un autre jalon qui montre
notre détermination d'agir de façon responsable pour atteindre
les objectifs d'excellence fixés par nos interventions. Pour ma part,
j'ai l'intention de contribuer énergiquement à leur poursuite
dans le secteur des valeurs mobilières et des services financiers en
général.
M. le Président, la protection efficace des investisseurs repose
essentiellement, comme je le mentionnais au début de mon allocution, sur
la fiabilité, la stabilité et le fonctionnement de nos
marchés des valeurs mobilières. Toutefois, ces
éléments sont largement tributaires d'une information la plus
complète possible et dont l'accessibilité est facile et la
même pour tous.
M. le Président, le secteur des valeurs mobilières a connu
des mutations importantes comme l'ensemble du secteur financier au cours des
dernières années. Avec le décloisonnement des institutions
financières et autres, des ajustements se sont faits graduellement de
sorte que les piliers traditionnels de l'industrie financière
n'opèrent plus aujourd'hui de façon étanche dans le
secteur d'activité qui, auparavant, leur était propre.
La concurrence, tant sur les marchés nationaux qu'internationaux,
a amené la forma- tion de groupes ou la consolidation d'entreprises qui,
dorénavant, peuvent répondre aux besoins plus étendus et
plus raffinés de leurs clientèles en leur donnant accès
à des produits nouveaux, plus complexes, mais aussi en leur procurant,
en raison de la diversification des produits qu'ils offrent, de la taille
qu'ils ont atteinte ou des réseaux auxquels ils sont affiliés,
des économies d'échelle bénéfiques pour leur
rentabilité.
Cette réalité pose un défi sérieux à
ceux qui ont la responsabilité de moderniser l'encadrement
législatif. Au plan canadien, la modernisation de l'encadrement
constitue une opération rendue encore plus complexe du fait que les
compétences juridictionnelles sur le secteur financier sont
partagées entre les gouvernements fédéral et
provinciaux.
L'exercice parallèle de ces compétences nous a conduits
à un accroissement du dédoublement de réglementation et de
surveillance, particulièrement depuis l'adoption du train de
législations remaniant l'environnement dans lequel évolueront
très bientôt les institutions financières
fédérales. C'est pourquoi l'harmonisation des règles des
diverses juridictions, qu'elles soient curatives, mais surtout
préventives, nous apparaît toujours d'une
élémentaire nécessité. Aussi, nous nous sommes
faits les promoteurs parmi les plus dynamiques, d'ailleurs, et je tiens
à le mentionner, d'une politique de mise en ordre de la maison
canadienne dans un souci d'efficacité dans l'utilisation des ressources,
de recherche de stabilité et de développement du secteur
financier et, enfin, de respect mutuel des champs de juridiction.
M. le Président, comme vous pouvez le constater, ce secteur
d'activité a subi de nombreux changements qui ont affecté toute
la façon de procéder dans ce domaine. Il est donc opportun de
prendre un temps d'arrêt, de faire les constats appropriés et
d'amorcer des pistes de solution aux problèmes soulevés.
Aussi, comme je l'annonçais lors de ma réplique au
discours inaugural, j'entreprendrai une consultation avec l'industrie, de
laquelle je souhaite une large participation, voulant accroître et
améliorer les moyens dont dispose la commission pour remplir
adéquatement sa mission ainsi que pour favoriser toujours davantage
l'essor de sa crédibilité dans l'exécution de sa fonction
de surveillance du secteur des valeurs mobilières, tant sur le plan
national qu'au niveau international. Les consultations permettront de constater
les préoccupations des divers intervenants ainsi que de statuer sur des
solutions qui devront être étudiées et adoptées.
La CVMQ et le gouvernement ont fait le constat de certains aspects
problématiques de ce secteur. Nous avons des mesures à
l'étude, mais je crois qu'il est prudent d'avoir le pouls du milieu, de
connaître ses attentes et ses solutions avant de statuer sur quoi que ce
soit. Je peux assurer le député de Gouin que le processus de
modification amorcé il y a deux ans ne fait que commencer. Au
lieu de faire des faux pas ou de prendre une mauvaise direction, il est
opportun de faire des petits pas, de corriger rapidement une situation et ainsi
de remplir le mandat fixé par la loi en répondant ainsi aux
attentes des épargnants québécois.
Cette consultation conduira à la publication d'un rapport
quinquennal que la loi prévoit pour les premiers mois de 1993. D'autres
modifications législatives seront susceptibles d'êtres
adoptées suite à ce rapport quinquennal. (12 heures)
M. le Président, j'espère obtenir la collaboration de
l'Opposition dans ce processus parlementaire que nous commençons
aujourd'hui, et cela, au-delà de toute partisanerie politique.
D'ailleurs, la même collaboration que nous avons eue dans notre projet de
loi précédent, M. le Président, le projet de loi 101, qui
a été voté à l'unanimité dans cette
Chambre.
M. le Président, c'est dans le but d'accorder ces modifications
à la Loi sur les valeurs mobilières, car ces modifications
répondent à des besoins immédiats. Je vous remercie, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Merci beaucoup, Mme la
ministre. Je rappelle aux membres de cette Assemblée que nous en sommes
à l'adoption du principe du projet de loi 32, Loi modifiant la Loi sur
les valeurs mobilières. Je cède la parole à M. le
député... Mme la députée.
Mme Marois: merci, m. le président. je voudrais juste
m'assurer s'il y a bien quorum avant que mon collègue ne débute
son intervention.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): S'il vous plaît!
S'il vous plaît! Il y a quorum actuellement. Nous sommes 13. Alors, M. le
député de Gouin, si vous voulez poursuivre.
M. André Boisclair
M. Boisclair: Je vais plutôt débuter. Je vous
remercie, M. le Président. Peut-être d'entrée de jeu,
remercier la ministre déléguée aux Finances pour les bons
propos qu'elle a eus à mon égard. C'est toujours flatteur pour un
député de l'Opposition de recevoir, comme ça, des propos
à mon égard aussi intéressants que ceux-là.
Cependant, je risque rapidement de décevoir la ministre parce que
j'essaierai, au cours des quelques minutes qui me sont imparties, de faire la
démonstration que les propos qu'elle tient ne collent guère
à la réalité et qu'il y a une grande différence
entre les propos et les intentions annoncées et ce qui se passe dans la
réalité.
M. le Président, nous avons entendu le discours de la ministre
déléguée aux Finances. C'est quand même un exercice
de style assez intéressant parce qu'il est peut-être parfois
difficile de faire un discours d'environ une demi-heure sur un projet de loi
qui contient 17 articles et dont la majorité des articles sont de nature
extrêmement technique. Il s'agit essentiellement de modifier un certain
nombre d'amendes, il s'agit de modifier des procédures. Donc, il pouvait
être difficile pour la ministre de se livrer à un discours de fond
sur le projet de loi 32. Je comprends cette difficulté et je suis
confronté à cette même difficulté puisqu'il s'agit
essentiellement de modifications techniques, un peu comme on l'avait fait
auparavant avec le projet de loi 101 qui était venu, en 1990, modifier
la Loi sur les valeurs mobilières.
Mais, ceci étant dit, M. le Président, je pense qu'il est
bon de profiter de cette occasion pour discuter, bien sûr, de ce que
contient ce projet de loi, mais aussi pour rappeler aux parlementaires ce que
ce projet de loi ne contient pas et ce que le projet de loi devrait contenir.
Parce que, faut-il le rappeler, M. le Président, la Commission des
valeurs mobilières du Québec est un organisme d'une importance
fondamentale, qui a la responsabilité de réglementer le
marché des valeurs mobilières du Québec et qu'à cet
égard, autant son fonctionnement, son efficacité et son
efficience sont gages d'une efficacité du marché.
M. le Président, les gens ont vite compris la relation qui existe
entre l'efficacité d'une commission semblable à celle de la
Commission des valeurs mobilières du Québec et, par exemple, le
taux d'actionnariat entre les relations qui peuvent exister entre les
différents véhicules de placement. Donc, des liens tous
très étroits où la déterminante sans doute la plus
fondamentale demeurera toujours la confiance que le public peut porter, d'une
part, à l'égard des organismes qui réglementent et,
d'autre part, à l'égard du marché de façon
générale. Une confiance qui a été
ébranlée, M. le Président, à juste titre, au cours
des dernières années, bien sûr à cause du krach, qui
a été un événement non pas uniquement
québécois, il faut le rappeler, mais qui s'est fait sentir
à travers toute l'Amérique et même dans certains pays
d'Europe, mais aussi à cause d'un certain nombre d'attitudes de la
Commission et aussi un certain nombre d'études qui ont été
rendues publiques.
Je tiens à rappeler, au bénéfice des membres de
cette Assemblée, que tout le débat alentour de la Commission des
valeurs mobilières du Québec, débat que l'Opposition a
entretenu avec beaucoup de fermeté, que l'Opposition a
déplacé aussi non seulement au sein de cette Assemblée,
mais déplacé aussi dans d'autres forums publics, dans des
journaux, dans les médias, tout le débat est parti alentour de la
publication du rapport Mallette. L'Opposition, un peu par hasard,
réussit à mettre la main sur ce document qui nous fait un
portrait sombre de la situation de la Commission des valeurs
mobilières
du Québec, autant sur ses effectifs, autant sur ses ressources
financières, mais surtout elle trace un bilan très sombre de
l'efficacité et de l'efficience de la Commission des valeurs
mobilières du Québec d'accomplir son mandat.
Lorsque se pose ce genre de situation, il est important de revenir aux
sources et de se rappeler que le mandat de la Commission des valeurs
mobilières du Québec, il est double. Ce sont deux objectis qui,
aux yeux des non-initiés, peuvent paraître contradictoires, mais
si on comprend bien la logique qui sous-tend l'organisation de la Loi sur les
valeurs mobilières, on peut rapidement comprendre que ce sont deux
objectifs qui, l'un et l'autre, s'appuient et nécessitent la
présence de l'autre.
Ces deux objectifs, bien, il est peut-être important de les
rappeler: d'une part, la protection du public et, deuxièmement, le
deuxième objectif de la Commission des valeurs mobilières du
Québec est de voir à l'efficacité du marché.
Bien sûr, on pourra plaider que cette vieille théorie
économique qui assume et qui maintient que l'efficacité des
marchés sera retenue et sera atteinte si l'information circule, si les
différents partenaires qui jouent dans ce marché sont au courant
des mêmes informations, et s'il y a une mise à jour de ces
informations, on pourra prétendre que les marchés seront
efficaces. C'est cette vieille théorie économique qui remonte au
début du Xvïlle siècle qui, encore aujourd'hui, peut
s'avérer exacte à certains égards, mais la
complexité des véhicules de placement qui sont aujourd'hui
utilisés amène le législateur à faire preuve
d'encore plus de rigueur.
Parce que, vous le savez, ce n'est pas pour rien d'ailleurs que nous en
sommes maintenant rendus à une deuxième modification à la
Loi sur les valeurs mobilières. Si nous le faisons, c'est bien parce que
ce marché des valeurs mobilières est un marché qui est en
constante mouvance et qui doit s'adapter aux nouvelles réalités
du marché et qui doit, entre autres, s'adapter aux nouveaux produits
financiers que les spécialistes à chaque jour présentent
aux autorités réglementaires, et auxquels les autorités
réglementaires doivent réagir et porter un jugement respectueux
de ces deux objectifs que j'ai énoncés plus tôt et qui sont
contenus à la Loi sur les valeurs mobilières, à savoir,
d'une part, la protection du public, et, d'autre part, s'assurer de
l'efficacité et de l'efficience des marchés.
Donc, ceci étant dit, pour le cadre général dans
lequel nous nous trouvons à discuter de ce projet de loi, je me
permettrais cependant de continuer cette démonstration qui a une
très grande différence entre les propos que tient la ministre et
la réalité. Et, pour le faire, M. le Président, je
prendrai sans doute le premier exemple, le plus important, et c'est un
problème auquel le projet de loi 32 ne trouve aucune solution, qui est
celui des effectifs de la Commission des valeurs mobilières du
Québec.
La ministre tout à l'heure nous a dit, nous a parlé des
crédits qui ont été adoptés en commission
parlementaire, qui ont été votés en cette Chambre.
Cependant, la ministre avait une mémoire quelque peu sélective
puisqu'elle a oublié de rappeler aux membres de cette Assemblée
que le président du Conseil du trésor et que le gouvernement, par
décret, a adopté un gel sur l'embauche dans la fonction publique,
et qu'à cet égard, malgré quelques exceptions qui
étaient pourtant spécifiées dans le décret,
d'aucune façon on ne retrouvait les organismes de la
responsabilité de la ministre déléguée aux
Finances, à savoir, d'une part, la Commission des valeurs
mobilières du Québec et l'Inspecteur général des
institutions financières. Et, compte tenu des problèmes de
dotation que les présidents d'organismes nous ont fait valoir a la
commission du budget et de l'administration qui a étudié les
crédits de la Commission des valeurs mobilières du Québec,
je pense que nous sommes bien loin d'avoir la coupe aux lèvres. Et, le
jour où la Commission des valeurs mobilières pourra compter sur
les effectifs supplémentaires qu'a annoncés la ministre, nous
pourrons, certes, nous réjouir. Mais ce jour n'est pas encore
arrivé.
Et, M. le Président, c'est la même chose pour le budget. On
nous a annoncé effectivement une hausse assez significative, j'en
conviens, des budgets. Mais, attendons de voir au 31 mars. Vous savez comme moi
qu'il est d'une pratique commune, admise même par les parlementaires
ministériels, qui consiste à voter des budgets et des
crédits parfois très élevés, mais lorsque vient le
temps, vers la fin de l'année financière, finalement, au retour
du congé des fêtes, au mois de janvier, au mois de février,
lorsqu'on est en train d'additionner les colonnes de chiffres et qu'on voit les
résultats, qu'on s'aperçoit parfois que le déficit peut
être plus élevé que ce qui avait été
prévu, bien, là, le président du Conseil du trésor
vote un gel, et là on est obligé de périmer un certain
nombre de crédits. Et cette pratique consiste essentiellement à
retourner des crédits qui étaient votés, qui ont
été votés par l'Assemblée nationale, cette pratique
consiste à prendre ces crédits non utilisés par les
organismes ou par les ministères et à les retourner au fonds
consolidé.
Donc, une belle illustration, M. le Président, de ce double
langage, autant sur les crédits, autant sur les effectifs. On nous
annonce des intentions tout à fait vertueuses, mais lorsque vient le
temps de les vérifier dans la réalité on s'aperçoit
que les propos ne se traduisent pas dans la réalité. (12 h
10)
Et, un bel exemple aussi, et je pourrais poursuivre dans cette
démonstration du double langage, et parler d'un domaine peut-être
quelque peu différent de la Commission des valeurs mobilières du
Québec, mais rappeler la pratique gouvernementale en matière de
tarification, parce
que c'est un des éléments importants du projet de loi que
nous étudions aujourd'hui. Et on sait fort bien que la Commission des
valeurs mobilières du Québec a produit un projet de
règlement pour lui permettre d'augmenter ses revenus autonomes, objectif
auquel souscrit, d'une certaine façon, l'Opposition. Je pense que, dans
le contexte particulier auquel nous faisons face, il peut être
nécessaire que la Commission des valeurs mobilières du
Québec puisse augmenter son taux d'autofinancement. Je crois que
l'objectif recherché - on pourra me corriger à cet égard -
est d'assurer un taux d'autofinancement qui pourra, dans un avenir
rapproché, tourner alentour des 100 %.
Mais le problème, M. le Président, c'est: assurons-nous
à tout le moins que l'argent que la Commission des valeurs
mobilières du Québec va percevoir auprès de l'industrie va
demeurer dans l'industrie, parce que ce n'est pas le cas pour l'Inspecteur
général des institutions financières qui est un autre
organisme qui est de la responsabilité de la ministre
déléguée aux Finances. L'Inspecteur général
des institutions financières autofinance ses activités à
170 %; pour chaque dollar que le gouvernement lui donne, il va chercher 1,70 $
dans l'industrie. De par ses politiques de tarification, de par ses
activités, il s'autofinance à 170 %.
Mais ne croyez pas, M. le Président, que l'argent
supplémentaire que l'Inspecteur général des institutions
financières va chercher dans l'industrie retourne à l'industrie
et sert à faire profiter l'industrie. Bien au contraire, les sommes
supplémentaires que l'Inspecteur général va chercher
retournent au fonds consolidé. M. le Président, qu'est-ce que
c'est cette pratique, si ce n'est pas de la taxation déguisée?
Comment appelle-t-on cette pratique? On l'appelle la tarification? Mais les
gens ne sont pas dupes. Les gens voient clair. C'est de la taxation
déguisée, M. le Président.
On taxe de façon supplémentaire, de façon indirecte
une industrie déjà - je parle du milieu de l'assurance - aux
prises avec toutes sortes de taxes spéciales. Qu'on le dise ouvertement.
Il n'y a aucune disposition dans le projet de loi 32 qui va nous donner
l'assurance que l'argent de la Commission des valeurs mobiières du
Québec ira, par exemple, dans un fonds particulier. Nous serions plus
enthousiastes à l'idée d'adopter le projet de loi 32. Si on nous
avait présenté une disposition qui nous aurait assurés que
l'argent que la Commission des valeurs mobilières du Québec va
percevoir reste dans des fonds spéciaux à la disponibilité
et à la disposition de la Commission des valeurs mobilières du
Québec, pour entre autres augmenter son indépendance au niveau de
l'administration, pour lui permettre d'avoir un processus d'embauché et
de dotation plus efficace que celui prévu à l'heure actuelle.
Donc, M. le Président, déjà là, une
réserve importante que nous exprimons et sur laquelle, je suis
convaincu, nous pourrons avoir un certain nombre de réponses à
l'occasion de l'étude article par article, mais qui, à tout le
moins, illustre bien le double langage que tient la ministre et la
réalité telle que les gens qui sont près de l'industrie,
près du milieu la constatent.
M. le Président, continuons dans cette démonstration pour
prouver hors de tout doute qu'il existe véritablement, ce double
langage. La ministre nous a parlé de l'importance d'accorder toute
l'attention nécessaire à la Commission des valeurs
mobilières du Québec. C'est elle qui réglemente un
marché d'une importance fondamentale, qui joue un rôle
déterminant dans l'allocation de l'épargne. M. le
Président, n'importe quel parlementaire aurait pu s'associer à
ces propos.
Cependant, nous ne pouvons non plus ignorer la pratique gouvernementale
en la matière. Je pense qu'il est pertinent, à ce moment-ci, de
rappeler les propos extrêmement sévères qu'a tenus non pas
le député de Gouin, mais plutôt quelqu'un qui est
élu par notre Assemblée, le Protecteur du citoyen qui, dans une
affaire qui lui a été soumise, a adressé des remarques des
plus pertinentes, mais des plus critiques à l'égard du
fonctionnement de la Commission des valeurs mobilières du Québec
et a même été jusqu'à proposer l'indemnisation
d'hommes et de femmes qui auraient été victimes d'une pratique
négligente de la Commission des valeurs mobilières du
Québec.
Bien sûr, on pourra porter un jugement différent sur cette
question. Et je reconnais que la ministre puisse ne pas partager
l'interprétation du Protecteur du citoyen. Mais les gens qui nous
écoutent, les gens qui suivent ces questions-là, entre les propos
de la ministre et les propos du Protecteur du citoyen, j'imagine que la
décision, ça n'a pas été un cas de conscience pour
eux d'identifier celui qui pouvait être le plus crédible dans la
question. Bien sûr, tout le monde s'est rangé derrière le
Protecteur du citoyen et tout le monde a compris qu'il y avait un
problème grave de ce côté-là. Et la ministre,
qu'est-ce qu'elle a fait? Bien, comme ça, du revers de la main, elle a
rejeté cavalièrement la majorité des recommandations ou la
très grande majorité des recommandations du Protecteur du
citoyen. Je suis cependant heureux de voir que quelques-unes se retrouvent dans
le projet de loi, entre autres celle qui a trait à la période de
clôture prévue au prospectus.
On retrouve certains éléments dans ce projet de loi, mais
ce n'est finalement que quelques petits éléments pour faire taire
l'Opposition. Mais l'Opposition ne sera pas dupe et l'Opposition comprend
très bien que les grands éléments fondamentaux
proposés par le Protecteur du citoyen, individu neutre, nommé par
l'Assemblée nationale, dont le mandat est confirmé par
l'Assemblée nationale, la grande majorité des recommandations du
Protecteur du citoyen ne se
retrouvent pas dans le projet de loi 32.
Donc, encore une fois, double langage entre les discours nobles et
vertueux, cet exercice de style fantastique auquel nous avons assisté
tout à l'heure, double langage entre, d'une part, ce discours et la
réalité. Allons plus loin, M. le Président, pour illustrer
ce double langage. Là, ça va commencer à faire mal parce
que ce n'est pas l'Opposition officielle qui parle. On va faire parler la
Commission des valeurs mobilières du Québec qui, elle-même,
dans un document qu'elle nous a remis - elle doit regretter de nous l'avoir
remis - se permet de porter un jugement sur son efficacité et son
efficience. Je fais référence aux questions particulières
que l'Opposition officielle adressait à la Commission des valeurs
mobilières du Québec à la veille de l'étude des
crédits en commission parlementaire, à savoir, dans ce cas-ci, la
commission du budget et de l'administration.
Premièrement, il est intéressant de savoir que,
malgré les discours que tient la ministre, en 1991-1992... Vous savez
qu'il y a des gens qui adressent des plaintes à la Commission des
valeurs mobilières du Québec. Vous, M. le Président, si
vous vous estimez lésé par la pratique d'un courtier, si vous
vous estimez lésé par la pratique d'un représentant, vous
avez le droit de vous adresser à la Commission des valeurs
mobilières du Québec, un droit que tous les citoyens ont, le
droit de s'adresser à la Commission des valeurs mobilières du
Québec pour déposer une plainte. La Commission des valeurs
mobilières du Québec, suite aux représentations de
l'Opposition, a cru bon, d'ailleurs, de créer un service particulier qui
permet finalement à la Commission d'administrer l'ensemble de ses
plaintes. On a créé un service spécial au sein de
l'organigramme, au sein de la Commission des valeurs mobilières du
Québec, un service chargé de l'étude de ces plaintes, de
les recevoir et d'informer les citoyens qui s'estiment lésés des
différents recours qui s'offrent à eux. On pourrait tous se
réjouir de cette possibilité-là, de la création de
cette nouvelle division.
Soit, c'est intéressant, mais qu'est-ce qui arrive aux plaintes
qui sont déposées à la Commission des valeurs
mobilières du Québec? Là, je rappelle les chiffres qui
nous sont donnés. Ce ne sont pas les chiffres du député de
Gouin, ce sont les chiffres de la Commission. M. le Président, il faut
d'abord savoir qu'en 1991-1992 148 plaintes ont été
déposées à la Commission des valeurs mobilières du
Québec, 148 personnes qui se sont estimées lésées
et qui ont déposé une plainte. Sur ces 148 plaintes, 117 ont
été assignées à des enquêteurs, ça
veut dire qu'au-delà d'une trentaine, 31 exactement, encore après
un an, n'ont toujours pas été assignées. Je comprends
qu'on y aille par ordre de priorité, ça fait partie de l'ordre
des choses, mais je veux quand même soulevé que,
déjà là, il y a un problème: 31 plaintes n'ont pas
été assignées.
Mais encore pire que ça, M. le Président, on apprend qu'en
1991-1992 373 dossiers ont été fermés, dont 283 sont
antérieurs à 1989. Il y a eu une épuration des plaintes
qui ont été déposées à la Commission des
valeurs mobilières du Québec sans que, d'aucune façon,
ceux et celles qui avaient déposé des plaintes à la
Commission des valeurs mobilières du Québec en aient
été informés, sans que, d'aucune façon, ceux et
celles qui se sont estimés lésés aient été
informés des motifs qui ont, M. le Président, mené
à la fermeture des dossiers. Je rappelle - répartition en
fonction de leur date d'ouverture - qu'on a fermé, en 1991-1992, 20
dossiers dont la plainte avait été portée en 1992; 53 dont
la plainte avait été portée en 1991; 17 en 1990 et 283 en
1989.
La chose normale à faire, M. le Président, ça
aurait été de vérifier prioritairement l'ensemble de ces
dossiers, mais le problème qui est survenu - et c'est pour ça
qu'on a apporté, entre autres, des modifications à la loi 101 -
on a été obligés de revoir les délais de
prescription parce qu'il y avait une prescription, si je ne m'abuse - on pourra
me corriger, si ma mémoire fait défaut - de trois ans. Lorsque
l'acte ou l'infraction est prescrite, vous comprendrez très bien que
ça ne sert à rien d'entreprendre des démarches et des
procédures parce qu'il n'y a plus lieu d'en prendre, c'est prescrit par
la loi. Mais qu'est-il arrivé à ces personnes? 283 personnes qui
avaient déposé une plainte avant 1989, dont on a fermé les
dossiers en 1991-1992? Quel contact a-t-on eu avec ce genre de personnes
là? Quelle importance a-t-on accordée à leurs plaintes?
Aucune réponse à cette question-là.
M. le Président, vous pouvez, soit, aujourd'hui, porter plainte
à la Commission des valeurs mobilières du Québec, mais on
ne sait toujours pas ce qui va y arriver. On ne sait si votre plainte sera
fermée deux ans après que vous ayez porté plainte, on ne
sait pas dans quel délai on va y donner suite, on ne sait pas quelle
attention on va accorder à votre plainte. Tout ce qu'on sait, c'est
qu'on peut faire une plainte à la Commission des valeurs
mobilières du Québec. Mais ce n'est pas comme ça que
ça fonctionne. Tous nos organismes reconnaissent un certain nombre de
droits fondamentaux, le droit, entre autres, d'être entendus, le droit de
pouvoir se faire entendre et de pouvoir porter un certain nombre de documents,
de faits à l'attention de ceux et celles qui prennent des
décisions. 283 dossiers fermés, M. le Président, qui
dataient de 1989 et antérieurement. (12 h 20)
Donc, M. le Président, on aura bien beau tenir des grands
discours sur la protection du public, mais la conclusion à laquelle nous
en venons, c'est que, finalement, au-delà des discours, ils n'y tiennent
pas, ils ne sont pas intéressés. On n'est pas
intéressés à véritable-
ment donner suite, à établir un contact direct avec les
investisseurs, si on leur envoie un message clair comme celui-là, que
leurs plaintes, on les traitera pas, on ne s'en occupera pas. 283 dossiers
fermés, qui dataient de 1989 et antérieurement.
Malgré les beaux discours de la ministre, le message qu'on envoie
aux gens, c'est: Vous avez beau faire des plaintes, vous avez beau vous
adresser à la Commission des valeurs mobilières du Québec,
mais votre plainte et ce qu'on en fera après, ça, c'est une autre
paire de manches. Malgré le fait qu'on crée une division
spéciale à la Commission, ce n'est pas ça qui va nous
permettre d'aller au fond des choses. Il aurait fallu établir une
procédure pour le traitement des plaintes. Il aurait fallu
établir une procédure pour le traitement des plaintes. Il aurait
fallu, par exemple, prévoir des délais dans lesquels la
Commission doit donner suite à une plainte, et ce genre de choses aurait
pu se retrouver dans la loi. On aurait pu faire un chapitre dans la Loi sur les
valeurs mobilières qui aurait permis d'établir une
procédure pour porter plainte, qui aurait pu permettre d'inscrire un
certain nombre de délais, qui aurait pu identifier un certain nombre de
personnes responsables, soit dans la loi ou dans le règlement. La
ministre aurait pu apporter ce genre de solution là. Mais non, le projet
de loi reste muet. Malgré les recommandations du rapport Mallette,
malgré les recommandations du Protecteur du citoyen, malgré les
recommandations qui sont faites dans l'industrie, le projet de loi, M. le
Président, reste muet sur cette question. Donc, double langage, double
langage; malgré les exercices de style, la réalité est
tout autre.
Et allons plus à fond. La ministre nous a parlé tout
à l'heure et, c'est un autre élément qui n'est pas repris
dans le projet de loi 32, du rapport Mallette, rapport qui a été
publié en 1990. Le rapport Mallette, il faut expliquer l'origine du nom,
du nom de la firme qui l'a produit, Mallette, Major. Dans le jargon, ce
rapport, on a maintenant convenu de l'appeler le rapport Mallette, qui est
finalement un plan d'opération triennal, une proposition faite pour la
Commission des valeurs mobilières du Québec, pour essayer
d'ajuster le tir et voir de quelle façon, en essayant de définir
un certain nombre d'objectifs stratégiques et aussi s'entendre sur des
moyens pour atteindre ces objectifs. On demande à un organisme
spécialisé, dans ce cas-ci, la firme Mallette, Major, on lui
demande de préparer un plan triennal pour la Commission des valeurs
mobilières du Québec, entre autres, bien sûr, pour
justifier, je présume, une augmentation des crédits, pour
défendre, par un document étoffé, les demandes qu'adresse
la ministre déléguée aux Finances au Conseil du
trésor.
Donc, on en arrive à des recommandations très claires,
mais ce rapport va encore plus loin, se permet de porter un jugement sur
l'efficacité et l'efficience de la Commission et traite chacun de ses
services, chacune des activités de la Commission des valeurs
mobilières du Québec. Donc, c'est aller encore plus loin que de
défendre uniquement les budgets et les crédits pour la ministre
auprès du Conseil du trésor. Je demandais, à l'occasion de
la récente étude des crédits - ce rapport a
été produit en 1990, nous sommes aujourd'hui en 1992 - quelle
suite a-t-on donnée aux recommandations précises sur
l'efficacité et l'efficience qui étaient contenues au rapport
Mallette?
Alors, j'adresse la question à la Commission des valeurs
mobilières du Québec. Permettez-moi de vous lire quelques
extraits, M. le Président. Je demande, et je vous relis la question pour
que les gens comprennent, que les parlementaires, mes collègues, ici,
comprennent dans quel esprit ça a été fait. J'adresse la
question suivante: Quelles sont les mesures mises de l'avant pour chacun des
aspects à améliorer au niveau de l'efficacité et de
l'efficience identifiées au chapitre 3 du rapport Mallette. Je vais le
prendre pour chacun des services, M. le Président, pour essayer
d'illustrer ce double langage.
Le service d'appel public à l'épargne. On nous dit au
niveau de l'efficacité: «Ce programme...» Au niveau de
l'aspect juridique. «L'aspect juridique de l'analyse des documents
déposés à l'appui d'une demande s'effectue un peu plus en
profondeur, dit-on, puisque le service compte maintenant deux avocats et qu'il
bénéficie toujours du programme de stagiaires qui proviennent de
la pratique privée.» Vous vous imaginez comment un stagiaire qui
sort tout frais émoulu de l'École du Barreau, qui se retrouve
dans les dossiers de la Commission des valeurs mobilières du
Québec... Je vais vous dire que ce n'est pas aux premiers jours de son
emploi qu'il se retrouve le plus efficace, et que ce n'est certainement pas un
gage de succès pour la Commission des valeurs mobilières du
Québec. Alors, moi, je ne ferais pas cette
démonstration-là pour dire que les intérêts du
public sont bien protégés. Ce n'est pas une grosse garantie,
là, des avocats stagiaires qui s'assurent du rendement et de
l'efficacité du service public à l'épargne, mais on compte
cependant sur ces ressources. Je peux comprendre que ça peut être
intéressant, mais on dit, entre autres: «Ce programme permet
généralement de compter sur les services de deux avocats
supplémentaires.» Lorsqu'on regarde un peu plus loin dans
l'organigramme, on s'aperçoit qu'il n'y en a qu'un. Problème
encore une fois.
M. le Président, sur le service d'information continue.
Permettez-moi de vous lire: «Une augmentation des activités dans
les domaines suivants, révision et élaboration d'instructions
générales canadiennes, élaboration et diffusion de cours
de formation pour l'ensemble du personnel de la Commission, préparation
de bulletins comptables, analyses, exposés et sondages des C.A., n'a pas
permis d'atteindre l'objectif d'exa-
miner les états financiers de 150 entreprises
québécoises.» Qu'est-ce qui aurait été, M. le
Président, la règle minimale? On demandait d'examiner
attentivement les états financiers de 150 entreprises
québécoises. La Commission des valeurs mobilières du
Québec, celle qui est mandatée par l'Assemblée nationale
dans la Loi sur les valeurs mobilières, celle qui est mandatée
pour voir à la protection du public et voir à l'efficacité
des marchés n'est pas capable, à ses dires... à ses dires,
n'est pas capable d'examiner les états financiers de 150 entreprises.
Est-ce que vous trouvez ça normal? M. le Président, la
réponse est certainement non.
Permettez-moi d'aller un peu plus loin pour le même service.
«Le service a procédé à la redéfinition des
tâches des agents vérificateurs et agents de bureau de
façon à augmenter le volume d'analyses d'états financiers
annuels et trimestriels. Cependant, le manque d'effectifs et le fait qu'un
agent vérificateur est en période de formation - ça,
ça va de soi - n'ont pas permis d'enregistrer une augmentation
significative.» Donc, deux ans après les recommandations du
rapport Mallette, je ne vous parle pas d'un mois, je ne vous parle pas de six
mois, je ne vous parle pas d'un an, je vous parle de 24 mois, au-dessus de 700
jours, M. le Président, toujours pas d'augmentation significative.
Je vais plus loin, M. le Président. C'est un véritable
roman. «La quantité de documents déposés par rapport
aux effectifs disponibles n'ont pas permis une utilisation de façon
optimale.» On n'est pas capables de gérer de façon
efficace, M. le Président, les documents qui sont déposés
à la Commission des valeurs mobilières du Québec.
«La durée moyenne d'analyse des dossiers de 2,7 jours a
été sensiblement réduite.» Beau programme! Deux ans
après les recommandations du rapport Mallette, après tous les
efforts que la ministre a faits pour obtenir des budgets
supplémentaires, on lit, comme résultat: A été
sensiblement réduite. Ça vaut la peine de faire des discours, M.
le Président. Ça vaut la peine de faire des conférences de
presse si, deux ans après la production d'un rapport semblable à
celui-là, 2,7 jours a été sensiblement réduite.
Je peux aller plus loin: Service de l'inscription. Je prends ça
un peu au hasard, au fur et à mesure que je les lis, là. Je n'ai
rien de souligné. J'y vais comme ça m'apparaft. Le service de
l'inscription, au sujet de son efficacité: «Le service se doit de
répondre, en priorité, aux demandes de nature
opérationnelle, et les effectifs disponibles n'ont pas permis
d'accentuer de façon marquée le travail au plan des
réglementations.» Bien, vous voyez ce que ça donne. Deux
ans après, M. le Président, «les effectifs disponibles
n'ont pas permis d'accentuer de façon marquée le travail au plan
des réglementations». (12 h 30)
On pourrait peut-être rappeler, au niveau de la
réglementation, comme quoi il existe un certain nombre de
problèmes. J'ai eu l'occasion de dire à la ministre
déléguée aux Finances, par exemple, les problèmes
que ça cause directement, les problèmes que ça cause
immédiatement. Alors que le cabinet de M. Rae est en train
d'étudier une politique de divulgation du salaire des cadres dans les
prospectus, alors que le président de la Commission des valeurs
mobilières du Québec, voilà un an et demi, s'est dit
favorable à la divulgation du salaire des cadres au sein des
prospectus... Il disait même, il allait plus loin, il était assez
cavalier, le président de la Commission des valeurs mobilières du
Québec: Celui ou celle qui va me faire reculer sur cette question a
besoin d'avoir de bons arguments. Je le cite à peu près au texte,
de mémoire. C'est ce qu'il déclarait au journal Les Affaires.
Après la déclaration du président de la Commission des
valeurs mobilières, malgré le fait que le cabinet de M. Rae soit
en train d'étudier cette question, on s'aperçoit, M. le
Président, que, de notre côté, il n'y a rien qui se
passe.
Donc, des conséquences très concrètes, très
directes. Là, encore une fois, bien, on sera à la remorque de ce
qui se passe en Ontario. On sera à la remorque de ce qui se passe en
Colombie-Britannique. On sera à la remorque de ce qui se passe aux
États-Unis, alors qu'à l'époque, la Commission des valeurs
mobilières du Québec a toujours été reconnue, au
Canada, en Amérique du Nord et même un peu partout dans les
organisations internationales comme une Commission qui était capable
d'inspirer des réglementations, qui était capable de donner le
ton au débat, qui jouait un rôle de leader,
particulièrement au Canada, sur l'élaboration des
réglementations et des législations. Mais aujourd'hui, M. le
Président, ce n'est pas moi qui le dis, c'est la Commission
elle-même qui l'avoue, les effectifs disponibles n'ont pas permis
d'accentuer, de façon marquée, le travail au plan des
réglementations.
M. le Président, je pourrais continuer plus loin. Un dernier
exemple. Je sais que ma collègue, la députée de Taillon,
est pressée d'intervenir sur un autre projet de loi, je le vois
très bien. Un peu plus loin, M. le Président, le service des
enquêtes. C'est là qu'on nous apprend que le service a
procédé à une épuration des dossiers de
façon à fermer ceux qu'il n'était pas opportun de
maintenir ouverts, sans aucune justification, sans dire un mot, M. le
Président. Regardez au service du contentieux. Je tourne la page; j'en
vois un autre. Depuis le rapport Mallette, deux postes d'avocat sont venus
s'ajouter au service, ce qui permet d'améliorer la capacité de
répondre aux demandes qui lui sont adressées. Par ailleurs, un de
ces postes n'a pu être comblé par suite des restrictions sur
l'embauche. Les restrictions sur l'embauche ont des conséquences
directes, M. le Président. On le dit même dans ce rapport.
Donc, je pourrais continuer pendant des
pages et des pages pour dire, finalement, et pour illustrer - je pense
que la preuve est faite hors de tout doute - qu'il y a une distinction entre
les propos que tient la ministre et la réalité. Ce pourquoi
l'Opposition plaide, M. le Président, c'est pour plus de
cohérence. C'est pour plus de respect de cette industrie. C'est pour une
façon de faire certainement différente de celle qui est
proposée à l'heure actuelle. La ministre, de façon habile,
nous présente le projet de loi 32 comme s'inscrivant dans une suite de
modifications devant être apportées à la Loi sur les
valeurs mobilières. Elle nous rappelait, à juste titre, qu'en
1990 nous avons étudié la loi 101 qui est venue modifier la Loi
sur les valeurs mobilières du Québec. C'est habile de
présenter ça de cette façon, mais, M. le Président,
comment se fait-il qu'un an après l'adoption de la loi 101 nous soyons
obligés de remodifier encore une fois la Loi sur les valeurs
mobilières du Québec? Ce n'est pas faire preuve de grande
prévision, ce n'est pas faire preuve de grand talent que d'agir de la
sorte. La ministre aura beau nous dire que ça s'inscrit dans une
démarche longuement planifiée, mais non, M. le Président.
C'est de l'improvisation. C'est de l'incohérence. C'est du jour à
jour, M. le Président. Alors, on s'aperçoit que si nous nous
retrouvons, aujourd'hui, a étudier le projet de loi 32, c'est parce que
le projet de loi 101 n'était pas complet. Il n'y a aucune de ces
dispositions prévues dans ce projet de loi qui n'aurait pas pu
être adoptée en 1990. Donc, manque de prévision, manque de
vision, incohérence au niveau de l'intervention du
législateur.
Là, on nous annonce en plus de ça, malgré le
dépôt du projet de loi 32, que le dépôt du rapport
quinquennal... Vous savez que nos lois financières contiennent de ces
dispositions qui assurent une révision quinquennale de la loi, qui
assurent qu'à chaque cinq ans le législateur puisse porter un
jugement sur l'efficacité et la pertinence des mesures contenues aux
différentes lois traitant des institutions financières. Donc, on
devait avoir un rapport quinquennal pour 1993. La ministre, en réaction
aux propositions du Protecteur du citoyen, nous dit qu'elle devance
l'étude du rapport quinquennal. M. le Président, qu'en est-il au
niveau de la cohérence? Qu'en est-il au niveau de la prévoyance?
De l'improvisation. C'est ce qui marque, d'ailleurs, l'intervention de la
ministre déléguée aux Finances dans le secteur des
institutions financières, et mes collègues l'ont rapidement
compris. Même ceux du parti ministériel conviennent de ce que je
dis, M. le Président. Je suis sûr que, si vous n'occupiez pas ce
siège, vous pourriez acquiescer à mon analyse, M. le
Président.
Donc, j'aimerais tout simplement conclure, M. le Président, en
plaidant, finalement, pour qu'on regarde ces choses avec plus d'ouverture, de
façon plus générale. Ce n'est pas vrai qu'on va intervenir
comme ça, chaque fois qu'il y a un problème qui se pose. Il faut
regarder les choses dans leur ensemble. Il y a eu des contributions utiles qui
ont été faites. Je crois que l'Opposition a inscrit ses
démarches dans un certain nombre de contributions. Elle a fait un
certain nombre de contributions utiles. Le Protecteur du citoyen aussi a fait
un certain nombre de contributions utiles. L'expertise du président de
la Commission des valeurs mobilières doit elle aussi être mise
à profit. Même les comités que la ministre... Ce n'est pas
la ministre, c'est plutôt le président qui s'est entouré
d'un ou deux comités pour superviser, pour jeter un coup d'oeil et
porter des jugements sur la réglementation. La ministre aussi, je crois,
a un certain nombre de personnes qui l'entourent sur cette question.
Mais ce qu'il faut dire aux gens, c'est que ce n'est pas comme
ça, à la pièce, qu'on fait de la législation, ce
n'est pas comme ça, à la pièce, qu'on va modifier la Loi
sur les valeurs mobilières. S'il y a un problème, qu'on pose un
jugement puis qu'on en discute de façon plus ouverte à
l'intérieur d'un rapport quinquennal. La ministre pourra nous dire
qu'elle était pressée d'adopter ces modifications, j'en conviens,
mais ce qui était surtout l'objectif premier et ce pourquoi elle
était pressée, c'est parce qu'elle a des objectifs financiers
à rencontrer, c'est parce qu'elle veut obtenir l'autofinancement de la
Commission des valeurs mobilières du Québec. Mais on le fera dans
un contexte où, d'aucune façon, nous n'aurons la garantie que les
deniers que la Commission des valeurs mobilières du Québec
percevra resteront à la Commission des valeurs mobilières du
Québec. Et, s'il se passe la même chose à la Commission des
valeurs mobilières du Québec qu'il se passe chez l'Inspecteur
général des institutions financières, ces sommes d'argent
seront transférées au fonds consolidé. Puis, on aura bien
beau discuter de tarification mais, dans le fond, ce sera tout simplement des
taxes déguisées et ce sera l'industrie qui sera assujettie
à une nouvelle taxe.
Donc, pour toutes ces raisons, M. le Président, je pense qu'il
est important de porter un jugement sur la pratique gouvernementale et sur le
comportement de la ministre depuis qu'elle préside aux destinées
du ministère des Finances et, à cet égard, le portrait que
nous traçons, pas seulement que l'Opposition trace, mais que le
Protecteur du citoyen et d'autres partenaires de l'industrie tracent, n'est
guère réjouissant. Nous voulons plaider tout simplement pour plus
de cohérence, plus de clarté dans la façon de faire, plus
de souci du respect de l'industrie et des conservateurs.
Donc, pour ces raisons, M. le Président, nous aurons à
porter un jugement sur les dispositions contenues au projet de loi 32. Et c'est
pour ces raisons, M. le Président, que l'Opposition ne fera pas de
politique sur le projet de loi 32. L'Opposition ne fera pas d'obstruction
systématique sur le projet de loi
32. L'Opposition va souscrire à l'adoption du projet de loi 32,
va même travailler du mieux qu'elle peut pour bonifier le projet de loi
32, parce que c'est dans ce cadre que doivent s'inscrire les interventions des
parlementaires lorsqu'on touche au secteur des institutions financières.
Il faut être respectueux de cette industrie qui, peut-être,
n'occupe pas la place qu'elle devrait occuper, mais qui, à tout le
moins, est là et demande qu'on puisse répondre à ses
attentes.
Donc, nous le ferons, M. le Président, de façon
respectueuse de cette industrie fondamentale dans notre économie sur
laquelle la relance s'appuie, sur laquelle la croissance s'appuie et sur
laquelle nous sommes tous fiers de pouvoir compter, M. le Président.
Donc, nous travaillerons de façon studieuse à l'adoption du
projet de loi 32. Nous aurons sans doute un certain nombre de modifications
à apporter, de précisions, particulièrement en ce qui a
trait à l'article 16 qui vient modifier l'article 27 sur ces nouvelles
primes, cette nouvelle taxe - parce que c'est un mot à la mode - qu'on
veut imposer à ceux et celles qui transigent sur le marché des
valeurs mobilières. On parle de possibilité de prescrire des
droits exigibles de l'épargnant à l'occasion d'une
opération sur valeurs ainsi que les modalités de perception et de
remise à la Commission de ces droits. Ce serait intéressant de
voir si on suivra l'exemple ontarien, par exemple, et si on demandera que ce
soit le courtier qui perçoive ces sommes d'argent là. Mais
tenez-vous-le pour dit, M. le Président, si vous achetez des actions en
bourse, dorénavant, chaque demande de contrat que votre courtier enverra
en votre nom sur le plancher, il y aura une taxe de 0,50 $. On présume
que ce sera à peu près de cet ordre-là. Mais, encore
là, une nouvelle taxe. Le mot «taxe» est un mot ni masculin,
ni féminin, c'est un mot libéral. J'ai eu l'occasion, dans un
discours précédent, de faire cette démonstration. Je n'y
reviendrai pas, mais je voudrais vous dire que sur cet article particulier, il
y aura lieu de revenir sur un certain nombre de questions et d'apporter des
éclaircissements.
Mais, de façon générale, malgré les
réserves que j'ai exprimées pendant mon discours, malgré
le fait que ça nous semble être une autre intervention
improvisée, nous ne pouvons, à ce moment-ci, que le
dénoncer et dire que nous trouvons cette façon de faire
inacceptable. Mais puisque le gouvernement a décidé d'aller de
l'avant, je pense que je ne serai jamais partisan de la politique du pire et je
pense que nous devons nous conformer, nous devons agir de façon
responsable, prendre ce projet de loi et essayer de le bonifier au meilleur de
nos connaissances. C'est ce que nous ferons, M. le Président, à
l'occasion de l'étude article par article. Je vous remercie. (12 h
40)
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Merci, M. le
député de Gouin, de votre intervention sur ce projet de loi 32.
Alors, n'ayant pas d'autre intervenant, je permets à la ministre de
faire sa réplique, si elle le désire. Mme la ministre
déléguée aux Finances.
Mme Louise Robic (réplique)
Mme Robic: Oui, merci, M. le Président. Dans son
intervention, le député de Gouin a largement fait mention du
rapport Mallette. D'ailleurs, il prétend que le rapport Mallette a fait
un portrait très sombre de la façon d'opérer de la
Commission des valeurs mobilières. Cependant, M. le Président, je
trouve drôles les remarques du député, puisqu'à
plusieurs endroits dans le rapport Mallette on confirme l'efficacité et
l'efficience de la Commission. J'ai ici, M. le Président, entre les
mains une copie de ce rapport, non pas de ce rapport, mais d'une page de ce
rapport, la page 82. M. le député de Gouin, si vous voulez
regarder la page 82 où on parle d'efficacité au point 3.6.1,
où on dit: «La Commission accomplit ses fonctions de base dans les
domaines de l'appel public à l'épargne, de l'information
continue, de l'inscription, de l'inspection - c'est plusieurs domaines - des
enquêtes et du contentieux de façon efficace.»
Plus loin dans l'article 3.6.2, quand on parle d'efficience:
«L'analyse de l'efficience a démontré que le personnel est,
en règle générale, efficient dans l'accomplissement de ses
tâches.» Alors, c'est loin d'être aussi noir que le
député de Gouin voudrait le prétendre. Mais devant, M. le
Président, les changements qui s'opèrent dans les marchés
et la complexité de ces marchés, le rapport Mallette
suggère une réorganisation de la Commission et suggère
également le besoin d'effectifs additionnels à la Commission.
Nous avons dit à plusieurs reprises, M. le Président, que
la Commission avait à faire face à des marchés beaucoup
plus complexes, à de nouveaux produits qui s'ajoutent constamment. Donc,
nous sommes assez d'accord avec le rapport Mallette. D'ailleurs, la Commission
a déjà pris les moyens, a déjà commencé
à répondre aux recommandations du rapport Mallette en se
réorganisant. Quant aux postes additionnels que nous avons obtenus, il
est bien sûr, je ne l'ai jamais caché, M. le Président, que
ces postes devaient pouvoir s'autofinancer, et c'est justement ce que ce projet
de loi nous permet de faire. Alors, le député de Gouin devrait en
être satisfait.
Quant au rapport du Protecteur du citoyen, M. le Président, je
l'ai dit, il y a plusieurs choses dans ce rapport que nous croyons importantes.
Je voudrais également mentionner que, dans le rapport du Protecteur du
citoyen, il est dit que, depuis deux ans, il y a eu de grands changements
à la Commission des valeurs mobilières du Québec.
Le député de Gouin semble se surprendre
également, M. le Président, de l'ouverture que la
Commission des valeurs mobilières a montrée devant un rapport
qu'il a produit pour l'Opposition, suite à des demandes, à des
questions que l'Opposition posait... Moi, je ne suis pas surprise. On n'a
absolument rien à cacher, M. le Président, ni au ministère
délégué aux Finances ni à la Commission des valeurs
mobilières du Québec. Quant à l'étude des plaintes,
si l'étude nous démontre qu'il doit y avoir enquête, il y a
enquête. Si les personnes croient - qui ont demandé ces
enquêtes - que la Commission ne fait pas son travail, ces personnes ont
des recours devant les tribunaux.
Alors, M. le Président, il y a un processus dont il est important
de se souvenir et personne ne doit être lésé. Si ces
personnes se sentent lésées, elles ont droit à des
procédures, elles peuvent les utiliser. M. le Président, elles
peuvent aller jusqu'aux tribunaux pour faire valoir leur cause.
Quant aux autres remarques, M. le Président, vous savez, le
député de Gouin est toujours le même, il aime grandement
exagérer, mais bien sûr que je ne répondrai pas. Je pense
que les gens qui nous écoutent aujourd'hui sont capables de voir
à travers les abus verbaux du député de Gouin.
Cependant, M. le Président, je voudrais tout de même le
remercier de l'appui qu'il me donne, encore une fois, quant à ce projet
de loi. Il nous avait appuyés au moment du projet de loi 101. Il nous
appuie encore une fois. Je dois donc conclure que mon projet de loi n'est pas
si mauvais qu'il voudrait le laisser croire.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Merci, Mme la ministre
déléguée aux Finances, de votre réplique. Alors,
est-ce que la motion présentée par Mme la ministre
déléguée aux Finances et proposant l'adoption du principe
du projet de loi 32, Loi modifiant la Loi sur les valeurs mobilières,
est adoptée?
Des voix: Adopté.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Adopté. Mme la
ministre déléguée aux Finances.
Renvoi à la commission du budget et de
l'administration
Mme Robic: M. le Président, je fais motion pour que ledit
projet de loi soit déféré à la commission du budget
et de l'administration pour étude détaillée.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Est-ce que cette motion
de déférence est adoptée?
Des voix: Adopté.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Adopté.
Mme la ministre déléguée aux Finances.
Mme Robic: M. le Président, je vous demande d'appeler
l'article 8.
Projet de loi 21 Reprise du débat sur
l'adoption du principe
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Alors, à
l'article 8, l'Assemblée reprend le débat ajourné le 9
juin dernier sur l'adoption du principe du projet de loi 21, Loi modifiant la
Loi sur les normes du travail et d'autres dispositions législatives.
L'ajournement du débat avait été demandé par M. le
leader adjoint du gouvernement. Donc, je cède la parole à M. le
député de Trois-Rivières et adjoint parlementaire au
ministre de la Main-d'oeuvre, de la Sécurité du revenu et de la
Formation professionnelle. M. le député, la parole est à
vous.
M. Paul Philibert
M. Philibert: Merci, M. le Président. On pourrait croire
qu'il est hasardeux d'entretenir cette Chambre sur le projet de loi 21, loi qui
apporte diverses modifications à la Loi sur les normes du travail,
notamment pour modifier les règles relatives au jour férié
du 1er juillet et pour apporter certains ajustements en vue de simplifier
l'application de la loi. Lorsqu'on y regarde de plus près, ce projet de
loi fixe des données purement techniques en vue d'accommoder non
seulement nos institutions financières, mais également de
nombreux Québécois.
Je me permettrai ici un rappel historique de la Loi sur les normes du
travail. C'est en 1980 que le Parti québécois a adopté la
Loi sur les normes du travail, en y instituant six congés
fériés statutaires pour protéger principalement les
travailleurs non syndiqués. Je me permettrai ici de rappeler que le 24
juin fait l'objet d'une loi spéciale qui prévoit que la
journée du 24 doit être chômée, payée et
fériée, peu importe le jour de la semaine. En 1990, le
gouvernement a modifié, avec la loi 97, ces mêmes normes du
travail et y a ajouté un septième jour férié, soit
le 1er juillet.
Selon le libellé de la loi, le congé du 1er juillet doit
se prendre le lundi le plus proche de la fête, afin de donner une fin de
semaine de trois jours. Cette décision, prise notamment sur
recommandation des détaillants, se traduirait, en 1992, par un
congé le lundi 29 juin. Suite à de nombreuses
représentations des institutions financières qui seraient
fortement pénalisées, puisque tous les transferts bancaires
intercanadiens seraient, au Québec, paralysés deux jours sur
cinq, nous convenons donc qu'il fallait légiférer pour corriger
cette situation. Prenons donc pour acquis que le projet de loi 21 règle
un épineux problème pour nos institutions financières et
que,
ce problème réglé, il y aura épargne
substantielle pour nos institutions financières.
Il me faut également rappeler qu'il sera possible pour un
employeur de se prévaloir exceptionnellement de l'article 63 pour
déplacer au 29 juin le congé férié du 1er juillet
1992. Il me faut également rappeler que le projet de loi 21
adopté tel quel viendra confirmer que le 1er juillet ou, si cette date
tombe un dimanche, le 2 juillet sera considéré comme jour
férié et chômé. Ce sera donc au même diapason
pour tous les autres Canadiens.
Je me permettrai d'ajouter qu'avant que l'Assemblée nationale ne
modifie substantiellement, en décembre 1990, la Loi sur les normes du
travail, la fête du 1er juillet ne faisait l'objet d'aucune attestation
particulière dans les conditions minimales de travail. L'anniversaire de
la Confédération canadienne, le 1er juillet, n'était pas
considéré comme un congé auquel avaient droit les
travailleuses et les travailleurs québécois. (12 h 50)
Bien sûr, dans les faits, un grand nombre de salariés du
Québec avaient congé le 1er juillet. Beaucoup d'employeurs
allaient, sur cette question comme bien d'autres d'ailleurs, au-delà des
dispositions de la Loi sur les normes du travail. Le ministère du
Travail révèle d'ailleurs, dans une analyse de conventions
collectives, que 90 % de ces dernières prévoient que le 1er
juillet est un jour chômé et payé. Il y a une pratique
largement établie au Québec de ne pas travailler le 1er juillet,
et c'est largement soutenu par les syndicats.
Par ailleurs, M. le Président, la Loi sur les heures et les jours
d'admission dans les établissements commerciaux, communément
appelée la loi sur les heures d'affaires, précisait que les
commerces étaient fermés le 1er juillet. Comme je le disais, en
préparant les amendements à la Loi sur les normes du travail en
1989 et 1990, nous avons décidé d'ajouter un jour
férié et chômé à la liste de ceux qui
existaient déjà dans les conditions minimales de travail au
Québec. Tout le monde, à ce moment, a convenu que l'anniversaire
de la Confédération méritait d'être consacré
jour férié. Même les syndicats se sont ralliés
à cette proposition, en y voyant l'occasion de faire
bénéficier leurs membres d'une fin de semaine de trois jours.
Le problème, cette année, M. le Président, c'est
que le 1er juillet tombe un mercredi. Je reviens également au
problème que vivent les maisons d'affaires, notamment les institutions
financières, qui éprouvent des difficultés réelles
à ne pas fermer la même journée qu'ailleurs au Canada.
C'est pour cette raison que nous voulons modifier la Loi sur les normes du
travail et la Loi sur les heures et les jours d'admission dans les
établissements commerciaux.
M. le Président, il est important ici de préciser qu'en
vertu de la Loi sur les normes du travail tout congé férié
peut être déplacé dans les trois semaines qui
précèdent ou qui suivent la journée prescrite pour le
congé. Les dispositions sur les heures d'affaires n'offrent cependant
pas cette flexibilité. C'est la raison pour laquelle, si l'on veut
revenir à la situation qui a prévalu jusqu'ici au Québec
comme ailleurs au Canada, il faut amender deux lois.
Le projet de loi modifiant la Loi sur les normes du travail
prévoit, par ailleurs, d'autres dispositions qui ont pour effet de
faciliter l'administration de la Commission des normes du travail. Comme on le
sait, M. le Président, cette Commission veille à l'application de
la Loi sur les normes du travail et elle constitue une instance auprès
de qui les personnes salariées peuvent exercer des recours.
Avec un champ d'application élargi de façon importante,
notamment en décembre 1990, la Commission des normes du travail, tout en
augmentant les obligations des employeurs, s'est vu confier des
responsabilités de médiation. La structure de la direction de la
Commission n'a pas changé, malgré une augmentation
appréciable de sa tâche. L'élargissement du mandat, tel que
décrété en 1990, alourdit considérablement ses
responsabilités de gestion. C'est dans un esprit d'amélioration
et d'efficacité de la gestion de la Commission des normes du travail que
nous créons un nouveau poste de vice-président. Cette personne ne
sera pas membre du conseil d'administration de la Commission, mais elle
exercera automatiquement les pouvoirs du président en cas d'absence ou
d'incapacité d'agir du président.
En terminant, M. le Président, j'aimerais rappeler que le projet
de loi 21 contient des dispositions techniques qui ont pour but
d'améliorer et de simplifier l'administration de la Commission des
normes du travail.
Voilà, M. le Président, les objectifs poursuivis par le
projet de loi 21. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Merci, M. le
député de Trois-Rivières de votre intervention. Je vous
rappelle que nous sommes à l'adoption de principe du projet de loi 21,
et je reconnais Mme la présidente de la commission des affaires sociales
et députée de Taillon. Mme la députée.
Mme Marois: Merci, M. le Président. Si vous le permettez
et si les membres de cette Assemblée sont d'accord, comme il reste
à peine cinq minutes avant la fin de l'heure prévue de nos
travaux, on pourrait peut-être, à ce moment-ci, suspendre nos
débats pour les reprendre cet après-midi, à 15 heures.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): À votre demande,
Mme la députée de Taillon, je suspends les travaux jusqu'à
15 heures.
(Suspension de la séance à 12 h 54)
(Reprise à 15 h 7)
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Mmes et MM. les
députés, si vous voulez vous asseoir s'il vous plaît. Nous
reprenons les travaux de l'Assemblée nationale à l'étape
des affaires du jour. M. le leader du gouvernement, avec quel article du
feuilleton?
M. Johnson: M. le Président, je vous demanderais d'appeler
l'article 8 du feuilleton.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): À l'article 8 de
notre feuilleton, l'Assemblée reprend le débat sur l'adoption du
principe du projet de loi 21, Loi modifiant la Loi sur les normes du travail et
d'autres dispositions législatives. Mme la députée de
Taillon avait demandé l'ajournement à 13 heures.
Mme Marois: La suspension.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): C'est donc Mme la
députée de Taillon qui procédera à la
première intervention. Vous avez droit, Mme la députée,
à une période maximale de 20 minutes.
Mme Pauline Marois
Mme Marois: Je vous remercie, M. le Président. Je vais
intervenir, effectivement, sur le projet de loi 21, qui vient modifier la Loi
sur les normes du travail. Je vais intervenir sous deux volets. Dans un second
temps, j'interviendrai sur ce qui nous empêche d'accorder quelque appui
que ce soit au projet de loi qui est devant nous. J'expliquerai les motifs de
ce choix et de cette orientation de la part de notre formation politique. M. le
Président, je le ferai de la façon la plus complète
possible, de telle sorte qu'il n'y ait pas d'ambiguïté, et de la
façon la plus ferme possible en espérant, évidemment, que
le ministre, son gouvernement et les membres de cette Assemblée nous
entendent, de telle sorte que l'on puisse peut-être retirer certains
articles du projet de loi. C'est, entre autres, les articles qui concernent le
1er juillet, M. le Président, auquel on va donner un statut, à
toutes fins pratiques, de fête nationale en semant ainsi une
ambiguïté qui mérite d'être relevée. Mais avant
d'aborder cette question-là, j'aimerais aborder un autre
élément qui est dans la loi, et non pas pour manifester un
désaccord - on peut avoir des questions, on pourrait
éventuellement soulever ou proposer des amendements - mais pour montrer
l'incohérence dans laquelle se trouve le gouvernement qui est devant
nous.
J'écoutais mon collègue ce matin, qui, à l'occasion
d'une loi présentée par la ministre déléguée
aux Finances, faisait état de cette incohérence du gouvernement
où on disait: On souffle le chaud et le froid. On dit d'un même
souffle que l'on va préserver la capacité de consommer des
contribuables en n'alourdissant pas leur fardeau fiscal, mais la
première chose qu'on fait, M. le Président, dans un budget et
plutôt dans la même phrase que pas, on annonce qu'on va augmenter
le fardeau fiscal, de moins que ce qu'on avait prévu, mais on va
l'augmenter, M. le Président. Et on essaie de faire croire aux gens
qu'on ne l'augmentera pas. (15 h 10)
Alors, ça, évidemment, au niveau du discours, ça
peut toujours, sinon se comprendre, du moins, en tout cas, on peut saisir que
ça se passe comme ça. Mais là, M. le Président, on
est absolument dans l'incohérence la plus totale et la plus parfaite en
cette Assemblée nationale avec le projet de loi 21 qui vise à
modifier la loi sur les normes minimales et un autre projet de loi que nous
avons assez longuement d'ailleurs débattu, ici, cette semaine, et qui
est un projet de loi qui a été présenté par le
député de Verdun, qui vise à encadrer - je pense que le
mot est juste - les velléités, la volonté de
dépenses du gouvernement, particulièrement en ce qui concerne les
effectifs. Vous allez dire: Qu'est-ce que ça vient faire dans la loi sur
normes minimales? Vous allez voir, on va faire les liens un petit peu plus
loin.
Alors, la loi 198 que nous avons étudiée et pour laquelle
il y a encore des discussions qui doivent se continuer, elle est devant nous,
elle est soumise à débat pour, éventuellement, j'imagine,
adoption, M. le Président. Elle prévoit un certain nombre de
règles qui vont s'appliquer à l'ensemble des ministères,
organismes du gouvernement, aux commissions scolaires, aux collèges, aux
établissements et organismes similaires à une commission
scolaire, elle va s'appliquer aux conseils régionaux de la santé
et de services sociaux, au Conseil scolaire de l'île de Montréal,
à tout organisme dont le personnel est rémunéré
selon les barèmes et normes qui sont déterminés ou
approuvés par le gouvernement, à toute société
à fonds social dont plus de 50 % des actions comportant le droit de vote
font partie du domaine public, à toute entreprise du gouvernement, aux
établissements d'enseignement de niveau universitaire, etc. Finalement,
à toute personne qui est rémunérée par des fonds
publics. C'est à ces personnes que s'adresse la loi 198, et
particulièrement à ceux et à celles qui administrent les
fonds publics et qui sont les gestionnaires de l'État.
Alors, qu'est-ce qu'elle va faire? Qu'est-ce qu'elle propose de faire,
cette loi? Elle dit plusieurs choses, mais elle en dit une, entre autres, et
c'est là que je veux mentionner la contradiction: «Tout organisme
public tenu de faire approuver les plans d'organisation, notamment en vertu de
l'article 22 de la Loi sur l'administration financière - en fait, c'est
relativement secondaire - doit adopter ou faire adopter au plus tard le 1er
janvier 1993 un
nouveau plan d'organisation réduisant son personnel d'encadrement
dans une proportion d'au moins 20 %.» Et, à cet égard:
«Tout organisme doit, au plus tard le 1er janvier 1993 - donc, dans
à peine quelques mois, six ou sept mois - fournir au Conseil du
trésor tous les renseignements et documents démontrant cette
réduction, non pas venant dire de proposer une réduction,
démontrant la façon dont on va réduire le personnel
d'encadrement, les responsables de services, les administrateurs, niveaux 1, 2,
3, 4, les gens qui sont directeurs, qui sont superviseurs, etc., de 20 %.
Ça veut dire qu'un poste sur cinq, M. le Président, doit
être aboli. Ça, c'est ce qu'on retrouve dans le projet de loi
198.
Remarquez qu'il y a aussi d'autres éléments dans ce projet
de loi. On dit aussi qu'on doit réduire le personnel d'une façon
significative et, entre autres, qu'on ne peut embaucher aucune personne
jusqu'au 31 mars 1994, à l'exception d'un petit remplacement de l'ordre
de 15 %. Ce n'est pas beaucoup. Alors, ça veut dire que si six personnes
partent, une de celles-là pourra être remplacée. Ça,
c'est le projet de loi 198. Bon. Réduction de 20 % du niveau
d'encadrement, réduction... C'est-à-dire gel complet, total, sans
aucune espèce de limite, de réserve, gel de l'embauche dans la
fonction publique jusqu'en 1994, jusqu'au 31 mars, jusqu'à la fin de
l'année financière 1993-1994. Ça veut dire très
long, on est dans l'année financière 1992-1993, 1993-1994. Deux
ans, M. le Président! Alors, voilà ce que nous dit le projet de
loi 198 sur lequel plusieurs d'entre nous sont intervenus, pour lequel nous
avons manifesté, de notre côté, pas mal de
désaccord. Dans le fond, c'est renoncer à nos pouvoirs et
à nos responsabilités. Pour des gens qui croient à
lïmputabilité, ça m'amuse beaucoup de les entendre
défendre ce projet de loi.
Maintenant, prenons le projet de loi 21 sur lequel je veux intervenir
cet après-midi, M. le Président, Loi modifiant la Loi sur les
normes du travail et d'autres dispositions législatives. Le premier
article de la loi. D'abord, c'est une loi qui est assez courte, elle a un peu
plus d'une vingtaine d'articles. Donc, ce n'est pas très long, M. le
Président. Même pas une vingtaine d'articles, je pense. Je vais
regarder... 19 articles exactement. La moitié des articles, si ce n'est
davantage, sont consacrés à la nomination d'un poste de
vice-président, M. le Président, qui n'existait pas à la
Commission des normes du travail. Il n'y avait pas de vice-président.
Vous allez dire: Oui, mais c'est quand même important qu'il y ait un
vice-président, et l'organisme a dû souffrir de l'absence de cette
vice-présidence, de ce poste qui permet, évidemment, de
dégager le président lorsqu'il doit quitter, lorsqu'il y a
empêchement de faire son travail, etc., peu importent les circonstances.
Sans doute que c'est justifié, dans les organismes modernes, qu'on ait
quelqu'un qui soit bien identifié dans une organisation pour prendre la
relève si le président, en tout état de cause, ne peut pas
assumer ses responsabilités pour toutes sortes de raisons.
Savez-vous depuis combien de temps ça existe, cette
réalité-là? Depuis 1978, M. le Président. Ça
fait 14 ans que la Commission des normes fonctionne ainsi, mais, là, on
décide maintenant que c'est nécessaire d'ajouter un
vice-président. Je le dis, peut-être que c'est pertinent de le
faire. On entendra sans doute, en commission parlementaire, les raisons que
nous fournira le ministre. Et ça, ça prend les trois quarts du
projet de loi.
Là, M. le Président, si le ridicule tuait, j'imagine
qu'aucun des intervenants sur le projet de loi 198 ne l'aurait fait sachant
cela ou se serait levé et aurait signifié au ministre de la
Main-d'oeuvre, de la Sécurité du revenu et de la Formation
professionnelle que c'était complètement incohérent, qu'il
vienne proposer la création d'un poste de vice-président alors
qu'eux proposent qu'on abolisse 20 % de ceux qui font déjà de
l'encadrement, qu'on arrête d'embaucher et qu'on remplace à peine
une personne sur six pendant les deux ans qui viennent, si jamais des gens
quittent le gouvernement. Est-ce qu'il y a une quelconque cohérence dans
les propositions que nous étudions, les projets de loi qui sont devant
nous, M. le Président?
Alors, à cet égard-là, si le ridicule tuait,
plusieurs des gens d'en face seraient déjà au cimetière.
Je ne le souhaite pas. La solution la plus simple, c'est de retirer le projet
de loi 198 ou de demander au ministre de retirer ce qui se trouve dans le
projet de loi 21. Et, tant qu'à y être, pourquoi ne pas retirer
l'article avec lequel nous sommes profondément en désaccord et
qui concerne des modifications à la date du 1er juillet, pour lequel il
y a eu des représentations importantes. La date du 1er juillet devient
un jour férié et chômé, c'est-à-dire qu'on
reconnaît que s'ajoutera à l'ensemble des jours
fériés et chômés un jour supplémentaire. En
fait, pas un jour supplémentaire, on reconnaît qu'il se
positionnera, qu'il devra se prendre le 1er juillet, en milieu de semaine.
Cette année, puisque c'est le mercredi, ce sera le cas, alors
qu'auparavant, il servait à allonger la fin de semaine qui
précédait ou celle qui suivait. Et généralement,
c'était celle qui précédait, M. le Président.
Alors là, pourquoi sommes-nous en désaccord? Pourquoi
avons-nous demandé, entre autres, que l'on étudie cet article du
projet de loi indépendamment des autres articles? Peut-être le
ministre a-t-il de très bonnes raisons pour justifier, contrairement
à ce que pensent son collègue de Verdun, son collègue de
Chauveau et d'autres, qu'il est nécessaire d'ajouter un cadre de plus
à la Commission des normes. Et sans doute que c'est pertinent; on le
verra, M. le Président.
La première fois d'ailleurs que le député de Verdun
lui avait proposé de corriger la Loi sur
les normes du travail pour faire en sorte que le 1er juillet soit
chômé le jour où il tombait, ça venait justement du
député de Verdun; mais cette fois-là, il avait
trouvé que ce n'était pas utile de le faire. Et là, on
peut se demander maintenant pourquoi il trouve que c'est utile de le faire,
alors qu'on est en plein débat sur l'avenir politique et constitutionnel
du Québec, M. le Président. Pour lancer un double message,
à savoir que nous aurons deux fêtes nationales? Nous aurons celle
du 24 juin et nous aurons celle du 1er juillet, M. le Président.
Si des organismes, des sociétés, des entreprises sont
venus faire des pressions auprès du gouvernement, ça a
été pour dire au contraire que l'on souhaitait, et depuis
longtemps, M. le Président, conserver le fait qu'on allonge la fin de
semaine pour faire en sorte que le congé prévu et accepté
du 1er juillet puisse se prendre en même temps qu'on prenait son
congé de fin de semaine, parce que cela évitait des coûts
pour les entreprises, etc. C'est une chose qui est peut-être plus terre
à terre, plus pratique, plus concrète, mais à laquelle le
ministre n'est pas sensible dans le cas présent.
Mais, cela étant dit, je pense que ce n'est pas sur ça
qu'il faut faire porter le débat, c'est plutôt sur le fait qu'on
est en train de diluer ce qui est, de diluer l'affirmation que nous avons faite
depuis un long moment, M. le Président, qu'il y avait très
clairement au Québec une fête nationale, que c'était celle
du 24 juin et qu'elle se fêtait effectivement le 24 juin. (15 h 20)
Or, là, le message qu'envoie le ministre de la Main-d'oeuvre et
de la Sécurité du revenu, c'est qu'il dit: On n'est plus
certains. Peut-être qu'il y en a deux, M. le Président. Et
là je vais lui rappeler ce que disaient les représentants de la
CSN, M. le Président, qui avertissaient le ministre qu'ils allaient
recommander à leurs membres de demander de procéder autrement.
Voici ce que le président de la CSN, M. Larose, disait le 21 mai
dernier, et qui, je pense, résume bien le fondement même de
l'opposition que nous avons: «La CSN s'élève contre le
projet de loi modifiant la Loi sur les normes du travail qui fait du 1er
juillet, jour de fête de la Fédération canadienne, un
congé férié au même titre que le 24 juin,
journée de la fête nationale, avec l'obligation de chômer ce
congé le jour même ou le 2 juillet, si ce congé tombe un
dimanche, alors qu'actuellement ce congé est reporté au
lundi.»
Je cite le président toujours, M. le Président, mais le
président de la CSN dans le cas présent: «Dans le contexte
politique actuel, cette intention du gouvernement Bourassa est une provocation
à l'endroit des Québécoises et des
Québécois. En apportant un tel projet de loi, le premier ministre
Bourassa envoie une fois de plus un message confus au reste de la population
canadienne. Pour cette raison, la CSN demande au gouvernement de revoir sa
décision et de retirer le projet de loi 21, modifiant la Loi sur les
normes du travail, pour faire du 1er juillet un congé chômé
le jour même.»
Et là, je vous réitère ce que je vous disais un peu
plus tôt, et je cite toujours le texte du président de la CSN, M.
Larose: «Aussi, advenant l'adoption de cette modification à la loi
des normes, la CSN n'a pas l'intention de s'y conformer. Elle accordera
à ses 600 salariés le droit de reporter le congé du 1er
juillet au vendredi 3 juillet.»
Nous avions offert la possibilité au ministre et à cette
Assemblée de débattre des deux éléments qui se
retrouvent au projet de loi: l'un qui concerne la création d'un poste de
vice-présidence à la Commission des normes du travail, quelques
petits amendements mineurs, et l'autre qui concerne ce fameux congé
férié qui devra être pris dorénavant le 1er juillet.
Nous avions offert au ministre de scinder le projet de loi pour que l'on puisse
faire un débat ordonné nous permettant de discuter,
peut-être d'amender, mais essentiellement, sans doute, d'arriver à
un consensus sur les autres éléments du projet de loi,
dégageant ainsi ceux qui allaient concerner le 1er juillet.
Le ministre, son gouvernement, sa formation politique ont refusé,
M. le Président, de nous entendre, ont refusé d'accepter cette
possibilité que nous lui offrions de procéder autrement. Alors,
maintenant - je vous remercie, M. le Président, je vais terminer - qu'il
assume sa décision. Assumer sa décision, cela veut dire qu'il
devra débattre, discuter longuement avec nous du désaccord que
nous avons et sur lequel nous n'avons pas l'intention de revenir d'aucune
espèce de façon. Cela nous apparaît essentiel parce
qu'à ce moment-ci, compte tenu des moyens que nous avons, c'est le signe
le plus clair que nous pouvons envoyer, qui dit encore une fois que nous
formons sur ce territoire un peuple avec ses minorités, un peuple qui
veut s'épanouir, vivre ici, se développer ici et que, à
cet égard, un peuple, c'a une fête nationale, M. le
Président. Je vous remercie.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): merci, mme la
députée de taillon. sur la même motion, je cède la
parole à m. le député de d'arcy- mcgee. vous avez droit
à 20 minutes, m. le député.
M. Robert Libman
M. Libman: Merci, M. le Président. Cette session, nous
avons déposé le projet de loi 190 pour amender la Loi sur les
normes du travail et d'autres dispositions législatives. Notre objectif
était de rectifier une erreur qui a été commise par le
gouvernement en changeant, il y a quelques années, la date pour la
fête du Canada.
We felt that Bill 97, which was passed in
December 1990, that changed the Labour Standards Act and made Canada Day
a moveable holiday was not acceptable. So, we decided to table our own
legislation to send an important signal to the Government, to let the
Government know that we wanted this change, we wanted Canada Day to be
celebrated on July 1st., on Canada Day. And we are very pleased with the fact
that the Government saw the importance in making this change and, as my
colleague from Notre-Dame-de-Grâce did yesterday, we would also like to
thank the Minister and to congratulate him for making this important change to
send the proper signal that needs to be sent to the rest of Canada and to
Quebeckers.
But a few other things have to be addressed as well. As I said, this
change was made a couple of years ago and the Minister actually, when they
introduced Bill 21 in the Legislature, criticized us for not making enough of
an issue out of it two years ago when the actual change was made. And I just
would like to inform the Minister that if we looked at the Bill back then and
we read the explanatory notes, one would see that that change was hidden
somewhat from the public purview and it was done somewhat quietly, in
commission very quietly, and our party does not have the necessary resources to
be able to analyze every article and every piece of legislation that comes
before this Assembly, and also, last year, it went largely unnoticed because of
the fact that Canada Day did fall on a Monday.
But this having been said, we did recognize the problem several mounths
ago, we tried to rectify and we recognize the efforts of the Minister in having
the sense to agree with our recommendation and to change the Bill to reflect
what really is a national holiday properly. As you know, M. le
Président, the situation this year would have been quite strange to have
the rest of Canada off on July 1st yet everyone here would be working on July
1st, and in Québec everyone would be off on June 29th while the rest of
Canada was working on June 29th.
But not only that, M. le Président, I think we have to understand
the importance, the symbolic importance of this change and of this holiday.
There are two very distinct types of holidays. There is where the occasion
itself, for example, means very little to people but provides an excuse for a
break in someone's work, such as Labour Day, such as Victoria Day, holidays
which indicate a break in someone's work load but does not have any special
importance or significance to the population. There are other holidays which
are not like that, whether it is religious holidays such as Christmas which do
not move just for convenience but are important enough to mean something very
special to everyone and who do not feel the importance of having to work on a
day such as that because of the importance of that holiday.
A national holiday, I believe, has that significance. A national holiday
is the traditional celebration of a country. And what can be more important
this year, M. le Président, a year that not only marks the 125th year
since Confederation, but a year in which the whole country happens to be
working towards an important reconciliation, where there has been goodwill
expressed by many of the other provinces in this country towards the Province
of Québec to try to hammer out an agreement that Québec can
accept and reenter the constitutional family of Canada? What can be more
important this year to show that Québec is an integral part of the rest
of Canada including a symbolic gesture such as celebrating our national day on
the same day, that being July 1st?
Gestures are very important, M. le Président. Our party also
recommended the instauration of the Canadian flag in this Legislature, which
infortunately has not been accepted, which would be a goodwill gesture to the
rest of Canada. We feel the Premier of this Province should sit down with the
other provinces and send a real, concrete, ultimate signal to the rest of
Canada that we are all working towards the same objective. (15 h 30)
As I said, we are very pleased that the Government has decided to change
the law. And we will support Bill 21 for this reason, but we still feel, in
fact, that the law could have gone somewhat further. We feel that, as amended,
the law still does not give Canada Day perhaps the full importance that it
merits. Although we will support the legislation, as I said, we would still
like to see an even stronger amendment to really give it the force of being a
national holiday. So, any of the protestations of the Official Opposition to
the fact that we are creating two identical national holidays in Québec
are false, because Bill 21 does not make July 1st a statutory holiday under all
circumstances, as did our Bill 190 that we tabled a few months ago and as does
the National Holiday Act with respect to Saint-Jean-Baptiste Day.
The current law, M. le Président, as amended by Bill 97, which
was passed in December of 1990, in article 60, where they say the following
days are statutory general holidays, the 4th paragraph says: July 1st, if it
falls on a Monday, the Monday preceeding July 1st, if it falls on a Tuesday,
Wednesday or Thursday or the Monday following July 1st, if it falls on a
Friday, Saturday or Sunday. Our Bill 190 that we tabled would have made
paragraph 4° read as follows: just July 1st. This would have meant that
July 1st, no matter what day it fell on, would always be the statutory
holiday.
Bill 21, which we are presently debating, as tabled by the Minister,
proposes to make paragraph 4° in the law as follows. It says: July 1st or
July 2nd, where the first falls on a Sunday.
So, this would mean that if Canada Day falls on a Sunday, you also get
the Monday off, yes, but Canada Day is not officially recognized as the
statutory holiday. This must be compared to the National Holiday Act, which
reads, in part, as follows: Article 1 says: The 24th of June,
Saint-Jean-Baptiste Day is the national holiday. The second article says that
the 24th of June is a statutory holiday. So where the date indicated in the
first paragraph falls on a Sunday, the 25th of June is a public holiday for the
purpose of application of Sections 3 to 6. And Sections 3 to 6 basically say
that when the 24th of June falls on a day that is not a regular working day for
the employee, that is to say Sunday, the employee gets a compensatory holiday
either the day before or the day after June 24th.
So, yes, as I said, Bill 21 has the effect of making Canada Day like a
long weekend, just like Saint-Jean-Baptiste Day, when it falls on a Sunday, but
- and this is the important difference, this is where the Official Opposition
is dead wrong in saying we have two identical national holidays in
Québec - the difference is that Bill 21 does not give Canada Day the
same symbolic weight and importance as the National Holiday Act gives
Saint-Jean-Baptiste Day. Saint-Jean-Baptiste Day will always be a statutory
holiday on June 24th no matter what day of the week it falls on. As Bill 21 now
reads, when July 1st falls on a Sunday, the statutory holiday that is supposed
to be Canada Day falls on July 2nd.
So although we all were witnesses last night to quite an emotional plea
by the député de Masson, who was complaining about the fact and
berating the fact that contradictory messages were being sent out, and even the
Deputy for Taillon who was saying: We are sending out all these contradictory
messages, it is not really the case. Québec still has a national holiday
that has its greater significance than what Bill 21 creates for Canada Day.
What we would even prefer to see is an amendment to Bill 21 that would
say that Section 10 of 21 be deleted and replaced by the following, and then
article 10 would say: Section 60 of the said Act, replaced by Section 18 of
Chapter 73 of the Statutes of 1990, is amended by deleting paragraph 4°,
and then, that 1 to 9 of the National Holiday Act be added to Section 60 of the
said Act. This will give Canada Day equal weight to what is given by law and
symbolism to Saint-Jean-Baptiste Day.
Il faut ajouter, M. le Président, que l'Opposition officielle a
saisi cette opportunité, en discutant du projet de loi 21, comme l'a
fait hier soir le député de Masson, pour attaquer la fête
du Canada, pour réintégrer dans ces discussions le discours, la
rhétorique souverainiste. Elle a osé dire, même, que la
fête du Canada n'est pas une fête pour les Québécois.
Ça, c'est une chose qui doit être précisée. La
fête du Canada a toujours été et est toujours aujourd'hui
la fête aussi des Québécois; même Mitsou va
fêter la fête du Canada cette année avec nous. Moi, je mets
au défi le député de Masson d'aller parler avec Mitsou et
de lui dire qu'elle n'a pas le droit de fêter la fête du Canada
avec nous. J'aimerais bien voir la réaction de Mitsou si le
député de Masson essaie de la convaincre de ne pas participer.
Comme je l'ai dit, la fête du Canada est la fête des
Québécois aussi.
Moi non plus, je n'aime pas ça quand j'entends l'Opposition
officielle parler comme étant le baromètre de l'opinion publique
au Québec, que les Québécois francophones ne veulent pas
célébrer la fête du Canada, qu'ils considèrent le 24
juin seulement comme leur fête nationale. Ce n'est pas vrai, ce n'est pas
vrai, ce n'est pas vrai. La fête du Canada est aussi la fête des
Québécois francophones depuis toujours et ce sera toujours comme
ça. Et même d'invoquer le nom de Gérald Larose... Il parle
de provocation, provocation en fêtant la fête du Canada le 1er
juillet. Allez demander à Claude Béland s'il partage cette
préoccupation. Claude Béland possède les mêmes
orientations constitutionnelles que Gérald Larose, mais, lui, il est
favorable à ce projet de loi 21 qui a été
déposé par le gouvernement du Québec.
Another thing we have to recognize, the Official Opposition has been a
political party in Québec in existence now for 20 years. They have
seized many opportunities to attack what this country, Canada, means to
Quebeckers, to the citizens of this Province, offering the citizens of this
Province what they try to represent as a better world, a better existence.
Il y a une chose que j'aimerais dire, M. le Président. Je ne
voudrais pas être dans les souliers de ceux qui offrent et qui promettent
aux Québécois un meilleur avenir advenant la souveraineté
du Québec. Qu'est-ce qui va arriver au lendemain de la
souveraineté si les Québécois réalisent ce
jour-là qu'il existe toujours le chômage, toujours le
décrochage scolaire, qu'il y a toujours les taxes, et toutes ces
promesses pieuses qui sont offertes par l'Opposition officielle? Ça fait
20 ans. Au lendemain de la souveraineté, les Québécois
vont réaliser que cette fiction qui a été vendue, que cet
avenir sans aucun problème, que cette vision de l'avenir propagée
par l'Opposition officielle pendant ces 20 dernières années, ce
n'est pas exactement comme prévu, que ce n'est pas exactement comme
promis. À ce moment-là, M. le Président, les
souverainistes qui suivent les protestations de l'Opposition officielle, ils
vont réaliser comment nous sommes chanceux d'avoir un pays tel le
Canada. Il ne faut pas négliger le fait que les Nations unies ont
reconnu ce pays dont nous faisons partie aujourd'hui comme le meilleur pays
à vivre dans le monde.
That is something that we cannot downplay. That is something that
Quebeckers are proud of, and for the Official Opposition to downplay the
importance of this Country, this Federation, the majority of Quebeckers,
regardless of the language they speak, is a grave error and gravely misleading
the Québec population. (15 h 40)
Pourquoi n'ont-ils pas l'honnêteté de dire aux
Québécois que la souveraineté, ça veut dire
l'indépendance, que ça veut dire une rupture totale avec le reste
du Canada, avec toutes les obligations et les responsabilités qui
viennent avec, qu'il y aura des conséquences, qu'il y aura de
l'incertitude? Il faut dire ça, et laisser les Québécois
choisir s'ils préfèrent ce pays qui s'appelle le Canada ou
celui-là que vous offrez, mais vous devrez être honnête avec
vos promesses aux Québécois.
This, M. le Président, in conclusion, is what we have to
recognize, that Canada Day has special significance to the majority of
Quebeckers. Canada should be the model country for the 21st Century. How many
countries in the world combine the social justice of Europe, the rights and
freedoms of the United States, the richness of multiculturalism, a sense of
stability and personal security that this Country offers? Yet why can we be
sold a bill of goods by those who sell a false vision of the future when we
have all this? We have this Country called Canada, and we should all be proud
to celebrate its national day on its national day, which is traditionally,
which has been since its birth, 125 years ago, July 1st. Merci, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, M. le
député de D'Arcy-McGee. Sur le même sujet, à savoir
la motion proposant l'adoption du principe du projet de loi 21, Loi modifiant
la Loi sur les normes du travail et d'autres dispositions législatives,
je cède la parole à Mme la députée de Bellechasse.
Vous avez droit à 20 minutes, Mme la députée.
Mme Louise Bégin
Mme Bégin: Merci, M. le Président. Il me fait
plaisir de m'adresser à mes collègues de la Chambre sur le projet
de loi 21, Loi modifiant la Loi sur les normes du travail et d'autres
dispositions législatives. Il s'agit d'un projet de loi d'une importance
significative pour les agents économiques de notre société
et, en particulier, le monde des institutions financières. Dans le cadre
du temps qui m'est imparti, je voudrais d'abord mettre en relief ce qui a
amené notre gouvernement à présenter ce projet de loi,
soit le projet de loi 21. Dans un second temps, je me propose de dire quelques
mots sur le contenu des articles qu'il contient.
M. le Président, la Loi sur les normes du travail a, comme on le
sait, plus d'un rôle dans notre société. Elle a d'abord ce
rôle explicite, celui de définir les normes dans lesquelles les
citoyens et les citoyennes de notre société effectuent leur
travail. Son rôle implicite est de constituer une sorte de convention
collective pour les travailleurs non regroupés à
l'intérieur de syndicats tels que nous retrouvons dans les PME ou dans
les institutions financières, et ça, sur l'ensemble du territoire
québécois. C'est pourquoi, notamment, on y retrouve un nombre de
congés fériés.
Je pense qu'il serait bon, à ce stade-ci, de faire un bref
historique du projet de loi 21 et des congés fériés qui y
sont donnés. On se rappellera qu'en 1980 le gouvernement du temps avait
adopté la Loi sur les normes du travail et institué six
congés fériés, et ce, dans le but principalement de
protéger les travailleurs non syndiqués. Le but évident de
cet article de la Loi sur les normes du travail était de fournir
à ces travailleurs des congés fériés sensiblement
analogues à ceux des travailleurs syndiqués.
Soulignons au passage que le 24 juin ne fait pas partie des
congés de la loi 21, mais fait bien partie des congés qui ont
été institués en vertu d'une loi spéciale, loi qui
prévoit que le 24 juin doit être chômé, payé,
et ça, peu importe le jour de la semaine concerné. Soulignons
également que la fête du 1er juillet ne faisait pas partie des six
congés fériés statutaires octroyés en vertu de 1980
dans la Loi sur les normes du travail. En 1990, le gouvernement libéral
a modifié la Loi sur les normes du travail en y octroyant un
septième jour férié, soit le 1er juillet.
Pour mieux comprendre l'un des motifs du projet de loi 21 qui fait
l'objet des débats aujourd'hui, il faut regarder, je pense, le
libellé de la loi à travers lequel nous avons apporté
cette correction en 1990.
Selon le libellé de l'article 60 de la loi, le congé du
1er juillet devrait se prendre le lundi le plus proche de la fête afin de
donner un week-end de trois jours aux travailleurs et aux travailleuses du
Québec. Ainsi, selon le libellé de l'article en question, le
congé du 1er juillet devrait, cette année, avoir lieu le 29 juin.
Or, vous n'ignorez pas, M. le Président, que le 1er juillet, cette
année, sera un mercredi, ce qui ne va pas sans causer un certain nombre
de problèmes, et en particulier aux institutions financières. Si
le congé de la Confédération avait lieu le 29 juin, nos
institutions financières se verraient coupées du réseau
canadien pendant deux jours, soit le lundi 29 juin et le 1er juillet, jour qui
est férié dans toutes les autres provinces canadiennes.
Ainsi, M. le Président, c'est notamment l'insertion de nos
institutions bancaires dans le réseau canadien qui nous amène,
aujourd'hui, à légiférer. Je vous signale au passage que
le flot monétaire d'une journée est tout de même
considérable au niveau canadien. C'est pourquoi il n'y a pas lieu de
pénaliser nos institutions financières en les excluant du
réseau canadien deux jours sur cinq, comme ce serait le cas si on
ne modifiait pas la loi actuelle. C'est, entre autres, une des raisons
qui nous amènent à présenter ce projet de loi.
Mais il y a une autre raison, M. le Président. Celle-là,
elle est sans doute l'une des plus importantes. Plusieurs de nos concitoyens et
concitoyennes - j'en fais partie et je n'ai pas honte de le dire -
désirent également fêter la fête du Canada le 1er
juillet. N'en déplaise à l'Opposition, il y a des citoyens et des
citoyennes dans notre société qui désirent que la
fête du Canada ait lieu le 1er juillet, comme partout ailleurs au Canada.
Donc, faire autrement, ce serait considérer illégitime ce
désir d'une partie importante de notre population, alors que c'est tout
à fait légitime de vouloir fêter la fête du Canada la
journée où elle se tient, à savoir le 1er juillet. Je suis
Québécoise. J'aime bien fêter la fête du
Québec le 24 juin, mais quand il s'agit de la fête du Canada, je
suis également fière d'être Canadienne. Je voudrais bien
pouvoir la fêter la journée où elle se tient, et cette
journée-là, c'est le 1er juillet. Ça n'empêche pas
les employeurs, par contre, en vertu de la loi qu'on présente, s'ils
désirent - l'employeur ou les travailleurs - que la fête du Canada
se tienne le 29 juin, pour des raisons qui leur appartiennent, de le faire le
29 juin, mais ça permettra aux institutions bancaires et à ceux
qui désirent réellement fêter leur fête nationale le
1er juillet de le faire également le 1er juillet.
Donc, ce projet de loi, il faut être très clair,
répond à deux critères. Premièrement, faire droit
à une demande de la Fédération des caisses populaires qui
s'est adressée à nous afin de voir à modifier la loi pour
qu'on puisse fêter la fête du Canada le 1er juillet. Ça,
c'est une raison. La deuxième raison est aussi légitime, c'est de
permettre à tous les Canadiens qui habitent au Québec de pouvoir
également fêter leur fête nationale le 1er juillet,
fête du Canada. Ce sont les deux raisons, et je voulais m'exprimer
là-dessus, parce que je suis heureuse qu'on reconnaisse, a nous,
Québécois, qui sommes encore Canadiens... Moi, quand je vais
à l'extérieur du Canada, je présente toujours mon
passeport canadien, et si je veux fêter le 1er juillet, j'aurai cette
opportunité-là. Je suis en parfait accord avec le principe du
projet de loi, M. le Président, et je voulais vous le faire savoir.
Merci.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, Mme la
députée de Bellechasse. Sur le même sujet, je reconnais
maintenant M. le député d'Anjou. Vous avez droit à une
intervention de 20 minutes, M. le député. (15 h 50)
M. Pierre Bélanger
M. Bélanger (Anjou): Je vous remercie, M. le
Président. C'est dommage que je n'intervienne pas tout de suite
après le député de D'Arcy-McGee, car j'aurais pu, à
ce moment-là, lui faire part de certaines félicitations quant
à son discours. En effet, M. le Président, c'est un peu
rafraîchissant d'avoir des notes d'humour dans un discours. Je ne sais
pas s'il a fait le pari avec un collègue de pouvoir introduire M it sou
dans son discours, mais, en tout cas, c'était réussi. Je pense
qu'à cet effet-là, c'est rafraîchissant.
Maintenant, quand on nous reproche de nous servir du projet de loi qui
est devant nous pour faire notre propagande, comme semble le dire le
député de D'Arcy-McGee, ce que je peux constater, c'est que lui
n'a aucun scrupule à faire évidemment ceci, c'est-à-dire
à nous faire faire part de sa propagande fédéraliste et
à renouveler la profession de foi qu'il fait régulièrement
en cette Chambre et qu'il a faite depuis qu'il est ici à
l'Assemblée nationale. Alors, je pense, M. le Président, que si
vraiment le député de D'Arcy-McGee avait des reproches à
nous faire, la première chose qu'il aurait pu faire, c'est justement de
s'abstenir de faire cela.
Maintenant, M. le Président, j'aurais souhaité
évidemment que la motion qui a été
présentée, de faire une scission de ce projet de loi, ait
été acceptée, pour deux raisons: les différents
discours que j'ai entendus jusqu'à maintenant semblent faire abstraction
d'une disposition qui est importante dans le projet de loi et qui n'est pas
nécessairement uniquement l'aspect 1er juillet. En effet, c'est l'aspect
qui modifie uniquement la Loi sur les normes du travail et qui prévoit
maintenant l'existence d'un vice-président.
M. le Président, je trouve ça, premièrement, assez
bizarre que, maintenant, on nous soumette un tel projet de loi demandant de
créer un poste de vice-président. À ce que je sache, il
n'y a pas eu de mouvement ou de demande spécifique à cet effet.
En tout cas, je ne sais pas quelle est l'urgence maintenant de nous arriver
avec ça en fin de session pour créer un poste de
vice-président. Cette intuition que j'ai est d'autant plus
confirmée par ce qui suit, à la lecture approfondie de ce projet
de loi. Donc, on crée un poste de vice-président. La
première chose que je me suis demandée, M. le Président,
c'est quelle est la fonction de ce vice-président, car si on crée
un nouveau poste, s'il y a une demande, eh bien, un vice-président doit
avoir un mandat, il doit avoir une tâche spécifique.
M. le Président, nulle part dans ce projet de loi on n'a
défini la tâche ou le mandat de ce vice-président. Nulle
part. C'est assez aberrant, surtout quand on considère aussi le salaire
auquel, normalement, est attribué ce genre de fonction. Ce n'est pas
négligeable, M. le Président. Je vais prendre un exemple: le
vice-président de la Commission des services juridiques. Ce
vice-président, d'ailleurs, a fait beaucoup parler de lui; il est
payé 98 400 $ par année. C'est justement, je pense, un exemple
qu'il faut
vraiment avoir à l'esprit quand on voit cette disposition de ce
projet de loi. On en a un, déjà, un vice-président qui n'a
pas de tâche et qui n'a pas de mandat. Depuis 1989, il a
été nommé à la vice-présidence de la
Commission des services juridiques et il n'est jamais entré en fonction.
Ça a été confirmé, M. le Président, par le
ministre de la Justice lui-même lors de l'étude des
crédits. Depuis 1989, on a un vice-président, payé 98 400
$, qui n'est jamais entré dans son bureau, qui n'a jamais
été sur la liste des officiers de la Commission des services
juridiques, qui ne fout absolument rien. C'est grave, M. le Président,
surtout à une époque où on est en train de couper les
budgets de l'aide juridique de 6 000 000 $ par année et de 3 000 000 $
encore, l'an prochain. On a 100 000 $ qui sont payés pour que quelqu'un
reste chez lui.
Je fais bien attention, M. le Président, de préciser que
je ne m'attaque pas au vice-président lui-même qui a toutes les
compétences et les qualifications pour tenir un poste de
vice-président. Il a déjà été
vice-président dans un autre ministère et il a fait ses preuves.
Ce n'est pas une attaque, M. le Président, contre le
vice-président que je suis en train de faire, c'est contre le
système qu'on instaure, à créer des postes qui ne
correspondent à rien. Est-ce qu'on veut placer quelqu'un? Est-ce qu'on a
quelqu'un à mettre sur une tablette ou à transférer? On
peut se poser la question. On crée un poste et on ne donne pas de
mandat. Que va-t-il faire? Est-ce qu'on a déjà quelqu'un pour ce
poste? Est-ce qu'on a déjà un concours qui est prévu? On
n'en a aucune idée.
C'est d'autant plus étonnant de voir une telle disposition qu'en
même temps, à peu près simultanément, cette
Assemblée, on lui soumet un projet de loi, le projet de loi 198, qui
limite l'embauche dans la fonction publique. On veut réduire l'embauche
de nouveau personnel, on veut même l'empêcher. Puis, là,
justement, on prévoit un nouveau poste, comme ça, sans fonction,
sans mandat, puis qui va probablement être payé, je suppose, comme
je vous le dis, à peu près 100 000 $ par année. Mais
où est la cohérence? Où est la logique? Je me pose de
sérieuses questions, et je pense que toute personne qui suit
attentivement les dépenses d'un ministère ou les dépenses
attribuées à un budget doit se poser la même question. Je
pense qu'il n'y a aucune justification, M. le Président, pour
créer ce nouveau poste, à moins qu'on ne nous en définisse
d'une façon précise le mandat et qu'on nous précise aussi
quels sont les besoins de la Commission des normes du travail pour un tel
poste.
Alors, M. le Président, ça, c'est cet aspect, et je crois
que le débat sur cette question de la vice-présidence est un
débat tout à fait distinct et qu'on doit tout à fait
séparer de l'autre question qui est la question du 1er juillet.
Ce qui m'étonne un peu dans le projet de loi, justement à
propos de cette disposition du 1er juillet, c'est que cette Assemblée a
déjà été... On a déjà proposé
un projet de loi, justement, émanant du député de
D'Arcy-McGee pour officialiser cette fête du 1er juillet. Or, il semble
que ce projet de loi déposé par le député de
D'Arcy-McGee n'ait pas eu l'aval du parti au pouvoir, du Parti libéral,
et en particulier du ministre de la Main-d'oeuvre et de la
Sécurité du revenu. Alors, pourquoi, à ce
moment-là, si ce projet de loi qui avait été soumis par le
député de D'Arcy-McGee n'a pas été retenu,
revient-on avec ce projet de loi, avec cette définition du 1er juillet?
Je me pose vraiment des questions, M. le Président.
Une autre question, M. le Président, c'est que je me demande
pourquoi, maintenant, on arrive avec cette disposition. Est-ce qu'il y a un
mouvement populaire, est-ce qu'il y a eu des pétitions qui ont
circulé réclamant ceci? En tout cas, M. le Président, moi,
je n'en ai pas entendu parler, et je ne pense pas qu'il y ait des
députés aussi qui aient entendu parler de... En tout cas, je n'ai
pas vu une seule pétition déposée à
l'Assemblée nationale réclamant le rétablissement ou
l'établissement de cette consécration du 1er juillet. Donc, de
mouvement populaire, il n'y en a pas. Serait-ce la fête du 125e
anniversaire du Canada? J'ai entendu dire, justement, que peut-être les
organisateurs avaient peur de ne pas avoir assez de personnes le 1er juillet.
En faisant jour férié le 1er juillet, évidemment, on
s'assure une plus grande disponibilité des gens. M. le Président,
peut-être, à ce moment-là, y a-t-il connivence entre le
gouvernement fédéral et le gouvernement provincial
là-dessus. Je n'en sais rien, mais c'est une bonne question qu'on peut
se poser.
Maintenant, je trouve aussi que le moment est le plus
particulièrement mal choisi. Au moment où on est dans une
période très névralgique des négociations,
où bon nombre de personnes se posent des questions quant à
l'avenir politique du Canada et du Québec, alors, justement, on arrive
avec ce projet de loi là. Eh! oui, M. le Président, on envoie
ainsi un genre de message contradictoire. Est-ce un autre message de bonnes
intentions de ce gouvernement envers le fédéralisme? Encore
là, on ne le sait pas. On ne comprend pas pourquoi on nous arrive
maintenant avec ça, surtout qu'on avait préparé les gens.
La nouvelle circulait déjà depuis un bon moment que la
journée fériée, celle relative au 1er juillet, serait,
comme par le passé, un lundi pour faire une longue fin de semaine.
C'était prévu. Les gens s'attendaient à ce que le lundi 29
juin soit congé et qu'on ait encore une longue fin de semaine. Alors,
maintenant, on nous arrive avec ça: Non, ce sera le 1er juillet. On va
avoir une semaine coupée.
On peut d'autant plus se poser des questions sur le moment choisi quand
on regarde l'aspect coût de cette disposition. En effet, les
détaillants, les commerçants vont reconnaître et
vont confirmer qu'il est beaucoup plus coûteux pour eux d'avoir une
semaine coupée en deux - comme ça va être le cas cette
année, c'est-à-dire que le 1er juillet tombe un mercredi - que
d'avoir une longue fin de semaine de trois jours. Alors, l'aspect coût de
cette disposition, je pense qu'il est vraiment à revoir en profondeur.
(16 heures)
J'entendais tout à l'heure le discours de la
députée de Bellechasse à l'effet que le Mouvement des
caisses Desjardins avait fait une demande à cet effet-là. C'est
bien la première fois que... Il s'agit qu'un mouvement demande quelque
chose ou qu'un regroupement demande quelque chose pour qu'à ce
moment-là le gouvernement immédiatement agisse. Je peux vous dire
quelque chose. On a eu le projet de loi 35 où on a eu la CSN et
où on a eu la FTQ qui ont demandé des actions, et le
gouvernement, à ce que je sache, malgré cette coalition de
plusieurs intervenants syndicaux, n'a pas bougé, n'a même pas fait
de geste significatif.
Alors, M. le Président, on peut se demander: Pourquoi avoir
choisi ce moment? Et, M. le Président, on en arrive à toute cette
question, finalement, de deux fêtes nationales. Je ne pense pas que, par
la loi, on puisse artificiellement donner de l'importance à une
fête. En effet, M. le Président, je pense qu'une fête
nationale, ce sont les gens qui décident spontanément et
instinctivement de lui donner l'importance qu'elle doit avoir. La
Saint-Jean-Baptiste, M. le Président, même pour les
fédéralistes, a toujours été la fête
nationale. Il n'y a pas de question à cet effet-là. On n'a
qu'à regarder la participation populaire qu'il y a, depuis des
années, aux activités de la fête de la Saint-Jean. C'est
notre fête nationale. C'est celle-là que les gens ont
adoptée spontanément. C'est vrai qu'on a une loi qui en fait
officiellement une fête nationale. Mais on n'avait pas besoin de cette
loi-là, dans le fond, M. le Président, parce que les gens,
déjà, l'avaient adoptée, l'avaient reconnue comme
étant notre fête nationale. Maintenant, artificiellement, M. le
Président, comme par manque d'intérêt de la population, on
se dit: Ça y est, on va donner de l'importance à la fête du
1er juillet.
M. le Président, je pense qu'on devrait plutôt regarder les
leçons de l'histoire à cet effet que, quand, artificiellement,
une autorité politique tente de donner une importance, soit à une
fête, soit à un pays ou à une fiction artificielle, eh
bien, à ce moment-là, M. le Président, très
rapidement, tout ce qui entoure cette fiction se dissipe rapidement. En effet,
M. le Président, si on se souvient bien, après l'effondrement de
l'empire austro-hongrois, on avait, pendant des années, sous l'empire
austro-hongrois, créé un empire artificiellement. On disait: Vous
êtes tous membres de l'empire. Mais, dès que l'empire, dès
que la contrainte politique a disparu, eh bien, les vraies rivalités,
les vrais peuples se sont identifiés et ont voulu reprendre leur
identité nationale.
On revoit la même chose avec la Yougoslavie, M. le
Président. En Yougoslavie, on a dit: Bon, maintenant, ça y est,
vous êtes tous Yougoslaves. Vous avez tous une identité nationale.
Mais, M. le Président, on le voit que, dans le fond, les gens ne l'ont
jamais accepté. Les gens n'ont jamais adopté cette fiction
inventée par l'autorité politique. Ce sont des
Monténégrins, ce sont des Serbes, ce sont des Croates, et ils le
disent maintenant, et ils la réalisent maintenant, cette
souveraineté qu'ils ont toujours voulue; ils rejettent cette image,
cette identité artificielle qu'on a voulu leur donner.
Alors, c'est un peu dans ce sens-là que je vois ce projet de loi,
M. le Président. On essaie artificiellement de donner de l'importance au
1er juillet. C'est une réaction au manque d'intérêt. C'est
une réaction à un certain lassement, je pense, de la population,
relativement à cette fête nationale. Je ne comprends pas, M. le
Président, pourquoi on saisit l'Assemblée nationale d'un tel
projet de loi.
Je regarde, d'ailleurs, les réactions qu'il y a eu à ce
projet de loi et ce que je constate, sauf quelques rares exceptions, c'est
l'opposition à ce projet de loi. On se pose exactement les mêmes
questions que je vous soumets. Pourquoi maintenant? Et pourquoi, de toute
façon, point final, mettre ça en question? Gérald Larose
de la CSN disait: Cette intention du gouvernement Bourassa est une provocation
à l'endroit des Québécoises et des
Québécois. En apportant un tel projet de loi, le premier ministre
Bourassa envoie une fois de plus un message confus au reste de la population
canadienne.
Quant à moi, M. le Président, le message du premier
ministre n'est pas confus. Il a toujours été le même. J'ai
toujours, d'ailleurs, été étonné que des gens,
pendant ma campagne, m'interpellent et me demandent si ce premier ministre
n'avait peut-être pas des fibres souverainistes. Quant a moi, ses fibres
souverainistes n'ont jamais existé. Ça n'a été que
de l'apparence. Ça n'a été qu'un «bluff». Et
le vrai fédéraliste qu'est M. Bourassa, le premier ministre, on
le voit maintenant. On le voit par les professions de foi qu'il
réitère à tout propos et qu'il réitère d'une
façon constante.
Donc, de messages confus, M. Bourassa... Et je vois le
député de Verdun qui m'applaudit, justement, le père
spirituel du projet de loi 198, qui devrait peut-être regarder aussi, en
tant que parrain spirituel, ce projet de loi qui nous est soumis.
Alors, M. le Président, justement, M. Bourassa, le premier
ministre, a toujours envoyé ce message fédéraliste. Donc,
c'est finalement le même message qu'il nous envoie présentement ou
qu'il aimerait envoyer à peut-être certains
fédéralistes fatigués, certains
fédéralistes, qui, le 1er juillet, justement, auraient
plutôt choisi un congé le 29 juin qu'un 1er juillet
chômé... Alors, à ce moment-là, en leur disant que,
de toute façon, le 1er juillet, ils ne travailleront pas, bien, ils vont
peut-être être plus tentés d'aller fêter.
Tout ça, M. le Président, c'est pour vous dire que je ne
comprends pas pourquoi l'Assemblée nationale, en ce temps où,
justement, cette Assemblée nationale, on lui soumet tellement de projets
de loi importants... On lui impose même la guillotine pour être
certain que certains projets de loi vont passer. Alors, maintenant, on prend du
temps de l'Assemblée nationale pour débattre un tel projet de
loi, un tel projet de loi qui est inutile, non avenu, superficiel et qui ne
correspond, M. le Président, à absolument rien de concret quant
à la volonté populaire et à la volonté des
gens.
C'est donc pour cette raison, M. le Président, que je vais
m'opposer à ce projet de loi, que je vais voter contre. Et
j'espère qu'il ne verra jamais le jour. Je vous remercie.
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, M. le
député d'Anjou. Je reconnais comme prochain intervenant M. le
député de Lévis. Vous avez droit à une
période d'intervention de 20 minutes, M. le député.
M. Jean Garon
M. Garon: M. le Président, le projet de loi qui est devant
nous est un projet qui ne tient pas compte beaucoup des besoins des citoyens,
puisque c'est clair que, si les citoyens avaient à choisir, ils
choisiraient une longue fin de semaine plutôt qu'une journée qui
arrive en plein milieu de la semaine. Et ceux qui viennent nous dire que le
Mouvement Desjardins serait favorable, alors qu'on essayerait d'adapter les
citoyens aux machines financières ou aux ordinateurs, ils sont dans les
patates. M. le Président, pour en faire la preuve, je vais lire une
partie du discours de M. Béland, devant la basilique de Québec,
le 8 mars 1992, où il dit justement dans son discours qu'il faut adapter
les machines aux citoyens et non pas les citoyens aux machines.
Je vais vous dire que, demain matin, s'il y avait un vote populaire, 90
% des gens vous diraient qu'ils aimeraient mieux une fin de semaine de trois
jours qu'avoir une fête qui arrive en plein milieu de la semaine, le
mercredi. Les autres fêtes, habituellement, sont toutes
fêtées - sauf la Saint-Jean-Baptiste, la fête nationale - en
prolongeant la fin de semaine. Qu'il s'agisse du mois de mai... Certains
parlent de la fête de la reine, d'autres de la fête de Dollard;
j'ai vu des jeunes qui avaient réglé le problème, ils
appelaient ça la fête du dollar, la fête de la piastre. Ils
ont compris qu'à l'ère moderne il y a bien des gens qui
sacrifiaient bien des principes pour la piastre.
Mais regardons l'Action de grâces à l'automne. On rajoute
une fin de semaine de trois jours. On va me faire croire qu'au mois de juillet,
au début de juillet, les gens préfèrent avoir le mercredi
plutôt que le lundi, pour avoir trois jours? Demandons aux citoyens,
parce qu'une fête populaire... On dit que c'est une fête populaire
et non pas une fête bureaucratique pour le confort des ordinateurs! On
verra que les citoyens vont tous dire qu'ils préfèrent une longue
fin de semaine, surtout à cette période de l'année
où il fait chaud, c'est humide, les enfants sont en vacances. Puis, on
va nous faire croire que les citoyens, les parents préfèrent
avoir un mercredi solitaire, que les entreprises aiment mieux avoir un mercredi
solitaire plutôt qu'une fin de semaine, M. le Président?
Je vais vous lire une partie du discours de M. Béland qui parlait
justement de l'adaptation des principes et des mauvais choix que fait la
société moderne qui se fout de l'être humain. Qu'est-ce
qu'il disait, M. Béland, du Mouvement Desjardins? L'humain est un
être global. En effet, il dit: «Je ne suis pas ici devant les
membres d'une chambre de commerce ou devant un institut de spécialistes
financiers. C'est dans la maison de Dieu - il était à la
basilique de Québec - qu'on m'invite à parler d'économie,
dans l'enceinte d'une basilique qui accepte l'homme dans toute sa
globalité. Cette invitation en ce sens m'apporte une certaine
satisfaction, celle de réaffirmer la résistance que j'ai toujours
face à cette tendance de notre époque à compartimenter
l'être humain. Il me semble que, comme homme ou femme, chacun et chacune
de nous n'est pas seulement un travailleur, un producteur ou un consommateur.
Chacun, chacune de nous n'est pas seulement un épargnant ni un
électeur, ni un auditeur et surtout pas simplement un soldat qu'on
oppose à un autre soldat, mais chacun de nous est un peu tout cela
à la fois, et même davantage, avec, je vous le concède, une
habileté ou une compétence acquise dans une activité
particulière. Mais nous ne sommes certes pas seulement cette
habileté ou cette compétence.» (16 h 10)
Comme s'il fallait faire les congés en fonction des institutions
financières! Voyons donc, M. le Président! Qu'est qu'il ajoute,
M. Béland? «...ou encore cette incohérence tout à
fait inacceptable, à mon sens, qui fait qu'on ne vous accorde plus la
parole autrement qu'à l'intérieur de votre champ
d'habileté spécifique. Ainsi, devant une telle compartimentation,
si vous êtes financier, médecin, avocate, charpentier, religieux
ou religieuse, vous n'avez droit de parole ou n'êtes crédible
qu'en matière de votre profession ou de votre métier, comme si,
en exerçant votre spécialité, vous cessiez d'être
citoyen ou citoyenne, père ou mère, comme si vous cessiez
d'être un être qui pense, qui aime,
qui aspire au bonheur». Vous comprendrez que, dans les familles,
le congé le plus adapté à la famille, c'est le mercredi
plutôt qu'une longue fin de semaine. «Puisque vous m'accueillez ici
aujourd'hui - dit M. Béland - c'est que vous reconnaissez qu'il puisse
en être autrement.» Et qu'est-ce qu'il dit? «Un
système économique doit servir l'être global.» C'est
lui-même qui dit ça. Il dit: «Car, en effet, l'être
paradoxal qu'est l'humain a des besoins multiples. S'il survit d'abord par la
satisfaction de ses besoins physiologiques, il vit surtout de la satisfaction
de ses besoins affectifs, soit les besoins d'aimer et d'être aimé,
d'appartenir à une famille, à une société, à
un monde et, pour un chrétien, le besoin d'appartenir à ce grand
peuple qui est en marche vers son Dieu.» Il ne dit pas d'être
connecté sur l'ordinateur pour satisfaire les banques parce qu'elles ont
congé le même jour!
Il dit, non, non, non, les besoins de l'être humain.
«L'humain vit surtout de la satisfaction d'accomplir des choses, de se
réaliser, d'aller au bout de ses limites et de répondre à
ses aspirations les plus profondes». Il continue: «Et les
systèmes qu'il a ainsi imaginés au fil de son évolution
sont divers et prétendent tous porter en eux le germe d'un
généreux projet d'une société faite pour tous. Qui
oserait, en effet, proposer ouvertement un système économique
dont l'objectif avoué ne serait que d'enrichir quelques
privilégiés au détriment des autres? Que ce soit le
libéralisme économique, le capitalisme, le
néolibéralisme, le communisme, le socialisme, tous les
systèmes ont à la base l'objectif de créer une
société juste et équitable. Même, en pays
totalitaire ou sous un régime militaire, les rois, les chefs, les
dictateurs proclament qu'ils ont accaparé le pouvoir pour sauver le
peuple et pour apporter le bonheur à tous ses membres.» Et,
remarquez ce qu'il dit: «Voilà la théorie.»
Voilà la théorie. «Voilà la fin que poursuivent les
différents systèmes économiques: instaurer des
organisations qui permettent à chacun de vivre non pas les un contre les
autres, mais les uns avec les autres et les uns pour les autres. Des
systèmes, en somme, qui fécondent la règle de l'union pour
la vie. Des systèmes qui incarnent dans leurs règles d'action -
écoutez bien - une éthique et des valeurs qui imposent certaines
limites à l'individualisme et sèment le sens du partage et de la
justice dans le coeur des individus. Car ce ne sont pas les systèmes qui
font les hommes, mais les hommes qui font les systèmes.»
Est-ce qu'on va dire qu'il faut faire le congé le mercredi parce
que les institutions financières, avec leurs bureaucrates, trouvent
ça mieux pour connecter leurs ordinateurs de bord en bord du Canada?
Voyons donc, M. le Président! Rien que l'énoncer, c'est ridicule.
Vous allez me faire croire que le Mouvement Desjardins est favorable à
ça, alors qu'il dit qu'il est axé sur l'humain! Les besoins de
l'être humain, ses employés... Demandez aux employés du
Mouvement Desjardinss'ils aiment mieux avoir le congé du 1er juillet le
mercredi, ou avoir une longue fin de semaine? Vous allez voir ce qu'ils vont
vous répondre. Dans une proportion de 95 % ils vont vous dire: La longue
fin de semaine.
Et M. Béland continue: «Aussi longtemps que le règne
de la justice et de l'amour ne sera pas instauré dans les coeurs de ceux
qui habitent les systèmes, aucun système, si
généreux soit-il, ne réussira à atteindre
pleinement ses objectifs.» Il est dur dans ses paroles, M. le
Président, parce qu'il dit justement que les gens ne sont pas capables
de connecter la pratique avec la théorie. Ils font de la théorie,
du pétage de broue. Quand j'entendais la députée de
Bellechas-se tantôt, M. le Président, j'étais
estomaqué. Voyons donc! que c'est la préoccupation des gens de
Bellechasse de fêter la Confédération le mercredi, alors
qu'il y a un taux de chômage épouvantable, alors que les scieries
sont en train de fermer, que les gens n'ont plus de bois à vendre, que
les cultivateurs sont dans des problèmes et qu'ils ont peur actuellement
de la situation économique. Je l'entends parler pour la première
fois, je pense, depuis le début de l'année, et elle vient nous
parler de la fête du Canada disant que ça va être mieux un
mercredi qu'une longue fin de semaine! Bien, je vais vous dire, il faut
être joliment déconnecté pour faire ce genre de
discours!
Une voix: C'est vrai.
M. Garon: Alors, qu'est-ce qu'il dit? «Autre paradoxe - dit
M. Béland - découlant probablement du difficile équilibre
entre l'individualisme inné de lui-même et sa nécessaire
sociabilité, les moyens que, de tout temps, ont élaboré
les hommes pour construire cette société désirable sont
rarement fondés sur des règles d'union pour la vie, mais au
contraire sur des règles de fuite ou de lutte, pardon, pour la
vie.» «En effet, le libéralisme, le
néolibéralisme favorisent plutôt ce
déséquilibre en maximisant l'appât du gain, le désir
de dominer et de posséder.» On voit des institutions
financières dire: Le congé, c'est le mercredi. Nos ordinateurs
vont être mieux connectés. Voyons donc, M. le Président! Le
congé doit être pensé en fonction des besoins des familles.
Est-ce que c'est mieux une longue fin de semaine ou un mercredi? Et moi, si
j'étais fédéraliste, j'aimerais mieux, comprenez-vous - je
ne suis pas fédéraliste -que la fête de la
Confédération, que je respecte pour ceux qui la respectent, soit
fêtée pour rendre service aux gens plutôt que de leur mettre
ça dans le milieu de la semaine, alors que ça ne fera pas leur
affaire.
M. le Président, il dit: «En effet - M. Béland
continue - le libéralisme ou le néolibéra-
lisme favorise plutôt ce déséquilibre en maximisant
l'appât du gain, le désir de dominer et de posséder, en
choisissant la concurrence, l'opposition du capital au travail ou celle du
producteur au consommateur comme moteur de l'économie. En choisissant,
en somme, la règle de la lutte pour la vie, ce système a
plutôt mis en évidence le caractère individualiste de
l'être humain, au détriment de sa vocation sociale. Il a
misé sur l'individualisme de l'être humain et sur son désir
de possession et de satisfaction de ses besoins insatiables, escomptant
libérer ainsi un dynamisme qui commanderait une production toujours plus
grande.» Voyez-vous? La production toujours plus grande, comme si
c'était le seul but de la vie. «À cet égard - dit M.
Béland - il a réussi. Mais, en soumettant ainsi les
sociétés aux impératifs de plus en plus exigeants de la
croissance économique, le libéralisme économique ne les
a-t-il pas entraînées dans l'étroit sillon de
l'individualisme et, ce faisant, ramené l'être humain,
ramené l'humain à un simple mécanisme de production,
spécialisant de plus en plus son geste et sa pensée de
façon que, dans la chaîne de production, il décuple sa
performance.» Tu sais, c'est un piton. On dit: L'être humain, c'est
un piton. On va lui donner congé le mercredi; ça fait l'affaire
des machines. Comme si on ne devait pas se préoccuper que ça
fasse l'affaire une longue fin de semaine, pour les familles et l'ensemble des
citoyens.
M. Béland continue: «On a ainsi cessé de le
voir comme un être global et cherché plutôt à
favoriser sa spécialisation à outrance. En somme, dans la
foulée de l'établissement de ce système, non seulement
avons-nous, finalement, comme humains, restreint notre univers à l'homo
econo-micus, mais, en plus, cet être économique, nous l'avons, au
nom de l'efficacité, compartimenté, spécialisé,
décortiqué. Inconsciemment, nous en sommes venus à refuser
de voir en lui un être qui n'a pas que des besoins physiologiques, mais
un être global qui aspire à quelque chose de supérieur. Un
être fait d'un corps et d'une âme, inscrit dans une
éternelle continuité, témoignant sur cette terre de
l'amour d'un Créateur vers qui il se dirige et en qui il trouve sa
raison d'être et sa confiance.»
Et il continue, M. le Président, M. Béland. Je vais
continuer, mais je regarde. Je ne veux pas manquer les meilleurs bouts. M. le
Président, il continue: «Au contraire, encouragé dans son
individualisme, replié sur lui-même, d'où il est incapable
de voir autre que lui et combattant sa nature d'être social, l'homme
s'active dans des économies qu'anime la règle de la lutte pour la
vie du chacun pour soi, comme si, en vertu d'une règle magique de la
lutte des uns contre les autres devait résulter un partage, comme si du
chacun pour soi devait résulter un chacun pour tous.»
«Pourtant, cette course à la croissance économique - les
institutions financières qui veulent avoir le congé le mercredi -
une croissance de plus en plus effrénée, n'est, finalement,
qu'une illusion de satisfaction. L'homme ne peut trouver son bonheur dans la
satisfaction d'une seule facette de son être, et ce repli de l'homme
économique sur lui-même, ce cloisonnement des esprits
apparaît finalement comme le reflet d'une société dont le
projet global et ultime s'estompe. Une société qui ne trouve plus
l'horizon vers lequel elle marchait est une société, en somme,
qui ne sait plus quel milieu est le plus favorable au développement
optimal de l'être humain.»
Bien, moi, je vais vous dire: Le développement optimal de
l'être humain, c'est un congé pour allonger la fin de semaine
plutôt que dans le milieu de la semaine. L'ensemble des citoyens,
demandez-leur. Demandez aux citoyens, en général, pas ceux qui
sont téléguidés pour faire des discours comme ça,
mais demandez-leur qu'est-ce qu'ils aiment mieux. Ils vont tous vous dire
qu'ils aiment mieux une longue fin de semaine. Ils vont tous vous dire
ça, M. le Président. (16 h 20)
En ce sens, il dit: «L'économie n'est pas qu'affaire de
chiffres.» Écoutez: «L'économie n'est pas qu'affaire
de chiffres. L'économie érigée en système, on le
voit bien, a des effets directs et profonds sur le comportement des humains.
Elle influence l'éthique et les valeurs sur lesquelles il se fonde. Si
on n'y prend garde, elle en vient à substituer la partie au tout,
à convaincre que le moyen est plus important que la fin. Or, s'il n'est
pas essentiel de faire intervenir les règles de la morale pour expliquer
la vie économique telle qu'elle est. Il est par contre indispensable de
s'y soumettre pour construire un régime économique à la
mesure de l'homme; c'est-à-dire, pour concevoir ce que ce régime
doit être, en ce sens, l'économie indique le possible, le moral,
le désirable.»
Et il continue: «L'économie, dans l'ordre de sa
spécificité, n'a qu'une vision, celle de maximiser le possible de
la production et de la consommation, comme si le produit national brut
était à la mesure du bonheur de l'homme et l'accomplissement
ultime de sa finalité, laissant ainsi à d'autres,
cloisonnés eux aussi dans une autre vision, celle du politique, la
responsabilité du désirable, et exigeant de celui-ci qu'il
rétablisse l'équilibre par l'usage de son pouvoir de faire des
lois.»
Que dit M. Béland, au fond? Il dit qu'il faut faire des lois pour
le bonheur de l'homme. Ce n'est pas seulement l'économie et les besoins
des institutions financières qui sont importants. Il faut faire des lois
pour le bonheur de l'être humain. Il revient à une
vérité fondamentale que j'avais énoncée
déjà, en 1985, qu'on serait mieux de mesurer une
société non pas à son produit national brut, mais à
son bonheur national brut.
Je vais vous dire qu'on rajoute plus dans le bonheur national brut en
mettant le congé une longue fin de semaine qu'en le mettant, comme un
cheveu sur la soupe, dans le milieu de la semaine, en fonction de ce qui
arrive. M. le Président, demandez aux familles: Aimez-vous mieux avoir
une longue fin de semaine autour du 1er juillet ou si vous aimez mieux -
demandez ça - le 24 mai, à l'Action de grâces, n'importe
quel congé? Les gens vont tous vous dire qu'ils préfèrent
une longue fin de semaine.
Il faut être capable, quand même, de faire des lois en
fonction des besoins des gens. Et il continue. Je vais vous lire... Je n'aurai
peut-être pas le temps. Il me reste combien de temps? Cinq minutes? Je
vais aller au plus court, à la fin, ici.
Une voix: Heureusement que M. Béland avait fait un
discours, hein!
M. Garon: Non. Je trouve ça important. Quand on essaie de
nous faire croire que le Mouvement Desjardins veut ça... Voyons donc! Il
dit: «En fait, au début du siècle, à Lévis,
Alphonse Desjardins n'a pas lancé un commerce ou une autre institution
financière...» Écoutez bien ce qu'il dit. C'est M.
Béland qui dit ça, dans la basilique de Québec:
«Alphonse Desjardins, au début du siècle, à
Lévis, n'a pas lancé un commerce ou une autre institution
financière, il a d'abord lancé une idée, celle d'instaurer
un régime économique au service de l'humain, où l'humain
aurait primauté sur le capital, où tous les humains seraient
considérés comme des égaux. Il a lancé
l'idée d'un instrument économique qui favorise l'instauration
d'une société où chacun serait traité d'une
façon juste et équitable.»
Il continue: «Mais, encore ici, ce ne sont pas les formules ou les
systèmes qui font les humains, ce sont les humains qui transforment leur
milieu et qui le construisent à leur image. Si, croyons-nous, la
société est égoïste, c'est qu'elle est faite d'hommes
et de femmes qui favorisent cet égoïsme. Pour convertir les
sociétés, il faut d'abord convertir ceux et celles qui les
constituent. Une société vertueuse, juste et
généreuse ne peut se construire que par des gens vertueux, justes
et généreux. Il en va de même pour la coopération et
les coopératives.»
Et il termine son discours en ce sens: «L'économie, j'en
suis de plus en plus convaincu, pour qu'elle ait un sens, ne peut vivre en vase
clos, elle ne peut exister par elle-même et pour elle-même.
L'économie doit se soumettre et s'intégrer à l'être
humain comme être global et doit accompagner l'homme dans sa marche vers
la réalisation de ses aspirations les plus profondes et le plein
accomplissement de sa finalité. L'économie n'est pas en soi
importante si elle ne sert pas l'humain. L'économie n'est pas en soi
importante - en tout cas, pour la fin, je ne pourrai pas en parler plus
longtemps - si elle ne sert pas la finalité de l'être
humain.»
Au fond, M. le Président, pensez-y, vous-même, comme
président, comme député dans votre comté, demandez
aux citoyens, n'importe qui, je défie n'importe qui de demander aux
citoyens: Aimez-vous mieux avoir une longue fin de semaine ou mettre ça
de façon arbitraire dans le milieu de la semaine, en vous disant: Les
institutions financières, ça fait leur affaire? «So
what», M. le Président! «So what!» qu'on soit ouvert
en même temps que les banques de Toronto, en même temps que les
banques de Winnipeg ou en même temps que les banques de Vancouver!
«So what!» Puis, on n'est pas ouvert le 4 juillet... On est ouvert
le 4 juillet, puis ils sont fermés aux États-Unis. Pensez-vous
qu'on a des problèmes? Voyons donc! Voyons donc!
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Je vous demanderais de
conclure.
M. Garon: Voyons donc! Je dis ça, «so what»,
pour qu'il y en ait qui comprennent. Ils ne comprendront pas autrement. Et,
essentiellement, l'affaire des familles, des citoyens, c'est une longue fin de
semaine à ce moment-là de l'année. C'est ça qui
fait leur affaire. Pour les familles dont les enfants sont en congé,
c'est la première grosse fin de semaine, au fond, qui arrive avec les
congés des vacances d'été. Et les gens aiment mieux avoir
une longue fin de semaine qu'avoir un congé qui arrive dans le milieu de
la semaine. On vient de découvrir, et on dit: À l'occasion du
125e anniversaire de la Confédération, on ne s'en est pas
aperçu avant - alors qu'on a toujours allongé la fin de
semaine... Voyons donc! M. le Président. Il y a des gens qui ont besoin
de se faire réajuster. Il y a des montres qui doivent être
remontées, et il y a des cerveaux qui doivent s'adapter aux citoyens
plutôt que d'essayer d'adapter les citoyens aux ordinateurs et aux
appareils électroniques qui servent dans le système bancaire. Je
vous remercie, M. le Président.
Une voix: Bravo!
Le Vice-Président (M. Lefebvre): Merci, M. le
député de Lévis. Sur la même motion, je cède
la parole à M. le député de Verdun.
M. Henri-François Gautrin
M. Gautrin: Merci, M. le Président. Quand
j'écoutais le député de Lévis, je me faisais la
remarque suivante: Heureusement que M. Béland a parlé le 8 mars
dernier parce que, autrement, il n'aurait rien eu à dire sur le projet
de loi. Dans tout son discours, il a essentiellement
répété le discours de M. Béland.
Pour être plus sérieux, M. le Président, je vais
essayer ici de toucher les deux points du projet de loi. Le projet de loi veut
simplement
réformer la Loi sur les normes du travail. Il le fait en deux
points: il crée un poste de vice-président à la Commission
des normes du travail et il fixe quelque chose pour la date de la fête du
Canada. Nous allons d'abord régler ce petit problème de la
nomination d'un vice-président à la Commission des normes du
travail. Je pense que personne ne conteste l'opportunité, à
l'heure actuelle - parce que la Commission des normes du travail a pris
beaucoup plus de responsabilités - que le président, qui joue le
rôle d'un directeur général, puisse avoir quelqu'un qui
l'appuie et qui l'aide. Il y a des gens, du côté de l'Opposition,
qui ont prétendu qu'il y avait là contradiction avec le projet de
loi 198. C'est réellement une lecture totalement fausse du projet de loi
198.
Le projet de loi 198 ne veut pas, M. le Président, gêner le
développement normal de l'appareil de l'État, il veut seulement
contraindre l'État à diminuer sa fonction publique, lui
permettant, bien sûr, de pouvoir faire les réaménagements
nécessaires qui s'imposent à l'intérieur de la fonction
publique. M. le Président, le projet de loi 198 est un projet de loi
global; il n'empêche pas la nomination de certains fonctionnaires lorsque
le poste devient absolument nécessaire parce qu'une commission a
changé de fonction.
Donc, je pense, M. le Président, avoir réglé ce
problème et, dans le fond, de la part de l'Opposition, personne,
réellement, ne conteste que, parce que la Commission des normes du
travail a changé d'objectif, parce que le président a une
fonction qui est maintenant beaucoup plus vaste, c'est tout à fait
normal et naturel de lui adjoindre un vice-président. Donc, faisons fi
de cette partie de la loi et revenons réellement à la question de
fond. La question de fond dans la loi est la suivante: Elle va fixer, enfin, la
date de la fête du Canada au 1er juillet et non pas au lundi ou au
vendredi le plus proche du 1er juillet.
M. le Président, lorsque j'écoutais le
député de Lévis, son argument était basé sur
la chose suivante: Est-ce que la population ne préférerait pas
avoir une longue fin de semaine? En général, oui, la population
aime avoir une longue fin de semaine. Mais son argument, si je l'appliquais
jusqu'au bout, dirait: La fête de Noël, il faudrait la bouger de
manière qu'on ait une longue fin de semaine pour la fête de
Noël. Son argument, si je l'appuyais réellement jusqu'au bout,
dirait que le 1er de l'an, il faudrait bientôt le fêter le 28
décembre, le 2 ou le 3 janvier, de manière,
éventuellement, à avoir une longue fin de semaine. Son argument,
si je l'appliquais à la fête du 24 juin - qui, d'ailleurs tombe
aussi, cette fois-ci, un mercredi - voudrait dire qu'on ne fêterait pas
la fête nationale du Québec le 24 juin, mais on devrait la
fêter le 22 juin ou le 27 juin, M. le Président. (16 h 30)
M. le Président, il y a des fêtes dont la date correspond
à un certain symbole. Le 24 juin doit rester le 24 juin, même si
ça tombe un jeudi ou un mercredi, parce que c'est l'occasion. C'est
l'occasion pour l'ensemble des Québécois d'exprimer leur
solidarité. Personne, de ce côté-ci de la Chambre, du
côté gouvernemental, ne veut changer la date du 24 juin. Nous
pensons qu'il est important que ça reste, quel que soit le jour
où ça tombera, le 24 juin.
M. le Président, je veux revenir sur la fête du 1er
juillet. La fête du 1er juillet, c'est l'occasion unique, pour l'ensemble
des Canadiens, de développer cette solidarité, d'être en
mesure ensemble de pouvoir fêter ce magnifique pays qu'est le Canada, de
pouvoir développer des liens de solidarité entre l'ensemble de
tous les Canadiens et de permettre aux Québécois d'affirmer
qu'ils peuvent être pleinement Québécois, mais aussi
pleinement Canadiens, pleinement Québécois et pleinement
Canadiens, et c'est ça qu'on va vouloir fêter le 1 er juillet.
Je comprends que nos amis d'en face, qui passent leur temps à
vouloir dénigrer le Canada, qui commencent à vouloir abandonner
le Canada, qui veulent refuser le Canada, bien sûr, veulent abandonner
aussi la fête du 1er juillet. Ce n'est pas notre cas. Ce n'est pas ce que
nous voulons, ce n'est pas ce que nous proposons. Bien sûr, nous pensons
que le fédéralisme canadien doit être renouvelé,
mais nous avons profondément une croyance et un amour pour ce pays, le
Canada. Nous voulons réellement le fêter, le fêter ensemble
avec l'ensemble des Canadiens, qu'ils soient de Colombie-Britannique, qu'ils
soient de l'Alberta, de la Saskatchewan, de l'Ontario, du Québec ou des
provinces maritimes. Cette diversité, ce polyethnisme, cette
diversité qui fait la force d'un des pays qui est probablement les plus
appréciés dans le monde, d'un des pays qui est
considéré comme premier parmi les endroits où l'on
aimerait vivre, d'un des pays, le Canada, réellement qui est
admiré par l'ensemble du monde.
C'est l'occasion, le 1er juillet, où ensemble, tous ensemble, de
Vancouver à St. John's, à Terre-Neuve, l'on puisse, en une
journée, développer ensemble les solidarités qui nous
unissent, oublier les éléments qui sont différents, et il
y en a de nombreux. Il y a autant de différences entre un Canadien de
Colombie-Britannique qu'entre un Canadien du Manitoba, qu'un Ontarien, un
Québécois; ce sont tous des gens qui sont différents. Il y
a quelque chose qui les lie; c'est l'amour, une certaine amitié et un
certain profond respect pour la grandeur de ce pays, le Canada.
M. le Président, je trouvais et j'ai toujours trouvé qu'il
était malheureux, dans la loi sur les normes minimales de travail, qu'on
ait galvaudé cette fête du 1er juillet pour la rendre strictement
comme un congé qu'on pouvait bouger n'importe comment et rajouter un
vendredi ou un lundi le plus proche de la date du 1er juillet. Je pense que
cette loi vient corriger quelque chose
qui a été malheureux, à l'intérieur de la
loi sur les normes minimales de travail, et vient faire quelque chose qui est
fondamentalement important pour l'ensemble des Canadiens, la fête du 1er
juillet.
Je vais voter en faveur de la loi et j'espère que cette loi,
cette fête du 1er juillet va permettre à tous les
Québécois qui se sentent profondément
Québécois d'être en mesure d'affirmer, le 1er juillet, leur
appartenance aussi au Canada et d'être fièrement à la fois
Québécois et Canadiens. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Alors, merci M. le
député. Nous en sommes toujours à l'adoption du principe
du projet de loi 21, Loi modifiant la Loi sur les normes du travail et d'autres
dispositions législatives, et je reconnais M. le député de
Shefford.
M. Roger Paré
M. Paré: Oui, merci, M. le Président. Quand on
regarde le projet de loi 21, qui s'intitule tout simplement Loi modifiant la
Loi sur les normes du travail et d'autres dispositions législatives, on
a l'impressionn qu'on va légiférer pour améliorer les
conditions de travail d'un très grand nombre de Québécois.
Ce n'est absolument pas ça. Quand on regarde très rapidement,
puis les discours qu'on a entendus, bon, on dit: C'est quoi, la loi? On peut
dire qu'il y a quatre points. Il y a d'abord, la nomination d'un
vice-président, le congé du 1er juillet qui devient non plus
facultatif, mais la journée même, même si c'est très
contradictoire - on y reviendra tantôt - mais de faire en sorte que le
1er juillet soit fêté la journée même. Un montant,
des amendes pour ceux qui ne respecteront pas ça, donc des amendes plus
élevées maintenant pour s'assurer qu'on va le fêter, et des
modifications à la Loi sur les heures d'affaires pour s'assurer que les
commerces n'auront pas le choix, le 1er juillet, ils vont fermer. On va imposer
la fête.
Donc, en gros, quand vous regardez ça, il y a deux choses dans le
projet de loi: la nomination d'un vice-président à la Commission
des normes du travail et, de l'autre côté, forcer les
Québécois à fêter le 1er juillet. C'est ça,
la loi; c'est aussi simple que ça. Ça ne touche pas la Commission
des normes du travail, parce que si on voulait parler de la Commission des
normes du travail, on pourrait en parler longtemps. Je ne m'éterniserai
pas là-dessus parce que ce n'est vraiment pas ça, l'esprit et
l'essence de la loi. La Commission des normes du travail fait un excellent
travail. La Commission des normes du travail, c'est une institution importante
au Québec puisqu'elle régit, finalement, les relations de travail
d'à peu près 50 % des travailleuses et des travailleurs du
Québec, les gens qui ne sont pas du secteur public et qui ne sont pas
syndiqués. Elle est très importante, la Commission des normes du
travail, qui a été constituée en 1980 par la Loi sur les
normes du travail et modifiée en 1990. Pourquoi, lorsqu'on a
modifié, en 1990, la Loi sur les normes du travail on n'a pas
modifié ce qu'on est en train de faire ici, aujourd'hui, par une loi qui
nous arrive en juin 1992? Pour quelle raison ça nous arrive maintenant?
Et ça, il faut s'arrêter et y réfléchir, je vais y
revenir tantôt.
Mais, effectivement, la Commission des normes du travail, qui se finance
à même les contributions des employeurs, elle est indispensable.
À preuve, seulement deux chiffres. En 1991, il y a eu plus de 30 000
plaintes et, toujours en 1991, il y a eu plus de 31 000 infractions, ce qui
veut dire qu'effectivement c'est important la Commission des normes du travail,
mais ce n'est pas ça qu'on est en train de modifier vraiment.
Je vais plutôt aller sur le fond de la loi parce que la
réalité... Il ne s'agit pas d'une loi modifiant les conditions de
travail au Québec, il s'agit d'une loi exprimant un choix politique,
politique dans le sens constitutionnel du mot. C'est ça qui est la
réalité des choses. Il faut bien la regarder, la loi 21, pour
voir exactement ce que c'est. Elle est à l'image, mais à l'image
parfaite, du gouvernement libéral actuel. Ça ne peut pas
être plus clair, dans le sens qu'elle n'est pas claire. Si je voulais
vous donner quelques - comment je vous dirais ça? - quelques
qualificatifs, je vous dirais que c'est une loi à l'image du
gouvernement, avec du maquignonnage, de l'imprévision, sous de faux
prétextes, irrespectueuse, avec beaucoup de confusion et du
«jean-chrétinisme». Ce que ça veut dire, M. le
Président, dans mon esprit, du «jean-chrétiisme»,
c'est des gens qui aiment affaiblir le Québec. C'est exactement
ça qu'on retrouve dans le projet de loi 21. C'est l'image de ce
gouvernement par rapport à ce qu'ils sont en train de faire ou ce qu'ils
sont en train de causer comme tort aux Québécois, et on le
retrouve dans une simple loi comme ça.
On nous avait dit, en 1985, lorsque les libéraux sont
arrivés au pouvoir: On va légiférer moins et on va
légiférer mieux. Je dois vous dire: La réalité,
elle est tout autre! Je vous le disais tantôt, il y a eu une loi pour
modifier la Loi sur les normes du travail, en 1990 - donc, ça ne fait
pas longtemps. C'est, si je me rappelle bien, en décembre 1990. Pour
quelle raison on n'a pas amené ces modifications-là? Bien non, on
revient. On passe notre temps à corriger des erreurs, des lois mal
faites ou à utiliser des modifications législatives pour faire
avancer des causes politiques. C'est le fonctionnement de ce gouvernement,
«jean-chrétinisme», comme je vous disais tantôt, M. le
Président. Ce n'est pas seulement nous qui le disons ici. Je vais juste
vous citer deux paragraphes du mémoire annuel de la chambre de commerce,
qui sont présentement ici, à Québec, au moment où
on se parle,
qui rencontrent les caucus. À la page 11, ils disent:
«L'allégement de l'appareil gouvernemental, la
déréglementation, sont aussi des thèmes à la mode
auxquels avait souscrit le gouvernement. On se rappellera le rapport Scowen
auquel bien peu de suite semble avoir été donnée. Chassez
le naturel, il revient au galop, dit un proverbe qui paraît fondé
à voir le nombre incessant de nouvelles réglementations, de
nouvelles institutions proposées par ce gouvernement.» (16 h
40)
Même la chambre de commerce reconnaît que les discours qu'on
tient de l'autre côté, ils sont à l'inverse des gestes
qu'on pose. Même, c'est le milieu des affaires. La loi 21 est exactement
dans le même sens. Elle n'a pas été demandée par les
gens d'affaires, elle n'a pas été demandée par le
Mouvement Desjardins, elle n'a pas été demandée par le
mouvement syndical. Elle a été demandée, oui, par le
député de D'Arcy-McGee, par exemple. Mais, d'un autre
côté, dans le débat actuel, ça fait notre affaire
politique, pas nécessairement l'affaire de l'économie, pas
nécessairement l'affaire de la population en général.
Je reviens à ce que je vous disais sur l'image du gouvernement:
l'imprécision. Même dans un petit projet de loi comme ça,
au niveau d'un des articles qui est, en fait, du camouflage et qui est le plus
petit, l'article 1, qui n'est pas l'essence même du projet de loi mais
qu'on a mis à l'article 1, la nomination d'un vice-président. On
trouve le tour d'être imprécis, confus, malhabile, et on va
probablement nous amener un correctif à l'automne.
L'article 1, M. le Président, dit ceci, au paragraphe 10.2:
«Le vice-président est nommé, pour au plus cinq ans, par le
gouvernement. Il exerce ses fonctions à plein temps et remplace le
président dans l'exercice de toutes ses fonctions en cas d'absence ou
d'incapacité d'agir.» Et, dans tout le reste du projet de loi - on
vient de nommer un vice-président - on ne définit pas ses
fonctions. On dit qu'il va avoir des fonctions à temps plein et qu'il va
aussi remplacer le président. Bien, on sait ce que le président
fait, et on sait ce qu'il va faire quand il va remplacer le président
qui va être absent pour toutes sortes de raisons, mais sa tâche
à temps plein, payée, ça va être quoi? Pas de
définition de tâches. On fait une nomination et on n'est pas
capables de définir sa fonction. Est-ce qu'on peut être plus
imprécis?
Je veux bien croire que vous aimez ça, des nominations, de
l'autre côté. Hydro-Québec, deux présidents, 47
vice-présidents; Caisse de dépôt et placement, deux
présidents et, là, on s'en vient à la Commission des
normes du travail avec un vice-président. Une autre nomination, quand on
sait ce que ça a comme effet, ces nominations. On a juste à
regarder ce qui arrive à nos sociétés, avec tout
ça. On ne peut pas dire qu'elles sont encore autant à la gloire
des
Québécois qu'il y a sept ans. Mais, des nominations,
amenez-en! En voulez-vous? En voilà! Mais faites-les correctement! Ayez
un petit peu de jugeote. Je ne vous en demande pas beaucoup. On aurait pu,
quand on nomme quelqu'un dans une loi, avec un poste défini par une loi,
au moins définir son rôle. Mais non! On dit qu'il va être
payé à temps plein, et on ne dit pas ce qu'il va faire mais, de
temps en temps, il remplacera le président. Je vais vous dire, la
logique aurait voulu que vous soyez un peu plus précis. On n'en
demandait pas beaucoup.
L'autre affaire qui est encore à l'image du gouvernement, c'est
d'utiliser ce projet de loi là sous de faux prétextes. Va-t-on
arrêter de rire du monde et utiliser la réalité des choses,
dire franchement et clairement ce qu'on veut poser? On amène ce projet
de loi là. À l'article 1, c'est supposé être
l'essence même d'une loi - la nomination d'un vice-président.
C'est juste un prétexte. La vraie raison et l'esprit - la preuve, le
député libéral qui a parlé avant moi - le vrai
prétexte, c'est le 1er juillet, la fête du Canada. C'est
ça, la réalité. Pourtant, on ne l'a pas mis à
l'article 1. On aime ça, les cachotteries, les choses vagues, confuses,
nébuleuses. Bien, ce n'est pas la nomination du vice-président,
ça, c'est un argument seulement et on utilise, en plus, de faux
prétextes.
J'ai écouté la députée de Bellechasse dire,
tantôt, que c'est le Mouvement Desjardins qui a demandé ça.
C'est M. Béland, du Mouvement Desjardins. C'est faux! Il faut la dire,
la vérité, aussi. Ce n'est pas ce qu'il a demandé, M.
Béland. M. Béland n'a jamais demandé qu'on change la Loi
sur les normes du travail pour l'ensemble de la société
québécoise. Il n'a jamais demandé que le 1er juillet
devienne la date fériée, fêtée, chômée
la journée même. Il a demandé, à cause de sa
situation d'institution financière dans un contexte canadien qui ne
reconnaît pas notre société distincte et qui refuse
toujours de la reconnaître, des modifications qui visaient à
amender la loi afin de reconnaître les conditions de travail à
l'article prévoyant l'exclusion des travailleurs. Tout ce qu'il
demandait pour le Mouvement Desjardins, comme institution financière,
c'est un amendement qui lui aurait permis de fonctionner dans le système
financier québécois et canadien, donc de s'ajuster et d'aider son
institution à être capable de mieux fonctionner. Il n'a jamais
demandé à ce que toute la société soit
transformée, modifiée et que, là, on soit ici, à
l'Assemblée nationale, présentement, pour voter la loi 21. Donc,
on utilise de faux prétextes, de faux arguments. On cite des gens d'une
façon fausse pour se donner des arguments et des prétextes.
Je vais vous dire: Soyez un peu plus honnêtes. Et on manque de
respect. Je suis obligé de le dire tel que je le pense. On nous
amène ça à la dernière minute. Avez-vous
pensé
à tous ces gens qui avaient planifié et prévu des
choses? Quand je parle des gens, je ne parle pas seulement des individus qui
doivent être par milliers à avoir planifié des choses avec
leurs amis, leurs parents, puis peut-être des gens qui
déménagent. Comme individus, il y a des gens qui ont
planifié des choses pour les dates qui s'en viennent,
c'est-à-dire le 29, le 1er ou le 3 juillet. Les gens avaient
prévu, planifié des choses, effectivement, parce que la loi est
là et elle était claire.
On est le 10 juin. La loi n'est pas votée, et puis, là,
bien, on va décider qu'on change ça, puis on va l'imposer aux
commerces en plus. Il y a des gens, comme associations, comme organismes, comme
mouvements qui avaient organisé des choses - j'en connais chez nous -
des célébrations importantes avec parade le 29 juin. Tout
était organisé, les réservations faites, de bonne foi.
Pourquoi? Parce que les gens se fiaient à la loi qui est là pour
être respectée. Ah, bien non! Maintenant, ça ne marche
plus. La loi n'est pas votée, mais là, là, est-ce que
ça va être le 29 ou le 1er? Puis comme ça risque
d'être le 1er, à cause de la majorité parlementaire, ces
gens-là vont devoir tout «canceller», tout recommencer avec
ce que ça implique.
Quand on veut modifier, on le fait suffisamment longtemps d'avance ou
bien, non, on le fait pour l'année suivante, pas pour la semaine ou les
15 jours qui viennent. Il faut avoir un peu de respect pour la population, pour
les gens qui travaillent, pour les gens qui organisent des choses
bénévolement dans les communautés du Québec. Je
dois vous dire: On n'est pas très respectueux. On ne l'est
peut-être pas de l'Opposition, ça, c'est une autre affaire, mais
qu'on ne le soit pas pour la population et qu'on ne le soit pas pour M.
Béland, et qu'on ne le soit pas pour le mouvement coopératif
Desjardins en le citant d'une façon frauduleuse, je trouve qu'à
un moment donné, en politique, il va falloir avoir le respect des gens,
le respect des institutions, si on veut être respecté, à un
moment donné.
On se demande, des fois, pourquoi les gens ont de moins en moins de
respect pour les institutions politiques et publiques. On se demande de temps
en temps pour quelle raison les gens ont de moins en moins de respect, disons,
pour les hommes et les femmes politiques. Dans les sondages, on arrive presque
les derniers. Ne soyons pas surpris. Il s'agit de comportements comme le
gouvernement actuel: On n'est jamais capable d'être clair, jamais capable
d'être respectueux, jamais capable de respecter des engagements qui, de
temps en temps, nous semblent précis et clairs. Même le premier
ministre, qui prend son temps à prendre des engagements,
spécialement en période électorale, et qui ne les tient
plus le lendemain, en disant que le contexte a changé, alors que
c'était lui qui était là la veille et que c'est lui qui
est là le lendemain.
À un moment donné, si on veut que les gens reconnaissent
qu'on a un beau système démocratique et qu'il faut respecter les
gens qui se lancent en politique, il va falloir que l'inverse soit aussi vrai.
On ne peut pas demander d'être toujours respectés, nous autres,
puis avoir un comportement complètement inqualifiable ici et
injustifiable. C'est la confusion. Un gouvernement de confusion avec une loi de
confusion, ça continue, ça va dans le même sens.
Qu'est-ce que je veux dire par là? On discute, de l'autre
côté, qu'effectivement, le 1er juillet doit être
fêté la journée même du 1er juillet, puis c'est le
but de la loi qu'on est en train de discuter, puis on fait accroire que c'est
des pressions des gens. Ce n'est pas des pressions des gens, ni du Mouvement
Desjardins, ni des centrales syndicales, surtout pas des commerces. Mais on
nous amène la confusion parce que, dans un communiqué du ministre
lui-même, le ministre responsable insiste sur la possibilité de
report du congé du 1er juillet au 29 juin, malgré le projet de
loi 21, tentant ainsi d'échapper aux pressions et réactions
négatives dans l'opinion publique. Tout cela ne fait qu'introduire du
désordre, de la cacophonie, des malentendus à l'image de leur
politique constitutionnelle, finalement, M. le Président.
On n'est pas capable d'être clair. On tient le discours de la
journée même, puis là, les gens pensent qu'ils sont
obligés... puis le ministre, dans un communiqué, nous dit: Non,
non, on ne veut pas faire de chicane, on ne veut pas de malentendu. Comme ce
n'est pas un geste vraiment de norme du travail qu'on veut faire, c'est un
geste politique, partisan, constitutionnel, ce projet de loi. Si vous voulez le
changer, vous pouvez le changer, puis là, il faudra s'entendre, parce
que c'est comme ça qu'on amène des malentendus dans le milieu,
c'est comme ça qu'on amène des chicanes, c'est comme ça
qu'on risque d'avoir plus de plaintes aussi, au niveau de la Commission des
normes du travail.
On n'est pas clair, on est confus et on a le discours de tout le monde
ici, tous ceux qui sont intervenus, du côté ministériel, en
disant: II faut fêter le 1er juillet. C'est normal que ce soit le 1er
juillet. Bien, le ministre, dans un communiqué, nous dit: Si vous ne
voulez pas, vous pouvez fêter le 29 juin. C'est encore
transférable. Vous en avez la possibilité. C'est plutôt un
clair confus. C'est plutôt un blanc noir un peu gris. C'est plutôt
à l'image de l'orientation constitutionnelle de ces gens-là. Et
ça, c'est inquiétant. (16 h 50)
Donc, je vous ai expliqué, M. le Président, un peu les
qualificatifs, l'imprécision, sous de faux prétextes, sans
respect de la population et de la confusion, mais là où c'est le
pire, et c'est le plus dangereux pour toute la société
québécoise, c'est cette espèce de gens
«hypocritinistes,
ce qui, dans mon esprit, veut dire: des gens qui aiment voir le
Québec à genoux. Puis, c'est exactement ça.
Il ne faut pas être surpris, M. le Président, de se faire
écraser quand on se prend pour un ver! Il va falloir penser à
ça, de l'autre côté, de temps en temps. Comment on peut
expliquer, dans une période de négociations constitutionnelles
qui arrivent à terme en plus, voyant le comportement de toutes les
autres provinces canadiennes par rapport au Québec, on nous dit: Ah,
mais on peut fêter les deux fêtes nationales. Je vais vous dire,
cherchez-en des citoyens au monde qui ont deux fêtes nationales pour
commencer! Je vais vous dire, des animaux qui naissent avec deux têtes,
on dit que c'est des gens qui ne sont pas normaux. On aimerait ça
être un peuple normal. Les peuples qui fêtent deux fêtes
nationales, cherchez-en, vous allez chercher longtemps!
Mais on nous dit de l'autre côté: Mais oui, mais, au
Canada, on a tellement cette liberté, puis cette capacité de le
faire. Dites au Québec... Allez donc voir comment on fête les
francophones hors Québec dans le reste du Canada. Faites juste regarder
le comportement des premiers ministres et canadien et des autres provinces
anglophones, leur comportement, pas leurs belles paroles quand c'est le temps
de venir nous convaincre d'être d'accord avec eux autres, leur
comportement réel dans les négociations actuelles depuis Meech.
Regardez le comportement de ces gens-là.
Puis, c'est ça que vous avez envie de fêter et puis de
faire fêter. Regardez... Société distincte, oui - Ah, ils
sont bien prêts à la reconnaître, la société
distincte - à la condition que, et dit et écrit en plus, que
ça ne veuille rien dire. Puis, le Sénat, à condition que
ça ratatine et que ça rapetisse le pouvoir du Québec. Des
pouvoirs au Québec, qu'on a déjà, c'est effrayant. Non
seulement ils n'en rajoutent pas, ils nous en arrachent. L'éducation,
qui est la base même de la survie du peuple québécois, on
veut l'arracher. Au niveau culturel, on dit: On vous laisse ça, à
la condition que tout ce qui est véhicule culturel, les grandes
institutions et le pouvoir de subvention, ils le gardent.
C'est une catastrophe! C'est impensable qu'à ce moment-ci on
amène une loi qui vient donner raison aux autres provinces au moment
où on est à la veille d'un référendum, de venir
dire: Regardez, nous autres, on est d'accord avec vous autres. Puis, continuez
à nous faire n'importe quoi, on va être d'accord avec vous autres.
Il n'y a pas un syndiqué qui accepterait un comportement semblable de
ses leaders syndicaux. Il n'y a pas un actionnaire qui accepterait un
comportement semblable de la part de ses gestionnaires, d'affaiblir ses
gestionnaires ou d'affaiblir ses syndiqués au moment où une
négociation arrive à terme.
Heureusement que la fête du 24 juin...
Heureusement que la fête nationale des Québécois,
c'est une fête populaire. Même s'il y a des gens qui trouvent
ça malheureux, c'est une fête populaire parce que c'est une
fête de la fierté. Même si on n'indexe pas, qu'on n'augmente
pas ou même qu'on diminue l'argent pour fêter la fête
nationale, elle est fêtée au Québec parce que c'est une
fête de fierté.
Mais, à l'inverse, regardez ce qui est en train de se passer. On
investit des dizaines et même des centaines de millions en
publicité à Ottawa pour essayer de nous convaincre d'être
fiers d'être Canadiens. Imaginez-vous un peuple qui est obligé
d'investir des centaines de millions pour convaincre les gens qu'ils sont chez
eux, parce qu'ils ne le sont pas, qu'ils sont fiers d'être Canadiens
parce qu'ils ne le sentent pas.
Qu'est-ce que le gouvernement québécois vient faire dans
cette campagne fédéraliste, canadienne? Il s'en vient leur donner
un argument de plus, en obligeant les Québécois à
fêter le 1er juillet, à fermer les magasins, en augmentant les
amendes si on ne le fait pas. Un comportement vraiment inacceptable!
Je dois dire, M. le Président... Sachez une chose: la
fierté, c'est comme l'amour. Heureusement, ça ne s'achète
pas, mais, au contraire, ça se ressent et ça se respecte. Merci,
M. le Président.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Merci, M. le
député de Shefford. Alors, je rappelle aux membres de cette
Assemblée que nous en sommes à l'adoption du principe du projet
de loi 21, Loi modifiant la Loi sur les normes du travail et d'autres
dispositions législatives. Je reconnais M. le président de la
commission de la culture et député de Louis-Hébert. M. le
député, la parole est à vous.
M. Réjean Doyon
M. Doyon: Merci, M. le Président. M. le Président,
si je ne savais pertinemment que nous sommes en train de discuter d'un projet
de loi qui, somme toute, n'est pas d'une importance capitale, à entendre
les membres de l'Opposition je croirais qu'il en va du sort de la nation, de
l'avenir de notre collectivité.
M. le Président, j'y vois, de la part des gens de l'Opposition,
un signe patent d'intolérance carabinée,
caractérisée, qui ne ment pas et qui ne laisse aucun doute sur la
façon dont ils envisagent nos relations de voisinage, quelle que soit la
situation politique qui sera la nôtre d'ici quelque temps.
Quand on n'est pas capable d'avoir assez de bon sens pour
réaliser les exigences normales d'harmonisation - c'est ça qu'on
fait, de l'harmonisation - de la fête du Canada avec ce qui se fait
ailleurs dans le pays de façon à faire disparaître la
confusion qui existe actuellement, à savoir si le 1er juillet, la
fête du Canada, est
un jour férié ou pas, quand on n'est pas capable de vivre
avec ça, de se réconcilier avec ça, c'est signe d'une
réaction maladive quelque part, M. le Président, qui fait peine
à voir et qui est inquiétante. Pas parce que le symptôme
est grave. Le symptôme, il est bénin, M. le Président.
C'est un symptôme qu'on pourrait rejeter du revers de la main, et dire:
Prenez deux aspirines, et ça va se passer. C'est la maladie qui est
grave, M. le Président; le symptôme lui-même, c'est une
affaire avec laquelle on peut vivre. Mais la maladie est grave parce qu'elle
s'appelle l'intolérance, l'incapacité de supporter la
différence, l'incapacité de vivre en harmonie avec quelqu'un qui
n'entre pas dans le même moule, qui ne pense pas la même affaire en
même temps, de la même façon. C'est ça,
l'intolérance. Et ça, c'est une maladie grave, M. le
Président, une maladie que je me fais un devoir ici de
dénoncer.
Je n'avais pas l'intention de parler, moi, là-dessus. Je voulais
laisser passer ça tout simplement pour ce que c'est, une mesure
d'harmonisation. Comme on dit quand on fait des lois: une mesure quasi de
concordance, parce que c'est ce que c'est, dans le fond. Mais, à voir la
levée de boucliers que ça provoque chez nos amis d'en face, je me
suis dit que peut-être que c'est aussi bien de dire ce que j'en pense.
Finalement, je suis ici pour ça. Je diagnostique cette maladie qui
s'appelle l'intolérance envers ses voisins, l'intolérance envers
les autres, l'intolérance envers ce qui n'est pas à
l'intérieur de notre église, à l'extérieur de
laquelle il n'y a point de salut.
Le Canada est devenu, M. le Président, pour les gens d'en face,
ce qu'on appelle un «dirty word». C'est un mot sale, un mot qu'on
ne peut pas prononcer sans être insultant. Ils ne sont pas capables de
prononcer le mot «Canada» sans faire en même temps une
grimace de dégoût. Pourtant, ce Canada, M. le Président,
nous a amenés au premier rang des niveaux de vie au monde. Ce Canada
fait que nous avons des libertés qui font l'envie du monde entier. Ce
Canada dont nous faisons encore partie, ce Canada fait qu'on fait la queue aux
portes de nos délégations, aux portes des ambassades du Canada
partout dans le monde pour venir voir si c'est si pire que ça.
C'est un mot sale, oui, le Canada. C'est un mot sale qui fait l'envie de
tout le monde. Quand les gens d'en face essaient de nous faire accroire que de
prononcer le mot «Canada», de prononcer le mot
«Canadien» et de voir une feuille d'érable quelque part,
ça donne la chair de poule, ça donne envie de vomir; ils font
preuve d'une intolérance qui fait peine à voir. J'aimerais
ça, entendre un discours qui serait d'une autre nature que
ça.
Et c'est ces gens-là qui nous disent: On va faire
l'indépendance. On va devenir souverains et, après ça, on
va signer des traités de bonne entente. On va s'asseoir à la
même table. On va partager le même repas. Ça va être
maintenant des amis, de l'autre côté. Moi, je ne crois pas
à ça, M. le Président. Je ne crois pas à ça,
parce qu'il ne peut pas y avoir deux façons de faire contradictoires,
qui s'opposent l'une et l'autre, et que les deux soient vraies en même
temps. Je ne crois pas à ça. Ça fait mal au coeur, M. le
Président, parce que ça s'apparente à l'ingratitude.
Ça s'apparente à l'oubli du passé. Quoi qu'on en dise,
quoi qu'on fasse, quelles que soient les idées politiques qu'on a
là-dessus, sur l'ensemble fédératif canadien, force nous
est quand même de reconnaître, M. le Président, que l'enfer
sur lequel règne Lucifer est quand même un peu pire que ça.
(17 heures)
On me dit que ce n'est pas sûr, M. le Président. C'est
caractéristique. C'est une réponse et une réflexion
caractéristiques. Je n'ai pas besoin d'en dire plus, M. le
Président. J'aurais voulu avoir une intervention, une interjection de
cette nature, je n'aurais pas pu la provoquer. Elle tombe à point
nommé. Elle fait la preuve de ce que j'avance. Et ça, c'est le
député de Laviolette qui vient de le dire, M. le
Président, vous en êtes témoin. Les collègues qui
sont ici en sont témoins aussi. Ce n'est pas sûr que le Canada
n'est pas pire que l'enfer sur lequel règne Lucifer. Le
député de Laviolette dit: Ce n'est pas sûr. Imaginez-vous!
On va leur confier, après ça, les rênes du pouvoir, on va
leur faire confiance pour discuter de traités éventuels avec le
Canada, quand l'impression qu'on a, l'impression qu'on veut mettre de l'avant,
c'est que le Canada, c'est l'enfer.
M. le Président, moi, je pense que l'honnêteté
politique, la réalité historique veut qu'on reconnaisse que le
Québec, malgré tous les problèmes qu'on a connus,
malgré toutes les difficultés qui sont encore là,
malgré les luttes qui ne seront jamais finies... La partie, elle n'est
jamais gagnée, la bataille, elle reste toujours à faire. Il n'y a
jamais de reddition et de signature qui prouvent l'acquisition d'une victoire
définitive là-dedans, mais, malgré tout ça,
l'honnêteté historique nous oblige à reconnaître que
le Québec, à l'intérieur de l'ensemble canadien, a quand
même réussi à tirer son épingle du jeu
raisonnablement bien.
M. le Président, le projet de loi qui nous est amené
aujourd'hui vise tout simplement à harmoniser des mesures avec d'autres
provinces canadiennes qui sont nos partenaires économiques et dont
l'Opposition nous dit qu'elle veut les garder comme partenaires
économiques. Comment croire, M. le Président, en des paroles
semblables, quand les gestes - vous allez voir le vote, tout à l'heure;
ça, c'est un geste, le vote - sont totalement à l'opposé
de ce qu'on tente de faire croire à la population?
Il est regrettable qu'il y ait des excès de langage de la nature
de ceux que j'ai pu entendre hier soir tard et aujourd'hui, qui visent
à
nier une réalité fondamentale, c'est que le Canada reste
un pays qui mérite le respect. C'est un pays imparfait bien sûr,
un pays qu'il faut renouveler, un pays à l'intérieur duquel le
Québec peut parfois se sentir à l'étroit, mais la
vénération, qui est ce à quoi on doit faire appel quand on
parle de ce genre de célébration, nous oblige à être
conciliants, à avoir confiance en l'avenir.
M. le Président, qui d'entre nous refuse de participer à
la fête de son père ou de sa mère sous prétexte
qu'ils ont fait preuve, à certains moments donnés, parfois de ce
qu'on considère comme des actes qui ne faisaient pas notre affaire et
qui pouvaient parfois, disons-le clairement, être injustes à notre
égard? Quand on parle de fête, quand on parle de
célébration, on veut passer l'éponge, c'est une
réconciliation. Mais les gens d'en face, la dernière des choses
qu'ils veulent, c'est une réconciliation, c'est une entente. Ce qu'ils
veulent, c'est s'organiser pour que, finalement, en attisant le feu, en
soufflant dessus, ça puisse devenir un brasier, ça puisse
enflammer les esprits, que chacun y aille de déclarations plus
fracassantes les unes que les autres dans l'espoir qu'il y aura une
contrepartie qui, elle aussi, fera monter la température de quelques
degrés et que, de fil en aiguille, nous nous retrouvions tous ensemble
dans une situation où il nous sera impossible de partager la même
maison. Cette attitude, je la réprouve profondément.
Je crois que nous vivons dans un monde qui nous oblige à faire
des compromis, à faire des ententes, à en venir à un modus
vivendi qui soit acceptable de part et d'autre, se disant qu'il y aura toujours
lieu de faire des améliorations et n'oubliant jamais que le point de vue
qui est le nôtre, aussi légitime soit-il, fait parfois face
à d'autres points de vue qui, aussi, dans l'esprit des gens qui les
maintiennent et qui les soutiennent, qui ont parfois des raisons de les
défendre, sont fort valables et qu'un effort méritoire, mais
difficile, parfois, de comprendre ces gens, de comprendre les raisons qui les
motivent, ça, c'est plus difficile, M. le Président, que de faire
de grandes envolées nationalistes, «nationala-bles».
M. le Président, je pense que c'est Einstein qui disait...
Einstein disait: Le nationalisme est la petite vérole des peuples. Une
maladie infantile des peuples, disait-il. En tout cas, s'il ne l'a pas dit,
c'était quelque chose de disable.
Une voix: ...beau le dire.
M. Doyon: M. le Président, moi, je fais une
différence fondamentale entre ce qui s'appelle le nationalisme, comme on
essaie de nous le faire avaler de l'autre côté, et ce qu'est
véritablement le patriotisme, qui est l'amour de la patrie-Une voix:
Non, monsieur.
M. Doyon: ...l'amour des gens auprès desquels nous sommes
les plus redevables. Le nationalisme, M. le Président, on est
tenté de l'oublier et de justifier toutes sortes d'abus.
Une voix: Dubrovnik.
M. Doyon: Oui. Je ne vous parlerai pas de Dubrovnik. Le
nationalisme, M. le Président, peut donner justification à tous
les abus possibles et impossibles. Évidemment, ceux qui veulent nous
embarquer dans cette voie tentent de rassurer la population en disant qu'eux,
évidemment, ne feront jamais ce qui a été fait ailleurs au
nom du nationalisme. Jamais! Évidemment pas.
Moi, je suis bien prêt à leur faire confiance. Je suis bien
prêt à leur faire confiance, M. le Président, mais quand je
vois les symptômes que j'ai vus, hier soir et aujourd'hui, je me dis que
la maladie de l'intolérance est encore fort vivante, que le vaccin n'a
pas encore été inventé et que, dans les circonstances,
faire preuve d'un minimum de prudence, c'est agir en quelqu'un d'avisé,
quelqu'un qui se sent responsable.
Moi, M. le Président, j'aurais beaucoup plus de facilité
à faire une intervention aujourd'hui, vous disant: Je suis
Québécois et je suis fier d'être Québécois,
et la fierté, c'est quelque chose qui ne s'achète pas. Je
voudrais vous la faire partager, cette fierté. Je vous ferais un
discours, M. le Président, dont vous vous souviendriez. C'est tellement
facile, M. le Président, d'aller chercher les émotions comme
ça. La facilité même. La difficulté de notre vie
quotidienne, M. le Président, réside dans la rationalité,
le règne de la raison. C'est là qu'est notre véritable
défi d'hommes intelligents et responsables. C'est de résister
à nos émotions, à nos sentiments pour faire régner
la raison. Les discours que j'ai entendus, de l'autre bord, ne sont pas
à cet effet-là. Ce sont les émotions et les sentiments
à vif, et ils régnent en maîtres. Ils dictent les actes et
les gestes. Ça, c'est la voie de la facilité, mais, en même
temps, la voix la plus dangereuse, M. le Président.
Ensemble, convions-nous plutôt à la rationalité.
Convions-nous à comprendre les choses, à essayer de les
expliquer, à essayer de faire en sorte que ce qui est
désagréable, détestable, insatisfaisant puisse être
changé, plutôt que de nous laisser aller sur la pente de la
facilité qui consiste à donner la main haute à nos
émotions, à nos sentiments, en faisant abstraction de la
réalité qui, parfois, est fort exigeante, parce que la
réalité, elle a un défaut, c'est qu'elle est là; on
n'y peut rien, à cette réalité. C'est un défaut
épouvantable qu'a la réalité: c'est d'être
là, de rester là, d'être inéluctable, d'être
incontournable et d'être présente. Tandis que, M. le
Président, les émotions et les sentiments visent justement
à s'imaginer que la réalité va disparaître, qu'on va
la modifier, cette réalité, par
la pensée magique. (17 h 10)
Ce n'est pas comme ça que ça marche. Moi, je suis
totalement heureux de voir que le projet de loi, tout simplement, amène
une harmonisation, amène un éclaircissement. Maintenant, on sait
que le 1er juillet est un jour férié. Les gens vont pouvoir agir
en conséquence, planifier en conséquence, faire des affaires en
conséquence avec les partenaires qui nous sont les plus près.
C'est ça qu'on fait avec cette loi. C'est comme ça que j'avais
compris la loi et c'est l'objectif de la loi. Mais d'une drôle de
façon, M. le Président, le débat a bifurqué, et je
l'ai vu bifurquer hier vers une heure ou deux heures du matin, sur le sujet,
à savoir que, si on était d'accord avec cette loi-là, on
cessait d'être un vrai Québécois ou un bon
Québécois. On n'avait plus droit à ce qualificatif qui
absout tous les péchés, d'être un vrai
Québécois ou une vraie Québécoise, et que
d'être pour le projet de loi 21, c'était une trahison,
c'était quelque chose d'insupportable pour quelqu'un qui pouvait se
penser un Québécois.
M. le Président, je n'ai aucune hésitation à dire
que ma qualité intrinsèque, personnelle et intime de
Québécois se compare à celle de n'importe qui de l'autre
côté. Là-dessus, je n'ai aucune, aucune, aucune
hésitation. Dans les circonstances, qu'on remette ça en question
sur la base d'une affaire aussi secondaire que celle-là, ça
montre que tous, tous, tous les prétextes sont bons pour tenter de
polariser les attitudes, pour tenter de diviser, pour tenter de faire deux
camps, un de bons et un de mauvais. Cette dichotomie est contraire à ce
que, de l'autre côté, on semble appeler de tous leurs voeux,
c'est-à-dire, cette unité parmi les Québécois et
les Québécoises.
Je pense que le discours que les Québécois veulent
entendre actuellement, c'est un discours de tolérance, c'est un discours
qui fait appel au bon sens, qui ouvre la porte à des solutions
constructives qui sont basées sur une réalité bien
comprise. C'est ça que les Québécois et les
Québécoises désirent actuellement. Je suis convaincu que
nous allons être compris dans ce sens-là, que les
événements qui nous attendent d'ici à quelques mois vont
permettre à nos concitoyens et à nos concitoyennes d'exprimer
leur préférence, et de le faire en toute liberté et en
connaissance de cause. Mais je souhaite que dans toutes circontances et en
toutes circonstances ça se fasse dans la tolérance, dans
l'amitié et dans la capacité de s'endurer les uns les autres, M.
le Président.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Merci, M. le
député de Louis-Hébert, de votre intervention. Alors, je
rappelle que nous en sommes à l'étape de l'adoption du principe
du projet de loi 21, Loi modifiant la Loi sur les normes du travail et d'autres
dispositions législatives. Je reconnais
Mme la députée de Marie-Victorin. Mme la
députée, la parole est à vous.
Mme Cécile Vermette
Mme Vermette: Merci, M. le Président. Je ne savais pas
que, lorsque nous défendions des projets de loi, nous avions droit
à des discours moralisateurs sur la tolérance, d'une part. Je
pense que, dans le cas du député qui nous concerne, il est assez
mal placé pour nous faire une leçon de tolérance puisque
c'est lui-même, ce même député, qui refusait
d'accepter le monument de Bolivar, un don qui nous était fait, ici,
à l'Assemblée nationale, et c'était un des personnages qui
refusaient qu'un tel monument puisse avoir place ici, au Parlement de
Québec.
Ce qui m'amène à me poser la question: Est-ce que, pour ce
député, en fait, qui est le député de
Louis-Hébert, pour lui, la tolérance ne s'applique que pour les
hommes du Canada et, que, pour tous les autres, ce mot, ce concept ne
s'applique pas? Je trouve ça un petit peu dommage lorsqu'on vient parler
de tolérance. J'écoutais ce discours et je me disais: Oui, la
véritable tolérance, c'est d'être capable de rester assise
et de l'écouter jusqu'au bout en disant que, probablement, à un
certain moment donné, il pourra comprendre, lui aussi, enfin, que j'ai
le droit à mes opinions et que j'ai droit aussi d'affirmer très
haut et très fort la fierté qui m'habite lorsque je parle de la
fête nationale du Québec, cette fête qui a toujours
été inscrite dans notre histoire et qui a fait partie, en fait,
des événements majeurs pour l'ensemble des
Québécois et des Québécoises, M. le
Président.
Oui, M. le Président, la tolérance appelle aussi le
respect. Je ne crois pas que, lorsqu'on se dit fiers... d'affirmer cette
fierté-là, de défendre, de proclamer, enfin, une
fête nationale qui a été reconnue comme telle, le 24 juin,
tantôt, comme étant la fête des Canadiens français
parce que c'était la façon de se distinguer par rapport au Canada
anglais, et qui affirmait très haut et très clair ce
caractère distinct de l'époque. Oui, effectivement, la
majorité des Québécois et des Québécoises
ont toujours été beaucoup plus attirés par la
reconnaissance de la fête nationale du Québec que la fête du
Canada. La preuve, M. le Président, c'est que, lorsqu'il y avait des
événements au niveau du Canada, très peu participaient,
non pas parce qu'on voulait faire un pied de nez au Canada ou aux Canadiens, ce
n'était pas un débat de personnalités, M. le
Président, mais, tout simplement, ça s'inscrit dans notre
histoire, ça s'inscrit dans ce qui nous rassemble, et c'est ce qui nous
ressemble. Ça nous rassemble, et ça nous ressemble, M. le
Président. C'est à l'unisson que l'ensemble des
Québécois célèbrent et chantent la fête
nationale, le 24 juin.
Qui ne se souviendra pas, M. le Président, de ces parades de
l'époque où ça se terminait
avec un petit Saint-Jean-Baptiste? Bien sûr qu'à
l'époque on se disait: Le mouton et le petit gars, il faudrait qu'on se
défasse un peu de ce mouton-là, de cette idée que
véhicule le mouton, c'est-à-dire d'être toujours à
la suite des autres, d'être toujours obligés de se prendre pour
les autres, et d'être obligés toujours de penser que, pour
être tolérants, il faut vider la maison et la laisser aux
étrangers, M. le Président. C'est pourquoi, à un moment
donné, oui, on a essayé de se démarquer de ce petit enfant
bouclé avec le mouton, pour dire: Écoutez, soyons maîtres
chez nous, donnons-nous nos outils. Même, M. le Président, je
dirais: Nous sommes au pays des géants, ce qui était le
thème, l'année passée, pour dire qu'on a passé
d'une étape à une autre étape, que nous sommes rendus
à l'étape de la maturité, à cette étape
où nous sommes capables maintenant, oui, de démontrer ce
caractère distinct qui nous est propre, qui nous a
façonnés, et qui fait qu'aujourd'hui nous sommes capables de
démontrer à la face même du monde que nous avons tous les
éléments nécessaires pour être un pays et être
reconnus comme tel et agir comme tel, M. le Président.
Effectivement, le sens de la fête est aussi important et la
reconnaissance de la fête est aussi importante que l'ensemble de nos
institutions. C'est un tout. On ne peut pas séparer ce tout, M. le
Président, et vouloir faire la fête du Canada au même titre
que la fête nationale des Québécois et dire: Nivelons
autant l'une que l'autre et banalisons l'une par rapport à l'autre...
Jamais, on n'arrivera à donner et jamais on n'arrivera à faire
partager par les Québécois la fête nationale et la
fête du Canada et des Canadiens, M. le Président. C'est deux
choses nettement différentes. Nous le savons et nous le comprenons, M.
le Président.
Nous sommes prêts à accepter que la majorité
canadienne-anglaise ait, bien à elle, à un moment donné,
une fête qui lui appartienne. Oui, M. le Président. Jamais nous
n'avons osé, en tout cas, dénoncer un tel
événement. Au contraire, à l'occasion, il nous arrive
même d'y participer, pour certains, pour des gens qui y croient, à
ce Canada anglais, M. le Président. Nous avons concouru, à
certains moments, à certains égards, à cette fête du
Canada. Jamais, M. le Président, nous n'avons demandé d'abolir
cette fête. Ce que nous demandons, c'est de se respecter pour ce que nous
sommes, pour ce que notre histoire nous a façonné, M. le
Président, avec tout ce que ça comporte, avec tous les
éléments que ça comporte. (17 h 20)
Entre autres, cette fête nationale des Québécois,
cette fête qui nous rassemble et qui nous ressemble, M. le
Président, fait partie intimement de ce que nous sommes comme
Québécois, comme peuple, et c'est cette reconnaissance que nous
voulons maintenir. Je ne vois pas pourquoi je serais intolérante de
vouloir démontrer, oui, à la face même du monde et,
même, à la face même de l'ensemble du Canada anglais que,
chez moi, je suis une majorité. Nous sommes la majorité
canadienne-française québécoise, M. le Président.
Oui, effectivement, nous le sommes et oui, nous nous donnons des moyens pour
l'affirmer, entre autres, notre fête nationale du Québec,
l'ensemble des Québécois et des Québécoises,
où l'on se retrouve pour se donner ce mot d'ordre, ce mot qui fait en
sorte qu'on peut vibrer au même rythme, à un même moment
donné, dans un même espace.
C'est important, ces temps de rassemblement. Je le comprends trop pour
moi pour l'empêcher pour les autres, M. le Président, mais
ça ne veut pas dire pour autant de donner la même valeur autant
à l'un qu'à l'autre. Bien non. Le respect inspire le respect.
Quand on est capables de respecter et de reconnaître les droits d'une
majorité, on est capables aussi de respecter les droits d'une autre
majorité. C'est ce qu'on appelle de la maturité politique. Moi,
j'estime que j'appartiens à cette catégorie de gens capables de
faire preuve de maturité politique, et je suis capable de faire preuve
de respect aussi pour l'ensemble des Canadiens anglais et pour tous ceux qui y
croient, à ce Canada anglais, M. le Président. Mais ce que je
demande, par exemple, c'est qu'on reconnaisse, à moi aussi, mon
attachement profond pour le Québec et qu'on reconnaisse aussi les pans
de mon histoire dont, entre autres, cette fête nationale des
Québécois qui en fait la fête la plus importante pour nous,
en tant que Québécois et Québécoises. Je ne veux
pas qu'on banalise cette fête. Je ne veux pas qu'on essaie de la niveler,
cette fête, pour aucune considération.
J'écoutais, tantôt, le député de
Louis-Hébert qui était en train de nous dire que nous n'avions
aucun respect et que ce n'était qu'une question d'harmonisation, M. le
Président. On ne parle pas de loi qu'on essaie d'harmoniser avec une
autre loi. On parle des fibres sensibles d'un peuple. On se parle, de peuple
à peuple, de respect et, oui, de tolérance les uns pour les
autres. En Ontario, où il y a une majorité francophone plus
élevée que d'Anglais ici, au Québec, est-ce que, pour
autant, l'Ontario harmonise sa fête nationale avec la fête du
Québec, M. le Président? J'en doute. Il n'en est rien, M. le
Président, et on vient me faire croire, de l'autre côté de
la Chambre, que je suis intolérante parce que j'affirme ma
fierté. On vient me dire, en plus, que je suis à fleur de peau
parce que j'affirme ma fierté. Ça fait trop longtemps, en tant
qu'individu, en tant que peuple, en tant que personne, en fait, qu'on me
demande toujours de me plier aux exigences, de vivre comme si on avait
été un vaincu, et parce que nous avons été vaincus,
il faut assumer cette notion, M. le Président.
Eh bien, les pages d'histoire se sont tournées. Nous avons
été capables de nous
relever et jamais plus je ne me remettrai à genoux, parce que
j'ai trop de respect pour tous ceux qui ont bâti notre histoire, pour
tous ceux qui ont fait qu'aujourd'hui nous sommes un pays de géants et
que nous sommes capables aussi de jouer un rôle important dans ce monde
moderne, et que nous sommes capables, oui, aussi, de rayonner et de faire en
sorte que des grands noms de chez nous, des Québécois, puissent
être au palmarès des plus grands, M. le Président. Oui,
j'ai cette fierté qui m'anime et j'en suis fière. Jamais je
n'arrêterai de le dire, M. le Président, et je n'aimerais pas
qu'on me fasse passer pour une personne qui frise la schizophrénie parce
que, oui, j'affirme cette fierté.
J'ai mal à penser que je suis habitée par la rage ou que
je suis habitée par un virus parce que j'affirme aussi que je suis
profondément attachée à tout ce qui fait notre culture, y
compris la fête nationale des Québécois. Depuis 1649 que
cette fête a été célébrée. Eh oui,
elle était intimement liée au pouvoir religieux de
l'époque, M. le Président. Elle était aussi reliée
aux bourgeois de l'époque et à l'ensemble de la population. C'est
le seul moment dans notre société, dans notre pays, le
Québec, où il n'y a plus de distinction entre riches, pauvres,
bourgeois, églises et gens d'État. Nous sommes tous égaux
et nous sommes tous des citoyens d'égalité, M. le
Président, parce que nous appartenons... et nous reconnaissons, en fait,
ce lien qui nous distingue comme Canadiens français. Nous sommes des
Québécois, M. le Président.
Bien sûr, les termes ont changé, les noms ont changé
à travers l'histoire. Bien sûr qu'à une certaine
époque... Écoutez, on fête à Montréal le 350e
anniversaire de Montréal et le Canada fête son 125e anniversaire,
M. le Président. Voulez-vous bien me dire où était le
Canada entre le 350e et le 125e? Où étions-nous dans ce laps de
temps-là, M. le Président? C'est que, quelque part, nous avons
façonné notre histoire et que, quelque part, il y a justement ces
pages d'histoire qui nous appartiennent et que nous avons le droit, aussi, de
mettre en évidence. C'est ce qu'on voudrait me reprocher à
l'heure actuelle et c'est ce qu'on voudrait que je mette aux oubliettes pour
laisser l'espace aux autres? Non, M. le Président.
En tant que femme, aussi, on m'a trop souvent dit qu'il fallait que je
laisse la place aux autres et que, pour moi, c'était naturel
d'être toujours en arrière et de ne jamais prendre la place. Oui,
j'ai été obligée de me battre en tant que femme pour
prendre ma place, pour être là où je suis, M. le
Président, et je peux comprendre aussi pourquoi l'ensemble des
Québécois et des Québécoises font ce même
cheminement. Parce que nous ne voulons plus être derrière, nous ne
voulons plus être ces personnes qui doivent attendre qu'on commande dans
quelle orientation nous devons aller, M. le Président. Oui, nous voulons
prendre de plein fouet notre place. Oui, nous voulons affirmer l'espace que
nous voulons habiter. Oui, nous voulons le dire que nous sommes capables aussi
de montrer à la face du monde cette histoire qui nous habite et cette
histoire qui fait en sorte que nous sommes ici, sur cette terre
d'Amérique, M. le Président.
M. le Président, j'ai de la difficulté, et
l'intolérance, je ne crois pas qu'elle vienne de notre
côté. Je n'ai jamais compris, en fait, que d'avoir de la
fierté, c'est un signe d'intolérance. Je n'ai jamais
utilisé de violence verbale envers qui que ce soit ou pour qui que ce
soit, M. le Président. J'ai même appartenu à la
conférence des parlementaires du Commonwealth et je me suis
appliquée à comprendre mes autres partenaires des
différentes provinces. J'ai essayé de savoir pourquoi il y avait
cette méconnaissance des uns à l'endroit des autres. J'en suis
rendue à la conclusion que, oui, s'il y a une méconnaisan-ce,
c'est parce qu'il y en a certains qui ont intérêt à
entretenir des mythes d'hostilité les uns envers les autres et qu'on
appelle de l'intolérance à toutes les sauces, à chaque
fois qu'on parle de fierté québécoise, qu'on parle de
fleurdelisé, M. le Président.
Non, de voir le drapeau du Canada devant l'ambassade canadienne,
ça ne m'horripile pas, parce que je considère que, oui, c'est
là qu'il doit être mis ce drapeau, M. le Président. Mais
voir le drapeau du Canada, par exemple, dans l'enceinte du gouvernement
provincial, national du Québec, oui, ça m'horripile et j'ai
raison, M. le Président. Ce n'est pas parce que je suis une personne
intolérante, mais parce que je suis allée dans plusieurs pays,
j'ai visité plusieurs parlements et je n'ai jamais vu de parlement qui
partageait deux drapeaux, M. le Président. Deux fêtes nationales,
je n'ai jamais vu ça. (17 h 30)
Quand parlait aussi le député de Louis-Hébert, il
nous disait: Écoutez, c'est pour harmoniser les rapports commerciaux
avec les autres provinces du Canada. Il faut que nous fermions toutes nos
institutions en même temps, au même moment, M. le Président.
Écoutez bien, on n'est pas les seuls. Il n'y a pas que le Canada qui
fête aussi son indépendance, le 1er juillet. Il y a le Ruanda avec
qui on a de très bons rapports et il y a le Burundi, avec qui on a de
très bons rapports. Est-ce qu'il faudrait pour autant, pour
démontrer notre grandeur et notre générosité aussi,
impliquer au Ruanda, au Burundi aussi cette même règle, et que
nous autres ici on soit obligés aussi, pour démontrer à la
face même de ces gens que nous sommes d'une
générosité à tout rompre, et que oui, nous
participons et que nous voulons nous harmoniser avec leur fête nationale,
M. le Président? Voyons donc, M. le Président!
Nous sommes très capables d'établir des liens cordiaux,
fraternels avec les gens du reste du Canada, indépendamment, M. le
Président, de la journée où va se passer la fête du
Canada, M.
le Président. C'est une disposition d'esprit. Oui, effectivement,
c'est une générosité de coeur, M. le Président.
Mais, pour avoir cette générosité de coeur, M. le
Président, il faut partager des choses. Et, à ce
moment-là, la seule façon pour qu'on se respecte les uns les
autres, il faut reconnaître ce caractère distinct qui nous habite
ici au Québec et qui a toujours fait du Québec ce qu'il est, M.
le Président.
Mais, tant et aussi longtemps que nos amis d'en face vont tout faire
pour amoindrir ce caractère distinct et essayer de nous faire passer
pour ce que nous ne sommes pas, M. le Président, oui, il risque d'y
avoir de la violence, de l'incompréhension, de l'intolérance, M.
le Président. Parce que, pour avoir ce respect, il faut avoir cette
reconnaissance aussi, M. le Président.
Et je ne vois pas pourquoi il faudrait toujours que ce soit nous, du
Québec, qui ayons la main tendue, nous, du Québec, qui devons
toujours démontrer notre bonne foi, et nous, du Québec, qui
devons toujours abdiquer, M. le Président, pour démontrer
qu'enfin nous avons cette compréhension du- Canada, nous avons cet
esprit d'ouverture vis-à-vis les Canadiens anglais et le reste du
Canada, M. le Président.
Je suis fatiguée qu'on me demande toujours de démontrer ma
bonne foi, ma bonne volonté, et de démontrer ma
générosité de coeur, M. le Président. Parce qu'il
paraît que lorsque je parle de fierté, je fais fi de tout, ces
qualités et ces qualitatifs, M. le Président, et parce que je
parle de fierté en tant que Québécois et
Québécoises, je suis une intolérante, M. le
Président. Je suis fatiguée d'être reconnue pour telle, M.
le Président, alors qu'il n'en est rien. Je demande tout simplement
qu'on me respecte pour ce que je suis, pour ce que je représente, et
pour mon histoire, et pour tous les gens qui ont fait mon histoire, M. le
Président. Je vous remercie.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Alors, merci Mme la
députée de Marie-Victorin. Alors, sur ce même sujet,
l'adoption du principe du projet de loi 21, Loi modifiant la Loi sur les normes
du travail et d'autres dispositions législatives, je reconnais M. le
député d'Iberville.
M. Yvon Lafrance
M. Lafrance: Merci, M. le Président. M. le
Président, c'est la deuxième fois que j'interviens sur ce projet
de loi. Je l'ai fait hier, à l'occasion d'une motion de scission qui
avait été avancée par Mme la députée de
Hochelaga-Maisonneuve. À ce moment-là, hier, même si on
était au début du débat, j'avais évalué deux
raisons pour lesquelles l'Opposition voulait s'accrocher sur ce projet de loi
qui est, en fait, court, technique et simple.
J'avais évalué que je voyais leur geste, avant tout un
geste dilatoire, c'est-à-dire pour nous faire perdre un certain laps de
temps dans le débat. Et, effectivement, hier, cette motion de scission
nous a fait perdre deux heures. En fait, le reste de l'après-midi,
puisque avec le début de nos travaux, avec les affaires courantes
à 15 heures, on a repris le débat vers 16 heures et, finalement,
cette motion de scission nous a amenés vers 18 heures, où nous
avons dû voter. Alors, nous avons perdu tout l'après-midi avec cet
élément de motion de scission.
Et, deuxièmement, j'avais dit que je voyais là un geste
dont l'Opposition allait se servir pour ce que je qualifie d'occasion d'attiser
le nationalisme. Et je dois vous dire que je n'ai pas changé mes vues,
après avoir entendu ce débat qui se prolonge, qui continue. Hier
soir, nous avons discuté de ce projet de loi jusqu'à, je pense,
environ 2 heures du matin. Et, évidemment, cet après-midi le
débat continue, et nous avons entendu toutes sortes de choses, des
vertes et des pas mûres comme on dit, du théâtre, de la
démagogie. Et, un point, je pense, à un moment donné ou
hier soir, vers 1 heure du matin, l'émotion, je dis bien
l'émotion, l'emportait sur la raison. On nous a, je pense,
essentiellement... Parce que tous les intervenants ont dit à peu
près la même chose et reviennent sur les mêmes arguments. On
nous a dit qu'on voyait dans ce projet de loi qui est, comme je l'ai dit,
simple, technique et court, on voyait dans ça un choix politique, un
message au reste du Canada. Eh bien, je pense que dans la conjoncture actuelle,
où on dit régulièrement au reste du Canada, du moins notre
formation politique, que ce que nous avons choisi, c'est un
fédéralisme renouvelé. Je doute fort qu'on attribue
à ce projet de loi purement technique, court et simple, un nouveau
message au reste du Canada.
D'ailleurs, je défie qui que ce soit en cette Chambre de trouver
un article dans un journal, que ce soit à Toronto, Winnipeg, Victoria ou
encore dans les Maritimes, à Fredericton ou ailleurs, qui parle de ce
message que supposé-ment on est en train de livrer au reste du Canada.
Je pense, M. le Président, que c'est de la paranoïa, que c'est tout
simplement de la surestimation pathologique du moi. Plusieurs, je pense,
souffrent de cet état de choses ici, de l'autre côté de la
Chambre. J'écoutais tout à l'heure le député de
Shefford qui disait: Voyons les choses noir ou blanc. Eh bien, je pense qu'il
est très dangereux de s'associer à des personnes qui voient les
choses en noir ou en blanc dans la vie, et j'oserais dire, comme l'a dit mon
collègue de Louis-Hébert tantôt, que c'est faire fi de la
réalité de tous les jours.
On nous a aussi associés de vouloir faire de ce projet de loi, de
cette fête une deuxième fête nationale. On nous accuse de
ceci régulièrement. Je pense que ce sont plutôt les membres
du parti de l'Opposition qui ont fait de la Saint-Jean-Baptiste, ce sont eux
qui ont fait de la Saint-Jean-Baptiste la fête des
Québécois. Originalement, la Saint-Jean-Baptiste a toujours
été la
fête des Canadiens français et, lorsqu'ils étaient
au pouvoir, ils en ont fait la fête des Québécois et en ont
fait, donc, une fête provinciale nationale et, en faisant ceci, ont
relayé le 1er juillet au second plan.
On ne veut nullement banaliser la Saint-Jean-Baptiste. Moi-même,
dans le grand comté d'Iberville, je participe actuellement à
chaque année à ces belles fêtes de la Saint-Jean-Baptiste.
J'en suis très fier et j'ai d'ailleurs porté durant près
de 25 ans sur mon uniforme des fleurs-de-lys, non seulement au Québec,
mais partout dans le monde, et je dois vous dire qu'il est beaucoup plus
difficile de représenter le Québec à l'extérieur et
être fier d'être Québécois à
l'extérieur que ce ne l'est de le faire ici et de dire toutes sortes de
choses bien facilement.
J'ai fait ceci dans ma carrière tout en étant très
fier, évidemment, d'être canadien et de participer aussi à
l'évolution de ce que je qualifie encore d'être le plus beau pays
au monde. On a même osé, cet après-midi, faire des
comparaisons internationales, M. le Président. Le député
d'Anjou a comparé le nationalisme québécois à ce
qui se passe un peu en Yougoslavie. On a parlé des Serbes, des Croates
et on a comparé le nationalisme québécois à ces
situations très, très malheureuses qui se passent un peu partout
dans le monde.
Et, encore là, j'ai eu l'occasion, j'ai eu le privilège -
parce que ce n'est pas une chance - de servir à l'étranger avec
les casques bleus, et j'invite ceux que je qualifie de «nationalistes
hors contrôle» de sortir de nos frontières et d'aller voir
à l'extérieur où le nationalisme peut nous mener. Il faut
être hors contrôle dans un contexte de projet de loi court, simple
et purement administratif, il faut être hors contrôle pour comparer
le droit à l'autodétermination du Québec avec cette loi
avec la triste situation en Yougoslavie. (17 h 40)
M. le Président, le projet de loi dont il est question dans ce
débat revêt une importance certaine, et ce, selon moi, pour deux
raisons. Tout d'abord, il vient préciser la législation sur la
fête du 1er juillet, comme on l'a dit, et, deuxièmement, il permet
à la Commission des normes du travail d'oeuvrer dans un cadre
administratif plus compatible avec son mandat, rien de plus.
Avant d'aller plus loin dans les détails du présent projet
de loi, je ferai un bref historique des décisions que l'Assemblée
nationale a prises ces deux dernières années. Ceci nous permettra
de mieux saisir les modalités du projet de loi 21.
Ainsi, vous vous souviendrez que la fête du 1er juillet ne faisait
l'objet d'aucune attention particulière dans les conditions minimales de
travail avant que l'Assemblée nationale ne modifie la Loi sur les normes
du travail, il y a un peu plus d'un an. En effet, jusque-là, le 1er
juillet ne constituait pas un congé auquel les travailleurs du
Québec avaient droit, même si, en réalité, un grand
nombre d'entre eux ne travaillaient pas cette journée-là. Par
conséquent, vous comprendrez que des employeurs allaient ainsi
au-delà des dispositions de la Loi sur les normes du travail.
C'était donc une coutume non légalisée que de respecter le
1er juillet. Donc, on peut aisément affirmer qu'au Québec la
tradition veut qu'on ne travaille pas le 1er juillet. Pour appuyer mes dires,
je vous rappellerai une analyse de conventions collectives
déposée au ministère du Travail, laquelle
révèle que 90 % - je dis bien 90 % - de ses conventions de
travail prévoient que le 1er juillet constitue un jour
chômé et payé. C'est donc 90 % des ententes entre les
syndicats et le patronat qui respectaient déjà ce jour
férié.
C'est en tenant compte, précisément, de cette
réalité que nous avons, en 1989 et 1990, décidé
d'ajouter un jour férié et chômé à la liste
de ceux qui existaient déjà dans les conditions minimales de
travail au Québec. Ce faisant, la fête du Canada prenait tout son
sens. On a, en fait, légalisé cette fête que 90 % des
travailleurs respectaient. Puis, c'est à la suite de cette
décision que les représentants du commerce de détail ont
fait des pressions afin que le congé de la fête du Canada n'ait
pas lieu à date fixe. Ils ont donc demandé que ce congé
soit déplacé en début de semaine pour éviter la
fermeture d'établissements commerciaux, lorsque le 1er juillet
était en milieu de semaine. Là-dessus, les syndicats ont
appuyé la proposition des représentants du commerce de
détail, puisque cela permettait à leurs membres de
bénéficier d'une fin de semaine de trois jours. Alors, le
gouvernement libéral, respectueux et à l'écoute du peuple,
a tenu compte de ces requêtes et a libellé la Loi sur les normes
du travail de manière à ce que les salariés aient droit
à un congé: le 1er juillet, si cette date tombe un lundi; le
lundi précédant le 1er juillet, si cette date tombe un mardi,
mercredi ou jeudi; ou encore le lundi suivant le 1er juillet, si cette date
tombe un vendredi, un samedi ou un dimanche. Mais je pense qu'il faut
préciser qu'un nombre important de concitoyens attachent une grande
importance à cette fête du 1er juillet, et ceci en dépit de
tout ce que je qualifie de nationalistes hors contrôle, les
«tricotés serré» ont pu dire depuis plusieurs heures
dans cette Chambre. En tant que gouvernement, nous devons respecter ce
sentiment de la majorité.
Par ailleurs, plusieurs maisons d'affaires ou entreprises ont dit
éprouver des difficultés à ne pas fermer la même
journée que partout ailleurs au Canada. Ceci résultait, il va de
soi, en des pertes financières sensibles pour ces entreprises et ces
institutions, ces maisons d'affaires. Vous comprendrez que c'est pour ces deux
raisons, seulement pour ces deux raisons, que nous avons voulu modifier la Loi
sur les normes du travail et la Loi sur les heures et les jours d'admission
dans les établissements commerciaux afin que le 1er juillet
devienne un jour férié et chômé à date fixe.
Rien de plus. Il ne faut pas voir dans ça un message au reste du Canada,
il ne faut pas revenir en 1759 ou à Christophe Colomb. Il ne faut pas
comparer la situation du Québec à la Yougoslavie. Il ne faut pas
dire qu'on va faire une deuxième fête nationale. Tout ça,
M. le Président, je pense que c'est de la foutaise, c'est du
théâtre, et c'est essayer d'attiser le sentiment nationaliste par
le biais de cette loi.
Je peux vous dire, M. le Président, que j'ai passé
plusieurs heures cette semaine à siéger sur la commission de
l'agriculture, des pêcheries et de l'alimentation. Nous avons des projets
de loi fort importants, que tous les agriculteurs du Québec et du
comté d'Iberville attendent: le projet de loi 23, qui parle de modifier
la Loi sur la mise en marché des produits agricoles; le projet de loi
27, qui parle de la Société de financement agricole, et qui sont
en attente, M. le Président, de venir, d'être discutés et
d'être adoptés en cette Chambre. Ces lois sont retenues à
cause de ces motions de scission et de ces arguments que je qualifie
d'absolument non nécessaires et de gestes dilatoires. Ceci, M. le
Président, je le déplore évidemment hautement.
Voilà donc, en résumé, M. le Président, les
tenants et les aboutissants du projet de loi 21, modifiant la Loi sur les
normes du travail et d'autres dispositions législatives. Comme on peut
le constater, ce projet de loi fait en sorte de rendre à la fête
du Canada sa juste signification, sans pour autant vouloir toucher à
notre fête nationale qu'est la Saint-Jean-Baptiste, puisque cette
fête du Canada sera dorénavant célébrée le
1er juillet à l'instar des autres provinces canadiennes. Je vous
remercie, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Merci, M. le
député d'Iberville. Nous sommes à l'adoption du principe
du projet de loi 21, et je reconnais Mme la députée de
Chicoutimi.
Mme Jeanne L. Blackburn
Mme Blackburn: Merci, M. le Président. Le projet de loi
21, Loi modifiant la Loi sur les normes du travail et d'autres dispositions
législatives. Vous comprendrez, M. le Président, que je ne peux
m'empêcher de réagir aux propos du député
d'Iberville qui dit le pareil et son contraire, et je vais prendre quelques
exemples.
D'abord, il nous dit que le projet de loi est court, technique, simple
et administratif. Mais, en même temps, il nous dit, dans une
envolée oratoire - il me semble qu'il n'y a peut-être pas
suffisamment réfléchi - qu'il y a plus de mal à
défendre le Québec, qu'il est plus difficile d'être fier
d'être Québécois à l'extérieur du
Québec qu'au Québec. Moi, curieusement, ça ne m'a jamais
posé de problème. Je suis très fière d'être
Québécoise. Que je sois en Europe, que je sois en
Amérique, que je sois sur d'autres continents, je n'éprouve
aucune difficulté, et Dieu sait que je n'en serais absolument pas
gênée de me promener avec un passeport
québécois.
M. le Président, il dit également que c'est un projet de
loi court, technique, simple et administratif. Il n'est pas simple, le projet
de loi, plus particulièrement quant aux critères d'application de
tout ce qui entoure l'interprétation ou la souplesse qui est
laissée quant à la fête du 1er juillet. On constate,
à la lecture du projet de loi, que ça va créer plus de
confusion que ça va en régler parce que l'employeur aura la
possibilité, soit de payer le congé, soit de le reporter; soit de
le payer ou de proposer à l'employé de le reprendre à un
autre moment. Alors, il me semble que ça n'est ni simple ni très
clair. Ça va créer plus de confusion que c'est en train de
régler de problème.
En même temps, il dit: Ce n'est pas pour faire de la fête du
Canada quelque chose d'exceptionnel. Ce n'est pas pour créer une seconde
fête nationale. Mais, en même temps, il conclut: II faut rendre
à la fête du Canada sa juste signification. Mais, moi, je me dis,
on ne peut pas dire le pareil et son contraire. Ou c'est pour rendre à
la fête du Canada sa juste signification ou, simplement, c'est
administratif.
Alors, M. le Président, vous savez on est en train, avec cette
disposition, de banaliser la fête nationale du Québec, des
Québécois et des Québécoises. On est en train de
placer sur le même pied une fête nationale qui n'est pas vraiment
notre fête nationale. Il faut se rappeler qu'on fête... Vous savez,
curieusement, la fête nationale des Québébois, la
Saint-Jean-Baptiste, c'est une fête qui est partie du peuple et qu'on a
amenée au Parlement. Tandis que la fête du 1er juillet, qui ne
fait pas vibrer grand-chose chez moi, je dois l'admettre, non plus que dans mon
comté, la fête nationale, ça attire
généralement les enfants quand ils mettent des ballons à
la disposition des enfants et un peu les parades de militaires. Mais,
au-delà de ça, je dirais que ça ne déplace pas
beaucoup de monde. Ça ne déplace pas beaucoup de monde parce que
ça ne fait pas vibrer beaucoup, parce que c'est une fête,
contrairement à la fête nationale des Québécois et
des Québécoises, à la Saint-Jean-Baptiste qui est partie
d'en haut, du Parlement, et on est en train de vouloir en faire un symbole dans
la population, et ça ne réagit pas. Et ça ne réagit
pas, et surtout au Québec, parce que ça veut souligner
l'entrée, la création de la Confédération ou de la
Fédération canadienne; on nous l'a entrée dans la gorge de
force, sous de faux prétextes, sous le prétexte de
Confédération qui est devenue une fédération, et
là on parle d'États fédérés souverains
associés. Vous savez, le «melting pot» quoi! Il n'y a
personne qui se reconnaît là-dedans. Je vous dirais qu'on aura
besoin de faire beaucoup, beaucoup, beaucoup d'efforts pour amener cette
fête dans nos
sentiments, au niveau de la fête nationale des
Québécois et des Québécoises. (17 h 50)
M. le Président, le député d'Iberville, et je
trouve que son exercice est comme cousu de fil blanc, il dit: Ça posait
des difficultés financières, il fallait absolument qu'on puisse
fermer nos commerces en même temps qu'ils les ferment dans toutes les
autres provinces canadiennes. On ferme le 24 juin. Est-ce qu'ils ferment dans
les autres provinces canadiennes? On doit certainement perdre de l'argent, M.
le Président, certainement, certainement. Alors, il faudrait leur
demander, comme il y a des Canadiens français dans toutes les autres
provinces canadiennes, ils pourraient peut-être fermer aussi le 24 juin.
Moi, je n'aurais rien contre, je n'aurais rien contre, je serais assez
fière, je pense que j'irais leur donner un coup de main pour organiser
la fête de la Saint-Jean. Mais on ne peut pas dire n'importe quoi et on
ne peut pas banaliser les choses de la façon qu'on est en train de le
faire. Il faut comprendre toute l'histoire de la célébration de
la fête de la Saint-Jean. Vous savez, ce n'est pas quelque chose qu'on a
inventé ici, à l'Assemblée nationale. Ce que disait le
député tout à l'heure: C'est le Parti
québécois qui s'est approprié ça. Bien, je
regrette, il y a longtemps que le peuple se l'était appropriée
avant que nous nous l'approprions.
J'ai ici, un peu, la chronologie des événements qui
rappelle, entre autres, qu'au Canada le gouverneur de la Nouvelle-France, M. de
Montmorency, présida la cérémonie de la Saint-Jean en
1646. On y tira même du canon, ce qui éveillait les Naturels du
pays. Il faut entendre ce qu'on appelait les indiens. «La
solennité la plus brillante dont "Les Relations des jésuites"
nous ont conservé le souvenir fut certainement celle de 1666.»
Alors, il faut s'imaginer Québec en 1666. «En cette année,
la fête fut entourée de toutes les magnificences possibles. L'on y
vit Mgr de Laval, revêtu pontificalement, tout le clergé en
surplis, le vice-roi, M. le Marquis de Tracy, M. le gouverneur de Courcelie, M.
l'intendant Jean Talon - à qui on doit l'arpentage chez nous - et les
membres du Conseil souverain, enfin, tout ce que Québec comptait de
militaires, de fonctionnaires et de bourgeois en évidence.» Et on
parle d'unefêteen1666. «À noter que Mgr de Laval
présenta le flambeau de cire blanche à M. de Tracy qui le lui
rendit et l'obligea à y mettre le feu le premier.» À tout
seigneur, tout honneur. «C'est depuis 1901 surtout que la
Société Saint-Jean-Baptiste a pris charge du feu de la Saint-Jean
et qu'elle en a fait, en notre siècle, une cérémonie de
plus en plus imposante.»
J'aimerais, pour le bénéfice des quelques auditeurs qui
suivent peut-être, et peut-être mes collègues s'ils
prêtent un peu d'attention, faire un peu la chronologie des
événements de la fête de la Saint-Jean. On disait: Pourquoi
saint Jean-Baptiste? «Nous constituons et nous proclamons saint
Jean-Baptiste patron spécial, auprès de Dieu, des fidèles
franco-canadiens tant de ceux qui sont au Canada que ceux qui vivent en terre
étrangère.» C'est là un extrait d'un bref
émis le 25 février 1908, M. le Président, par Sa
Sainteté le pape Pie XII, accédant ainsi à une demande de
Son Eminence Mgr le cardinal Bégin, suite au voeu de la
Société Saint-Jean-Baptiste que lui avait transmis son
président, l'honorable Adélard Turgeon.» Ce bref pontifical
reconnaissait officiellement un choix populaire, vieux de près de trois
siècles. En effet, notre peuple a toujours célébré
avec éclat la fête de la Saint-Jean et «Les Relations des
jésuites», je le rappelais, rappellent des
célébrations qui remontent aussi loin que 1636; 1636, là,
on est très loin des 125 ans de la Fédération canadienne
et de la fête du 1er juillet, je vous en fais le serment à la
faveur de ces témoignages.
Après la conquête, l'on continue d'une manière ou
d'une autre à fêter la Saint-Jean dans les paroisses et sur les
côtes du Saint-Laurent. «Les Anciens Canadiens» et les
«Mémoires» de Philippe Aubert de Gaspé
décrivent les fêtes d'il y a 150 ans et, le Dr Larue, les feux de
joie de l'île d'Orléans vers 1810: «Après avoir
chanté un salut, le curé, une étole, bénissant le
bûcher, y mettait le feu en frappant le briquet sur un caillou. Benjamin
Suite rapporte avoir vu, en 1850, bien des feux entre Québec et
Trois-Rivières. Ces feux, sur le bord du fleuve, se regardaient les uns
les autres. Tout le pays était en fête.» Ça fait
partie de notre culture. Ça fait partie de notre tradition, et ça
fait appel à toutes nos fibres de Québécois et de
Québécoises.
Dès 1835, 1836, 1837, la Saint-Jean-Baptiste se
célèbre un peu partout, notamment à Saint-Denis,
Terrebonne, Saint-Benoît, Saint-Ours, évidemment, pas encore au
Saguenay-Lac-Saint-Jean puisque c'est tout juste les premières
années de la création de notre région, qui a 150 ans cette
année - je me permets de le rappeler et de souhaiter bonne fête
à tous les citoyens et citoyennes de Chicoutimi - mais en ces
années 1835, dans tous nos villages, Boucherville,
Saint-Jacques-de-l'Achigan, Trois-Rivières, Saint-Hyacinthe, mais
également dans les années qui suivirent, dans tout le
Québec, en Ontario, en Acadie et même aux États-Unis. C'est
une fête qui fait appel à notre culture, qui retrouve, chez nous,
des sentiments d'attachement. Qui ne se rappelle pas les défilés
de la Saint-Jean de son enfance?
Alors, M. le Président, tout à l'heure, le
député nous disait: On est en train de voler une fête qui
était une fête des Canadiens français pour en faire une
fête des Québécois et, là, c'était le PQ qui
avait volé la fête des... Oui, j'apprécie, M. le
Président. C'est le Parti québécois qui aurait volé
la fête des Canadiens français pour en faire une fête des
Québécois. Je
voudrais juste vous rappeler, M. le Président, que nous avons
changé ni plus ni moins quatre fois d'appellation. Nous étions
Français entre 1534 et 1760. Nous sommes devenus des Canadiens. Les
Canadiens, c'étaient nous, ça. C'étaient nous, les
Canadiens. De Canadiens, nous sommes devenus des Canadiens français de
1760 à 1960, et, depuis 1960, nous sommes des Québécois.
Mais une constante dans l'histoire des Québécois, nous avons
conservé à la fois la fête nationale et, comme patron,
saint Jean-Baptiste. Et l'histoire voudrait que, si on a choisi comme patron
saint Jean-Baptiste, c'est qu'il y a un officier anglais qui dirigeait les
troupes canadiennes-françaises à l'époque et constatant
que chaque fois qu'il faisait l'appel, il entendait Jean-Baptiste, il a fini
par penser que tout ce qui était canadien-français s'appelait
Jean-Baptiste, comme on appelait, est-ce que je sais? Patrick, les Irlandais,
ou encore John Bull, les Anglais. Alors, les Canadiens français
étaient devenus des «Saint-Jean-Baptiste» ou des
Jean-Baptiste.
Alors, ça fait partie de l'histoire du peuple
québécois. Ça fait partie de ce qui nous marque et nous
distingue. Et je ne vois aucune raison de changer cette situation et de tenter
de banaliser la situation, sous prétexte qu'on n'a pas le congé
en même temps que toutes les autres provinces canadiennes. Je vous dis
que moi, ça ne me défrise pas, ça ne me dérange pas
et je ne pense pas que ça ait jeté notre économie à
terre. S'il y avait d'autre chose pour relever l'économie du
Québec, il me semble que ce n'est pas tout à fait là que
je mettrais mes efforts. (18 heures)
Rappelons brièvement l'historique, à présent, du
projet de loi. Ça fera peut-être mieux comprendre pourquoi les
gens s'offusquent de voir ce projet de loi arriver à cette
période-ci en Chambre. Le 20 décembre 1990, le Parti
libéral adopte le projet de loi 97, Loi modifiant les normes du travail
et d'autres dispositions législatives. Cette loi établissait le
1er juillet comme jour férié et chômé, mais il ne
disait pas qu'il devait être pris la date même. La loi permet de
reporter au lundi le plus près quand la fête du Canada arrive au
milieu de la semaine; si c'est le mardi, ça devient le lundi, bon. Le 9
avril dernier, le député de D'Arcy-McGee, Robert Libman, a
présenté un projet de loi privé visant à modifier
diverses dispositions législatives pour faire de la fête du Canada
l'équivalent de la fête nationale des Québécois et
des Québécoises. Ce projet de loi découle directement du
projet de loi qui avait d'abord été présenté par le
député de D'Arcy-McGee. D'ailleurs, il faut se rappeler avec quel
empressement les quatre députés, un indépendant et les
trois autres du Parti Égalité, sont venus féliciter le
porteur de ce dossier, le député et ministre du Travail et de la
Main-d'oeuvre, pour comprendre l'origine et la raison d'être
d'aujourd'hui de ce projet de loi. M. le Président, je vous
remercie.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Merci, Mme la
députée de Chicoutimi. Compte tenu de, l'heure, il est 18 heures,
je suspends les travaux de cette Assemblée à 20 heures.
(Suspension de la séance à 18 h 1)
(Reprise à 20 h 4)
Décision du président sur la
question
de règlement du leader de l'Opposition
concernant le renvoi du projet de loi 28
à la commission du budget et de
l'administration pour étude
détaillée
Le Président: Alors, j'ai été saisi ce matin
par le leader de l'Opposition officielle d'une question de règlement
relative à la détermination de la compétence d'une
commission d'être saisie d'une affaire, suite aux avis touchant les
travaux des commissions communiqués par le leader du gouvernement. Il
s'agit, en l'occurrence, de l'avis convoquant la commission du budget et de
l'administration à l'étude détaillée du projet de
loi 28, Loi sur la Société Innovatech du Grand
Montréal.
D'abord, précisons qu'il appartient au leader du gouvernement, en
vertu de l'article 243 du règlement, de proposer l'envoi à la
commission compétente de tout projet de loi. Donc, d'abord,
précisons qu'il appartient au leader du gouvernement, en vertu de
l'article 243 du règlement, de proposer l'envoi à la commission
compétente de tout projet de loi pour son étude
détaillée. On peut constater, au procès-verbal de la
séance du 3 juin dernier, que le projet de loi 28 fut envoyé
à la commission du budget et de l'administration pour étude
détaillée, suite à une motion du leader adjoint du
gouvernement adoptée par l'Assemblée.
Sur la question de la compétence des commissions eu égard
à l'étude détaillée des projets de loi,
précisons que, outre l'article 243 du règlement, l'article 261
peut, à l'occasion, recevoir application. Toutefois, dans ce dernier
cas, le projet de loi doit comporter plusieurs principes, modifier plusieurs
lois et relever de la compétence de plus d'une commission. Dans ce cas,
le règlement précise que le leader du gouvernement envoie le
projet de loi à la commission permanente de son choix. Ce n'est pas le
cas qui nous occupe, qui nous concerne présentement.
La compétence des commissions permanentes est
délimitée à l'article 118 du règlement. Si nous ne
pouvons déterminer précisément la compétence d'une
commission dans une matière donnée, nous devons, à ce
moment-là, nous référer à l'article 116 du
règlement qui stipule qu'il appartient à la commission de
l'Assemblée nationale de préciser la compétence de chaque
commission. S'agissant de déterminer la commission
compétente pour étudier le projet de loi 28, il faut s'en
remettre à l'objet de ce projet de loi.
Ce projet de loi institue la Société Inno-vatech du Grand
Montréal. Cette Société, selon l'article 23 du projet de
loi, aura pour mission de promouvoir et de soutenir les initiatives propres
à relever la capacité d'innovation technologique sur le
territoire du Grand Montréal et à améliorer ainsi la
compétitivité et la croissance économiques du
Québec.
À la lecture du quatrième paragraphe de l'article 118 du
règlement, il ressort de toute évidence que les questions ayant
trait à l'économie et à la technologie sont de la
compétence de la commission de l'économie et du travail. Il
m'apparaît donc clair que, selon la lettre de notre règlement, fa
commission de l'économie et du travail est la commission
compétente pour procéder à l'étude
détaillée de ce projet de loi 28.
Au moment de la présentation et de l'adoption de la motion
d'envoi en commission du projet de loi 28 pour son étude
détaillée, personne n'a su lever la régularité des
termes de cette motion. Je dois cependant constater que la motion telle
qu'adoptée n'est pas conforme aux prescriptions de l'article 118 du
règlement. Comment pourrait-elle avoir effet et comment aussi voir a la
bonne application de l'article 118 du règlement dans le contexte
établi par l'article 243? Dans le cadre de ces prescriptions du
règlement, la présidence ne dispose pas plus que l'ensemble des
députés du temps nécessaire pour faire les
vérifications requises. Rappelons qu'il s'agit alors d'une motion sans
préavis et non débattue.
Il est certain que cette situation est nouvelle et découle de la
réforme des commissions parlementaires intervenue en 1984. Face à
cette nouvelle réalité, et pour assurer la bonne marche et la
réalisation des travaux parlementaires, je crois qu'il est
nécessaire de déterminer le cadre d'application de ces
prescriptions du règlement.
Il m'apparaît que la motion d'envoi en commission ne prend effet
qu'à compter de l'avis communiqué par le leader du gouvernement
pour la convocation même de la commission. Alors, il faut
considérer qu'il est toujours possible à un député
de soulever devant l'Assemblée nationale la question de la
compétence d'une commission eu égard à l'article 243, tant
et aussi longtemps que l'Assemblée tient séance à partir
de la présentation de la motion d'envoi jusqu'à la communication
du premier avis, par le leader du gouvernement, de la convocation de la
commission. Après ce moment, il y a présomption absolue que la
commission désignée est apte à exécuter le mandat
qui lui est confié.
J'invite donc, en conséquence, le leader du gouvernement à
proposer, lorsqu'il le jugera utile, une autre motion d'envoi, cette fois
à la commission de l'économie et du travail, pour l'étude
détaillée du projet de loi 28. L'adoption de cette
dernière motion emportera, évidemment, la révocation
implicite de la motion d'envoi adoptée le 3 juin dernier.
M. Chevrette: Question. (20 h 10)
Le Président: Oui, M. le leader de l'Opposition.
M. Chevrette: C'est parce que je voudrais comprendre le dernier
bout. Vous dites que la nouvelle proposition de renvoi par le leader
entraîne la révocation. S'il l'a jugé irrecevable en vertu
du règlement, il y a donc révocation automatique de l'avis
concernant la loi 28 et non rs le nouvel avis qui entraînerait la
révocation, mon point de vue, la révocation est
instantanée dès que vous vous prononcez sur le règlement,
ce qui entraîne... Votre décision, c'est ça qui
entraîne le nouvel avis. Autrement, il pourrait dire, demain matin: Je
vais le faire seulement demain, donc la 28 est toujours commandée pour
la CBA, et ce n'est pas l'objet de votre décision.
Le Président: Non. Ce que je veux vous expliquer, plus
clairement, c'est que l'objet de la décision est à l'effet que la
motion telle qu'adoptée hier, adoptée par l'Assemblée, ne
peut avoir d'effet puisque l'étude en commission n'est pas soumise
à la bonne commission. Effectivement, il pourrait y avoir motion de
révocation de cette motion-là et, après ça, motion
pour envoi en commission. Ce que je dis: étant donné que la
motion d'envoi en commission, à mon sens, est non conforme, ne peut
avoir d'effet, je suggère au leader du gouvernement de faire une
nouvelle motion, une motion qui pourrait avoir un effet au sens du
règlement, cette motion-là envoyant l'étude
détaillée à la bonne commission. Implicitement, à
ce moment-là, puisqu'une nouvelle motion sera adoptée à
l'effet d'envoi en commission, l'autre motion qui n'a pas d'effet, de toute
façon, sera révoquée automatiquement. Alors, M. le leader
adjoint du gouvernement.
M. Johnson: M. le Président, avant de suivre le conseil
que vous nous donnez, j'aurais peut-être des questions de directive, dans
la mesure où la décision que vous avez rendue,
premièrement, m'apparaît - et vous voudrez bien m'éclairer
- indiquer que la recevabilité d'une motion peut désormais
être soulevée après la mise aux voix. C'est
évidemment l'effet de la décision que vous venez de rendre
à l'égard de cette motion de déférence qui a
été mise aux voix et adoptée unanimement, qu'il y a
maintenant, quant à sa recevabilité, un débat qui s'est
engagé, qui a été soulevé après la mise aux
voix, ce qui m'apparaissait - vous voudrez bien m'éciairer - contraire
à toute la jurisprudence constante depuis passablement longtemps, ici,
à
l'Assemblée.
Deuxièmement, et ça s'y raccroche, le consentement qui,
autrement, aurait été requis - si je comprends bien - afin
d'envoyer le projet de loi pour étude à une commission, en
l'occurrence la commission du budget et de l'administration, ce consentement
qui, vous dites, aurait été requis a une plus grande valeur que
le vote unanime exprimé par les membres de l'Assemblée nationale
d'envoyer le projet de loi à la commission du budget et de
l'administration, comme nous l'avons fait. Vous me permettrez d'affirmer que,
pour ma compréhension, ce n'est pas le passage le plus éclairant
qui m'a été donné d'entendre quant à cet aspect
spécifique.
Se relie, troisièmement, un autre aspect, celui de la
souveraineté des parlementaires. La façon dont l'Assemblée
nationale s'exprime, par la voix de ses élus, évidemment, c'est
la seule façon qu'elle peut le faire. Cette souveraineté peut
s'exprimer dans un vote unanime ou s'exprime par la décision du
président. On va peut-être au coeur même de l'institution,
et on ne s'attend pas à une réponse immédiate, à
moins que vous n'ayez vu venir la question, M. le Président, et que vous
ayez eu le temps d'y songer, parce que ça m'apparaît, ici, aller
au coeur même de la façon dont l'institution fonctionne et de ses
caractéristiques principales.
Et, finalement, vous avez indiqué qu'on pouvait, à
l'égard de cette recevabilité de la motion de
déférence, la soulever jusqu'à et pas plus tard que le
début des travaux, si j'ai bien compris, de la commission; ou, plus
précisément, vous avez dit: jusqu'au moment où l'avis de
renvoi très spécifique, avec le calendrier, pourrait être
formulé par le leader ou le leader adjoint du gouvernement. La question
se pose de savoir pourquoi à ce moment-là plutôt
qu'à un autre, et pourquoi pas alors que la commission est en train de
siéger? Dans la mesure où la motion de déférence
n'avait, dites-vous, aucun objet, ça me laisse soupçonner qu'elle
était nulle ab initio, dès le départ, et, donc, que
jusqu'au moment où le lieutenant-gouverneur apposerait sa signature pour
sanctionner le projet de loi il ne serait jamais trop tard pour soulever le
défaut que vous prétendez - enfin, que vous avez dit; ce n'est
pas une prétention - s'être produit lors de la motion de
déférence à ce qui serait convenu d'appeler la mauvaise
commission parlementaire.
Alors, ce sont quatre points, M. le Président, qui m'apparaissent
importants pour l'avenir et sur lesquels, en temps et lieu, vous pourrez,
évidemment, nous apporter l'éclairage que, quant à moi, je
juge nécessaire. Mais, pour me rendre, par ailleurs, comme je le disais,
à votre suggestion...
Le Président: Un instant, s'il vous plaît. Alors, M.
le leader de l'Opposition.
M. Chevrette: Oui, M. le Président, je considère
que le leader adjoint du gouvernement, pour la majeure partie de sa plaidoirie,
vous incite carrément à reconsidérer votre
décision. Je vais expliquer pourquoi. M. le Président, sous forme
de demande de directive, il vous demande de vous prononcer sur la
souveraineté de l'Assemblée nationale quant au vote, alors que
vous avez pris la peine, dans votre décision, de dire carrément
qu'au moment où le vote se prend sur une motion de renvoi en commission
jusqu'à l'avis donné par le leader il serait toujours temps,
selon la décision que vous avez rendue, pour un parlementaire, le leader
de l'Opposition ou un député indépendant, de s'interroger
ou de vous interroger sur la compétence de ladite commission.
Donc, explicitement, vous dites carrément que vous accepteriez
une question de règlement ou de respect de règlement jusqu'au
moment où l'avis serait donné par le leader du gouvernement ou un
adjoint. Après cela, vous dites que vous considérez comme un
consentement explicite le fait... Si un député ne se lève
pas dans cette Chambre et qu'il s'en va travailler, par exemple, à la
CBA, à la commission du budget et de l'administration, comme
c'était le. cas dans l'avis initial, là, vous dites, par exemple,
que ça deviendrait un consentement explicite.
Moi, ce n'est pas sur cet aspect-là que je veux vous questionner.
C'est: Comment pouvez-vous - et ça va être une directive
additionnelle - juger qu'un consentement est explicite, quand on
découvre qu'il y a violation du règlement, quel que soit le
moment? À mon point de vue, M. le Président, le règlement
ne se viole... à moins d'un consentement unanime de la Chambre,
d'après ce que j'ai compris de votre argumentaire, que la violation d'un
règlement est soule-vable en tout temps, et ce qui n'est pas caduc
durant une période ne devient pas caduc pour autant s'il n'y a pas de
consentement. Moi, c'est cette partie-là.
Je ne veux pas remettre en question votre décision, mais je
voudrais, moi aussi, vous questionner sur le fait qu'on ne puisse pas en
appeler au règlement s'il n'y a pas eu consentement de part et d'autre.
Et un consentement explicite, moi aussi, je m'interroge. Parce que j'ai eu la
chance de faire une motion en cette Chambre, et ce n'est qu'après 20
minutes que le leader du gouvernement a dit: C'est hors règlement, le
fait que le député de l'Opposition ait présenté une
motion d'ajournement de la Chambre. Je me suis levé et j'ai
argumenté longuement devant pour vous dire: Mais il y a eu consentement
explicite, M. le Président, puisque vous ne vous êtes pas
levé, vous m'avez laissé exprimer ma proposition. Le leader du
gouvernement a explicité, puis c'est à la fin, quand il a
reçu un papier de ses conseillers - et c'est normal, je ne veux pas
blaguer là-dessus - c'est là que vous avez découvert que
c'était illégal et
vous m'avez dit: II n'y a pas de consentement explicite dans le
règlement. Le règlement, c'est le règlement. S'il y a une
seule façon d'obvier au règlement, c'est le consentement unanime
des parlementaires de la Chambre.
Sur cette partie-là, j'aimerais que ce soit clarifié, moi
aussi, parce que ça peut nous amener à toutes sortes d'imbroglios
par la suite.
Le Président: Effectivement, je peux donner quand
même de brèves explications et, si ça ne répond pas
à vos questions, vous pouvez toujours revenir demander des commentaires.
Quant au fait de soulever la question, votre première question,
c'est-à-dire que vous pouvez toujours soulever l'irrecevabilité,
même après que la motion a été adoptée. Ce
que j'ai dit, ce que je veux établir par cette décision, c'est le
fait que nous sommes devant une situation nouvelle, suite à l'adoption
de la réforme de 1984. Nous devons maintenant faire une motion pour
renvoi en commission parlementaire pour l'étude détaillée
d'un projet de loi après son adoption. Et là, il y a un moment
qui s'écoule jusqu'au temps où le leader du gouvernement pourra
convoquer lesdites commissions par un avis qu'il donne à
l'Assemblée.
Ce que je dis, à ce moment-ci, c'est que, durant cette
période-là, même si on adopte, à l'Assemblée
même, une résolution, une motion disant qu'on défère
le projet de loi à la commission, disons, dans le cas présent,
que c'était la commission du budget et de l'administration, tant que le
leader du gouvernement n'a pas convoqué, n'a pas donné un premier
avis de convocation de la commission, tel qu'il peut le faire au moment des
avis touchant les travaux des commissions, jusqu'à ce moment-là
on pourrait soulever la question que ce n'est pas la commission qui a
compétence à laquelle on a envoyé le sujet en discussion.
Pourquoi? Simplement, c'est que la décision de la motion ne prendra pas
effet tant que l'avis de convocation n'aura pas été donné.
Donc, pendant cette période-là, si on se rend compte que ce n'est
pas la bonne commission, nous pourrons, à ce moment-là, faire en
sorte de référer à la bonne commission puisqu'il
m'appa-raît important qu'on puisse rendre une décision sur une
motion, conformément à notre règlement.
Maintenant, pour la bonne marche des travaux, pour assurer
également la réalisation des objectifs des travaux
parlementaires, je pense qu'à ce moment-ci nous devons mettre un frein,
d'une certaine façon, au délai pendant lequel nous devons
convoquer, dans le sens suivant. C'est que l'espèce de convocation, qui
serait irrégulière, pourrait être couverte; ça
serait une question de nullité relative dès le moment où
l'avis aurait été donné et que la commission se serait
tenue. Quand l'avis du leader est donné et qu'il n'y a pas de
contestation, donc, on a fait... On ne présume pas d'un consentement,
mais on dit qu'il y a une présomption, à ce moment-là, une
présomption absolue à l'effet que l'avis est valable. C'est pour
permettre, finalement, au niveau du déroulement des travaux de
l'Assemblée, que ça puisse se dérouler dans le bon ordre
et de la bonne façon puisque, autrement, si on pouvait attendre
jusqu'à l'adoption finale du projet de loi et même après,
on pourrait aller - inévitablement, jusqu'à quel moment, on ne
peut pas le savoir - soulever cette question d'irrégularité de
l'avis et de la mauvaise commission. Donc, les travaux de l'Assemblée ne
pourraient avoir valablement lieu. On devrait reprendre, au total, tous les
travaux, à moins d'un consentement unanime. Alors, c'est simplement ce
que j'ai voulu dire, à ce moment-ci, par cette motion. (20 h 20)
Donc, la motion d'envoi en commission peut prendre effet uniquement au
moment du premier avis que le leader du gouvernement donne pour la convocation
de la commission et, à ce moment-là, si l'avis est donné
et que les gens se rendent en commission, la commission prend force; donc, on
ne pourrait soulever l'incompétence d'une commission. La
présomption qui était devient absolue à l'effet que c'est
la bonne commission qui a été saisie de l'affaire. C'était
l'objectif visé.
M. Johnson: Je voudrais...
Le Président: M. le leader du gouvernement.
M. Johnson: M. le Président, je me permets de dire,
à titre d'exemple, que ça ne répond pas à la
question, à savoir ce qui arriverait si on envoyait en commission
pendant l'ajournement sessionnel. On ne serait pas ici, on ne serait pas en
train de siéger, la session aurait été ajournée,
mais on sait, évidemment, qu'il existe des mécanismes pour le
leader du gouvernement pour convoquer les commissions parlementaires pendant
l'ajournement sessionnel. On aurait pu, après l'ajournement de juin, au
mois d'août, demander aux commissions de siéger, avec aucune
espèce d'occasion pour qui que ce soit de soulever le point que vous
évoquez, évidemment, ce qui m'apparaît, moi, avoir comme
impact que c'est une sorte d'exception à la jurisprudence établie
qui permet de soulever ces points-là avant la mise aux voix et jamais
après.
Le Président: Écoutez, effectivement, il n'y a pas
de jurisprudence établie. C'est une nouvelle situation. Ce qui est
clair, à mon sens, d'après la décision que je viens de
rendre, c'est que quand une motion de renvoi en commission est adoptée,
tant que l'Assemblée siège jusqu'au moment où le premier
avis est donné par le leader du gouvernement, on peut faire valoir
à la présidence que ce n'est pas la bonne commission qui en est
saisie, mais si, à ce moment-là, la session est terminée -
ça doit se faire à l'Assemblée - on
convoque la commission hors session. Il faudra présumer que
l'avis était valable, effectivement, et qu'on aurait dû le
contester avant l'ajournement de la session. C'est dans ce sens-là que
j'ai énoncé cette décision-là. Je suis conscient
que c'est du droit nouveau. Nous avons examiné attentivement, à
la lumière des prescriptions du nouveau règlement, une
décision qui pourrait faire en sorte d'assurer la bonne marche des
travaux et la validité des travaux qui sont effectués par
l'Assemblée.
M. Chevrette: J'ai une question, M. le Président. Je
m'excuse. Comme on est dans le droit nouveau, vous comprendrez que je voudrais
comprendre tout aussi. Comment peut-on faire la présomption d'un
consentement tacite? Je vais vous donner un exemple qui n'est pas
hypothétique et qui arrive en commission. Il y a deux volets dans un
projet de loi. Il y a deux principes. L'Assemblée adopte une motion de
scission. Ça devient un volet très spécifique. À ce
moment-là, M. le Président, ça peut même sauter un
principe en commission parlementaire.
À mon point de vue, et c'est strictement sur le plan du droit,
là, il me semble qu'on ne peut jamais présumer un consentement de
déroger au règlement tant qu'il n'y a pas eu consentement de part
et d'autre, parce que le règlement est toujours la soupape pour quelque
formation politique que ce soit. S'il n'y a pas expressément un
consentement de part et d'autre pour déroger au règlement, le
règlement est l'outil de tout parlementaire individuellement. À
mon point de vue, M. le Président, ça oblige, je le reconnais,
une formation politique qui est au pouvoir à être
extrêmement prudente quand elle présente un avis. Il faut qu'elle
s'assure que ce soit à la bonne commission ou que le leader du
gouvernement prenne la précaution de demander s'il y a consentement pour
l'envoyer à telle commission s'il doute que ce n'est pas la bonne, il y
a des précautions différentes.
Mais ce qui m'agace, c'est la présomption de consentement et,
ça, à mon point de vue, c'est quasi inadmissible sur le plan du
droit, de présumer qu'il y a un consentement. C'est là que
j'accroche, parce qu'on ne peut pas parler, comme formation politique, au nom
d'un député. C'est un droit individuel qu'il retrouve dans le
règlement. C'est bien sûr que le leader de chaque
côté peut se lever pour appliquer un règlement, mais le
droit est à l'individu, au parlementaire, à l'élu, et,
à mon point de vue, faire une présomption de reconnaisance
tacite, l'individu pourrait être absent de la Chambre par maladie, par
exemple, et puis il y a eu un avis. On ne dit pas que c'est la commission. Il
découvre que ce n'est pas la bonne commission parce que c'est lui qui
est critique ou bien il est très sensible à ce projet de loi, et
son droit lui serait enlevé par consentement tacite, nous dit-on, ou par
présomption, du fait qu'il y avait consentement.
Moi, je ne crois pas à ça. Sur le plan du droit, je pense
qu'un droit, ça existe, et c'est ceux qui ont à orchester les
travaux qui doivent se conformer aux règlements. C'est la règle
la plus élémentaire en droit.
Le Président: Effectivement, ce que je dois vous dire,
là, vous parlez de présomption, de consentement, de consentement
tacite. Je n'ai pas parlé de présomption, de consentement tacite.
Ce que je dis, c'est qu'il y a une présomption de conformité de
l'acte, de conformité de la résolution dès que le
délai est expiré, soit le délai quand, entre le moment
où la motion a été présentée et
adoptée et le premier avis du leader du gouvernement d'envoi en
commission. À ce moment-là, il y a présomption de
conformité de la motion. Donc, non pas un consentement explicite,
présomption de la validité.
Il y a donc un délai où on pourrait contester.
Après ce délai-là, c'est comme une nullité
relative, si on veut. Après ce délai-là, on présume
de la validité de la conformité de la motion, purement et
simplement, pour assurer... C'est une question d'assurer la bonne marche des
travaux et de déférer à la commission, et que les
commissions puissent exercer leur travail, non seulement en connaissance de
cause, mais en étant assurées que le travail sera
considéré comme valable.
Donc, entre le moment où la motion est adoptée et l'avis
du leader, il y a un moment où on pourra contester, si on veut, la
validité ou la conformité de la motion, c'est-à-dire si
c'est la bonne commission qui est saisie. Dès qu'on laisse passer le
moment, cette nullité-là qui est relative, donc, disparaît,
et on présume. À ce moment-là, c'est une
présomption de la validité, en fait, ou de la conformité,
plutôt, de la motion à notre règlement. Oui, M. le leader
du gouvernement.
M. Johnson: M. le Président, oui, l'objet de mes questions
et celles, évidemment, du leader de l'Opposition visent à voir
quel est l'impact de la décision et les principes qu'on y retrouve sur
toutes les situations qu'on peut imaginer, évidemment, dans la
façon dont on fonctionne ici, y compris celle - je me permets de la
soulever, évidemment, c'est en soulevant des cas extrêmes qu'on
voit si ça s'articule comme il faut - y compris le fait que, la
dernière journée, la dernière minute de la session, on
pourrait adopter un projet de loi et qu'il y aurait une motion de
déférence adoptée à la mauvaise commission, suivi,
dans l'instant qui suit, d'une motion d'ajournement de nos travaux et d'un
ajournement sessionnel. Il ne s'est écoulé aucun temps, aucune
durée pendant laquelle ça aurait pu être soulevé, et
je crois comprendre que, de toute façon, trois semaines plus tard, le
leader du gouvernement pourrait convoquer la commission au mauvais endroit,
comme on peut s'en-
tendre de dire, et que là, ça vient abrier tout le
processus, parce qu'il n'y a aucune espèce de chance pour qui que ce
soit de le contester.
Le Président: Si c'était... Oui.
M. Johnson: Et ce qui m'apparaît démontrer qu'on ne
peut pas contester la motion quant à sa recevabilité, une fois
que le vote est pris.
Le Président: Ce que j'ai mentionné, tantôt,
le sens de la décision, c'est pour assurer la bonne marche des travaux.
Alors, dans un cas, on sait qu'après, à chaque fois que nous
avons une motion de déférence sur le projet de loi, on finit
l'étude, au niveau de l'adoption du principe, et la motion est
automatique. Parfois, on n'a pas le temps de vérifier, comme je l'ai dit
tantôt, mais, dans un cas précis où on arrive à la
toute fin de la session, j'imagine qu'avant de dire: Oui, on adopte, motion
adoptée, on pourra demander une suspension, et on regardera si on est
convaincu que c'est la bonne commission et, à ce moment-là, on
adoptera la motion. Autrement, ça suppose qu'à chaque fois qu'on
a l'étude d'un projet de loi, que l'adoption du principe est
terminée, le leader du gouvernement va se lever et va demander une
motion pour déférence à telle commission pour
l'étude du projet de loi. À ce moment-là, tout
parlementaire va dire: M. le Président, je vous demande simplement de
prendre cette question-là en délibéré. Nous allons
y revenir, je voudrais examiner la question et revenir sur sa
recevabilité. (20 h 30)
Alors, ce que je dis actuellement, pour permettre la bonne marche des
travaux et pour permettre que le déroulement des travaux parlementaires
puisse s'effectuer d'une façon appropriée, fonctionnelle, pour
l'ensemble des parlementaires, nous disons qu'entre le moment où la
motion d'envoi à la commission est faite et le premier avis du leader,
il y aura toujours moyen de revenir pour contester la validité. Non pas
la validité, mais la régularité ou la conformité de
l'envoi à la bonne commission. Évidemment, si nous arrivons
à la fin de la session, à un jour d'avis, qu'on n'a pas eu le
temps de l'examiner, ça prendra peut-être plus de prudence au
niveau des parlementaires avant d'accepter la motion de
déférence. À ce moment-là, nous pouvons suspendre
et attendre, effectivement, si c'était un projet de loi qui arrivait
à la toute dernière minute, suspendre, regarder et être
d'accord à ce moment-là pour adopter ou non la motion.
Je pense que c'est de cette façon que j'ai voulu rendre la
décision pour assurer qu'au niveau des travaux de l'Assemblée on
puisse assurer un certain fonctionnement qui permette à
l'Assemblée de ne pas être paralysée et d'arriver dans le
même type de fonctionnement que nous avons fait jusqu'à
maintenant.
M. Chevrette: Juste une dernière question, M. le
Président.
Le Président: M. le leader de l'Opposition.
M. Chevrette: Je comprends l'objectif de la décision, mais
je donne l'exemple que ça arrive très souvent dans les fins de
session qu'il y a des avant-projets de loi soumis à la consultation
avant même l'étude en deuxième lecture en Chambre.
Là, on dépose instantanément le document et, tout de suite
après, le leader se lève, puis il dit: Je propose qu'au cours du
mois de septembre il y ait des audiences publiques là-dessus. Tu n'as
pas eu le temps, tu n'as pas lu, tu n'as même pas lu l'avant-projet de
loi. Tu ne peux même pas juger si c'est un objet spécifique, parce
que ça peut comporter 400, 500, 600 articles, dans certains cas. Quand
il s'agit d'une réforme, en particulier, c'est toujours ce qu'on fait.
Au lieu d'appeler ça des livres blancs, des livres roses, là, on
dit un avant-projet et on le dépose.
À ce compte-là, il n'y a pas un parlementaire, ni d'un
côté bien souvent, ni de l'autre, c'est souvent un ministre
sectoriel qui dépose son projet de loi, on n'a pas du tout la teneur et,
instantanément, c'est une déférence, c'est une
référence à une commission. Et ça,
là-dessus, sur cette partie-là, j'aimerais que la
présidence y réfléchisse parce que, de part et d'autre, il
pourrait y avoir une excellente bonne foi, mais sous prétexte... Parce
qu'on est porté, naturellement, à cause de nos anciens
règlements, à référer à la commission
naturelle du ministre. Quand on tombe dans des objets spécifiques par
rapport à la compétence des commissions, on pourrait se retrouver
dans une situation où il n'y a aucun délai, ni d'une part ni de
l'autre, pour exprimer notre point de vue là-dessus. Et, de bonne foi,
tu dis «accepté» parce que, humainement et physiquement, tu
n'as pas le temps nécessaire pour le faire.
Sur cette partie-là, j'aimerais que la présidence
s'interroge et nous revienne, comme vous l'avez fait ce soir pour la
première, pour cette partie-ci, en disant... Pour le bon fonctionnement,
il serait intéressant aussi qu'on sache, pour diverses situations,
comment vous réagiriez.
Le Président: Écoutez, oui, ce dernier point
m'apparaît peut-être, d'une certaine façon,
prématuré, dans le sens que ce n'est pas soulevé à
ce moment-ci. Mais on pourrait l'examiner, là.
Pour la décision de ce soir, à mon sens - ça, c'est
très clair, tel que je l'ai dit dans la décision - ça
s'applique uniquement dans le cas de l'article 243, soit après
l'adoption du principe du projet de loi, pour une motion d'envoi en commission
pour étude détaillée. Les prescriptions que j'ai
énoncées, la façon, la procédure telle quelle,
l'effet suspensif et la nullité relative, si on veut, au niveau de
la
motion, cette chose-là s'applique uniquement dans le cas de
l'article 243 du règlement pour l'étude détaillée
en commission parlementaire d'un projet de loi qui vient d'être
adopté, dont le principe vient d'être adopté par
l'Assemblée. C'est uniquement dans ce contexte-là, actuellement,
que j'ai situé la chose. Maintenant, évidemment, il pourrait y
avoir d'autres questions soulevées, d'autres imprécisions au
règlement qui sont bonnes à regarder. Vous m'en nommez une, c'est
peut-être quelque chose que nous tenterons de regarder. À la
première occasion quand la question pourra être soulevée,
nous verrons à donner les directives appropriées, à ce
moment-là. M. le député de Vaudreuil.
M. Johnson:...
Le Président: Non, non, pas là-dessus, quand
même. Non, mais je dis simplement que vis-à-vis de cette
situation... C'est une situation nouvelle qui pourrait se passer. À
titre de président, je ne peux quand même pas sur une demande de
directive, à tout ce qui peut arriver, anticiper toute décision
que je devrai rendre. Ce que je dis, cette question-là est
prématurée. Au moment où l'événement
arrivera, je pourrai rendre la décision. Ce que je peux constater,
cependant, j'ai un préavis d'une certaine façon sur une
décision future que je pourrai avoir à rendre dans une situation
particulière. M. le député de Salaberry-Soulanges.
M. Marcil: C'est juste pour une question de renseignement. Je ne
suis pas un spécialiste en droit parlementaire, loin de là, sauf
qu'uniquement au niveau de la logique, lorsqu'il y a une motion de
déférée, comme ça, et il y a un vote, c'est comme
si vous vous donnez le droit de rappeler un vote, et je vais vous donner un
exemple. La semaine dernière, on a participé justement à
un débat sur une loi et, à la fin du débat, le
président s'est levé pour demander: Est-ce que le projet de loi
est adopté? En trois occasions, les députés de
l'Opposition n'ont absolument pas réagi, et on a dit: Adopté. Le
leader du gouvernement se lève pour faire motion pour la
référer en commission parlementaire et, à ce
moment-là, il y a un député de l'Opposition qui se
lève pour dire: Écoutez, M. le Président, c'est sur
division, mais le vote avait eu lieu. Donc, le président a
décidé que c'était sur division. Donc, moi, je me suis
levé et j'ai dit: Mon vote que j'ai donné cet après-midi
sur un projet de loi, est-ce que je peux le changer en soirée? C'est un
petit peu ça dans le fond.
Ça peut paraître drôle, mais c'est un petit peu
ça. C'est que quand on parle des parlementaires qui sont souverains, on
passe au vote, que ce soit à l'unanimité, et que par la suite on
soulève un point d'ordre ou un point de règlement, deux ou trois
jours plus tard, c'est comme si on pouvait quasiment remettre en question tous
les votes qu'on pourrait prendre à l'Assemblée nationale. C'est
ça que j'ai de la difficulté à comprendre.
Le Président: Quant à la question que vous avez
soulevée la semaine dernière, je pense qu'à ce
moment-là, c'était un des vice-présidents qui a rendu une
décision en disant que, quant à lui, après
vérification, c'était un vote adopté sur division. La
question que vous me posez relativement... Ce n'est pas une question de
renverser une décision nécessairement, parce que la
décision qui a été prise, quand la motion de renvoi en
commission a été présentée à telle
commission - dans le cas qui nous occupe, à la commission du budget et
de l'administration - même si un vote unanime de l'Assemblée
accepte ça, ce que je dis ce soir, ici, c'est que dans ce cas
précis là on ne peut pas, par un vote, de cette façon,
aller à rencontre du règlement.
C'est-à-dire que si le règlement est clairement
établi, que la compétence de cette commission est économie
et travail, ce n'est pas parce qu'on a un vote, même serait-il unanime de
l'Assemblée, que nous pouvons contrevenir aux prescriptions du
règlement. Il y a une différence en cela où, à
l'autre moment, on se lève et on dit: Est-ce que de consentement on
accepte que la commission du budget et de l'administration soit saisie de cette
situation-là au lieu d'une autre commission? Est-ce qu'il y a
consentement unanime des membres de l'Assemblée? Ce consentement unanime
vient déroger à une prescription du règlement et, pour
déroger à une prescription du règlement, il faut
absolument avoir le consentement unanime parce que c'est comme si on suspendait
l'effet du règlement à une fin particulière, ou qu'on
faisait un nouveau règlement temporaire pour une situation
particulière.
Donc, dans le cas qui nous occupe, il n'a pas été question
de dire: Y a-t-il consentement unanime pour que nous allions
référer ce projet de loi à telle commission? Ce n'est pas
ça qui a été dit. La motion est présentée.
La motion est-elle adoptée? Adopté. Adopté unanimement.
Même si c'est unanimement, ça n'implique pas un consentement
unanime de l'Assemblée... aller à l'encontre des prescriptions du
règlement clairement établi. Autrement, si c'était la
situation, on pourrait dire que, même si le vote n'est pas unanime, on
peut aller contre les prescriptions du règlement, ce qui serait
absolument aberrant, à mon sens. Pourquoi, à ce moment-là,
si le vote n'est pas unanime, s'il y avait un vote de 110 contre 14, on ne
pourrait pas aller à l'encontre du règlement? Je pense que le
règlement est clairement établi; on doit le suivre.
Et ce que je dis ce soir, simplement, c'est que la motion, telle qu'elle
a été adoptée, a un effet certainement suspensif. Jusqu'au
moment où le premier avis du leader du gouvernement sera donné
pour l'envoi en commission pour l'étude, convoquant la commission pour
étude, à
ce moment-là, dans ce délai-là, on pourrait
toujours questionner la recevabilité, la validité de l'avis,
étant donné que ce ne serait peut-être pas conforme au
règlement. Alors, c'est la question, telle qu'elle m'a été
soumise, et j'ai rendu la décision. Je ne sais pas si ça
éclaire le député de Salaberry-Soulanges. Je
l'espère. Sinon, je pourrai vous donner d'autres explications, si vous
voulez, à votre convenance. Alors, M. le leader adjoint du
gouvernement.
M. Johnson: M. le Président, je fais motion pour que le
projet de loi 28 soit déféré à la commission de
l'économie et du travail pour étude détaillée.
Le Président: Est-ce que cette motion... Une
voix:...
Le Président: Non, c'est automatique. Oui, M. le leader
adjoint du gouvernement.
M. Johnson: On me signale, et ce ne serait pas une mauvaise
idée, d'ajouter: «et que j'en sois membre»; quoique le
projet de loi apparaisse à mon nom - c'est moi qui l'ai défendu,
ici même - ce n'est pas un projet de loi privé qui vient ici
appeler, par exemple, le ministre des Affaires municipales à
siéger à l'occasion d'un projet de loi privé en
matière municipale.
Le Président: M. le leader adjoint du gouvernement,
puisque le projet est au nom du président du Conseil du trésor,
automatiquement il est membre de la commission, puisque c'est un projet de loi
au nom du gouvernement. D'accord? Donc, est-ce que la motion
présentée par le leader adjoint du gouvernement est
adoptée?
M. Chevrette: Adopté, M. le Président. Le
Président: Donc, adopté.
M. Johnson: Adopté sans que j'aie fait motion pour en
être membre, étant donné qu'en vertu de 125 je suis
membre.
M. Chevrette: C'est ça.
Le Président: Exactement, M. le leader adjoint du
gouvernement.
M. Johnson: On se comprend. M. le Président, je crois que
c'est maintenant à vous la parole, compte tenu qu'il y a eu suspension
des travaux alors qu'il y avait un débat en cours.
Projet de loi 21
Reprise du débat sur l'adoption du principe Le Président:
Alors, nous reprenons le débat. Si vous voulez me permettre deux
secondes, s'il vous plaît.
Nous reprenons le débat, à l'article 8 du feuilleton, sur
le projet de loi 21, Loi modifiant la Loi sur les normes du travail et d'autres
dispositions législatives. C'est le débat sur la motion
d'adoption du principe du projet de loi. À ce moment-ci, je vais
reconnaître un premier intervenant pour ce soir. Alors, M. le
député de Labelle, vous avez la parole. (20 h 40)
M. Jacques Léonard
M. Léonard: Merci, M. le Président. Je vais donc
intervenir sur le projet de loi 21 qui modifie la Loi sur les normes du travail
et d'autres dispositions législatives, comme on le verra. Ce projet de
loi a déjà donné lieu à une motion de scission
proposée par ma collègue de Hochelaga-Maisonneuve, parce qu'il y
avait, selon elle, deux principes à ce projet de loi, et sa
prétention a été appuyée par le président de
l'Assemblée qui, effectivement, a jugé la motion recevable.
Malheureusement, les gens d'en face, la majorité ministérielle
libérale a refusé la motion de scission, de sorte que nous devons
parler sur les deux principes de ce projet de loi en même temps.
M. le Président, grosso modo, pour simplifier, le projet de loi
propose la création d'un poste de vice-président à la
Commission des normes du travail et propose par la suite de statuer quant au
jour de la semaine où nous fêterons la fête du Canada. Je
voudrais d'abord intervenir sur le premier principe: la création d'un
poste de vice-président à la Commission des normes.
M. le Président, nous avons eu, lundi dernier, un débat
qui a porté sur la loi 198, qui était une loi
déposée en cette Chambre par le député de Verdun
qui voulait qu'on ne remplace pas les fonctionnaires qui quittaient, les
professionnels qui quittaient, et qui voulait qu'on réduise de
façon draconienne tous les postes de cadre à l'intérieur
du gouvernement et des organismes publics et même parapublics. L'objectif
qu'on s'était donné, c'était de réduire ces postes
de 20 %. Nous avons établi que cette loi ou ces prétentions
étaient irréalistes pour toutes sortes de raisons, bien que
l'objectif en soi, de stabiliser les effectifs gouvernementaux de la fonction
publique, des cadres, de la fonction parapublique, fût louable en
soi.
Or, voilà qu'aujourd'hui, dans le projet de loi 21 qu'on nous
propose, on vient créer un poste de vice-président de plein
droit, un poste de vice-président d'une commission, aux seules fins,
pratiquement, de remplacer le président lorsqu'il n'y serait pas. Ce que
nous disons, M. le Président, c'est que le gouvernement, à deux
jours de distance, présente deux projets de loi contradictoires,
contradictoires. On veut réduire
les postes de cadre et, en même temps, on en crée sans
qu'il y ait nécessité évidente de le faire, mais vraiment
pas.
M. le Président, je pense que le député de Verdun
doit ravaler sa salive présentement parce qu'il est vraiment aux
antipodes de ce qu'il a proposé. On pourrait, par exemple, attribuer la
fonction de vice-président à l'un des membres du conseil
d'administration sans pour autant qu'on crée un poste
considérable avec plein salaire et de plein droit, mais ce n'est pas ce
qui est dit dans le projet de loi, absolument pas. C'est un autre poste qui est
additionné aux effectifs que l'on connaît déjà. Je
pense que, dans tout cela, c'est une attitude ridicule par rapport aux
principes qu'on a déjà émis, par rapport à ce que
le député, par exemple, de Chauveau avait mis sur pied: un
comité pour réduire les coûts de la fonction publique. On
voit très bien qu'on est en parfaite contradiction avec cela. Un poste
que l'on crée, qui va coûter, grosso modo, 100 000 $, c'est ce
qu'on peut penser, qu'un poste de cette nature peut créer, alors qu'au
fond il y a plein d'autres postes, plein d'autres personnes qui pourraient
occuper ces postes, que le gouvernement paie déjà et qu'il
pourrait utiliser pour le faire présentement.
M. le Président, je pense que cet aspect, ce principe du projet
de loi doit être combattu, que le gouvernement fait fausse route
lorsqu'il présente ce projet de loi, qu'il n'a aucune raison
d'additionner, par-dessus tous les postes qu'il détient
déjà, un autre poste de vice-président à une
commission qui pourrait s'organiser autrement, qui pourrait désigner un
des membres de son conseil d'administration pour occuper le poste du
président lorsqu'il n'est pas là, tout simplement. Je pense qu'il
fait montre de manque d'imagination lorsqu'il présente un projet de loi
pour créer un tel poste. Je pense, M. le Président, que, non, il
n'a pas raison, il n'a absolument pas raison de créer ce poste de
vice-président.
Maintenant, l'autre principe du projet de loi consiste à statuer
quant au jour où nous fêterons la fête du Canada. C'est, je
pense, une curiosité qu'on apporte ce projet de loi maintenant. Je dois
dire que je l'ai lu en n'en croyant pas mes yeux. D'abord, on institue la
fête du Canada. J'ai bien constaté qu'on n'était pas assez
fiers de le faire pour en faire un projet de loi en soi; on le faisait à
l'occasion de modifications, d'autres modifications sur d'autres parties, la
Commission des normes du travail. On le fait sans plus de fracas, mais ce qui
apparaît, c'est que ce n'est pas un projet de loi en lui-même;
c'est vraiment par le biais de modifications qu'on le fait. Je comprends, M. le
Président, qu'avec les événements qui se passent
actuellement à Ottawa, avec les discussions constitutionnelles
interminables, on ait quelque hésitation à faire la chose avec
quelque fracas présentement parce que, s'il y a un spectacle
désolant, c'est bien ce qui se passe à Ottawa présentement
et ce qui s'est passé depuis deux ans, depuis l'échec du lac
Meech notamment.
Je pense aussi qu'on le fait sans vouloir donner trop d'éclat
à la chose parce que, au fond, au Québec il n'y a pas lieu
d'être si fier que cela d'être une province du Canada, à ce
stade-ci. Il n'y a pas lieu d'être fier, loin de là. Je prends
juste un élément qui a été mis en preuve devant la
commission de la souveraineté: Le Québec souffre d'un
déficit d'actif de 23 000 000 000 $, actuellement, et, pour avoir
accumulé un tel déficit d'actif, il faut que, durant des
années, des années, des décennies et des décennies,
le Québec n'ait pas eu son compte des investissements publics du
gouvernement fédéral ici, sur son territoire. Je pense qu'il n'y
a pas lieu d'être fier, et je comprends qu'on ne donne pas d'éclat
à une telle loi. Pour les francophones non plus, il n'y a pas lieu
d'être fier au Canada, parce que, entre autres choses, on leur a
refusé leurs écoles en Ontario, au Manitoba, en Alberta, de sorte
qu'une très grande partie d'entre eux, une très, très
grande partie d'entre eux se sont intégrés et sont disparus comme
francophones.
Je voudrais dire aussi qu'il n'y a pas lieu d'être si fier que
cela non plus du Canada à cause du non-respect du droit des personnes
parce que, M. le Président, la Loi sur les mesures de guerre, c'est
encore 1970. Ce n'est pas si loin dans le décor, où on a
emprisonné plusieurs centaines de personnes sans accusation, sans
jugement. On les a relâchées plusieurs mois après, sans
accusation, sans jugement. Il n'y a pas lieu d'être fier de l'action de
la GRC qui espionne des partis politiques légalement constitués
au Canada et au Québec, en particulier. Je pense, M. le
Président, qu'il n'y a pas lieu d'être fier non plus de cette
image du Canada qui est pratiquement exclusivement francophone à
l'extérieur du pays, dans toutes les ambassades, dans les consulats. (20
h 50)
Alors, qu'est-ce qu'on veut fêter, M. le Président?
Qu'est-ce qu'on veut nous imposer comme fête du Canada? M. le
Président, nous avons une fête. Nous avons une fête. C'est
ça qu'il faut considérer. Nous avons la fête nationale du
Québec, qui est le 24 juin, et c'est celle qui est fêtée
dans le Québec, celle qui est fêtée dans les
municipalités du Québec. Il s'agit de faire le tour du
Québec, le 24 juin, pour bien se rendre compte que c'est elle, que c'est
ce jour qui est la fête des Québécois. Vraiment, ce jour.
C'est ce jour-là qu'on voit les Québécois dans la rue,
dans les villages, partout. C'est ce jour-là qu'ils fêtent. C'est
ce jour-là qu'ils ont envie de fêter. On n'a pas besoin d'une loi
pour les inciter à le faire, c'est venu tout naturellement, depuis
longtemps, depuis longtemps, et bien avant les 125 ans du Canada. Cela remonte
au régime français, en particulier. Ils en sont fiers, ils en
sont contents, et ils ont le goût de fêter le 24 juin.
Le 1er juillet, M. le Président, c'est un autre jour. C'est le
jour où on veut leur imposer de fêter le Canada. C'est une
fête qui n'est pas fêtée, le 1er juillet. Il faut le dire.
La comparaison entre ces deux jours, même si les deux sont des jours
chômés, est désastreuse pour le 1er juillet. C'est une
fête qui n'est pas fêtée, le 1er juillet. Il y a bien
quelques zélotes fébriles qui ont essaye, qui ont essayé
de susciter ce jour-là. Oui, ils ont essayé, mais on n'a pas vu
grand-monde dans les rues, et on n'en voit pas beaucoup. C'est parcimonieux, la
foule qu'il y a ce jour-là. Au contraire, les gens n'y sont pas, la
population n'y est pas, loin de là, et ce qu'on voit parfois, c'est
beaucoup plus la triste parade des derniers zouaves d'un
fédéralisme révolu. C'est ça qu'on voit le 1er
juillet, quand on essaie de fêter. Ça a été des
faillites lorsqu'on a essayé de le faire. Des faillites!
M. le Président, je vous demande aussi: Qui demande qu'on
fête ce jour-là? Qui le demande? Ce serait peut-être
important de savoir pourquoi, tout à coup, on nous apporte ce projet de
loi. Ça, ça serait important. En effet, est-ce que ce n'est pas
le gouvernement qui a déposé le projet de loi? Oui, c'est le
gouvernement. C'est sa décision. Mais qui demande qu'on fête ce
jour-là, en plein milieu de semaine, le 1er juillet? Les citoyens? Les
travailleurs?
Les citoyens, M. le Président, leur fête, c'est le 24 juin.
C'est là qu'ils ont le goût de fêter, et ce jour-là,
le 24 juin, ils y sont, quel que soit le jour de la semaine. Ils participent,
ils participent. Il y a quelques fédéralistes qui se cachent,
ça, bien sûr, il y en a toujours eu quelques-uns. Le 24 juin, ils
acceptent de fêter, ce jour-là, quel que soit le jour de la
semaine, alors qu'une semaine plus tard, au contraire, ils désirent une
fin de semaine de trois jours. C'est parmi les beaux jours de
l'été, ils veulent une fin de semaine de trois jours et non pas
deux semaines coupées. Ils veulent une fin de semaine de trois jours
parce qu'ils veulent faire du camping, ils veulent aller dans les parcs, dans
les réserves du Québec, ils veulent aller à la
pêche, ils veulent voyager, ils veulent profiter de l'été,
et je pense qu'on veut leur imposer une autre fin de semaine de deux jours
alors qu'ils ont le goût d'en avoir une de trois jours.
M. le Président, ils font une chose aussi très importante,
ce 1er juillet, cette fin de semaine, c'est qu'ils déménagent en
grand nombre, partout au Québec. De par la loi, c'est là que les
baux finissent, et ils ont besoin d'une bonne fin de semaine pour se
préparer, pour le faire et pour s'installer. Ça, je pense qu'il
faut respecter leurs besoins.
M. le Président, est-ce que les entreprises le demandent? Les
syndicats le demandent? M. le Président, non. M. Dufour disait ceci: Le
fait de célébrer la fête nationale en milieu de semaine, ou
tout simplement le mardi, comme cette année, coûte
énormément cher aux entreprises qui doivent relancer deux fois
leur chaîne de production ou maintenir leurs employés au travail
moyennant une rémunération double. Voilà ce que disait M.
Dufour. Il le disait en 1986, mais il reste que, sur le principe, il s'oppose
à ce qu'on ait une semaine coupée en deux.
Alors, qui demande qu'on fête le 1er juillet plutôt que
d'avoir une fin de semaine de trois jours? Qui demande ça? M. le
Président, même pas les patrons. M. le Président, c'est le
gouvernement. C'est, je pense, un effet de la stratégie qui est
employée a l'heure actuelle pour mousser le fédéralisme,
pour essayer de dire que la fête du Canada, 125 ans, c'est comme si
c'était la fête du Canada, comme si le Canada existait seulement
depuis 125 ans alors qu'il existe depuis 400 ans et plus, 450 ans, M. le
Président. C'est le fait, encore une fois, de zélotes
fébriles qui reviennent avec le dernier trémolo des Rocheuses.
C'est ça. Ce n'est pas autre chose, M. le Président. Alors, cela
fait partie de la vaste campagne de publicité, de propagande à
laquelle nous assistons présentement - c'est ça - qui voudrait
convaincre les Québécois de demeurer fédéralistes
alors que tout s'écroule, même au gouvernement
fédéral. On le voit très bien ces jours-ci. C'est
ça qui se passe. Alors, il y en a quelques-uns, dans certains coins, qui
disent que, oui, il faudrait vraiment faire un jour par-dessus tous les autres,
alors que la réalité vécue par les citoyens du
Québec, c'est que leur fête nationale, c'est le 24 juin.
Ces gens du gouvernement libéral, à l'heure actuelle,
essaient de nous imposer le 1er juillet. Ça fait longtemps qu'ils y
rêvent. Bien sûr, on le sait depuis longtemps, et ils tentent
aujourd'hui de nous faire adopter ce projet de loi. Remarquez qu'ils l'ont
apporté, au moins, celui-là, au grand jour. Ils ne l'ont pas
passé dans la nuit, à 3 heures du matin, comme d'autres projets
de loi que je considère, d'ailleurs, comme pas mal plus importants,
parce que la démocratie, pour ce gouvernement, ça se fait la
nuit, comme des mauvais coups. Alors, c'est ça, leur perception.
M. le Président, c'est le dernier dispositif, la dernière
trouvaille des fédéralistes pour essayer de mousser leur
propagande. Ce n'est pas à autre chose que nous participons, M. le
Président. En plus, ce qu'il faut ajouter, c'est que, là-dessus,
ils indexent les amendes. Ils vont jusque-là. Ils indexent les amendes.
C'était à 250 $; là, c'est rendu à 325 $. La
deuxième contravention, c'était à 575 $; c'est rendu
à 700 $.
Une voix: Vous allez avoir deux jours pour imposer ça.
M. Léonard: Alors, M. le Président, on voit
très bien la façon coercitive avec laquelle ils veulent imposer
leur fichue fête du Canada que personne n'a envie de fêter. C'est
ça, le problè-
me. Ils sont obligés de l'imposer par loi. La fête
nationale des Québécois, elle est venue toute seule, et les gens
ont supplié longtemps le gouvernement de l'amener, de la déclarer
fête légale. Il a fallu que nous y arrivions, nous, pour vraiment
statuer qu'elle était fête légale au Québec, alors
que leur fête du Canada, personne ne veut la fêter et ils veulent
l'imposer de par la volonté du gouvernement. C'est exactement ce qui se
fait, à part pour quelques zélotes fébriles d'un
fédéralisme révolu.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): S'il vous plaît!
S'il vous plaît! S'il vous plaît! S'il vous plaît, M. le
député de Papineau! Il n'y a qu'un député qui a la
parole ici, et c'est le député de Labelle. Je vous demande votre
collaboration. M. le député, si vous voulez partir.
M. Léonard: M. le Président, ils sont
fidèles à eux-mêmes. Ils imposent une augmentation des
amendes, comme ils ont imposé l'augmentation de toutes les taxes que
nous avons vues depuis 1989 où ils les ont augmentées de quelque
4 000 000 000 $ sur une base annuelle. M. le Président, ils sont
fidèles à eux-mêmes, coercitifs pour imposer leur
fédéralisme révolu.
Des voix: Bravo!
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Merci, M. le
député de Labelle, de votre intervention. Alors, nous en sommes
à l'étape de l'adoption du principe du projet de loi 21, Loi
modifiant la Loi sur les normes du travail et d'autres dispositions
législatives. Je reconnais M. le député de Gouin. (21
heures)
M. André Boisclair
M. Boisclair: Merci, M. le Président. Il me fait plaisir,
à mon tour, d'intervenir sur ce projet de loi. Mon collègue, le
député de Labelle, le qualifiait d'important. Je pense que c'est
à juste titre qu'il utilisait ce qualificatif. Peut-être, dans un
premier temps, puisque j'ai quand même un certain nombre de minutes qui
me sont réparties pour pouvoir discuter de ce projet de loi, essayer de
scinder mon intervention et de la faire en deux temps, puisque ce projet de loi
contient effectivement deux principes qui sont tout à fait
différents. Faut-il rappeler qu'il s'agit d'une modification aux normes
du travail, qui va être une loi aussi qui modifie d'autres textes
législatifs, qu'à cet égard, on retrouve deux principes
tout à fait différents que, vous-même, M. le
Président, avez reconnus lorsque vous avez accepté la motion de
scission présentée par ma collègue de
Hochelaga-Maisonneuve qui avait demandé aux membres de
l'Assemblée de pouvoir se prononcer séparément sur les
deux principes qui étaient contenus dans le projet de loi.
Le premier principe, sur lequel je serai le plus bref, concerne la
nomination à la fonction de vice-président à la Commission
des normes du travail. Le deuxième, c'est celui de la fête
nationale, j'y reviendrai longuement tout à l'heure. Mais, permettez-moi
d'abord, M. le Président, de prendre quelques instants pour discuter du
premier principe qu'on a tous ici clairement identifié dans cette
Assemblée et qui suscite, dès le départ, un certain nombre
de questions. Faut-il rappeler que l'application de ce principe se retrouve
dès le premier article du projet de loi 21, et qui se lit de la
façon suivante. On dit qu'on modifie la Loi sur les normes du travail
pour modifier, après l'article 10, et je cite, rajouter: «10.1
Dans l'exercice de ses fonctions visées au deuxième alinéa
de l'article 10, le président est assisté par un
vice-président.» «10.2 Le vice-président est
nommé, pour au plus cinq ans, par le gouvernement. Il exerce ses
fonctions à plein temps et remplace le président dans l'exercice
de toutes ses fonctions en cas d'absence ou d'incapacité
d'agir.»
Je tenais a lire ces deux articles, M. le Président, non pas pour
utiliser du temps de façon pas nécessairement conforme à
notre règlement, mais bien pour illustrer que ce sont les deux seuls
articles qui traitent de la nomination d'un nouveau vice-président
à la Commission des normes du travail.
M. le Président, dès le départ, je pense, et
d'entrée de jeu, nous pouvons affirmer qu'il est plutôt
étrange de voir ce nouveau texte faire son entrée dans la Loi sur
les normes du travail. Rien ne vient justifier la nomination d'un
vice-président à un moment où tous nos collègues
ministériels, tous nos collègues libéraux nous font des
grands plaidoyers sur la saine gestion, sur l'importance de gérer chaque
sou, chaque dollar qui est ramassé, qui est perçu dans le public,
les gérer de façon efficace, les gérer de façon
serrée. À un moment où le député de Verdun
propose le gel de l'embauche dans la fonction publique - et ça
s'applique mur à mur sans aucune distinction - le gouvernement, lui,
décide d'y aller et de permettre la nomination d'un nouveau
fonctionnaire dont le mandat n'est d'aucune façon explicité dans
le projet de loi, dont on ne connaît non plus le mandat, mais pas plus la
rémunération ni les pouvoirs qui lui seront dévolus.
Finalement, M. le Président, on crée un poste comme
ça dans un article de loi alors qu'il est tout à fait contraire
à l'ensemble du discours que les libéraux tiennent. J'ai eu
l'occasion, cet après-midi, d'intervenir sur un autre débat sur
le projet de loi qui était présenté par la ministre
déléguée aux Finances. Je pense que j'ai fait la
démonstration hors de tout doute qu'il y avait une grande distinction
entre le discours et la pratique. Je pense qu'aujourd'hui et ce soir, on voit
jusqu'à quel point, encore une fois, il y a une dichotomie entre le
discours et la pratique.
Au niveau du discours, on nous tient un discours qui peut parfois
paraître rassembleur, parfois vertueux. On nous parle de la tarte aux
pommes, des choses sur lesquelles on peut faire facilement consensus, mais
lorsqu'on va dans la pratique, on s'aperçoit que c'est tout autre
chose.
Comment concilier les propos du député de Verdun? Comment
concilier les propos du ministre responsable du Conseil du trésor et du
développement de Montréal qui, tous les deux, plaident pour une
gestion encore plus serrée, plus efficace? Le député de
Verdun va encore plus loin, demander le gel de l'embauche dans la fonction
publique. Comment concilier ce discours avec cet article de loi qui vient,
encore une fois, créer un nouveau poste? Sans doute un fonctionnaire qui
sera hautement payé, grassement payé, nommé par le
gouvernement libéral. M. le Président, Avec toutes les
dénonciations que l'Opposition a eu le temps de faire depuis maintenant
plus de sept ans, on peut s'inquiéter, encore une fois, sur ce poste qui
servira certainement à faire du patronage plus qu'à faire
appliquer...
Une voix: Wo! Wo! Wo!
M. Boisclair: ...M. le Président, la Loi sur les normes du
travail. Parce que, M. le Président, je maintiens cette affirmation et
je mets au défi la députée qui s'indigne d'expliciter et
de proposer un amendement au projet de loi pour que le mandat du
vice-président puisse être clairement explicité dans la
loi, ce qui n'est pas le cas. M. le Président, c'est un poste fantoche
qu'on essaie de créer et la députée, si elle avait une
meilleure connaissance de l'administration publique...
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Alors, si vous voulez
poursuivre, M. le député.
M. Boisclair: Je disais, M. le Président, que la
députée, si elle était plus familière avec
l'administration publique, saurait très bien qu'en cas
d'incapacité d'agir du président le conseil d'administration ou
toute autre personne responsable peut désigner quelqu'un pour le
remplacer en cas de maladie, en cas de vacances ou dans toute autre situation
qui pourrait le mettre dans un état d'incapacité. On n'est pas
obligé de nommer un vice-président pour ça. Ça peut
être un directeur, ça peut être le directeur
général, ça peut être un directeur d'un service. Il
s'agit de le prévoir par règlement, ce n'est pas
nécessaire d'en faire une loi.
Alors, M. le Président, dès le départ, sur ce
premier principe, on peut se questionner sur les véritables motifs qui
ont amené le gouvernement à proposer ce genre d'amendement
à la Loi sur les normes du travail. Donc, M. le Président, la
démonstration est faite, encore une fois: double discours. On tient des
beaux discours mais, dans la loi, dans les faits, on s'aperçoit que le
gouvernement adopte une position tout à fait différente.
Là où, cependant, encore une fois, ce double discours
prend une connotation encore plus significative, c'est lorsque vient le temps
de discuter du second principe contenu dans ce projet de loi. Ce second
principe consiste à faire, finalement, de la fête du 1er juillet
la fête nationale du Canada. C'est ce qui est reconnu dans le projet de
loi.
M. le Président, je pense qu'à ce moment-ci il serait
peut-être intéressant de souligner le talent et les mérites
de mon collègue, le député de Labelle, qui a réussi
à faire une démonstration de façon très claire,
sans s'énerver et sans être trop émotif, qui a
réussi à contenir ses émotions en nous faisant une
démonstration de la non-pertinence de cette proposition.
Quant à moi, M. le Président, je dois vous dire que je ne
suis pas sûr d'être capable de faire mon intervention et de plaider
sur la non-pertinence de ce second principe avec le même calme et la
même rigueur que mon collègue, député de Labelle,
l'a fait tout à l'heure. Parce que, M. le Président, est-ce qu'il
y a un peuple au monde qui peut se permettre d'avoir deux fêtes
nationales? Est-ce qu'il y a un pays au monde, M. le Président, qui
fête deux fêtes nationales? Est-ce qu'il y a, M. le
Président, deux fêtes nationales au Mozambique? Est-ce qu'il y a
deux fêtes nationales en France? Est-ce qu'il y a deux fêtes
nationales aux États-Unis? Est-ce qu'il y a deux fêtes nationales
à Madagascar? Est-ce qu'il y a deux fêtes nationales, M. le
Président, en Mongolie, aux Bahamas, et je pourrais donner une
série de pays. Non, M. le Président. La normalité
voudrait, comme l'ont conçu les Québécois, comme l'a
voté, d'ailleurs, cette l'Assemblée nationale, comme l'ont
compris depuis des générations les Québécois et les
Québécoises, qu'à chaque peuple on donne une fête
nationale.
Et, dans ce cas-ci, M. le Président, c'est de tradition et pour
des raisons historiques sur lesquelles mon collègue, le
député de Masson, a eu l'occasion d'élaborer longuement
hier soir, qu'on a établi le 24 juin. Le 24 juin, c'est la fête
nationale des Québécois et des Québécoises. C'est
cette fête qui nous permet, une fois l'an, de réfléchir sur
ce que nous sommes, mais aussi de réfléchir sur la
destinée, sur les chemins, sur les défis qui nous animent. Et, M.
le Président, il ne faut pas aller bien loin pour comprendre
jusqu'à quel point cette fête est l'occasion
privilégiée de se rassembler entre Québécois et
Québécoises, et j'inclus, bien sûr, parce qu'on se le fait
souvent rappeler, les Québécois et les Québécoises
de toutes les origines, de tous les milieux, de toutes les provenances, de
toutes les classes sociales, de tous les milieux de vie et, une fois l'an, de
réfléchir sur notre identité.
M. le Président, vous me passerez l'expression, mais ce n'est pas
«cheap» et ce n'est pas
«quétaine» de réfléchir sur notre
identité, sur ce que nous sommes. Ça fait partie des choses
normales de la vie. Mais, M. le Président, je pense que la
normalité voudrait, et le gros bon sens, le sens commun voudrait qu'on
reconnaisse une seule fête nationale. M. le Président, ce n'est
pas le principe que défend le gouvernement dans ce projet de loi. Le
gouvernement, malgré un certain nombre de tentations, a
décidé d'envoyer un message confus aux gens. Le gouvernement a
décidé de faire siennes les propositions du député
de D'Arcy-McGee, député du Parti Égalité qui,
lui-même, proposait que le 1er juillet devienne une fête
nationale.
M. le Président, je pense qu'il faut être clair à ce
moment-ci et dire qu'il ne peut y avoir deux fêtes nationales au
Québec. Les Québécois ne sont pas différents des
Américains, les Québécois ne sont pas différents
des Français. Un peuple n'a qu'une fête nationale. Une, et une
seule fête nationale. M. le Président, cette proposition du
gouvernement - et je vais aller encore plus loin que mon collègue, le
député de Labelle - dans un contexte où,
déjà, les relations fédérales-provinciales sont
tendues - on l'a vu encore ce soir aux nouvelles, ça va sans doute
perdurer, puis durer bien des années - à ce moment-ci, cette
proposition, à un moment où les Québécois aussi
réfléchissent sur leur destinée, sur les directives, sur
la façon dont ils vivront dans les années à venir,
l'initiative du gouvernement, et je pèse mes mots, M. le
Président, constitue une véritable provocation. (21 h 10)
M. le Président, la fête nationale du Québec, c'est
le 24 juin. M. le Président, je le répète, je l'affirme,
la proposition du gouvernement libéral constitue une véritable
provocation des Québécois et des Québécoises. Je
pèse mes mots, M. le Président. M. le Président, ça
deviendra l'étiquette de ce gouvernement d'envoyer des messages confus
aux Québécois et aux Québécoises, d'envoyer aussi
des messages confus au reste du Canada, à la population canadienne.
Peut-être que c'est le cadeau que le premier ministre s'est engagé
à donner à son ami Brian, à l'occasion des fêtes du
125e anniversaire du Canada. Mais cette décision, M. le
Président, elle est inopportune.
Il ne faut pas modifier la Loi sur les normes du travail pour faire du
1er juillet une journée fériée et chômée.
Nous ne pouvons pas avoir deux fêtes nationales, M. le Président.
Cette disposition législative, cette intention annoncée du
gouvernement, je pense qu'il faut la voir dans un contexte encore plus global
que celui-ci. M. le Président, qu'est-ce qui a bien
caractérisé notre premier ministre? Qu'est-ce qui a bien
caractérisé l'attitude des libéraux? On tente une fois de
plus, on le fait dans ce projet de loi comme on l'a fait à plusieurs
autres moments dans le passé, de ménager la chèvre et le
chou.
Ce gouvernement se montre incapable de prendre une décision, de
donner une ligne directrice, de dire clairement là où il s'en va.
M. le Président, l'art de gouverner, ce n'est pas de faire du sur place.
L'art de gouverner, M. le Président, ce n'est pas de se promener sur le
dessus des vagues. Gouverner, c'est aussi donner des directives. Ce n'est pas
vrai, et les Québécois l'ont bien compris, que moins ils sont
gouvernés, mieux ils sont gouvernés.
Les gens, lorsqu'ils élisent les députés dans leur
circonscription, lorsque le premier ministre nomme des membres responsables de
dossiers sectoriels, lorsqu'on compose un cabinet, un Conseil des ministres,
ces gens-là sont là pour prendre des décisions, sont
là pour donner des directions, sont là pour assumer les
leaderships. Il y a une limite à ce qu'on puisse jouer avec la
volonté des Québécois et des Québécoises, il
y a une limite à ce qu'on puisse toujours ménager la
chèvre et le chou. Moi, mon camp est clair. Mon idée est faite.
Je pense que bien des Québécois aussi ont fait leur idée
et aimeraient que leur gouvernement, à défaut de leur dire
où il s'en va, leur donne l'occasion de se prononcer par un
référendum, par exemple, sur cette question, qui est celle de
l'avenir du Québec.
M. le Président, encore une fois, je veux juste plaider pour
rappeler que les dispositions contenues au projet de loi 22 nous rappellent
bien jusqu'à quel point ce gouvernement vit dans
l'ambiguïté, vit dans l'ambivalence qui est maintenant devenue, M.
le Président, sa marque de commerce. Je pourrais encore plaider
longtemps sur cet élément, mais je pense que les gens qui suivent
un peu nos travaux, je pense que les gens qui lisent un peu les journaux et qui
écoutent les nouvelles de temps en temps comprendront vite que la marque
de commerce de ce gouvernement, c'est l'ambivalence, l'absence de direction,
l'absence de leadership. Ils auront compris qu'encore une fois on envoie un
message confus à la fois aux Québécois et aux
Québécoises et aux Canadiens. M. le Président, ce qu'il
faut se demander, c'est si le gouvernement a le courage nécessaire de
poser des gestes, à l'égard de la population, de poser des gestes
pour accomplir les tâches pour lesquelles il a été
élu, pour lesquelles les Québécois et les
Québécoises élisent un gouvernement. La réponse, M.
le Président, est certainement non.
Finalement, ce qui devrait nous guider dans ces débats, ce qui
devrait nous guider au-delà de nos étiquettes partisanes, c'est
le gros bon sens. Je pense que tout le monde pourra facilement convenir ici en
cette Chambre qu'il n'y a pas un peuple, qu'il n'y a pas un pays dans le monde
qui a deux fêtes nationales. Je le dis en toute
sérénité. Je le dis de façon très calme,
sans m'énerver, sans céder à des tentations qui pourraient
être partisanes. Je pense que des deux côtés de cette
Chambre on pourra convenir que c'est ça, la normalité. La
normalité, c'est qu'à
chaque peuple sa fête nationale, et qu'on ne peut pas comme peuple
québécois avoir deux fêtes nationales. Ça, c'est la
réalité.
M. le Président, pourquoi modifier une situation qui dure depuis
plusieurs années? Quels sont les véritables motifs? Ce n'est pas
le Conseil du patronat qui demande la modification à la loi actuelle
pour que le 1er juillet soit reconnu chômé et férié.
Malgré le discours un peu simpliste de nos collègues
libéraux, ce n'est pas plus le Mouvement Desjardins qui demande que le
1er juillet soit férié et chômé.
Permettez-moi de rappeler ce que demande Desjardins. Desjardins, de
façon très claire, voudrait tout simplement... Je pense que c'est
important que nos collègues, qui sont intervenus à plusieurs
reprises pour faire valoir leur position, en invoquant la position du Mouvement
Desjardins... Je pense que c'est un peu simplement superficiel et
au-delà... Au lieu de se contenter de lire quelques articles de
journaux, ils devraient aller au fond des choses. Ils devraient voir quels sont
les véritables motifs qui amènent Desjardins non pas à
proposer que le 1er juillet soit reconnu comme fête chômée
et fériée, mais plutôt pour permettre au Mouvement
Desjardins... pour permettre un amendement au normes du travail pour que, tout
simplement, on puisse ajouter quelques petits mots qui permettraient tout
simplement d'offrir aux employés de Desjardins des conditions qui
sont... Parce qu'il faut savoir que la grande majorité des
employés de Desjardins ne sont pas des employés. On voudrait tout
simplement permettre un amendement à la loi qui pourrait inclure les
dispositions qui prévalent aux normes du travail, d'ajouter quelques
petits mots qui se liraient comme suit: «des conditions de
travail», pour que les normes du travail s'appliquent, bien sûr,
aux employés syndiqués et aux employés qui sont sous le
régime de décret, rajouter quelques petits mots qui se liraient:
«aux conditions de travail».
Il n'y a personne, chez Desjardins... jamais le président du
Mouvement Desjardins, jamais son personnel, jamais les présidents de
fédérations, jamais les présidents de caisses populaires,
jamais il n'y en a un qui s'est levé pour dire qu'il voulait que le 1er
juillet soit reconnu comme une fête fériée et
chômée. Rappelons, d'ailleurs, que le Mouvement Desjardins offre
déjà 11 jours de congé chômés à ses
employés. Donc, il offre déjà des avantages
supérieurs à ceux qui sont offerts dans les normes du
travail.
Permettez-moi, pour que mes propos soient clairement compris, de
rappeler... Je me permettrai de lire quelques notes. Le Mouvement Desjardins
désire s'ajuster au Code canadien du travail et à la Loi sur les
normes du travail afin de réduire les frais d'intérêt qui
résultent d'une situation où les banques sont ouvertes, alors que
le Mouvement Desjardins est dans l'obligation de fermer. L'inverse existe
également. L'exemple du jour du Souvenir est éloquent. Comme les
institutions bancaires du Québec sont dans l'obligation de se conformer
à la loi fédérale, le Mouvement Desjardins ferme ses
portes, afin d'éviter des coûts reliés à la
compensation, et cela, même si les caisses populaires ne sont pas
assujetties à cette obligation. Je pense que la proposition de
Desjardins, à ce moment-ci, est très claire. On veut tout
simplement, puisque les sections spécifiques du code sur les normes du
travail ne s'appliquent pas à un salarié, seulement, uniquement
en vertu d'une convention collective, on voudrait permettre que ces
dispositions s'appliquent pour des employés qui sont sous le
régime de conditions de travail.
M. le Président, je pense qu'il faut aller encore plus loin que
les déclarations que la porte-parole du ministre a fait connaître
dans les journaux. C'est Mme Rowley qui disait, dans Le Soleil du 12 mai
dernier: Ce sont de fortes pressions, notamment du Mouvement Desjardins, qui
ont amené le ministre à demander une révision de la
disposition législative. Ça, c'est ce qu'il disait, c'est ce que
la porte-parole de la ministre disait. Ce n'est pas dans le sens qu'on retrouve
dans le projet de loi. Je pense qu'il est important de rappeler... que les
informations exactes nous rappellent que la proposition du Mouvement Desjardins
ne visait pas à modifier la règle du lundi, mais bien d'ajouter,
après les mots «conventions collectives», les mots «de
conditions de travail», à l'article 59.1 sur les normes du
travail.
Je pense que la démonstration est faite, pour tous ceux et celles
qui auront à intervenir après moi, de ne plus utiliser... que
l'argument des pressions faites par le Mouvement Desjardins n'est plus
pertinent, ne colle plus à la réalité et qu'il sert tout
simplement à des fins partisanes, pour essayer de faire avaler la pilule
de façon plus simple, pour essayer de dorer la pilule.
M. le Président, je conclurai en disant et en rappelant surtout
qu'il n'est pas approprié, à ce moment-ci, de discuter de ce
genre de chose, qu'il n'est pas approprié non plus, en pleine crise
constitutionnelle, d'envoyer un message confus. C'est pour ces raisons - et
vous me faites signe que je dois conclure - puisque le moment n'est pas venu de
discuter de ce genre de chose, puisqu'à l'heure actuelle, les
Québécois et les Québécoises ne se sont pas encore
prononcés par voie de référendum. Vous savez qu'on
prévoit un référendum pour le 26 octobre. (21 h 20)
Motion de report
Alors, c'est pour ces raisons que j'aimerais déposer une motion
de report, en vertu de l'article 240 du règlement de l'Assemblée
nationale, une motion qui se lirait comme suit:
Que la motion en discussion soit modifiée en retranchant le mot
«maintenant» et en ajoutant, à la fin, les mots «dans
six mois».
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Alors, votre motion, M.
le député, est déposée et est recevable. Je vais
suspendre les travaux pour quelques instants pour faire une conférence,
une réunion avec les leaders quant à la répartition du
temps de parole.
(Suspension de la séance à 21 h 21)
(Reprise à 21 h 26)
Le Vice-Président (M. Bissonnet): À l'ordre, s'il
vous plaît!
Nous en sommes sur la motion de report du député de Gouin.
Il y a quorum, effectivement, M. le député. «Que la motion
en discussion soit modifiée en retranchant le mot "maintenant" et en
ajoutant, à la fin, les mots "dans six mois".»
Suite à une réunion avec les leaders, le temps
partagé est de deux heures; c'est un débat restreint. Alors, 50 %
du temps va à chaque formation politique; il y a une période de
10 minutes pour les indépendants; une intervention majeure de chaque
formation politique devrait être d'un maximum de 30 minutes. Je suis
prêt à reconnaître le prochain intervenant, Mme la
députée de Hochelaga-Maisonneuve.
Mme Louise Harel
Mme Harel: Merci, M. le Président. M. le Président,
habituellement, lorsque nous discutons d'un projet de loi dans ce Parlement,
dans cette Assemblée, nous avons déjà reçu à
nos bureaux, ici ou encore dans les ministères pour les ministres qui
sont membres de cette Assemblée, règle générale, de
nombreux coups de téléphone, lettres, télégrammes,
résolutions qui nous indiquent soit de voter dans un sens, dans un sens
opposé ou en faveur. Et, M. le Président, il n'y a
généralement pas de loi qui laisse indifférent.
Par exemple, à titre de porte-parole de l'Opposition en
matière de main-d'oeuvre, sécurité du revenu et formation
professionnelle... Présentement, nous avons, devant cette
Assemblée, trois lois déposées par le ministre de la
Main-d'oeuvre, de la Sécurité du revenu et de la Formation
professionnelle: la loi 408 qui traite de la création d'une
Société de développement de la main-d'oeuvre, la loi 30
qui traite des surplus des caisses de retraite et la loi 21, celle pour
laquelle mon collègue de Gouin a déposé cette motion de
report, cette loi 21 qui porte sur les normes du travail et qui veut faire
adopter un projet de loi sur la fête du Canada. Ce n'est pas là
l'interprétation que j'en fais; c'est là le titre du
communiqué de presse que le ministre a fait paraître le 2 juin, M.
le Président, le projet de loi sur la fête du Canada.
Donc, trois projets du même ministre, qui seront normalement
étudiés par cette Assemblée d'ici à la fin de nos
travaux la semaine prochai- ne. Je peux vous dire que, sur les projets de loi
408 et 30, c'est-à-dire sur le projet créant la
Société de développement de la main-d'oeuvre et le projet
sur les surplus des caisses de retraite, M. le Président, c'est
ça d'épais que j'ai de résolutions, de
télégrammes, de lettres, soit d'organismes qui appuient ou qui
désapprouvent. On n'est pas indifférent. On a une opinion. Et ce
n'est pas comme ça seulement pour les projets de loi du ministre de la
Main-d'oeuvre. C'est comme ça, M. le Président, de façon
courante, pour tous les projets de loi. Il y a des gens qui sont- en faveur et
qui le demandent, puis il y a des gens qui sont contre et qui demandent de
voter contre et qui demandent de prendre tous les moyens pour empêcher
qu'ils soient adoptés.
Croiriez-vous que pas un seul télégramme, pas une seule
lettre, pas un seul coup de téléphone, M. le Président,
n'ont été transmis jusqu'à maintenant et, dans les
médias francophones, pas un seul communiqué, ce qu'on appelle des
«telbecs», du nom de la firme qui transmet sur le fil, à
tous les médias, l'opinion qu'on veut faire connaître à la
population. Pas un seul qui se dise en faveur du projet de loi sur la
fête du Canada ni qui réclame l'adoption de ce projet de loi sur
la fête du Canada. C'est quand même incroyable! (21 h 30)
Vous allez peut-être me dire que la Gazette le veut,
n'est-ce pas? Puis, évidemment, aussi, le Parti Égalité,
parce que c'était là un projet de loi privé
déposé par le député de D'Arcy-McGee au printemps,
cette année. Mais en quoi le gouvernement est-il concerné par
ça? C'est quand même incroyable, M. le Président. Ce n'est
même pas le Conseil du patronat, et on connaît pourtant les
opinions franchement fédéralistes que manifeste le
président du Conseil du patronat, M. Ghislain Dufour. Il ne s'en fait
pas cachette, là. Je n'ai pas de secret à révéler
en disant que, de façon active, n'est-ce pas, il essaie de
défendre le Canada. Avez-vous vu un communiqué du Conseil du
patronat demandant l'adoption du projet de loi 21 qui est devant nous? Non, pas
du tout. Pourquoi? Voyez-vous, M. le Président, c'est que le Conseil du
patronat réclamait du gouvernement, dès son élection,
immédiatement après son élection, exactement l'inverse
pour la fête du Québec, et c'est un lobby puissant. Je vais vous
lire, d'ailleurs, le texte qui est apparu le 17 mai 1986, deux jours
après la date du 15 mai, où les projets de loi doivent être
déposés pour être adoptés avant la fin de la
session.
Le 17 mai, le Conseil du patronat considérait avoir
échoué dans sa tentative visant à faire modifier la loi de
façon à ce que la Saint-Jean-Baptiste soit
célébrée le lundi précédant lorsque le 24
juin coïncide avec la fin de semaine. Le Conseil du patronat, M. le
Président, je vais les citer aux mots: Selon le Conseil du patronat du
Québec, le fait de célébrer la fête
nationale en milieu de semaine coûte énormément cher
aux entreprises qui doivent relancer deux fois leur chaîne de production
ou maintenir les employés au travail moyennant une
rémunération double. L'article du Soleil ajoutait:
L'association regroupant tous les employeurs du Québec a entrepris un
pressant lobby auprès du nouveau gouvernement, dès le lendemain
des élections, pour obtenir une modification à la fête de
la Saint-Jean. La fête nationale, elle, ne peut pas être
reportée. Comme le 14 juillet en France et comme le 4 juillet aux
États-Unis, la fête de la Saint-Jean, elle, doit se fêter le
24 juin. C'était le Conseil du patronat qui disait au nouveau
gouvernement: Changez-nous ça parce que ça devrait toujours se
fêter un lundi.
Pensez-vous que le Conseil du patronat se dédit maintenant? Non.
Le Conseil du patronat n'est pas heureux du projet de loi 21, je suis certaine
de ça, parce que, M. le Président, l'effet économique peut
être assez désastreux. Ça n'a l'air de rien, mais au moment
où toute l'industrie touristique se plaint de l'état de la
situation... Quand on pense qu'à Montréal à peine 60 % des
hôtels sont occupes, l'ont été en tout cas, en moyenne,
durant l'année, et qu'on pense que le fait de ne plus avoir une fin de
semaine allongée d'un congé du lundi, c'est évident que
les Québécois...
C'est du monde, n'est-ce pas, qui est assujetti à la Loi sur les
normes. C'est 1 400 000 employés. Ça, c'est bien plus que 1 400
000 personnes. C'est 1 400 000 femmes et hommes qui ont des enfants, et qui
peuvent aller visiter des parents, et qui peuvent se déplacer.
Pensez-vous qu'ils vont entreprendre un voyage pour une journée? C'est
quand ça dure au moins une fin de semaine allongée que ça
vaut la peine de retourner dans sa famille, de retourner dans sa région,
ou d'aller camper, ou d'aller visiter des amis dans des régions
éloignées, et c'est certainement la raison qui a amené des
représentations, d'ailleurs, des commerçants. C'était dans
les journaux, encore tout dernièrement, des représentations des
commerçants qui ont dit: Ça ne fait pas notre affaire du tout de
fermer en milieu de la semaine. Ça ne fait pas notre affaire du tout.
Autant les établissements commerciaux que la restauration que le
tourisme ont dit: Nous, on préfère, de loin, une fin de semaine
de trois jours.
M. le Président, c'était ce que pensait le ministre
responsable il y a 18 mois. J'ai relu les débats de l'Assemblée
nationale. En décembre 1990, ça ne fait pas si longtemps.
Ça fait 18 mois exactement. Il y a 18 mois, le ministre procédait
à une révision complète de la Loi sur les normes.
D'ailleurs, Mme la ministre déléguée à la Condition
féminine s'en rappellera, elle a participé à ces travaux.
Lors de cette révision de la Loi sur les normes, pour la première
fois, le gouvernement introduisait un septième jour férié.
Jusqu'à maintenant, c'est-à-dire jusqu'en 1990, jamais le 1er
juillet n'avait été un jour férié. Ça peut
surprendre bien des gens qui ont l'impression que le 1er juillet, la
Confédération, ça existe depuis longtemps. Dans les lois
du Québec, dans les lois des normes du travail, il n'y avait pas de jour
férié pour le 1er juillet avant 1990, et les travailleurs et les
travailleuses pouvaient compter sur six jours fériés dans
l'année, six jours fériés, plus la fête nationale,
mais le septième jour férié a été
ajouté en 1990.
M. le Président, je voudrais vous faire lecture de
l'échange qui s'est produit au moment où il y a eu ce
débat sur ce septième jour férié. L'Opposition, M.
le Président, a voté en faveur, parce qu'un congé de plus
pour les travailleurs et les travailleuses, je pense qu'ils le méritent.
On n'est pas parmi les sociétés au monde qui sont les plus
généreuses, ni pour les congés, ni pour les vacances.
Alors, oui, nous avons voté en faveur de ce septième jour
férié, mais attendez de voir ce que les membres de la commission
en pensaient, il y a un an et demi. Et là, la question qu'il faut se
poser, c'est pourquoi ça a changé maintenant.
Alors, le ministre, donc... je lis le Journal des débats.
J'imagine que je peux le lire avec le nom des personnes ou est-ce qu'il
faut que j'ajoute le nom du comté? En tout cas, je le lis, donc, avec le
nom des personnes. Alors, M. Bourbeau, et je cite intégralement: M. le
Président, effectivement, ça propose de fêter la fête
du Canada. Alors, je demande: Vous le proposez nommément dans la loi? Le
ministre: Non, non, pas du tout, ce n'est pas indiqué. Le
Président (M. Joly, Fabre): On parle du 1er juillet. M. Bourbeau: On en
a parlé tantôt. La députée de Hochelaga-Maisonneuve
demandait quelle fête on fêtait. Je lui ai dit que c'était
la fête du Canada. Et je lui demande: Où est-ce qu'on retrouvera
ça, cette appellation-là? Et le ministre répond: Nulle
part. Alors, je dis: Nulle part? Alors, on pourra changer ça. Le
ministre répond: Ah! La députée de Hochelaga-Maisonneuve
pourra l'appeler ce qu'elle veut. Je dis: Bon, Marguerite d'Youville. M.
Bourbeau, le ministre: On pourra l'appeler la fête de la
députée de Maisonneuve. De toute façon, je serais
étonné que les Québécois acceptent qu'on annule
cette fête, M. le Président, pour fêter. Je dis: On trouvera
bien une autre raison pour la garder, une autre bonne raison pour la garder. Et
là le ministre en trouve une. Il dit, je cite: La fête des
déménagements, oui, effectivement. Et j'ajoute: De toute
façon, elle n'a pas le même caractère que la fête
nationale, parce qu'elle n'est finalement pas chômée ni
payée. Et le ministre ajoute: Elle n'a pas la même ampleur ni le
même prestige.
M. le Président, il y a 18 mois, ce dont il était
question, c'était d'ajouter un septième jour férié,
à l'occasion du 1er juillet, et c'était dit exactement comme ceci
dans la loi: Si le 1er juillet se produit un mardi, mercredi, jeudi, ce sera le
lundi qui précède et, si le 1er juillet a
lieu un vendredi, samedi, dimanche, ce sera le lundi qui suit, mais quoi
qu'il en soit il s'agissait d'un lundi. C'est tellement vrai que tout le monde
le savait qu'il s'agissait du lundi du déménagement; 300 000
Québécois déménagent ce lundi-là.
Alors, qu'est-ce qui va arriver maintenant? Là, cette
année, de toute façon, ça n'aura pas lieu non plus le
mercredi, puis je mets bien en garde, là. Je fais une parenthèse
pour mettre en garde la Commission des normes du travail de transmettre comme
message aux employeurs qu'ils transmettent à des employés qui
nous appellent pour nous dire: Est-ce que c'est vrai? de bien les mettre en
garde de ne pas commettre de crime de lèse-Parlement. Ce n'est pas
encore adopté, ce projet de loi là, et c'est loin de
l'être. Avant d'envoyer des directives écrites ou
téléphoniques pour dire aux employeurs d'avertir les
employés que c'est comme ça que ça va se passer, qu'ils
suivent un peu mieux les débats qui ont lieu, M. le Président,
parce que la Commission n'a pas à présumer de ce qui se passe ici
dans ce Parlement. (21 h 40)
Alors, c'était, dans le fond, ce qu'on voulait, mais
c'était Marguerite d'Youville ou le déménagement ou la
fête de la députée, mais, de toute façon, ce qui
était évident il y a 18 mois, c'est que c'était un lundi
que ça se passait. Et le ministre ajoutait, et je cite, le 10
décembre 1990 - le député de Verdun va d'ailleurs s'en
rappeler, il était présent - il a dit ceci: On s'est entendu pour
le fêter le lundi, puisque, en pratique, les commerces fêtent en
général... enfin, on me dit que la pratique, c'est de fêter
la fête de la Confédération le lundi, en
général. Le député de Verdun demande: Et si
ça tombe un mercredi? Le ministre lui répond: C'est le lundi. Le
député de Fabre dit: C'est aussi pour confirmer une longue fin de
semaine. Et le ministre répond: Pour se conformer à la pratique.
Et le président de la commission, le député de Fabre,
renchérit et dit: La pratique est la longue fin de semaine. Le ministre
en rajoute: La pratique est assez généralisée pour une
longue fin de semaine.
Est-il nécessaire d'en ajouter plus, M. le Président?
Alors, la question, c'est de savoir pourquoi maintenant. Pourquoi maintenant?
Pourquoi maintenant, au moment où personne ne le demande, ni le Conseil
du patronat, ni les commerçants, ni les établissements, puis
encore moins les syndicats? Eux, ils ont même, d'ailleurs, envoyé
des communiqués pour dire qu'ils n'allaient pas la fêter. Eh!
bien, imaginez-vous le désordre que ça va créer, parce
que, en même temps que le ministre dit qu'il veut faire adopter un projet
de loi sur la fête du Canada, dans le même communiqué il dit
aussi qu'il y a une disposition dans la loi qui peut permettre aux employeurs
de reporter ce congé-là et de le tenir un autre jour. Alors, il
dit en même temps ce qu'il veut faire, puis il annonce comment il est
possible de faire pour le contourner. Je n'arrive pas à comprendre. Je
vous assure que je n'arrive pas à comprendre ce qui a bien pu se passer
pour que le gouvernement ait changé comme ça, de 360
degrés. Ce n'est pas compliqué. On appelle ça
habituellement la passe du coyotte, M. le Président. Je ne sais pas si
vous la connaissez, la passe du coyotte. Elle consiste à filer à
bonne allure jusqu'à ce qu'on rencontre un obstacle, et on revient
immédiatement en sens contraire. Je ne peux pas m'expliquer autrement ce
virage-là, mais qu'est-ce que le gouvernement a rencontré sur sa
route pour lui faire faire un virage semblable?
Encore une fois, je vous le dis, il n'y a rien de changé
là; c'était l'unanimité sur le fait que, même sans
raison politique profonde, même sans raison idéologique,
même sans appartenance à un pays plutôt qu'à l'autre,
si vous voulez - puis, à part la schizophrénie où on
voudrait être des deux côtés - même sans ça,
là, en mettant ça de côté, même, la vraie
question, c'est: Comment ça se fait qu'au moment où ce n'est
demandé par personne le gouvernement décide, à ce
moment-ci, d'ouvrir cette question-là? Bon. D'ailleurs, qu'est-ce qu'on
a à fêter de spécial en faveur du Canada cette
année? Qu'est-ce qu'on aurait de plus que l'an passé? C'est
vraiment la bonne question, M. le Président, sinon, bon, c'est comme de
la provocation. Pourquoi à ce moment-ci?
J'entendais le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes
et le premier ministre nous parler de souveraineté partagée
encore ce matin, à la période de questions, en faisant une sorte
de comparaison que c'était comme le fédéralisme, etc. Mais
je me disais, M. le Président, qu'il faut être tombé sur la
tête. C'est ça, la souveraineté partagée, le coup de
force constitutionnel de 1982? Une constitution qui nous a été
imposée, qui s'est appliquée au Québec sans même
qu'elle ait été signée? Puis on appelle ça de la
souveraineté partagée? Là, M. le Président, il faut
aimer les taloches, il faut aimer ça! Dans le fond, il y a du masochisme
en dessous de ça, parce que, si, le moindrement, on n'aime pas se faire
talocher, à un moment donné on apprend à ne pas remercier
avant que la gifle ne nous atteigne.
Non, M. le Président, vraiment, il n'y a pas matière
à comprendre quelle mouche a bien pu piquer le gouvernement pour
qu'à ce moment-ci il ouvre sur cette question-là, qui est
d'ailleurs controversée, et qui non seulement est controversée,
mais qui même pour ses propres alliés ou appuis n'est pas une
question qui, dans le fond, va chercher un consensus. Loin de là.
Alors, M. le Président, ai-je besoin de vous dire que de notre
côté, nous n'avons absolument pas l'intention... Je veux, en
terminant, remercier mes collègues de l'Opposition et, en particulier,
le député de Masson pour leur implication dans
ce dossier. Nous n'avons absolument pas l'intention, M. le
Président, de faire en sorte que, je dirais dans la
désapprobation générale, parce que personne d'autre que
Equality et The Gazette vont applaudir... Bien, je respecte leur
opinion, mais ce n'est pas une opinion majoritaire dans la
société, loin de là.
Je n'arrive pas à comprendre pourquoi le gouvernement court
systématiquement de ce temps-ci après tout ce qui peut amener une
majorité de la population à être contre lui. C'est comme si
de manière... C'est comme un aimant, là, il arrive toujours
à se mettre la main là où ça brûle. Est-ce
que c'était nécessaire, à ce moment-ci, de se mettre la
main là-dessus? Voulez-vous bien me le dire, M. le Président? Il
n'y a rien qui peut, dans la population, d'aucune façon, même chez
les fédéralistes, donner, à ce stade-ci, le goût de
fêter le Canada. Il n'y a rien, rien, rien, rien, rien, rien! Au
contraire! Alors, qu'est-ce que c'est qui peut bien amener le gouvernement
à vouloir se minoriser à ce point-là?
Quoi qu'il en soit, on va lui rendre service, M. le Président, au
gouvernement, c'est d'ailleurs ce à quoi sert souvent l'Opposition, on
va l'empêcher de faire une erreur, puis en l'occurrence on va prendre
tous les moyens parlementaires à notre disposition pour empêcher
l'adoption du projet de loi 21. Je vous remercie.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Alors, merci, Mme la
députée de Hochelaga-Maison-neuve. Alors, sur cette motion de
report, je reconnais M. le député de LaFontaine.
M. Jean-Claude Gobé
M. Gobé: Merci, M. le Président. M. le
Président, vous me permettrez d'être un peu surpris de
l'énoncé de ma collègue, la députée de
Hochelaga-Maisonneuve. À l'entendre, la fête du Canada, la
fête de notre pays serait un congé flottant, un congé qu'on
pourrait utiliser comme n'importe quel congé dans un convention
collective.
Il faut quand même regarder les choses, M. le Président,
d'une manière un peu plus responsable et respectueuse d'un pays. Le
Canada, notre pays, duquel le Québec est une des provinces, a sa
fête nationale, bien entendu, le 1er juillet. La France, M. le
Président, a sa fête nationale le 14 juillet, les
Américains, leur fête nationale est le 4 juillet. On pourrait en
citer d'autres, entre parenthèses: les Suisses, le 1er août, et
les Belges, le 11 juillet. Personne dans ces pays-là n'a eu
l'idée, jamais, de fêter la fête nationale le 12 juillet
pour les Français, le 5 juillet pour les Américains, le 3
août pour les Suisses, parce que ça tombe un lundi ou ça
tombe un mercredi.
La fête nationale, c'est la fête nationale d'un pays.
Ça commémore quelque chose, ça commémore, en
France, une révolution, la fondation d'un pays, une
confédération. La députée de Maisonneuve vient nous
dire, non, mettons ça comme un simple congé statutaire. Enlevons
la symbolique à ce congé. M. le Président, ça
correspond tout à fait à la dialectique des péquistes, la
dialectique des gens qui veulent détruire ce pays, qui n'ont aucun
respect en ce grand pays qu'est le Canada et tous les acquis sociaux,
économiques, les libertés que ça a pu créer et
l'image internationale que nous avons.
J'écoutais dernièrement le premier ministre du Canada,
l'honorable Brian Mulroney, qui citait un sondage sur 165 pays aux Nations
unies, et le Canada arrive en tête pour la qualité de vie et pour
le respect des droits et des libertés. Ça, M. le
Président, ça vaut la peine d'être fêté. On le
fête le jour de l'anniversaire de ce pays, et c'est le 1er juillet, n'en
déplaise à la députée de Maisonneuve, n'en
déplaise à tous les séparatistes et tous les gens qui
veulent briser ce pays. C'est la fête nationale, et nous devons donc la
respecter et la fêter ce jour-là. C'est la principale raison, je
pense, M. le Président, qui doit nous amener à accepter et
à voter ce projet de loi, et non pas à tergiverser et à
regarder les mesures dilatoires que l'Opposition emploie afin de retarder ce
projet. (21 h 50)
J'entendais aussi quelques collègues de la députée
employer des arguments, des arguments économiques. Semble-t-il que la
Confédération Desjardins disait, non, il ne faut pas que le 1er
juillet soit une journée fériée, ça va nous nuire.
Mais moi, j'ai une lettre. J'ai vu la députée de Maisonneuve et
d'autres collègues, hier, mentionner cette lettre en Chambre et vu que
je ne l'avais pas eue, je suis allé m'en chercher une copie. J'ai
réussi, grâce à un collègue de la
députée, à trouver une copie de cette lettre et je
remercie ce collègue de la députée de ce Parlement qui m'a
fait parvenir cette lettre et je vais en lire un paragraphe.
Alors, M. Béland, le président du Mouvement Desjardins,
écrivait, et c'était adressé à M. le ministre
André Bourbeau, ministère de la Main-d'oeuvre et de la
Sécurité du revenu. Objet: Date de prise du congé du 1er
juillet. Alors, il faisait référence au projet de loi. Il disait:
Le 1er juillet si cette date tombe un lundi ou le lundi précédant
le 1er juillet et si cette date tombe un mardi, un mercredi ou un jeudi ou le
lundi suivant et si cette date tombe un vendredi, un samedi ou un dimanche...
cette mesure législative constitue une source de problèmes
importants pour le Mouvement Desjardins. Là, on parle de faire tomber la
date à un autre jour que le 1er juillet. En effet - écoutez bien,
c'est très important; j'espère que tous les gens vont être
attentifs à ce que je vais dire - la concurrence bancaire - donc les
autres institutions bancaires - respectera, selon la coutume, la fête du
1er juillet. Là, on parle de la
banque, une institution financière semblable à celle du
Mouvement Desjardins qui, comme chacun sait, est une institution bancaire. Le
Centre de compensation bancaire sera en conséquence fermé cette
journée-là et le réseau des caisses populaires devra
supporter un coût de l'ordre de 265 000 $ supplémentaires pour les
effets non compensés. Là, on dit que, si le réseau
Desjardins doit rester ouvert contrairement aux autres banques, le service de
compensation de Desjardins ne pourra fonctionner et cela occasionnera des frais
de 265 000 $ supplémentaires aux petits épargnants du
réseau Desjardins. Les gens qui ont un livret avec 5 $ de part sociale
devront compenser et payer pour cette loi qui ne sera pas votée, si elle
ne l'est pas.
Et je continue. C'est M. Béland qui continue: De plus, certaines
de nos fédérations devraient modifier leur politique de
conditions de travail afin d'éviter des coûts
supplémentaires de main-d'oeuvre le 29 juin. On veut dire qu'on devrait,
encore là, payer les employés le 29 juin en supplément
afin de garder le centre ouvert, et je crois que c'est encore un des arguments
qui plaident pour le projet de loi.
Enfin - et il termine - le texte des conventions collectives des caisses
syndiquées indique le 1er juillet comme étant le jour
férié à respecter. Et lorsque j'entends la
députée de Maisonneuve nous dire que les syndicats ont
envoyé des télégrammes et des télex, je ne sais pas
de qui elle parie et de quoi elle parie, mais M. Béland, le
président du Mouvement Desjardins, nous dit bien: Enfin, le texte des
conventions collectives des caisses syndiquées - il faut respecter les
caisses syndiquées, c'est très important, les syndicats, dans les
caisses populaires - indique le 1er juillet comme étant le jour
férié à respecter. Donc, c'est là le voeu de ces
syndicats.
Alors, voyez-vous, M. le Président, je pense qu'on
véhicule toutes sortes de faussetés ou toutes sortes de fausses
impressions à la population pour faire accroire que c'est une mauvaise
décision que de faire en sorte qu'officiellement soit reconnu dans les
normes du travail du Québec le 1er juillet comme étant notre
fête nationale. Nous sommes peut-être, M. le Président, nous
allons être certainement une des provinces les plus novatrices en ce sens
et, en effet, le jour du 1er juillet, la fête nationale, est reconnu par
les lois fédérales et non pas les lois provinciales, et il
était temps que nous faisions en sorte de nous enligner sur cette
loi.
Maintenant, j'écoutais la députée qui nous pariait
de Meech, qui nous disait que nous n'avions aucune raison de fêter le 1er
juillet, mais nous avons des raisons, M. le Président. Il y a 125 ans
que ce pays existe, 125 ans que les Pères de la
Confédération se sont réunis et ont fait ce pays qui est
devenu le premier pays du monde pour sa qualité de vie, pour les
libertés, ce pays qui a accueilli des dizaines et des dizaines de
millions d'immigrants qui ont bâti cette popularité, qui ont
bâti cette prospérité que nous avons actuellement, qui ont
bâti ces libertés.
Il suffit de regarder partout à travers le monde, dans certaines
régions, on voit qu'il y a de l'intolérance, sévissent le
racisme, la violence, la pauvreté. Avons-nous ça ici, au Canada?
Avons-nous des gens qui sont victimes de racisme comme ça se fait dans
certains pays d'Europe? Avons-nous des gens qui sont victimes de violence?
Avons-nous des plus démunis qui dorment dans les rues en grand nombre?
Avons-nous de la mortalité infantile très forte comme dans
certains autres pays? Non, nous n'en avons pas, M. le Président, parce
que nous avons un pays qui a su s'encadrer et se développer et prendre
des mesures afin que ça n'arrive pas chez nous.
Il est vrai et je conviens que l'accord du lac Meech, pour des raisons
de deux ou trois premiers ministres de provinces très peu
peuplées dans la Fédération, n'a pas fonctionné. Il
est vrai que nous avons dû retourner à la table des
négociations, nous réentendre, faire ce que les Pères de
la Confédération ont fait il y a 125 ans, c'est-à-dire
nous rasseoir et retravailler pour que ce pays redevienne un pays viable, un
pays où il fait bon vivre, où on va continuer à bien vivre
et où le développement va se faire. Et je ne vois pas là
de honte et de malheur à ça comme la députée de
Hochelaga-Maisonneuve veut nous le dire. Au contraire, je vois là encore
une qualité très importante du Canada et des Canadiens qui est de
travailler à harmoniser et à s'entendre entre nous dans cette
Confédération, afin de pouvoir trouver et de pouvoir donner
à nos concitoyens, de quelque province qu'ils soient, le meilleur cadre
pour vivre, pour se développer, pour que leurs enfants puissent
étudier, pour qu'ils aient des emplois, pour que les personnes
âgées aient de la sécurité sociale, pour que nous
puissions, quand nous serons vieux, nous aussi, les parlementaires, respirer et
faire une vieillesse tranquille. Ce n'est pas pour d'autres raisons que
ça que nous travaillons à refaire ce Canada. C'est un des plus
beaux pays, mais nous devons le conserver, nous devons y travailler, et j'en
suis fier. Personnellement, je suis arrivé ici il y a 20 ans, comme
grand nombre de mes collègues. On voit là la grandeur du Parti
libéral qui a su accueillir une quinzaine de députés de
toutes les régions du monde, et c'est là un des signes du Canada.
Trouvez-moi un des pays dans le monde où il y a d'autres
députés qui viennent de l'Egypte, de la Grèce, de
l'Italie, de la France, de Syrie. Trouvez-en, M. le Président. Il n'y en
a pas. Et c'est ça, le Canada. Alors, je crois que nous devons
être fiers de notre pays, fiers du 1er juillet comme fête
nationale. Je crois aussi que nous enverrions un très mauvais message
à tous nos compatriotes canadiens, qu'ils soient des provinces de
l'Atlan-
tique ou des provinces du Pacifique, comme ceux du Québec, si
nous considérions, comme la députée de Maisonneuve le
veut, et ses collègues d'ailleurs, le jour de la fête nationale
comme un simple congé flottant qui permet aux gens d'aller à la
pêche à la ligne ou de déménager. Lorsqu'elle dit
que le 1er juillet, c'est la fête des déménageurs... M. le
Président, le 1er juillet, c'est la fête de tous les Canadiens. SI
certains...
Une voix:...
M. Gobé: Merci, M. le Président. Je pense que le
député de Masson faisait un peu de brouhaha dans cette salle, et
je vous remercie de l'avoir rappelé gentiment à l'ordre afin que
je puisse continuer mon discours. Non, ce n'est pas la fête des
déménageurs, c'est la fête des Canadiens, c'est la
fête d'un pays fier, la fête du meilleur pays pour le niveau de vie
dans le monde. C'est la fête de la démocratie, c'est la fête
de la tolérance et non pas la fête des gens qui, seulement,
veulent utiliser cette journée pour des raisons commerciales ou des
raisons d'utilité personnelle. Maintenant, si les gens désirent
déménager le 1er juillet, tant mieux. Personne, dans ce pays,
encore, n'a mis de loi pour dire aux gens ce qu'on fait dans nos heures de
loisir. C'est bien, et c'est ça, la démocratie. Elle disait:
C'est la fête à la députée de Maison-neuve. Je ne
sais pas quel âge elle peut avoir le 1er juillet, mais, certainement,
c'est sa fête. Certainement, c'est une Canadienne. C'est la fête de
tous les Canadiens, alors, c'est celle de la députée de
Maisonneuve, c'est celle du député de Verdun qui est
présent en cette Chambre, c'est celle du député de
Gatineau que j'aperçois là-bas, la fête de tous les
Canadiens, de quelque origine qu'ils soient, qu'ils viennent d'Haïti,
qu'ils viennent d'Italie, qu'ils viennent du Sri Lanka, qu'ils viennent
d'Angleterre, de Grande-Bretagne, de France. Toute personne qui vit au Canada,
c'est sa fête. Mme la députée de Maisonneuve, je suis
heureux de voir que ce sera votre fête aussi, ce jour-là, et il me
fera plaisir de vous la souhaiter, comme Canadienne. J'en profiterai, je crois,
pour inviter tous les Canadiens à venir fêter. On voit que la
chanteuse Mitsou, cette grande chanteuse populaire pour les jeunes classes, les
jeunes Québécois, a accepté, cette année, de
chanter et de parrainer les fêtes du Canada. Mais, c'est très
bien, M. le Président. Comme ça, les jeunes vont pouvoir
participer, se réjouir, s'amuser et festoyer. C'est comme ça, je
pense, qu'on doit fêter l'anniversaire de son pays.
Alors, je crois que cette motion de report, c'est un peu comme la motion
de scission hier de l'Opposition. Je pense qu'elle a juste pour but de retarder
le débat, pour but d'empêcher que les Canadiens, que les
Québécois puissent fêter leur fête nationale. Elle a
pour but de faire la promotion de la souveraineté, de mettre la zizanie
dans notre province, et nous n'avons pas besoin de ça. Nous avons besoin
de choses claires, directes, et notre gouvernement entend le faire. Aussi,
j'invite tous les parlementaires en cette Chambre, qui croient au Canada, qui
croient en la démocratie, qui croient en la liberté, qui croient
en ce grand pays qu'est le Canada, à voter contre cette motion afin que
nous puissions continuer l'étude du projet de loi et que nous puissions
l'adopter pour en faire profiter tous nos concitoyens, dès la prochaine
fête du 1er juillet. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Merci, M. le
député de Lafontaine. Mme la députée de
Ho-chelaga-Maisonneuve, vous avez une question?
Mme Harel: Oui, M. le Président, une question de
règlement, s'il vous plaît. Est-ce que le député de
Lafontaine accepterait, en vertu de notre règlement, de déposer
la lettre dont il a fait lecture durant son intervention, M. le
Président? Accepterait-il également, en vertu de notre
règlement, de répondre à une question que je souhaiterais
pouvoir lui poser?
Le Vice-Président (M. Bissonnet): M. le
député, est-ce que vous permettez à la
députée de Hochelaga-Maisonneuve de vous poser une question et
d'y répondre brièvement?
M. Gobé: M. le Président, tout d'abord, en ce qui
concerne la lettre, vous permettrez...
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Oui. (22 heures)
M. Gobé: ...j'aimerais dire à la
députée de Hochelaga-Maisonneuve qu'étant donné que
c'est son parti, ses collègues et elle-même qui l'ont citée
en cette Chambre, elle doit donc en avoir copie, et je n'ai pas besoin de la
lui donner. Je l'ai obtenue moi-même d'un député,
collègue de la députée. Donc...
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Ça va.
Alors, vous ne permettez pas le dépôt du document. Est-ce
que vous permettez une question à la députée de
Hochelaga-Maisonneuve en vertu de l'article 213?
M. Gobé: Oui, M. le Président, avec plaisir, je n'y
vois pas d'objection.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Ça va.
M. Gobé: Dans mon discours, je n'ai rien à
cacher.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Ça va.
Mme la députée de Hochelaga-Maisonneuve, en vertu de
l'article 213.
Mme Harel: Alors, M. le Président, je vous
remercie. En vertu de l'article 213, j'aimerais demander au
député de LaFontaine si, dans la lettre dont il a fait en partie
lecture, que je n'ai pas et que je souhaiterais obtenir, il convient que le
Mouvement Desjardins et son président, M. Béland, demandent au
ministre responsable de la Loi sur les normes du travail non pas de la modifier
dans le sens du projet de loi 21, mais de la modifier pour permettre d'ajouter,
après les mots «convention collective», les mots «des
conditions de travail». Est-ce que le Mouvement Desjardins demande
finalement une modification à la loi que le projet 21 ne lui apporte pas
et obtient une modification qu'il ne demande pas?
Le Vice-Président (M. Bissonnet): alors, m. le
député, je vous permets la même période de temps
pour répondre à la question de mme la députée.
M. Gobé: Alors, merci, M. le Président. Je crois
que la question de la députée de Hochela-ga-Maisonneuve
démontre encore qu'elle n'a pas compris le sens de la lettre du
Mouvement Desjardins. Si l'on se fie... Je peux en refaire lecture si vous le
désirez - elle dit qu'elle ne l'a pas eue - pour sa bonne
compréhension. Je vais en faire lecture, si vous me permettez, M. le
Président. Ça va être très rapide, et ça
permettra d'éclairer et peut-être d'aller sur le fond...
Le Vice-Président (M. Bissonnet): M. le
député... Consentement?
Des voix: Consentement.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Consentement. M. le
député, si vous voulez la lire.
M. Gobé: Bien oui, certainement.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): S'il vous
plaît!
Mme Harel: II serait préférable qu'il la
dépose plutôt que de la lire.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Alors, il y a un
consentement pour que vous la lisiez au complet.
M. Gobé: Certainement, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Alors, il y a
consentement, si vous voulez...
M. Gobé: nous allons faire cette lecture. alors, m. le
ministre andré bourbeau, ministre du revenu, je passe là-dessus:
«objet: date de prise de congé du 1 er juillet. «m. le
ministre, comme vous le savez, l'article 60 de la loi sur les normes du
travail, en vigueur depuis le 1er avril 1991, stipule ce qui suit: Les jours
suivants sont des jours fériés et chômés: le 1er
juillet, si cette date tombe un lundi; le lundi précédant le 1er
juillet, si cette date tombe un mardi, un mercredi ou un jeudi ou le lundi
suivant le 1er juillet, si cette date tombe un vendredi, un samedi ou un
dimanche. «Cette mesure législative constitue une source de
problèmes importante pour le Mouvement Desjardins. En effet, la
concurrence bancaire respectera, selon la coutume, la fête du 1er
juillet. Le centre de compensations bancaires sera en conséquence
fermé cette journée et le réseau des caisses populaires
devra supporter un coût de l'ordre de 265 000 $ pour les effets non
compensés. «De plus, certaines de nos fédérations
devraient modifier leur politique de conditions de travail afin d'éviter
des coûts supplémentaires de main-d'oeuvre le 29 juin. Enfin, le
texte des conventions collectives des caisses syndiquées indique le 1er
juillet comme étant le jour férié à respecter.
«Le Mouvement Desjardins est en concurrence constante avec les banques
qui sont de compétence fédérale mais, en même temps,
il doit travailler de concert avec elles dans le cadre du réseau des
institutions financières canadiennes.» Est-ce assez clair?
«Les conditions de travail communes au Mouvement stipulent
déjà 11 jours fériés et chômés,
c'est-à-dire des conditions supérieures à ce qui est
accordé par la législation sur les normes minimales de travail.
«C'est pourquoi, après consultation des instances
concernées de Desjardins, il nous apparaîtrait souhaitable que le
gouvernement du Québec procède à amender l'article 59.1 de
la Loi sur les normes du travail de façon à ce que cet article se
lise comme suit dorénavant...»
Alors, c'est clair vous avez vu les raisons qui amènent...
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Est-ce que vous avez
terminé?
M. Gobé: Maintenant, je vais vous faire lecture de la
proposition de l'amendement et je pense qu'il faut le prendre aussi dans son
intégralité. «La présente section ne s'applique pas
à un salarié qui, en vertu d'une convention collective, d'un
décret ou de ses conditions de travail bénéficie d'un
nombre de jours chômés et payés, en sus de la fête
nationale, au moins égal au nombre de jours auxquels ont droit ceux
à qui la présente section s'applique. «La présente
section ne s'applique pas non plus à un autre salarié du
même établissement qui bénéficie d'un nombre de
jours chômés et payés, en sus de la fête nationale,
au moins égal à celui prévu dans cette convention ou ce
décret. «Cet amendement offrirait l'avantage de soustraire
à l'application du chapitre entier
portant sur les congés fériés de la Loi sur les
normes du travail tout employeur qui accorde dans ses conditions de travail un
nombre au moins égal de congés fériés à ce
que prévoit cette même loi. «Nous sommes d'avis que ces
amendements apporteraient toute la souplesse requise pour corriger les
contraintes inacceptables pour le Mouvement Desjardins qu'imposent les mesures
législatives actuelles.» On parle de l'ancienne loi. «Vous
remerciant à l'avance de l'attention que vous apporterez à cette
demande, je vous prie d'agréer, M. le ministre, l'expression de ma
très haute considération.»
C'est signé: le président Claude Béland, Mouvement
Desjardins.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Merci, M. le
député.
M. Gobé: ...je pense que j'ai répondu à la
députée de Maisonneuve.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Merci, M. le
député. Nous poursuivons sur la motion de report, et je reconnais
M. le député de Masson.
M. Yves Blais
M. Blais: Merci beaucoup, M. le Président. Tout d'abord,
en tout début de cette motion de report, je tiendrais à dire deux
choses. La première: si le ministre acceptait, dans les six secondes qui
suivent, d'enlever les articles 10 et 18 de son projet de loi 21, nous
arrêterions immédiatement cette discussion et nous passerions
après à l'étape normale de «l'adoptation», de
l'adoption de cette loi.
Une voix:...
M. Blais: L'adoption. Mais c'est parce que je voudrais qu'il
m'écoute. Une, deux, si jamais le ministre responsable... Trois, quatre,
si jamais le ministre responsable voulait retirer les articles 10 et 18 du
projet de loi 21, nous arrêterions immédiatement la discussion et
nous passerions immédiatement à l'adoption de cette loi, de
façon normale. Alors, nous sommes très collaborateurs, comme vous
le voyez. Est-ce qu'il y a une réponse immédiate, M. le
Président? Il semblerait que non.
Deuxième chose que j'aimerais préciser. Nous ne sommes
pas, de ce côté-ci, opposés du tout à ce que le 1er
juillet soit une fête canadienne adoptée par l'Assemblée
nationale. Nous n'avons aucune objection à ça, aucune. On n'en a
pas. On veut qu'elle reste comme elle était parce que là, en la
faisant de la façon dont on la fait dans la loi 21, on lui donne
exactement le même statut que le 24 juin, et c'est ça qu'on
n'accepte pas.
Pour répondre à d'autres questions qu'on me dit, on me
crie parfois Ici, dans la Chambre, quand je parle, parce que je suis
très souverainiste, très fier de l'être et très
québécois de coeur, d'esprit, de raisonnement: vous êtes un
Canadien. Oui, aussi, je suis un Canadien. Je suis un Canadien
géographique imposé par l'histoire, mais je suis un
Québécois de coeur, d'esprit et de volonté de devenir,
dans un pays qui s'appelle le Québec. C'est vrai que je suis un
Canadien, imposé par l'histoire. Quand on m'amène Mitsou, M. le
Président, pour dire que les Québécois fêtent la
fête du Canada, c'est un argument que j'aurais «Mitsou» les
autres!
Des voix: Ha, ha, ha!
M. Blais: Jamais! Jamais! Jamais! Il y en a qui pensent que ce
sont deux gros arguments à amener en Chambre...
Des voix: Ha, ha, ha!
M. Blais: ...mais je crois, M. le Président, que ceux qui
les apportent, les arguments, sont un peu loufoques et branlants.
Des voix: Ha, ha, ha!
M. Blais: M. le Président, nous demandons le report de
cette loi et, quand on demande le report d'une loi, on se doit rationnellement
d'avoir des raisons valables. M. le Président, je vous jure que nous
avons des raisons très valables d'en demander le report. D'abord, pour
la crédibilité de notre Assemblée nationale, il y a
plusieurs raisons. Mais, dans notre Assemblée nationale, parlons d'abord
pour la crédibilité des libéraux ministériels. Il
faudrait que cette loi soit reportée pour qu'ils se documentent sur ce
qui se fait dans les autres Parlements canadiens sur ces deux fêtes
nationales qu'on veut mettre ici. Il faudrait que les ministériels,
avant de passer cette loi, se documentent et se renseignent sur ce qui se passe
dans les autres Parlements canadiens sur ces deux fêtes,
c'est-à-dire la Saint-Jean et la Confédération. (22 h
10)
Ici, comme toujours, le Québec et les Québécois, et
ça va de soi, les élus qui sont représentatifs de la
population, ont toujours été d'une grande
générosité, d'une grande générosité.
Le Parlement de Québec, actuellement, est le seul Parlement canadien qui
a dit: Le 24 juin sera un jour férié et la
Confédération sera aussi un jour chômé. On a
ça dans nos lois transportables, parce qu'il y a une fête plus
importante que l'autre, mais c'est là. C'est une journée de
congé, le 1er juillet. C'est une journée payée, amovible
mais payée. Dans aucun autre Parlement, M. le Président, tout en
vous rappelant, d'abord, qu'il y a plus de francophones en Ontario que
d'Anglais au Québec. Ne l'oublions pas, là. Il y a plus de
francophones en Ontario
que d'Anglais au Québec et, nous, sans se faire briser le tibia
ou l'avant-bras, sans se faire brasser la barbe par les moustachus, sans se
battre ou sans se gifler, nous avons adopté calmement, à cette
Assemblée nationale, les deux fêtes en donnant un peu plus
d'égards à la fête de l'extrême majorité, mais
la minorité anglaise, ici, est beaucoup plus faible que la
minorité francophone en Ontario.
En Ontario, M. le Président, il n'y a aucun respect pour la
fête de saint Jean-Baptiste qui est la fête des Canadiens
français, selon le pape Pie X. C'est la fête des Canadiens
français. Il y en a qui trouvent ça drôle. Moi, je suis
Québécois. Que quelqu'un rie du mot «Canadien
français», à la rigueur, je comprendrais, mais ceux qui se
prétendent encore Canadiens français et qui rient d'eux, ils ont
un drôle de sens de l'humour ou ils ont un mauvais sens de la
compréhension de ce qu'ils sont. C'est l'un ou l'autre. On donne encore
plus, nous autres, ici. On donne déjà plus et on veut donner
à la minorité exactement le même statut qu'à la
majorité. Dans aucun autre Parlement canadien, je ne parle pas du
Parlement du Canada, ça ne le regarde pas, mais les autres Parlements
souverains dans les provinces, aucun ne l'a fait. On devrait avoir un peu
d'égards pour nous aussi. Nous sommes un des deux peuples
fondateurs.
Je sais que les fédéralistes vont sortir pendant que je
parle, parce qu'ils ne lisent même pas. Ils ne peuvent même pas
entendre. Leur tympan n'est pas habilité à écouter la
verbalisation de fierté. C'est un tympan réfractaire à
notre souche, à notre histoire. Ils sont un peu et très souvent
des «jean-chrétinistes» du système, par essence, on
dirait. Je n'oserais pas dire par intérêt, mais il y en a
certainement que c'est par intérêt. Ça me blesse, M. le
Président.
Deuxièmement, pour le respect du Parlement, des
ministériels surtout, pas de nous, des ministériels, on apporte
cette loi 21 le lendemain que le député de Verdun a
apporté la loi 198. Dans la loi 198, parce que c'est une autre clause de
la loi 21, dans la loi 198, ...dit: II ne faut plus employer, engager de
nouveaux membres nulle part, à peu près. Là, à
l'article 1 du projet de loi 21, on engage un vice-président et une
équipe. Ça, c'est la même équipe
ministérielle, là, à quelques heures de différence.
Il me semble, quand on est un peu cohérent, qu'on ne fait pas, à
une journée d'avis, à quelques heures d'avis...
J'ai entendu le député de Saint-Hyacinthe. Certains autres
députés défendent avec fougue que les
députés devraient avoir du poids. Ils avertissaient,
c'était une menace. Ils avaient allumé le brandon du feu de la
Saint-Jean pour leur cabinet. Ça n'a pas brûlé fort.
Dès le lendemain, voyez-vous, la loi 21, on vient contredire toute la
belle verbalisation que vous avez faite la veille, et vous étiez bien
intentionnés, j'en suis sûr. Alors, forcez votre cabinet à
regarder tous vos papiers et à aligner les leurs sur la même
qualité que ceux que vous produisez.
Ensuite, les ministériels... D'abord, le premier ministre en
tête - et le ministre de la Justice - nous dit depuis le tout
début: Je vais respecter la loi 150. Je vais respecter la loi 150 qui
dit: II y aura un référendum sur la souveraineté du
Québec s'il n'y a pas d'entente avec le gouvernement
fédéral, si les offres ne sont pas acceptables. La loi 150 ne dit
pas qu'il y aura deux référendums mais, par extension, M.
Bou-rassa dit... excusez, M. le premier ministre dit: On fera un
référendum sur les offres d'Ottawa, et je crois que, de
façon indirecte par le rapport Bélanger-Campeau, je pourrais le
faire.
Intellectuellement, avec un amendement à la loi 150, oui, je suis
obligé de dire oui, il pourrait le faire. Mais s'il n'y en a pas,
d'offres valables, ou s'il présente ses offres dites valables à
la population et que la population refuse, que venons-nous faire dans cette
galère du 1er juillet, quelques mois avant que ces choses-là ne
se règlent? Venir établir le 1er juillet à l'égal
de la fête nationale! Et c'est curieux parce que Bélanger-Campeau,
c'est pareil. Les deux voies: la souveraineté ou des offres très
acceptables, avec beaucoup de pouvoirs au Québec; le rapport Allaire:
beaucoup de pouvoirs au Québec. Là, il semblerait qu'on
accepterait l'ombre de l'ombre de Meech et qu'on serait presque contents. C'est
terrible! Et là, on serait pris avec... Le peuple n'acceptera pas,
voyons donc! Le peuple québécois ne peut pas accepter ça,
M. le Président. C'est impossible.
J'entendais le député... On avait parlé de mouche
avant... La députée de Hochelaga-Maison-neuve a dit: Quelle
mouche a piqué le député? Je n'ai pas vu quelle mouche
avait «gobé» l'autre député, mais ça
demeure quand même qu'il disait que Mme la députée de
Hochelaga-Maisonneuve avait dit que le 1er juillet, c'était la
fête du déménagement. Si on relève le texte de la
commission parlementaire, le ministre, c'est marqué: «M. Bourbeau:
C'est la journée du déménagement». Ce n'est pas nous
qui avons dit ça.
Il faudrait peut-être aussi prendre le temps de regarder dans
d'autres pays «confédératistes» où il y a
plusieurs nations mais qui ont un Parlement, par exemple, pas ceux qui n'ont
qu'un Parlement. Regardez, en Europe, le marché commun, etc. Il y a une
fête nationale dans chacun des pays. Ils n'en imposent pas une pour
l'ensemble de l'Europe. Il ne faut tout de même pas rêver
réveillés. Puis il faudrait aussi bien regarder si, comme la
langue au Québec... La fête du Canada, la fête du
Québec, c'est un peu comme la langue. La langue française, au
Québec, a priorité partout. La langue anglaise est
respectée, puis ses minorités, comme on ne voit nulle part
ailleurs. Mais on n'est pas pour mettre les deux langues égales sur le
territoire québécois, comme on ne peut pas mettre les deux
fêtes égales. Ce n'est pas possible. Une majorité a des
droits; une minorité aussi, mais elle est minoritaire.
C'est bien sûr que s'il y a des francophones de l'autre
côté qui pensent qu'on n'a pas le droit de dire ces
choses-là... Mais si on demande aux anglophones du Québec, pour
la plupart, l'extrême majorité, si nous leur demandions la
question: Bonjour, monsieur. Vous êtes un anglophone? Oui. Il y a 200 ans
qu'on demeure ici. Oui. On vous demanderait: Est-ce que vous aimeriez que le
Québec devienne un pays? C'est-à-dire aime-riez-vous, M.
l'anglophone, devenir une minorité officielle au Québec ou rester
une majorité anglaise au Canada? Il va répondre: Je
désirerais rester une majorité canadienne. C'est normal, et tout
le monde trouve que c'est normal que ces gens répondent ça.
Demandez à un Anglais, dans le West Island: Allo, buddy, what do you
think about Québec? On va lui demander et on va lui dire: Monsieur, qui
mettez vos lunettes, actuellement, est-ce que vous voulez rester une
majorité canadienne ou devenir une minorité
québécoise? Eh bien, gomme ou pas gomme, M. le Président,
il va nous répondre: Je veux demeurer dans une majorité
canadienne. Et on semble tous comprendre ça. Ce qu'on ne comprend pas,
c'est quand on dit aux Québécois francophones: Bonjour, M. le
député de Lévis, je voudrais vous demander une question.
Vous êtes une minorité française, au Canada. Est-ce que
vous aimeriez demeurer une minorité française au Canada ou
devenir une majorité française au Québec? Il va
répondre normalement, si c'est un francophone: Je veux rester, je veux
devenir une majorité au Québec. Si c'est vrai pour les autres,
pourquoi ça ne l'est pas pour nous? C'est ça, la vraie question.
Et on trouve même ça drôle. C'est l'enfance de l'art. (22 h
20)
Et quand on demande ça à du monde et qu'on n'a pas
posé les deux questions, il dit: Si on le demande aux Anglais, voyons,
ils vont dire: On veut rester une majorité canadienne, et je trouve
ça normal. Mais si on demande à la minorité francophone
québécoise: Voulez-vous demeurer une minorité au Canada ou
bien devenir une majorité au Québec? Elle répondrait oui.
On voit des gens qui ne comprendraient pas ça. Si c'est bon pour un,
c'est bon pour l'autre. Chaque peuple a droit à son coin de territoire.
Et quand on est minoritaire sur un territoire, avec un Parlement dit national,
ici... Ici, nous avons à veiller sur les droits intrinsèques de
la majorité et de traiter comme on le fait... Cité à
travers le monde par les grands rapports japonais: Nous traitons nos
minorités comme aucun autre peuple. Des fois, on dit: C'est le Canada
qui fait ça. C'est archi-faux! Le francophone, dans les autres
provinces, n'est pas bien traité, et tous les rapports le disent. Mais
les Québécois, j'en suis fier. Et si mon parti ne faisait pas
ça et n'était pas d'accord, j'en sortirais, et je l'ai dit
souvent, ça, dans cette Chambre. Mais il faut au moins que l'on
comprenne.
Comme en éducation, c'est normal, par droits acquis, que les
anglophones du Québec aient leurs écoles et aillent à
l'école anglaise, c'est normal. Dans les autres provinces, ce n'est pas
vrai que c'est comme ça que ça marche. Il y a une petite
tentation, mais elle n'est pas forte. Ce n'est pas de même que ça
fonctionne. Mais il est aussi normal, si l'on permet aux anglophones du
Québec, des gens d'ici qui sont de souche anglaise, qui ont fait leurs
écoles, d'aller à l'école anglaise; c'est normal que les
francophones aient leurs écoles et que les nouveaux arrivants joignent
la majorité. Ce n'est pas pareil, la majorité a certains droits
que la minorité n'a pas. C'est la même chose sur les fêtes
nationales.
Il faudrait donner du temps au cabinet pour juger ceci. Nous avons
devant nous deux fêtes: la fête du Canada et la fête du
Québec. Je suis persuadé que si le ministre écoutait le
petit bout que j'ai à dire là, M. le Président, il
retirerait les deux articles comme je lui ai demandé. Il s'agit que le
cabinet regarde ceci: l'importance de la fête de la Saint-Jean et
l'importance de la fête du Canada. Je parle sur le territoire
québécois. Ailleurs, ça ne se fête nulle part, de
toute façon, ou presque. La fête de la Saint-Jean, c'est une
fête qui a des siècles et des siècles derrière
elle.
Je connais le député de Verdun, qui est un homme
cultivé et qui comprend, et qui sait ce que je dis quand je dis
ça; c'est un homme cultivé. C'est une fête que le peuple a
apportée au Parlement pour lui dire: Cette journée-là,
c'est notre fête nationale, nous voudrions avoir un congé, et que
ce soit la journée la plus importante au Québec dans
l'année.
Est arrivé, à un moment donné, en 1867 - ça
se fêtait depuis les tout débuts de la colonie, depuis 1534 que
ça se fêtait au Québec - il y a eu un racolage de colonies
anglaises. On a fait la Confédération, imposée au peuple
du Québec; imposée! On a voté contre un
référendum. Ça a passé 24 à 22, à
l'Assemblée nationale, parce que quelques députés avaient
été achetés pour voter oui. L'histoire le dit maintenant.
Avec le droit à l'information, on sait pas mal tout. Il y avait un gars
qui s'appelait Georges Etienne Cartier. Lui, il a voté oui parce qu'ils
lui ont dit: Tu vas construire un chemin de fer, tu vas faire bien de l'argent
avec ça. Si tu votes non, on le donne à un autre, le contrat.
Ça ne fait pas des gens forts, une confédération. Ce n'est
pas une grosse constitution que tu fais avec ça. Sa compagnie a eu une
constitution assez forte pour résister jusqu'à aujourd'hui, mais
la Constitution qu'on a eue, on voit bien qu'elle n'était pas forte; on
en discute encore aujourd'hui. On voit qu'elle était branlante au
départ, branlante pendant qu'elle est toujours là...
Une voix: Chambranlante.
M. Blais: Et là, elle est tellement cham-branlante qu'elle
s'effondre. Alors, ces deux fêtes-là n'ont pas la même
importance. Il faut qu'on comprenne ça, c'est tout. C'est tout. Que les
Canadiens fêtent leur fête, oui, mais elle ne doit pas, sur le
territoire québécois, avoir la même importance que la
fête de la majorité. On ne peut pas faire ça. Il n'y a
aucun pays au monde, il n'y a aucune autre province qui fête le 24 juin
et qui donne congé aux travailleurs.
Une voix: C'est vrai.
M. Blais: Aucune autre. Il faut regarder. Il n'y a pas juste la
guerre de Corée; il y a autre chose dans la vie, il y a d'autres
batailles qui se sont faites que la guerre de Corée. Il faut en sortir.
La guerre des Boers est finie. Il faut sortir un peu, organiser ses fusils et
avoir d'autres cibles. Il faut d'autres cibles. Il ne faut pas toujours avoir
le canon braqué, et sans poudre, sur un objectif qui était
là quand Montcalm est arrivé, parce qu'on peut le perdre, notre
calme, de ce côté-ci.
M. le Président, je ne veux pas répondre par la bouche de
mes canons, comme disait Frontenac. Je ne veux pas. C'est vrai, M. le
Président, on dit Frontenac et on devrait dire «Frontena»;
je me suis fait dire ça, mais je dis Frontenac; on est habitués
de dire Frontenac. On ne dit pas du «tabac», on dit du
«taba». En tout cas, je ne veux pas faire une leçon, mais on
m'a dit qu'on devrait dire «Frontena». Bon.
Une voix: On dit hamac.
M. Blais: Oui. Eh bien, M. le Président, je
réitère ma proposition. Il me reste combien de temps, là?
J'ai combien de temps de fait?
Le Vice-Président (M. Bissonnet): II vous reste neuf
minutes.
M. Blais: Sur 30?
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Sur 30, oui.
M. Blais: Merci.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Huit minutes.
M. Blais: Bon. Je réitère au ministre qui est
très attentif, qui boit mes paroles depuis les débuts, à
s'en soûler le raisonnement, je réitère: M. le ministre,
pour le bien de la fin de cette session et pour les articles importants qui
regardent vraiment, vraiment, ce que vous vouliez faire avec la loi, les
articles 10 et 18 devraient être retirés. Si vous acceptiez
immédiatement de retirer ces articles, nous irions en commission
parlementaire le plus vite possible et nous ferions notre travail de
façon décente, M. le Président. Et n'allez pas croire
qu'en enlevant 10 et 18, le 1er juillet ne sera plus fêté et
payé aux employés. non, non. il le sera toujours, mais 11 sera,
comme il l'était depuis quelque temps, juste un peu inférieur -
et c'est sa place dans le parlement du québec - à la fête
de la saint-jean.
L'an passé, en décembre 1990, le ministre actuel ne
voulait pas, pour aucune considération, que le 1er juillet se fête
le 1er juillet parce qu'il dit lui-même: Vous pouvez appeler... M.
Bourbeau: Non, non, non, non! Il n'y a rien dans cette loi-là. Mme la
députée, comme M. Joly dit: On parle du 1er juillet, M. le
Président? Bien oui, M. Bourbeau, on en a parlé tantôt. La
députée de Hochelaga-Maisonneuve demandait quelle fête on
fêtait. Je lui ai dit que c'était la fête du Canada. Mme
Harel de reprendre: «Où est-ce qu'on retrouverait ça, cette
appellation-là?» M. Bourbeau: «Bien, nulle part.»
C'est le ministre qui propose la loi, en décembre 1990, en commission
parlementaire: «Bien, nulle part!» Nulle part. Mme Harel:
«Nulle part? Alors, on pourrait changer ça?» Et M. Bourbeau
de répondre: «Ah! Bien, la députée de
Hochelaga-Maisonneuve pourra l'appeler comme elle veut, cette
fête-là.» En voulant dire: Ce n'est pas important pantoute,
cette fête-là. C'est ça que ça veut dire. Et Mme
Harel de lui demander: «Dépendam-ment des événements
qui y seront indiqués.» M. Bourbeau de répondre: «On
pourra l'appeler la fête de la députée de Maisonneuve, si
vous voulez. De toute façon, je serais étonné que les
Québécois acceptent qu'on annule cette fête, M. le
Président.» Mme Harel: «On retrouve bien une autre raison
pour la garder, une autre bonne raison pour la garder. Dites-moi quelque chose.
Ça n'a plus de sens.» M. Bourbeau: «Bien, la fête des
déménagements, ce serait un bon nom.» (22 h 30)
Vous voyez? Ça, c'est M. Bourbeau, le ministre qui
présente aujourd'hui cette loi-là. C'est vrai que les
Québécois déménagent le 1er juillet. Qu'est-ce que
vous voulez? En Acadie, ça a été en 1755, le grand
déménagement. Et la fête de la Confédération,
on a tellement peur qu'on nous déménage, on se
déménage tout seul. Alors, on n'attachait pas beaucoup
d'importance en décembre 1990 à cette fête-là. Vous
fêterez ça comme vous voulez, disait le ministre responsable; vous
l'appellerez comme vous voudrez, et on a voté pour parce qu'on trouvait
que ça valait la peine qu'il y ait un jour attribué à
cette fête-là.
Et si jamais quelqu'un arrivait avec la Saint-Patrick et regarder si on
pouvait en faire une journée payée, je vous jure que je ne serais
pas contre. Mais pas à l'égal de la fête de la Saint-Jean.
Je trouve que la fête de la Confédération n'a pas en elle
les racines qui équivalent à la fête de la Saint-Jean. Elle
ne les a pas. Au Québec, ça. Et les autres provinces ont
compris ça. Le 24 juin, ce n'est même pas
chômé payé dans les autres provinces, dans aucune autre
province, aucune autre. Est-ce que c'est toutes les autres provinces qui ont
tort ou si c'est nous qui sommes un peu trop généreux de donner
par législation un congé payé pour la fête du pays
qui s'appelle le Canada? Moi, je nous trouve très tolérants.
Alors, ceux qui nous disent intolérants, il me semble qu'ils devraient
réviser un peu leur expression.
Moi, j'ai toujours eu, M. le Président, en terminant, un grand
respect pour tout le monde, un respect réel envers ceux qui ne pensent
pas comme moi, parce que ne pas penser tout le monde pareil, c'est le bouquet
de la démocratie. Mais il ne faut pas, M. le Président, si nos
fleurs ne sont pas toutes de la même couleur, que quelqu'un nous tire le
pot. Ça, ce n'est pas correct.
Alors, M. le ministre, nous vous prions, M. le ministre, de bien vouloir
enlever les deux articles en question, sinon en commission parlementaire nous
allons garder la même position qu'en Chambre et nous allons faire tout en
notre pouvoir pour que cette loi ne passe pas. Merci, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Merci, M. le
député de Masson, de votre intervention. Alors, nous en sommes
toujours sur la motion de report du député de Gouin, et je
reconnais M. le député de Verdun.
M. Henri-François Gautrin
M. Gautrin: Merci, M. le Président. J'ai
écouté avec beaucoup d'intérêt l'intervention du
député de Masson et l'intervention de la députée de
Hochelaga-Maisonneuve. Ni l'une ni l'autre n'ont donné d'argument en
faveur, techniquement, du report. Ils ont uniquement utilisé cette
motion de report pour parler contre la loi, c'est-à-dire prendre un peu
plus de temps pour pouvoir parler contre la loi 21. Je pense qu'il faut
être assez clair là-dedans, c'est purement et simplement des
mesures dilatoires.
M. le Président, moi, je me pose de sérieuses questions,
de très sérieuses questions. Alors qu'on a des projets de loi
extrêmement importants pour l'avenir du Québec, des projets de loi
fondamentaux comme Innovatech, les lois agricoles, la loi sur la CSST, ce
Parlement vient de consacrer de nombreuses heures importantes pour discuter de
quoi? Pour discuter si la fête du 1er juillet va être
fêtée le 1er juillet. Voici ce pourquoi nos amis d'en face sont
contre. Au lieu de prendre le temps important de ce Parlement pour discuter de
la relance économique, pour discuter réellement des questions de
chômage, on discute à savoir si le congé du 1er juillet va
être fêté le 1er juillet, et là il y a quelque chose
de fondamental parce que, pour l'instant, par une erreur technique, il
était encore un congé mobile et on veut faire en sorte que le
congé du 1er juillet, c'est-à-dire la fête du Canada, soit
fêté le 1er juillet. Je ne sais pas combien d'heures, mais on a au
moins dépassé les 10 heures de débat pour discuter de
cette question.
M. le Président, je trouve l'Opposition futile. Futile! Ça
manque totalement de sérieux. Est-ce que c'est la question importante
à l'heure actuelle au Québec? Est-ce que c'est la question
importante de s'opposer au fait naturel et normal que la fête du 1er
juillet soit fêtée un 1er juillet, comme le jour de Noël est
fêté le jour de Noël, comme le 1er de l'An est
fêté le 1er de l'An et comme le 24 juin est fêté le
24 juin? Il n'y a rien de plus naturel, de plus normal dans ce
cas-là.
M. le Président, je ne referai pas le discours que j'ai fait cet
après-midi sur l'importance de cette fête, de la fête de la
Confédération dans l'unité canadienne, dans la mesure de
refléter ensemble cette harmonie et cette unité entre l'ensemble
des Canadiens, je pense que je l'ai dit cet après-midi. Je trouve futile
qu'on perde autant de temps sur cette question, alors qu'il y a tant de
questions beaucoup plus importantes qu'on laisse de côté.
M. le Président, je voudrais quand même revenir aussi sur
un argument du député de Masson que j'ai trouvé
extrêmement dangereux pour lui, et il a voulu jouer exactement avec cette
idée-là: La fête du 1er juillet, c'est la fête de la
minorité anglophone, la fête de la majorité francophone,
c'est le 24 juin, en voulant réellement diviser les deux groupes. Moi,
je prétends et je répète que nous pouvons être
parfaitement fiers de fêter le 24 juin et nous allons le faire, en
restant fiers d'être Québécois et fiers d'être
Canadiens en même temps. Fiers d'être Québécois et
fiers d'être Canadiens en même temps! Cesser de vouloir nous
diviser, cesser de vouloir absolument diviser le Québec en deux groupes,
une majorité et une minorité. Laissez donc les gens pouvoir,
ensemble, bâtir et s'accrocher aux vrais problèmes...
Une voix: Bravo!
M. Gautrin: ...et non pas continuer à débattre de
futilités comme cela.
Revenons donc à cette question. Les deux fêtes, pour nous,
peuvent parfaitement être fêtées. Il n'est aucunement
question, de ce côté-ci de la Chambre, de vouloir minimiser
l'importance du 24 juin. Nous allons être là, peut-être avec
eux, pour fêter le 24 juin, mais nous sommes aussi fiers de fêter
le 1er juillet. Nous sommes aussi fiers de fêter la fête du Canada.
Et ce n'est pas parce que, à l'heure actuelle, le Canada comme tel est
en difficulté, qu'il y a certaines discussions sur l'avenir
constitutionnel, qu'on ne doit pas être fiers de ce qu'est le pays
actuellement, pouvoir faire en sorte que ce pays
soit en mesure de fonctionner.
M. le Président, je vais terminer, brièvement, pour vous
rappeler aussi que ces questions sont importantes, certainement, mais ne
méritent pas cette opposition tenace de la part de l'Opposition. Il est
bon de rappeler pourquoi ils font ça. Ils essaient de faire
dévier le débat pour pouvoir, par le biais, être en mesure
de relancer un quelconque ou un vague débat constitutionnel qui,
actuellement, est en train de perdre de la vigueur. Actuellement, au moment
où nous pensons pouvoir réellement réussir à sauver
certainement la Confédération, il faut, évidemment,
essayer de «resouffler» sur un feu qui était en train de
s'éteindre. Évidemment, ils vont chercher n'importe quel
argument, c'est ce qu'ils font, laissons-les faire. Ça démontre
à quel point ils sont peu sérieux, ils sont futiles, ils ne
respectent pas réellement les vraies questions. Et vivement qu'on soit
en mesure d'aborder les questions qui touchent réellement les
Québécois: les questions économiques, les questions de
chômage, les questions de développement du Grand Montréal.
C'est là réellement que je voudrais que ce Parlement commence
à travailler, et non pas sur des questions aussi futiles que ça.
Merci, M. le Président.
Des voix: Bravo! Bravo!
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Alors, merci, M. le
député de Verdun. Sur cette même motion de report, je vais
maintenant céder la parole au député de Lévis, tout
en lui indiquant qu'il reste quatre minutes à sa formation de
l'Opposition officielle.
M. Garon: Au total?
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Quatre minutes.
M. Jean Garon
M. Garon: M. le Président, essentiellement, c'est pour
ça que nous avons une motion de report. Le député de
Verdun nous dit de passer à des choses plus sérieuses, on est
d'accord. C'est exactement pourquoi il y a une motion de report, pour qu'on
passe... Alors qu'on est en situation économique... Alors qu'il y a 12,5
% de chômeurs au Québec, on veut passer à d'autres choses
que de faire en sorte de fixer des dates de la fête du Canada.
Essentiellement, pourquoi, M. le Président? Parce que, de la
façon dont ça marche actuellement, ça fait l'affaire des
gens. Pourquoi essayer que les gens qui sont soumis aux normes du travail...
Ça veut dire ceux qui sont le moins organisés dans le
marché du travail, qui sont le moins défendus. Eux, s'organiser
pour qu'ils puissent avoir... qui doivent avoir le congé dans le milieu
de la semaine plutôt que de l'avoir en fin de semaine puis avoir une fin
de semaine de trois jours. Pourquoi faire ça, M. le Président,
essentiellement? (22 h 40)
Je dis qu'on a besoin d'une motion de report aussi parce qu'on a
essayé d'interpréter une lettre de M. Béland, du Mouvement
Desjardins. Je suis convaincu que M. Béland, du Mouvement Desjardins,
n'a jamais l'âme assez basse pour enlever à 1 400 000
Québécois leur congé de trois jours, la fin de semaine de
la Confédération, pour le mettre un mercredi puis leur bousiller
une longue fin de semaine. Je suis convaincu de ça. On essaie de faire
croire - une lettre qu'on n'a pas déposée, par ailleurs - que
c'est M. Béland, du Mouvement Desjardins, qui demande d'enlever la fin
de semaine de trois jours, à la Confédération, aux
citoyens qui n'ont pas de convention collective, aux citoyens qui sont
régis par les normes du travail, aux concitoyens dont les seules
réglementations sur le travail sont dans les législations des
normes du travail, M. le Président. Je suis convaincu que jamais M.
Béland, qui a pris la peine d'aller dans la basilique de Québec,
au mois de mars dernier, pour dire qu'il faut arrêter de penser seulement
à la situation économique, qu'il faut penser en termes... aux
êtres humains comme êtres globaux. Un être humain, ce n'est
pas seulement une institution financière, ce n'est pas seulement un
ordinateur, ce n'est seulement une question technique, ce n'est pas un robot,
c'est quelqu'un qui est marié puis qui a une famille, normalement. Il y
a 1 400 000 Québécois qui sont touchés par les normes du
travail. Admettons qu'une partie est mariée et qu'une partie a une
moyenne de deux enfants, ça veut dire qu'il y a 3 000 000 à 4 000
000 de Québécois qui sont touchés par cette loi-là,
à qui on va enlever le congé de trois jours la première
fin de semaine de juillet, M. le Président.
On va dire que c'est M. Béland qui a demandé ça
puis le Mouvement Desjardins? Jamais! Je suis convaincu que, jamais - et la
motion de report est importante justement pour qu'on clarifie cette
question-là - jamais le Mouvement Desjardins ne va vouloir enlever une
fin de semaine de trois jours aux travailleurs. Je suis convaincu de ça.
Jamais, M. le Président! Je connais assez le Mouvement Desjardins, qui
est originaire du comté de Lévis, qui est originaire de
Lévis, qui a été au fond, bâti sur quoi? sur la
solidarité humaine, la solidarité sociale, qui pense d'abord aux
familles, qui se préoccupe des questions familiales, qui se
préoccupe du bien-être des citoyens. On va nous dire que c'est le
Mouvement Desjardins qui demande au gouvernement de faire une petite loi,
à la sauvette, au mois de juin, alors qu'il est 23 heures, pour leur
enlever leur fin de semaine, leur longue fin de semaine de la
Confédération? Non, M. le Président. Ceux qui se pensent
fédéralistes n'aiment pas leur Confédération s'ils
veulent fêter le Canada d'une façon pour enlever la fête des
gens qui ont une
fin de semaine de trois jours. Je suis convaincu que même Mitsou
ne serait pas d'accord. Même Mitsou qu'ils ont engagée pour
fêter ne serait pas d'accord pour enlever une fin de semaine de trois
jours, le 1er juillet.
Essentiellement, la motion de report, M. le Président, c'est pour
permettre aux gens de réfléchir à ce qu'ils font. Les
familles, comprenez-vous, pourquoi essayer de bousiller aux gens qui n'ont pas
de conditions de travail, qui sont régis par les normes du travail, qui
n'ont pas de convention collective... Pourquoi essayer de leur enlever leur fin
de semaine de trois jours? Pourquoi essayer de dire: On veut fêter le
Canada le mercredi pour leur enlever la fin de semaine de trois jours?
Pensez-vous que ces gens-là veulent perdre leur fin de semaine, la
première fin de semaine, à toutes fins pratiques, de trois jours
après la période scolaire, alors qu'il fait toujours chaud au
mois de juillet; c'est humide, c'est épouvantable, puis on voudrait que
les gens aient leur congé dans le milieu de la semaine, le mercredi,
pour bousiller leur fin de semaine? Voyons donc! Il s'agit, M. le
Président... On dit: Ce n'est pas une question importante. Il s'agit
d'une fin de semaine de trois jours, alors qu'il y a seulement sept fêtes
chômées au Québec, il s'agit d'une fin de semaine de trois
jours, en plein milieu de l'été, dans le coeur de
l'été. Il ne faut pas enlever ça aux citoyens, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Merci de votre
intervention, M. le député de Lévis. Sur cette même
motion de report, je reconnais M. le député de Taschereau.
M. Jean Leclerc
M. Leclerc: M. le Président, on n'a pas laissé
beaucoup de temps au député de Lévis, du côté
de l'Opposition, mais c'a été bien assez, quatre minutes. M. le
Président, il parle tellement fort, il en crie même qu'on pourrait
fermer les micros puis on l'entendrait.
M. le Président, plus sereinement, à mon tour, je voudrais
prendre la parole sur cette motion de report qui s'inscrit, et vous le
comprendrez, dans la stratégie parlementaire de l'Opposition, à
ce moment-ci de la session. La stratégie parlementaire de l'Opposition,
à ce moment-ci de la session, est assez simple: c'est de retarder le
plus possible les travaux de la Chambre pour faire en sorte qu'à la fin
de la session le gouvernement ne puisse adopter toutes les lois dont il a
besoin pour bien gérer le Québec. C'est un scénario qui
est vieux comme le monde, c'est un scénario qu'on commence à
connaître et c'est un scénario qu'ils répètent
session après session, et c'est de bonne guerre, il faut se le dire. Ils
utilisent tous les moyens à leur disposition pour faire de l'opposition
aux démarches législatives du gouvernement. Donc, M. le
Président, cette motion de report non seulement s'adresse-t-elle
à la loi que nous étudions actuellement, mais elle doit
être également analysée en fonction des travaux que nous
avons à effectuer d'Ici la fin de la session.
M. le Président, le moins qu'on puisse dire à ce
moment-ci, c'est que l'Opposition a la peau sensible. L'Opposition a la peau
sensible parce qu'elle voit le débat constitutionnel partout, tout le
temps, à toute heure du jour et quel que soit le sujet dont on parle
ici, en cette Chambre. L'Opposition monte aux barricades à tout propos,
l'Opposition voit le débat constitutionnel dans sa soupe, à ce
moment-ci.
M. le Président, il est dommage que nous débattions aussi
longtemps d'un projet de loi, somme toute, mineur. Mon collègue de
Verdun en faisait état tout à l'heure, comment il s'expliquait
mal que, devant la panoplie de problèmes urgents que nous avons à
régler au Québec, devant un certain nombre de projets de loi
importants dont nous devons étudier la teneur ici, en cette Chambre...
Mon collègue de Verdun se demandait et je me demande également et
bien de mes collègues ici, en cette Chambre, se demandent comment il se
fait que nous devions étudier ce projet de loi, somme toute, mineur
aussi longtemps.
M. le Président, nous gaspillons des moments importants de notre
démocratie parlementaire. Il est vrai que la démocratie au
Québec a une bien longue histoire. Il est vrai que tous ceux qui sont
ici ont toujours eu la chance et le bonheur de vivre dans un régime
démocratique et ça fait en sorte que, souvent, on prend des
choses pour acquis. Mais il ne faudrait pas comme parlementaires que nous
gaspillions ces moments privilégiés que sont les sessions
parlementaires pour traiter ad nauseam de projets de loi qui, somme toute, sont
d'incidence mineure dans la vie de nos concitoyennes et de nos concitoyens. Il
faut utiliser nos moments de débats démocratiques pour
débattre des choses importantes de notre société. Et, M.
le Président, ce n'est pas de gaieté de coeur que celui qui vous
parle et les autres qui ont parlé avant moi prennent le précieux
temps de la Chambre pour discuter de cette question. Les traditions
parlementaires font qu'une motion de report doit être débattue
pendant deux heures, que le temps est divisé également entre
l'Opposition et le parti au pouvoir et, si le parti au pouvoir ne prend pas son
temps, c'est l'Opposition qui le prend. Alors, ça explique assez
facilement pourquoi nous sommes un certain nombre d'intervenants à
débattre cette motion de report.
M. le Président, le député de Masson, qui n'est pas
remonté jusqu'au déluge, mais tout presque, qui nous fait depuis
une couple de jours un cours d'histoire accéléré du
Québec, du Canada et du reste du monde, nous a dit, et c'est plus ou
moins exact, que nous voulons mettre la fête du Canada sur un pied
d'égalité
avec notre fête nationale. M. le Président, tous ceux qui
vont prendre deux secondes pour étudier la situation vont s'apercevoir
que ce n'est pas le cas. D'abord, la fête nationale des
Québécois relève d'une loi spécifique qui est la
Loi sur la fête nationale des Québécois et, par
conséquent, elle ne relève même pas de la fête du
Canada, du congé du 1er juillet qui, lui, relève de la Loi sur
les normes du travail.
Également, ce qu'il faut dire, M. le Président, c'est que
les délais, le nombre de jours que vous devez avoir travaillé
pour faire en sorte que votre employeur doive absolument vous
rémunérer pour le 24 juin, le nombre de jours travaillés
est plus court pour ce qui est de la fête nationale que pour ce qui est
de la fête du Canada ou de toute autre fête ou de tout autre jour
férié dans notre Loi sur les normes du travail. Par
conséquent, M. le Président, non seulement la fête de la
Saint-Jean ne relève pas de la même loi, mais le nombre de jours
qu'il faut avoir minimalement travaillé pour y avoir droit,
expressément de façon rémunérée, est plus
petit dans le cas de la fête nationale. Donc, M. le Président,
c'est trop facile pour le député de Masson de nous dire: Vous
voulez mettre la fête du Canada à l'égalité de la
fête nationale. Non, M. le Président, ce n'est pas la même
loi. Il y a des dispositions fort différentes dans chacune de ces deux
lois. (22 h 50)
M. le Président, que le député de Masson, que le
député de Lévis soient souverainistes ou pas, ce ne sont
pas eux qui vont changer les habitudes d'un très grand nombre de
Québécois, des habitudes qui sont ancrées depuis un
très grand nombre d'années. Il y a des choses qui se font au
Québec, que nos amis du Parti québécois les aiment ou ne
les aiment pas, et ce ne sont pas eux qui vont les changer.
M. le Président, la loi que nous avons devant nous veut
concrétiser un certain nombre de choses qui se font au Québec
depuis très, très longtemps. Et tout le monde sait que les
Québécois fêtent comme ils ont le goût, quand ils ont
le goût. On est bien loin de certains pays où, le jour de la
fête nationale, tout le monde doit sortir avec son petit drapeau sur le
bord de la rue pour que le président à vie ait tout un
cortège pour l'accompagner. Et vous le savez, M. le Président, au
Québec, il y a des Québécois qui fêtent la
Saint-Jean, il y a des Québécois qui fêtent le 1er juillet,
il y en a qui fêtent les deux et il y en a qui n'en fêtent aucune.
C'est ça la situation. C'est ça la situation et il est bien qu'il
en soit ainsi. Chacun fête ce qu'il veut, quand il veut, de la
façon dont il le veut. Moi, je connais des citoyens de mon comté
qui ne manqueraient jamais la célébration du 24 juin. Il y en a
d'autres qui ne manqueraient jamais les célébrations sur les
Plaines d'Abraham le jour du 1er juillet. Et, moi, je n'ai aucun
problème avec ça. S'ils décident d'aller à la
pêche les deux jours, les deux fêtes, ça les regarde.
Par conséquent, M. le Président, ce qui est important,
c'est que notre loi représente la réalité que vivent et
qu'ont envie de vivre les Québécoises et les
Québécois. Par conséquent, que l'on veuille harmoniser ce
qui se fait déjà dans le cas des banques, dans le cas de la
Bourse de Montréal, par exemple, ça m'apparaît d'une
simplicité banale. Tout le monde comprend que dans le système
bancaire il y des millions de dollars à l'heure qui sont transiges. Si
vous êtes fermés pendant que tout le système bancaire du
pays est ouvert, ça vous cause des gros préjudices parce que vous
ne pourrez pas compenser les chèques qui sont tirés sur votre
banque. Et, si, par contre, vous êtes ouverts alors que le reste du pays
est fermé, encore là vous aurez des grands problèmes dans
vos transactions bancaires. Il me semble que c'est évident. Et j'ai bien
du mal à comprendre que des problèmes économiques aussi
évidents soient transformés en problèmes linguistiques,
constitutionnels, historiques et alouette! par l'Opposition.
M. le Président, jamais le gouvernement, jamais le ministre, dans
le débat qui nous occupe, n'a voulu en faire un débat sur les
langues, un débat sur la constitution. Le gouvernement a voulu
harmoniser la loi avec la réalité. Et la réalité,
c'est que nous vivons dans un ensemble nord-américain, dans un pays qui
s'appelle le Canada. Et si un jour ça change, ces lois-là
changeront à ce moment-là. Mais au moment où on se parle,
M. le Président, il y a un système boursier au Canada, il y a un
système bancaire au Canada, et c'est minimalement que le gouvernement
doit faire en sorte que ces systèmes puissent interagir entre eux de la
façon la plus économique et la plus simple possible.
Par conséquent, il y a une réalité qui s'appelle la
réalité des affaires, la vraie vie qui dépasse et qui est
plus importante que le placo-tage que le Parti québécois a fait
sur cette loi depuis le début. Ce qui est même dommage, c'est
qu'on ait entendu de la part de certains membres de cette Chambre des remarques
intolérantes. Il me semble que, dans aucun de nos débats, cela ne
devrait s'entendre. Et encore moins sur une loi comme celle que nous avons
devant nous aujourd'hui, M. le Président.
Donc, je le répète, d'aucune façon la loi que nous
avons devant nous ne fait en sorte de faire de la fête du Canada une
fête à l'égalité de la fête nationale des
Québécois. Et il faut faire attention quand l'Opposition nous
dit, un peu gratuitement, que c'est bien effrayant ce qu'on va faire, que des
Québécois n'auront plus leur grande fin de semaine, et c'est
vraiment dramatique. Je leur rappellerais, M. le Président, que
lorsqu'ils ont fait, eux, la Loi sur la fête nationale, de la même
façon, en la fixant le 24 juin envers et contre tous, ils ont
également joué dans les habitudes d'un certain nombre de
Québécois qui aimaient ça, eux autres, avoir des
grandes fins de semaine. Par conséquent, M. le Président,
je ne pense pas qu'on doive, à ce moment-ci, faire un drame avec cette
histoire de longue fin de semaine, puisqu'ils ont jugé bon
eux-mêmes, un bon jour, que la fête du Québec, la
Saint-Jean-Baptiste devait être fêtée toujours le 24,
indépendamment de ce qui arrivait avec les grandes fins de semaine des
Québécoises et des Québécois. Par
conséquent, M. le Président, quand on connaît la souplesse
de la Loi sur les normes du travail, qui permet de changer la fête du
Canada en un congé flottant, ils sont bien mal placés pour nous
parler, à ce moment-ci, des problèmes des longues fins de
semaine.
M. le Président, donc, je voterai évidemment contre cette
motion de report puisque, un peu comme nous l'a fait savoir le
député de Verdun, nous avons énormément de projets
de loi sérieux et importants à discuter en cette Chambre, et plus
vite on passera à travers cette loi-là, plus vite on s'attaquera
aux vrais problèmes qui préoccupent les Québécoises
et les Québécois. Je vous remercie.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Merci, M. le
député de Taschereau. Je vous rappelle que nous en sommes
à l'étude de la motion de report de M. le député de
Gouin. Je rappelle également qu'il reste 20 minutes à la
formation ministérielle et 10 minutes aux indépendants. Si,
évidemment, le temps n'est pas pris, il sera réparti entre les
deux formations. Je reconnais M. le député de Papineau,
whip...
M. Norman MacMillan
M. MacMillan: Merci, M. le Président. Encore une fois, je
me sens obligé d'intervenir sur une autre motion; hier, c'était
la scission, aujourd'hui, c'est la motion de report. Encore une fois, je pense
que le parti de l'Opposition veut absolument mettre des bâtons dans les
roues au fonctionnement de l'Assemblée nationale. Je dois dire qu'hier,
dans mon discours, je disais que, moi, la Saint-Jean-Baptiste, j'étais
pour fêter ça dans le bois. C'est vrai que je vais fêter la
Saint-Jean-Baptiste dans le bois, mais c'est à ma manière que je
vais fêter ça, avec d'autres gens qui vont être là
avec moi devant un feu de camp. Comme les gens de l'Opposition disent que c'est
important de fêter la Saint-Jean-Baptiste, alors, nous autres aussi on va
faire la même chose. Mais je trouve ça très
déplorable, et je me sers, encore une fois, des mots que Mme la
députée de Johnson disait hier, que c'était
épouvantable, irresponsable, inacceptable. Et le député de
Masson, lui, qui faisait des beaux discours encore une fois, comme je disais
hier, qui faisait du spectacle - parce que vous savez que le
député de Masson, avant qu'il ne devienne député,
en 1976 ou 1981, je crois, était propriétaire de salles de
spectacle. Et ça n'a jamais lâché, ça a toujours
continué. Chaque fois qu'il parle, depuis trois ans que je suis ici, il
dit toujours la même chose. Il n'a aucun respect pour l'Assemblée
nationale.
M. Blais: M. le Président.
M. MacMillan: Et hier, c'était la même chose.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): M. le
député de Masson.
M. Blais: j'aimerais que le député qui vient de
dire que je n'ai aucun respect pour l'assemblée nationale retire ses
paroles, s'il vous plaît.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): M. le
député, pourriez-vous retirer vos paroles, s'il vous
plaît?
M. MacMillan: Par respect pour vous, M. le Président,
oui.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Vous retirez vos
paroles? Très bien.
M. MacMillan: Oui, je retire mes paroles. Je ne m'excuserai pas,
mais je les retire. Je trouve ça encore très déplorable
aussi qu'on se serve d'une loi, la loi 21, ou le projet de loi 21, pour dire -
comme le député de Labelle - que chez les
fédéralistes il n'y avait personne qui fêtait la fête
du Canada. On me dit, je ne le sais pas, que le député de Labelle
demeure dans Outremont. Je ne sais pas si c'est vrai, mais il faudrait
absolument que le député de Labelle vienne chez nous, dans
l'Outaouais. Hier, j'ai malheureusement oublié de mentionner que chez
nous, à Buckingham, dans le comté de Papineau, la fête du
Canada, avec une population de 10 000, il y a 3000 personnes, la journée
de la fête, qui fêtent ça, la fête du Canada, et qui
fêtent aussi la Saint-Jean. Je dois vous dire, M. le Président,
que pendant trois ou quatre ans j'ai été président pour
organiser la fête de la Saint-Jean chez nous, dans l'Outaouais, la
fête des Canadiens français. C'était la fête des
Canadiens français qu'on voulait fêter, M. le Président.
Très important. Il faut quand même respecter aussi les gens comme
moi qui se disent fédéralistes, et je respecte les gens qui se
disent souverainistes, mais on n'a pas respecté ça dans le
débat du projet de loi 21. On se sert de ça pour dire que la
fête du Canada n'est pas importante. Si, moi, j'avais un projet de loi,
ici, aujourd'hui, qui disait qu'on va prendre la Saint-Jean-Baptiste et qu'on
va la mettre le lundi à la place du mercredi, j'aimerais ça voir
la réaction de cette gang-là de ce côté-là.
J'aimerais ça la voir. Si on se levait et qu'on parlait du Mouvement
Desjardins, des banques, de la Bourse, etc., ce ne serait pas le même
débat. Là, on leur ferait mal
parce qu'on les toucherait, ces gens-là. On toucherait à
leur fierté d'être Québécois. Moi aussi, je suis
fier d'être Québécois; je suis aussi fier d'être
Canadien, M. le Président. (23 heures)
On veut m'empêcher, on veut empêcher les gens... et, moi, je
dis qu'il y a 60 % à 70 % des gens, au Québec, qui veulent
continuer à fêter la fête du Canada. Que ce soit le
mercredi, que ce soit le lundi, je m'en balance, mais, si on faisait la
même chose avec eux, le Parti québécois, l'Opposition, et
qu'on demandait qu'on fête ça le lundi à la place du
mercredi, je me demande ce serait quoi, leur réaction. Je vois le
député de Lévis, encore une fois, qui fait son Duplessis,
les deux mains dans les airs, qui pense que les gens sont
intéressés à écouter ses folleries, ses conneries,
qu'il dit et qu'il a faites depuis qu'il est là.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): m. le
député. si vous voulez retirer les propos que vous avez
utilisés sur le député de lévis. si vous voulez
poursuivre.
M. MacMillan: Je les retire, M. le Président, je m'excuse.
C'est la première fois que je m'emporte, je m'excuse, M. le
Président.
Je retourne, encore une fois, quand même, au fond. Je trouve
ça très déplorable, c'est épouvantable, c'est
irresponsable de prendre un projet de loi, 21, pour empêcher, nous, les
gens qui veulent fêter le Canada et de se servir de ça et d'en
faire même des farces. Le député de Labelle parlait des
zouaves, etc. Il n'a pas vu grand-chose, encore, lui. Il se tient trop, je sais
pas où, mais, en tout cas, je suis pas trop, trop sûr s'il est
dans son comté ou à Montréal. Mais, je vous dis que c'est
important pour nous. Moi, je suis fier d'être un Canadien, je suis fier
d'être un Québécois, je suis fier d'être libre et je
suis fier que notre parti, le Parti libéral, défende toujours
ça, la liberté, la liberté de parole. Je suis pas aussi
sûr que c'est la même chose, ce qui se passe. Si on va mettre la
guillotine, c'est grâce à votre temps que vous passez sur des lois
qui sont sur les normes du travail, non pas sur la fête du Canada.
Alors, pour terminer, M. le Président, je vais voter contre la
motion de report parce que je pense que la fête du Canada, on doit la
fêter et on doit nous laisser choisir nous autres mêmes quand la
fêter. Alors, c'est le mercredi, et je vous dis que notre parti et le
ministre qui va passer cette loi tantôt, on va voter pour, le parti
ministériel, et je pense que c'est très, très important de
nous laisser et de laisser les Québécois fêter cette
fête, d'être libres, comme on est libres au Québec et au
Canada. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Merci, M. le
député de Papineau.
J'indique le prochain intervenant, M. le ministre de la Main-d'oeuvre,
de la Sécurité du revenu et de la Formation professionnelle. M.
le ministre.
Je voudrais vous indiquer, M. le ministre, qu'il reste 14 minutes
à la formation ministérielle et, advenant le cas, après
les 14 minutes qui seront utilisées par votre formation, qu'il y aura 5
minutes que vous pourriez obtenir si les députés
indépendants n'y sont pas. M. le ministre.
M. André Bourbeau
M. Bourbeau: Merci, M. le Président. Nous sommes donc en
présence de ce qu'on appelle, dans le jargon politique, une motion de
report. L'Opposition péquiste nous demande de reporter ce débat
pour une période de quelques mois. Évidemment, ça fait
maintenant presque deux heures que nous discutons pour savoir si, oui ou non,
nous allons accepter de reporter le débat à une date
ultérieure.
M. le Président, cette attitude du Parti québécois
est un peu étonnante. Étonnante parce qu'on se demande pourquoi
le Parti québécois fait un plat avec une affaire comme
celle-là. J'ai entendu tantôt le député de
Lévis qui a fait une colère en cette Chambre, je pense que le mot
n'est pas trop fort, en nous disant que nous faisions perdre le temps de la
Chambre alors que le chômage est élevé au Québec et
qu'il y a des choses beaucoup plus importantes à faire. M. le
Président, qui est-ce qui fait perdre le temps de la Chambre, ici,
depuis 26 heures bientôt? Ça fait 26 heures que le Parti
québécois nous fait un boucan du diable avec un projet de loi
qui, à toutes fins pratiques, pourrait être adopté dans
l'espace de quelques minutes parce qu'il ne change pratiquement rien à
la situation qui existe présentement.
M. le Président, nous avons eu droit de la part du Parti
québécois à un débat à n'en plus finir. Tous
les députés ou presque du Parti québécois ont
jugé opportun de prendre la parole sur ce très important
débat que nous avons aujourd'hui. On a même décidé
de nous faire, hier, une motion de scission. Pendant deux heures on a
débattu pour savoir si, oui ou non, on devait séparer en deux le
projet de loi pour en faire deux projets différents. Et un des deux
projets qu'on voulait créer, c'était un projet de loi pour
fêter la fête du Canada. Imaginez-vous, M. le Président, le
Parti québécois, indépendantiste, séparatiste,
voulait que l'Assemblée nationale propose un projet de loi pour
fêter la fête du Canada, hier, dans la motion de scission. On
aurait été la seule province canadienne à avoir une loi
pour fêter la fête du Canada. Il n'y a aucune autre province
canadienne qui a sa propre loi provinciale pour fêter la fête du
Canada. Le Parti québécois nous a proposé ça hier.
Bien sûr, c'était pour rire, pour tuer le temps, comme on
dit au hochey.
Aujourd'hui, une autre motion, une motion de report. On veut retarder
encore de six mois. Tout ça, dans le jargon parlementaire, on appelle
ça des motions dilatoires. «Dilatoire» ça veut dire,
pour passer le temps; un peu comme au hochey quand il y a une punition. On fait
monter sur la glace des joueurs spécialisés en la matière,
des Guy Carbonneau et autres athlètes spécialisés qui
viennent tourner en rond avec la rondelle pendant des minutes et des minutes.
Ils ne sont pas intéressés à faire avancer la partie,
à compter des buts. Ils sont intéressés à tourner
en rond pendant que le temps passe. C'est ça que fait le Parti
québécois depuis bientôt 26 heures. Et le
député de Lévis vient nous dire: Vous, vous faites perdre
le temps de la Chambre. Vous devriez passer des choses plus importantes. Mais,
si le Parti québécois était sérieux, c'est lui qui
aurait cesser de faire perdre le temps de la Chambre depuis bientôt 26
heures. On a sorti l'artillerie lourde depuis 26 heures. Tout le monde a
parlé. Et qu'est-ce qu'on a dit? Des peccadilles. On a dit des
insignifiances. Rien d'important. On a tenté de faire croire aux
Québécois que nous aurions dorénavant deux fêtes
nationales. Le député de Gouin nous a entretenus de ça
pendant quelques minutes et plusieurs autres députés du Parti
québécois.
M. le Président, c'est entretenir la confusion d'une façon
qui n'est pas correcte. On n'a pas le droit de faire croire aux
Québécois que le projet de loi que nous proposons aujourd'hui
veut mettre de côté la fête des Québécois, ou
encore, faire voter une autre loi qui ferait que nous aurions deux fêtes
nationales. M. le Président, la situation est très claire. Les
Québécois n'ont qu'une seule fête nationale. C'est la
fête du 24 juin. Nous avons une loi au Québec qui dit que le 24
juin est la fête nationale des Québécois. Elle doit se
fêter le 24 juin; que ce soit un dimanche, un mercredi ou un samedi, on
doit la fêter le 24 juin, quel que soit le jour. Non, je fais une
exception, sauf si c'est le dimanche où là on la fête le
lundi. Mais tous les autres jours de la semaine, on doit la fêter le jour
même. Et ça, il y a une loi spéciale qui prévoit que
la fête nationale des Québécois est le 24 juin. Pour toutes
les autres fêtes: Noël, Jour de l'an, Pâques, le lendemain de
Pâques, la fête du Travail, ces fêtes-là font partie
d'une loi qu'on appelle la Loi sur les normes du travail. Cette loi
prévoit un certain nombre de fêtes et des congés. Parmis
ces fêtes-là, il y a la fête du 1er juillet. Or, la loi sur
les normes ne nomme pas les fêtes par leur nom, elle donne des dates. On
dit: II y a une fête le 25 décembre. Il y en a une autre le 1er
janvier. On dit Pâques, bien sûr, parce que Pâques varie,
alors il faut dire Pâques, mais en général c'est des dates.
Alors, on dit: Le 1er juillet. Bon, le 1er juillet c'est, bien sûr, pour
ceux qui le savent, le jour où on fête la fête du Canada,
mais cette fête n'a pas le même caractère ni, disons, la
même publicité que la fête nationale des
Québécois parce qu'elle fait partie d'un ensemble de
congés compris dans la Loi sur les normes du travail. (23 h 10)
D'ailleurs, la fête du Canada comme telle est une fête qui a
été créée par une loi du gouvernement du Canada.
C'est bien évident qu'un gouvernement du Québec ne peut pas
s'approprier la fête du Canada en tant que telle. Alors, toutes les
provinces canadiennes, pour pouvoir fêter ce jour-là, ont
incorporé la date du 1er juillet dans leur loi sur les normes du
travail. Mais, au départ, c'est le Canada qui a voté une loi pour
fêter la fête du Canada, de sorte qu'on peut dire, M. le
Président, qu'il n'y a qu'une seule fête nationale des
Québécois, c'est le 24 juin, et qu'une seule fête nationale
des Canadiens, c'est le 1er juillet. Les Canadiens qui veulent fêter la
fête du Canada la fêtent le 1er juillet, qu'ils soient au
Québec ou ailleurs, et les Québécois qui veulent
fêter la fête nationale des Québécois la fêtent
le 24 juin.
M. le Président, je pense que le Parti québécois a
voulu semer la confusion dans la population. Il a voulu soulever les passions.
C'était le bon moment, un débat comme celui-ci. Je vois le
député de Masson, qui est un expert en la matière,
d'ailleurs. Tenter de mêler les choses, soulever les gens, enflammer la
population, c'est une vieille méthode, M. le Président, une
méthode péquiste que l'on connaît. Vous vous souvenez de la
fameuse phrase: J'ai mal à ma fierté, qu'on nous servait il y a
quelques années. Ce genre de phrases là, M. le Président,
qui, dans un certain sens, sont vides de sens n'ont pour but que de soulever
les passions des gens...
Une voix: Les émotions.
M. Bourbeau: ...les émotions, c'est bien ça, alors
que, dans le fond, la question dont on débat devrait être
débattue avec beaucoup de sérénité.
M. le Président, la vérité, c'est qu'il y a une
possibilité, présentement, pour ceux qui ne veulent pas
fêter le 1er juillet. Si le député de Masson n'est pas
intéressé à fêter la fête du 1er juillet, la
fête du Canada, bien, il peut prendre congé ce jour-là et
prétendre qu'il fête autre chose. C'est la possibilité
qu'il a. Ou encore, un employeur peut toujours décider de
déplacer la fête. Alors, si ça crée des
problèmes pour certains employeurs, ou certaines compagnies, ou
certaines personnes qui emploient d'autres personnes, la Loi sur les normes
permet toujours de déplacer une fête, que ce soit, d'ailleurs, la
fête du Jour de l'an ou de Noël. On peut toujours la déplacer
trois semaines avant ou trois semaines après, de sorte que ceux qui
veulent fêter la fête du Canada le 29 juin pourront toujours le
faire. Pour les membres du Parti
québécois, tantôt, qui accusaient le gouvernement de
leur enlever une longue fin de semaine, bien, ceux qui préfèrent
avoir une longue fin de semaine pourront toujours avoir leur longue fin de
semaine en déplaçant la fête du 1er juillet au 29 juin. Je
crois que c'est la CSN qui nous avisait qu'elle voulait la fêter le 3
juillet, un vendredi. Elle pourra la fêter le 3 juillet si elle le veut,
en autant, évidemment, que l'employeur est d'accord. Donc, cette
fête-là, la fête du Canada va être officiellement
placée le 1er juillet prochain. Ceux qui respecteront la loi la
fêteront le 1er juillet. Ceux qui voudraient respecter la loi mais ne pas
la fêter le 1er juillet pourront le faire en vertu des dispositions de la
Loi sur les normes du travail.
M. le Président, tout à l'heure, la députée
de Hochelaga-Maisonneuve a tenté de faire croire que je n'apportais pas
beaucoup d'importance à la fête du Canada lorsque nous avons
passé la Loi sur les normes du travail en 1990, que j'aurais voulu
traiter à la légère cette question-là. M. le
Président, je pense que ça vaut la peine de se replacer dans le
temps. Nous étions, à ce moment-là, en train de modifier
la Loi sur les normes du travail. Vous vous souvenez que nous avons fait une
réforme en profondeur de cette loi-là. Nous étions en
train, justement, d'introduire la date du 1er juillet dans la Loi sur les
normes du travail, et la députée de Hochelaga-Maisonneuve m'a
demandé: Qu'est-ce que vous voulez fêter le 1er juillet? Bien
innocemment, je dois dire, comme si elle ne savait pas que le 1er juillet, en
général, on fête la fête du Canada. Alors, je lui ai
répondu. Je sais que, tout à l'heure, elle a cité quelques
extraits du Journal des débats. Alors, je pense que ça
vaut la peine qu'on retourne au texte. «Qu'est-ce qu'on fête le 1er
juillet?» demande Mme Harel. M. le Président, je sais qu'on n'est
pas censé nommer les députés par leur nom, mais comme je
cite le Journal des débats, c'est marqué «Mme
Harel». M. Bourbeau: On fête la fête de la
Confédération. Alors, c'est clair, je pense. Mme Harel reprend:
«La fête du Canada.» «Si vous voulez, la fête du
Canada», que je lui ai répondu. Alors, elle reprend: «Vous
nous proposez de fêter la fête du Canada.» Alors, le
président, M. Joly a répondu... plutôt interjeté:
«C'est encore d'appoint», et, moi, j'ai dit: «Pourquoi pas?
On est encore membres de ce pays, si je ne m'abuse.» Alors, Mme Harel a
répondu: «On va être obligé de voter
contre.»
Une voix: Ah!
M. Bourbeau: M. le Président, c'était le 10
décembre 1990. Et, un peu plus tard, Mme Harel... j'ai repris d'ailleurs
dans la phrase suivante: «Maintenant, M. le Président,
effectivement ça propose de fêter la fête du Canada.»
Je pense que je l'ai répété à plusieurs reprises.
Mme Harel: «Vous le proposez nommément dans la loi?» Alors,
elle m'a demandé si je mettais dans la loi la fête du Canada. Je
lui ai répondu: Non, pas nommément, c'est une date qu'on met,
comme la plupart des autres congés fériés. Puis, un peu
plus loin, je lui ai dit: «...on en a parlé tantôt. La
députée de Hochelaga-Maisonneuve demandait quelle fête on
fêtait. Je lui ai dit que c'était la fête du Canada»,
une autre fois. Je pense que je l'ai répété souvent. Un
peu plus tard, M. le Président, ce qui s'est passé, c'est que la
députée de Hochelaga-Maisonneuve a affirmé que ça
ne l'intéressait pas beaucoup quant à elle de fêter la
fête du Canada et qu'elle préférait fêter autre
chose. Et, à la blague, je lui ai dit: Vous fêterez autre chose.
Vous fêterez votre fête à vous. Et quelqu'un a dit: C'est le
jour du déménagement. Alors, j'ai dit: Vous fêterez le
déménagement, si vous voulez.
M. le Président, il faut replacer ça dans le texte. Dans
une commission parlementaire, parfois on se laisse aller à faire des
discussions à bâtons rompus, et, comme la députée de
Hochelaga-Maisonneuve m'affirmait qu'elle ne voulait pas fêter la
fête du Canada, je lui ai dit: Vous fêterez ce que vous voudrez.
Quant à nous, nous allons fêter la fête du Canada. M. le
Président, savez-vous ce qui est arrivé? Après nous avoir
dit qu'elle voterait contre la loi, le lendemain, quand on a pris le vote, la
députée de Maison-neuve a voté en faveur de la loi. M. le
Président, je l'ai devant moi ici.
Des voix: Ha, ha, ha! Oh boy! Oh boy!
M. Bourbeau: Alors, belle cohérence, M. le
Président. On nous dit qu'on va voter contre, on vote pour. Et, M. le
Président, c'est à ce moment-là, avec le consentement de
la députée de Hochelaga-Maisonneuve et de l'Opposition
péquiste, qu'ensemble nous avons convenu que dorénavant nous
fêterions la fête du 1er juillet, qui est la fête du
Canada.
Une voix: C'est ça.
M. Bourbeau: Ça, c'est ce que nous avons voté
ensemble unanimement il y a deux ans. Aujourd'hui, M. le Président, ce
que nous proposons, c'est un léger changement. Ce n'est pas de faire que
la fête du Canada devienne une deuxième fête nationale des
Québécois, c'est de dire aux Québécois:
Plutôt que de fêter la fête du 1er juillet le lundi, parce
que la loi que nous avons votée il y a deux ans nous disait: On la
fêtera le lundi, dorénavant on va fêter la fête du
Canada le jour même, le 1er juillet. Oui, M. le Président.
Le Président: Un instant, M. le ministre. Simplement pour
le partage du temps, puisque les députés indépendants
n'utiliseront pas de temps, vous pouvez bénéficier de cinq
minutes addition-
nelles et le parti de l'Opposition officielle bénéficiera
de cinq minutes additionnelles également. Donc, il vous reste cinq
minutes.
M. Bourbeau: M. le Président, si je comprends bien, il me
reste une minute plus cinq.
Le Président: Cinq minutes maintenant.
M. Bourbeau: M. le Président, je ne prendrai pas mes cinq
minutes. Je sais que le député de Louis-Hébert veut dire
quelques mots après la députée de Hochelaga-Maisonneuve ou
celui qui parlera, je ne sais pas qui.
M. le Président, c'est ça qui est arrivé. Nous
avons fait en sorte de voter une loi ensemble, avec l'Opposition, qui a fait en
sorte que la fête du 1er juillet est entrée dans la Loi sur les
normes. Mais, M. le Président, je suis fier de l'avoir fait, parce que,
jusqu'à 1990, la législation québécoise ne
comportait aucune mention de la fête du 1er juillet. Le Parti
québécois en 1980, lorsqu'il avait voté la Loi sur les
normes du travail, avait omis d'inclure la fête du 1er juillet dans les
fêtes chômées au Québec, dans les fêtes qu'on
retrouve dans la Loi sur les normes du travail. M. le Président, je suis
le premier ministre de la Main-d'oeuvre qui a osé - oser, ce
n'était pas tellement compliqué, M. le Président, parce
que c'était assez plaisant de le faire - introduire dans la
législation québécoise une fête pour fêter la
fête du Canada. Alors, M. le Président, je pense qu'à ce
sujet-là on ne peut me faire aucun reproche, j'ai fait en sorte que
dorénavant les Québécois puissent fêter la
fête du Canada, puisque nous l'avons introduite dans la Loi sur les
normes du travail. Et aujourd'hui, à partir de maintenant, M. le
Président, on sera encore plus fiers parce qu'on pourra la fêter
le jour même du 1er juillet. Et je pense que les Québécois
vont être très satisfaits de fêter le 1er juillet la
fête du Canada, comme ils sont encore plus fiers de fêter la
fête du Québec, la fête nationale, le 24 juin. Je vous
remercie.
Le Président: Très bien. Je vais maintenant
reconnaître Mme la députée des
Chutes-de-la-Chaudière. (23 h 20)
Mme Denise Carrier-Perreault
Mme Carrier-Perreault: m. le président, puisqu'il ne reste
que très peu de temps, j'aimerais proposer à cette chambre une
motion d'ajournement sur cette motion de report.
Motion d'ajournement du débat
Le Président: Donc, une motion d'ajournement du
débat, une motion qui est recevable et qui vous donne droit à un
temps de parole de 10 minutes comme proposeur de la motion. Donc, vous avez un
temps de parole de 10 minutes.
Mme Denise Carrier-Perreault
Mme Carrier-Perreault: Alors, je vous remercie, M. le
Président. Vous comprendrez que c'est un débat qui nous semble
important à faire, nous autres, de notre côté. Puisque la
nuit porte conseil, comme je vous le disais, j'ai demandé cette motion
d'ajournement, M. le Président, parce que, de un, la nuit...
Le Président: Un instant, s'il vous plaît!
Mme Carrier-Perreault: Je m'excuse.
Le Président: Alors, je vais demander la collaboration de
tous les collègues, s'il vous plaît! Alors, la parole est à
Mme la députée des Chutes-de-la-Chaudière.
Mme Carrier-Perreault: Je vous remercie, M. le Président.
Si j'ai demandé cette motion d'ajournement du débat, c'est que,
comme je vous le disais, il ne restait que très peu de temps. J'ai
entendu les autres députés, les députés du
gouvernement, les ministériels qui se sont exprimés à
quelques reprises et qui n'avaient pas l'air encore convaincus du
bien-fondé de reporter ce projet de loi là. Puisque la nuit porte
conseil, M. le Président, je me dis que, possiblement, si on ajourne ce
débat-là, demain matin, les gens, reposés, frais et
dispos, pourront peut-être réfléchir mieux et prendre une
meilleure décision.
D'autre part, je sais, parce que le ministre nous l'a mentionné,
M. le Président, que le député de Louis-Hébert
avait manifesté son intention de prendre la parole, lui aussi. J'imagine
que c'est un sujet qui l'intéresse parce qu'on fête
énormément la fête nationale dans Louis-Hébert.
Ça m'est arrivé, d'ailleurs à plusieurs reprises, d'aller
fêter le 24 juin dans Louis-Hébert. Alors, je trouve que c'est
important d'entendre le député de Louis-Hébert nous parler
de ses états d'âme et de ce qu'il veut nous entretenir concernant
la fête nationale.
Moi, M. le Président, c'est la première fois que j'ai
à prendre la parole sur le projet de loi 21. Pour toutes sortes de
circonstances, je n'ai pas pu le faire à venir jusqu'à date. Je
peux vous dire que j'ai entendu quand même quelques-uns de mes
collègues; le ministre nous disait, tout à l'heure, que ça
fait 26 heures que nous sommes à débattre du projet de loi 21, il
a l'air de trouver ça très long. Ce n'est pas seulement
l'Opposition officielle qui en a débattu, je sais qu'il y en a plusieurs
du côté ministériel qui ont tenu aussi à prendre la
parole. On a entendu toutes sortes de choses, d'ailleurs, et moi, à mon
tour, je trouve... En tout cas, j'étais contente de pouvoir venir
m'expliquer, moi aussi, sur ce
projet de loi comme tel.
Le projet de loi 21, M. le Président, c'est un projet de loi qui
est assez étonnant en soi. C'est un projet de loi qui traite de choses
très différentes, de deux choses très différentes.
L'Opposition officielle, effectivement, a demandé au tout début,
en fait en tout début de débat, de scinder le projet de loi. Le
bien-fondé en a été reconnu, je pense, par la
présidence, à ce moment-là; ça a été
accepté, c'était tout à fait recevable parce qu'on traite
de deux choses fort différentes, je le répète. Donc, quand
on dit que c'est des mesures dilatoires, que l'Opposition utilise toutes sortes
de choses, il faut quand même voir les choses comme elles sont et le
bien-fondé de notre demande avait été reconnu par la
présidence. Alors, c'est très clair: Deux choses très
différentes.
D'une part, on nous propose, bien sûr, de nommer un
vice-président pour cinq ans, un ajout de poste dans le projet de loi
21; c'est assez cocasse, remarquez bien que, là-dessus, je ne pense pas
que ce soit de cet aspect-là, je pense que c'est intéressant d'en
discuter aussi, mais je ne pense pas que ce soit sur cet aspect-là que
l'Opposition aurait eu le plus de problèmes. Je pense que, du
côté ministériel, on aurait dû avoir plus de
problèmes à voter ce genre d'article là. On aura
sûrement plus de problèmes avec cet article-là parce que...
Avant hier soir, M. le Président, dans cette Chambre justement,
moi-même, j'ai eu à prendre la parole sur le projet de loi 198. On
se rappelle que les gens du comité Poulin... J'écoutais,
tantôt, le député de Verdun, M. Gautrin - excusez, le
député de Verdun, il ne faut pas que je nomme les noms -qui a
proposé justement le projet de loi 198 qui explique au monde qu'il ne
faut plus engager personne jusqu'au 31 mars 1994. Alors, le
député de Verdun, je l'entendais tout à l'heure dire
comment c'était un projet de loi qui était bien, bien correct,
qu'il avait son appui et qu'il fallait le voter, mais je ne sais pas s'il l'a
lu au complet, parce qu'il a parlé uniquement de l'aspect fête
nationale, le 1er juillet, la fête nationale du Canada, mais cet
aspect-là devrait lui déplaire fortement. En fait, cet
aspect-là, pour nous, ce n'est pas là qu'il y avait le plus de
problèmes, quoique, comme je le disais tout à l'heure, c'est
intéressant quand même d'en discuter.
D'autre part, dans ce projet de loi là, on nous amène une
modification, on vient de créer une deuxième fête
nationale. Là, chez nous, ça crée des problèmes.
J'entendais plusieurs députés, j'ai entendu le
député de Taschereau, entre autres, tantôt, qui, lui, nous
disait: II faut harmoniser la loi avec la réalité. Hein? C'est
d'harmoniser la loi avec la réalité. Eh bien, je ne sais pas
où il vit, le député de Taschereau, M. le
Président, je ne le sais vraiment pas. Pourtant, j'avais l'impression
qu'il restait à peu près en face de chez nous; il reste sur la
rive nord et, moi, je suis sur la rive sud. J'avais l'impression qu'on vivait,
à toutes fins pratiques, dans la région métropolitaine, la
même, M. le Président. Et, quand il nous dit que la loi, c'est
tout simplement qu'il faut harmoniser les choses, s'harmoniser avec la
réalité, écoutez, on a une fête nationale qui est
fêtée, beaucoup fêtée, on le sait. C'est le 24 juin
que ça se passe, autant sur la rive nord que sur la rive sud. Et le 1er
juillet, la fête du Canada... Bien sûr que les gens, s'il y a des
manifestations quelque part, je peux comprendre le député de
Papineau, il y a des choses... Oui, je peux comprendre que les gens, s'il y a
des fêtes qui sont dans leur quartier, s'il existe, à certains
endroits plus particulièrement, des manifestations au niveau de cette
fête-là, je pense que, oui, les gens peuvent y assister. Mais la
réalité, chez nous, M. le Président, c'est que la
Confédération comme telle, c'est d'une fin de semaine dont les
gens veulent profiter. Ils ont l'habitude de le faire et c'est connu que les
gens, à la Confédération, profitent de ce congé de
trois jours pour aller dans leur parenté, pour aller rencontrer des
amis, des parents, pour voyager un petit peu. Je vois le ministre du Tourisme
qui est là. Je ne sais pas s'il trouve que c'est bon, d'enlever cette
fin de semaine là, finalement, à toutes fins pratiques, puisque
les gens l'utilisent et se promènent dans les différentes
régions du Québec. Au point de vue économique, ce n'est
pas un bon coup. La réalité, c'est que les gens utilisaient leur
fin de semaine, l'ont toujours utilisée. C'est ça, la
réalité qui se vit chez nous. Alors, quand on vient me dire que
c'est pour harmoniser la loi avec la réalité, eh bein là,
je me pose de sérieuses questions, M. le Président, de
sérieuses questions.
On est assez étonnés de voir un projet de loi comme
ça arriver. Parce que vous savez, M. le Président, je suis
membre, moi aussi, de la commission des affaires sociales, j'ai assisté
à une très grande partie des travaux lors de l'étude
article par article de la réforme, en tout cas, des nombreux changements
qui ont eu lieu à la Loi sur les normes du travail, en décembre
dernier. J'écoutais tout à l'heure ma collègue de
Hochelaga-Maisonneuve qui rapportait les propos du ministre, propos que j'ai
entendus moi-même. La ministre de la Condition féminine et de la
Famille était là aussi. Je me dis que, si on avait voulu
réellement, si, sérieusement, ça collait avec la
réalité, ça aurait été une demande qu'on
aurait dû avoir depuis très longtemps, hein? C'est donc à
ce moment-là qu'il aurait fallu faire ce que le député de
Taschereau nous disait faire, s'harmoniser avec la réalité.
Ça n'a pas été fait, M. le Président, et c'est
très «interrogeant» pour nous de voir arriver un projet de
loi comme celui-là à ce moment-ci, alors que les chances de le
faire, il y en a eu plus qu'une. Parce que, quand on a discuté de la loi
sur les normes minimales de travail, ça n'a pas duré juste
une
soirée. On avait beaucoup d'articles, beaucoup de changements,
beaucoup d'amendements. Alors, ça aura été facile,
à ce moment-là, de l'apporter puis d'en discuter vraiment
à fond.
On sait aussi, M. le Président, qu'on ne se bouscule pas, il n'y
a pas de bousculade à la porte du bureau du ministre pour demander
d'ajuster, de se faire une deuxième fête nationale puis de changer
les règles pour les travailleurs, pour les employeurs, de faire en sorte
que le congé du 1er juillet ne soit plus reporté, pour qu'on
puisse en faire une fin de semaine de trois jours. On sait que c'est loin
d'avoir l'unanimité, c'est loin de faire consensus. Quand on dit que
c'est le Mouvement Desjardins qui en a fait la demande, eh bien, j'aimerais
qu'on me démontre ça très clairement parce que ce serait
assez surprenant que M. Béland du Mouvement Desjardins ait fait une
demande comme celle-là. On connaît M. Béland comme
quelqu'un d'humaniste, profondément nationaliste, et M. Béland a
plusieurs employés, plusieurs de ses travailleurs qui profitent eux
aussi de ce congé-là. Alors, qu'on nous fasse une demande comme
celle-là... Ce qui a été demandé, semble-t-il,
c'est des technicalités, de faire des changements très techniques
au niveau de la loi, pas de reporter le congé comme tel pour en faire un
congé, une autre fête nationale. Alors, j'entendais mon
collègue de Lévis, tout à l'heure, et, moi aussi, M. le
Président, j'aimerais vraiment qu'on nous démontre qui, au
Québec, veut qu'on change les règles du jeu pour la
Confédération, qui veut qu'on en fasse une deuxième
fête nationale? À ce moment-ci, c'est vraiment, à toutes
fins pratiques, de la provocation, et c'est pourquoi, M. le Président,
j'ai demandé qu'on ajourne le débat sur la motion de report. Que
les gens prennent le temps de réfléchir, puis probablement que
demain matin on pourra avoir une discussion plus sereine et je pense de
meilleures décisions, en tout cas, à ce point de vue là.
Je vous remercie, M. le Président. (23 h 30)
Le Président: Alors, merci, Mme la députée
des Chutes-de-la-Chaudière. Je vais maintenant reconnaître M. le
ministre de la Main-d'oeuvre, de la Sécurité du revenu et de la
Formation professionnelle pour une intervention d'un maximum de 10 minutes.
M. André Bourbeau
M. Bourbeau: M. le Président, tout à l'heure, dans
l'intervention que j'ai faite sur la motion de report, j'ai expliqué et
prouvé pourquoi le Parti québécois avait pris
jusqu'à maintenant 26 heures pour discuter d'un sujet qui, somme toute,
ne l'intéresse pas du tout. Vous avez une belle preuve, M. le
Président, une troisième motion dilatoire en deux jours, pour
encore faire perdre davantage le temps de la Chambre. Et on voudrait, M. le
Président, nous faire croire que c'est un sujet important. Le
député de Lévis nous disait tantôt que le taux de
chômage au Québec est de 12 %. On devrait passer à des
choses importantes et arrêter de tuer le temps. Qui est-ce qui tue le
temps de la Chambre? C'est l'Opposition. La troisième motion dilatoire
en deux jours. Si vous vous imaginez qu'on va passer notre temps à
faire, nous aussi, perdre le temps de la Chambre, vous vous trompez.
Faites-les, vos motions dilatoires. Parlez encore pendant 25 minutes et puis,
après ça, on votera.
Une voix: C'est ça. C'est bon.
Le Président: très bien, m. le ministre. alors, je
vais maintenant reconnaître comme représentant du groupe
parlementaire de l'opposition officielle m. le député de
lévis.
M. Jean Garon
M. Garon: M. le Président, essentiellement, le but du
projet, c'est d'ajourner le débat, justement, d'ajourner le débat
pour qu'on passe à d'autres choses. Alors, tantôt, il y aura un
vote enregistré et je pense bien que les gens pourront demander tout
simplement de voter l'ajournement du débat et on va passer à
d'autres choses.
Et je vais vous lire le débat parce que le ministre tantôt
en a lu des bouts et il en a oublié. Moi, je n'en n'oublierai pas.
Qu'est-ce qui s'est passé le 10 décembre 1990? «M.
Bourbeau: Maintenant, M. le Président, effectivement, ça propose
de fêter la fête du Canada... «Mme Harel: Vous le proposez
nommément dans la loi? «M. Bourbeau: Non, non, pas du tout.
Ça n'est pas indiqué, mais... «Le Président (M.
Joly): On parle du 1er juillet. «M. Bourbeau: ...on en a parlé
tantôt. La députée de Hochelaga-Maisonneuve demandait
quelle fête on fêtait. Je lui ai dit que c'était la
fête du Canada. «Mme Harel: Où est-ce qu'on retrouvera
ça, cette appellation-là? «M. Bourbeau: Nulle part.
«Mme Harel: Nulle part. Alors, on pourra changer ça. «M.
Bourbeau: Ah! la députée de Hochelaga-Maisonneuve pourra
l'appeler ce qu'elle veut. «Mme Harel: Bon, Marguerite d'Youville.
«Des voix: Ha, ha, ha!»
Des voix: Ha, ha, ha!
M. Garon: «M. Morin: Dépendamment des
événements historiques. «M. Bourbeau: On pourra l'appeler
la fête de la députée de Maisonneuve. De toute
façon, je serais étonné que les Québécois
acceptent qu'on
annule cette fête, M. le Président, pour fêter...
«Mme Harel: On retrouvera bien une autre raison pour la garder, une autre
bonne raison pour la garder. «M. Bourbeau: La fête des
déménagements, oui, effectivement. «Mme Harel: De toute
façon, elle n'a pas le même caractère que la fête
nationale parce qu'elle n'est, finalement, pas chômée, ni
payée, finalement. Alors... «M. Bourbeau: Elle n'a pas la
même ampleur ni le même prestige. «Mme Harel: Elle n'a pas le
même caractère.»
Et, plus loin, je vois la page CAS-34... C'est dont écrit
petit!
Des voix: Ha, ha, ha! Une voix: La vue baisse!
M. Garon: 3456. Oui, la vue baisse en vieillissant. Je sais
ça. Il faudrait le mettre plus loin, mais c'est parce que j'aime
ça lire de proche. «M. Bourbeau: On s'est entendus pour la
fêter le lundi puisque, en pratique, les commerces fêtent en
général... Enfin, on me dit que la pratique, c'est de fêter
la fête de la Confédération le lundi, en
général. «M. Gautrin: Et si ça tombe un mercredi?
«M. Bourbeau: C'est le lundi. «Le Président (M. Joly): C'est
aussi pour confirmer une longue fin de semaine. «M. Morin: C'est toujours
le lundi. «M. Bourbeau: Pour se conformer à la pratique»
Vous voyez, pour se conformer à la pratique, ça va
être le lundi. «Le Président (M. Joly): La pratique et la
longue fin de semaine.»
Il y tient, M. Joly, à la longue fin de semaine. «La
pratique et la longue fin de semaine.» «M. Bourbeau: La pratique
assez généralisée pour une longue fin de
semaine.»
M. le Président, vous voyez, dans ce que je dis, au fond, je
reste cohérent. Ce que je dis depuis tantôt, c'est la longue fin
de semaine. Moi, je ne fête pas vraiment la fête du Canada.
J'aimerais mieux la fête des Irlandais, le 17 mars, n'importe quand.
C'est une proposition du député Cannon. Pardon. Je dis son nom,
là, pour montrer que c'est un Irlandais.
Des voix: Ha, ha, ha!
M. Garon: Et, moi aussi, si j'avais le nom de ma mère, je
serais un Irlandais, parce que ma mère, c'est une Sweeny, de la
région de Cork en Irlande. Alors, ça me ferait plaisir d'avoir
une fête des Irlandais. Je n'aurais rien contre ça, M. le
Président. S'il y a deux peuples qui se res- semblent sur la terre,
c'est bien les Québécois, puis les Irlandais.
Mais, essentiellement, le ministre disait quoi? Il disait, au fond,
quand il a commencé à mettre les normes du travail sur cette
question-là, que ce serait le lundi. C'était la fête
habituelle, c'était la pratique des gens, puis les commerces aimaient
mieux le lundi parce que ça dérangeait moins les gens.
Essentiellement, M. le Président, ce n'est pas un très
gros débat qu'on fait, sauf qu'il est important. Parce que ceux qui sont
assujettis aux normes du travail, ce sont essentiellement les mêmes
travailleurs, M. le Président, qui ont le salaire minimum,
habituellement, qui ont, comme congé, le 4 % par année, M. le
Président. C'est ça. Habituellement, ce sont ces gens-là
qui ne sont protégés d'aucune façon, sauf par la Loi sur
les normes du travail. 1 400 000 travailleurs. Puis, c'est à ces
gens-là qu'on veut enlever la longue fin de semaine. Pensez-y une
seconde.
Et je n'ai pas aimé du tout, puis je vais communiquer avec M.
Béland, hein, que les députés libéraux disent que
c'est Claude Béland, président du Mouvement Desjardins, qui leur
a écrit pour leur demander de faire ça. Je suis convaincu que M.
Béland et le Mouvement Desjardins n'ont jamais voulu enlever la longue
fin de semaine aux Québécois à la
Confédération. Et je suis convaincu que, comme les
libéraux ont dit ça, M. Béland va être le premier
à dire: Je n'ai jamais dit ça. Je regrette, les
députés libéraux ont passé leur temps à dire
que c'était le Mouvement Desjardins, M. le Président, qui
demandait à l'Assemblée nationale d'enlever la longue fin de
semaine des Québécois à la fête du Canada.
Moi, je respecte la fête du Canada parce que je sais qu'il y a des
Québécois qui fêtent. Il y en a qui vont aller
écouter Mitsou à la fête du Canada, parce que le
fédéral a décidé de fêter le Canada avec
Mitsou. Et je pense qu'ils ont le droit de le faire, M. le Président.
Puis, personne ne peut leur enlever ça, sauf que les
Québécois ont la longue fin de semaine. Pourquoi leur enlever la
longue fin de semaine, M. le Président? Parce qu'il y a des gens qui
sont salariés...
Je comprends qu'il y a des gens, dont les députés, qui,
eim, vont pouvoir chômer, s'ils veulent, le lundi. Ils vont pouvoir parce
qu'ils ne sont pas des salariés au sens du Code du travail, dans le sens
qu'ils ne sont pas commandés pour aller travailler telle journée.
Ils pourront faire leur bureau de comté le mardi. Ils pourront prendre
congé le lundi. Mais ceux qui sont salariés en vertu de la loi
des normes du travail, eux, n'auront pas le choix. L'employeur va leur dire:
Moi, je suis ouvert le lundi, bien, tu travailles le lundi, puis tu prendras
ton congé le 1er juillet. Puis ils auront le congé le mercredi,
puis ils ne pourront pas s'organiser une longue fin de semaine, alors que,
à toutes fins prati-
ques, c'est la première fois qu'ils vont passer une longue fin de
semaine avec leurs enfants. Puis tout le monde sait que, cette fin de semaine
là... Je l'ai dit tantôt, puis c'est la réalité;
moi, je ne suis pas déconnecté, je suis connecté, hein.
Juillet, c'est habituellement le temps où il fait le plus chaud dans
l'année. C'est humide. Souvent, il fait 30° C, puis 90°,
quasiment, d'humidité. On crève de chaleur, voyez-vous? On ne
bouge pas, puis on a chaud.
Une voix: Mais on déménage!
M. Garon: M. le Président, pourquoi enlever cette fin de
semaine là aux citoyens? Tantôt, le député de
Taschereau disait: Les banques. Voyons donc! Le Mouvement Desjardins, le
président Béland a pris la peine d'aller dans la basilique de
Québec, invité par Mgr Couture, qui est archevêque de
Québec, pour aller leur dire: II faut arrêter de seulement penser
en termes économiques. Il ne faut pas penser rien qu'en termes de
finances. Il faut penser à l'être humain comme être global,
hein, dans une société, qui a le droit d'avoir une vie de
famille, qui a le droit d'avoir une vie d'ensemble. Il ne faut pas y penser
seulement comme à quelqu'un qui rapporte des piastres à
l'entreprise. Bien, la meilleure façon de mettre ça en pratique,
M. le Président, c'est de lui laisser sa longue fin de semaine. Puis je
suis persuadé que M. Béland, quand il est allé dans la
cathédrale de Québec, pensait aux travailleurs, justement
à ceux qui sont assujettis aux normes du travail, à ceux qui ont
rien que ça pour les protéger. Je suis convaincu que jamais il
n'a voulu leur enlever cette longue fin de semaine. J'en suis convaincu, puis
je vais vous dire une chose: C'est pour ça que la motion d'ajournement
est importante, pour donner le temps à M. Béland de venir dire:
Vous avez pris mon nom injustement pour dire que c'est nous autres, le
Mouvement Desjardins, qui voulions enlever la longue fin de semaine des
Québécois.
Essentiellement, je vais vous dire: Je suis convaincu que le Mouvement
Desjardins jamais n'a voulu le faire. Les employés du Mouvement
Desjardins, je suis convaincu qu'ils veulent avoir leur longue fin de semaine,
eux autres aussi, que les cadres du Mouvement Desjardins veulent avoir leur
longue fin de semaine, puis les membres du Mouvement Desjardins, qui sont 4 000
000 de Québécois, veulent aussi avoir leur longue fin de semaine.
Ça ne leur fait rien que les caisses soient fermées le lundi pour
que tous les Québécois puissent avoir leur longue fin de semaine.
(23 h 40)
On nous dit, après ça, que c'est parce qu'on est contre le
Canada. Aïe! Écoutez! Si on était contre le Canada, on
dirait: Pas de longue fin de semaine, ne fêtons rien. Sauf que ça
fait 125 ans, ça fait longtemps que les gens ont une longue fin de
semaine, ils l'ont à ce moment-là. On dit: On ne voudrait pas
qu'ils aillent à la pêche. Voyons donc! Je m'en fous! Les gens
pourront aller à la pêche au ver, à la mouche, au lancer
léger, ça ne me fait rien. Ils pourront se permettre d'en prendre
ou de ne pas en prendre, peu importe, mais ils ont droit à leur longue
fin de semaine. C'est ça qui est important. C'est la première
longue fin de semaine après le congé scolaire. C'est la
première fin de semaine qu'ils peuvent passer avec leurs enfants.
Pourquoi en priver les citoyens, les gens qui n'ont pas de convention
collective, qui n'ont pas d'autre chose que cette loi-là pour les
protéger? Pourquoi se servir de la loi pas pour les protéger,
mais pour les punir, pour leur enlever leur longue fin de semaine? Pourquoi
faire ça?
Une voix: Pour déménager.
M. Garon: Et, si on regarde, ça fait deux fois qu'on a des
lois sur les normes du travail à cette session-ci, pour pénaliser
les travailleurs. On a le 35, guillotine pour les pénaliser. Moi, je
suis d'accord pour qu'on fasse une bataille d'enfer là-dessus, si le
ministre ne comprend pas qu'il doit retirer ce projet de loi là, qu'on
fasse une bataille d'enfer. Pourquoi? Parce qu'on n'a pas le droit de priver 1
400 000 travailleurs...
Le Président: En conclusion, M. le
député.
M. Garon: Mettons qu'il y en a un certain nombre de mariés
là-dedans; avec leurs enfants, ça fait sans doute 3 000 000
à 4 000 000 de personnes qui sont touchées par ça, 3 000
000 à 4 000 000 de personnes qui vont perdre une longue fin de semaine,
peut-être la plus importante de l'année. Et on va essayer de leur
enlever ça? Moi, je suis persuadé que les gens, ici, qui, eux,
pourront prendre congé, ne pourront pas voter pour faire en sorte
qu'autant de Québécois, 3 000 000 à 4 000 000 de
Québécois perdent leur longue fin de semaine, cette fin de
semaine là, au début de juillet.
C'est pourquoi, M. le Président, il faut ajourner le débat
pour permettre, justement, au président du Mouvement Desjardins de dire
à l'Assemblée nationale que jamais il n'a demandé
ça et que le Mouvement Desjardins est d'accord pour que les
Québécois aient leur longue fin de semaine à la fête
du Canada et à la Confédération. Je vous remercie, M. le
Président.
Le Président: Je cède maintenant la parole à
Mme la députée des Chutes-de-la-Chaudière pour l'exercice
de son droit de réplique.
Mme Denise Carrier-Perreault (réplique)
Mme Carrier-Perreault: Je vous remercie, M. le Président.
Les propos qui ont été cités par le député
de Lévis, les propos tenus par le ministre,
ça ne fait pas bien du temps de ça, là, hein? On
parle de décembre 1990. Alors, c'était la pratique à ce
moment-là, c'est ce que le ministre disait, c'était reconnu par
les membres de la commission des affaires sociales. Ils ont été
nommés chacun leur tour, ceux qui ont parlé là-dessus; on
parlait du député de Fabre tantôt qui a été
cité lui aussi. En décembre 1990, on reconnaissait que
c'était la pratique. On reconnaissait, n'en déplaise au
député de Taschereau, que c'était ça, la
réalité qui se vivait chez nous, que c'était comme
ça que ça se vivait, la Confédération, la
fête du Canada.
Alors, oui, cette motion d'ajournement, je pense qu'il fallait la
demander et j'espère que les gens de l'autre côté vont y
penser et vont réussir à s'entendre avec nous autres, et qu'on va
pouvoir ajourner pour permettre au ministre de se ressaisir parce que, à
toutes fins pratiques, c'est assez surprenant de tenir des propos aussi
différents en si peu de temps. Ça ne fait pas 10 ans, là,
ça ne fait pas 15 ans. On parle de décembre 1990, M. le
Président.
Vous savez, c'est assez important de changer comme ça les
règles du jeu. On parlait de 1 400 000 travailleurs qui sont
régis par les normes minimales du travail. Ces gens-là ont
l'habitude et ont besoin de prendre leur fin de semaine et c'est comme
ça qu'ils aiment ça et c'est comme ça que leurs employeurs
aiment ça, c'est comme ça que leurs syndicats aiment ça et
c'est comme ça qu'eux autres, surtout, les premiers concernés,
aiment ça. C'est comme ça qu'ils vivent ça.
Alors, on vient changer les règles du jeu, comme ça, d'un
coup sec, pour on ne sait pas trop quoi. On n'a aucune idée de la raison
qui motive, à ce moment-ci, le gouvernement à en arriver à
une décision comme celle-là, au moment où on se parle.
Bien difficile à comprendre. En décembre 1990, ce n'était
pas le moment parce que ce n'était pas important et ce n'était
pas ça qui se vivait. Pourquoi aujourd'hui il faudrait changer les
choses? Qu'est-ce qui s'est passé depuis décembre 1990 pour que
la réalité qui se vivait à ce moment-là ne soit
plus la même? Moi, j'aimerais ça... J'ai entendu des choses, j'ai
entendu certaines interventions; il n'y a personne qui a réussi à
me donner une argumentation valable pour me convaincre que les choses ont
réellement changé. Qu'est-ce qui a changé?
On nous dit: Moi, je suis un Québécois et je suis un
Canadien, puis je veux en fêter deux, fêtes nationales.»
J'entendais ça tout à l'heure. Écoutez, il faut quand
même savoir qu'il y a des Québécois, sur le territoire
québécois, qui travaillent dans des entreprises de juridiction
fédérale et qui ne peuvent pas prendre leur congé de la
fête nationale. Est-ce qu'il y a des députés qui sont au
courant dans cette salle - je n'en ai pas entendu parler beaucoup - que le Code
canadien du travail passe complètement sous silence la
Saint-Jean-Baptiste qui est notre fête nationale? Il y a à peu
près 100 000 Québécois sur le territoire du Québec
pour qui cette fête-là n'est pas reconnue et ils vivent chez nous.
Et là on nous dit ici: Moi je suis québécois, je suis
canadien, je n'en veux pas une, j'en veux deux fêtes nationales. Il y
aurait peut-être moyen d'essayer au moins de gagner le point pour ces
gens-là, ces 100 000 travailleurs qui sont régis, sous
juridiction du Code canadien du travail qui ne reconnaît pas la
fête nationale, des Québécois comme nous autres. On ne la
reconnaît pas; donc, ils ne peuvent même pas en profiter.
Mais, pendant ce temps-là, aujourd'hui, on nous arrive et on nous
dit: Non, on ne discutera pas de ça. Nous autres, ça nous prend
deux fêtes nationales sur notre territoire. C'est nouveau et ça va
être comme ça, la réalité à l'avenir. Il y a
juste le gouvernement, M. le Président, qui a cette
réalité-là et je ne sais pas où est-ce qu'ils ont
pris ça. C'est vrai qu'il n'y a eu aucun commentaire positif concernant
ce projet de loi. Vraiment, c'est incompréhensible, cette façon
de nous arriver avec un projet de loi pour réajuster les normes
minimales de travail pour nous amener un vice-président, d'une part, et
en même temps nous faire une deuxième fête nationale.
Il n'y a rien à comprendre, M. le Président, et c'est pour
ça que notre formation politique, on a décidé que, oui, il
fallait que ce gouvernement réfléchisse. Oui c'est bon qu'ils
prennent le temps de s'informer, de vérifier, a tout le moins, ce que
c'est la réalité chacun chez eux, dans leur comté. Je vous
remercie, M. le Président.
Le Président: le débat étant terminé
sur cette motion d'ajournement du débat, nous allons maintenant
procéder à la mise aux voix de cette motion.
M. Gendron: Qu'on appelle les députés.
Le Président: D'accord, un vote par appel nominal. Qu'on
appelle donc les députés. (23 h 48 - 23 h 55)
Mise aux voix
Le Président: MM. les députés, veuillez
prendre place, s'il vous plaît. Mmes et MM. les députés,
s'il vous plaît! S'il vous plaît, M. le député!
À l'ordre, s'il vous plaît! M. le député.
Alors, nous allons maintenant mettre aux voix la motion d'ajournement du
débat présentée sur la motion de report du
député de Gouin.
Que les députés qui sont en faveur de cette motion
veuillent bien se lever, s'il vous plaît.
Non, non. J'ai informé l'Assemblée que je mets aux voix la
motion d'ajournement du débat, laquelle motion a été
présentée sur la motion de report du député de
Gouin. Alors, que les députés qui sont en faveur de cette
motion
veuillent bien se lever, s'il vous plaît.
Le Secrétaire adjoint: M. Chevrette (Joliette), M. Perron
(Duplessis), M. Biais (Masson), Mme Marois (Taillon), M. Garon (Lévis),
Mme Harel (Hochelaga-Maisonneuve), M. Jolivet (Laviolette), M. Baril
(Arthabaska), Mme Juneau (Johnson), M. Dufour (Jonquière), M. Gendron
(Abitibi-Ouest), M. Brassard (Lac-Saint-Jean), M. Léonard (Labelle), Mme
Vermette (Marie-Victo-rin), M. Paré (Shefford), M. Boulerice
(Sainte-Marie-Saint-Jacques), M. Morin (Dubuc), Mme Caron (Terrebonne), M.
Boisclair (Gouin), M. Trudel (Rouyn-Noranda-Témiscamingue), Mme Dupuis
(Verchères), Mme Carrier-Perreault (Chutes-de-la-Chaudière), M.
Bélanger (Anjou).
Le Président: Que les députés qui sont
contre cette motion veuillent bien se lever, s'il vous plaît.
Le Secrétaire adjoint: M. Pagé (Port neuf), Mme
Gagnon-Tremblay (Saint-François), M. Ryan (Argenteuil), M.
Côté (Charlesbourg), M. Bour-beau (Laporte), M. Dutil
(Beauce-Sud), M. Côté (Rivière-du-Loup), M. Sirros
(Laurier), M. Vallerand (Crémazie), Mme Robic (Bourassa), M. Middlemiss
(Pontiac), Mme Frulla-Hébert (Mar-guerite-Bourgeoys), M. Johnson
(Vaudreuil), M. Cusano (Viau), M. Blackburn (Roberval), Mme Bleau (Groulx), M.
Houde (Berthier), M. Maciocia (Viger), Mme Trépanier (Dorion), M. Cannon
(La Peltrie), M. Beaudin (Gaspé), M. Doyon (Louis-Hébert), Mme
Pelchat (Vachon), M. Paradis (Matapédia), M. Marcil
(Salaberry-Soulanges), M. Leclerc (Taschereau), M. Poulin (Chauveau), M.
Thérien (Rousseau), M. Tremblay (Rimouski), M. Benoit (Orford), M.
Williams (Nelligan), M. Dauphin (Marquette), M. Kehoe (Chapleau), M. Farrah
(îles-de-la-Madeleine), M. Fradet (Vi-mont), M. Messier
(Saint-Hyacinthe), M. Char-bonneau (Saint-Jean), Mme Begin (Bellechasse), M.
Bélanger (Laval-des-Rapides), M. Gauvin (Montmagny-L'lslet), M. Gautrin
(Verdun), M. Forget (Prévost), M. Gobé (LaFontaine), M. LeSage
(Hull), M. Bergeron (Deux-Montagnes), M. Audet (Beauce-Nord), M. Parent
(Sauvé), Mme Bélanger (Mégantic-Compton), M. Camden
(Lot-binière), M. Brouillette (Champlain), M. Bradet (Charlevoix), Mme
Cardinal (Châteauguay), M. Després (Limoilou), Mme Loiselle
(Saint-Henri), M. Lafrenière (Gatineau), M. Lafrance (Iberville), M.
MacMillan (Papineau).
M. Libman (D'Arcy-McGee), M. Atkinson (Notre-Dame-de-Grâce), M.
Holden (Westmount).
Le Président: Est-ce qu'il y a des abstentions?
Le Secrétaire adjoint: pour: 23 contre: 60 abstentions: 0
(minuit)
Le Président: Alors, en conséquence, cette motion
d'ajournement est rejetée.
Reprise du débat sur la motion de report nous allons maintenant
reprendre le débat sur la motion de report présentée par
m. le député de gouin. je suis prêt à
reconnaître un intervenant du côté de l'opposition
officielle.
M. Chevrette: Par alternance...
Le Président: par l'alternance, c'est à
l'opposition officielle. oui. alors, je reconnais donc m. le leader de
l'opposition, pour un droit d'intervention d'un maximum de cinq minutes.
M. Guy Chevrette
M. Chevrette: M. le Président, on est à neuf
minutes, me dit-on, du vote sur la motion de report du projet de loi. Dans neuf
minutes, c'est le poids du nombre qui va s'exercer, mais ce n'est
sûrement pas ia voix de la raison puisque, hier, M. le Président,
moi, j'ai eu l'opportunité de rencontrer plus de 300 hommes d'affaires,
de commerces, des industriels qui me demandaient la question aussi simple que
celle-ci: Mais pourquoi ils font ça? Pourquoi ils font ça, en
plein milieu de la semaine? Pourquoi ne pas laisser la possibilité de
faire ça soit un vendredi, dépendant de la proximité de la
date du 1er juillet, ou pourquoi pas un lundi?
Pour une industrie qui a à fermer puis à ouvrir ses
portes, dans plusieurs cas, ça crée des problèmes; pour
les employés également. On se demande pourquoi il fait ça.
Je dois vous dire personnellement, M. le Président, que je n'ai pas de
réponse parce qu'on ne sait pas pourquoi ils font ça. On ne sait
pas pourquoi ils font ça. Est-ce que c'est à cause du 125e?
Est-ce que c'est à cause d'un groupe qui veut se donner bonne bouche
à cause de leur idéologie fédéraliste? Il me
semble, M. le Président, que fêter le 1er juillet cette
année, avec ce que je viens d'entendre à la télé
comme nouvelles, ce n'est sûrement pas fêter l'unité
canadienne.
Une voix: II faut être déconnecté. Des
voix: Ha, ha, ha!
M. Chevrette: Une longue fin de semaine, M. le Président,
ça adonnait à tout le monde, ça adonnait aux commerces,
ça adonnait aux employés. L'ensemble des familles se
réjouissaient parce qu'elles pouvaient partir avec leurs enfants pour
une fin de semaine, M. le Président. C'est souvent l'amorce même
de vacances, à ce moment-là, pour certains. Je ne sais pas, M. le
Président, ce qui pousse le gouvernement à faire ça. Si
vous pensez faire plaisir à du monde, là, vous vous fartes
plaisir ou vous faites plaisir à
certains lobbies bien particuliers, mais ce n'est pas vrai que vous
faites plaisir à la population québécoise en faisant
ça. Ce n'est pas vrai, ça.
Des voix: Bravo!
M. Chevrette: II me semble, M. le Président, qu'avoir un
sens politique, c'est légiférer dans le sens des
intérêts d'une collectivité, c'est légiférer
quand on voit qu'il se dégage des consensus dans une population. On
sait, quand il n'y a pas de consensus, que les législations sont prises
de travers, puis les gens ne le digèrent pas; les gens n'acceptent pas.
C'a été le cas, par exemple, pour les heures de commerce.
Rappelez-vous tout le ramdam que c'a fait. Ils légiféraient pour
qui? On ne le sait pas. On peut s'en douter, par exemple, quand on
connaît les industries québécoises et les commerces
québécois. On peut se douter pour qui ils
légifèrent. Mais, fondamentalement, est-ce que c'a
été le voeu spontané d'une population? Est-ce qu'il y a
des groupes de pression qui sont allés vous voir pour dire: Change donc
ça!
Une voix: II n'y avait pas de Conseil du patronat dans le
temps.
Une voix: Ils font plaisir.
M. Chevrette: M. le Président, je ne sais pas, ils veulent
se faire plaisir. Je regarde le député de D'Arcy-McGee, puis,
lui, il est tout heureux de ça. Vous feriez des fêtes tous les
jours pour le Canada puis il applaudirait. Mais ce n'est pas ça, la
question de base.
Il y avait un congé férié et, depuis des
décennies, c'était relié à une fin de semaine, M.
le Président. Il y avait même un laps de temps permettant au
propriétaire de s'arrimer avec ses employés. Ça faisait
même l'objet de conventions collectives. C'était même
négocié. C'est souvent même un avantage que les
salariés obtenaient en convention, de regrouper ça à telle
date plutôt qu'à telle autre, et tout le monde était
heureux, M. le Président. Là, je ne le sais pas, du jour au
lendemain on se réveille, on place ça dans les normes minimales
du travail pour aller changer, justement, le pouvoir de négociation des
employés. Vous légiférez pour qui? C'est ça, la
question que je me pose, M. le Président. Ils légifèrent
pour qui? Y a-t-il une clientèle qu'ils n'ont pas touchée,
là? Y a-t-il une clientèle, M. le Président, à qui
ils n'ont pas fait mal? À qui voulez-vous faire plaisir? Si c'est
à vous, vous vous trompez. Si vous voulez vous faire plaisir, là,
vous vous trompez, parce qu'il y a du monde qui ne vous fera pas plaisir
à cause de ça. Si vous avez un tantinet de sens politique, ne
touchez donc pas à ça. Votre cote d'insatisfaction, au lieu de
71, elle montera peut-être à 70. M. le Président, il me
semble...
Une voix: Baisser.
M. Chevrette: Oui. Quand je dis monte, c'est baisser, et non pas
monter. Elle baissera peut-être, elle s'améliorera peut-être
d'un point. Donc, fondamentalement, laissez donc le monde s'organiser. À
moins que vous ayez des idées bien arrêtées et que vous
vouliez faire plaisir à un lobby bien particulier, vous n'avez aucune
raison de modifier cela. Laissez donc aux gens la paix quand ils ne vous
manifestent pas d'insatisfaction sur un point. Laissez-leur donc la chance, la
chance de choisir, de choisir un avantage qu'ils avaient, un acquis qu'ils
avaient.
M. le Président, quand on est rendu fédéraliste au
point de devenir sourd, nullement à l'écoute des concitoyens, on
légifère dans le sens que vous faites, puis ça vous
conduira sur les banquettes que nous occupons présentement. Merci, M. le
Président.
Des voix: Bravo! Bravo!
Le Président: Je cède maintenant la parole à
M. le député de Louis-Hébert.
Des voix: Bravo! Bravo!
M. Réjean Doyon
M. Doyon: M. le Président, l'Opposition est en train de
faire une révolution épouvantable sur un sujet absolument
secondaire. On essaie de faire croire, M. le Président, qu'actuellement,
ce que le gouvernement est en train de faire, c'est révolutionner les
normes du travail au Québec. Ce que nous faisons, c'est tout simplement
une harmonisation dans les faits avec ce qui se fait ailleurs, et nous le
faisons par voie législative pour que les choses soient claires.
Traditionnellement, M. le Président, le 1er juillet est un jour
férié, un jour de congé, mais on ne le retrouve pas dans
la Loi sur les normes du travail. On a décidé de corriger cette
anomalie-là. C'est une harmonisation pure et simple. Nous faisons en
sorte que les choses soient claires et nous disons que trois semaines avant et
trois semaines après on peut déplacer, on peut déplacer le
congé pour le mettre un lundi, on peut le mettre où on veut, soit
trois semaines avant, soit trois semaines après. Ça contredit
absolument les propos de l'Opposition, M. le Président, totalement
contraire à ce qu'ils tentent de faire accroire aux gens, c'est qu'il
n'y aura plus de longue fin de semaine. On va s'organiser, les gens vont
s'organiser. Si c'est ça qu'ils veulent, il y en aura. Il n'y a aucun
problème. Je suis dans l'obligation de dire, M. le Président, que
c'est des faussetés qui sont affirmées par l'autre
côté. Pourquoi?
Des voix:...
M. Doyon: Pour attiser le feu, pour attiser le feu, M. le
Président, pour tenter de soulever les passions, de faire croire qu'il y
a un complot derrière ça, que nous sommes en train d'enlever
quelque chose à quelqu'un. C'est totalement faux. Il n'y a pas un
soupçon de vérité là-dedans. C'est aussi clair que
ça, M. le Président.
Le Président: S'il vous plaît! Sur un rappel au
règlement... S'il vous plaît! M. le député de
Sainte-Marie-Saint-Jacques.
M. Boulerice: M. le Président, c'est, de toute
évidence, qu'il y a un Croate qui dit des faussetés en quelque
part.
Des voix: Ha, ha, ha!
Le Président: ...question de règlement. Je vais
vous demander, dans votre intervention... S'il vous plaît! Un instant! Je
vais vous demander, dans votre intervention, également de respecter le
règlement. Si vous faites référence à quelqu'un,
vous devez agir suivant le règlement, s'il vous plaît!
M. Boulerice: M. le Président, à l'article 35 de
notre règlement, le paragraphe 6°: «...imputer des motifs
indignes à un député ou refuser d'accepter sa
parole». Je m'excuse, c'est très clair, là, ce qu'il vient
de dire.
Le Président: Très bien. Alors, effectivement,
quand on... S'il vous plaît! Quand on mentionne «dire des
faussetés» dans le sens que ce n'est pas la vérité,
c'est non conforme au règlement. Si on prend
«faussetés» dans le sens d'inexactitudes, ça peut
être conforme au règlement. Cependant, ce que j'ai compris des
propos du député de Louis-Hébert, c'est qu'il a
parlé de faussetés. Mais quand il a dit «c'est contraire
à la vérité», à ce moment-là, c'est
non conforme au règlement. Dans ce sens-là, je lui demanderais de
retirer les derniers propos et d'aller conformément au
règlement.
M. le député, vous retirez vos derniers propos?
M. Doyon: M. le Président, pour pouvoir continuer, je vais
retirer tout ce que vous voulez!
Le Président: Très bien. Alors, vous pouvez
poursuivre, M. le député.
M. Doyon: Oui, M. le Président, parce que je tiens
à continuer. Je tiens à dire que ce n'est pas conforme à
ce que le projet de loi dit. Appelez ça comme vous voudrez, il y a des
beaux mots français qui sont dans le dictionnaire, que je n'ai pas le
droit d'utiliser, mais que tout le monde connaît et que j'ai
employés tout à l'heure, M. le Président. C'est ça.
De dire des choses comme ça, M. le Président, c'est inacceptable.
Je le regrette, parce qu'il n'a pas avantage à se conduire comme
ça. Je ne sais pas pourquoi on le fait. Il y a sûrement des
raisons. J'imagine ce qu'elles sont. Je n'ose pas les dire parce que, ça
aussi, ça serait contraire au règlement.
M. le Président, tout ça pour vous dire que ça fait
26 heures, que ça va faire 27 heures bientôt que l'Opposition nous
fait perdre là-dessus. C'est un scandale! C'est un scandale de
gaspillage de temps. La seule minute qui me reste, je la prendrai pour
dénoncer ce gaspillage de temps. Il y a des choses plus importantes
à faire dans cette Assemblée que de discuter pendant 26 heures,
et on voudrait nous remettre à demain matin là-dessus. C'est
ça que l'Opposition officielle est en train de faire. Elle est en train
de tenter de convaincre la population que la population va être perdante
dans ce projet de loi, alors que ça n'est pas le cas. Ce n'est pas le
cas. Et personne d'entre nous n'a reçu un seul téléphone
à son bureau de comté là-dessus. Pas un seul. Je vous mets
au défi de m'en donner un. La preuve que ça ne soulève pas
de passion, c'est accepté dans la population. Et ce que vous dites, vous
l'inventez purement et simplement. (0 h 10)
Ma minute étant terminée, M. le Président, je vais
laisser le vote se prononcer.
Le Président: Mme la députée de
Hochelaga-Maisonneuve.
Mme Harel: M. le Président, est-ce qu'en vertu de
l'article 213 de notre règlement le député accepterait de
répondre à une question?
Le Président: M. le leader du gouvernement. Un instant!
Écoutez, j'ai une question de règlement, j'imagine ici. M. le
leader du gouvernement.
M. Pagé: M. le Président, on a passé assez
de temps. On vote!
Le Président: J'ai une demande... Non, non,
écoutez. J'ai une demande qui est adressée au
député de Louis-Hébert. Est-ce que M. le
député de Louis-Hébert accepterait une question de Mme la
députée de Maisonneuve. Est-ce que vous acceptez?
M. Doyon: M. le Président, je ne me contredirai pas. On a
assez perdu de temps!
Le Président: Bon, très bien. Donc, refus de la
question.
Alors, le débat étant terminé, nous allons
maintenant procéder au vote sur la motion de report
présentée par M. le député de Gouin.
Alors, un vote par appel nominal? Qu'on appelle les
députés! (Oh 11 - Oh 15)
Mise aux voix
Le Président: Veuillez prendre place, s'il vous
plaît. Veuillez vous asseoir, s'il vous plaît, Mmes et MM. les
députés.
Nous allons maintenant mettre aux voix la motion présentée
par M. le député de Gouin, afin que la motion d'adoption du
principe du projet de loi 21 soit reportée à six mois. Que les
députés en faveur de cette motion veuillent bien se lever, s'il
vous plaît!
Le Secrétaire adjoint: M. Chevrette (Joliette), M. Perron
(Duplessis), M. Biais (Masson), Mme Marois (Taillon), M. Garon (Lévis),
Mme Harel (Hochelaga-Maisonneuve), M. Jolivet (La-violette), M. Baril
(Arthabaska), Mme Juneau (Johnson), M. Dufour (Jonquière), M. Gendron
(Abitibi-Ouest), M. Brassard (Lac-Saint-Jean), M. Léonard (Labelle), Mme
Vermette (Marie-Victo-rin), M. Paré (Shefford), M. Boulerice
(Sainte-Marie-Saint-Jacques), M. Morin (Dubuc), Mme Caron (Terrebonne), M.
Boisclair (Gouin), M. Trudel (Rouyn-Noranda-Témiscamingue), Mme Du-puis
(Verchères), Mme Carrier-Perreault (Les Chutes-de-la-Chaudière),
M. Bélanger (Anjou).
Le Président: Que les députés qui sont
contre cette motion veuillent bien se lever, s'il vous plaît!
Le Secrétaire adjoint: M. Pagé (Portneuf), Mme
Gagnon-Tremblay (Saint-François), M. Ryan (Argenteuil), M. Bourbeau
(Laporte), M. Dutil (Beauce-Sud), M. Côté
(Rivière-du-Loup), M. Sir-ros (Laurier), M. Vallerand (Crémazie),
Mme Robic (Bourassa), M. Middlemiss (Pontiac), Mme Frulla-Hébert
(Marguerite-Bourgeoys), M. Johnson (Vaudreuil), M. Cusano (Viau), M. Blackburn
(Ro-berval), Mme Bleau (Groulx), M. Houde (Ber-thier), M. Maciocia (Viger), Mme
Trépanier (Do-rion), M. Cannon (La Pelt rie), M. Beaudin
(Gas-pé), M. Doyon (Louis-Hébert), Mme Pelchat (Va-chon), M.
Paradis (Matapédia), M. Marcil (Sala-berry-Soulanges), M. Leclerc
(Taschereau), M. Poulin (Chauveau), M. Thérien (Rousseau), M. Tremblay
(Rimouski), M. Benoit (Orford), M. Williams (Nelligan), M. Dauphin (Marquette),
M. Kehoe (Chapleau), M. Farrah (îles-de-la-Made-leine), M. Fradet
(Vimont), M. Messier (Saint-Hyacinthe), M. Charbonneau (Saint-Jean), Mme Begin
(Bellechasse), M. Bélanger (Laval-des-Rapides), M. Gauvin
(Montmagny-L'lslet), M. Gautrin (Verdun), M. Forget (Prévost), M.
Gobé (LaFontaine), M. LeSage (Hull), M. Bergeron (Deux-Montagnes), M.
Audet (Beauce-Nord), M. Parent (Sauvé), Mme Bélanger
(Mégantic-Comp-ton), M. Camden (Lotbinière), M. Brouillette
(Champlain), M. Bradet (Charlevoix), Mme Cardinal (Châteauguay), M.
Després (Limoilou), Mme Loiselle (Saint-Henri), M. Lafrenière
(Gatineau), M. Lafrance (Iberville), M. MacMillan (Papineau).
M. Libman (D'Arcy-McGee), M. Cameron
(Jacques-Cartier), M. Atkinson (Notre-Dame-de-Grâce).
Le Président: Est-ce qu'il y a des abstentions?
Le Secrétaire adjoint: pour: 23 contre: 59
Abstentions: 0
Le Président: En conséquence, la motion est
rejetée.
Reprise du débat sur l'adoption du
principe
Sur ce, nous allons poursuivre les débats sur la motion
d'adoption du principe du projet de loi 21. Je suis prêt à
reconnaître le prochain intervenant. Il n'y a pas d'intervenant?
Des voix: Non.
Le Président: À ce moment-là, est-ce que la
motion d'adoption du principe du projet de loi 21, Loi modifiant la Loi sur les
normes du travail et d'autres dispositions législatives, est
adoptée?
Des voix: Adopté.
Le Président: Adopté. Vote enregistré? Donc,
vote enregistré.
Qu'on appelle les députés! (Oh 19 - Oh20)
Mise aux voix
Le Président: Je mets maintenant aux voix la motion de
l'adoption du principe du projet de loi 21, Loi modifiant la Loi sur les normes
du travail et d'autres dispositions législatives,
présentée par M. le ministre de la Main-d'oeuvre et de la
Sécurité du revenu et de la Formation professionnelle.
Que les députés en faveur de cette motion veuillent bien
se lever, s'il vous plaît!
Le Secrétaire adjoint: M. Pagé (Portneuf), Mme
Gagnon-Tremblay (Saint-François), M. Ryan (Argenteuil), M. Bourbeau
(Laporte), M. Dutil (Beauce-Sud), M. Côté
(Rivière-du-Loup), M. Sir-ros (Laurier), M. Vallerand (Crémazie),
Mme Robic (Bourassa), M. Middlemiss (Pontiac), Mme Frulla-Hébert
(Marguerite-Bourgeoys), M. Johnson (Vaudreuil), M. Cusano (Viau), M. Blackburn
(Ro-berval), Mme Bleau (Groulx)...
Le Président: Un instant, s'il vous plaît, je vais
demander la collaboration des collègues, s'il vous plaît. M. le
député, s'il vous plaît! Nous pouvons poursuivre.
Le Secrétaire adjoint: M. Houde (Berthier), M. Maciocia
(Viger), Mme Trépanier (Dorion), M.
Cannon (La Peltrie), M. Beaudin (Gaspé), M. Doyon
(Louis-Hébert), Mme Pelchat (Vachon), M. Paradis (Matapédia), M.
Marcil (Salaberry-Sou-langes), M. Leclerc (Taschereau), M. Poulin (Chauveau),
M. Thérien (Rousseau), M. Tremblay (Rimouski), M. Benoit (Orford), M.
Williams (Nel-ligan), M. Dauphin (Marquette), M. Kehoe (Cha-pleau), M. Farrah
(fles-de-la-Madeleine), M. Fra-det (Vimont), M. Messier (Saint-Hyacinthe), M.
Charbonneau (Saint-Jean), Mme Bégin (Belle-chasse), M. Bélanger
(Laval-des-Rapides), M. Gauvin (Montmagny-L'lslet), M. Gautrin (Verdun), M.
Forget (Prévost), M. Gobé (LaFontaine), M. LeSage (Hull), M.
Bergeron (Deux-Montagnes), M. Audet (Beauce-Nord), M. Parent (Sauvé),
Mme Bélanger (Mégantic-Compton), M. Camden (Lotbi-nière),
M. Brouillette (Champlain), M. Bradet (Charlevoix), Mme Cardinal
(Châteauguay), M. Després (Limoilou), Mme Loiselle (Saint-Henri),
M. Lafrenière (Gatineau), M. Lafrance (Iber-vilie), M. MacMillan
(Papineau).
M. Libman (D'Arcy-McGee), M. Cameron (Jacques-Cartier), M. Atkinson
(Notre-Dame-de-Grâce).
Le Président: Que les députés qui sont
contre cette motion veuillent bien se lever, s'il vous plaît!
Le Secrétaire adjoint: M. Chevrette (Joliette), M. Perron
(Duplessis), M. Biais (Masson), Mme Marois (Taillon), M. Garon (Lévis),
Mme Harel (Hochelaga-Maisonneuve), M. Jolivet (La-violette), M. Baril
(Arthabaska), Mme Juneau (Johnson), M. Dufour (Jonquière), M. Gendron
(Abitibi-Ouest), M. Brassard (Lac-Saint-Jean), M. Léonard (Labelle), Mme
Vermette (Marie-Victo-rin), M. Paré (Shefford), M. Boulerice
(Sainte-Marie-Saint-Jacques), M. Morin (Dubuc), Mme Caron (Terrebonne), M.
Boisclair (Gouin), M. Trudel (Rouyn-Noranda-Témiscamingue), Mme Du-puis
(Verchères), Mme Carrier-Perreault (Les Chutes-de-la-Chaudière),
M. Bélanger (Anjou).
Le Président: Est-ce qu'il y a des abstentions?
Le Secrétaire adjoint: pour: 59 contre: 23
Abstentions: 0
Le Président: En conséquence, la motion est
adoptée. Alors, M. le leader du gouvernement.
Renvoi à la commission des affaires
sociales
M. Pagé: M. le Président, je fais motion pour que
le projet de loi soit déféré à la commission des
affaires sociales pour étude détaillée.
Le Président: Est-ce que cette motion est
adoptée?
M. Chevrette: Êtes-vous certain que ce n'est pas à
économie et travail puisqu'on parle des normes minimales de travail?
Le Président: Non, non. Est-ce que cette motion est
adoptée?
Des voix: Adopté.
Le Président: Adopté. Cette motion est donc
adoptée. Maintenant, M. le leader du gouvernement.
M. Pagé: M. le Président, pourriez-vous
sécuriser Mme la députée de Johnson qui m'indique qu'elle
est convaincue que ce sera à la commission de l'économie et du
travail? Et même le leader parlementaire de l'Opposition semblait se
questionner dans mon avis. Je ne voudrais pas, évidemment,
qu'après que le travail soit effectué, de l'étude et de
l'analyse du projet article par article, tout soit annulé et qu'on soit
obligés de recommencer, évidemment, ce qui est un danger toujours
imminent.
M. le Président, de toute façon, peut-être pour plus
de sécurité, je devrais demander le consentement. Non? M. le
Président, vous savez, le sens de l'humour, c'est encore un peu
important, surtout dans cette Chambre. Alors, M. le Président, l'article
39 du feuilleton.
Projet de loi 417
Prise en considération du rapport de la
commission qui en a fait l'étude détaillée
Le Président: À l'article 39 du feuilleton, nous
allons maintenant prendre en considération le rapport de la commission
de l'aménagement et des équipements qui a procédé
à l'étude détaillée du projet de loi 417, Loi
modifiant de nouveau la Loi sur la publicité de long des routes. Est-ce
qu'il y a des interventions? Je vais maintenant reconnaître, pour son
intervention, M. le député de Lévis.
M. Jean Garon
M. Garon: M. le Président, voici un exemple patent: alors
qu'il y a 12 % de chômeurs au Québec, 12,4 %, on est rendus au
quatrième projet de loi sur la publicité le long des routes, sur
les panneaux, M. le Président. Et imaginez-vous qu'entre le
troisième et le quatrième il a fallu en faire un autre parce que
le ministre avait oublié qu'un panneau avait une hauteur et une largeur,
et il a fallu une lettre d'une compagnie pour lui faire comprendre qu'il
fallait faire des changements au projet de loi, et, au lieu de procéder
par amendement, il a décidé d'apporter un nouveau projet de loi,
le 417, alors qu'essentiellement il avait déposé le 163. Il faut
dire que le Parti libéral, et je pense que ça
pourrait être inscrit dans les records Guinness, est rendu
à son quatrième projet de loi depuis 1987 sur les panneaux le
long des routes. Il y a eu, d'abord, le projet de loi 32, ensuite, le projet de
loi 1, le projet de loi 163 et, maintenant, on est rendus au projet de loi 417,
M. le Président. Et au travers de ça... M. le Président,
là, j'ai l'impression que...
Le Président: Oui, M. le député de
Lévis. Je vais demander à tous les collègues, s'il vous
plaît, de conserver leur place et de garder le silence. Alors, vous avez
la parole, M. le député de Lévis.
M. Garon: Je suis en train de penser, M. le Président, que
ça prendrait des panneaux dans le Parlement aussi pour que les
règlements soient affichés, pour que des députés
s'en rappellent. On ne serait pas obligés d'invoquer, par exemple, le
quorum à peu près à tous les quarts d'heure et
obligés d'indiquer les parties du règlement qui sont
invoquées de façon régulière. Vous savez, M. le
Président, que même le ministre lui-même a été
obligé de mentionner que, si le projet de loi 163 n'était pas
amené en Chambre, il faudrait percer des trous dans les montagnes pour
légaliser la distance sur les panneaux puisque, d'après le projet
de loi, il n'y avait pas d'exception, il fallait mettre les panneaux à
telle distance, et même dans les endroits où il y avait des
montagnes, à côté de la route c'était le cap, il
aurait fallu percer des percées visuelles dans les montagnes pour
pouvoir voir l'affichage, M. le Président. On nous disait même
que, dans la mer, il faudrait mettre des panneaux sur des chaloupes flottant
à 1000 pieds dans la mer. Vous comprendrez les problèmes que
ça poserait. Alors, ça a pris un nouveau projet de loi.
Pourtant, entre ces projets de loi, il y a même eu des
consultations par l'adjoint parlementaire, le député de Rousseau,
qui s'est fait une spécialité de faire des consultations sur les
panneaux d'affichage, sur les panneaux le long des routes. Il n'y a personne
sans doute dans l'histoire du Québec qui a passé autant d'heures
en consultation sur les panneaux le long des routes, M. le Président,
que le député de Rousseau, à tel point que nous avons
demandé de fournir le compte de dépenses. Dans une des deux
consultations qu'il a faites, il est allé à 22 endroits
différents, nous a-t-on dit. Dans l'autre cas, on ne nous l'a pas dit,
mais on n'a pas pu avoir le compte de dépenses encore. Apparemment, le
ministère aurait perdu même le compte de dépenses.
J'imagine que c'est parce qu'il n'y a pas un grand objet de fierté sur
les dépenses qui ont été payées par le gouvernement
pour consulter sur l'affichage le long des routes, alors que le
député de Rousseau, avec son équipe, a parcouru le
Québec pour rencontrer des gens pour leur demander ce qu'ils pensaient
des panneaux le long des routes.
M. le Président, la consultation a été
tellement incroyable que je prends la peine de vous lire le rapport de
consultation concernant la Loi sur la publicité le long des routes
présenté au ministre délégué aux Transports,
M. Robert Middlemiss, en 1991. Rapport volumineux, pas un petit rapport, M. le
Président, un gros rapport avec plusieurs articles. Et,
là-dedans, les gens se plaignent. Imaginez-vous ce qu'ils disent:
«II serait souhaitable que le ministre responsable rencontre dans les
plus brefs délais - en parlant du ministre des Transports - le ministre
de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, ainsi que le
président de la Commission de protection du territoire agricole afin de
leur signaler l'urgence d'intervenir pour trouver une méthode de
présentation et de traitement d'une demande de permis d'affichage
lorsque l'affichage commercial est concerné, et qui est différent
de celui d'un dossier de lot ou de ferme. Il pourrait y avoir des normes
d'espace établies par le ministère des Transports afin de
sécuriser les autorités du ministère de l'Agriculture, des
Pêcheries et de l'Alimentation sur les abus potentiels dans la
construction de l'affichage.» (0 h 30)
Imaginez-vous, M. le Président, que les gens sont rendus
tellement méfiants qu'ils ont peur de se retrouver avec... je ne sais
pas si c'est des tours Eiffel, mais des constructions volumineuses pour des
affiches comme par exemple «Fraises à vendre». Comme si des
gens qui ont des fraises à vendre allaient faire des constructions
tellement considérables qu'il faudrait aller demander de dézoner
les terrains, comme si on demandait de dézoner la ferme au complet.
Vous savez, quand on a fait le projet de loi sur la protection des
terres agricoles, en 1978, j'avais prévu quand j'avais demandé
à ce moment-là d'exclure les demandes de dézonage pour les
poteaux de téléphone et les poteaux d'Hydro-Québec, les
poteaux d'électricité. Je me rappelle qu'à ce
moment-là les gens m'avaient dit: M. le ministre, ce n'est pas
nécessaire. Vous pensez bien que les gens ne penseront pas à
ça. La Commission ne demandera jamais de protection dans ce
sens-là, les ministères ne feront pas ça. J'ai dit: Je
sais à quel point une bureaucratie peut en venir à faire des
folies. Il est prévu dans la loi que les poteaux d'utilité
publique ne feraient pas l'objet de demande de dézonage, qu'on pourrait
poser un poteau de téléphone ou un poteau d'Hydro sans demander
la permission. Ne faisant pas confiance, on me disait: Vous êtes
soupçonneux. J'ai dit: Oui, je préfère être
soupçonneux, le prévoir, que faire en sorte qu'il y ait des
milliers de personnes qui aient à subir des emmerdements parce que,
à un moment donné, une bureaucratie bête applique des
normes d'une façon abusive pour causer des problèmes aux
citoyens.
Je n'aurais jamais pensé, M. le Président,
que le ministre, en faisant sa loi sur l'affichage, ne prévoirait
pas des dispositions pour ne pas faire en sorte que celui qui annonce ses
fraises à vendre... Comme il veut que les gens qui arrêtent le
long de la route aient le temps d'arrêter, il ne peut pas mettre son
affiche devant sa maison; il veut la mettre peut-être 500 pieds ou 1000
pieds d'avance, pour que les gens sachent que, dans 1000 pieds, il y a une
ferme qui peut avoir des fraises à vendre. Jamais je n'ai pensé,
M. le Président, qu'on en arriverait à demander de dézoner
les trois pieds carrés ou les quatre pieds carrés que ça
prend pour mettre le panneau «fraises à vendre», comme si on
dézonait la terre au complet. Jamais, je n'ai pensé qu'on
pourrait être absurde comme ça.
Alors, à ce moment-là, on ne l'avait pas prévu
mais, quand le ministre a fait sa loi sur l'affichage, il aurait dû le
prévoir dans sa loi. Quand c'est rendu qu'on demande que le ministre des
Transports et le ministre de l'Agriculture se parlent pour ne pas arriver
à ces absurdités, M. le Président, on peut voir à
quel point le travail n'est pas fait. Quand on pense que le
député de Rousseau s'est promené de bord en bord du
Québec pour se faire dire des choses comme ça, pour se faire dire
que ça n'a pas de bon sens d'être obligé de demander une
permission à la protection des terres agricoles pour mettre une affiche
«fraises à vendre» ou «blé d'Inde»
à vendre ou encore «framboises à ramasser» ou
«pommes à cueillir». Qu'on soit obligé de
dézoner la terre, M. le Président, ça n'a pas de bon
sens!
Pourtant, malgré la recommandation, malgré les deux
tournées du député de Rousseau, les mesures de mitigation,
les mesures de prévention n'ont pas été adoptées
par le ministre qui nous présentait ça, nous parlait de ça
comme si c'était aussi difficile que se rendre sur la planète
Mars. Comme si on était dans le septième degré
d'abstraction. Comme si on était à la découverte de la
pierre philosophale.
M. le Président, pourtant ce n'est pas compliqué, il
s'agit de mettre une disposition dans la loi à cet effet-là, puis
c'est fini. Mais ils ne veulent pas parce qu'ils ont peur - écoutez
bien, M. le Président - «des abus potentiels dans la construction
de l'affichage», comme si quelqu'un, pour mettre un panneau
«fraises à vendre», va construire un monument, une
bâtisse à trois étages, une tour ou un monument incroyable
qui fasse que ça vaut la peine de faire dézoner le terrain. Comme
si, pour mettre une affiche «fraises à vendre»,
«blé d'Inde à vendre», «framboises à
cueillir» et «pommes à ramasser», on va mettre des
constructions épouvantables.
Ce n'est pas en 1902, ça, c'est le rapport de 1991
présenté au ministre délégué aux Transports,
M. Robert Middlemiss, par le député de Rousseau qui dit: II
pourrait y avoir des normes d'espace établies par le ministère
des Transports afin de sécuriser les autorités du
ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation sur
les abus potentiels dans la construction de l'affichage.
Je vois que les députés qui me regardent disent que
ça n'a toujours bien pas de bon sens qu'ils aient peur que le monde
abuse comme ça en mettant des affiches monumentales, où il faut
en venir à demander la permission de la Commission de protection du
territoire agricole pour mettre un piquet avec une affiche clouée
après le piquet pour marquer «fraises à vendre».
C'est le même ministre qui nous expliquait, hier ou avant-hier, qu'il
augmentait la vitesse le long des routes, de 50 à 70 kilomètres,
parce que les gens, de toute façon, passent à 70. La
Société de l'assurance automobile nous dit que c'est dangereux de
passer dans un village à plus de 50. Alors, si c'est marqué 50,
comme les gens passent à plus de 50, de toute façon, marquons 70.
Comme si, d'un coup sec, les gens, les enfants qui se promènent en
bicycle vont avoir plus de sécurité parce que les automobiles
auront le droit de passer à 70 kilomètres à l'heure.
M. le Président, tout le monde a compris que ça n'avait
pas de bon sens. Assez même que vous auriez dû voir le nombre des
collègues du ministre qui, en sortant, avaient le fou rire à
penser au raisonnement qu'avait fait le ministre des Transports en Chambre.
Assez que tout le monde s'est demandé c'était quoi, cette
affaire-là. Ça a été rapporté dans les
journaux. À la radio du matin, le monde faisait les gorges chaudes des
explications du ministre qui disait que, dans le fond, passer à 70
kilomètres, si tout le monde passe à 70 kilomètres, c'est
aussi bien de mettre 70 parce que, de toute façon, ils ne respectent pas
50. C'est pour ça qu'on disait: Bien, à ce moment-là,
allez-vous permettre 120 parce que sur la route 20 les gens dépassent
100?
M. le Président, c'est le même genre de disposition qu'on
trouve dans le projet de loi où les gens sont obligés de se
prémunir contre les absurdités des lois présentées
par le ministre des Transports. Ce n'est pas moi qui le dis. Il dit: Pour
sécuriser le ministère sur les abus potentiels dans la
construction de l'affichage. Il a peur que le monde abuse. M. le
Président, quelqu'un qui a des fraises à vendre, il marque
«fraises à vendre». Vous avez déjà vu des
panneaux «fraises à vendre», M. le Président. Le mot
«fraises» au pluriel, ça a sept lettres. «À
vendre», ça ne fait pas beaucoup plus de lettres non plus.
Ça ne fait pas plus de lettres. C'est le même nombre de lettres,
au fond. «Fraises à vendre» sur deux lignes. Pensez-vous,
à 1000 pieds, que ça prend une construction monumentale et une
permission de la Commission de protection du territoire agricole? Ça n'a
pas de bon sens. C'est pour ça qu'une mesure devrait être
prévue dans la loi pour faire en sorte que ça ne soit pas
nécessaire et que les gens puissent annoncer leurs fraises à
vendre ou, encore, leurs pommes à cueillir. Pour aviser les gens
qu'à
1000 pieds, à 1500 pieds ou à 2000 pieds, ils pourront
arrêter pour ramasser des fraises ou, encore, pour en acheter le long des
routes de campagne.
Imaginez-vous, M. le Président, dans les endroits pour aller
à la pêche, quelqu'un qui veut aller acheter des vers. «Vers
à vendre». Ça va prendre une permission de la Commission de
protection du territoire agricole pour avoir l'autorisation de mettre
«Vers à vendre» pour celui qui vend des vers pour les
pêcheurs qui vont à la pêche. Et, aujourd'hui, il faut aller
tellement loin à la pêche... Ce n'est pas parce que le trafic est
considérable, mais il va falloir demander une permission à la
Commission de protection du territoire agricole pour mettre l'affiche
«Vers à vendre» d'avance, pour que les gens pensent
qu'à 500 pieds ou à 1000 pieds ils pourront arrêter pour
acheter des vers pour aller à la pêche. (0 h 40)
M. le Président, on comprend qu'à cette époque
où on a un problème économique épouvantable, de
l'insécurité, on se retrouve avec des projets de loi de cette
nature-là. Tantôt, c'était pour la fête du Canada,
pour que ce soit le mercredi plutôt que le lundi ou le vendredi, pour
enlever la fin de semaine des citoyens. Et là, on est rendu dans les
projets de loi sur des panneaux le long des routes, comme si actuellement
c'était ça, l'urgence. Ce n'est pas un débat qui est
important à ce moment-ci. Au contraire, le ministre pourrait faire en
sorte que, plutôt qu'avoir deux... Vous savez, s'il prenait le temps
qu'il faut pour faire les consultations qu'il faut et faire un projet de loi en
conséquence, M. le Président, à ce moment-là il
économiserait de l'argent, il n'aurait pas besoin de nommer une
troisième commission ministérielle avec le député
de Rousseau pour faire une autre tournée et perdre le compte, le compte
des dépenses du député de Rousseau avec son groupe, qui a
fait le tour du Québec deux fois pour demander des opinions aux gens. La
première fois, je pense qu'il a visité 22 endroits
différents. La deuxième fois, 22 places différentes, pour
être bien sûr qu'on comprenne l'affichage le long des routes. 22
places différentes, M. le Président! Vous voyez l'idée? 22
endroits différents! Comme si l'affiche «fraises à
vendre» à Saint-Hyacinthe et l'affiche «fraises à
vendre» dans le comté de Bellechasse ou à l'île
d'Orléans, la problématique était bien différente.
M. le Président, ça n'a pas de bon sens!
Il y avait un endroit où on leur a dit de faire attention. On
leur avait dit de faire attention dans le territoire de la Gaspésie et
de la Côte-Nord. On avait dit: Là, soyez prudents, parce qu'il
peut y avoir des problèmes, parce que d'un côté de la route
il y a un cap... pas un cap, une montagne, et de l'autre côté
c'est la mer; vous ne serez pas capables de respecter les mêmes
distances. Croyez-le ou non, ils n'y ont pas pensé. Croyez-le ou non.
Pourtant, dans le rapport, c'est marqué. On disait essentiellement:
Faites attention à ça. Il va y avoir un problème si vous
légiférez pour la Gaspésie et la Côte-Nord de la
même façon que pour le reste du Québec. Il faudrait que
vous ayez des normes différentes dans ce cas-là. Bien, croyez-le
ou non, M. le Président, il n'y ont pas pensé.
Qu'est-ce qu'on disait essentiellement, M. le Président? On
disait: Cette modification vise à introduire la notion où la
géographie ne le permet pas, car la loi 101 identifie bien des corridors
d'affichage avec des distances bien définies, peu importe que ce soit
dans un territoire touristique, de forêt, de rochers ou d'accidents
géographiques ne permettant pas d'atteindre ces normes. Cette
modification permettrait de conserver cette richesse naturelle et, d'autre
part, offrirait la possibilité d'un certain affichage. Imaginez-vous,
c'est dit élégamment.
Au fond, ce qu'on veut dire, là, c'est que quand il y a une
montagne on n'est pas pour défoncer la montagne, ou bulldozer la
montagne ou faire sauter la montagne à la dynamite pour mettre l'affiche
à la distance réglementaire. Il faudrait qu'il y ait une certaine
exception. On se sentait même obligé de le dire, on avait peur que
le ministère n'y pense pas.
On dit: ...à partir de la Loi sur la voirie, et surtout des
pouvoirs qui sont conférés au ministre de permettre dans les plus
brefs délais aux municipalités du Québec de s'identifier
à l'intérieur de l'emprise du ministère des Transports le
long de la route, et ce avec des spécifications bien définies. La
permission toucherait toutes les municipalités du Québec, eu
égard à son code, et permettrait une identification à
chacune des entrées et sorties de leur entité municipale. Cette
mesure répondrait à une volonté générale de
la part des municipalités, surtout à une possibilité de
bien s'identifier, car plusieurs d'entre elles ne peuvent
bénéficier des identifications du ministère, comme le
souhaiteraient les élus.
C'est là qu'on vous dit de faire attention à la
géographie. On dit de faire attention parce qu'à des places il y
a de la forêt. On ne peut pas mettre l'affiche dans le bois, le monde ne
la verra pas. On ne peut pas mettre l'affiche en arrière des roches, le
monde ne la verra pas; en arrière des montagnes, le monde ne la verra
pas; ou en arrière des accidents géographiques, le même
problème. On disait: Faites attention à ça.
On disait: La modification permettrait l'affichage, à un
mètre de l'emprise, d'un panneau maximum de 1,2 mètre par 1,2
mètre où la géographie ne permettrait pas le respect des
distances édictées dans la loi. On disait: Dans des places
où on ne pourrait pas, parce que la route est collée sur la
montagne ou sur la mer, prévoyons une affiche plus petite qui pourrait
être le long de la route. Cette recommandation
de nature législative vous sera présentée sous sa
forme légale par le contentieux représenté par Me Jacques
Legault, disait-on.
Voyez-vous, M. le Président, les gens avaient déjà
prévu qu'il pourrait y avoir des problèmes. Pensez-vous que le
ministère y a pensé? Pas du tout. Ça, c'était sur
la loi 1, la consultation. Pas du tout. On est arrivé avec la loi 163,
M. le Président, et, après ça, avec la loi 417. C'est
quelque chose, M. le Président.
J'ai regardé les consultations, j'ai lu les rapports, ils sont
volumineux, et on voit à quel point c'est critiqué, dans
l'opinion publique, la façon d'afficher. Je dirais que l'affichage...
Moi, j'ai dit au ministre, je l'ai dit en commission parlementaire à
plusieurs reprises: Prenons la technique américaine, n'inventons pas,
l'affichage est bien fait aux États-Unis - c'est bien fait aux
États-Unis, M. le Président - n'essayons pas de faire de la
recherche à tour de bras; employons les normes qu'il y a dans le reste
de l'Amérique du Nord; ça nous évitera de faire ce qu'on
fait souvent, de mettre l'affiche une fois qu'on a passé
l'intersection.
Combien de fois, et il y a eu des études qui ont
été faites, je l'ai dit, par André Lamy, entre autres, de
l'Université de Sherbrooke, qui marque: «La signalisation: les
usagers crient au secours». Pourquoi? On voit des exemples, on vous
montre des exemples contradictoires. À un moment donné, vous
arrivez et il y a deux affiches, une qui vous dit d'aller tout droit, l'autre
qui vous dit de tourner à droite. Là, vous hésitez et vous
pouvez faire des accidents. Ou encore, M. le Président, des endroits
où il y a tellement d'affiches que vous ne pouvez plus vous retrouver
là-dedans. Ou encore, M. le Président, des affiches, à
toutes fins pratiques, qui vous disent que vous auriez dû tourner
à la route que vous venez de passer; au lieu de vous la mettre avant, on
vous la met après, l'affiche, M. le Président. Ou encore, j'ai vu
ça avec des terres-pleins, l'affiche est tellement loin sur le
terre-plein qu'il faut déjà que vous soyez dépassé,
entré bien loin sur le terre-plein, vous ne pouvez plus revirer en
arrière à moins de vous mettre du reculons, parce que l'affiche
est placée trop loin sur le terre-plein, il est trop tard pour tourner
à droite ou tourner à gauche, M. le Président.
Moi, je suis convaincu, M. le Président, qu'une des importantes
causes d'accidents au Québec, c'est l'affichage qui est mal fait.
L'affichage est mal fait, M. le Président. C'est pourquoi le ministre,
à ce moment-ci... À mon avis, il y a des projets de loi plus
importants à cette période-ci et, tant qu'à faire un
projet de loi qui n'est pas finalisé, un projet de loi qui comporte des
erreurs... On en est rendu au quatrième projet de loi, M. le
Président. On ne peut pas avoir beaucoup de prétention, je pense
que le ministère, dans l'affichage, devrait avoir beaucoup
d'humilité. Depuis 1987, M. le Prési- dent, et entre 1987 et 1992
il y a cinq ans, on est rendu au quatrième projet de loi.
Quatrième projet de loi! C'est quelque chose!
Je vois des députés, qui sont ici, qui nous disent: II est
0 h 45, on étudie un projet de loi sur l'affichage le long des routes,
comme si c'était l'urgence nationale. On est rendu au quatrième
projet de loi. Si on étudiait les projets de loi le jour au lieu de les
étudier la nuit, si on faisait des travaux de façon responsable,
on ne serait pas obligés de faire quatre projets de loi sur l'affichage
le long des routes. Je vois le député, le nouveau
député de Deux-Montagnes qui me regarde, l'air incrédule,
et d'autres qui me rappellent le vers du poète qui disait: «Quand
je lui regarde les yeux, je vois un oeil qui poursuit un rêve
intérieur qu'il n'achève jamais.» Comme disait le
poète, le regard qui poursuit un rêve intérieur qu'il
n'achève jamais, parce qu'il se regarde et il a l'air à dire:
Ça n'a quand même pas de bon sens que le gouvernement
légifère comme ça. Pourtant, c'est la
réalité.
Je vois le député de Gaspé qui est ici à 0 h
50. Tantôt, on va avoir des affiches, en Gaspésie, sans doute pour
dire aux gens: Voici un endroit où, autrefois, le monde péchait.
Aujourd'hui, il n'y a plus de poisson, usines fermées. Oui, on est en
train de dire qu'on va fermer les usines, on fait fermer la pêche
actuellement au Québec. On serait bien mieux de faire un débat,
actuellement, sur les problèmes de la pêche que sur l'affichage le
long des routes, M. le Président, alors qu'il y a autant d'erreurs qui
ont été commises sur l'affichage et, en même temps,
même si on épargnait seulement les consultations du
député de Rousseau, c'est quand même plusieurs milliers de
dollars de tournées au Québec, M. le Président, pour voir
parler des affiches, alors que tout le monde qui a seulement
été... (0 h 50)
Pas besoin d'avoir été plusieurs fois en Gaspésie
pour savoir qu'en Gaspésie on ne peut pas mettre l'affichage de la
même façon que sur la 20 entre Québec et Montréal,
M. le Président, ou encore que sur la Côte-Nord. On ne peut pas
faire l'affichage de la même façon, comme c'est évident
que, dans le pont-tunnel Hippolyte-LaFontaine, l'affichage ne peut pas
être de la même façon que quand on traverse des grands
champs comme dans des prairies, M. le Président, ou encore comme dans
des forêts, quand on traverse des forêts et que, là, on voit
des affiches pour dire: Faites attention, il y a des orignaux qui traversent,
ou encore des chevreuils qui traversent, M. le Président. Bien oui, dans
l'emprise, mais si on met des panneaux dans l'emprise pour indiquer que le
chevreuil ou l'orignal peut traverser, M. le Président, il était
peut-être normal aussi, comme le disaient les gens à ce
moment-là, qu'en Gaspésie, où il n'est pas possible de
mettre des panneaux quand vous êtes dans le bout des routes de quai en
Gaspé-
sie... Le député de Gaspé, bien, lui, il est dans
le côté sud, il ne peut pas prendre les routes de quai. Il doit
sûrement contourner par la vallée de la Matapédia et la
baie des Chaleurs, alors que les routes de quai sont du côté nord.
Mais je suis certain qu'il est déjà passé par là.
C'est évident qu'on n'a pas besoin de passer plusieurs fois pour savoir
que les distances qui sont applicables ailleurs ne peuvent pas s'appliquer
là parce que, tout de suite après, c'est un quai qui est fait
pour mettre la route sur le quai. Avec le quai qu'on fait, on met du
remplissage pour faire la route dessus, mais les vagues, parfois, viennent
battre le long du quai sur lequel est bâtie la route, et l'eau retombe
sur votre automobile. Vous n'avez pas de place pour mettre des panneaux
à côté du quai, c'est évident. Et l'hiver, M. le
Président, c'est de la glace. Les tempêtes, quand vous avez les
grandes marées d'automne, il faudrait que vous ayez sûrement
quelque chose pour vous ajuster, parce que le panneau ballotterait sur un joli
temps. Ça n'a pas de bon sens, M. le Président. Mais, croyez-le
ou non, les gens ont été obligés de le spécifier,
les gens ont été obligés de regarder ça, ont
été obligés d'avoir un rapport: deux tournées d'un
comité ministériel de bord en bord du Québec, M. le
Président.
Ça a pris quatre projets de loi. Dans le troisième, on
avait oublié que les panneaux n'avaient pas seulement une largeur, mais,
pour avoir une largeur, comme ils ne pouvaient pas avoir une ligne seulement,
ça prenait une hauteur. Il a fallu que des gens interviennent pour dire:
Écoutez, vous avez oublié la hauteur. Ça n'a pas de bon
sens, M. le Président!
Vous comprendrez que c'est important, pour légiférer, de
bien connaître la situation réelle. Faire une loi, ce n'est pas
une oeuvre théorique, ce n'est pas une vue de l'esprit. Pour faire une
bonne loi, il faut savoir concrètement ce qu'on veut faire,
connaître la situation précise, l'avoir analysée
concrètement et essayer de mettre dans des termes concrets ce qu'on veut
faire, mais à condition de l'avoir conçu clairement. Si on ne
sait pas ce qu'on veut faire exactement, il est impossible de faire une bonne
loi. C'est impossible, M. le Président, de faire une bonne loi. Pour
faire une bonne loi, il faut savoir précisément ce qu'on veut. Il
faut que ce soit clair dans son esprit.
L'avocat, la première chose qu'il va vous demander pour
rédiger la loi, c'est: Qu'est-ce que vous voulez faire? L'avocat,
normalement, ce n'est pas un spécialiste de toutes les questions sur
lesquelles il légifère. Alors, il vous demande: Dites-moi ce que
vous voulez faire. Mais si le ministre dit: «tu sais ce que je veux
dire», ça ne marche pas. «Tu sais ce que je veux
dire», l'avocat va dire: Je ne le sais pas, ce que vous voulez dire,
dites-le-moi. Les gens qui disent «Tu sais ce que je veux dire»:
Ah! «Tu sais ce que je veux dire», ça ne marche pas dans le
domaine législatif. Il faut savoir ce qu'on veut dire, parce qu'on dit
que le législateur n'est pas supposé parler pour ne rien dire.
C'est un des principes du droit: la loi doit être précise parce
que le législateur est toujours présumé ne pas avoir
parlé pour ne rien dire. Chaque mot compte, M. le Président. Vous
le savez, vous êtes de formation juridique. Chaque mot compte, M. le
Président.
Je comprends que le ministre est ingénieur, mais il faut que ce
soit clair, il faut que ce soit précis. Le droit est une science
précise. Ce n'est pas une science exacte, mais c'est une science
précise. C'est un art de la précision: un projet de loi doit
être ciselé comme un diamant. Autrement, on se retrouve devant les
tribunaux avec des projets de loi qui sont à moitié faits et qui
ne veulent rien dire. Les gens ne savent pas ce que ça veut dire. Ils ne
savent pas quels termes ont été employés. Ils n'ont pas
de... Ils ne peuvent pas commencer à lire même nos explications.
Ils doivent lire le texte de loi qui doit parler par lui-même. M. le
Président, vous savez ça, étant de formation juridique,
que le projet de loi doit parler par lui-même, et que le juge va toujours
interpréter un projet de loi comme disant ce qu'il veut dire, mais pas
plus que ce qu'il veut dire.
M. le Président, j'aurais pu parler longtemps de ce projet de loi
là pour sauver du temps au ministre parce que tous les débats
qu'on ne fera pas ici, on devra recommencer à faire des tournées,
un peu comme ce personnage...
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Si vous voulez conclure,
M. le député.
M. Garon: Oui, je termine là-dessus. Ce personnage qui
était toujours obligé de recommencer son travail parce qu'il
avait été puni par les dieux à recommencer tout le temps
le même travail.
On est rendu au quatrième projet de loi, M. le Président,
et je suis persuadé que ce projet de loi là, encore une fois, ne
réglera pas le problème. Il y aura beaucoup de
mécontentement et on devra avoir un cinquième projet de loi.
C'est pour ça que le ministre devrait remettre son travail sur le
métier pour arriver avec un projet de loi qui va être
finalisé une fois pour toutes pour qu'on ne se retrouve pas avec quatre
projets de loi dans cinq ans sur l'affichage le long des routes. C'est trop, M.
le Président.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Merci, M. le
député de Lévis, de votre intervention sur le projet de
loi no 407 au niveau de la prise en considération du rapport.
M. le ministre délégué aux Transports, en vertu du
règlement, vous avez une période de cinq minutes après
chaque intervention. Vous avez donc cinq minutes pour vous adresser
à
l'Assemblée.
M. Robert Middlemiss
M. Middlemiss: Merci beaucoup, M. le Président. M. le
Président, que ce soit à 1 heure du matin ou à 17 heures,
le député de Lévis est égal à
lui-même. Il nous joue la même cassette. Premièrement, M. le
Président, il ne dit pas totalement la vérité. Et
lorsqu'il nous dit qu'on avait oublié qu'il y a des compagnies qui
faisaient de l'affichage dont la dimension la plus grande était sur le
plan vertical, M. le Président, M. le député de
Lévis ne dit pas la vérité. Il ne dit pas la
vérité.
La compagnie Omni qui fait ces affiches-là, M. le
Président, jusqu'à tout récemment, faisait l'affichage
dans les villes où cette loi-là ne s'applique pas. Au moment de
la consultation qu'il critique, M. le Président, on a invité les
gens de la compagnie Omni à se présenter et, malheureusement, ils
ne se sont pas présentés. C'est seulement au moment de la prise
en considération du rapport de la loi 163 que les gens d'Omni ont
communiqué avec nous. Ils ont communiqué aussi, M. le
Président, avec le député de Lévis. Et je lui ai
personnellement demandé, ici, en Chambre, s'il était prêt
à avoir un amendement pour permettre le changement. Il m'a dit: Ah! Non,
non, non. Donc, aujourd'hui, là, il pourra... Non, non. Non, non. C'est
pour cette raison-là, M. le Président, que j'ai retiré le
projet de loi et qu'on est revenu avec la loi 417. Il me semble que la
vérité, elle a sa place. Il faut la dire, la
vérité. Il faut la dire, la vérité.
En tout cas, M. le Président, nous avons fait une consultation
parce que, dans les régions, lorsqu'on est venu pour appliquer la loi
sur l'affichage le long des routes, on s'est aperçu, comme des endroits
en Gaspésie où il y a des rochers, dans des régions
où c'était boisé, qu'on ne pouvait pas rencontrer les
exigences de la loi. Et c'est suite à des demandes des gens en
région que nous avons fait la consultation. Et si nous avons
visité 22 endroits, c'est parce que les gens voulaient nous parler des
problèmes qu'ils avaient à faire de l'affichage le long des
routes, M. le Président.
Et lorsqu'on tente de nous dire que les poteaux hydroélectriques
et de Bell Canada, lui, l'ancien ministre de l'Agriculture avait prévu
ça, M. le Président, les poteaux sont toujours à
l'intérieur de l'emprise et l'emprise est à l'extérieur de
la zone agricole. Donc, qu'il n'essaie pas de nous remplir, M. le
Président. On a déjà vu les gros chars avant aujourd'hui.
Je vous le garantis. (1 heure)
Et, M. le Président, lorsqu'on parle des fraises, je lui ai
indiqué, en commission parlementaire, que dans le cas des fraises ou des
produits de la terre, ce n'est pas nécessaire d'avoir un
dézonage. La Loi sur la protection du territoire agricole le permet.
Sauf, M. le Président, que la Loi sur la protection du territoire
agricole, c'est lui, lorsqu'il était ministre, qui l'a passée. Il
a voulu qu'elle prime par-dessus tout. Donc, tout ce qu'on dit au
ministère des Transports, nous, on va réglementer la distance et
les dimensions de l'affiche. Toutefois, si vous êtes sur un territoire
agricole, vous êtes obligé de vous soumettre à la Loi sur
la protection du territoire agricole et c'est ça que nous avons dit.
M. le Président, il mêle des pommes avec des oranges. Il ne
connaît pas la différence entre la signalisation et l'affichage le
long des routes. Il a parlé du rapport Lamy. Le rapport Lamy touche la
signalisation dans un milieu urbain, M. le Président. Il ne touche pas
la signalisation le long des routes. Il a même voulu parler de la
vitesse. Et j'ai tenté de lui expliquer - je pourrais lui expliquer
pendant dix heures, il ne comprendra jamais. Ce que j'ai indiqué, c'est
qu'à Lac-Saguay la vitesse était déjà, à un
moment donné, plus élevée que 50 kilomètres
l'heure. Ça a été changé à 50 et vu que
c'est une route très achalandée, très large, nous avons
fait une étude de radar pour voir à quelle vitesse les gens
voyageaient. On a constaté qu'ils voyageaient plus vite que la vitesse
indiquée. Et, pour ces raisons, suite à l'assurance, M. le
Président, qu'il n'y aurait pas de problèmes de
sécurité, nous avons décidé de l'augmenter à
70 kilomètres l'heure. Aujourd'hui, lorsqu'on fait la même
étude de radar, on s'aperçoit que les gens ne conduisent pas plus
vite qu'ils ne conduisaient avant, mais ils conduisent à la vitesse
indiquée. Et je lui avais indiqué que la SAAQ, dans sa
publicité... Oui, M. le Président. La Société de
l'assurance automobile du Québec, dans sa publicité, indique que
conduire à 70 kilomètres l'heure, dans une zone de 50, c'est
ça qui est dangereux et non pas conduire à 70 dans une zone de 70
où nous avons vérifié que c'était
sécuritaire.
Nous avons présenté le projet de loi. Comme d'habitude, le
député de Lévis est contre tout ce qu'on fait qui est
bien! Mais nous allons procéder et, cette fois-ci, M. le
Président, après consultation auprès de la population.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Merci, M. le ministre
délégué aux Transports. M. le député de
Lévis.
M. Garon: M. le Président, est-ce que je pourrais poser
une question au ministre, en vertu de l'article 213?
Le Vice-Président (M. Bissonnet): alors, en vertu de
l'article 213, conformément au règlement, est-ce que vous
acceptez une question de m. le député de lévis?
M. Middlemiss: M. le Président, je pense que le
député de Lévis nous a fait perdre assez
de temps. On veut procéder avec ça.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Vous n'acceptez pas.
Alors, ça va. Alors, nous en sommes toujours à l'étape de
la prise en considération du rapport de la commission de
l'aménagement et des équipements sur le projet de loi 417, Loi
modifiant à nouveau la Loi sur la publicité le long des routes.
Et je reconnais Mme la députée de Verchères, en vous
indiquant que vous avez un temps maximum de 10 minutes.
Mme Luce Dupuis
Mme Dupuis: Merci, M. le Président. Le ministre
délégué aux Transports nous soumet à nouveau un
projet de loi modifiant la Loi sur la publicité le long des routes et je
pense que le titre en lui-même en dit long puisqu'on dit: Loi modifiant
de nouveau la Loi...
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Oui. Une question de
règlement, M. le ministre?
M. Middlemiss: Excusez-moi. Il me semble que Mme la
députée ne donne pas le bon titre du projet de loi, M. le
Président, ça a été changé.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Veuillez poursuivre, Mme
la députée.
Mme Dupuis: M. le Président, c'est la loi 417? Loi
modifiant de nouveau la Loi sur la publicité le long des routes? Et
ça a été changé? De toute façon, je pense
que nous en sommes au quatrième chiffre de cette loi. On a eu la 163 et
je pense que l'historique en a été fait tantôt, et par mon
collègue et par le ministre lui-même, et je suis très
heureuse de signaler que le ministre est en Chambre et je
l'apprécie.
D'accord, le projet de loi n'a que deux articles, l'un pour modifier la
hauteur des panneaux, et l'autre, c'est: «Le ministre peut, lorsqu'il
estime que la topographie des lieux empêche le demandeur de
placer...». Bon. Mais ce n'est pas là-dessus que je veux en venir,
M. le Président, et j'espère qu'il va être attentif. Il va
être obligé de la reprendre encore une quatrième fois, sa
loi, pour ne pas dire une cinquième fois, parce qu'il y a
énormément de plaintes et c'est impossible que le ministre ne
soit pas au courant. Ce n'est pas seulement dans mon comté que ça
se vit. On vient d'apprendre, depuis quelques mois, que le ministère a
décidé d'enlever tous les petits panneaux de signalisation sur
les routes, d'affichage - et pour qu'on se comprenne bien - les petits panneaux
rouge vin ou bruns où on a des petits lits, des fourchettes, bon, le
camping aussi...
Une voix: Le sac de golf.
Mme Dupuis: Le sac de golf, moi je ne l'ai pas vu, M. le
ministre. On enlève ça et on demande à ceux qui ont des
commerces - ça veut dire un hôtel ou des restaurants - de
s'acheter des panneaux publicitaires, M. le Président. Ça n'a
aucun sens. Ces panneaux-là se vendent 1000 $ le panneau et c'est le
ministère qui décide du nombre de panneaux qu'il faut qu'ils
mettent. Ça, je veux bien pour que ce soit, peut-être,
sécuritaire, qu'on les voie à temps. Mais il y a des aberrations
totales dans cet affichage-là, M. le Président, et il faut que le
ministre le sache. Quand on pense qu'ils obligent le commerce à avoir un
panneau pour afficher l'hôtel, juste en avant, en face, l'autre bord de
la rue. On voit l'hôtel, M. le Président, vous ne me croirez pas,
mais remarquez-le, c'est à voir. Il faut le voir pour le croire. Le
panneau est juste devant l'hôtel et avec la petite flèche. On voit
l'hôtel cinq minutes avant de voir le panneau, et ce panneau-là
coûte 1000 $ à l'hôtelier. Ça lui en prend trois,
quatre, cinq, six ou sept selon les tournants qu'il y a à prendre, et
ça, c'est sur les autoroutes. Et si je prends la peine, à 1 h 5
du matin, M. le Président, de passer toute la veillée ici, une
partie de la nuit, c'est que je trouve important d'aviser le ministre de
ça. Il peut bien ne pas écouter s'il veut mais il va être
obligé de la reprendre, sa loi. Il y a une pétition qui circule
dans mon comté. Les gars, ils sont furieux. Les commerces, ils sont
furieux. Ça veut dire que le commerce va être obligé de
payer 6000 $, 7000 $ pour annoncer son commerce, parce qu'il n'y a plus... En
plus, trois ans après, il est obligé de recommencer encore
à 7000 $. Si au moins c'était jusqu'à
détérioration du panneau. Trois ans après, le même
commerce est obligé de repayer un autre 7000 $. Ça n'a aucun
sens.
Je vais vous dire la réaction de mes concitoyens
là-dessus, qui ont des commerces, M. le Président. Ils disent: On
se fait voler par le gouvernement. Mais je trouve ça grave. Quand c'est
rendu que le citoyen a l'impression qu'il se fait voler par le gouvernement, il
dit: En plus de nous taxer à outrance, en plus de n'avoir aucune
considération pour les commerces au moment d'une crise
économique, il nous arrive avec des panneaux. C'est presque du racket de
protection, ça n'a pas d'allure.
Je ne m'étirerai pas et je ne ferai pas du temps, M. le
Président, pour faire du temps. J'aurais pu tout lui dire: pourquoi il
le retirait à tel moment et pourquoi, par exemple, on se rend compte
à l'usage que la Loi sur la publicité n'est pas applicable, qu'il
y a des problèmes dans certaines régions et que des
commerçants se sont plaints de son application. Je pourrais bien, je
pourrais le tenir, mais ce n'est pas ça l'idée. Ce n'est pas
ça l'idée, c'est qu'il va être obligé de la
reprendre. Ça n'a pas de bon sens de demander ça à nos
petits commerces en pleine récession économique, quand on sait,
en plus, que le tourisme est à terre, qu'on s'en va vers le
1 000 000 000 $ de déficit au niveau touristique et que les
chambres d'hôtel ne sont pas occupées. En plus, c'est un service
public sur une autoroute. Tu t'en viens sur l'autoroute, tu ne connais pas la
région et tu veux coucher quelque part et là, il n'y a plus de
petits lits d'annoncés et il n'y a plus de fourchettes
d'annoncées...
Des voix: Ha, ha, ha!
Mme Dupuis: ...il n'y a plus de restaurants d'annoncés et
il n'y a plus rien d'annoncé. Vous pouvez bien rire, si vous voulez,
mais c'est ça dans les faits. Ça n'a pas d'allure, ça.
Ça ressemble quasiment à un racket de protection. Ils sont
obligés de payer 5000 $, 6000 $ pour annoncer leur hôtel.
Ça n'a pas d'allure, ça. Au moins s'ils mettaient uniquement le
nombre nécessaire. Ils en mettent un juste en face de l'hôtel.
C'est une aberration totale, c'est d'un ridicule. Une chance que le ridicule ne
tue pas parce qu'ils seraient morts. Juste en face de l'hôtel. On voit
l'hôtel, comme je disais, dix minutes avant de voir le panneau. Et ce
panneau coûte 1000 $ à tous les trois ans à
l'hôtelier. Et si vous ne voulez pas me croire, venez faire un tour et je
peux vous dire... Je vais vous donner un exemple, Le Transit sur la 20, sortie
113 de l'autoroute 20, et regardez ce que ça a coûté au
Transit, je pense qu'il y en a cinq ou six. Il n'est pas obligé, bien
non, il n'y a plus rien qui annonce. Tous les petits lits sont partis. Il n'est
pas obligé...
Ça, c'est comme les heures d'ouverture... Là, je vais me
retenir pour ne pas dire de gros mots. Il n'est pas obligé... C'est
à peu près comme les heures d'ouverture. Il dit: II n'est pas
obligé d'ouvrir. Bien non, il n'est pas obligé d'ouvrir, mais
l'autre, il est ouvert, à côté. S'il veut vivre, il faut
bien qu'il respecte les heures d'ouverture. Tu sais. Sinon, il ne sera pas
compétitif. C'est facile, ça, de se foutre du monde de
même. Ce n'est pas par plaisir que je veille à une heure du matin.
Moi aussi, j'aime ça dormir comme tout le monde. Puis ce n'est pas par
plaisir que les gens font signer des pétitions dans le comté.
C'est une aberration totale puis revisez ça. Puis je ne suis pas ici
pour critiquer puis je ne ferai pas de la démagogie là-dessus.
C'est une réalité, ça. Bien oui, mais tant qu'à la
refaire au lieu d'en mettre d'autres, qu'ils corrigent donc ça tout de
suite ou qu'au moins, qu'il nous dise pourquoi il fait une chose pareille.
Pourquoi il les enlève, ces petites annonces-là alors que c'est
un service public? Est-ce qu'il y a une raison valable de les enlever? Sinon
d'obliger le commerçant ou le...
M. Garon: Question de règlement. Je pense que ça
vaudrait la peine - ma collègue se donne la peine de faire un discours
à 1 h 10 du matin - qu'on ait le quorum. (1 h 10)
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Alors, après
vérification, qu'on appelle les députés!
Alors, nous poursuivons la prise en considération, du rapport
projet 417. Mme la députée de Verchères, je vous indique
qu'il vous reste deux minutes de votre temps de parole.
Mme Dupuis: Merci, M. le Président. Et si je ne suis pas
intervenue en commission parlementaire lors de l'étude du projet de loi,
c'était que j'étais prise dans une autre commission puis
ça a passé inaperçu. Je ne l'ai pas vu passer. Mais il y a
une chose, par exemple... Vous pouvez bien rire si vous voulez, mais on n'est
pas tellement puis on est pris dans d'autres commissions. Mais moi, je tenais
à signaler, au moins, même si c'est la prise en
considération du rapport, je tenais à signaler au ministre... Il
est là et je l'ai félicité même d'être
là parce que, des fois, on fait des interventions en Chambre à
cette heure-ci puis le ministre n'est pas là. Alors, je ne suis pas ici
pour... Je ne suis pas ici pour faire la démagogue, ce n'est pas
ça du tout. Mais je pense que ce projet de loi là il n'est pas
complet encore et il va être obligé de le reprendre s'il veut
respecter les citoyens et s'il veut respecter les besoins qu'ont les citoyens
qui circulent sur nos autoroutes. Puis, au moins, qu'il nous explique pourquoi
il enlève ces petits panneaux-là. Vous savez, des fois, il y a
pollution visuelle parce qu'il y en a trop, d'affiches, et tout ça. Mais
ça, c'est un service public et on ne s'explique pas pourquoi il les a
enlevés et pourquoi ça coûte après, 5000 $, 6000 $,
7000 $, 8000 $ à nos contribuables, à ceux qui ont des petits
commerces pour se payer une annonce de leur commerce. Et ça, ça
revient à tous les trois ans. C'est ça que je voulais signaler,
M. le Président, et dénoncer. Alors, ce projet de loi là,
il va être à reprendre encore parce qu'il n'est pas complet, il
est mal fait. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Merci beaucoup, Mme la
députée de Verchères. Alors, M. le ministre
délégué aux Transports, vous pouvez exercer votre droit de
réplique de cinq minutes.
M. Robert Middlemiss
M. Middlemiss: Merci, M. le Président. Je ne voudrais pas,
malheureusement, être trop dur envers la députée. Tout son
discours, M. le Président, n'a rien à faire avec le projet de loi
417. Rien du tout, M. le Président. Elle parlait d'affichage
touristique. Il y avait des panneaux bruns et ça fait longtemps qu'on a
décidé de changer ça. Mais le ministère du
Tourisme, il me semble que c'est elle qui est la porte-parole pour le
ministère du Tourisme dans l'Opposition. Ah, mais, déjà,
elle l'était, M. le Président. Mais l'affichage touristique le
long des routes, ça se
fait à l'intérieur de l'emprise, M. le Président,
et la loi 417 parle de l'affichage à l'extérieur de l'emprise. Et
ça n'a rien à faire avec ça du tout. Et la décision
de ne plus avoir de panneaux bruns... On a encore des panneaux bruns, M. le
Président, des panneaux bruns le long des routes pour ce qui touche les
parcs, soit nationaux ou provinciaux, et ça va continuer. Mais lorsqu'on
parle, M. le Président, de commerces, d'affichage touristique, les
«bleus» qu'on appelle, les panneaux bleus, M. le Président,
ça, ça a été décidé par le
ministère des Transports, avec le ministère du Tourisme
Québec, qui ont établi les dimensions, le nombre, etc. Et c'est
un comité de personnes d'affaires qui sont dans le domaine touristique,
qui choisit les endroits et le nombre. Et même, M. le Président,
bientôt ça va être la façon dont les associations
touristiques vont être capables de se financer, parce que c'est elles qui
vont s'occuper de la vente et les sommes d'argent seront là pour les
aider.
Donc, M. le Président, ça n'a rien à faire avec la
loi 417 parce que cet affichage-là est à l'intérieur de
l'emprise. Et c'est malheureux que madame n'ait pas pu assister en commission
parlementaire et elle n'aurait pas été obligée, ce soir,
de prendre 10 minutes pour nous parler de quelque chose qui n'a rien à
faire avec la loi 417.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Alors, Mme la
députée de Verchères, vous voulez poser une question en
vertu de l'article 213? Exact?
Mme Dupuis: Oui.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): M. le ministre
délégué aux Transports, est-ce que vous permettez à
votre collègue, Mme la députée de Verchères, de
vous poser une question en vertu de l'article 213?
M. Middlemiss: M. le Président, comme je l'ai
indiqué tantôt, on a perdu assez de temps que...
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Oui ou non?
M. Middlemiss: C'est non.
Le Vice-Président (M. Bissonnet); C'est non. Alors,
ça va. Est-ce qu'il y a d'autres intervenants sur cette prise en
considération du rapport? Alors, le rapport de la commission de
l'aménagement et des équipements portant sur le projet de loi no
417, Loi modifiant de nouveau la loi sur la publicité le long des
routes, est-il adopté?
Une voix: Adopté.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Adopté sur
division. M. le leader du gouvernement.
M. Pagé: Merci, M. le Président. Je vous inviterais
maintenant à appeler l'article 1.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): L'article 1.
Débat sur les rapports de commissions
M. Pagé: Une fois qu'il sera appelé, je pourrai
vous indiquer le partage du temps.
Prise en considération du rapport de la
commission qui a examiné la situation
de la Corporation d'urgences-santé de
la
région de Montréal
métropolitain
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Je vais appeler
l'article 1. L'Assemblée prend en considération le rapport de la
commission des affaires sociales qui, les 27 mars, 20 novembre, 12 et 13
décembre 1991, 30 janvier, 4 février, 10 et 17 mars 1992, a
examiné la situation qui prévaut à la Corporation
d'urgences-santé de la région de Montréal
métropolitain. Ce rapport, déposé le 26 mars 1992,
contient des recommandations. Il s'agit d'un débat restreint en vertu de
l'article 95 et je me dois de répartir le temps de parole. Est-ce que
vous avez des suggestions, M. le leader du gouvernement? (1 h 20)
M. Pagé: Oui, M. le Président. Je crois que nous
pourrions convenir que le partage du temps se ferait de la façon
suivante: 10 minutes pourraient être accordées au groupe des
députés indépendants, le reste du temps serait
partagé également entre le parti ministériel et celui de
l'Opposition officielle, ce qui veut donc dire 110 minutes. La durée de
l'intervention d'un ministre, d'un député ministériel ou
d'un député de l'Opposition officielle ne pourra dépasser
30 minutes, et on pourrait convenir, compte tenu qu'il ne semble pas y avoir
enthousiasme et délire pour participer à ce débat à
cette heure-ci, que le temps non utilisé par un groupe n'enrichit pas
l'autre groupe.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): M. le leader de
l'Opposition officielle.
M. Chevrette: Est-ce que je peux demander un ajournement d'une
minute?
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Alors, je suspends les
travaux pour quelques instants.
(Suspension de la séance à 1 h 21) (Reprise à 1 h
25)
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Alors, nous en sommes au
débat restreint. M. le leader
de l'Opposition officielle.
M. Chevrette: M. le Président, s'il y avait entente, nous
serions prêts à proposer ceci: 10 minutes d'intervention par le
gouvernement, par le représentant gouvernemental, 30 minutes par le
critique de l'Opposition et 10 autres minutes également au gouvernement.
Ce serait une entente sans accumuler le temps de part et d'autre.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Est-ce qu'il y a
consentement pour cette entente? M. le leader du gouvernement.
M. Pagé: M. le Président, consentement. Il y a un
problème. La seule chose, cependant, on ne peut pas enlever les 10
minutes aux représentants du parti des députés
indépendants qui pourraient peut-être arriver.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Alors, concernant le
temps de parole, la présidence, suite au contact des leaders et suite
à leurs propositions, le temps de parole pour ce débat restreint
est de 30 minutes pour l'Opposition officielle, 2 périodes de 10 minutes
pour la formation ministérielle et 10 minutes pour les
indépendants. Je reconnais M. le député de
Salaberry-Soulanges.
M. Serge Marcil
M. Marcil: Merci beaucoup, M. le Président. Tout d'abord,
je voudrais vous remercier de me permettre d'intervenir dans le cadre du
dépôt de ce rapport pour lequel notre commission a
travaillé plusieurs heures afin de préparer quand même une
série de recommandations.
On sait que l'urgence, c'est une question de temps. Plus encore, c'est
une question de minutes. Alors, lorsqu'un accident survient, c'est le temps
d'intervention qui fait foi de tout. Nous n'avons qu'à prendre l'exemple
des accidentés de la route ou des cas d'arrêt cardiaque pour nous
en rendre compte. Alors, c'est pour répondre à des cas de cet
ordre, entre autres, qu'a été créé, à
Montréal, en 1981, Urgences-santé. Depuis sa création, cet
organisme a dû répondre à un nombre incalculable
d'urgences. L'une des plus connues est certainement, vous vous rappellerez,
l'incident malheureux de l'École polytechnique.
C'est d'ailleurs cette tragédie et le rapport De Coster qui a
suivi qui sont à l'origine de la réorganisation complète
de ce service. D'ailleurs, on se souviendra que c'est en juin dernier que le
ministère de la Santé et des Services sociaux déposait
à l'Assemblée nationale les directives ministérielles
adressées à la Corporation d'urgences-santé. Ces
directives donnaient principalement suite au rapport De Coster, mais, depuis,
certains événements ont perturbé la mise en application de
ces directives, ce qui a amené le ministère à
vérifier l'atteinte des objectifs annoncés et de proposer des
modifications, le cas échéant.
M. le Président, c'est dans ce contexte que la commission des
affaires sociales acceptait, au cours de l'année 1991, un mandat
d'initiative. Ce mandat avait pour but d'examiner la situation qui
prévalait à la Corporation d'urgences-santé. Suite
à ces événements, le ministère transmet donc
à la Corporation d'urgences-santé la mise à jour des
directives portant sur les objectifs et l'orientation de cette Corporation.
Ainsi, j'userai du temps qui m'est alloué pour vous les
décrire.
Dans un premier temps, on a établi que le système de soins
préhospitaliers d'urgence doit, lui aussi, être axé sur le
citoyen. Par conséquent, la mission de la Corporation
d'urgences-santé doit permettre d'accorder la priorité aux
urgences, parce que, vous en conviendrez avec moi, l'urgence est la raison
d'être de cette Corporation. Bien sûr, cette nouvelle
définition implique l'évaluation de la séparation du
transport urgent du non-urgent, de même que le transfert de la fonction
Info-Santé vers d'autres structures externes au 911 car,
présentement, Urgences-santé reçoit quelque 1000 appels
par jour, dont près de la moitié porte sur des demandes
d'information. Dans ces conditions, un autre numéro de
téléphone devra être mis à la disposition du public
pour ces appels dis non urgents. Ensuite, il a été établi
que le rôle des intervenants doit être redéfini; ce qui
amènera les infirmières à être
transférées à la fonction Info-Santé.
En ce qui concerne les médecins, leur nombre devra être
réduit, et ils seront impliqués dans un processus de
contrôle médical, structuré et normalisé. Pour ce
qui est de la fonction visite médicale à domicile, elle sera
progressivement transférée à d'autres instances. Le
rôle des techniciens ambulanciers, quant à lui, sera défini
en fonction d'un protocole très précis.
M. le Président, en ce qui a trait au délai
d'intervention, les directives du ministère vont dans le sens suivant:
Le traitement interne des appels doit être réduit à environ
une minute; le délai de l'arrivée des ressources sur les lieux
pour le cas d'urgence majeure doit être inférieur à six
minutes après répartition; le contrôle de la qualité
doit, quant à lui, être activé et présent dans
toutes les opérations; puis, des lignes d'autorité claires
doivent être définies. Concrètement, les techniciens
ambulanciers devront compléter un dossier clinique. Également,
des exercices de simulation devront être périodiquement tenus et,
enfin, l'évaluation de la qualité des actes devra devenir une
activité usuelle et essentielle. (1 h 30)
M. le Président, j'aimerais vous rappeler que notre observateur
ministériel a été désigné au sein du conseil
d'administration d'Urgences-santé en juin 1991. Son rôle
était de vérifier
l'atteinte des objectifs annoncés, en plus de proposer, s'il y a
lieu, des mécanismes d'implantation des recommandations de supporter et
participer aux changements par les orientations des activités de la
Corporation. Puis, en février 1992, ce même observateur a
été mandaté pour étudier la faisabilité en
ce qui a trait à l'acquisition du système
médicalisé de prioriation des appels urgents. Il devait
également étudier la faisabilité de la dissociation des
opérations d'Info-Santé et de la pertinence d'apporter des
modifications à l'échéancier des directives transmises.
C'est donc le 7 avril 1992 qu'il déposait au ministère un rapport
favorable sur l'ensemble des directives ministérielles. Ce rapport a
d'ailleurs été confirmé par les recommandations de la
Commission des affaires sociales.
Dans les circonstances, le ministère de la Santé et des
Services sociaux a décidé d'autoriser Urgences-santé
à procéder à l'acquisition et à l'implantation du
système médicalisé de priori-sation des appels urgents. De
plus, il a révisé l'échéancier des actions à
prendre pour atteindre les objectifs fixés.
M. le Président, au cours des mois qui ont suivi les
premières directives ministérielles, Urgences-santé a
réalisé certaines activités. Ces activités sont
tout d'abord l'orientation des buts de la mission de la Corporation vers les
soins d'urgence, conformément à la réforme du
ministère de la Santé et des Services sociaux. Il s'agit
également de l'abolition de la priorisation des appels, sauf dans les
circonstances exceptionnelles et catastrophiques. Enfin, Urgences-santé
a procédé à la révision complète de suites
à donner au traitement des plaintes effectuées par le conseil
régional.
Toutefois, M. le Président, la Corporation devra entreprendre des
démarches supplémentaires. Ainsi, la dissociation des
opérations d'Info-Santé devrait se faire d'ici deux mois. Aussi,
d'ici huit mois, la Corporation devra réduire le temps d'affectation des
véhicules à moins d'une minute après réception de
l'appel. Elle devra procéder à la révision complète
de la gestion du personnel et à la clarification des lignes
d'autorité du personnel. Également, la Corporation devra abaisser
le temps à moins de six minutes, le temps moyen de réponse. Elle
devra, par ailleurs, mettre en place des moyens de communication hors
véhicule et entreprendre l'opération Info Santé par
d'autres instances, si jugé opportun par le ministère.
Finalement, d'ici 24 mois, la Corporation devra mettre en place des
moyens de communication avec les services d'urgence des centres hospitaliers.
Elle devra aussi redéfinir complètement le rôle, la
formation, le nombre et le contrôle des médecins. Le
contrôle médical devra être efficace, et des protocoles
d'intervention clairs et des besoins en information continus de l'ensemble des
intervenants devront être mis en place. De plus, cette même
Corporation devra mettre en place le programme d'appréciation de la
qualité de même que la répartition assistée par
ordinateur, selon les études de faisabilité et selon les impacts
budgétaires. La révision complète de la gestion de la
flotte devra également être effectuée de même que la
remise de l'étude sur l'évaluation de la séparation des
transports urgents des non-urgents et la pertinence, naturellement, des
premiers répondants.
Voilà, M. le Président, ce qui résume l'essentiel
des directives portant sur les objectifs et l'orientation de la Corporation
d'urgences-santé. Comme le dit le ministre de la Santé et des
Services sociaux, nous comptons sur la collaboration du conseil
d'administration de la Corporation d'urgences-santé pour
opérationaliser ces directives dans le respect des
échéanciers mentionnés. Je vous remercie, M. le
Président.
Des voix: Bravo! Bravo!
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Alors, je voudrais
remercier l'adjoint parlementaire au ministre de la Main-d'oeuvre, de la
Sécurité du revenu et de la Formation professionnelle et
député de Salaberry-Soulanges. Sur ce même sujet, je
reconnais M. le vice-président de la commission des institutions et
député de Rouyn-Noranda-Témiscamingue. M. le
député, la parole est à vous.
M. RémyTrudel
M. Trudel: Merci, M. le Président, et merci de l'accueil
qui est réservé au porte-parole de l'Opposition en matière
de santé et de services sociaux. Même s'il est un peu tard cette
nuit pour initier ce débat sur le rapport qui a été
déposé ici, à l'Assemblée nationale, par la
commission des affaires sociales qui a étudié les 12 et 13
décembre 1991... Vous voyez, ce n'est pas trop tôt qu'on appelle
le dépôt et le débat sur ce rapport. On n'est pas en
matière d'urgence, vous le comprenez bien, M. le Président,
d'appeler en ce mois de juin, à 1 h 35 de la nuit, le rapport de la
commission des affaires sociales dont les recommandations ont été
adoptées le 17 mars dernier et qui touchaient toute la situation, qui
touchent, enfin, un certain nombre de situations à la Corporation
d'urgences-santé de Montréal.
Peu importe l'heure, peu importent les éléments qui
viennent de nous être soulignés par le député de
Salaberry-Soulanges, il est important qu'on fasse le point sur les
recommandations et sur ce qui se passe dans la région de Montréal
et à la ville de Laval en ce qui concerne le transport ambulancier et
aussi, inévitablement, dans le jargon, de ce qu'on appelle les services
d'urgence préhospitaliers, avant qu'on ne soit admis à
l'hôpital à la suite d'une demande de transport urgent due
à une situation de détresse.
Il faut rappeler, M. le Président, le con-
texte dans lequel s'est exercé le mandat de la commission.
D'abord, rappeler cette date de 1981 où a été mis sur pied
le service d'Urgences-santé pour Montréal et la ville de Laval,
à partir essentiellement d'entreprises privées,
c'est-à-dire confier à des entrepreneurs le transport ambulancier
d'urgence pour les personnes en détresse dans cette région de
Montréal. On se souviendra des problèmes, c'est immense,
vécus par Télé-Médic et par d'autres corporations
privées similaires et qui mettaient en danger, inévitablement, la
condition des personnes qui faisaient appel au transport urgent dans la
région de Montréal. C'est ainsi qu'on en est arrivé,
après une saga, mais quasi incroyable, comme c'est l'habitude souvent
dans ce Parlement, au mois de décembre 1988, où on a
déposé une loi d'urgence pour réorganiser tout le service
ambulancier, encore une fois, région Montréal et ville de Laval.
Ça a été le projet de loi 47, qui a été
adopté en décembre 1988.
Un grand nombre de personnes se souviendront de cette saga, M. le
Président, et on en vit encore aujourd'hui les séquelles et les
résultats. Mais c'est important de rappeler le contexte dans lequel
s'est opérée ou s'est déroulée l'adoption de cette
loi et aussi ce qui s'était dit, en particulier en commission
parlementaire, qui avait discuté, article par article, de ce projet de
loi présenté par le ministre des Approvisionnements et Services
et député de Beauce-Sud. M. le Président, essentiellement,
l'opération de 1988, c'était de dire, pour Montréal et la
ville de Laval: Tout ce qui est du matériel va dorénavant
appartenir à un regroupement, à une coopérative des
travailleurs ambulanciers. En fait, les gens qui étaient
déjà impliqués de par les entreprises privées et
regroupés dans un syndicat se regroupaient à l'intérieur
d'une coopérative. Vous verrez un petit peu plus loin que, ça
aussi, c'est un élément important de la saga vécue
à Urgences-santé et qui se vit encore à
Urgences-santé. Donc, tout l'aspect matériel, tous les
véhicules, essentiellement, allaient appartenir à une
coopérative de travailleurs et, par ailleurs, le gouvernement
créait une nouvelle corporation publique, qui était la
Corporation d'urgences-santé de la région de Montréal
métropolitain, pour s'occuper de tout le transport d'urgence, le
transport ambulancier dans la région de Montréal. (1 h 40)
Je ne retiendrai, M. le Président, du débat de 1988 que
quelques phrases du porte-parole de l'Opposition à l'époque et
député de Joliette, le leader de l'Opposition, lors de la
conclusion, le 19 décembre 1988, de cette commission parlementaire. Le
député de Joliette, avec sa longue expérience, avait eu
cette vision d'avenir et avait été capable de dire au ministre
responsable: Ça, c'est le genre de chose qui ne peut pas fonctionner
quant à l'organisation du transport ambulancier dans la région de
Montréal et quant à l'espèce - excusez l'expression - de
patente que vous avez montée là et qui va faire en sorte que,
d'ici deux ans, M. le ministre, on va venir vous remettre les clés de
ces véhicules qui vont appartenir à une coopérative, qui,
par ailleurs, va louer ses véhicules. Cette même
coopérative va louer ses véhicules à une corporation qui
s'appelle Urgences-santé.
Deux ans, jour pour jour quasi, c'est effectivement ce qui est arrive.
La Corporation d'urgences-santé a dû, dans un geste quasi de
panique, avec l'autorisation, à la demande du gouvernement, prendre
cette décision avant un autre mois de décembre encore, et faire
en sorte que la Corporation d'urgences-santé qui a été
créée en 1988 rachète de la Coopérative des
travailleurs l'ensemble des équipements du matériel roulant, bien
sûr, pour assurer une continuité des services ambulanciers, mais
tout ça ne réglait pas tout le problème de la gestion et
de l'efficacité, de la sécurité du système de
transport ambulancier dans la région de Montréal.
Alors, c'est à ce moment-là, c'est autour de ce
moment-là que sont survenus les tristes événements de la
Polytechnique, et on a créé cette commission
présidée par M. De Coster pour enquêter sur les
événements de la Polytechnique. La conclusion globale du rapport
De Coster, c'est que, quelque deux ans plus tard, dans le domaine du transport
ambulancier à Montréal et des ressources d'urgence en cas de
situation de détresse - s'il y en avait une situation de
détresse, c'était bien la situation qui s'est produite à
la Polytechnique au mois de décembre - c'est tout croche grosso modo
à Urgences-santé les temps de réponse, l'organisation des
ressources, la sécurité sur laquelle doivent compter les citoyens
de la région de Laval et de Montréal. On ne pouvait pas dire aux
citoyens qu'ils avaient à leur disposition des ressources, je dirais,
sécuritaires d'intervention dans des laps de temps appropriés
pour compter sur des ressources en cas de détresse. Alors, c'est
à ce moment-là qu'on a dû procéder à nouveau
à d'autres réorganisations. Avec une série
d'événements qui se sont produits à l'intérieur de
cette corporation qui s'appelle Urgences-santé, qui relève quasi
du roman policier.
C'est pourquoi en avril 1991, devant cette situation, mais incroyable,
devant l'accumulation des situations à la fois contradictoires et d'une
situation qui faisait en sorte qu'on ne pouvait plus assurer les
Montréalais et les résidents de la ville de Laval d'une
sécurité pour avoir accès à des ressources
d'urgence de transport ambulancier dans cette région-là,
l'Opposition a demandé à la commission des institutions
d'examiner toute la situation qui prévaut à
Urgences-santé. Là, M. le Président, on a pu enfin
procéder, les 12 et 13 décembre 1991. J'ai assisté
d'ailleurs à la quasi-totalité de ces auditions où nous
avons entendu la plupart de personnes et spécialistes
intéressés par cette question du transport ambulancier
dans la région de Montréal. Là, on en a vu des vertes et
des pas mûres, M. le Président! On a repassé l'ensemble de
la situation. Il n'y a rien qu'on n'a pas vu et entendu, à cette
commission, sur l'organisation d'Urgences-santé à
Montréal.
Finalement, après de longues, mais de très longues
tergiversations, discussions, échanges avec la majorité
gouvernementale, on a fini, M. le Président, et c'est un peu triste dans
les circonstances, par accoucher de cinq recommandations au ministre de la
Santé et des Services sociaux, eu égard à la situation que
nous avions pu observer, que nous avions pu diagnotiquer à la
Corporation Urgences-santé, cinq petites recommandations
tronquées, à mon avis, et lesquelles recommandations, M. le
Président, on ne peut pas dire - et c'est l'objet du débat
aujourd'hui - qu'elles reflètent l'ensemble des problèmes qui
sont vécus à Urgences-santé depuis, grosso modo, une
dizaine d'années, une situation qui fait en sorte que le transport
ambulancier dans la région de Montréal n'est pas plus sur les
rails qu'il ne l'était il y a une dizaine d'années et qu'on ne
peut pas être plus en confiance.
D'abord, la première recommandation, M. le Président,
c'est de séparer les opérations, les questions d'urgence et de
non-urgence parce que, quand vous êtes dans une situation de
détresse, vous composez le 911, on vous achemine à la centrale
d'Urgences-santé et là, pour l'instant, M. le Président,
mais il semble que ça ne durera pas bien des jours, il y a une
professionnelle de la santé qui vous répond. Un infirmier ou une
infirmière qui, en vertu de sa formation et de sa compétence, est
capable d'interroger la personne qui fait l'appel de détresse et est
capable de diagnostiquer de quel type de réponse cette personne a
besoin.
Est-ce qu'elle a besoin d'information parce qu'elle vit une situation
qui est angoissante, qui lui pose des difficultés, mais qui ne
nécessite pas nécessairement son transport par ambulance vers un
centre hospitalier pour aller engorger nos salles d'urgences qui
débordent, de toute façon? Ou encore, bien sûr, d'un
diagnostic posé par une personne, une professionnelle compétente
dans son secteur, qui a une formation, qui a eu du perfectionnement, qui
connaît bien ce genre de situation et qui peut travailler une situation,
si vous voulez, à dimension humaine?
Alors, ce qu'on dit, c'est qu'il y aurait peut-être lieu de
diviser ce service-là, de créer un service Info Santé,
c'est-à-dire à ces personnes que l'on puisse répondre:
Monsieur, madame, compte tenu du jugement que nous pouvons poser, vous pouvez
appeler tel numéro et on vous donnera toutes les informations
nécessaires compte tenu de votre état de santé et de ce
que vous nous signalez comme situation de détresse. La recommandation a
été adoptée par la commis- sion des affaires sociales de
diviser le secteur de l'urgent et le non-urgent, sans qu'on sache très
bien quelles étaient les intentions de la partie gouvernementale, du
ministre de la Santé et des Services sociaux sur la façon
d'organiser le service d'Info Santé.
On apprend depuis quelques jours que l'on a confié un mandat au
Conseil régional de la santé et des services sociaux de
Montréal pour définir les paramètres de ce nouveau service
d'Info Santé à Montréal pour Montréal et la ville
de Laval. Ce que la commission a souhaité, c'est effectivement, M. le
Président, d'avoir un service centralisé, géré par
un organisme centralisé dans la région de Montréal. Mais
la grande discussion, M. le Président, quant au transport ambulancier
à Montréal, c'est la volonté imposée par la partie
ministérielle, par le ministre de la Santé et des Services
sociaux, d'avoir un nouveau système de triage des appels urgents dans la
région de Montréal.
Parce qu'on a eu un certain nombre de difficultés
diagnostiquées à l'intérieur de la triste situation
vécue à la Polytechnique, on a décidé de faire
porter à un seul endroit les difficultés, c'est-à-dire
faire porter aux professionnels infirmiers, infirmières qui effectuent
le triage des appels entre l'urgent et le non-urgent à la Corporation
Urgences-santé, on a donc décidé d'en faire porter le
poids de cette responsabilité et là, M. le Président, la
grande nouvelle que les gens de Montréal et que les gens de la ville de
Laval doivent savoir, c'est que, maintenant, c'est un nouveau système
qui va être implanté pour recevoir et trier l'appel de
détresse qui sera reçu à Urgences-santé. C'est ce
qu'on appelle le système Clawson. (1 h 50)
Le système Clawson, M. le Président, oui, c'est
utilisé dans un bon nombre de villes américaines. Les
infirmières, les professionnels de la santé qui
répondaient, et qui répondent toujours, par les semaines qui
courent... Mais on nous dit que c'est le 10 août que devraient
disparaître les infirmières à Urgences-santé, les
infirmières qui vous écoutent avec toute leur compétence,
avec leur capacité de jugement. Maintenant, on va remplacer ça
par un système. M. le Président, nous avons appris, en commission
parlementaire, que les personnes qui vont répondre aux appels urgents
dans la région de Montréal, c'est des gens qui vont avoir une
formation, d'abord, de secondaire V et une formation spécialisée.
Il faut que tout le monde tienne son fauteuil et sa chaise, à cette
heure-là: Les gens de Montréal, quand vous allez appeler à
Urgences-santé, c'est une personne qui va avoir reçu 27 heures de
formation pour répondre à votre appel.
Ce qu'on dit, M. le Président, c'est que le système
Clawson, c'est une mécanique. C'est une mécanique, c'est une
machine qui va décider si vous avez besoin d'une ambulance ou si
vous
n'avez pas besoin d'une ambulance. On va recevoir votre appel. Et
là, on a une série de cartes. Vous savez, c'est comme des
espèces d'arbres de décision: Quel est votre nom? Quelle est la
première douleur que vous avez? Et là, si la réponse est
oui, vous allez à la question B-2. Si la réponse est non, vous
allez à la question C-3. Si, à la question C-3: Avez-vous
toussé plus de 50 fois dans la dernière heure?... là, on
s'en va à la question D-3. Ce sera donc, à toutes fins utiles, un
technicien, avec une série de directives, et il ne faut pas qu'il change
un mot là-dedans. C'est ce qu'on appelle le système Claw-son, M.
le Président. Les appels seront donc reçus par une personne qui
devra obéir au doigt et à l'oeil et qui devra
répéter systématiquement la question qui est
préparée pour trier un appel qui est urgent ou non urgent, dans
toute l'Amérique du Nord.
En commission parlementaire, lorsqu'on a entendu un certain nombre de
spécialistes sur ce système de triage des appels qu'il
était planifié d'installer à Urgences-santé, on a
demandé à ces experts, à ces spécialistes: Est-ce
que ce système-là, c'est fait pour la réalité
québécoise? Est-ce que c'est fait pour la réalité
montréalaise? Ce que les gens nous ont répondu, c'est: Ça
fonctionne bien aux États-Unis. Je m'excuse, la question, ce
n'était pas celle-là. Dans le contexte québécois de
services de santé et de services sociaux, où tout le monde est
placé sur le même pied, où le service est assuré
universellement par Urgences-santé dans la région de
Montréal pour toute personne qui pense avoir besoin d'une ressource
d'urgence, d'une ressource ambulancière, eh bien! ça, ce n'est
pas tout à fait la même réalité qu'aux
États-Unis. On nous dit: Mais ça marche aux
États-Unis.
Ce qu'il faut comprendre, M. le Président, c'est qu'aux
États-Unis on est en matière d'assurance privée,
c'est-à-dire que ce n'est pas l'ensemble des citoyens de la ville de
Détroit ou de la ville de Dallas qui appelle le même numéro
pour avoir une ressource ambulancière, puisqu'on n'a pas, aux
États-Unis, de système universel, on n'a pas de système
d'assurance-maladie, comme nous l'avons au Québec depuis 1971. Et,
malgré les attaques que subit le régime par les temps qui
courent, on est encore en matière d'assurance privée. Alors, vous
savez bien, lorsque vous achetez une assurance aux États-Unis, et c'est
tout à fait normal parce que la santé aux États-Unis,
c'est une affaire... Vous savez que, sur les quelque 250 000 000
d'Américains, il y en a un bon nombre qui peuvent se payer des
assurances. Ceux qui ont en bas de 11 000 $ comme revenu peuvent avoir affaire
à un système de deuxième classe qui s'appelle MEDICAID, et
les personnes de 65 ans et plus, un système d'assistance pour des
ressources en matière de santé qui s'appelle MEDICARE. Mais
ça n'a rien à voir avec notre système universel sans
discrimination de statut de revenu qu'on offre encore, pour quelques heures,
aux Québécois, en matière de santé et de services
sociaux.
Donc, les compagnies d'assurances, lorsqu'elles vendent une police
d'assurance à un individu, elles vont l'obliger, en cas de situation de
détresse, en cas d'accident, en cas de besoin d'une ressource
ambulancière, à appeler un numéro, une compagnie avec
laquelle elles ont une entente, ou bien c'est une compagnie qui appartient
elle-même à la compagnie d'assurances, ce qui fait en sorte que
les appels grand public sont beaucoup moins nombreux. Et le régime fait
que la présélection... qu'il y a déjà un triage qui
s'effectue, de par la nature même du système. Au Québec, M.
le Président, on appelle tous le même numéro dans la
région de Montréal et de la ville de Laval. Or, je vous ai dit,
il y a quelques instants, que le système Clawson fait en sorte que c'est
une personne qui a 27 heures de formation qui va répondre à votre
appel et qui va décider si vous avez besoin d'une ressource
ambulancière ou pas.
Ce qui est à parier, M. le Président, puisque c'est
basé sur le système américain, ce fameux système de
triage Clawson qui fait disparaître la compétence professionnelle
humaine au poste de triage, eh bien, la conséquence, c'est qu'aux
États-Unis, comme on vit dans un régime qui fait en sorte que les
poursuites en dommages au civil atteignent un nombre et des sommes
mirobolantes, eh bien, aux États-Unis, pour la portion de
clientèle qui n'a pas de régime d'assurance privé avec une
entreprise et qui fait affaire avec le secteur public - enfin, ce qu'il en
reste - eh bien, on ne prend pas de chance parce qu'on a peur des poursuites.
Ce système-là, on le prend et on le transporte au Québec,
et on dit: Comme logique du système, faites attention. Quand vous allez
recevoir les appels, on est bien mieux d'envoyer une ambulance que de poser un
jugement qui ferait en sorte qu'on enverrait une ressource ambulancière
avec un technicien ou des médecins uniquement dans les véritables
situations d'urgence.
M. le Président, mon collègue de Joliette avait fait une
prédiction en 1988, en ce qui concerne l'aspect matériel, les
véhicules, les «chromés» qu'on a achetés
à Urgences-santé à partir de 1988. Eh bien, ce qu'on peut
prédire aujourd'hui, c'est que d'ici deux ans, vous allez voir arriver
la demande d'Urgences-santé, une demande extraordinaire pour
rééquiper et ajouter des véhicules pour la simple et bonne
raison que, par crainte des poursuites, en adaptant un système
américain, un système américain de triage au minimum des
appels, eh bien, un appel va, à toutes fins utiles, correspondre
à une ressource. Alors, vous allez voir tantôt les délais
nécessaires, les délais qui vont être impartis pour se
rendre à domicile et pour transporter les personnes qui sont en
situation de véritable urgence. Eh bien, ça va être encore
plus dramatique parce qu'on n'aura pas les ressources
nécessaires. Il va y avoir, M. le Président, un nombre
d'appels qui va faire en sorte que pour éviter le risque - et c'est la
base du système Clawson - un appel va égaler une ressource. Au
bout du compte, M. le Président, vous savez bien ce qui va arriver: il
va manquer d'ambulances, il va y avoir des pressions du public, il va y avoir
des pressions des techniciens ambulanciers. Et là, le gouvernement va
être encore pris dans une souricière, va être pris dans une
trappe où la population est en droit d'exiger des services ambulanciers
d'urgence dans la région de Montréal, et la population va dire:
Oui, mais vous ne nous aviez pas garanti que ça devait être en
dedans de six minutes, la réponse? Bien oui, mais on va leur
répondre: Bien ça, on vous avait dit ça, mais
c'était à la condition qu'à la ville de Laval et pour
Montréal on en ait, des ambulances, qui soient disponibles. C'est
ça qui va se produire d'ici deux ans, M. le Président.
Ce fameux système Clawson de réception et de triage des
appels qui va nous coûter combien, d'ailleurs, M. le Président? Il
va nous coûter combien, ce système-là? Combien est-ce qu'on
a de millions d'investis dans cette Corporation d'urgences-santé? Je
vous ai raconté les étapes tantôt: 1981, le projet de loi
88, l'installation de ce nouveau système; faillite de la
coopérative en 1990. En 1990, oui; c'est bien cela, en 1990. Avec tout
l'argent qu'on a englouti, au bas mot une vingtaine de millions
là-dedans, non seulement on va être obligés d'ajouter des
ressources, mais on ne pourra pas, avec la seule flotte actuelle, respecter les
délais normalement impartis dans une ville où il y a une
économie, une organisation moderne comme le Québec pour garantir
des services d'urgence de transport par ambulance dans la région de
Montréal. À quel prix, M. le Président? Impossible. (2
heures)
On a demandé au ministre de la Santé et des Services
sociaux, la commission des affaires sociales a prié le ministre de la
Santé et des Services sociaux de nous dire, pour évaluer
correctement la solution qu'on nous préconisait à la commission
des affaires sociales, par le ministère de la Santé et des
Services sociaux, combien ça va coûter de millions ce
système automatique, ces petites fiches qui ont été
inventées par un M. Clawson aux États-Unis et qui vend sa patente
à travers une entreprise qui s'appelle Medical Consultant Priority. On
ne sait pas encore le coût. Le ministre disait il y a quelques jours
encore en cette Chambre: Je vous garantis, dès le moment où le
contrat sera signé avec cette entreprise pour un système qu'on va
imposer à Urgences-santé, que je vais déposer le contrat
à l'Assemblée nationale et je vais vous déclarer le prix,
je vais vous dire le prix. Mais, M. le Président, ce n'est pas
après qu'on veut le savoir. La commission des affaires sociales
examinait, voulait examiner l'ensemble de la situation qui prévaut
à Urgences-santé. Il serait intéressant d'ici quelques
jours, là, de voir, M. le Président, ce qui s'est passé le
2 juin dernier - ça ne fait pas longtemps, là, la semaine
dernière - ce qui s'est passé mardi le 2 juin dernier. Est-ce que
finalement le système de tri des appels de Medical Consultant Priority a
été signé et à quel coût et nous allons
continuer à questionner le ministre de la Santé et des Services
sociaux sur cette question pour qu'il dise la vérité aux
Québécois.
M. le Président, la commission a également
été dans l'impossibilité d'examiner l'ensemble de la
situation à Urgences-santé avec les quelques heures et quelques
jours que nous avons eus en commission parlementaire et c'est pourquoi nous
avions fait une recommandation, M. le Président, que le ministre
décrète une enquête publique - c'est ce que nous avions
demandé et ça nous a été refusé, M. le
Président - une enquête publique sur l'ensemble des transactions
financières, sur la gestion et l'administration des ressources humaines
et matérielles à Urgences-santé.
M. le Président, je vais vous donner un exemple pourquoi on
voulait une enquête publique, tenez bien les deux bras de votre chaise,
là, pas rien qu'un, les deux bras de votre chaise. Selon la formule
coopérative en 1988 en vertu de la loi 47, on disait: Les
véhicules, les ambulances vont appartenir à la coopérative
des travailleurs ambulanciers, au syndicat des employés qui vont devenir
des coopérateurs. Bien, M. le Président, qu'est-ce qu'on
découvre? Qu'est-ce qu'on aperçoit en commission parlementaire
après avoir tiré les vers du nez d'un certain nombre
d'intervenants à cette corporation-là? C'est que les
travailleurs, M. le Président, ont reçu pendant un bon nombre
d'années, des formules T7 disant: Eh bien, vous avez contribué x
dollars à votre coopérative et vous avez donc droit à tant
de déduction fiscale parce que vous avez contribué à une
coopérative. Alors, M. le Président, la question, comment ces
gens-là ont-ils payé la contribution? La réponse: On n'a
jamais payé. Comment ça? Vous avez eu des pièces, vous
avez reçu des T7, pas le T4 des salaires, le T7 de la contribution
à une coopérative et vous n'avez jamais payé? Et vous avez
eu un avantage fiscal par le fait que vous auriez investi dans cette
corporation-là? La réponse, M. le Président, c'est: Ah
bien, c'est parce qu'on avait convenu que l'heure du dîner au Dunkin
Donuts ça comptait pour l'argent que nous devions investir dans
l'entreprise. M. le Président, on ne sait pas encore aujourd'hui, c'est
pourquoi nous demandions une enquête publique sur l'administration de la
Corporation d'urgences-santé, sur la gestion financière et sur
l'ensemble de l'administration.
M. le Président, je conclus cette intervention en disant: Est-ce
qu'Urgences-santé, pour les Montréalais et les résidents
de ville de Laval, est vraiment remise sur les rails? M. le
Président, la réponse c'est non. J'aurais pu prendre une
heure pour vous décrire le musée des horreurs, des situations que
nous avons pu apercevoir ou d'autres situations dont j'ai pu me rendre compte
sur le terrain qu'elles existent réellement, par des rencontres que j'ai
faites à Urgences-santé. M. le Président, tant qu'on nous
refusera, tant que le ministre de la Santé et des Services sociaux va
insister pour dire: On va installer encore un nouveau système et, vous
allez voir, ça va marcher, moi je dis, M. le Président, que
même avec ce rapport de la commission des affaires sociales, d'ici au
maximum deux ans, on va se revoir, M. le Président, avec le ministre de
la Santé et des Services sociaux pour encore une fois dire aux
Montréalais et aux gens de ville de Laval, avec la disparition des
infirmières, avec les médecins qui se sont retirés, avec
le système Clawson qui, maintenant, reçoit vos appels, avec cette
mécanique qui va nous coûter plusieurs millions qui, semble-t-il,
va s'appliquer à travers tout le Québec, qu'on a encore
manqué notre coup parce qu'en 1991 et 1992 on n'a pas pris le temps
d'examiner à fond toute la situation, de dresser un bon diagnostic et
faire en sorte qu'on eût pu adopter les remèdes nécessaires
pour s'offrir un système de transport ambulancier qui soit
adéquat et qui réponde aux besoins réels de la population
de Montréal et de ville de Laval. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): merci, m. le
député de rouyn-noranda-témiscamingue. sur ce même
sujet, je cède la parole à m. l'adjoint parlementaire du ministre
de la santé et des services sociaux et député de
matapédia. m. le député, la parole est à vous.
M. Henri Paradis
M. Paradis (Matapédia): Merci, M. le Président. Je
pense ne pas vouloir épiloguer, à ce moment-ci de la nuit, pour
reprendre un certain nombre de choses qui ont été dites et
redites en commission des affaires sociales, mais permettez-moi d'abord de dire
à mon honorable collègue de Rouyn-Noranda-Témiscamingue
que nous avons accepté de rencontrer tous les groupes en collaboration,
aussi bien du parti ministériel que du parti de l'Opposition, pour
essayer de faire toute la lumière sur la situation qui prévaut
à Urgences-santé. Ça a été fait de bonne
foi, de part et d'autre, et c'est ce que nous avons fait.
J'aimerais aussi rappeler au député de
Rouyn-Noranda-Témiscamingue que, contrairement à ce qui s'est dit
en commission parlementaire, jusqu'à un certain point, je suis heureux
aujourd'hui de l'entendre sur le fondement même des changements qu'on
doit apporter à Urgences-santé, et non pas une espèce de
règlement de compte qu'on a senti pendant la commission parlementaire
entre l'ex-ministre de la Santé, le député de Joliette, et
un certain nombre de syndicats à Urgences-santé à
Montréal. Alors, je suis heureux, ce soir, d'entendre un autre discours,
que je ne partage pas véritablement, mais qui a une autre connotation de
ce qu'on a pu entendre en commission parlementaire.
J'aimerais revenir, M. le Président, rapidement sur les
recommandations que la commission fait. La première, c'est de
séparer les appels urgents des appels non urgents, ce qu'on appelle
communément l'info-santé par rapport à l'urgence, le
9-1-1. Je pense qu'il a été clairement démontré
que, sur 1000 appels par jour, à Urgences-santé, il y en a
quelque 500 qui sont considérés comme non urgents. Donc, des
appels de citoyens qui veulent être rassurés pour une raison ou
pour une autre. Pendant que ces gens-là téléphonent au
9-1-1, il n'en demeure pas moins que les appels véritablement urgents ne
peuvent avoir une réponse rapidement. Ça m'apparait important
d'insister là-dessus et la commission des affaires sociales a retenu
cette recommandation, la première recommandation, pour dire qu'il faut
absolument séparer le non urgent de l'urgent pour avoir un meilleur
service, un temps de réponse adéquat et donner le plus rapidement
possible, aux gens qui en ont besoin, assistance. Alors, ça ne prend pas
nécessairement une infirmière pour répondre à un
appel urgent. S'ils veulent de l'information, être rassurés, on
publicisera et on donnera à des organismes adéquatement la
façon de procéder, mais, pour ce qui est des appels urgents, ce
sera encore le 9-1-1 et on divisera par deux le nombre d'appels qui sont
relativement urgents.
Je pense que c'est important de faire cette distinction et ça ne
m'apparaît pas anormal de voir que les infirmières... Ce n'est pas
obligé d'avoir une infirmière pour savoir si c'est un appel
urgent ou non urgent. À la limite, si on a besoin d'une
infirmière, on devrait avoir besoin d'un médecin qui pourrait
diagnostiquer au téléphone le problème exact de la
personne, mais ce n'est pas ça, le but d'un appel urgent. Le but d'un
appel urgent, c'est d'être capable de répondre dans le minimum de
temps et de porter assistance aux personnes qui sont dans le besoin. (2 h
10)
La recommandation 2, M. le Président, était de
procéder, ou que le ministre indique de «prioriser»
l'acquisition du système Clawson. On pourra en faire le procès,
du système Clawson, il en demeure pas moins une chose, c'est que le
système Clawson a fait ses preuves. Le système Clawson donne des
résultats très importants, très intéressants dans
plusieurs villes nord-américaines. Tous les experts que nous avons
rencontrés, même en commission parlementaire, et le
député de Rouyn-Noranda-Témiscamingue le
reconnaîtra, même le Dr Frechette l'a reconnu, ces gens-là
nous recommandent d'installer, pour Montréal et Laval, le système
Clawson. Donc, la recommandation de la commission des affaires sociales a
été
effectivement de demander au ministre, le plus rapidement possible, de
faire l'implantation du système Clawson pour Montréal et
Laval.
Troisièmement, et cette recommandation a été
votée unanimement par les deux partis de la commission, aussi bien le
Parti québécois que le parti ministériel, et
c'était pour «prioriser» le RAO, ce qu'on appelle la
répartition assistée par ordinateur. On sait que
présentement à Urgences-santé à Montréal on
marche encore avec des papillons, des petits bouts de papier pour coller sur
les murs. Puis, là, à un moment donné on ne sait plus
où est l'ambulance, on ne sait plus s'il y a été, ou s'il
n'y est pas allé, ou si le papier est tombé à terre, ou si
le monsieur est allé prendre son café. De telle sorte que, pour
appuyer le système Clawson, il faut aussi absolument savoir où
sont nos ambulances, dans quel temps elle est capable d'intervenir rapidement,
et ça, ça doit passer nécessairement par la
répartition assistée par ordinateur. Et je vous rappelle, M. le
Président, que cette recommandation a été votée
unanimement par la commission des affaires sociales.
Et la recommandation 4 était de maintenir en place l'observateur
du ministre qui avait aussi les pouvoirs de regarder quel était le
climat de travail et quelles étaient les conditions, les relations
interpersonnelles ou intersyndicales à l'intérieur
d'Urgences-santé. Bon, un premier rapport d'étape à
été remis au ministre. Il a récemment donné de
nouvelles directives avec des échéanciers bien précis. Et,
à ce que je sache, au moment où on se parle, il y a quand
même des choses intéressantes qui sont en train de s'effectuer au
niveau d'Urgences-santé. Je conviens qu'on n'en est pas peut-être
à une situation où c'est l'idéal, j'en conviens. Oui, il y
a des problèmes à Urgences-santé, mais il faut
reconnaître que depuis l'incident de 1989, suite au rapport De Coster, le
gouvernement a pris des directives, a pris ses responsabilités et est en
train de changer la situation à Urgences-santé.
Finalement, M. le Président, la dernière recommandation
que la commission des affaires sociales a soumise à l'Assemblée
nationale, c'est que la Corporation d'urgences-santé devienne un
établissement public au sens de la Loi sur les services de santé
et les services sociaux, de telle sorte que l'Assemblée nationale, que
le ministre aura un pouvoir de regard et d'interpellation beaucoup plus grand,
de telle sorte que l'on puisse vérifier ce qui se passe à
Urgences-santé et que les parlementaires, publiquement, puissent le
faire dans les plus brefs délais. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Alors, merci, M. le
député de Matapédia. Donc, ceci met fin à ce
débat.
Et, conformément à l'article 95, ce débat
n'entraîne aucune décision de l'Assemblée. M. le leader du
gouvernement, je suis prêt à vous reconnaître.
M. Pagé: Alors, M. le Président,
j'apprécierais si vous pouviez ajourner nos travaux à ce matin 11
juin, 10 heures.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Alors, est-ce que la
motion de M. le leader du gouvernement proposant l'ajournement de cette
Assemblée à ce matin, jeudi 11 juin, 10 heures, est
adoptée?
Des voix: Adopté.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Adopté. Donc, en
conséquence les travaux sont ajournés à ce matin, jeudi 11
juin, à 10 heures. Bonne fin de soirée à tous.
(Fin de la séance à 2 h 14)