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Liens Ignorer la navigationJournal des débats de la Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles

Version finale

42e législature, 1re session
(début : 27 novembre 2018)

Le jeudi 7 mai 2020 - Vol. 45 N° 40

Entendre le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation afin de permettre aux députés d’opposition d’échanger avec le gouvernement au sujet de la pandémie de COVID-19


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Table des matières

Organisation des travaux

Discussion générale

Intervenants

M. Mathieu Lemay, président

M. André Lamontagne

Mme Marie Montpetit

Mme Émilise Lessard-Therrien

M. Sylvain Roy

Mme Catherine Fournier

Note de l'éditeur : La commission s'est réunie en visioconférence.

Journal des débats

(Neuf heures deux minutes)

Le Président (M. Lemay) : Donc, ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles ouverte. Je demande à toutes les personnes présentes de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques ainsi que vos microphones.

Donc, la commission est réunie virtuellement afin de permettre aux députés d'opposition d'échanger avec le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation au sujet de la pandémie de COVID-19.

Donc, M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?

Le Secrétaire : Oui. M. Derraji (Nelligan) remplace M. Polo (Laval-des-Rapides).

Le Président (M. Lemay) : Merci beaucoup, M. le secrétaire.

Donc, le quorum ayant été fait hors ondes, permettez-moi de souligner les personnes... les participants présents. Donc, on a le député de Maskinongé, d'Orford, de Bourget, de Lac-Saint-Jean, la députée d'Argenteuil ainsi que Laviolette—Saint-Maurice, M. le ministre, Mme la députée de Maurice-Richard, M. le député de Nelligan, Mme la députée de Rouyn-Noranda—Témiscamingue, M. le député de Bonaventure ainsi que Mme la députée de Marie-Victorin.

Organisation des travaux

Donc, conformément à l'entente conclue, je vous rappelle qu'il n'y a pas de remarques préliminaires. La période d'échange avec le ministre, d'une durée d'une heure, se divise en plusieurs blocs, incluant les questions et les réponses, en alternance entre les groupes d'opposition. De façon plus précise, les temps d'échange sont répartis comme suit : il y aura un premier bloc de 19 min 17 s pour l'opposition officielle, suivi d'un bloc de 14 min 28 s pour le deuxième groupe d'opposition ainsi que la même durée pour le bloc du troisième groupe d'opposition, il y aura un autre bloc de 2 min 8 s pour la députée indépendante, et finalement nous terminerons avec un bloc de 9 min 38 s pour l'opposition officielle.

Discussion générale

Donc, nous allons commencer la période d'échange avec une première intervention de l'opposition officielle pour un premier bloc, et je demande à Mme la députée de Maurice-Richard de bien... prendre la parole. La période est à vous pour votre discussion avec le ministre.

Mme Montpetit : Je vous remercie, M. le Président. Bonjour à tous et à toutes. Bonjour, M. le ministre.

Plusieurs questions, aujourd'hui, à vous poser, plusieurs sujets, en fait, que je souhaite aborder. C'est une autre saison agricole difficile qui s'amorce pour les producteurs du Québec. On se rappellera que 2019 a déjà été une des pires saisons de l'histoire du Québec pour nos producteurs, avec un printemps qui avait été tardif, un hiver qui avait été hâtif, une grève du CN, une crise du propane entre les deux, des perturbations importantes sur les marchés aussi, asiatiques notamment. Donc, beaucoup, beaucoup de difficultés pour nos producteurs, qui sont sortis épuisés de la saison 2019. Et c'est une saison de 2020 qui s'amorce difficilement. Avec la COVID-19, on le voit bien, là, c'est toute la chaîne qui est perturbée, dans le secteur agricole. Donc, plusieurs sujets que je souhaite aborder avec vous, M. le ministre, pour voir comment vous comptez aider nos agriculteurs et aussi assurer la santé alimentaire des Québécois.

Donc, je commencerais avec un premier sujet, qui a fait l'actualité dans les dernières 24 heures ou, en fait, dans les derniers jours, la question des abattoirs. On a vu qu'il y a eu des très fortes éclosions de COVID-19 dans plusieurs abattoirs, qui ont entraîné la fermeture de certains d'entre eux, qui ont amené une pression supplémentaire sur ceux qui étaient ouverts.

Il y a eu une annonce du fédéral hier pour, justement, venir aider les abattoirs, mais qui vient vraiment circonscrire une aide au niveau des mesures à mettre en place pour prévenir de nouvelles éclosions, par exemple, par l'achat d'équipement, mais clairement ça ne vient pas tout régler. Et c'est l'ensemble de la chaîne alimentaire, là, qui dépend du bon fonctionnement de ces abattoirs.

Donc, ce que je voulais voir avec vous, c'est comment vous... Bien, est-ce que vous comptez intervenir, comme ministre provincial? Et une des propositions qui est sur la table, notamment, c'est de mettre un programme spécial en place au niveau provincial pour permettre aux abattoirs d'augmenter la cadence, de reprendre le retard qui a été pris, d'éviter aussi l'euthanasie de centaines de milliers de bêtes et en compensant, dans le fond, les salaires, l'argent par l'ajout d'heures supplémentaires. Donc, j'aimerais vous entendre, M. le ministre, pour commencer, sur ce sujet-là.

M. Lamontagne : Merci. Bonjour, M. le Président. Merci, Mme la députée.

D'abord, bien, je voudrais vous saluer, tous mes collègues de chacune des formations politiques. Je voudrais saluer aussi, Mme la députée, votre contribution au cours des dernières semaines. Je sais que vous êtes allée faire du travail extraparlementaire au sein de nos... dans nos tranchées, là, qui sont les plus à risque présentement, je voudrais vous en remercier. Puis même chose aussi, mon collègue de Nelligan. J'ai lu avec beaucoup d'intérêt un peu le... pas le reportage mais un peu les commentaires que vous avez pu faire suite à votre expérience, là, en travail en CHSLD. Alors, merci beaucoup, M. le député, de votre contribution.

Écoutez, la question des abattoirs, Mme la députée, c'est certain que c'est un enjeu qui a été de tous les instants, de toutes les journées, depuis le début de la crise, parce qu'on le sait toute la question de la production animale, c'est excessivement séquencé, surtout dans le milieu porcin, où on parle que ça se passe sur une période de sept mois, alors d'arriver puis, en toute fin, d'avoir un goulot d'étranglement, bien, ça vient causer des difficultés importantes.

Ce qui est arrivé, c'est que, dès le départ de la crise, on a eu, un, la mise en place de protocoles qui n'étaient pas adaptés à l'industrie, qui ont entraîné un ralentissement au point de vue de la capacité d'abattage. Et puis, deuxièmement, on a eu une éclosion tellement importante puis on a eu une fermeture d'un abattoir important du Québec, là, Yamachiche, qui a été fermé pendant deux semaines. Alors, tout ça, ça a vraiment créé une onde de choc.

Mais en même temps ça a mis le secteur, ça a mis le ministère, ça a mis les intervenants de la santé, du MTESS, tout le monde, en mode collaboration. On a mis sur pied une cellule de crise qui visait justement à faire en sorte que, chaque fois qu'il y a quelque chose qui se passait dans un abattoir, qui était un service plus essentiel que jamais, bien, il y ait une réponse très, très rapide au point de vue des autorités pour permettre à l'entreprise de continuer d'opérer puis à mettre en place les protocoles les plus sécuritaires possible.

Alors, ce qu'on a vu, là, au cours des dernières semaines, c'est vraiment une stabilisation dans le secteur. Et puis là on a commencé, on a vu, la semaine passée, pour la première fois... on a commencé à avoir une réduction, si on veut, des porcs qui sont en attente. Alors, je vous dirais que la situation est stabilisée, la situation est encore précaire, mais qu'on a la tête sortie de l'eau, là, puis on peut regarder par en avant, là, avec une certaine confiance, là.

Mme Montpetit : Je suis assez surprise que vous me disiez que la situation est stabilisée parce que, dans les échanges que j'avais hier, pas plus tard qu'hier, avec l'UPA, ce n'est pas la lecture qu'ils en faisaient.

Donc, comme j'ai plusieurs sujets, là, ma question, elle va être très simple : Est-ce que, comme ministre, vous avez réfléchi... Est-ce que vous avez l'intention de mettre en place des compensations financières, un programme spécial pour les abattoirs du Québec?

M. Lamontagne : Bien, écoutez, la question de la relation commerciale entre les abattoirs et puis les éleveurs, c'est vraiment une relation qui est entre eux. La question des ressources humaines, comment les ressources humaines sont gérées, comment les opportunités de marché... Parce qu'on sait qu'il y a des opportunités de marché, présentement, là. Tout le porc qu'on peut abattre, on trouve preneur sur les marchés internationaux. Alors, cette filière-là, c'est une filière qui est la plus importante au Québec si on enlève la filière laitière. Alors, de voir... Ces gens-là sont en mesure de se parler. D'ailleurs, ils ont appris, au cours des dernières semaines, à se parler encore davantage. Nous, ce qu'on a fait, on les a accompagnés dans ces discussions-là, on les a accompagnés face aux défis qu'ils ont rencontrés, mais la façon dont ils vont parvenir à cette résolution-là, c'est vraiment un travail de filière. Et puis, je peux vous dire, jusqu'à maintenant, là, les gens travaillent très bien ensemble, là.

• (9 h 10) •

Mme Montpetit : Donc, je comprends que la réponse est non. Donc, je vais passer à un autre sujet, comme le temps file.

Pénurie de main-d'oeuvre, un des autres dossiers qui est extrêmement préoccupant, dont les producteurs agricoles, moi, me parlent quotidiennement, encore dernièrement. On sait que, bon an, mal an, au Québec, il y a près de 11 000 travailleurs saisonniers qui viennent donner un coup de main, de la saison des semis aux récoltes, qui viennent principalement du Guatemala, du Mexique. Avec les perturbations qui sont liées à la COVID-19, évidemment, fermeture de frontières, difficultés administratives, il y en a... bien, évidemment, c'est venu perturber grandement ce tableau. Qui plus est, quand ils arrivent, les travailleurs doivent se mettre en quarantaine.

Est-ce que vous êtes en mesure de nous dire, à ce jour, sur les 11 000 dont le Québec bénéficie normalement et dont les producteurs agricoles ont besoin pour non seulement semer, mais récolter aussi à la fin de la saison, sur les 11 000, combien sont arrivés à ce jour et sont déjà au travail dans les champs?

M. Lamontagne : Bien, Mme la députée, les 11 000, pour la période d'avril, mettons, à octobre on a la présence de 11 000 travailleurs temporaires, là, en date du 30 avril, là, ce que je peux vous dire, je n'ai pas le chiffre exact, mais ce que je sais, c'est qu'il y a 85 % des travailleurs qui étaient attendus qui sont arrivés. Puis, de ce nombre-là, bien, la question, là, dans les champs, bien, ceux qui sont arrivés déjà il y a quelques semaines, leurs quarantaines sont déjà terminées, et puis, naturellement, ils sont au travail. Ceux qui sont arrivés cette semaine ou la semaine passée, bien, ils ont encore peut-être une semaine de quarantaine à faire, là. Mais des travailleurs qui étaient attendus, planifiés, là, en date du 30 avril, là, il y a 85 % des travailleurs qui sont arrivés, là.

Alors, de mémoire, là, je vous dirais, je pense, c'est des chiffres... quelque chose entre 3 500 ou 4 000... Alors, c'étaient entre 3 500 ou 4 000 travailleurs qui étaient attendus d'ici le 30 avril, puis il y a 85 % de ce chiffre-là, là, que... Je n'ai pas le chiffre exact sur moi, mais c'est dans ces eaux-là, Mme la députée. Alors, il y a 85 % des travailleurs, là, qui sont arrivés au Québec, là.

Mme Montpetit : Et, sur les 11 000, vous vous attendez à ce que combien puissent arriver au Québec dans les temps attendus pour la saison?

M. Lamontagne : Bien, écoutez, c'est très, très difficile à dire, parce qu'il y a plusieurs semaines, quand on s'assoyait avec les gens de la table sectorielle de main-d'oeuvre en agriculture puis avec l'UPA, les scénarios étaient vraiment... écoutez, c'était une inconnue, parce que les frontières étaient fermées, on n'avait aucune idée du nombre de travailleurs qui pourraient s'en venir ici, au Québec. Alors, vous nous auriez demandé, il y a quatre semaines : Combien vous pensez qu'il y a de travailleurs qui vont arriver d'ici le mois d'avril?, puis quelqu'un aurait dit : Il y a 85 % des travailleurs qui vont être rentrés au Québec, bien, je veux dire, tout le monde se serait pincé, en disant : Bien là, d'où vous prenez ces chiffres-là, là?

Alors, pour les travailleurs qui doivent arriver en mai, juin, là, jusqu'à juillet, aujourd'hui c'est très, très difficile d'établir, là, le rythme d'arrivée. Par contre, ce que je pourrais vous dire, c'est que les situations sont stabilisées dans les différents pays. Les obstacles administratifs qu'il y avait au niveau canadien ou avec le gouvernement mexicain ou le gouvernement guatémaltèque, ces obstacles-là ont été levés. Alors, il est à prévoir que les entraves à la venue des travailleurs qui sont déjà sous contrat, si on veut, avec nos employeurs au Québec, là, les entraves sont moindres qu'elles étaient il y a un certain nombre de semaines, lorsqu'on regardait les scénarios catastrophiques. Alors, je ne peux pas me prononcer sur le pourcentage de travailleurs ou le nombre de travailleurs qu'il reste à venir au Québec, mais les conditions qu'on retrouve aujourd'hui puis qu'on va retrouver au cours des prochaines semaines sont certainement plus favorables que les conditions qu'on retrouvait il y a trois ou quatre semaines à ce niveau-là.

Alors, c'est difficile de prévoir, mais, si on dit que, dans une période très, très difficile, on a réussi à faire en sorte qu'il y a 85 % des travailleurs qui sont arrivés au Québec, bien, on peut penser que les mois qui sont à venir vont représenter aussi des défis, mais que les résultats, là, devraient à tout le moins s'apparenter à ce qu'on vient de vivre, là, depuis un mois. Mais, encore là, c'est très, très difficile d'être capable de prévoir à ce niveau-là, Mme la députée, là.

Mme Montpetit : Je vous remercie. Je vais continuer sur le même sujet, parce que, comme vous le savez, vous le savez aussi bien que moi, M. le ministre, que les agriculteurs doivent prendre des décisions, en ce moment, là, dans les jours qui viennent, en fonction de la main-d'oeuvre qu'ils auront. Ils ont besoin de bras. Et ils n'ont pas une grande visibilité sur la suite des choses et ils n'ont pas beaucoup de certitude non plus que ces travailleurs vont arriver.

Vous avez appelé les Québécois à aller travailler dans les champs. Je vous ai entendu dans une entrevue, la semaine dernière, où vous étiez heureux d'annoncer que 7 000 personnes avaient levé la main et s'étaient inscrites à la liste. Là, on apprenait ce matin que seulement 100 personnes de la liste seraient finalement au travail. Moi, je veux vérifier avec vous. Sur les milliers de C.V., dans le fond, qui ont été envoyés, combien sont au travail présentement? Est-ce que le chiffre qui est sorti ce matin est le bon? Avez-vous cette lecture-là? Et est-ce que je comprends qu'on est... Vous faisiez référence, un peu plus tôt, au travail qu'on a fait dans les CHSLD avec mon collègue de Nelligan. Est-ce qu'on est dans le même scénario encore que la liste Je contribue pour les CHSLD? Qui, en tout respect, moi, je le vis au quotidien avec mes CHSLD, est un échec mais complet en termes d'efficacité, donc il y aura d'autres mesures, je pense, qui doivent être prises de ce côté-là. Mais est-ce qu'on se retrouve dans la même situation, avec, finalement, beaucoup de gens qui ont levé la main mais...

Pouvez-vous nous expliquer combien il y en a qui sont au travail? Ça, c'est ma première question. Réellement, combien, aujourd'hui, qui ont envoyé leurs C.V. sont au travail? Et comment vous voyez la suite des choses sur ces C.V. là?

M. Lamontagne : Bien, juste me préciser, j'aimerais ça que... Refaites-moi le lien comme il faut, que vous faites entre les CHSLD puis les défis qu'on a dans les champs, s'il vous plaît, Mme la députée, là. J'ai de la misère à comprendre un peu, là.

Mme Montpetit : Ce que je veux dire, c'est que, sur la liste sur les CHSLD, il y avait des dizaines de milliers de noms, finalement, pour assez peu de résultat, hein? Donc, on s'est retrouvé avec une grosse, grosse banque de... liste, sur Je contribue, de près de 50 000 noms, et finalement ce n'est pas du tout efficace.

Là, la semaine dernière, comme je vous le dis, vous annonciez qu'il y avait 7 000 personnes qui se sont inscrites. Ce matin, il y en aurait seulement 100 qui travaillent. Combien il y en a qui travaillent? On a bien vu les agriculteurs, dans les derniers jours, aussi, qui ont dit que, finalement, ce n'est pas si efficace que vous l'auriez peut-être souhaité, cette liste pour le travail dans les champs.

M. Lamontagne : Bien, d'abord, je vous dirais que toute l'évaluation des besoins, déterminer aussi quelle sorte d'approche on prendrait, le temps décidé, là, pour lancer l'appel aux champs, là, c'est quelque chose qu'on a fait vraiment en collaboration avec la table sectorielle Agricarrières puis avec l'UPA, c'est quelque chose qu'on a préparé, si on veut, depuis des semaines et des semaines. Mais, à un moment donné, quand... C'est eux, à un moment donné, qui ont dit : Bon, bien là, ça va nous prendre un ou des bras, mais en même temps ça va nous prendre... il faut avoir une idée de quelle sorte d'accès à des travailleurs qu'on va avoir au cours des semaines puis des mois à venir, parce qu'on s'entend que le gros des besoins... Exemple, on a 85 % des besoins, de ce qui était attendu qui ont été comblés en date du 30 avril. Ça, c'est-à-dire, à ce moment-là, qu'on a... Si on parle de 85 % des besoins, si on attendait 11 000 travailleurs, il y en a à peu près 3 500, 3 800 qui sont arrivés sur, mettons, un potentiel de 4 000, ça veut dire que, dans les prévisions, il y a un 7 000 travailleurs, normalement, qui seraient attendus pour le mois de mai, le mois de juin, pour les récoltes.

Alors, ce qui était très important, pour la table sectorielle, c'était d'avoir en main un bassin important de C.V. ou de personnes qui avaient un intérêt pour venir travailler dans les champs. Et puis il faut comprendre que les entreprises agricoles ont des contrats avec les travailleurs étrangers qui s'en viennent. Alors, en fonction des besoins des entreprises agricoles, bien, ces gens-là vont être contactés en temps et lieu pour venir contribuer, voir s'ils ont toujours l'intention puis la volonté de venir contribuer, là, au sein des exploitations agricoles, là.

Mme Montpetit : Je n'ai pas entendu de réponse à ma question, qui était : Sur les milliers d'inscriptions et de C.V. qui ont été envoyés, combien de ces personnes sont présentement en train de travailler dans les champs du Québec?

M. Lamontagne : Bien, vous m'avez dit le chiffre de 100, là, je présume que vous avez fait des bonnes recherches, là. Honnêtement, je n'ai pas ce chiffre-là ce matin, là. Mais au dire des gens d'Agricarrières, là, les inscriptions vont bon train. Il y a des activités de jumelage qui se font entre les gens qui postulent, qui ont un intérêt pour les emplois, puis les producteurs. Et puis c'est un travail qui se fait tous les jours, toutes les semaines, là, en fonction des besoins sur le terrain, là.

Mme Montpetit : M. le ministre, juste pour clarifier, là, le chiffre de 100, je fais la même revue de presse que vous tous les matins, hein, c'est un article qui est dans notre revue de presse commune. Pouvez-vous vous engager à nous revenir... Là, je comprends que vous n'avez pas la réponse. Pouvez-vous vous engager à revenir puis à nous donner le chiffre exact? Parce que je pense... En tout cas, si vous ne l'avez pas, je pense qu'il serait d'intérêt que vous l'ayez.

Puis est-ce que vous trouvez que 100... Parce que vous aviez l'air, comme je vous disais, très heureux qu'il y ait 7 000 inscriptions. À 100, aujourd'hui, vous trouvez que c'est un chiffre intéressant?

• (9 h 20) •

M. Lamontagne : Bien, moi, ce que je trouve intéressant, Mme la députée, là, c'est qu'on est dans une situation qui est tout à fait inédite, qui n'a jamais été vécue, une situation où, il y a quelques mois, on avait parlé aux producteurs agricoles, et puis il n'y a personne qui avait sur son radar, là, qu'il y aurait une saison qui serait hors de l'ordinaire, là, qui se présenterait pour 2020. Et puis d'être arrivés, là, devant le constat, là, qu'il était possible que ce soit très difficile ou moyennement difficile d'avoir accès à de la main-d'oeuvre pour les producteurs, d'avoir mis ce programme-là en place avec l'Union des producteurs agricoles et puis la table sectorielle, d'avoir annoncé ce programme-là le 17 avril, d'avoir eu dans les jours qui ont suivi, depuis, maintenant, le 17 avril, là, plus de 100 000 visites sur les sites, plus de 7 000 C.V. qui ont été déposés, des dizaines de jumelages qui sont commencés, dans un contexte où, oui, on a eu un arrivage, quand même, de 85 %, là, des travailleurs qui étaient attendus, bien, je vous dirais que le signal qui est envoyé par la population, certainement, c'est qu'il y a un intérêt, il y a une solidarité avec le monde agricole. Et puis, moi, dans un contexte où il n'y avait aucun scénario alternatif, là, bien, je vous dirais, de voir que ça, ça devient le scénario alternatif pour venir en aide au milieu agricole, bien, c'est certainement dans une bonne direction, ça, Mme la députée, là.

Mme Montpetit : Je comprends que vous allez donc nous revenir dans les 24 prochaines heures, si possible, là, avec des chiffres rigoureux sur la situation actuelle. Je pense que 100... Je comprends que c'est une situation exceptionnelle, mais, de toute évidence, ce chiffre-là ne permettra pas de combler les besoins de main-d'oeuvre de nos agriculteurs, qui ont des besoins de main-d'oeuvre extrêmement importants.

Moi, je vous sens très, très rassuré, dans toutes ces réponses-là. Est-ce qu'à ce stade-ci vous pouvez... vous avez une conviction, dans le fond, qu'aucun agriculteur ne va avoir un problème de main-d'oeuvre au Québec cette saison-ci?

M. Lamontagne : Non, je n'ai pas cette conviction-là du tout. La seule conviction que j'ai, Mme la députée, c'est qu'à tous les jours tous les gens de la filière, tous les gens qui sont impliqués dans le domaine, là, donnent le meilleur d'eux-mêmes, à partir des producteurs, tous les gens de la chaîne, pour assurer le meilleur résultat possible, dans un contexte qui est unique, qui n'est jamais arrivé dans l'histoire. Depuis que vous et moi, on est au monde, là, il n'est jamais arrivé une histoire comme ça au Québec, là. Alors, je suis très confiant de savoir que tout ce qui est mis en oeuvre, tout ce qui peut être mis en oeuvre, à la hauteur des talents puis de l'engagement des gens, là, va l'être.

À savoir le résultat que ça va donner, là, bien, ensemble, à un moment donné, on va être capables de le constater. Au fil des semaines, vous voyez comment ça évolue, la situation de la COVID, dans tous les pans de la société, là. Alors, je peux vous dire une chose, c'est qu'on regarde ça aller jour après jour, semaine après semaine. Mais je suis très confiant dans l'engagement, la mobilisation puis le talent des gens qui cherchent à faire arriver ça. À savoir le résultat, bien, on est dans un contexte... Comme le premier ministre l'a déjà expliqué, on est en train de bâtir l'avion pendant qu'on est en vol. Bien, ce n'est pas étranger à ce qui se passe dans le secteur agricole aussi.

Mme Montpetit : Et, toujours sur le même sujet, je vois qu'il ne me reste vraiment pas beaucoup de temps, pour finir sur la main-d'oeuvre, j'ai vu que votre gouvernement a annoncé ce matin un rehaussement, en fait, des primes qui vont être données pour les travailleurs qui vont aller en CHSLD. Est-ce que vous avez l'intention, vous, comme ministre de l'Agriculture, de faire le même type d'intervention auprès de vos collègues pour que les primes qui sont données aux gens qui lèvent la main pour aller dans les champs soient augmentées également? Parce que, s'il y a seulement 100 personnes, à l'heure actuelle, qui ont vraiment répondu à l'appel, c'est peut-être aussi parce que l'incitatif n'est pas assez important.

M. Lamontagne : Bien, écoutez, je vous dirais que, le 17 avril, là, ce qu'on a annoncé, c'est un programme à hauteur de 45 millions de dollars, là, qui vise à attirer les travailleurs aux champs. C'est une initiative qui est très, très, très robuste. Et puis le résultat, bien, on le verra au fil des jours, au fil des semaines.

Mais, jusqu'à maintenant, comme je vous dis, on a eu 7 000 personnes qui ont manifesté l'intérêt d'aller travailler dans les champs. On verra la suite de tout ça, Mme la députée, là.

Le Président (M. Lemay) : Merci beaucoup. Ceci complète ce premier bloc d'échange. Alors, je vais maintenant céder la parole au deuxième groupe d'opposition, avec Mme la députée de Rouyn-Noranda—Témiscamingue, en vous rappelant qu'il vous reste 14 min 28 s pour votre bloc d'échange.

Mme Lessard-Therrien : Merci, M. le Président. Bonjour, M. le ministre. Bonjour à tous les collègues.

Ce matin, M. le ministre, j'aimerais parler avec vous d'autonomie alimentaire. Depuis le début de la crise, il y a le gouvernement qui s'est rendu compte que le Québec était loin d'être autonome sur le plan alimentaire. Le premier ministre en a fait aussi mention, là, à quelques reprises dans ses points de presse. En fait, la crise a un peu révélé à quel point notre système agricole peut être fragile, au Québec, fragile de par notre dépendance aux importations, à notre main-d'oeuvre étrangère, par nos filières qui sont dédiées à l'exportation. Même nos productions sous gestion de l'offre, qui sont supposées d'être équilibrées, ont fait les frais de la pandémie.

J'aimerais savoir c'est quoi, les conclusions que tire le ministre jusqu'à maintenant sur notre système agricole en lien avec la pandémie.

M. Lamontagne : Bien, écoutez, M. le Président — puis, chère collègue, salutations — la première conclusion que je tire, là, à la lueur de ces semaines-là de crise, là, c'est qu'on a un système d'approvisionnement alimentaire qui est excessivement robuste, excessivement robuste, parce qu'à travers les tempêtes qu'on a vécues depuis plusieurs semaines, là, à la grandeur du Québec, aux quatre coins du Québec, il a pu arriver, là, une journée ou deux, là, qu'on a manqué d'une certaine variété ou d'un certain produit, là, mais il n'y a pas une place au Québec, là, où les gens ont été menacés de pénurie alimentaire, où on a pensé une seconde, là, que le Québec ne serait pas en mesure de nourrir ses habitants, là. Alors, à travers une pandémie comme ça, je vous dirais, Mme la députée, que la première chose qu'on a apprise, c'est que la chaîne alimentaire est excessivement robuste, de la production jusqu'à la livraison des produits.

Est-ce que ça veut dire qu'elle ne pourrait pas être plus robuste? Pas du tout, on peut certainement améliorer. Puis la crise actuelle qu'on vit nous a amené des informations additionnelles, justement, sur certains maillons de la chaîne qui pouvaient être plus faibles un peu puis de voir, dans le futur, comment on peut rendre encore plus robuste cette chaîne alimentaire là, Mme la députée. Mais on a certainement appris, au cours des dernières semaines, là. Puis vous avez probablement été témoin de ça quand vous êtes chez vous, dans Rouyn-Noranda—Témiscamingue, là, puis vous êtes allée à l'épicerie, vous avez eu à acheter des biens, tout ça, là. Je ne pense pas que vous avez dû avoir de gros problèmes, là, pour aller chercher ce que vous aviez besoin pour votre famille, et tout ça, là. Je pense que ça, au moins, on a appris ça au cours des dernières semaines, là.

Mme Lessard-Therrien : Je pense qu'il est peut-être un peu tôt aussi pour qualifier à quel point notre système est robuste, dans le sens où on commence à peine les semences. Donc, je pense qu'on est peut-être moins en mesure d'anticiper tous les effets que la pandémie va pouvoir avoir sur notre autonomie alimentaire.

En 30 ans, notre taux d'autosuffisance alimentaire est passé de 80 % à à peu près 40 %, 55 %, là, si on ajoute les produits transformés. Est-ce que c'est une... C'est quoi, la nouvelle cible d'autosuffisance alimentaire que le ministre veut viser d'ici la fin de son mandat?

M. Lamontagne : Bien, Mme la députée, je suis un petit peu surpris des chiffres que vous annoncez là. Première des choses, au moment où on se parle, en 2018, l'autonomie alimentaire, si on veut, du Québec était évaluée à à peu près 58 %. On produit 9 milliards par année de biens, on transforme à hauteur de 30 milliards de biens par année. On importe 7,4 milliards de dollars par année de denrées alimentaires. On exporte davantage qu'on importe, qui était un objectif, là. Il y a 30 ans, là, quand on parlait un peu d'autosuffisance aussi, il était question de s'assurer, là, que, le total de ce qu'on importe puis qu'on exporte, là, bien, on ne soit pas en déficit. Alors, on exporte davantage de produits qu'on en importe au Québec.

Alors, la question de l'autonomie alimentaire, ultimement, l'objectif, ce serait qu'on soit 100 % autonome. Il y a une question... Il y a un gros contrat social aussi, là-dedans, qui est entre les gens qui produisent et les gens qui consomment, hein? Alors, plus les gens qui consomment vont chérir et valider l'importance d'acheter des biens qui sont produits sur leur territoire, bien, plus il va y avoir en arrière une chaîne qui va être là pour être capable de répondre à cette demande-là.

Alors, ce qui est intéressant, avec ce qu'on vient de passer... Puis il arrive des épisodes où les gens deviennent un peu plus sensibilisés à la question de l'achat local. Bien, ce qu'on vient de vivre, depuis un certain nombre de semaines, là, c'est une sensibilisation multipliée par 10 à l'importance de l'achat local, et puis on voit que ça donne des résultats qui sont tangibles.

Alors, le défi, pour toute la chaîne bioalimentaire puis pour toute notre société, ça va être de maintenir ce niveau de sensibilisation là. Puis, si ce niveau-là est maintenu, puis l'engagement des citoyens à privilégier une production locale versus une production qui viendrait de n'importe quel autre pays, bien, je peux vous dire que la question de l'autonomie alimentaire du Québec, là, va s'autoréguler, puis on va voir les chiffres augmenter, Mme la députée, là.

• (9 h 30) •

Mme Lessard-Therrien : Je suis souvent surprise de comment on peut qualifier, justement, notre autonomie alimentaire quand on parle d'exportations, d'importations puis la balance des deux qui fait en sorte qu'on est relativement en bonne posture, au Québec; en même temps, sur les tablettes de nos épiceries, on se rend compte à quel point nos producteurs locaux sont en concurrence avec des produits qui viennent de l'extérieur, que... Et, quand on regarde aussi les chiffres, on se rend compte qu'on fait beaucoup d'importation pour des produits qu'on est capables de produire nous-mêmes ici, au Québec. Et, bon, dans le contexte, là, plus incertain de la pandémie, en ce moment, bien, on peut se demander aussi... S'il y a pénurie alimentaire à prévoir, bien, évidemment que les pays qui sont producteurs de ces produits-là vont probablement nourrir leur population avant de procéder aux exportations.

Là, vous m'ouvrez la porte, parce que vous parlez d'achat local, vous parlez que les citoyens, les citoyennes, dernièrement, ont été très solidaires avec nos producteurs locaux, c'est effectivement superintéressant. Qu'en est-il du rôle du gouvernement dans cette demande-là pour des produits locaux? Vous nous avez parlé de votre Panier bleu il y a quelques semaines. Nous, on a fait une sortie en début de semaine pour réclamer un panier bleu pour l'État québécois, c'est-à-dire que l'État, le gouvernement soit lui-même un exemple au niveau de l'achat local. On parle... En début de semaine, on a encore fait aussi, c'est ça, cette sortie-là où on parle de remplir à 50 % d'aliments québécois les assiettes servies dans nos institutions. Donc, imaginez le levier que le Québec pourrait avoir, que le gouvernement pourrait donner à nos entreprises, nos fromageries, nos petites boucheries locales, nos entreprises maraîchères si demain matin on disait : O.K., dans tous nos CHSLD, nos CPE, nos écoles, on veut accroître la proportion de nos aliments produits au Québec à 50 %, comment ça peut avoir un effet de levier incroyable dans toutes les régions du Québec.

C'est quoi, les cibles du gouvernement en matière d'achat d'aliments locaux dans les institutions publiques pour la prochaine année?

M. Lamontagne : Bien, Mme la députée, je suis très, très, très heureux de vous entendre parler de ce sujet-là. Puis vous avez dû remarquer, à titre de porte-parole, là, quand j'ai déposé le plan stratégique 2019‑2023 du ministère, que le ministère a de multiples cibles, multiples cibles à atteindre, mais il a décidé de prendre trois vecteurs selon lesquels il veut être jugé. Puis ça, quand je dis «le gouvernement», bien, c'est moi qui signe le rapport, là. Puis un de ces trois-là, là, c'est justement l'achat institutionnel de produits québécois.

Bien, depuis que je suis entré en poste, là... Si vous avez un souvenir, là, je suis entré en poste le 18 octobre. Le 23 octobre j'étais interpelé parce qu'il se vendait des pommes tranchées américaines dans des CHSLD. Ça fait que, là, moi, j'ai demandé à mes fonctionnaires... j'ai dit : Bon, bien, O.K., comment ça fonctionne, l'achat local, au point de vue de nos institutions, et tout ça?, puis, à ma grande surprise, ce que j'ai appris, bien, c'est que les gouvernements précédents n'avaient jamais jugé important de mettre en place des mesures pour faire en sorte qu'il y ait un achat d'exemplarité de la part de l'État.

Alors, on s'est mis au travail, au ministère. Il y a deux choses qu'on s'est mis à développer : un cadre gouvernemental, justement, d'achat de toutes les institutions qui sont reliées, là, au réseau public, on a identifié, là, entre 3 500 et 4 000 institutions, et puis le développement aussi du premier répertoire bioalimentaire d'aliments du Québec.

Alors, d'ici les mois qui s'en viennent, là, on va avoir la publication de cette première version là de tout le répertoire de l'offre bioalimentaire du Québec. Et puis, au cours des semaines ou des mois à venir, là, c'est sûr que la pandémie, c'est venu un petit peu bouleverser un peu notre séquence de travail et d'annonces, mais je devrais être en mesure d'annoncer le cadre gouvernemental, là, au point de vue de l'achat institutionnel, qui va nous permettre de nous mettre sur le chemin pour rencontrer les objectifs qu'on a stipulés dans le cadre... dans notre... le plan stratégique qu'on a déposé, là, au mois de décembre, Mme la députée. Alors, vous allez être bien contente. Ça fait que ce que vous avez demandé la semaine passée, vous allez voir, on va avoir été vraiment vite, parce qu'on va vous le livrer dans quelques semaines.

Mme Lessard-Therrien : Vous parlez d'un répertoire. Ça, on est très bons, au Québec, pour faire des répertoires, faire des bottins pour recenser nos entreprises. Maintenant, je n'ai pas entendu de cible précise pour augmenter la part des contenus locaux québécois dans les assiettes, dans les institutions. Donc, j'espère que, dans votre plan, on va retrouver une cible plus précise.

Maintenant, comme le temps file, j'aimerais passer sur toute la question... Le volet production en serre, ça a été abondamment aussi discuté, là, dans les différentes tribunes, dans les dernières semaines, justement dans un objectif d'accroître notre autonomie alimentaire. Au Québec, on a beaucoup de chance parce que, si on prend la voie de l'autosuffisance alimentaire, on a quand même un allié de taille qui s'appelle Hydro-Québec, qui est d'ailleurs une société d'État qui nous appartient. Et en ce moment ce qu'on calcule, c'est que seulement 4 % des surplus non utilisés d'Hydro-Québec suffiraient pour rendre le Québec autosuffisant dans différentes productions de fruits et légumes. Alors, moi, ma question c'est : Pourquoi on laisse dormir ces surplus-là derrière les barrages au lieu de les offrir à nos agriculteurs?

M. Lamontagne : Bien, dans un premier temps, là, juste vous rectifier, là, Mme la députée, là, ce n'est pas Hydro-Québec, là, qui va développer les serres au Québec, ce n'est pas Hydro-Québec qui va aller développer les serres au Québec.

Ceci étant dit, je vous rappellerais, on a fait la même campagne électorale, en 2018, qu'un des engagements forts qu'on avait, en agriculture, c'était de doubler la superficie de culture en serre, au Québec, passer de 120 hectares à 240 hectares. Deuxièmement, au mois de novembre 2019, le 7 novembre, lors de la mise à jour économique du ministre des Finances, le ministre des Finances a annoncé que le programme de rabais d'électricité lié au développement de la culture en serre, au Québec, était transféré au MAPAQ. Et puis, au mois de mars, le 10 mars, suite au budget, il y avait 50 millions de dollars qui étaient alloués pour la première phase de la mise en oeuvre de notre plan de développement.

Ce qu'il faut comprendre, c'est que, depuis qu'on est au pouvoir, on a vraiment fait le tour de toute la question serricole au Québec. Il y a 900 serres, présentement, au Québec. Il y en a des petites, il y a en a des moins petites, il y en a des moyennes, il y en a des grandes. Il y a des très grands projets. Il y a différentes façons qu'on peut intervenir. La composante de l'électricité, c'est certainement une composante qui est importante, mais ce n'est pas seulement que... la seule variable, dépendamment, justement, de l'échelle de ces serres-là.

Alors, ce qui va être annoncé, au cours des mois qui s'en viennent, ça va être le plan du gouvernement, justement, pour le développement de l'industrie serricole. Puis à ce moment-là vous allez avoir réponse, là, à plusieurs de vos questions, Mme la députée.

Mme Lessard-Therrien : Est-ce que, dans ce plan-là, on parle des tarifs préférentiels, pour qu'ils soient plus compétitifs pour nos serres? Parce que, ça, on sait que c'est une demande quand même de longue date, là, des producteurs de serre du Québec, où on souhaiterait au moins avoir les tarifs préférentiels qui touchent le secteur de l'aluminerie, par exemple, au Québec, qui sont à 0,0326 $, le tarif L, là. Donc, est-ce qu'en fait le ministre est en train de me dire qu'il compte revoir les critères d'admissibilité des programmes pour aider le plus de producteurs possible et qu'il va donner suite, finalement, à la demande des producteurs de serre du Québec d'abaisser les tarifs d'hydroélectricité, là, pour les rendre plus abordables pour nos producteurs de serre?

M. Lamontagne : Bien, je vous dirais que, d'abord, sans programme, déjà, au Québec, on a les meilleurs tarifs d'hydroélectricité, là, au Canada. Si on se compare avec nos voisins aussi en Ontario, on a des tarifs d'hydroélectricité qui sont imbattables. On a déjà des initiatives, avec Hydro-Québec, où il y a un tarif de 0,057 $ du kilowatt, qui sont offertes à nos serres, s'il y avait certains volumes qui étaient associés à ça.

Mais ce que je vous dis, c'est que, dans le programme que nous allons déposer, dans le plan que nous allons présenter, il va y avoir une variable, un certain nombre de variables, que ce soit l'investissement à l'équipement, l'investissement à la formation, selon les tailles, il va y avoir la question énergétique. C'est un ensemble de variables qui va faire en sorte qu'on va avoir un plan qui va être tout à fait viable, qui va être tout à fait agressif, si on veut, là, pour être capable de...

Le premier objectif, c'est de doubler la superficie en serre au Québec. Mais il y a un journaliste qui me demandait, il y a quelques semaines : Pourquoi pas trois, pourquoi pas quatre fois? Bien, je veux dire, pour se rendre à trois puis se rendre à quatre, il faut se rendre à deux. Alors, c'est la première étape, on dit : On va doubler. Mais, après ça, avec ce qu'on va mettre en place, là, honnêtement, après ça, c'est le nombre d'entrepreneurs qu'on a au Québec qui vont vouloir développer cette filière-là, Mme la députée, là.

Mme Lessard-Therrien : Bien, je pense qu'on a déjà beaucoup de preneurs. Puis j'ose croire que votre plan va être beaucoup plus performant qu'il l'est en ce moment, parce qu'en ce moment, vous l'avez dit, on a à peu près 800 serres, au Québec, puis, en ce moment, il y a seulement une quinzaine de producteurs qui ont accès... (panne de son) ...les critères d'admissibilité, là, pour avoir accès à des tarifs préférentiels.

J'aimerais vous poser une dernière question sur la production hors quota. Donc, on a eu la nouvelle, hier, des 200 000 poussins qui ont été euthanasiés, 2 millions d'oeufs détruits. Pourtant, dans nos campagnes, il y a une demande très forte chez nos fermiers de proximité pour offrir des oeufs frais des poulets fermiers. Est-ce que vous pouvez vous engager, dans le fond, à rehausser les seuils hors quota pour permettre une plus grande diversification à la ferme et pour répondre à la demande des consommateurs dans les petites campagnes du Québec?

M. Lamontagne : Bien, je vous dirais, ce qui est important, là, c'est que l'agriculture a beaucoup évolué, au Québec, au cours des 10, 15, 20 dernières années, et puis, je le faisais remarquer, là, lors de mon discours devant l'Union des producteurs agricoles, au mois de décembre, tout ce qui est l'agriculture de proximité, là, manque d'air. Parce que moi, depuis que je suis ministre, j'ai passé autant de temps sur le terrain que j'ai pu en passer...

Le Président (M. Lemay) : Désolé, M. le ministre, je vais devoir vous interrompre, puisque ce bloc d'échange est maintenant complété. Alors, je vais maintenant céder la parole au troisième groupe d'opposition, à M. le député de Bonaventure, qui, lui aussi, dispose maintenant de 14 min 28 s. La parole est à vous, M. le député de Bonaventure.

M. Roy : Merci, M. le Président. Bien, bonjour, M. le ministre. Bonjour à mes collègues.

Écoutez, quand on passe le dernier, c'est sûr qu'il y a certains sujets peut-être qui ont été vus, mais on va faire de la pédagogie un peu. Je vais débuter avec le dossier de la culture en serre, M. le ministre, et en poursuivant sur les interventions de ma collègue de Rouyn-Noranda.

Écoutez, je vais faire un petit retour historique. Le contexte de nationalisation de l'hydroélectricité s'est fait, au Québec, parce qu'il y avait une iniquité flagrante de tarifs entre les villes et les régions. À partir du moment où on a réussi à nationaliser l'hydroélectricité, bien, on a permis à toutes les régions du Québec d'avoir accès à un outil de développement qui s'appelle un tarif équitable, pour permettre une modernisation puis une industrialisation des régions du Québec.

Et, d'une manière corrélative, on pourrait dire que, bon, la crise vient nous démontrer... La pandémie, ça met en lumière qu'un des éléments essentiels, pour ne pas dire vitaux de notre société, c'est celui de la production et de la distribution alimentaires.

Donc, la production en serre est face à un défi qui se compare aux enjeux de la nationalisation de l'hydroélectricité. Pas de place pour les petites productions qui sont le lot des régions à faible densité démographique, O.K.? Par contre, les gros joueurs ont accès à des tarifs préférentiels.

Donc, l'enjeu, comme ma collègue l'a souligné tout à l'heure, c'est qu'on a 15 entreprises, au Québec, qui fournissent 85 % de la production, 15 sur 1 000, et les tarifs préférentiels sont à partir de 300 kilowattheures. Et plusieurs acteurs sur le terrain demandent à ce qu'on réduise, bon, l'accessibilité à 50 kilowattheures. Et moi, j'y vois un enjeu de développement des régions, O.K., un enjeu de circuit court, d'accès à des produits frais dans des localités qui peuvent être éloignées.

• (9 h 40) •

Donc, je réitère, nous sommes sortis là-dessus, bon, il y a quelques semaines, et je vous ai appelé aussi sur ce dossier-là, mais on a un paquet d'entrepreneurs dans les régions du Québec qui aimeraient développer des serres, de la production en serre, mais qui veulent avoir des tarifs privilégiés. Et ce ne sont pas des multinationales, et ce ne sont pas des gens qui produisent des millions de dollars, qui veulent produire des millions de dollars de denrées alimentaires en serre. Donc, est-ce que... Vous l'avez souligné, ce n'est pas clair, vous parlez de modalités, de différents enjeux d'évaluation. Mais moi, je ramène ça à un dossier aussi important que celui de l'équité en termes d'accès au développement territorial. Donc, la production en serre doit se faire sur l'ensemble du territoire du Québec, et ce ne sont pas que les gros joueurs qui doivent avoir ou qui peuvent avoir des tarifs privilégiés, ce sont les petits joueurs aussi. Donc, j'aimerais avoir un peu d'éclaircissements, vous avez débuté avec ma collègue, mais est-ce que vous êtes prêts à réduire, bon, le seuil d'énergie consommée de 300 à 50 kilowattheures comme c'est demandé par les acteurs de la filière, bon, agricole et de la production en serre?

M. Lamontagne : Bien, écoutez, merci beaucoup, M. le député. C'est toujours un plaisir d'échanger avec vous. On a eu l'occasion... à maintes reprises vous m'interpelez sur des enjeux dans votre circonscription ou dans votre région, puis c'est toujours un plaisir, être en mode solution avec vous.

C'est certain que, toute la question du développement en agriculture, au-delà de la retombée économique, c'est tout l'aspect de l'occupation du territoire. Ça fait que, quand vous me parlez de l'importance de favoriser ou d'accompagner autant les petites entreprises que les grandes entreprises, bien, au nom du développement du territoire, c'est certain que c'est la première des règles.

Alors, le plan qu'on va déposer pour le développement des serres. M. le député, soyez assuré que... Moi, personnellement, depuis que je suis en poste, j'ai eu trois ou quatre rencontres avec les gens des serres, mon équipe a eu de multiples rencontres, l'équipe de fonctionnaires du gouvernement qui sont attachés au dossier ont eu de multiples rencontres avec les producteurs de serre, et puis il y a différentes pistes qui ont été évoquées ou mises de l'avant pour faire en sorte qu'on ait une stratégie ou qu'on ait un accompagnement pour le développement des serres, là, qui soit soutenant pour les petits, les moyens puis les grands. Vous pouvez être assuré que les mesures qu'on va annoncer pour le développement des serres, là, vont certainement aller dans la direction de certaines représentations qui ont été faites par les gens des serres.

Alors, le volume minimal de consommation d'électricité qui est à 300 kilowatts, de voir ce volume-là réduit, là, sans vous scooper rien, M. le député, là, c'est certainement une avenue qui va être empruntée, parce qu'effectivement, je veux dire, on parle de petites serres, des fois, de très petites serres, bien là, on ne parle pas de volume, là, de 300... on n'est pas dans les mêmes ordres de grandeur. Alors, on va s'assurer que ce qu'on va proposer à la filière puis aux différents acteurs de la filière, bien, va être en mesure de les accompagner, là, ceux qui vont avoir des projets. On ne peut pas forcer les gens à avoir des projets puis à vouloir augmenter. Par contre, on peut inviter les gens à utiliser des pratiques plus efficaces.

L'accessibilité au courant, encore là, dans le dernier budget, là, on a investi 15 millions de dollars, qu'on a annoncés, pour rendre le triphasé encore plus accessible dans les endroits où présentement on n'en a pas. Bien, toutes ces mesures-là, bien, c'est dans l'objectif d'être capable d'accompagner cette transformation-là des serres, là, de mesures... présentement qui utilisent des sources énergétiques qui ne sont pas hydroélectriques, pour les amener vers des investissements qui vont faire en sorte qu'ils vont fonctionner avec l'hydroélectricité, là.

Alors, il y a un ensemble de mesures, M. le député, mais je peux vous dire que ça va certainement aller dans le sens, là, des préoccupations que vous pouvez avoir, là.

M. Roy : Écoutez, M. le ministre, il y a un autre élément qu'il serait important d'inclure dans la stratégie de soutien à la production en serre, c'est aussi d'avoir des coûts minimaux d'électricité ou un tarif préférentiel pour la conservation, aussi, des aliments, parce que, si on dit production, on dit aussi réfrigération et conservation. Donc, j'aimerais que soient inclus dans votre réflexion et votre analyse des tarifs préférentiels pour la conservation des aliments qui pourraient permettre, en tout cas, à certains entrepreneurs, là, d'assurer une stabilité dans la distribution.

Il y a un enjeu qui est extrêmement important, qui actuellement, là, est fabuleux, c'est celui de la profitabilité des grands marchés d'alimentation. Lorsqu'on parle, bon, de Loblaws, Metro, etc., ils font des profits d'une manière assez importante ces temps-ci. Le gouvernement demande aux gens de consommer québécois, actuellement, hein? Bien, ça coûte plus cher, en raison de la faible demande, à nos producteurs agricoles, qui voient une partie de leurs revenus fondre, et aussi avec les difficultés de la restauration. Donc, les producteurs d'agneau, par exemple, ne peuvent pas écouler leurs produits.

Donc, je l'ai déjà... j'ai déjà parlé de ça en commission parlementaire, sur le partage inéquitable des profits de la filière agroalimentaire au Québec, O.K.? Actuellement, on a des marchés d'alimentation qui font des profits, on a un gouvernement qui demande d'acheter québécois, mais est-ce que la part des profits faits par les grandes entreprises retourne un peu dans la poche des producteurs québécois, qui, eux, paradoxalement, voient leurs revenus fondre, leur viabilité mise en doute, etc.?

Donc, les producteurs agricoles ne l'ont pas facile, actuellement. Pourtant, le gouvernement demande de consommer québécois, on a des firmes qui font des millions de profits, puis il y a comme une iniquité. Donc, écoutez, c'est sûr que c'est un peu gros comme demande, mais en même temps c'est une réflexion qu'il faut faire. Est-ce que, bon, si on consomme plus québécois, nos agriculteurs ne devraient pas avoir... ou voir une augmentation significative de leurs revenus, et non pas les grandes chaînes? Donc, ce que je vous parle, c'est d'équité dans le partage des profits que les grandes chaînes font, au détriment, souvent, de nos producteurs, qui ne voient pas, eux, d'augmentation de revenus associée à la profitabilité des grandes chaînes.

M. Lamontagne : Bien, écoutez, j'entends bien votre question, M. le député, mais, sans vouloir présumer, là, je ne pense pas que vous êtes en train de me demander ou de dire que le gouvernement devrait aller réglementer les pratiques commerciales, là, des entreprises, mettons, qui sont en distribution alimentaire au Québec. Est-ce que c'est la question que vous me posez?

M. Roy : Je vous demande de trouver des méthodes de régulation qui vont permettre un partage équitable de la richesse produite par l'alimentation au Québec. Et là, actuellement, là, on a des agriculteurs qui ont peine à payer seulement les intérêts de leurs prêts et qui ont des actifs incroyables, et on a des grandes firmes qui font des millions et des millions de profits, et qui semblent tous être contents de ça, là, mais en même temps il va falloir trouver... Ce n'est pas à moi à définir les modalités. Moi, ce que je vois, c'est qu'on a une vraie problématique de partage et d'équité de la richesse produite en alimentation au Québec. Je ne sais pas quel mode de régulation, de normes on peut imposer, mais, à tout le moins, si on veut sauver les agriculteurs, les aider, il va falloir qu'il y ait un meilleur partage. Écoutez, ça peut être par la fiscalité, ça peut être de quelque manière que ce soit, mais est-ce que vous êtes conscient que c'est une réelle problématique?

M. Lamontagne : Bien, il y a deux choses qu'il faut distinguer, M. le député, là.

Première des choses, il y a 40 % de la production agricole au Québec qui est sous gestion de l'offre, sous gestion de l'offre, c'est un système qui est canadien. Puis, avec la gestion de l'offre, naturellement, il y a toute la détermination des coûts de production, la marge de profit qui est allouée pour le producteur, puis ça, ça se passe au niveau canadien.

Pour ce qui reste, pour l'ensemble de la filière, c'est sûr qu'il y a une question d'offre et de demande, il y a une question de libre marché. L'intervention qu'on va faire, l'intervention qu'on cherche à faire à tous les jours puis par le biais de notre soutien aux différentes entreprises, aux différentes filières, c'est d'aider chacune des filières à être la plus efficace possible, la plus, je vous dirais... ce n'est pas productive au sens d'un nombre incroyable d'unités qui sont produites, mais c'est, dans sa façon de produire, d'être la plus efficace possible pour faire en sorte qu'elle est en santé puis qu'elle a un prix de revient qui lui permet d'être sur les marchés, d'être en compétition avec d'autres fournisseurs qui sont ailleurs au Québec, qui viennent d'Ontario, qui viennent du Canada, qui peuvent venir des États-Unis, puis d'être capable, avec sa capacité de production, avec sa façon de produire, avec les équipements qu'elle utilise pour produire, les techniques de production qu'elle a, avec de l'accès à de la recherche et développement pour faire en sorte qu'elle a une meilleure compréhension des enjeux de ses cultures ou de sa production animale... tout ça ensemble fait en sorte qu'au fil des années les entrepreneurs, dans les différents secteurs, sont de plus en plus efficaces, ont un coût de revient qui est de plus en plus compétitif, puis qui fait en sorte qu'ultimement, bien, ils sont capables d'aller chercher davantage leur part du gâteau, si on veut, de toute l'assiette de production alimentaire.

• (9 h 50) •

M. Roy : Bien, écoutez, il me semble que ce n'est pas le signal qu'on reçoit, là, du terrain, hein? Le président de l'UPA nous disait, hier ou avant-hier, que les aides fédérales étaient comme essayer d'éteindre un feu de forêt avec un tuyau d'eau, O.K.? Donc, ça veut dire que le feu est pogné, là. C'est-à-dire que... Et, quand on parle de santé mentale, par exemple, des agriculteurs, ce n'est pas compliqué, c'est associé à leurs conditions économiques. Ils ont énormément de problématiques.

Pour donner un exemple, La Financière a accumulé 1 milliard de surplus en 10 ans. Est-ce que vous ne seriez pas... je vous donne l'opportunité de nous répondre là-dessus, mais est-ce qu'on ne pourrait pas modifier les programmes de La Financière pour réellement aider les agriculteurs quand ils ont des problématiques majeures comme on le voit actuellement et de donner plus de latitude pour financer des initiatives ou, à tout le moins, soutenir l'agriculture? Ce n'est pas normal que les agriculteurs se suicident deux fois plus que la population en général, et qu'on voie une augmentation des profits dans les grandes chaînes d'alimentation, et qu'eux soient encore les derniers à profiter de tout ça, dans un contexte où La Financière a 1 milliard de surplus. Donc, êtes-vous ouvert à modifier les modalités ou les programmes de La Financière pour soutenir d'une manière plus efficace pas juste la santé mentale des agriculteurs, mais la profitabilité de leurs entreprises, et de les soutenir dans les investissements via toutes sortes de mécanismes, mais, à tout le moins, libérer ces sous-là pour qu'ils retombent dans les poches des agriculteurs?

M. Lamontagne : Bien, je vous dirais, M. le député, le travail qu'on fait mois après mois, année après année, c'est d'évaluer à quel point les programmes puis les interventions qu'on fait sont efficaces puis rencontrent les objectifs qu'on veut... qu'on désire rencontrer. Alors, votre demande, là, c'est quelque chose qui est un processus qui est continuel, là, que ce soit au ministère ou que ce soit moi, comme ministre, là, je vous dirais, de s'assurer que les interventions qu'on fait vont vraiment dans le sens d'améliorer ultimement la qualité de vie puis la qualité de production des différents producteurs agricoles.

L'aspect de la santé mentale des agriculteurs, je n'ai pas besoin de vous faire un discours sur mon implication puis à quel point je suis sensibilisé à cette situation-là. Puis il y a plusieurs gestes que j'ai posés depuis que je suis en poste. Mais je ne viendrais pas juste faire, là, une relation de cause à effet entre ce qui se passe dans le milieu alimentaire et puis la détresse psychologique chez les agriculteurs. Il y a de multiples facteurs, d'où l'importance d'avoir une force qui est sur le terrain pour les encadrer puis les accompagner. Puis ça, on s'investit à ça beaucoup, là, M. le député, là.

M. Roy : O.K. Merci. Bon, écoutez, une idée qui émane de M. Dufour, président du Conseil du trésor : délocalisation de fonctionnaires dans les régions du Québec. Écoutez, est-ce que c'est quelque chose à laquelle vous avez réfléchi en tant que ministre puis en tant que ministère? Écoutez, la Gaspésie serait très prête à recevoir une portion du ministère des Pêches, là, on est quand même un endroit assez important à ce niveau-là. Donc, est-ce que c'est une réflexion que vous avez eue, sur la délocalisation?

Le Président (M. Lemay) : M. le député de Bonaventure, je suis désolé, cette question devra être répondue ultérieurement dans un autre mode de communication. Mais, pour le moment, on va passer maintenant à la députée de Marie-Victorin pour son bloc d'échange. Elle dispose de 2 min 8 s. La parole est à vous.

Mme Fournier : Merci, M. le Président. En ce qui concerne la sécurité alimentaire, on sait que, depuis le début de la crise, on a jeté, malheureusement, des millions de litres de lait, on a détruit 2 millions d'oeufs en incubation, on a euthanasié 200 000 poussins, et il y a des milliers de porcs qui sont présentement à risque de l'être. M. le ministre, je suis pleinement consciente qu'il s'agit d'un dossier complexe, que les chaînes d'approvisionnement, de transformation, de distribution sont complètement chamboulées avec la crise qu'on vit actuellement, mais, malgré tout, je ne peux pas m'empêcher de penser à toutes ces familles québécoises dans nos circonscriptions qui ont de plus en plus de difficultés à payer l'épicerie parce que le prix des produits augmente ainsi qu'à nos organismes d'aide alimentaire qui ont de moins en moins de denrées des épiceries en raison de la baisse des surplus. Donc, je trouve que la situation, elle est complètement incohérente, puis c'est un cri du coeur que je souhaite vous amener aujourd'hui. Comme ministre, est-ce que vous pouvez nous assurer qu'aucun autre produit animal ou ses dérivés ne sera gaspillé, dans les prochaines semaines, dans les prochains mois, et que tous les éventuels produits excédentaires prendront la direction des banques alimentaires du Québec plutôt que celle de la poubelle?

M. Lamontagne : Bien, Mme la députée, d'abord, c'est un plaisir d'intervenir avec vous. Merci beaucoup. Merci de votre question.

Première des choses, là, tout ce qui touche la question de la sécurité alimentaire des gens, dans ce qu'on traverse là, présentement, qu'est-ce qu'on a fait, là, au mois de mars, le ministère de la Santé a annoncé 2 millions de contribution aux banques alimentaires, le ministère de l'Éducation a annoncé qu'il redirigeait tout le programme, là, pour le lait à l'école vers les banques alimentaires, 4,6 millions, la Société des alcools du Québec a annoncé 1 million pour les banques alimentaires, Loto-Québec a annoncé 1 million pour les banques alimentaires. Et, par-dessus tout ça, on a le gouvernement fédéral qui a annoncé 30 millions dédiés spécifiquement aux banques alimentaires. On a signé les protocoles, depuis à peu près une dizaine de jours qu'ils sont en vigueur. Et par-dessus tout ça le premier ministre du Québec a dit que, s'il manquait de l'argent dans les banques alimentaires, à travers tout ce qu'on traverse là, là, il n'y a pas personne qui allait manquer de l'argent, que le gouvernement allait être là.

Alors, au niveau... Puis on est en contact, nous, je veux dire, jour après jour avec Moisson Québec, avec toutes les banques alimentaires, voir comment on peut être utiles, quels sont leurs défis, parce qu'aussi les banques alimentaires ont des défis au point de vue de leur main-d'oeuvre, ont des défis au point de vue de leur capacité de stockage, mais aussi les banques alimentaires sont dans les régions, sont dans différents endroits...

Le Président (M. Lemay) : Merci, M. le ministre. Je dois vous interrompre, puisque ce bloc d'échange est maintenant terminé. Alors, je vous inviterais à pouvoir communiquer de façon... par écrit, peut-être, pour continuer la réponse. Alors, désolé, Mme la députée de Marie-Victorin.

Nous allons maintenant retourner avec un bloc d'échange avec l'opposition officielle. Mme la députée de Maurice-Richard m'a signifié, M. le ministre, qu'elle désirait faire certaines questions en rafale. Donc, questions rapides, réponses rapides pour cette partie. Alors, Mme la députée de Maurice-Richard, la parole est à vous. 9 min 38 s.

Mme Montpetit : Je vous remercie, M. le Président. Effectivement, j'ai plusieurs questions et peu de temps.

Je vais juste revenir sur un élément avant qu'on aille plus loin. Au moment où on se parle, il y a l'UPA qui est en train de faire un point de presse pour demander une aide d'urgence en lien avec les abattoirs, un dossier dont on a parlé au début de notre échange. Vous savez très bien qu'on limite l'achat de viande dans certaines épiceries. Vous m'avez répondu tout à l'heure que tout allait bien, mais que la situation est précaire. Les producteurs de porc, à l'heure actuelle, ne sont pas capables de faire abattre leurs bêtes. Donc là, il y a quand même une distanciation entre ce que vous m'avez répondu et ce que l'UPA est en train de demander sur la place publique.

Moi, j'aimerais savoir : Au-delà du discours jovialiste, est-ce que vous craignez une rupture de la chaîne alimentaire? Est-ce que vous craignez une rupture de viande dans les épiceries du Québec au cours des prochaines semaines?

M. Lamontagne : Bien, écoutez, je ne suis pas un devin, là, puis je n'ai pas une boule de cristal, là, mais, à la lumière des informations que j'ai aujourd'hui, Mme la députée, là, je ne crains pas une rupture de la chaîne alimentaire dans les supermarchés ou dans les établissements alimentaires du Québec, là, au cours des semaines qui s'en viennent, là.

Mme Montpetit : Je vous remercie. Donc, prochaine question. On a parlé beaucoup d'achat local, hein, on s'est dit... Puis, dans la situation, plus que jamais c'est important de venir soutenir nos producteurs, c'est le temps d'acheter local. Encore faut-il soutenir cet achat local. Mes collègues précédents l'ont abordé. Il y a des campagnes de promotion qui ont été faites au cours des dernières années, des dernières décennies, donc, du genre Mettez le Québec dans votre assiette!, que le gouvernement avait mise en place. Est-ce que, pour favoriser l'achat d'aliments québécois... Est-ce que vous travaillez à la mise en place de ce genre de campagne de promotion pour favoriser l'achat de produits locaux et, par exemple, ceux qui sont identifiés Aliments Québec?

M. Lamontagne : Bien, vous parlez d'Aliments Québec. Justement, Mme la députée, le vecteur principal de promotion et de sensibilisation des Québécois à l'achat local, dans le point de vue alimentaire, c'est la question d'Aliments Québec. Le logo d'Aliments Québec, là, a une reconnaissance, je pense, c'est 96 % ou 97 %. De tous les logos qu'on peut imaginer, c'est à peu près la signature d'Aliments Québec, là, qui est la plus reconnue.

On a récemment signé une entente avec l'Association des marchés publics du Québec pour leur permettre de travailler en ligne davantage, d'être capables d'offrir davantage de produits des marchés publics. On a Le Panier bleu qui a été annoncé, qui va faire en sorte d'avoir à la grandeur du Québec, si on veut, là, un répertoire de toutes les entreprises, il y a plus de 1 000 entreprises agricoles qui se sont inscrites au niveau du Panier bleu. Et puis, au fur et à mesure des semaines et des mois qui s'en viennent, parce qu'on entre dans une période, là, graduellement, de déconfinement, de remise en marche de l'économie, bien, le secteur bioalimentaire, le secteur de l'achat local, au cours des semaines, des mois à venir, là, bien, va faire partie des initiatives de relance du Québec, naturellement. Alors, il y a différentes initiatives, là, auxquelles on va pouvoir contribuer ou qui pourront être annoncées, là, au cours des semaines et des mois à venir, là, dans le cadre de la relance économique du Québec, là.

• (10 heures) •

Mme Montpetit : Je vous suggère fortement, M. le ministre... Et je comprends que ce n'est pas déjà fait, mais je vous suggère fortement de réfléchir et de mettre en place une campagne de promotion pour l'achat local. Je pense que c'est important de rappeler aux Québécois les logos, entre autres, quels sont les produits québécois, comment les trouver, comment les identifier. Et je pense que, dans votre rôle de ministre de l'Agriculture, plus que jamais, vous devez vous assurer de venir soutenir l'achat local, et ça, ça passe par des bonnes campagnes de promotion, justement, pour inciter les Québécois à acheter. Et on le sent, l'engouement est là, l'intention, elle est là, mais il faut venir soutenir cette intention-là et aider les Québécois aussi dans les choix qui sont faits.

Toujours au niveau de l'achat local, il y a une proposition qui a été faite par moi et ma collègue de Rouyn-Noranda, qui est avec nous, dans le cadre du rapport sur les pesticides, proposition très concrète qui était la suivante, là : de s'assurer que les achats gouvernementaux dans les institutions publiques, les hôpitaux et les écoles soient des achats locaux. Je pense que c'était pertinent, très pertinent, il y a quelques semaines, quand on l'a déposée. Plus que jamais, encore là, c'est une mesure très concrète pour venir soutenir nos agriculteurs, nos producteurs locaux.

M. le ministre, je vous en ai déjà parlé, vous savez que vos collègues de la présente commission, collègues de la CAQ, ont refusé la proposition qu'on avait faite. Moi, ce que j'aimerais savoir, c'est ce que vous en pensez. C'est une mesure qui est extrêmement efficace. Et est-ce que vous allez la mettre en place dans le contexte... Vous me parlez du Panier bleu, c'est plein de mesures, là, mais ça, c'en est une qui est très concrète, qui pourrait être appliquée rapidement.

M. Lamontagne : Bien, écoutez, Mme la députée, là, on participe à la même conférence depuis près de... bientôt une heure, là, j'ai répondu, je pense, de façon très, très élaborée à votre collègue de Rouyn-Noranda—Témiscamingue quant au plan qu'on se prépare à annoncer, le volet du répertoire de l'offre bioalimentaire du Québec, tout le cadre gouvernemental, le fait que c'est sur le plan stratégique du gouvernement du Québec. Et, justement, une des trois cibles, là, c'est d'être... que le gouvernement soit un leader au point de vue de la consommation et l'achat de produits québécois. Alors, je peux prendre encore plusieurs minutes pour en parler, là, mais j'ai tout expliqué ça tantôt. Mais c'est certain que ça fait partie de notre planification stratégique. Puis, au cours des semaines qui vont... qui sont à venir, là, on va faire des annonces dans le sens que... faire en sorte qu'il y ait un cadre gouvernemental qui va faire en sorte qu'au fil des mois et des années il y a au-dessus de 3 500 institutions gouvernementales, là, qui vont définitivement s'orienter vers un achat massivement de produits alimentaires du Québec, là.

Mme Montpetit : Parfait. Une dernière question pour moi. J'ai mon collègue aussi qui voudrait en poser une sur la santé mentale, dépendamment du temps qu'il restera, là. Mais la santé mentale des agriculteurs, elle est fragile. On l'a vu l'année dernière, malheureusement, plusieurs suicides chez nos agriculteurs. J'ai commencé nos échanges, aujourd'hui, en disant à quel point, justement, la saison 2019 avait été difficile, était venue ajouter un fardeau supplémentaire sur les épaules des agriculteurs du Québec. Et l'année qui s'en vient, la saison qui s'en vient, elle est extrêmement difficile. Aujourd'hui, je pense que plus que jamais, encore là, il est important, on le sait, c'est des difficultés financières, économiques, météorologiques... il est très important de venir s'assurer, justement, d'avoir un bon cadre.

Vous avez, comme gouvernement, l'année dernière, investi un maigre... puis là je vais me permettre, en tout respect, d'utiliser le mot «maigre», parce que c'était 300 000 $, ça fait 7,50 $ par agriculteur au Québec. Ça, c'est l'investissement que votre gouvernement a fait pour venir soutenir les agriculteurs, pour venir encadrer toute la question de la santé mentale, prévenir les enjeux.

Quelles sont vos intentions à ce niveau-là? Je pense que ce n'est certainement pas... Vous ne me direz pas que c'était un montant qui était significatif et suffisant. Donc, est-ce que vous avez des annonces que vous allez faire prochainement? Avez-vous l'intention de venir aider nos agriculteurs?

M. Lamontagne : Oui. Oui, tout à fait.

Mme Montpetit : Donc, oui, vous allez faire des annonces supplémentaires en ce sens-là, c'est ce que je comprends?

M. Lamontagne : Oui, oui, oui. Tout à fait, oui.

Mme Montpetit : Parfait. Je vous remercie. M. le Président, il me reste juste... combien de temps, pour être certaine?

Le Président (M. Lemay) : Donc, il reste 2 min 10 s.

Mme Montpetit : Parfait. Je voudrais revenir sur un élément qui a été abordé par la collègue de Rouyn-Noranda—Témiscamingue, si je ne me trompe pas, sur la question des tarifs électriques préférentiels, et ce sera ma dernière question, parce que vous nous parlez de plan...

Et moi aussi, je suis une grande fervente d'augmenter l'autonomie alimentaire, la sécurité alimentaire particulièrement. Vous savez que je porte aussi le dossier des changements climatiques. Je pense que, quand on met tout ça dans le même élément, si je peux le dire ainsi, il y a, avec les décennies qui s'en viennent, avec les situations qui s'en viennent, de plus en plus, aussi, de nécessité, comme État, de s'assurer de la sécurité alimentaire de nos citoyens.

Le 7 avril dernier, vous disiez envisager de travailler sur la question des tarifs préférentiels après la crise, vous désiriez attendre après la crise pour faire progresser le dossier. Quand on sait que la crise va durer peut-être jusqu'en 2021, là, vous parliez d'un plan, ce plan-là, vous avez l'intention de le déposer quand? Est-ce que vous avez l'intention de le déposer en 2020? Juste pour avoir un échéancier très clair, parce que je pense qu'il y a une nécessité aussi d'agir rapidement dans ce dossier.

M. Lamontagne : Oui, tout à fait. Quand, écoute, je mentionnais, le 7 avril, là... quand j'ai dit : Après la crise, ce n'est pas quand tout ça va s'être résorbé, là, c'est qu'on était vraiment dans le feu de l'action. Vous comprendrez qu'on a 1 500 fonctionnaires, au ministère de l'Agriculture, là-dessus il y en a à peu près 1 000, 1 100 qui sont en télétravail aujourd'hui, puis on était vraiment appliqués à chaque jour à s'assurer qu'on fait face aux impératifs. Parce que, vous le savez, Mme la députée, j'en ai parlé avec vous, mais moi, chaque matin, depuis le jour 1, là, je suis en réunion avec tous les membres de la filière bioalimentaire, et tout le monde, le matin, à 9 h 30, on est ensemble puis on se partage les enjeux de chacune des filières. Et puis à tous les jours la priorité, là, c'est... Au sortir de cette rencontre, là, autant mon équipe au cabinet ministériel que toute l'équipe de fonctionnaires sont mobilisées pour aider chacune des filières, chacun des secteurs, là, au jour le jour, à résoudre les enjeux importants auxquels ils étaient confrontés.

Alors, le 7 avril, c'est dans ce contexte-là que je vous ai parlé de ça. Aujourd'hui, déjà, là, on a nos équipes qui sont au travail puis sont en mesure de continuer un peu ce qu'on avait commencé. Alors, vous pouvez vous attendre, là, d'avoir des annonces, là, au cours des semaines, des mois qui s'en viennent, Mme la députée.

Le Président (M. Lemay) : Merci beaucoup, M. le ministre. Merci à toutes et à tous. Chers membres de la commission, je vous remercie pour votre collaboration.

La commission, ayant accompli son mandat, ajourne ses travaux sine die.

(Fin de la séance à 10 h 6)

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