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Version finale

40e législature, 1re session
(30 octobre 2012 au 5 mars 2014)

Le mardi 19 février 2013 - Vol. 43 N° 14

Ministère du Conseil exécutif, volet Métropole


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Table des matières

 

Métropole 

Remarques préliminaires  1

M. Jean-François Lisée  1

M. Pierre Arcand  2

M. Stéphane Le Bouyonnec  4

Discussion générale  4

Adoption des crédits  30

Documents déposés  30

 

 

Autres intervenants

 

 

Mme Noëlla Champagne, présidente

 

M. Daniel Breton

Mme Diane Gadoury-Hamelin

M. Léo Bureau-Blouin

 

 

Note de l'éditeur :  Les crédits du volet Affaires intergouvernementales canadiennes du ministère du Conseil exécutif ont été étudiés à la Commission des institutions le 4 février 2013.

Les crédits du volet Conseil exécutif du ministère du Conseil exécutif ont été étudiés à la Commission des institutions le 7 février 2013.

Les crédits des volets Institutions démocratiques, Commission d'accès à l'information et Laïcité du ministère du Conseil exécutif ont été étudiés à la Commission des institutions le 8 février 2013.

Les crédits du volet Affaires autochtones du ministère du Conseil exécutif ont été étudiés à la Commission des institutions le 12 février 2013.

Les crédits du volet Jeunesse du ministère du Conseil exécutif ont été étudiés à la Commission des relations avec les citoyens le 19 février 2013.

Journal des débats

(Quinze heures seize minutes)

La Présidente (Mme Champagne) : Alors, bonjour à tous. La commission est réunie afin de procéder à l'étude du volet Métropole des crédits budgétaires du portefeuille Conseil exécutif pour l'exercice financier 2013‑2014.

Alors, M. le secrétaire, est-ce qu'il y a des remplacements?

Le Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. M. Villeneuve (Berthier) est remplacé par M. Bureau-Blouin (Laval-des-Rapides) et M. Carrière (Chapleau) est remplacé par M. Arcand (Mont-Royal).

La Présidente (Mme Champagne) : Merci. Alors, nous allons débuter par les remarques préliminaires et nous allons procéder à une discussion d'ordre général par blocs d'environ 20 minutes, incluant les questions et les réponses. La mise aux voix des crédits sera effectuée à la fin du temps qui est alloué à l'étude de ce volet.

Alors, puisque nous avons débuté nos travaux à 15 h 15 et qu'une période de trois heures doit être consacrée à l'étude de ce volet, est-ce qu'il y a consentement pour poursuivre nos travaux au-delà de l'heure prévue, c'est-à-dire jusqu'à 18 h 15?

Il y a consentement? Parfait. Merci.

Métropole

Remarques préliminaires

Alors, nous allons débuter avec les remarques préliminaires. M. le ministre, vous disposez de 10 minutes. La parole est à vous.

M. Jean-François Lisée

M. Lisée : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Je tiens à saluer le député de Mont-Royal qui est là, le député de Sainte-Marie—Saint-Jacques, la députée de?

Une voix : Masson.

M. Lisée : Masson. Donc, je pense qu'on aura un autre collègue qui viendra et puis... Donc, je vous présente les gens qui m'accompagnent. D'abord, le sous... le secrétaire... je vais m'en souvenir, alors sous-secrétaire général adjoint à la métropole, M. André Lavallée; également André Bouthillier, qui est le chef de cabinet adjoint à la métropole; et j'ai des membres du Secrétariat à la métropole qui sont également avec moi, et j'ai une représentante de la ville de Saint-Georges-de-Beauce aussi qui est là, derrière moi, membre de ma famille. Alors, je vais essayer de faire honneur.

J'ai des notes qui m'ont été préparées sur Montréal, mais je vais commencer par parler du paradoxe montréalais, et au-delà de savoir — on va peut-être en discuter tout à l'heure — de ce qui a été fait avant le 4 septembre par l'ancien gouvernement et ce qui est fait depuis le 4 septembre par le nouveau gouvernement, au-delà de ça, il y a un genre de nuage qui nous empêche de bien voir la réalité montréalaise et qui nous empêche de bien apprécier la force de la métropole, et ce nuage-là, c'est celui qui est créé par la corruption, la congestion des infrastructures vieillissantes, qui nous donne l'impression que tout va mal. Et j'étais content de voir, au printemps... pas au printemps dernier, à l'automne dernier,en octobre, le même jour, deux articles qui ont été publiés dans La Presse sur le fait que, bien, derrière ce nuage réel, qui est une préoccupation réelle, en fait, la métropole ne va pas si mal.

Alors, par exemple, Hélène Baril, dans La Presse : Montréal est loin d'être en panne, faisait référence à une étude du Mouvement Desjardins qui venait d'être publiée, donc en octobre dernier, et où Joëlle Noreau, qui est l'économiste principale, disait, bon : «"On a l'impression que tout va à vau-l'eau, mais ce n'est pas le cas". [...]La croissance économique [...] a été au rendez-vous à Montréal au cours des deux dernières années. À 4,2 % en 2010 et 4,5 % en 2011...»Ça fait que c'est considérable. C'est un taux de croissance qui est très, très considérable pour Montréal.

«La croissance provient notamment des investissements, dont le niveau a augmenté de [27 %] en 2011. Cette performance, la meilleure des cinq dernières années, devrait être égalée ou dépassée [en 2012], avec la poursuite des grands projets de construction» comme le CHUM et, par la suite, en 2013, par la réfection d'infrastructures comme l'échangeur Turcot.

• (15 h 20) •

«Les projets de construction de condos et d'hôtels témoignent aussi de la confiance des investisseurs privés à l'égard de Montréal — donc je vous dis qu'on est, à ce moment-là, après l'élection — croit Michel Leblanc, président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.»

Selon lui, «il ne fait aucun doute que — et je le cite — "Montréal est en bien meilleure santé qu'il y a 10 ans", bien qu'il admette que c'est difficile à croire dans le contexte politique actuel. Ce n'est pas pour rien, par exemple, que Lonely Planet inclut Montréal dans la liste des 10 villes du monde les plus intéressantes actuellement», selon M. Leblanc, de la chambre de commerce.

La firme KPMG, qui est aussi citée dans l'étude de Desjardins, donne le Grand Montréal comme premier des 20 plus grandes régions métropolitaines d'Amérique du Nord pour la compétitivité des coûts totaux de main-d'oeuvre. Les coûts totaux de main-d'oeuvre, ça veut dire la totalité des coûts de la réglementation des salaires, syndiqués ou pas, de la réglementation environnementale, de la réglementation linguistique et du fardeau fiscal des entreprises. Alors, lorsqu'on a tout calculé cela, selon KPMG, le Grand Montréal se place dans la moins chère des 20 grandes métropoles en Amérique du Nord. Sur le plan de l'emploi aussi, la situation se rétablit, et Montréal a d'autres cordes à son arc, dans le secteur de la finance, du tourisme, de l'économie du savoir. Ça, c'est le premier texte qui venait donc... s'appuyant sur le Mouvement Desjardins.

Et Jean-Philippe Décarie, lui, le même jour, 30 octobre, écrit : Montréal : la résiliente aux mille paradoxes. Alors il dit : «Ce qui est le plus incroyable, c'est qu'en dépit des centaines de millions de dépenses totalement injustifiées que les Montréalais ont dû assumer au cours des dernières années en raison de dérapages individuels, technocratiques ou systémiques de l'administration municipale, la vitalité économique de Montréal reste bien réelle, signe d'une évidente résilience.

«Jamais n'a-t-on vu autant de grues de construction dans le ciel montréalais depuis les Jeux olympiques de 1976 — c'est beaucoup dire. L'été dernier, on en recensait pas moins de 75 en action. Outre [le CHUM et le CUSM], plusieurs autres chantiers de projets immobiliers [...] d'immeubles de bureaux sont en action ou en voie de réalisation.

«Selon la Commission de la construction du Québec, ce n'est pas moins de 188 chantiers immobiliers qui sont en cours de réalisation à Montréal, des projets de plus de 5 millions de dollars qui totalisent des investissements de 16,2 milliards.»

Il continue : «Jeudi soir dernier[...], dit-il, j'étais sidéré de voir le nombre de clients potentiels qui se trouvaient au bureau des ventes de la Tour des Canadiens, projet d'immeuble de 48 étages et de 534 appartements [...] situé tout à côté du Centre Bell.

«L'industrie des jeux vidéos continue d'attirer à Montréal de nouveaux studios.» La première ministre a annoncé un investissement supplémentaire dans le domaine du cinéma lors de sa brillante visite à Davos.

«L'industrie de la finance — je continue avec M. Décarie — reste un pilier qui contribue encore beaucoup à l'économie montréalaise. L'essentiel des 100 000 emplois et des 3 000 firmes financières que cette industrie recoupe dans le Grand Montréal est situé dans l'île.»

L'aéronautique, toujours tributaire de cycles particuliers, «traverse actuellement une phase positive».

«D'autres entreprises [...] sont actives dans d'autres secteurs ne profitent peut-être pas de vents aussi favorables mais, de façon générale, l'économie de Montréal se porte beaucoup mieux que l'administration dysfonctionnelle qui la chapeaute et qui devrait l'amener à sa pleine optimisation.» C'est avant le changement de garde à la mairie de Montréal.

Et donc on peut se dire, donc, qu'on a là un corps politique, donc, un corps économique, un corps social qui est sain et qui, lorsqu'on le compare aux autres métropoles nord-américaines, présente des avantages réels. Et on n'a pas parlé du fait que la criminalité est une des plus faibles sur le continent, que la qualité de vie est très grande, que l'accès à l'environnement est immédiat, évidemment, lorsqu'on est à Montréal, soit à l'eau soit à la montagne.

Et on peut dire : Écoutez, pourquoi est-ce qu'on ne voyait pas tout ça? Bien, c'est à cause de ces nuages. Alors, ces nuages, que se passe-t-il avec eux? Bien, c'est la priorité de notre gouvernement, depuis qu'on est arrivés, de faire en sorte de dissiper ces nuages et, ce qui est important avec l'ensemble des mesures qui ont été prises, le projet de loi n° 1, les projets de loi de réforme du financement des partis politiques et tous les autres, c'est que nous ne sommes plus dans la période où la corruption et la collusion ne sont qu'un problème auquel on n'est pas en train de s'attaquer. Nous sommes dans la phase où on est en train de s'attaquer à ce problème-là. Nous sommes dans la phase de la grande offensive contre la corruption et la collusion, et donc on a au moins le bénéfice d'être en action, et de faire reculer ces maux, et d'être en train de transformer Montréal et le Québec en un endroit extraordinairement inhospitalier pour les fraudeurs. C'est ce qu'on est en train de faire maintenant.

Et, sur la question des infrastructures et de la congestion, bien sûr avec mon collègue le ministre des Transports, nous allons, au cours des mois qui viennent, annoncer des mesures importantes pour faire en sorte d'alléger les problèmes de congestion et stabiliser les investissements en infrastructures.

L'autre chose dont on peut dire aussi... c'est que bien des hypothèques politiques ont été levées. Il y a eu un changement de maire à Montréal, il y a un changement de maire à Laval. Je pense que les actions de notre gouvernement ne sont pas étrangères à ce renouvellement, et donc ces deux villes importantes sont en train de se préparer à une grande élection le 3 novembre prochain qui donnera à ces deux grandes villes des équipes renouvelées pour la suite des choses.

Et donc on peut se dire : Bon, on est en train de faire le travail. Et on n'a pas terminé, et il va falloir continuer à être très, très vigilants par la suite, mais on est en train de faire le travail de se débarrasser de ce nuage, et ce qui nous permet de nous concentrer sur l'essentiel : la vitalité économique, sociale, culturelle de la métropole, et c'est ce dont nous allons parler, je pense, dans les heures qui viennent. Mme la Présidente, je vous remercie.

La Présidente (Mme Champagne) : Merci, M. le ministre. Alors, j'invite maintenant le porte-parole de l'opposition officielle et député de Mont-Royal à faire ses remarques préliminaires pour un maximum de 10 minutes. La parole est à vous, M. le député.

M. Pierre Arcand

M. Arcand : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Permettez-moi de saluer les collègues du parti gouvernemental : le député de Laval-des-Rapides, le député de Masson et le député de Sainte-Marie—Saint-Jacques, c'est un plaisir de vous retrouver, de même que du côté de l'opposition officielle le député de La Prairie qui certainement interviendra à nouveau au cours des prochaines heures. Mes salutations à M. le ministre et à toute l'équipe. C'est un rendez-vous qui est maintenant presque quotidien que nous avons de nous rencontrer pour pouvoir discuter.

Et je suis très heureux de voir les... d'entendre, en fait, de voir le ministre et entendre ses premières paroles parce que, quand j'écoute ses premières paroles, je ne suis pas en désaccord sur le fait que Montréal est une ville qui, au cours des derniers temps, je dirais, des dernières années, a été une ville qui, malgré ce problème que l'on sait aujourd'hui, qui est un problème extrêmement grave, qui était le problème de la corruption et de la collusion, a reçu de la part du gouvernement du Québec vraiment des sommes particulièrement importantes.

Et je sais que M. le ministre a un nouvel ami qui est le maire de Westmount, maintenant qui est son nouvel ami, puis j'ai eu l'occasion, probablement comme le ministre d'ailleurs, de lire son livre, qui est assez long d'ailleurs, sur évidemment tout l'épisode des structures municipales et de la difficulté qu'il y a eu de faire en sorte que Montréal redevienne une ville qui pouvait opérer d'une façon efficace. Il y a une chose qui est claire dans son livre et qu'il dit à plusieurs reprises, c'est que, dans la structure actuelle, il est clair que Québec — et j'emploie des mots qu'il a employés — il est omniprésent. Le gouvernement du Québec est omniprésent, il est omnipuissant. Et la difficulté, c'est ce qu'il appelle, quand on est à Québec, «la tyrannie de la ruralité». Alors, on aura l'occasion peut-être d'expliquer ce que ça veut dire.

Mais, malgré tout ça, il est certainement très clair que Montréal, au cours des dernières années, a eu véritablement... reçu de la part du gouvernement du Québec évidemment des efforts très importants. Et je voudrais juste profiter de l'occasion aujourd'hui qui m'est donnée pour pouvoir en faire part. Je pense que Montréal... Dès notre arrivée au pouvoir en 2003, nous avons, par exemple, et ça, d'ici 2016, plus de 17 milliards que nous avons investis dans des investissements en infrastructures, et ça, c'est 38 % des investissements totaux qui ont créé 22 000 emplois à Montréal.

Nous avons annoncé également des fonds, des fonds de 150 millions pour les sciences de la vie, que ce soit le Fonds de la FTQ, Teralys, Merck, Lumira Capital. Et donc nous avons travaillé très fort sur la question de l'industrie des biotechnologies et du médicament. Nous avions : la mesure que vous connaissez, la mesure de 15 ans au sujet des brevets pharmaceutiques également, et donc Montréal a été véritablement en effervescence; évidemment, la question du CHUM, du CUSM, de Sainte-Justine, les investissements massifs, plus de 6 milliards de dollars qui ont été et qui vont être investis dans ce domaine-là. Montréal est au premier rang canadien quant au nombre de centres de recherche. Il y a 13 projets d'infrastructures déjà à l'Université de Montréal et l'École polytechnique de Montréal. Et on dit que le Grand Montréal occupe le premier rang en Amérique du Nord pour son ratio d'étudiants universitaires par habitant.

(15 h 30)

Il y a eu six grappes économiques métropolitaines que nous avons développées : le Bureau du cinéma, Écotech Québec, la grappe aérospatiale, In Vivo, TechnoMontréal, etc. Il y a eu une stratégie biopharmaceutique, comme je l'ai mentionné. L'appui au multimédia : je dois reconnaître que la Cité du multimédia, c'est arrivé avant 2003, et il y avait donc des efforts considérables pour que Montréal devienne, avec près de 6 000 emplois maintenant, la capitale de l'industrie du jeu vidéo. Et il y a eu une stratégie sur l'industrie québécoise de la mode et du vêtement, de l'industrie aéronautique. On a acheté des voitures pour le métro de Montréal, l'acquisition de 410 autobus de la STM. Le Train de l'Est, c'est sur le point de fonctionner. Il y a eu toute la question de l'échangeur Turcot. En matière de tourisme, on a versé 125 millions pour le 375e anniversaire de Montréal. Et évidemment, sur le plan culturel, bien, qu'on pense à la maison de l'Orchestre symphonique de Montréal, qui est un projet qui datait de plusieurs années, qui a vu le jour, et sans compter, bien sûr, le Quartier des spectacles, pour ne mentionner que ceux-là, qui sont des choses qui ont été faites de façon très importante parce que nous croyons que Montréal devait, bien sûr, être supportée comme jamais auparavant. Et je crois que le travail a été fait de façon très importante.

Sans compter le fait que les gens ont toujours pensé que toute l'idée que nous avions développée sur le Plan Nord, c'était quelque chose qui était pour les gens du Nord. Or, on sait très bien que c'est quelque chose qui va bien sûr bénéficier aux gens qui sont au nord du 49e parallèle, qui va bénéficier à tout le Québec, mais qui va aussi bénéficier aux gens à Montréal. Il y a plusieurs industries montréalaises qui en ont bénéficié. Il y a eu énormément d'efforts qui ont été faits de ce côté-là. Et donc, en ce sens-là, je dois dire que le travail a été fait de façon très importante.

Et, lorsque le ministre dit qu'il est montréalo-optimiste, je pense que le ministre peut penser avec raison que l'avenir va se faire si les budgets sont là. Mais malheureusement on doit se rendre compte que les budgets ne sont pas là. Lorsqu'on regarde les derniers crédits budgétaires, je vous dirais que, d'abord, on voit que le budget de promotion et de développement de la métropole est à la baisse, mais je sens aussi qu'il y a, de la part du gouvernement, une sorte de... je dirais, il y a comme un manque de connexion entre ce que le ministre dit et ce qui se passe dans la réalité de la vie. Et je voudrais simplement essayer de comprendre un peu pourquoi, dans le dernier budget du gouvernement... Et ce n'est pas moi qui le dis, plein de personnes l'ont dit, d'abord Mme Louise Harel. Je pense que c'est quelqu'un qui est bien connu. Elle l'a dit de façon très claire : Dans le dernier budget, il n'y a rien pour Montréal. Vous avez parlé de Michel Leblanc, de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, qui s'est dit, bien sûr, extrêmement déçu de ce qui s'est passé à Montréal. Il y a eu plusieurs analystes, et, entre autres, même pas quelqu'un qui est de mon parti politique, François Cardinal, qui a dit : Dans ce budget, il n'y avait absolument rien pour Montréal, alors que le ministre nous avait dit : Eh bien, je vais intervenir rapidement; la métropole doit rester la capitale du jeu vidéo. On s'attendait à une série de mesures. On s'attendait à ce qu'il y ait de l'action, qu'il y ait des choses pour Montréal, mais il ne s'est rien passé.

Alors, ma question, bien sûr, c'est que, là, on dirait que l'envol que nous avions connu au cours des dernières années est comme stoppé actuellement. Peut-être, j'imagine que le ministre va me répondre que c'est la faute des libéraux comme il l'a fait vendredi. Mais je dois dire que je suis très déçu, en tout cas, de voir ce qui est arrivé, en fait, au niveau de la promotion et du développement de Montréal, et ce... Je terminerais simplement en disant... parce que le député de Sainte-Marie—Saint-Jacques siège au niveau de la CRE. Je suis moi-même présent au niveau de la CRE. Et vous savez que les coupures, c'est 29 %. C'est 29 % de coupures au niveau de la CRE à Montréal, le conseil régional des élus, et donc ce sont des coupures majeures. Elles sont tellement majeures, ces coupures-là, à un point tel que, même le caucus montréalais du Parti québécois s'insurge contre ces coupures, c'est ce qu'on s'est dit à ce moment-ci. Alors, je voudrais que le ministre nous explique qu'est-ce qui s'est passé dans la confection du budget pour que Montréal soit à ce point frappée, je dirais, de cette façon-là.

La Présidente (Mme Champagne) : Merci, M. le député, vous êtes dans les temps. Merveilleux. Alors, je vais donc céder la parole au député du deuxième groupe d'opposition officielle, le député de La Prairie, pour ses remarques préliminaires d'un maximum de cinq minutes. Alors, la parole est à vous, M. le député.

M. Stéphane Le Bouyonnec

M. Le Bouyonnec : Merci, Mme la Présidente. Collègue député de Mont-Royal, collègue de Laval-des-Rapides, de Sainte-Marie—Saint-Jacques et puis de Masson, M. le ministre, bonjour à nouveau. Ça va être notre dernière étude de crédits en plusieurs jours.

Je vais poser, dans mes remarques préliminaires, la question... En fait, avant de poser la question, à entendre mon collègue de Mont-Royal dans son exposé de tout ce qu'avait fait le gouvernement libéral pendant des années, c'était vraiment tellement bien présenté que, pendant un moment, j'ai vraiment cru que Montréal se portait merveilleusement, et pourtant, lorsqu'on regarde la croissance économique de Montréal, on réalise que Montréal a quand même beaucoup souffert, et je ne parlerai pas non plus des questions d'image que Montréal a pu projeter suite à la crise que nous avons connue au printemps dernier. Je ne parlerai pas non plus des problématiques que nous avons connues au niveau de la corruption, au niveau de la difficulté de gérer cette ville qu'est Montréal.

Mais je pourrais parler par contre de certains grands chantiers qui ont eu tellement de peine, pendant des années, à démarrer, qui ont retardé Montréal. On parlait justement des deux hôpitaux universitaires, de l'échangeur Turcot que l'on sait qu'il est en difficulté depuis des années, notre système de transport en commun, notre congestion routière autour de Montréal, le boulevard Notre-Dame, la saga autour, par exemple, de l'hôpital... du CHUM, alors qu'il y avait un consensus au niveau des gens d'affaires de Montréal de créer vraiment une cité de la santé et des sciences de la vie sur la gare de triage d'Outremont, alors, finalement, un autre choix qui a déchiré la communauté montréalaise.

Bref, je me demande maintenant, effectivement, et la question a été posée, que peut faire un ministre responsable de la métropole pour relancer cette grande ville qu'est Montréal, cette grande ville qui est le moteur économique du Québec. Certains Québécois, d'ailleurs, s'étonnent de voir à quel point Québec est si différent de Montréal. On a l'impression de voir qu'à Québec tout va bien à Québec et qu'à Montréal on a de la difficulté. Difficulté aussi dans l'intégration de nos immigrants, difficulté dans le visage français aussi de Montréal à certains niveaux. Et il va falloir, à Montréal, un nouveau pacte fiscal, une nouvelle entente avec la ville. Nous savons qu'au niveau des taxes, entre autres taxes foncières, taxes municipales, la ville connaît, depuis des années déjà, des difficultés extrêmement importantes qui n'ont pas été résolues du tout par le précédent régime. Ça va être un travail herculéen pour le nouveau ministre.

Et ma question, donc, est d'ordre général : Face à cette situation de Montréal, M. le ministre, qu'avez-vous l'intention de faire, en sus de toutes vos autres responsabilités, pour véritablement relancer notre métropole?

La Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Alors, M. le député de La Prairie, comme vous étiez dans vos remarques préliminaires, vous allez suspendre, garder, conserver votre question pour la suite des choses, lors de l'échange, dans quelques minutes.

Alors, nous allons passer immédiatement au bloc d'échange avec l'opposition officielle pour une période de près de 23 minutes. M. le député de Mont-Royal, alors échange avec le ministre... C'est moi qui ai un blanc, alors ministre de la métropole. Alors, allez-y. Ça va être beau d'ici la fin, n'est-ce pas? Alors, M. le ministre... M. le député, allez-y pour vos échanges avec le ministre de la Métropole.

Discussion générale

M. Arcand : Enfin, j'avais posé la question parce que je tenais — merci, Mme la Présidente — à lui rappeler que, lorsqu'on connaît l'enthousiasme du ministre et du député de Rosemont qui essaient de nous inculquer cet enthousiasme-là, sauf que les gens ont dit : Bien... Puis je m'excuse de vous le dire, mais les gens ont dit : Bien, grand parleur, petit faiseur, c'est-à-dire, quand le budget est arrivé, ça n'a pas suivi cette espèce d'enthousiasme que vous aviez mentionné.

Puis, vous savez, au-delà des coupures, si je lis François Cardinal par exemple, dans La Presse, il dit :«Déposé dans la précipitation, le budget Marceau comprenait un grand nombre d'absents.» Et «Montréal en fait partie[...]. On a beau tourner les pages, [...]relire les documents[...], on ne trouve à peu près rien pour "dynamiser la métropole".» Ça, c'était dans La Presse.

(15 h 40)

Pour ce qui est de M. Leblanc, qui est le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, lui, il est encore plus dur. Il dit : «À quoi ça sert d'avoir un ministre responsable de Montréal s'il n'a ni programme ni projet à faire avancer? Le premier budget [est remarquable par] son absence totale de préoccupation envers la métropole québécoise. "Nous regrettons que le ministre soit demeuré muet sur la place stratégique qu'occupe la métropole dans le développement économique de l'ensemble du Québec."» Et donc ce sont des éléments qui sont préoccupants, et Mme Harel, de Vision Montréal, allait exactement, aussi, dans le même sens.

Alors, moi, ce que je veux savoir : Qu'est-ce qui s'est passé exactement pour qu'il n'y ait rien dans ce budget pour Montréal et qu'il y ait des coupures aussi majeures de ce côté-là?

La Présidente (Mme Champagne) : Alors, c'est à vous, M. le ministre.

M. Lisée : Je vais me permettre de revenir aussi pour quelques-uns de vos commentaires précédents, avec votre permission, mais pour dire, pour le budget... Pour le budget, c'est intéressant parce que le maire Labeaume a dit la même chose. Alors, si, à Montréal, il n'y avait rien, puis, à Québec, il n'y avait rien, il n'y avait rien de spécifiquement pour la Gaspésie, puis il n'y avait rien spécifiquement pour l'Abitibi, puis il n'y a rien de spécifiquement pour le Nunavut, puis il n'y avait rien de spécifiquement pour Rouyn-Noranda non plus, alors, qu'est-ce qu'il y avait dans le budget? Il y avait des mesures de relance générale de l'économie, et, comme l'économie de la région métropolitaine de Montréal, c'est 50 % du PIB, la moitié de l'impact de la totalité des mesures du budget ont un impact positif sur Montréal.

Alors, qu'est-ce qu'il y avait dans ce budget pour Montréal? Bien, il y avait d'abord... Vous avez parlé tout à l'heure de la règle des 15 ans. Le député de Mont-Royal parlait tout à l'heure de la règle des 15 ans qui était une stratégie, une stratégie qui était perdante, on le sait ; ces dernières années, l'industrie pharmaceutique à Montréal s'est complètement écrasée. Elle s'est écrasée un peu partout aussi. Ce n'était pas seulement à Montréal. Mais, dans d'autres États, où il y avait des gouvernements qui étaient plus vigilants, ils se sont rendu compte que le modèle d'affaires des entreprises pharmaceutiques avait changé et que, donc, il fallait les accompagner différemment. Alors, une mesure que le gouvernement libéral aurait dû prendre depuis plusieurs années a été prise dès notre arrivée pour faire en sorte, par exemple, de hausser de 17,5 % à 27,5 %, une hausse de 10 points de pourcentage, le taux du crédit d'impôt remboursable en R&D des activités biopharmaceutiques qui sont concentrées à bien plus de 50 % à Montréal. Une mesure majeure pour Montréal.

Création d'une enveloppe d'appariement de 125 millions de dollars sur cinq ans pour financer les partenariats de recherche privée-publique dans le secteur biopharmaceutique. 125 millions sur cinq ans. On a fait ça. Là, on est arrivés, ça faisait deux mois, et eux, ils avaient eu neuf ans pour s'ajuster. Ils ne se sont pas ajustés, ils ont laissé se dégrader l'industrie pharmaceutique. Nous, on est arrivés, tout de suite on a fait ces mesures-là, et d'ailleurs on a immédiatement annoncé, l'automne dernier, un premier investissement, une première suite de cette nouvelle politique d'aide à la pharmaceutique avec l'investissement de Neomed, qui est une entreprise qui va regrouper plusieurs pharmaceutiques ensemble pour développer des molécules pour la suite des choses. Et je peux vous dire, sans dévoiler de secret, qu'il y aura d'ici quelques mois plusieurs autres annonces dans ce sens-là. Il y a eu une annonce sur 10 millions de dollars, hier matin, sur la question de la santé personnalisée, mais il y en aura plusieurs autres qui vont montrer qu'enfin nous avons une politique de développement du pharmaceutique à Montréal, qui va dans ce sens-là.

Il y avait aussi, dans ce budget, un congé fiscal de 10 ans pour les investissements de plus de 300 millions de dollars, parce qu'on veut relancer le manufacturier, et particulièrement le manufacturier à Montréal. On avait une enveloppe de 200 millions de dollars pour la stratégie industrielle, qui va permettre de développer le transport électrique. Le transport électrique, c'est beaucoup à Montréal que ça se fait. C'est là que sont les entreprises, c'est là qu'estBombardier, c'est là qu'est le matériel roulant. C'est dans la région qui est Novabus, et on voyait hier que Bombardier va montrer d'ici peu, à l'île Sainte-Hélène, son nouvel autobus électrique.

Alors, oui, le budget, ce n'était pas écrit «Montréal», parce que, lorsqu'on prend des mesures économiques pour le Québec, on prend des mesures économiques pour Montréal. Et c'est un des meilleurs budgets pour Montréal qu'on aurait pu faire en ciblant la relance de l'ensemble de ses milieux et en attirant l'investissement.

Je peux vous dire que, lorsque j'étais avec la première ministre à New York, et qu'on rencontrait des investisseurs, et qu'on leur parlait de ces crédits d'impôt et du congé fiscal de 10 ans pour les grands investissements, ils étaient très intéressés et ils prenaient des notes, hein? Ils prenaient des notes. Bon, alors, ça, c'est ce qui a été fait.

Je reviens sur ce qui n'a pas été fait et qui aurait dû être fait. Je reconnais, bien sûr, avec le ministre... avec l'ancien ministre et le député de Mont-Royal qu'en neuf ans de gouvernement ça aurait été très difficile de ne rien faire pour Montréal et qu'un certain nombre de choses ont été faites, et je le reconnais, et le député sait que je suis souvent prompt à reconnaître les bons coups. Mais cependant il faut quand même bien dire qu'un certain nombre de décisions ou de non-décisions de l'ancien gouvernement ont freiné le développement de Montréal, et le premier évidemment, c'est de nous avoir retardés de trois ans dans la lutte à la corruption en refusant de mettre sur pied une commission d'enquête.

Et là on a perdu trois ans et on a perdu trois ans non seulement pour mettre au jour qui sont les crapules, comment ça fonctionnait, mais on a perdu trois ans aussi d'économie sur le coût des travaux publics. Oui, des milliards de dollars ont été investis en infrastructures à Montréal, c'est vrai, ça devait être fait. Bravo! Mais, cependant, on sait qu'il y a 2,5 % qui sont allés à la mafia, il y a 3 % qui sont allés à un parti politique et, parce qu'il y a eu de la collusion, les coûts ont été gonflés de 15 %, 20 %, 30 %. Mais c'est énorme sur des milliards de dollars. Alors, le refus du gouvernementprécédent d'agir dès les premiers signes, en 2004, dès les premiers signes, a coûté des milliards de dollars de trop au Québec.

Sur le CHUM et le CUSM, écoutez, le CHUM, bravo, il va finir par être construit, mais les ratés du gouvernement libéral là-dessus, la guerre que se sont livrée l'ancien ministre de la Santé et l'ancien premier ministre sur l'implantation du CHUM avec, en rôle de soutien, l'ancien premier ministre libéral, M. Daniel Johnson, qui a torpillé le projet de M. Charest au profit de... Écoutez, là, on a perdu un temps fou : il serait ouvert, le CHUM, si ce dossier avait été bien géré par le gouvernement libéral.

Puis, quant au CUSM, écoutez, là, on voit qu'il y a des gens qui ont été nommés là à des postes de responsabilité, qui sont maintenant poursuivis par la police. On aimerait bien pouvoir les accuser au criminel. Alors, je ne dis pas que tout est mauvais dans ce qui a été fait, mais je dis que, si ça avait été juste bien, ça irait beaucoup mieux. Alors, ça, c'est une chose. Et, sur Turcot, la même chose : la lenteur avec laquelle les décisions ont été prises sur Turcot est vraiment à critiquer.

La Présidente (Mme Champagne) : Alors, merci, M. le ministre. Je vais donner la parole au député de Mont-Royal.

M. Arcand : Bien, merci, Mme la Présidente. Premièrement, je vais répondre rapidement sur la question de la corruption parce que je pense que c'est de plus en plus reconnu maintenant que, si nous avions fait la commission en 2009, on n'aurait pas trouvé beaucoup de choses. Et la raison pourquoi aujourd'hui on trouve beaucoup de choses, c'est que les gens ont bénéficié, pendant deux ans et demi, d'enquêtes de l'UPAC qui ont fait un travail très important. Et, si la commission a de la nourriture aujourd'hui, entre guillemets, si vous me permettez l'expression, c'est parce que, pendant au-delà de deux ans, on a eu l'UPAC derrière ça. Alors, ça, je pense que c'est très important de pouvoir le dire et je pense qu'en bout de ligne ça a été la bonne décision.

Maintenant, pour ce qui est de l'industrie pharmaceutique, bien, je dois vous dire que, d'abord, dès le mois de juin, on avait remis en question justement la règle des 15 ans. Le problème, ce n'était pas de remettre en question la règle des 15 ans, ce n'était pas de dire : Écoutez, peut-être que cette règle pourrait être regardée à nouveau, être améliorée. La réalité, c'est qu'on évaluait à 175 millions de dollars les efforts que nous voulions pour aider l'industrie pharmaceutique. Ce 175 millions de dollars là aurait pu être retransféré à des jeunes biotechs ou à d'autres façons de faire, mais vous remplacez globalement une mesure de 175 millions de dollars par une mesure d'à peu près 20 à 25 millions de dollars par année. Alors, vous vous retrouvez dans une situation où carrément ces industries-là sont en péril.

(15 h 50)

Et, je vais simplement vous dire essentiellement, actuellement... parce que souvent, du côté de votre gouvernement, vous ne semblez pas comprendre qu'il y a de la compétitivité dans l'air un peu partout, en Ontario, en Colombie-Britannique. Et ça, c'est seulement le Canada; j'oublie l'Europe et j'oublie les autres pays. Par exemple, le secteur de la biopharmaceutique actuellement en Colombie-Britannique, c'est plus d'une centaine de compagnies, et regardez ce qu'ils font actuellement, ils attirent des investissements d'au-delà du milliard de dollars. Ils ont des crédits d'impôt qui sont extrêmement agressifs : 35 % jusqu'à concurrence de 2 millions. Ils offrent des crédits d'impôt remboursables additionnels de 10 % sur les taxes provinciales pour les dépenses de recherche et de développement. La Colombie-Britannique est devenue le premier état nord-américain à allouer un remboursement de taxes corporatives : 75 % jusqu'à concurrence de 8 millions, etc. C'est extrêmement agressif. Et ce que les gens nous disent, nous, de façon générale, c'est qu'on se bat avec un tire-pois, alors qu'on est à la guerre pour essayer d'aller chercher ces entreprises-là qui font partie des grappes industrielles très importantes pour Montréal. Et moi, je dois dire que ces mesures-là sont certainement insuffisantes et ne permettront pas de relancer Montréal, alors qu'on avait quand même, durant les premières années, après 2003, créé des emplois. Évidemment, à partir de 2007-2008, les choses ont été un petit peu plus difficiles, il y a eu la récession, nous le reconnaissons, mais il y avait quand même là un incitatif majeur. Alors, ma question, pour ce qui est des pharmaceutiques : Est-ce que ça va se limiter à ça ou si vous êtes conscients qu'il y a un problème majeur et vous allez regarder ça de près pour éventuellement être aussi compétitifs que la Colombie-Britannique?

La Présidente (Mme Champagne) : M. le ministre.

M. Lisée : Alors, sur les deux points. D'abord, encore hier ou avant-hier, à la commission Charbonneau, on voyait des prises de vue de vidéos de gens qui mettaient des liasses d'argent dans leurs chaussettes, qui ne viennent pas du travail de l'UPAC, mais qui viennent d'une enquête précédente de la GRC qui a été disponible pour les enquêteurs si la commission avait été mise sur pied en 2006, ou en 2007, ou en 2008. Alors, il est complètement faux de dire qu'il est en train de s'installer l'idée que le gouvernement précédent avait raison de dire qu'une commission d'enquête serait nuisible, parce que c'est ce qu'il disait : c'est que ce serait nuisible. Alors, bien au contraire, et à chaque étape, que ce soit pour la création de l'UPAC, la création de Marteau, la création de la commission Duchesneau, c'est poussé au pied du mur, au dernier moment, sous une pression populaire massive que le gouvernement libéral a agi, alors qu'un bon gouvernement comme René Lévesque, en 1976, c'est la première chose qu'il a faite, c'est de nettoyer les écuries d'Augias du financement des partis politiques. Et, nous, la première chose qu'on a faite, ça a été d'agir là-dessus. Alors, c'est ça, la différence.

Pour les pharmaceutiques, je trouve ça très intéressant, ce que le député nous dit de l'agressivité de la Colombie-Britannique. Mais rien de ça n'était dans vos budgets. Vous n'avez jamais parlé de faire quoi que ce soit qui ressemble de près ou de loin à ce que vous nous dites maintenant de ce qu'il faudrait faire. Et la Colombie-Britannique, elle fait ça depuis quelques années et elle n'a pas utilisé la clause des 15 ans, ni l'Ontario. Ils ont compris que ce n'était pas... ou, en tout cas, ce n'était plus une bonne mesure. Nous, le Parti québécois, nous étions en faveur de cette mesure à l'époque où c'était payant. Et, à partir du moment où ce n'était plus payant, parce que ce qu'on donnait... On s'imposait de payer plus cher des médicaments en échange de présence sur le territoire québécois non seulement de fabrication mais de centres de recherche en pharmaceutique. Les centres ont fermé. La moitié du contrat n'était plus satisfaite par l'industrie pharmaceutique, et je ne les blâme pas, leur modèle d'affaires a changé. Et le gouvernement libéral a été très tardif à s'en rendre compte et à proposer des mesures.

Vous nous dites que nos mesures, maintenant, ne sont pas assez agressives. Bien, on peut en débattre parce que non seulement il y a ce 25 millions par année, mais le doublement du crédit d'impôt, lui, peut encourir des sommes considérables. Mais je vous dis : Déjà, on a un investissement, et il y en a plusieurs autres qui vont être annoncés très bientôt, donc on se reverra l'an prochain et on fera le bilan ensemble. Mais ce qui est sûr, c'est que ce qu'il ne fallait pas faire, c'est ce que le gouvernement précédent a fait.

Je reviens sur Peter Trent. Oui, j'ai lu son ouvrage très, très intéressant, Folie des grandeurs ― Fusion et défusions à Montréal. Donc, il y en a pour tout le monde, et moi, je suis content de ne pas avoir été là pendant le processus des fusions. Je l'ai dit précédemment, je pensais que ce n'était pas une bonne idée et j'ai trouvé que la façon dont les défusions ont été faites aussi était particulièrement contestable. Mais ce que dit M. Trent à la fin de ce livre qu'il écrit avant la prise du pouvoir par le Parti québécois, c'est que le gouvernement du Québec, donc du Parti libéral, a abandonné Montréal. C'est ce qu'il dit : Il a abandonné Montréal. Le Parti québécois, au moins, avait un ministre de la métropole. Ensuite, le ministre de la métropole, ça a été quelqu'un de Gaspésie, Mme Normandeau, qui a beaucoup d'atouts mais qui n'est pas... n'avait pas l'atout d'être une ministre montréalaise. Et, à la fin, ça a été un de mes compatriotes thetfordois — je suis Montréalais d'adoption, mais Thetfordois d'origine — donc le député de Frontenac, qui était ministre des Municipalités, de la Chasse et de la Pêche, et de Montréal, mais il était à Thetford Mines. Alors, pour Peter Trent, l'abandon absolu de Montréal par le gouvernement du Parti libéral ne fait aucun doute. Et j'ai beaucoup de respect pour les tentatives qu'a faites le ministre... le député d'Outremont, qui était désigné ministre politique pour la région de Montréal, mais qui n'avait ni le statut ni les moyens d'intervenir au-delà de sa valeur personnelle.

Alors, ce qui a été changé : la première ministre Marois a décidé de désigner un ministre responsable de Montréal, de lui accorder la responsabilité de la totalité de la région métropolitaine — il y a d'autres ministres politiques, mais ils sont... ils travaillent en concertation avec le ministre de la région métropolitaine — de dégager des sommes pour le Secrétariat à la métropole et de redonner enfin de la cohérence à l'action montréalaise. Et Peter Trent, puisqu'il faut le citer, lui, déclarait qu'il était très heureux de la vision que je projetais pour l'avenir de Montréal.

La Présidente (Mme Champagne) : Alors, la parole est au député de Mont-Royal.

M. Arcand : M. le député, vous dites ça sans rire, je suis un peu étonné. Quand vous parlez du députéd'Outremont, écoutez, le député d'Outremont était ministre des Finances, ministre du Revenu, ministre responsable. Ça vous prend quoi, ministre responsable de la région de Montréal? C'était le superministre qui était justement en train de travailler sur un ensemble de dossiers montréalais. Alors, je ne sais pas qu'est-ce que ça vous prend. Et est-ce que c'est un défaut? Si je comprends bien, qui négocie actuellement le Grand Prix? Pour vous, je pense que c'est le ministre de Matane. Est-ce que moi, je vais dire que, parce que le ministre vient de Matane, bien, le Grand Prix ne va pas bien se négocier? Je veux dire, à un moment donné, il faut quand même être sérieux sur ce genre de chose là. Et tout le monde reconnaît les efforts qui ont été faits du côté de Montréal, les sommes colossales qui ont été investies.

Et, quand malheureusement, dans le livre, en tout cas, de M. Trent, il parle de ce problème-là, en fait, c'est probablement en grande partie la faute de la ville de Montréal qui ne va pas suffisamment sensibiliser les fonctionnaires de l'État québécois sur les problèmes criants de Montréal. Ce n'est pas juste une question politique, il le définit d'ailleurs très bien et il répète à satiété que c'est une attitude de la part des fonctionnaires de l'État québécois, fonctionnaires qui souvent traitent Montréal comme n'importe quelle autre municipalité.

Alors, ça me fait rire de voir un peu cette espèce d'attitude parce que, s'il y a quelque chose qui a été très clair, s'il y a des investissements qui ont été massifs au cours des dernières années, c'est bien les investissements que nous avons faits du côté de Montréal. Mais je réponds... j'aimerais encore être très clair avec vous : Est-ce que vous croyez sincèrement qu'avec ce que vous avez actuellement au niveau de l'industrie pharmaceutique vous êtes en mesure de faire une compétition à tout ce qui se fait aux États-Unis, à Toronto, à Vancouver et un peu partout en Amérique du Nord, sans compter, bien sûr, l'Europe?

La Présidente (Mme Champagne) : Alors, M. le ministre, en trois minutes.

M. Lisée : Trois minutes. Moi, je cite Peter Trent. Alors, la liste du rapetissement de l'importance politique de Montréal dans le cabinet de Charest, que je viens de faire, je paraphrase au mot près ce qu'a dit Peter Trent dans son livre. Vous pouvez être en désaccord avec lui, mais, puisque c'est vous qui l'avez d'abord cité, il faut dire que c'est ce que Peter Trent dit de la considération qu'avait le gouvernement libéral pour Montréal.

Maintenant, vous donnez l'exemple du ministre délégué au Tourisme, qui pilote effectivement le dossier du Grand Prix. J'en parlais encore avec lui ce matin, donc nous sommes très, très arrimés à cette négociation. Mais il ne passerait jamais par la tête de la première ministre de désigner quelqu'un de l'extérieur de Montréal pour s'occuper de Montréal. M. Bachand a fait... M. le député d'Outremont a fait le maximum, mais il n'avait ni le statut, ni le pouvoir, ni la capacité d'intervenir parce que c'était le ministre des Affaires municipales qui avait ces leviers. Alors, il faisait ce qu'il pouvait, mais il n'avait pas cette autorité. Le gouvernement Charest avait envoyé le signal que cette autorité n'existait pas. La métropole n'était pas dans la structure gouvernementale, et nous avons ramené la métropole dans la structure gouvernementale.

Pour ce qui est du pharmaceutique, écoutez, je reviens à la même réponse : déjà, les mesures que nous avons prises, qui sont quand même infiniment meilleures que l'absence de mesure, qui était le cas quand on est arrivé, ont déjà donné un résultat avec neomex, va donner d'autres résultats. Je sais, parce que je suis au comité sur la prospérité, que des dossiers sont en cours de ficelage pour des annonces bientôt sur l'île de Montréal et je vous donne... je donne rendez-vous aux députés de Montréal aux crédits de l'an prochain pour qu'on fasse ce bilan ensemble.

La Présidente (Mme Champagne) : Merci, M. le ministre. Alors, en une minute, M. le député de Mont-Royal.

(16 heures)

M. Arcand : Bien, je pense que, premièrement, le ministre semble avoir une drôle d'attitude. Je pense que, quand on est ministre des Finances, quand on est ministre du Revenu, quand on travaille avec les différents ministres du gouvernement, que c'est un travail d'équipe, je pense qu'on est assez puissants pour être capables d'infléchir en très grande partie... qu'on est membres du Comité des priorités, je pense qu'on est capables d'infléchir pas mal de choses au niveau gouvernemental. Et d'ailleurs je pense qu'avec la liste que je vous ai lue ce matin vous pouvez quand même être rassuré : les résultats sont là et sont des résultats très importants.

Et j'aimerais que vous prépariez votre réponse — parce qu'il n'aura pas, probablement, le temps de répondre — maison va parler, dans la deuxième partie, du jeu vidéo. Vous aviez promis, le 5 novembre, qu'il y aurait des mesures pour l'industrie du jeu vidéo, et il n'y a rien. Il n'y en a pas. Et, là aussi, comme dans le secteur pharmaceutique, on est en présence d'une lutte très féroce entre les Américains, entre les Canadiens anglais, entre les Européens pour savoir qui va être déterminant au niveau de l'industrie du jeu vidéo. Alors, pour la prochaine fois, vous pourrez répondre : Est-ce qu'il va se passer quelque chose au niveau de l'industrie du jeu vidéo? Est-ce que cette industrie-là va être supportée par le gouvernement du Québec?

La Présidente (Mme Champagne) : Merci, M. le député de Mont-Royal. Alors, c'est sûr que la question... la réponse à la question va venir dans un deuxième bloc avec l'opposition officielle, et c'est une question qui va intéresser de nombreux adeptes de jeux vidéo, bien évidemment, dont mon petit-fils. Alors, je vais passer la parole au député de Sainte-Marie—Saint-Jacques pour un beau 23 minutes d'échange avec le ministre.

M. Breton : Merci, Mme la Présidente. D'entrée de jeu, je voudrais saluer tout le monde : le ministre, le député de La Prairie, le député de Mont-Royal, mes collègues.

J'abonde dans le même sens que le ministre. Je suis tout aussi estomaqué que lui lorsqu'on vient nous dire que le fait d'avoir refusé qu'il y ait une commission d'enquête publique, c'était une bonne décision. Celle-là, je la trouve assez particulière mais je ne reviendrai pas là-dessus parce que vous avez dit de façon tout à fait éloquente ce que je pense.

Je voudrais revenir sur ce que le député de La Prairie a dit tout à l'heure par rapport à la place du français à Montréal, qui est une préoccupation. Évidemment, c'est une préoccupation de tous ceux qui ont à coeur l'avenir francophone de Montréal. Et je vais rappeler aux bons souvenirs du député de Mont-Royal et de tous les gens qui écoutent ici qu'en avril 2004 il y avait eu, de la part du gouvernement précédent, des coupures de 20 millions de dollars dans les cours de francisation aux immigrants, qu'il y a eu des coupures successives au fil des ans, que le 12 avril 2010... le 11 avril 2010, en fait, il y avait 200 moniteurs en francisation qui voyaient leurs postes abolis parce qu'on avait aboli 31 classes de francisation des immigrants, à Montréal particulièrement. En 2012, on a fait d'autres coupures dans les cours de francisation, mais, la même année, le gouvernement fédéral donnait 4 millions de dollars à des groupes qui avaient comme mission de faire la promotion de l'anglicisation de Montréal et de l'anglicisation du Québec. Donc, je dois avouer que votre préoccupation est réelle, et ça fait partie des enjeux dont le ministre de la métropole parle et sur lesquels on veut se pencher.

Maintenant, revenons à Montréal. Je suis né à Montréal, j'ai vécu la très grande majorité de ma vie à Montréal, je suis député d'une circonscription de Montréal. Et on parlé tout à l'heure... C'est M. le ministre qui parlait de Montréal la résiliente. S'il y a une personne qui peut parler de résilience, c'est bien moi. J'ai l'impression de me retrouver dans la personnalité de Montréal. Et j'ai vraiment l'impression que, si Montréal a été aussi résiliente, si Montréal ne va finalement pas si mal que ce que beaucoup veulent le faire croire... Je voudrais revenir sur ce que le député de Mont-Royal a dit quand il parlait de manque de connexion avec la réalité de la vie par rapport à ce que le ministre de la métropole disait. Moi, je vais vous dire une chose : Si on veut parler de connexion avec la réalité de la vie, lorsque le ministre... le député de Mont-Royal a parlé d'investissements majeurs faits pour Montréal... Moi, si je pense au CHUM, qui a été un dépassement budgétaire très important, si je pense au CUSM, qui est un scandale, si je pense à Turcot, qui a eu des dépassements faramineux, on est passé de 1,5 milliard à 3,6 milliards... C'est drôle, je n'ai pas entendu parler de l'îlot Voyageur, par contre, de la part du député de Mont-Royal, je ne sais pas pourquoi.

Mais une chose que je peux dire, c'est que... Ah oui! Je pourrais parler aussi du Train de l'Est, que certains ont qualifié de train de la corruption. Je pourrais en rajouter d'autres. Ça, on n'appelle pas ça des investissements, on appelle ça du gaspillage. C'est beau d'investir de l'argent pour des infrastructures, mais il faut le faire de façon responsable, et tout ça a été fait de façon totalement irresponsable. Donc, la lutte à la corruption fait évidemment partie des enjeux de Montréal, c'est clair, et c'est pourquoi je suis tellement fier que notre gouvernement ait fait de ça une priorité. On parle de corruption, de collusion, de copinage, de patronage, il faut ajouter à ça de l'improvisation de la part du gouvernement précédent.

Comme député de Sainte-Marie—Saint-Jacques, une chose est sûre, c'est qu'on est à l'aube de la revitalisation, on essaie, on veut revitaliser le Quartier latin. Le Quartier latin, sachez-le, en arrache. Mettez-vous à la place de quelqu'un qui reste dans le centre-ville de Montréal et, pendant des mois, on dit dans les médias : Ne venez pas à Montréal. On entendait ça, dans les bulletins de nouvelles, à cause des ponts qui étaient en construction. Ça, je veux rappeler au bon souvenir du député de Mont-Royal qu'en 2001 il y a eu la commission d'enquête Nicolet, dont la mission était quoi? De trouver les meilleurs moyens d'avoir accès entre Montréal et la Rive-Sud. L'étude a été publiée en 2003, qui disait : Il faut accélérer le développement ou encore les réparations des infrastructures déficientes pour l'accès Montréal—Rive-Sud. On se retrouve, en 2010, ça commence à tomber. Pourquoi? Parce qu'ils n'ont rien fait pendant des années, et donc on se retrouve à la fin de la première décennie du XXIe siècle dans une situation où on dit aux gens de ne pas venir à Montréal. On dit aux gens : Ça va être l'enfer, ça va être le bordel. Et, effectivement, régulièrement, c'était l'enfer et le bordel à cause du festival des cônes orange un peu partout.

Ajoutons à cela tout le mouvement étudiant. Comme député de Sainte-Marie—Saint-Jacques, on a eu plus d'une centaine de manifestations à tous les jours dues à la crise étudiante créée de toutes pièces par le gouvernement précédent. Ça, ce n'est pas tellement un incitatif pour les gens qui sont de l'extérieur de Montréal de venir faire un tour dans le Quartier latin, c'est la moindre des choses. Donc, si on rajoute tout ça, maintenant, parlons de l'îlot Voyageur, l'îlot Voyageur qui devait coûter 320 millions, qui a fini par en coûter 500. Mais, avec 500 millions, on n'a pas une résidence étudiante; zéro. J'ai nommé ça, de façon un peu dérisoire, mon étagère IKEA à 300 millions parce qu'on a un garage puis, en haut, on a des structures comme ça. Ce désastre-là, parce qu'il faut le qualifier de désastre, est-ce que vous avez des projets, M. le ministre, pour relancer ce secteur névralgique du Quartier latin? Parce qu'on a besoin de logement social, on a besoin de logement étudiant, on a besoin de relancer le Quartier latin et tout ce quartier-là.

La Présidente (Mme Champagne) : Alors, M. le ministre, allez-y.

• (16 h 10) •

M. Lisée : Merci, Mme la Présidente. Merci au député de Sainte-Marie—Saint-Jacques qui... C'est chez vous, l'îlot Voyageur, c'est le député qui voit comment cette structure, qui était une structure qui devait prolonger la revitalisation de ce coin de Montréal, qu'on avait lancé avec Lucien Bouchard et la Grande Bibliothèque, qui a vraiment redonné un élan... Et on regardait de l'autre côté de la rue. Il dit : Mais il faudrait faire quelque chose, et ce dossier a été géré de façon catastrophique.

Je comprends qu'à l'origine ce n'est pas le ministre libéral de l'Éducation qui était responsable. Et il y a un moment où il a pris le dossier en main, et rien ne s'est produit, ça a comme empironné, comme disait ma tante, ça a empironné. Et puis c'est devenu comme... Enfin, les plus vieux d'entre nous se souviennent du complexe Guy-Favreau. Bien, aujourd'hui, il y a un bel édifice. Mais, pendant des années, c'était un trou, c'était le trou Guy-Favreau. On avait honte, comme Montréalais, de ce trou, et là la honte s'est déplacée. Et donc moi, j'ai su, parce que je me suis intéressé au dossier, évidemment, que même la ville de Montréal avait offert au ministre des Finances précédent de reprendre le projet pour en faire... et le ministre des Finances a dit : Non, ça ne nous intéresse pas. Nous, on veut le mettre sur le marché. Alors, il n'y avait pas de volonté d'essayer d'inventer quelque chose à partir de ce désastre.

Et, après notre arrivée au pouvoir, évidemment, la discussion pour la vente avait progressé. La décision avait été prise juste avant notre élection, alors qu'on aurait pu attendre un petit peu. Il y avait... il était pour y avoir un nouveau gouvernement, peut-être le même, peut-être un autre, mais il y a eu beaucoup de décisions qui ont été prises juste avant l'élection. Et un promoteur s'est présenté avec une proposition et un groupe d'architectes, de designers, un groupe associatif, qui s'appelle UTILE, qui s'est présenté en disant : Hé! Un instant, là! Est-ce que nous, qui sommes dans le tissu urbain de cette région, pourrions avoir voix au chapitre? Est-ce que nous pourrions participer à la relance de l'îlot Voyageur, essayer de transformer cet édifice de la honte en un édifice de la rencontre? Et le député de Sainte-Marie—Saint-Jacques a tiré bien fort sur les oreilles de deux ou trois ministres pour dire : Il faudrait que ça se fasse... il faudrait au moins regarder, il faudrait au moins regarder.

Eh bien, c'est ce qu'on va faire, c'est ce qu'on va faire, on va regarder. Alors, le président du Conseil du trésor a donné au ministre de la métropole le mandat de réunir les acteurs autour d'une table pour voir s'il peut y avoir une conciliation des projets entre celui du promoteur, celui du groupe UTILE, les visions gouvernementales, les visions de la Société immobilière du Québec pour essayer d'en venir à quelque chose de bien, pas quelque chose dont on se débarrasse, quelque chose de bien. Et, dans les jours qui viennent, donc une rencontre doit avoir lieu pour essayer de concilier ces différents projets, et je peux vous dire qu'en tant que ministre de la métropole ça m'intéresse de faire en sorte qu'on transforme ce désastre en quelque chose de bien pour le Quartier latin et pour la région.

La Présidente (Mme Champagne) : Merci, M. le ministre. Alors, M. le député de Sainte-Marie—Saint-Jacques, il reste 10 minutes.

M. Breton : 10 minutes?

La Présidente (Mme Champagne) : À ce bloc, là.

M. Breton : À ce bloc. Écoutez, dans la revitalisation du Quartier latin, pour continuer un peu sur le thème, vous avez certainement entendu parler du programme particulier d'urbanisme de l'arrondissement Ville-Marie. Vous avez quelqu'un assis à votre droite qui a travaillé fort pour faire en sorte que ce soit un succès. Je veux, on veut que ce soit un succès, parce que, sachez-le, le Théâtre Saint-Denis va avoir 100 ans bientôt. Et la situation du Quartier latin est assez préoccupante qu'il y a des rumeurs de fermeture de ce vénérable théâtre.

Et donc, moi, entendant ça, sachant à quel point ça fait partie, à mon avis, des, comment dirais-je, bases de patrimoine importantes du Québec... Le Quartier latin, on ne l'appelle pas le Quartier latin pour rien. La rue Saint-Denis en arrache. Le Quartier des spectacles... Je dois donner au gouvernement précédent le crédit du travail qui a été fait avec la partie ouest, dans le fond, du Quartier des spectacles. La partie est, maintenant, doit aller de l'avant avec quelque chose de visionnaire, de positif.

Il ne faut pas oublier une chose, c'est que, lorsqu'on combine deux choses, c'est-à-dire que, si on avait eu la fameuse augmentation des frais de scolarité étudiante de 82 % du gouvernement précédent, si on était allés de l'avant avec ça, et qu'on compte, par-dessus ça, le fait qu'on n'a pas les fameux logements étudiants dont on avait besoin dans l'îlot Voyageur, la pression à la hausse sur le prix du logement dans le centre-ville de Montréal devient exponentielle, d'où l'intérêt encore plus grand d'avoir du logement étudiant abordable.

Moi, je suis de ceux — parce que j'ai étudié à l'UQAM — qui pensent que cet édifice-là doit absolument... on doit absolument trouver une solution, M. le ministre. On ne peut pas, comme vous le dites, faire de ce projet-là quelque chose dont on se débarrasse, parce que tout ça s'intègre aussi dans un cadre plus large, pour Montréal, dans la politique de l'itinérance. Parce qu'écoutez, vous le savez, juste à côté de l'îlot Voyageur, il y a le parc Émilie-Gamelin. Juste à côté de l'îlot Voyageur, il y a La Maison du Père, il y a l'Accueil Bonneau, il y a le Old Brewery Mission. On a beaucoup de gens qui sont dans des situations de précarité énorme. Donc, tout ça doit s'inscrire... Si on n'a pas un îlot Voyageur en santé, qui peut accueillir des étudiants à prix abordable, ces gens-là vont rester où? Ils vont aller rester dans d'autres logements. Ces autres logements là vont mettre une pression à la hausse sur le prix du logement dans le quartier, qui va faire en sorte d'augmenter la précarité et les potentiels d'itinérance dans le comté. Donc, j'espère, je veux, je sais, vous allez faire que vous ne vous débarrasserez pas de ce projet-là. Je dois vous avouer que, lorsque j'ai constaté à quel point la situation était périlleuse, quand j'ai vu, avant le début de la campagne électorale, quelques jours à peine avant, qu'on avait mis en vente le projet de l'îlot Voyageur, je vais vous avouer, j'étais estomaqué.

Donc, dans le cadre de tout ça, la politique de l'itinérance et l'îlot Voyageur, les deux doivent être attachés. Est-ce que vous pourriez élaborer un petit peu là-dessus?

La Présidente (Mme Champagne) : Alors, M. le ministre, allez-y.

M. Lisée : J'ai combien de temps, Mme la Présidente?

La Présidente (Mme Champagne) : Pardon?

M. Lisée : Combien de temps?

La Présidente (Mme Champagne) : Vous avez au moins... pas loin de 10 minutes.

M. Lisée : C'est bien. Alors, comme vous le savez, on s'est engagés. Sur l'îlot Voyageur, le travail est en train de se faire, et je pense qu'il faudra concilier la volonté du promoteur d'avoir des logements qui vont lui permettre de financer son investissement, la volonté du groupe UTILE d'avoir des résidences étudiantes et également d'avoir du logement social qui pourrait alléger un peu les problèmes d'itinérance, qui sont très larges. Quelques mesures d'itinérance sont en voie de préparation dans l'avenir immédiat, des mesures de santé pour les personnes en crise qui sont en voie d'élaboration et qui sont prises tout de suite, mais, comme vous le savez, comme le sait le député, le Parti québécois s'est engagé à proposer une politique nationale de l'itinérance, qui est en voie d'élaboration et qui arrivera bientôt.

Il faut savoir que, lorsqu'on parle de l'avenir de Montréal, il y a les grappes industrielles, il y a les grands projets, il y a le Quartier des spectacles, il y a le Quartier latin, il y a le quartier des métiers, il y a la Cité des métiers, il y a le Quartier de l'innovation, entre McGill et l'ETS, il y a le quartier du havre, il y a Griffintown. Le nombre de projets localisés dans Montréal est très grand, c'est-à-dire il y a une volonté... Et, moi, ce que j'ai trouvé en tant que ministre de la métropole, la première chose que j'ai faite, c'est rencontrer plein, plein, plein de gens — des gens d'affaires, des entrepreneurs, des entrepreneurs sociaux, des entrepreneurs culturels, des gens qui s'occupent de gens de la rue, des maisons d'hébergement — pour essayer d'avoir, bien que Montréalais depuis 1976 avec une interruption d'une dizaine d'années... pour avoir une meilleure connaissance de cette ville qui est... sur laquelle on peut apprendre constamment, et j'étais inquiet, pour reprendre le terme que le député de Mont-Royal utilise parfois — mais pas encore aujourd'hui, je le salue pour ça...

Une voix : ...

M. Lisée : J'étais inquiet, je pensais que ce genre de morosité ambiante pousserait les Montréalais à se désengager de l'avenir de leur ville. Mais ce que j'ai trouvé, ce sont des gens frustrés, impatients, mais profondément engagés dans l'avenir de leur ville, des gens qui veulent que ça marche, qui ont des projets, qui ont des idées, qui se réunissent, qui se concertent, qui développent des tas de projets et d'idées et qui, chacun dans leur coin, essaient d'améliorer la ville. Alors, ça, c'est une très bonne nouvelle. C'est qu'il n'y a pas... il doit y en avoir, mais les Montréalais ne sont pas des décrocheurs de Montréal. Ce sont des gens engagés dans la ville de Montréal, ils veulent que ça marche. Ça, c'est la première chose.

Et ça, c'est très bien, mais il faut savoir aussi que Montréal est un genre de lieu de transit. Il y a énormément de gens qui viennent à Montréal pour prendre l'ascenseur du savoir dans les universités — une très grande ville universitaire, c'est essentiel, de recherche — qui viennent à Montréal pour avoir des premiers emplois et qui ensuite quittent Montréal pour faire autre chose en région, en banlieue, ou certains quittent le pays pour quelques, d'autres reviennent, et ça, c'est les mobiles. Alors, évidemment, notre objectif, c'est de retenir sur l'île de Montréal davantage de mobiles, on ne peut pas tous les retenir, parce que c'est la nature même d'une métropole d'avoir une population de transit, mais de retenir plus de familles, et on en parlera sûrement tout à l'heure.

(16 h 20)

Mais il y a aussi les captifs de Montréal, parce qu'il y a une partie des gens qui sont en détresse dans des régions de Montréal, qui viennent à Montréal pour installer leur détresse. Alors, il y en a une partie qui réussissent à s'en sortir, mais il y en a une partie qui ne réussissent pas, et eux, ils restent là, et de penser que Montréal peut être un succès sans agir contre la détresse montréalaise, c'est s'illusionner, hein? Montréal doit être aussi le lieu où on peut sortir de la détresse, et ça, les mesures sur l'itinérance, les mesures sur la santé et sécurité, les mesures que le ministre de la Santé va introduire sur les soins à domicile, ce sont toutes des mesures qui vont dans ce sens-là, mais il est clair pour moi que, quand on regarde l'ensemble des budgets, il me semble que, compte tenu de la concentration de la détresse à Montréal, il devrait y avoir, dans les années à venir, un réajustement des ressources pour faire en sorte qu'on soit à la hauteur des problèmes. On est arrivé il y a cinq mois à peine et on a vu qu'il y avait une divergence entre les besoins et les budgets. Je pense que là-dessus il faudra travailler dans les conditions financières difficiles pour corriger ça.

Donc, il faut redonner espoir pas seulement aux investisseurs, oui, pas seulement aux entrepreneurs, oui, mais redonner espoir aussi à tous les Montréalais, et aller même au-delà et penser Montréal maintenant comme la métropole, avoir une identité métropolitaine qui inclut les couronnes, qui inclut Laval, qui inclut Longueuil. On le sait bien, ça va prendre du temps, ça va être à intensité variable, mais les gens sont de Rosemont et de Montréal, les gens peuvent être de Longueuil et de Montréal, Montréal étant vu comme une métropole. Et la capacité des élus montréalais, ces dernières années, au sein de la CMM, d'arriver à des grands consensus sur le plan métropolitain d'aménagement durable entre autres, mais pas seulement sur des enjeux de transport en commun, est une très agréable surprise à certains qui pensaient que les batailles de clocher allaient constamment empêcher des consensus. Mais il est en train de se développer, au niveau des élus, au niveau des décideurs économiques, une conscience métropolitaine, et je pense que c'est là-dessus qu'il faut jouer pour l'avenir, et le gouvernement du Parti québécois a l'intention de susciter cette identité métropolitaine pour faire en sorte de tirer les énergies de toute la métropole dans le même sens.

Et d'ailleurs, lorsqu'on parle d'investissement pour Montréal, nous avons annoncé récemment un investissement important sur le plan métropolitain d'aménagement durable, la trame verte, la trame bleue, des équipements qui traversent plusieurs municipalités de la métropole et qui permettent aux citoyens de goûter la variété en passant en canot, en vélo, en sentier pédestre, d'un endroit à l'autre, en traversant, s'ils en ont le temps, la totalité de la région. Alors, c'est le genre de chose que nous voulons faire pour transformer, y compris l'état d'esprit des citoyens de la métropole, et se rendre à — on a une date, on en parlera peut-être tout à l'heure — 2017, Montréal 2017. On a une date devant nous qui est le 50e anniversaire de l'Expo, 375e anniversaire de la fondation de Montréal et qui nous appelle comme un défi, parce que Montréal, en 2017, va être capable de retrouver sa fierté, comme Québec l'a fait pour son 400e anniversaire. Alors, c'est bien qu'on ait cette date devant nous. Elle n'est pas trop éloignée, elle n'est pas trop proche. On a le temps de travailler puis on a le temps de se mobiliser aussi autour de ça, et dans des discussions dans tous les projets, que ce soit le Parc olympique, l'Espace pour la vie, les gens commencent à réfléchir. Est-ce qu'on va être prêts pour 2017? Qu'est-ce qu'on peut faire pour 2017 pour avoir des choses en 2015, en 2016 et en 2017? Il y a un genre de mobilisation qui est en train de sourdre, et ça, ça me rend montréalo-optimiste.

La Présidente (Mme Champagne) : Merci M. le ministre, merci. Il reste tout juste une petite ministre. Peut-être entreprendre une question dont la réponse viendra plus tard?

M. Breton : Non. En fait, je vais avoir une autre question plus tard, mais je vais finir en disant que moi, j'ai grandi avec M. Drapeau, qui était très fier d'être Montréalais, qui considérait presque les autres villes comme des banlieues de Montréal un peu partout dans le monde. Je dois vous dire que je sais combien Montréal a été entachée, salie dans l'opinion publique à travers le Québec, et ça me fait grand plaisir d'entendre votre montréalo-optimisme, M. le ministre, parce que je l'ai vue souffrir et je la vois se relever. Je la vois se relever avec une nouvelle administration de Montréal, je la vois se relever avec des gens qui sortent d'une crise étudiante qui a laissé des cicatrices dans le centre-ville de Montréal, mais avec une jeunesse, comme les gens du groupe UTILE, qui veulent dire : On va arrêter de se faire traiter de chialeux, on propose quelque chose de positif avec le PPU du Quartier latin. Moi, je suis aussi optimiste que vous pour Montréal et je veux contribuer à ça. Merci beaucoup.

La Présidente (Mme Champagne) : Merci, M. le député. Merci. Dans les temps, parfaitement. Mais quelle discipline! Je n'en reviens pas. Alors donc, nous allons passer maintenant à l'opposition officielle pour un bloc de 22 minutes cette fois-là.

M. Arcand : Ah bon? Ce n'est pas la CAQ, là, c'est à...

La Présidente (Mme Champagne) : Non, pour le moment, c'est vous. Suite à ça, ça va être la Coalition avenir du Québec.

M. Arcand : Très bien.

La Présidente (Mme Champagne) : Deuxième groupe d'opposition.

M. Arcand : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Alors, nous parlions tout à l'heure de l'industrie pharmaceutique. Juste pour vous donner quelques chiffres, M. le ministre, de 2002 jusqu'à 2010, on me dit que l'industrie pharmaceutique, même si ça a baissé dans les dernières années, investit 4,6 milliards de dollars à Montréal, et ça a coûté au gouvernement au total, l'ensemble de ces mesures-là, près d'un demi-million. Alors, je pense que ce n'est pas un mauvais investissement. Et ce que l'industrie, aussi, semble reprocher beaucoup à votre gouvernement, ce n'est pas tellement d'avoir enlevé la règle du 15 ans, c'est de ne pas l'avoir remplacée par quelque chose de stimulant, d'une part. Et, d'autre part c'est coutume, à tout le moins lorsqu'on a une nouvelle mesure, on attend six mois, un an avant de... pour laisser le temps aux entreprises d'absorber ces coûts-là. Dans le cas qui nous préoccupe, le budget a eu lieu autour du 20 novembre, autour de ça, et, le 14 janvier, c'était fini. Alors, il n'y a pas eu beaucoup de délais, ça a été immédiat, et ça, ce n'est pas une façon qui se fait normalement.

Maintenant, je veux revenir sur la question du jeu vidéo parce que, là aussi, il y a une concurrence féroce. Est-ce que vous allez arriver... Vous aviez promis... Dans un discours que vous avez fait le 5 novembre, vous aviez promis : Alors, Montréal va avoir des mesures importantes, et puis on va continuer, puis, dans cette industrie du jeu vidéo qui emploie 6 000 personnes à Montréal, on va faire quelque chose, etc., et il ne s'est rien passé. Alors, j'aimerais savoir : Pourquoi il ne s'est rien passé et est-ce qu'il va se passer quelque chose?

La Présidente (Mme Champagne) : Alors, M. le ministre.

M. Lisée : M. le Président, je connais la rigueur du député de Mont-Royal, nous avons travaillé ensemble au siècle dernier, et j'aimerais qu'il me dise précisément la citation à laquelle il fait référence pour dire que j'ai dit quelque chose qui n'a pas eu lieu.

La Présidente (Mme Champagne) : Alors, M. le député de Mont-Royal.

M. Arcand : Oui, si vous me donnez quelques instants, je vais vous sortir ça. Ça ne sera pas tellement long. C'est un article que j'avais ici, du Journal de Montréal, et qui disait essentiellement que vous étiez sur le point de... Vousavez dit : Il y a des nouvelles mesures qui s'en viennent. Alors, si vous me donnez quelques instants, je vais vous la trouver pendant que vous répondez à ma question.

M. Lisée : Prenez tout votre temps.

M. Arcand : Oui, mais vous pouvez répondre à la question : Sur les jeux vidéo, qu'est-ce que vous allez faire?

M. Lisée : Bien, j'ai... puisque vous dites qu'il y a une contradiction entre ce que j'ai dit et ce qui a été fait ou pas fait, je voudrais bien établir les faits.

La Présidente (Mme Champagne) : Oui, je comprends que M. le ministre entend... veut entendre la phrase textuelle.

M. Arcand : Je vais finir par la trouver.

La Présidente (Mme Champagne) : Est-ce qu'on peut aller vers, peut-être, une autre question en attendant, quitte à y revenir tout à l'heure?

M. Arcand : Bien sûr.

La Présidente (Mme Champagne) : Alors, M. le député de Mont-Royal, allez-y.

(16 h 30)

M. Arcand : Oui. Alors, moi, la question que j'aimerais vous poser, c'est sur vos relations avec les anglophones. Ça, c'est une question qui est très intéressante. Vous avez dépensé 20 000 $ pour les anglophones pour un «jingle» ou une ritournelle, si vous me permettez l'expression française. Le problème que j'ai avec ce que vous faites, c'est que vous tendez la main, ce qui est une très bonne chose, mais, malheureusement, le reste ne suit pas. Et je dirais même que ça devient un peu difficile pour vous actuellement. Je pense que vous avez des visées futures, vous voulez être un homme d'État, vous voulez être... Et, évidemment, quelqu'un qui a des visées comme ça, c'est quelqu'un qui doit d'abord être un bon rassembleur et doit être, si on veut, tolérant, doit absolument avoir une certaine tolérance. C'est ce que vous avez pratiqué avec la communauté anglophone. Le problème, c'est que la communauté anglophone n'est pas nécessairement dupe. Elle est d'accord avec une ouverture que vous faites, bien sûr, mais là où ils ont un problème, c'est qu'ils disent : En général, quand il s'agit de dossiers de l'est de Montréal, le ministre est beaucoup plus enthousiaste. Quand on arrive dans l'ouest de Montréal, là on dirait que les dossiers au gouvernement du Québec sont plus difficiles, on ne sait pas pourquoi. Le Train de l'Ouest, c'est remis, les études, la 440 pour Kirkland, Roxboro, c'est remis. Le projet Cavendish où il y avait des résolutions de la ville de Montréal, on a dit... Le maire Applebaum a dit : Bien, le gouvernement du Québec vient de changer, ça ne semble pas... ils ne veulent pas nous aider au niveau du financement, etc. Toute l'industrie pharmaceutique dont on a parlé, c'est surtout situé dans l'ouest de Montréal. On dirait qu'on est frileux au niveau de l'ouest de Montréal.

Alors, ma question, c'est : Comment vous pouvez dire que vous allez aider la communauté anglophone, alors que tous les projets qui sont situés dans l'ouest de Montréal semblent avoir de la difficulté à fonctionner? Est-ce que c'est un hasard? Est-ce que c'est une réalité?

La Présidente (Mme Champagne) : Alors, M. le ministre.

M. Lisée : C'est simplement faux. C'est simplement faux. Et d'ailleurs je suis content que vous parliez des projets de l'ouest de Montréal parce que je m'y intéresse et je suis assez atterré par ce que le gouvernement précédent y a fait. Eh oui! Qu'est-ce que vous voulez! Il faut fonder...

Une voix : ...

M. Lisée : Bien, vous allez me le dire, hein, parce que, par exemple, pour la 440, excellent projet qui avait été annoncé, qui n'avait pas été budgété... Il n'a pas été budgété. Vous l'avez annoncé à nos amis des villes anglophones, mais vous ne l'aviez pas mis dans le projet d'infrastructures, projet québécois d'infrastructures. Et, lorsqu'on arrive, on dit : Bon, bien, très bien, ils ont annoncé tout ça, alors on suppose que c'est ficelé, on suppose qu'il y a de l'argent, on veut bien le faire. Eh bien, non, ce n'était pas là. Et ce n'est pas seulement nous qui le disons, KPMG et Secor... Secor — vous les connaissez, beaucoup de... c'est un peu l'équipe-école du Parti libéral du Québec — ont rendu un document terrible sur le non-financement de projets qui ont été annoncés. Alors, c'est terrible, ce que vous avez fait à l'ouest de Montréal avec la 440.

Sur le Train de l'Ouest, un excellent projet.

Une voix : ...

M. Lisée : Oui, oui, c'est terrible de promettre des choses comme si vous alliez les réaliser, mais ne rien faire en arrière pour attacher le financement. Ce n'est pas correct d'agir ainsi.

Le Train de l'Ouest, bien, vous avez eu neuf ans, vous avez eu neuf ans pour faire avancer ce projet, et il y a eu des divergences entre Aéroports de Montréal, des projets concurrents, et vous avez laissé cette impasse se construire dans l'ouest de Montréal. Vous n'avez pas agi, vous n'avez pas fait preuve de leadership pour dire : Écoutez, il n'y aura pas deux trains qui vont se rendre dans l'ouest de Montréal, il va y avoir un train qui va se rendre dans l'ouest de Montréal, et il faut faire en sorte de concilier ces projets-là.

Bien, nous, depuis qu'on est arrivés, bien, c'est ce qu'on fait. L'AMT a fait en sorte, sous la direction de Nicolas Girard, dont la compétence est reconnue par tous... a réussi à faire en sorte qu'il y ait maintenant des discussions entre les promoteurs des deux projets pour en arriver à un seul projet que nous pourrons financer et qui pourra desservir la population de l'ouest de Montréal comme elle doit l'être.

Et puis j'aurais aimé que vous me parliez de l'extraordinaire incurie de planification du lien entre l'hôpital anglophone, le CUSM, et le métro Vendôme. Vous avez eu neuf ans pour y penser, vous avez oublié. Vous avez oublié de faire un lien entre le métro Vendôme et le plus grand hôpital anglophone de... presque du Canada, enfin, peut-être qu'à Toronto c'est plus grand, mais, en tout cas, avec un trafic très, très important de patients, d'infirmières, de gens qui vont venir. Vous avez oublié. On arrive, ce n'est pas là.

Alors, ne venez pas me dire que vous vous intéressiez aux projets de l'ouest, vous les avez laissés... Et d'ailleurs, évidemment, les Anglo-Québécois ne sont pas des grands fans du Parti québécois, je le sais, je le sais, mais je peux vous dire que ce n'est pas des grands fans du Parti libéral. Ils votent libéral, ils sont otages du Parti libéral, ils n'ont pas le choix que de voter libéral, mais ils ne sont pas contents du Parti libéral. Ils considèrent qu'ils ont été abandonnés par le Parti libéral, tenus pour acquis par le Parti libéral. Et ils disent : Ah! M. Lisée, on avait des députés libéraux anglophones, on en a encore, on avait des ministres qui venaient des... mais il n'y a pas... M. Charest a toujours refusé de dire : Il y a un ministre qui s'occupe de la communauté anglophone. Plus que ça, moi, je vous le dis, je l'ai annoncé, bientôt j'aurai un agent de liaison à mon cabinet pour m'aider sur ces dossiers anglophones, et les représentants de la communauté sont tellement heureux, m'envoient des noms, des curriculum vitae, puis disent : Vous savez, pendant des années, on a demandé au bureau de M. Charest d'avoir un agent de liaison pour la communauté anglophone, et il refusait. Et leur argument pour M. Charest, c'était de dire : René Lévesque en avait un, René Lévesque en avait un, et Jean Charest refusait d'en avoir.

Alors, écoutez, moi, je sais que j'ai un défi énorme de rétablir les ponts entre le Parti québécois et la communauté anglophone, un défi énorme, je le sais. Ce n'est pas facile à faire, mais la première ministre m'a demandé de le faire et j'étais volontaire pour le faire, et je le ferai, et ça prendra le temps que ça prendra, mais je dois vous dire qu'il y a une chose, dans la réceptivité des Anglo-Québécois face à ce qu'on est en train de faire, c'est qu'ils disent : Bien, au moins, il y a un ministre du PQ... Le PQ a désigné un ministre pour essayer de le faire. Ce n'est pas ce que les libéraux faisaient.

Maintenant, Notre home!. Je suis un peu surpris du ton avec lequel vous parlez de ça, un peu déçu, parce que de quoi s'agit-il? Il y a un groupe qui s'appelle le Québec Community Network, qui est en ce moment l'association anglo-québécoise qui fédère les associations locales un peu partout sur le territoire. Ils ont fait un congrès, il y a un an et demi, deux ans, en disant : Qu'est-ce qui manque pour la communauté anglo-québécoise? Et, parmi leur priorité, ils ont dit : Il y a un problème d'attachement des jeunes Anglo-Québécois face au Québec. Il y a un problème d'attachement. Qu'est-ce qu'on pourrait faire? Ils ont décidé de demander à un de leurs très bons chanteurs de l'ouest de Montréal de faire une chanson et un vidéo sur l'identité québécoise des Anglo-Québécois, leur identité québécoise. C'est Notre home!Alors, c'est une chanson en anglais destinée à des jeunes anglophones. Mais, comme leur identité d'Anglo-Québécois, c'est aussi d'être dans une nation qui est francophone, ils ont mis 20 % de français. Ils ont mis 20 % de français dans une chanson anglophone destinée à des anglophones. Ils sont venus voir le ministre péquiste de la métropole et chargé des relations avec les anglophones. Ils ont dit : Pourriez-vous nous aider avec une petite somme pour faire une tournée métropolitaine, on va s'occuper du reste du Québec, pour nous aider à avoir, à partir du vidéo dans les écoles anglophones, des discussions sur l'attachement que nous devons avoir au Québec. Imaginez si j'avais dit non! Moi, j'ai trouvé que c'est une excellente idée. Voici des Anglo-Québécois qui veulent construire leur identité québécoise. Évidemment que j'ai dit oui, évidemment, et je leur offrais. Évidemment, des gens ont pensé que c'était une chanson pour tout le monde, qu'il y avait juste un peu de français. Non, ce n'est pas ça. C'est une chanson pour les Anglo-Québécois. Et puis j'espère que le député de Mont-Royal va avoir l'occasion de rectifier l'impression qu'il a donné de léger dédain pour cette initiative venue de la base anglophone et que ce dédain-là n'est pas représentatif de l'attitude que le gouvernement Charest a eue envers la communauté anglophone ces dernières années.

La Présidente (Mme Champagne) : Merci, M. le ministre. Alors, M. le député de Mont-Royal.

M. Arcand : Merci, Mme la Présidente. Mais, vous savez, sur ces questions-là, ce n'est pas le 20 000 $ qui est dépensé qui est une mauvaise initiative en soi, c'est que vous laissez l'impression que vous allez vous occuper d'eux, que vous allez ouvrir les ponts, et le reste ne suit pas. Les argents ne suivent pas quand il s'agit d'investissement dans l'ouest de Montréal, et il y a de la difficulté à fonctionner de ce côté-là. Et je vais vous donner un exemple bien simple. Mon comté de Mont-Royal, hein? Moi, j'ai toujours compris, vous me direz si la compréhension est la même, en vertu de la loi 101, quand je corresponds avec des entreprises, je le fais en français. Quand je corresponds avec des individus qui parlent anglais seulement, bien, j'essaie de correspondre dans leur langue. Or, on me dit ici que, dans le comté de Mont-Royal, entre autres, il y a quelqu'un qui a demandé au bureau de la première ministre, qui... dont c'est le centième anniversaire au mois de mai prochain...

M. Lisée : Pas la première ministre.

(16 h 40)

M. Arcand : Non, non. Pas la... Quelqu'un, O.K., dont c'est le centième anniversaire. J'ai vérifié — j'essaie d'être rigoureux, puis je vais vous donner ma source tout à l'heure, là, sur l'autre chose — j'ai vérifié. Et, lorsqu'à l'époque de M. Charest on envoyait la lettre du premier ministre, on envoyait la lettre en français avec une version de courtoisie en anglais pour ces anglophones. Là, ce qu'on nous dit, c'est que, du côté de la première ministre, on n'écrit qu'en français; il n'y a plus de version. Que ce soit n'importe qui au Québec, c'est uniquement en français. Je ne sais pas si vous êtes d'accord avec ça, si ça fait partie, je dirais, d'une certaine forme d'intolérance, mais ce n'est pas le 20 000 qui est le problème, le problème, c'est que le reste ne suit pas. C'est que les gens disent : Bon, bien, très bien, très bien, ils veulent ouvrir, ils veulent nous aider, etc., ils ne sont pas capables de nous dire : Bien, nous, on aimerait que la commission scolaire anglophone peut-être ait un peu d'expansion... On voudrait, de façon non équivoque, que ce gouvernement, non pas vous, mais ce gouvernement nous dise qu'à la STM on peut avoir un peu de bilinguisme à l'intérieur de ça. On veut avoir des résultats. On veut que... Pourquoi, lorsqu'un hôpital, comme par exemple, il y a des coupures à faire, là, le premier qui est touché, le plus touché, c'est celui de Lachine, dans l'ouest de Montréal? Alors là, les gens se disent : Bien, c'est un ministre très sympathique, mais encore une fois il ne livre pas ce qu'il dit.

Alors, c'est ça, la préoccupation actuellement des anglophones. C'est leur préoccupation par rapport à vous. Et je suis surpris que vous soyez surpris, parce qu'il y a plein de lettres dans la Gazette régulièrement qui disent ce genre de chose là : Ah! Le ministre est bien sympathique, il ouvre la porte, mais est-ce que c'est un leurre, hein? Et c'est ce qu'ils disent. Alors, moi, je dois vous dire que vous ne convaincrez pas tellement de monde, à moins d'offrir à cette communauté-là des gestes très concrets pour améliorer leur bien-être.

Maintenant, pour répondre à votre question sur le vidéo, un article du Journal de Montréal, le 5 novembre, donc deux semaines avant le budget, qui dit : «La métropole doit rester la capitale du jeu vidéo. Le ministre responsable de la métropole veut agir au plus vite pour prévenir une possible hémorragie et indique qu'il y aura du nouveau pour le secteur dans le budget de son gouvernement qui doit être déposé avant les fêtes. Mon collègue, dit-il, Nicolas Marceau, et moi travaillons là-dessus.»

M. Lisée : C'est ça, la citation : «Mon collègue [...] et moi travaillons là-dessus»?

M. Arcand : Bien : Le ministre entend intervenir au prochain budget.

M. Lisée : Non, non, mais ma citation à moi.

M. Arcand : Oui.

M. Lisée :«Mon collègue[...], Marceau, et moi travaillons là-dessus.»Ça, c'est la citation de moi que vous avez?

M. Arcand :«Assure le ministre», en voulant dire : Ça va être dans le budget.

La Présidente (Mme Champagne) : Alors, on va prendre garde de ne pas s'auto-interpeller, parce qu'il y a quelqu'un qui enregistre puis il va avoir de la misère à vous suivre. Alors donc, qui parle, M. le ministre ou M. le député de Mont-Royal? Je n'ai pas de problème avec ça.

M. Arcand : Bien, je vous demande... La question fondamentale, c'est : Est-ce que vous allez faire quelque chose dans cette industrie-là? Oui ou non?

La Présidente (Mme Champagne) : Alors, M. le ministre, allez-y.

M. Lisée : Bien, je croyais que la question fondamentale, c'était : Vous avez dit quelque chose, et ça ne s'est pas produit. Alors donc, la citation que vous avez ne dit pas que j'ai dit qu'il y aurait des trucs. Vous avez un titre de journal où vous avez...

M. Arcand : ...

M. Lisée : Mais vous n'avez pas de citation. Il y en a une autre... Il y en a une autre citation de moi, parce qu'il faut être rigoureux, là : Qui a dit quoi? Vous avez dit : Vous avez dit dans un discours, etc., c'est faux, c'était dans une entrevue. Et tout ce que vous avez dans l'entrevue, c'est une citation qui ne dit pas ça.

Les Affaires m'a rappelé, après avoir lu cet article, parce qu'il y avait un problème entre la citation qui ne disait rien et le titre qui disait quelque chose, et là j'ai une citation plus complète dans le journal Les Affaires : «Les gens de Montréal International et d'autres organismes nous ont dit : "Ce que vous avez fait sous le gouvernement Landry pour la nouvelle économie, y compris le cinéma et le jeu vidéo, on a été rattrapés par d'autres juridictions", a raconté M. Lisée. L'avantage s'est émoussé, il faut travailler autre chose. C'est le défi du premier et du deuxième budget de notre gouvernement de retrouver cet avantage compétitif pour les entreprises innovantes.» Et d'ailleurs c'est intéressant dans cet article, parce que les gens du vidéo, qui se sont interrogés à savoir si je parle du vidéo alors que je parle des entreprises innovantes, disent : Ça nous étonne parce que, pour l'instant, l'environnement fiscal pour nous, il est bon. Alors, effectivement c'est un cas où j'ai dit : Les entreprises innovantes de Montréal... C'était après une rencontre entre autres avec Montréal International qui nous disait, bon : Les crédits d'impôt, tout ce que vous avez fait pour Montréal, évidemment comme les libéraux en ont démantelé un certain nombre... Les deux premiers budgets libéraux ont été terribles sur la compétitivité du Québec en termes de recherche et développement, mais en tout cas ce qui avait été fait et ce qui avait été gardé a été émoussé. Maintenant, il faut retrouver de nouveaux leviers pour reprendre l'avantage pour les entreprises innovantes. Et donc, dans ce premier budget, sur le pharmaceutique... on n'est pas d'accord sur l'importance relative, mais nous avons agi sur le pharmaceutique, nous agissons sur l'électrification des transports, nous avons un fonds de 200 millions. Donc, nous avons identifié des créneaux d'avenir sur lesquels nous commençons à investir, et il y aura d'autres budgets. Alors, cela dispose de cette question.

Et, pour ce qui est des jeux vidéo, je vous annonce qu'aujourd'hui on apprend que le maire de Montréal et un certain nombre d'autres annoncent officiellement la tenue d'un nouveau festival montréalais en bibliothèque, Montréal joue, axé sur le jeu vidéo, le jeu de société : 39 bibliothèques, 21 partenaires de l'industrie du jeu vidéo et du jeu de société du Grand Montréal, 200 activités qui vont avoir lieu. Pour l'instant, pour le jeu vidéo, selon ce que nous disent les acteurs du marché, ça se passe assez bien. On sait qu'il va y avoir des nouveaux investissements qui s'en viennent dans le secteur du jeu vidéo. On sait qu'à Ubisoft ils pensent déjà à Assassin's Creed 4. Je ne sais pas si vous avez terminé tous les niveaux d'Assassins Creed 3, mais, en tout cas, dépêchez-vous, parce que le 4 s'en vient bientôt. Mais ça, ce n'est pas une difficulté.

Je reviens à la question anglophone, parce que c'est intéressant. Donc, je pense avoir démontré, tout à l'heure, en réponse à votre question, que, pour ce qui est des projets structurants pour l'ouest de Montréal, nous sommes en train de réparer votre incurie. Ça, c'est la première chose. La deuxième chose, c'est que, lorsqu'on approuve des projets, nous, on ne regarde pas la carte. Peut-être que c'était... d'autres le faisaient, mais, par exemple, Hewitt, à Pointe-Claire, on vient de faire une aide gouvernementale pour la création de 400 emplois. Neomed, qui crée des emplois, c'est à Saint-Laurent...

M. Arcand : Ils sont rendus au Massachusetts, Neomed, non?

La Présidente (Mme Champagne) : Alors, M. le ministre.

M. Lisée : Non. Non, non, ça, c'est la nouvelle entreprise qui vient d'être créée en décembre dernier. Et donc l'aide gouvernementale québécoise, que ce soit dans l'est de Montréal, dans l'ouest de Montréal, nous, ce qui est important, c'est la relance de l'activité économique à Montréal. J'ai vu que la ministre de la Santé... de la Santé — la ministre du Loisir a autorisé, pour le cégep Vanier, des équipements sportifs. Alors, nous, on prend les dossiers au mérite, et on les finance. Je veux corriger ce qui a été dit... Ah oui, bon, un gros investissement dans le West Island qui s'en vient, là, d'ici quelques semaines.

La Présidente (Mme Champagne) : Alors, je mets fin à l'échange.

M. Lisée : Ah! Est-ce que je peux prendre du temps sur moi tout à l'heure?

La Présidente (Mme Champagne) : Est-ce que, du côté gouvernemental, les députés du ministériel sont d'accord que le ministre continue sur la même lancée sur votre temps?

Mme Gadoury-Hamelin : Tout à fait. On va lui laisser terminer son...

La Présidente (Mme Champagne) : Merci, Mme la députée de Masson.

M. Lisée : Je vous remercie.

La Présidente (Mme Champagne) : M. le député de Laval-des-Rapides est d'accord aussi, donc allez-y. Donc, nous commençons le bloc du côté ministériel.

M. Lisée : D'accord. Sur Lachine, c'est quand même extraordinaire, vous dites : Dès que le gouvernement arrive, il veut couper dans un hôpital, il coupe à Lachine. Ce n'est pas exact. Dans Lachine, il y avait un projet d'investissement de 62 millions de dollars pour une prestation de services particulière, dont le ministre de la Santé libéral avait parlé, mais qui n'était pas budgété. Alors, on n'a rien coupé. Vous parlez de coupures, c'est une promesse libérale non budgétée, dont on a été obligés de voir qu'elle n'était pas budgétée et qu'elle n'était pas dans les priorités du CUSM. Alors, il n'y a eu aucune coupure à Lachine. La seule question en cause à Lachine, c'est : Est-ce que cet hôpital, historiquement francophone, va rester relié au CUSM ou va avoir un autre statut? Et, quoi qu'il arrive, il va continuer à donner la prestation de services pour la population de Lachine. C'est la seule question. Et d'ailleurs je vois des gens qui signent des pétitions contre... pas la fermeture, mais contre la décision de cesser le rattachement au CUSM. Il n'y en a pas, de décision. La seule lettre qui existe, c'est la lettre du ministre de la Santé qui demande à la direction de Lachine de réfléchir au maintien de son rattachement au CUSM ou à un autre attachement. C'est tout ce qui existe. Alors, pour le reste, oui, je sais que l'opposition libérale essaie de faire monter la sauce à partir de très peu d'ingrédients. Alors, ça, c'est le cas.

(16 h 50)

Sur la question des anglophones, je n'ai pas d'hésitation à dire que ce processus de discussion et de dialogue va se heurter à du scepticisme et doit se concrétiser dans des gestes. Et, sur la question, par exemple, des villes bilingues, Diane De Courcy, la ministre de la langue, et moi sommes exactement sur la même longueur d'onde, comme sur la STM; il y aura une commission parlementaire. Nous demandons aux villes de venir proposer des alternatives à la façon dont ces statuts peuvent être rediscutés lorsqu'il y a des changements démographiques profonds, et nous serons très intéressés à les entendre. Et là un jugement pourra être porté : Est-ce que nous avons vraiment été à l'écoute? Est-ce que nous avons vraiment intégré des recommandations qui nous ont été faites de ce côté-là et de l'autre aussi?

Alors, laissons un peu de temps au processus. Vous êtes bien pressés. Nous commençons quelque chose de nouveau. Ça ne fait pas plaisir à certains des gens qui écrivent des lettres dans la Gazette. Ça ne fait pas plaisir à certaines personnes qui donnent des entrevues au Journal de Montréal. Alors, je suppose que, si... Je suppose qu'on fait quelque chose de bien, puisque ça dérange. Ça dérange. Je sais que ça dérange aussi un certain nombre de libéraux. J'ai vu le candidat à la chefferie dire, au débat en anglais, aux anglophones : Ne vous laissez pas envoûter par M. Lisée. Ah! il doit y avoir un impact parce que, si le candidat à la chefferie du Parti libéral est obligé de dire ça, c'est qu'il doit sentir qu'il y a quand même du répondant, il y a de la résonnance. J'étais très heureux de l'entendre dire ça.

Alors, on va continuer. Malgré les critiques, le scepticisme, les critiques, on va continuer. La première ministre m'a donné le mandat d'établir ces ponts, de faire ce dialogue. Nous allons continuer à écouter, nous allons continuer à agir comme nous le faisons. Et je suis content que vous ayez soulevé ces questions. Et, dans les cas où le gouvernement libéral a complètement, pour prendre une expression de Shakespeare, muffé les dossiers de la 440 et du Train de l'Ouest, nous allons pouvoir montrer comment nous, nous pouvons livrer la marchandise.

La Présidente (Mme Champagne) : Merci, M. le ministre. Alors, pour le bien de tous, je vous rappelle qu'à trois occasions, dans le dernier 20 minutes, on a nommé un collègue par son nom. Alors, prenez, s'il vous plaît, attention à les nommer par leur nom de comté. Ça se fait tout naturellement, mais on se pratique, puis on devient bon, puis on s'habitue.

Alors, je vais donc continuer avec le bloc du gouvernement, sur lequel on a un quatre minutes déjà de passées, et je vais passer la parole à la députée de Masson. Alors, il reste au bloc environ 18 minutes.

Mme Gadoury-Hamelin : Merci, Mme la Présidente. M. le ministre, M. le député de Mont-Royal, M. le député de La Prairie, mon collègue de Laval-des-Rapides et de Sainte-Marie—Saint-Jacques, qui a dû s'absenter pour remplir une obligation, alors, écoutez, on a amplement parlé d'économie de Montréal, de l'emploi, mais vous avez dit d'emblée, M. le ministre, que vous aviez... Montréal avait enregistré sa meilleure performance économique des cinq dernières années en 2011, avec 4,5 % de la... une amélioration de sa performance économique malgré les retards des dossiers majeurs à Montréal. Imaginez ce que ça aurait pu être si ces dossiers-là avaient été au rendez-vous.

Par contre, on remarque une progression du PIB nominal de l'île de Montréal qui ralentit, comme dans l'ensemble du Québec, depuis 2012. C'est sûr que l'économie mondiale, les difficultés mondiales des pays comme la Grèce, l'Espagne, l'Italie, en Europe, demeure difficile. Ça fait qu'à un moment donné je pense que ça a une influence sur nos réalités, et également la lente reprise du côté américain qui nous nuit aussi énormément, parce qu'on a beaucoup de liens avec les États-Unis.

Alors, malgré tout ce ralentissement-là, je pense que la région devrait s'en sortir relativement bien. Alors, c'est sûr que le secteur manufacturier, déjà qu'il a connu des années difficiles, affiche maintenant des signes de reprise avec le raffermissement de l'industrie aérospatiale. Vous avez parlé aussi tantôt des réalités de Bombardier et de la volonté de notre gouvernement d'aller vers l'électrification des transports. Donc, il y a des défis importants de ce côté-là. Alors, je pense que ces secteurs-là, les services professionnels, scientifiques et techniques, ils vont être au rendez-vous, ils vont être en forte demande dans les prochaines années. Également, on a parlé tantôt des jeux vidéo, du créneau distinctif des jeux vidéo. Vous avez également manifesté votre intérêt dans ce sens-là.

Moi, il y a une question qui me préoccupe puis que je trouve qu'il y a un lien important à faire... Parce que cette semaine, justement, j'ai assisté à une présentation de Montréal International, puis on nous disait, avec l'entreprise Montréal International, que les défis allaient venir de l'Europe, beaucoup de l'Europe, de certains pays d'Europe : l'Allemagne, la France. Je pense qu'il y a des pays qui vont émerger de ce côté-là pour nous donner des projets intéressants. Dans ce sens-là, moi, je trouve qu'il y a un lien, puis j'aimerais ça que vous me parliez de ça, il y a un lien important avec vos responsabilités et votre mandat de ministre des Relations internationales. Moi, en tout cas, je vois un lien, je vois que notre gouvernement a associé, en vous donnant le rôle aussi de responsable de la métropole, de Montréal... Je pense qu'il y a un lien là. Pouvez-vous nous parler de ce lien-là? Puis dans quel sens pourrait-il être profitable dans vos deux fonctions?

La Présidente (Mme Champagne) : Alors, M. le ministre.

M. Lisée : Merci, Mme la Présidente. Merci à la députée de Masson. Effectivement, et je pense qu'il y a un lien entre les trois... entre les quatre, je veux dire : relations internationales, commerce extérieur, métropole et Anglo-Québécois, parce que la majorité des Anglo-Québécois sont à Montréal. Et, moi, ça m'a permis de pouvoir... Lorsque je suis en représentation à l'étranger, évidemment je suis le ministre des Relations internationales de tout le Québec. Et j'ai bien pris soin de rencontrer Régis Labeaume peu de temps après ma prise de fonction pour faire le tour de ses projets internationaux, etc.Mais la région métropolitaine, c'est la moitié du Québec, donc il est normal que le ministre s'en occupe au moins la moitié du temps. Et je dois dire que, dans mes discussions, que ce soit avec des Belges, des Allemands, des Russes, des Ukrainiens, la question de Montréal est centrale. Souvent, on les rencontre à Montréal, on leur parle, on leur fait visiter des lieux importants, intéressants. Et évidemment il sont ravis, souvent, de voir le mélange extraordinaire qu'on a, à Montréal, entre les entreprises européennes — il y en a à peu près 600 — les entreprises américaines — il y en a à peu près 600, le fait qu'on les ait réunies en grappes industrielles, donc qu'ils se parlent, qu'ils discutent entre eux, qu'ils concertent leurs efforts, qu'il y ait donc des transferts de technologie, des start-up, des nouvelles pousses qui se font là-dedans.

Et donc moi, je vois très bien, donc, cette décision. Je salue la décision de la première ministre d'avoir d'abord mis ensemble commerce extérieur et relations internationales parce que, donc, on parle d'économie, on parle d'exportation, et également la métropole parce que ça ancre, donc, le ministre dans une réalité économique très forte, qui est celle de la métropole.

Bon, par exemple, il est sûr qu'au-delà des dossiers particuliers... Et puis, comme je suis aussi au comité de la prospérité, donc, tous les dossiers économiques passent à ce comité, donc je peux mettre mon grain de sel montréalais, ou un peu plus, à chaque fois.

Mais ce qui est intéressant, c'est qu'on voit qu'avec les investissements, même s'ils étaient un peu tardifs... mais les investissements massifs dans les deux grands centres hospitaliers, les centres de recherche, la nouvelle stratégie pharmaceutique, nos universités, qui, au-delà des questions de financement, démontrent, année après année, la grande qualité de leurs chercheurs... Parce que, lorsqu'on parle du fait que McGill, ou l'Université de Montréal, ou l'Université de Sherbrooke ont reçu tant d'investissements des organismes subventionnaires, ce n'est pas parce qu'il y a quelqu'un qui a décidé de leur faire plaisir. C'est parce que des chercheurs individuels, avec des doctorats, souvent, ont déposé un projet de recherche qui a été jugé par un jury de pairs... et qui ont décidé de choisir les meilleurs projets. Et les projets des chercheurs montréalais gagnent toujours davantage que leur représentation dans la totalité des chercheurs qui donnent des projets. Et donc ça démontre la qualité de la recherche montréalaise.

Donc, il y a ça. Et évidemment le grand ferment culturel de Montréal, qui est époustouflant. Alors, d'ailleurs, je me disais : Qu'est-ce que Québec a fait pour Montréal récemment? Bien, entre autres choses, on a participé évidemment au Sommet sur la culture qui s'est tenu en novembre. On a renouvelé sur trois ans l'entente de 121 millions dans le cadre des Rendez-vous de Montréal. On a mis 100 millions pour le réseau des bibliothèques publiques, l'art public dans les lieux extérieurs, les espaces de travail pour les artistes. Ça, c'est très important. Ça n'a l'air de rien, mais d'avoir des espaces de travail pour les artistes au centre-ville de Montréal, alors que les coûts du logement sont importants, permet de développer une masse critique de créateurs, au centre, et donc un petit Montmartre, hein? Montmartre, ça ne coûtait pas cher, tout le monde était là. Ils vivaient de rien, mais ils ont créé une culture pour une génération.

(17 heures)

Et je vois un investissement de 18 millions pour la rénovation de la bibliothèque de Pierrefonds. Tiens, ça, c'est dans l'ouest de Montréal. Et donc on voit, dans chacun de ces secteurs — secteurs de la haute technologie, que ce soit CGI qui vient d'acheter un grand compétiteur britannique, etc. — que le dénominateur commun, c'est la créativité, c'est la créativité économique, culturelle et même sociale : l'économie sociale, l'inclusion sociale, etc. Et donc mon rôle de ministre, c'est de dire : Quelle image est-ce que le Québec, et Montréal, doit projeter à l'étranger? Elles doivent projeter cette image de lieu de la créativité. Il y a des villes sur la planète qui sont en train d'inventer le XXIe siècle, de le préparer. Et, si on travaille correctement, on va être capables de convaincre le monde d'ici deux ou trois ans que Montréal est une de ces villes-là.

Alors, il y a un événement, qui s'appelle C2-MTL, C2 pour commerce et culture, MTL pour Montréal, qui avait été soutenu par l'ancien ministre Clément Gignac, et je le salue pour ce soutien, qui a été proposé par Cirque du Soleil et Sid Lee. Sid Lee, c'est une entreprise non seulement publicitaire, mais de design de Montréal qui gagne certains des plus grands contrats internationaux. Ils font de la publicité à la conception des magasins. Et donc ce sont des créateurs. Et donc ils se sont dit : Bien, Montréal est une ville de création, et nous allons faire venir à Montréal, chaque année en mai, des grands créateurs. Alors, Philippe Starck, Francis Ford Coppola, celui qui réfléchit aux cinq prochaines années de développement de Google, ou au prochain design de la BMW, ou... bon, pour faire en sorte que Montréal devienne le Davos de la créativité. Mais, mieux que Davos, parce que Davos, c'est une station de ski. Ce n'est pas un centre économique mondial. Les gens de l'économie se réunissent là. Mais Montréal, c'est un lieu de la grande créativité où les créateurs du monde entier viennent en mai de chaque année.

Alors, moi, je suis embarqué là-dedans. Le financement n'était pas très bien attaché pour la suite. Je l'ai attaché. On a travaillé. On a trouvé des fonds. On a signé une entente triannuelle pour faire en sorte que C2-MTL puisse s'inscrire dans la durée. Et on veut faire de cet événement de Montréal le Davos de la créativité chaque année, le rendez-vous incontournable : c'est là qu'il faut être. Et ce n'est pas seulement l'événement; l'événement, c'est la pointe de l'iceberg. L'événement n'est important que parce qu'il représente une réalité de la créativité, une culture de la créativité. Et, en ce sens-là, il dit au monde qu'il se passe quelque chose à Montréal. Et il dit aux jeunes du monde : Si vous voulez participer au XXIe siècle, bien, venez à Montréal. Prenez un visa temporaire, trouvez un emploi, etc. Bon, vous avez vu au Téléjournal hier, mais c'est vrai, les journées Emploi-Québec, les jeunes Français diplômés, etc., veulent venir à Montréal pour toutes sortes de raisons. La qualité de la vie, la qualité de la vie familiale était une des raisons qui était évoquée, mais pas seulement. Nous, on veut faire en sorte que ça fasse partie de l'imaginaire des jeunes créateurs un petit peu partout. Bien, ils font du théâtre, ils font de la danse, ils font du cirque, ils font de la nouvelle technologie, ils font les jeux vidéo les plus intéressants, ils font du développement 3D, c'est là qu'on tourne une partie d'Avatar. C'est là qu'il faut être. C'est là qu'il faut être.

Ça ne sera pas juste là, mais on veut être un des trois ou quatre endroits. On a la capacité de faire ça. Alors, quand je pense au Montréal dans deux, trois, quatre, cinq ans, c'est à ce Montréal-là que je pense. Et, comme ministre des Relations internationales, je peux porter ce message-là. Et je peux inviter des gens à venir à C2-MTL, et c'est ce que j'ai fait. Alors, j'ai vu le ministre français de l'Économie, Pierre Moscovici, qui voulait faire une visite à Montréal. J'ai dit : Pierre — je le connais depuis quelques années — tu vas venir à C2-MTL avec une délégation de créateurs français de l'économie et de la culture. Il a dit : C'est intéressant. On a discuté. On fait le lien. Et puis c'est les gens de C2-MTL qui ont même suggéré un certain nombre de gens qu'ils voulaient voir là. Alors, il sera là pour inaugurer C2-MTL cette année.

J'ai parlé à nos amis japonais, à nos amis israéliens pour qu'ils viennent en 2014. Alors, je fais la promotion de ça. Mais ça me permet aussi... On était avec la première ministre dans le bureau de direction de Morgan Stanley, à New York, hein? Une des plus grandes firmes financières au monde. Et eux étaient en train de nous expliquer pourquoi ils continuaient à investir à Montréal. Ce n'est pas parce qu'ils ont 6 millions de... Ce n'est pas... Ils ne veulent pas nos comptes bancaires. Enfin, ils les veulent, mais ce n'est pas pour ça. Et ils ont un nombre disproportionné d'employés à Montréal par rapport à ailleurs dans le monde pour travailler sur l'ensemble des logiciels utilisés par Morgan Stanley dans le monde pour les transactions bancaires. Et pourquoi ils le font à Montréal? Bien, d'abord, parce que le gouvernement Bouchard et le gouvernement Landry ont créé des conditions fiscales pour les attirer. Ça, c'est la première chose. Mais pourquoi est-ce qu'ils restent? Évidemment, ils veulent que l'environnement fiscal reste. Il arrive à échéance à la fin des cinq ans, et on discute pour la suite. Mais ils ont constamment augmenté. Et ils ont dit pourquoi. Parce qu'on prend des diplômés de l'ETS, de McGill, de Concordia, de l'Université de Montréal et on les trouve super. Et on trouve que c'est un excellent environnement, et c'est pour ça que, constamment, on envoie à Montréal davantage de travail pour la planète.

Et donc c'était une brèche. Alors j'avais le numéro deux de Morgan Stanley, qui avait déjà une bonne prédisposition face à Montréal, c'est un endroit où on reste, parce que... à cause de la qualité de la main-d'oeuvre et à cause de l'environnement. On avait le directeur du bureau montréalais, qui disait qu'il adorait habiter à Montréal, la qualité de vie, etc. Et puis, là, bien, j'ai enchaîné sur la vision qu'on a pour Montréal, ville de créativité, etc., parce que ce gars-là, il rencontre certains des plus grands investisseurs de la planète. Et il a dit : Ah! C'est une excellente... C'est un très bon «branding», vous avez raison de dire ça, etc. C'est comme ça qu'on sème aussi, avec les gens, cette idée qu'on a de Montréal et qu'on la projette dans le monde. Alors, c'est un peu ça, le mélange que nous avons.

Et c'était drôle parce qu'il nous disait : Nous, on a trois lieux d'investissement. On a les lieux où le coût est très élevé : New York, Londres, Hong Kong. On réduit énormément le nombre d'employés qu'on a là aux seuls employés qui ont absolument besoin d'être là pour parler aux clients. Ensuite, c'est l'Inde. Il y a des ingénieurs en Inde. Ils font... puis, si, moi, c'était juste de moi, j'enverrais tout en Inde, parce que c'est moins cher. Mais on a deux lieux intermédiaires, c'est Budapest et Montréal. Et la raison pour laquelle on reste à Montréal, c'est la qualité de la main-d'oeuvre. On aime ça.

La Présidente (Mme Champagne) : Alors, M. le ministre...

M. Lisée : ...et les crédits d'impôt, les deux.

La Présidente (Mme Champagne) : M. le ministre, vous avez tellement bien semé qu'il reste tout juste deux minutes.

Mme Gadoury-Hamelin : Bien, moi, là-dessus, je suis contente de vous entendre parler de la main-d'oeuvre parce que c'était mon prochain sujet. Nous avons effectivement, je pense, à Montréal, une main-d'oeuvre diversifiée, spécialisée, qui est en mesure, vous me l'avez confirmé, qui est en mesure justement de répondre à des besoins importants d'entreprises qui ont des créneaux distinctifs. Mais également, je pense qu'on a une main-d'oeuvre — puis là-dessus j'aimerais une peu vous entendre — aussi disponible. On a beaucoup de jeunes dans la région de Montréal, on sait aussi qu'on a une réalité que plusieurs jeunes Québécois, Montréalais ne poursuivent pas nécessairement leurs études. Alors, ils abandonnent prématurément, donc ils sont moins au rendez-vous des emplois.

On a également, à Montréal, beaucoup de nouveaux arrivants qui ont besoin d'emploi. Je pense qu'également c'est très... une dimension attractive pour les entreprises de venir s'installer où est-ce que la main-d'oeuvre est disponible en grand nombre puis prête à travailler sur les lieux, hein? On sait que Montréal, avec le transport en commun, c'est quand même très avantageux. Alors, j'aimerais peut-être, pour terminer, que vous nous parliez brièvement de cet aspect-là aussi, l'aspect humain.

La Présidente (Mme Champagne) : En 1 min 30 s, M. le ministre.

M. Lisée : 1 min 30 s. Bon, écoutez, il y a effectivement de la main-d'oeuvre disponible. Donc le taux de chômage, à Montréal, est plus faible qu'à Toronto. Et, c'est intéressant, le taux de chômage des jeunes Montréalais est plus faible que celui des jeunes Torontois. Ça, c'est le cas en ce moment. Et le taux d'emploi est assez élevé.

Cependant, il y a une difficulté, cette difficulté, que la députée de Masson a identifiée, le décrochage, et l'autre difficulté qui est les taux de chômage inacceptables chez les jeunes immigrants ou les immigrants tout court. Et ça, ça tient, je pense, à une mauvaise politique de l'immigration qui a été menée pendant plusieurs années où, d'abord, on a fait venir des gens en leur disant que ça ne posait pas de problème qu'ils n'aient aucune connaissance du français au point d'entrée. 40 % des 55 000 immigrants qui ont été reçus ces dernières années n'avaient officiellement aucune connaissance du français au point d'entrée. Ce n'est pas une carte de succès; c'est une mauvaise action pour eux et pour nous. Et ça, la ministre de l'Immigration va corriger cette mauvaise action. Ça, c'est très important.

Maintenant, sur le décrochage, depuis des années, il y a toutes sortes de choses qui sont faites. Bon, on sait qu'intervenir précocement, c'est essentiel. Donc, finir la zone... finir le programme de CPE, c'est essentiel parce que... Et aussi cibler la maternelle quatre ans dans les milieux défavorisés, c'est aussi une façon précoce de prévenir le décrochage. Mais, une fois qu'ils ont décroché, le raccrochage, c'est essentiel. Et moi, j'ai été effaré de voir qu'il y a des listes d'attente pour raccrocher. Ce n'est pas... On n'a pas besoin d'aller les chercher, là. Ils attendent pour aller dans des programmes de raccrochage dont le taux de succès est de 80 %. Alors donc, on a l'intention d'être beaucoup plus présents là-dedans. Moi, dans mon action, comme député de Rosemont, personnellement, etc., j'appuie ça, j'ai fait... j'ai participé à une campagne de financement pour l'association des organisations d'insertion sociale. Alors, si les gens sont à l'écoute... Et donc ça, ce sont des choses importantes à corriger qui auront des effets pas immédiats, mais qui auront des effets positifs sur les années à venir.

(17 h 10)

La Présidente (Mme Champagne) : Merci, M. le ministre. Alors, ça complète ce bloc avec le gouvernement et le côté ministériel. Donc, nous allons passer maintenant au deuxième groupe d'opposition pour un 16 minutes. M. le député de La Prairie.

M. Le Bouyonnec : Oui, merci, Mme la Présidente. C'est un peu surréaliste, en ce moment, au moment même où on se parle, on apprend que l'UPAC intervient à l'hôtel de ville de Montréal, que les portes sont barrées, personne ne peut entrer, personne ne peut sortir. On voit ça se dérouler sous nos yeux, on se demande à quel moment ça va arrêter, autant pour l'image de Montréal que surtout aussi pour la capacité des élus et des politiciens, pour être capables d'avoir un plan cohérent et relancer la métropole.

Et, concernant certaines statistiques économiques sur lesquelles j'aimerais revenir... parce qu'évidemment il y a le discours qui dit : Bon, Montréal, ça va bien, il y a des belles initiatives, et c'est vrai, il y a quand même des choses intéressantes qui ont été faites, mais il y a des préoccupations très importantes au niveau de Montréal. Au niveau du quatrième trimestre, au niveau de la croissance économique, celle de Montréal — 2012, j'entends — n'a été que de 1,2 %, en fait bien inférieure à celle du Québec qui était de 2 %. Donc, Montréal avance à 60 % de la moyenne québécoise. Donc, ça, ça m'apparaît quand même extrêmement inquiétant.

Et, plus inquiétant encore, c'est lorsqu'on compare Montréal avec Québec, où on voit que le taux de chômage à Montréal, par exemple, qui est supérieur aussi à la moyenne québécoise... à 7,9 % pour le quatrième trimestre 2012, alors qu'il est de 4,8 % à Québec, c'est trois points de pourcentage d'écart, ce qui est énorme. Donc, je serais tenté de vous dire, M. le ministre, est-ce qu'il ne serait pas intéressant que vous ayez une mission spéciale pour... une mission... et n'allez pas chercher Clotaire Rappaille, je ne crois pas que ça soit Clotaire Rapaille qui soit la réponse, mais pour percer le mystère de Québec, percer le mystère de Québec. Nous-mêmes, d'ailleurs, à la coalition, on aime bien Québec, comme vous le savez, parce qu'on a beaucoup de bons supporters dans la région de Québec. D'ailleurs, on se dit des fois que probablement on aimerait en avoir davantage dans le 450 ou dans le reste du Québec. Mais un jour probablement que ça viendra.

Sur la situation de Montréal aussi, les sièges sociaux. En novembre dernier, dans un forum à cet effet, et puisque vous êtes aussi, M. le ministre, responsable des Relations internationales, du Commerce extérieur, les gens avaient conclu : Montréal mange, à l'international, toute une volée. Et là les gens faisaient référence éventuellement à la perte de sièges sociaux, où, entre les années 90 et 2010, nous avions perdu 15 sièges sociaux, ce qui fait que nous n'avions dorénavant plus que 2,1 sièges sociaux par tranche de 100 000 habitants, comparé à Calgary, par exemple, où ils étaient maintenant à six sièges sociaux par tranche de 100 000 habitants.

Évidemment, vous allez me dire : Bon, bien, c'est quand même difficile de comparer Calgary à Montréal, ils ont le pétrole, etc., mais la dynamique, justement, d'une métropole, c'est un peu ça aussi. On peut bien avoir des actions précises pour Montréal — et j'y reviendrais, j'ai quelques suggestions et questions éventuellement — mais il y a aussi le fait que la métropole c'est là où normalement, évidemment, venant de l'extérieur, des entreprises s'installent dans le fond à travers les différentes missions. Les investisseurs étrangers que l'on attire, que ce soit pour les ressources, peu importe la raison d'être, s'installent. Et, autour de tout ça, nous avons les consultants, les spécialistes, etc. Donc, il y a un lien quand même à faire entre la richesse d'une nation, de manière générale, et la capacité de sa métropole à se développer.

Et, à cet effet, je pense qu'on ne peut pas dissocier ça des actions par exemple au niveau des ressources : Quel genre d'attitude allons-nous avoir dorénavant au niveau des ressources? Et là je fais référence aux travaux de votre collègue, la ministre des Ressources, concernant par exemple les redevances minières, parce qu'on sait que certaines grandes minières sont préoccupées de la nouvelle potentielle mouture des redevances, qui avait déjà été changée au niveau du gouvernement libéral. La question du pétrole, donc. Peut-être qu'aussi le salut du maire de Montréal passe peut-être par une conversation en tête à tête avec le maire de Gaspé. Et peut-être que c'est quelque chose que vous pourriez initier, M. le ministre, pour s'assurer que la filière du pétrole, nous puissions éventuellement aussi l'exploiter.

J'aimerais revenir aussi un petit peu sur la question des grandes pharmas. Et je sais que vous avez répondu plusieurs fois à cette question-là. Je suis resté sur ma faim un peu puis là je veux vous relancer la balle là-dessus parce qu'évidemment... Prenons la région... l'Ontario, bon, l'industrie automobile qui a connu ses difficultés, on sait très bien comment c'est très long, structurer une industrie, ces industries peuvent connaître des moments de faiblesse temporaires, que c'est le rôle des gouvernements de les soutenir pendant ces moments-là, même si le payeur de taxes peut avoir certains doutes. D'ailleurs, nous-mêmes, au Québec, n'eût été des crédits d'impôt, par exemple, pour le commerce électronique, n'eût été des crédits d'impôt au multimédia, nous n'aurions pas le développement, par exemple, au niveau, on en parlait, de Ubisoft, des jeux vidéo. Nous n'aurions pas le développement de CGI, Cofomo et j'en passe.

Sur la question des pharmas, j'ai trouvé que vous aviez lancé la serviette un peu vite, si je ne vous ai pas mal interprété, parce que les pharmas ont vécu des difficultés et vivent encore des difficultés, puis d'ailleurs c'est un peu drôle, on dirait que ces difficultés-là, à partir du moment où Pfizer a inventé la petite pilule bleue, c'est comme si nous avions réglé tous les problèmes de santé qui peuvent se régler par un médicament. Alors, j'espère que vous n'avez pas abandonné les pharmas à cause de ça, M. le ministre, qu'à partir du moment où la pilule bleue a été inventée, ça a été la fin du support que le gouvernement du Québec pourrait donner à ces entreprises qui entraînent évidemment beaucoup de biotechs dans les stages préliminaires du développement.

Alors, évidemment, on avait la règle du 15 ans. Évidemment, on savait que ça nous coûtait plus cher au niveau des médicaments, mais de toute façon c'est une méthode de supporter une industrie dans des moments de transition. Vous disiez, bon : Ce n'était plus payant, on ne pouvait plus le faire, mais les Américains supportent leur industrie de la défense à travers leur programme de défense. Bon, les exemples sont nombreux, les Français font pareil. Donc, ça revient à déterminer : Est-ce que cette industrie est importante pour nous? Est-ce que nous pouvons encore en tirer des bénéfices? Est-ce que nous devrions faire quelque chose pour la consolider?

Sur le pont Champlain, le pont Champlain, j'aimerais que le ministre de la métropole soit plus vocable. Je trouve que le fait que nous laissions le champ libre complètement au gouvernement fédéral... et je comprends que c'est une juridiction fédérale, mais le pont Champlain, c'est le pont Champlain, c'est l'entrée vers Montréal, de laisser libre cours au gouvernement fédéral de déterminer s'il va y avoir, par exemple, un appel d'architecture, oui ou non, s'il va y avoir un péage, et, oui, il va y avoir un péage, je trouve ça inacceptable. Je pense que c'est une attaque à l'autonomie, comme Québécois, une attaque aussi à notre souveraineté économique, et nous ne devrions pas laisser par exemple le gouvernement du Canada déterminer si nous allons commencer à avoir des péages, parce que l'effet d'entraînement, vous le connaissez, on met un péage sur le pont Champlain, après ça il faut mettre des péages tout le tour, et, si ce n'est pas des péages, c'est des taxes sur l'essence, et de ce point de vue là, il en va de l'image de Montréal, mais il en va aussi, M. le ministre : Êtes-vous un ministre du 514 uniquement ou êtes-vous un ministre du 514 et du 450? Parce que nos familles québécoises... Et il est plus court de faire Saint-Lambert-centre-ville de Montréal que de faire centre-ville de Montréal-Baie d'Urfé, par exemple. Et nos familles québécoises, certaines aimeraient bien rester à Montréal, mais vous voyez le taux de taxation, et puis àpart à ville Mont-Royal, ce n'est quand même pas si facile que ça d'avoir sa piscine dans sa cour, à Montréal, compte tenu...

La Présidente (Mme Champagne) : M. le député de La Prairie, c'est qu'il y a déjà la moitié du temps d'écoulée. Si vous voulez des réponses, il faudrait peut-être terminer, là.

M. Le Bouyonnec : Mais le ministre est tellement efficace, Mme la Présidente, et je sais qu'il prend en note, il va revenir, et même il va peut-être demander un peu de temps de compensation.

La Présidente (Mme Champagne) : C'est un truc qu'on prend facilement.

M. Le Bouyonnec : Il m'a déjà fait ça. Alors, j'espère qu'il va le refaire.

Donc, je vais revenir sur la question du 450 parce que ça m'apparaît important. Il ne faut pas bloquer. Les gens viennent travailler à Montréal, vont vivre en banlieue, mais c'est le Grand Montréal dont on parle. D'ailleurs, à partir du moment où on a ouvert la 30, etc., sur la rive sud... un développement économique, et je suis sûr que mon collègue de Laval-des-Rapides va dire : Bien, Laval aussi fait partie de Montréal, fait partie du Grand Montréal, et on doit avoir une attitude inclusive à travers la CMM. Donc, je voudrais que les distinctions entre le 514 et le 450 dans les discours puissent s'amoindrir pour qu'on puisse véritablement relancer l'ensemble de Montréal.

J'avais aussi une question pour vous, deux questions symboliques. Alors là, vous allez me dire : Ce n'est peut-être pas la priorité, il faut qu'on mette notre argent ailleurs. Bon. Je vous laisse libre de votre réponse. Le Stade olympique, ce fameux symbole qui est sur toutes les cartes postales, à l'international, plusieurs appels d'offres qui ont été, bon, finalement rappelés, une solution peut-être d'avoir un toit rétractable autoportant, un nouvel appel d'offres, bon, beaucoup d'argent en bout de course. Mais est-ce que ce symbole de Montréal, pour le futur de Montréal, ne devrait pas avoir toute votre attention? Et comment voyez-vous la résolution de la saga du Stade olympique maintenant qu'il y a de moins en moins de fumeurs, puis de toute façon ils ont arrêté de payer pour payer ça.

Et aussi l'autre symbole. On a vu que le gouvernement du Québec avait soutenu le projet d'un colisée pour les futurs Nordiques, comme amateur de hockey, je suis bien d'accord avec ça, mais il y a aussi des projets à Montréal, comme le projet d'avoir une nouvelle équipe de baseball professionnelle, des nouveaux Expos qui pourraient venir. Alors, est-ce que le gouvernement du Québec pourrait de manière symbolique aussi soutenir Montréal dans cette initiative-là qui, si je comprends bien, est soutenue par un certain nombre d'intérêts privés assez importants à Montréal? Merci, Mme la Présidente.

(17 h 20)

La Présidente (Mme Champagne) : Alors, M. le ministre, vous avez un beau cinq grosses minutes pour répondre à ces 32 questions.

M. Lisée : D'accord. Alors, le député de La Prairie sait qu'avec lui j'aime commencer par la fin. Alors donc, je vais faire ça, alors, ça va aller vite. Nous sommes évidemment au courant du fait qu'il y a un groupe qui essaie de travailler sur une nouvelle équipe de baseball à Montréal. Pour l'instant, ils ne nous ont pas approchés officiellement, ils nous tiennent au courant de leurs travaux, et donc notre seul commentaire c'est : On les laisse travailler. On les laisse travailler. On ne veut ni les encourager ni les décourager. Ils n'ont aucune demande qui a été faite, etc. Laissons-les travailler. Lorsqu'ils voudront nous parler, on les accueillera avec civilité, mais nous sommes relativement désargentés, ils le savent, on les laisse travailler.

Pour le Stade olympique, le député de La Prairie a tout à fait raison. Nous avons eu récemment le rapport Bissonnette, qui est excellent, et ces dernières années le Stade olympique a commencé à se refaire non seulement unebeauté, mais une connexion. Ceux qui ne sont pas allés récemment savent que, sur l'esplanade maintenant... ne savent pas que, sur l'esplanade du Stade olympique, hiver comme été, il y a maintenant une réappropriation des gens du quartier, des gens de Montréal, de l'environnement du Stade olympique. J'ai visité les installations avec son directeur actuel, il y a quelques semaines, qui m'a montré l'ensemble des projets de développement, d'utilisation du lieu, etc. C'est très enthousiasmant. Il y a énormément de choses qui peuvent être faites. Il y a des discussions qui sont en cours pour utiliser de différentes façons différentes parties du stade, y compris le grand terre-plein central qui peut être utilisé à différentes choses. Il y a une nouvelle combinaison, une nouvelle configuration qui permet de faire des spectacles. J'étais au premier spectacle qui a été fait; tous les Latinos montréalais étaient présents. Et, même, il y a une partie du stade qui est utilisée pour faire des montages, qui a la grandeur nécessaire pour être transformée en studio de télévision ou de cinéma, et on sait qu'on a une pénurie en ce moment, compte tenu de la... Donc, tout ça, et je ne vous parle pas de l'Espace pour la vie qui est de l'autre côté de la rue. Bon, il y a le Planétarium qui s'en vient très bientôt, qui va être formidable, et le développement de l'Espace pour la vie du côté nord de Sherbrooke, où il y a des projets formidables, et on a fait en sorte que le financement qui avait été promis est en train de se concrétiser. Il y a 45 millions qui doivent aller là. 

Il y a une décision que le gouvernement doit prendre sur le toit, et on en discute avec le ministre responsable du Tourisme, qui est responsable de la RIO, avec le ministre des Finances, avec le bureau de la première ministre. Nous devons annoncer sous peu la nature de l'appel d'offres. Est-ce que ce sera un appel d'offres pour un toit fixe ou est-ce que ce sera un appel d'offres pour un toit fixe ou un toit ouvrant? C'est la décision qu'on doit prendre. Et une fois qu'on aura pris cette décision, nous aurons donc donné le calendrier parce qu'il faudra un nouveau toit : un ou l'autre, ou seulement un. Il y a des débats assez passionnés de part et d'autre sur ces questions-là, et donc on devra trancher là-dessus. Et c'est important parce qu'on sait qu'il y a une fondation où plusieurs grandes familles montréalaises sont prêtes à verser des sommes considérables pour investir dans Espace pour la vie et Stade olympique pour en refaire un pôle d'attraction important pour la ville.

L'an prochain, il y aura les Mosaïcultures, au Jardin botanique, qui vont attirer encore beaucoup de gens. Vous savez qu'en ce moment, au Jardin botanique, il y a plus de gens qui y vont chaque année qu'au Centre Bell dans une année complète, une année de non-lock-out des Canadiens. Donc, c'est déjà un équipement extrêmement bien utilisé, mais qui va vraiment exploser ces prochaines années.

De quel code régional suis-je? Je suis le ministre du 964. C'est l'addition du 450 et du 514. Et moi, ma vision de Montréal, c'est la vision métropolitaine de Montréal. Et effectivement ce que le député de La Prairie dit sur le pont Champlain, c'est absolument vrai : il est inconcevable que nous soyons dans une situation où un gouvernement puisse prendre des décisions sur le pont le plus achalandé au Canada — c'est le pont le plus achalandé au Canada — qui fait partie d'un organisme de transport, un organisme vivant, et dit : Bon, cette artère-là, je m'en occupe, je ne vous parle pas pour le reste. Bien, c'était ça pendant quelques années.

Puis, évidemment, la solution la plus simple, vous la connaissez, c'est la souveraineté. Si on était souverains, on contrôlerait tous nos ponts, tous nos traités, toutes nos législations, tous nos impôts, mais ce n'est pas encore le cas, on a un petit délai avant que ça arrive, et donc il faut du leadership.

Et donc la première ministre a rencontré le premier ministre Harper récemment, le 1er février, et a mis ça sur la table et a dit : Ça n'a pas de sens que le gouvernement fédéral construise un pont à Montréal et qu'on s'échange des lettres comme depuis le gouvernement libéral, on s'échange des lettres. D'ailleurs, le ministre libéral des Affaires intergouvernementales disait : On ne nous répond plus. On ne nous répond plus.

 Bien, nous, notre première ministre a rencontré le premier ministre du Canada et a dit : Ça n'a pas de sens, il faut un comité conjoint pour qu'on conçoive cette construction ensemble. Et M. Harper a dit oui. Et donc, pour la première fois, on va pouvoir s'asseoir avec les fédéraux pour essayer de... Il y a énormément de défis devant nous, énormément de défis, mais au moins, là, on va commencer à se parler en direct. Et ça, c'est très important, ce qu'il vient de se passer.

Et vous avez raison... M. le député de La Prairie a raison sur le péage. On a demandé, depuis des années, aux élus de la communauté urbaine, de la communauté métropolitaine de discuter entre eux des meilleures façons de dégager des sommes pour le transport en commun.

La Présidente (Mme Champagne) : M. le ministre, est-ce qu'on peut compléter ça rapidement puisque le temps est déjà écoulé?

M. Lisée : D'accord. Avec la permission du député? Oui.

La Présidente (Mme Champagne) : Alors, des accords, des accords, ils sont très généreux.

M. Lisée : Vous êtes très généreux. Je les remercie. On fait un bon travail d'équipe.

La Présidente (Mme Champagne) : ...

M. Lisée : Et donc, oui, bon, il y a plusieurs scénarios. Il y en a un qui dit : Mais, les péages, d'abord, s'il y en avait, il y en aurait sur tous les ponts. Est-ce qu'il en faut vraiment? Effectivement, il y a des gens de Saint-Lambert qui viennent au centre-ville, alors que les gens de Rivière-des-Prairies, eux, n'auraient pas de péage pour venir au centre-ville. Il y a quand même un problème. Est-ce que la meilleure chose, ce ne serait pas le péage sur les distances parcourues? Et puis, bien là, si on veut faire ça, est-ce que ce n'est pas finalement la taxe sur l'essence qui est la meilleure façon de contrôler ça? Bon. Ce sont des vrais débats que nous tenons ensemble avec les élus de la CMM, avec les experts, avec les environnementalistes. Et puis, là, tout à coup, on dit : Ah non, peu importe vos débats, moi, je mets un péage sur ce pont-là. Ce n'est pas une façon de gouverner. Ça n'a pas de sens. Bon. Et puis on nous dit aussi : Ce pont va s'autofinancer. Mais d'autres ponts que le gouvernement canadien a financés dans d'autres grandes villes, eux, ne se sont pas autofinancés. Il y a un problème. Donc, on travaille là-dessus. On fait un progrès. Il y a progrès.

Sur les pharmas, l'avenir de Montréal passe aussi par les pharmaceutiques. Et l'investissement massif qui est fait dans les sciences de la santé fait en sorte que nous avons la potentialité de continuer à générer des découvertes en matière pharmaceutique à Montréal, et c'est là-dessus qu'on va se concentrer. Et, à l'Institut de cardiologie de Montréal, qui se trouve à être dans mon comté, eux ont développé aussi, avec des pharmaceutiques internationales, une façon d'opérer qui est nouvelle, qui est de faire en sorte d'apporter aux pharmaceutiques la capacité de tester leurs produits sur une banque de données. C'est comme si on avait des patients sur une banque de données numérisée, et ce qui va permettre d'attirer des investissements pharmaceutiques importants. Il y a un projet qui nous est déposé pour les soutenir. Il y aura une réponse bientôt là-dessus. Ça va bien. Et il y a d'autres projets qui s'en viennent. Alors, je reviens un petit peu sur la réponse que je donnais tout à l'heure au député de Mont-Royal : Laissez-nous encore travailler quelques mois, vous allez voir les fruits de cette nouvelle politique. Et puis, s'il faut ajuster, on ajustera au budget suivant.

Mais c'est sûr qu'on a fait aussi des choix, dont ce nouveau modèle d'affaires pour les pharmaceutiques, investir... Je vous l'avais dit, on avait investi dans les jeux vidéo, dans la nouvelle technologie, dans Montréal place d'affaires, et là on dit : La logistique, l'électrification des transports, pour nous, c'est une des grandes nouvelles frontières sur laquelle il faut être très, très présents, et nous allons être très, très présents là-dessus. Gaspé-Montréal, je vais en parler au maire.

La Présidente (Mme Champagne) : Alors, je vous remercie, M. le ministre. Alors, nous allons passer la parole... Pour compléter ce bloc-là, il reste quand même... Moins trois minutes. Alors, 22 moins trois... Vous savez compter? Parfait. Alors, je vais passer la parole au député de Laval-des-Rapides pour un bon 18 minutes, là.

(17 h 30)

M. Bureau-Blouin : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Je tiendrais d'abord à saluer mes collègues, chers collègues de l'Assemblée nationale, M. le ministre, cher personnel du ministère.

M. le ministre, j'aimerais m'entretenir avec vous de la question démographique qui sous-tend la question linguistique sur l'île de Montréal. Je suis très préoccupé par la difficulté qu'ont plusieurs familles, jeunes familles, à accéder à la propriété dans l'ensemble du Québec mais notamment dans la région métropolitaine et plus précisément sur l'île de Montréal. Pour connaître quelques amis qui en sont à bâtir leurs familles, c'est très difficile, dû aux coûts importants d'accès à la propriété et d'acquisition d'immeubles, que de fonder une famille sur l'île de Montréal. Et ça, ça fait en sorte que, chaque année, sur l'île de Montréal, il y a un roulement très important, hein? Il y a des arrivées migratoires, interrégionales, migration internationale, mais il y a aussi un exode. Ce qu'on constate, c'est que souvent les jeunes, là, autour de 15à 25 ans ou 15 à 30 ans arrivent souvent pour les études et repartent dès la naissance du premier enfant, ce qui fait que, chaque année, on évalue à environ 300 000 personnes le nombre de gens qui entrent et qui quittent la métropole, ce qui est un nombre assez impressionnant. Et le solde migratoire positif de l'île Montréal est principalement dû à l'immigration internationale, ce qui a eu pour conséquence, au fil du temps, de diminuer de manière très importante la population francophone sur l'île de Montréal. Pour la première fois — je pense que c'est dans le recensement de 2006 — le nombre de locuteurs d'origine francophone, dont la langue maternelle est le français, est passé sous la barre des 50 %, et la langue d'usage, disons, est sous la barre... est au-dessus, pardon, de la barre des 50 %, mais de peu, et on s'attend à ce qu'au courant des prochains recensements on passe sous cette barre-là.

Donc, moi, je suis préoccupé que la langue d'usage, la langue courante sur l'île de Montréal, continue d'être le français, parce que je pense que, si on veut légitimement se réclamer d'une nation qui est francophone, il faut que notre moteur économique, qui est Montréal, se fasse en français. Mettons-nous à la place aussi des nouveaux arrivants à qui on promet une terre francophone, et qui arrivent sur l'île de Montréal, et qui font face, bon, à un certain nombre de défis.

Et j'ai fait ce petit détour démographique parce que je pense qu'une des clés de la solution, et vous l'avez déjà identifiée dans plusieurs de vos discours, c'est la rétention des jeunes familles sur l'île de Montréal. Et ça, ça peut passer, bien sûr, par l'accès à la propriété, par des campagnes de sensibilisation. Je sais que déjà les autorités municipales sur l'île de Montréal sont préoccupées par cette question-là. J'ai vu plusieurs campagnes promotionnelles, notamment dans le métro, je sais qu'il y a un certain nombre d'initiatives municipales qui ont été faites, mais j'aimerais savoir, M. le ministre, en tant que ministre responsable de la métropole, quels sont les gestes que vous comptez poser pour rendre plus facile l'accès à une première propriété pour les jeunes familles et pour faire en sorte qu'un nombre plus important de jeunes familles, principalement francophones, restent sur l'île de Montréal? Et je pense que ça, c'est vraiment une des clés de la paix linguistique, de l'équilibre linguistique dont on a parlé avec les collègues de l'opposition tantôt, c'est-à-dire que l'objectif, c'est non pas de monter les communautés linguistiques les unes contre les autres, mais plutôt de s'assurer qu'un nombre plus important de francophones restent à Montréal. Mais j'aimerais savoir, au-delà, bien sûr, de ces voeux, quels gestes comptons-nous poser pour y arriver?

La Présidente (Mme Champagne) : Merci, M. le député. Alors, M. le ministre.

M. Lisée : Merci, M. le député. Merci, Mme la Présidente. C'est une problématique qui me préoccupe depuis longtemps. Mon ancien patron, Jacques Parizeau, écrivait, enfin, notait, dans son entrevue de samedi, que j'avais écrit le discours du Centaur du premier ministre Bouchard, après le référendum, en 1995. Et, oui, je m'enorgueillis d'avoir écrit ce discours parce qu'on venait de vivre un référendum difficile, une nuit référendaire encore plus difficile, et il était important de jeter des ponts, de dialoguer et de dialoguer entre nous, entre nous tous. Et la population anglo-québécoise avait connu un traumatisme, et c'était important de lui dire deux ou trois choses importantes, sans rien cacher sur notre volonté de faire l'indépendance du Québec, de faire en sorte que le français soit la langue commune, la langue officielle, la langue prédominante. Et je me souviens que, dans ce discours — et c'est pourquoi j'en parle — M. Bouchard disait, un peu à ma suggestion : Des statistiques indiquent que la majorité francophone sur l'île de Montréal serait en déclin et des prévisions... parce qu'il y avait des prévisions à l'époque, et, si ces prévisions devaient se réaliser que les francophones perdaient la majorité sur l'île de Montréal, il faudrait adopter des mesures correctrices.

Alors, c'était déjà là, début 1996, devant la communauté anglophone, que cela devrait se faire. Et puis, maintenant, nous y sommes. Les prévisions sont en train de se réaliser. Sur l'île de Montréal, en 1970, il y avait 60 % de francophones, de francophones, langue d'usage. Le député a noté les distinctions, et je pense qu'elles sont importantes : il y a la langue maternelle, donc la langue qui a été... principale qui a été apprise lorsqu'on était petits et encore comprise; et il y a la langue qu'on utilise principalement à la maison. Ce qui est important dans une société inclusive, ce n'est pas la première, c'est la seconde, c'est le nombre de gens qui parlent cette langue-là à la maison, peu importe s'ils parlaient l'allemand, le russe ou l'arabe à la maison lorsqu'ils étaient petits, c'est : maintenant, qu'est-ce qui se passe chez eux, c'est le français. Et pourquoi c'est important? Bon, c'était 60 % en 1970, maintenant c'est un petit peu au-dessus de 50 %, et on sait que, d'ici quelques années, ça va être 47 % et encore un peu moins.

Et, dans ces discussions-là, souvent... Il y a des années que j'ai écrit là-dessus, et on me répond parfois : Ça n'a aucune importance parce que, pendant ce temps, il y a plus d'allophones et d'anglophones qui ont le français comme langue seconde. Et c'est tout à fait vrai, c'est tout à fait vrai. Et c'est un plus. Mais ça n'a pas d'importance. Alors je réponds : Quand est-ce que ce sera inquiétant : à 45 %, à 40 %, à 33 %, à 25 %? Y a-t-il un moment à partir duquel le fait qu'on est en minorité sur le lieu de la rencontre des langues au Québec devient préoccupant? Et je n'ai jamais eu de réponse.

C'est vrai que c'est un peu difficile à comprendre pourquoi, cette volonté, alors qu'en aucun cas un gouvernement ne peut légiférer ou ne peut penser à légiférer à ce que les gens vont parler à la maison. Il n'en est pas question, C'est absurde. Mais de créer des conditions démographiques qui font en sorte qu'on devienne une minorité dans notre métropole, si on peut le prévenir... en laissant les gens faire leurs choix, mais, si on peut le prévenir... On a, comme nation francophone en Amérique du Nord, le devoir de le prévenir. Et ces 10 dernières années, rien n'a été fait dans ce sens-là.

Alors, comment faire? Pourquoi c'est important? Bien, c'est important parce que, lorsqu'on est francophone ou anglophone... Je dis souvent à mes... aux gens à qui je parle en anglais, je dis : C'est comme si on vous disait que la communauté anglo-montréalaise avait de moins en moins de gens qui parlent anglais à la maison, mais ce n'est pas grave parce qu'il y a beaucoup de francophones qui connaissent l'anglais. Bien, vous me diriez : Écoutez, ce n'est pas la même chose, je veux dire, parce que c'est les anglophones qui vont à l'école anglaise, c'est les anglophones qui achètent le journal en anglais, c'est les anglophones qui créent la communauté anglophone. Ce n'est pas les francophones qui parlent anglais qui créent la communauté anglophone. C'est une bonne chose, bon, mais c'est la même chose : si on veut un pouvoir d'attraction vers le français de francophones, ça prend des francophones.

Alors là, on va être en pénurie de francophones. Et c'est pourquoi, et je le dis, si on veut défendre le français à Montréal, ce n'est pas en lançant des roches aux Anglais que ça va arriver, c'est en ayant plus de francophones. Et les anglophones ne feront pas partie du problème, ils font partie de la réalité québécoise, ils font partie de la richesse québécoise.

Et donc qu'est-ce qu'on fait? Bien, il y a deux variables essentielles qui ne sont pas précisément liées à la loi 101. Le premier c'est qu'en effet, chaque année, il y a 5 000 enfants de zéro à 14 ans qui quittent l'île de Montréal pour aller en banlieue. Alors, on suppose qu'ils ne sont pas tout seuls dans la voiture, ils doivent avoir un papa, une maman, un frère, une soeur. Et pourquoi est-ce que ces familles partent? La majorité de ces familles sont francophones. Alors, évidemment, ce que nous proposons, ce sont des mesures d'application générale pour toutes les familles. Puis, si on retient 10 familles à Montréal, la majorité des 10 qu'on retient seront francophones. Eh bien, très bien si on en retient trois anglophones, parce que la commission scolaire anglophone de Montréal trouve qu'il n'y a pas assez d'enfants dans ses écoles, alors très bien, on va régler ce problème-là également.

Alors, comment les retenir? Bien, il y a deux choses. D'abord, on se rend compte qu'il y a des familles francophones qui... Maintenant, le différentiel de prix entre le logement ou l'habitation à Montréal et en banlieue est très important, mais il y a des gens qui seraient prêts à rester quand même en ville et payer ce différentiel, mais qui ne le peuvent pas parce que l'offre de logement avec une deuxième et une troisième chambre n'est pas disponible. Alors, même ceux qui voudraient rester, on leur dit : Allez en banlieue. Bon. Alors, ça, c'est la première chose.

(17 h 40)

Et donc nous avons créé... J'ai fait en sorte que ce soit dans les priorités du ministère de la Métropole. La première ministre a accueilli avec beaucoup d'enthousiasme cette priorité et l'a mise dans son discours d'ouverture. Nous avons créé à Montréal un comité qui s'appelle Montréal = Familles avec tous les intervenants : les experts, les spécialistes, les gens... les constructeurs, les gens d'économie sociale, la ville de Montréal, la CSDM. Une très belle table. Et des gens qui réfléchissaient à cette question, certains d'entre eux qui étaient sur le point de soumettre des rapports... On a dit : Travaillez ensemble, amenez-nous des recommandations, et ils sont sur le point de m'amener une première série de recommandations.

On peut essayer de faire de différentes façons — réglementaires ou législatives, on verra — en sorte d'ouvrir l'offre pour les familles à Montréal, mais on n'aura pas réglé le différentiel de prix. Et le différentiel de prix, il est beaucoup fonction du prix pas de la maison, mais du prix du terrain. Et une raison pour laquelle le prix du terrain est si élevé, une des raisons, c'est que les terrains sur lesquels on peut développer sont contaminés. Ça vient de notre héritage collectif que Montréal était la grande ville industrielle. Maintenant, on s'est déplacé en banlieue sur d'anciennes terres agricoles qui n'étaient pas contaminées, mais c'est quand même une dette nationale. C'est à Montréal qu'on a créé notre richesse d'abord, et ces terrains sont contaminés.

Alors, moi, j'aurais beaucoup aimé qu'au cours des dix dernières années il y ait beaucoup de choses qui soient faites pour décontaminer ces terrains-là. Ça a été très, très peu fait. Et d'ailleurs on est arrivés, puis on s'est rendu compte qu'il restait combien? 14? Il restait 14 millions de dollars dans le programme de décontamination que nos prédécesseurs n'avaient pas réussi à dépenser, imaginez, alors qu'il en manque des... Il faudrait 500 millions pour tout faire. Bon, on ne peut pas tout faire la même année, mais il faut voir grand. Alors, heureusement, avant même les recommandations que nous avons, le ministre de l'Environnement est en train de modifier les paramètres du programme pour le rendre plus souple, plus adapté, pour faire en sorte qu'on décontamine plus rapidement un certain nombre de terrains.

Mais il y a peut-être aussi des choses qu'on devra faire pour inciter spécifiquement la rétention des familles en ville, en donnant une aide fiscale au moment de l'achat de la première ou de la seconde résidence, au moment de l'arrivée du premier ou du deuxième enfant. Encore là, d'application générale, hein? On ne va pas demander quelle langue les gens parlent. Mais on va savoir que, globalement, en moyenne, ça va signifier une rétention de familles francophones et de familles anglophones, ce qui est une très bonne chose.

Ça, c'est notre premier vecteur d'intervention. Le deuxième, c'est la composition linguistique de l'immigration. Donc, on sait que l'immense majorité de ces 55 000 immigrants qui arrivent à Montréal chaque année arrivent à Montréal. Et d'avoir laissé pendant des années, je l'ai dit, 40 % de gens arriver sans aucune connaissance du français, c'est d'une imprudence folle. Et c'est d'une injustice folle envers eux et envers elles. Et donc ça, c'est important de le corriger. Et on voit que, dans d'autres nations, et... en Europe, par exemple, en Angleterre, depuis Tony Blair, qui était très multiculturaliste, ils sont beaucoup plus exigeants sur les compétences linguistiques au point d'entrée, y compris pour des visas de travail. Et Blair disait : Pourquoi on fait ça? Bien, on fait ça pour assurer le succès de l'intégration de la personne et le succès de la cohésion sociale.

Alors ça, c'est quelque chose d'important. Puis même, quand on dit 40 %, en fait, le Vérificateur général était allé voir les dossiers colligés par l'Immigration sous l'ancien gouvernement puis il avait dit : Écoutez, dans la moitié des cas où vous avez dit qu'ils parlaient français, je ne peux pas le vérifier. Je n'arrive pas à le vérifier. Et d'ailleurs il y a une façon assez simple, c'est d'avoir un examen standard. Et, jusqu'en décembre dernier, le gouvernement libéral refusait d'étendre l'examen standard, mais finalement, sous la pression, en décembre, a décidé de le faire. Donc, pour la première fois cette année, on aura une véritable photographie des compétences linguistiques des immigrants.

Alors, pour l'avenir, on va pouvoir corriger démographiquement la composition linguistique d'immigration. On va... Et d'ailleurs ce qui est fou, et là ce n'est pas seulement les libéraux, mais on n'a jamais posé la question : Vous parlez le français, c'est bien, mais est-ce qu'en plus vous vivez en français? C'est votre langue d'usage? On ne l'a jamais su, et ce qui fait que les statisticiens étaient incapables de dire : Est-ce qu'ils sont arrivés du Maroc en parlant arabe et ont fait leur transfert linguistique au français pendant qu'ils habitaient ici ou bien est-ce qu'ils avaient déjà fait leur transfert linguistique au Maroc avant d'arriver ici? Et donc on ne peut pas calculer la force d'attraction du français. Ces statistiques étaient... Bon.

Alors, on dit évidemment : C'est un système de points, l'immigration, donc c'est un élément parmi d'autres. Mais on sait que quelqu'un qui parle... qui vit déjà en français va avoir plus de facilité d'intégration. Donc, pour la première fois, ça va être pris en compte dans l'ensemble des facteurs, et je laisserai la ministre de l'Immigration en discuter plus avant dans les semaines qui viennent.

Mais ça, c'est important. Ça n'a jamais été fait. Il faut se rendre compte, là, quand on dit : Qu'est-ce que le Parti québécois fait pour la langue française à Montréal?, ça n'a jamais été fait. Aucun gouvernement du Parti québécois et, a fortiori, du Parti libéral, n'a été aussi systématique dans faire en sorte de corriger la tendance démographique qui est en train de faire perdre la majorité aux francophones à Montréal sans le moins du monde toucher aux droits de qui que ce soit, sans dire que les anglophones sont la cible de ça, absolument pas. On parle d'autre chose, on est ailleurs.

Et la troisième chose, c'est, bon, bien, les immigrants qui sont déjà là, bien, il faut faire plus de francisation et plus d'accompagnement. Et on se rend compte qu'un des éléments qui influence le plus leur décision de passer au français ou de passer à l'anglais, c'est la langue de travail. Et donc dans... La loi 101 a déjà fait au-delà de 50 employés, et là on va faire de 26 à 50 employés, parce que c'est dans beaucoup de petites et moyennes entreprises que l'environnement de travail est anglophone, et donc l'immigrant comprend que la langue de son succès, ce sera l'anglais. Alors, on lui a menti quand on l'a sélectionné en disant qu'il venait dans une nation francophone puisque tous les jours il travaille en anglais. C'est un processus qui est difficile, qui va être long, qu'on essaie de faire en collaboration avec les entreprises, mais j'étais... Et donc il n'y aura pas une date, là, on ne dit pas : Le 1er avril de l'an prochain, toutes les petites entreprises devront... Non. C'est un processus, un plan de travail sur plusieurs années, on va les accompagner.

Mais j'étais à la chambre de commerce de l'est de Montréal la semaine dernière où on me disait qu'il y a une personne là qui est chargée de la francisation volontaire des entreprises de moins de 50 employés et qui, depuis un an, un an et demi — je ne me souviens pas — a participé à la francisation d'une quarantaine de ces entreprises-là et que c'est moins difficile qu'on le pense. Alors, il faut le faire, il faut essayer.

Alors, c'est ces éléments-là qui vont faire en sorte qu'on protège le français à Montréal avec pas moins d'anglophones, plus de francophones.

La Présidente (Mme Champagne) : Merci, M. le ministre. Alors, il reste trois minutes du côté ministériel.

Mme Gadoury-Hamelin : Ce n'est pas beaucoup.

La Présidente (Mme Champagne) : Alors, Mme la députée de Masson.

Mme Gadoury-Hamelin : Merci, madame. En tant que ministre responsable de la région de Montréal, vous avez récemment rappelé l'importance que revêt, pour le Québec tout entier, la vision incarnée par le Plan métropolitain d'aménagement et de développement porté par la Communauté urbaine de Montréal. Vous avez aussi déclaré que les élus de la région métropolitaine se sont entendus pour la première fois sur une vision commune de développement, faisant du Grand Montréal un lieu d'appartenance collective de la population, qui prend en compte l'aménagement, le transport et l'environnement. Moi, je suis particulièrement préoccupée par l'aspect environnement parce que, dans ma région, on a quand même un site à protéger, qui fait partie du PMAD, qui est un des sites environnementaux à protéger les plus importants dans le plan. Alors, c'est sûr que ma population, les gens de mon territoire sont préoccupés par la protection de cet espace-là. Vous avez aussi insisté sur le fait que nous devons surtout mettre en place les conditions permettant la réalisation des projets concrets qui s'inscrivent dans ce plan.

Alors, pourriez-vous brièvement nous parler de quelle façon vous entendez appuyer concrètement la mise en oeuvre du PMAD?

La Présidente (Mme Champagne) : Alors, M. le ministre, 1 min 30 s.

(17 h 50)

M. Lisée : Ah! Avec plaisir. Donc, effectivement, c'est un processus qui a duré une dizaine d'années, qu'on disait impossible, mais qui a vu, l'an dernier, donc, les maires des 82 municipalités qui forment la Communauté métropolitaine de Montréal s'entendre sur un plan commun. Que dit ce plan? Il dit, pour la première fois, et ça, c'est extraordinaire : Écoutez, il y a une limite à l'étalement urbain. À l'intérieur des villes, des couronnes, puis il y a de la place pour du développement à Montréal aussi, on va délimiter la zone de progression résidentielle, ou commerciale, ou industrielle pour les années à venir. Mais, au-delà de ça, non. Au-delà de ça, ça va être de la densification. Au-delà de ça, ça coûte trop cher à la communauté d'avoir une route de plus, un aqueduc de plus, une école de plus, etc. On ne peut pas, à 8 millions, s'étaler constamment sur nos terres agricoles et faire en sorte de vider nos centres-villes et de s'étaler en région. Et donc on va arriver à un moment où le développement va revenir sur le centre-ville, les villes de l'île de Montréal, les villes de la couronne, et on va avoir une densification qui est une bonne décision environnementale en termes d'empreinte écologique, en termes de vie de quartier également, en termes de consommation d'électricité, de consommation d'eau. Tout, tout est bon dans cette décision. Mais évidemment on sait que, lorsque certaines villes de la couronne vont atteindre les limites qu'elles s'étaient données, il va y avoir de la pression. On va la tenir, la pression. On va la tenir, la pression, parce que ça va être là vraiment que la décision va être prise, et on va être très fermes. Évidemment, parfois, on dit : Bon, on va échanger un terrain contre un parc, on va regarder ça au cas... Mais, sur l'ensemble, la zone de développement, elle est déterminée.

La Présidente (Mme Champagne) : Merci, M. le ministre. Malheureusement, ça met fin au bloc du côté ministériel. Alors, nous allons passer au dernier bloc avec l'opposition officielle pour un 23 minutes. Alors, M. le député de Mont-Royal, la parole est à vous.

M. Arcand : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Je suis très heureux d'entendre le ministre parler de fédéralisme de coopération en ce qui concerne le Pont Champlain, et donc c'est déjà quelque chose de très intéressant. J'ajouterais à cela, la note de fédéralisme de coopération, peut-être de s'asseoir également avec le gouvernement fédéral pour la question d'avoir encore plus de vols directs vers Montréal, puisque Montréal, selon une résolution du conseil de ville de Montréal, perd des centaines de millions de dollars, relié au fait qu'ils ont... C'est devenu un satellite dans bien des cas. Alors, puisqu'on parle de sommes importantes et qu'il y a des efforts énormes qui sont faits par des villes comme Boston, Houston et Calgary pour attirer des transporteurs internationaux, je pense que, là aussi, dans votre prochaine rencontre avec M. Harper, il serait peut-être utile d'avoir un comité en ce sens-là.

On a parlé des anglophones tout à l'heure. Vous savez que j'ai des résolutions qui s'empilent sur mon bureau d'à peu près toutes les municipalités qui ont quand même un fort pourcentage d'anglophones et qui veulent garder leur statut de reconnaissance... statut bilingue en vertu de l'article 29 de la charte. Est-ce que vous êtes prêt à modifier l'approche? Je pense qu'on retirait cette approche-là dans le projet de loi n° 14. Est-ce que vous êtes prêt à discuter et reconsidérer cela pour les villes qui ont quand même un fort pourcentage d'anglophones?

La Présidente (Mme Champagne) : M. le ministre.

M. Lisée : Oui, alors, on regardera le transcript, là, mais je ne suis pas certain d'avoir utilisé l'expression «fédéralisme de coopération». Je ne suis pas certain.

Des voix : Ha, ha, ha!

M. Lisée : Pas certain, bon. Mais oui, donc, on est contents, nous, d'avoir réussi à avoir un comité conjoint avec M. Harper, bon. Peut-être que ça prend des souverainistes pour convaincre le gouvernement fédéral de se mettre à table.

Vols directs de Montréal. Écoutez, là, je vous remercie de m'avoir posé cette question parce qu'on est vraiment, là... Le prix économique que le Québec a payé depuis des décennies parce qu'un gouvernement voisin a décidé, contre notre volonté, contre la volonté de votre... du parti du député de Mont-Royal... Des fédéralistes et des souverainistes disaient : Il ne faut pas mettre un aéroport à Mirabel, c'est une mauvaise idée. Ils ont dit : Non, c'est nous qui parlons au nom du Québec à Ottawa, c'est nous qui décidons, c'est nous qui mettons ça là. Puis on vous promet un lien de rail entre Montréal et Dorval parce que Dorval fait, dans cette configuration, des vols intérieurs, et Mirabel fait les vols internationaux. Et, oui, oui, on va convaincre...

La Présidente (Mme Champagne) : M. le...

M. Arcand : Si vous me permettez...

M. Lisée : Non, non, écoutez, c'est très important.

M. Arcand : Non, non, mais c'est parce que, écoutez, on peut faire un débat éternel là-dessus.

M. Lisée : Non.

M. Arcand : Plusieurs pensent que, depuis 1976, Montréal a obtenu un déclin. Alors, on ne commencera pas à...

La Présidente (Mme Champagne) : M. le député de Mont-Royal.

M. Lisée : Je suis en train de répondre.

La Présidente (Mme Champagne) : On va laisser terminer le ministre, puis vous pourrez intervenir tout de suite après, là, au moment voulu.

M. Lisée : Je vais sauter plusieurs étapes, mais on ne peut pas ne pas voir comment ça a été, là, un pieu au coeur économique de Montréal que cette décision fédérale qui a été décriée par tous. Ils n'avaient même pas fait le lien entre Montréal et Dorval parce qu'ils disaient que les gens viendraient de Zurich pour aller à Mirabel puis là seraient très contents de faire 30 minutes de train pour faire leur connexion. C'était ridicule au départ, ça nous a tués, ça nous a mis 20 ans en arrière. Maintenant qu'on a refait Dorval, c'est extraordinaire que le premier ministre canadien ait décidé de nommer Dorval Pierre-Trudeau. C'est Trudeau qui voulait tuer Dorval. Moi, ce que j'avais proposé à M. Bouchard, c'est de dire : Écoutez, le lendemain de la souveraineté, on renomme Mirabel Aéroport Pierre-Trudeau et on le ferme. C'est ça qu'on aurait dû faire, bon.

Mais là donc, maintenant qu'on a perdu tout ce temps précieux à cause des décisions du fédéral, bien là on est aussi exactement au coeur de la question. Parce qu'Air Canada, qui était national, qui a été privatisé, dont le siège social est à Montréal, lorsqu'il décide d'ouvrir des nouveaux vols directs internationaux, ce n'est pas lui qui décide seul. Il y a une partie de la pression qui vient de chez lui, mais il doit aller au ministère fédéral des Transports, qui parle au ministère fédéral des Affaires extérieures, qui discute avec le pays étranger pour avoir des «slot», O.K., S-L-O-T, pour pouvoir atterrir et décoller, O.K.?

Mais, écoutez, là, moi, je suis le ministre des Relations internationales du Québec. Et, si le Québec était souverain, je les négocierais. Je les négocierais. Ce ne serait pas la même chose, hein? Et là on peut faire toutes les pressions qu'on veut, puis je suis d'accord avec le président de la chambre de commerce, je suis d'accord avec le maire, puis on va faire le maximum, puis on va mettre de la pression, puis on va faire tout ce qu'on peut, mais, à la fin, c'est le pays souverain qui décide, puis nous, on ne l'est pas. Alors, c'est un énorme problème. Alors, déjà qu'ils nous ont mis dans le trou à cause d'une mauvaise décision pendant des décennies, en ce moment, je vous dirais, là que... Nous, on est là depuis cinq mois, mais, quand vous étiez là avant, vous n'avez pas vraiment réussi à faire bien pression sur le gouvernement fédéral pour qu'il négocie des lignes aériennes avec nous. On va faire le maximum. Peut-être qu'avec... Comme dans Champlain, on va faire mieux. Mais la vraie réponse à cette question, c'est la souveraineté du Québec.

La Présidente (Mme Champagne) : Merci, M. le ministre. M. le député de Mont-Royal.

M. Arcand : Bien, je pense que le ministre fait une envolée très politique. On pourrait débattre très longtemps. Mais une chose est certaine, en général, quand il y a un critère économique important, on trouve la solution. Je sais qu'à chaque fois que ça a été possible de le faire on a trouvé justement la possibilité d'avoir des vols directs de ce côté-là. Alors, sur la question du statut bilingue, est-ce que j'ai bien compris votre...

M. Lisée : Je vais vous répondre.

M. Arcand : Oui? Allez-y.

M. Lisée : Avec plaisir. Oui. Donc, pour qu'on comprenne bien, dans sa grande sagesse, Camille Laurin, dans la loi 101, a prévu qu'un certain nombre de municipalités allaient être désignées bilingues. Ce que ça signifie, c'est qu'alors que le visage français de l'administration publique partout au Québec est essentiel, et on est d'accord là-dessus, dans certains cas, lorsque la population anglophone est de plus de 50 %, la ville elle-même peut avoir un visage bilingue, c'est l'exception à la règle, maintenant, ce qui ne signifie pas que, dans une ville francophone comme Montréal, les citoyens anglophones n'ont pas le droit à des services individuels en anglais. Ils ont ce droit, et c'est très bien. Mais c'est le visage. Alors, s'il y a des gens qui pensent qu'ils vont nous empêcher d'avoir des services en anglais, c'est faux. Ce n'est pas le cas. C'est la capacité qu'a la ville d'avoir un visage bilingue dans l'ensemble de ses communications avec ses citoyens.

En ce moment, le mécanisme dit : Seulement lorsque le conseil municipal de la ville demandera la révocation du statut est-ce que ce statut sera révoqué. Alors, on a des situations où une ville a pu passer de 60 % d'anglophones à 10 % ou à 5 %. S'il n'y a pas de résolution, il ne se passe rien. Et donc on dit : Bien, ce n'est pas normal. Ce n'est pas normal. Et donc la proposition dans la loi n° 14, ce n'est pas, comme on l'entend parfois, qu'en bas de 50 % la ville perd son statut. Non. C'est : en bas de 50 %, une discussion s'amorce. Personnellement, j'ai dit que je pense que ce seuil est trop élevé. Ça devrait être 40 %. Et je l'ai répété. Je le répète souvent. Et je pense que ça devrait être plus difficile de perdre un statut que de le gagner.

Ça ne veut pas dire qu'on devient bilingue à 40 %. On le devient à 50 %. Mais on ne peut pas le perdre avant 40 %. Et la ministre de la langue, elle dit : Bien, je suis ouverte à des propositions. Encore hier, en commission parlementaire, avec le collègue député de Mont-Royal et la collègue députée de La Prairie, des hypothèses ont été amenées. Et on n'arrête pas de dire, la ministre de la langue et moi, aux villes bilingues : On comprend votre position. Venez à la commission parlementaire nous faire des propositions. Qu'est-ce que serait un mécanisme raisonnable qui permettrait de passer d'un statut à l'autre? Nous sommes très ouverts à cette discussion. Mais ce qui est dommage, c'est que nous aurions aimé faire cette commission parlementaire dans les régions, où on aurait pu aller à Gatineau ou dans les Townships. Mais l'opposition libérale a refusé notre demande d'avoir une discussion avec les régions du Québec sur cette question-là. À moins que le député de Mont-Royal puisse me dire qu'ils sont revenus sur cette décision, c'est dommage.

La Présidente (Mme Champagne) : Merci, M. le ministre. Alors, M. le député de Mont-Royal.

(18 heures)

M. Arcand : Comme le temps file, j'ai un dossier qui est pour moi très préoccupant et qui devrait aussi vous préoccuper. Quand vous avez dit... Et j'ai écouté avec beaucoup d'intérêt le fait que vous avez dit : Je ne suis pas seulement le ministre du 514, je suis le ministre du 450. Et le dossier qui, à mon avis, est un dossier extrêmement préoccupant pour l'avenir, c'est le dossier de la santé à Montréal. Et je m'explique : lorsque nous étions au pouvoir, nous avions annoncé une série de possibilités, par exemple l'agrandissement de certains hôpitaux. Il y en a même dans votre comté. On a annoncé également des agrandissements, je crois que c'est à Cité de la santé, à Laval, un nouvel hôpital, parce que le problème, c'est qu'il y a toujours eu une espèce de difficulté, un manque de compréhension sur le fait que les hôpitaux montréalais non seulement sont des centres de recherche très importants et très valables, mais deuxièmement les hôpitaux de Montréal, évidemment, ont une clientèle qui est parfois multiculturelle, donc qui demande des efforts supplémentaires, mais en plus, bien, il y a beaucoup de monde de l'extérieur de Montréal qui viennent dans les hôpitaux à Montréal. Et donc Montréal se retrouve à être relativement performante en termes de recherche, mais, pour ce qu'on appelle la médecine de seconde zone, la médecine traditionnelle, les groupes de médecine familiale, nous ne sommes pas très performants.

Et donc un des enjeux très importants qui devrait être non partisan pour l'avenir, c'est le prochain PQI, c'est-à-dire le programme québécois d'immobilisations, où vous avez annoncé un certain nombre de coupures et qui risquent d'être particulièrement dramatiques dans la région de Montréal, parce que, si les projets à Laval et si les projets qui sont dans Vaudreuil-Soulanges et dans d'autres endroits ne se réalisent pas, ça va ajouter une pression encore énorme sur les hôpitaux montréalais, qui sont déjà très débordés et sur lesquels il y a énormément de pression. Et mon collègue de Jean-Talon m'a même dit qu'il avait des doutes sur l'intérêt de l'actuel ministre de la Santé sur les besoins montréalais. Alors, vous avez un travail de lobbying extrêmement important à faire auprès non seulement du ministre de la Santé, mais de tous ceux qui décident au sain de votre Comité des priorités.

Est-ce que vous êtes conscient du problème et de la difficulté que ça pose? Parce que, si on n'a pas les infrastructures qu'il faut dans le domaine de la santé, on risque de se retrouver avec des médecins presque chômeurs, parce qu'il n'y aura plus de salle d'opération ou dans laquelle il y aura des difficultés très importantes. Et je voudrais avoir un engagement de votre part que vous allez vous pencher sur cette question, parce que c'est une question qui touche, d'ailleurs, tous les Montréalais et, je dirais, la grande région de Montréal.

La Présidente (Mme Champagne) : Alors, M. le ministre.

M. Lisée : Bien, le député peut avoir mon engagement, puisque c'est ce que je fais depuis que je suis ministre de Montréal et député de Rosemont. J'ai rencontré les représentants de l'agence de santé de Montréal, j'ai rencontré le directeur général du Jewish, le directeur général du CUSM, j'ai rencontré des gens du CHUM. Évidemment, dans mon comté, j'ai visité l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont; j'ai vu deux fois leur direction. Je suis en contact constant avec l'Institut de cardiologie de Montréal. Je me suis intéressé au dossier de Lachine, et plusieurs autres, plusieurs autres dans la région. Donc, ça m'intéresse énormément. On avait d'ailleurs une séance d'information au caucus montréalais des députés péquistes sur la répartition des sommes Montréal versus régions par rapport aux différents indicateurs de santé. Donc, c'est très, très important pour nous.

Maintenant, il faut se garder de tirer des conclusions d'information de presse qui ne sont pas officielles. Le ministre de la Santé va bientôt annoncer les choix qui ont été faits. Évidemment, il y a beaucoup de besoins à Montréal, dans la couronne et ailleurs en région. Notre travail est extraordinairement compliqué par le fait que votre collègue de Jean-Talon avait annoncé pour 2 milliards de dollars non provisionnés. 2 milliards de dollars non provisionnés. Et c'est un problème que, si, par malheur, le gouvernement libéral avait été réélu, vous auriez dû gérer, vous auriez dû gérer. C'eût été très, très, très difficile. Et l'ancien ministre des Finances a bien dit que ses collègues avaient fait preuve d'enthousiasme dans l'annonce d'un certain nombre de projets.

Alors, écoutez, je discute, j'ai discuté hier, j'ai discuté aujourd'hui avec M. Hébert des projets de santé de Montréal...

La Présidente (Mme Champagne) : Avec le ministre de la Santé.

M. Lisée : Avec le ministre de la Santé, je vous remercie beaucoup, Mme la Présidente. Et donc c'est un dossier que je suis de très près, et je pense qu'il y aura des déceptions, des reports, mais un certain nombre de très bonnes nouvelles aussi pour les investissements de santé sur l'île de Montréal et dans la région dans les jours qui viennent.

La Présidente (Mme Champagne) : Merci, M. le ministre. Alors, M. le député de Mont-Royal.

M. Arcand : Bien, j'en profite parce que le député de Sainte-Marie—Saint-Jacques est là et je voulais vous entendre sur le projet Enbridge. Si on prend pour acquis que ce projet-là, après de nombreuses audiences... Est-ce que ce projet-là... S'il est considéré comme étant sécuritaire sur le plan environnemental, est-ce que pour vous ce serait une bonne nouvelle sur Montréal, parce que ça pourrait créer des emplois dans l'est de Montréal?

La Présidente (Mme Champagne) : Alors, M. le ministre.

M. Lisée : Avec toutes les conditions que vous venez de poser, qui sont de bon sens, la réponse est évidemment oui.

La Présidente (Mme Champagne) : Alors, autre question, M. le député de Mont-Royal?

M. Arcand : Oui, deux secondes. Parce que le ministre de l'Environnement avait certaines réserves. Alors, ce que vous me dites, c'est que vous, vous êtes d'accord sur le principe.

La Présidente (Mme Champagne) : M. le ministre.

M. Lisée : Bien, le gouvernement ne parle que d'une seule voix sur cette question. Alors, le ministre de l'Environnement a soulevé les questions environnementales de capacité de ce tuyau de supporter la différence de pétrole entre le pétrole précédent, le pétrole actuel. Des questions ont été soulevées sur les possibilités de fuite, et donc c'est pourquoi la première ministre a créé un comité conjoint avec la première ministre de l'Alberta pour pouvoir étudier en profondeur chacun de ces éléments-là, y compris non seulement les questions environnementales, mais aussi les bénéfices économiques que le Québec pourrait en retirer. Alors donc, nous allons laisser les études se dérouler, mais, si notre position était qu'il n'en est absolument pas question, ce serait : Pas la peine d'étudier.

La Présidente (Mme Champagne) : Merci, M. le ministre. Alors, M. le député de Mont-Royal.

M. Arcand : J'avais une question sur un élément... Vous étiez très fier de le dire, vous avez dit : Écoutez, il y a des investissements de 300 millions possibles... Si ces investissements se font dans la région de Montréal, bien les entreprises auront un congé fiscal de 10 ans. Vous avez parlé de ça. Et je voulais savoir, après quelques mois maintenant, après le budget, est-ce qu'il y a beaucoup d'entreprises qui vont se prévaloir de ce 300 millions, de ce congé fiscal de 10 ans, ou est-ce que, dans les plans d'avenir, vous en avez beaucoup, d'entreprises qui vont le faire?

La Présidente (Mme Champagne) : M. le ministre.

M. Lisée : Je suis tenu au secret, M. le député de Mont-Royal.

La Présidente (Mme Champagne) : Alors, la réponse est courte. Autre question, M. le député de Mont-Royal?

M. Arcand : Est-ce que vous êtes montréalo-optimiste dans ce domaine-là également?

La Présidente (Mme Champagne) : M. le ministre.

M. Lisée : Oui.

La Présidente (Mme Champagne) : La réponse a été oui. C'est ce que j'ai bien entendu.

M. Arcand : Donc, vous me dites que, lorsqu'on se reverra l'an prochain, il y aura probablement de nombreuses entreprises qui vont se prévaloir de ce congé de 10 ans.

La Présidente (Mme Champagne) : Alors, M. le ministre.

M. Lisée : Il y en a certainement quelques-unes, et j'espère plusieurs.

M. Arcand : Bon. Très bien.

La Présidente (Mme Champagne) : M. le député de Mont-Royal, il ne reste plus de temps. En fait, il reste quatre minutes.

• (18 h 10) •

M. Arcand : Bon, alors, écoutez, merci beaucoup, Mme la Présidente. Évidemment, je dois dire que le député de Rosemont, le ministre, et là j'ai... je vais... Comme j'ai peu de temps, je ne donnerai pas tous les titres du ministre. Je dois vous dire que je trouve que le ministre travaille très fort mais malheureusement je dois vous dire qu'il a une attitude qui m'apparaît un peu jovialiste, un peu beaucoup actuellement, puisque, lorsqu'on regarde la situation de Montréal, et particulièrement en regard du dernier budget, force est de constater que la situation, ça ne regarde pas très bien pour les investissements du gouvernement par rapport en particulier à ce qui avait été dit au cours de la campagne électorale.

Je pense que, depuis l'élection du 4 septembre dernier, je n'ai pas besoin de vous dire jusqu'à quel point il y a des gens qui ont été déçus à Montréal, déçus parce qu'on ne sent pas une vision très organisée, d'abord, du développement économique de la région de Montréal. On a à notre avis, nous, un ministre qui est surchargé au moment où on se parle, qui... On a remarqué évidemment toutes les coupures. Je ne suis pas entré dans le détail parce que les gens du conseil régional des élus de Montréal l'ont très bien fait, et il y a des coupures importantes qui ont été faites sur plusieurs projets de Montréal, les coupures de 12,5 millions de dollars dans le soutien à la promotion et au développement de la région de Montréal. Ça a été mentionné à plusieurs reprises, il y avait très peu de coupures... c'est-à-dire, beaucoup... très peu de mesures, je m'excuse, qui concernent la métropole dans le budget 2013‑2014.

J'ai écouté le ministre parler des secteurs biopharmaceutiques en disant : Ça va aller bien. L'aéronautique, le biopharmaceutique, le jeu vidéo, ça va aller bien. Les industries clés pour le développement de l'avenir économique, ça va aller bien. Mais je ne sens pas que, sur le plan des incitatifs, nous sommes préparés de ce côté-là.

Ensuite de ça, évidemment, il y avait cette coupure, on a parlé de la CRE, de 29 %. Je me demande pourquoi, dans certaines régions, c'est 19 %; dans une région aussi importante, avec un budget aussi important, pour Montréal, c'est 29 %.

Et, quant à la communauté anglophone, lorsque j'écoute le ministre, j'imagine que les anglophones doivent être masochistes puisqu'ils détestent notre parti mais votent pour lui alors qu'il ouvre la porte toute grande aux anglophones de Montréal. Et, lorsqu'on voit les sondages, on s'aperçoit encore une fois que malheureusement, malgré un discours très rassembleur que le ministre tente d'avoir, malheureusement on se rend compte que les gestes de ses collègues dans les autres ministères, et même des gestes de la première ministre, évidemment, ne sont pas de nature à sécuriser cette communauté.

Je suis inquiet... En terminant, parce que j'ai une inquiétude profonde, cette fois-ci, parce que j'ai peur que le Parti québécois, qui perd des comtés dans la région de Montréal au profit de certains groupes plus à gauche, bien, délaisse dans le futur, évidemment, encore davantage la région de Montréal parce que c'est de moins en moins rentable sur le plan électoral. Je pense que tout le monde doit reconnaître que Montréal joue un rôle crucial dans le développement économique et le rayonnement du Québec et, même, dans des événements ou dans des stratégies comme nous avons eues, par exemple, du Plan Nord, jusqu'à quel point le gouvernement fait en sorte que Montréal peut bénéficier de façon très importante d'un développement du Nord québécois.

Alors, pour nous, ce qui est très difficile, c'est cette absence d'une vision claire. Et je pense que, pour les partenaires ou pour l'avenir, je souhaite que le ministre travaille très fort avec ses collègues pour redresser la situation et faire en sorte que Montréal puisse redevenir cette priorité qui, à mon avis, a fait défaut dans le dernier budget. C'était une priorité qui avait été annoncée d'ailleurs par la première ministre en campagne électorale. Elle avait dit : Montréal va être un élément très important. Et ce n'est pas ce que nous avons vu dans les chiffres. On a vu, par exemple, un recul de Montréal.

Et je sais qu'actuellement Montréal, disons, les chiffres sont encore bons parce que Montréal a bénéficié d'investissements massifs en infrastructures. Ils ont... Oui?

La Présidente (Mme Champagne) : M. le député de Mont-Royal, je pense que votre commentaire met fin à cet échange. Donc, il n'y a plus de temps.

M. Arcand : Ah! Alors, je souhaite qu'on fasse mieux à l'avenir.

La Présidente (Mme Champagne) : Il n'y a plus de temps pour la suite des choses, malheureusement. Le temps étant écoulé, je me dois de mettre fin à cette étude des crédits.

M. Lisée : Est-ce que je peux demander... Puisque c'est une période d'échange et que le député de Mont-Royal n'a pas permis que je réponde même en une minute, est-ce qu'on pourrait avoir un consentement pour que j'aie deux minutes pour répondre à ses dernières questions?

La Présidente (Mme Champagne) : S'il y a consentement des deux côtés. Est-ce qu'il y a consentement? De notre côté, il y a consentement pour une minute d'ajout comme répartie du ministre. Est-ce que le côté ministériel est d'accord?

M. Arcand : Non, pas de consentement. C'est terminé.

La Présidente (Mme Champagne) : Il n'y a pas de consentement. Donc, pas de consentement.

Adoption des crédits

Alors, le temps alloué à l'étude du volet Métropole des crédits budgétaires du portefeuille Conseil exécutif étant écoulé, nous allons procéder à la mise aux voix. Alors, est-ce que le programme 7, Promotion et développement de la région métropolitaine, est adopté?

Des voix : Adopté.

 

La Présidente (Mme Champagne) : Adopté. Alors, je dépose donc les réponses aux demandes de renseignements de...

Une voix : ...sur division.

La Présidente (Mme Champagne) : Sur division, oui, j'avais bien compris.

Documents déposés

En terminant, je dépose les réponses aux demandes de renseignements de l'opposition et je lève la séance de la commission.

Alors, celle-ci ayant accompli son mandat, on ajourne les travaux sine die. Alors, bonne soirée. Bon repas à tout le monde. Merci de votre discipline.

(Fin de la séance à 18 h 15)

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