(Treize heures quarante minutes)
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Bonjour à toutes, bonjour à tous. Nous allons débuter nos travaux. Je
vous invite à prendre place, collègues. Et je souhaite la bienvenue à celles et
ceux qui sont parmi nous dans les tribunes.
Affaires courantes
Déclarations de députés
Nous sommes à
la rubrique Déclarations de députés, et, sans plus tarder, je reconnais M. le
député de Chauveau.
Rendre hommage à Mme Caroline Bergeron, alias ARO
M. Sylvain Lévesque
M. Lévesque (Chauveau) : Merci
beaucoup, M. le Président. Aujourd'hui, je souhaite souligner le parcours remarquable d'une artiste de Chauveau dont la voix
et la vision rayonnent bien au-delà de nos frontières, ARO, de son vrai nom
Caroline Bergeron. Je la salue, d'ailleurs, dans nos tribunes. Et elle est
accompagnée de son mari, M. Dominique Roy.
ARO incarne
avec force l'audace créative et la détermination qui caractérisent tant de nos
artistes. Autodidacte, elle s'est
engagée dans une démarche profondément intuitive où l'abstraction devient un
espace de liberté, d'émotion et d'authenticité.
Elle circule
aujourd'hui à l'international dans des expositions et collections qui
témoignent de la reconnaissance grandissante dont elle bénéficie.
D'ailleurs, ARO s'est vu remettre récemment le prix Women of
Inspiration 2025 par le Universal Womens Network. Cette distinction honore des femmes influentes à
travers l'Amérique du Nord qui dirigent avec intention, inspirent par
leur vision et créent un impact durable.
Caroline, bonne continuité pour 2026. Merci, M.
le Président.
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, M. le député de
Chauveau. La parole revient maintenant à M. le député de Marquette.
Rendre hommage à M. Claude Ménard
M. Enrico Ciccone
M. Ciccone : Merci, M. le Président. J'aimerais souligner une personne
d'exception dans ma circonscription, M. Claude
Ménard, pour souligner ses 50 ans à titre d'entraîneur au sein de
l'association de hockey mineur de Lachine et de la région du lac
Saint-Louis.
Il va sans
dire que Claude est un passionné de hockey depuis son jeune âge. Son
implication commence en 1975, lorsqu'il
coordonnait les pratiques du pee-wee A avec ses oncles. Au fil des ans, il a
occupé divers postes d'entraîneur, allant de l'atome au junior masculin
et féminin, du simple aux doubles lettres.
Sa belle et longue carrière inclut neuf
championnats régionaux et sept finales provinciales, dont trois à titre de championnats provinciaux. De plus, neuf
bannières portant le nom de Claude Ménard sont accrochées au sommet de l'aréna «Pete» Morin, à Lachine.
Ayant grandi
à Lachine, et malgré plusieurs opportunités, Claude est resté fidèle à son association
depuis 50 ans.
Mes sincères
félicitations, Claude, pour toutes ces années à transmettre ta passion et ton
amour du hockey auprès de nos jeunes de Lachine. Merci beaucoup et bonne
continuation.
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, M. le député de
Marquette. Et je cède maintenant la parole à Mme la députée des Plaines.
Souligner le travail de l'organisme Le Phare des Lucioles
Mme Lucie Lecours
Mme Lecours
(Les Plaines) : Merci, M. le Président. À la veille de la période
des fêtes, je souhaite mettre en lumière un organisme précieux de
Sainte-Anne-des-Plaines, Le Phare des Lucioles.
À l'image de la fée des dents ou du père Noël, il
apporte une présence discrète mais réconfortante qui fait rêver les enfants.
Le Phare des
Lucioles est un véritable lieu de repères mais aussi un groupe d'intervenantes
à qui les enfants peuvent
envoyer des lettres anonymes chaque jour. Pour eux, ces Lucioles deviennent des
amies, des confidentes, des confidents, une
présence rassurante qui accueille leurs mots et les aide à construire une image
positive d'eux-mêmes.
Chères
Lucioles, je vous remercie du fond du coeur pour le rôle que vous jouez dans la
vie de nos enfants. Un merci très sincère pour cette lumière si nécessaire dans
notre communauté.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, Mme la députée des Plaines. Et je
reconnais maintenant M. le député de Jean-Lesage.
Souligner le succès du projet
FUSÉ
M. Sol Zanetti
M. Zanetti : Merci, M. le Président. Nos organismes
communautaires sont en pleine préparation des paniers de Noël à distribuer aux
familles dans le besoin, et, pour y arriver, ça prend des denrées de qualité,
et toutes les initiatives en souveraineté alimentaire peuvent faire la
différence dans les assiettes de nos concitoyens dans le besoin.
Dans Jean-Lesage, je
suis très fier de compter sur le projet FUSÉ, un organisme qui cultive un
terrain de cinq hectares en pleine ville,
terrain qui était menacé par un développement immobilier d'envergure. Grâce à
une mobilisation citoyenne soutenue, on y fait aujourd'hui pousser des
poireaux au lieu... plutôt que des condos. Ça marche. C'est une chose qui
fonctionne. Et, en une saison, c'est 38 tonnes de légumes qui ont été
distribués aux banques alimentaires de la ville pour nourrir
3 000 familles.
Dans une époque où
l'épicerie coûte de plus en plus cher, je rêve que des initiatives comme
celle-là naissent aux quatre coins du Québec pour notre autonomie et notre
souveraineté alimentaires.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, M. le député de Jean-Lesage. Et je cède
maintenant la parole à Mme la députée d'Argenteuil.
Rendre hommage à Monsieur Marcel
Mme Agnès Grondin
Mme Grondin : Merci, M. le Président. Il existe de ces héros du
quotidien qui ne cherchent ni lumière ni gloire. Monsieur Marcel est de
ceux-là, M. le Président.
Sa condition de santé
ne lui permet ni de travailler ni de conduire, mais rien ne l'arrête quand il
s'agit de dégager les fossés de ce qu'il appelle «c'est pas là que ça va».
À lui seul, il
ramasse, à vélo, des tonnes de déchets. Il lui arrive même de sortir à
bras-le-corps de vieux sofas détrempés, des pièces de voiture ou des pneus, que
les autorités passent récupérer. On dit de lui qu'il est infatigable, toujours
prêt à rendre service et d'une bonne humeur contagieuse.
Je
n'ai pas encore eu la chance de le rencontrer, M. le Président, mais je tenais
à saluer son engagement. Des héros comme Monsieur Marcel doivent être
reconnus et recevoir les éloges qu'ils méritent.
Merci, Monsieur
Marcel, de rendre nos paysages plus beaux.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, Mme la députée d'Argenteuil. La prochaine
déclaration revient à Mme la députée de Mont-Royal—Outremont.
Souligner le 100e anniversaire
de l'église
Sainte-Madeleine d'Outremont
Mme Michelle Setlakwe
Mme Setlakwe :
Merci, M. le Président. J'ai le plaisir de souligner aujourd'hui le
100e anniversaire de l'église Sainte-Madeleine d'Outremont.
Depuis un siècle,
cette institution incarne l'esprit de communauté ainsi que l'attachement
profond à un patrimoine transmis de
génération en génération. L'église Sainte-Madeleine d'Outremont est bien plus
qu'un lieu de culte. Elle est un
pilier du quartier, offrant depuis 100 ans un espace de réflexion, de paix
et d'ouverture. C'est également un havre d'histoire, racontée à travers
la beauté de son architecture, la richesse de son art et la présence
chaleureuse de celles et ceux qui la font vivre.
Cet héritage
exceptionnel n'aurait pu être préservé sans l'engagement des membres de la
paroisse, des bénévoles, des dirigeants et de toutes les personnes qui ont
contribué, au fil du temps, à faire de cette église un repère vivant et
inspirant.
Au nom de toute la
communauté, je vous remercie sincèrement pour votre dévouement. Que ce
centenaire soit l'occasion de célébrer un siècle de présence, de culture et de
solidarité. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, Mme la députée de Mont-Royal—Outremont. Et la prochaine déclaration revient à Mme la députée
de Laval-des-Rapides.
Souligner
le 50e anniversaire du Club de l'âge d'or Saint-Urbain
Mme Céline Haytayan
Mme Haytayan :
Merci, M. le Président. Le Club de l'âge d'or Saint-Urbain fête ses
50 ans, 50 années dédiées à gâter et à rassembler ses membres afin
qu'ils restent en forme et une foule d'occasions pour socialiser.
Leur mission est de
promouvoir le développement des aînés à travers une variété de loisirs, autant
enrichissants que divertissants, pour assurer une retraite active et épanouie à
ses membres. Pour ce faire, le club offre à ses membres une large gamme d'activités adaptées pour tous les goûts, pour tous les
niveaux, allant du yoga aux jeux de société, en passant par des sorties
culturelles.
Merci à la
présidente, Mme Aida Tourbay, et à son équipe pour leur dévouement au
quotidien. Toutes mes félicitations pour votre 50e et longue vie au Club de
l'âge d'or Saint-Urbain! Merci, M. le Président.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, Mme la députée de Laval-des-Rapides. Et la
prochaine déclaration revient à M. le député d'Arthabaska.
Souligner le 150e anniversaire
de la ville de Lyster
M. Alex Boissonneault
M. Boissonneault : Merci, M. le Président. Permettez-moi d'abord de
saluer mes concitoyens de Lyster, dont le maire, Yves Boissonneault, qui sont
ici aujourd'hui avec nous, salutations, parce que je suis fier de souligner
aujourd'hui le 150e de Lyster, communauté de L'Érable, dont l'histoire et la
résilience méritent d'être pleinement célébrées.
Depuis 1875, M. le
Président, Lyster s'est développée grâce au courage de ses pionniers, à la
détermination de ses familles et à l'esprit d'entraide qui l'anime encore
aujourd'hui. Au fil des générations, la municipalité a su préserver son authenticité tout en se projetant vers
l'avenir, portée par des gens passionnés et profondément attachés à leur
milieu.
À titre de député, je
tiens à rendre hommage à tous ceux qui, par leur travail ou leur bénévolat,
contribuent chaque jour à faire de Lyster un
endroit dynamique et accueillant. Votre engagement est le véritable moteur du
développement de cette communauté.
Je
souhaite à tous les citoyens de Lyster un joyeux 150e et je vous remercie de
contribuer, chacun à votre manière, à faire de cette belle municipalité
une municipalité qui a de l'avenir. Merci à vous.
• (13 h 50) •
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, M. le député d'Arthabaska. Mes salutations
à M. le maire et ainsi qu'à toute la délégation qui l'accompagne.
Prochaine
déclaration, je cède maintenant la parole à M. le député de Portneuf.
Rendre hommage à M. Xavier
Bichotte
M. Vincent Caron
M. Caron :
Merci, M. le Président. J'aimerais vous parler d'un jeune qui fait notre
fierté dans Portneuf, et il est avec nous aujourd'hui. C'est Xavier Bichotte,
qui a créé voilà plus d'un an Botte ta canette, un projet de collecte à
domicile de contenants consignés.
Avec
un trouble... ayant, pardon, un trouble du spectre de l'autisme, Xavier
souhaite, comme il le dit si bien, botter les préjugés.
Depuis le lancement
de son entreprise, c'est un succès retentissant. Xavier est parvenu à créer un
véritable engouement. Les citoyens, les entreprises, les organismes et même les
festivals embarquent dans son aventure. Malgré les défis, notre jeune s'est
fait une place. Il a réussi à faire la différence pour lui-même et pour toute
notre communauté.
Xavier,
je t'exprime toute mon admiration. Tu es un exemple et tu nous motives à
poursuivre nos efforts pour bâtir une société où tout le monde peut
s'épanouir. Ceux qui t'aident, tes parents, Viviane et Jérémie, qui sont là
également, ainsi que ton petit frère Philémon, peuvent être immensément fiers
de toi. Merci et bravo, Xavier!
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, M. le député de Portneuf. Bravo à vous,
Xavier!
La prochaine
déclaration revient à Mme la députée de Saint-Hyacinthe.
Rendre hommage à M. Jean-Claude
Ladouceur
Mme Chantal Soucy
Mme Soucy :
Merci, M. le Président. J'ai le plaisir d'honorer un bâtisseur exceptionnel
de notre communauté maskoutaine, M. Jean-Claude Ladouceur, que nous
accueillons dans nos tribunes.
Alors que plusieurs
songent à la retraite, M. Ladouceur poursuit avec passion une mission
qu'il a élevée au rang d'engagement de vie :
offrir un toit décent et abordable aux plus vulnérables. Depuis 18 ans, il
a développé des centaines de projets
immobiliers, transformant ainsi le visage du logement abordable et social à Saint-Hyacinthe. Grâce à lui, des milliers de familles ont retrouvé un toit et
un avenir meilleur.
M. Ladouceur gère
bien plus que des logements, il bâtit des milieux de vie et redonne espoir et
dignité. Son leadership se distingue par une approche humaine, une
disponibilité exemplaire et une capacité de mobiliser partenaires et
ressources.
Jean-Claude, en mon nom et au nom des citoyens,
recevez nos sincères remerciements pour votre contribution au milieu... au
milieu de vie de nos concitoyens. Merci.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
Mme la députée de Saint-Hyacinthe. Merci, M. Ladouceur.
Et la prochaine déclaration revient à M. le
député de Chapleau.
Souligner le 45e anniversaire du Carrefour de la
Miséricorde
M. Mathieu Lévesque
M. Lévesque
(Chapleau) : Oui. Merci beaucoup, M. le Président. Aujourd'hui,
j'aimerais souligner les 45 ans du Carrefour de la Miséricorde, un pilier de soutien aux mères et enfants
en situation de vulnérabilité au coeur de Chapleau, à Gatineau.
Fondé en 1980 par la communauté des Soeurs de la
Miséricorde, cet organisme a d'abord été un refuge pour les adolescentes enceintes, les filles-mères et les mères sans
ressource. Le Carrefour de la Miséricorde offre des services concrets : soutien individuel, écoute,
groupes de parole, cuisine collective, café réseautage et activités de
stimulation pour les tout-petits, dont les bien-aimés Jardins de
Rosalie.
Le Carrefour
de la Miséricorde est bien plus qu'un organisme communautaire. C'est un milieu
de vie, un symbole d'engagement social profond.
À toutes les femmes qui y ont travaillé depuis
45 ans, aux intervenantes, aux administratrices, aux bénévoles et aux
donateurs, merci pour votre dévouement et votre solidarité. Grâce à vous, des
mères retrouvent confiance, des enfants s'épanouissent et notre société devient
plus juste. Bon 45e anniversaire!
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, M. le député de
Chapleau. Et je cède maintenant la parole à Mme la députée de
Brome-Missisquoi.
Rendre hommage à Mmes Claire Pouliot et Louise
Bilodeau
Mme Isabelle Charest
Mme Charest : Merci, M. le
Président. J'ai l'honneur, aujourd'hui, de rendre hommage à Mmes Claire
Pouliot et Louise Bilodeau, qui sont parmi
nous aujourd'hui, pour leur parcours remarquable comme réceptionnistes au
ministère de l'Éducation.
Mme Claire Pouliot a d'abord intégré le
ministère en 1969, où elle a accueilli citoyens, élus et collègues depuis plus
de 50 ans.
Au fil des années, Claire a été un pilier de
l'organisation, accompagnant presque la totalité des ministres de l'Éducation
avec son professionnalisme et sa discrétion. Ses petites attentions et son sens
du service ont marqué notre ministère. Claire, votre engagement restera gravé
dans nos mémoires.
Passons maintenant à Mme Louise Bilodeau,
qui a consacré plus de trois décennies à la fonction publique, notamment au
Bureau de l'enseignement supérieur et de la science, au Bureau de la condition
féminine et, bien sûr, au cabinet depuis 1994.
Tout au long
de sa carrière, Louise a incarné l'efficacité et le respect. Par son calme et
sa courtoisie, elle a offert un soutien essentiel à l'accueil du
ministère. Nous garderons le souvenir de son engagement et de sa bienveillance.
En tant que ministre, j'ai eu le privilège de
croiser ces dames plusieurs jours par semaine depuis maintenant sept ans. Leur
gentillesse et leur dévouement ont toujours contribué à illuminer mon
quotidien.
Merci, Claire et Louise, pour votre dévouement
exemplaire.
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, Mme la députée de Brome-Missisquoi. Alors, voilà qui met fin à la rubrique Déclarations de députés.
Nous allons suspendre les travaux quelques
instants.
(Suspension de la séance à 13 h 55)
(Reprise à 14 h 07)
La Présidente : Bonjour, tout le
monde. Mesdames messieurs, vous êtes nombreux aujourd'hui. Bienvenue. Le
parlement du Québec, c'est chez vous. Bienvenue.
Vous savez, aujourd'hui, c'est avec tristesse
que nous avons appris le décès de M. Claude Boucher, député de Johnson de
1994 à 2007. Alors, nous allons nous recueillir quelques instants en ayant une
pensée particulière pour sa famille et ses proches.
Je
vous remercie beaucoup. Veuillez vous asseoir.
9 décembre. Nous
poursuivons les affaires courantes.
Aujourd'hui, il n'y a
pas de déclarations ministérielles.
Présentation
de projets de loi
À la rubrique
Présentation de projets de loi, M. le leader du gouvernement.
M. Jolin-Barrette :
Oui. Bonjour, Mme la Présidente. Je vous demande d'appeler l'article a du
feuilleton, s'il vous plaît.
Projet
de loi n° 5
La
Présidente : À l'article a du feuilleton, M. le ministre des Finances
présente le projet de loi n° 5, Loi visant à accélérer l'octroi des
autorisations requises pour la réalisation des projets prioritaires et
d'envergure nationale. M. le ministre.
M. Eric
Girard
M. Girard (Groulx) :
Oui. Merci, Mme la Présidente.
Ce projet de loi
prévoit des mesures visant à accélérer l'octroi des autorisations requises pour
la réalisation des projets prioritaires et d'envergure nationale.
À cet effet, le
projet de loi permet au gouvernement, pendant une période de cinq ans suivant
la sanction de la loi, de désigner à titre de projet prioritaire et d'envergure
nationale tout projet stratégique de grande ampleur dont la réalisation rapide
est d'intérêt collectif et la mise en oeuvre réussie est plausible.
Le projet de loi
prévoit que le gouvernement octroie au promoteur d'un projet désigné, à
certaines conditions, une autorisation unique qui remplace les permissions qui
donneraient le droit à ce promoteur de réaliser son projet ou les activités
nécessaires à sa réalisation en vertu des lois prévues en annexe du projet de
loi ou des règlements pris pour leur
application. Il permet au gouvernement d'assortir l'autorisation de conditions,
lesquelles comprennent toute modalité, toute
exigence, toute restriction ou toute interdiction prévue par ces lois ou ces
règlements. Il permet aussi au gouvernement de modifier, de suspendre ou
de révoquer une autorisation ou d'en autoriser la cession.
• (14 h 10) •
Le projet de loi
donne au ministre des Finances le pouvoir de permettre, après consultation du
promoteur ainsi que des ministres, des
organismes publics et d'autres parties concernées, les travaux préparatoires
qu'il détermine et qui peuvent être réalisés avant l'octroi de
l'autorisation.
Le projet de loi
prévoit que le gouvernement est réputé avoir les pouvoirs et les obligations de
l'autorité chargée d'octroyer les permissions prévues par les lois ou les
règlements que l'autorisation remplace, notamment à l'exception des inspections, des enquêtes et de l'imposition
d'une sanction administrative pécuniaire, et permet au gouvernement de
déléguer au ministre des Finances certains de ses pouvoirs.
Le projet de loi
permet au gouvernement d'ajouter à l'annexe du projet de loi ou de retirer de
cette annexe toute loi ou l'une de ses
dispositions, sauf les exceptions qu'il énumère. Il permet également au
gouvernement de modifier l'application de toute disposition d'une loi prévue à
cette annexe ou d'un règlement pris pour l'application de cette loi dans le but d'accélérer la réalisation d'un projet
désigné ou en vue de permettre l'exercice d'activités qui découlent d'un
projet désigné à la suite de sa réalisation et qui ne peuvent être conformes
aux normes applicables. Il prévoit aussi des mesures d'allègement particulières
concernant l'environnement, le domaine municipal, le secteur minier, le secteur
forestier, les zones agricoles et les terres du domaine de l'État.
Le
projet de loi prévoit que ses dispositions n'ont pas pour effet de relever
quiconque des obligations prévues par les lois ou les règlements
applicables au projet désigné ou de restreindre tout pouvoir d'inspection ou
d'enquête ou tout pouvoir d'imposer une sanction administrative pécuniaire que
peut exercer une autorité en vertu de ces lois ou de ces règlements. Il prévoit
également les sanctions applicables en cas de contravention à la loi.
Finalement, le projet
de loi prévoit des dispositions de concordance, transitoires et finales.
Merci, Mme la
Présidente.
La
Présidente : Alors... Oui, Mme la leader de l'opposition officielle,
je vous reconnais.
Mme Setlakwe :
Mme la Présidente, nous souhaitons des consultations particulières sur ce
projet de loi.
Mise
aux voix
La Présidente :
Est-ce que l'Assemblée accepte d'être saisie de ce projet de loi? Adopté.
Maintenant, M. le
député de Matane-Matapédia.
M. Bérubé :
Mme la Présidente, je vous demande d'appeler l'article b du feuilleton.
Projet
de loi n° 203
La Présidente : À l'article b du
feuilleton, j'ai reçu le rapport de la directrice de la législation sur le
projet de loi n° 203, Loi visant à octroyer certains pouvoirs temporaires
à la Ville de Rivière-du-Loup. La directrice de la législation a constaté que les avis ont été faits et publiés
conformément aux règles de fonctionnement des projets de loi d'intérêt
privé. Je dépose donc ce rapport.
En conséquence, M. le député de Matane-Matapédia
présente le projet de loi d'intérêt privé n° 203, Loi
visant à octroyer certains pouvoirs temporaires à la Ville de Rivière-du-Loup.
Mise aux voix
Est-ce que l'Assemblée accepte d'être saisie de
ce projet de loi? Adopté? Adopté? Adopté. Et M. le leader du gouvernement.
Renvoi à la Commission de
l'aménagement du territoire
M. Jolin-Barrette : Oui, Mme la
Présidente. Conformément au premier alinéa de l'article 277 du règlement,
je propose la motion suivante :
«Que le projet de loi d'intérêt privé n° 203, Loi visant à octroyer certains pouvoirs temporaires
à la Ville de Rivière-du-Loup, soit renvoyé pour consultations et étude
détaillée à la Commission de l'aménagement du territoire et que la ministre des
Affaires municipales soit membre de ladite commission pour la durée de ce
mandat.» Merci.
Mise aux voix
La Présidente : Et cette motion
est-elle adoptée? Adopté.
Dépôt de documents
À la rubrique Dépôt de documents, M. le leader
du gouvernement.
M. Jolin-Barrette : Je
dépose, Mme la Présidente, les réponses aux questions inscrites au feuilleton
le 25 novembre par le député de Saint-Henri—Sainte-Anne et le
26 novembre par la députée de Bourassa-Sauvé.
La Présidente : Ces documents sont
déposés.
Pour ma part, je dépose le nouveau diagramme de l'Assemblée
en date d'aujourd'hui.
Dépôt de rapports de
commissions
À la rubrique
Dépôt de rapports de commissions, M. le
président de la Commission de l'administration publique et
député de Nelligan.
Audition du Centre d'acquisitions gouvernementales sur le
chapitre 2
du rapport de novembre 2024 du Vérificateur général intitulé
Acquisitions regroupées gouvernementales
M. Derraji : Merci,
Mme la Présidente. Je dépose le rapport sur l'imputabilité, de
l'automne 2025, de la Commission de l'administration publique
donnant suite aux auditions des sous-ministres et des dirigeants d'organismes
publics sur leur gestion administrative. La commission a procédé à l'audition
suivante : le 2 décembre 2025, audition du Centre d'acquisitions
gouvernementales sur le chapitre 2 du rapport de novembre 2024 du Vérificateur
général intitulé Acquisitions regroupées
gouvernementales. La commission
s'est également réunie en séances de travail les 5 et 11 novembre
ainsi que le 2 décembre 2025. Ce rapport contient deux recommandations.
Merci, Mme la Présidente.
La Présidente : Et ce rapport est
déposé. Mme la présidente de la Commission de la culture et de l'éducation et
députée de Jeanne-Mance—Viger.
Étude détaillée du projet de
loi n° 109
Mme Rotiroti : Merci,
Mme la Présidente. Je dépose le rapport de la Commission de la culture et de
l'éducation qui, le 12 novembre ainsi que le 3 et le 5 décembre 2025,
a procédé à l'étude détaillée du projet de loi n° 109, Loi
affirmant la souveraineté culturelle du Québec et édictant la Loi sur la
découvrabilité des contenus culturels francophones dans l'environnement
numérique. La commission a adopté le texte de projet du loi avec des
amendements.
La
Présidente : Ce rapport est déposé. Mme la présidente de la
Commission des transports et de l'environnement et députée de Vaudreuil.
Consultations
particulières sur le document intitulé Consultation sur
la cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre du Québec
Mme Nichols : Oui. Merci, Mme
la Présidente. Je dépose le rapport de la Commission des transports et de
l'environnement qui, les 25, 26, 27 novembre et les 2 et 3 décembre
2025, a tenu des consultations particulières et auditions publiques sur le
document intitulé Consultation sur la cible de réduction des émissions de
gaz à effet de serre du Québec. La commission s'est également réunie en
séance de travail le 4 décembre 2025 relativement à ce mandat. Et ce
rapport contient huit recommandations. Merci.
La Présidente : Ce rapport est
déposé.
Y a-t-il
consentement pour déroger à l'article 4.4 des règles de fonctionnement
afin de déposer un rapport du comité directeur de la Commission de
l'Assemblée nationale? Consentement?
Des voix : Consentement.
Modification à la composition
de commissions parlementaires
La
Présidente :
Consentement. Alors, je dépose le rapport du comité directeur de la Commission
de l'Assemblée nationale qui s'est tenu le 5 décembre 2025 afin de
statuer sur une demande du groupe formant l'opposition officielle concernant la
modification des membres ainsi que des vice-présidences au sein des commissions
parlementaires.
Je cède
maintenant la parole à M. le troisième vice-président et député de Viau pour la
présentation d'une motion.
Motion proposant d'adopter la
modification
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Mme la Présidente, je propose que les modifications à la composition de la
commission telles que prévues au rapport du comité directeur de la Commission
de l'Assemblée nationale soient adoptées.
La
Présidente : Y a-t-il consentement pour déroger aux
articles 129 et 134 du règlement? Consentement? Consentement.
Mise aux voix
Cette motion est-elle adoptée? Adopté.
Dépôt de pétitions
À la rubrique Dépôt de pétitions, maintenant, je
reconnais M. le député de Pontiac.
Mettre en place des actions concrètes pour assurer un
réseau
électrique fiable et sécuritaire dans la région de l'Outaouais
M. Fortin : Merci, Mme la Présidente. Je dépose l'extrait d'une pétition adressée à
l'Assemblée nationale, signée par 312 pétitionnaires.
Désignation : citoyens et citoyennes du Québec.
«Les faits invoqués sont les suivants :
«Considérant que, dans la dernière décennie, les
résidents de la région de l'Outaouais ont dû faire face à des pannes
d'électricité récurrentes qui perturbent leur vie quotidienne;
«Considérant
que, parmi les 104 MRC du Québec, trois MRC situées en Outaouais
(Papineau, Collines-de-l'Outaouais et Pontiac) ont enregistré la plus
forte moyenne annuelle d'heures d'interruptions au cours des cinq dernières
années, avoisinant 40 heures;
«Considérant
que ces défaillances, même par beau temps, indisposent la population,
entraînent des coûts importants et peuvent mettre en danger les personnes
vulnérables qui dépendent d'un approvisionnement électrique constant et
fiable;
«Considérant que ces interruptions fréquentes
sont principalement causées par un manque d'entretien adéquat des lignes
aériennes, ce qui fragilise la fiabilité du réseau électrique, et que le plan
actuel de maîtrise de la végétation d'Hydro-Québec semble insuffisant pour
remédier à la situation dans des délais raisonnables;
«Considérant qu'il est essentiel que des actions
concrètes soient rapidement mises en place afin d'assurer un réseau électrique
fiable et sécuritaire pour tous;
«Et l'intervention réclamée se résume
ainsi :
«Nous, signataires, demandons au gouvernement du
Québec :
«De mettre en place un plan d'action d'urgence
pour la région de l'Outaouais;
«D'augmenter
les investissements dans l'entretien et la modernisation du réseau électrique,
spécifiquement dans la région de l'Outaouais;
«De planifier des inspections régulières pour
prévenir les bris majeurs;
«D'accélérer le remplacement des lignes vétustes
ou endommagées;
«De prioriser la
résilience de la région face aux événements climatiques extrêmes.»
Je certifie que cet extrait est conforme à
l'original de la pétition.
La Présidente : Et cet extrait de
pétition est déposé.
Il n'y a pas de réponses orales aux pétitions ni
d'interventions portant sur une violation de droit ou de privilège.
Questions et réponses orales
Nous en sommes maintenant rendus à la période de
questions et de réponses orales, et, pour ce faire, je cède la parole, en
question principale, au chef de l'opposition officielle.
Impact de la Loi visant principalement à instaurer la
responsabilité
collective quant à l'amélioration de l'accès aux services médicaux
et à assurer la continuité de la prestation de ces services
M. André Fortin
M. Fortin : Mme la Présidente, il faut qu'on se parle des effets à long
terme de la loi n° 2, parce que, dans plusieurs
régions du Québec, la situation, elle est absolument catastrophique, en ce
moment.
Certains endroits, c'est par dizaines de
milliers que les patients perdent leurs médecins. En voici un, et je cite son courriel au premier ministre : «Je viens
d'être informé que mon médecin de famille part en Ontario. J'ai 76 ans,
avec des problèmes d'arthrite, de pression sanguine, de cholestérol, de
prostate, de sténose spinale, et vous êtes en train de me causer du stress pour
mon état de santé pendant mes vieux jours.»
Depuis le 15 octobre, Mme la Présidente,
ils sont 37 000, juste dans la région de l'Outaouais, 37 000 à avoir perdu leurs médecins. Et aujourd'hui, dans Le Droit, on apprend qu'on pourrait facilement, dans cette région-là, se rendre à
86 000 patients. 86 000 patients dans une région qui
représente 4 % du Québec, là, c'est comme si 2 millions de Québécois perdaient leurs médecins de famille.
Pensez à ça deux secondes, là. Ça, c'est l'ampleur de ce qui se passe dans
ma région.
Mme la Présidente, il y a une crise partout au
Québec, en ce moment, les gens perdent leurs médecins de famille, mais ce qui
se passe en Outaouais, là, c'est une débâcle. Les gens ne savent pas comment
ils vont avoir accès au réseau de la santé.
Comment le
gouvernement de la CAQ peut-il réellement penser qu'il est en train d'aider la
situation en ce moment?
• (14 h 20) •
La Présidente : La réponse du
ministre de la Santé.
M. Christian Dubé
M. Dubé : Alors, Mme la Présidente, un peu comme j'ai
répondu la semaine dernière, je veux revenir sur quelques points.
On a pris une décision, il y a plusieurs mois,
dans les engagements qu'on avait pris, que le statu quo n'était pas acceptable
et qu'il fallait notamment changer la méthode de rémunération des médecins.
Puis la raison pour laquelle... la principale raison pour laquelle on le fait,
c'est être capables notamment d'aller vers une prise en charge collective. Qu'est-ce que ça veut dire, Mme la Présidente?
C'est d'être capables, dans un GMF, de s'assurer que les médecins se mettent
ensemble pour être capables de prendre plus de patients parce qu'ils le font
ensemble. Et ça, Mme la Présidente, là, c'est un changement qui est en train
d'être discuté aux tables de négociation par ma collègue ici. Et je l'ai dit
souvent, Mme la Présidente, c'est un
changement très important. Et on a dit aux médecins : Prenez soin d'avoir
la bonne information avant de prendre votre décision.
Je sais que la rémunération des médecins, c'est
un sujet très complexe, mais nous avons fait un engagement que nous allions
changer le mode de rémunération pour être capables de prendre plusieurs
personnes en charge. Et c'est ce que nous faisons présentement, Mme la
Présidente.
Alors, je vais continuer à la prochaine
question.
La Présidente : Première
complémentaire.
M. André Fortin
M. Fortin :
Oui, ça, c'est la ligne que répète le ministre de la Santé depuis des semaines,
mais la présidente du Conseil du trésor, elle, elle dit : On s'est donné
60 jours pour négocier, faites-vous en pas. Mais ce qu'ils ne semblent pas
comprendre, au gouvernement, c'est qu'à chaque jour, depuis qu'il passe sa loi,
à chaque jour il y a des gens qui perdent leurs médecins de famille. Les
patients, là, ils savent très bien que ça ne va pas être facile de retrouver un
médecin, qu'ils vont passer des années sur les listes d'attente. Ils savent
très bien que c'est eux qui vont payer pour l'excès du gouvernement.
La Présidente : La réponse du
ministre.
M. Christian Dubé
M. Dubé :
Oui, Mme la Présidente. Encore une fois, je pense que la meilleure nouvelle, à
travers les nouvelles que j'entends, c'est de savoir qu'entre autres la
fédération des médecins de famille a pris la bonne décision, c'est ce qu'on
attendait depuis longtemps, de revenir aux tables de négociation,
Mme la Présidente, je
ne trouve pas que c'est drôle. Au contraire, je pense que ça fait longtemps
qu'on attendait que la fédération vienne en
discuter. Je l'ai expliqué ici souvent, durant les derniers mois, que,
malheureusement, ça a pris du temps
avant qu'ils prennent la décision de revenir pour avoir une vraie discussion
aux tables. C'est ça qui est en train d'arriver. Malheureusement... Et
c'est ce que j'ai dit souvent aux médecins : Faites attention de prendre
une décision...
La Présidente :
En terminant.
M. Dubé : ...sur de l'information qui n'est pas inexacte.
Alors, Mme la Présidente, j'espère que les négociations...
La Présidente :
Deuxième complémentaire. Et, pour
ce faire, je reconnais la députée de Mont-Royal—Outremont.
Mme Michelle
Setlakwe
Mme Setlakwe : Mme la Présidente, n'oublions pas les étudiants
en médecine dans cette crise. Dans mon comté, à l'Université de Montréal,
l'association étudiante a mené un sondage, la semaine dernière. Sur
620 répondants, 499 affirment qu'ils
envisagent de quitter le Québec pour leur pratique future. Ça, là, c'est
80 %, Mme la Présidente. Avant les impacts délétères de la loi n° 2, 95 % des étudiants se voyaient pratiquer au
Québec pour toute leur carrière. Le ministre de la Santé doit admettre que sa
loi n° 2 est un échec.
Est-ce qu'il va la
suspendre, Mme la Présidente?
La Présidente :
La réponse du ministre de la Santé.
M. Christian
Dubé
M. Dubé :
Oui. Mme la Présidente, il y a plusieurs sous-points de la part de la députée.
Premièrement, je veux
qu'on comprenne bien que la loi spéciale, la loi n° 2,
à ce moment-là, elle a été faite pour... une des raisons, c'était de permettre
aux étudiants de continuer d'avoir l'éducation qui avait été suspendue par la Fédération
des médecins spécialistes. C'est nous
qui avons pris la décision que le moyen de pression qui était pris par les
médecins spécialistes, Mme la Présidente, n'était pas acceptable. Il y avait
déjà plus qu'un mois que les médecins avaient arrêté la formation, puis on
trouvait que c'était inacceptable. Alors, ça, il faut se rappeler que la loi
spéciale, elle a été passée pour une de ces raisons-là. Il y avait l'urgence de
la situation.
Deuxièmement, Mme la
Présidente...
La Présidente :
En terminant.
M. Dubé :
Je reviendrai.
La
Présidente : Troisième complémentaire.
Mme Michelle
Setlakwe
Mme Setlakwe :
Mme la Présidente, dans les quatre facultés de médecine du Québec, les
étudiants en médecine, là, ce sont ceux qui
vont nous soigner, là, pour les 30, 40 prochaines années, ils sont
découragés, ils sont inquiets. Je les ai rencontrés, j'ai passé
1 h 30 min avec les étudiants à l'Université de Montréal.
Qu'est-ce que j'ai entendu? Ils me
demandent : Mais pourquoi le gouvernement n'écoute-t-il pas les experts
dans ce dossier? Pourquoi la CAQ veut-elle museler les médecins? Et ce que j'ai entendu de plus dérangeant, c'est
qu'ils m'ont dit : On a une perte de sens. Mme la Présidente, c'est
notre relève...
La
Présidente : La réponse du ministre.
M. Christian
Dubé
M. Dubé :
Mon deuxième point, Mme la Présidente, puis je pense que c'est important de
le rappeler, depuis que notre gouvernement est en... est au pouvoir, depuis
maintenant un peu plus de sept ans, savez-vous ce qu'on a fait au niveau de la formation des médecins? On a fait
passer la formation des médecins de 800 médecins par année à presque
1 200. Ça, ça veut dire 400 médecins de plus à chaque année qui sont
formés. Et, de ces 400 médecins là, cette année, c'est la première
année que nous atteignons le plateau des résidents, qui sont de l'ordre de
presque 550 médecins de famille, Mme la
Présidente, 550 médecins de famille qui vont entrer en résidence cette
année. C'est ça, l'engagement du gouvernement.
La Présidente : En terminant.
M. Dubé :
Alors, nous avons plusieurs gestes que nous posons...
La Présidente : En question
principale, je reconnais maintenant le député de LaFontaine.
Impact
de la Loi visant principalement à instaurer la responsabilité collective
quant à l'amélioration de l'accès aux services médicaux et à assurer la
continuité de la prestation de ces services
M. Marc Tanguay
M. Tanguay : Mme la Présidente,
nous avons appris, ce midi, de TVA Nouvelles, Alain Laforest, la
situation suivante. La Dre Sophie Ruffet, cheffe du GMF de L'Assomption, a
écrit hier à son député, le député de L'Assomption, qui se trouve à être le
premier ministre du Québec. «Le GMF de L'Assomption dessert depuis de
nombreuses années la population de
l'Assomption, Épiphanie et Saint-Sulpice, le seul GMF du
territoire, 22 000 patients inscrits. C'est avec regret — je
cite la lettre — que
les 15 médecins de la clinique ont dû se réunir d'urgence, le
8 décembre, afin d'évaluer la viabilité
du GMF à l'intérieur des balises de la loi n° 2. Le constat est sans
appel. Et, tout comme de nombreux autres GMF partout au Québec, il nous
est impossible d'offrir des soins à la population avec les montants imposés.»
Ils vont fermer le 1er avril prochain.
Alors, le
ministre de la Santé, il répond quoi aux citoyens du député de L'Assomption,
qui se trouve à être le premier ministre, par rapport au mauvais projet
de loi?
La Présidente : La réponse du
ministre de la Santé.
M. Christian Dubé
M. Dubé : Alors, encore une
fois, Mme la Présidente, comme j'ai expliqué plusieurs fois au cours des
dernières semaines, il ne faut pas mêler deux choses, de mêler la loi n° 2,
qui s'occupe de la rémunération des médecins, et le programme normé des GMF. Ce
sont deux choses complètement séparées.
Ici, on parle
d'un programme normé de GMF, qui a été bonifié depuis le 1er avril 2025,
donc qui est en cours en ce moment, et qui va être encore plus bonifié
pour l'année qui va commencer le 1er avril 2026.
Nous avons proposé à la fédération des médecins des
bonifications pour discuter avec eux, ce qu'il n'a pas été possible de faire pendant la négociation. La FMOQ
n'a pas voulu discuter du système de bonification du programme normé.
Alors, Mme la Présidente, j'espère que, dans les
négociations qui ont lieu en ce moment, le programme normé pour les GMF, qui doit entrer en fonction le
1er avril 2026, pourrait être acceptable à la fédération, pour être
certains que ceux qui ont des doutes envers le «commitment», envers
l'engagement du gouvernement pour les GMF...
La Présidente : En terminant.
M. Dubé : ...bien, pourront
avoir réponse à leurs questions grâce à la FMOQ.
La Présidente : Première
complémentaire.
M. Marc Tanguay
M. Tanguay : Il
n'y a plus personne aujourd'hui, au Québec, qui a des doutes de l'engagement du
gouvernement par rapport aux GMF, c'est un désengagement. Et le ministre vient
de dire le contraire de ce qu'il m'a affirmé à une des questions que je
lui posais, il y a trois semaines, quand il avait reconnu — puis
c'est l'évidence même — qu'il
y a un lien entre la loi n° 2 puis le financement des GMF. Voyons donc!
Les médecins de famille vont perdre 15 % de leur rémunération le 1er janvier. Ce sont elles et eux qui paient les
frais des GMF, qui signent les baux, qui tiennent ça à bout de bras, ils
font peu ou pas de profits. Le ministre se lève sans rire : Il n'y a pas
de lien. Bien, voyons donc!
La Présidente : La réponse du
ministre.
M. Christian Dubé
M. Dubé : Bon,
Mme la Présidente, on va continuer à préciser les choses. Premièrement,
premièrement, durant les discussions
qui ont eu lieu, soit pendant la période de médiation ou pendant les
négociations qui ont eu lieu, le gouvernement a fait un engagement très
clair. En plus du programme dont je parle, le programme normé pour les GMF,
nous nous sommes engagés à mettre 100 millions de plus par année, au cours
des deux prochaines années, pour bonifier de façon monétaire, de façon monétaire, le programme des GMF. Ça, c'est un
engagement que nous avons pris envers les propriétaires de GMF. Ce n'est pas un désengagement comme le dit le
député de LaFontaine. Au contraire, Mme la Présidente, on s'est engagés
à bonifier le programme.
La Présidente : Deuxième
complémentaire.
M. Marc Tanguay
M. Tanguay : Mme la Présidente, en tout respect, le ministre
est complètement déconnecté. Puis savez-vous pourquoi il est déconnecté? Parce
que le premier ministre, député de L'Assomption, a réservé le même traitement au GMF L'Assomption
que lui-même, député, dans son comté, a réservé au Trait d'Union Delson. Il a
refusé de les rencontrer. On lit dans la lettre de la cheffe du GMF L'Assomption, je la cite :
«Nous vous avions invité à venir constater la réalité de nos patients, vos
concitoyens, sur les effets concrets
de la loi n° 2. Vous n'avez même pas donné suite.» C'est ça, un
gouvernement déconnecté.
• (14 h 30) •
La
Présidente : La réponse du ministre.
M. Christian
Dubé
M. Dubé :
Bien, encore une fois, Mme la
Présidente, je vais passer par-dessus les termes qu'utilise le député de
LaFontaine, mais, je vais vous dire une
chose, madame... — merci,
Mme la Présidente — au
cours des dernières semaines, derniers mois, j'ai rencontré plusieurs
médecins, je suis allé visiter moi-même plusieurs GMF pour bien comprendre les enjeux puis être capable de faire la
différence entre ce qu'on demandait par la loi n° 2
et ce qu'on demandait par les nouveaux programmes normés. Les gens
comprennent. On a même mis le système Votre Santé en place, un nouvel... un
nouveau système qui va aider, justement, les propriétaires de GMF à faire les
choses différemment.
Mme la Présidente, on
agit. On fait les choses comme il faut. Et c'est... on veut améliorer les GMF,
c'est notre programme. Merci.
La Présidente :
En question principale, je reconnais maintenant le député de Nelligan.
Blocs d'énergie destinés aux entreprises
M. Monsef
Derraji
M. Derraji : Mme la Présidente, la
semaine dernière, Thomas Gerbet nous apprenait que la ministre de l'Énergie
refuse de dévoiler les mégawatts qui
restaient, les mégawatts octroyés par son propre ministère. Aujourd'hui, Thomas
Gerbet nous informe qu'Hydro-Québec
était sur le point de faire... de passer à un plan de délestage. Ça veut dire
qu'il n'y a pas une alerte de défaillance de puissance, mais il y avait
deux alertes de défaillance.
Mme la
Présidente, la question qui se pose à partir de maintenant : Depuis que la
ministre est devenue ministre de l'Énergie, combien de mégawatts a-t-elle
annoncés?
On sait très bien,
avant son départ M. Fitzgibbon, qui était très transparent, disait sur la
place publique qu'il restait 500 mégawatts. Maintenant, avec ce qu'on
voit, est-ce que la ministre peut déclarer aux Québécois combien de mégawatts
restent pour les industriels et les futurs projets?
La
Présidente : La réponse de la ministre de l'Économie, de l'Innovation
et de l'Énergie.
Mme Christine
Fréchette
Mme Fréchette :
Merci, Mme la Présidente. Bien, tout d'abord, je veux rassurer les Québécois :
le Québec ne manquera pas d'énergie, les
Québécois ne manqueront pas d'énergie. On a tout ce qu'il faut pour répondre
aux besoins des Québécois. Alors, il
ne faut pas s'alarmer. C'est sûr que les froids, les grands froids, en fait,
sont arrivés tôt, cette année, dans
la saison, et ça a mis une pression sur les équipements d'Hydro-Québec, mais il
n'en demeure pas moins qu'on a tout ce dont on dispose pour répondre aux
besoins des Québécois.
Mais c'est néanmoins
le reflet d'un enjeu, d'un enjeu qu'on a mis de l'avant au cours de la
commission parlementaire qui nous a menés à
l'adoption du projet de loi n° 69. Où étaient les libéraux quand est venu
le temps d'adopter un projet de loi pour permettre de rehausser la
production énergétique, pour permettre à Hydro-Québec d'accélérer ses projets
énergétiques? Où étaient les libéraux?
Dans le camp des
opposants. Alors, c'était le moment, à ce moment-là, de se prononcer pour faire
en sorte d'améliorer la situation au cours des prochaines années. On sait que
la transition énergétique génère une très grande demande, un rehaussement de la
demande, et c'est important qu'Hydro-Québec puisse être à même de répondre...
La Présidente :
En terminant.
Mme Fréchette :
...avec toute la marge de manoeuvre requise aux besoins.
La Présidente :
Première complémentaire.
M. Monsef
Derraji
M. Derraji : Mme la Présidente, le
député de Marquette a raison. Combien? Et, pour aider Mme la ministre, à partir
d'aujourd'hui, et tout au long de la semaine, je l'invite à ramener avec elle
une calculatrice. Ça va être très simple. TES Canada, 150 mégawatts.
Aluminerie Alouette, 50. Agnico
Eagle, 50. Hitachi, deux projets, 20.
Mme
la Présidente, la ministre a annoncé en même pas deux ans plus de
250 mégawatts. Est-ce qu'elle peut le confirmer?
La Présidente :
La réponse de la ministre.
Mme Christine
Fréchette
Mme Fréchette :
Oui, Mme la Présidente, bien, le député, malheureusement, ne semble pas avoir
retenu ma réponse de la semaine dernière sur ce sujet. On le sait, c'est une
donnée confidentielle que le nombre de mégawatts qui est octroyé aux
entreprises. Par conséquent, lorsqu'on n'a pas l'autorisation de l'entreprise
qui reçoit les mégawatts pour le divulguer publiquement, on ne le fait pas,
parce que ça révèle des secrets commerciaux, des secrets industriels. Il y a beaucoup d'avocats, du côté des libéraux, il
y en a une de moins, mais tout de même je pense que les libéraux sont d'avis qu'il est important de respecter nos
contrats, et c'est ce que nous faisons en ne révélant pas le nombre de mégawatts
qui sont octroyés à des entreprises, parce que ça peut révéler des données...
La Présidente :
En terminant.
Mme Fréchette :
...commerciales ou industrielles.
Des voix :
...
La Présidente :
Ça parle fort, là. Le député de Nelligan, en deuxième complémentaire.
M. Monsef Derraji
M. Derraji : Mme la Présidente, ça ne
tient pas la route. Est-ce qu'elle est en train de nous dire que M. Fitzgibbon n'était pas honnête, n'était
pas transparent? Il dévoilait les listes. 2023, il a dévoilé. 2024, il a
dévoilé la liste des entreprises.
Je répète ma question,
je répète ma question, Mme la Présidente : Est-ce que Mme la ministre peut
s'engager, aujourd'hui, à dévoiler les listes à qui elle a octroyé les
mégawatts?
La
Présidente : La réponse de la ministre.
Mme Christine Fréchette
Mme Fréchette : Oui, Mme la Présidente, bien, j'ai déjà répondu à
cette question. Donc, je rappelle l'importance, en fait, de mettre de l'avant
une stratégie qu'ont refusé de mettre de l'avant les libéraux pour faire en
sorte de rehausser la production
énergétique, c'est d'autant plus important que ça rapporte aux Québécois; qu'on
est engagés à l'échelle de la planète
dans une transition énergétique qui fait en sorte qu'on doive décarboner, et
c'est exactement ce que fait notre énergie, elle permet de décarboner
l'économie.
Alors, non seulement
on décarbone, on s'engage dans la transition, mais en plus on crée des emplois
bien rémunérés pour les Québécois et on
rapporte des revenus pour le gouvernement du Québec, pour financer des programmes
gouvernementaux. Alors, on a la recette
idéale. Malheureusement, les libéraux n'ont pas voulu l'utiliser, cette
recette-là, non plus que les autres partis d'opposition, d'ailleurs. Mais,
nous, c'est ce dans quoi on est engagés.
La Présidente :
En question principale, je reconnais maintenant le député de l'Acadie.
Abolition du Programme de l'expérience québécoise
M. André Albert Morin
M. Morin :
Mme la Présidente, selon Le Devoir, environ
80 000 personnes ont déposé une déclaration d'intérêt active dans le Programme
de sélection des travailleurs qualifiés, le nouveau programme du ministre.
Pourtant, ce programme-là n'est pas un gage
de prévisibilité. Le PEQ, à l'époque, lui, était prévisible. Et, malgré ce qu'a
fait le ministre, hein, on ne change
pas les règles du jeu sans prévenir en troisième période. Il est temps de
corriger et d'adopter une clause de droits acquis. J'invite le ministre
à le faire.
Cependant, le
ministre nous dit : Non, non, non, ne craignez pas, il y a le PSTQ, mon
nouveau programme, je vais lancer des
invitations. Grosse annonce, parce qu'avec la dernière annonce c'est 3 %
des gens qui sont invités, il y en a 97 % qui demeurent en attente.
Les entreprises ne savent pas quand le ministre les appellera dans leur
secteur.
Sur
les 97 %, il y en a combien qui se qualifiaient pour le PEQ? C'est ce que
les entreprises du Québec veulent savoir aujourd'hui, Mme la Présidente.
La
Présidente : La réponse du ministre de l'Immigration, de la
Francisation et de l'Intégration.
M. Jean-François Roberge
M. Roberge : Merci, Mme la
Présidente. Alors, très content, parce que la semaine dernière on a fait notre
première grande invitation dans le Programme de sélection des travailleurs
qualifiés. Il y en aura d'autres en janvier, en février, en mars, il y en aura
toute l'année. Ça va être par dizaines de milliers qu'il y aura des
invitations, donc par dizaines de milliers que des personnes recevront la bonne
nouvelle.
On va privilégier les gens qui habitent ici, qui
travaillent ici, donc qui sont sur le territoire québécois. Évidemment, ils doivent maîtriser la langue, c'est
une condition sine qua non. Si on ne maîtrise pas la langue, on ne reçoit
pas d'invitation. Et aucun autre gouvernement avant nous n'avait pris cette
posture nationaliste importante.
On avait dit qu'on allait valoriser le secteur
manufacturier, on avait dit qu'on allait privilégier les régions, parce que le gouvernement des régions, on est le
gouvernement de l'économie. Alors, qu'est-ce qui est arrivé? 75 % des invitations
faites la semaine dernière étaient à l'extérieur de Montréal et de Laval.
48 % des invitations étaient destinées à des diplômés du Québec. On avait
dit, quand on a fermé les anciens programmes du PEQ...
La Présidente : En terminant.
M. Roberge : ...qu'on allait nos diplômes, valoriser nos
universités, nos cégeps. On fait exactement ce qu'on avait dit.
La Présidente : Première
complémentaire.
M. André Albert Morin
M. Morin : Alors, quoi qu'en
dise M. le ministre, encore une fois, la CAQ largue des milliers de personnes
qui sont venues étudier ici, qui sont venues travailler ici, qui se sont
installées ici, qui ont investi des milliers de dollars. Son programme, le
PSTQ, n'apporte pas de prévisibilité. 3 %, là, dans son invitation. Puis
dans une même catégorie il y a des candidats qui ont un score inférieur,
d'autres un score supérieur. Il y en a qui passent avant les autres. Bref, on
n'y comprend rien.
Où est la prévisibilité? Le ministre peut-il
nous donner sa note de passage pour aider...
La Présidente : La réponse du
ministre.
M. Jean-François Roberge
M. Roberge : Mme
la Présidente, le Programme de sélection des travailleurs qualifiés nous permet
de sélectionner des travailleurs qualifiés. Alors, le principe, c'est que ce
n'est pas tout le monde qui est admis, surtout pas dans la première ronde. On ne se gêne pas, quand on sait que la
capacité d'accueil est dépassée, pour sélectionner les meilleures candidatures :
celles et ceux qui parlent français, celles
et ceux qui ont des emplois, celles et ceux qui ont un diplôme québécois,
celles et ceux qui viennent travailler dans des secteurs fondamentaux,
importants, comme, notamment, la santé et l'éducation.
Mon collègue est en désaccord avec ça parce que,
pour lui, la capacité d'accueil est infinie...
• (14 h 40) •
La Présidente : En terminant.
M. Roberge :
...on pourrait prendre
50 000, 100 000, 150 000 immigrants par année. Il répondra
aux Québécois.
La
Présidente : Deuxième complémentaire. Et, pour ce faire, je
reconnais la députée de Jeanne-Mance—Viger.
Mme Filomena Rotiroti
Mme Rotiroti : Merci, Mme la
Présidente. La CAQ réduit les seuils de travailleurs étrangers temporaires sans
évaluer les impacts. Le gouvernement
improvise et nuit directement au développement économique régional, au point où
certaines entreprises pourront fermer. Prenons l'exemple de l'entreprise
Dodec, dans la région du ministre responsable du Développement économique
régional et du Saguenay—Lac-Saint-Jean.
Plus d'une trentaine d'employés viennent de
l'étranger. Leur présidente, Marie-Jeanne Bonneau, nous dit clairement que les
décisions de la CAQ vont nuire, je cite : «Ce sont des métiers où il n'y a plus de Québécois disponibles. On n'a
pas d'autre option. On avait réussi à avoir un certain...»
La Présidente : La réponse du
ministre.
M. Jean-François Roberge
M. Roberge : Mme la Présidente,
la succursale du Parti libéral du Canada, justement, fidèles à eux-mêmes, ne
voit pas que, si des gens perdent leur permis, en ce moment, c'est parce que le
gouvernement fédéral refuse d'écouter la demande du gouvernement québécois et
d'écouter la demande des entreprises, qui disent : Arrêtez de nous
arracher nos travailleurs étrangers temporaires dans le secteur manufacturier,
notamment, arrêtez avec votre limite de 10 % à l'extérieur de Montréal, à
l'extérieur des grands centres.
On travaille pour nos
manufacturiers, on travaille pour les régions. Qu'est-ce que font les gens de
la succursale québécoise du Parti libéral du Canada? Bien, ils continuent de
défendre la maison mère.
La Présidente : En terminant.
M. Roberge : Qu'ils s'arrangent
avec ça.
La Présidente : En question
principale, je reconnais maintenant le député de Laurier-Dorion.
Encadrement
législatif des reprises de logement
M. Andrés Fontecilla
M. Fontecilla : Merci, Mme la
Présidente. Depuis l'adoption du projet de loi n° 31, en 2024, des
centaines de ménages locataires sont
victimes de fausses reprises de logements. Le projet de loi prévoyait, et je
cite, qu'un propriétaire qui souhaitait évincer un locataire devra
prouver qu'il agit de bonne foi et qu'il n'agit pas pour se débarrasser de son
locataire entre autres pour louer le loyer à une autre personne.
Or, depuis le début de 2025, c'est
143 ménages, seulement à Montréal, qui ont perdu leur logement en raison d'une reprise, et la moitié de ces reprises ont eu
lieu dans ma circonscription, à Parc-Extension. On avait dit à l'ancienne ministre
de l'Habitation de protéger les locataires de cette dérive, en proposant tout
simplement deux choses : donner une
compensation de six mois de loyer aux locataires qui subissent une reprise et
imposer au TAL de faire le suivi durant un an après la reprise pour
s'assurer qu'elle est bel et bien faite de bonne foi.
La reprise
est devenue la nouvelle façon d'expulser des locataires de façon frauduleuse.
Est-ce que le gouvernement entend corriger cette injustice?
17837
12187
La Présidente : La
réponse de la ministre responsable de l'habitation.
Mme Caroline Proulx
Mme Proulx : Merci, Mme la
Présidente. J'ai lu avec beaucoup d'intérêt les articles qui ont été publiés
dans les quotidiens au cours du week-end. Ce que le député de Laurier-Dorion
omet de préciser dans sa question, c'est que ces cas-là ont été réglés, Mme la
Présidente. Donc, tous les cas ont été réglés.
Oui, il y a eu un peu de batailles, puis, Mme la
Présidente, on ne souhaite pas, là, que les résidents aient à entreprendre des batailles avec leurs propriétaires.
C'étaient des quérulents, on va être clairs là-dessus, Mme la Présidente.
Or, la bonne nouvelle, donc, pour ces locataires-là, c'est qu'en bout de ligne
tout le monde a fait son travail. Le Tribunal administratif
du logement, également, a fait son
travail. Donc, ces locataires-là ont pu, heureusement, avant Noël, pouvoir
reprendre le loyer qui leur était affecté depuis de nombreuses années. Donc, je
tiens à rassurer la population.
Il y a
d'autres mesures législatives, Mme la Présidente, sur laquelle... sur
lesquelles, pardon, on travaille, et on aura l'occasion certainement, au retour
de la période des fêtes, de pouvoir le présenter en détail au député de
Laurier-Dorion.
La Présidente : Première
complémentaire.
M. Andrés Fontecilla
M. Fontecilla : Une
fausse reprise dont on a trouvé un arrangement. Il y en a des centaines, voire
des milliers qui passent sous le radar.
De peine et de misère et après beaucoup de
pression, l'ancienne ministre de l'Habitation a fermé la brèche des évictions
abusives pour travaux majeurs. Or, la spéculation ne connaît pas de répit. Pour
expulser des locataires et augmenter les
loyers, il faut trouver des nouveaux stratagèmes. Ce sont les reprises,
maintenant, pour supposément installer un parent qui ne s'installe
jamais.
La ministre devrait ouvrir ses oreilles, là,
pour entendre ce qui vient du terrain. Qu'est-ce qu'elle va faire pour corriger...
La Présidente : La réponse de
la ministre.
Mme Caroline Proulx
Mme Proulx : Bien, non seulement
j'ouvre mes oreilles, je lis les articles au complet, Mme la Présidente. Dans La Presse,
oui, c'est vrai qu'on a fait état, là, d'un stress énorme pour des reprises,
effectivement, du côté de Parc-Extension, deux familles, donc, des parents qui
étaient évidemment profondément affectés, là, par ce que les propriétaires
menaçaient de faire, c'est-à-dire de les expulser. Les trois autres locataires
se sont tournés vers le Tribunal administratif
du logement, ont eu gain de cause.
Important de souligner le travail du TAL, du Tribunal administratif du logement.
Donc, pour cette famille-là et pour plusieurs
autres familles, le Tribunal administratif du travail...
La Présidente :
En terminant.
Mme Proulx : ...Mme la
Présidente, a fait le travail qui lui revient, et les locataires peuvent...
La Présidente : Deuxième
complémentaire.
M. Andrés Fontecilla
M. Fontecilla : Je réitère, Mme la Présidente, c'est
143 ménages à Montréal qui ont perdu leurs logements. Ça, c'est dans
l'article, mais il y en a beaucoup d'autres qui n'arrivent pas au Tribunal administratif du logement. Il y a une brèche dans la loi n° 56, dans les reprises frauduleuses.
Est-ce que la
ministre reconnaît au moins qu'il y a un problème et qu'il faut le corriger, ou
elle se ferme les yeux?
La Présidente : La réponse de
la ministre.
Mme Caroline Proulx
Mme Proulx : Bien, Mme la
Présidente, je tiens à rappeler, à la lumière de l'article qui a été présenté
dans La Presse ce week-end, le dossier a été porté devant le
Tribunal administratif du logement. On a pu démontrer que son propriétaire avait déjà fait une reprise de
logement de mauvaise foi, par le passé, dans un autre immeuble. Donc, c'est un
quérulent, Mme la Présidente.
Nous, on a envoyé des avis très, très clairs au Tribunal
administratif du logement, là. On invite d'ailleurs tous ceux qui sont victimes de malversations comme
celle-là à contacter immédiatement le Tribunal
administratif du logement, qui vont les accompagner avec diligence et
avec respect, Mme la Présidente.
La Présidente : En question
principale, je reconnais maintenant le député d'Hochelaga-Maisonneuve.
Réforme
du régime syndical
M. Alexandre Leduc
M. Leduc : Ça sent la fin de
régime, Mme la Présidente. Le projet de loi n° 3 sur
les cotisations syndicales avait mal démarré quand j'avais coulé son contenu,
il y a quelques semaines, et demain le ministre va présenter devant le Conseil
des ministres des amendements pour avoir le feu vert.
Or, hier, j'ai mis la main sur les amendements,
Mme la Présidente, avant même que les ministres ne les voient. J'étais assez
déçu du maigre contenu de la petite poignée d'amendements que le ministre nous
a préparés. Il bouge sur les seuils pour obliger les états financiers vérifiés.
Maudite chance. Ensuite, sur les formules de vote qui devaient s'étaler sur 24 heures, désormais ce sera sur
12 heures. La belle affaire! Ça fait que, pour remplacer Léonie, la professeure
déléguée syndicale de l'école primaire du
coin, le ministre impose une période de vote de 12 heures, même s'il y a
juste une seule personne qui lève la main pour lui succéder. Bizarre.
Mais pourquoi le ministre du Travail échappe
autant de dossiers? Parce qu'il n'écoute pas. Il n'y a aucun amendement sur les
cotisations facultatives. Pourtant, ses propres analystes du ministère disaient
que ces cotisations facultatives représentaient un niveau de complexité élevé
qui ne s'arrime pas avec la jurisprudence en vigueur ainsi qu'avec les chartes.
Pourquoi le ministre fonce la tête baissée dans
le mur?
La Présidente : La réponse du
ministre du Travail.
M. Jean Boulet
M. Boulet : Merci, Mme la
Présidente. Il le sait, mon collègue d'Hochelaga-Maisonneuve, on est
constamment à l'écoute, on travaille avec
les partis. C'est un projet de loi qui m'apparaît fondamental, qui s'intéresse
à la transparence syndicale. On sent à quel point c'est important.
Je le répète, il y a une formule Rand, au
Québec, qui donne un privilège important aux syndicats, qui oblige les
employeurs de retenir à la source les cotisations déterminées par cesdits
syndicats et de leur remettre. Je pense que ça impose une obligation de
réciprocité et d'informer les travailleurs de l'utilisation de ces
cotisations-là.
En gouvernance, il y a aussi la même dynamique,
il faut que les votes soient tenus dans un contexte qui favorise la plus grande participation possible des
travailleurs. En ce qui concerne la démocratie, c'est important que les
travailleurs puissent s'exprimer et influencer la façon dont les
cotisations sont utilisées. Et ça passe par des cotisations de nature
facultative. Et c'est un vote collectif.
Les amendements dont le collègue a obtenu copie
ne m'apparaissent pas fondés. Ils seront déposés en temps opportun. On commence
l'étude détaillée demain et on va travailler en collaboration. Merci, Mme la
Présidente.
La Présidente : Première
complémentaire.
M. Alexandre
Leduc
M. Leduc : Le projet de loi n° 3
qui coule en septembre, le projet de loi sur les décrets de convention
collective qui coule en novembre, et là les amendements qui coulent en
décembre. Dans tous les documents, Mme la Présidente, les fonctionnaires lèvent
des drapeaux rouges : Ne faites pas ça, c'est probablement illégal, ça ne
respecte pas la charte québécoise, ça ne respecte pas nos engagements
internationaux sur la liberté syndicale. La machine gouvernementale parle, Mme
la Présidente. Elle dit la même chose que le Barreau du Québec, elle dit
la même chose que la Commission des droits de la personne.
Le ministre va-t-il
se ressaisir, scinder son projet de loi, et qu'on parle enfin des priorités des
Québécois?
La Présidente :
La réponse du ministre.
M. Jean Boulet
M. Boulet : Merci, Mme la Présidente. On est élus pour
répondre à des besoins. La loi n° 14,
à laquelle le Barreau faisait référence, vise à trouver un bon équilibre
entre l'exercice d'un droit de grève qui est reconnu comme ayant une valeur
constitutionnelle et le respect des droits parfois fondamentaux de la
population. Je pense qu'on a atteint cet équilibre-là et je suis convaincu que
la jurisprudence va considérer que les enseignements de la Cour suprême du Canada sont respectés.
Le projet de loi n° 3,
je le réitère, c'est fait pour les travailleurs qui sont obligés de payer des
cotisations et qui ont le droit de savoir, de s'exprimer...
La Présidente :
En terminant.
M. Boulet :
...et de connaître l'utilisation qu'on en fait. Merci, Mme la Présidente.
• (14 h 50) •
La
Présidente : Deuxième complémentaire.
M. Alexandre Leduc
M. Leduc :
En plus des trois documents coulés, j'ai même appris, Mme la Présidente,
que le ministre prépare un autre projet de loi antitravailleur, cette fois-ci
pour désyndiquer des peintres, des jointeurs et d'autres métiers dits de finition dans la construction. Il s'est fait
dire par les patrons que c'est à cause de ça que les maisons coûtent trop cher.
Ça fait que, solution simple, on désyndique le monde pour qu'ils gagnent moins
cher, Mme la Présidente. Tu es rendu à une
drôle de place, dans la vie, quand, pour baisser le prix des maisons, tu
baisses les conditions de travail des gens qui les bâtissent. Puis,
pendant ce temps-là, Mme la Présidente, la CAQ maintient le salaire minimum à
16,10 $.
Pourquoi le ministre
veut appauvrir les travailleurs et travailleuses du Québec?
La
Présidente : La réponse du ministre.
M. Jean Boulet
M. Boulet :
Mme la Présidente, mon collègue bénéficie tellement de fuites qu'il est
même en avance sur moi, sur la connaissance
que j'ai de nos dossiers. Donc, la prochaine fois, si vous me permettez, je lui
poserai des questions, si c'est possible, Mme la Présidente.
Donc, il n'est pas
question de désyndiquer. Puis le salaire minimum, pour conclure, c'est encore
une quête d'équilibre entre la capacité de payer des PME et le respect de la
capacité des travailleurs à bas revenus de joindre les deux bouts. Merci, Mme
la Présidente.
La
Présidente : En question principale, je reconnais maintenant le député
des Îles-de-la-Madeleine.
Gestion du réseau de la santé et des services sociaux
M. Joël Arseneau
M. Arseneau :
Mme la Présidente, aujourd'hui, aujourd'hui même, en fait, c'est le
deuxième anniversaire de l'adoption sous bâillon de la loi n° 15, qui
promettait un système de santé plus humain, plus performant et décentralisé,
mais surtout le ministre promettait une petite équipe agile, et je le cite en
commission parlementaire, le 31 mai 2023 : «C'est la nouvelle petite
cellule de cinq, six gestionnaires, incluant le président et chef de la
direction, qui vont coordonner toutes les activités des 35 PDG des CISSS
et des CIUSSS.» À cela devaient s'ajouter 250 à 300 employés transférés du
ministère, toujours selon le ministre.
Aujourd'hui,
ce qu'on apprend, bien, c'est qu'ils sont rendus 1 015 employés, à
Santé Québec, dont 383 cadres. Parmi ces derniers, il y en a
221 nouveaux, cadres, qui ne proviennent pas du ministère. C'est une
augmentation de 3 600 % par rapport à ce qu'il avait promis.
En gros, là, on voulait passer de cet organigramme à cet organigramme.
Est-ce que le
ministre...
La Présidente : La réponse du
ministre de la Santé.
M. Christian
Dubé
M. Dubé :
Mme la Présidente, je suis tellement content d'avoir cette question-là pour
être capable de rétablir encore une fois les faits. Rétablissons les faits.
Quand on parlait
d'une petite équipe de direction, c'est toujours la même chose, c'est le nombre
de personnes qui... qui se rapportent à la
présidente, ici, dans notre cas, de la direction. Donc, c'est toujours la même
chose, ce sont les vice-présidents. Ça, c'est l'équipe de direction.
Quand on parle,
maintenant, du siège social, le siège social, là, il y a beaucoup de gens qui
ont été transférés du ministère, qui avaient des fonctions qui étaient vues aux
opérations, qu'on a décidé de mettre dans Santé Québec. Puis là on parle des équipes qui sont, par exemple, en informatique, en
gestion des infrastructures. Alors, c'est des gens qu'on n'a pas inventés, c'est
des gens qu'on a transférés du ministère, où étaient ensemble les opérations,
les orientations, et on les a mis au siège social de Santé Québec.
Maintenant, ce qu'il
est important de se souvenir, et ça, le député omet de le dire, il y a plus de
12 000 cadres, à l'intérieur des
36 établissements de Santé Québec, et c'est là-dessus que Santé Québec,
depuis un an, depuis qu'ils ont pris connaissance de l'ampleur du réseau...
qu'ils travaillent à diminuer ce nombre de personnes là, et c'est là-dessus
qu'on devrait revenir. Voilà.
La
Présidente : Première complémentaire.
M. Joël Arseneau
M. Arseneau : Mme la Présidente, les
chiffres sont têtus. Voici l'organigramme qu'il nous présentait, qui est encore
disponible sur le site de la CAQ, et maintenant l'organigramme qui tient sur
10 pages. On voyait déjà, là, une tendance à l'embonpoint, chez Santé Québec, dès mars dernier, et le ministre a
dit : On va baisser ça, le nombre de cadres, de 20 %. Résultat,
on a augmenté de 40 % le nombre de cadres en huit mois.
Est-ce que le
ministre réalise que sa créature, là, c'est devenu un Frankenstein
incontrôlable?
La
Présidente : La réponse.
M. Christian Dubé
M. Dubé :
Mme la Présidente, je vais... je vais continuer, parce que je veux juste
être sûr que le député comprenne bien, là. J'ai dit qu'il y avait, il y a un
an, 12 600 cadres, à Santé Québec, dans les
36 établissements, pour 355 000 employés,
12 600 cadres sur 350 000. L'engagement que Santé Québec a
pris, c'est de dire : Est-ce
qu'on a trop de cadres? Dans
l'ensemble, la réponse, c'est oui.
Il
faut être capable, maintenant, de regarder chacun des CISSS et des CIUSSS et de
dire est-ce qu'on a besoin de communication
partout, est-ce qu'on a besoin d'informatique partout, etc., etc. Et c'est là
que la gestion de l'administration est en train de se faire.
La Présidente :
En terminant.
M. Dubé :
Le chiffre qui est visé, c'est moins de 4,66 %.
La Présidente :
Deuxième complémentaire. Et, pour ce faire, je reconnais le député de
Jean-Talon.
M. Pascal Paradis
M. Paradis :
Le gouvernement de la CAQ s'est présenté aux élections de 2018 en
disant : On va couper 5 000 fonctionnaires;
il en a embauché 12 000. Et là, aujourd'hui, d'une main il refait encore
la même promesse : Je vais en couper 5 000, mais ce qu'on
apprend, c'est que Santé Québec, de l'autre main, augmente de 40 % les
embauches de cadres hauts salariés. Encore le gouvernement de la CAQ qui dit une
chose et qui fait son contraire.
Moi, j'aimerais
savoir de la présidente du Conseil du trésor, aujourd'hui... qu'elle nous dise
ce qu'elle pense de ce qui se passe à Santé Québec. Puis est-ce que c'est ça,
sa vision de l'efficacité de l'État...
La
Présidente : La réponse du ministre de la Santé.
M. Christian Dubé
M. Dubé :
Comme on travaille main dans la
main sur plusieurs dossiers, Mme la Présidente, je vais commencer, puis
ce sera à ma collègue de voir qu'elle peut continuer.
Premièrement, j'allais vous dire qu'à travers les...
Ça va, Mme la Présidente? Oui? Bon, 12 600 cadres, là, l'objectif, c'est de réduire. Il y en a déjà 200 à
l'intérieur du réseau qui sont partis, 200. Mme la Présidente, le chiffre
qu'on vise, c'est moins de 4,66 % de personnes, administratif.
Santé Québec est déjà rendue en bas de cette cible-là, à 4,5 %. Pourquoi? Parce qu'il est
important de comprendre que ces cadres-là, ce sont des gens que nous avons mis
dans chacune des installations, comme les CHSLD, pour ne pas revenir à
ce qu'on a vécu...
La Présidente :
En question principale, je reconnais maintenant le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Gestion du réseau de la santé et des services sociaux
M. Guillaume
Cliche-Rivard
M. Cliche-Rivard :
Mme la Présidente, ça va faire deux ans que la CAQ a imposé sous bâillon
son projet de loi n° 15, et manifestement, bien, tout va bien, tout va
bien. Plus de bureaucratie, plus de cadres, plus de chicane et, évidemment,
moins de services, un réseau instable et surtout des patients anxieux et plus à
risque que jamais de perdre leurs médecins, avec le bâillon de la loi n° 2.
Mais rassurez-vous,
Mme la Présidente, rassurez-vous, on apprend que le nombre de cadres a bondi de
près de 40 % en un an chez Santé Québec. 40 % plus de «top guns», ça
va bien aller, surtout quand on lit les journaux. La loi 2 va «recréer
des déserts médicaux», disent les coopératives de santé. L'accès aux
soins de santé des femmes sera réduit, alertent
des associations. La loi 2 :
clinique de périnatalité en réel danger. Les aînés «laissés pour compte»
face à la loi. Des médecins en dépendance inquiètes pour leurs
patients.
Et puis? Convaincue,
Mme la Présidente? C'est super, hein, vraiment super.
Comme le disait la
CAQ en 2022, continuons.
La Présidente :
La réponse du ministre de la Santé.
M. Christian Dubé
M. Dubé :
Alors, je vais finir ma réponse de tout à l'heure, parce que, si je
comprends bien, peut-être que les oppositions se sont parlé. Alors, il y a une
réponse complémentaire ici.
Ce que j'allais dire,
Mme la Présidente, c'est que Santé Québec suit le programme du gouvernement et d'être
capable d'avoir moins de personnes dans l'administratif et plus de personnes
qui font du soin. Et une des choses qu'on a
demandées à Santé Québec de bien suivre, c'est le programme qui a été mis en
place par le Trésor pour empêcher d'avoir de nouveaux engagements, de nouvelles personnes. Et ça, justement, ça
permet de réduire, entre autres, le nombre de cadres, en autant qu'ils
ne soient pas liés, par exemple, aux services. Pour l'exemple, j'ai parlé des
CHSLD.
Mais j'aimerais aussi
rappeler, Mme la Présidente, que les cadres dont on parle, qui sont au siège
social de Santé Québec, c'est eux qui sont en
train de diriger l'équipe informatique, c'est eux qui sont en train de regarder
comment nos IPS, maintenant, sont mieux réparties à l'intérieur de tout le
réseau. Alors, les personnes qui le font au siège social, ces besoins-là ne
sont plus dans... besoin dans les cadres à l'intérieur de nos
36 établissements. C'est comme ça qu'on
va réussir à faire une différence. Il faut avoir cette vision-là, qu'on
travaille pour l'ensemble du réseau. Merci.
La
Présidente : Première complémentaire.
M. Guillaume Cliche-Rivard
M. Cliche-Rivard :
Mme la Présidente, ça va tellement bien que j'ai manqué de temps pour faire
le tour des manchettes. Ça fait que moi aussi, je vais continuer. «Il faut
casser l'hémorragie» : au moins 40 cliniques médicales menacées de fermeture. Je continue les unes. Les CHSLD pourraient
perdre des dizaines de médecins. Loi 2 : fermeture d'une
clinique pour enfants à LaSalle. Loi 2 :
le GMF de Louiseville risque de fermer en 2026. Loi 2 : des
médecins quittent le navire pour de bon.
Mme la Présidente,
vraiment, là, c'est ça, le planning? C'est ça, la solution? Continuons.
La
Présidente : La réponse du ministre de la Santé.
M. Christian Dubé
M. Dubé :
Là, Mme la Présidente, je trouve
que la loi n° 2 a le dos large, là, quand j'entends ces
commentaires-là, là. Mme la Présidente, là on est en train de discuter
si Santé Québec fait un bon travail de questionner tout le personnel
administratif d'un réseau de 350 000 personnes. Je vous dis que, les
meilleures pratiques, les meilleures pratiques, d'avoir 12 600 cadres
sur 350 000 personnes, c'est déjà dans les bonnes pratiques, on est
déjà en dessous du seuil de 4,5 % que
j'ai parlé tout à l'heure. Est-ce qu'on peut faire mieux? La réponse, c'est
oui. C'est ça qu'ils font en ce moment. Mais, de faire le lien avec la loi n° 2 dans des programmes normés
comme celui des GMF, je ne pense pas que le député comprend très bien de
quoi il parle, Mme la Présidente.
La
Présidente : ...complémentaire.
M. Guillaume
Cliche-Rivard
M. Cliche-Rivard :
Mme la Présidente, on dit... le ministre prétend, là, qu'on fait le bilan de
Santé Québec. Non, non, c'est son bilan qu'on fait, là. On est ici pour le
questionner, lui. C'est à lui de répondre aux questions, c'est son bilan. C'est
lui, là, avec la loi n° 2, c'est ce gouvernement-là qui fait en sorte
qu'il y a des dizaines et des dizaines de GMF qui ferment, qu'il y a des
milliers de patients qui se retrouvent sans leurs médecins.
• (15 heures) •
Est-ce qu'il va, une
fois pour toutes, accepter de faire la bonne affaire, retirer la loi n° 2,
pour qu'on puisse avancer puis que des milliers de patients au Québec arrêtent
d'avoir peur de perdre leurs médecins?
La
Présidente : La réponse du ministre.
M. Christian Dubé
M. Dubé :
...bien vu, Mme la Présidente, là, que la question a changé quand j'ai dit
qu'on parlait des cadres. Puis je veux
rappeler, Mme la Présidente, une chose qui est importante, puis je pense que
tous les membres ici, de l'Assemblée, doivent s'en souvenir. Quand il
manquait de cadres dans un CHSLD puis qu'il n'y avait pas personne de
responsable, pendant la COVID, on sait tous ce qui est arrivé, on sait tous ce
qui est arrivé. Jamais, Mme la Présidente, on ne doit revivre cette
situation-là. Et, si on a maintenant placé des cadres dans chacun de nos
installations, comme les CHSLD, Mme la
Présidente, j'espère que l'opposition, elle n'est pas en train de nous le
reprocher, parce qu'on a fait ce qu'il fallait pour protéger nos gens
vulnérables. Merci beaucoup, Mme la Présidente.
La
Présidente : En question principale, je reconnais maintenant la
députée de Bourassa-Sauvé.
Recours aux enseignants non qualifiés
Mme Madwa-Nika Cadet
Mme Cadet :
Mme la Présidente, après une année marquée, en éducation, par des coupures-surprises
et des plafonds d'embauche qui ont déjà privé des milliers d'enfants de
services spécialisés essentiels, voici qu'on a appris, la semaine dernière, que
des écoles évitent de faire appel à des enseignants qualifiés à la retraite
lorsqu'ils ont besoin de remplaçants. On parle ici de personnel expérimenté,
qualifié, immédiatement disponible, qui lève la main pour des remplacements. Les
retraités qualifiés sont mis en bas de la liste, derrière des enseignants non
légalement qualifiés qui ont peu ou pas d'expérience. Pourquoi? Parce que les
directions d'école, bien, subissent encore les contrecoups de l'instabilité
budgétaire qui a été imposée par la CAQ. Découragés, bien, il y en a qui
mettent le frein, de peur que le financement de Québec, bien, ne suive pas pour
rembourser les salaires.
Dans un réseau qui
est déjà fragilisé par les coupures, la surcharge du personnel et
l'instabilité, est-ce que la ministre, elle trouve ça normal qu'il y ait des
enfants qui sont privés d'enseignants qualifiés dans les classes?
La Présidente :
La réponse de la ministre de l'Éducation.
Mme Sonia LeBel
Mme LeBel : Oui. Bien, merci, Mme la
Présidente. Effectivement, la pénurie de main-d'oeuvre dans le milieu de
l'éducation est un enjeu qui est fort préoccupant et auquel on doit s'attarder.
D'ailleurs, c'est pour ça, Mme la Présidente, qu'on a mis en place, là, depuis qu'on est au gouvernement, plusieurs
mesures, hein, des mesures de rétention, pour les enseignants, des
mesures d'attraction, pour s'assurer que de nouveaux enseignants s'en vont dans
les programmes d'enseignement.
On a permis, dans les
tolérances d'engagement, Mme la Présidente, d'avoir ce qu'on appelle des
enseignants non légalement qualifiés, mais
il faut faire une différence entre une qualification puis une compétence. Ces
gens-là sont compétents, ont des compétences pour être devant les
classes. Et, oui, on doit continuer à travailler, parce que, ma collègue a raison, on doit être capables de
s'assurer d'avoir dans nos classes des enseignants pour chacun... chacune des
classes qui sont là et des gens qui sont capables de venir éduquer nos enfants
tel qu'il le faut.
Donc, on a mis
plusieurs choses en place. La mesure pour les enseignants retraités en fait
partie. On en a... On a mis aussi dans les conventions collectives d'autres
mesures. On va continuer, Mme la Présidente, à faire un suivi très rigoureux de toutes ces mesures et de s'assurer
que dans chaque classe il y a pour nos élèves, à la prochaine rentrée scolaire,
des enseignants qui sont là...
La Présidente :
En terminant.
Mme LeBel :
... pour les éduquer adéquatement, Mme la Présidente.
La Présidente :
Première complémentaire.
Mme Madwa-Nika Cadet
Mme Cadet : Mme la Présidente,
je ne blâme pas les enseignants non légalement qualifiés eux-mêmes, ils font leur possible, mais vous conviendrez avec moi
que, dans certains cas, on a des enseignants d'éducation physique qui sont
choisis pour faire des remplacements dans une classe de français avant des
enseignants retraités qui eux-mêmes étaient profs de français avant de prendre
leur retraite. Vous comprenez... vous conviendrez avec moi que c'est un peu
incohérent ici.
Ce que je demande à la ministre, c'est de
s'assurer que ces profs-là qui ont la compétence, qui sont qualifiés, puissent
être choisis avant des enseignants non légalement qualifiés et de faire en
sorte que l'incohérence qu'on voit dans le réseau soit levée. Est-ce qu'elle va
le faire?
La Présidente : La réponse de
la ministre.
Mme Sonia LeBel
Mme LeBel : Mme la Présidente,
je le disais, la question de la pénurie de main-d'oeuvre dans le... dans le réseau de l'éducation et de s'assurer qu'on a les enseignants
compétents pour chacune des classes est une priorité. On va continuer, Mme la Présidente, à faire un suivi
serré des mesures qui ont été mises en place et de s'assurer qu'au bon moment on
prend les meilleures décisions possibles, mais tout ça pour l'intérêt de nos
enfants.
La Présidente : Et cela met fin à
cette période de questions et de réponses orales.
Motions
sans préavis
Comme il n'y a pas de votes reportés, nous
allons maintenant passer à la rubrique Motions sans préavis. Et, pour ce faire,
je cède la place à la deuxième vice-présidente de l'Assemblée nationale. Merci,
tout le monde, pour votre attention.
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : À
la rubrique Motions sans préavis, en fonction de nos règles et de l'ordre de présentation des motions sans préavis,
je reconnais maintenant un membre du groupe formant le gouvernement. M.
le ministre de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques,
de la Faune et des Parcs.
M. Drainville : Merci, Mme la
Présidente. Alors, je sollicite le consentement de cette Assemblée afin de présenter la motion suivante conjointement avec le
député d'Abitibi-Est, le député de Taillon, le député de Saint-Jérôme et
la députée de Laporte :
«Que l'Assemblée nationale reconnaisse la
nécessité, notamment dans un souci d'efficacité et de compétitivité économique, de réduire les délais d'évaluation et
d'examen des impacts sur l'environnement tout en maintenant nos exigences
environnementales ainsi que la participation du public.»
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
Y a-t-il consentement pour
débattre de cette motion? Pas de consentement.
Je suis prête
maintenant à reconnaître un membre du groupe formant l'opposition officielle.
M. le député de Nelligan.
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente. Mme la Présidente, je sollicite le consentement de cette Assemblée afin de présenter la motion suivante conjointement
avec le député de Maurice-Richard, le député de Jean-Talon, le député d'Abitibi-Est
et la députée de Laporte :
«Que l'Assemblée nationale prenne acte de
l'augmentation de 50 % des coûts prévus pour la construction des postes
Hertel et des Appalaches ainsi que des lignes de transport d'électricité vers
les États-Unis, notamment en raison d'une
hausse importante des coûts de l'acier de ligne, des convertisseurs, des câbles
haute-tension et des transformateurs de grande puissance;
«Compte tenu
de ce contexte, qu'elle demande à Hydro-Québec de fournir une actualisation de
sa projection des coûts liés à son plan d'action 2035, déposé il y a deux
ans, qui prévoyait des investissements de l'ordre de 200 milliards
de dollars d'ici 2035.»
Merci, Mme la Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
Y a-t-il consentement pour
débattre de cette motion? Pas de consentement.
Je reconnais maintenant un membre du deuxième
groupe d'opposition. Mme la cheffe du deuxième groupe d'opposition, la parole
est à vous.
Mme Ghazal : Merci, Mme la
Présidente. Je sollicite le consentement de cette Assemblée pour présenter la
motion suivante conjointement avec le député d'Arthabaska :
«Que
l'Assemblée nationale reconnaisse que la hausse continue du coût du panier
d'épicerie est devenue un fardeau insoutenable pour les familles
québécoises;
«Qu'elle
souligne que les "faux rabais" et certaines pratiques commerciales
trompeuses minent la confiance du public et font grimper
artificiellement la facture des ménages;
«Qu'elle réitère que se
nourrir dignement n'est pas un luxe, mais un besoin essentiel et un droit;
«Qu'enfin elle demande au gouvernement du Québec
d'agir sans délai en étudiant tous les moyens disponibles pour freiner la hausse du coût de l'épicerie,
incluant l'examen rigoureux des pratiques des grands détaillants, et de mettre
en oeuvre des mesures concrètes pour protéger le pouvoir d'achat des
Québécoises et des Québécois.»
Merci beaucoup.
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Y
a-t-il consentement pour débattre de cette motion? Il n'y a pas de
consentement.
Je reconnais maintenant un membre du troisième
groupe d'opposition. M. le député des Îles-de-la-Madeleine.
Demander
au gouvernement d'inscrire le projet de construction d'un nouvel
hôpital à Drummondville au Plan québécois des infrastructures
M. Arseneau : Mme la
Présidente, je sollicite le consentement des membres de cette Assemblée afin de
présenter, conjointement avec le député de LaFontaine et le député de Saint-Henri—Sainte-Anne,
la motion suivante :
«Que l'Assemblée nationale rappelle que le premier
ministre a promis d'inscrire la construction d'un nouvel hôpital pour remplacer
l'hôpital Sainte-Croix de Drummondville au Plan québécois des infrastructures
avant la fin du présent mandat;
«Qu'elle prenne acte qu'une inondation majeure
survenue le 8 décembre dernier a entraîné une interruption importante des
services, l'annulation ou le report de 17 chirurgies et a forcé les
autorités à demander à la population d'éviter l'urgence;
«Qu'elle
exprime son inquiétude devant la multiplication, au cours des derniers mois,
d'incidents compromettant de plus en plus la capacité d'offrir des soins
et [des] services de qualité;
«Par
conséquent, que l'Assemblée nationale demande au gouvernement d'inscrire
officiellement ce projet "à l'étude" dans le Plan québécois
des infrastructures.»
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Y
a-t-il consentement pour débattre de cette motion?
Une voix : ...
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Consentement,
sans débat. M. le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Je demande un
vote électronique.
Mise
aux voix
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
Un vote est demandé. Donc, la
période du vote est maintenant ouverte.
La période du vote étant terminée, le résultat
du vote, M. le secrétaire général.
Le Secrétaire : Pour : 99
Contre :
0
Abstentions :
0
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Cette
motion est adoptée. M. le leader du... Oui, M. le... Un instant, s'il vous
plaît. M. le député des Îles-de-la-Madeleine.
• (15 h 10) •
M. Arseneau : Mme la
Présidente, j'aimerais simplement qu'une copie de cette motion soit transmise à
la Coalition pour un hôpital régional à Drummondville.
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Ce
sera fait. M. le leader du gouvernement.
Une voix : ...
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
Bien sûr, pour la suite... Ah! Non,
mais je pensais vous vouliez vous lever. Vous vous êtes levé très vite.
Avis
touchant les travaux des commissions
Donc, nous
serions maintenant à la rubrique Avis touchant les travaux des commissions. Et
là je vous cède la parole, M. le leader adjoint.
M. Lévesque
(Chapleau) : Merci, Mme la Présidente. Effectivement,
j'étais... c'était très anticipé. Donc, allons-y.
J'avise cette Assemblée que la Commission des
finances publiques va poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 7,
la Loi visant à réduire la bureaucratie, à accroître l'efficacité de l'État et
à renforcer l'imputabilité des hauts fonctionnaires, aujourd'hui, après les affaires courantes jusqu'à 18 heures et de
19 h 30 à 21 h 30, à la salle Louis-Hippolyte-La Fontaine;
La Commission des institutions va poursuivre les
consultations générales et les auditions publiques sur le projet de loi n° 1, la Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec, aujourd'hui, après les avis touchant les travaux
des commissions jusqu'à 17 h 45 et de 19 h 30 à
21 h 30, à la salle Louis-Joseph-Papineau.
Des
voix : ...
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
Chers collègues, si vous quittez
la salle, j'aimerais que vous le fassiez en silence, s'il vous plaît.
Nos travaux se poursuivent.
Donc, pour ma part, je vous avise que la Commission
des relations avec les citoyens se réunira en séance de travail demain, le mercredi 10 décembre 2025, de 8 h 30 à
9 heures, à la salle
Louis-Hippolyte-La Fontaine,
afin de statuer sur la possibilité
que la commission se saisisse de la pétition portant sur l'accélération des
demandes du Programme des investisseurs du Québec.
À la rubrique Renseignements sur les travaux de
l'Assemblée.
Affaires
du jour
La période
des affaires courantes étant terminée, nous allons maintenant passer aux
affaires du jour. M. le leader adjoint du gouvernement, s'il vous plaît.
M. Lévesque (Chapleau) : Oui. Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Et je vous demanderais de bien vouloir appeler
l'article 66 du feuilleton.
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
M. le leader adjoint, quelqu'un
m'a interpelée pendant que vous avez fait votre appel, je n'ai pas
entendu le numéro, s'il vous plaît.
M. Lévesque (Chapleau) : Pas de
souci. Le 66.
Débats
statutaires
Reprise
du
débat sur le rapport de la Commission de la
représentation
électorale concernant la délimitation des circonscriptions électorales
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : 66.
Donc, à l'article 66 du feuilleton, conformément à l'article 28 de la
Loi électorale, l'Assemblée reprend le débat ajourné le 5 décembre 2025
sur le rapport de la Commission de la représentation
électorale sur la délimitation des
circonscriptions électorales du Québec qui a été déposé le 2 décembre
2025.
Je vous rappelle qu'en vertu de la Loi
électorale il s'agit d'un débat limité à cinq heures qui peut se tenir dans la
même séance ou dans deux séances consécutives à l'Assemblée.
Avant de
céder la parole au prochain intervenant, je vous informe qu'il reste un temps
de parole de 1 h 28 min 58 s au groupe parlementaire formant le gouvernement,
48 min 20 s au groupe parlementaire formant l'opposition
officielle, 47 min 9 s
au deuxième groupe d'opposition, 13 min 41 s au troisième groupe
d'opposition et cinq minutes au député de Saint-Jérôme.
Donc, je cède maintenant la parole... C'est vous
qui continuez? Le député de Beauharnois.
M. Claude
Reid (suite)
M. Reid : Merci
beaucoup. Merci, Mme la Présidente. En fait, je continue ma... mon allocution,
ce que j'avais débuté il y a... la semaine dernière.
En fait, j'en étais au point d'expliquer que la
circonscription de Beauharnois était la seule, donc, qui traversait le fleuve
dans l'ensemble du Québec et je posais la question à la commission :
Pourquoi seule la future circonscription de
Beauharnois respecte... ne respecte pas cette logique naturelle et historique
dans son histoire? Alors, c'est là que j'en étais quand j'ai terminé la
semaine dernière.
Dans la démarche, la commission, comme on le
sait, doit analyser plusieurs aspects d'un territoire, notamment
l'organisation, la dynamique territoriale, les liens socioéconomiques entre les
communautés et leur histoire. Elle doit aussi s'appuyer sur des entités
géographiques cohérentes et qui regroupent des collectivités aux intérêts
communs. Ce sont des mots qui sont
importants. Parmi les facteurs qu'elle considère dans son analyse, il y a
notamment la configuration de la
région, l'accessibilité, les territoires des municipalités locales, le
sentiment d'appartenance, la communauté d'intérêts, les pôles de
développement régionaux, le patrimoine culturel historique et enfin les
différentes limites administratives.
Je vous rappelle, avec justesse, la décision de
la Cour suprême du Canada dans l'affaire Carter en 1991. Selon la cour, la
représentation effective des électrices et des électeurs comporte deux
composantes, l'égalité relative du vote et le respect des communautés
naturelles. Quand on regarde attentivement la proposition de délimitation de la
nouvelle circonscription de Beauharnois, il
est difficile de comprendre l'approche de la commission sur la base des
éléments que je viens d'énumérer.
Bien qu'il y ait un
déséquilibre entre les circonscriptions, je crois que le respect des communautés
naturelles doit être pris en compte plutôt
que de gérer un déséquilibre mathématique qui devra vraisemblablement continuer
à être corrigé, étant donné le taux de croissance de la population supérieur à
la moyenne nationale dans le sud-ouest du Québec, plus précisément dans ma circonscription et celle
de Huntingdon, croissance qui est exponentielle actuellement et
qui se poursuivra pour les prochaines
années. J'avais mentionné précédemment qu'il y a énormément de construction
résidentielle actuellement et que ça ne s'arrête pas.
J'avais aussi proposé une autre alternative à la
commission. Cette autre proposition était d'inclure la municipalité de
L'Île-Perrot dans la région administrative de Montréal, ce qui permettrait de
régler les problèmes de surpopulation d'électeurs dans les circonscriptions de
Vaudreuil et de Soulanges et de l'insuffisance d'électeurs dans les
circonscriptions de Jacques-Cartier et de Marquette, sur l'île de Montréal.
D'ailleurs, quand on regarde les
circonscriptions de Jacques-Cartier et de Marquette, qui ont un nombre
d'électeurs de 46 582 et de 45 705 électeurs seulement, je crois
qu'il y a une marge de manoeuvre pour la commission et qu'elle peut regarder de
ce côté pour régler le surnombre de la circonscription de Vaudreuil, d'autant
plus que cette région ressemble davantage à une agglomération de Montréal, une
extension de l'ouest de Montréal.
Si vous acceptez... Si la commission accepte de
traverser le fleuve dans ma région, pourquoi ne pas accepter de traverser la
rivière des Outaouais entre L'Île-Perrot et Ste-Anne-de-Bellevue? En plus, la
rivière des Outaouais est pas mal plus courte à franchir que le fleuve. En
regardant attentivement les chiffres de ces deux circonscriptions, vous avez...
la commission a une grande marge de manoeuvre qui lui permettrait de régler une
grande partie de la circonscription de Vaudreuil.
Ainsi, avec l'hypothèse qu'on amène ces deux
circonscriptions au niveau de la moyenne québécoise, qui est de 50 694 électeurs,
selon le rapport, la commission a une marge de manoeuvre de plus de 9 000 électeurs.
Et, si on formule une autre hypothèse en établissant le nombre d'électeurs sur
la base du seuil maximal d'électeurs, qui est de 63 368 électeurs, on
obtiendrait une marge de manoeuvre de près de 34 000 électeurs.
Sur la base de ces deux hypothèses, il est
évident que la commission a une marge de manoeuvre dans cette région du Québec, une marge de manoeuvre qui nous
permettrait d'équilibrer la carte électorale de la Montérégie-Ouest. Je
pose cette question à la commission : Pourquoi... comme je l'ai fait dans
les... lors des auditions. Pourquoi on ne touche pas le West Island de Montréal
pour corriger le découpage de circonscriptions, alors qu'on accepte de scinder
en deux régions... entre Beauharnois et Soulanges? Je n'ai toujours pas la
réponse à cette question, mais elle est légitime et mérite une réponse. Un
effort aurait pu être fait du côté de la commission pour revoir la carte et
respecter la notion de communauté naturelle dans ma région.
En
conclusion, Mme la Présidente, Pierre-Jacques Joybert de Soulanges, Alexander
Ellice et Philippe de Rigaud de Vaudreuil sont passés à l'histoire
comme fondateurs de leurs communautés, il y a de cela quelques centaines
d'années, mais les décisions qu'ils ont prises à l'époque forment encore les
démarcations de nos dynamiques communautés au XXIe siècle.
La construction du canal de Beauharnois et du canal de Soulanges a marqué
géographiquement notre région et a
renforcé ces différences entre ces communautés, différences qui demeurent
encore aujourd'hui. Ultimement, Mme la Présidente, j'ai demandé aux
membres de la commission de revoir la carte électorale proposée et de respecter
les territoires historiques, et surtout les communautés naturelles, dans le
redécoupage des circonscriptions de Beauharnois et Soulanges, et c'est la même
évidence pour mes collègues de la Gaspésie. Je vous remercie, Mme la
Présidente.
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup, M. le député. Je reconnais maintenant le député
d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Alexandre
Leduc
M. Leduc : Merci, Mme la
Présidente. On se retrouve aujourd'hui à un tournant historique de la vie
démocratique québécoise. Ça n'arrive pas tout le temps, un événement comme
celui-ci, un tournant, donc, chargé à la fois de défis, de responsabilités et
d'opportunités.
La récente décision de la Cour d'appel du
Québec, combinée à la publication de la proposition révisée de la carte
électorale par la Commission de la représentation électorale, la CRE, met en
lumière plus clairement que jamais les
graves limites structurelles de notre régime politique. Cet événement... Ces
événements confirment ce que nous avons souvent dénoncé : le redécoupage électoral, aussi nécessaire
soit-il, ne suffira pas à réparer ce qui est fondamentalement brisé.
C'est pourquoi il est impératif de reprendre et de mener à terme, avec sérieux
et ambition, la discussion sur une refondation de notre mode de scrutin non
plus à la mesure d'un Québec du passé, mais à celle du Québec d'aujourd'hui et
de demain.
• (15 h 20) •
La CRE est une institution indépendante chargée
par la loi de revoir la délimitation des circonscriptions provinciales tous les deux scrutins généraux. Ce
mécanisme vise à assurer l'égalité relative du vote, un principe fondamental
de la démocratie. Chaque voix doit compter sensiblement de la même façon,
quelle que soit la région ou la densité de population.
Mais appliquer aujourd'hui ce mandat dans un Québec transformé, marqué par des
dynamiques démographiques asymétriques, des migrations internes, des
variations régionales profondes, révèle l'écart grandissant entre les outils
institutionnels et la réalité sociale.
Le cadre actuel, fondé de manière prépondérante
sur des critères quantitatifs, le nombre d'électeurs, ne permet pas de prendre en compte les réalités
qualitatives, la diversité culturelle, la densité, la ruralité, la dispersion
territoriale, la complexité sociale et le besoin de proximité. C'est
cette rigidité qui mène inévitablement à des tensions insoutenables.
Conformément à son mandat,
la CRE a déposé, le 19 septembre 2023, un rapport préliminaire proposant
une refonte substantielle de la carte électorale. Ce rapport prévoyait
notamment la suppression d'une circonscription en Gaspésie et d'une autre dans l'est de l'île de Montréal, Anjou—Louis-Riel,
et la création de nouvelles circonscriptions dans les zones en forte
croissance, comme les Laurentides—Lanaudière et le Centre-du-Québec.
Ces propositions, bien qu'étayées par des
données démographiques, ont provoqué un choc politique et social. Dans des
régions comme la Gaspésie, qui est déjà fragilisée politiquement, la
perspective de perdre un siège constitue un risque grave de marginalisation. À
Montréal, la suppression d'un siège risquait d'entraîner une dilution de la
représentation d'un milieu social dense, divers, aux besoins complexes et qui
est en pleine reconstruction. Aussi, un fossé... Ainsi, un fossé s'est creusé
entre la logique mathématique du redécoupage et les attentes réelles des citoyens
et citoyennes, attentes de reconnaissance, de proximité et de justice
territoriale.
Pour évaluer
les réactions citoyennes, la CRE a mené, à l'automne 2023, une vaste
consultation publique : 16
audiences dans 12 villes, des mémoires, des témoignages, des contributions
citoyennes, des réactions de municipalités et d'organismes communautaires et de regroupement régionaux. Le verdict
a été clair, la logique du simple redécoupage fondé sur des critères numériques
ne satisfait plus. Les participants ont exprimé un malaise profond, une crainte
de voir la démocratie se transformer en un exercice déshumanisé, aveugle
aux communautés, aux territoires et aux identités. Beaucoup ont perçu la perspective d'un redécoupage comme une rupture,
une rupture d'identité locale, de lien démocratique, de proximité. Ce
rejet ne visait pas de... ne venait pas, pardon, de la CRE, et donc le rejet ne
visait pas la CRE, qui est une institution sérieuse, neutre et très technique,
bien sûr, mais le cadre légal lui-même, car la CRE n'avait guère d'alternative.
La loi l'obligeait à proposer des changements. Or, la seule manière de
concilier les règles des électeurs par circonscription à la réalité
démographique était de modifier les frontières.
Face à cette
colère citoyenne régionale, l'Assemblée nationale a adopté, le 2 mai 2024,
la Loi visant l'interruption du processus de délimitation des
circonscriptions électorales. Cette loi suspendait le redécoupage et
prolongeait l'application de la carte en vigueur jusqu'aux élections de 2026.
De prime abord, ce gel pouvait apparaître comme
une réponse politique de moindre mal, un geste de prudence, un compromis, un respect des inquiétudes
régionales. Plusieurs partis, y compris ma propre formation, ont appuyé cette
suspension, non par conservatisme, mais par conscience des conséquences d'un
redécoupage perçu comme injuste. Mais ce gel comportait un risque majeur. Il
bloquait un processus indépendant, celui de la CRÉ, au profit d'un arbitrage politique. Il subsidiait un consensus parlementaire
à un processus délibératif et technique, ce qui, en démocratie, représente
toujours un danger.
De fait, dès son adoption, le gel a suscité des
contestations judiciaires au titre du droit à une représentation équitable dans une perspective individuelle. La
contestation du gel de 2024 s'est appuyée sur un principe fondamental, le
droit à la représentation effective, mais dans l'égalité. Plusieurs citoyens,
groupes régionaux et préfets ont ainsi porté l'affaire devant les tribunaux,
soulignant que le gel revenait à priver certaines communautés d'un processus
impartial de redécoupage au profit d'un arbitrage politique.
Le 1er décembre 2025, il y a quelques
jours, donc, la Cour d'appel du Québec a rendu un jugement dans l'affaire
Lalande contre Procureur général du Québec. La loi n° 59 qui suspendait le
redécoupage est déclarée inconstitutionnelle et inopérante. La juge... les
juges, pardon, ont décidé d'accueillir l'appel infirmant le jugement de
première instance en rétablissant l'obligation pour la CRE de reprendre
immédiatement le processus de délimitation. Ce jugement a une portée
fondamentale et réaffirme qu'un consensus politique, aussi large soit-il, ne
peut primer sur certains droits garantis par la charte. Il s'agit d'un rappel
solennel. La démocratie n'est pas un compromis d'appareils partisan, mais un
cadre constitutionnel protégeant des citoyens individuels... et
individuellement et collectivement. À la suite de ce jugement, la CRE a repris
immédiatement le processus et, le 2 décembre, le lendemain, a déposé une
proposition révisée de la carte électorale, modifiant 53 des 125 circonscriptions
actuelles.
La
chronologie imposée par la Loi
électorale est claire : les
députés de l'Assemblée nationale disposent de cinq jours pour débattre
de la proposition, puis la CRE a 10 jours pour publier la version
définitive, la troisième version, de la carte.
La nouvelle carte sera utilisée pour les deux prochaines élections générales,
donc celle de 2026 qui est au tournant, dans quelques mois, Mme la
Présidente, et la prochaine en 2030. Ainsi, la décision de la Cour d'appel ne
reste pas un acte symbolique mais entraîne
des conséquences institutionnelles concrètes. Le redécoupage se fera et il
pourra s'appliquer dès l'élection de 2026.
La proposition de décembre 2025, la deuxième,
donc, prévoit le retrait d'une circonscription dans la grande région
Bas-Saint-Laurent—Gaspésie—
Îles-de-la-Madeleine, ainsi qu'une autre dans l'île de Montréal, dans l'est de Montréal en particulier. Ces sièges seraient
redistribués vers des régions en croissance, les Laurentides, Lanaudière et
l'Estrie—Centre-du-Québec,
donc essentiellement la même grande logique de deux disparitions de
circonscriptions dans des endroits dits
moins populeux et une redistribution de deux circonscriptions dans deux
endroits dits plus populeux, en respectant le cadre légal des
125 circonscriptions. On y reviendra d'ailleurs là-dessus.
C'est une application de la logique
démographique. Des territoires en déclin voient leur représentation diminuer,
tandis que des pôles dynamiques gagnent des sièges. Ce rééquilibrage vise
l'égalité relative du vote mais provoque un
sentiment d'injustice chez plusieurs communautés, en particulier celle des
régions. Dans plusieurs cas, la CRE a
ajusté la limite proposée, notamment à Montréal, en Montérégie, dans l'Estrie
ou les Laurentides, afin de répondre aux préoccupations exprimées lors
des consultations. Certaines municipalités ou quartiers conservent leurs
circonscriptions existantes. Nous saluons.
Par ailleurs,
cinq circonscriptions ont vu leur nom modifié, des changements toponymiques
adoptés récemment par l'Assemblée nationale et qui seront intégrés à la
nouvelle carte. Rappelons d'ailleurs la dissidence de ma formation politique, à Québec solidaire, sur cette
façon de procéder. Nous pensons, évidemment, que les noms de circonscription, bien qu'il puisse y avoir des suggestions de
tout un chacun, devraient être décidés par la CRE et non par des initiatives
partisanes comme celles que nous avons connues dans les derniers mois.
La révision de 2025 constitue un soulagement
partiel. Elle corrige certains déséquilibres, rétablit la légitimité
constitutionnelle du processus et réaffirme le principe d'égalité du vote, mais
elle n'efface pas la fracture. Pour les régions comme la Gaspésie, cela
signifie toujours une perte de représentation dans un contexte de ruralité, des
dispersions territoriales, des difficultés économiques. Cette perte pèse lourd.
À Montréal et dans les grandes aires urbaines,
la logique reste essentiellement numérique. Elle ne tient pas compte de la
réalité des populations, pas compte de la diversité, de l'immigration,
de la densité, des besoins sociaux, par exemple. Une circonscription peut avoir
un nombre acceptable d'électeurs, mais abriter une population tellement plus
dense, tellement plus large mais fragmentée, avec des enjeux complexes de
logement, de services, de cohésion, d'inclusion.
Vous n'êtes pas sans savoir, Mme la Présidente,
que tout le monde qui vient au bureau de circonscription est aidé, hein? On ne
demande pas s'ils sont citoyens ou citoyennes, ou en processus de, ou rendus
où. On aide tout le monde. Alors, dans un bureau de circonscription de
Montréal, bien sûr, on a peut-être un peu plus de visites pour des raisons
évidentes d'immigration que dans des bureaux dans des circonscriptions de
régions un peu plus excentrées, ce qui nous a fait demander à quelques reprises
de rajouter ce critère-là dans la révision des critères à venir par rapport aux
délimitations des circonscriptions qui utilisent la CRE.
La révision reste un exercice ponctuel. Elle ne
change pas la nature du système. Le mode de scrutin demeure, comme tous les
critères, rigide et, l'arbitraire, structurel. En conséquence, ce redécoupage,
même appliqué de la façon la plus sensible possible, ne fait que repousser la
crise profonde d'un système qui a de plus en plus de difficulté à représenter
la diversité, la complexité et la réalité du Québec d'aujourd'hui.
La crise du redécoupage... pardon. À travers les
débats, les audiences, les consultations, les jugements et les propositions,
une vérité saute aux yeux : ce n'est pas la carte qui est le problème
principal mais le système entier. Le mode de scrutin uninominal à un tour,
majoritaire, celui qui gouverne encore aux élections provinciales, favorise les
grands partis, marginalise les voix minoritaires, amplifie les déséquilibres et
produit des résultats souvent éloignés du vote populaire réel. Dans un tel
système, même une carte équilibrée ne garantit pas une représentation fidèle de
la diversité politique, sociale ou régionale. Les votes perdus, les votes
minoritaires, les opinions divergentes, les quartiers marginalisés, tout ça
reste structurellement désavantagé.
Ainsi, à chaque élection, une partie importante
de la population se retrouve sans représentation réelle, sans député qui
reflète ses idées, ses besoins et ses aspirations. On l'avait vu, évidemment,
lors des dernières élections générales, Mme la Présidente, où un parti, par
exemple, comme le Parti conservateur du Québec, avait obtenu, quoi, presque
13 % des votes et aucun siège. Nous avions obtenu quelques points de plus
de pourcentage, nous avions obtenu que
11 sièges. Nos collègues de l'opposition officielle avaient terminé avec
moins de votes mais obtenu presque le double de sièges, formant ainsi
l'opposition officielle. Donc, notre système a des problèmes. Oui, c'est un
enjeu, la question de la carte électorale, oui, nous traitons celui-là,
mais je trouverais ça dommage qu'on oublie le portrait plus large qui est celui
d'une... fondamentalement, d'un problème de mode de scrutin général.
Nous avons d'ailleurs... j'ai d'ailleurs déposé
un projet de loi, il y a quelques semaines, à ce sujet, sur la réforme du mode de scrutin, une promesse qui avait été
faite solennellement par l'ancien... par, bien, l'actuel premier ministre, dans
le précédent mandat, et qui a été malheureusement reniée, ce qui fait qu'on se
retrouve, aujourd'hui encore, avec un problème à gérer à la pièce des
cartes électorales comme nous faisons actuellement.
• (15 h 30) •
Chaque
redécoupage corrige un déséquilibre démographique momentané mais ne modifie pas
les causes profondes, et, après chaque cycle, les mêmes tensions réapparaissent
sous une autre forme. La logique actuelle contraint la CRE à quadriller
le territoire selon des critères numériques, mais sans pouvoir tenir pleinement
compte de la réalité territoriale, culturelle, sociale, identitaire des
communautés. C'est un exercice mécanique détaché de la vie des gens.
À terme, ces ajustements répétés ne suffisent
plus. Ils maintiennent un système qui exclut, qui marginalise, qui rassure par
des compromis mais ne construit pas une démocratie solide, juste et cohérente.
Si nous voulons que la démocratie québécoise
corresponde réellement à ce que nous sommes, un peuple divers réparti sur un
territoire vaste, engagé socialement, soucieux de justice, d'équité et
de solidarité, nous devons penser au-delà de ce redécoupage.
Nous devons refonder notre mode de scrutin. Nous
devons reconnaître que la représentation ne peut être réduite à une somme de chiffres, de cartographies, de
calculs d'électeurs. Nous devons défendre un système électoral qui respecte la
pluralité politique, sociale et culturelle du Québec, garantisse l'égalité
effective des votes, assure la représentation des
régions, des milieux ruraux comme urbains, des communautés marginalisées, des
voix minoritaires, permet un parlement plus divers, plus représentatif et plus
légitime, offre une stabilité institutionnelle et une gouvernance démocratique
à long terme.
Depuis longtemps, nous affirmons donc que la
solution ne réside ni dans les redécoupages successifs ni dans les compromis
ponctuels, mais dans une réforme structurelle. Nous proposons l'adoption d'un
mode de scrutin mixte combinant des députés
élus dans les circonscriptions locales, assurant un lien de proximité avec les
territoires, des députés élus sur des
listes régionales, selon une logique proportionnelle, permettant de refléter la
diversité des opinions, des identités et des réalités socioterritoriales
du Québec.
Ce modèle serait particulièrement adapté à un
Québec de plus de 9 millions d'habitants, fortement régionalisé, marqué par des dynamiques démographiques variées
et aux défis sociaux complexes. De nombreux pays l'ont déjà adopté et le
pratiquent depuis des décennies, Mme la Présidente. Je pense à
l'Allemagne, à l'Écosse et à la Nouvelle-Zélande. Il permettrait de réduire
l'effet des votes perdus, de valoriser chaque voix, d'offrir une représentation
plus juste, plus fidèle à la réalité. Il
offrirait aussi une assemblée plus diversifiée en genres, en origines, en
régions, en parcours de vie et donc plus légitime, plus proche des
citoyens.
Le
plafond actuel des 125 sièges remonte à une époque bien lointaine, à 1989,
Mme la Présidente — j'étais
né, mais je n'étais pas très vieux, j'avais quelques années derrière ma petite
cravate, j'avais cinq ans — et
où le Québec comptait beaucoup moins d'habitants qu'aujourd'hui. Si on avait
suivi la même proportionnalité, 125 sièges pour la population du Québec de 1989, aujourd'hui, avec une population dépassant
9 millions, on devrait être rendus à beaucoup plus de sièges que
ça.
Le mode de scrutin
proposé par Québec solidaire, contenu dans le projet de loi n° 199 que
j'ai déposé la semaine dernière... il y a
deux semaines, pardon, est particulièrement fort parce qu'il a été construit
avec la société civile, avec notamment le Mouvement Démocratie nouvelle,
qui travaille là-dessus depuis très longtemps. Alors, comment ça fonctionne, donc?
Augmentation du nombre de sièges de 125 à 129. Ça tombe bien, Mme la
Présidente, les travaux qui sont en cours en ce moment dans la pièce à côté, le
salon bleu, permettront d'accueillir jusqu'à 129 députés. Ça aurait été
intéressant d'en faire d'ailleurs un peu plus. J'imagine qu'on ne rénove pas un
salon comme ça que pour les 10 premières prochaines années, mais peut-être
pour le prochain siècle. Cela étant dit, la discussion et le consensus qui
avait été réussi... qu'on avait réussi à aller chercher il y a quelques années
s'est arrêté à 129. C'était déjà mieux que rien. De ces 129, donc, il y aurait
80 sièges de circonscription dans le modèle, donc, que nous avons déposé
en projet de loi, 80 députés de circonscription seraient élus avec le mode
qu'on connaît, ensuite 49 sièges seraient redistribués par régions pour
compenser la distorsion du vote local. Le Québec serait divisé en
17 régions électorales, avec des régions compensatoires pour permettre
l'émergence de véritables représentativités proportionnelles.
Ça permettrait
d'ailleurs, Mme la Présidente, de ne plus avoir de monopole artificiel dans une
région donnée. Il y a plusieurs citoyens et groupes qui nous contactent, des
fois, les partis d'opposition, et qui sont dans une région où toute la région a
soi-disant voté pour la même couleur, alors que, quand on gratte un peu, on se
rend bien compte qu'il n'y a pas vraiment plus ou moins qu'une autre région
voisine. Il y a eu, tout à coup, une... une force telle qu'un parti politique a
tout ramassé l'adhésion réelle des électeurs de cette région-là. C'est le
système électoral qui, avec ses divisions parfois un peu artificielles, a fait
en sorte qu'un parti politique domine une région complète.
Et ça rend le travail
difficile, parce qu'il n'y a plus d'opposition locale, plus d'opposition
locale. Vous vous rappelez quand il y avait ma collègue de l'Abitibi-Témiscamingue,
Émilise Lessard-Therrien, qui était députée de Rouyn-Noranda—Témiscamingue.
Elle était, donc, une députée d'opposition dans une région. Donc, beaucoup de
choses se brassaient dans cette région-là parce qu'il y avait au moins une
députée d'opposition. Astheure, il n'y en a plus,
de député d'opposition, en Abitibi-Témiscamingue, Mme la Présidente. Quand est-ce qu'on entend
parler de l'Abitibi-Témiscamingue ici? Jamais ou très, très, très
rarement.
Alors,
le fait d'avoir au moins un député d'opposition dans chaque région, c'est
important. Ça aide la démocratie à vivre. Ça aide des contestations de
citoyens, d'entreprises, de groupes, de syndicats, etc., à trouver une voix ou, sinon, il faut qu'ils s'expatrient puis
qu'ils trouvent des députés sympathiques dans d'autres régions qui
pourraient porter leurs causes. Ils le font, puis on essaie de faire de notre
mieux, mais ce ne sera jamais l'équivalent d'avoir au moins un député d'opposition
par région, parce que ce n'est pas vrai, ça n'arrive jamais qu'une région au
grand complet vote entièrement et essentiellement pour un seul parti politique.
C'est donc un
système... Si je reviens, donc, sur la description du système qu'on veut
proposer avec le mode de scrutin proportionnel, c'est un scrutin, donc, à
double tour... à double vote, plutôt, pas à double tour, à double vote, où
l'électeur est inscrit... est invité à voter, donc, sur deux bulletins
distincts : un vote de circonscription pour son candidat local et un vote
de région, donc, pour une liste de région d'un parti. Évidemment, les citoyens
peuvent se présenter aux deux, à la fois pour un siège de circonscription et un
siège de liste régionale.
Ce système garantit
que la représentation effective n'est pas diluée. Un député élu par
compensation a la même légitimité et les mêmes droits, privilèges et immunités
que le député de circonscription. Ce n'est pas un député à rabais. C'est un
député sincère et entier. Chaque redécoupage corrige un déséquilibre
démographique momentané mais ne modifie pas les causes profondes. Et c'est pour
ça, Mme la Présidente, qu'on propose la révision du mode de scrutin avec un
mode de scrutin proportionnel compensatoire.
La réforme vise
explicitement à favoriser davantage la présence, parmi les députés, notamment
de femmes, de jeunes et des personnes issues de la diversité. Le projet de loi
déposé exige que les partis politiques atteignent une zone paritaire en présentant
entre 40 % et 60 % de candidates.
J'ai vécu ma première
élection comme candidat en 2012 et je me rappelle qu'on avait eu un... un
record assez désolant du nombre de femmes élues à ce moment-là, qui avait été
quand même triste, et ça s'expliquait beaucoup parce qu'il y avait beaucoup de partis politiques qui n'avaient pas
présenté beaucoup de femmes, des... des taux de présentation de femmes,
dans des circonscriptions, très faibles. Et après ça il y a eu une prise de
conscience, ça a cheminé, puis là on est
arrivés à des zones un peu plus intéressantes. Mais c'est toujours à
retravailler, c'est toujours à reconstruire, cette perspective-là, vous
le savez bien, Mme la Présidente. Alors, on pense qu'en inscrivant ça dans la
loi, donc, une exigence de zone paritaire dans les listes, ça puisse aider.
Dans
les listes régionales, donc, l'attribution des sièges de compensation, les
listes régionales sont un puissant levier pour assurer la diversité, car
l'élection se fait sur des listes prédéfinies permettant d'intégrer diverses
considérations de représentativité. Le mode de scrutin proportionnel introduit
des règles adaptées pour le financement et la survie des entités politiques
basées sur un total de votes exprimés pour l'ensemble des candidats de circonscription
et l'ensemble des listes régionales.
Mettre en oeuvre
cette réforme ne peut pas se faire à la légère, mais l'urgence est réelle, et
le contexte est favorable. La décision de la
Cour d'appel, la remise en chantier de la carte, la mobilisation citoyenne, le
dépôt du projet de loi, les tensions
régionales, tout cela crée une fenêtre d'opportunité. L'Assemblée nationale se
doit de saisir cette occasion. Ensemble, avec les citoyens et
citoyennes, avec les régions, on peut porter... on peut porter cette réforme,
et la réaliser, et faire en sorte qu'un
projet de société... afin de reconnaître le sentiment d'appartenance de toutes
et tous à notre démocratie.
La
crise actuelle de la carte électorale, rendue manifeste par le jugement de la
Cour d'appel et la proposition révisée de la CRE, ne peut être réglée par des
ajustements de forme successifs. Elle révèle le malaise institutionnel profond,
un régime de représentation qui ne correspond plus à ce que le Québec est
devenu. Le redécoupage de 2025, même s'il corrige certaines inégalités
numériques, ne changera pas les équilibres fondamentaux, le lien entre les
votes, la représentation, la proximité, la pluralité, la justice territoriale
et la diversité sociale. Si nous voulons une démocratie digne du XXIe siècle,
nous devons aller plus loin. Nous devons refonder notre mode de scrutin. Nous
devons porter un jugement politique d'avenir ambitieux, juste et cohérent.
J'aimerais
intervenir, Mme la Présidente, avant de conclure, sur deux éléments, le nombre
de circonscriptions et la... le redécoupage de la deuxième version. Je le
disais tantôt, donc, on pourra avoir jusqu'à 129 sièges lors de la
prochaine législature. D'ailleurs, la blague qui était dite lorsqu'on annonçait
les travaux qui commençaient au salon bleu, c'était : Si vous voulez
resiéger au salon bleu, faites-vous réélire en 2026, parce qu'autrement il ne
sera pas rouvert avant. Il y aura donc 129 sièges.
Nous avons le loisir,
ici, les députés en cette Chambre, de déposer un projet de loi de manière
consensuelle pour rajouter un nombre de sièges à la carte électorale. Ça peut
être plus un, plus deux, plus trois, plus quatre. Là, on perd deux
circonscriptions, une dans l'est de Montréal, une en Gaspésie. Ce serait tout à
fait possible de faire un plus deux dans la représentativité électorale et que
la CRE ajuste sa carte en fonction de ça. C'est quelque chose qui est une
possibilité, qui existe. C'est des débats que nous devons tenir dans chacune de
nos formations politiques respectives.
Moi, ça fait
longtemps, dans la mienne, Mme la Présidente, que l'on souhaite qu'il y ait
plus de députés pour qu'il y ait une meilleure représentativité et un meilleur
accès à un député — vous
savez à quel point c'est important pour les citoyens et citoyennes d'avoir
rapidement et facilement accès à un député — et de rajouter quelques
sièges, je pense, dans les circonstances, m'apparaît une voie qu'il faut
aborder, que nous avons le devoir d'aborder.
• (15 h 40) •
Sur les deux pertes,
en particulier la Gaspésie et l'Est du Québec, c'est vrai, je l'ai dit dans ma
présentation, que la Gaspésie vit des moments difficiles. Ce n'est pas facile
de retenir la population, notamment dans des régions un peu plus éloignées comme la Gaspésie. Tout le monde se pose des
questions. Quelle sera la prochaine région à perdre un siège si on laisse la Gaspésie en perdre un?
Est-ce que ça va être la Côte-Nord? Est-ce que ça va être l'Abitibi? J'évoquais
l'Abitibi à l'instant. C'est un défi qui...
C'est une région qui a aussi ses défis de rétention de population, Mme la
Présidente. Donc, si on ne trouve pas
de solution pérenne pour sauver les sièges de région, là, c'est le cas de la
Gaspésie, quelle sera la prochaine région à passer à la moulinette? Ça
nous inquiète.
Même chose pour l'est
de Montréal. Le siège qui est retiré, c'est d'Anjou—Louis-Riel. L'est de Montréal vit
un essor, une renaissance, hein, depuis quelques années. Il y a eu toutes
sortes de projets. Je passerai plus rapidement sur le projet du REM de l'Est,
auquel je me suis opposé sur la forme mais non sur le fond, parce que nous
voulons du transport collectif, mais il se passe des choses. Il y a des usines
qui s'installent. Il y a des terrains vagues qui sont reconvertis. Il y a de
l'argent qui est injecté. Tout n'est pas parfait, Mme la Présidente. Moi, je ne
serai pas... je ne cracherai pas dans la
soupe et je vais reconnaître qu'il y a des efforts qui sont faits par les
différents paliers de gouvernement. Il y a eu un sommet de l'Est qui a
été fait dans Hochelaga-Maisonneuve, au Stade olympique, à deux reprises dans
les dernières années. Donc, il y a de
l'action dans l'est de Montréal. Et là, de voir qu'on perdrait une
représentativité politique dans l'est viendrait objectivement plomber
cette action de l'est de Montréal.
Alors, c'est quelque
chose qui est inacceptable, bien sûr, pour Québec solidaire, de perdre un siège
dans l'est de Montréal, pour ne pas plomber cette renaissance, ne pas plomber
ce nouveau dynamisme dont l'est de Montréal a profondément
besoin, Mme la Présidente. Ça fait longtemps que l'est de Montréal a été
négligé, et là il se passe quelque chose. Ne venons pas briser cet élan
avec la perte du siège.
Je veux aussi
préciser que... Je veux reconnaître quand même que tout n'est pas noir. Je veux
reconnaître les efforts qu'ont faits la CRE dans leur deuxième version de la
carte. Dans la première version, on avait quand même fait beaucoup de
critiques. Il y a eu des représentations ici même, donc, à l'Assemblée
nationale, sur plusieurs choses qui étaient un peu étranges dans le
redécoupage. Je dois dire que nous trouvons... Bien que nous aimerions et que
nous souhaitons davantage le maintien de la carte telle quelle de Montréal,
donc le maintien du siège d'Anjou—Louis-Riel, c'est notre priorité numéro un,
bien, force est de constater que la version 2, donc la version actuelle de
la carte déposée par la CRE, est bien meilleure ou moins pire, certains diront,
que la version 1.
Le
redécoupage d'Hochelaga-Maisonneuve, notamment de Rosemont, de Viau et
Laurier-Dorion, posait problème à la V1 sur les communautés naturelles, sur le
fait que c'était découplé, en partie, des arrondissements municipaux. On
retrouve moins ou presque plus, en fait, de
ces problèmes-là dans la V2. Ça comporte encore des problèmes, mes collègues
s'exprimeront dans leurs circonscriptions respectives, bien sûr, mais force est
de constater que la version a été adoucie dans
la V2, par rapport à la V1, et qu'on est beaucoup plus proches de la réalité
des arrondissements des circonscriptions.
Je l'avais dit au
micro à la CRE, je peux vous le redire, Mme la Présidente, moi, dans Hochelaga-Maisonneuve,
juste Hochelaga-Maisonneuve, c'est un peu trop petit. C'est quelques stations
de métro. Je peux faire la version longue, large
de ma circo en vélo en à peu près une demi-heure, là. Alors, ça vous donne une
idée. J'imagine que ce n'est pas la même
chose chez vous et dans... la plupart de mes collègues. C'est une des plus
petites condensées. Évidemment, c'est des triplex partout, c'est des
tours de condos, des tours de logement, des HLM, etc.
Tout ça pour vous
dire qu'il y avait une partie, donc... Juste Hochelaga-Maisonneuve, c'était
trop petit. On allait un peu jusqu'à la rue Frontenac. On allait gruger une
partie de ce qui est Sainte-Marie, le Centre-Sud, donc, au niveau municipal, au
niveau fédéral. Ça fait que les gens qui habitaient entre Frontenac et la rue
Moreau ou la track de chemin de fer, comme on dit dans le terrain à Hochelaga,
ils votaient dans Sainte-Marie—Saint-Jacques...
ils votaient, pardon, au Centre-Sud au municipal, ils votaient dans Hochelaga-Maisonneuve
au provincial, mais ils revotaient à Laurier—Sainte-Marie au fédéral. C'était un
peu mélangeant.
Moi, j'avais beaucoup
d'affection pour cette partie-là de ma circonscription. J'y avais habité,
d'ailleurs, quelques années. J'y ai des amis.
Il y a des organismes. C'est une
section qui vit un dynamisme. Mais, pour vrai, la communauté naturelle
était plus logiquement avec Sainte-Marie—Saint-Jacques. Alors, là-dessus, on a compris que la CRE a entendu raison.
Alors, pour aller gagner des électeurs, on nous
propose qu'Hochelaga-Maisonneuve s'étende un peu plus vers l'est, on aille
chercher une partie de ce qu'on appelle Mercier-Ouest, donc, quelques rues, un
quartier ou deux, toujours sur la ligne verte. Donc, on reste une
circonscription de la ligne verte. On s'étend un peu plus à l'est. Il y a une
certaine logique. Bien qu'il y ait des fractures de quartiers, là, ce n'est pas
connecté... Hochelaga-Maisonneuve, c'est connecté. On peut difficilement, même, tracer la limite entre les deux. C'est très
vivant, c'est très organique. Là, il y a vraiment une fracture. Il y a Ray-Mont Logistique, la grosse
entreprise de transbordement de conteneurs que nous n'aimons pas beaucoup, Mme
la Présidente, chez nous. Cela étant dit, elle est là et elle fait, donc, une
fracture avec l'autre quartier voisin. Mais il reste que nous sommes dans le
même arrondissement de Mercier—Hochelaga-Maisonneuve.
C'est même le même district au niveau municipal. Nous votons, donc, pour la
même mairie d'arrondissement, pour le même district. Moi, quand je fais du
soccer avec ma fille, bien, on va dans un terrain de soccer qui est situé dans
ce coin-là. Donc, ce n'est pas parfait, ce n'est pas une communauté qui est
aussi naturelle qu'Hochelaga et Maisonneuve, mais, à défaut, donc, comme je
disais tantôt, par rapport à la V1, c'est beaucoup moins pire. La V2, je sens
qu'ils ont un peu plus respecté le volet des... respect des arrondissements,
et, là-dessus, je ne peux que les saluer de leur écoute sur ce volet-là.
Cela étant dit, j'insiste, la solution idéale
n'est pas cette V2 là. La solution idéale est une carte originale pour la ville de Montréal avec le maintien de l'entièreté
de ses circonscriptions. On ne peut pas se permettre de perdre un député
ou une députée dans l'est de Montréal. C'est important de solidifier cette
renaissance de l'est de Montréal. La solution peut
être aussi un plus deux, on peut... un plus quatre de sièges. On est prêts. On
est équipés. Le salon bleu pourra recevoir jusqu'à 129 députés. Il
ne reste qu'une décision à prendre ici entre nous, et la CRE n'aura qu'à
l'appliquer de manière assez simple, d'un point de vue procédural.
Et au final,
bien sûr, Mme la Présidente, la solution ultime à tout ça, ce serait quoi? Ce
serait la réforme du mode de scrutin, parce qu'une fois qu'on aura
redécoupé les 80 circonscriptions et qu'on aura libéré des sièges dits de
liste ils représenteront des régions. Et, en
représentant des régions, la représentativité est plus forte, le... il y a
moins de votes qui se perd. C'est le même nombre de députés pour la
même... pour la même superficie, pour le même kilomètre carré, mais la
représentativité est plus... est plus solide. Ça... Ça va être fini, ça, des
circonscriptions qui votent supposément pour
le même parti puis qu'il n'y a plus de député de l'opposition. Ça va être à peu
près virtuellement impossible dans le mode de scrutin compensatoire
proportionnel.
Donc, tout ça
pour vous dire, Mme la Présidente, que c'est un exercice qui était prévu par la
loi. La cour nous a surpris peut-être
un peu sur le fond, précipite les choses. Il va falloir qu'on réfléchisse
ensemble sur la suite. Il y a certainement quelque chose à revoir aussi,
hein, parce que, malheureusement, dans sa décision, la cour invalide
l'entièreté de la loi que nous avons adoptée ici. Puis il y avait, dans cette
loi-là, un volet qui disait que les fameux critères... Je vous ai parlé tantôt,
tu sais, du nombre de citoyens et du nombre de résidents qui doit être pris
davantage en compte dans le redécoupage. Bien, nous, on avait... on s'était
entendus qu'il y aurait une discussion collective entre les partis, le DGE,
avec son... une discussion de société, en fait, pour revoir les critères qui
gouvernent la CRE. Donc, malheureusement, ceci étant invalidé, parce que la loi
a été entièrement invalidée, il n'y a plus de processus, il n'y a plus
d'obligation, pour peu importe qui formera le prochain gouvernement, d'initier
une démarche à partir de l'année prochaine pour réviser ces critères-là. C'est bien dommage. Nous, on pensait qu'il y
avait là matière à discussion pour aller un peu plus loin, pour aller de manière un peu plus
structurée, chercher des consensus plus forts dans la société québécoise, Mme la
Présidente.
Donc, réforme du mode de scrutin, essentiel.
Maintien de la carte à Montréal, idéal, version 2, version... meilleure,
moins pire que la version 1. Et, je terminerais là-dessus, Mme la Présidente,
il y a quelque chose de bizarre quand nos... Il faudra qu'on révise tout ça,
là, mais le fait qu'on travaille avec une seule hypothèse à la fois rend ça un
peu kafkaïen, dans le sens où, là, on a une V1 où on fait sauter Anjou—Louis-Riel,
woups! OK, là, on se mobilise alentour d'Anjou—Louis-Riel. Parfait. Là, on attend la V2. Woups! On fait sauter LaFontaine.
Woups! Ah! bien là, je ne savais pas
que LaFontaine était en jeu. Là, on travaille sur LaFontaine.
Puis là la V3, c'est la version finale. Qu'est-ce qui va... C'est quoi,
la surprise, dans la V3? Je ne sais pas, moi, c'est-tu Hochelaga-Maisonneuve qui
va exploser? Ce n'est pas mon souhait, vous comprenez, Mme la Présidente. Je
n'aimerais pas beaucoup ça. Je serais bien triste. Mais ça va être quoi, la
boîte à surprise de la V3? Ça fait qu'il y a quelque chose qui ne fonctionne
pas.
Si le DGE et la CRE... En fait, si la CRE
fonctionne sur différents scénarios, bien, ce serait plus logique qu'il les
mette tous au jeu en même temps, option A, option B, option C,
puis après ça on jase, puis on voit c'est laquelle qui a le plus d'allure ou
qui est la moins pire. Mais que, là, il y ait toujours une espèce de... Tout le
monde est sur le qui-vive ici, là, hein? Le monde shake un peu, là, des mains
puis des pattes quand... Oh! c'est aujourd'hui qu'ils déposent la carte.
Qu'est-ce qu'il va y avoir là-dedans?
• (15 h 50) •
Nous, on avait subi un peu la situation dans le
précédent exercice, en 2017. Je me rappelle, je n'étais pas encore député, mais j'étais très actif. J'étais un
militant de Québec solidaire. Puis là, dans la V2, on faisait disparaître Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Zoup! Avalée par Hochelaga-Maisonneuve en partie. Là, cette fois-ci, j'allais
manger encore plus loin dans Sainte-Marie,
la rue Fullum, si mon souvenir est bon. Puis tout le reste, ce qu'on peut
appeler, donc, Saint-Jacques, plus le Vieux-Port, etc., le centre-ville,
woups! ça, ça s'en allait dans Westmount—Saint-Louis. Puis là la... les gens
de Centre-Sud s'étaient soulevés. Il y a eu des mémoires. Ils avaient juste eu
10 jours, hein, pour faire ça, une procédure accélérée de 10 jours. Puis là ça avait quand même été une
mobilisation impressionnante. Et, bien, le... la CRE avait reçu tout ça puis avait décidé de procéder à une autre hypothèse.
Bien là, c'était la version finale, puis là c'était Outremont puis... C'était
quoi, l'autre circonscription qui avait sauté? En tout cas...
Une voix :
...
M. Leduc :
Mont-Royal, voilà, Mont-Royal—Outremont avait sauté, mais personne n'était au courant que
Mont-Royal était sur le bord de sauter aussi, ni dans la V1 ni dans la V2. Ça
fait qu'il y a quelque chose là-dedans qui... qui n'est pas logique.
Je ne sais pas
comment ça avait été pensé à l'époque, à l'origine de tout ça. C'est bien,
hein, qu'on le fasse aux deux élections comme ça, que ce soit du monde
indépendant. Jamais personne ne voudrait être dans un système à l'américaine de «gerrymandering», comme on
appelle, où on se ferait des deals entre partis politiques pour aller découper
des coins de rue, puis des quartiers, puis
des bouts de ville, puis des bouts de région pour s'assurer des sièges solides
puis imbattables. C'est l'enfer,
c'est l'enfer là-bas. Ils ne s'en sortiront peut-être même jamais. C'est rendu
tellement ultrapolitique et partisan que c'est... que c'est englué.
C'est d'ailleurs un de mes prédécesseurs, hein, député d'Hochelaga, à l'époque,
qui avait fait la première réforme de la carte électorale puis qui avait
inventé, je pense, ce système-là.
Cela étant dit, il
faut réviser cette logique-là de surprise, de boîte à surprise, de V1, V2, V3.
Ça ne peut pas fonctionner comme ça. Ça génère bien trop d'instabilité. Les
communautés ne savent pas s'il faut qu'ils se mobilisent ou pas. Quand faut-il qu'ils le fassent? Sont-ils
en danger? Ce n'est pas sain. Ce n'est pas une bonne façon de fonctionner.
Ça
fait que moi, j'espère que, là, on va régler le dossier d'une manière ou d'une
autre. Je ne sais pas trop comment ça va se terminer, cette aventure-là,
mais j'espère sincèrement que, peu importe la couleur du prochain gouvernement,
en 2026, on va faire l'exercice de réviser les critères, ça me semble un
consensus politique, mais il va falloir le faire et l'appliquer, mais aussi qu'on va réviser la façon de fonctionner pour ne
plus qu'il y ait des boîtes à surprise comme ça, entre V1, V2, V3, et qu'on trouve une manière plus sereine de discuter
et de débattre de la façon d'organiser notre belle démocratie
québécoise. Merci beaucoup, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup, M. le député. Je cède maintenant la parole à Mme la ministre
et députée de Rivière-du-Loup.
Mme Amélie Dionne
Mme Dionne : Merci, Mme la Présidente. Donc, en plus de
représenter ma belle circonscription de Rivière-du-Loup—Témiscouata—Les Basques,
j'ai aussi l'honneur de représenter les magnifiques régions du Bas-Saint-Laurent
et de la Gaspésie—Îles-de-la-Madeleine
à titre de ministre responsable. Ces régions bien connues ont la désignation de
régions ressources, avec de grands attraits mais aussi avec des particularités
qui font leur charme, combinées, bien sûr, à de grands défis.
Aujourd'hui, je parle
en mon nom, mais je parle aussi en appui à mes collègues députés du
Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie. D'une
voix commune, j'aimerais aussi inclure les maires, les préfets, les
représentants de l'Est du Québec
et toute la population qui se mobilise face
à cette décision qui est, pour ma part, décevante. Laquelle, Mme la Présidente?
Eh bien, celle de la réforme de la carte électorale touchant
principalement la Gaspésie et le Bas-Saint-Laurent. Comme on l'a appris, la réforme de la carte viendra
agrandir les circonscriptions de Rimouski et de Matane-Matapédia vers l'est.
Ces agrandissements auront aussi pour effet de diminuer la circonscription de
Gaspé pour l'unir à celle de Bonaventure. Donc, ce sera l'abolition proprement
dite d'une circonscription en Gaspésie.
Mme
la Présidente, afin de bien mettre en perspective ces deux vastes territoires,
je prends le temps de vous donner quelques
chiffres, parce que j'aime beaucoup les chiffres. Le Bas-Saint-Laurent, vous
savez, c'est plus de 22 000 kilomètres carrés, avec plus de
130 municipalités réparties dans huit MRC. Pour la Gaspésie, c'est plus de
20 000 kilomètres carrés pour six
MRC et 54 municipalités. Imaginez, Mme la Présidente, ces deux régions
réunies font plus de 42 000 kilomètres carrés. Et ça dépasse
largement le territoire de la Belgique, qui est à 30 600 kilomètres
carrés. Donc, quand on parle de représentativité des régions, Mme la
Présidente, cette notion doit être réfléchie bien au-delà d'une conception
basée sur de simples critères démographiques. La réalité des régions, c'est sa
population, c'est sa culture, c'est son économie, mais aussi c'est la
complexité de son territoire.
Le territoire du
Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie ne sont pas que des destinations
touristiques, bien qu'elles sont très prisées au Québec, où passer ses
vacances, mais c'est aussi une population qui mérite d'être représentée à sa
juste valeur. Ces deux régions sont un milieu de vie à l'année où près de
300 000 Québécoises et Québécois y vivent. Mme la Présidente, retirer une circonscription en Gaspésie, ce serait de
passer le message qu'il y aurait deux classes de citoyens au Québec. Une région moins représentée,
c'est une région qui aurait moins de services et donc moins d'attractivité.
Le redécoupage actuel
est principalement basé sur le nombre d'électeurs, une approche qui, bien
qu'elle respecte un certain principe
d'équité, demeure insuffisante pour refléter la diversité des réalités
régionales, c'est bien évident. Ainsi, je tiens à le répéter, on ne doit
pas se baser que sur un principe d'équité mais bien sur une représentation qui
est juste et qui est équilibrée pour l'ensemble de nos citoyens. Il devient
donc essentiel d'élargir les critères de délimitation des circonscriptions. La
superficie du territoire, les particularités économiques, l'accessibilité aux
services publics ainsi que la cohésion
sociale et communautaire constituent autant de dimensions fondamentales qui
influencent directement la vie de nos citoyens. Une prise en compte rigoureuse
de ces facteurs permettrait de mieux refléter la réalité des régions et
de renforcer la légitimité du processus démographique.
Mme la Présidente, serons-nous des témoins en
direct d'une dévitalisation régionale? Je tiens à dire que je ne veux pas être
complice de cette démarche. Modifier les limites des circonscriptions, c'est
déséquilibrer également son tissu social, c'est connu.
Vous savez, les taux de participation aux élections sont bas. Les citoyens se
désengagent de la politique. Ils ne se sentent plus représentés par l'appareil
démocratique. Cette redéfinition de carte, ce n'est pas juste une perte de
circonscriptions, mais c'est un ajout aussi à une perte de confiance envers la
démocratie.
Maintenant, parlons du poids des régions. Le
redécoupage tel que présenté viendrait aussi diluer le pouvoir politique de ces deux grandes importantes
régions. En novembre 2023, 65 maires, députés et préfets ont signé une
lettre ouverte publiée dans les grands quotidiens pour démontrer cette
solidarité régionale afin de dénoncer cette diminution potentielle de la
représentation politique de l'Est du Québec. Mme la Présidente, j'aimerais vous
souligner que j'étais cosignataire de ladite
lettre à l'époque, qui démontrait déjà que mon implication sur le sujet et mon
souci de donner une voix aux régions étaient très importants.
Le redécoupage électoral ne doit pas être une
opération technique ni une opération administrative. Avec cette décision, j'ai
l'impression de revenir dans les années 70 avec les opérations Dignité.
Malgré mon jeune âge à cette époque, je vous rappelle que ce fut un mouvement
social sans précédent dans les régions du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie
afin d'éviter la fermeture de 96 municipalités et de relocaliser près de
65 000 personnes dans les villes de proximité. Nous ne devons pas
reculer sur le poids nos régions.
Comme vous le savez, Mme la Présidente,
certaines régions de l'Est du Québec connaissent une baisse démographique, et ce n'est pas nouveau. Selon
l'Institut de statistique du Québec, le Bas-Saint-Laurent pourrait perdre aussi,
par exemple, 4,2 % de sa population,
soit près de 8 500 résidents, d'ici 2051. Est-ce que ça veut dire,
Mme la Présidente, qu'on doit
s'attendre que, d'ici 2051, le Bas-Saint-Laurent pourrait, lui aussi, devenir
une seule circonscription? Ce serait inacceptable. Comme le mentionnait
le maire de Matane dans son mémoire, vous savez, on ne règle pas un problème
démographique en éliminant une circonscription pour en agrandir une autre. Il
faut plutôt la supporter en la dynamisant au lieu de la faire disparaître et de
diluer la masse.
Mme la Présidente, depuis cette triste annonce,
de nombreux citoyens, des maires, des préfets m'ont contactée pour me souligner l'impression de devoir, encore
une fois, se battre pour la voix de leur région. Lors de la consultation en
novembre 2023, de nombreux élus mais aussi
des organisations communautaires, agricoles, économiques de la Gaspésie
et du Bas-Saint-Laurent ont déposé des mémoires sur leurs inquiétudes et leur
mécontentement face à ce redécoupage. Nous ne demandons pas quelque chose de
spécial ou la charité. Nous demandons simplement de préserver nos acquis.
J'aimerais aussi vous ramener dans l'histoire.
En 1979, le gouvernement du Québec adoptait la Loi sur l'aménagement et
l'urbanisme, qui institue les municipalités régionales de comté, mieux connues
sous le nom de MRC. Ces divisions de
territoire ont permis la création d'entités administratives afin de gérer
certains mandats et compétences, dont l'urbanisme. Chaque MRC a un
conseil composé des maires et de représentants du territoire avec un préfet.
Modifier la carte électorale, c'est aussi
rediviser les territoires dans une logique qui manque de cohérence, sans prendre en compte les limites officielles des MRC.
Mme la Présidente, comment pensez-vous qu'un préfet peut travailler
ses dossiers de municipalité
régionale de comté s'il doit travailler avec deux députés? C'est la réalité que
la MRC de La Mitis va devoir vivre avec la nouvelle carte
électorale, soit à cheval sur deux circonscriptions. Est-ce que c'est cohérent
dans notre désir de travailler efficacement
pour le bien de nos citoyens? J'en doute. Imaginez les enjeux que cela pourrait
causer, en plus de la grande... du
grand territoire de nos régions. Deux représentants politiques différents pour
une même région peuvent entraîner des divisions de priorités et des
conflits potentiels qui nuiraient à la prise de décision efficace et à la
défense des intérêts de la MRC.
• (16 heures) •
Mme la Présidente, j'aimerais vous citer un passage
du mémoire produit par la Table régionale des élu-es municipaux du
Bas-Saint-Laurent, déposé à la Commission de la représentation électorale, qui
s'inscrit toujours dans le même argumentaire : «La proposition de
redécoupage de la commission fait fi de la notion de MRC, qui est pourtant fondamentale dans la cohésion socioéconomique des
communautés rurales du Québec depuis leur mise en place en 1982. Comment soutenir la vitalité et la cohésion d'une
communauté d'intérêts et de son identité territoriale avec une proposition qui
divise son territoire d'appartenance en deux?»
Mme la
Présidente, les 125 députés élus présents aujourd'hui ont tous la même
mission, représenter leur population. C'est pour ça que nous avons été
élus. Cette nouvelle carte viendra créer un obstacle de distance
incommensurable à parcourir entre les
parlementaires et ceux qu'ils représentent, soit leurs citoyens et leurs
citoyennes. Nous avons le devoir de donner une voix aux citoyens mais
aussi à nos communautés, ne pas... mais ne pas la diminuer.
Les régions du Bas-Saint-Laurent, de la
Gaspésie, des Îles-de-la-Madeleine sont des régions ressources. Qui dit région
ressource dit, évidemment, grand territoire pour l'agriculture, l'industrie
forestière, l'acériculture. L'une des nouvelles circonscriptions compterait
plus de 345 kilomètres, soit quatre heures de route par beau temps pour
son député seulement pour couvrir sa circonscription. Le Regroupement des MRC
de la Gaspésie l'a d'ailleurs mentionné dans son mémoire déposé en octobre
2023 : «La région étant déjà caractérisée par la dispersion de la
population et les grandes distances à parcourir, l'adoption de la nouvelle
carte électorale serait un autre vecteur de fragilisation puisqu'elle
éloignerait les citoyens de leur député.»
Aux dernières élections municipales, de
nombreuses municipalités ont connu des enjeux de recrutement de candidats pour
les postes de conseiller et de maire. Le rôle d'un élu, qu'il soit municipal ou
provincial, est un rôle important et crucial avec de grandes responsabilités et
qui demande du temps pour être à l'écoute des citoyens qu'il représente. Le
redécoupage proposé, avec les kilomètres à parcourir, n'aidera en rien à
attirer de futurs candidats pour un engagement politique.
Une perte de poids politique, c'est une perte de
poids d'influence sur les lois, les règlements, les politiques et les programmes, et donc une perte sur la
compréhension aussi des réalités et des réels besoins de nos communautés plus éloignées des grands centres. Je rappelle que, dans
la région de la Gaspésie, on retrouve les deux MRC les plus dévitalisées, soit la MRC de Rocher-Percé et la MRC de
La Haute-Gaspésie. Certaines du Bas-Saint-Laurent ne se retrouvent pas
très loin. Et toutes ces MRC vont être impactées par ce découpage.
En conclusion, Mme la Présidente, les citoyens
de Bonaventure, de Matapédia, de Sainte-Anne-des-Monts doivent pouvoir être
entendus par leur député au même titre que ceux d'une grande ville et ne
doivent pas être pénalisés parce qu'ils
vivent dans un territoire moins peuplé. Maintenir la démocratie n'est pas une
simple affaire de chiffres. C'est un équilibre entre l'occupation de nos
territoires et la capacité réelle d'influencer les décisions publiques.
Mme la Présidente, le redécoupage de la carte électorale
avec, entre autres, la perte d'une circonscription en Gaspésie est une décision administrative lourde de conséquences, que je
vous ai soulignées précédemment. Ce redécoupage influencera l'équilibre
démocratique, la représentation régionale, mais surtout la voix de nos
citoyens. Merci beaucoup, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
Mme la ministre. Donc, maintenant, je suis prête à donner la parole à M. le
député de Marquette.
M. Enrico
Ciccone
M. Ciccone : Merci beaucoup, Mme la Présidente. D'entrée de jeu,
j'aimerais saluer mon collègue de Gaspé, ma collègue de Bonaventure et mon
collègue de Matane-Matapédia. Je nomme ces trois-là parce que je suis le fier
représentant pour ma formation politique, Mme la Présidente, de cette belle
région. Je suis allé à plusieurs reprises, pas
autant que mes collègues, bien entendu, mais, comme vous le savez très bien,
pour avoir été dans l'opposition également, Mme la Présidente, on doit
représenter chaque... chaque région pour être une... pour avoir une réplique
aussi au ministre responsable des régions.
Alors, aujourd'hui, pas parce que je ne suis pas
touché par tous les autres changements de cette... de cette carte électorale là
ou les possibles changements de cette carte électorale là, je suis très touché
par ce qui arrive, par ce qui arrive avec le
collègue de LaFontaine et son... et sa conscription, mais il faut regarder la
chose... il faut regarder la chose dans une globalité.
Non plus, je ne jouerai pas au député de Huntingdon,
qui est venu retravailler ma...
Une voix : ...
M. Ciccone :
...Beauharnois, pardon, qui est venu retravailler ma circonscription,
imaginez-vous donc, avec Jacques-Cartier. Si je me rappelle bien, là, le
ministre responsable avait voulu aller chercher l'ensemble des députés pour
travailler, là, un seul front, pour être d'accord, aller chercher l'unanimité.
Alors, qu'on arrive ici aujourd'hui puis qu'on tente de jouer au commissaire,
au commissaire de la CRE, ça m'a un peu... honnêtement, je pense qu'on doit
laisser ça à des spécialistes. Non seulement ça, mais, vu leur présentation,
leur rapport, le rapport préliminaire, un rapport,
deux rapports, bien là, c'est notre job, en tant que législateurs, de parler et
de faire valoir nos... notre voix sur ce qu'on est d'accord ou non. Moi, je pense que c'est important de le
faire, mais de là à aller jouer dans les autres circonscriptions puis de se dire quoi faire... Je comprends qu'on a
peut-être passé un texte, mais, honnêtement, ça m'a... ça m'a dérangé, c'est pour ça
que je veux... je veux le dire, Mme la Présidente.
La démocratie, la démocratie est un système qui
est basé sur des principes fondamentals que la valeur de chaque électeur ou électrice est égale pour
choisir ses élus au gouvernement du Québec. Ce système doit aussi rencontrer
l'épreuve de la confiance des votants et, de ce fait, leur fournir l'assurance
de cette égalité de la représentation. Trop souvent, Mme la Présidente, puis je
vais y revenir un peu plus tard, là, on y va beaucoup sur des chiffres, puis
c'est ce que j'avais dit au commissaire
Blanchet à l'époque. Je lui avais dit... j'ai dit : Je vais vous demander,
s'il vous plaît, une chose... Puis, encore, le rapport est quand même
assez exhaustif, là, Mme la Présidente, là, je l'ai... le second rapport, je l'ai feuilleté, je l'ai regardé, je l'ai
souligné, parce qu'il y avait quand même des éléments importants, mais il y a
un élément qui me touche, qui me
touche mais qui me fait de la peine, quand même... puis là il va peut-être
dire, le commissaire Blanchet : Mais ce n'est pas ma job de faire
ça, mais il y a tout l'aspect humain, là-dedans.
Moi, honnêtement, là, j'ai parcouru la région de
la Gaspésie, l'endroit où le député de Gaspé est responsable, l'endroit aussi
où la députée de Bonaventure est responsable, et même celui de
Matane-Matapédia, parce que je suis responsable également du Bas-Saint-Laurent.
Aïe! Misère! Mme la Présidente, je ne voudrais pas être dans leurs souliers, là. Puis je vais faire un plaidoyer pour
eux aujourd'hui, pas parce que ce n'est pas une belle région, c'est une région exceptionnelle,
où il fait bon vivre, mais, Mme la Présidente, le kilométrage qu'on doit
faire... Je me réfère même à Sylvain Roy,
qui est ancien député de Bonaventure. À trois reprises, à trois reprises, il a
quasiment perdu la vie, Mme la Présidente. Pourquoi? Parce que, un, les
conditions météorologiques ne sont pas les mêmes que nous autres.
Je comprends qu'on regarde ça dans un ensemble,
un tout, la loi, c'est la loi, puis je comprends, là, qu'on doit se fier à la
loi, mais, en même temps, il y a toujours cet aspect-là, l'aspect humain, qu'il
ne faut pas... il ne faut pas mettre de côté
non plus. Il faut... Dans nos prises de décision, je comprends que, pour certains
juristes, on dit : Non, la loi, c'est
la loi, puis on... Puis nous autres, comme législateurs, aussi, il faut faire
respecter la loi, Mme la Présidente, tu sais, il faut parler toujours en
fonction de respecter la loi, mais, en même temps, dans ces conditions-là,
quand ça va un peu plus loin, où il y a un risque de santé pour mes
collègues... On peut avoir des différends, mais, moi, de dire qu'on va
respecter la loi sans penser à mes collègues, moi, ça me... Vous allez dire que
je suis une personne peut-être un peu trop
sensible, Mme la Présidente, mais c'est mon côté protecteur qui l'emporte
toujours, puis, moi, ça, cet aspect-là, ça me dérange énormément.
Ce
qu'on appelle la représentativité effective : «Au sens purement
mathématique, cette représentativité s'exprime par le principe que
chaque vote est égal.» Donc, un électeur ou électrice égale un vote. «Le but de
l'exercice électoral est l'élection de députés, parmi lesquels sera formé le
gouvernement.» Là, je vous fais un... je vous fais un... bien, je ne vous donne pas un cours, là, mais je vous fais
un exposé, parce qu'il semble que certains qui ont écrit ce rapport-là ou qui
ont fait le travail ont oublié quelques éléments plus humains, Mme la
Présidente. Regardez l'humain, là, quand je vous... je vous lis
ça : «Il devient donc nécessaire de diviser le territoire en
circonscriptions électorales. Les circonscriptions électorales visent à
répondre aux critères mathématiques de la représentativité effective, mais afin
de rendre l'exercice réalisable et qu'il
tienne compte des réalités historiques, culturelles, régionales, économiques et
politiques de l'ensemble des régions
du Québec.» Est-ce qu'on a parlé aux communautés autochtones quand on a fait le
rapport préliminaire, premier rapport, celui-là, ici? Est-ce qu'on a
touché... Est-ce qu'on a posé des questions?
• (16 h 10) •
«Le législateur a permis des écarts
mathématiques pour l'établissement des circonscriptions. Avec l'évolution de la
démographie et du clivage entre les centres urbains et les régions rurales, le
législateur a aussi permis que d'autres critères que le seul critère
mathématique soit pris en compte par les commissions de représentation
ultérieures pour effectuer la division du
territoire en circonscriptions électorales. Le législateur a confirmé et
définit les critères utilisables pour
les commissions de représentation électorale dans un jugement de la Cour suprême du Canada», Mme la Présidente.
«Selon les
principes reconnus dans l'arrêt Carter — puis
je ne suis pas le premier qui en parle, là — la détermination des circonscriptions électorales de plusieurs circonscriptions
électorales rurales du Québec ont obtenu le statut d'exception
temporaire. Les comtés de Gaspé et de Bonaventure répondent à ces critères qui
permettent de leur accorder le statut d'exception. D'ailleurs, lors de
l'exercice précédent de la commission, les comtés de Bonaventure et de Gaspé se
sont vu accorder le statut d'exception en fonction des critères. Selon les
données disponibles sur le site du DGEQ à l'égard du nombre de familles, de
l'âge moyen, de la superficie, du nombre de communautés autochtones, du nombre
de municipalités à desservir, la superficie, etc., il appert que la situation
des comtés de Gaspé et de Bonaventure soit très similaires à celle des autres
comtés d'exception.»
Je peux vous parler des Îles-de-la-Madeleine,
Mme la Présidente. Ah! Parce que c'est une île. Ce n'est pas une île, Gaspé,
ils ont... non, ce n'est pas pareil. Mme la Présidente, j'invite le commissaire
à aller se promener, pas juste quand il fait beau, là, qu'il aille se promener
pendant des tempêtes de neige, qu'il aille se promener pendant le tourisme,
parce qu'il y en a, du tourisme, là-bas, là, qu'il aille se promener, puis il
n'y a pas... il n'y a pas cinq autoroutes pour aller là, Mme la Présidente,
puis je les invite à aller voir. On veut agrandir ça. On veut éliminer une
circonscription. Bon Dieu! Je pense à mes collègues encore une fois. Je reviens
toujours à mes collègues parce que c'est à eux autres. C'est eux autres qui
vont payer pour, Mme la Présidente, c'est eux autres, pas parce... parce que je
suis persuadé qu'ils aimeraient ça s'occuper de plus de personnes, là.
Moi, dans mon comté, j'en ai 45, 46. N'en
déplaise au député de Beauharnois, qui veut jouer dans ma circonscription, là,
je suis persuadé que le député de Gaspé serait capable de s'occuper d'une
cinquantaine d'électeurs... 50 000 électeurs, mais, en même temps, on
peut-tu calculer... on peut-tu faire une petite règle de trois pour savoir
c'est combien de kilomètres du... puis comment on va être capables de les
servir? Ça n'a pas de bon sens, Mme la Présidente. Puis, on dirait, ça, on
l'oublie, on l'oublie.
«Un député
peut représenter adéquatement ses citoyens en fonction de certains facteurs
humains incontournables qui sont les
suivants : le nombre d'heures dans une journée, le nombre de jours dans
une semaine, le nombre de jours dans une année, le sommeil, les
déplacements, le temps libre pour lui-même et sa famille.» Ils ont des
familles, eux autres, Mme la Présidente, ces trois collègues-là. À un moment
donné... «Un député du comté de Gaspé ou de Bonaventure, comme c'est le cas pour plusieurs députés des
comtés ruraux éloignés, se voit déjà accorder un ratio de temps beaucoup plus
élevé pour les déplacements entre Québec et son comté, en plus de devoir servir
un comté géographique très grand.» Ça, c'est
seulement... Puis je sais que ça a été... ça a été dit, Mme la Présidente, là,
mais je sentais le besoin de réitérer, de réitérer ces éléments-là.
Je veux juste
poursuivre, Mme la Présidente, puis là j'ai juste fait une petite recherche
rapide, là, ce qui sort dans les
journaux. Les enjeux cachés de la représentation électorale. Le redécoupage électoral qualifié d'inhumain
et d'ingérable. Je pourrais... je pourrais vous en... vous en sortir
encore plus, Mme la Présidente.
C'est sans vous rappeler également une motion
qui a été déposée ici, et je sais qu'on en a parlé, mais on va le répéter — peut-être
qu'en ce moment, là, il y a quelqu'un qui écoute puis qui va dire «ah! oui,
c'est vrai, finalement» — qui a été déposée par le député des Îles-de-la-Madeleine,
justement :
«Que l'Assemblée nationale prenne acte de la
proposition de la Commission de la représentation électorale de fusionner les circonscriptions
de Gaspé et de Bonaventure, en une nouvelle circonscription qui s'étendrait des
Plateaux de la Matapédia jusqu'à Grande-Vallée — etc.;
«Qu'elle
souligne l'immensité du territoire, son éloignement, la longueur des distances
à parcourir et la dispersion de l'ensemble de la population de cette
région;
«Qu'elle rappelle qu'un territoire aussi vaste
éloignerait encore davantage les citoyens de leur député...»
On veut-tu vraiment... Je fais une pause. On
veut-tu vraiment éloigner, avec tout ce qui arrive, là, le cynisme en
politique, éloigner la population de leur député? Au contraire.
«Qu'elle
rappelle qu'un territoire aussi vaste éloignerait encore davantage les citoyens
de leur député, affecterait la qualité des services offerts dans les bureaux
de circonscription et ne pourrait refléter adéquatement les multiples
particularités régionales de cette circonscription;
«Qu'elle souligne que toute perte de poids
politique que subissent nos régions québécoises met en péril la santé
démographique de notre nation;
«Qu'enfin, elle souhaite
que la Commission de la représentation électorale révise sa recommandation de
fusionner les circonscriptions de Gaspé et Bonaventure.»
Puis ça, ça a été voté, Mme la Présidente, à
l'unanimité.
Comme vous voyez, je parle des comtés lesquels...
dont je représente mon parti, mais ça ne veut pas dire que je ne suis pas touché ou même sensible à ce qui
arrive dans le comté de LaFontaine, Mme la Présidente. Et je souscris à ce que mon collègue va dire parce que j'en ai eu un
petit... un petit aperçu la semaine passée. Et on peut... on peut voir, là,
les... puis c'était la même chose avec les
collègues, là, puis je me rappelle, on peut voir que c'est senti. On tombe en
amour avec notre circonscription, Mme la Présidente, on tombe en amour
avec nos... nos citoyens. On veut les protéger, on veut les représenter, on
veut être leur voix ici, dans cette... dans cette belle maison. Puis là, du
jour au lendemain, c'est comme si on dit : Regarde, là, ce comté-là, ça ne
compte plus. C'est comme un... c'est comme un coup de poing en plein visage.
Moi, je regarde la députée de Bonaventure, là c'est quoi, ça va se battre, là,
qui qui va garder le comté? Bien, voyons,
ça, c'est... Mme la Présidente, tu sais, je veux dire, c'est... c'est comme si
tu arrachais quelque chose, parce que,
du jour au lendemain, là... Avant d'être député, on a notre famille proche, nos
pères... notre père, notre mère, on a... nos enfants. La journée qu'on
est élu... Moi, en 2018, Mme la Présidente, puis vous, c'est un peu plus tôt,
là, mais moi, du jour au lendemain, je me suis retrouvé avec des 45 000,
46 000 membres de ma famille. On était tous ensemble, là. Ça fait
que, tu sais, à un moment donné, je veux bien croire, là, mais il y a cet aspect-là
aussi qui... qui n'est pas à nier.
Puis je comprends le député de LaFontaine,
tantôt qui va faire son plaidoyer, je comprends le député de Gaspé,
Bonaventure, Matane-Matapédia et les autres aussi, là, parce qu'il y a eu
d'autres changements, là, dans les... dans le deuxième... dans le deuxième
rapport.
Puis... Puis je souscris à ce que, justement, le
député d'Hochelaga-Maisonneuve disait. C'est... c'est un moment qui... qui est
un peu agaçant, c'est un moment qui est un peu anxiogène, parce que, là, là je
me dis : Tabarouette! notre commissaire, là, de la CRE, là, il a-tu... le
président de la CRE, il a-tu écouté le député de Beauharnois puis il a-tu
dit : Ah! tabarouette, je vais aller jouer dans Marquette la prochaine
fois, quand ça va être...
Puis là on
veut-tu s'embarquer, Mme la Présidente, dans des débats juridiques, là? Ça ne
coûte pas assez cher, là. Sincèrement,
là, sincèrement, il y a déjà un jugement de la Cour suprême, va-tu falloir
encore une fois avancer puis aller plus loin avec ça? Tu sais, je veux dire,
c'est... c'est... ce n'est pas nécessaire.
Je veux également, encore une fois, mettre
l'accent sur... Puis... puis il y a un article de... c'était écrit par M. Hugo Pilon-Larose, de La Presse.
Le titre, c'est On met notre sécurité en jeu. C'était le député de Matane-Matapédia qui disait ça, c'était le
14 février 2024, à la Saint-Valentin. Puis là je vais vous citer un
passage de M. Blanchet : «Pour sa part, M. Blanchet a rappelé aux parlementaires que
la commission était à l'écoute des critiques formulées par les élus et les
citoyens.»
Je ne veux pas être méchant, Mme la Présidente,
là, mais j'ai comme l'impression qu'on a parlé dans le vide. Je ne veux pas être méchant, mais, à voir les
résultats, à voir le second rapport, à avoir plaidé pour le bien-être des
collègues, pour leur sécurité... Je sais que je le dis souvent, mais ça
me vient... ça vient tellement me chercher, Mme la Présidente : Il faut croire qu'il n'a pas écouté ça. Puis là il
va dire : Bien, ce n'est pas dans mon mandat, ce n'est pas dans la loi, ce
n'est pas écrit dans la loi, ce n'est
pas enchâssé. Bien oui, mais, à un moment donné, on peut-tu juste... on peut-tu
juste avoir ce petit jugement là?
• (16 h 20) •
Je vais vous lire également... parce qu'on parle
beaucoup des députés, mais il y a aussi les... il y aurait un changement quand
même considérable, là, pour les préfets, pour les maires. Je n'ai jamais été en
contact autant avec les préfets puis les maires de cette région-là, justement,
parce qu'on veut... on veut aller chercher de la... on veut aller chercher du
soutien. Puis je peux dire à tous les préfets, puis là je pourrais tous les
nommer, là, mais c'est une région quand même assez vaste, là, Mme la
Présidente, je n'aurai plus de temps, là... Je veux dire, on est tous d'accord
avec vous, on est tous d'accord avec vous puis on va se battre ensemble, en
espérant que les personnes qui peuvent décider, ont le pouvoir de décider, là... Je comprends qu'il pourrait toujours y
avoir un projet de loi, là, qui pourrait être déposé, là, mais, en même temps,
on va laisser travailler la CRE, parce que, quand même, on ne veut pas non
plus... On essaie de les convaincre, on va le dire comme ça, là, on ne
veut pas s'ingérer, mais on essaie de les convaincre. Puis, des fois, oui, on
n'est peut-être pas gentils, on a peut-être des mots un peu durs, mais, tu
sais, c'est notre prérogative. Nous sommes des législateurs puis on dit ce
qu'on pense. On va garder le respect, mais on va dire ce qu'on pense.
Alors, je vais... je vais vous partager, Mme la
Présidente, en conclusion, en terminant, là, un extrait conforme du procès-verbal de la rencontre de la table des
MRC de la Gaspésie ayant eu lieu le 20 juin 2024. Les membres présents, je
ne vais pas tous les nommer, là, parce que c'est tous des préfets... puis des
maires, des préfets, exactement, et ainsi
de suite :
«Considérant les travaux réalisés l'automne
dernier par la Commission de la représentation électorale, dont l'une des
propositions consistait en la disparition de l'une des deux circonscriptions de
la Gaspésie;
«Considérant la résolution 2023-1010-144
qui a été adoptée par la Table des préfets des MRC de la Gaspésie, qui demande à la commission de maintenir le statu
quo quant à l'élimination actuelle des circonscriptions de Gaspé et de Bonaventure, les principes de la représentativité effective reconnue par
les articles 14 et 15 de la Loi électorale du Québec;
«Considérant l'adoption à l'unanimité par
l'Assemblée nationale — je
vous l'ai lu tantôt — de
la loi n° 55, visant à interrompre le processus de révision de la carte
électorale pour ainsi maintenir temporairement la carte actuelle en vigueur, délimitée par la Commission de la représentation électorale en toute
indépendance en 2017, pour les élections générales qui sont prévues en
2026;
«Considérant l'injonction interlocutoire déposée
en Cour supérieure contre le gouvernement du Québec par les conseils de préfets
et les élus de la région des Laurentides demandant la reprise des travaux de la
commission; «Considérant la mobilisation régionale ayant eu lieu à
la suite de la proposition de la commission — et je vais passer quelques
considérants, là, parce que le temps avance, là;
«En conséquence, il est
proposé par Daniel Côté — c'est
le maire de Gaspé — et
résolu à l'unanimité que la table des MRC
réitère sa position face à la réforme de la carte électorale et demande de
maintenir le statu quo quant aux délimitations actuelles des circonscriptions de Gaspé et de Bonaventure en considérant les principes de la représentativité
effective reconnus par les articles 14
et 15 de la Loi électorale du Québec et par l'arrêt Carter de 1991 de la Cour suprême du Canada.»
Et ça, Mme la Présidente, je vous l'ai dit tantôt,
c'était le 20 juin 2024, mais je peux vous... je peux vous confirmer
qu'aujourd'hui, là, on pourrait relire exactement la même chose, parce que j'ai
parlé avec M. Côté la semaine passée,
j'ai parlé également avec des préfets de la région de la Gaspésie et de
Bonaventure, et ils sont tous d'accord, encore une fois, à répéter ce qu'ils... ce qu'ils... Là, je pourrais vous lire
un paquet de résolutions, Mme la
Présidente, mais je pense que
je vais m'arrêter ici. Et je vais terminer exactement avec ce que j'ai dit la
dernière fois que j'ai pris la parole à ce niveau-là,
quand j'ai regardé le commissaire dans les yeux, je lui ai dit : Laissez
la Gaspésie tranquille. Merci, Mme la Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci, M. le député. Je suis prête, maintenant, à entendre M. le député
de Jean-Talon.
M. Pascal
Paradis
M. Paradis : Merci, Mme la
Présidente. Donc, encore une fois, cette année, le processus de révision de la
carte électorale génère des discussions qui sont importantes pour notre
démocratie. Donc, je suis très heureux d'intervenir au nom de ma formation
politique. Nous en sommes à la considération du rapport de délimitation des
circonscriptions, qui suit un rapport
préliminaire de la Commission de la
représentation électorale avec
laquelle, à l'unanimité, les députés de l'Assemblée nationale se sont
montrés en désaccord sur certains points. Et nous avons adopté une loi, ici,
qui avait essentiellement pour objectif de retarder la révision de la carte, au
moins jusqu'aux prochaines élections, le temps qu'on puisse faire le travail, mais qu'on protège aussi
deux circonscriptions dont la disparition est programmée maintenant
par ce rapport de délimitation des circonscriptions de la Commission de la
représentation électorale.
Lors de la
dernière révision, c'était la circonscription de Sainte-Marie—Saint-Jacques qui avait fait l'objet d'un combat pour être préservée. Cette fois-ci, c'est
la Gaspésie qui est ciblée et c'est l'est de Montréal. Le rapport proposé par la commission, bien, va faire fusionner les
circonscriptions de Gaspé et de Bonaventure, va supprimer une circonscription
dans l'est de Montréal, ce qui provoque un effet domino pour les
circonscriptions d'Anjou, de Louis-Riel, LaFontaine, Pointe-aux-Trembles, qui
vont devenir, maintenant, Pointe-aux-Prairies — un nom, d'ailleurs, qui est
assez inusité. Donc, on a décidé, les
125 parlementaires ensemble, on a décidé d'agir pour utiliser nos
pouvoirs, nos prérogatives. On a adopté donc un projet de loi qui
retardait la révision de la carte électorale. Ça, ça a été déclaré, donc,
inconstitutionnel par la Cour d'appel.
Première chose que je voudrais dire, on a eu ce
débat-là, les gens disent : Ah! bien, si la cour s'est prononcée puis si la commission de révision s'est prononcée,
ce qui est prévu par la loi, bien, les députés, on devrait accepter. Ce n'est
pas comme ça que ça fonctionne. Nous sommes dans un système de pouvoirs et
contrepouvoirs. Et les députés, les 125 députés, qui parlent ici d'une
voix unanime, ont un rôle à jouer. Les considérations que nous mettons... que
nous mettons de l'avant sont des considérations légitimes par rapport à celles
qui ont été interprétées par la commission, qui sont prévues dans la loi. Il y
a des articles, dans la loi, qui prévoient un certain nombre de critères qui
ont été appliqués par la commission. Mais, cette fois-ci, on donne... ça
donne... on dit que ça donne un résultat inéquitable.
Et ce qui est
très important de mentionner, c'est que nous parlons d'une voix unanime alors
que, pour les régions concernées, pour les circonscriptions concernées,
on pourrait dire... on pourrait imaginer... non, en fait, on ne peut pas
imaginer, c'est... c'est le cas souvent, que les intérêts électoraux, les
intérêts politiques des quatre partis ici représentés à l'Assemblée
nationale ne sont pas les mêmes, ne convergent pas nécessairement. Et pourtant
nous sommes d'accord et nous parlons d'une
voix unanime. Et, dans ce cas-ci, c'est le cas de le dire, le législateur ne
parle pas pour ne rien dire. Et le
législateur, c'est les députés, unanimes, des quatre formations
politiques. Nous sommes motivés par des considérations qui sont réelles.
D'ailleurs,
on les a déjà exprimées dans deux motions unanimes adoptées dans ces
dernières années pour réitérer notre volonté de conserver les
circonscriptions dans l'est de Montréal et dans la Gaspésie... et en Gaspésie.
C'est un message très important qu'on envoie aux autres institutions. Mais,
malheureusement, la commission n'a pas jugé bon d'en tenir... d'en tenir
compte.
Bon, pour
l'est de Montréal, la décision de la commission, ça veut dire que le poids
politique de l'est de Montréal va être diminué, c'est ça, le résultat de
l'exercice qui est proposé, parce qu'il y a un siège qui est retiré dans l'est
de Montréal. Or, c'est une zone qui a
historiquement été délaissée et négligée à travers toute notre histoire, notre
histoire récente comme notre histoire d'il y a plus longtemps, et l'idée
de continuer à diluer le pouvoir politique, la représentation politique de l'est de Montréal, par le retrait
d'une circonscription, pour notre formation politique, c'est inacceptable et
c'est inacceptable, en fait, pour l'ensemble des formations politiques.
L'est de Montréal, c'est un déficit historique
d'investissement et de développement depuis des décennies dans la plupart des
domaines. L'est de Montréal, c'est une diversité de citoyens et de quartiers.
Les réalités sociologiques, les réalités socioéconomiques de Mercier-Est, de
Mercier-Ouest et d'Anjou sont différentes.
Donc, la proposition actuelle va à l'encontre du
principe des communautés naturelles. La représentation démographique, la
division de notre territoire en circonscriptions électorales, ce n'est pas
uniquement une question de ratio froid où on fait juste regarder... C'est
important de regarder le ratio d'électeurs par circonscription, de regarder la moyenne. C'est vrai que c'est important, mais ce n'est
pas uniquement une question de ratio froid, la révision de la carte électorale.
Nous, on ne gouverne pas pour des rues. On ne gouverne pas pour des chiffres
puis des nombres. On gouverne pour des
citoyens et des citoyennes qui vivent dans des réalités qui sont profondément
ancrées dans le territoire, qui sont
profondément ancrées dans les réalités sociales, économiques, géographiques de
leur quartier et de leur communauté, et ça, malheureusement, les
décisions qu'on a devant nous n'en tiennent pas assez compte.
• (16 h 30) •
En aucun cas nous n'allons permettre qu'une
partie du Québec, dont les intérêts ont trop souvent été négligés,
sous-représentés, ignorés, perde un élu pour les représenter et porter haut et
fort leur voix ici, à l'Assemblée nationale. Parce
que c'est de ça dont on parle, c'est la capacité d'être entendu, la capacité
d'avoir accès à son député ou à sa députée, la capacité d'être représenté
dignement comme les autres citoyens et citoyennes du Québec. Alors, dans ce
cas-ci, je tiens à le mentionner de nouveau, ce n'est pas le député de
LaFontaine qui cherche à protéger sa circonscription, c'est les
125 députés de l'Assemblée nationale qui se tiennent debout, unis pour des
principes, et ces principes-là, ils sont très importants, et notre voix doit
être entendue par les autres pouvoirs dont il est question ici. Nous
redemandons une nouvelle fois à la commission de révision de considérer cette
voie importante, de considérer les réalités concrètes du terrain pour l'est de
Montréal.
Maintenant, la Gaspésie. Mon collègue député de
Matane-Matapédia a déjà fait un vibrant plaidoyer ici pour le maintien de la circonscription... en fait, des
deux circonscriptions de la Gaspésie. Je ne répéterai pas tout ce qu'il a dit,
mais je vais me permettre de faire miennes les grandes lignes de ce qu'il a
mentionné ici. Si on suit le rapport qu'on a devant nous actuellement, la
Gaspésie tout entière va devenir une seule et unique circonscription qui va
être presque impossible à couvrir pour un ou pour une seule élue. Si c'est la
circonscription de Gaspé-Bonaventure qui existe avec ce rapport-là, bien, à
commencer par les plateaux de la Matapédia, la baie... ensuite, en passant par
la baie des Chaleurs, Chandler, Percé, Gaspé, le parc Forillon, Grande-Vallée,
tout ça, ça va être une seule et unique circonscription.
Imaginez, M. le Président, il y a des citoyens
qui vont devoir conduire en voiture cinq heures de temps pour voir leur député.
Vous allez me dire : Oui, il y a les moyens technologiques, etc. On peut
le faire autrement, mais la réalité, c'est que, des fois, les citoyens veulent
voir leur député, veulent participer aux activités, et idem pour les députés.
Les députés veulent être présents sur le terrain. Ils veulent assister aux
activités importantes. Alors là, c'est la même chose, un député qui veut bien
faire son travail en Gaspésie va devoir, à certains moments, rouler cinq heures
pour essayer de couvrir correctement sa Gaspésie. Ce n'est pas acceptable. Les
impacts sont les mêmes que ceux que je mentionnais tout à l'heure, sur la
capacité de représentation, de porter la voix des citoyens.
Oui, c'est une région unie, la Gaspésie, mais il
y aurait des réalités distinctes aussi d'une partie à l'autre de la région, et
un député ou une députée en moins, ce n'est pas bon pour la vitalité de la
région. Ce n'est pas... ce n'est pas ce qu'on cherche à avoir pour représenter
dignement, de manière équitable, les voix distinctes de nos régions ici, à
l'Assemblée nationale. Ça va vouloir dire, fort probablement, parce que ça va
être ça, la réalité, ça va vouloir dire une perte de capacité du député ou de
la députée à bien représenter ses citoyens, à donner accès le plus facilement
possible à ses services à l'ensemble des citoyens, et c'est pourtant la base de
notre travail. Oui, ici, ce qu'on fait à l'Assemblée nationale, c'est important, mais toutes et tous, ici, on a un grand
amour pour notre circonscription, et on sait l'importance que ça a d'être présents auprès de nos concitoyens
et de nos concitoyennes de la manière la plus proche possible. Le concept de proximité,
il est important, et malheureusement ce rapport de la commission n'en tient pas
suffisamment compte.
Donc, c'est la même chose, au nom de la
Gaspésie, au nom du Bas-Saint-Laurent, au nom de nos régions, nous avons
unanimement la volonté de continuer le combat pour maintenir les deux
circonscriptions de la Gaspésie.
Et encore une
fois, remarquez, M. le Président, ce n'est pas seulement le député de la
Gaspésie qui se bat pour sa circonscription, ce n'est pas uniquement la
députée de Bonaventure qui se bat pour sa circonscription, c'est l'ensemble des
députés de l'Assemblée nationale, debout, qui disent : Nous avons besoin
de maintenir ces deux circonscriptions. C'est important, au-delà de nos
différends électoraux, au-delà de nos intérêts qui peuvent ne pas concorder sur
le plan politique, nous sommes ensemble,
nous sommes unanimes à lancer un message à la commission, aujourd'hui encore,
comme on l'a fait la dernière fois, sur le rapport préliminaire, nous
sommes unanimes à lancer ce message.
Donc, à partir du moment où l'ensemble des
députés des quatre partis politiques ici représentés sont d'accord et ils
disent : Nous voulons préserver le poids de la Gaspésie, nous voulons
préserver le poids de l'est de Montréal, c'est
important, c'est le législateur, c'est l'Assemblée nationale qui dit :
Nous avons cette expérience du terrain, nous le savons que ce qui nous
est proposé, ça ne fonctionnera pas. Ça va être une perte de droits, une perte
de représentation, une perte d'accès à notre
démocratie pour l'est de Montréal, pour les gens de l'est de Montréal et pour
les gens de la Gaspésie. On ne peut
pas accepter ça. Donc, cette unanimité, il faut la rappeler. Parce que j'ai
entendu des gens dire : Ah! bien oui, mais c'est parce qu'ils
protègent leurs intérêts. Pas du tout. Nous parlons de principes démocratiques
qui sont parmi les plus essentiels dans
notre système. Ici, on dit que c'est le phare de notre démocratie, on veut
continuer à être le phare de notre démocratie dans nos circonscriptions.
Donc, cette voix unanime s'est exprimée par le
projet de loi. Aujourd'hui, au nom de ma formation politique, je veux dire que
nous, du Parti québécois, nous maintenons cet appui très fort. Nous maintenons
cette unanimité de l'Assemblée nationale, nous continuons à être solidaires de
tous nos collègues ici présents à l'Assemblée nationale. Nous allons aussi considérer toutes les options
qui vont s'offrir à nous comme députés, mais ce que nous voulons d'abord,
c'est que la commission entende notre voix. Ce n'est pas qu'une question de
chiffres, ce n'est pas qu'une question de poids
démocratique... ou démographique relatif au reste des circonscriptions. C'est
une question de service public, d'accès au député. Et ce que nous
disons, c'est : Vive la Gaspésie, vive la Gaspésie bien représentée! Vive
l'est de Montréal, vive l'est de Montréal
bien représenté! Nous voulons conserver ces deux circonscriptions, dans l'est
de Montréal et dans la Gaspésie, et nous allons continuer le combat pour
que ça arrive. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, M. le député de Jean-Talon. Nous poursuivons ce débat avec... Cette
fois-ci, je reconnais M. le député de Gaspé.
M. Stéphane
Sainte-Croix
M. Sainte-Croix : Merci, M. le
Président. D'abord, permettez-moi de vous saluer cordialement, les collègues
parlementaires et surtout les auditeurs qui, par le biais de la télédiffusion,
suivent nos travaux à la maison.
À mon tour de m'inscrire dans cette période
particulière, hein, ce débat sur le second rapport de la Commission de la représentation électorale sur la délimitation des circonscriptions
électorales du Québec déposé le 2 décembre dernier.
Pour le bénéfice de nos auditeurs et nos
auditrices, rappelons-nous qu'on a eu le privilège de s'adresser à la
Commission de représentation électorale lors des audiences publiques de
l'automne 2023, pour lesquelles on a déposé un mémoire en bonne et due
forme. On a présenté le fruit de notre exercice. On a eu encore l'opportunité
de faire un travail plus ou moins similaire lors de l'étude des parlementaires
sur le rapport, à l'hiver 2024.
Et
aujourd'hui on est conviés à cette démonstration-là, encore une fois, de notre
insatisfaction, très honnêtement, M. le Président, aux grandes conclusions, aux
grands principes, aux orientations de ce rapport qui nous a été déposé, là, tout
dernièrement, la semaine passée.
Je pense que c'est important qu'on revienne sur
le rapport préliminaire, parce qu'il y a eu là des constats d'établis. Il y a surtout eu là des gestes posés
par le législateur, qui ont suivi ledit rapport et qui ont une portée pour la
suite des choses.
Lors de son rapport préliminaire, publié le
19 septembre 2023, la Commission de la représentation électorale proposait, compte tenu principalement de
l'évolution démographique, de modifier les limites de 55 des
125 circonscriptions que compte
notre belle province. Elle proposait notamment d'ajouter une circonscription
dans la région des Laurentides-Lanaudière
et une circonscription dans la région de l'Estrie—Centre-du-Québec. En contrepartie, M. le Président,
elle suggérait de retirer une circonscription sur l'île de Montréal et une
autre dans les régions du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie—Îles-de-la-Madeleine,
donc dans l'est du Québec.
La
reconfiguration des délimitations dans les régions du Bas-Saint-Laurent et de
la Gaspésie—Îles-de-la-Madeleine aurait pour effet de réduire de six à cinq le
nombre de circonscriptions dans lesdites régions, essentiellement via la fusion
des circonscriptions de Gaspé et Bonaventure en Gaspésie.
• (16 h 40) •
Je crois important de procéder au rappel
nécessaire d'une séquence de gestes posés par l'ensemble des parlementaires, posés par le législateur, qui
méritent d'être soulignés pour saisir la portée du tout récent rapport de la
CRE.
Le 17 octobre 2023, l'Assemblée nationale
adoptait une motion unanime demandant à la CRE de renoncer à la fusion des
circonscriptions de Gaspé et de Bonaventure. Le 28 mars suivant, le
ministre responsable des Institutions démocratiques, accompagné par des
représentants des trois partis de l'opposition, annonçait son intention de
déposer un projet de... de loi, pardon, afin d'interrompre le processus de
délimitation de la carte électorale alors en cours. S'ensuit l'adoption, M. le
Président, unanime, par l'Assemblée nationale, d'une motion soulignant
l'intention de ses membres de revoir les
paramètres et les dispositions de la Loi
électorale qui guident les travaux de
la CRE, plus particulièrement les critères de délimitation prévus aux
articles 15 et 16 de ladite loi. Le 24 avril 2024, le projet de loi n° 59 est présenté ici,
en Chambre. Unanimement adoptée le 2 mai 2024, la loi n° 59 est sanctionnée le 7 mai suivant par la
lieutenante-gouverneure.
Nonobstant les actes posés par le législateur,
le second rapport, déposé le 2 décembre 2025, par laquelle la CRE
maintient sa proposition de retirer une circonscription en Gaspésie, ne fait
pas de sens, M. le Président. Pour ce faire,
la CRE utilise de nouvelles données pour démontrer que l'écart négatif des
circonscriptions, en termes d'électeurs, se sont accentués. Mais qu'en
est-il au juste? La circonscription actuelle de Gaspé compte une population
électorale inférieure à la moyenne provinciale et un taux de croissance de même
inférieur à celui de la province. La réponse : ce chiffre fixe le nombre
d'électeurs à 30 131 électeurs. L'écart par rapport à la moyenne est
de moins 40,6 % et le taux de croissance, lors des années 2024 et
2023, est de 1,5 % négatif.
Selon la CRE,
l'ampleur de l'accentuation de l'écart empêche l'attribution de statuts
d'exception, tels qu'appliqués aux Îles-de-la-Madeleine ou encore sur la
Côte-Nord, en Abitibi, et dans le Nord-du-Québec. La nouvelle circonscription
fusionnée de Gaspé-Bonaventure serait formée à partir de la circonscription
actuelle de Bonaventure et des ajouts suivants : partie de la
circonscription actuelle de Gaspé, avec un total de 20 693 électeurs,
comprenant les municipalités suivantes : Cloridorme, Collines-du-Basque,
Gaspé, Grande-Rivière, Grande-Vallée, Mont-Alexandre, Murdochville, Percé, Petite-Vallée,
Rivière-Saint-Jean et Sainte-Thérèse-de-Gaspé. Le reste du comté,
9 438 électeurs de Gaspé, serait ajouté à la circonscription de Matane-Matapédia,
avec le transfert des municipalités suivantes, M. le Président : Cap-Chat,
Coulée-des-Adolphe, La Martre, Marsoui, Mont-Albert, Mont-Saint-Pierre,
Rivière-à-Claude, Sainte-Anne-des-Monts,
Sainte-Madeleine-de-la-Rivière Madeleine et Saint-Maxime-du-Mont-Louis.
La nouvelle circonscription fusionnée de
Gaspé-Bonaventure compterait une population électorale alors supérieure à la
moyenne provinciale et un taux de croissance qui demeure inférieur à celui de
la province. En chiffres, le nombre d'électeurs se fixerait à 56 501.
L'écart par rapport à la moyenne passerait du négatif au positif, à
11,6 %. Le taux de croissance demeurerait relativement faible, à moins
0,5 %.
La CRE se range derrière les arguments suivants
pour établir sa nouvelle délimitation du territoire fusionné de Gaspé-Bonaventure : les régions du Bas-Saint-Laurent, Gaspésie—Îles-de-la-Madeleine sont en situation de surreprésentation
électorale; le taux de croissance de la population est nettement inférieur à la
moyenne québécoise; la tendance du poids électoral se poursuivra à la baisse au
cours des prochaines années; et enfin, le retrait d'une circonscription permet d'établir l'équilibre numérique de l'ensemble des
circonscriptions. La proposition de retrait d'une circonscription en Gaspésie
au profit d'une fusion des circonscriptions de Gaspé et Bonaventure soulève de
multiples enjeux de nature démographique, géographique, sociologique et
économique qui remettent fortement en question la pertinence et la cohérence de
ce redécoupage.
D'emblée, M. le Président, nous croyons que la
CRE a prématurément fusionné les circonscriptions de Gaspé et Bonaventure,
brisant ainsi les limites administratives de deux régions, isolant la MRC
la plus dévitalisée du Québec et l'excluant de sa région administrative, en
plus de créer une nouvelle circonscription sous représentée, une première pour
une région éloignée de la Capitale-Nationale, le siège du gouvernement du
Québec. Nous sommes également d'avis qu'un élu qui aurait à couvrir le
territoire de cette circonscription fusionnée, en plus d'effectuer son travail
de législateur, serait désavantagé, M. le Président, de façon disproportionnée
et conséquemment que les électeurs subiront un préjudice notable au regard de
l'accès à leurs élus.
Enfin, nous
affirmons toujours que la CRE commet une erreur méthodologique en incluant les Îles-de-la-Madeleine dans son calcul de la démographie, se référant ainsi à un
territoire où elle n'a pas juridiction sur les limites territoriales dudit territoire, ce qui d'emblée désavantage
indûment le reste de la région en faussant à la hausse le calcul de sa
population.
Quelques constats. D'abord, sur l'évolution de
la carte électorale, malgré les fluctuations du poids relatif au vote selon les régions du Québec, on observe une
dépréciation continue de ce poids depuis 1989. Donc, ce n'est pas d'hier,
M. le Président. La proposition de fusion de
la CRE porte préjudice significativement à la Gaspésie, une région dont le poids politique accuse déjà un niveau historique
et anormalement bas pour une région périphérique. Enfin, ladite proposition
de la CRE ne respecte pas l'article 15
de la Loi électorale. L'article 15 se fonde sur les réalités
sociologiques, démographiques, géographiques, les communautés
naturelles, les frontières, bref, un ensemble de considérants qui sont bafoués
par le présent rapport.
Quelques constats sur les exceptions négatives,
M. le Président. Les arguments en appui à la situation de 2011 et 2017 applicables à Gaspé et Bonaventure sont
les mêmes dans les deux cas. Étrangement, la CRE n'en tient plus compte
aujourd'hui. Il fait fi, du même coup, de la frontière entre les
deux régions administratives du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie—Îles-de-la-Madeleine. La proposition de fusion aboutit à une circonscription de très grande
superficie. On parle de près de
15 000 kilomètres carrés avec une population supérieure à la moyenne,
56 591 habitants, et une augmentation significative de
11,6 %, un phénomène inhabituel pour un territoire périphérique d'une
telle envergure, M. le Président.
Parlons de la démographie maintenant. La CRE
propose ce qu'elle qualifiait d'impossible dans ses anciennes réformes de
découpage électoral, rien de moins, fusionner les circonscriptions de Gaspé et
Bonaventure. La CRE ne respecte pas les communautés naturelles en franchissant
les limites administratives des régions du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie—Îles-de-la-Madeleine
et en déracinant la MRC de la Haute-Gaspésie de son entité administrative. La CRE tient compte de la situation particulière
des Îles-de-la-Madeleine pour effectuer son calcul du poids politique des
régions du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie—Îles-de-la-Madeleine.
Or, il convient de rappeler que les Îles-de-la-Madeleine
sont protégées par la Loi électorale par l'application d'un statut d'exception.
En soustrayant les Îles-de-la-Madeleine du calcul, les territoires du
Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie seraient
sous-représentés politiquement avec l'actuelle proposition de fusion de la CRE,
faisant de la Gaspésie un cas de
figure unique dans les régions périphériques du Québec, M. le Président. À
l'inverse, la CRE propose de créer une nouvelle circonscription,
Gaspé-Bonaventure, qui sera surreprésentée de près de 12 % par rapport à
la moyenne, une situation aussi inhabituelle dans les régions
périphériques, avec des comtés d'une grande superficie et une occupation du
territoire linéaire.
• (16 h 50) •
Enfin et finalement, fait plutôt inexplicable,
les facteurs expliquant les exceptions, les autres régions, ne sont pas
appliqués en Gaspésie, M. le Président, ce qui place la CRE devant un enjeu de
cohérence.
Quelques constats sur le plan géographique
maintenant. La distance linéaire entre les municipalités d'une circonscription donnée est davantage
représentative, à notre avis, de l'étendue réelle d'une circonscription que la
simple superficie, laquelle englobe de nombreux territoires non
organisés et de surcroît inhabités. Avec ses 544 kilomètres, l'établissement de la nouvelle circonscription de
Gaspé-Bonaventure placerait cette dernière comme étant la circonscription
la plus étendue sur le plan linéaire avec Duplessis. L'accessibilité physique à
l'élu serait davantage réduite, tout comme le temps dont dispose ce dernier à
consacrer à ses électeurs.
Du point de vue sociologique maintenant, M. le
Président, la proposition de fusion de la CRE déplace et isole la MRC de la Haute-Gaspésie hors de sa sphère
gaspésienne traditionnelle au profit d'une circonscription bas-laurentienne.
Par le fait même, l'identité, l'histoire et
l'influence politique de la Haute-Gaspésie s'en trouvent compromises.
Étonnamment, la CRE n'a pas fourni
d'explication convaincante, M. le Président, pour justifier ce bris aux
communautés naturelles reconnues précédemment par la CRE lors de
processus de découpage précédents. Avec ses 34 municipalités, la
circonscription fusionnée de
Gaspé-Bonaventure dépasse largement la moyenne de 9,3 municipalités, ce
qui rajoute aux enjeux que présente le territoire nouvellement découpé.
À la lumière de ce qui précède, M. le Président,
à savoir nos constats, nos analyses à considérer dans l'exercice de délimitation des circonscriptions électorales,
il est de notre avis que la proposition de fusion de Gaspé et de Bonaventure est
prématurée. La circonscription nouvellement créée est une première au Québec et
constitue une anomalie en soi. La distance
linéaire couverte, on parle de 544 kilomètres, est de loin la plus longue
de l'ensemble des 125 circonscriptions. Sa surreprésentation,
11,6 % dans le positif, est inhabituelle dans le contexte géographique et
démographique d'une région éloignée du Québec.
Par
ailleurs, nous sommes toujours convaincus qu'aucune considération ne justifie
le maintien des Îles-de-la-Madeleine
de tout calcul démographique en procédant ainsi sur son territoire dont elle
n'a pas juridiction. La CRE favorise une fausse... surreprésentation, pardon, des régions du
BSL et de la Gaspésie, alors que, dans les faits, elles sont plutôt
sous-représentées.
Finalement, nous
sommes encore d'avis que les raisons évoquées menant à l'élaboration de la
carte électorale de 2017 sont, à ce jour, valables. La fusion de Gaspé et
Bonaventure n'est pas souhaitable, M. le Président, considérant l'impact à la
hausse sur le nombre d'électeurs. Qui plus est, le scénario de fusion proposé
par la CRE ampute la région de l'une de ses MRC, celle de la Haute-Gaspésie, de
surcroît, la plus... dévitalisée, pardon, au Québec. En conséquence, nous
intimons à la CRE d'abandonner son projet de fusion des circonscriptions de
Gaspé et Bonaventure et ainsi de conserver le poids politique des régions de la
Gaspésie et du Bas-Saint-Laurent.
En guise de
conclusion, M. le Président, soulignons qu'en cette année de désignation de feu
M. Pierre Fortin, successivement commandant du navire du gouvernement La
Canadienne, de 1852 à 1867, député de Gaspé, ministre et président de
l'Assemblée nationale, de 1867 à 1888, à titre de personnage historique du
Québec, nous nous désolons de la décision de la CRE sur le dossier de la
délimitation des circonscriptions de Gaspé et Bonaventure. La Gaspésie, région
du Québec de laquelle témoigne la présence d'une occupation humaine, lointaine
et significative dans l'histoire du Québec,
est menacée. On remet en question sa légitimité, sa pertinence, son existence,
M. le Président. Nul ne saurait l'accepter. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, M. le député de Gaspé. Je comprends qu'il
y a... que je dois... La députée de Rimouski
souhaiterait intervenir. Je demanderais le consentement de cette Chambre pour
pouvoir lui permettre d'intervenir. Est-ce qu'il y a consentement? Pas
pour l'instant? Pas pour l'instant.
Alors donc, je
reconnais alors, dans ce cas, Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Mme Manon Massé
Mme Massé : Oui. Merci, M. le
Président. Et ça me fera plaisir de laisser la parole ensuite à la députée de
Rimouski.
Bien,
bien sûr que j'avais vraiment envie de venir intervenir aujourd'hui sur le
rapport de la Commission de la représentation
électorale, parce que, cet exercice démocratique là, on doit d'entrée de jeu se
rappeler, tous et toutes, collectivement,
qu'on le fait parce que tout ça est encadré dans une loi électorale qui, depuis
des décennies, voire même siècles,
est organisée au Québec d'une façon telle que la Loi électorale, qu'on le
veuille ou non, M. le Président, ne permet pas, actuellement, au
Québec d'affirmer qu'au Québec chaque vote compte, parce que le mode de scrutin
qui est inscrit dans la Loi électorale fait en sorte qu'à l'intérieur d'une circonscription il n'y a que le
parti qui a le plus de votes qui se trouve à honorer la voix des
électeurs.
Alors, moi, je
comprends qu'année après année la Commission de représentation électorale, qui
joue, dans le cadre de la Loi électorale actuelle, avec notre mode de scrutin
uninominal à un tour, cherche le mieux qu'il peut, les représentants de cette
commission, à garder un équilibre pour faire que, le plus possible, un vote
équivaut à... que tu habites n'importe où, à peu près au même poids, alors que,
dans les faits, bien, ce n'est pas ça puisque moi, je me rappelle... j'aime beaucoup rappeler, quand j'appelle...
quand je parle de la dimension antidémocratique de notre Loi électorale, j'aime beaucoup rappeler
qu'il y a plus de gens dans ma circonscription qui, depuis 12 ans, ne
votent pas pour moi qu'il y en a qui votent pour moi. Et je trouve ça terrible qu'en
démocratie les gens qui ne votent pas pour moi perdent carrément leur vote.
Pouvez-vous
concevoir ça, M. le Président, qu'en démocratie, que, quand un citoyen, une
citoyenne met son x dans la case
au moment du vote, bien, s'il n'a pas voté... dans le temps, les aînés, chez
nous, ils disaient : S'ils n'ont pas voté du bon bord, bien, s'ils
n'ont pas voté du bon bord, ils se trouvent à perdre leur vote.
La raison pour
laquelle je parle de ça... Vous pouvez dire : Ah! vous êtes un peu loin de
ce que nous discutons aujourd'hui, qui est
le rapport... le deuxième rapport, la version 2, en fait, de la Commission de la représentation électorale, vous êtes un peu loin du sujet. Bien, pas
du tout parce que cette Assemblée aurait eu depuis... puis je prends juste
12 ans, là, c'est juste les 12 années où moi, j'étais là, où Québec
solidaire était assis dans ces banquettes, où on rappelle, année après année,
que, si on voulait vraiment qu'il y ait un poids égal pour chacun des votes,
qu'ils viennent de la Gaspésie, qu'ils viennent de l'est de Montréal, qu'ils
viennent des Laurentides ou même de la Montérégie, si on voulait vraiment... si, ici, on était vraiment soucieux et
soucieuses que chaque vote compte, eh bien, on ne s'attarderait pas à taper
sur la tête de la Commission de la représentation électorale, on s'acharnerait
à revisiter l'ensemble de la Loi électorale, en y incluant un mode de scrutin
qui assurerait, d'entrée de jeu, que chaque vote a le même poids au Québec.
• (17 heures) •
Malheureusement,
ce n'est pas le choix qui a été fait par cette Assemblée jusqu'à maintenant,
mais ça enlèverait peut-être quelques maux de tête aux gens de la Commission de
la représentation électorale, qui, à chaque deux élections, doivent...
Ses représentants doivent se casser la tête pour essayer de faire que ce soit
plus ou moins égal, le poids du vote de nos
concitoyens. Je vous dirais, c'est sûr que, bon, on travaille dans le cadre de
la loi qui est présentement en cours, et cette Loi électorale fait en
sorte que la commission nous arrive aujourd'hui avec une version 2 qui,
bien sûr, du point de vue objectif de ces gens-là qui ont fait le travail...
disent : Bien, on essaie de créer un équilibre, un meilleur équilibre entre le poids des votes d'une circonscription à
l'autre, et ça relève seulement du nombre d'électeurs éligibles, alors qu'on
sait, M. le Président, et vous le savez, dans votre propre circonscription,
que, quand un citoyen arrive dans notre bureau, on lui dit : Tu es-tu un électeur éligible? Non? Ah! désolé, je ne te
parle pas. Pas de même que ça se passe, puis j'espère que ça ne se passe
pas de même pour personne ici, mais la loi actuelle fait en sorte que c'est vers
les électeurs que la Commission de la
représentation électorale doit se pencher, et uniquement sur les gens qui sont...
qui sont habilités à voter pour déterminer ce qui est... — et
d'autres critères, on s'entend, là — pour déterminer ce qui est une délimitation
des circonscriptions la plus juste possible.
Bien, je tenais à venir
rappeler ce fait, puisque, si on était dans un mode de scrutin proportionnel
uninominal comme on a passé proche, dans les dernières années, de pouvoir
réellement étudier un projet de loi qui aurait permis d'arriver là, à «chaque vote compte», bien, on se retrouve dans une
situation où, là, on se dit : Bien, OK, il y a le poids... il y a
le poids démographique, c'est vrai, des électeurs éligibles, il y a la réalité,
par exemple, dans des circonscriptions comme celles qu'il y a à Montréal, et
particulièrement dans l'est de Montréal... il y a des gens qui sont des
citoyens, mais qui n'ont pas... n'ont pas la qualité d'électeurs qui sont dans
nos circonscriptions. Puis, quand je vois que, dans la nouvelle version, la deuxième version de la CRE, qui nous est
présentée, on fait disparaître une circonscription qui est... qui joue
un rôle important dans la ville de Montréal, parce qu'elle est dans l'est de
Montréal... Elle est dans un endroit où, fondamentalement, on a besoin d'avoir
des représentants qui sont assis ici, autour de la table, en partie pour une
question de poids démographique, mais aussi, l'autre bout de ça, c'est les
perspectives sociologiques que vit l'est de Montréal. On le sait, partout sur
la planète... bien non, j'exagère, la planète, là, je fais un peu de... mais il
n'est pas rare que la pauvreté se trouve à l'est, M. le Président. Et, quand la
pauvreté se trouve particulièrement dans une... dans un positionnement géographique,
bien, je pense qu'il faut qu'on ait une attention particulière.
Et je dirais sensiblement la même chose pour la
circonscription de la Gaspésie. Cette fusion-là n'avantage pas du tout une partie... En fait, nous, à Québec
solidaire, on est très ouverts à considérer l'idée de donner un statut
particulier pour la Gaspésie, parce que, dans les faits, ce qu'on souhaite
profondément, c'est de revoir l'ensemble du système. Et j'aimerais ça
que mes collègues saisissent ici que, si on revoyait l'ensemble du système
électoral, on ne se retrouverait pas dans cette situation-là à tous les six,
huit ans, on ne se retrouverait pas là.
Mais, pour
nous, quand on a regardé la première version, on voyait qu'il y avait quelque
chose de l'ordre... puis là je vais revenir à Montréal, il y avait
quelque chose de l'ordre des... Si je regarde, par exemple, dans Sainte-Marie—Saint-Jacques,
il y a quelques années, l'idée d'élargir la circonscription, la CRE avait
décidé de nous amener ça vers l'ouest de la
ville de Montréal, qui n'est pas du tout ni de lien sociologique naturel ni de
lien économique, qui ne ressemble pas du
tout, les deux parties qui nous avaient été proposées à l'époque, mais la
commission, dans sa version 3, avait tenu compte de cette
réalité-là.
Mais aujourd'hui, dans la version 2, pour
nous, elle est... pour moi, dans Sainte-Marie—Saint-Jacques, pour les gens de ma
circonscription, elle est beaucoup plus logique, parce que, un, elle va
chercher une délimitation qui est absolument
naturelle, hein, dans la portion qu'on appelle Sainte-Marie, en fait, qui,
historiquement... qui était le village de Sainte-Marie et avant ça le
faubourg de Sainte-Marie. Bien, on l'avait... on l'avait... par le passé, il y
avait des décisions qui avaient envoyé cette partie-là dans Hochelaga-Maisonneuve.
Là, dans la version 2, de récupérer ce lien naturel... En fait, tout le monde qui vivait dans
Sainte-Marie pensait que j'étais leur députée. Ce n'est pas pour rien, parce
que ça s'appelle Sainte-Marie—Saint-Jacques, ma circonscription, ça fait que c'est normal que les gens dans cette
communauté sociologique très tricotée serré pensaient que j'étais leur
députée. Mais là, avec la version 2, ils vont pouvoir effectivement
retrouver leur communauté naturelle. Puis en plus, bien, ça fait les pourtours
de l'arrondissement, parce que ça aussi,
c'est compliqué, là, quand il faut que tu expliques : Oui, non, mais je
suis Sainte-Marie—Saint-Jacques. Non, je ne suis pas Laurier—Sainte-Marie. Oui, c'est Ville-Marie,
mais pas tout à fait Ville-Marie. Là, on va... on revient à quelque chose de beaucoup plus naturel. Alors,
tout ça pour vous dire que la version 2, pour nous, est mieux que la
version 1, dans Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Mais j'aimerais, en terminant, vous dire que je
comprends le casse-tête que ça représente pour les gens qui sont à la CRE, à la
Commission de la représentation électorale. C'est un casse-tête que nous
pourrions éviter si nous avions le courage d'une réelle démocratie. Et une
réelle démocratie, dans mon livre à moi et, je suis certaine, dans le livre de plusieurs, en tout cas, définitivement
dans le livre des solidaires, de Québec solidaire, une vraie démocratie, c'est
une démocratie où chaque vote compte, et il compte équitablement. Et, si on
changeait cette Loi électorale là, bien, probablement que ça coûterait un petit
peu moins cher de Tylenol aux gens de la Commission de la représentation électorale. Et j'espère, j'espère sérieusement que
soit qu'on rajoutera des sièges, moi, je pense qu'il y a différentes hypothèses
qui ont été émises, mais que Montréal, parce qu'on ne répond pas qu'aux
électeurs, on répond à l'ensemble des citoyens sur notre territoire... je pense que Montréal ne peut absolument pas se
permettre de perdre une circonscription, pas plus, je dirais, que la
Gaspésie.
Alors, voilà. Donc, c'est un appel à l'ensemble
des parlementaires, de dire : Je ne suis pas sûre qu'il nous reste beaucoup de temps pour modifier la loi électorale,
le mode de scrutin, mais que, s'il y avait une once de volonté politique, je
pense qu'on aurait pu y arriver. Puis, si on ne peut pas y arriver dans les
prochains mois, j'espère au moins qu'on y arrivera dans la prochaine
législature. Merci, M. le Président.
• (17 h 10) •
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques. Nous poursuivons ce débat, et cette fois-ci je reconnais M. le
député de LaFontaine.
M. Marc
Tanguay
M. Tanguay : Merci beaucoup, M.
le Président. On pourrait peut-être me confirmer. Il reste
27 min 16 s?
Le Vice-Président (M. Benjamin) : 27 min 16 s
précisément.
M. Tanguay : Merci beaucoup, M.
le Président. Je... Depuis ces derniers jours, ces dernières heures, je... je
dis à tous les gens de la communauté qui m'entourent que, par déformation
professionnelle, j'en faisais, des plaidoiries, mais là je vais aborder la
plaidoirie la plus importante de ma carrière, de ma vie professionnelle. Puis,
M. le Président, vous savez, ça fait 14 ans que je
représente LaFontaine, ça fera 14 ans en 2026 que je représente
LaFontaine, puis je le fais bien
davantage... pas pour ma petite personne, je peux vous donner un scoop, j'ai
beaucoup plus d'années de fait qu'il
m'en reste à faire, je le fais pour la communauté, communauté que vous
connaissez très bien. Et, dans les propos que je mettrai de l'avant, M.
le Président, vous allez reconnaître notre coin de pays qui est Rivière-des-Prairies.
Moi, depuis que je suis député, depuis juin
2012, je dis toujours aux gens, LaFontaine, les gens de LaFontaine, c'est quoi,
LaFontaine, c'est Rivière, c'est RDP, c'est Rivière-des-Prairies. Ah, OK,
LaFontaine, c'est Rivière. Oui, c'est Rivière. Puis il ne faut pas couper
Rivière.
Vous savez,
dans des plaidoiries, on dit toujours : Dites tout de suite au juge qui
écoute dans les premières minutes, la
première minute, c'est quoi, votre conclusion, c'est quoi que vous voulez qu'il
retienne. Ce que je veux que retiennent les gens de la Commission de
représentation électorale, c'est qu'il ne faut pas couper Rivière-des-Prairies.
Et là où le rapport 1 ne touchait pas à Rivière-des-Prairies, le rapport 2...
Et je le sais, ce n'est pas un précédent, il y a déjà eu des cas où le
rapport 2 allait couper ailleurs, alors on ne va pas s'insurger de cela.
Par contre, on va vous dire l'importance de
ce que je vais dire aujourd'hui, l'importance que les gens de la Commission de
représentation électorale restent avec un esprit ouvert à ce que je vais
dire, à ce que je vais tenter de traduire comme réalité terrain, une réalité
où, si vous prenez Rivière-des-Prairies et vous coupez Rivière-des-Prairies au
boulevard Rodolphe-Forget, vous venez de couper le coeur, un coeur battant en
deux, un coeur battant en deux.
Et j'aurai l'occasion, dans les 27 minutes
qui me sont dévolues, M. le Président... Je suis avocat, je pourrais vous
parler des beaux grands principes, vous parler des articles de loi. Ça, je l'ai
fait bien en masse dans le passé. Mais peut-être pour la première fois je vais
vous parler de façon intime de Rivière-des-Prairies, LaFontaine. Je vais vous
parler, puis ce n'est pas pour de l'apitoiement, mais d'une réalité terrain. Je
vais vous parler de ce qui constitue, depuis les
cinq élections que je me suis présenté dans Rivière-des-Prairies, toujours,
toujours mes trois priorités. Des fois, ça devient la priorité 2,
la priorité 3, ou ça redevient la priorité 1. On parle toujours, et
ça va résonner chez vous, M. le Président, et
à celles et ceux qui nous écoutez, à Rivière-des-Prairies... on va vous parler
de sécurité, la sécurité à Rivière-des-Prairies. Je vais vous parler de
transport collectif, une partie de Montréal qui est enclavée par la 25 et la
40, 40 étant une barrière physique très claire. Et je vais vous parler de la
santé.
Si j'avais à
résumer ce que je vais étayer dans les 27 prochaines minutes, M. le
Président, c'est que Rodolphe-Forget est
le coeur battant de Rivière-des-Prairies. Et je vous plaiderai à titre
subsidiaire... Parce que, oui, on est conscients que, dans le comté,
présentement, de LaFontaine, nous sommes sous... nettement sous les seuils. J'y
vais de mémoire, j'ai le chiffre, là, qu'on
me fasse grâce, le chiffre, je pense que c'est 43 000 électeurs, et
le chiffre médian étant à un peu plus de... un peu moins de 51 000,
50 900. Donc, est-ce qu'on peut, raisonnablement, pour LaFontaine, pour
Rivière-des-Prairies, plaider le
statu quo? Ce que je vous dirai, M. le Président, plutôt que de m'avancer et de
vous plaider le statu quo, qu'on reste
encore pendant huit ans à 43 000, je vais vous plaider l'importance, peu
importe la solution qui soit appliquée, puis je n'en serai pas là, moi, aujourd'hui à essayer de tirer des lignes,
mais, peu importe la solution, de préserver, de grâce, le territoire
intact de Rivière-des-Prairies.
Et par la
suite on pourrait dire : Ah! mais il y a... il y a d'autres parties de
Montréal, il faudrait rajouter des électeurs. Il y a des barrières
naturelles, j'en ai fait mention, la 40 est une barrière naturelle, quand vous
avez une circonscription enclavée, un quartier enclavé. La 40 est une barrière
naturelle. Est-ce qu'il y a lieu d'aller chercher des électeurs là? Ça tient la
route, ça fait sens, ça participe d'une communauté naturelle. Mais je ne vais
pas vous plaider tout de suite ce qui serait des arguments subsidiaires, je
vais vous parler de ma réalité terrain comme jamais, M. le Président, jamais je
n'aurai parlé de Rivière-des-Prairies, pas parce que... Parce que certains
pourraient dire : Bien, c'est de l'apitoiement, c'est de voir les problèmes. Non. C'est de voir les enjeux, de voir les
solutions, on reste positifs. Mais ce n'est pas vrai qu'en disant, bien,
les gens de Rivière-des-Prairies vont gagner à temps partiel deux députés, ça
va être mieux pour eux. Non.
Vous savez,
la fameuse règle, lorsque vous divisez la responsabilité, bien, vous divisez
l'engagement également, la nature humaine étant ce qu'elle est. Moi,
député de Rivière-des-Prairies, député de LaFontaine, je défends l'entièreté et
j'ai une cohérence avec tout ce qui se passe au sein de la communauté.
Donc, Rivière-des-Prairies, une communauté
naturelle, une réalité terrain, et une réalité qui ne se décrète pas mais qui
se vit, un député qui représente toute une communauté et pas une partie de
communauté.
Un niveau...
Au niveau municipal, M. le Président, vous dire, vous dire combien de fois des
gens viennent me voir pour
dire : Là, M. le député, il faut... il faut partir une pétition. Comment
ça, partir une pétition? Parce que Rivière-des-Prairies puis
Pointe-aux-Trembles, ce n'est pas pantoute la même affaire, on veut se séparer.
J'ai un mouvement souverainiste, séparatiste,
dans Rivière-des-Prairies, M. le Président, mais pas dans le sens où on l'entend
dans le débat de la fédération canadienne. Je leur dis : Bien, écoutez, il
y a un arrondissement qui s'appelle Rivière-des-Prairies et Pointe-aux-Trembles. Vous dire le sentiment...
Puis c'est correct, les gens de Pointe-aux-Trembles, ce sont de bonnes
personnes, il va sans dire, il allait sans dire, mais ce n'est pas la même
réalité.
Revenez à ce
que je vous disais, la 40, la barrière physique. Vous voulez prendre l'autobus
de Rivière-des-Prairies pour aller à Pointe-aux-Trembles, ça va vous prendre
35 minutes, M. le Président. Et, si vous êtes dans un coin du comté
un peu plus éloigné, ajoutez une correspondance. C'est une barrière, la 40.
Donc, Rivière-des-Prairies, communauté qui a une vie et qui est une communauté
naturelle en soi.
Je vais vous parler essentiellement... je vais
vous parler des enjeux de sécurité. Je vais vous parler de transport collectif,
et de santé, et de peut-être d'autres enjeux. Moi, M. le Président, puis je ne
sais pas si dans d'autres comtés ça arrive à d'autres, à d'autres collègues, ça
m'est arrivé, les dernières années, d'accueillir dans mon bureau de comté des citoyennes et des citoyens qui venaient me
demander une chose : M. le député, pouvez-vous, s'il vous plaît, faire en
sorte que l'on interdise dans nos dépanneurs la vente de feux d'artifice? J'ai
dit : Comment ça, la vente de feux d'artifice? Parce que, M. le
Président, quand les jeunes achètent des feux d'artifice, vont dans nos parcs
publics et les font exploser le soir, tard, nous revivons le son de ce que peut être une arme à feu
de fusillade. J'ai des citoyens qui sont venus me voir :
M. Tanguay, ils ont fait, la nuit passée, exploser des feux d'artifice.
Sur le coup, on ne savait pas c'était quoi, ça sonne comme une arme à feu. Il y a un enjeu de sécurité dans
Rivière-des-Prairies. Aujourd'hui, vous dites : Il n'y a rien à signaler.
Il y a un mois, il n'y a rien à signaler. Mais c'est un enjeu qui est récurrent
avec la lutte aux gangs de rue.
M. le
Président, tel que le propose la CRE, tel que le propose la CRE, Rivière-des-Prairies serait séparé en deux au niveau de Rodolphe-Forget, séparé en
deux au niveau de Rodolphe-Forget. Il y a, de ma perspective, ce qui est à
l'ouest et ce qui est à l'est de
Rodolphe-Forget. Dans cet enjeu de sécurité publique, M. le Président, dans ce
qui est l'une de nos premières priorités, pour ne pas dire la première
priorité, vous venez de couper en deux toute l'action de cohésion, de
communauté naturelle, d'alliance naturelle qui doit être préservée. Et je
vais... Sur cette artère, M. le Président... Puis c'est correct, les gens de la
Commission de représentation électorale, puisqu'ils ne l'avaient pas mis dans
le rapport 1, puis je ne leur en fais pas grief, n'ont pas entendu cela,
mais là ils l'auront entendu, dans les prochaines minutes, parce que c'est le
rapport 2, parce qu'il est minuit moins une, et j'espère, je suis
convaincu, je leur tends la main qu'ils pourront
rectifier cela. Vous avez, dans cet enjeu de sécurité publique... Je vais vous
dire ce qui se passe à l'est, de mon côté à moi, à droite, à l'est de Rodolphe-Forget, ce qui serait dans la
nouvelle circonscription de Pointe-aux-Prairies. Et je vais vous dire ce
qui se passe, parce que c'est la nouvelle frontière, à l'ouest de
Rodolphe-Forget, qui serait dans la nouvelle circonscription
d'Anjou-LaFontaine. À l'est, M. le Président, à l'est de Rodolphe-Forget, il y
a une école secondaire, Jean-Grou, l'école
secondaire Jean-Grou, qui a 1 126 élèves, une école secondaire qui
déborde, une école secondaire où, nous le savons du poste de
quartier 45, de la police communautaire, qui est de l'autre côté de la
frontière et qui agit dans Jean-Grou, nous savons que, dans Jean-Grou, il y a
du recrutement actif des gangs de rue. Quelle est leur façon de procéder? J'en
discutais il n'y a pas si longtemps avec un policier de l'action communautaire,
ils vont faire tourner des vidéos pour les réseaux sociaux aux jeunes, 12 ans,
13 ans, 14 ans, pour commencer à leur donner un sentiment d'appartenance, leur donner un verbatim, leur
donner des notions, leur faire faire les gestes qui les associent inconsciemment
mais bientôt consciemment à des groupes organisés, criminalisés, gangs de rue.
Le recrutement commence de cette façon-là
notamment. Heille! j'ai passé dans une vidéo, l'as-tu vue? C'était cool,
c'était le fun. Il y avait un rappeur, il était bon, il était cool, puis
on a fait des gestes, et tout ça. Le premier domino vient de tomber. Ça, ça se
passe à Jean-Grou.
• (17 h 20) •
Moi, M. le
Président, je vais vous raconter une chose. Quand je suis arrivé député à
Jean-Grou, à la sortie de l'école, 4 h 30, 5 heures, il y
avait toujours deux ou trois voitures de police, parce qu'il y avait des
affrontements, à Jean-Grou. Jean-Grou, je vous le rappelle, est à l'est de
Rodolphe-Forget. Les policiers ont dit : Ça n'a pas de bon sens. À la
bibliothèque municipale, à la bibliothèque de l'école, sur le terrain, il y a
des membres de gangs de rue qui sont là puis ils sont venus pour faire le
grabuge, pour poser des gestes de violence. La communauté s'est rassemblée puis
ils ont dit : Ah! on va distinguer ceux qui ont d'affaire là puis ceux qui
n'ont pas d'affaire là, on va mettre un uniforme, à Jean-Grou. Si vous voulez être sur le territoire de Jean-Grou, l'école
secondaire, vous allez porter un uniforme, comme ça on va savoir si tu
as ou tu n'as pas d'affaire là. Et donc ça a aidé à épurer ce qui se passait à
Jean-Grou.
Jean-Grou,
école secondaire, on a rajouté 1 126 élèves, au moment où on se
parle, on a rajouté Jean-Grou annexe.
À l'est, toujours sur cette ligne, il y a, M. le
Président, la bibliothèque de Rivière-des-Prairies, là où les jeunes se
rassemblent, il y a la Maison des jeunes de Rivière-des-Prairies, la maison des
jeunes qui est là pour aider les jeunes à
faire leurs devoirs, oui, à créer des activités, à créer un sentiment
d'appartenance avec d'autres qui sont des gangs de rue, qui ne sont pas
des gangs de rue, puis à développer ce sentiment-là. Vous raconter, durant la
pandémie, vous raconter, durant la pandémie... Actuellement, la Maison des
jeunes de Rivière-des-Prairies, on travaille extrêmement fort pour en construire une nouvelle avec plus de places. Au
moment où je vous parle, la capacité maximale était... est de 65. Durant
la pandémie, M. le Président, la capacité de la Maison des jeunes de
Rivière-des-Prairies était de 25. Et ce qu'on nous racontait, c'était à fendre
le coeur. Durant la pandémie, dès que l'on sonnait la fin des classes à
Jean-Grou, les jeunes arrivaient à pleine
course parce qu'ils voulaient être parmi les 25 qui pouvaient aller à la maison
des jeunes. C'est correct, c'étaient
les règles sanitaires. Tous les autres qui n'avaient pas été assez vite retournaient
bredouilles marcher dans nos rues, sans avoir l'apport de la maison des
jeunes.
La maison des
jeunes, Jean-Grou, la bibliothèque municipale, où les jeunes se rassemblent, où
il y a de l'intervention, la maison des jeunes, sont tous à l'est de la clôture.
Il y a, M. le Président, là le parc René-Masson, où de l'intervention de... de parc, de rue est faite par Équipe RDP.
Équipe RDP, vous connaissez ça, M. le Président, autant, sinon mieux que moi. Équipe RDP, c'est un organisme communautaire
phare. Je salue Pierreson Vaval, qui a fondé Équipe RDP. Aujourd'hui,
c'est Kingslyne Toussaint qui est à la tête d'Équipe RDP. Qu'est-ce qu'ils
font, eux autres? Ils recrutent des jeunes, des
jeunes de 14, 15, 16, 17, 18 ans, puis peut-être même des plus vieux — bonjour,
Riguerre Antoine, qui a été un leader remarquable de la communauté — qui
eux, le soir, M. le Président, ces leaders-là, qui se promènent avec la fierté
du chandail Équipe RDP, font partie d'un groupe qui est là pour raccrocher les
jeunes. Ils se promènent dans les parcs le soir,
à 10 heures, 22 heures, 23 heures, minuit, puis ils vont voir
les jeunes puis ils jasent avec les jeunes. Jamais, moi, je n'aurais
aucune crédibilité pour aller faire ça. Et eux sont sur le terrain. Équipe RDP
est à l'est de cette artère-là. Et, quand je vous dis à l'est, M. le Président,
là, ce n'est pas trois rues, c'est adresse Rodolphe-Forget, à un jet de pierre.
Équipe RDP.
Équipe RDP, rapidement, Pierreson me disait...
Équipe RDP sont là pour nos jeunes. À un moment donné, je pense que c'est en 2013, 2014, c'était l'été,
j'étais avec mon bon ami Pierreson Vaval, puis il y avait l'équipe de football
qui s'entraînait, et parce que c'est important que nos... nos jeunes, entre
autres nos jeunes garçons, fassent du sport, pour
les accrocher à quelque chose. Équipe RDP était là puis s'occupait du
programme. Puis ils ont beaucoup de modèles de leaders qui ont réussi
dans des sports professionnels. À un moment donné, il y avait un jeune qui ne
jouait pas, puis le ballon a roulé à ses pieds. Moi, j'étais là avec Pierreson.
Le jeune prend le ballon puis il le relance à ses collègues. Mais
pour vous dire le canon qu'il a lancé, M. le Président, il a dû le lancer à 45,
55 verges, un laser. Je me retourne vers Pierreson, j'ai dit : Wow!
Pierreson, pourquoi il ne joue pas, lui? Il a dit : Bien, Marc, il veut
jouer, il va sûrement jouer un jour, mais il faut que... maintenant, il faut
qu'il ait des bons résultats scolaires, parce que tout ce qui va lui rester, ça
va d'être sur le banc puis de regarder ses amis. C'est comme ça qu'on raccroche
les jeunes. Bien, vous pouvez être
convaincus qu'il les a eus, ses résultats scolaires, qu'il a mis toute
l'importance à être sérieux, puis il a joué au football. Mais c'est ça,
Équipe RDP.
Alors, à
l'est, vous avez l'école secondaire Jean-Grou, Jean-Grou annexe, la
bibliothèque, le parc René-Masson, où les
interventions se font, la maison des jeunes de Rivière-des-Prairies, l'aréna
René-Masson. Tout ça, là, c'est sur la ligne de démarcation de Rodolphe-Forget.
Équipe RDP, le centre communautaire Rivière-des-Prairies, un jet de pierre, pas
trois rues plus loin, un jet de pierre. Et
les gens qui nous écoutent, de la Commission
de la représentation électorale,
allez-y, voir sur cette artère-là,
centre communautaire de Rivière-des-Prairies, des organismes communautaires qui
sont là, sur le terrain, entre
autres, entre autres, l'organisme de l'action bénévole, support... d'action
bénévole de Rivière-des-Prairies. Sur cette même rue là, il y a l'école
primaire Notre-Dame-de-Fatima, 521 élèves, primaire. Et au bout, à droite,
à l'est de cette rue-là, le dernier et le moindre, le bureau de comté du député
de LaFontaine. Pourquoi? Parce qu'il veut être au coeur de l'action. Oubliez le
bureau de comté. Le bureau de comté, il ne serait plus dans la circonscription,
c'est secondaire. Mais vous dire que, quand on a décidé de déménager, en 2019,
on a dit : On s'en va sur Rodolphe-Forget, à l'est. On a décidé, on a fait sur plan le bureau de comté. On ne parle
pas de l'administratif, ce n'est pas important, ça. Mais vous dire le
signal qu'on voulait envoyer. C'est la ligne de démarcation, Rodolphe-Forget.
Maintenant, à gauche, à l'ouest de
Rodolphe-Forget, il y a quoi? Excusez du peu : le poste de
quartier 45, où il y a de la... de
l'intervention communautaire, des policiers communautaires. Il est de l'autre
côté de la rue Rodolphe-Forget, M. le Président. Je me rappelle, il a été
question, pendant... à quelques reprises de fermer le poste de quartier
PDQ 45. Il y avait eu, en
quelques semaines, une pétition, 7 000 personnes, plus de
7 000 Prairivois, Prairivoises avaient signé la pétition :
Ne fermez pas notre poste de quartier, c'est
trop important, ça prend de l'intervention. Ça ne prend pas juste de la
répression, ça prend de l'intervention en amont.
Il y a le Centre leadership, de l'autre côté, de
la jeunesse Don Bosco. Don Bosco YLC s'occupent de nos jeunes partout dans
Rivière-des-Prairies, font des camps de jour l'été, aux tout-petits, font des
camps durant toute l'année également, puis de façon plus particulière durant
tout l'été. Et eux aussi développent des jeunes, un leadership.
Il y a la majorité, les plus vastes parcs, de
l'autre côté, où Équipe RDP doit aller intervenir soir après soir, l'été, évidemment, de façon majoritaire, le parc
Alexis-Carrel, Samuel-Morse, Armand-Bombardier, Conrad-Poirier, Pierre-Blanchet,
Pasquale-Gattuso. Tous ces parcs-là sont de l'autre côté de la ligne de
démarcation. Il y a le centre des femmes qui est là pour lutter contre la
violence faite à tout âge aux femmes, qui est un organisme central, qui est une institution dans Rivière-des-Prairies. Il y a
le centre récréatif également, où là, entre autres, il y a 1, 2, 3 GO! qui
est là pour la famille. 1, 2, 3 GO! s'occupe de nos familles dans Rivière-des-Prairies.
Et il y a le CLSC, bien évidemment.
Alors, dans la nouvelle carte, puis c'est
correct, les gens de la commission de représentation électorale ne l'avaient pas mis dans le premier rapport, ils
l'ont mis dans le deuxième, sachez une chose, sachez une chose, chers amis,
c'est que, si vous divisez Rivière-des-Prairies en deux, surtout sur l'artère
Rodolphe-Forget, dans l'enjeu de sécurité publique,
vous mettez, à droite, collé sur la frontière, école secondaire Jean-Grou, 1 126,
Jean Groulx annexe, bibliothèque RDP,
le parc René-Masson, La Maison des jeunes de Rivière-des-Prairies, l'aréna
René-Masson, Équipe RDP, le centre aquatique, le centre communautaire,
l'école primaire puis bureau de comté, ça, c'est en fin de liste, collé sur
l'artère. Sur l'autre côté de l'artère, vous avez le poste de quartier,
PDQ45, le centre Leadership pour la jeunesse Don Bosco, le carrefour jeunesse-emploi. Je viens d'avoir une
lettre, cet après-midi, je vais la déposer. De l'autre côté, carrefour jeunesse-emploi — Rosemarie Pereira nous a écrit, je vais en lire
des extraits si d'aventure j'ai le temps — les parcs, les nombreux parcs que je vous ai
nommés, le centre des femmes, le centre récréatif et le CLSC, qui fait de
l'intervention.
• (17 h 30) •
M. le Président, je vous passe rapidement sur
l'importance de cette artère. Mon enjeu premier dans toutes les élections, parmi les trois premiers, la
sécurité. On m'a rapidement sorti, M. le Président, puis, comme député, je ne
suis évidemment pas fier de ça, mais on m'a sorti rapidement une revue
de presse.
16 mai, cette année, 2025, tentative de
meurtre dans un commerce de Rivière-des-Prairies au coin de la 7e puis de la
54e. Ça, c'est à l'est, à droite, de l'autre côté. 16 mai 2025.
11 juillet
2025, deux coups de feu échangés entre deux véhicules vers 18 heures,
boulevard Perras, près du boulevard Saint-Jean-Baptiste. Ça, c'est à
l'est, de l'autre côté, qui serait Pointe-aux-Prairies.
22 novembre 2025, à l'est toujours, une
arme à feu et des douilles ont été retrouvées à proximité de la prison
Rivière-des-Prairies. «Le SPVM a reçu un appel vers 14 heures, samedi,
signalant des détonations sur l'avenue Armand-Chaput.» Samedi après-midi, une
voiture en flammes près de l'intersection Trefflé-Berthiaume et boulevard Gouin
Est. Ça, c'est de l'autre côté.
Alors, on voudrait prendre Anjou-LaFontaine pour
le côté ouest, et les trois incidents sont arrivés. Il va y en avoir, des incidents, malheureusement, on ne le
souhaite pas, on touche du bois, dans tout Rivière-des-Prairies, mais on
vient, M. le Président, annihiler, par cette ligne de démarcation là, cette
capacité à s'occuper de notre monde.
Je vous le dis, M. le Président, à la fin, vous
demanderez s'il y a consentement, je viens de recevoir, il n'y a même pas une
heure, littéralement pas une heure, une lettre de la directrice générale du
Carrefour jeunesse emploi de Rivière-des-Prairies.
Et vous me permettrez de lire rapidement cet extrait suivant :
LaFontaine... Alors : «Opposition au second rapport de la CRE.
Retrait de la circonscription de LaFontaine.
«LaFontaine constitue une circonscription
marquée par la diversité linguistique, culturelle, socioéconomique et regroupe des familles aux réalités variées,
souvent fragilisées. C'est pourquoi la proposition de scinder risque d'altérer de manière significative
l'équilibre. Les défis inhérents liés à la sécurité — voyez-vous,
elle me parle d'abord de la sécurité — à
l'accessibilité au transport, à la santé et aux services de proximité — alors,
sécurité, transport, santé, elle-même y fait écho, M. le Président — y
sont constants et sont régulièrement portés à l'attention des autorités par la
population. La rupture territoriale proposée risquerait d'aggraver ces
vulnérabilités et de diluer la représentation d'une population diverse,
hétérogène et profondément ancrée dans sa communauté.
«Votre
intervention est essentielle afin d'assurer que les caractéristiques uniques de
la circonscription, les besoins réels de sa population et l'intégrité de
notre territoire soient pleinement pris en compte dans cette révision.»
Signé Rosemarie Pereira, directrice générale du
carrefour jeunesse emploi.
Vous dire, M. le Président, également celles et
ceux qui nous écoutent à la maison, de Rivière-des-Prairies, qui écoutent mon
intervention, enjeu sécurité majeur, de grâce, s'il vous plaît, ne coupez pas
Rivière en deux sur l'axe Rodolphe-Forget, de grâce. Vous venez scier les
jambes de tout le monde ces dernières décennies, puis ce n'est pas exagéré. Vous avez vu la revue de presse, là,
cette année, trois incidents à l'est de Rodolphe-Forget, des coups de feu,
véhicules incendiés, des personnes
blessées, puis il y a eu des morts également à l'est, et l'action qui se porte
collée sur Rodolphe-Forget, mais qui se porte à l'ouest, de l'autre côté
de Rodolphe-Forget.
M. le Président, enjeu de transport collectif.
Au sud de Rivière-des-Prairies, il y a une barrière physique, qui est la 40.
Traverser la 40, M. le Président, c'est ardu, c'est difficile, vous n'avez pas
beaucoup de voies de passage. Des jeunes qui
disent : Moi, je reste à Rivière puis je dois aller étudier à l'université
dans l'ouest de la ville, ça leur prend jusqu'à
1 h 15 min. On n'a pas de station de métro, on n'a que des
services d'autobus. Vous dire quand le REM... la fameuse carte du REM... puis,
de ces dernières années, il en est sorti plusieurs, cartes du REM, vous dire
comment la communauté s'est prise en main et en charge pour qu'il y ait des
stations du REM, on n'en verra pas le jour de sitôt, mais qu'il y ait des stations qui desservent Rivière-des-Prairies parce que, nous, ça nous prend un transport
structurant, ce que nous n'avons toujours pas eu, malheureusement.
Transport collectif au nord de la 40, c'est majeur.
Sécurité, transport. Je passe rapidement à
Santé. On a un GMF. Je parle régulièrement aux représentants, depuis que je
suis élu, du CIUSSS de l'est de Montréal. Ils le savent, je suis
fatigant : Rivière-des-Prairies, toute comparaison faite, a la moitié moins de médecins qu'ils ne devraient avoir. Rivière-des-Prairies, on a l'équivalent de moins de 30 médecins, on devrait en
avoir 60. La seule clinique GMF, la clinique majeure GMF, a l'équivalent de
peut-être 12, 15 médecins, M. le Président, bien, elle est à l'ouest de
Rodolphe-Forget, mais elle dessert une population. Il faut continuer en ne
divisant pas. Vous allez dire : Oui, mais ils vont desservir les patients
au-delà de la délimitation de la circonscription. Oui, mais, en divisant la
responsabilité en deux, vous avez une voix qui est diluée et non pas une voix
forte pour la santé. Et ça, M. le Président, en juillet 2017, j'avais été
capable, comme député, de ravoir la radiologie dans Rivière-des-Prairies, au
8260. On a appris, il y a deux semaines, qu'on perdait la radiologie, M. le
Président, avec tout ce qu'il se passe. On
va perdre la seule radiologie que j'avais été capable, on avait été capable
d'aller chercher. Ça, ça interpelle le député de Rivière-des-Prairies.
Je pourrais
vous parler de Sanimax, les enjeux environnementaux qui sont très tangibles. En
somme, M. le Président, et je vois pour les quelques secondes qu'il me
reste, peut-être un 45 secondes, la communauté naturelle de...
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : ...M. le député de LaFontaine, il vous reste... vous avez
28 min 49 s. Vous avez un peu plus que 45 secondes.
M. Tanguay : Merci beaucoup.
Merci, M. le Président. Merci beaucoup, j'apprécie.
Alors, la communauté naturelle de Rivière-des-Prairies
n'est pas à démontrer, des enjeux majeurs, majeurs. Puis les enjeux qu'on
retrouve aussi par ailleurs, à part ces trois priorités-là, on retrouve tous
les autres enjeux. Qu'en est-il de nos aînés? Qu'en est-il de nos jeunes, de la
réussite scolaire? Qu'en est-il de la francisation? Carrefour jeunesse emploi,
qui fait de l'employabilité? Qu'en est-il de nos entreprises qui ont été
frappées très durement? Parce que nos entreprises,
dans Rivière, le tissu économique est beaucoup axé sur la fabrication de meubles.
Ils ont besoin de travailleurs qui vont travailler le bois, le
plastique, le métal, ont besoin, donc, d'un service, d'un département
d'immigration qui soit efficace et qui sont... ils ont été frappés de plein
fouet. J'ai des entreprises qui exportaient 95 % de leur production aux
États-Unis, qui ont été frappés de plein fouet.
Sécurité, santé et transport, la communauté
naturelle, elle est là, de façon subsidiaire, je vous dirais. Si l'on nous
dit : Non, non, non, ça ne peut pas rester à 43 000, il faut se
rapprocher du 51 000, M. le Président, je prierais la CRE de considérer la 40, qui est une barrière
naturelle. La 40 est une barrière naturelle, M. le Président. Et, si
d'aventure... ça, c'est à titre
subsidiaire, si d'aventure, là, on disait : Non, non, non, il faut scinder
Rivière-des-Prairies, ne le faites surtout pas à partir de Rodolphe-Forget. Ce n'est pas ça
que je veux, là, ce n'est pas ça que je veux, mais, si d'aventure ils avaient à
scinder, M. le Président, je pense, en étirant le plus à l'ouest possible,
boulevard Rivière-des-Prairies, que sais-je, ce n'est pas ça que je
veux, mais à titre subsidiaire, je le soumettrais pour garder le coeur battant
de Rivière-des-Prairies à des enjeux majeurs, surtout l'enjeu de sécurité,
santé et, évidemment, de transport.
Et vous me permettez de dire que je fais miens
tous les propos qui ont été faits par... prononcés par les collègues, en toute solidarité. J'en appelle aux
gens de la CRE. Ils ne pouvaient pas le savoir. Là, je vous le dis : Un
astérisque à LaFontaine. Respectons
la communauté naturelle, les barrières physiques. Et vous avez déjà sur la
table, en ce qui me concerne, trois approches. Merci beaucoup.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci
beaucoup, M. le député de LaFontaine. Merci.
Alors, est-ce que j'ai le consentement pour
permettre à la députée de Rimouski d'intervenir? Consentement. Mme la députée
de Rimouski.
Mme Maïté Blanchette Vézina
Mme Blanchette Vézina : Merci.
Merci, M. le Président. Merci aux collègues de me permettre d'intervenir
aujourd'hui.
• (17 h 40) •
En fait, pour débuter, j'aimerais dire que je
fais mien l'ensemble des arguments qui ont été apportés par les collègues, notamment quant à la question de la
Gaspésie et la perte de représentativité de la Gaspésie. La proposition
actuelle de la commission, de faire disparaître la circonscription de Gaspé en
la répartissant entre celle de Matane-Matapédia et celle de Bonaventure, bien, ça créerait des comtés
aussi grands qu'un pays, des territoires qui s'étendent sur des centaines de
kilomètres, des distances importantes, et les saisons, déjà, rendent difficiles
les déplacements dans cette région.
Alors, soyons honnêtes, ça n'a aucun sens pour
la population gaspésienne et la population bas-laurentienne, et ce n'est pas seulement une question de calcul
géographique et de population. C'est une question d'accès et de représentation,
d'accès à son député, mais aussi pour la représentation, pour l'accès aux
services essentiels au gouvernement : la santé, l'éducation,
l'immigration, le développement économique. Alors, moins un député est présent
sur le terrain, plus les citoyens
s'éloignent de leurs institutions, plus les dossiers peuvent prendre du retard
ou peuvent tomber dans l'oubli. Et dans une région comme les nôtres, où
chaque enjeu, qu'il s'agisse d'un établissement... d'un besoin d'un
établissement de santé, d'un projet d'école
à soutenir, d'une entreprise à accompagner, d'une famille immigrante à
accueillir, c'est des demandes... ça demande une présence réelle des
députés, puis ça viendrait affaiblir, donc, la représentation politique, et
tout ça, ça vient affaiblir aussi la capacité d'agir et de rayonner de nos
régions.
Je pense qu'il est important aussi de rappeler
une chose fondamentale. Le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie, ce sont deux
régions distinctes, deux réalités, deux identités, deux territoires qui
méritent chacun d'être reconnus pour ce qu'ils
sont. La Gaspésie est une région à part entière, avec sa culture, son histoire,
sa personnalité, son économie propre et même son drapeau, et vouloir
l'étirer, l'amalgamer, la diluer dans des comtés immenses, dont un au
Bas-Saint-Laurent, c'est nier ce qu'elle est. Avec cette nouvelle carte, un
député pourrait parcourir près de 500 kilomètres pour rencontrer un citoyen, et ça, c'est l'équivalent de demander
à un seul élu de couvrir la distance de Montréal jusqu'à Rivière-du-Loup,
et c'est un territoire qui, en ce moment, là, compte actuellement environ
14 députés.
Et c'est là
qu'il faut se poser une question importante : Est-ce qu'on veut encore
habiter nos régions ou est-ce qu'on les transforme tranquillement en
déserts en les centralisant toujours plus vers les grands centres? Si on veut
réellement viser une plus grande occupation
du territoire et répondre de façon cohérente aux enjeux régionaux, il ne
faudrait pas... au contraire, prendre
le temps de représenter adéquatement nos régions éloignées, celles qui
souffrent déjà d'un manque de services
essentiels, parce qu'en diminuant la représentation politique c'est exactement
ce qui arrive : moins de voix, moins de poids, moins d'écoute,
malheureusement.
Et pourtant la Gaspésie, c'est une région qui
fait partie intégrante de l'économie du Québec, c'est la pêche, c'est l'éolien, qui est majeur pour notre avenir
énergétique et environnemental, c'est le tourisme, des milliers d'emplois, une
vitrine internationale, une fierté aussi qui rayonne partout dans la province,
c'est une filière forestière dynamique, un pilier économique majeur,
mais, au-delà de l'économie, c'est une région qui a la capacité de se
développer, mais encore faut-il vouloir lui prêter attention. La Gaspésie,
c'est une région qui vit, qui bouge, qui fait preuve de résilience, mais
surtout c'est une région qui se développe, et la Gaspésie, elle a besoin de
nous, M. le Président.
Regardons
maintenant ce que vivent aussi mes voisins mitissiens dans la région
administrative du Bas-Saint-Laurent. Si la proposition de la commission
est conservée, la MRC de La Mitis, elle, serait littéralement coupée en deux.
Son préfet, Bruno Paradis, que je salue d'ailleurs, l'a très bien exprimé
récemment : «Diviser une MRC, c'est multiplier les représentations, devoir
travailler avec deux députés et risquer un double standard. Une MRC, c'est un
tissu social, économique et humain qui fonctionne ensemble. On ne découpe pas
une communauté comme on découpe une carte.»
Alors, pour
conclure, M. le Président, affaiblir la représentation politique de la région de la Gaspésie et du Bas-Saint-Laurent, deux régions distinctes, je le
rappelle, c'est aller directement à
l'encontre de l'occupation dynamique du territoire. La Gaspésie et le Bas-Saint-Laurent
sont plus que des tracés administratifs qu'on efface avec une règle, c'est des
territoires vivants, immenses, riches de leur monde, de leur culture, de leur
savoir-faire. C'est pourquoi je demande de ne pas couper la MRC de La Mitis en
deux et de maintenir les deux comtés existants en Gaspésie en reconnaissant
distinctement les régions de la Gaspésie mais aussi du Bas-Saint-Laurent.
Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, Mme la députée de Rimouski.
Document déposé
Je veux
demander, s'il vous plaît, le consentement pour le dépôt du document évoqué
tout à l'heure par M. le député de LaFontaine. Consentement? Parfait.
Nous poursuivons. Je reconnais maintenant Mme la
députée d'Anjou—Louis-Riel.
Mme Karine
Boivin Roy
Mme Boivin Roy : M. le
Président, chers collègues, je prends la parole aujourd'hui à la suite du dépôt
par la Commission de la représentation
électorale de son second rapport, la
proposition révisée de délimitation des circonscriptions provinciales modifiant 53 des
125 circonscriptions. D'abord... Permettez-moi d'abord, M. le Président,
de saluer le travail accompli. Je reconnais que la commission a tenu compte de
certaines des préoccupations soulevées lors des consultations publiques et des travaux parlementaires, notamment en ce qui
concerne l'intégrité de plusieurs territoires municipaux ou d'arrondissements.
On se souviendra qu'il y avait eu des consultations publiques offertes par la
commission à l'automne 2023, donc dans
12 villes et 16 audiences. Dans le cas de Montréal, celle-ci avait eu
lieu le 2 novembre 2023. Également,
il y avait eu des travaux parlementaires sur le dossier à la Commission de l'Assemblée nationale, soit la CAN, à l'hiver 2024. Et,
dans le cas de Montréal, ces travaux avaient eu lieu le 14 février 2024.
Alors, par exemple, et c'est pourquoi je salue
ce progrès, des quartiers ou des arrondissements demeureront dorénavant unis dans une même circonscription, ce
qui témoigne d'une volonté réelle de préserver les liens communautaires.
Ces ajustements montrent que, lorsque les voix s'élèvent, comme celles portées
dans les mémoires produits par des organismes communautaires et économiques
ainsi que les élus, la commission peut corriger le tir. Cela encourage la
participation citoyenne aux instances démocratiques et le respect du lien
territorial entre le citoyen et son lieu de vie.
Cela dit, et
c'est avec fermeté que je le dis aujourd'hui, ces avancées ne sauraient masquer
l'essentiel, M. le Président, à savoir la proposition maintient la
suppression d'une circonscription sur l'île de Montréal, plus précisément dans
l'est de la métropole, ce qui va à l'encontre de l'une de nos demandes
centrales, celle de préserver l'ensemble des comtés montréalais. Dans le second
rapport de la Commission de la représentation électorale, ce n'est plus la
circonscription d'Anjou—Louis-Riel
qui disparaît, mais bien celle de LaFontaine. Pourtant, les effets demeurent les mêmes.
Louis-Riel est détachée d'Anjou, une
partie importante de LaFontaine est fusionnée à Anjou et l'autre partie, à Pointe-aux-Trembles, et l'est de Montréal
perd un comté dans les faits, ce qui fragilise son poids politique.
Malheureusement,
malgré ce signe d'ouverture de la CRE, la suppression d'une circonscription, et
donc la perte d'un siège au coeur de
Montréal, demeure actée. Ce retrait ne respecte pas la légitimité démocratique
que nous défendions dans notre mémoire et lors des consultations. Voici
pourquoi, M. le Président, en deux illustrations.
Première illustration, un territoire et une
population démunis d'un accès direct à leur député. Comme l'ont dit certains collègues qui nous ont précédés, pour les
citoyens, que ce soient des résidents, des immigrants, des personnes âgées, des
familles et leurs enfants, la suppression de la circonscription signifie la
perte de leur député attitré. Or, un député n'est pas seulement qu'un
marqueur électoral, c'est un poids de contact, c'est un lien de proximité,
c'est un canal d'accès aux institutions.
Dans un territoire à forte densité, avec des défis urbains, sociaux et
économiques, cela représente un recul tangible de la démocratie de
proximité.
Deuxième illustration, M. le Président, une
distorsion de la représentativité effective telle que défendue dans notre
mémoire, ses annexes et nos multiples appuis déposés. Nous plaidions que la
représentativité ne devrait pas se fonder
uniquement sur le nombre d'électeurs, mais tenir compte de l'ensemble des
résidents, citoyens, immigrants, enfants, aînés, etc., qui travaillent,
vivent et contribuent au tissu social de la circonscription. Supprimer une
circonscription parce que, sur papier et sur simple calcul mathématique, le
nombre d'électeurs apparaît faible, c'est ignorer la réalité démographique et
sociologique, dans ce cas-ci, de la métropole, et plus particulièrement de
l'est de Montréal.
M. le Président, je prends la parole ici, au
salon rouge, pour réaffirmer avec encore une voix encore plus forte ce que j'ai
défendu avec constance depuis deux ans : on ne peut pas affaiblir l'est de
Montréal au moment même où c'est une région qui est en pleine croissance
démographique, sociale, économique et humaine.
D'ailleurs, on a un consensus montréalais, et ce
consensus a une ampleur importante, et c'est justement ce que je vous porte
aujourd'hui qu'on ne vient pas... ça ne vient pas seulement de mon bureau de
comté, ça ne vient pas seulement d'une formation politique, M. le Président,
mais ça vient d'une communauté entière, de centaines de milliers de personnes, des résidents, des organismes
communautaires, des entreprises, des élus municipaux, provinciaux, fédéraux,
des élus qui sont en poste, des anciens élus, tous en appellent au même
constat : retirer une circonscription dans l'est de Montréal est
une erreur démocratique.
• (17 h 50) •
La beauté de
ce mouvement, vous vous en souviendrez, M. le Président, nous étions ensemble
aux consultations publiques, c'est que c'est une démarche de nature
transpartisane depuis l'automne 2023. Tous les partis, tous les paliers de gouvernement, toutes les générations d'élus
convergent vers une même conclusion : Montréal ne peut pas perdre un siège,
l'est de Montréal ne peut pas perdre une voix.
Et ce n'est pas un simple souhait, c'est une réalité
qui est appuyée par des résolutions unanimes de conseils d'arrondissement, de
conseils municipaux, des lettres d'appui, des mémoires, des témoignages du
terrain, bref, en somme, vous vous
souviendrez, M. le Président, nous avions déposé 210 pages de documentation
avec des appuis qui ont été reçus jusqu'au dernier jour autorisé par la Commission
de la représentation électorale.
L'histoire et
la cohésion d'Anjou—Louis-Riel,
bien, c'est un territoire qui ne se découpe pas. Anjou—Louis-Riel
n'est pas une abstraction géographique,
c'est une communauté cohérente, historique, enracinée. Créée en 1972, enrichie de sa composante Louis-Riel en 2011, la
circonscription a une histoire politique de plus de 50 ans. On y trouve un
des plus vastes parcs industriels de
Montréal : 600 entreprises, 31 000 emplois, un milieu de
vie complet, uni, fonctionnel, reconnu par ceux et celles qui y vivent.
La proposition actuelle, même si elle ne
supprime plus formellement le comté, dénature cette cohésion. Elle écarte Louis-Riel, elle fragmente LaFontaine
et disperse sa population entre deux circonscriptions. Ce découpage affaiblit le
sentiment d'appartenance et crée un territoire politique artificiel qui ne
correspond pas à la réalité vécue, à l'histoire du quartier ni à la façon dont
les citoyens et citoyennes se définissent.
Et qu'est-ce qui en est, M. le Président, des
nouveaux arrivants? Bien, c'est une population qui est invisible dans les calculs de la Commission de la représentation électorale. Voici l'un des points les plus importants et les
plus mal compris, parfois même ignorés, du rapport de la CRE :
l'est de Montréal, et particulièrement Anjou—Louis-Riel, accueille une proportion exceptionnelle de nouveaux arrivants qui ne
sont pas comptés comme électeurs, mais qui font partie intégrante de la
population. Quelques chiffres pour Anjou—Louis-Riel : 13,2 % des
résidents de la circonscription ne sont pas citoyens canadiens, c'est plus du double de
la moyenne québécoise de 6,2 %. Ce sont 6 375 personnes en âge
de voter mais exclues du calcul. Et, plus largement, Statistique Canada indique que le nombre de non-citoyens a presque doublé depuis
2021 dans certains secteurs de l'est de Montréal.
La commission ne
tient pas compte de ces citoyens, et pourtant, M. le Président, ces citoyens
vivent ici, travaillent ici, étudient ici, paient des impôts ici, utilisent nos
écoles, nos hôpitaux, nos transports, nos services sociaux. Pour un député, ce
sont des citoyens à part entière. À quelqu'un qui pousse la porte de notre
bureau de comté, nous ne demandons pas à cette personne si elle a sa qualité
d'électeur, si elle a sa citoyenneté. Un député se rend disponible et travaille
pour le bénéfice de tous ses citoyens et citoyennes. On les accueille, on les
écoute et on les aide. Mais pour la CRE, ces
personnes n'existent tout simplement pas. Ce décalage entraîne une
sous-évaluation massive de la population réelle et, par conséquent, du
besoin de représentation.
M. le Président, dans
l'est de Montréal, alors on note une croissance démographique et économique
sans précédent. On entre dans une période de transformations majeures. Quelques
indicateurs, d'ailleurs, nous permettent de faire un tel constat. Premièrement,
les projets résidentiels, on parle de 100 000 unités de logement
projetées dans l'est de Montréal selon les analyses de la ville de Montréal,
soit plus de 200 000 nouveaux résidents, ce qui correspond à
l'équivalent de trois nouvelles circonscriptions électorales.
À Anjou seulement,
2 025 nouvelles unités sont en processus d'approbation. À
l'arrondissement d'Anjou, également, à
l'intérieur de son comité consultatif d'urbanisme, une projection conservatrice
de 12 000 unités dans le secteur des Galeries d'Anjou. Donc,
ça représente, grosso modo, une augmentation potentielle de la population
d'environ 22 000 citoyens. Je rajoute à ça, M. le Président, des
terrains stratégiques en requalification, la modernisation de diverses
infrastructures, on pense au tunnel Louis H. Lafontaine, au SRB Pie-IX, à
l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont, l'Hôpital Santa Cabrini, le Stade olympique, et
j'en passe. Bien sûr, la station de la ligne bleue, et la station d'Anjou, dans notre cas, et toute la densification
immobilière qui va se faire autour de ces nouvelles infrastructures, qui est massive.
Bref, les nombreux
investissements consentis au milieu de vie et à la mobilité occasionneront un
essor démographique futur. Une forte croissance dans les projections
démographiques est donc à prévoir dans l'est de Montréal, et c'est une population qui aura des besoins et des attentes,
M. le Président, comme on a pu le voir dans le débat public intense
autour du dossier de l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont que nous avons vécu au
printemps dernier.
Maintenant, pour ce
qui est des données au niveau de l'économie et de l'emploi, selon la Chambre de
commerce de l'est de Montréal, on parle de 137 000 emplois qui seront
à pourvoir d'ici 2030, avec plus de 80 % de ces emplois nécessitant un remplacement dû aux départs à la retraite. On
pense aussi à 25 000 nouveaux emplois à créer sur le territoire. C'est majeur, M. le Président.
Également, au niveau de la croissance scolaire, 10 % d'élèves de plus que prévu dans les prévisions démographiques de la
clientèle scolaire pour l'année 2023. De nouvelles écoles et des
agrandissements multiples, on en a constaté partout sur le territoire de
l'est de Montréal, incluant, bien sûr, dans le comté d'Anjou—Louis-Riel.
Alors, tout cela, M.
le Président, pour vous démontrer que l'est de Montréal, nous sommes sur un
territoire qui croît plus vite que les modèles actuels d'évaluation ne peuvent
le mesurer. Retirer une circonscription dans un secteur en explosion démographique, c'est créer volontairement un problème pour
2030, que la commission devra corriger en 2034. L'est de Montréal vit une
transformation sociale, économique, humaine unique, M. le Président. C'est là
que l'immigration s'installe, que les
jeunes familles arrivent, que les projets industriels se développent, que les
grands investissements publics se concentrent, du PSE, le Projet
structurant de l'est de Montréal, à la réfection du Stade olympique, en passant
par l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont.
Et pourtant, malgré
cette réalité, Montréal perd un siège, l'est de Montréal perd une voix. C'est
un précédent qui est grave. C'est une dilution de la représentation. C'est un
affaiblissement d'un territoire où la population augmente rapidement et où les perspectives de croissance à
court terme sont connues et documentées. Et cela, la Commission de la
représentation électorale n'en tient pas compte.
En conclusion, M. le
Président, je ne suis pas contre la modernisation de la carte électorale, mais
je suis contre le fait qu'on le fasse en sacrifiant l'essence même de la
représentation, soit le lien entre les citoyens et citoyennes, les résidents
d'un secteur et leurs élus. Je demande donc à la commission, au nom de la
population d'Anjou—Louis-Riel
et au nom de la population de l'est de
Montréal, de ne pas poser un geste qui laisserait des traces à long terme et
qui laisserait des traces importantes, de préserver les
27 circonscriptions sur l'est de Montréal, de préserver l'intégrité d'Anjou—Louis-Riel,
de LaFontaine et des autres circonscriptions de Montréal, de préserver de
manière générale la voix de l'est de
Montréal et de réexaminer sa proposition, qui est présentement en deuxième
mouture, non pas comme un simple exercice technique mais comme un geste
démocratique de fond. C'est ce qui est en train de se passer, M. le Président.
Nous devons le voir comme un geste
démocratique de fond. Montréal mérite plus qu'une simple... un simple
réajustement. Montréal mérite d'être entendue, d'être respectée et
d'être représentée adéquatement. Merci.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci beaucoup, Mme la députée d'Anjou—Louis-Riel.
Alors, compte tenu de
l'heure, nous allons suspendre les travaux jusqu'à 19 h 30.
(Suspension de la séance à
17 h 59)
(Reprise à 19 h 31)
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Chers collègues, veuillez prendre place. L'Assemblée
poursuit ses travaux.
Donc, on est à
l'article 66. Il reste au gouvernement 35 min 37 s. Est-ce
qu'il y a des interventions? Monsieur... Pardon?
Une voix : ...
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
M. le député de Richmond, la parole est à vous.
M. André
Bachand
M. Bachand : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Écoutez, ça va être la troisième tentative de convaincre des commissaires de revoir leur décision. Je le
fais positivement parce que je sais qu'ils nous écoutent. Et ce que je peux
donner à la commission, c'est qu'ils sont aux aguets de tout ce qu'on dit, de
tout ce qu'on fait.
Mais avant
d'aller sur le... le fond, je devrais peut-être y aller sur la forme. C'est un
processus qui fait mal, aux 10 ans. Je me souviens, il y a bien longtemps, là, j'ai l'âge que j'ai, Mme la Présidente, le comté de Richmond, on l'enlevait. 10 ans après, Richmond, on le modifiait. Ça a toujours
été comme ça, je ne sais pas pourquoi. Et à chaque 10 ans on sert la même
recette, sentiment d'appartenance... tous les arguments, là, c'est dans le
mémoire, on les sert à chaque fois. Puis je ne blâme pas la Commission de
représentation électorale, je me blâme, moi, et je nous blâme nous, comme
législateurs, parce qu'on n'a pas changé la loi. Il y a des règles de base
qu'il faut respecter, j'en suis convaincu, mais on ne change pas la loi. Tu sais, c'est sûr qu'on pourrait
ajouter des députés à Ottawa, tu sais, à la Chambre des communes ils ajoutent des
députés. Je le disais à la blague : Si ça continue, il faudra rajouter un
deuxième étage à la Chambre de communes, tellement ils rajoutent de députés à
chaque fois qu'il y a une révision de la carte électorale. Mais ici on n'a pas
pris notre responsabilité, comme gouvernement de la CAQ, comme gouvernement du
PQ, comme gouvernement libéral. On n'a pas pris notre responsabilité. Puis à
chaque fois les députés se font dire : Bien, voici la nouvelle carte proposée,
hein, premier... premier dessin. Et là qu'est-ce qu'on fait, comme élus? C'est
notre loi, là. On mobilise notre monde. Pourquoi?
Pour se battre contre notre propre loi. Ça n'a pas de bon sens. Je comprends
les règles, le 20 %, 25 %, les ci, les ça, mais, à un moment
donné, il y a une mise à jour à faire de cette loi. Puis tout le monde était
d'accord, ici. La Cour d'appel en a décidé autrement. Puis ça, je suis
extrêmement déçu, parce que c'est des gens, là... tu sais, la carte électorale,
ce n'est pas juste des dessins, là, tu sais, qu'on trace, là, il y a des... il
y a des règles de base. Tu sais, je ne suis
pas en joual vert comme le député de LaFontaine, qui s'est réveillé, là, mais
je suis déçu qu'on n'ait pas réussi à faire le travail qu'on s'était dit qu'on ferait après l'élection de 2026.
C'est de ça que je suis déçu. Là, on va être pognés à faire 10 ans
avec ça.
Alors, je ne
blâme pas, encore une fois la commission puis les commissaires. On a eu une
superbe écoute. D'ailleurs, je dois remercier les commissaires, là, je
vais être plus positif vis-à-vis de la commission, il y a des choses qu'ils ont
retenues dans le cas de notre mémoire. Rapidement, là, c'est la région de
Valcourt, les sept municipalités qui sont maintenant
dans le même comté, le comté qui s'appelle maintenant Daniel-Johnson. J'ai
souligné le fait de changer le nom. De
dire que Johnson, ça voudrait dire quoi? C'est Daniel Johnson. Puis Daniel
Johnson, c'est le bonhomme, c'est le père, hein, c'est l'ancien comté de
Bagot. Ça, j'apprécie ça beaucoup.
L'autre élément que j'apprécie, c'est que la MRC
des Sources, Asbestos, Danville, etc., etc., on l'envoyait chez mon collègue de
Drummond, on le sortait de la zone administrative estrienne. Là, la commission
a dit : Non, OK, on va le garder dans
la zone estrienne. C'est une... c'est une victoire du milieu, je dois vous
dire, je suis content. Mais c'est la
première fois, c'est la première fois depuis que... — j'ai
l'âge que j'ai, Mme la Présidente — que
la MRC des Sources est hors comté de
Richmond, au provincial. C'est la première fois. On nous envoie chez... chez un
collègue que j'admire beaucoup, on
nous envoie... la MRC des Sources, on l'envoie dans Mégantic, un axe
complètement différent. L'axe de la MRC des Sources, c'est Sherbrooke,
Victo, Drummond, ce n'est pas Chaudière-Appalaches.
Et, nous, ce qu'on avait proposé... Parce que je
sais que, le comté de Richmond, il y a bien du monde,
82 000 personnes, etc., mais il y avait un équilibre. Il y avait la
moitié de la population qui vivait en zone urbaine, l'arrondissement de Sherbrooke, Rock Forest, Saint-Élie—Deauville, 40 000 quelques
personnes. L'autre moitié, 40 000 quelques personnes, c'était
en milieu rural et semi-rural. Donc, il y avait un équilibre. Là, présentement,
ce qu'on fait, c'est qu'on urbanise, on rend
le comté de Richmond sherbrookois en enlevant le secteur Valcourt, en enlevant
le secteur des Sources et en prenant
l'arrondissement de Bromptonville, qui est à Sherbrooke, puis on le met dans
Richmond.
On tue, Mme la Présidente, ce qui existe depuis
plus de 60 ans, la question rurale d'un comté. La ruralité, c'est
extrêmement important. Pour un élu, vous le savez, on est un gouvernement des
régions, c'est là que tu connectes avec ton
monde, la quotidienneté est plus facile à faire. Mais ça n'a pas marché, ça n'a
pas marché. Ce qu'il reste de Richmond rural,
c'est la MRC du Val-Saint-François moins les sept municipalités de Valcourt, de
la région de Valcourt, c'est tout ce
qu'il reste. Donc, on urbanise un comté qui était en équilibre, par rapport à
urbain et rural, puis on le rend urbain. C'est un échec, complètement, au niveau de la représentation, vous le savez
tous et toutes. Donc, cette façon de faire me déçoit énormément.
Donc, je prends ces quelques minutes, c'est la
troisième fois, pour demander un petit effort aux commissaires, de regarder ma proposition... bien, notre
proposition, parce que je ne l'ai pas faite tout seul, on l'a faite avec les
gens du milieu, de regarder la proposition de... que Bromptonville demeure dans
Saint-François, parce que l'argumentation de la Commission de
représentation, c'est de dire : Bromptonville fait partie d'une même
agglomération que Rock Forest et Saint-Élie—Deauville, ils ne se parlent
quasiment jamais, il n'y a pas de lien entre Bromptonville et les trois autres
agglomérations, arrondissements, puis de garder la MRC des Sources dans Richmond,
pour maintenir cet équilibre là encore. Alors, j'en appelle aux membres de la
commission de... parce qu'on respecte les règles, là, le tableau est là, on respecte les règles. Les changements que nous avions
proposés règlent la question de représentation selon la loi qui a été
maintenant réintroduite par la Cour d'appel. On respecte les normes.
Les gens de la MRC des Sources ne comprennent
même pas. Mais on s'en va dans... on s'en va dans Mégantic? Bien, j'ai dit : Ce n'est pas encore
officiel, mais c'est proche. Pourquoi? Mégantic? Ce n'est pas... Comme je le
disais tantôt, ce n'est pas notre axe. On n'a pas... On n'a aucune
racine dans notre... dans cette quotidienneté, je dis ma quotidienneté parce
que je vis dans la MRC des Sources depuis toujours. Alors, je suis... je suis
vraiment déçu, je suis vraiment déçu. Je
pense que la commission aurait pu faire un geste beaucoup plus grand puis de
comprendre que l'historique d'un lien politique, dans un comté, ça fait une
différence. Puis aujourd'hui ça n'existe plus, si la Commission maintient sa
décision.
Ça fait que je ne vais pas relire le mémoire,
les commissaires l'ont.
Je fais rapidement des remerciements, Mme la
Présidente, d'abord aux gens du comté de Richmond actuel qui sont mobilisés. Parce que ce qu'on fait, comme
députés, hein, on reçoit la carte électorale et puis là on se dit : Oh!
merde, qu'est-ce qui se passe? Là, on
appelle nos élus municipaux, on appelle nos chambres de commerce, on appelle
nos organismes communautaires puis on
les mobilise. Puis, comme je le disais tantôt, on les mobilise pour dire que,
la loi que le Parlement, que l'Assemblée
nationale du Québec a adoptée, il faut se battre pour son application. Alors...
Mais je voudrais remercier les gens, les élus, comme je disais. Mais, en
terminant, je vais finir d'une façon positive, Mme la Présidente, je veux remercier les membres... les commissaires, la Commission
de représentation électorale, remercier de leur écoute, de leur accueil, parce
que ce n'est pas évident d'entendre des mémoires un après l'autre sur un
argumentaire, mais j'aimerais les remercier, franchement, pour le
travail, qui est dur, parce qu'ils doivent appliquer la loi qu'on leur a
donnée, mais avec une ouverture puis un
sentiment qu'on peut faire une différence en allant devant la Commission de
représentation électorale. Puis, oui, on fait une différence.
Alors, donc, sur ce, Mme la Présidente, j'espère
que les commissaires vont entendre une dernière fois, vont relire avec passion
ce mémoire pour le comté de Richmond. Mais, cela dit, Mme la Présidente, encore
une fois, j'espère que les futurs gouvernements, qu'importe la couleur, vont prendre
rapidement une décision de revoir, de faire une mise à jour de la loi. Merci
beaucoup, Mme la Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci beaucoup, M. le député. Je cède maintenant la parole à M. le
député de Saint-Jérôme.
M. Youri
Chassin
M. Chassin : Merci, Mme la Présidente. Alors, évidemment, c'est à mon
tour d'intervenir sur un débat qui est absolument difficile à trancher, puis je
pense qu'on en a des exemples. C'est toujours quelque chose de périlleux, quand
on change la carte électorale. De satisfaire tout le monde, je pense que c'est
toujours impossible. On concilie plusieurs facteurs, on essaie avec différents
principes de trouver la meilleure carte ou, selon, la moins pire.
Évidemment, dans un processus où notre région
des Laurentides gagne en comté, comme ils en ont gagné un à la dernière révision, parce qu'on est en
croissance démographique, puis une des régions où la croissance démographique
est la plus vigoureuse, évidemment, on voit nos collègues se battre pour ne pas
perdre, par exemple, un des trois comtés de la Gaspésie, puis on les comprend.
Ça fait certainement une différence, d'avoir trois ou deux comtés. Ça fait
certainement une différence aussi, d'en avoir un de plus dans les Laurentides.
Et on peut comprendre qu'il y a des réalités
outres le pouvoir électoral, dans les termes de l'arrêt de la Cour d'appel, le
pouvoir électoral, qu'il soit équitable peu importe où l'on vit, parce qu'on
est Québécois peu importe où l'on vit, hein, et puis des réalités de distance,
d'accès au député. En même temps, on est en 2025, il y a toutes sortes de moyens qui existent. Et il y a aussi des
possibilités de donner des moyens, d'avoir des antennes, par exemple, locales,
pour un grand territoire, d'avoir du personnel politique supplémentaire. Alors,
il faut effectivement trouver différents... équilibrer différents facteurs puis
trouver différents moyens pour que ce soit le plus juste possible.
Dans une démarche un peu sans précédent, Mme la
Présidente, il y a des préfets, dans mon coin de pays, qui se sont présentés en
cour, puis, quand la Cour d'appel a rendu son jugement, j'ai pris le temps de
le lire, et c'est effectivement frappant.
• (19 h 40) •
Le collègue de Richmond parlait de tout ce qu'on
voulait faire pour revoir la formule. Bien, je comprends tout à fait. Est-ce qu'on doit rester dans le statu quo
maintenant puis revoir la formule plus tard ou est-ce qu'en raison du fait que
le statu quo pénalise beaucoup de gens on doit effectivement se donner ce
devoir mais quand même aller de l'avant?
Et, quand je disais, Mme la Présidente, qu'on
doit trouver l'équilibre entre différents facteurs, bien, je pense qu'il y a un principe qui n'est pas en équilibre
avec les autres, un principe qui doit être absolu, Mme la Présidente. Puis
ce principe absolu, puis, je pense, qui est consensuel, c'est l'aspect de
l'indépendance du processus. On ne veut pas le «gerrymandering» des États-Unis.
On ne veut pas politiser à outrance la carte électorale, donner plus de poids à
l'un. Il y a quelque chose de fondamental, dans une carte électorale, comme
fondement de la démocratie. Puis, quand on part
le processus de révision, à mon avis, on ne peut pas l'arrêter, on ne peut pas
la suspendre, on ne peut pas se dire «on arrête tout, là, on va y réfléchir» parce qu'effectivement il y a des
gens à qui ça déplaît. On s'en doute, que ça va déplaire à certains.
C'est... C'est même presque incontournable.
Évidemment, je pense qu'on a des possibilités
d'améliorer le processus. Puis, en même temps, est-ce qu'il y a des solutions
que le gouvernement pourrait envisager? Protéger, par exemple, les comtés de
Gaspésie, augmenter le nombre des députés?
Possiblement. Moi-même, je peux me dire ouvert. Mais mon appui ne sera pas
automatique, Mme la Présidente,
parce que je pense qu'il y a un absolu qui est de respecter l'indépendance de
la démarche. Et ça, pour moi, pour les gens de mon coin, je pense que c'est fondamental. Et je pense
que c'est fondamental pour les citoyens de tous les députés ici. Puis je
pense que c'est d'autant plus fondamental que notre légitimité, elle en dépend
directement.
Alors, je
salue le travail des commissaires. Je pense que c'est une belle avancée. Puis
je souhaite qu'on puisse avoir cette distance, cette sagesse de
l'accepter. Merci, Mme la Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
Merci beaucoup, M. le député. Je
cède maintenant la parole à Mme la députée de Soulanges.
Mme Marilyne
Picard
Mme Picard : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. L'intervention proposée à la suite du dépôt du deuxième rapport de la Commission de la représentation
électorale propose de transférer la ville de Coteau-du-Lac dans la
circonscription de Beauharnois. Ceci aura un effet de scinder le canal
de Soulanges en trois parties. Il est donc judicieux de faire un peu d'histoire sur le canal pour bien mettre en
scène l'importance du canal de Soulanges dans la circonscription du même
nom et pourquoi je crois qu'il serait préférable de laisser la situation telle
quelle, telle qu'elle est présentement, et ne pas modifier le découpage en vue
de 2026.
Ancien canal de navigation du Saint-Laurent,
construit à la fin du XIXe siècle pour contourner les rapides, le canal a
joué un rôle clé dans le commerce maritime canadien, et qui est aujourd'hui un
important paysage patrimonial et récréatif régional. Le canal de Soulanges est
situé entre le parc Saint-François et le lac Saint-Louis sur une distance d'environ 23 kilomètres, traversant notamment
la ville de Pointe-des-Cascades, Les Cèdres, Coteau-du-Lac et Les Coteaux.
Il a été conçu pour permettre aux navires d'éviter les rapides des Cascades,
des Cèdres et du Coteau qui rendaient la navigation sur ce tronçon du
Saint-Laurent difficile et dangereuse.
Face à l'augmentation du tonnage et à l'essor du
commerce, le vieux canal de Beauharnois, plus étroit et moins profond, ne
suffisait plus. Les travaux du canal de Soulanges débutent en 1892 et mènent au
passage du premier bateau en 1899, après un
chantier d'envergure mobilisant jusqu'à plus d'un millier de travailleurs et transformant
durablement le paysage riverain.
Après la Seconde Guerre mondiale, le canal a atteint son apogée avec près de
5 000 navires par an, ce qui en fait un maillon essentiel de
la chaîne logistique entre les Grands Lacs et les ports maritimes. Pendant
plusieurs décennies, il est perçu comme une prouesse technologique emblématique
de la modernisation des infrastructures canadiennes de transport.
Le canal cesse ensuite progressivement toute
activité de transport, mais plusieurs de ses éléments, notamment l'ancienne
centrale hydroélectrique, sont reconnus pour leur valeur patrimoniale par le
ministère de la Culture et des Communications du Québec. Cette reconnaissance
ouvre la voie à une réinterprétation du site comme paysage culturel plutôt que
comme simple ouvrage technique désaffecté.
Historiquement,
le canal de Soulanges a été déterminant pour sécuriser et intensifier la
navigation sur le Saint-Laurent en aval de Montréal, participant
directement à l'essor du commerce céréalier industriel et des premières... des
matières premières. Il a contribué à
l'intégration économique de la région de Vaudreuil-Soulanges au grand circuit
nord-américain, favorisant l'emploi local et l'urbanisation de ses rives.
D'ailleurs, à Coteau-du-Lac, Parcs Canada a même désigné un lieu
historique national, il y a plus de 100 ans, puisqu'il abrite le premier
canal à écluses du Canada.
Aujourd'hui, le canal de Soulanges n'est plus un
canal de navigation commerciale, mais il est au coeur d'un projet de parc régional porté par la MRC de
Vaudreuil-Soulanges et plusieurs municipalités riveraines. Un plan directeur d'aménagement
culturel et paysager vise à en faire un projet signature régional combinant
mise en valeur patrimoniale, activités de
plein air, tourisme et identité locale. Le site est présentement comme un musée
à ciel ouvert, avec un parcours d'ancres
et des artéfacts maritimes, des sentiers et diverses dispositions
d'interprétation du passé du fleuve et du canal. Cette reconversion en
corridor récréatif et culturel renforce l'attractivité de la région tout en
préservant un témoin majeur de l'histoire de la navigation et de l'ingénierie
du Québec.
En permettant aux navires de contourner les
rapides et en augmentant la capacité de transport, le canal a facilité l'essor
du commerce maritime et l'acheminement des marchandises entre Montréal, les
Grands Lacs et l'intérieur du continent, ce
qui a soutenu l'activité économique régionale. Pendant son exploitation, le
canal a renforcé la vocation du corridor
de transport de Vaudreuil-Soulanges, ce qui a favorisé le développement de
services, d'infrastructures de petite activité industrielle et
commerciale en lien avec la navigation.
Le canal est
décrit comme ayant eu un impact majeur sur le développement socioéconomique de
Vaudreuil-Soulanges. En contribuant à
l'intégration de ce secteur de la Montérégie aux grands échanges
nord-américains, il a soutenu l'emploi direct — navigation,
entretien, transport portuaire — et
indirect — hébergement,
commerce, transport terrestre — durant
plus d'un demi-siècle, Mme la Présidente.
Sur le plan
territorial, le tracé du canal a influencé la localisation des routes, des
ponts, des noyaux villageois, ce qui
a un effet durable sur la valeur foncière, l'urbanisation et l'aménagement de
la région. L'infrastructure a aussi contribué à forger une identité
régionale autour du fleuve et de la navigation, aujourd'hui réinvestie dans les
projets de mise en valeur du site.
Depuis la fermeture à la navigation commerciale,
le canal est en reconversion comme parc linéaire et site patrimonial, ce qui génère des retombées en
tourisme, en plein air et en activités en économie culturelle. Le Parc du canal
de Soulanges est présenté comme le principal projet de développement régional
de la MRC, visant à offrir un grand équipement récréatif, à attirer les
visiteurs et à encourager l'implantation des services et des événements tout le
long du tracé. Les investissements publics servent à bonifier les
infrastructures, à créer des activités et à structurer une offre touristique de
loisir à l'échelle de la Montérégie, avec des effets attendus sur
l'achalandage, la consommation locale et l'image de la région. Le canal s'inscrit aussi
dans une stratégie plus large de positionnement de Vaudreuil-Soulanges comme
pôle logistique et corridor de transport qui renforce potentiellement les
retombées économiques en lien avec les flux régionaux.
Mme la
Présidente, en ce qui a trait au redécoupage, Coteau-du-Lac fait partie de la
MRC de Vaudreuil-Soulanges et de la
circonscription provinciale de Soulanges. Ce regroupement rassemble...
rassemble plusieurs municipalités partageant une histoire et une dynamique socioéconomique commune. La MRC insiste
depuis 2023 sur l'importance de préserver les circonscriptions
cohérentes avec des liens naturels, économiques et sociaux de
Vaudreuil-Soulanges.
Certes, la CRE prend compte à la fois du
quotient démographique et de facteurs communautaires, ce qui fait du redécoupage un exercice où l'équilibre entre
chiffres et cohésion des milieux de vie est délicat. Toutefois, les mémoires
déposées lors des premières étapes de
consultation de la révision par la MRC dénoncent les propositions jugées
strictement statistiques, qui déstructurent l'organisation spatiale et
l'identité régionale.
• (19 h 50) •
Sortir Coteau-du-Lac de la circonscription de
Soulanges diluerait le poids politique de la MRC si la ville était rattachée à
un comté dont le centre de gravité se situe hors Vaudreuil-Soulanges tel que
proposé dans le second rapport. Les enjeux
propres au canal et aux réalités socioéconomiques locales risqueraient alors
d'être intégrés à un agenda plus large, moins aligné sur les priorités
de la MRC. La cohérence entre les services de proximité, la planification
territoriale et la représentation politique serait ainsi très affaiblie.
Du point de vue économique, Vaudreuil-Soulanges
fonctionne déjà comme un tout, structuré par des corridors de transport, des
activités... des zones d'activité économique et un profil de croissance démographique
soutenue. Découper Coteau-du-Lac de la circonscription qui couvre le reste de
ce système peut compliquer la défense coordonnée de projets d'infrastructures,
d'investissements collectifs ou de mesures de soutien ciblées sur le territoire
complet.
La MRC soulignait dans son rapport... dans son
mémoire que des découpages éclatés peuvent fragmenter la principale zone d'activité économique, nuire à une
vision intégrée de développement et rendre plus difficile la concertation
entre députés sur certains dossiers communs.
Même si des entreprises et des flux économiques ne suivent pas automatiquement
les frontières électorales, la capacité des élus à parler d'une seule voix pour
le territoire influence l'obtention des ressources
et la priorisation des projets structurants. La MRC met également de l'avant un
territoire identitaire de Vaudreuil-Soulanges
enraciné dans un héritage seigneurial qui a des affinités naturelles entre
municipalités, dont Coteau-du-Lac fait partie.
Mme la Présidente, dans le rapport du DGEQ, à la
page n° 100, la commission propose de conserver la
municipalité des Cèdres et le village de Pointe-des-Cascades dans la
circonscription de Soulanges afin de répondre à la demande du milieu. Selon plusieurs intervenants, ces municipalités
ont davantage d'affinités sociales et territoriales avec les communautés de la circonscription de
Soulanges. Eh bien, comme le canal est un tout, on ne doit surtout pas le
scinder. C'est la colonne vertébrale de Soulanges, le canal, Mme la
Présidente, et Coteau-du-Lac doit rester dans Soulanges.
Rappelons aussi que l'Assemblée nationale a
adopté à l'unanimité, en mai 2024, la loi n° 59, qui
demandait l'interruption dans la révision de la délimitation des
circonscriptions électorales. Malgré les décisions judiciaires qui s'en sont suivies, que je m'éviterai de commenter
directement, cela montre une unité parmi les élus ici, un désir de prendre
un temps d'arrêt nécessaire et de s'assurer que les critères qui assurent une
saine représentation de tous les Québécois sur
les territoires reflètent pleinement la nécessité de bien représenter, et je ne
crois pas qu'un simple critère de nombre et de démographie suffise.
En terminant,
Mme la Présidente, j'ai reçu un cri du coeur de la mairesse de
Coteau-du-Lac et je sais qu'ils vont faire
une résolution ce soir, à la ville, pour dénoncer la situation. Donc, vous me
permettrez de lire la déclaration de ma maîtresse à la commission, donc : «Je souhaite exprimer ma profonde
incompréhension face au changement de circonscription proposé pour la
ville de Coteau-du-Lac.
«Notre ville fait partie intégrante de la MRC de
Vaudreuil-Soulanges, et il est essentiel qu'elle demeure au sein de la
circonscription de Soulanges. Il n'y a aucun sens à nous rattacher aux villes
de la MRC voisine. Nos réalités économiques,
sociales et territoriales sont très différentes, et les projets communs entre
la MRC de Beauharnois-Salaberry et
Coteau-du-Lac sont, dans les faits, minimes, voire inexistants. Coteau-du-Lac
travaille quotidiennement avec les autres municipalités de Vaudreuil-Soulanges dans plusieurs dossiers
essentiels : sécurité publique, environnement, développement
économique, mobilité et sécurité civile. Changer de circonscription viendrait
briser cette cohérence administrative et compliquer des collaborations déjà
bien établies.
«Les services
offerts à la population, qu'il s'agisse de loisirs régionaux, d'infrastructures
culturelles, de services sociaux ou de partenaires communautaires, sont tous
structurés à l'échelle de Vaudreuil-Soulanges. Un déplacement vers un
autre comté créerait des incohérences et des dédoublements qui nuiraient
directement aux citoyens.
«C'est aussi une question d'identité régionale.
Coteau-du-Lac partage l'histoire, les enjeux, les institutions et le sentiment d'appartenance de Soulanges. Nos
pôles économiques, nos corridors de transport, nos initiatives touristiques
et nos projets culturels sont profondément ancrés dans Vaudreuil-Soulanges, et
non dans la MRC voisine. Pensons seulement au canal de Soulanges, un projet
structurant et un symbole fort de notre région. Que deviendrait de cette
cohérence si Coteau-du-Lac se retrouvait dans un autre comté?
«Enfin, un tel changement risque de diluer la
voix des citoyens de Coteau-du-Lac. Cette représentativité doit demeurer fidèle
aux besoins de notre communauté.
«Pour toutes ces raisons, je demande que
Coteau-du-Lac demeure là où elle appartient naturellement, dans la
circonscription de Soulanges.»
Donc, Mme la Présidente, je pense que ça a été
clair, dans mon intervention, qu'on demande le statu quo, tant à la ville de
Coteau-du-Lac que moi, comme députée de Soulanges. Merci beaucoup.
La Vice-Présidente (Mme
D'Amours) : Merci beaucoup, Mme la députée. Je cède maintenant la
parole à Mme la députée de Bonaventure, en vous rappelant qu'il vous reste
environ 13 minutes.
Mme Catherine
Blouin
Mme Blouin : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Alors, je suis à nouveau devant vous, aujourd'hui, pour défendre ma région, la Gaspésie, parce que la représentation
politique des régions, c'est un enjeu qui me tient particulièrement à
coeur.
Et je
rappelle qu'on fait cet exercice-là, aujourd'hui, pour deux raisons. La
première, c'est parce qu'il y a un jugement qui a été rendu en Cour d'appel qui invalide une loi votée ici à
l'unanimité, à l'Assemblée nationale, et qui visait, entre autres, à
protéger la Gaspésie. Et, à la suite de ce jugement-là, la Commission de la
représentation électorale a déposé un deuxième rapport, dans lequel elle
persiste et signe avec la fusion des comtés de Bonaventure et de Gaspé, ce qui
va également à l'encontre, Mme la
Présidente, de la volonté de l'ensemble des formations politiques qui sont
représentées ici.
Alors, évidemment, je ne peux pas vous cacher ma
déception face à cette situation, mais sachez que je suis toujours déterminée
et motivée à défendre la Gaspésie avec conviction, Mme la Présidente. Alors, ce
que je fais, aujourd'hui, c'est un plaidoyer
pour le poids politique des régions, parce qu'après un manque de considération
à l'endroit de la Gaspésie ce sera quelle région qui sera ciblée?
Alors, oui, bien sûr, je prends la parole à
titre de député de Bonaventure, mais je vous dis qu'en grande partie c'est la
Gaspésienne qui s'adresse à vous aujourd'hui.
D'abord, il faut savoir que de défendre les
réalités propres à la Gaspésie, c'est un combat de tous les jours. On rappelle
d'ailleurs que j'ai dû insister, et le mot est faible, pour que les commissaires
acceptent d'entendre les gens de mon comté.
En fait, à l'origine, mon comté ne faisait même pas partie de la liste de la
tournée des audiences de la commission. Alors, j'ai fait une demande formelle pour que mes citoyens soient
entendus chez nous, et on m'a dit non, parce que les impacts de la
nouvelle proposition de la circonscription n'étaient pas assez significatifs
pour les gens de Bonaventure, et donc ça ne valait pas la peine de s'y rendre
et de nous entendre. Alors, j'ai dû redemander, contre-argumenter pour que,
finalement, les commissaires acceptent de s'arrêter dans Bonaventure pour
entendre les gens directement touchés par leur redécoupage.
Cette toute petite bataille là, elle est très
représentative des impacts de la méconnaissance de notre milieu, une réalité à
laquelle on est confrontés trop souvent. Mais, malgré tout, on a eu quand même
plus de 200 personnes qui se sont
déplacées à New Richmond, en après-midi, sur semaine, un jeudi à
14 heures, pour être précise, et ce, avec très peu de préavis. Et,
à ma connaissance, il s'agit de la plus grande audience, et de loin, de toute
la tournée des commissaires. On a même dû ajouter des chaises, Mme la
Présidente. Et, si j'ajoute à ça les gens qui se sont déplacés à Gaspé, ça fait
près de 300 personnes qui se sont entendues... qui se sont fait entendre,
oui, en Gaspésie. Et je pense qu'au Québec, en tout, on a eu 600 personnes
qui se sont déplacées. Donc, la moitié s'est fait entendre chez nous, en
Gaspésie. Alors, je pense que c'est assez parlant.
Présentement... présentement, oui, le comté de
Bonaventure compte 26 municipalités, 35 000 électeurs, et, si on veut aller d'un bout à l'autre du comté, ça
prend 3 h 30 min en voiture. La proposition actuelle double
pratiquement la superficie, contient 34 municipalités,
57 000 électeurs, et ça prend environ sept heures, se rendre
d'un bout à l'autre, si on tient compte des
villages qui sont éloignés de la 132, qui est notre route principale. Alors,
c'est une évidence que ça représenterait d'importants changements,
notamment l'accessibilité aux députés, qui seraient encore beaucoup moins
présents, en raison de la distance à parcourir et de l'éloignement de Québec.
Alors, c'est très clair que le service rendu aux
citoyens serait considérablement diminué. Mais, pour les commissaires, il n'y
avait pas d'enjeux, des conséquences non significatives.
Je crois aussi que le mémoire que j'ai déposé
devant la commission démontre clairement que le redécoupage proposé se ferait, bien sûr, au détriment de la
représentation effective des citoyens de Bonaventure et de Gaspé. On est
souvent confrontés à ce fameux mur à
mur alors que ce n'est pas adapté à nous. Alors, je me demande, est-ce que les
commissaires pourraient considérer le double défi que représente la
distance entre la capitale nationale et la circonscription de Bonaventure? À partir de chez nous, on parle quand
même d'environ 650 kilomètres. Si un autre député habitait ailleurs,
ce serait peut-être plus loin. Et il y a aussi la charge démesurée que
représente le fait de presque doubler le territoire du comté existant, qui est
déjà très difficile à couvrir.
Et il y a une image qu'on aime bien utiliser, je
l'ai encore entendue d'une collègue, tout à l'heure, pour comparer le
territoire projeté, c'est la distance entre Montréal et Rivière-du-Loup. Oui,
c'est vrai, c'est à peu près cette distance-là, mais il faut enlever la 20, on
remplace ça par des limites de vitesse à 50 à 90 kilomètres-heure. Et
j'avais d'ailleurs demandé aux commissaires
de se déplacer en voiture, lorsqu'ils sont venus en Gaspésie. Ils l'ont fait en
partie, mais ils n'y ont pas fait, bien sûr, le trajet du territoire
qu'ils proposent.
Plusieurs personnes ont parlé des conditions
météo également, et ce n'est pas pour rien. Juste l'an dernier, moi, j'ai dû
arrêter dormir à l'hôtel quatre, cinq fois pendant... dont une fois pendant
deux jours, parce qu'ils ont fermé la 132 et
la 20 durant mon déplacement. Et ça, c'est seulement pour mes déplacements
entre ma circonscription et Québec. Je ne parle pas de toutes les fois
où on doit reporter ou annuler des événements en comté à cause que les
déplacements sont trop difficiles en raison de la météo.
• (20 heures) •
Alors, le
scénario de redécoupage, c'est une autre preuve que nos particularités sont
incomprises et sous-estimées. La
vitalité d'une région comme la Gaspésie, elle est menacée par ce scénario. Le
député élu devrait inévitablement faire des choix et laisser de côté
certains dossiers prioritaires.
Et on parle beaucoup du
nombre d'électeurs, mais l'analyse doit être plus complète. On parle d'un
électorat, chez nous, qui est composé de la
population la plus âgée du Québec et des MRC les plus dévitalisées et
vulnérables du Québec. Alors, ça nécessite un accompagnement qui est important
de la part du député, parce que les besoins sont grands. Présentement,
ce sont 26 municipalités, dont beaucoup ce sont de petites municipalités
avec de petites équipes, parfois incomplètes,
qui peuvent travailler à temps partiel, alors elles ont besoin de leur député
pour faire progresser leurs dossiers. Ce n'est pas comparable à une
ville qui est entièrement autonome puis qui peut avoir quatre, cinq députés
juste à elle.
Alors, je répète que le député ou la députée de
Gaspé-Bonaventure aurait 34 municipalités à accompagner, sans oublier la liste de tous les organismes, qui
se multiplient : une trentaine de clubs de 50 ans et plus, plusieurs
clubs Lions, Chevaliers de Colomb, trois hôpitaux, cinq CHSLD, des RPA,
cégep, une quarantaine d'écoles, et j'en passe. Et tous s'attendent, bien sûr,
à avoir un député qui est présent, et c'est tout à fait normal.
Et on entend
souvent dire aussi qu'il y a des comtés avec encore plus de municipalités, et
c'est vrai. C'est le cas, justement, de ma collègue de Rivière-du-Loup—Témiscouata,
mais sa situation, elle est différente de par sa proximité avec le parlement.
Et un autre élément qui nous distingue des
grands comtés, c'est notre façon d'habiter le territoire. En fait, on l'occupe d'une façon linéaire. Alors, on doit
faire le tour complet de la péninsule. Notre population, elle n'est pas
condensée au même endroit, on doit vraiment faire le tour et aller
partout pour rencontrer nos citoyens.
Et je
rappelle aussi qu'il y a quand même certains comtés en centre urbain qui
tiennent sur quelques coins de rue. Et d'ailleurs ça m'amène à penser
que le comté de Gaspé-Bonaventure, je vous l'ai dit, aurait
57 000 électeurs, alors qu'un
nombre moyen des électeurs des comtés de Montréal, c'est 50 000.
7 000 personnes de plus qu'à Montréal à servir sur un territoire
qui est immense.
Et, si on regarde seulement le nombre
d'habitants dans une circonscription, on peut oublier des variables. Les autres
critères aussi doivent être pris en compte. Se baser uniquement sur la quantité
des électeurs, ça risque de créer une dilution du pouvoir politique des régions
du Québec. La circonscription proposée de Gaspé-Bonaventure dépasse la moyenne
d'électeurs du Québec. Donc, la Gaspésie verrait son pouvoir politique
doublement diminué.
J'aime bien faire une petite incursion dans ma
semaine. En fait, moi, je pars le lundi en après-midi, je fais mes trois
journées à Québec, mardi, mercredi, jeudi, et je repars le jeudi après ma
journée pour arriver tard en soirée, parfois même en début de nuit. Et je
pourrais partir de Québec le vendredi, mais ça ferait en sorte que je n'ai
aucune journée ouvrable complète dans mon comté pour rencontrer les organismes,
les citoyens et les entrepreneurs. Parce qu'on passe trois, quatre jours par semaine à Québec, mais notre priorité, ça
demeure de servir nos citoyens. Et j'ajoute à ça que j'ai deux filles. Alors, j'aime bien être là le
vendredi matin en personne pour leur souhaiter une bonne journée avant qu'elles
partent, qu'elles prennent l'autobus, évidemment. Et, en parallèle, j'ai des
collègues qui partent le mardi matin et qui peuvent
souper chez eux le jeudi soir. Alors, ils ont entre 13 et 15 heures de
plus que moi par semaine à offrir à leurs citoyens. Et sans oublier que
souvent leur comté est beaucoup plus petit que le mien.
Alors, à une époque où on essaie de démocratiser
le rôle de député, d'attirer des profils différents, des jeunes avec des
familles, c'est incohérent de proposer une circonscription aussi immense,
située à des centaines de kilomètres de
Québec. La réalité, c'est que ce scénario-là ne laisse aucune place à la
conciliation travail-famille. Mais, dans son deuxième rapport, la
commission nous dit que ce n'est pas grave. Il y a déjà beaucoup de femmes à
l'Assemblée nationale, on le voit en note de
bas de page, c'est écrit 46,4 % en 2022. Donc, selon les
commissaires, c'est assez. On va grossir les comtés, ça va dissuader des
mères de famille de se présenter, mais ce n'est pas grave. Et d'ailleurs on
déboulonne à peu près l'ensemble de nos
arguments de la même manière dans ce second rapport. Alors, je peux comprendre
les gens de chez nous qui ont perçu de la condescendance et même du
mépris.
Il faut dire
que la Gaspésie a déjà perdu la circonscription d'Avignon—La Mitis—Matane—Matapédia au fédéral, donc, maintenant, l'ensemble de la région est regroupé
dans la circonscriptionGaspésie—Les Îles-de-la-Madeleine—Listuguj. Les Gaspésiens ont donc déjà
perdu la moitié de leur voix pour défendre leurs enjeux. Bien, dans ce
contexte-là, je réitère que la fusion de Bonaventure et de Gaspé serait, encore
une fois, une perte énorme pour la représentation des communautés gaspésiennes,
mais, sans rien enlever aux députés fédéraux, c'est important de souligner que
les députés provinciaux assurent un lien de proximité plus grand encore avec la
population et avec les organisations. Leur rôle terrain est essentiel parce que
les enjeux qu'on défend touchent le quotidien des gens. Le volume de demandes
est très, très important.
La fusion entraînerait des répercussions sur les
organismes, les instances de développement régional, qui jouent un rôle de
premier plan pour la vitalité économique, sociale et culturelle de la Gaspésie.
Bonaventure est à la limite de son expansion
à la fois en raison de la taille du territoire à couvrir, qui est déjà très
grand, mais aussi en raison des limites naturelles.
Il faut comprendre qu'il y a des réalités
uniques aux régions éloignées. Je pense, entre autres, à l'accès à des soins de santé spécialisés, qui peut nécessiter
des déplacements vers des centres urbains. Les personnes âgées se tournent
d'ailleurs souvent vers leurs députés pour de l'aide, et c'est un exemple parmi
tant d'autres. Mais la bonne nouvelle, Mme la Présidente, c'est qu'il est
encore temps pour les commissaires de changer d'idée. Ils l'ont d'ailleurs déjà
fait par le passé.
Nous enlever
une circonscription, c'est rendre nos réalités invisibles, c'est fermer les
yeux sur les caractéristiques qui nous sont propres et sur nos enjeux.
Je demande donc à nouveau à la commission d'accorder une place plus importante
aux autres critères avec lesquels elle travaille présentement, plutôt que de
privilégier simplement le nombre d'électeurs. Normalement, les commissaires
devraient accorder une attention particulière au sentiment d'appartenance aussi. Parmi les 300 personnes qui se sont
déplacées lors des audiences, les anciens députés de Bonaventure étaient
présents pour s'opposer à la création du nouveau comté, et toutes les
formations politiques étaient représentées et étaient contre la
fusion. Sans oublier que la foule était particulièrement participative et
vocale. D'ailleurs, les gens présents ont très clairement approuvé le message
que j'ai porté lors des auditions et que je porte encore aujourd'hui, qui vise
à faire reconnaître nos particularités et conserver notre voix. On en a
vraiment besoin.
Et ça, c'est sans compter les autres actions,
comme le mouvement Sauvons la Gaspésie. Et, dans le cadre de ce mouvement-là, on a lancé une pétition qui
dépasse les 4 200 signatures. Sans oublier la lettre ouverte parue
dans la presse, signée par l'ensemble
des élus de tous les paliers politiques de la Gaspésie et du Bas-Saint-Laurent,
pour ne nommer que ça.
Et on le dit souvent, mais c'est plutôt rare
qu'il y ait un sujet qui fasse l'unanimité jusqu'ici, à l'Assemblée nationale.
J'ai entendu plusieurs collègues de toutes les formations politiques qui
s'opposent à cette fusion. On a déjà, par le
passé, déposé une motion qui a été adoptée à l'unanimité, qui demandait aux
commissaires de ne pas fusionner les comtés
de Bonaventure et de Gaspé. J'ajoute à cela un nombre important de résolutions
prises par les conseils municipaux et
des MRC, qui s'opposent, eux aussi, à cette fusion, et, bien évidemment, ce
projet de loi qui demandait de suspendre les travaux pour s'assurer de protéger
la Gaspésie pour l'élection de 2026, le temps qu'on s'entende sur un moyen à
utiliser.
Une loi votée
à l'unanimité par tous les parlementaires de toutes les formations politiques
de l'Assemblée nationale, je ne peux pas cacher que je trouve ça
particulier, le fait que les commissaires ont fait complètement abstraction de
la volonté des députés élus pour représenter les Québécois et porter la voix
des citoyens. Je le répète, c'est rare qu'on soit
tous d'accord ici, à l'Assemblée nationale, alors il me semble qu'on doit
considérer cet élément-là. C'est à nous que les citoyens confient la responsabilité de porter leurs voix, alors je
m'attends à ce que les commissaires révisent leur position pour nos citoyens, qui ont le droit de se faire
entendre et d'avoir accès à leur député, pour les maires de la circonscription,
qui doivent compter sur une députée présente, impliquée, à l'écoute de leurs
besoins pour leurs projets dans leurs municipalités. Pour nos aînés, pour les
familles, pour les entrepreneurs, pour tous les citoyens et les citoyennes de
la circonscription de Bonaventure, je vous
réitère l'importance d'être à leur écoute et de maintenir intacte, telle
qu'elle est, la circonscription de Bonaventure, que je suis tellement
fière de représenter. Merci, Mme la Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci beaucoup, Mme la députée. Cela met fin au débat sur le rapport
de la commission de la représentation électorale sur la délimitation des
circonscriptions électorales du Québec.
M. le leader adjoint, pour la poursuite de nos
travaux, s'il vous plaît.
• (20 h 10) •
M. Lévesque (Chapleau) : Oui.
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Je vous demanderais de bien vouloir appeler
l'article 65 du feuilleton, s'il vous plaît.
Projet de loi n° 202
Adoption du principe
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) : À l'article 65 du feuilleton, Mme la députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré propose l'adoption du
principe du projet de loi n° 202, Loi concernant le regroupement de Mutuelle
Beneva et de La Compagnie mutuelle d'assurance Gore.
Y a-t-il des interventions? Il n'y a pas
d'intervention. Le principe du projet de loi n° 202...
Des voix : ...
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Bon,
je vais... je vais donner le droit de parole à M. le député de
Marguerite-Bourgeoys. Allez-y, M. le député.
M. Frédéric Beauchemin
M. Beauchemin : Merci, Mme la
Présidente. Donc, pour... la raison pour laquelle on voulait intervenir, c'est simplement pour rappeler qu'il n'y avait donc pas
de corpus législatif qui aurait pu permettre avant ces modifications-là,
la fusion de la mutuelle Gore avec la
mutuelle Beneva. Et donc, ce projet de loi là, sur lequel, évidemment, on est
d'accord, parce que, bon, autant la compagnie Beneva, la Mutuelle
Beneva, que la Mutuelle Gore semblent être d'accord de procéder de l'avant avec la fusion, c'est important de se rendre compte
que, là, maintenant, ce qui a été mis en place, c'est un corpus qui va pouvoir permettre à la suite de
la croissance de Beneva de continuer à se faire. Donc, on ne s'opposera pas,
évidemment, au projet de loi. Merci, Mme la Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
Merci, M. le député. Y a-t-il des
interventions, d'autres interventions?
Mise aux voix
Donc, le
principe du projet de loi n° 202, Loi concernant le regroupement de Mutuelle Beneva et de La Compagnie
mutuelle d'assurance Gore, est-il adopté?
Des voix : Adopté.
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Adopté.
M. le leader adjoint du gouvernement.
M. Lévesque
(Chapleau) : ...de bien vouloir rappeler à nouveau l'article 65
du feuilleton, s'il vous plaît. Merci.
Adoption
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) : À l'article 65 du feuilleton, Mme la députée
de Charlevoix—Côte-de-Beaupré propose l'adoption du projet
de loi n° 202, Loi concernant le regroupement de Mutuelle Beneva et de La
Compagnie mutuelle d'assurance Gore.
Et je cède la parole à Mme la députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré.
Mme Kariane Bourassa
Mme Bourassa : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Je suis heureuse de prendre la parole dans le cadre de
l'adoption du projet de loi d'intérêt privé n° 202
concernant le regroupement de Mutuelle Beneva et de La Compagnie mutuelle
d'assurance Gore. Donc, c'est un projet de loi, effectivement, que j'ai eu la
chance de marrainer et sur lequel j'ai beaucoup travaillé.
Vous savez, en commission parlementaire, on
apprend sur différents sujets, et j'ai eu la chance, cette fois-ci, d'en
apprendre davantage sur le milieu des assurances, sur les obligations, sur les
impacts et sur aussi l'impact que ça peut avoir sur notre économie.
Le projet de loi va permettre à Beneva et Gore
de poursuivre leur croissance à l'extérieur du Québec. Le projet de
loi n° 202 permet aux employés, clients et membres de Gore mutuelle,
avec leurs 191 années d'histoire, de se joindre au groupe financier
Beneva.
Au nom des deux entreprises, de leurs employés
et de leurs dirigeants, qui sont ici, malgré l'heure tardive, avec nous, dans les gradins, je tiens à remercier tous
les députés qui ont contribué à ce projet de loi, ceux qui étaient avec nous en
commission parlementaire, et je tiens à souligner la collaboration du député de
Marguerite-Bourgeoys. Sincèrement, on a été très efficaces.
Il faut savoir que Beneva est une personne
morale, mutuelle, constituée et régie par une loi d'intérêt privé depuis les
années 40, donc toute modification à sa structure juridique requiert
l'adoption d'une loi d'intérêt privé.
Savez-vous, Mme la Présidente, que c'est la
troisième fois en peu de temps que cette Chambre est interpelée pour participer
à la croissance de Beneva? La première fois, c'était en 2020. Deux projets de
loi d'intérêt privé ont été adoptés par les
députés. Par cette action, l'Assemblée nationale a entériné la modification des
lois constitutives de La Capitale et
de SSQ Assurance afin que leurs activités puissent être réunies à compter du
1er juillet 2020 dans une nouvelle entreprise dénommée Beneva. La
réunion de La Capitale et SSQ traduit une vision stratégique pour répondre aux
besoins du marché. Ce qu'on a constaté, pas
seulement au Canada mais à travers le monde, c'est que, l'industrie de
l'assurance, on voit un mouvement de consolidation. Les grands groupes
d'assureurs rassemblent leurs ressources, notamment pour réaliser des
investissements majeurs en technologies de l'information, en cybersécurité, ou
pour affronter des défis comme les impacts des changements climatiques. Ce
que... C'est ce qui explique l'union de ces deux leaders de chez nous, qui avaient des valeurs communes, une
histoire de justice sociale et le mutualisme comme modèle d'affaires. De plus,
leurs activités étaient complémentaires, et les deux étaient fortement
implantés dans la ville de Québec. Et, en tant que présidente du caucus de la Capitale-Nationale, c'est quelque chose de
très important. Voilà, madame, pour la petite histoire de la naissance
de Beneva.
Maintenant, en 2023, un projet de loi d'intérêt
privé a été de nouveau étudié et adopté. L'objectif était de compléter le
dernier maillage, pour ainsi dire, car, en 2020, seules les opérations avaient
été regroupées. Les structures juridiques des mutuelles en tant qu'instances
juridiques demeuraient distinctes. Ces structures sont celles qui encadrent la participation des membres dans la nomination
des administrateurs et dans la détermination des grandes orientations de
l'organisation. La loi, donc, je le rappelle, la Loi concernant Mutuelle Beneva
de 2023, a été complétée... a donc complété la restructuration de
l'entreprise par la fusion des mutuelles elles-mêmes.
Revenons en 2025. Aujourd'hui, l'Assemblée
nationale s'apprête à adopter un projet de loi privé qui ouvre un nouveau
chapitre dans l'histoire de l'organisation. À moins que quelqu'un me contredise
ici, on a marqué l'histoire. Le projet de
loi n° 202 représente une première canadienne, où deux mutuelles de
juridictions distinctes font le choix de se regrouper tout en faisant
perdurer le modèle mutualiste. Le projet de loi n° 202, la Loi concernant
le regroupement de Mutuelle Beneva et de La
Compagnie mutuelle d'assurance Gore,
permettra, comme son nom l'indique, le regroupement entre les deux
mutuelles d'assurance.
Voyons de plus près qui sont ces deux
organisations, parce que j'ai appris, quand même, à bien les connaître.
Beneva est le type d'entreprise dont le Québec
peut être fier, c'est un fleuron québécois. Et je vous dresse un portrait avec
quelques chiffres. D'abord, il s'agit de la plus importante mutuelle
d'assurance au Québec et au Canada. Elle compte plus de 5500 employés et
plus de 3,5 millions de membres et clients. Beneva est le plus important
assureur collectif au Québec et le troisième
plus important assureur de dommages. Elle détenait un actif de
27,5 milliards de dollars au
31 décembre 2024. Et, bien sûr, elle possède son siège dans la ville de
Québec. M. le ministre de la Capitale-Nationale est bien content.
Quant à la mutuelle d'assurance Gore, c'est une
entreprise dont l'histoire mérite aussi notre attention. C'est la plus ancienne
mutuelle d'assurance de dommages au Canada. Elle compte plus de
550 employés. Elle exerce ses activités
en Ontario et en Colombie-Britannique. Comptant plus de 1 milliard
d'actif, elle émet près de 700 millions de dollars de primes
brutes annuellement. Gore est installée à Cambridge, en Ontario. Et voilà.
C'est pour les présentations.
Mais
ce qu'on voit aujourd'hui est important. Le projet de loi n° 202
autorisera la fusion entre ces deux entités au
sein du groupe financier Beneva. Lors du mandat, on a bien réalisé que les deux
partenaires trouvent leur compte dans ce regroupement. Beneva, dont les
opérations sont concentrées majoritairement au Québec, s'allie à Gore, qui
opère à l'extérieur du Québec, pour affirmer ses ambitions de croissance
pancanadienne. Gore trouve en Beneva un partenaire qui partage une vision et
des valeurs communes, ainsi que l'accès à des capitaux et d'expertise afin
d'affronter l'avenir. Il y a une complémentarité de marché, de moyens et une
communauté de valeurs. Et, des valeurs, c'est très important quand on fusionne.
Le regroupement
Gore-Beneva comporte toutefois certaines particularités. Au début du processus,
Gore était une société mutuelle d'assurance
de juridiction fédérale, alors que Beneva est régie par la loi du Québec. Vous
voyez là les défis se pointer à l'horizon. La première étape, préalable
à nos travaux ici, à l'Assemblée nationale, a été l'adoption d'un projet de loi
d'intérêt privé au Parlement du Canada. Le projet de loi S-1001 a
d'ailleurs reçu la sanction royale le
20 novembre dernier, après avoir franchi toutes les étapes au Sénat et à
la Chambre des communes au Canada. Ce projet de loi a autorisé la
mutuelle Gore à poursuivre son existence sous la loi du Québec et à ne plus
être assujettie à l'encadrement fédéral.
Puis,
le projet de loi n° 202, je le répète, la Loi concernant le regroupement de Mutuelle Beneva et de La Compagnie mutuelle
d'assurance Gore, a été étudié à la
commission des finances publiques. Le projet de loi vise principalement
à réaliser quatre opérations juridiques
distinctes qui ne peuvent pas être accomplies autrement que par le biais d'une
loi d'intérêt privé, en plus de simplifier la procédure requise pour en
réaliser une quatrième.
La
première étape consiste à ancrer la société mutuelle Gore sous le régime
juridique du Québec. Cette étape, dans le projet de loi n° 202, est désignée comme la continuation de Gore et
permettra en effet...et prendra effet, pardon, le 31 décembre 2025.
La deuxième étape
consiste en la transformation de la société mutuelle, maintenant à charte
québécoise, en une société par actions
assujettie sous participation mutuelle dénommée la compagnie d'assurance Gore.
Cette étape prévoit également la constitution concurrente d'une nouvelle
personne morale, mutuelle dénommée Mutuelle de gestion Gore, ayant pour objet
de détenir la compagnie d'assurance Gore. Donc, c'est très technique, mais c'est
nécessaire.
La
troisième étape sera la fusion à proprement parler de Mutuelle Beneva et de
Mutuelle de gestion Gore. Il s'agit d'un
processus de fusion dit par absorption, qui présente certains avantages en
termes de simplicité de processus et qui vise à regrouper les membres
des deux organisations dans Mutuelle Beneva.
• (20 h 20) •
Puis,
la quatrième et la dernière étape vise à établir un processus administratif
allégé pour la fusion de la compagnie d'assurance Gore et d'Unica
assurances. En fait, Unica, c'est une filiale à part entière de Beneva qui
offre des produits d'assurance de dommages
par l'intermédiaire de courtiers indépendants à l'extérieur du Québec,
principalement en Ontario.
Ces changements via
le projet de loi n° 202 inaugureront un nouveau chapitre dans l'histoire
du mutualisme québécois et canadien. L'entité qui est issue de ce regroupement
comptera plus de 6 100 employés. Elle sera au service de 3,8 millions de membres et clients, qui
souscrivent actuellement à des primes annuelles de 8 milliards de
dollars, et les actifs de l'entreprise seront de 28,5 milliards de
dollars. Beneva sera dès lors le septième plus grand groupe d'assureurs au
Canada en termes de primes totales, ainsi que le 10e plus grand en assurance de
dommages au pays.
En appuyant ce projet
de loi, notre Assemblée permet à la nouvelle entité de poursuivre son
développement. Elle permet à la Capitale-Nationale de briller davantage en tant
que pôle de l'industrie de l'assurance. Elle renforce la voie du mutualisme
comme modèle d'affaires moderne, performant, responsable et participatif.
Le projet de loi
n° 202 a été élaboré avec la participation des... des représentants,
notamment, du ministère des Finances, le
cabinet, aussi, du ministère des Finances, représentants de l'Autorité des
marchés financiers, et avec la collaboration de la Direction des
affaires juridiques et législatives de l'Assemblée nationale.
Je tiens à remercier
au nom de Beneva et de Gore chacune des personnes qui ont mis l'épaule à la
roue pour arriver au résultat qui est devant nous aujourd'hui.
Donc, l'adoption de
ce projet de loi, aujourd'hui, c'est l'aboutissement de beaucoup de travail de
beaucoup de personnes, mais, au nom de toute
l'équipe de Beneva, je voudrais remercier tous ceux et celles qui ont travaillé
à ce projet. Et je destine mes voeux de succès et de réussite à Beneva
et à tous ses employés. Merci beaucoup.
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Merci beaucoup, Mme la députée. Y a-t-il d'autres
interventions?
Mise aux voix
Le projet de loi
n° 202, Loi concernant le regroupement de Mutuelle Beneva et de La
Compagnie mutuelle d'assurance Gore, est-il adopté? Adopté.
M. le leader adjoint
du gouvernement, pour la suite de nos travaux, s'il vous plaît.
M. Lévesque
(Chapleau) : Oui. Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Je vous demanderais de bien vouloir appeler
l'article 13 du feuilleton, s'il vous plaît.
Projet de loi n° 108
Prise en considération du
rapport de la commission qui en a fait l'étude détaillée
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
À l'article 13 du feuilleton, l'Assemblée prend en considération le
rapport de la Commission de la culture et de l'éducation sur le projet de loi
n° 108, Loi modifiant la Loi sur la Société de
développement des entreprises culturelles afin de moderniser son offre de
services financiers et de reconnaître le domaine de la créativité numérique.
Et je reconnais M. le
ministre. La parole est à vous.
M. Mathieu Lacombe
M. Lacombe :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Je serai bref, aujourd'hui, parce qu'on aura
l'occasion, évidemment, d'y revenir pour l'adoption demain, mais j'aimerais
quand même saluer le travail qui a été accompli en commission parlementaire,
qui nous mène donc à l'étape d'aujourd'hui. Je suis vraiment heureux du
déroulement de nos échanges, qui ont été menés dans un esprit de franche
collaboration, pour faire, donc, de la SODEC la principale porte d'entrée pour
les besoins financiers de toutes les entreprises culturelles québécoises.
C'est une vision
actualisée du rôle de la SODEC qui est proposée dans ce projet de loi
n° 108, parce qu'après 30 ans
d'existence le temps est venu de moderniser et d'élargir son offre de services
financiers, en plus de reconnaître la créativité numérique comme un
domaine d'affaires à part entière.
Le
projet de loi vise à bonifier les outils financiers de la banque d'affaires de
la SODEC pour qu'elle soit davantage présente dans le secteur des
investissements privés. Un projet de loi qui s'accompagne d'ailleurs d'une
capitalisation de la SODEC à hauteur d'une somme de 200 millions de
dollars supplémentaires.
Par ailleurs, la
reconnaissance du secteur de la créativité numérique amènerait la création de
la Commission de la créativité numérique au sein de la SODEC, en plus de créer
un siège au conseil d'administration.
Donc,
Mme la Présidente, c'est un projet de loi, le projet de loi n° 108, qui
démontre la volonté du gouvernement de continuer à appuyer nos entreprises
culturelles en donnant les outils nécessaires à la SODEC pour le faire.
Je sais que c'est un objectif que partage
aussi l'opposition officielle. J'invite donc l'Assemblée à adopter le rapport
de la commission de la culture et de l'éducation portant sur le projet
de loi n° 108. Merci, Mme la Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci, M. le ministre. Je cède maintenant la parole à Mme la députée de
Bourassa-Sauvé.
Mme Madwa-Nika Cadet
Mme Cadet :
Merci, Mme la Présidente. Donc, à mon tour d'intervenir sur la prise en
considération du rapport de la commission du projet de loi n° 108.
Vous venez d'entendre le ministre. Donc, à mon tour, je serai brève. Donc, je
tiens aussi, donc, à saluer la cordialité, donc, dans laquelle, donc, se sont déroulés
les échanges et l'étude détaillée de ce projet de loi. Je tiens également,
donc, à saluer l'ensemble des groupes qui sont venus, donc, un peu plus tôt. J'avais eu l'occasion, donc, de les remercier lors
du discours sur l'adoption, donc, du principe du projet de loi n° 108. Donc,
plusieurs groupes se sont prononcés en faveur de l'objectif de ce projet de
loi.
Nous venons de
l'entendre, Mme la Présidente, donc, avec le projet de loi n° 108, en
fait, tout est dans le titre, donc on
modifie, donc, la Loi sur la SODEC afin de moderniser son offre de services
financiers et de reconnaître le domaine de la créativité numérique. Qu'est-ce qu'on entend ici par créativité
numérique? Parce que c'est l'un des questionnements que nous avons
entendus lors... lors des commissions... lors des consultations particulières,
et ce qui a pu être clarifié à l'occasion de
l'étude détaillée du projet de loi. Puis on parle ici, donc, par exemple, donc,
de l'offre que nous... que nous présente Moment Factory ou des
entreprises comme Felix & Paul, donc des initiatives, donc, de
créativité, donc, plutôt interactives où l'art et la technologie s'entremêlent.
Je pense que ça nous a menés à nous poser, donc, des questions intéressantes
sur le plan conceptuel, à savoir, donc, où commence, donc, l'aspect artistique,
où commence la vocation culturelle des
domaines de la créativité numérique et où cette vocation se termine. Nous avons
eu l'occasion d'être rassurés par la partie gouvernementale sur
l'étendue de ce que signifiera la créativité numérique. Et, encore une fois, je
pense qu'il y a un certain consensus au sein
de l'industrie de pouvoir ouvrir cette... cette autre porte à un autre domaine
d'activité.
L'un des éléments que
nous avons entendus lors... lors des consultations, bien, concernait, donc,
l'importance de faire en sorte que la SODEC,
donc, puisse avoir les ressources appropriées pour pouvoir étendre, donc, son
champ d'action, donc, à un nouveau
domaine d'action, tant en matière... tant sur le plan financier que sur le plan
des ressources humaines. Alors, je
pense que les revendications des différents groupes ont été entendues. L'étude
détaillée, donc, a été l'occasion, donc,
de pouvoir mettre de l'avant et soumettre les... ses points de vue, ses
préoccupations, ses différentes revendications, mais je pense que ceux
qui nous ont écoutés ont eu l'occasion d'être... d'être franchement satisfaits.
Donc, je remercie la
SODEC, qui nous a accompagnés tout au long de l'étude détaillée, qui était
présente pour pouvoir répondre à plusieurs de mes questions. Et nous nous
reverrons, Mme la Présidente, demain, à l'occasion de l'adoption finale du
projet de loi. Merci beaucoup. Merci, M. le ministre.
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Merci beaucoup, Mme la députée. Y a-t-il d'autres
interventions?
Mise aux voix du rapport
Le rapport de la
Commission de la culture et de l'éducation portant sur le projet de loi
n° 108, Loi modifiant la Loi sur la
Société de développement des entreprises culturelles afin de moderniser son
offre de services financiers et de reconnaître le domaine de la
créativité numérique, est-il adopté?
Des voix : Adopté.
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Adopté. M. le leader adjoint du
gouvernement.
M. Lévesque
(Chapleau) : Oui. Merci beaucoup, Mme la Présidente. Je vous
demanderais de bien vouloir appeler l'article 12 du feuilleton, s'il vous
plaît.
Projet de loi n° 6
Prise en considération du
rapport de la commission
qui en a fait l'étude détaillée
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : À l'article 12 du feuilleton, l'Assemblée prend
en considération le rapport de la Commission des finances publiques sur le
projet de loi n° 6, Loi donnant suite à des mesures fiscales annoncées à l'occasion du discours sur le budget du 25 mars 2025 et
à certaines autres... certaines autres mesures, pardon.
Y
a-t-il des interventions? Mme la députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré, la parole
est à vous.
Mme Kariane Bourassa
Mme Bourassa :
C'est encore moi, Mme la Présidente. Alors, je soumets à cette Assemblée en vue
de sa prise en considération le rapport de
la Commission des finances publiques concernant le projet de loi n° 6 intitulé, comme vous venez de le nommer, la Loi donnant suite à
des mesures fiscales annoncées à l'occasion du discours sur le budget du
25 mars 2025 et à certaines autres mesures.
Le projet de loi n° 6 a été présenté le 11 novembre 2025, et le
principe a été adopté le 26 novembre 2025. La Commission des finances publiques
en a fait une étude détaillée le 4 décembre 2025 et en a adopté les
193 articles. Des amendements ont également été apportés.
Mme la Présidente, ce
projet de loi modifie 12 lois, dont la Loi sur les impôts et la Loi sur la
taxe de vente du Québec. Il donne suite à des mesures annoncées dans le
discours sur le budget du 25 mars 2025 et dans des bulletins d'information
publiés en 2023, 2024 et 2025.
Ce projet de loi
contient plusieurs mesures. Dans ce contexte, Mme la Présidente, et par souci
d'efficacité, je ne traiterai pas de toutes les mesures mais seulement des
mesures principales.
Le projet de loi
modifie la Loi sur les impôts, la Loi concernant les paramètres sectoriels de
certaines mesures fiscales, la Loi sur le régime de rentes du Québec et le
Règlement sur les impôts afin, notamment :
1° de maintenir le
versement d'une allocation famille pendant les 12 mois qui suivent le
décès d'un enfant;
2° de modifier ou
d'abolir certaines mesures relatives aux particuliers dans le cadre de la révision
des dépenses fiscales par le gouvernement;
3°
d'instaurer le nouveau crédit d'impôt remboursable pour la recherche
scientifique, le développement expérimental et la précommercialisation
en remplacement des crédits d'impôt actuellement prévus dans ces domaines;
4° de moderniser les
crédits d'impôt pour le développement des affaires électroniques;
5° de réviser les
taux du crédit d'impôt remboursable relatif aux ressources, de prévoir un
plafond de frais admissibles de
100 millions de dollars par période de cinq ans, d'abolir les déductions
additionnelles propres au régime des actions accréditives;
6°
d'introduire une date d'échéance aux déductions additionnelles relatives au
transport en commun et au transport collectif;
7°
d'augmenter certains taux de la taxe sur les services publics et d'ajouter de
nouvelles entités à la liste de celles qui en sont exonérées.
• (20 h 30) •
De
plus, le projet de loi modifie la Loi constituant Capital régional et
coopératif Desjardins et la Loi sur les impôts afin, notamment, d'introduire une nouvelle catégorie d'actions donnant
droit à un crédit d'impôt et de mettre en place un plafond d'achat
d'actions cumulatif pour les actionnaires.
Le projet de loi
modifie également la Loi concernant la taxe sur les carburants afin d'abolir le
remboursement de la taxe à l'égard du biodiesel.
En outre, le projet
de loi modifie la Loi concernant l'impôt sur le tabac afin de prévoir de
nouvelles normes concernant l'identification du tabac en vrac.
Par ailleurs, le
projet de loi modifie la Loi sur l'administration fiscale et la Loi sur les
impôts afin d'y apporter des modifications semblables à celles qui ont été
apportées à la législation fédérale.
Enfin, ce projet de
loi apporte des modifications à caractère technique, de concordance et de
terminologie.
J'invite
donc, Mme la Présidente, les membres de cette Assemblée à adopter le rapport de
la Commission des finances publiques sur l'étude détaillée du projet n° 6.
Merci beaucoup, Mme la Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci beaucoup. Y a-t-il d'autres interventions? Oui, M. le député de Marguerite-Bourgeoys,
la parole est à vous.
M. Frédéric Beauchemin
M. Beauchemin : Merci, Mme la
Présidente. Donc, le projet de loi n° 6, qui est un omnibus fiscal, dans
lequel plusieurs éléments ont déjà été annoncés, évidemment, lors du budget de
mars dernier. Les omnibus... les omnibus fiscaux mettent en oeuvre, évidemment, des
propositions du budget, mais nous avons voté contre le budget. Donc, on ne
va pas se surprendre ici, là, de... qu'on va changer de bord sur cette
histoire-là, là. Le projet de loi n° 6 met en place un paquet de mesures,
de règlements qui ont été mis en place de façon additionnelle, par rapport au
budget, et ça ne fait rien en termes de changer la donne, en bout de piste, car
le déficit va rester de 13,6, minimalement, on le souhaite.
Il y a eu, cependant, une amélioration qui a été
faite au niveau de l'allocation familiale pour parents endeuillés, c'est
l'exemple d'une bonne mesure que le gouvernement a mise en place, et je veux le
souligner, parce que les parents qui sont endeuillés ont déjà bien assez de
supporter le départ d'un jeune, de leur propre enfant, donc il ne faut pas que
ce soit encore plus compliqué pour avoir, évidemment, le soutien financier. Il
faut que tous les parents endeuillés soient égaux devant cette épreuve, qu'on
puisse les épauler le plus possible, Mme la Présidente. Donc, je tiens à
remercier ma collègue de Notre-Dame-de-Grâce, qui a porté cet important
dossier. Et je suis heureux de voir que le ministre des Finances a accepté de
donner du leste pour aider les parents dans cette situation.
Il y a aussi Capital régional et coopératif
Desjardins qui ont eu droit à une bonne mesure de la part du ministre. C'est un levier qui est extrêmement important,
économiquement important pour le développement régional. On doit dire, cependant,
qu'on reste un peu sur notre faim, parce que l'augmentation du plafond du
Capital régional et coopératif Desjardins,
c'est bien, mais nous, nous aurions posé la question, pourquoi y aller
seulement avec 20 millions sur cinq ans. Ça aurait pu être beaucoup
plus. Il aurait pu être, évidemment, bien vu d'augmenter davantage ça pour
augmenter le levier d'importance que Desjardins a dans les régions.
Donc, à partir de maintenant, cependant, je vais
vous faire des commentaires sur des modifications qui ont été faites qu'on
trouve que c'est des mauvaises décisions, comme celle de modifier le crédit
d'impôt remboursable relatif aux ressources
et régime d'actions accréditives. Essentiellement, le gouvernement réduit le
crédit d'impôt pour les minéraux non critiques et stratégiques au profit des
minéraux critiques et stratégiques. Donc, c'est important de comprendre
la différence ici, Mme la Présidente. L'objectif, là, ici, malheureusement, il
est bien mal compris de la part du ministre, à savoir comment ça fonctionne
dans la prospection minière, et donc de faire ces modifications-là va à
l'encontre de ce que l'industrie veut avoir.
Lorsqu'on sait qu'on sort une carotte, là, pour
l'analyse, c'est important de comprendre ici qu'on ne sait pas ce qui va être
dedans en partant. Si je peux vous donner un exemple, là, il est bien possible
qu'une mine d'or qui fasse de la prospection
y trouve du lithium, et là, oups!, on passe dans le crédit d'impôt, lors du
prochain exercice, pour y avoir accès, au plus gros crédit d'impôt.
Mais, si... supposons qu'à l'opposé l'entreprise minière qui fait la
prospection pour un minéral critique ou stratégique n'y trouve que du cuivre ou
du fer, bien, il n'y aura pas cet avantage-là. Donc, ça va à l'inverse de la réalité sur le terrain. Si tout
le monde était 100 % certain de ce qui allait sortir du sol, bien, il n'y
en aurait pas, d'incertitude, les risques financiers seraient beaucoup
moindres, Mme la Présidente.
Donc, pour
une entreprise comme celle-là, évidemment, le droit est directement relié au
crédit, puis, dans le cas que je viens d'illustrer, la compagnie
n'aurait pas... n'en aurait pas reçu, à la fin. Donc, c'est important de
comprendre que ce n'est pas une bonne mesure pour l'industrie. Alors, on est
contre cet aspect-là.
De plus, le gouvernement souhaite augmenter la
taxe sur les services publics. Cette taxe est applicable sur les infrastructures
de télécom, de gaz naturel et d'Hydro-Québec. C'est tous des secteurs
d'oligopole, si on peut dire, monopolistiques,
Mme la Présidente. Donc, qu'on le veuille ou pas, là, ça, c'est une taxe qui
est l'équivalent d'aller piger directement dans la poche des Québécois.
Je comprends que le gouvernement n'arrête pas nous dire : Nous, on veut
faire... en mettre plus dans la poche des contribuables, puis ils ont été
capables de nous dire comme quoi, dans la mise à jour économique, ils allaient
réduire nos cotisations puis que ça allait nous donner un 11 $ par
personne, mais là on vient, avec cette...
cette taxe additionnelle là, totalement éliminer cet avantage-là. Donc, on a
fait quoi, en bout de piste, après un an, là? Le compte va être à zéro,
Mme la Présidente.
Donc, c'est vraiment... c'est toutes des petites
mesures comme ça qui fait en sorte que le projet de loi n° 6,
malheureusement, qui... Je comprends, c'est une procédure parlementaire qui est
essentielle, on doit passer à travers cet exercice-là, mais ça nous donne quand
même l'opportunité de pouvoir revenir à la base, ici. On a mal géré l'état des finances publiques pendant sept ans, puis on
s'est réveillé, là, après que Standard & Poor's a décoté le Québec, puis on s'est dit : C'est correct, on va essayer
de mettre en place, là, des règlements puis des mesures pour s'assurer qu'on
puisse être capables de réduire le fardeau sur les prochaines générations.
Parce qu'à la fin de... à la fin du deuxième mandat de la CAQ il va y
avoir eu une augmentation de 100 milliards de dette, Mme la Présidente,
100 milliards, 100 milliards en huit
ans. Ça leur a pris huit ans, à ce gouvernement-là, ajouter 100 milliards
au fardeau de la dette des Québécois. Pourquoi? Parce qu'on a juste géré
pendant sept ans.
Ça fait qu'évidemment, le projet de loi n° 6, qui est un projet fiscal qui est relié, attaché à la
hanche, là, avec le budget qui a été livré
au mois de mars, qui était un déficit record de 13,6 milliards de
dollars, vous comprendrez qu'on va voter contre, Mme la Présidente.
Merci.
• (20 h 40) •
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Est-ce qu'il y a d'autres interventions?
Mise
aux voix du rapport
Le rapport de la Commission des finances
publiques portant sur le projet de loi n° 6, Loi
donnant suite à des mesures fiscales annoncées à l'occasion du discours sur le
budget du 25 mars 2025 et à certaines autres mesures... certaines autres
mesures, pardon, est-il adopté?
Des voix : Adopté.
Des voix : Sur
division.
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Adopté
sur division.
M. le leader adjoint du gouvernement, pour la
suite.
Ajournement
M. Lévesque
(Chapleau) : Oui. Merci beaucoup, Mme la Présidente. Nous avons
très, très bien travaillé, aujourd'hui. Je vous demanderais de bien
vouloir ajourner nos travaux à demain, 9 h 40, s'il vous plaît.
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Donc,
est-ce que c'est adopté?
Des voix : Adopté.
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
Donc, nous ajournons nos travaux
demain, 9 h 40. Merci, tout le monde.
(Fin de la séance à 20 h 42)