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Version préliminaire

42e législature, 1re session
(début : 27 novembre 2018)

Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version finale du Journal est publiée dans un délai de 2 à 4 mois suivant la date de la séance de la commission.

Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions

Le jeudi 18 avril 2019 - Vol. 45 N° 28

Ministère du Conseil exécutif, volet relations avec les Québécois d'expression anglaise


Ministère du Conseil exécutif, volet affaires autochtones


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Journal des débats

11 h 30 (version non révisée)

(Onze heures cinquante-neuf minutes)

Le Président (M. Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! Bienvenue.

Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des institutions ouverte. Je demande bien sûr à toutes les personnes présentes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leur appareil électronique.

La commission est réunie afin de procéder à l'étude du volet Relations avec les Québécois d'expression anglaise des crédits budgétaires du portefeuille Conseil exécutif pour l'exercice financier 2019‑2020. Une enveloppe d'une heure a été allouée pour l'étude de ces crédits.

Avant de début, M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?

• (12 heures) •

Le Secrétaire : Oui, M. le Président. Mme Lachance (Bellechasse) est remplacée par M. Skeete (Sainte-Rose); Mme Lecours (Les Plaines) est remplacée par M. Poulin (Beauce-Sud); Mme Anglade (Saint-Henri—Sainte-Anne) est remplacée par M. Kelley (Jacques-Cartier); M. Tanguay (LaFontaine) est remplacé par M. Birnbaum (D'Arcy-McGee); M. Fontecilla...


 
 

12 h (version non révisée)

Le Président (M. Bachand) : ...avant de débuter, M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?

Le Secrétaire : Oui, M. le Président. Mme Lachance (Bellechasse) est remplacée par M. Skeete (Sainte-Rose); Mme Lecours (Les Plaines) est remplacée par M. Poulin (Beauce-Sud); Mme Anglade (Saint-Henri—Sainte-Anne) est remplacée par M. Kelley (Jacques-Cartier); M. Tanguay (LaFontaine) est remplacé par M. Birnbaum (D'Arcy-McGee); M. Fontecilla (Laurier-Dorion) est remplacé par M. Nadeau-Dubois (Gouin); M. LeBel (Rimouski) est remplacé par M. Arseneau (Îles-de-la-Madeleine).

Le Président (M. Bachand) :Merci beaucoup. Nous allons débuter par des remarques préliminaires, puis nous allons procéder à une discussion d'ordre général par bloc d'environ 20 minutes, incluant les questions et les réponses. La mise aux voix de ce crédit sera effectuée à la fin du temps qu'il leur est alloué, donc vers 13 heures.

Nous débuterons donc avec les remarques préliminaires. M. le premier ministre, vous disposez de cinq minutes. Bienvenue.

M. Legault : Merci, M. le Président. Mmes, MM. les députés, merci aussi. Je suis accompagné du secrétaire général, directeur de cabinet, puis d'équipes aussi de fonctionnaires. Donc, on entame aujourd'hui l'étude des crédits du Secrétariat aux relations avec les Québécois d'expression anglaise.

C'est un dossier qui est sous ma responsabilité, mais j'ai le plaisir de compter sur le soutien d'un adjoint parlementaire très solide qui est la CAQ depuis le début, donc le député de Sainte-Rose, qui est pleinement dédié à ce mandat, qui est en train d'ailleurs de faire une tournée pour améliorer les objectifs, le rôle, le fonctionnement du secrétariat.

Et donc, ce qu'on veut ensemble, c'est de protéger les droits de la minorité anglophone et de bâtir des ponts avec ces membres, donc, importants. So, we will protect the historical rights of our fellow Anglo-Quebecers and we will define our common future together. Donc, la communauté anglophone fait partie de l'histoire. Moi qui viens du West Island, j'ai pu le constater. Je connais beaucoup d'anglophones qui sont en amour avec Montréal, avec le Québec, puis pour rien au monde ne voudraient déménager à Toronto ou ailleurs.

Il y en a aussi même qui sont venus de l'Ontario, je pense entre autres à une auteure que j'aime bien, Louise Penny, qu'on voyait dimanche dernier à Tout le monde en parle. Il faut lire ses romans policiers, même Hillary Clinton les lit, et puis ça se passe dans les Cantons-de-l'Est, son personnage principal, l'inspecteur Armand Gamache, hein, donc, ça se passe au Québec, et puis j'étais content de voir Mme Penny dire : Pour moi, maintenant, chez nous, c'est au Québec.

C'est certain que, dans la petite histoire, la loi 101, ça n'a pas été, pour tous les anglophones, facile à accepter. Mais aujourd'hui, la grande majorité des anglophones acceptent la loi 101 et voient d'ailleurs aussi que c'est un signe distinctif. Vous savez, la plupart des grandes villes américaines cherchent des façons de se distinguer. Bien, Montréal, c'est un petit peu Paris, mais en Amérique du Nord, et puis c'est bon pour tout le monde.

Et la priorité des anglophones, les vraies préoccupations, hein, je ne parlerai pas comme l'a fait le chef libéral puis le chef du Parti québécois, là, de souveraineté, fédéraliste, Canada, Québec, les anglophones, leur priorité, bien, c'est l'éducation, c'est la santé, c'est l'économie, c'est la qualité de vie, c'est ça qui est important, et puis là-dessus, on se rejoint.

Et donc, depuis 2017, le gouvernement a ce nouvel outil, Secrétariat aux relations avec les Québécois d'expression anglaise, et donc, on a augmenté les moyens du secrétariat. D'abord, on l'a gardé, on avait pris l'engagement de garder ce secrétariat. Les objectifs du secrétariat, c'est un, écouter les préoccupations des Québécois d'expression anglaise, deux, inclure davantage les anglophones dans la vie publique, améliorer l'accès aux services. On sait que les anglophones ont des droits, que ça soit en santé, en éducation, donc améliorer l'accès à ces services, en particulier dans certaines régions et en particulier en région aussi de briser l'isolement. Donc, moi, je suis un gars pragmatique, évidemment, on va vouloir qu'il y ait des résultats concrets, et ce qu'on veut, c'est de participer... on veut être capables de voir une plus grande participation de la communauté anglophone à la vie sociale, à la vie économique, à la vie culturelle du Québec. Donc, on essaie de créer des partenariats avec plusieurs... j'ai appris à connaître...

M. Legault : ...veut, c'est de participer. On veut être capables d'avoir une plus grande participation de la communauté anglophone à la vie sociale, à la vie économique, à la vie culturelle du Québec. Donc, on essaie de créer des partenariats avec plusieurs... j'ai appris à connaître des dizaines d'organismes qui sont dédiés à la communauté anglophone, et donc, ce qu'on veut, c'est... avec ces organismes-là, dans certains cas, élargir leur rôle, élargir leur territoire, et puis bien informer la population sur les services qui sont offerts aux anglophones. On a doublé le budget du programme d'appui aux organismes. Donc, on avait l'année dernière 2 millions; l'année prochaine, on va avoir 4,4 millions de dollars. On veut donc plus financer les organismes dans toutes les régions du Québec. Et le premier défi, bien, c'est ça, c'est surtout, je pense, ce qui se passe en région. Donc, j'aurai l'occasion, puis ça va me faire plaisir, de répondre à toutes vos questions.

Le Président (M. Bachand) : Merci, M. le premier ministre. Je passe maintenant la parole au porte-parole de l'opposition officielle, M. le député de Jacques-Cartier, pour trois minutes, s'il vous plaît.

M. Kelley : Merci, M. le Président. Je veux juste commencer par saluer le premier ministre et aussi tous mes collègues ici aujourd'hui, puis aussi le secrétaire général. Je sais que pour votre équipe et pour les fonctionnaires de l'État du Québec, la période des études de crédits, c'est un énorme travail, et aussi votre chef de cabinet, je sais que pour votre équipe et toutes les équipes des ministres, la période des études de crédits, c'est un énorme travail, mais c'est vraiment quelque chose que j'ai toujours adoré comme un attaché politique.

Alors, c'est un réel plaisir d'être ici et un grand privilège d'être ici aujourd'hui pour ce moment historique, cette toute première étude des crédits budgétaires du Secrétariat aux relations avec les Québécois d'expression anglaise. C'est aussi tout à fait à propos qu'aujourd'hui, le premier ministre, qui est natif de la magnifique circonscription de Jacques-Cartier, soit le premier à répondre à des questions de la part du député de Jacques-Cartier. Alors, plus sérieusement, je crois et j'espère que nos échanges aujourd'hui seront positifs pour la communauté sur plusieurs enjeux. Puisque notre temps est limité, je vais laisser savoir au premier ministre que je le questionnerai sur trois enjeux, soit l'éducation, la santé et les services sociaux, et l'emploi.

Just because I know there are many Anglophones listening to us today, it's a real pleasure and privilege to be here today for this historic moment, for the first ever study of the spending credits of the Secretariat for relations with the English-speaking Quebeckers. And I think it is somewhat fitting that the premier who is a native of the most beautiful riding in Québec, Jacques-Cartier, be the first to answer questions from the MNA from Jacques-Cartier on the subject. But I do believe and hope that our exchanges today will lead to some positive outcomes for the community on several issues. We do not have a lot of time, so I let the Premier know in advance that I would like to address three issues: education, health care and social services, and employment. Merci, M. le Président.

Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Je cède maintenant la parole au porte-parole du deuxième groupe d'opposition, M. le député de Gouin.

M. Nadeau-Dubois : Merci, M. le Président. J'ai peu de temps, alors je vais me contenter de faire les salutations d'usage et puis garder mon temps pour la suite des choses.

Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Maintenant, la parole pour le troisième groupe d'opposition, M. le député des Îles-de-la-Madeleine pour les remarques préliminaires.

M. Arseneau : Je ferai exactement la même chose. Je salue tous les participants et réserverai mes commentaires pour questionner le gouvernement.

Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Je cède maintenant... je suis prêt à reconnaître une première période d'intervention. Je vais commencer avec l'opposition officielle pour un premier bloc d'échange. M. le député de Jacques-Cartier, la parole est à vous pour 14 min 54 s. M. le député.

M. Kelley : Merci, M. le Président. Alors, je vais parler de quelque chose qui est dans l'actualité. Le 28 janvier 2019, et c'est concernant l'école Riverdale High, quelque 450 élèves de l'école, leurs parents et l'ensemble du corps enseignant ont appris via les médias que le ministre de l'Éducation vient de décréter la fermeture de leur école et son transfert à la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys. Je suis pleinement conscient que la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys connaît une problématique importante sur la surpopulation de ses établissements. Toutefois, le ministre a coupé court aux discussions entre les commissions scolaires Lester-B.-Pearson et Marguerite-Bourgeoys pour imposer sa solution au moyen d'un décret, sans aucune consultation. Je ne veux pas revenir aujourd'hui sur le fond de la décision : Marguerite-Bourgeoys est une commission scolaire sur mon territoire. Je veux revenir sur la forme. Je suis rendu à Riverdale en compagnie de mon collègue le député de Robert-Baldwin. Il y avait beaucoup de tristesse, d'incompréhension et de ressentiment devant la façon cavalière dont l'annonce avait été faite.

Le premier ministre est responsable des relations avec les Québécois d'expression anglaise. Rétrospectivement, est-ce qu'il croit que son gouvernement aurait dû agir différemment et de démontrer qu'une plus grande sensibilité envers les élèves et les parents de Riverdale?

Le Président (M. Bachand) :M. le premier ministre, s'il vous plaît.

• (12 h 10) •

M. Legault : Oui, bien écoutez, oui, je suis content de discuter avec le député de...

M. Kelley : …avec les Québécois d'expression anglaise. Rétrospectivement, est-ce qu'il croit que son gouvernement aurait dû agir différemment et de démontrer une plus grande sensibilité envers les élèves et les parents de Riverdale?

Le Président (M. Bachand) :M. le premier ministre, s'il vous plaît.

M. Legault : Oui. Bien, écoutez, oui, je suis content de discuter avec le député de ce qu'il appelle le plus beau comté, que j'ai habité pendant 31 ans, là. Je ne sais pas si ça fait de moi un Tanguy, mais, en tout cas, ma mère est encore là.

Je dois avouer, et puis le ministre de l'Éducation l'a avoué, que les communications dans le dossier de l'école Riverdale auraient pu être meilleures, auraient pu être mieux faites. Il y a des choses qui sont… qui ont été apprises par les médias, alors qu'il aurait dû y avoir d'abord information donnée aux commissions scolaires.

Par contre, je veux juste, vraiment en quelques secondes, expliquer que ce n'est pas toujours facile, les relations entre les commissions scolaires, puis pas seulement les commissions scolaires anglophones puis francophones, mais aussi, même, commissions francophones ensemble. Pas toujours facile, il y a un peu comme… on veut garder nos bâtiments. Mais là il y avait comme une situation exceptionnelle où il y avait un besoin urgent de locaux, il y avait une école de 1 000 places où il y avait seulement 441 élèves, donc la solution était comme évidente, puis ça prenait du temps à aboutir. Mais j'avoue qu'on aurait pu mieux communiquer, puis on va s'assurer à l'avenir de mieux communiquer.

Le Président (M. Bachand) : M. le député de Jacques-Cartier, s'il vous plaît.

M. Kelley : Merci beaucoup. Vous avez mentionné des commissions scolaires. C'est sûr que présentement, dans l'actualité, on parle beaucoup des droits des individus puis aussi des droits collectifs de notre société, et le premier ministre a aussi dit dans ses remarques préliminaires qu'il va protéger les droits des… la communauté anglophone, leurs droits acquis, leurs droits historiques.

Mais, dans la campagne électorale, la Coalition avenir du Québec était très claire et ils se sont engagés à abolir les commissions scolaires. Il s'agit d'une promesse qui cause une grande inquiétude dans la communauté d'expression anglaise puisque le contrôle et la gestion de ces institutions scolaires par la communauté est expressément garanti par l'article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés et donc par la Constitution canadienne. Le contrôle et la gestion… que c'est la communauté qui décide sur des dirigeants des établissements scolaires, comme c'est le cas actuellement avec les élections scolaires. Ce principe doit être maintenu.

Est-ce que le premier ministre, qui est responsable des relations avec les Québécois d'expression anglaise, peut prendre engagement que cette garantie constitutionnelle serait respectée et que tout projet de réforme des commissions scolaires ne se ferait pas au détriment des droits des Québécois d'expression anglaise?

Le Président (M. Bachand) : M. le premier ministre, s'il vous plaît.

M. Legault : Oui. Bon. D'abord, je vais expliquer l'objectif qui est visé par l'abolition des commissions scolaires. Puis je veux peut-être… je pense que… peut être que le député de Jacques-Cartier était là, mais il y a déjà eu un projet de loi déposé par les libéraux pour abolir les élections scolaires. Donc, il y avait… bon, on a reculé devant des lobbys du côté du Parti libéral, mais ce n'est pas nouveau, cette discussion.

Pourquoi on a cette discussion? Actuellement, il y a seulement… il y a moins de 20 % des gens qui vont voter dans les élections scolaires, puis ceux qui vont voter, je les mettrais au défi de savoir c'est quoi la différence de programme entre une équipe puis une autre équipe qui se présentent dans les élections. Au Québec, il y a neuf commissions scolaires anglophones. Ce qu'on veut faire, c'est de remplacer les neuf commissions scolaires par neuf centres de services, d'avoir un conseil d'administration qui serait choisi dans la communauté d'expression anglaise. Les débats se feraient en anglais. Donc, il n'y aurait pas un gros changement.

Premier changement, d'abord, on sauverait 20 millions de dollars que coûtent ces élections-là, 20 millions qu'on pourrait mettre dans les services aux élèves. Et, de l'autre côté aussi, ce qui est important, c'est de décentraliser les pouvoirs. C'est inégal. Même si je regarde… Bon, je me rappelle quand j'étais ministre de l'Éducation, ça a peut-être changé, mais, si on regarde les neuf commissions scolaires, la décentralisation des pouvoirs dans les écoles est inégale d'une commission scolaire à l'autre. Nous, ce qu'on veut, c'est graduellement donner un budget à chaque école puis que ça soit l'équipe-école, direction d'école, les enseignants, les spécialistes, qui décident de l'utilisation de ce budget. Nous, on pense que les commissaires d'école, il y en a qui sont très compétents, il y en a qui sont moins compétents, mais les plus compétents, ce sont les directions d'école et les enseignants, et donc on devrait décentraliser davantage. Mais il va continuer d'avoir un centre de services qui va s'occuper du transport scolaire. Tous les droits vont être protégés. Il va y avoir des anglophones qui vont gérer le conseil d'administration du centre de services.

Donc, l'idée, c'est de sauver de l'argent, de décentraliser, et je pense…

M. Legault : ...mais il va continuer d'avoir un centre de services qui va s'occuper du transport scolaire, tous les droits vont être protégés. Il va avoir des anglophones qui vont gérer le conseil d'administration du centre de services. Donc, l'idée, c'est de sauver de l'argent, de décentraliser, et, je pense, ça va être avantageux pour la communauté anglophone.

Maintenant, pour ce qui est de la partie légale, on a des avis, bon, au pire, on pourrait avoir une commission scolaire par école anglophone, ça répondrait à la loi. Bon. Est-ce qu'on est obligé d'aller jusque-là? Je pense que ce qui est important, là, c'est qu'on s'entende pour que la communauté anglaise, là... on n'aime pas que je dise «communauté anglophone», hein, parce que, bon, il y a des personnes qui se sentent... bon, en tout cas, disons que, pour faciliter les discussions, on va parler de la «communauté anglophone». Mais la communauté anglophone va avoir autant de pouvoirs, peut-être qu'il y a une partie des pouvoirs qui vont passer des centres de services aux écoles, et, je pense, c'est souhaité même du côté anglophone.

Le Président (M. Bachand) :M. le député de Jacques-Cartier, s'il vous plaît.

M. Kelley : Présentement, dans vos échanges avec le ministre responsable de l'Éducation, comme c'est fait dans les autres provinces, est-ce qu'une solution asymétrique est sur la table pour la communauté anglophone concernant les commissions scolaires?

Le Président (M. Bachand) : M. le premier ministre.

M. Legault : Bien, l'objectif, c'est aussi bon pour les anglophones que les francophones, c'est de décentraliser le pouvoir aux écoles. Donc, on veut que la démocratie, ça se passe dans les écoles. Vous savez, chaque école a un conseil d'établissement, les parents s'impliquent, pourraient s'impliquer plus dans certains cas, mais c'est là qu'on veut voir une vraie démocratie, que les choix budgétaires, que les choix de répartition du budget se fassent, entre autres, avec le conseil d'établissement, avec des gens qui sont très impliqués, plutôt que, dans certains cas, des commissaires d'école professionnelle qui ont fait ça depuis 25 ans. Il y en a certains qui ont une formation en éducation, il y en a d'autres qui n'en ont pas. Donc, c'est aussi bon pour les anglophones que les francophones.

Le Président (M. Bachand) :M. le député de Jacques-Cartier.

M. Kelley : Merci. Je veux juste parler d'un autre sujet, santé. Je suis très content de voir mon collègue des Îles-de-la-Madeleine, parce qu'il y a une communauté anglophone très importante là, et c'est juste un petit rappel que les anglophones ne sont pas juste à Montréal, mais ils sont partout sur le territoire du Québec. Alors, l'accès à des soins de santé en langue anglaise est un enjeu primordial pour la communauté d'expression anglaise. On le sait, plusieurs aînés font face à une problématique d'isolement. Leurs enfants ont quitté le Québec, à Toronto, malheureusement, et l'inquiétude face à l'obtention des soins dans leur langue, c'est tellement important. Nous sommes tous conscients de cet enjeu et je sais que le premier ministre y est aussi sensible.

Au printemps dernier, un règlement a été adopté pour la composition d'un comité sur la prestation des services de santé et des services sociaux en langue anglaise. Les membres du comité ont été nommés à l'été, sa mission : préparer des avis pour une nouvelle génération des plans d'accès. J'aimerais donc savoir du premier ministre s'il a donné des instructions particulières et un horizon de temps précis à la ministre de la Santé afin que cette nouvelle génération de plan d'accès soit réalisée. C'est un enjeu très important surtout pour une population vieillissante, il faut s'assurer que les services soient disponibles et que la population sache vers quel établissement se diriger.

Le Président (M. Bachand) : M. le premier ministre, s'il vous plaît.

M. Legault : Bon. D'accord, j'ai été ministre de la Santé, puis le ou la ministre de la Santé a l'obligation, de façon régulière, de s'assurer que, dans certains établissements, là, qui sont jugés bilingues, que la loi... l'article 509 s'applique, c'est-à-dire que les services soient offerts en anglais dans ces établissements-là. Ils ont un conseil d'administration. Actuellement, il y a effectivement un processus qui a été mis en place, on est en train de rédiger des règles de fonctionnement des comités. Au mois de mai ou au plus tard en juin, il va y avoir un appel de candidatures auprès des organismes concernés pour nommer les membres sur les conseils d'administration. Je prévois que, d'ici l'automne 2019 donc, on va pouvoir annoncer les comités régionaux et donc on va être capable de bien fonctionner.

Écoutez, c'est certain, là, que le défi, il est plus en région, parce qu'à Montréal, bien, il y a le CUSM, puis on est chanceux d'avoir l'Université McGill, puis le lien avec le CUSM, je ne pense pas qu'il y ait de difficultés de ce côté-là. Quand on arrive en région, bon, il y a eu l'événement à Lachute, c'est là qu'il y a peut-être un défi spécial de s'assurer que les services sont offerts.

• (12 h 20) •

M. Kelley : Merci beaucoup. Il n'y a pas beaucoup de temps qui reste. Alors, je veux changer le sujet encore, et c'est concernant le nombre des anglophones dans la fonction publique du Québec. Présentement, c'est seulement 1 %, alors la communauté représente environ 10 % de la population. Le précédent gouvernement a pris...

M. Kelley : ...Merci beaucoup. Il n'y a pas beaucoup de temps qui reste, alors je veux changer le sujet encore et... C'est concernant le nombre des anglophones dans la fonction publique du Québec. Présentement, c'est seulement 1 %, alors que la communauté représente environ 10 % de la population. Le précédent gouvernement a pris des actions concrètes pour changer cette situation. En effet, le 7 juin dernier, la fonction publique du Québec a lancé un appel de candidatures à grande échelle afin de recruter des professionnels de plusieurs domaines et dans l'ensemble des régions administratives du Québec. Le secrétariat des Relations avec les Québécois d'expression anglaise a travaillé en collaboration avec le secrétariat du Trésor et des groupes communautaires pour mieux informer et sensibiliser la communauté sur les opportunités dans la fonction publique. Alors, juste une première question : Est-ce que le premier ministre peut nous indiquer quels ont été les résultats de ces efforts?

Le Président (M. Bachand) : M. le premier ministre.

M. Legault : Effectivement, là, on a eu 15 années de gouvernement libéral, donc, hein, il faut juste rappeler ça, là. On fait le bilan du gouvernement libéral. Puis je suis d'accord avec le député de Jacques-Cartier qu'il y a... Le pourcentage d'anglophones dans la fonction publique au Québec est très loin de la proportion qui représente la population. Ça, on est obligés de dire : C'est le bilan des 15 années libérales.

Moi, je pense qu'il faut continuer à faire des efforts pour augmenter la proportion d'anglophones dans la fonction publique. Il y a des secteurs... Entre autres, je pense juste à l'informatique, où c'est vraiment un défi de trouver du personnel. Donc, il va falloir faire des efforts, on va continuer de faire des efforts. Mais c'est certain que le pourcentage actuel d'environ 1 %, là, on ne peut pas dire que c'est un succès de la part des 15 années libérales.

Le Président (M. Bachand) : M. le député de Jacques-Cartier.

M. Kelley : Et nous n'avons pas des chiffres exacts sur le nombre des anglophones après qu'on a fait cet appel? Je suis bien d'accord que 1 %, ce n'est pas acceptable, mais ça commence avec un recrutement dans nos écoles. L'Université Concordia a présentement un programme d'administration publique. McGill en a formé un l'année passée. Il y a quand même beaucoup des anglophones qui sont à l'Université de Montréal, l'Université Laval. Alors, c'est juste de voir... Est-ce qu'on a une idée sur le nombre des anglophones qui ont appliqué dans la dernière ronde, le dernier appel de candidatures? Parce que d'être en ordre de vraiment déterminer s'il y a un problème, on doit savoir : Est-ce que des personnes ont appliqué pour ces postes-là? Est-ce qu'on a eu un suivi, après ça, pour s'assurer qu'ils ont reçu... en entrevue? Alors, c'est juste que je pose si vous avez des chiffres exacts sur... et si c'est... le dernier appel était un succès ou non.

Le Président (M. Bachand) : M. le premier ministre.

M. Legault : Oui, écoutez, je n'ai pas de chiffres avec moi. Par contre, c'est certain que, si on veut garder plus d'anglophones au Québec, il faut offrir des jobs mieux payées au Québec. Ça, c'est une évidence. Il faut aussi que les anglophones acceptent d'apprendre le français. Mais il y a un vrai défi. Je reconnais que le taux de chômage est plus élevé chez les anglophones que chez les francophones, donc il y a du travail à faire.

Et il y a plusieurs organismes, là, on pourra peut-être en parler tantôt, à qui on a donné des fonds pour aider à l'employabilité, donc, à toute la partie économique. Il y a un défi, entre autres, encore une fois, dans les régions. Je pense que, quand on regarde Montréal, il y a McGill, il y a Concordia. Il y a l'Université Bishop's, en Estrie. Je pense que, dans ces régions-là, il y a des gens qui ont les qualifications pour accepter des postes payants, puis ils restent ici. Mais dans d'autres régions, il faut y travailler.

Le Président (M. Bachand) : M. le député de Jacques-Cartier, s'il vous plaît.

M. Kelley : Et comme un jeune anglophone, je suis bien d'accord avec vous, M. le premier ministre, parce que c'est vrai que trop de mes amis ont quitté le Québec, pour plus d'une raison. Ce n'est pas une question qu'ils n'ont pas aimé Montréal ou le Québec. Des fois, c'est juste un choix de carrière. Mais je sais que l'ancien gouvernement a lancé aussi un autre projet pilote pour la rétention des jeunes anglophones. C'est sûr qu'après qu'ils sont diplômés de McGill, Université de Montréal, UQAM, Concordia, les gens ont des choix. Mais est-ce que, comme premier ministre, vous pouvez prendre l'engagement de travailler très fort pour créer des opportunités pour des jeunes anglophones, créer des programmes, mettre des programmes plus stables en place pour donner à des jeunes anglophones plus d'opportunités ici au Québec de travail dans plusieurs domaines? Et ce n'est pas juste à Montréal, mais également dans les régions du Québec aussi.

Le Président (M. Bachand) : M. le premier ministre.

M. Legault : Oui, bien, tu sais, on comprend tous, là, que le Québec, quand on parle des jeunes anglophones, est en compétition avec le reste du Canada puis avec les États-Unis, hein, donc le monde. Mais je parle, entre autres, de l'Amérique du Nord, là. S'il y a des meilleurs emplois à New York ou à Toronto, il y a comme une difficulté. Donc, c'est pour ça, là, que j'y tiens tellement, là, puis...

M. Legault : ...le Québec, quand on parle des jeunes anglophones, est en compétition avec le reste du Canada puis avec les États-Unis, hein, donc le monde, mais je parle entre autres de l'Amérique du Nord, là. S'il y a des meilleurs emplois à New York ou à Toronto, il y a comme une difficulté. Donc, c'est pour ça, là, que j'y tiens tellement, là, puis je suis tellement en désaccord avec l'ancien ministre des Finances que... On a un rattrapage économique à faire, il faut créer plus d'emplois payants au Québec, parce que, si on n'offre pas d'emplois payants... Même les francophones sont de plus en plus bilingues, et donc très mobiles. Je regarde mes deux propres fils, de 25, 26 ans, quand je suis allé à San Francisco avec eux autres, j'avais peur qu'ils restent là, là, tu sais. Donc, il y a effectivement un défi d'offrir des emplois stimulants, des emplois payants, puis c'est encore plus vrai du côté de la communauté anglophone. Donc, la priorité, là, c'est vraiment, au Québec, créer de la richesse, et, une fois qu'on va avoir créé de la richesse puis on va avoir éliminé cet écart de richesse qu'on a avec l'Ontario puis le reste du Canada, je pense qu'on va avoir tout un atout pour garder nos meilleurs ici, incluant les représentants de la communauté anglophone.

Le Président (M. Bachand) :Merci beaucoup. Je cède maintenant la parole au député de Gouin, porte-parole du deuxième groupe d'opposition, pour une période d'échange de 4 min 50 s. M. le député, s'il vous plaît.

M. Nadeau-Dubois : Merci, M. le Président. Je veux commencer par une citation d'un homme que je sais que le premier ministre apprécie et respecte, c'est René Lévesque, qui disait, en décembre 1967 : «Je me battrai aussi fort pour les droits des anglophones que pour la souveraineté.» Je veux commencer par ça, parce que, je pense, ça décrit bien la position de ma formation politique, Québec solidaire, à l'égard de la communauté, des communautés anglophones au Québec. Pour nous, l'identité québécoise, elle est inclusive, elle est diversifiée, et la défense de cette identité large, inclusive et diversifiée va de pair, pour nous, avec notre projet d'indépendance du Québec. Et on n'est les premiers ni à la penser ni à le dire, dans l'histoire du mouvement indépendantiste québécois.

Sauf que, quand on parle des anglophones, au Québec, on a parfois tendance à s'enfermer dans certains préjugés, hein, souvent, on pense communauté anglophone... bien, on se met à penser à une minorité possédante, on se met à penser au méchant boss anglophone qui exploite les ouvriers francophones, on pense à la communauté anglophone... bien, parfois, les gens, par préjugé, vont dire : Ah! Ça, c'est les bourgeois de Westmount, tu sais, c'est ça, c'est ces gens-là, les anglophones au Québec.

Ça a été vrai en partie par le passé, mais les choses ont définitivement changé. Le visage des communautés anglophones, au Québec, a changé, notamment à cause de l'immigration, mais aussi à cause de certains changements démographiques, la précarité, l'appauvrissement de beaucoup de communautés anglophones au Québec. C'est réel et c'est un vrai problème de société, surtout en milieu rural, le premier ministre le disait, tout à l'heure, mais pas seulement. On assiste à l'apparition au Québec de réelles poches de précarité, de pauvreté et d'isolement dans les communautés anglophones. Bref, la réalité, en 2019, des communautés anglophones, c'est très, très loin, dans beaucoup de cas, des grands manoirs, des bourgeois de Westmount qu'on s'imagine parfois, même si, bien sûr, les grands manoirs de Westmount existent toujours.

Et cette situation-là, elle s'est empirée avec l'austérité libérale, hein, les coupures ont fait mal aux institutions de la communauté anglophone. Alors, mes collègues libéraux, en tout respect, sont assez mal placés pour faire la leçon à quiconque à ce chapitre-là. Les statistiques ne mentent pas, j'ai retrouvé une étude récente de l'Association d'études canadiennes, qui disait que 16 % des anglophones au Québec vivent avec un faible revenu, contrairement à 13 % des francophones. Donc, il y aurait plus d'anglophones qui vivent à faibles revenus que de francophones. Ce n'est quand même pas rien. Cette même étude-là démontrait que les Québécois d'expression anglaise qui vivent à l'extérieur de Montréal sont trois fois plus susceptibles de vivre dans la pauvreté que les francophones. Je le répète, là, parce que c'est des statistiques dont on n'entend pas parler souvent : les anglophones à l'extérieur de Montréal ont trois fois plus de chances de vivre dans la pauvreté que les francophones. Ça, c'est des statistiques qui viennent faire voler en éclats les préjugés historiques qu'on pourrait avoir à l'égard de la communauté... des communautés anglophones au Québec.

Alors, j'ai une question très simple pour le premier ministre : Quand il entend des statistiques comme ça, comment réagit-il et, surtout, quel est son plan, comme premier ministre du Québec, pour renverser cette tendance à la précarisation et à l'appauvrissement de beaucoup de communautés anglophones au Québec? Et je lui donne une première piste de réflexion : abolir les commissions scolaires ne fait pas partie de la solution.

Le Président (M. Bachand) : M. le premier ministre, s'il vous plaît.

• (12 h 30) •

M. Legault : Oui. Bien, d'abord, je veux remercier mon collègue de Québec solidaire. S'intéresser à l'économie, à la création de richesse, il ne nous a pas habitués souvent à parler de ces sujets-là, mais c'est au coeur de la priorité du gouvernement de la CAQ d'enrichir en particulier les régions. Moi, j'invite le co-porte-parole de Québec solidaire à aller regarder le salaire moyen dans chacune des 17 régions au Québec. Il va se rendre compte qu'il y a des régions où le salaire moyen est...


 
 

12 h 30 (version non révisée)

M. Legault : …la priorité du gouvernement de la CAQ est d'enrichir en particulier les régions. Moi, j'invite le co-porte-parole de Québec solidaire à aller regarder le salaire moyen dans chacune des 17 régions au Québec. Il va se rendre compte qu'il y a des régions où le salaire moyen est vraiment très bas. Et il y a un défi de créer des emplois payants dans ces régions-là.

Comment on y arrive? Bien, en attirant plus d'investissements privés, en attirant plus d'entreprises, en aidant les entrepreneurs francophones et anglophones à créer des emplois dans les différentes régions. Parce que le co-porte-parole de Québec solidaire a raison. On est parfois avec l'impression, nos parents nous ont parlé de ça, qu'il y avait les riches anglophones puis les pauvres francophones. Mais, quand on regarde actuellement le taux de chômage, bien, il est plus élevé chez les anglophones que chez les francophones. Donc, la situation a changé. Puis il y a un problème en particulier dans les régions. Puis il y a deux choses. Un, il faut carrément avoir plus d'emplois payants dans les régions. Deuxièmement, bien, dans les régions, il y a certains endroits où, si on ne parle pas français, c'est difficile d'avoir accès à un emploi dans ces régions-là. Donc, donner plus d'accès aux cours de français dans toutes les régions, pas seulement dans les grandes villes, mais dans toutes les régions du Québec, c'est un vrai défi. Et mon adjoint parlementaire le député de Sainte-Rose travaille actuellement avec des organismes communautaires qui viennent puis qui couvrent différentes régions. Puis le défi, là, c'est de s'assurer qu'on couvre bien le Québec. Puis, actuellement, bon, du côté francophone, il y a des organismes qui existent pas mal dans toutes les régions pour couvrir les différents besoins, que ce soit en santé, en employabilité, en alphabétisation. Mais, du côté anglophone, il y a vraiment comme des trous où il n'y en a pas, de communautés. Donc, on est en train de parler avec des organismes, leur demander d'étendre leurs services sur un plus grand territoire, et de les financer pour y arriver.

Le Président (M. Bachand) : Merci, M. le premier ministre. Je me tourne maintenant vers les députés formant le gouvernement pour une période d'échange de 11 min 4 s. M. le député de Sainte-Rose, s'il vous plaît. M. le député de Sainte-Rose.

M. Legault : Sainte-Rose.

Le Président (M. Bachand) : Sainte-Rose. La parole est à vous, M. le député de Sainte-Rose, pour 11 minutes.

M. Skeete : 11 minutes? Merci de votre patience, M. le Président. J'allais juste confirmer une donnée pour questionner notre premier ministre, responsable des Québécois d'expression anglaise. D'ailleurs, j'ai le collègue de D'Arcy-McGee à qui je dois remercier. On faisait des débats en anglais, et c'est le collègue qui m'a corrigé en onde, pas gentil, du fait qu'on ne devait pas dire «anglophone». Puis il avait raison. Alors, je vous salue, le collègue. Et merci beaucoup à tous d'être ici. Pour moi, la dernière… les derniers six mois, a été une découverte. Une découverte surtout parce que j'ai fait mon cheminement académique en anglais. Et, depuis l'année 2000, à peu près, bien, je suis un peu… J'étais plutôt un peu séparé de ma communauté anglophone — expression anglaise — et puis, pour moi, ça a été très bien de me retrouver à nouveau dans cette communauté-là parce que j'avais en quelque sorte beaucoup oublié à quel point c'était une communauté vibrante et dynamique.

Depuis les six derniers mois, M. le premier ministre, vous le savez, on s'en est parlé souvent, j'ai fait le tour de quelques régions. Je suis allé en Gaspésie. Et puis, après ça, je suis allé sur la Côte-Nord. Et, à la Côte-Nord, j'ai passé une fin de semaine à parler avec une communauté assez dynamique. Et puis, je me souviens, j'ai eu un échange avec une jeune qui a décidé de partir de Calgary pour se rétablir sur la Côte-Nord. Ce n'est pas tout le monde qui fait de choix-là. Et je lui parlais de mon cheminement aussi par rapport à mon intérêt à la politique québécoise. Et, je lui ai dit, la clé c'était de lire et de nager dans le français. Et, si on veut vraiment s'intégrer dans la communauté québécoise, on doit nager dans le français. Et on a eu une conversation qui a duré à peu près une heure. Et puis j'ai reçu de sa part un courriel quelques jours plus tard. Alors, je me permets de vous le lire : «Objet : Thanks for encouraging me on my journey to become a Quebecker. I just want to tell you how much I enjoyed speaking with you. I already downloaded the Cogeco App — je lui avais dit qu'elle pouvait s'intéresser à écouter un petit peu de politique, ça lui rendrait peut-être un petit peu plus fière et de comprendre un peu plus la dynamique politique du Québec — Maybe, one day, I'll be speaking French». Et ça a été pour moi quelque chose qui m'a frappé à plusieurs égards, parce qu'il est là… Elle est là, la mission du secrétariat. C'est de détruire à coup…

M. Skeete : ...ça lui rendrait peut-être un petit peu plus fier et de comprendre un peu plus la dynamique politique du Québec. Maybe one day I'll be speaking French. Et ça a été, pour moi, quelque chose qui m'a frappé à plusieurs égards parce qu'il est là, elle est là la mission du secrétariat. C'est de détruire à coups de masse le mur des deux solitudes qui existent et qui ont toujours existé au Québec, et ma réponse à la dame en question a été simple, mais je lui ai dit : You already are a Quebecer.

Et ce message-là, je pense, il n'est pas souvent véhiculé à la communauté d'expression anglaise du Québec. D'ailleurs, dans cette communauté-là, on avait des bouteilles d'eau, je sais que le collègue de Québec solidaire ne sera pas fier de nous, on avait des bouteilles d'eau, mais sur les bouteilles d'eau, il y avait Circle K, puis les gens qui connaissent Circle K savent que c'est Couche-Tard. Couche-Tard est dans mon comté, dans Sainte-Rose, puis en plus, on apprend que cette communauté-là, mais elle est plus proche du Labrador. Ça fait qu'ils se font apprivoiser du Labrador, la culture de Terre-Neuve empreinte la communauté, ils sont totalement déconnectés de la réalité québécoise, M. le premier ministre. Et pour moi, c'est frappant parce qu'en plus ils portent des chapeaux des Leafs de Toronto, ça fait que ça aussi, c'est inacceptable pour des Québécois.

Donc, pour moi, ce fut un moment révélateur. J'ai compris, à ce moment-là, que l'écart qui existe, pour toutes sortes de raisons, hein, il y a un écart historique qui existe au Québec par rapport à notre relation avec les Québécois d'expression anglaise. Il y a aussi une histoire plus récente, il y a eu, vous l'avez dit tantôt, M. le premier ministre, la loi 101 qui a causé un froid. Il y a aussi le mouvement souverainiste, alors où ce que la communauté d'expression anglaise, tant montréalaise qu'en région, a dû choisir son camp, hein, puis a décidé de dire : Bien, moi, si je ne veux pas la séparation, mais là, je dois faire certains choix. Donc, ça a créé des barrières à ce sentiment d'appartenance du Québec.

Je reviens sur le point de la dame sur le français parce que c'est un point qui est assez important parce que le collègue de Jacques-Cartier le soulevait tantôt par rapport au taux d'anglophones ou de Québécois d'expression anglaise à la fonction publique. Et pour moi, c'est une des premières choses que j'ai regardée parce que moi-même après j'ai étudié la science politique à Concordia, mais je suis allé travailler au gouvernement fédéral. Hein? C'est un peu ça le cheminement. On va à l'école anglaise, on va travailler au gouvernement fédéral. Un, on ne pense même pas d'appliquer pour le gouvernement du Québec puis ceux qui appliquent, mais pour une raison ou une autre, j'ai des hypothèses, ne réussissent pas à se placer. Mon épouse est pareille, hein? Elle a fait ses études dans le réseau anglais, puis après ça, elle est devenue infirmière, puis elle n'a pas regardé les autres hôpitaux à Laval où ce qu'on habite, elle est allée travailler à St. Mary's parce que... it's just what you do.

Donc, il y a un enjeu de rendre accessibles les institutions québécoises traditionnellement francophones à la communauté d'expression anglaise puis, de l'autre côté, on voit que le taux de français, après qu'on a fini l'école, il y a une certaine fenêtre où si on trouve un emploi, ça va bien. Mais, si on n'est pas dans cette fenêtre-là, graduellement, on perd nos compétences en français, et j'ai souvent dit ça, et j'en ai parlé au ministre de l'Immigration, M. le premier ministre. Les mêmes gens qui nous ont donné la loi 101, on penserait qu'au Québec on pourrait trouver un cours de français à tous les coins de rue. Mais, ce n'est pas le cas, et il y a des Québécois d'expression anglaise qui me disent : Nous, on veut apprendre le français, vous francisez les immigrants, vous francisez les francophones, et nous, on veut apprendre le français pour bien se placer, puis on n'arrive pas à trouver un cours de français, puis si on en trouve un, bien, il est dispendieux.

Donc, je suis d'avis qu'un gros indicateur dans le dossier de le faible taux de participation des Québécois d'expression anglaise à la fonction publique est du fait que la première chose que vous nous demandez de faire, c'est de faire un test de français écrit et moi, le premier étant le produit des écoles anglaises du Québec, je peux vous dire que ce n'est pas toujours à la hauteur, c'est quelque chose que j'ai encore un problème avec ça...

Une voix : ...

M. Skeete : ...oui, mais, je vais dire que mon français écrit, des fois, me gêne. Alors, je m'excuse d'avance pour tous ceux qui reçoivent mes courriels. Donc, c'est pour moi un critère, un indicateur qui est très important et, nous, dans le secrétariat, on y travaille déjà, on veut chercher ces données-là.

• (12 h 40) •

Ça fait que j'ai parlé du sentiment de se sentir Québécois, hein, c'est important parce que si on ne sent pas Québécois, mais si on a une job ailleurs, on va partir. Si on ne sent pas Québécois, mais on est un peu un invité chez nous. Puis, je le rappelle souvent, hein, les Québécois francophones, on a tendance à parler des Québécois de souche et normalement, on parle de M. Tremblay, M. Savard, mais il y a des Québécois de souche qui sont au Québec depuis plus de 400 ans qui s'appellent Smith, qui s'appellent MacCallum, et ces gens-là ont une histoire au Québec, et il faut que ces gens-là se sentent chez eux. Donc...

M. Skeete : ...on parle de... M. Tremblay, M. Savard, mais il y a des Québécois de souche qui sont au Québec depuis plus de 400 ans et qui s'appellent Smith, qui s'appellent McCullum, et ces gens-là ont une histoire au Québec, et il faut que ces gens-là se sentent chez eux. Donc, via le secrétariat, ce qu'on fait, c'est un programme qui vise directement à aider les communautés d'expression anglaise. Le programme de financement, lui, il vise à augmenter la capacité. Et, quand je dis : Augmenter la capacité, je veux dire spécifiquement regarder il est où le bobo, et de bien le financer. La raison que j'étais debout tantôt, c'était pour aller chercher une donnée de M. Floch  qui m'aide dans le dossier à savoir : Sur le 1,1 milliard qu'on donne à différents groupes communautaires, bien, c'est quoi le taux de groupes communautaires d'expression anglaise qui appliquent à ces montants-là? Je parle notamment du PSOC ou d'autres programmes qu'il peut avoir dans d'autres ministères. On se rend compte que les Québécois d'expression anglaise dans les groupes communautaires n'appliquent souvent même pas ou n'ont pas le savoir-faire pour appliquer dans ces programmes-là. C'est des Québécois à parts égales, c'est des Québécois à part entière, et eux, ils ne réalisent pas qu'ils ont accès à des programmes. Donc, le programme d'appui va aider à financer une ressource qui va les aider à aller chercher leur dû à l'intérieur de ces divers programmes gouvernementaux auxquels ils devraient avoir accès en tant que Québécois. Et il n'y a rien comme un sentiment de recevoir un chèque qui nous fait penser au Québec. Donc, ça, c'est une façon qu'on essaie d'aider le sentiment d'appartenance.

J'ai aussi le collègue de Gouin qui parlait du fait que... la réalité souvent que c'est les grands messieurs avec les chapeaux puis les cigares anglophones qui... les contremaîtres qui disent aux porteurs de lait quoi faire... porteurs d'eau, plutôt, quoi faire. Vous avez raison, la donne, elle a beaucoup changé dans les 50, voire 60 dernières années. C'est la raison... Puis vous avez cité un taux de chômage qui est inquiétant. Sur la Côte-Nord, quand j'ai visité, c'est un sur trois. C'est 35 %, le taux de chômage pour cette communauté là-bas. C'est une des raisons d'ailleurs que je suis allé là-bas, c'était pour déposer des sous, une somme directement dans la communauté, puis c'est un incubateur économique. L'idée dans ça, c'était de dire : Mais nous, on croit en vous. Puis, ce qu'ils vont faire, puis le collègue va être encore plus content parce que ça va être d'exploiter les ressources naturelles, les fruits arctiques et tout dans le but de transformer ça pour des produits cosmétiques. Mais ça, c'est de l'argent, un incubateur économique en région pour et par la communauté d'expression anglaise. Ça fait que c'est via des initiatives comme ça que nous, on veut augmenter la croissance. Donc, pour moi, il me semble que le secrétariat doit exister. Je me demande, M. le premier ministre, quand vous avez dit durant le débat des chefs — tout le monde était surpris, moi, je ne l'étais pas parce que je vous connais — que vous allez garder le secrétariat d'expression anglaise, c'était quoi, votre vision, et c'était quoi, la raison pourquoi vous avez décidé de choisir de garder le secrétariat?

Le Président (M. Bachand) : Malheureusement, il va manquer de temps. On finit le premier bloc, alors ça va aller au deuxième bloc. Désolé. Alors, M. le député des Îles-de-la-Madeleine pour le troisième d'opposition pour une période d'échange de 4 min 50 s, s'il vous plaît.

M. Arseneau : Merci beaucoup. Je vais revenir sur la question de mon collègue ici, justement. C'est tout à fait approprié, la question que vous posez. En fait, j'aurais trois questions à poser dans moins de 5 minutes, alors je vais y aller rondement. J'ai la chance aussi de représenter une communauté fort dynamique aux Îles-de-la-Madeleine, 5 % de la population, et je les salue. J'ai aussi le privilège de siéger à la fois sur la commission qui étudie les budgets pour la langue française et celle-ci qui étudie les budgets pour le secrétariat pour les Québécois de l'expression anglaise, et je vois qu'il y a une différence marquante, notamment sur les budgets supplémentaires qui ont été accordés. Je me réjouis des budgets supplémentaires qui sont accordés ici, au secrétariat, mais j'aimerais savoir : Qu'est-ce qui motive le fait de rajouter, en fait, de doubler le financement? Est-ce qu'on va appuyer deux fois plus de projets ou on va donner deux plus d'argent aux bénéficiaires?

Le Président (M. Bachand) : M. le premier ministre.

M. Legault : Bon, je veux remercier le député des Îles-de-la-Madeleine. Effectivement, il y a une communauté d'expression anglaise, hein, qui est importante là-bas. Il y a plusieurs objectifs qui sont visés par le secrétariat. D'abord, faire le lien avec des organismes. Ça peut être sectoriel, ça peut être régional, des fois, il y a des organismes qui sont nationaux, mais c'est de prendre compte des préoccupations. On en parlait tantôt, l'employabilité. Donc, le taux de chômage qui est élevé chez les Québécois d'expression anglaise dans certaines régions, c'est un défi qui est vraiment spécial. Et puis c'est aussi simple que de dire... Il y a des organismes qui nous disent : On peut-u avoir des chiffres? Puis je sais que...

M. Legault : ...d'employabilité. Donc, le taux de chômage qui est élevé chez les Québécois d'expression anglaise dans certaines régions, c'est un défi qui est vraiment spécial. Et puis c'est aussi simple que de dire, il y a des organismes qui nous disent : On peut-u avoir des chiffres? Puis je sais que le député de Sainte-Rose fournit des chiffres. Donc, on a des données par région pour être capables de voir quelle est l'ampleur du problème, puis ensuite travailler sur les solutions. Évidemment, les organismes, dans les régions, qui s'occupent de la communauté disons, on va dire, anglophone, ce sont des petits organismes qui n'ont pas des gros budgets, qui parfois sont autour d'une ville ou d'une municipalité, mais qui ne rayonnent pas dans toute la région. Donc, il faut être capables, effectivement, puis c'est une des raisons pourquoi on a doublé le budget... Vous devriez voir, là, je pourrais vous donner la liste des organismes qu'on finance actuellement, mais il y en a beaucoup, mais il y en manque encore beaucoup.

Le Président (M. Bachand) : Député ...

M. Arseneau : Merci, M. le Président. Une des préoccupations que j'ai, c'est à l'égard d'un commentaire que M. le premier ministre a fait à l'effet qu'il fallait surtout venir en aide aux organismes des régions, ce que je partage, pour les communautés anglophones, mais en regardant la distribution des fonds, il y a quand même 8 $ sur 10 $ qui sont dépensés dans la région de Montréal, de Québec ou d'Outaouais. Alors, il y a peut-être un effort à faire de ce côté-là pour les organismes régionaux.

Et ma question, en fait, porterait davantage sur l'augmentation des budgets pour aider les communautés anglophones ou les organismes qui s'occupent des communautés anglophones en regard des programmes et de la mission de l'État du Québec, à savoir si l'augmentation des budgets vient compenser l'absence de prise en considération des minorités d'expression anglaise. Il faudrait peut-être faire attention à ne pas dédoubler les sommes ou faire en sorte qu'il y a un programme discriminatoire pour les gens d'expression anglaise, alors que la mission... les grandes missions de l'État ne seraient pas remplies adéquatement.

Le Président (M. Bachand) : En moins d'une minute, M. le premier ministre.

M. Legault : Oui, bon, d'abord, c'est vrai, il y a à peu près 80 % de l'argent qui est donné à Montréal, mais il y a 80 % des anglophones qui habitent à Montréal. Mais ce qu'il est important par contre de préciser, c'est qu'il y a beaucoup d'organismes qui sont basés à Montréal, mais qui donnent des services aussi dans les régions. Et il y a aussi, on me donne la liste, là, disons, pour le bénéfice du député, Gaspésie—Îles-de-la-Madeleine, il y a le Committee for Anglophone Social Action, le Council for Anglophone Magdalen Islanders, Vision Gaspé-Percé Now; donc, il y a des organismes, là, on le voit dans chacune des régions puis on fait attention, effectivement, à ce qu'on soit capables de donner des services puis d'élargir le rôle dans les régions. Tu sais, vraiment une préoccupation du député de Sainte-Rose de s'assurer qu'on offre plus de services en région. Donc, on va le voir dans la distribution des fonds qu'il va y en avoir de plus en plus, puis dans certains cas, on demande à des organismes de Montréal d'aller dans les régions où il n'y a pas d'organismes, où il n'y a pas de services qui sont donnés.

Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Avant d'aller plus loin, on a quelques petites minutes de retard. J'aurais besoin d'un consentement pour avoir cinq minutes supplémentaires, maximum cinq minutes supplémentaires pour aller au-delà de l'heure. Maximum cinq minutes. Merci, consentement. Alors, je me tourne vers le gouvernement pour 12 min 4 s., s'il vous plaît. M. le député de Sainte-Rose.

M. Skeete : Encore moi, M. le Président.

M. Legault : Veux-tu que je commence à répondre?

M. Skeete : Bien, j'aimerais ça vous entendre sur votre vision, effectivement, j'allais vous céder la parole.

Le Président (M. Bachand) :M. le premier ministre.

• (12 h 50) •

M. Legault : Oui, bien écoutez, tantôt, le député de Sainte-Rose abordait plusieurs sujets, plusieurs questions. Je trouve ça intéressant ce qu'il disait à propos de son épouse et puis de lui-même. Il y a des anglophones qui ont bien appris le français, mais qui se retrouvent dans un milieu de travail parfois à St. Mary's, parfois dans une organisation qui est anglophone, et n'ont pas l'occasion de pratiquer leur français. Et puis c'est la même chose dans l'autre sens. Ça me faisait penser quand j'étais président d'Air Transat, je passais la moitié de ma journée et plus à parler en anglais, hein? Quand on parle aux fournisseurs ou aux bases qui sont à l'étranger... Puis quand je suis arrivé à Québec, j'ai commencé à perdre mon anglais, hein? Parce qu'à part les gentils journalistes anglophones qui posent des questions, on n'a pas d'opportunité, à part de répondre à M. Authier, là, de... je vais tous les nommer, sinon, ça va faire de la chicane, non? C'est ça? Cathy Senay qui nous a suivis pendant toute la campagne...

M. Legault : ...journalistes anglophones qui posent des questions, on n'a pas d'opportunité à part de répondre à M. Authier de... je vais tous les nommer, sinon ça va faire de la chicane, non, c'est ça.

Des voix : Cathy Senay...

M. Legault : Cathy Senay qui nous a suivi pendant toute la campagne, pendant les 30 jours avec des très bonnes questions. Mais tout ça pour dire que j'ai perdu mon anglais parce qu'on ne le pratique pas. Donc, il faut trouver des solutions.

Mais les organismes communautaires. Je veux revenir sur les organismes communautaires parce qu'on en a beaucoup parlé tous les deux. Il y a vraiment un défi d'offrir des services. Et puis quand on regarde les différents organismes, bien, il y en a qui s'occupent de santé, il y en a qui s'occupent d'économie, d'employabilité, il y en a une liste qui s'occupe de culture, donc encore toute une liste, il y en a qui s'occupent d'éducation, évidemment, incluant la «litteracy», il y a des défis d'alphabétisation aussi. Donc, même chose qu'on voit à la grandeur du Québec, dans les organismes communautaires, moi aussi je serais curieux de faire l'inventaire, de dire, dans le financement, les organismes communautaires, il y a quelle partie qui va aux anglophones, bien, on vient peut-être, un peu, compenser via le secrétariat ou on se concentre exclusivement sur des organismes qui représentent puis offre des services aux Québécois d'expression anglaise. Je vous laisse continuer, M. le député.

M. Skeete : Merci beaucoup, M. le premier ministre. Effectivement... je vais vous conter une anecdote moi-même. Ma mère... le français, c'est ma langue maternelle. J'ai appris à parler le français à la maison avec ma mère. Ma mère, elle est décédée quand j'avais 16 ans, et entre 16 et 20 ans, j'ai failli perdre mon français. C'est ma langue maternelle, j'habite Montréal. Donc, si on ne s'en sert pas, on l'a perd notre langue. Et puis, c'est une des raisons, en fait, pourquoi le français est vraiment la clé du succès et d'intégration de tout le monde, mais en particulier les gens qui veulent avancer leur carrière au Québec ou faire affaire au Québec.

On s'est parlé aussi, M. le premier ministre, par rapport aux différents groupes communautaires qu'on va financer, puis vous avez raison, il faut faire attention, hein, parce que le défi n'est pas de créer un gouvernement parallèle, hein, parce que sinon, on ne règle pas le problème. Le problème, c'est de dire, bien, on est tous des Québécois à part entière. Donc, comment qu'on fait pour s'assurer qu'on aide les Québécois d'expression anglaise dans les milieux où est-ce qu'ils ont besoin d'aide, mais de l'autre côté, on s'assure de ne pas dédoubler. Et effectivement, la stratégie de financement aide, et je l'ai dit tantôt, à augmenter la capacité. Ce que ça veut dire, c'est qu'en Gaspésie, entre autres, pour le collègue, il y a des groupes qui font de l'accompagnement. Il y a des... vous le savez, hein, il y a les communautés, ils sont unilingues anglais, donc quand on a 75 ans et on a un rendez-vous chez le médecin, mais c'est très intimidant, de un, faire le voyage, hein, parce que ce n'est pas à la porte, puis deux, comment qu'on fait pour s'assurer qu'on va comprendre ce que le médecin va nous dire. Puis normalement, ces temps-ci, ça va un peu mieux avec les médecins parce qu'ils sont généralement formés dans des grands centres universitaires où est-ce qu'ils apprennent pas mal le français, beaucoup de la littérature est en anglais, mais elle est où l'urgence? Par où que je dois aller? À qui je dois parler? L'infirmière, la personne à la réception? Bien, nous, ce qu'on fait, c'est, on finance directement des groupes qui vont offrir un service d'accompagnement. Ce n'est pas des gens, là, qui vont faire des sous, leur job c'est de se promener puis de faire du taxi, c'est des gens où ce qu'on va payer leur gaz pour qu'ils prennent leur temps pour accompagner un Québécois d'expression anglaise unilingue à aller à un rendez-vous médical. Puis c'est ça augmenter la capacité, c'est ça aider, parce que si cette personne-là se sent à l'aise d'aller à l'hôpital, mais elle va nécessairement avoir un résultat de santé qui va être amélioré, donc on réduit les coûts, etc. Ça fait que c'est ça augmenter la capacité.

Une autre chose qu'on fait qui est très utile à la communauté, c'est, justement, quand on parlait du PSOC et le financement tel dans ces projets-là, bien, si on réalise que 1 milliard qui est donné à tous les Québécois, puis on réalise que les Québécois représentent 13 % de la population, puis on a accès à juste 3 %, bien, il y a un écart. Donc, augmenter la capacité veut dire, nécessairement, donner des sous supplémentaires pour nous aider à accéder à ce 7 % de plus parce que, bien, on devrait aller chercher notre part, puis de s'assurer qu'on est capable de remplir les documents comme il faut, qu'on est capable d'aller chercher le formulaire exact qu'on a de besoin parce que des fois ce n'est pas toujours facile. C'est ça augmenter la capacité.

Puis je suis très content que vous avez soulevé le point, M. le premier ministre, les régions, les régions. Moi, je suis très préoccupé par le taux de chômage des communautés d'expression anglaise en région. Puis souvent ce qu'on va voir, puis c'est un cheminement, là, c'est un dessin qui commence à se dresser pour moi, il y a des Québécois qui vont finir l'école, ils vont aller en finances, ils vont aller en ingénierie à Concordia, puis si on est capable de se placer dans...

M. Skeete : ... Moi, je suis très préoccupé par le taux de chômage des communautés d'expression anglaise en région. Puis, souvent, ce qu'on va voir, puis c'est un cheminement, là, c'est un dessin qui commence à se dresser pour moi, il y a des Québécois qui vont finir l'école, ils vont aller en finances, ils vont aller en ingénierie à Concordia. Puis, si on est capable de se placer dans une place où est-ce qu'on parle beaucoup anglais, où c'est bilingue, une charte fédérale, mettons, bien, on va dire que ces gens-là sont capables de se trouver un emploi, puis ils vont travailler chez Air Canada, dans les banques, etc., puis c'est quand même des emplois qui sont bien payés. Il y a un autre pourcentage de Québécois — puis il y a un exode des cerveaux — bien, ils s'en vont : ils s'en vont à Toronto, ils s'en vont à Boston, ils s'en vont à San Francisco. Mais ceux qui restent, s'ils ne réussissent pas à se trouver un emploi dans la charte fédérale, puis si leur français n'est pas adéquat, puis s'ils sont sous-scolarisés, c'est là qu'on commence à voir les indicateurs socioéconomiques, sociodémographiques inquiétants.

Et c'est là-dessus justement qu'on joue. Les groupes communautaires qu'on finance, c'est pour aider ces gens-là à non seulement apprendre le français pour les aider à la première étape, et la deuxième étape, c'est vraiment de les réinsérer dans leur milieu de travail. Dans mon comté de Sainte-Rose, j'ai la compagnie M1 Composites, que vous connaissez, vous êtes venu avec moi les rencontrer. Bien, nous, on a créé un projet pilote avec un groupe qui s'appelle La Passerelle, puis c'est des Québécois d'expression anglaise, ils ont une quarantaine d'années, ils sont assez spécialisés, mais maudine, ça fait deux, trois ans qu'ils ne se trouvent pas une job, ça fait qu'ils sont un peu «out of the loop», comme qu'on dit. Bien, nous, ce qu'on fait avec M1, avec le projet pilote que j'ai créé... bien, j'ai dit : Regarde, on va faire un apprentissage. On va prendre les gens ici, on va les mettre dans le milieu de travail chez M1, puis M1 est d'accord pour les enseigner le français dans un milieu de travail. Ça fait que non seulement ils vont être insérés dans un milieu francophone dans le but d'apprendre le français et d'augmenter leur capacité française, mais, l'autre côté, on aide à placer des gens qui ont de besoin d'une deuxième chance ou de se réinsérer dans le marché du travail. Ça fait que c'est le genre de travail comme ça qu'on fait pour les Québécois d'expression anglaise.

Je voulais revenir sur une question que j'avais pour vous également, M. le premier ministre, spécifiquement par rapport au mandat du secrétariat, hein, parce que c'est important pour nous de savoir c'est quoi, votre vision à moyen terme. Parce que je pense que l'opportunité qu'on a devant nous, c'est de vraiment mettre nos doigts sur qu'est-ce que ce secrétariat-là devrait être pour l'avenir. Et, vous le savez, avant l'année passée, il n'y en avait pas, d'organisation comme ça qui faisait ça au Québec, puis on était la seule province qui n'avait rien pour la minorité linguistique. Ça fait que, moi, je serais très curieux d'entendre votre vision par rapport au mandat, par rapport à la suite.

Le Président (M. Bachand) : M. le premier ministre.

M. Legault : Oui. Bien, écoutez, les gens qui nous écoutent, là... Bon. On parle de façon générale des services, mais j'aimerais prendre quelques minutes pour vous donner des exemples concrets. Parce que j'avoue que, moi, j'ai appris avec le député de Sainte-Rose : il y a beaucoup d'organismes que je ne connaissais pas, maintenant que je connais, et je voudrais vous en nommer quelques-uns, des organismes qu'on finance.

D'abord, quand on parle de santé, Community Health and Social Services Network, c'est un bel organisme qui couvre... il y a 24 organismes, ils couvrent à peu près toutes les régions du Québec — je ne savais pas que ça existait, pour être bien honnête; un autre qui s'appelle Youth 4 Youth, hein, où on parle d'engagement civique, bel organisme; un autre, Seniors Action Québec, ça s'occupe surtout des aînés; ensuite, Black Community Resource Centre, parce qu'il y a quand même... — je vois Maya, qui est là-bas, là — il y a une communauté noire anglophone qui est comme une espèce... où il y a des taux de chômage élevés, et ça, c'est un vrai, vrai, vrai défi. Je suis content de voir Marco, qui est bien entouré là-bas, qui est en train de s'intégrer à la communauté des journalistes anglophones. C'est beau de voir Marco aller; il y a des organismes aussi en employabilité, et je pense que le député de Sainte-Rose en parlait tantôt, un incubateur sur la Basse-Côte-Nord qui s'appelle Coasters Association qui sert les anglophones; le Committee for Anglophone Social Action aussi : c'est cinq organismes, surtout dans l'Est du Québec, qui s'occupent d'emploi; il y en a un autre, Committee for Anglophone Social Action : eux autres, ils font le lien avec les carrefours jeunesse-emploi, qu'on connaît bien, avec Emploi-Québec, ils s'occupent surtout des jeunes qui sont vulnérables; il y en a un autre qui s'appelle Youth Employment Services, encore là, réseau d'employabilité.

• (13 heures) •

En culture, bon, évidemment, il y a le Québec Community Newspapers Association, hein, donc qui s'occupe surtout des médias anglophones en région éloignée, English-Language Arts Network, les artistes d'expression anglaise...


 
 

13 h (version non révisée)

M. Legault : …Bon, évidemment, il y a le Québec Community Newspapers Association, hein, donc, qui s'occupe surtout des médias anglophones en région éloignée, English-Language Arts Network, les artistes d'expression anglaise, Regional Association of West Quebecers, toutes les ressources communautaires, Québec English-Language Production Council, cinéma, s'occupe du cinéma en anglais. Ensuite, bien, il y a l'Hôpital Jeffery-Hale, hein, qui a un bel organisme, le Québec English Speaking Resource Network. En éducation, Literacy Québec, le Felps, ça, on s'en est parlé, Felps Helps, qui s'occupe de lutter contre le décrochage scolaire. Québec Federation of Home and School Associations aussi, qui est là depuis 75 ans, quand même quelque chose. Et, bon, évidemment aussi, il y a des groupes qui sont à l'Université Concordia. Il y a des groupes qui sont à l'Université McGill aussi, qu'on finance. Tous les groupes que je vous nomme sont tous des groupes qu'on finance directement par le secrétariat, puis on leur demande dans certains cas de ratisser plus large. Parce que c'est ça, le défi, là, on en parlait, s'assurer, que ça soit en santé, que ça soit en économie, que ça soit en culture, que ça soit en éducation, que toutes les régions puis toutes les communautés d'expression anglaise soient couvertes au Québec. Puis moi, j'ai confiance que le député de Sainte-Rose, là… laissez-le aller encore un bout de temps, là, vous allez voir qu'on va mieux couvrir les gens… les Québécois d'expression anglaise au Québec.

Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup, M. le premier ministre. Le temps alloué à l'étude du volet Relations avec les Québécois d'expression anglaise des crédits budgétaires du portefeuille Conseil exécutif pour l'exercice financier 2019‑2020 étant presque écoulé, nous allons procéder maintenant à la mise aux voix des crédits.

Le programme sept, intitulé Relations avec les Québécois d'expression anglaise est-il adopté?

Des voix : Adopté.

Une voix : Sur division.

Le Président (M. Bachand) : Adopté sur division. En terminant, je dépose les réponses aux demandes de renseignements de l'opposition.

Et également, compte tenu de l'heure, la commission suspend ses travaux jusqu'à 15 heures, où elle va entreprendre l'étude des crédits budgétaires du volet Affaires autochtones du portefeuille Conseil exécutif. Merci beaucoup.

(Suspension de la séance à 13 h 2)


 
 

14 h 30 (version non révisée)

(Reprise à 14 h 59)

Le Président (M. Bachand) : Merci. À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des institutions ouverte. Je demande, bien sûr, à toutes les personnes présentes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.

La commission est réunie afin de procéder à l'étude du portefeuille Affaires autochtones des crédits budgétaires pour l'exercice financier 2019‑2020. Une enveloppe de trois heures a été allouée pour l'étude de ces crédits.

Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?

• (15 heures) •

La Secrétaire : Oui, M. le Président. Mme Lachance (Bellechasse) est remplacée par Mme Guillemette (Roberval); Mme Lecours (Les Plaines) est remplacée par Mme Hébert (Saint-François); Mme Anglade (Saint-Henri—Sainte-Anne) est remplacée par M. Kelley (Jacques-Cartier); M. Tanguay (LaFontaine) est remplacé par M. Birnbaum (D'Arcy-McGee); M. Fontecilla (Laurier-Dorion) est remplacé par Mme Massé (Sainte-Marie—Saint-Jacques)…


 
 

15 h (version non révisée)

Le Président (M. Bachand) : ...y a-t-il des remplacements?

La Secrétaire : Oui, M. le Président. Mme Lachance (Bellechasse) est remplacée par Mme Guillemette (Roberval); Mme Lecours (Les Plaines) est remplacée par Mme Hébert (Saint-François); Mme Anglade (Saint-Henri—Sainte-Anne) est remplacée par M. Kelley (Jacques-Cartier); M. Tanguay (LaFontaine) est remplacé par M. Birnbaum (D'Arcy-McGee); M. Fontecilla (Laurier-Dorion) est remplacé par Mme Massé (Sainte-Marie—Saint-Jacques) et M. LeBel (Rimouski) est remplacé par M. Roy (Bonaventure).

Le Président (M. Bachand) : Merci. Nous allons débuter par les remarques préliminaires, puis nous allons procéder à une discussion d'ordre général par bloc d'environ 20 minutes, incluant les questions et les réponses. La mise aux voix de ce crédit sera effectuée à la fin du temps qu'il leur est alloué, cet après-midi vers 18 heures.

Nous débuterons donc avec les remarques préliminaires. Mme la ministre, bienvenue, et vous disposez de 12 minutes. Mme la ministre, s'il vous plaît.

Mme D'Amours : Merci, M. le Président. Permettez-moi, d'entrée de jeu, de saluer mes collègues de l'Assemblée nationale et l'équipe qui m'accompagne. Je vais commencer par mon cabinet ici, à ma gauche et à ma droite, la sous-ministre Mme Thomas et son équipe en arrière avec ces messieurs.

Donc, kwei, (s'exprime dans diverses langues autochtones), bonjour. Bonjour dans cette année internationale des langues autochtones. Je tenais à vous saluer dans les langues des Premières Nations et inuites du Québec. Je m'excuse si la prononciation n'était pas parfaite, mais mon coeur et l'intention y est. Je suis très heureuse d'être parmi vous aujourd'hui pour mener à bien cet important exercice qu'est l'étude des crédits budgétaires du Secrétariat des affaires autochtones. Il s'agit d'un exercice éminemment démocratique qui permet à notre gouvernement de mieux rendre compte de l'usage qui est fait des fonds publics.

Je trouve important de le répéter, je suis véritablement honorée qu'on m'ait confié la très importante charge, dis-je, de ministre responsable des Affaires autochtones. Il s'agit d'un mandat majeur pour le développement du Québec, car les Premières Nations et les Inuits contribuent à définir le Québec, sa richesse culturelle et son identité. Elles participent à la construction du Québec. Inscrites dans la modernité et ancrées dans leurs traditions, les cultures autochtones sont riches, multiples de diversité. Elles portent une identité et des valeurs qui constituent un puissant levier pour le développement de leurs communautés. C'est ainsi que je conçois notre mission de contribuer activement à l'épanouissement et à la prospérité des nations autochtones du Québec et à travailler à la réconciliation entre nos nations. Cette volonté est aussi la volonté de notre premier ministre et de l'ensemble du gouvernement.

Permettez-moi de profiter de la présente tribune pour expliquer le rôle diplomatique que j'occupe à titre de ministre responsable des Affaires autochtones. En effet, il m'incombe d'établir et de maintenir des relations avec les grands chefs, les chefs et les représentants des organisations politiques autochtones, mais également d'établir les liens avec mes collègues ministres. Ainsi, dès ma nomination, ma préoccupation première était de m'assurer d'une connaissance et d'une sensibilité autochtone au sein même de mon équipe. C'est pourquoi la moitié de mes employés de cabinet sont autochtones. Dans la première semaine de notre nomination, il fut primordial de prendre contact avec les leaders autochtones. Le premier ministre et moi avons rencontré le chef Picard et son équipe pour établir le dialogue et jeter les bases d'une nouvelle relation politique.

Je tiens à saluer Ghislain Picard, chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador. Je dois souligner qu'il a été réélu pour une 10e fois en janvier dernier à la tête de celle-ci. M. Picard occupe cette fonction depuis 1992. Je respecte son sens politique et sa persévérance dans la représentation des intérêts des Premières Nations qui font consensus auprès des chefs.

De plus, je tiens à saluer un grand nombre de leaders, le grand chef Abel Bosum du Grand Conseil des Cris, avec qui j'ai l'honneur de partager plus spécifiquement sur les enjeux de sa nation, le président de la Société Makivik, M. Charlie Watt, avec qui... avec lequel j'ai découvert Kuujjuaq et dialogué des ambitions des Inuits du Nunavik et à Kuujjuaq la semaine dernière, le grand chef Constant Awashish du Conseil de la nation atikamekw, qui semble toujours trouver les bonnes paroles, des paroles percutantes. Je me permets de le citer lors de son allocution au Salon du livre de Trois-Rivières : «J'ai envie de croire que la soif — pardon — de savoir se confond avec la soif de se connaître. Ça pourrait être l'occasion de reconstruire des ponts là où le silence a construit des distances au cours des années. Sages paroles». Le grand chef Konrad Sioui de la nation huronne-wendat, qui partage...

Mme D'Amours : ...de savoir se confond avec la soif de se connaître. Ça pourrait être l'occasion de reconstruire des ponts, là où le silence a construit des distances au cours des années, sages paroles.

Le grand chef Konrad Sioui de la nation huronne-wendat qui partage l'histoire de sa nation avec passion; la grande cheffe Verna Polson du Conseil tribal de la nation algonquine qui m'a présenté les Anishnabe et les projets qu'ils caressent; Mme Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones du Québec, qui défend bec et ongles les intérêts des femmes des Premières Nations; M. Philippe Meilleur, président du Regroupement des centres d'amitié autochtones du Québec; les organisations qui s'occupent des autochtones vivant en milieu urbain; ainsi que tous ceux et celles que j'ai eu la chance de rencontrer, chefs des communautés de Premières Nations, représentants des organisations telles que le Conseil en éducation des Premières Nations, la Commission de la santé et des services sociaux des des premières nations du Québec et du Labrador, l'Administration régionale Kativik, la Fondation Nouveaux sentiers, la SOQAM, et j'en passe. 

Je les ai d'abord écoutés et ensuite j'ai pu entamer, avec eux, un dialogue franc, ouvert et créer une relation basée sur la collaboration et le respect. Elle permet déjà des rapprochements constructifs. Lors de ces rencontres, j'ai été touchée de l'accueil dans la langue vernaculaire de mes hôtes. J'ai été accueillie en innu, en attikamek, en anishnabe, en cri, en inuktitut, en wendat, en micmac, en mohawk et en abénaquis. La langue est l'expression d'une expérience partagée, elle est la manifestation de l'existence d'un groupe et de sa durée. Elle porte sa vision originale du monde, des savoirs ancestraux, des imaginaires complets, des systèmes entiers de spiritualité. La langue est le véhicule d'une culture, elle est rassembleuse et réconfortante. La diversité et la richesse des cultures et des langues autochtones les rendent d'autant plus précieuses.

Le gouvernement désire travailler avec les autochtones de nation à nation, de gouvernement à gouvernement. Nous espérons bâtir des relations avec des liens en continu, ouvrir la porte à l'échange sur la priorité et les aspirations de toutes les nations qui constituent le Québec d'aujourd'hui. Nous sommes prêts à nous adapter à la diversité qu'ils représentent. Nous voulons ensemble trouver des avenues mutuelles, bénéfiques pour répondre aux grandes attentes de la population du Québec et à celles plus spécifiques des autochtones. Nous savons, d'ores et déjà, qu'une des priorités pour l'ensemble des Premières Nations et Inuits est la mise en oeuvre de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Nous sommes conscients des interprétations variables qui peuvent être faites concernant certaines dispositions de cette déclaration par les parties intéressées. Nous avons l'intention d'élaborer avec nos partenaires autochtones une formule satisfaisante.

Une autre priorité pour notre gouvernement est de trouver des solutions aux enjeux relatifs aux territoires et aux ressources. Ces solutions entendues avec les autochtones permettront d'assurer un développement économique et efficace et rentable pour tous. Ces questions font l'objet de discussions souvent tendues depuis déjà trop longtemps. Elles ont parfois été la cause de différends profonds entre le gouvernement et les nations autochtones. Nous espérons des avancées constructives dans ce domaine. Il nous faudra également multiplier les efforts dans le domaine du développement social pour améliorer les conditions de vie des autochtones. Nous comptons rencontrer nos homologues fédéraux à ce sujet afin de régler les enjeux gouvernementaux qui nous concernent et ainsi offrir aux populations autochtones des services appropriés à leurs besoins et se centrer davantage sur l'humain.

Plusieurs d'entre eux vivent dans une situation de grande pauvreté. Cela est aussi vrai d'un nombre croissant d'autochtones qui ont quitté leur communauté pour vivre en milieu urbain. J'entends y accorder une attention particulière, car plusieurs vivent dans des conditions difficiles. Il faut agir maintenant pour éviter que les îlots de pauvreté autochtones se forment dans nos villes. Les événements de Val-d'Or nous ont donné, à ce chapitre, un sérieux avertissement. Je suis aussi particulièrement touchée par la situation des enfants et des femmes autochtones. Nous devons déployer des efforts nécessaires pour ces groupes plus vulnérables, notamment en ce qui concerne la violence familiale et les violences sexuelles.

• (15 h 10) •

Je félicite mon gouvernement des investissements annoncés, lors du dernier budget du Québec, sur les enjeux sociaux. Notre gouvernement a, en effet, décidé d'accorder des crédits supplémentaires afin de bonifier substantiellement les enveloppes qu'il consacre déjà au développement social. Ceci permettra de mettre...

Mme D'Amours : …je félicite mon gouvernement des investissements annoncés lors du dernier budget du Québec sur les enjeux sociaux. Notre gouvernement a en effet décidé d'accorder des crédits supplémentaires afin de bonifier substantiellement les enveloppes qu'il consacre déjà au développement social. Ceci permettra de mettre de l'avant ou de bonifier les mesures du plan d'action gouvernemental pour le développement social et culturel des Premières Nations, qui porte sur les enjeux sociaux et qui implique directement environ 15 ministères ou organismes québécois. De façon globale, il est de la première importance de continuer énergiquement la mise en oeuvre du Plan d'action gouvernemental pour le développement social et culturel des Premières Nations et des Inuits.

Le plan d'action comporte 119 mesures concrètes et des investissements de 150 millions. Ce plan a été élaboré d'abord par diverses consultations menées par le gouvernement avec les autochtones. Lors de son lancement en 2017, il a, de toute évidence, été bien reçu dans les divers milieux autochtones qui y retrouvaient leurs priorités et leurs aspirations. Il faut se réjouir que des moyens aussi considérables soient maintenant disponibles pour le développement social et culturel au bénéfice des nations autochtones et de tous les Québécois. Mais le défi le plus considérable d'un tel plan d'action, au-delà de sa conception, se trouve dans sa mise en oeuvre. Il est parfois difficile de confronter les ambitions avec la réalité du terrain. C'est là que réside le vrai défi. Et j'ai la ferme intention de le relever avec succès.

Je suis très consciente de la venue prochaine des rapports et des recommandations des deux commissions d'enquête qui travaillent en ce moment à colliger l'ensemble des informations et recommandations reçues lors des témoignages afin de faire la lumière sur des questions fondamentales. Le rapport de la commission québécoise qui examine les relations entre les autochtones et certains services publics est attendu pour septembre prochain. L'enquête nationale porte sur les causes systémiques ayant mené à la… à un ratio, pardon, particulièrement élevé de femmes et de filles autochtones disparues et assassinées à travers le Canada. Les quatre commissaires doivent déposer leur rapport au cours des prochaines semaines, soit le 9 juin 2019. Bien sûr, le gouvernement du Québec a suivi les travaux de ces commissions avec la plus grande attention et collaboré avec elles de la manière la plus ouverte possible. Elles formuleront des recommandations importantes auxquelles nous accorderons toute la considération qu'elles méritent.

Le développement économique est aussi une priorité pour notre gouvernement. Il en a d'ailleurs été question lors du discours inaugural du premier ministre à l'automne dernier. Nous voulons un Québec prospère pour tous. C'est à ce chapitre que notre soutien doit être indéfectible auprès des Premières Nations et des Inuits. C'est par des mesures d'employabilité, de formation et d'entrepreneuriat que le gouvernement parviendra à contribuer efficacement à la prospérité économique des nations autochtones. C'est dans cet esprit que nous poursuivons la mise en oeuvre du Fonds d'initiatives autochtones cette année encore pour continuer à le doter de ressources nécessaires. La société autochtone regorge d'un formidable potentiel. Elle foisonne d'individus créatifs et industrieux. Je découvre avec toujours plus d'admiration des nations dotées d'une richesse culturelle et humaine extraordinaire. Je constate que la fibre entrepreneuriale est très présente dans les communautés et que les femmes aussi, à mon grand bonheur, s'intéressent aux affaires.

Il faut actualiser ce potentiel et aussi miser sur les jeunes. Il faut les aider à développer des outils concrets qui leur permettront de se réaliser pleinement et d'être des agents de changement au sein de leur communauté et même au-delà. Une ses solutions bien connues est l'éducation. Et nous allons continuer à favoriser la réussite et la persévérance scolaire chez les jeunes des Premières Nations et des Inuits. Nous travaillons aussi avec nos homologues du gouvernement fédéral afin de s'assurer que tous les jeunes ont accès à une éducation adéquate. J'arrive justement d'un déplacement au Nunavik, où j'ai pu constater toute cette richesse et tout ce potentiel. J'étais accompagnée par un grand connaisseur des gens et du territoire, mon adjoint parlementaire Denis Lamothe, qui m'a servi de guide tout au long de ce voyage. Je le remercie de sa collaboration et de son soutien. Bien que bien préparée d'avance, j'ai quand même été impressionnée par la… la vitalité, pardon, que j'ai trouvée au Nord, par la ferme résolution des Inuits à faire face collectivement aux défis sociaux auxquels ils sont confrontés et par leur désir d'améliorer la qualité de vie de leur habitat.

Le gouvernement du Québec sera présent pour les soutenir. J'ai eu l'occasion de le dire à mes interlocuteurs de vive voix il y a quelques jours. Je tiens à le répéter aujourd'hui. On le sait, il y a beaucoup de travail à faire pour concrétiser tout le…

Mme D'Amours : …ils sont confrontés et par leur désir d'améliorer la qualité de vie de leur habitat.

Le gouvernement du Québec sera présent pour les soutenir. J'ai eu l'occasion de le dire à mes interlocuteurs de vive voix il y a quelques jours. Je tiens à le répéter aujourd'hui.

On le sait, il y a beaucoup de travail à faire pour concrétiser tout le potentiel et les capacités des nations autochtones du Québec. Il y a du travail à faire aussi pour réinventer les relations que le gouvernement du Québec entretient avec ces nations. Il y a là un défi historique et je tiens à le relever.

En fait, j'y vois plus qu'un défi. J'y vois une nécessité, une obligation. C'est ce défi que notre gouvernement entend relever de concert avec les leaders autochtones et les milieux concernés. Je suis persuadée que nous réussirons, car la volonté politique est au rendez-vous.

Merci, M. le Président.

Le Président (M. Bachand) :Merci beaucoup, Mme la ministre. J'invite maintenant le porte-parole de l'opposition officielle à faire ses remarques préliminaires pour une période de huit minutes, M. le député de D'Arcee-McGee, s'il vous plaît.

M. Birnbaum : (S'exprime dans une langue autochtone). M. le Président, Mme la ministre, collègues de deuxième opposition et troisième opposition, collègues de la circonscription de Jacques-Cartier. Je veux saluer aussi l'équipe qui est pour la ministre ainsi que les gens de la fonction publique.

Dans mes anciennes vies, j'ai eu à travailler de très près avec les autres fonctionnaires et trop souvent on oublie l'apport qu'ils donnent des fois dans des situations pas si faciles. Alors, je vous salue pour vos efforts.

Écoutez, je vais utiliser la plupart de mon temps pour éparpiller ça avec les blocs qui m'attend à remplir. Mais je tiens à donner écho à l'approche que la ministre vient de nous offrir. Il me semble que nous avons ensemble la tâche solennelle comme législateurs de faire honneur à nos obligations, à notre collaboration aux 55 communautés des premières nations et inuites avec qui on partage le territoire du Québec.

Évidemment, on va avoir nos questions très constructives, je l'espère. Je m'attends à un dialogue qui va faire avancer la cause devant nous. Les défis, on le sait, sont énormes ainsi que le potentiel qui est tellement souvent oublié. Alors, je tiens à avoir des échanges fructueux au bénéfice de nos partenaires et nos concitoyens.

Merci, M. le Président.

Le Président (M. Bachand) : …Je cède maintenant la parole à la cheffe du deuxième groupe d'opposition pour ses remarques préliminaires pour deux minutes. Mme la cheffe.

Mme Massé : Oui, bien, je ne prendrai pas mes remarques préliminaires si vous voulez, M. le Président.

Le Président (M. Bachand) : Aucun problème. Maintenant, autour du porte-parole du troisième groupe d'opposition pour ses remarques préliminaires. M. le député de Bonaventure.

M. Roy : Oui. D'entrée de jeu, j'aimerais saluer tout le monde et remettre mes remarques à plus tard.

Le Président (M. Bachand) :Merci beaucoup. Alors, je suis maintenant prêt à reconnaître une première intervention de l'opposition officielle pour un premier bloc d'échange. M. le député de D'Arcy-McGee, la parole est à vous pour 16 minutes.

M. Birnbaum : Merci, M. le président. Comme nous allons tous convenir, les défis de nos communautés des premières nations et inuites sont énormes ainsi que leur potentiel pour les épauler.

En réalisant ce potentiel, il faut les accompagner à relever les défis. Nous savons qu'on parle d'une population qui est à 40 % en bas de l'âge de 25 ans. Nous savons aussi que des problèmes énormes du logement, le défi de sauvegarder leurs langues maternelles, leurs cultures tout en souhaitant à leurs jeunes de participer pleinement dans la société qu'on partage, les défis sur le plan de l'éducation, des services de santé, l'égalité femme-homme, accès aux services judiciaires, aux services de santé et services sociaux, les défis sont nombreux.

• (15 h 20) •

Donc, j'aimerais parler un petit peu d'un volet, plus qu'un volet, un sujet d'où le tout commence, c'est-à-dire l'éducation. Comme je dis, l'âge moyen de ces communautés est en bas notre moyenne pour l'ensemble du Québec, alors les défis sont là. L'idée de réconcilier le souhait de transmettre les langues maternelles, les traditions, la culture et de réconcilier tout ça avec l'importance connue et comprise de nos communautés autochtones de maîtriser le français, d'apprendre toutes les capacités nécessaires pour participer pleinement dans l'emploi, dans le développement économique du Québec. Les défis sont énormes…

M. Birnbaum : ...tout ça avec l'importance connue et comprise de nos communautés autochtones de maîtriser le français, d'apprendre toutes les capacités nécessaires pour participer pleinement dans l'emploi, dans le développement économique du Québec. Les défis sont énormes. On sait de plus que maintenant, il y a à peu près un tiers des jeunes autochtones qui se trouvent au système scolaire public. Et là, comme mes autres questions, je suis très conscient que Mme la ministre occupe des fonctions transversales, en quelque part, mais nécessairement on parle des questions de base qui touchent à nos communautés autochtones et leur avenir.

Alors, j'aimerais commencer à parler, à avoir des réflexions de la ministre sur ce tiers des jeunes autochtones, toutes communautés confondues, qui se trouvent au sein de nos écoles publiques. Comment est-ce que la ministre songe et va agir pour épauler ces jeunes dans les écoles publiques à travers notre système scolaire public en région, en anglais et en français? Comment elle va jouer son rôle, conjointement avec le ministre de l'Éducation, pour épauler ces jeunes dans les écoles publiques du Québec?

Le Président (M. Bachand) : ...ministre, s'il vous plaît.

Mme D'Amours : Mais certainement. Merci pour votre question, parce que oui, c'est un enjeu. Et c'est aussi une priorité pour notre gouvernement, qui est l'éducation. Concernant les jeunes qui sont dans les écoles publiques qui sont menées par le gouvernement, par l'État, c'est déjà une préoccupation pour notre gouvernement. Il n'y a pas si longtemps que ça, j'ai, pour vous donner comme exemple, il y a eu un montant d'argent qui avait été alloué pour l'université de Sherbrooke, c'était un montant qui était alloué pour justement recevoir les jeunes autochtones qui étaient des étudiants de cette université-là. J'ai rencontré deux universitaires en droit. Et donc, le montant qui avait été alloué à l'université était pour l'accueil de ces gens-là, l'accompagnement de ces jeunes-là pour faire en sorte qu'ils se sentent bien dans un programme conçu généralement pour l'ensemble des étudiants, mais avec un volet autochtone. Donc, oui, il y a des choses qui se font sur le terrain. Est-ce qu'il y a lieu d'amélioration? Toujours. L'amélioration est toujours constante dans l'évolution des programmes qui existent.

M. Birnbaum : ...peut-être une première opportunité de parler, comme je dis, du fonctionnement interministériel, parce que par nécessité, on va parler de toutes sortes de sujets qui touchent aux responsabilités partagées, pour ne pas dire partagées en responsabilité avec le fédéral aussi. Mais à titre d'exemple, moi, je suis l'ancien directeur général de l'Association des commissions scolaires anglophones du Québec. Et la commission scolaire, à titre d'exemple, New Frontiers a des ententes formidables avec les communautés mohawks avoisinantes et autres. Vous savez que la ministre, elle va savoir que les plans de son gouvernement sont d'abolir les commissions scolaires. Et ces genres d'ententes qui éparpillent sur les écoles et ont un impact sur les jeunes dans ces écoles-là, comment est-ce que le gouvernement de la CAQ va remplacer ces genres d'initiatives, qui sont au bénéfice justement de ces jeunes autochtones qui sont aux écoles publiques actuellement? Comment on va remplacer ces atouts-là, une fois qu'il n'y aurait pas de commissions scolaires selon les plans de la CAQ?

Le Président (M. Bachand) : Mme la ministre, s'il vous plaît.

Mme D'Amours : M. le Président, je vais répondre à la question, il y aurait deux volets à ma réponse. La première, puis je ne la prendrai pas, mais je pourrais la dire, c'est que ça ne fait pas partie de mes crédits. Mais en bon joueur, je vais répondre au député, à mon collègue, que les commissions scolaires, comme vous dites, quand on va les abolir ou si on les abolirait, il y a toujours un discours de peur qui s'installe quand on parle de ça, mais c'est la commission scolaire, la commission qui sont les commissaires, tous ceux qui travaillent en dessous vont demeurer. On va probablement les nommer autrement, que ce soit des agences scolaires, parce qu'on veut que les commissions scolaires, quand elles seront abolies, que le pouvoir décisionnel s'en aille dans les écoles. Tu sais, c'est qu'au lieu d'aller en haut vers le bas, on va dans le bas vers le haut.

Alors, ceci étant dit, je vais reprendre ma première réponse, vous devriez poser la question lors des crédits à mon collègue de l'Éducation.

Le Président (M. Bachand) : Député de D'Arcy-McGee, s'il vous plaît.

M. Birnbaum : D'accord, merci. Juste pour rectifier le tir, je n'ai pas peur. J'ai peur du fait qu'il y a des programmes...

Mme D'Amours : ...dans le bas vers le haut. Alors, ceci étant dit, je vais reprendre ma première réponse : Vous devriez poser la question, lors des crédits, à mon collègue de l'Éducation.

Le Président (M. Bachand) : M. le député de D'Arcy-McGee, s'il vous plaît.

M. Birnbaum : D'accord, merci. Là, pour rectifier le tir, je n'ai pas peur. Je parle du fait qu'il y a des programmes à l'aide des jeunes qui seraient difficiles à réaliser si chaque école était à faire les choses à sa façon.

Là, il y a... au fil des derniers 10 ans, il y a maintenant quatre centres de formation aux adultes, qui font appel au potentiel dont je parlais. On va convenir que nous nous trouvons devant un défi démographique au Québec et une situation de pénurie de main-d'oeuvre en région, comme, tôt ou tard, à Montréal, et un autre où on parle de la jeunesse collective de nos communautés autochtones. Alors, il y a un arrimage à faire. Ces quatre centres aux adultes, au Lac-Simon, à Uashat, à Kahnawake et à Restigouche, sont un bel exemple de cette collaboration potentielle. Mais c'est un travail en progrès. J'aimerais entendre la ministre comment ce travail va continuer. Y a-t-il des plans concrets pour peut-être ajouter à ce réseau de quatre centres de formation aux adultes?

Le Président (M. Bachand) : Mme la ministre, s'il vous plaît.

Mme D'Amours : Je vais répéter à mon collègue que la question aurait dû être posée à mon collègue le ministre de l'Enseignement et... de l'Enseignement supérieur. Mais, s'il y a des programmes qui sont en place, et qu'ils fonctionnent bien, et qu'on doit les actualiser ou les bonifier... Parce que je me souviens, lors de la campagne électorale, où le premier ministre avait rencontré des jeunes femmes, justement, qui avaient des enfants et qui avaient moins de possibilités au retour aux études. On est en train de regarder comment on pourrait aider ces jeunes femmes là pour faire en sorte qu'elles puissent, même si elles sont mamans de jeunes enfants, avoir le droit d'aller à l'école, avoir le droit, tout comme d'autres jeunes, de finir leur secondaire, d'aller au cégep et ensuite aller à l'université. Donc, c'est des discussions qu'on est en train d'avoir.

On travaille à l'amélioration aussi de la condition de l'ajout de garderies en milieu autochtone afin justement d'aider ces jeunes femmes là et jeunes hommes, là, qui sont papas ou mamans en très bas âge et qui ont dû laisser l'école. Justement, on essaie de travailler à faire des ajouts de places dans les garderies pour, justement, ces personnes-là afin qu'elles puissent bénéficier du droit à la scolarité.

Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de D'Arcy-McGee, s'il vous plaît.

M. Birnbaum : M. le Président, il y a un autre modèle, pour l'enseignement des jeunes autochtones, qui est très intéressant. Vous... On va le connaître, tout le monde. Les Cris et les Inuits ont leurs propres commissions scolaires, et les Naskapis ont un statut spécial d'une de leurs écoles, en collaboration avec la commission scolaire de Central Québec, un modèle, comme je dis, prometteur. Quand même, les défis de décrochage, transition à l'emploi, accès aux études postsecondaires sont énormes, ainsi que cette dynamique dont je parle de réconcilier le vœu, partagé par les écoles, d'inculquer les jeunes dans leurs valeurs et leur langue d'origine. Les défis sont là.

Est-ce que la ministre a déjà eu, dans un premier temps, les entretiens avec les dirigeants autochtones de ces commissions scolaires et de cette école, et les entretiens avec son collègue le ministre de l'Éducation à ce sujet?

Le Président (M. Bachand) : Mme la ministre.

Mme D'Amours : Je peux vous dire que j'ai eu des discussions avec mon collègue ministre de l'Éducation, justement, à voir à ce que tout aille bon train et qu'on soit en mesure de répondre aux demandes de ces deux nations. Naturellement, moi, je n'ai pas eu de discussion avec les commissions scolaires, étant donné que c'est dans les champs de compétence de mon collègue, qui est ministre de l'Éducation, donc. Mais je partager les inquiétudes de mon collègue et j'ai eu des discussions avec mon collègue de... du ministre de l'Éducation à ce sujet.

Le Président (M. Bachand) : M. le député, s'il vous plaît.

• (15 h 30) •

M. Birnbaum : Bon, comme j'ai convenu au début, et c'est normal, nous nous entretenons avec la ministre déléguée, alors ça va de soi qu'il y a des dossiers qui appartiennent ultimement au premier ministre du Québec et aux ministres de la Santé, de l'Éducation, de l'Énergie. Mais déjà, ça fait deux fois que je suis invité à m'adresser aux autres études des crédits et une fois, au moins, de m'adresser à un autre ministre. Je comprends les dynamiques. Mes questions sont à...


 
 

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